Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 9 September 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAPERN 2013-09-09
Quebec — Committees
Le Président (M.
Lévesque) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie
et des ressources naturelles ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission est réunie
afin de procéder à des consultations particulières sur le projet de
loi n° 43,
Loi sur les mines.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Aucun remplacement aujourd'hui.
Le Président (M. Lévesque) :
Merci, Mme la secrétaire. Cet après-midi, nous entendrons la Chambre de
commerce de Val-d'Or, M. Nochane Rousseau, la Corporation de protection de l'environnement
de Sept-Îles et enfin le Réseau de la transformation métallique du Québec.
J'invite donc nos
premiers invités à faire leur présentation. Messieurs madame, vous disposez de
10 minutes.
Jolicoeur (Marcel H.) : Merci, M. le Président. Je me présente :
Marcel Jolicoeur, président de la Chambre de commerce de Val-d'Or. Je tiens à remercier le gouvernement et la
ministre des Ressources naturelles, Mme Martine Ouellette, pour son
invitation. Sincères salutations aux députés membres de la commission et au
personnel.
vais tout d'abord prendre quelques secondes pour vous présenter notre
organisme. La chambre de commerce compte plus de 1 100 délégués
actifs au sein de la communauté d'affaires, ce qui en fait l'un des grands
réseaux de l'Abitibi-Témiscamingue. Notre
mission est de promouvoir le développement socioéconomique et d'agir comme
partenaire mobilisateur, un lieu d'échange,
d'action et de concertation. Nous sommes ici pour représenter nos membres et
tous ceux qui sont liés de près ou de
loin à l'industrie minière, et, croyez-moi, en Abitibi, cela veut dire
pratiquement l'ensemble des entreprises.
suis accompagné du deuxième vice-président et administrateur responsable du
secteur minier de la chambre de commerce,
M. Éric Tremblay, et de notre directrice générale, Mme Hélène
Paradis; de nos membres, M. Pascal Hamelin, vice-président des opérations chez Ressources Métanor, M. Alain
Laplante, vice-président et chef de la direction financière chez Forage Orbit Garant, et M. Ghislain
Blanchet, qui est vice-président exécutif du Groupe minier CMAC-Thyssen.
Si un seul mot
résumait les recommandations de la chambre de commerce pour ce projet de loi,
ce serait le mot «stabilité». La
Loi sur les
mines se doit d'offrir une réglementation claire, précise et surtout
prévisible. Vous n'êtes pas sans savoir que l'industrie minière demeure
un secteur fragile. L'incertitude de la dernière année à l'égard des redevances et la baisse rapide du prix de l'or ont
grandement affecté l'activité minière en Abitibi-Témiscamingue. Nous sommes présents ici aujourd'hui pour soutenir l'industrie
minière québécoise et le gouvernement dans la révision de la Loi des mines. Nous vous assurons que c'est dans
une optique de collaboration que nous souhaitons amener des
recommandations constructives.
Certaines
orientations du projet de loi nous préoccupent, et, à notre avis, plusieurs
amendements doivent être faits afin de réaliser le plein potentiel
minier du Québec. D'entrée de jeu, le projet de loi n° 43 nous a
laissé un sentiment d'insécurité en ce qui concerne le pouvoir discrétionnaire
du ministre. Nous croyons que le gouvernement doit agir comme gardien de la ressource mais non en tant que tribunal de l'activité
minière. Plusieurs articles octroient un pouvoir important au ministre. Certains sont justifiables, d'autres ne le sont
pas. La chambre de commerce s'entend pour dire que le gouvernement doit
établir des règles du jeu et veiller à leur respect, mais, une fois que les
règles sont déterminées, elles doivent être
sans équivoque et seulement régies par les lois du marché. C'est pourquoi nous
recommandons de préciser et d'encadrer
davantage les pouvoirs discrétionnaires du ministre afin d'assurer à l'industrie
minière la mise en place d'une réglementation fixe.
Nous
croyons aussi que plusieurs dispositions dans le projet de loi n° 43
constituent un frein à l'investissement et à l'exploration. Notre
recommandation est donc simple : L'accès au territoire est essentiel pour
le développement de la ressource minérale québécoise. Sans exploration, il n'y
a pas de mine. Nous souhaitons donc que le gouvernement établisse, à l'intérieur du projet de loi n° 43, des
mécanismes de coopération pour encourager l'investissement minier plutôt
que des mesures rigides et contraignantes.
question des claims aux enchères, notamment, vient ajouter au climat d'insécurité
qui sévit. C'est le libre accès au territoire et à la ressource qui
permet de favoriser le dynamisme des entreprises québécoises. Le gouvernement
ne doit pas substituer à l'industrie des territoires et accroître les barrières
à l'entrée qui défavoriseraient les entreprises d'exploration juniors, souvent
québécoises. Nous recommandons donc le retrait de l'article 49 à 51.
chambre de commerce croit en une gestion minérale responsable et harmonieuse
avec l'environnement et les communautés, c'est
pourquoi nous sommes en accord avec les dispositions modifiant la
Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme. Toutefois, nous croyons que
le gouvernement doit demeurer le premier gestionnaire des ressources
naturelles du Québec, et c'est pourquoi,
dans ce cas, il est essentiel que le ministre se réserve la flexibilité de
refuser un changement au schéma ou de
dispenser un titulaire de claim de respecter les conditions qui lui sont
imposées. Il est aussi important de préciser
et d'inscrire dans le projet de loi des balises claires précisant les
circonstances selon lesquelles un territoire pourra être soustrait à l'activité
minière ou toléré sous certaines conditions.
Nous sommes aussi en
accord avec le fait que les consultations publiques sont un incontournable pour
les projets miniers de moyenne et grande
envergure. Toutefois, nous estimons que la tenue d'une audience du BAPE
pour les petites minières pourrait devenir
un enjeu financier mettant en péril le démarrage du projet. Nous croyons donc
que les projets miniers de moins de 3 000 tonnes par jour
pourraient être dispensés.
Aussi, le processus d'octroi
d'un bail minier est un réel casse-tête pour les entrepreneurs. Le titulaire
doit fournir un très grand nombre de documents, en plus de nombreux permis qui
doivent être délivrés par les différents ministères.
Nous demandons donc au gouvernement de mettre en place plus de ressources
disponibles et compétentes afin de
rendre la démarche rapide et efficace. Nous recommandons aussi de prévoir un
délai maximal pour la tenue de l'audience et que le bail soit émis
systématiquement quand l'évaluation du BAPE a confirmé que le projet rencontre
l'ensemble des conditions exigées.
ce qui concerne le versement de la garantie prévue aux articles 182 et
184, la chambre de commerce propose que
les versements soient selon le type de mine et en fonction des impacts sur l'environnement,
étalés sur une plus longue période.
Le dévoilement d'un site minier et son impact sur l'environnement varient d'un
projet à l'autre, particulièrement lorsqu'on
compare une mine à ciel ouvert à une mine souterraine. Nous croyons donc que
ces distinctions doivent être prises
en compte. La chambre de commerce recommande également que le premier versement
de 50 % soit versé lors de la mise
en production du projet minier et non dans les 90 jours suivant la
réception de l'approbation du plan et, finalement, que le délai prévu à
l'article 189 qui concerne les travaux de réaménagement et de restauration
suivant une cessation des activités d'exploitation soit allongé à cinq ans.
Certains articles
visant la maximisation des retombées économiques constituent, à notre avis, de
l'ingérence au sein de l'entreprise privée
et vont à l'encontre de la liberté du commerce.
L'article 103 qui dit que
le ministre peut, au moment de la conclusion d'un bail, exiger une
entente avec le titulaire ayant pour objet de maximiser les retombées économiques impose un fardeau supplémentaire sans
justification à l'industrie minière. Les autres secteurs d'activité de l'économie
québécoise sont régis par les lois du marché. Pourquoi l'industrie minière
doit-elle se voir imposer des exigences différentes quant aux retombées
économiques? Nous demandons donc le retrait de cet article.
Nous demandons
également de scinder le comité de suivi et de maximisation des retombées
économiques. La chambre de commerce n'est
absolument pas contre l'idée de créer des comités de suivi et encourage les
sociétés minières à le faire lorsque
le contexte s'y prête, sans la nécessité d'imposer une obligation. La CCVD
convient donc… convient que le projet de loi pourrait contenir des
orientations permettant de dicter et d'enclaver les circonstances où la
création d'un comité de suivi devient nécessaire.
ce qui concerne le comité de maximisation, nous rappelons que l'industrie
minière redistribue déjà largement au sein
des communautés où elles sont implantées, et les entreprises ont tout intérêt à
faire affaire avec les fournisseurs locaux. Les retombées économiques locales sont donc maximisées par la nature
même des activités minières. Nous proposons donc de prévoir la création d'un comité de maximisation des retombées
économiques par la MRC englobant l'ensemble des sociétés minières dans une approche commune. Ce comité aurait un pouvoir
de recommandation et pourrait être chapeauté par une structure déjà existante comme le comité de maximisation des
retombées économiques de l'Abitibi-Témiscamingue.
Concernant l'étude de
faisabilité de la transformation du minerai prévue aux articles 102, 108,
122 et 300, la chambre de commerce considère
qu'il n'est pas de la responsabilité des sociétés minières de produire une
telle étude. Les sociétés minières sont spécialisées dans l'extraction,
pas dans la transformation. De plus, produire une étude comme celle-là
coûterait plusieurs centaines de milliers de dollars. Cette obligation pourrait
compromettre le démarrage de certains projets miniers.
Finalement,
les ententes entre les sociétés minières et les communautés autochtones se sont
multipliées depuis le début de la décennie. Toutefois, il y a un flou
qui persiste quant à la démarche à suivre et aux obligations à respecter en ce qui concerne la conclusion d'ententes avec
les communautés autochtones. La CCVD
recommande donc d'encadrer les consultations et les conclusions d'entente avec les communautés autochtones de
manière à ce que les obligations des sociétés minières soient claires et
précises.
plus, l'article 163 prévoit que sont rendues publiques
«toute entente conclue entre le titulaire de bail minier ou de concession minière et une communauté». Nous sommes d'accord avec l'idée de rendre publique cette information et d'ailleurs nous tenons à
souligner que l'industrie minière fait preuve d'une très grande
transparence. Toutefois, en ce qui a trait à la divulgation des
ententes, cet
article soulève certaines inquiétudes alors que l'industrie
craint les risques de surenchère. Le processus de conclusion d'entente devrait
donc être encadré afin d'éviter que certaines ententes soient utilisées comme
base de négociation, sans égard aux particularités de chaque projet.
conclusion, M. le Président, ce que la Chambre de commerce de Val-d'Or veut
vous dire, c'est que la
Loi sur les mines
doit offrir à l'industrie minière une stabilité qui lui permet de croître dans
une optique de développement durable à la fois respectueuse de l'environnement
et des communautés et mutuellement enrichissante pour les entrepreneurs, les
investisseurs et l'ensemble de la collectivité. Merci beaucoup.
Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, M. Jolicoeur. Maintenant,
nous aurons une période d'échange de 50 minutes qui sera répartie
comme suit : 24 minutes pour le groupe formant le gouvernement, 20 min 48 s
pour l'opposition officielle et 5 min 12 s pour le deuxième
groupe d'opposition. La parole est à vous, Mme la ministre.
Ouellet :
Merci, M. le Président. Donc, saluer M. Jolicoeur ainsi que toute l'équipe qui
l'accompagne, de la Chambre de commerce de Val-d'Or. Bienvenue.
Bienvenue à l'Assemblée nationale. Bien contente que vous veniez présenter un
mémoire sur la
Loi sur les mines.
Donc,
peut-être d'entrée de jeu… J'ai déjà fait la précision, mais, concernant l'étude
de faisabilité sur latransformation,
j'ai déjà précisé que c'était une étude de faisabilité, là, de marché
économique, donc d'opportunité, à savoir s'il y a un intérêt, il y a un marché pour la transformation pour ce
type de minerai là en fonction de la localisation et en fonction du
nombre d'entreprises. Parce que nous, on pense que la transformation, c'est
important, la transformation crée trois à
quatre fois plus d'emplois que la simple extraction. Et je suis un peu surprise
de votre positionnement sur les articles que nous proposons, en
particulier, là, la possibilité de conclure des ententes, parce qu'on a balisé
avec ce qui se faisait ailleurs dans le
monde, avec ce qui se faisait au Canada, et ce qu'on a proposé, c'est d'amener
le Québec au même niveau que ce qui se fait en Ontario, que ce qui se
fait à Terre-Neuve, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse. Et, je vous dirais même, la façon dont on l'a
présenté, il y a même plus de prévisibilité sur ces données-là. Ce n'est
pas de la transformation automatique, on sait bien que ce n'est pas 100 %
du minerai qui sera transformé au Québec, mais, le minerai extrait au Québec qui est transformé, il y a quand même de la
place à amélioration. Et on pense que c'est un outil qu'il est important qu'on puisse se donner, qu'on ait l'opportunité
de l'utiliser, si besoin est. Et on a vu, Terre-Neuve l'a utilisé dans le cas de Voisey's Bay, avec un
résultat intéressant. L'Ontario, depuis déjà longtemps, l'utilise, avec
les résultats de transformation qu'on connaît, qu'ils ont eus. Donc, je suis un
peu surprise, et peut-être vous pourrez revenir sur ce point-là, concernant la
transformation.
Et, quand
vous dites : Les sociétés minières, elles font de l'extraction, pas de la
transformation, bien je comprends. En
Abitibi, il y a beaucoup de mines d'or, et là on est dans un autre
environnement. Dans l'or, il n'y a pas vraiment de transformation
possible. Mais, si on se transporte un petit peu à l'est et un petit peu au
nord et on regarde les sociétés qui sont là,
bien je dois vous avouer que plusieurs sociétés qui sont dans l'extraction font
également de la transformation, sont vraiment intégrées en aval, qu'on
parle d'ArcelorMittal, de Tata Steel, de Xstrata qui vient d'être achetée par
Glencore. Ils construisent une usine de transformation du nickel en
Nouvelle-Calédonie suite à l'ouverture de la mine qu'ils ont.
Donc, je
pense que c'est un outil supplémentaire. Ce n'est pas un outil qui va être
nécessairement utilisé à chaque fois,
ce n'est pas possible, il n'y a pas 100 % du minerai… puis, par exemple,
au niveau de l'or, il n'y a pas de transformation, mais je pense que c'est important que le Québec se
donne des outils à la hauteur de ses ambitions sur la transformation.
Donc, c'était sur ce volet-là que je voulais
apporter certaines précisions, et j'aimerais vous entendre un petit peu plus… Je suis contente d'entendre sur la
partie de la transparence sur les ententes. Et nous, on pense que
justement ça va permettre peut-être, avec de la transparence, de contrer la surenchère,
parce que, même si les ententes ne sont pas publiques actuellement, bien il y a
des bribes qui sont connues à droite et à gauche, et, dans le milieu, les gens
savent, même s'ils n'ont pas le détail, un peu ce qui s'est négocié. Je pense
que la transparence, ça va aider.
Et j'aimerais vous entendre. Vous dites que ça
prendrait plus d'encadrement sur ces ententes-là. Comment vous le
voyez, l'encadrement sur les ententes? Est-ce qu'il y a des modèles ailleurs
qui vous inspirent? Comment vous voyez un meilleur encadrement sur les
ententes?
Le Président (M. Lévesque) : M.
Jolicoeur.
Jolicoeur (Marcel H.) : …Mme la ministre, c'est que, dans le premier cas de transformation — je
voudrais juste revenir là-dessus pour répondre un peu — notre
vision, on est... Au niveau de l'Abitibi, il y a beaucoup d'or, O.K., c'est
l'or qui est primordial, qui est là. Je sais, par exemple, si vous parlez du
fer, qu'il y a de la transformation, oui, mais, quand on
regarde au niveau de l'or ou dans d'autres, parce qu'il va s'en venir… par
exemple avec les terres rares, etc., on en parle, la compagnie minière, de
trouver la deuxième... En tout cas, de la manière que c'est libellé, la
deuxième et troisième transformation, ce n'est pas nécessairement eux. Ce qu'on
demande, nous, c'est que ce soit le gouvernement qui soit capable de faire les
études sur la transformation là-dedans et que ce soit global au niveau de la
province, et non que ça soit chacune des entreprises minières qui adhère à ça.
Je ne sais pas si vous comprenez la façon que je
m'exprime là-dessus, là. Je pourrais peut-être... S'il y en a un qui veut
renchérir ou... Non?
Ouellet :
Je peux peut-être vous répondre, parce qu'on a déjà eu cette discussion-là
aussi plus tôt. Et moi, je pense que c'est une bonne idée qu'on puisse
avoir une vision globale sur la transformation par type de minerai. Toutefois,
ça n'empêche pas… un n'empêche pas l'autre. On va assez rapidement conclure
que, du côté de l'or, il n'y a pas vraiment
de possibilité, mais, par exemple, du côté du fer, il peut peut-être y avoir
des possibilités, et là il devient intéressant
de quand même avoir l'information pour chacun des sites en fonction des
capacités de chacune des entreprises, en fonction de la concentration,
en fonction des équipements qu'ils installent, du marché visé, quelles peuvent
être les possibilités de transformation. Donc, oui, je pense que les deux approches
sont tout à fait complémentaires.
Et tout ce que je voulais vous dire, c'est que,
les outils qu'on se donne à l'intérieur de la loi, bien on n'a pas réinventé la
roue, ça se donne ailleurs. Ces outils-là sont déjà dans d'autres lois à
travers le monde mais au Canada également, là.
Jolicoeur (Marcel H.) : Puis
maintenant, si on va au niveau de la transparence au niveau des ententes
avec les autochtones, ce qu'on dit dedans, c'est parce que c'était gardé
secret, et chaque minière le gardait secret, ils ne se parlent pas entre eux autres trop, trop pour ça, sauf qu'on sait
pertinemment bien que les autochtones, eux autres, disent : On ne le déclare pas, mais eux autres savent que...
ils se passent toute l'information et ils se les négocient. Nous, on dit,
à ce moment-là, que ces ententes-là devraient être publiques et surveillées par
le gouvernement pour ne pas qu'il y ait une surenchère au moment où, par
exemple, ils ont négocié une entente avec telle communauté, qu'ils arrivent à l'autre
puis disent : Regarde, tu as eu ça,
nous autres, on va demander plus, on va demander plus, et on ne finira pas. Et
c'est cette surenchère-là qu'il faut surveiller. Alors, si c'est public,
à ce moment-là, ça nous permet d'être chapeautés par le gouvernement, qu'il nous
dise : Regardez, c'est ça, les ententes, et on s'en va avec ça.
Et vous savez
comment ça marche dans le domaine... en tout cas à chaque communauté. Je
pourrais peut-être parler à monsieur… les expériences qu'ils ont eues
avec Métanor.
M. Hamelin
(Pascal) : Oui. Bien, nous
autres, on a conclu une entente de collaboration avec la nation crie de
Waswanipi à peu près à 30 kilomètres de notre projet en septembre 2012,
puis, lors des négociations, on n'avait pas moyen
de savoir ce qui était, mettons, sur le plancher ou dans les autres projets.
Puis la
partie qui est tout le temps sensible, c'est... on n'a pas le droit d'appeler ça comme ça, mais les redevances.
On en a, on en a eu. Puis, lorsque j'ai approché le Secrétariat aux affaires autochtones, ils me disaient :
Tu n'as pas le droit de faire ça. Je le sais, que je n'ai pas le droit, mais moi, je n'ai pas mes permis si je ne signe
pas, puis, bien, les autochtones, eux autres, me l'exigent. Ça fait que
j'ai été un peu pris en sandwich, puis tu es obligé d'accepter. Puis nous
autres, on est en faveur de la transparence, nous autres aussi, à cause de ça,
parce qu'eux autres, les Cris, de leur bord, ils savent qu'est-ce que Goldcorp
ont signé, ils savent ce que Stornoway ont signé, mais nous autres, on ne peut
pas le savoir, tu sais. Ça fait que...
M. Jolicoeur (Marcel H.) : Tu sais,
c'est pour ça, dans ce temps-là, qu'on demande au gouvernement de chapeauter
tout ça puis de rendre transparentes les ententes qu'il y a dedans.
M. Hamelin
(Pascal) : Surtout le volet
financier, je dirais, où est-ce que le gouvernement devrait avoir un
oeil plus... Surtout si la ressource
appartient à tout le monde, aux citoyens, qu'une MRC ou une communauté
autochtone décide d'avoir une
redevance en particulier sur cette ressource-là, ça commence à... Nous autres,
ce n'est plus 16 % qu'on paie, nous autres, c'est 20 %, tu
sais. Je ne vais pas… Je vais vous laisser deviner c'est quoi que le
pourcentage donne, là, mais nous autres, dans ce territoire-là, pour exploiter
cette mine d'or là, c'est 20 % de redevance. Puis ça, ce n'est pas connu,
ça, là.
Le Président (M. Lévesque) : Mme la
ministre.
Ouellet : Oui.
Bien, c'est une des raisons pour lesquelles sur l'ensemble on veut de la
transparence, plus de transparence sur le
tonnage extrait, sur les redevances, sur les ententes, parce qu'on pense que,
comme c'est une ressource qui est
collective, c'est important qu'on puisse savoir les retombées. Après ça, il y a
sûrement... vous allez avoir probablement des contrats de
sous-traitance, d'emploi. Ça, c'est des contrats, ça vous appartient. Mais, ce
qui est lié à la ressource, je pense que c'est
important qu'il y ait une plus grande transparence, et c'est dans ce sens-là, c'est
dans ce sens-là qu'on pousse. Et je suis contente de vous entendre sur cet
élément-là.
Je voulais peut-être revenir aussi sur une
précision — vous
en avez parlé, M. Jolicoeur, au début de votre intervention — sur les
claims mis aux enchères, préciser que c'est sur un très petit territoire. Je ne
sais pas si vous le savez, là, mais
le ministère des Ressources naturelles, à chaque année, avec l'industrie, en
collaboration avec l'industrie, a un congrès sur les mines et dépose les
analyses qui ont été réalisées pour... Ils appellent ça des lentilles, là. Et,
l'année passée, il y a je ne sais plus
combien de centaines de claims… 800 claims qui ont été pris en
15 minutes lorsque les données ont été rendues publiques. Ce n'est
pas des grands territoires, parce que le ministère choisit un territoire qu'il
n'y a pas encore de demande de permis puis
pour lequel il pense qu'il y a un potentiel plus intéressant, et là il fore les
données un peu partout. Donc, il y a tout un travail du ministère, des employés
du ministère qui est réalisé, et c'est pour valoriser ce travail-là, parce qu'à 800 claims en dedans de 15 minutes, là,
vous comprenez, lorsque les résultats sont publiés... Ça fait que c'est vraiment juste sur ces petits
territoires là où le ministère choisit de faire des analyses plus pointues,
pour essayer de donner de la valeur ajoutée à ces territoires-là.
Le Président (M. Lévesque) : M.
Jolicoeur.
M. Jolicoeur (Marcel H.) : Est-ce
que je peux transmettre à...
Le Président (M. Lévesque) :
Absolument.
M. Jolicoeur (Marcel H.) : O.K.,
bon, et je vais revenir.
Tremblay (Éric) : Le
problème est que justement ça part en 15 minutes. Ça va passer peut-être
plus vite mais à une personne qui va avoir les moyens de l'acheter. Puis
les sociétés québécoises, ce n'est pas les sociétés les plus riches au monde, donc ça va être des majeures qui
vont aller chercher ces claims-là. C'est ça qu'on ne veut pas. On veut
que ça soit... qu'on reste juste et
équitable puis que tout le monde a le droit d'aller les acquérir. Mais là, si on
va à l'enchère, «enchère»,
on sait tous qu'est-ce que veut dire «enchère», c'est le plus offrant. Donc, si
on dit qu'on veut garder notre richesse au Québec… Je pense qu'on pousse
à la donner justement au plus offrant. Ça peut être des Chinois, ça peut être
tout le monde. Ça fait que c'est là qu'on accroche un peu, dans la surenchère.
Le Président (M. Lévesque) : Merci.
Mme la ministre.
Ouellet :
Oui. Je comprends ce que vous dites, mais la richesse qui va être créée par la
mise aux enchères, ça va venir au gouvernement aussi. Et ensuite, de
toute façon, vous le savez, comment ça fonctionne : les claims sont achetés, ils sont revendus. C'est bien possible qu'ensuite...
Même s'ils sont pris pendant un moment par une entreprise ou un individu, ça peut être racheté par la suite.
Donc, ce n'est pas parce que c'est un «click and claim» que c'est
garanti que ça va rester de propriété québécoise non plus, là.
Jolicoeur (Marcel H.) : Mais
c'est quand c'est à l'enchère, c'est-à-dire que c'est le plus offrant qui va
aller le chercher. Et le plus offrant, naturellement, il peut attendre un peu
puis il dit : Écoute... Il laisse aller les enchères et là il est capable
de mettre l'argent, plus tard, pour aller le chercher.
Et c'est
cette vision qu'on a peut-être mal compris, en tout cas, quelle est la position
du gouvernement là-dedans, c'est
peut-être ça, là, qui est peut-être mal ou pas assez bien compris, ce qu'il y a
dedans, mais les petits, les prospecteurs, ceux qui veulent... Il y en a
800 de sortis, mais ces gens-là surveillent. C'est des gens des… Ils sont tous
là-dedans puis ils savent les claims qu'ils veulent avoir. Dès que ça ouvre,
boum, ils cliquent dessus puis ils veulent aller le chercher, question de
timing, là.
Ouellet : Quand on
dit 800, ce n'est pas nécessairement 800 individus différents, c'est
800 claims.
M. Jolicoeur (Marcel H.) : Je suis d'accord
avec vous.
Ouellet : Je ne
sais pas par combien d'entreprises les 800 ont été claimés, il faudrait qu'on fasse
les validations, là, mais…
Ouellet :
Puis, dans la mise aux enchères, on l'a pour le bois, on l'a mis en place, là,
pour la forêt, puis, les joueurs, ça
permet d'avoir une plus grande variété de joueurs dans ce cas-là. Mais, du côté
des mines, moi, je pense que ça peut
être très bien, la mise aux enchères de ces petits territoires là. C'est des
gens qui connaissent le territoire, qui vont vouloir de toute façon continuer à avancer. Ça peut très bien être des
prospecteurs québécois, là, qui ont ces claims-là, là, je ne pense pas
que ça remette en cause que ce soient des Québécois ou pas des Québécois qui
vont avoir accès à ces claims-là. Ça fait
juste en sorte que, le travail qui est réalisé par les gens du ministère, il y
a une valeur ajoutée qui revient au gouvernement, parce qu'il y a tout
un travail qui a été fait là, puis il faut le valoriser, ce travail-là. C'est
plus ça, là.
M. Hamelin
(Pascal) : Les gens du
ministère, quand ils ont ces claims-là, pourquoi qu'ils ne les optionnent
pas, d'abord, au lieu de les mettre en
enchère? Ils peuvent les donner en... les optionner puis garder une royauté
dessus si jamais il y a quelque chose qui se fait avec ça. Moi...
C'est parce
que la mise aux enchères, c'est que le petit prospecteur, là, lui, il va s'essayer
puis il va se ramasser avec les
miettes. Parce qu'on a beaucoup de prospecteurs à Val-d'Or, là. Puis le petit prospecteur, bien là, présentement, il a autant de chances que Glencore, tu sais, il n'a
pas besoin de débourser plus cher. Mais là le petit prospecteur à Val-d'Or,
mettons, je regarde Laurian, là, Laurian
Marcotte, je veux dire, c'est un prospecteur, il a plein de claims un peu
partout, mais il vient à bout d'avoir beaucoup
de claims pour finalement qu'il y
en ait un ou deux qu'il y ait des
travaux intéressants, mais ça ne lui a pas coûté une fortune, là, tu
sais. Mais…
Ouellet : Oui,
mais… Je m'excuse.
Le Président (M. Lévesque) : Oui, Mme
la ministre.
Ouellet : Il va pouvoir continuer ça partout sur le territoire, sauf le petit territoire qui est travaillé par les gens du ministère.
Puis c'est des tout petits territoires, là, je ne sais pas si vous le savez. À
chaque année, là, ce qui est déposé comme travaux, là, c'est vraiment des tout
petits territoires.
M. Hamelin (Pascal) : Là, vous ne
parlez pas de SOQUEM, là, vous parlez…
Ouellet : Non, non, non, je ne parle pas de SOQUEM, là. Là,
je parle… Les gens du ministère, à chaque congrès minier, ils déposent une
étude sur une portion d'un territoire, là… Il faudrait que je vous sorte c'était
quoi l'année passée, là, je pense que ce serait peut-être la meilleure chose.
Je pourrais sortir l'année passée c'était quoi, la portion de territoire. Je
vous le ferai parvenir, on va faire ça.
M. Jolicoeur (Marcel H.) : J'aimerais
ça qu'on puisse le regarder puis être capables…
Ouellet : Oui, parce
que vraiment, je vous le dis, là,
c'est vraiment une petite portion de territoire.
Et c'est les gens du ministère
qui ont identifié ça, je pense que c'est Géologie Québec qui font ces travaux-là, qui
ont identifié que, selon les
différents indices — je
ne suis pas une spécialiste là-dedans, là — il y avait un potentiel, et là ils ont
foré les données et ils ont fait beaucoup de
travail. Et, lorsqu'ils ont diffusé ces données-là, c'est là qu'il y a eu
beaucoup de claims qui se sont pris
juste sur… Mais, partout en dehors de ces territoires-là, ça continue à
fonctionner comme on fonctionne actuellement, là. C'est vraiment juste
pour valoriser, donner de la valeur ajoutée et des revenus aussi pour que le
ministère puisse continuer à faire ces travaux-là.
Le Président (M.
Lévesque) : M. Jolicoeur.
M. Jolicoeur (Marcel H.) : Est-ce que cette
partie de claims là qu'ils vont
faire des travaux dessus appartenait à quelqu'un? Ils n'appartenaient
pas à personne à ce moment-là?
M. Jolicoeur (Marcel H.) : O.K., vous répondez à ma question. Parfait. Mais
j'aimerais ça avoir les données, par exemple, si vous les avez. On
pourra vous les commenter après ça.
Ouellet : On va vous faire parvenir, là, la… puis que ça
soit disponible pour la commission, là. Je pense que je vais le déposer, parce que ça va être plus
clair pour tout le monde. L'année passée, ça donne un exemple, là. L'année
qui vient, ça va être autre chose, mais, en
termes de grandeur de territoire, là, ça se ressemble. Donc, on va vous
diffuser ça.
D'Amour :
…votre phrase, là, que vous venez de terminer, je n'ai pas entendu.
Ouellet :
Bien, ce qui a été diffusé l'année passée, on va vous le rendre disponible pour
que vous ayez une idée de c'est quoi, la
grandeur des territoires, parce que ça n'a pas l'air d'être clair pour les
gens, sur quoi s'appliquent les enchères. Donc, juste pour que ça soit
clair, je vais donner l'exemple de, par exemple, l'année passée, ça se serait
appliqué sur quel territoire. Là, sur cette année, les travaux n'ont pas été
rendus publics, donc le territoire n'est pas connu,
mais, pour l'année passée, on connaît le territoire, comme ça a été rendu
public. Il y a 800 claims qui se sont pris à l'intérieur d'un délai
d'environ 15 minutes. Donc, ça va vous permettre de voir à quoi pourraient
ressembler les mises aux enchères puis c'est quel genre… quelle grandeur de
territoire environ, là, d'une année à l'autre ce n'est pas le même, là, mais
qui serait visée, là.
M. Hamelin
(Pascal) : Mais c'est toujours des terrains non claimés, là?
M. Hamelin
(Pascal) : O.K.
Ouellet :
Bien oui, parce que sinon ils ne peuvent pas… Oui, oui.
Le Président (M.
Lévesque) : Merci, Mme la ministre. Avez-vous d'autres questions?
Ouellet :
Ça va faire un premier tour, puis on pourra revenir.
Président (M. Lévesque) : Donc, la parole est à l'opposition
officielle, donc au député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour : Merci. Félicitations, M. le Président, vous êtes
le premier à bien prononcer le nom de mon comté, c'est bien parti. Parce qu'on parlait de Rivière-du-Loup—Témiscamingue la semaine passée. Alors,
voyez-vous, il y a des rapprochements entre les régions.
Vous avez parlé… Vous
avez employé l'expression «optionner» tout à l'heure. Votre définition de ça,
M. Hamelin (Pascal) : Bien, moi, ce que j'ai en tête, c'est ce que SOQUEM fait, là. SOQUEM,
présentement, ils vont prendre, mettons, une
entente. S'ils ont des claims, SOQUEM, qu'ils veulent faire fructifier ou
mettre de la valeur dessus, ils vont s'associer avec une junior pour
aller faire de l'exploration plus avancée sur ce site-là. Moi, je pensais que c'était
dans cette optique-là, là.
D'Amour :
Ceci dit, écoutez, je n'ai pas l'intention de revenir beaucoup sur la question
des pouvoirs discrétionnaires, simplement
vous dire que votre voix s'ajoute à celles… On a entendu une vingtaine de
groupes à venir jusqu'à maintenant, tout le monde dit la même chose. La
ministre s'est ouverte en disant : Bon, bien, peut-être des amendements. Certains ont même demandé le retrait
de l'article, purement et simplement. Mais on va revenir là-dessus, le
message doit être entendu par toutes les parties.
Sur la question de la
transformation, il faut être conscient qu'il s'en fait, de la transformation au
Québec. Et c'est la Fédération des chambres
de commerce du Québec, la semaine dernière, qui sont venus le dire ici, une
vingtaine de milliers
d'emplois qui sont directement liés à la transformation. Il ne faut pas laisser
croire aux gens qu'il ne s'en fait pas, qu'au Québec c'est le désert en
matière de transformation des minerais, ce n'est pas le cas. Ça, c'est une mise
au point qu'il faut apporter.
Maintenant, sur la question…
Parce que, pour exploiter, il faut explorer, là. Sur la question de l'exploration,
présentement, sur ce que vous constatez sur votre territoire — il y
a les gens d'Orbit Garant qui sont avec nous, que j'avais eu l'occasion de
visiter le printemps dernier, lors de ma visite chez vous — on en
est à quel niveau en matière d'exploration? Est-ce que ça s'améliore? Est-ce
que ça va mieux? Est-ce que ça se détériore, comme situation?
M. Jolicoeur
(Marcel H.) : On a justement le vice-président d'Orbit Garant qui est
avec nous, alors je vais demander à M. Laplante de répondre à cette question.
M. Laplante (Alain) : Merci beaucoup. Écoutez, depuis le printemps dernier, la situation a
continué de se dégrader. Évidemment,
les sociétés n'obtiennent pas de capitaux, ne sont pas capables d'avoir des
fonds. Par conséquent,l'exploration,
je ne dirais pas qu'elle a cessé, mais elle a diminué largement. Nous avons
224 foreuses. Au moment où on se
parle, aujourd'hui, là, aujourd'hui, j'ai probablement 50 à 55 foreuses en
action. Il y a à peu près 15 mois, nous étions à peu près
1 100 employés; il nous en reste approximativement 550 ou à peu près. La
différence entre les deux, approximativement
60 % de cette main-d'oeuvre-là sont des emplois… des travailleurs du
Québec. Une grande
partie viennent de
la région de l'Abitibi, mais ils ne viennent pas juste de l'Abitibi, il y en a
qui viennent d'ailleurs au Québec. Et présentement c'est vraiment… Nous,
ce qu'on prévoit à court terme, disons, des six prochains mois, on pense que la
demande pour le service de forage va continuer de réduire. On s'attend
éventuellement à faire d'autres mises à pied à cause de cette situation.
Québec, ce qu'on voit également, c'est qu'au Québec la situation, elle est pire
qu'ailleurs. Notre société opère principalement dans l'Est, donc l'Ontario,
le Québec, un peu les Maritimes, le Nunavut. Rapidement, pour ce qui est de la portion canadienne, qui compte pour
90 % et plus de notre chiffre d'affaires, ce qu'on voit, c'est qu'en
Ontario, entre autres, ils réussissent, une fois de temps en temps il y
en a une, junior, qui réussit à obtenir des fonds. Au Québec, des juniors qui
ont obtenu des fonds, il y en a très peu, très, très peu. Ceux qui font du
forage ou qui débutent des programmes de forage présentement sont ceux qui
avaient des actions accréditives et qui se doivent de le faire avant le
31 décembre pour ne pas perdre leurs privilèges.
Alors,
on voit qu'au niveau de l'exploration puis de la demande de services d'exploration
ça diminue. On doit savoir que les services d'exploration… Selon moi,
98 %, évidemment, bon, des sociétés d'exploration mais aussi des sociétés minières utilisent des entreprises comme
nous pour leur donner ce service-là. Même les sociétés minières qui sont
en opération présentement ont réduit considérablement leurs programmes de
forage et de mise en valeur. Alors, présentement la situation, elle n'est
vraiment pas rose, et puis on ne voit pas, au moment où se parle, vraiment, là,
de lumière au bout du tunnel.
au niveau de la capacité des juniors à obtenir le financement présentement,
nous sommes aussi une société cotée en
bourse, et on se fait refuser des rencontres avec des investisseurs. Et ça, c'est…
je n'aime pas ça le dire, mais parce qu'on est une entreprise du Québec,
à cause de l'incertitude.
Alors,
notre position, nous, un service de forage : Oui, on veut voir une loi,
parce qu'on a besoin de stabilité. On a besoin d'avoir les bons
arguments dans cette loi-là pour réattirer éventuellement les investisseurs
ici, parce que, oui, il y a un beau
potentiel, on a une belle expertise, mais tranquillement pas vite, nous, on a
formé énormément de gens, et nos meilleurs, tranquillement pas vite,
bien ils s'en vont où est-ce qu'il y a de l'ouvrage, qui est ailleurs. Et ça,
on trouve ça dommageable, mais, bon, on doit s'ajuster.
D'Amour : Peut-être vous rassurer dans la mesure où c'est
possible de le faire, là : sur la question d'avoir une loi, on loge
à la même enseigne là-dessus. Honnêtement, là, on a eu l'expérience de 79, de
14 avec les dizaines et les dizaines d'heures
en commission parlementaire, 200 heures. Ça n'a rien donné. Là, on est
embarqués dans un processus qui va encore durer au moins quelques
semaines, parce que c'est un projet de loi où il y a plus de 300 articles,
puis on en a jusqu'au mois d'octobre, là, en termes de consultations
particulières.
Est-ce
que la situation que vous vivez chez Orbit Garant, c'est une situation qui est
généralisée à travers les autres entreprises qui font de l'exploration?
M. Laplante
(Alain) : Oui, exactement, on voit nos compétiteurs également dans…
exactement dans la même mesure que nous, on
lit leurs rapports financiers. Certaines sont des sociétés cotées en bourse
également, mais on a aussi des contacts avec des sociétés qui sont ce qu'on
appelle, nous, des compagnies privées ou des «mom-and-pop companies» puis on
voit qu'ils ont énormément de difficultés également, on reçoit des demandes d'emploi
d'un peu partout présentement. Alors, oui, c'est généralisé.
D'Amour : Je comprends que vous avez la moitié moins d'employés
comparativement à il y a un an, là. À peu près 1 100 travailleurs,
550, c'est la moitié. Ça, c'est une conséquence directe ici, là, maintenant,
là, en termes d'opérations puis en termes d'emplois.
Lorsqu'on explore moins, on trouve moins, donc on
exploite moins. Ce qu'on traverse comme zone de turbulences présentement, là, va avoir, selon l'expérience que vous avez, des effets à moyen et à long terme?
Comment ça se passe, là?
Laplante (Alain) : Regardez…
Écoutez, la société existe depuis plus de 28 ans, ça fait sept
ans que je suis pour la société présentement. Les gens qui ont formé la société
en ont vu d'autres, il y a des périodes très creuses, et revenir
dans l'industrie des mines ça prend du temps, il faut que la confiance se
réinstalle et que ça redécolle. Alors, nous,
on croit que la situation actuelle aura des impacts au cours, sûrement, des deux, trois prochaines
années, en présumant qu'il y a
quelque chose qui va se passer de positif, disons, d'ici les six à huit
prochains mois, parce que c'est une industrie qui est toujours en retard un peu. Les bonnes nouvelles arrivent, mais
ce n'est pas parce que la bonne nouvelle, demain matin, elle arrive que tout le monde commence à explorer. Tout le monde
est quand même sage, ils doivent recommencer à obtenir des investissements avant de recommencer le forage. Alors, il
y a toujours, là, un laps de temps qui s'écoule entre le moment où on
dit : Bien, la condition économique est plus favorable…
Nous, on
croit que les sociétés qui ont des sous présentement sont assises sur de bonnes
liquidités, sont prêtes à faire des
investissements, mais le marché… Puis ce n'est pas juste au Québec présentement
non plus, le marché international, présentement, il y a beaucoup d'incertitude.
Et, au Québec, bien, à cause de la situation qu'on connaît présentement, bien c'est
un petit peu pire. Alors, on prévoit que l'industrie… Selon nous, l'industrie
minière va avoir des difficultés au cours des prochaines années.
D'Amour : Maintenant,
à la recommandation 2, vous dites, bon : «…recommande que le
gouvernement établisse, à l'intérieur du projet de loi n° 43, des
mécanismes de coopération et de communication pour encourager l'investissement
minier plutôt que des mesures rigides et contraignantes.» Vous parlez de quoi?
Jolicoeur (Marcel H.) : On
dit à ce moment-là : Dans le projet
de loi qui est là, il y a
des affaires… On parle, par exemple, au niveau du ministre, les pouvoirs
du ministre, ça insécurise encore les gens qui sont dedans, et on dit : Écoute, c'est quoi qu'ils ont comme pouvoirs?
Alors, ce n'est pas clair. Ça, c'est une affaire qui nous rend insécures
là-dedans aussi. Il y a la question aussi qu'on
parlait tantôt au niveau des actions avec les… les ententes avec les
autochtones. Ce n'est pas clair, ce n'est
pas fait. Toutes ces affaires-là, ce n'est pas encore clair, alors ça crée une
insécurité de la part des entreprises
qui sont là, puis ils attendent. On en entend parler, on est alentour, c'est
pour ça qu'ils nous le disent, et c'est pour ça, ce que M. Laplante disait tantôt là-dessus. Les compagnies
de forage qui sont là-dedans, il faut que… Si eux autres n'explorent pas, il n'y en aura pas. On n'a pas de
financement qui va dedans, les gens sont comme insécures, et tout ça.
Alors, il est
important d'avoir une loi qui soit passée le plus rapidement possible pour
avoir les balises exactement qu'il y a
dedans, avec ce qu'on demande de… les modifications qu'il y a dedans. Ce qu'on
vous a donné, on a10 recommandations
en tout qui sont dedans, vous avez lu notre mémoire qu'elles sont dedans, les
10 recommandations, et je pense qu'il est important que ce soit pris en
compte pour être capable de rassurer les entreprises, rassurer tout le monde,
et, à ce moment-là, on va être capables d'aller de l'avant.
Si on n'a pas
d'exploration… Vous le savez, qu'un projet minier, O.K., sur 5 000
possibilités de projet, il y en a une, mine. Le ratio, c'est de
5 000 à une. Alors, il faut se rendre compte que ce n'est pas évident. Il
y en a beaucoup, il y a beaucoup de monde que ça ne veut pas dire qu'ils vont
aller dedans. Tous les coûts sont dedans, on parle de coûts qu'il y a dedans. On parle d'aller… Si c'est une petite minière
qui a moins de 3 000 tonnes par jour, ce n'est pas un gros projet,
mais, si on passe au BAPE pour avoir tout ça, je veux dire, ça ne finira plus,
il y a tellement… Et vous le savez. Au
niveau de l'environnement, pour une minière, ça prend alentour de 80,
85 permis de toutes sortes qui… Imaginez, là, quand vous voulez
aller dedans. C'est beaucoup.
Alors, c'est
ça qui rend insécure. On dit : Écoutez, mettez l'encadrement qu'il faut
dedans pour être capable de rassurer les investisseurs, rassurer les
entreprises, rassurer tout le monde pour que, le Québec, on soit capables de l'exploiter
comme il faut, la richesse qui appartient à tout le monde.
Le Président (M. Lévesque) : M. le
député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour : Sur la question de la transformation, dans
le fond, vous ouvrez une porte, une
porte qu'on avait nous-mêmes abordée il
y a quelques semaines, lorsqu'on
parle d'étude, d'étude de marché, hein, ou d'étude d'opportunité sur le plan économique. Nous, ce qu'on dit, c'est
que c'est une étape qui devrait être franchie conjointement, une
étude globale, là, sur l'ensemble
des possibilités, avec comme partenaires les régions — vous
en êtes une, région, une région minière — les syndicats… Je
reprends toujours l'exemple du Syndicat des métallos qui, chez nous, là, il y a
à peu près… un peu moins d'un an, disait : Il faut faire de la transformation davantage au Québec,
je comprends, les mettre à profit, en faire des partenaires financiers, s'il
le faut, avec le gouvernement, parce
que tout le monde en bénéficie.
L'idée, c'est d'avoir une étude, de savoir exactement
où on s'en va, au Québec, avec la transformation, avec comme base, là,
les fondements qu'on a présentement. Ce n'est pas rien, 20 000 emplois
directs touchés en regard de la transformation. Il s'en fait, hein, il s'en
fait. Il faut qu'il s'en fasse davantage, c'est sûr, mais une étude globale qui
ferait de nous, là, de nous des partenaires.
M. Jolicoeur
(Marcel H.) : …tout le monde
est d'accord avec la transformation, la deuxième et la troisième, tout
le monde est dedans. Et vous savez qu'en Abitibi-Témiscamingue, je veux dire,
on a des entreprises qui sont au niveau mondial,
des personnes… Au niveau des équipementiers qui sont là, c'est une
partie de la
pérennité qu'on a dedans. Ces gens-là ont créé des machines, des… puis c'est
de l'innovation qu'ils ont mis dedans pour créer ces compagnies-là qui sont
partout dans le monde. On a CMAC-Thyssen qui ont fabriqué une machine qui est
vendue partout dans le monde, puis c'est des gens de chez nous qui l'ont fait.
Alors, tout ça, au
niveau de la transformation, c'en est une partie. La minière est là, ça a donné
de la sous-traitance, et on continue avec.
Et on est tous d'accord là-dessus, mais ce n'est pas à une entreprise de faire
l'étude de la transformation sur tel produit. Si vous me parlez du fer,
si vous me parlez de l'aluminium, vous me parlez de ces produits-là,
oui, il y en a, on est tous d'accord, mais au moment qu'on va parler des
petites minières, qu'on va parler des terres
rares, qui s'en vient puis qu'on n'en parlait pas voilà 10 ans passés, c'est
tout nouveau qu'ils commencent à en parler… Puis nous autres, on est au
niveau de l'or. Dans l'or, c'est quoi qu'on va transformer? On n'est pas pour commencer à faire des bijoux, écoutez, là. Vous
savez comment c'est, je veux dire, on peut sortir ça, mais… Je pense que, Mme la ministre, vous le saviez très bien, je
pense qu'on en a jasé déjà, de ça, et on est tous un peu d'accord. Il s'agit
juste d'encadrer et de mettre les bons articles à la bonne place pour que tout
le monde s'entende, pour qu'on fasse quelque chose pour donner de la sécurité
aux gens et non de l'insécurité.
je passerais peut-être la parole à M. Blanchet à cet effet, au niveau de la
deuxième et troisième, concernant vos machines par exemple.
Le Président (M.
Lévesque) : M. Blanchet.
M. Blanchet (Ghislain) : Oui, merci. Nous, en fait, on est un fabricant de
foreuses sous terre, qui opèrent sous terre.
On a la chance, je dirais, d'avoir des mines, on est aussi une entreprise de
services miniers, donc on identifie parfois un problème chez une mine pour essayer de corriger ses procédés de
fabrication, c'est ce qui nous permet de développer des produits. Nos produits sont présentement vendus,
là, en Afrique, en Amérique du Sud, en Europe, en Asie, un peu partout.
Mais,
pour en revenir à la deuxième et troisième transformation, je pense que tout le
monde est pour la vertu, en fin de
compte, mais il faut se mettre dans la dynamique que, si ça prend
1 milliard d'investissement pour aller en production minière, rajouter en plus une contrainte qu'il
faut transformer ce produit-là au Québec en plus, je pense que ce n'est
pas la même «ball game». On est tous pour
ça, mais la transformation, ultimement, ça s'adresse à un autre marché, à
d'autres entrepreneurs, comme par exemple je
ne demanderais pas à Agnico-Eagle de fabriquer des foreuses. Ils me
demandent de le faire, je le développe. Je
suis comme une conséquence de ça. Le fait qu'une mine démarre, il va y avoir
des conséquences. L'exemple de l'aluminium
en est très bien… mais on a tout fait pratiquement au Québec, on a donné des
crédits d'impôt, des tarifs d'électricité. Mais c'est quelque chose qui
est un autre «ball game». C'est pour ça qu'exiger de l'industrie minière de
transformer le nickel au Québec il y a une réalité, ça prend une réalité de
marché, ça prend une réalité d'importance du
gisement. Puis cette transformation-là, c'est des milliards d'investissement. À
Rouyn-Noranda, on a la chance d'avoir un «smelter» qui traite maintenant
des minéraux d'ailleurs qu'au Québec, mais il faut se mettre dans le contexte, là. L'obliger à tous les projets qui
vont démarrer, c'est un peu, je dirais, utopique. On n'est pas contre la
vertu, mais il faut être réaliste aussi. Un projet de lithium de 1 000
tonnes par jour, vous ne ferez pas une grosse shop de manufacturier de
batteries, de piles pour ça. C'est une autre «ball game».
Mais on est tous… C'est
pour ça qu'on dit que ça devrait être une responsabilité gouvernementale. Avec
les sociétés d'État qu'il y a, que ce soit
la SGF, Investissement Québec, ils ont les ressources pour ça, ils ont des
contacts à l'étranger, ça devrait être dans
leurs… Et bien sûr que l'industrie va participer à ça, mais c'est une autre
façon de le voir.
Le Président (M.
Lévesque) : Merci, M. Blanchet. M. le député de Huntingdon.
Billette : Merci beaucoup, M. le Président. Je veux vous
souhaiter, premièrement, la bienvenue. Je pense que vous avez fait une
longue route, un projet tellement important pour votre région. Saluer mes
collègues également et mon collègue de Rivière-du-Loup—Témiscouata — j'ai
bien prononcé, moi, également.
J'avais
quelques questions pour vous relativement… au niveau du développement durable.
Vous avez parlé que les projets
étaient pour être soumis au BAPE — selon la loi actuelle, je pense qu'on tient
des audiences, des consultations pour avoir
votre point de vue, vous êtes directement là-dedans — et surtout au niveau des petits projets, des
mines juniors, les exclure, à ce
moment-là, du processus du BAPE, comme ça se fait… Je pense qu'on l'a dans d'autres
domaines. Dans une production porcine, moi, de 2 000 porcs par
porcherie, ils sont exclus. Au niveau des quais de marina, 99 quais ou
moins sont exclus des études d'impact et des consultations du BAPE.
voulais savoir, le 3 000 tonnes par jour, sur quelle base que vous
vous êtes basés pour dire : Il faudrait exclure les projets de 3 000 tonnes et moins jour d'extraction,
les soustraire au niveau du BAPE? Ça aurait-u pu être 2 000,
4 000 ou il y a un seuil, à ce moment-là, au niveau de la rentabilité pour
les petites mines juniors… ou ça a été un chiffre vraiment lancé de façon
aléatoire?
Une voix :
Je vais passer la parole à monsieur...
Billette :
Parfait.
M. Tremblay
(Éric) : C'est des projets miniers qui ont très peu d'envergure. En
Abitibi, les projets de 3 000 tonnes,
c'étaient vraiment des petits chevalements, peu d'impact environnemental. Ça
fait que c'est de là que c'est venu,
le... Puis c'est des projets qui s'en viennent relativement rares aussi, ce n'est
pas des projets maintenant, là, qu'on voit énormément. Donc, c'est ça qu'on
a sorti, les chiffres, là, c'est vraiment peu d'impact environnemental, puis
souvent ils utilisent une usine déjà existante, ça fait que c'est pour ça.
Billette :
O.K. C'est des gens, souvent, qui vont faire l'extraction mais ne feront pas la
deuxième ou la première transformation du minerai, l'extraction de la roche,
qui est sortie à ce moment-là. Ça fait que c'est un chiffre qui est aléatoire
quand même, pour permettre aux petites mines de se développer…
Tremblay (Éric) : …petits projets miniers.
M. Billette :
…et de pouvoir occuper le milieu.
M. Tremblay
(Éric) : Mais ça n'empêche pas d'aller chercher les permis. C'est que
l'audience publique, le BAPE, vu qu'ils ont peu d'impact, c'est de réduire ça,
mais tu as les permis environnementaux.
Billette : ...laisser tomber le bout étude d'impact, un
petit peu comme qu'on a dans la production porcine ou dans les quais de
marina, sur les plans d'eau, à ce moment-là.
M. Tremblay
(Éric) : Tu as les mêmes permis à aller chercher, là, malgré tout.
Billette :
Parfait.
Le Président (M.
Lévesque) : M. Jolicoeur.
M. Jolicoeur
(Marcel H.) : J'aimerais juste passer la parole à monsieur...
Hamelin (Pascal) : C'est parce
qu'aussi, dans l'industrie, typiquement, les veines, là, si le gisement se
prête à du volume, là, tu n'auras pas une mine de 5 000 tonnes, ça va être
soit 50 000 tonnes, 30 000 tonnes. Mais rarement quelqu'un… Mettons une fosse à ciel ouvert, là, tu
ne feras pas une fosse à 2 900 tonnes juste pour ne pas aller au
BAPE, là. Tu sais, je veux dire, si c'est
ça, ta raison, là, peut-être que tu devrais refaire tes calculs aussi. Je sais
que des fois il y en a, des minières, qui vont peut-être faire ça, mais
tes calculs, là, au niveau financier, là, soit tu y vas gros ou tu restes
petit, puis typiquement, petit, là, on parle d'en bas de
2 500 tonnes, là.
Billette :
Donc, c'est où vient le chiffre de 3 000 tonnes, à ce moment-ci.
Hamelin (Pascal) : Je crois
que c'est déjà dans la loi présente, où il y a déjà des articles… le
3 000 tonnes est déjà chiffré, là.
Billette :
Une autre question qui s'adresse à M. Hamelin, je crois...
Billette :
…Laplante — excusez-moi
d'avoir mélangé les noms — effectivement,
de Forage Orbit, petite question pour vous.
Vous avez dit qu'actuellement la situation est beaucoup pire au Québec qu'ailleurs
pour les juniors. Vous avez parlé… Il
y a des mots… Je n'enlèverai pas les mots de la bouche de M. Jolicoeur. On
a parlé d'incertitude, de confiance, d'insécurité dans le domaine minier
québécois.
Pouvez-vous
élaborer là-dessus, voir un petit peu ce qu'il en est, ce qui a apporté ça?
Parce que, selon ce que je peux voir, les données que vous avez
avancées, ça va avoir un impact beaucoup plus long qu'au moment présent, et la situation dans les six prochains mois ne semble
pas vouloir s'améliorer non plus. C'est quoi qui a créé l'incertitude?
Et également qu'est-ce que le gouvernement
pourrait faire pour soutenir les petites minières juniors au niveau
financier? Est-ce que le rôle du gouvernement ne serait pas de jouer un effet
déclencheur, à ce moment-là, pour ces projets-là?
Le Président (M.
Lévesque) : M. Laplante, vous avez 45 secondes pour
répondre.
M. Laplante
(Alain) : Pas de problème. Écoutez, au niveau du contexte d'incertitude,
c'est qu'évidemment, lorsqu'on touche aux lois, on touche aux redevances, les
investisseurs deviennent peureux. Il y a d'autres endroits au Canada
qui ont plus de possibilités, donc ils vont ailleurs en premier. C'est une
question, tout
simplement, de risque. Alors, ça, c'est un élément excessivement important. Ce
qui fait que… Qu'est-ce que le gouvernement peut faire maintenant? Bien, regardez, ma pensée à moi : aboutir
avec une loi qui va se tenir debout, qui va être bien définie et qui ne fera
pas peur à personne. On sait que le droit de veto de la ministre est un problème
de perception, alors il y a certainement un travail de promotion qui devrait
être envisagé par le gouvernement, qui va faire une très grande différence dans
les investissements futurs et dans les possibilités futures.
Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, M. Laplante. Maintenant, je
cède la parole au deuxième groupe d'opposition. M. le député de
Nicolet-Bécancour.
Martel : Merci, M. le Président. Bonjour à vous toutes et
tous. Je n'ai pas beaucoup de temps, ça fait que je vais y aller juste d'un
trait, parce que souvent je reviens à une deuxième question, puis mon temps est
épuisé.
Deux affaires que j'ai
entendues. La première, c'est au sujet des ententes avec les autochtones, que
vous voulez rendre ça de façon transparente. Moi, j'entends bien ça puis je
vois tout à fait la pertinence de ça. Deuxième chose que j'entends aussi, c'est
que vous souhaitez que le projet de loi soit adopté. On a quelque chose d'imparfait,
vous souhaitez qu'on l'améliore, mais, le temps, il faut arrêter, parce que c'est
quand même, je pense, le troisième projet de loi, il faut accoucher.
Deux questions que j'ai. La première, j'essaie de
bien comprendre la différence entre ce que vous dites, peut-être que
la ministre s'octroie un petit peu trop de pouvoir au niveau du veto, par
rapport au schéma d'aménagement. Je ne sais pas si vous êtes familiers
avec les schémas d'aménagement, mais, une fois que le processus est fait, il y
a toujours la sanction du ministre des Affaires municipales. Vous ne trouvez
pas que c'est suffisant comme processus?
Puis la
deuxième chose que je veux vous parler, ça concerne l'étude de transformation.
Est-ce que vous seriez plus à l'aise
ou est-ce que ce serait plus réalisable de parler d'étude de raffinage plutôt
que de tout de suite aller dans la transformation, compte tenu que ce n'est
pas tous des gros joueurs qui sont dans l'exploitation minière?
Le Président (M. Lévesque) : M.
Jolicoeur.
Jolicoeur (Marcel H.) : Dans
un premier temps, vous parlez du schéma d'aménagement. Ce qu'on dit dans
le mémoire, nous, on est d'accord avec à
condition que ce ne soit que la MRC, et non chaque municipalité. Et c'est
peut-être là qu'il n'est pas clair, défini dans la loi ou tout ça… Si c'est la
MRC au complet avec le schéma d'aménagement, c'est correct. Mais, si vous prenez les petites… chacune des localités que c'est
dedans… Puis on sait pertinemment bien qu'il y a des toutes petites
localités que les gens ne sont pas compétents là-dedans, ils ont beau être maires,
ils ont beau être conseillers, etc., et il y
a peut-être des gens qui sont plus verts, en tout cas, dedans. Vous allez voir
que ça peut charrier, si on veut.
Alors, on demande… On dit : Écoutez, il y a
un schéma d'aménagement qui est là, il y a des zones qui sont protégées, il y a des affaires qui sont dedans, c'est
correct, puis peut-être que, le pouvoir du ministre, à ce moment-là, de dire à ce moment-là : Non, ça ne se fait pas,
un autre tantôt va peut-être dire oui, des cas d'exception très spéciaux.
Et c'est ça qu'on dit que ce soit clair
là-dedans, c'est ça au niveau du schéma d'aménagement. Puis on est d'accord
là-dessus, on n'a pas dit qu'on n'était pas d'accord ou en désaccord,
mais que ce soit contrôlé par la MRC.
Votre
deuxième que vous parlez aussi de la transformation, la question de
transformation. Il faut faire attention ce qu'on demande dans la transformation, c'est peut-être la question encore
de compréhension. Pour un dialogue, il faut être ouvert, il faut être capable de se comprendre, et souvent ce que je peux
dire, ce n'est pas ce que vous entendez complètement. Puis je pense qu'on
est d'accord là-dessus. Souvent, c'est… Les termes, il faut être capable de dialoguer. Ce qu'on dit : La deuxième puis
troisième transformation, on est d'accord, puis il n'y a pas personne qui
est contre. C'est qu'on dit que ce ne soit
pas à la minière qui est là de dire… faire l'étude, qui paie pour, pour être
capable de faire une deuxième et une troisième.
On a expliqué
tantôt ce que Forage Orbit puis CMAC-Thyssen disent, et les gens sont tous d'accord.
Déjà, si on a une minière qui s'appelle Agnico-Eagle ou… ont besoin, ils
vont transformer à d'autres entreprises, être capables de dire : Regarde, fais une machine pour être
capable de nous servir là-dessus, eux autres travaillent en R-D, etc., et on
continue de faire de la transformation. Et
je suppose… Je ne connais pas le fer parce qu'on n'est pas de ces régions-là.
Je ne connais pas l'aluminium non
plus, on le sait, on n'est pas de ces régions-là. Mais nous, dans notre région,
on parle d'or surtout, un peu de cuivre mais de l'or, puis, si vous
parlez de cuivre, puis dire une deuxième puis une troisième transformation, imaginez-vous qu'on est en Abitibi puis on décide
de faire des tuyaux de cuivre de cette grosseur-là, puis là il faut
mettre du transport pour transporter ça en
dehors. Oubliez ça, on n'en vendra pas un, parce que le transport va coûter
très cher, à transformer. Et c'est
là, il faut faire attention dans la deuxième puis troisième transformation.
Vous savez, il y a des affaires qui peuvent se faire, puis il y a d'autres
choses qui ne peuvent pas. On peut en faire, du tuyau, mais on ne sera jamais
capables de le vendre, avec le coût de transport, parce que du tuyau, ça prend
bien de la place puis ça coûte des fortunes à transporter.
Alors, tout
ça, je pense que c'est un dialogue qu'il faut avec le gouvernement, qui
consulte l'industrie, puis qu'on soit capables de le faire, et non
imposer aux minières : Vous devez faire l'étude de transformation. Je ne
sais pas si je réponds à votre question.
Le Président (M. Lévesque) : Il vous
reste 30 secondes, M. le député de Nicolet-Bécancour.
Martel :
J'ai très bien compris la… Puis moi aussi, j'avais remarqué ça dans le projet
de loi, parce qu'à un moment donné on
octroie des pouvoirs aux municipalités locales puis à un autre moment on parle
de schéma d'aménagement, alors que tout devrait être compris dans le
schéma d'aménagement.
Ce que je
parlais, moi, vous n'aurez pas le temps de répondre à ma question, mais c'était
plus… J'aurais aimé ça vous entendre par rapport au raffinage versus la
transformation.
Le Président (M. Lévesque) : En
10 secondes.
Jolicoeur (Marcel H.) : Y
a-tu quelqu'un qui peut répondre au niveau du raffinage? Là, vous parlez de
l'or, faire raffiner l'or ou je ne sais pas
quoi, là? Non, en général? Y a-tu quelqu'un qui pourrait répondre au niveau du
raffinage?
Président (M. Lévesque) : Malheureusement, on n'aura pas le temps,
mais peut-être qu'on pourra revenir, on verra. Il reste
7 min 15 s au gouvernement. Alors, la parole est à Mme la
ministre.
Ouellet :
Oui, merci, M. le Président. Concernant la transformation, est-ce que vous êtes
d'accord qu'on se donne des moyens équivalents à ce que l'Ontario a,
Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, dans la
Loi sur les
mines?
Jolicoeur (Marcel H.) : On
ne peut pas être contre la vertu. On ne peut pas être contre, O.K., vous
comprenez ce que je veux dire. On ne peut pas être contre.
Ouellet : Bien, je
suis…
Jolicoeur (Marcel H.) : Ce que je veux dire, je veux juste dire aussi
là-dedans : Mais, si on peut améliorer, si on peut être meilleurs qu'eux autres, est-ce qu'on peut faire, Mme la ministre… Si, par exemple, l'Ontario
fait quelque chose, Terre-Neuve et
les autres places, est-ce qu'on peut améliorer pour être capables d'avoir chez
nous plus de business, être plus
ouverts et non restrictifs puis… mais être un peu plus ouverts, avec un
encadrement qui est correct pour tout le monde, et que notre population en bénéficie, notre gouvernement et nos
gens de chez nous, du Québec, en bénéficient?
Ouellet : Ça fait
que je comprends que vous êtes d'accord à ce qu'on se donne les mêmes outils
que l'Ontario s'est donnés. C'est des outils,
et je veux juste vous corriger, ce n'est pas une obligation de faire de la
transformation à chaque fois, là. Puis, je vous l'ai dit, c'est «peut». Ce n'est
pas «doit à chaque fois», c'est «peut». Et c'est
pour ça que c'est «peut», c'est lorsque ce sera approprié. Et, si Terre-Neuve n'avait
pas eu cette possibilité-là, elle n'aurait
pas pu négocier avec… je crois que c'est avec Vale, pour qu'il y ait de la
transformation. Ce n'est pas chacune des mines à Terre-Neuve qui a eu de la
transformation, mais celle-là avait un gisement… un potentiel particulier. Et
je pense que c'est la même chose qui s'est passée aussi en
Nouvelle-Calédonie.
Donc, c'est
juste se donner un outil supplémentaire. Ça ne veut pas dire qu'il va être
utilisé à chaque fois, c'est une
possibilité. Et c'est comme ça également que c'est dans la loi pour
Terre-Neuve, pour le Nouveau-Brunswick, pour la Nouvelle-Écosse. Pour l'Ontario,
c'est différent. Eux autres, ils exigent tout le temps que tout soit… la
première transformation se fasse, mais eux
autres, dans leur loi, c'est au Canada. Donc, oui, on l'a adapté au contexte du
Québec, mais nous, on pense qu'il faut qu'on
se donne des outils à la hauteur de ce que nos concurrents, en termes d'États,
ont, et au Canada mais aussi ailleurs dans
le monde. Puis, je vous le dis, ce n'est pas quelque chose qui va être utilisé
à chaque fois, mais, c'est ça, si
Terre-Neuve n'avait pas eu cet outil-là, elle n'aurait pas pu exiger de la
transformation à Terre-Neuve.
Et je pense que de la transformation, comme vous
dites, sur le cuivre, bien la Fonderie Horne, ça en est, de la transformation.
Sur le zinc qui est exploité en Abitibi puis à la Baie-James, c'est transformé
à Valleyfield, CEZinc. Mais c'est vrai qu'il
y a des potentiels. Du côté des terres rares, il y en a, du potentiel pour
faire de la transformation. Dans le
lithium, il y a des projets de transformation, là, des usines pilotes à
Valleyfield. Il y en a, des possibilités, puis on pourrait créer toute une chaîne manufacturière. Moi, j'y
crois, qu'on peut faire une chaîne manufacturière jusqu'à la batterie au
Québec. On a même une entreprise, Phostech,
qui utilise ce matériau-là qui rentre… qui fabrique ce matériau-là qui
rentre dans la composition des batteries, on
a des entreprises émergentes qui fabriquent des batteries, mais il faut qu'on
puisse aussi, à un moment donné, un petit peu coordonner.
Et donc c'est
des outils. Ce n'est pas des obligations à chaque fois, c'est des outils qu'on
se donne. Ça fait que je voulais juste le clarifier, là, avec vous. Puis
justement c'est des outils qu'on se donne, au niveau du gouvernement, pour que le gouvernement puisse prendre sa responsabilité
gouvernementale. Mais, pour qu'on puisse la prendre, il faut qu'on ait
des outils pour nous supporter.
Sur les
pouvoirs, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler, du côté des zones incompatibles,
là, avec le secteur minier. Sur les
autres éléments, je dois vous avouer que c'est assez… On aura l'occasion, si
vous voulez, on pourra les reprendre, là, mais, sur les zones incompatibles, j'ai déjà annoncé, là, qu'il y aurait
des amendements spécifiquement à l'article 280.
Et je suis
bien contente d'entendre que, comme plusieurs, plusieurs intervenants, vous
souhaitez une adoption rapide de la
loi. Moi aussi, je crois que c'est important, parce qu'il faut mettre de la
prévisibilité, de la prévisibilité pour les entreprises minières mais
également pour les citoyens. Et, si on a de la transparence, de la
prévisibilité puis on sait dans quelle
démarche on s'engage, bien les citoyens vont aussi avoir plus confiance, et ça
va aider les projets à se réaliser,
parce que c'est important qu'on le fasse, maintenant, en dialogue avec les
communautés. Mais tous ces outils-là qu'on
s'est donnés, d'avoir des BAPE pour chacun des projets miniers, d'avoir la
garantie financière, d'avoir… c'est des outils qu'on se donne aussi pour
que le développement soit responsable et d'établir la confiance avec la
population.
Le Président (M. Lévesque) :
M. Laplante, je crois que vous voulez réagir.
M. Laplante (Alain) : Oui, s'il vous
plaît. Juste un petit commentaire, s'il vous plaît. Je vais faire très vite.
On parle de
transformation, on parle de mines. Au cours des cinq dernières années, le
MEG, qui est très bien connu, a démontré qu'au Canada la demande d'exploration
a diminué constamment aux dépens d'une croissance dans d'autres pays, entre
autres le Mexique, l'Afrique. Mon point est le suivant : Dans les faits, c'est
qu'il faut comparer l'industrie minière avec l'industrie minière d'ailleurs et
arrêter de faire le lien industrie minière et transformation.
Ceci étant dit, je ne suis pas contre la
transformation, en aucune façon. Je suis Québécois, je veux que ça reste ici
puis je veux qu'on en tire profit, aucun doute là-dessus. Mais, dans le
développement de la loi présentement, selon moi, on doit faire une distinction
entre les deux. C'est deux choses, dans une certaine mesure, pas rapport dans un
développement. Le développement minier est une chose; ce qu'on va faire avec
les ressources en est une autre. Je comprends qu'au gouvernement on veut
essayer de faire un lien le plus possible, puis comme Québécois ça fait du
sens, mais, d'un point de vue économique, ça n'en fait pas. On doit régler le
cas des mines, puis on réglera le cas de la transformation à part.
Puis
en même temps ce qu'il faut dire, c'est que les sociétés
minières sont très concernées par qu'est-ce
qui va arriver avec leur minerai. Plus il y a de la transformation près,
plus leurs coûts vont diminuer, parce qu'eux autres, un coup qu'ils l'ont extrait, il faut qu'ils l'envoient
à quelque part. S'ils sont capables d'avoir une transformation à côté,
ils ont un avantage à l'avoir. Ça, c'est des choses qui existent naturellement.
Alors,
moi, à mon point de vue, là, c'est qu'il y a une distinction entre les deux,
puis il faut arrêter de se comparer entre l'Ontario puis les maritimes.
Regardons qu'est-ce qui arrive ailleurs. Le Canada était vraiment plus haut
dans les rangs antérieurs; aujourd'hui, on
ne l'est pas. Au Québec, on est un beau joueur, on a des… on est assis sur une
mine d'or, on le dit, mais oublions juste l'or,
là, il y a d'autres minerais. Il faut être capables d'en tirer avantage et de
faire la promotion, justement, au
niveau des mines, et ça, c'est important et c'est l'essence, je pense, de la
loi. Mais oublions un peu la
transformation ou trouvons quelque chose qui fera que la transformation sera un
à-côté au développement des mines.
Le Président (M.
Lévesque) : M. Jolicoeur, en bonification. Il reste moins d'une minute.
M. Jolicoeur (Marcel H.) : O.K. Ce que nos investisseurs ont besoin, O.K.,
ils ont besoin d'une réglementation qui est claire, précise et surtout
prévisible. Alors, le plus rapidement qu'on va avoir tout ça clair, d'établi,
ce qu'on demande… C'est un secteur qui est
très fragile. L'industrie minière, c'est cyclique, et vous le savez. Ça peut
être très payant puis ça peut être…
Ce qu'on demande, c'est que, les signaux qu'on obtient, c'est des signaux
clairs qu'on veut pour être capables
de dire aux investisseurs : Chez nous, c'est la place à investir, c'est la
place pour la transformation, c'est la place pour le développement minier. Et, avec ça, je pense que tout le monde,
tout le monde, tout le monde va être heureux au Québec, et ça va avoir
bénéficié à tous les Québécois. C'est ce que je vous demande.
Le Président (M.
Lévesque) : Merci beaucoup, M. Jolicoeur, alors ce qui met fin à nos
débats pour cette première partie. Alors, je tiens à vous remercier, vous et
les membres de votre équipe de la Chambre de commerce de Val-d'Or, d'avoir
participé à nos travaux.
Je vais suspendre les
travaux pour quelques minutes, pour donner la chance au prochain intervenant de
prendre place.
(Suspension de la séance à
15 h 2)
Président (M. Lévesque) :
Alors, la commission est prête à reprendre ses travaux, la commission
qui étudie présentement le projet de loi n° 43,
Loi sur les
mines.
Alors,
j'ai le plaisir d'accueillir M. Nochane Rousseau, qui a déposé un mémoire à la commission.
Alors, la parole est à vous, M. Rousseau, pour une période de
10 minutes.
M. Rousseau (Nochane) : Merci, M.
le Président. J'aimerais tout d'abord vous remercier pour votre
invitation à participer à cette commission. J'aimerais également saluer Mme la
ministre Ouellet ainsi que les députés et membres de la commission ici
présents.
Je vais débuter par
me présenter ainsi que ma firme. Je m'appelle Nochane Rousseau et je suis
associé chez PricewaterhouseCoopers ainsi que le responsable du secteur minier
pour le Québec. Je fais également
partie de notre groupe national et mondial dédié au secteur minier depuis 15 ans.
Quant à PricewaterhouseCoopers, nous fournissons des services adaptés au
secteur minier à des sociétés minières, à des associations, à des gouvernements
ainsi qu'à des sociétés d'État. À l'échelle mondiale, ça représente près de
169 000 personnes dans 158 pays, dont 6 000 au Canada.
vais vous expliquer la démarche que j'ai suivie afin d'analyser le projet de
loi et de préparer mon mémoire. Puisque mon expertise est
essentiellement financière et que l'accès aux capitaux constitue la condition
sine qua non pour assurer le développement du secteur minier au Québec, mon
analyse ainsi que mon mémoire n'abordent que les dispositions ou les articles du projet de loi qui pourraient avoir une
incidence sur le financement du développement minier au Québec. Donc, afin d'y parvenir, nous avons
utilisé notre expertise et expérience chez PWC en matière de financement
d'entreprise. Nous avons donc plusieurs
interactions avec les différents investisseurs et prêteurs oeuvrant dans le
secteur minier au Canada ainsi qu'ailleurs dans le monde.
Je crois qu'il est
important de commencer par expliquer le fonctionnement du financement dans le
secteur minier. On y retrouve principalement deux sources de financement, soit
le financement par équité ou le financement par
emprunt. Le financement par emprunt est possible lorsque le niveau de risque
est faible ou modéré, mais, lorsque le niveau
de risque est trop élevé, seulement par équité est possible. Chaque source de
financement correspond donc à un profil de risque spécifique, et le
rendement demandé est également différent. Les grandes sociétés minières
productrices peuvent habituellement avoir accès en
partie au financement par
emprunt pour financer le développement de leurs projets miniers, alors que les
autres entreprises peuvent habituellement uniquement se financer par équité.
Nous
assistons également à un phénomène relativement récent, soit les modes de
financement alternatifs — qui sont nécessaires dans le contexte actuel — par exemple des prises de participation par
des investisseurs stratégiques, ce qu'on appelle aussi l'intégration verticale, ou encore la conclusion d'ententes
d'approvisionnement garanti, ce qu'on appelle en anglais des «offtake
agreements».
Pour évaluer les
dispositions et les articles du projet de loi qui sont susceptibles d'avoir une
incidence sur le financement, il faut également comprendre les critères
habituellement utilisés par les investisseurs pour justifier leurs décisions d'investissement,
soit le taux de rendement interne d'un projet par rapport à son évaluation du
niveau de risque que cela représente.
Un investisseur potentiel évaluera les facteurs de risque du projet minier au
stade de développement où il se trouve mais également en considérant les
étapes à venir, afin d'identifier les nouveaux risques. Tous les autres
critères étant satisfaits, un investisseur décidera d'investir si le niveau de
risque est jugé acceptable en fonction du niveau
de rendement attendu. Pour chaque élément de risque identifié dans un projet,
un élément de rendementcorrespondant
et proportionnel doit être généré — c'est ce qu'on appelle la relation
risque-rendement — afin de
conserver le même niveau de rentabilité. Ces
risques constituent autant de barrières à l'entrée pour des investisseurs
potentiels plus hésitants à accepter ce niveau de risque. Conséquemment,
plus le niveau de risque est élevé, moins les possibilités d'investissement seront présentes, et les
possibilités de financement seront pratiquement inexistantes pour
développer un projet minier.
investisseurs potentiels examineront donc les changements aux lois et
règlements, par exemple, dans le cas qui
nous intéresse, ceux du projet de loi n° 43, afin d'identifier, justement,
ces nouveaux risques auxquels le projet pourrait être confronté. C'est ce qu'on appelle communément le risque politique
ou encore le risque réglementaire. Ce risque se réfère à tout changement politique susceptible d'avoir une incidence
importante sur les intérêts notamment économiques. Cette perception du risque politique peut être
aussi nourrie par plusieurs changements récents liés aux lois et
règlements propres à un secteur d'activité,
notamment au niveau des redevances minières au Québec. Il est important de noter
que le risque perçu peut être aussi
dommageable que le risque réel pour le financement, car l'incertitude ainsi
causée augmente le risque lié au projet pour l'investisseur.
Avant d'aborder ce
thème, apportons d'abord quelques précisions. Au préalable, il importe de
distinguer le risque de l'incertitude. Tout
élément qui, dans l'environnement politique des affaires, suscite le doute mais
qui se prête à la mesure ou au calcul des probabilités relève du risque
politique ou réglementaire. À l'inverse, tout élément qui, dans cet environnement, suscite le doute mais qui
relève de l'appréciation subjective et qui ne se prête pas à la mesure
relève du domaine de l'incertitude.
Dans le domaine de la
finance, on est habilités à identifier les risques, à estimer leur incidence et
à mettre en oeuvre des mécanismes pour les
mitiger. Rappelons-nous toutefois que plus le risque d'un projet minier est
important, plus son coût en capital sera
élevé, plus son rendement interne attendu sera également élevé. Une augmentation des risques a pour conséquence de diminuer
le nombre de projets réalisables et de restreindre le nombre d'investisseurs
potentiels disposés à tolérer un niveau de
risque plus élevé. L'incertitude, quant à elle, rend l'investissement et le financement très
difficiles, voire impossibles, si ce niveau
d'incertitude est trop élevé, et ce, même pour des projets ayant un risque…
un profil de risque raisonnable ou faible.
Une autre notion
importante dans le domaine de la finance, c'est la valeur temps de l'argent. Un
dollar aujourd'hui vaut évidemment plus qu'un dollar de demain, il est donc
important de considérer dans le projet
de loi les dispositions qui pourraient entraîner des délais
supplémentaires importants ou encore une incertitude en ce qui concerne
l'échéancier du projet. Ces délais supplémentaires pourraient avoir des
incidences importantes, pour une société minière, car elle doit disposer des
liquidités nécessaires pour financer les frais engendrés par ces délais. Ces
délais supplémentaires peuvent également priver une société de diverses
circonstances opportunes qui sont essentielles au développement d'un projet
minier.
vous me permettez, j'aimerais utiliser une analogie pour illustrer mes propos.
Le financement d'un projet minier s'apparente à l'ascension
d'une montagne. Plus le projet est gros, plus le montant à financer sera
important, et plus la montagne à gravir sera haute et difficile. Chaque élément
de risque dans un projet doit s'accompagner d'un gain de rendement
correspondant, l'ajout de conditions réglementaires qui augmentent le coût et
le risque d'un projet minier sans en
augmenter le rendement le rendent moins attrayant pour un investisseur. Cela s'apparente,
dans notre analogie, à rendre
certains passages de notre ascension de la montagne plus dangereux et à
diminuer l'intérêt de certains aventuriers à gravir la montagne.
Certains décideront de rebrousser chemin devant ce nouveau danger.
équilibre doit donc être trouvé entre les risques du projet et son rendement
correspondant. Cette relation est dictée
par les marchés des capitaux et par la concurrence des différents projets
miniers ailleurs dans le monde. C'est en grande
partie parce que le financement
d'un projet minier doit se faire essentiellement par les marchés publics des capitaux ou encore par des modes de financement alternatifs que l'effet cumulatif des différentes dispositions du projet de loi serait dommageable pour l'économie québécoise,
particulièrement pour ses régions. Les conditions imposées par l'article 122
auront pour effet direct de mettre fin à des modes de financement alternatifs.
Est-ce que des sociétés verticalement
intégrées investiraient sérieusement temps et ressources dans des projets au
Québec si elles ne pouvaient pas utiliser le minerai extrait dans leurs
usines de transformation à l'extérieur du Québec qui disposent d'une capacité
excédentaire?
des principales inquiétudes au sujet des dispositions visant la transformation du minerai est que l'investisseur potentiel devra s'assurer que la société minière pourra se
financer sur les marchés des capitaux, incluant la transformation, si cela est exigé. Ainsi, cette disposition aura fort probablement une incidence importante sur les
investisseurs potentiellement intéressés à un projet minier, car il
comporterait alors une dimension de transformation qui ne les intéressera pas nécessairement. De plus, l'analyse du projet
devient plus complexe, car elle comporte
alors deux activités distinctes offrant également une relation
risque-rendement différente.
Certaines entreprises
ont actuellement énormément de difficultés à financer le développement d'une
mine. En ajoutant une dimension de transformation, est-ce que des possibilités d'investissement
ou de financement seront encore présentes pour ces entreprises?
Au sujet des ententes
visant les retombées économiques et le suivi de leur maximisation par un
comité, il faut faire ici d'extrême
prudence. Il faut éviter que les dispositions modifient profondément l'équilibre
entre les parties prenantes en privilégiant des
intérêts particuliers et étroits à des intérêts généraux qui profiteraient à l'ensemble
des Québécois. Il y a danger que la société minière devienne captive de ces
comités, et cela est propice aux dérapages.
Concernant les
garanties financières, les dispositions au sujet du calendrier de versement
créent des enjeux importants, étant donné que l'entreprise doit verser des montants plus élevés pour la
garantie financière sur une période plus courte. En effet, les besoins en capitaux sont plus importants avant
même que des flux de trésorerie suffisants puissent être générés par les activités minières sous-jacentes.
Conséquemment, cela augmente le montant à financer pour développer le
projet minier et réduit la rentabilité des projets.
Le Président (M.
Lévesque) : 30 secondes, M. Rousseau.
M. Rousseau (Nochane) : Cela signifie que les garanties financières ne
devraient normalement pas être exigées à 100 % avant que la
mine ne soit mise en exploitation commerciale.
conclusion, afin que les entreprises du secteur minier puissent continuer à
bénéficier de capitaux et que les projets
de développement dans le secteur ne soient pas compromis, plusieurs
dispositions du projet de loi n° 43 devront être précisées quant à
leur portée, à leur fonctionnement et à leur application ou être modifiées afin
de réduire les risques et éliminer les
incertitudes, essentiellement dans les trois domaines suivants : la
transformation du minerai, les ententes visant les retombées économiques
et leur maximisation par un comité, ainsi que la garantie financière.
Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, M. Rousseau. Nous aurons
maintenant 50 minutes d'échange. Donc, je cède tout d'abord la
parole à Mme la ministre pour une période de 24 minutes.
Ouellet :
Oui, merci, M. le Président. M. Rousseau, bienvenue à l'Assemblée nationale.
Vous venez présenter un mémoire dans le cadre du projet de loi n° 43
sur les mines. Je dois vous avouer que, sur le volet que vous avez abordé, le dernier volet sur la garantie
financière, je suis assez surprise, parce
que d'ailleurs plusieurs minières le font déjà de
façon volontaire, et on veut
généraliser une bonne pratique. Et je ne crois pas que ça les pénalise dans
leurs activités, puisqu'elles l'ont fait de façon volontaire, donc, et je crois
que c'est une façon… Vous savez, au Québec
on s'est retrouvés, dans le passé, avec plusieurs
sites miniers orphelins et on ne veut plus que ce soit possible, donc on veut
s'assurer que le montant soit réservé jusqu'à
temps que ce soit nécessaire, donc le mettre en garantie financière. Donc, je
pense que c'est une bonne pratique, là, qui a déjà été mise en place par quelques
minières au Québec.
le volet de la transformation, je me demandais si vous aviez regardé, parce qu'il
y a d'autres pays à travers le monde
qui se sont donné des outils pour pouvoir faire plus de transformation sur leur
territoire, et si vous aviez fait un balisage mondial des différentes
juridictions avec les outils qu'ils s'étaient donnés en termes de lois et de
règlements sur la transformation.
Le Président (M.
Lévesque) : M. Rousseau.
M. Rousseau (Nochane) : Oui. Donc, premier commentaire : Au niveau
de la garantie financière, nous sommes d'accord
que 100 % du montant soit donné en garantie. C'est en ce qui concerne le
calendrier des versements. Donc, à mesure que la compagnie a engagé des
obligations, à ce moment-là, on est d'accord qu'elle doit mettre en garantie des versements, mais qu'est-ce qui arrive à un
moment… Est-ce qu'une compagnie minière peut avoir terminé… peut être
encore au stade de la construction de sa mine mais avoir déjà déposé 100 %
de la garantie financière, alors que les événements générateurs des obligations
ne sont pas encore survenus?
ce qui concerne la transformation, oui, on a fait un exercice, et puis, pour
commenter par rapport à ce qui se fait en Ontario, l'Ontario demande que
le minerai soit traité et raffiné mais pas à l'intérieur de la province mais
dans l'ensemble du Canada, puis des
dérogations sont possibles et négociées. Pour avoir participé sur certaines de
ces négociations-là, justement, il y a des mesures incitatives qui sont
accordées par le gouvernement aux compagnies minières justement pour rendre la
transformation rentable et possible.
Ailleurs
dans le monde, que ça soit également en Nouvelle-Calédonie, pour le nickel, ou
Voisey's Bay, le projet de Vale,
encore là, pour chacune de ces situations-là, il y a des ententes qui sont
négociées entre la compagnie minière et le gouvernement, où des mesures
incitatives sont données aux compagnies minières, que ce soient des congés
fiscaux, des bonifications fiscales ou encore des paiements d'infrastructures
par le gouvernement.
Le Président (M.
Lévesque) : Mme la ministre.
Ouellet :
Oui, bien, merci, parce qu'effectivement ces ententes-là sont possibles parce
qu'ils ont des dispositions dans la loi qui leur permettent d'avoir un outil
pour bien négocier avec les entreprises. Moi, ça fait le tour de mes questions
pour M. Rousseau. Merci.
Le Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup. Alors, je cède la parole au
député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour :
Sur la question de la restauration des sites, les modalités que vous proposez,
j'aimerais vous entendre là-dessus d'abord.
M. Rousseau
(Nochane) : Au niveau des garanties financières, comme on disait, c'est
qu'au niveau… une fois que l'obligation est engendrée par la compagnie, à ce
moment-là, le montant devrait être déposé, mais, si je peux juste
vous donner un exemple pour illustrer les propos, admettons, dans un plan de
restauration, une compagnie prévoit installer un concasseur dans
quatre ans parce qu'elle veut augmenter la cadence de production, les
frais de démantèlement de ce concasseur-là devraient être donnés en garantie
dès le départ, alors que l'élément générateur de l'obligation n'est pas encore survenu. Donc, pourquoi déposer en
garantie des frais de démantèlement de quelque chose qu'on n'a pas
encore construit?
Donc, je suis
d'accord avec le principe de base que, quand on crée une obligation, on doit
déposer un montant en garantie. Ce qui serait également intéressant,
aussi, c'est d'évaluer la valeur temps de l'argent dans ces obligations financières là. Si les travaux doivent être faits
dans 15 ans, ou dans 20 ans, ou dans 30 ans, si on regarde les
compagnies dans le secteur du fer où que la
durée de vie des mines va être très élevée et les garanties vont devoir être payées dans 30 ans, devrions-nous actualiser en dollars d'aujourd'hui
les montants de ces garanties-là? Ça ferait diminuer le montant de la
garantie à donner au jour 1. Et puis, l'argent qui serait déposé en
garantie, qui serait fructifié, bien le rendement réalisé sur ces actifs-là
permettrait justement de payer les travaux de restauration.
L'autre
élément, si vous me permettez, c'est en ce qui concerne les formes de garantie.
Donc, quelle sorte de forme de garantie qui va être accordée? Est-ce que
c'est seulement des dépôts en liquidités ou il va y avoir aussi certaines
formes de cautionnement comme des lettres de garantie par des sociétés d'assurance
ou des garanties d'entreprise?
D'Amour :
Sur la question de la restauration des sites, de toute façon, cette question-là
avait été réglée par l'ancien gouvernement à l'époque. Les choses
avaient été dites clairement, des engagements avaient été pris.
Ceci dit, le
parallèle entre le Québec et l'Australie sur la question minière, sur la
question des redevances, ça a fait couler beaucoup d'encre. Ceux qui
forment le gouvernement actuellement, pendant deux ans, là, nous ont parlé du
modèle australien comme si c'était, finalement, là, ce qu'il existait de mieux
dans le monde. Versus le Québec, le parallèle que vous faites entre les deux?
Rousseau (Nochane) : C'est
deux territoires très différents, un, en termes de coûts de production et de
qualité de gisement et puis en termes de proximité des marchés émergents. À l'heure
actuelle, la Chine consomme 40 % des métaux de base à travers le monde,
donc toute la consommation mondiale des métaux de base est effectuée en Chine.
L'Australie est beaucoup plus proche de ce marché-là, donc leurs frais de
transport sont environ 2,5 fois inférieurs à ce qu'on retrouve au Québec. Et puis la qualité des gisements fait en
sorte qu'en Australie, sur plusieurs commodités comme le fer, par
exemple, ils n'ont pas besoin de procéder à l'étape de la concentration, étant
donné que la concentration du gisement est déjà beaucoup plus élevée que qu'est-ce
qu'on retrouve au Québec. Donc, au Québec, on doit aller à une étape supplémentaire,
donc faire de la concentration, et, évidemment, ça, ça augmente les coûts de
production de façon très importante.
D'Amour :
Iriez-vous jusqu'à dire que la comparaison est inappropriée entre les deux, ne
s'applique pas, il n'y a pas de comparaison possible?
Rousseau (Nochane) : Bien, c'est
deux territoires très différents, le climat est très différent. Le Québec
fait en sorte qu'aussi on a la rigueur de l'hiver qui augmente énormément les
coûts de production, puis on le voit pour des compagnies
qui ont autant des opérations en Australie et au Canada, que les coûts sont
très élevés au Québec par rapport à ce qu'on retrouve en Australie,
effectivement.
D'Amour :
Je tiens, M. le Président, à amener ce point-là parce que celle qui occupe le
fauteuil de ministre présentement est celle qui établissait ce
comparable-là entre le Québec et l'Australie constamment sur la question des
redevances… ou peu importe, mais tout de même.
Une fois que
c'est dit, la transformation, vous avez une position claire là-dessus. Il s'en
fait, mais votre message, il est à l'effet de…
Rousseau (Nochane) : Au
niveau de la transformation, qu'est-ce qui est compliqué actuellement, c'est
au niveau du financement. Donc, une
compagnie minière, actuellement, si on pend une compagnie, là… Prenons un
exemple, là, une compagnie avec un projet de nickel dans la région d'Amos.
Cette compagnie-là va avoir une capitalisation boursière peut-être, en date d'aujourd'hui,
de 100 à 150 millions, et elle doit financer la construction de la mine à
la hauteur de 1 à 1,5 milliard. Donc,
les seules façons, pour cette société minière là, d'y parvenir, c'est de signer
des ententes stratégiques avec un
partenaire financier ou un partenaire qui va venir avec une intégration
verticale ou encore vendre d'avance
sa production pour lui permettre de financer son projet. Donc, si on met en
place ou si on exige la transformation, bien ces deux sources de
financement là alternatif ne seront plus possibles au Québec. Puis, si on
regarde le projet Consolidated Thompson,
pourquoi qu'il s'est développé, c'est parce qu'ils ont été capables de signer
des ententes, des «offtake
agreements» avec la compagnie WISCO. Si on aurait exigé la transformation du
fer au Québec, WISCO n'aurait jamais
été en mesure de signer ces ententes d'«offtake agreement» qui ont permis le
financement et le développement du projet minier au Québec.
Le Président (M. Lévesque) : M. le
député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour : M. Rousseau, lorsque le gouvernement dit à l'intérieur
d'un article, dans le projet de loi n° 43, ceci,
article 122 : «Le ministre peut, avant le début de l'exploitation et
à l'expiration de la période de 20 ans prévue au premier alinéa, exiger — on emploie le terme "exiger" — qu'une entente soit conclue avec le
concessionnaire ayant pour objet de
maximiser les retombées économiques en territoire québécois de l'exploitation
des ressources minérales autorisées en vertu de la concession minière»,
vous pensez quoi de ça?
M. Rousseau (Nochane) : Bien, c'est difficile, parce qu'actuellement il n'y
a aucune précision additionnelle à savoir
qu'est-ce qu'on entend par la maximisation des ces retombées économiques là. Puis
moi, quand je mepromène dans ces
régions minières là, je n'ai pas entendu les fournisseurs locaux me dire qu'il
manque d'affaires avec les compagnies minières. Ce qu'on entend par
contre souvent, c'est des maires ou des mairesses des communautés qui disent qu'ils
aimeraient obtenir une quote-part des redevances qui sont versées au
gouvernement, justement pour leur permettre
de financer les services qui sont donnés aux individus qui vont travailler dans
ces régions-là ou encore pour répondre à la pression qui arrive sur les
infrastructures. Mais, en termes des fournisseurs locaux, je n'ai pas senti qu'il y avait un problème au sujet qu'ils allaient
chercher leur quote-part des contrats qui sont accordés par la compagnie
minière, puis ma préoccupation est davantage que la société pourrait alors être
captive et propice aux dérapages, si jamais ça crée des comportements
dysfonctionnels au niveau de la communauté.
D'Amour : On va tous s'entendre, là, on en veut tous, de la
transformation au Québec, le plus possible. Il s'en fait. Je vous donnais l'exemple la semaine
dernière. Dans ma circonscription, à Saint-Cyprien, on transforme de l'aluminium
pour des pièces en aéronautique par Bombardier. On le fait dans l'industrie de
l'automobile, on le fait dans l'industrie de l'ardoise, à travers nos
tourbières.
Comment on pourrait faire
en sorte d'aller en chercher davantage, selon vous?
M. Rousseau (Nochane) : Oui. Puis ça, je pense qu'il y a plusieurs intervenants qui aimeraient travailler
dans ce sens-là, en mettant des mesures
incitatives qui pourraient favoriser le développement de la
transformation au Québec. Puis ça pourrait avoir des avantages très importants,
parce que, si on fait plus de transformation, ça va
justement permettre aussi d'augmenter
l'acceptabilité sociale dans les régions, si on est capables de démontrer qu'on
transforme davantage. Mais on est davantage pour des mesures
incitatives, donc en travaillant soit sur des ententes fiscales, des ententes
économiques, des ententes ad hoc, revoir les infrastructures, revoir aussi le
prix de l'énergie ou le volume d'énergie qui peut être accordé, justement pour
inciter, favoriser le développement du secteur de la transformation.
Puis je
pense également que la transformation
n'est pas propre à une seule mine. À moins d'avoir un gisement de classe mondiale ou que la mine peut opérer pendant
plusieurs décennies, ça va prendre plusieurs
mines pour faire vivre une usine de
transformation. Donc, je suis davantage pour avoir une étude qui est réalisée,
coordonnée par le gouvernement du Québec, en fonction des métaux qui sont jugés pertinents, et non pas pour l'ensemble
des métaux, justement pour voir comment et de quelle façon on peut
développer cette filière de la transformation.
D'Amour : Est-ce que ce serait pertinent d'inclure des partenaires dans cette étude-là, monde
syndical, régions, gouvernement, minières, tout le monde ensemble?
M. Rousseau (Nochane) : Je pense qu'il faut impliquer toutes les parties prenantes, mais je crois
qu'il faut que ce soit
coordonné par le gouvernement du Québec.
D'Amour :
L'article 122,
tel que je viens de vous lire, là, avec l'expression «exiger» — enfin,
vous ne l'avez pas, le texte, devant vous, probablement, là, je viens de
vous lire l'intégrale — il
faudrait retravailler ça un peu, là?
M. Rousseau
(Nochane) : Oui, effectivement.
D'Amour : Lever
des capitaux, il y a des gens qui sont venus nous dire juste avant
vous, aujourd'hui, que trouver
de l'argent pour faire de l'exploration, pas mal difficile. Dans ce que vous
côtoyez, là, dans votre quotidien, à travers les entreprises, là, que vous
côtoyez, est-ce que c'est généralisé?
M. Rousseau (Nochane) : C'est généralisé, puis actuellement les formes de financement traditionnelles qu'on retrouvait dans le
secteur minier ne sont plus disponibles. Donc, toute forme de financement sur
laquelle on travaille, c'est des financements alternatifs, donc des prises de participation stratégiques, des
ententes d'approvisionnement
garanti, puis, pour ça, justement, il ne
faut pas exiger la transformation, sinon on ne sera plus capables de réaliser
ces ententes de financement là. Et puis, pour les compagnies d'exploration,
eux, là, qui doivent vraiment lever les fonds pour faire les travaux d'exploration,
bien un très grand nombre de compagnies au Québec sont en phase de mettre des
plans de survie pour éviter la faillite financière, parce qu'il n'y a pas d'exploration
qui se fait, puis ils ne sont pas capables de lever les capitaux.
D'Amour : Quelle
est la réputation du Québec à l'étranger? Parce que, lorsqu'on
cherche des capitaux dans ce domaine-là, on sort de nos frontières un peu,
n'est-ce pas? Quelle est la réputation du Québec à l'étranger?
M. Rousseau
(Nochane) : Le Québec avait excellente réputation, et, depuis quelques
années, on se fait… moi, je me fais poser la
question par mes collègues : Qu'est-ce qui se passe au Québec? Qu'est-ce qui
arrive au Québec? Avant, c'était une des forces du Québec, qui était
justement sa stabilité et sa prévisibilité, puis maintenant les gens ne
comprennent pas qu'est-ce qu'on fait au Québec, donc on a beaucoup de
questions.
semaine dernière, il y avait un investisseur étranger qui regardait pour
financer un projet au Québec, c'était sous forme de partenaire
stratégique, et, dans la revue diligente, les questions ont été principalement
au niveau du changement au niveau des
redevances minières puis justement le volet de la transformation dans le projet
de loi actuel.
D'Amour : Et ce
projet… Qui était un projet majeur? De quel genre de projet s'agissait-il?
Rousseau (Nochane) : Je ne
peux pas le nommer, c'est confidentiel, mais c'est un projet au Québec qui
est au stade, là, du développement.
D'Amour : Est-ce qu'il
y en a d'autres, projets comme ça au Québec, là, qui…
M. Rousseau (Nochane) : La majorité
des projets au Québec sont au stade de développement, éprouvent des difficultés
pour les financer. Et, oui, il y a le contexte mondial, mais le contexte du
Québec amène une complexité supplémentaire.
D'Amour : Selon
vous, la conséquence sur l'emploi, sur un horizon de maintenant à cinq ans?
Rousseau (Nochane) : C'est
difficile à évaluer, parce que, les dommages qu'on crée aujourd'hui, on va
le vivre probablement sur plus d'une
décennie. On l'a vu en Colombie-Britannique pendant plusieurs années. Quand il
y a eu des mesures gouvernementales qui ont été prises, ça a freiné énormément
l'exploration, puis ça a pris au moins 10 ans pour revoir les
investisseurs retourner en Colombie-Britannique, investir dans ce domaine-là.
Le Président (M. Lévesque) : Oui, M.
le député de Huntingdon, vous avez une…
Billette : Merci
beaucoup. Je vous souhaite la bienvenue. Très intéressant, M. Rousseau.
Très bien fait également comme mémoire.
Je veux
continuer un petit peu sur mon collègue de Rivière-du-Loup—Témiscouata, au niveau de l'incertitude
présentement. Vous avez parlé du risque politique, je pense, c'est les mots que
vous avez utilisés. On parle beaucoup d'incertitude
législative et réglementaire au niveau du secteur minier. Les gens avant vous
qui sont venus nous voir, dont M. Laplante, de la direction
financière de Forage Orbit Garant, nous ont parlé beaucoup au niveau de l'exploration
actuellement. Vous, vous avez de l'air à
être beaucoup plus spécialisé dans l'exploitation. Souvent, on entend dire…
Les réponses au niveau du gouvernement, c'est
que c'est l'industrie minière que c'est difficile actuellement, le prix des
métaux a chuté, et le discours que vous me dites aujourd'hui et également que
M. Laplante nous a bien mentionné, qui était très clair : c'est pire
au Québec qu'ailleurs, à l'heure actuelle, par le risque politique dans lequel
on doit vivre.
Est-ce que
vous vivez ce risque-là? Est-ce que dans les autres provinces… Si on regarde le
nord de l'Ontario, qui ont mis
5 milliards d'investissement depuis quelques mois, puis au Québec, vous
semblez me dire : C'est difficile, on n'est plus capables de financer. Et, si on rajoute l'article 122, où la
ministre peut exiger d'avoir une entente de transformation… Est-ce que
tout ça fait en sorte que, le Québec, plus difficile financer un projet
actuellement au Québec qu'en Ontario ou que partout à travers le monde? Si j'ai
bien compris, c'est ça que vous avez mentionné.
Le Président (M. Lévesque) : M.
Rousseau.
Rousseau (Nochane) : Oui. Au
niveau, je pense, du marché du secteur minier, je pense qu'il y a des
tendances qui sont mondiales. Le prix des commodités, c'est mondial. L'effet
sur la demande, c'est mondial.
Par contre,
quand on travaille avec les investisseurs puis les prêteurs puis qu'on regarde
des projets financiers puis quand ils
font leur modélisation financière, on se fait questionner énormément sur les
changements récents au niveau des
régimes de redevances mais également au niveau du projet de loi actuel. Parce
qu'eux, quand on regarde les formes de
financement, qu'on regarde avec eux… Comme je vous dis, c'est des financements
alternatifs, donc où qu'ils viennent acheter d'avance une
partie de la
production en prenant des intérêts stratégiques. Mais, si on exige la
transformation, on va mettre frein à cette forme de financement. Donc, il y a
énormément de questions à ce niveau-là.
Billette : Question
difficile pour vous, je ne sais pas si vous allez pouvoir y répondre. Vous avez
parlé également de la conjoncture mondiale, mais c'est devenu beaucoup plus
difficile au Québec à cause de l'incertitude, entre autres, qui a été créée par
les redevances. Je pense que c'est un domaine que vous connaissez très bien.
Quel est le
pourcentage qu'on pourrait dire? C'est-u la moitié des pertes d'emploi qui sont
dues à l'incertitude dont les… tout
ce qui a été dit sur les redevances minières, aller en chercher plus? C'est
quoi, c'est-u 50 %, 50-50 qui est dû au marché mondial des métaux,
et l'autre, de l'incertitude, on pourrait dire, presque le risque politique, je
pense que c'est vos mots que vous avez utilisés? Quelle est la proportion à ce
moment-là? Est-ce que c'est mesurable?
Rousseau (Nochane) : Je ne
suis pas capable de commenter, c'est quelque chose… Comme je vous
dirais, là, c'est du domaine de l'incertitude, donc on n'est pas capables de
mesurer les probabilités qui sont reliées à ça. Mais qu'est-ce que je peux vous dire, c'est qu'il est très difficile
actuellement de, le terme anglais, «closer», là, de fermer des financements, dans le contexte actuel, parce que
les investisseurs, les prêteurs attendent de voir qu'est-ce qui va
arriver avec le projet de loi plutôt que de s'engager à long terme.
Le Président (M.
Lévesque) : Oui, M. le député de Huntingdon.
Billette : …la
parole au deuxième groupe d'opposition officielle, si…
Le Président (M. Lévesque) : Merci
beaucoup. Alors, la parole est au député de Nicolet-Bécancour.
Martel :
Merci, M. le Président. Merci, M. Rousseau. Bravo pour le mémoire puis bravo
pour la présentation. Je sens votre présentation vraiment dénuée de
tactique politique ou des choses comme ça, vous faites vraiment appel à notre intelligence, à notre rigueur, puis ce que
je comprends, moi, c'est que vous identifiez deux risques — il y en a plus que ça, là — qui sont un peu dans notre cour. Dans un
premier, il y a toute l'incertitude par rapport à ce qu'on fait avec le projet de loi, est-ce qu'on en adopte un, est-ce
que… on est depuis un certain nombre d'années en attente d'un nouveau
projet de loi relatif aux mines, puis le deuxième, c'est, bien, le contenu de
ce projet de loi. Je comprends-u…
M. Rousseau (Nochane) : Oui.
Martel :
Oui. Moi, je voulais savoir : Par rapport au contenu, ce que vous avancez,
est-ce que vous avez déjà fait des
études comparatives avec… — bon, vous avez parlé de l'Ontario tantôt — avec d'autres provinces, avec d'autres
pays? Puis, si oui, j'aimerais ça
savoir : À votre avis, là, s'il y avait une ou deux faiblesses à l'intérieur
du projet de loi, que vous nous disiez, là : Ça, faites vraiment
attention à ça, ce serait quoi?
M. Rousseau
(Nochane) : Les études qu'on
a faites n'étaient pas spécifiques sur ce point-là, mais on a analysé
afin de voir les juridictions où qu'ils ont
exigé la transformation sans mettre en place en échange des mesures
incitatives. Donc, ça, ça exclut l'Ontario,
la Nouvelle-Calédonie, ça exclut Terre-Neuve parce qu'ils ont exigé de la
transformation, ils l'ont demandée, mais en retour ils ont fait des
concessions importantes justement pour rendre la transformation rentable.
L'endroit où
qu'ils ont exigé la transformation sans accorder des mesures incitatives, c'est
l'Indonésie. L'Indonésie a exigé la
transformation et a banni l'exportation de plusieurs minéraux, puis l'impact
pour l'Indonésie a été terrible au niveau
de l'investissement étranger. BHP Billiton, Newmont se sont retirés du
pays avec des projets d'investissement de plusieurs milliards de
dollars. Le Japon et la Chine, qui étaient deux acheteurs importants des
minéraux produits par l'Indonésie, ont porté
plainte au niveau de l'Organisation mondiale du commerce. Puis,
juste pour vous donner une idée, là,
l'Institut Fraser, qu'on connaît bien au Québec, l'Indonésie se classe
au quatrième rang pour le potentiel minier mais au dernier rang pour ses mesures politiques
favorables au secteur minier. Au
niveau des dépenses d'exploration,
les dépenses d'exploration qui ont été effectuées en Indonésie, ça a été
de 70 millions seulement. Juste pour vous donner une idée de grandeur, là,
en 2011, au Québec, ça a été de 800 millions. Donc, on voit vraiment, là,
que ça a des impacts très importants sur l'investissement étranger lorsqu'il n'y
a pas de mesures incitatives qui sont accordées en échange, justement pour
rendre la transformation rentable et possible.
Le Président (M. Lévesque) : M. le
député.
Martel : J'essaie
de bien comprendre, là, ce que vous dites. Dans le projet de loi, on dit qu'on
pourrait demander une étude de transformation. Pour vous, ça, là, cette
demande-là, c'est inquiétant puis ça peut créer de l'incertitude?
M. Rousseau
(Nochane) : Oui, bien qu'est-ce qui arrive aujourd'hui, c'est que les
entreprises, elles doivent se financer
aujourd'hui, en amont d'obtenir le bail minier. Donc, moi, je suis une
compagnie avec une faible capitalisation boursière qui veut développer
mon projet; les seules sources de financement actuellement disponibles, là, c'est
des financements alternatifs. Donc, je vais avoir un partenaire stratégique qui
va vouloir investir dans ma compagnie parce
que lui, il va pouvoir acheter la production, qu'il va utiliser dans ses usines
à l'extérieur du Québec, où il y a une capacité
excédentaire. Ça serait illusoire de croire qu'il va venir investir ici puis il
va construire une nouvelle usine alors qu'il
a déjà de la capacité dans ses usines à lui… ou encore… ou quelqu'un va venir
acheter de la production future aujourd'hui.
Moi, je dois
me financer puis je n'ai pas encore mon bail minier. Donc, je ne vais pas
encore faire la demande ou déposer l'étude
de faisabilité pour démontrer que ce n'est pas possible, mais c'est aujourd'hui
que je dois me financer. Puis, s'il y
a un doute que je puisse obtenir mon bail minier parce qu'on pourrait m'exiger
de faire de la transformation, bien ces investisseurs-là qui sont
ouverts aux modes de financement alternatifs ne seront pas intéressés à venir
investir au Québec. Puis les derniers
projets au Québec qui se sont développés, c'est grâce à ces modes de
développement alternatifs.
Le Président (M. Lévesque) :
45 secondes, M. le député.
Martel :
Si l'État disait : Nous, pour procéder à l'exploitation, là, des mines, on
souhaiterait être partenaires, est-ce que vous pensez que ça pourrait
être un frein, ça, à l'investissement?
M. Rousseau (Nochane) : Non, parce
que justement les sociétés minières sont à la recherche de partenaires qui peuvent amener du financement aussi dans les
projets. Donc, si le gouvernement veut investir dans leurs projets, c'est
sûr que les sociétés minières vont être favorables à ça, parce que l'accès au
financement, c'est clé dans ce secteur-là. C'est vraiment la condition
principale pour être en mesure de développer le secteur minier au Québec.
Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, M. Rousseau. Je passe
maintenant la parole à Mme la ministre, et votre groupe parlementaire a
toujours 21 minutes de temps de parole. Mme la ministre.
Ouellet :
Oui, merci, M. le Président. M. Rousseau, est-ce que vous diriez que l'Ontario
qui a dans sa loi, là, tous les minerais, souhaite que tous les minerais
qui sont extraits soient traités et raffinés au Canada, la Nouvelle-Écosse qui dit que personne ne doit retirer de la
province pour de la transformation sans le consentement du ministre, le
Nouveau-Brunswick qui dit que le ministre exige de lui, au moment où le bail
minier est passé ou à tout moment par la
suite, de transformer ou transformer davantage dans la province, avec des
dispositions semblables à Terre-Neuve... Est-ce que vous diriez que ces
quatre provinces-là qui avaient des pouvoirs dans les lois, des outils pour
demander plus de transformation qui n'étaient pas... Bien, dans le cas de l'Ontario,
ils le demandaient de façon systématique, mais ils pouvaient passer une entente
pour ne pas le demander. Mais, tu sais, je veux dire, qu'ils le demandent, qu'il
y ait une possibilité de le demander ou qu'il y ait une possibilité de ne pas l'exiger,
là — d'une
façon ou d'une autre, là, ça revenait au même — est-ce que vous diriez que ça
a mis plus d'incertitude dans ces quatre provinces-là au niveau du
développement minier, parce qu'ils avaient de telles dispositions dans leurs
lois?
Rousseau (Nochane) : Bien,
juste commencer par l'Ontario, je vous dirais que, l'Ontario, le fait de
demander que ce soit traité ou raffiné au Canada plutôt qu'à l'intérieur de la
province a un impact considérable, parce que, si on regarde les commodités qui sont produites... qui sont extraites,
excusez, en Ontario, il y a des capacités de production au Canada reliées à ça. Donc, on a de la
transformation de cuivre, de zinc, c'est possible, les facilités sont ici, et
ils vont avoir besoin justement de
minerai pour être en mesure de fournir ces facilités de transformation là. Le problème arrive lorsqu'il y a une capacité excédentaire ailleurs dans le monde puis que ces
commodités-là sont demandées ailleurs dans le monde.
Ouellet : …mais est-ce
que vous pensez que parce que
c'est dans la loi ça a mis plus d'incertitude dans ces quatre
provinces-là que ce qu'il y avait, par exemple, au Québec, là, à l'époque où on
n'en a pas?
Rousseau (Nochane) : C'est
sûr que oui en ce qui concerne les modes de financement alternatifs, qui
n'étaient pas présents antérieurement. Maintenant,
si on regarde les ententes de financement alternatif, que ce soient les
«offtake agreements» ou encore les intégrations verticales pour les partenaires
stratégiques, oui, ça peut être problématique, puis on le vit actuellement sur
des dossiers qu'on travaille.
Ouellet : Des
dossiers en Ontario, à Terre-Neuve, au Nouveau-Brunswick ou en Nouvelle-Écosse?
Rousseau (Nochane) : Les
dossiers que j'ai été impliqué en Ontario et à Terre-Neuve, il y a eu des concessions importantes du gouvernement
pour mettre des mesures incitatives pour rendre, justement, la transformation
rentable.
Ouellet : Vous savez qu'on a aussi émis, dans le dernier budget, des mesures incitatives à la
transformation et à l'investissement. Donc,
ça fait aussi
partie du portrait, là, du coffre à outils que nous voulons
mettre sur la table pour la transformation.
Moi, de mon côté, M. le Président, ça fait le
tour. Merci, M. Rousseau.
Le Président (M. Lévesque) : Merci,
Mme la ministre. Je vais céder maintenant la parole au député de
Rivière-du-Loup—Témiscouata.
Il reste 5 min 48 s pour votre groupe parlementaire.
D'Amour :
Bien, sur la question des mesures incitatives dont vient de parler la ministre,
il serait intéressant qu'elle dépose
à la commission la liste des entreprises qui en ont bénéficié à venir jusqu'à
maintenant. Ça ne devrait pas être trop compliqué.
Moi, je
retiens, M. Rousseau, votre message. On parle de réputation du Québec à l'étranger.
On parle de difficultés de faire du
financement pour des projets d'exploration, d'exploitation. Ça, pour moi, ça
vient me chercher, là, parce que le
Québec, vous le savez, ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, a perdu, au
cours des derniers mois, 45 000 emplois, 45 000 emplois. On
avait, juste avant vous, les gens de la Chambre de commerce de Val-d'Or. Quand
une entreprise, un fleuron que vous
connaissez sans doute, Orbit Garant, vient nous dire qu'en un an ils sont
passés de 1 100 travailleurs à
550 travailleurs, ça, n'importe quel politicien digne de ce nom-là est capable
d'admettre qu'il y a un problème, il y a un très, très, très sérieux
problème.
Moi, je
reçois très bien votre message, puis on va vivre ensemble au cours des
prochaines semaines… du moins je l'espère.
Tout dépendra du gouvernement, s'il appelle ou non cet automne le projet de
loi, là, pour l'étude
article par article.
Mais, sur la question des exigences liées à la transformation, parce qu'on
emploie le mot «exiger», «peut exiger», là, mais «exiger», là, il faut raffiner tout ça. Ce qu'on veut, là, tout
le monde ensemble, ce qu'on devrait vouloir tout le monde ensemble,
effectivement, c'est qu'il y ait de l'exploration, de l'exploitation et de la
transformation. Dans un monde idéal, là, on
ferait tout ça. La nuance est importante entre l'exiger au Québec et l'exiger
au Canada. On travaille dans le domaine de l'aluminium, là, au Québec
et, à ce que je sache, on n'a pas ce qu'il faut pour, là, on importe et on
transforme ici.
Alors, moi, je vous remercie, parce qu'il n'y a
pas personne qui peut douter du fait que vous soyez, dans le domaine, un expert, là. J'ai parcouru votre C.V.,
ça parle. Et il faut… On a tout un travail à faire dans l'étude
article
par article, parce qu'il ne faut pas se
tromper, mais on veut aller chercher le maximum en termes de retombées, de
retombées économiques
pour le Québec. Moi, votre message, je le reçois 10 sur 10. Ce n'est pas tant
une question qu'un commentaire que je fais, là, à la fin de votre
présentation, pour vous dire qu'on est conscients des éléments que contient le
projet de loi, sur lesquels on va devoir travailler avec beaucoup de rigueur.
Le Président (M. Lévesque) : M.
Rousseau.
M. Rousseau (Nochane) : Oui. Puis,
juste bien me faire comprendre, au niveau de la transformation, je suis persuadé que ça va favoriser l'acceptation
sociale, si on est en mesure d'augmenter la transformation au Québec.
Je suis pour des mesures incitatives et non pas un pouvoir de l'exiger, parce
que, si on a le pouvoir de l'exiger, c'est là que c'est très difficile au niveau du financement, mais, s'il y a
d'autres formes qu'on peut mettre en
place pour favoriser le développement
de la transformation, on est prêts à travailler avec vous dans ce sens-là à
100 milles à l'heure.
D'Amour : Merci. Et je reviens avec la demande de tantôt.
Si la ministre peut déposer la liste des entreprises qui ont bénéficié, depuis un an, des mesures
incitatives, là, pour ce qui est de la transformation, j'en serais bien heureux.
Le Président (M. Lévesque) : Mme la
ministre.
Ouellet : C'est
complet. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Lévesque) : Merci
beaucoup. Alors, M. le député, est-ce que vous avez des questions
supplémentaires?
D'Amour : Ça va.
Président (M. Lévesque) : Ça
va? Alors, mesdames et messieurs, constatant qu'il n'y a pas de commentaire
supplémentaire, je vais suspendre les travaux. M. Rousseau, je vous remercie
beaucoup de votre contribution à la commission parlementaire. Alors, je suis
très heureux de votre démarche, merci beaucoup.
Je vais
suspendre les travaux quelques minutes pour laisser la chance aux prochains
intervenants de prendre place.
(Suspension de la séance à 15
h 45)
Le Président (M. Lévesque) : Alors,
mesdames et messieurs, on reprend les travaux de la Commission de l'agriculture,
des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles. Nous accueillons maintenant
la Corporation de protection de l'environnement de Sept-Îles. Alors, bienvenue.
Je vous cède la parole, mesdames, pour une période de 10 minutes.
Prévost (Stéphanie) : Merci,
M. le Président. Mme la ministre, MM. et Mmes les députés, membres de la commission, pour
débuter, à
titre de directrice générale de la corporation de l'environnement de
Sept-Îles et au nom de notre conseil d'administration, je vous remercie de nous donner l'opportunité
pour la première fois de nous exprimer sur le projet de
loi sur les
mines. Je suis accompagnée aujourd'hui de Mme Rachel Laurin, qui est vice-présidente
de notre corporation.
Le mémoire qu'on a déposé à la commission fait état
des principaux éléments qu'on souhaite voir apparaître, préciser ou bonifier dans la nouvelle
Loi sur les mines. 12 recommandations sont suggérées pour améliorer l'encadrement de l'industrie minière au Québec. Elles portent
prioritairement sur la protection de l'environnement, la qualité
de vie des populations locales et la participation citoyenne. Pour les
fins de notre présentation, parce qu'on a 10 minutes, on va s'attarder plus particulièrement aux enjeux
qui sont liés à l'environnement, à la consultation publique et à l'a