Labour and the Economy — 17 May 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2016-05-17
Quebec — Committees
Mme la secrétaire, est-ce
qu'il y a des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Rochon (Richelieu) remplace M. Bergeron (Verchères)
et M. Turcotte (Saint-Jean) remplace M. Leclair (Beauharnois).
Président (M. Cousineau) : Merci, Mme la secrétaire. Alors, lors de notre dernière séance, nous
avions entrepris l'étude de l'article
83.1 introduit par l'article 28 du sujet n° 4. M. le député de Saint-Jean avait présenté un amendement à cet article. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mais
je dois vous dire, avant, que, sur l'amendement présenté par M. le député de Saint-Jean... Alors, M. le député de
Saint-Jean, il vous restait 13 min 50 s sur votre amendement.
Vous pouvez peut-être...
le député de Saint-Jean? Juste peut-être nous relire votre amendement et puis on peut
continuer la discussion, parce
que, comme je vous dis, il vous reste 13 min 50 s. C'est beau?
Le Président (M.
Cousineau) : C'est beau? Alors, à vous la parole, M. le député
de Saint-Jean.
Turcotte : Bon. Je
ne voulais pas donner un scoop à tous en lisant un autre amendement
qu'on n'a pas encore présenté, mais...
Le Président (M.
Cousineau) : Consentement...
Turcotte : ...le ministre
aurait peut-être aimé ça, je sais qu'il est fébrile, sur sa
chaise, de connaître tous les arguments, là, qu'on... les amendements
que nous aimerions déposer.
Mais,
plus sérieusement, M. le Président, effectivement, lors de la dernière séance,
j'ai présenté l'amendement suivant.
Donc, à l'article 28 : Au premier alinéa de l'article 83.1, remplacer «qui
y participent» par «aptes à y participer».
Donc,
pourquoi, M. le Président, j'ai déposé cet amendement? C'est qu'on peut lire, à
l'article, donc, 83.1, là, qui se
trouve dans l'article 28 du projet de loi, la mention suivante : «Le
programme Objectif emploi vise à offrir aux personnes qui y participent
un accompagnement personnalisé en vue d'une intégration en emploi.»
Donc,
nous considérons qu'à un certain moment de leur vie des citoyens peuvent avoir
besoin, effectivement, d'une aide — dans ce cas-ci, hein, une aide de dernier
recours, on le sait — pour
pouvoir s'en sortir, pour leur donner un peu de temps pour se remettre
sur les rails. Que ça soit suite à des problèmes personnels, que ça soit à des,
bon, problèmes familiaux, des problèmes,
bon, autres, là, on n'a pas à juger de ça. Une personne, à un certain moment de
sa vie, a besoin d'une aide ponctuelle, et l'aide sociale... au fond,
c'est ça, le Programme d'aide sociale.
là l'article, au fond, dit que tout nouveau demandeur, au fond, aura, là... va
offrir aux personnes qui participent un
accompagnement. On sait que le programme Objectif emploi est obligatoire pour
les nouveaux demandeurs, à part quelques
exceptions que le ministre nous avait énumérées lors d'une dernière séance...
qui, d'ailleurs, j'avais demandé, je pense,
la présentation de la liste. Mais je crois qu'on l'a eue, hein, ça? Oui, on l'a
ici, là... Je l'ai ici, c'est parfait. Donc, il y a quelques exceptions, là : Est admissible au programme de...
«Les personnes se [trouvent] dans l'un des cas suivants pourraient être exclues d'Objectif emploi.» Ça,
bien entendu, c'est des intentions réglementaires, là, on sait qu'est-ce que ça veut dire. Ça ne veut pas dire que c'est
exactement ça qui arrivera, mais c'est ce que le ministre a l'intention de
présenter, au fond, au Conseil des ministres.
Donc,
les personnes suivantes pourraient être exclues d'Objectif emploi, donc être
admissibles au Programme de solidarité sociale : «La personne ou son
conjoint; est admissible à une allocation pour contraintes temporaires
au Programme d'aide sociale[...]; est
considérée comme hébergée au sens de la loi [des] services de santé et [des]
services sociaux; est hébergée dans
un centre offrant des services en toxicomanie; est demandeur d'asile; [et] est
tenue sous garde pour une évaluation
psychiatrique; est tenue de loger dans un établissement en vue de sa
réinsertion sociale — sauf
exceptions.»
Donc, il y a quand même quelques
exceptions, mais, sinon, tout nouveau demandeur devra s'inscrire au programme
Objectif emploi. Programme Objectif emploi,
trois branches, bon : recherche intensive d'emploi, formation et habiletés
sociales — bon, les trois branches du programme
Objectif emploi. Si la personne embarque dans le programme, bravo! C'est
ce que le gouvernement lui dit. On va lui donner un montant supplémentaire, une allocation spéciale. Si elle n'embarque pas, tant pis : Tu n'en as pas, de chèque d'aide sociale. Si la personne embarque et que là elle est absente à certains moments pour des raisons, puis tout ça,
des absences non motivées — ça
nous a été dit — bien
là, il y a toute une séquence qui s'enclenche, là, de
pénalités et de sanctions.
Donc,
au fond, l'amendement, ce que nous, on dit, c'est : Plutôt que
tous, à l'exception de quelques
mentions ici que j'ai mentionnées,
donc ceux qui sont aptes à y participer y participent et ceux qui ne sont pas
aptes n'y participent pas, du moins
pas obligatoirement. Donc, c'est une grande nuance, parce qu'on l'a vu en
commission parlementaire, il y a un très grand nombre... malgré le fait que
beaucoup de groupes voulaient être entendus, M. le Président, et qui n'ont pas
pu être entendus, mais, de ceux qui ont été
entendus, un très grand nombre ont dénoncé l'obligation et encore un plus grand
nombre ont dénoncé les sanctions.
Parce
qu'effectivement il y a des groupes qui nous ont dit : Bon, il pourrait
effectivement avoir une forme d'obligation
de participer au programme, mais qu'il n'y ait pas nécessairement de sanction
suite à ça, ou du moins que ça n'affecte pas l'allocation de base du
Programme d'aide sociale. Parce que c'est ça aussi, ce n'est pas que l'allocation
spéciale qui est coupée dans les sanctions
prévues, M. le Président, il y a aussi une diminution du montant de
l'allocation de base de l'aide
sociale, donc, qui est 623 $ par mois, actuellement, au Québec. Donc, si
on coupe dans le 623 $, ça fait en sorte que la personne va vivre,
on se le dit, avec peu d'argent.
même temps, il y a... Bon, on le sait, là, le gouvernement, habituellement,
parle d'une seule voix, hein? Ça, vous
savez ça, M. le Président. Habituellement, c'est le cas. Mais là, en ce moment,
ce n'est pas le cas. Ce n'est pas le cas parce que, dans deux dossiers différents, mais qui sont quand même
importants, là, il faut le dire, dans le cas de l'Éducation et dans le cas de ce qui nous occupe actuellement
du Programme d'aide sociale, on a le ministre actuel de l'Éducation qui,
lundi, 16 mai — ça, c'est hier, ça — dans Le Journal de Québec ,
mentionne, quand on lui parle : Est-ce qu'il pourrait avoir des amendes ou des pénalités si la
personne... le jeune ne se rend pas à l'école jusqu'à 18 ans? Bien, le ministre
répond : «Je n'en suis
pas là. Je n'ai pas entendu au Québec que les gens valorisaient un modèle comme
ça. La pénalité, la stigmatisation
[...] pour moi, ce n'est pas l'avenue à prendre.» Je répète, M. le
Président : «La pénalité, la stigmatisation, pour moi, ce n'est pas
l'avenue à prendre.» Ça, c'est le ministre de l'Éducation qui dit ça, là, hein,
et, je pourrais mentionner, à plusieurs occasions. Il l'a
même dit ici, à l'Assemblée nationale, lors de la période des questions.
En même temps, on a un autre ministre, dans le même
gouvernement, qui dit : L'avenue à prendre à l'aide sociale, c'est les pénalités, les sanctions.
Puis je vais arrêter là parce que ça serait ajouter des mots dans la bouche du
ministre qu'il n'a peut-être pas
prononcés. Donc, on a quand même une divergence d'opinions, là. C'est deux
approches complètement... C'est la
même approche, mais, dans le cas du ministre de l'Éducation, il s'y
oppose ; dans le cas du ministre de l'Emploi et de la Solidarité
sociale, il la préconise. M. le Président, moi, j'ai de la difficulté à suivre.
pourrais ajouter aussi un autre élément. Vous savez, c'est une grande journée
pour la circonscription de Saint-Jean
aujourd'hui, peut-être un peu moins actuellement, mais on a le premier ministre
du Québec qui est dans ma circonscription actuellement. Il vient de
terminer un discours. Et, dans ce discours-là, sur la question... bon, il vient
prononcer, là, un état, là, de la situation
sur différents dossiers, et il mentionne qu'«il s'est engagé en politique pour
que le Québec soit plus libre de ses choix et que les jeunes ont droit
de rêver». Il mentionne ça dans son discours.
Quand on veut que le Québec soit plus libre de ses choix, bien, M. le Président, ça veut dire bien des choses. Ça
veut dire bien des choses. Nous, on a quelques
idées là-dessus; on pourra y revenir sur une autre tribune. Mais,
quand on dit aussi que les jeunes ont
le droit de rêver... mais il faut leur donner les outils puis les moyens de rêver.
Puis moi, personnellement, M. le
Président, je crois — puis
je ne suis pas le seul — que
le projet de loi actuel que nous étudions, le projet de loi
n° 70, qui vise l'intégration en emploi, soi-disant, moi, je crois que ça
va freiner les rêves des jeunes.
Pourquoi?
Parce qu'on va leur dire : Tu as le rêve de faire telle étude, bien, ce
n'est pas ça qu'on va te demander. On
va t'obliger à aller suivre telle formation parce qu'elle est plus courte, elle
rentre dans le 12 mois ou dans le 24 mois du programme, puis c'est ça
qu'on a besoin, actuellement. On a besoin de plombiers, tu vas t'en aller en
D.E.P. en plomberie. On a besoin de préposés
aux bénéficiaires, tu vas aller faire ton D.E.P. pour devenir préposé aux
bénéficiaires. On a besoin de ci, tu vas faire ça.
C'est déjà commencé,
on le sait. Il n'y a déjà plus vraiment d'orienteurs dans les écoles. En ce
moment, c'est pratiquement uniquement les
carrefours jeunesse-emploi qui ont ce mandat-là ou qui réussissent, de peine et
de misère, à offrir des services
d'orientation pour nos jeunes, à faire en sorte que nos jeunes puissent faire
le métier qu'ils souhaitent, avoir le
goût de continuer. Mais là, actuellement, le projet de loi n° 70, selon
moi, va freiner cet élan-là de nos jeunes.
premier ministre mentionne que le Québec... lui, il est embarqué en politique
pour que le Québec soit plus libre de
ses choix. Moi, je suis d'accord pour que le Québec soit plus libre de ses
choix, mais je suis aussi d'accord pour que les citoyens soient plus
libres de leurs choix. La liberté de choix des citoyens est importante, selon
moi.
Donc,
je crois que, M. le Président, dans le cas qui nous occupe, du projet de loi
actuel, il n'y a pas de liberté de choix; il n'y a que des obligations,
que des sanctions. Il y a de l'aide qu'on a encore de la difficulté à
concrétiser et à matérialiser. Pourquoi je dis ça, M. le Président? Parce qu'on
le sait : depuis quelques années déjà, il y a moins de... il y a 500 et plus agents, à Emploi-Québec, dans...
bon, dans les centres locaux d'emploi, de moins, il y a 500 agents de moins dans les centres locaux d'emploi, il y a
moins de centres locaux d'emploi. Il y avait une réussite, au Québec, qui
s'appelait les carrefours jeunesse-emploi,
et le gouvernement a voulu s'y attaquer et a fait en sorte maintenant, là, bon,
de signer une entente avec un nombre de
carrefours jeunesse-emploi en mettant de côté les autres carrefours
jeunesse-emploi.
Je vais
m'arrêter ici, M. le Président, pour entendre les commentaires du ministre sur
cette question-là. Mais moi, je crois
qu'à ce moment-ci, M. le Président, le ministre devrait réfléchir. Il a pris du
temps, en fin de semaine, pour réfléchir, mais faire en sorte de voir où il en est sur ces
sanctions-là imposées à nos jeunes. Je dis «nos jeunes» parce qu'il cible
lui-même, dans son discours, et l'ancien
ministre aussi ciblait les jeunes, comme si c'étaient uniquement des jeunes qui
étaient visés par le projet de loi
n° 70, ce qu'on sait, M. le Président, qui n'est pas... ce n'est pas
exact, là, ce n'est pas que des
jeunes, hein? Donc, j'aimerais ça savoir... même si je sais que le ministre
semble être entêté, là... Puis ce n'est pas un reproche, là; il a le droit, là, d'être dans cette ligne-là. Mais
nous nous y opposons fermement pour les mêmes raisons que le ministre
actuel de l'Éducation s'y oppose, aux pénalités et à la stigmatisation.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Jean.
Avant de passer la parole au ministre et puis de voir s'il y a d'autres parlementaires qui veulent discuter sur cet
amendement, ça me prendrait un consentement pour permettre à la
secrétaire d'annoncer un autre remplacement. Consentement?
Des voix :
Consentement.
Le Président (M.
Cousineau) : Consentement. Mme la secrétaire.
La Secrétaire :
Oui. Donc, M. Matte (Portneuf) remplace M. St-Denis (Argenteuil).
Président (M. Cousineau) : Merci. Alors, toujours sur
l'amendement... On est rapides, hein, monsieur... Alors, toujours sur
l'amendement, M. le ministre, est-ce que vous voulez réagir, s'il vous plaît?
Le Président (M.
Cousineau) : C'est comme vous voulez.
M. Blais : Il y a peut-être deux grosses difficultés, au moins, là, avec la
proposition qui est faite, là. La première difficulté, c'est que l'expression «apte» a quitté le langage de ce
programme-là depuis plusieurs années. C'est même le Parti québécois qui avait, disons, acquiescé à une
demande qui était faite, notamment par les personnes qui ont des contraintes
sévères à l'emploi, de ne plus parler
d'«apte» et «inapte». Pourquoi? Parce que vous pouvez avoir une contrainte
objective et sévère à l'emploi, réelle, mais vous pouvez quand même
occuper un emploi ailleurs.
J'étais
à Rimouski pour souligner, là, un organisme qui accueille, depuis plus de 20
ans... un café, le Café des halles, à
Rimouski, qui accueille, depuis plus de 20 ans, dans ses cuisines et dans son
personnel, des personnes qui ont un handicap, qui sont certainement, là, considérées comme ayant une contrainte à
l'emploi, sévère ou temporaire — je n'ai pas eu le temps suffisamment
de voir — et
ces personnes-là, bien sûr, avec l'appui des propriétaires du café, là, sont de
retour sur le marché du travail. Le
propriétaire reçoit un montant d'argent — on appelle ça un contrat d'insertion au
travail —qui permet de
financer un peu la plus faible productivité — j'appellerai ça comme ça, là, en toute
objectivité — de
ces personnes. Donc, elles sont contraintes
sévères à l'emploi, et pourtant il y a un arrangement qui s'est fait avec le
café, mais aussi avec les autres employés, parce que les autres employés
doivent accepter que... le monsieur qu'on m'a présenté
hier, bien, il est un peu moins rapide que les autres, clairement, mais il
occupe cet emploi depuis des années. Alors, on a quitté ces expressions «apte», «inapte» pour quelque chose, je
pense, qui est un peu plus objectif et qui ne ferme pas la porte — du
moins, dans son expression, là — à la réinsertion, sur le marché du
travail, de certains.
L'autre
difficulté avec la proposition, c'est qu'elle est très subjective. Qui va juger
qu'une personne est apte ou pas? Et,
dans le fond, ce que le collègue veut, ce n'est pas apte ou pas, mais c'est
volontaire ou pas. Si vous n'êtes pas volontaire,
vous n'êtes pas apte parce que vous n'êtes pas volontaire. Hein, moi, c'est ce
que j'ai compris, dans la... Et ça, bien
sûr, ça nous éloigne beaucoup trop, là, du projet de loi. Le projet de loi, en
ce moment, a le mérite, par ses intentions, là, de préciser les personnes, là, qui sont considérées comme devant
suivre la filière et ceux qui en sont exemptés pour différentes
raisons... on a rappelé les intentions la semaine dernière.
veux dire au collègue : J'étais, hier, à Rimouski. Je profite toujours de
ce temps-là pour aller, dans les CLE, rencontrer
des agents puis discuter avec eux de leurs réalités puis, notamment, du projet
de loi. Effectivement, ils ont reconnu qu'un
des mérites, là, du projet de loi, c'était, hein, de permettre d'identifier des
personnes qui ont des difficultés plus importantes
et qui ne devraient pas être considérées nécessairement dans un programme comme
celui d'Objectif emploi, compte tenu
des problèmes, notamment, là, de santé mentale. Ces personnes-là ne sont pas
suffisamment repérées aujourd'hui.
bien sûr, avec Objectif emploi, il y a une obligation quand même de rencontrer
des agents qui peuvent évaluer l'état
à la fois de santé, mais aussi, parfois, un environnement qui est fragile, qui
est problématique, qui ne permet pas à quelqu'un
de s'engager, là, immédiatement, dans une recherche d'emploi ou, encore, même
un retour aux études. Et ça, on en a
parlé longuement, de cette catégorie de personnes plus fragiles dans un
environnement fragilisé. Et ce que permet Objectif emploi, c'est de les rencontrer : d'abord, de faire une
évaluation et, avec eux, de décider comment on peut les aider à se sortir de la situation dans laquelle
ils sont, pour éventuellement — je dis bien éventuellement — aller vers un cheminement qui est plus ou bien un retour à l'emploi ou bien études,
là, selon, bien sûr, les priorités de la personne. Donc, je vais être
défavorable à la proposition du collègue.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. M. le député de Saint-Jean,
il vous reste 50 secondes.
Turcotte :
Bien, écoutez, M. le Président, j'entends ce que le ministre dit. Je crois que,
rendus à ce stade-ci, là, on verra s'il y a d'autres collègues, là, qui veulent
s'exprimer sur l'amendement. Sinon, je vais demander le vote par appel
nominal, M. le Président.
Président (M. Cousineau) : Bien sûr. Alors, est-ce qu'il y a
d'autres parlementaires qui veulent discuter de l'amendement? Monsieur...
de la deuxième opposition, est-ce que ça vous va?
Schneeberger :
Oui. Moi, ce serait vraiment une question. Quand on dit «apte» ou «pas
apte», la personne qui fait une première demande, là, bon, bien, c'est
là qu'on la classe si elle est apte à participer au programme Objectif emploi ou non. Alors, ici, l'article 28,
je pense, qui traite du programme Objectif emploi... alors, normalement,
une fois qu'elle est au programme Objectif emploi, c'est qu'on a décidé qu'elle
était apte à y participer.
Blais : ...M. le Président, on évite d'utiliser l'expression «apte».
Je comprends qu'on l'utilise de façon plus générique, là, ici, là.
Lorsque quelqu'un se présente aujourd'hui ou... plutôt, quand... avec l'application
de la loi, là, lorsqu'une personne va se présenter, la question, c'est d'abord : Est-ce qu'elle peut avoir... question d'une personne qui a une
contrainte sévère? Donc, est-ce que c'est un premier demandeur? Oui. Donc,
premier élément. Est-ce qu'il a une contrainte
à l'emploi sévère ou temporaire qui fait en sorte qu'il ne peut pas participer?
Et ensuite, dans les intentions réglementaires
qu'a reprises le député de Saint-Jean, on exclut aussi un certain nombre de personnes,
là, les personnes qui sont hébergées
en toxicomanie, bon, et il reste un résidu de personnes qui doivent participer
à Objectif emploi, qui sont effectivement des personnes
aptes au sens de l'ancienne loi, et ensuite, bien, il y a
une évaluation sur les besoins de ces personnes-là et sur
le parcours qu'ils devraient suivre éventuellement.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger : Oui. Ça, ça
veut dire que la personne qui n'a
aucune contrainte temporaire ou majeure est apte à y participer. Même si vous ne voulez pas utiliser ce mot-là, je
veux dire qu'elle participe à l'emploi. Maintenant, si elle participe
au programme, ça ne veut pas dire
qu'elle est directement... Justement, étant donné qu'on a la classe...
cases, pardon, 6, 7 et 8, si elle est en
dépression, est-ce qu'elle va être au niveau de la case 8 ou elle va être jugée
inapte à participer?
Blais : On me corrigera ici, derrière, là, mais une personne qui a un
diagnostic, hein, de dépressif... une personne qui a une contrainte
temporaire à l'emploi, là, hein, donc, s'il y a un diagnostic, ne peut pas
participer, n'est pas prête à participer à Objectif emploi.
Schneeberger : O.K. Pourriez-vous me donner un exemple d'une personne
qui serait maintenant... après la rencontre, qui serait classée au niveau du développement des habiletés sociales? Avez-vous un exemple d'une personne qui
serait là, qui ne serait pas au niveau de la formation, mais qui devrait
développer certaines habiletés sociales?
Blais : Oui. Alors, ça peut
être différentes choses. Pensons à l'environnement de ces personnes-là, des personnes qui sont dans un environnement qui est
fragile : un jeune qui arrive, qui n'a pas de logement, carrément. Ça
arrive, hein, des jeunes qui sont... parce qu'ils viennent de se faire mettre à la porte de l'endroit où ils vivaient et
puis... Donc, il faut sécuriser cette
personne-là, l'aider à lui trouver un logement — et donc il
y a des services pour ça. Ou des
jeunes qui sont pris avec des problèmes
de fréquentations, disons, là. Ils veulent sortir un peu du réseau dans lequel
ils sont, peuvent avoir besoin d'aide, d'encadrement, de suivi pour ça — il y
a des groupes, là, qui font ce type d'accompagnement là.
Des personnes
qui sont... Une personne qui est immigrante, qui, très clairement,
ne comprend pas un certain nombre de façons de faire socialement et qui, peut-être même n'est même pas prête encore à, je ne sais
pas, par exemple, à préparer un curriculum vitae, hein, mais, bon, parce qu'il y a des conflits...
on a des conflits autour de lui qui sont liés, bon, peut-être
à des façons de faire différentes... Donc, c'est ce type de situations.
Pour les
jeunes, il y en a plusieurs autres, là, qui peuvent être des... et pour les
moins jeunes. Quelqu'un qui est dans
une situation financière précaire... Vous allez me dire qu'en
se présentant à l'aide sociale on est déjà dans une situation précaire,
mais il y a des gens qui peuvent être dans une situation
encore plus précaire parce qu'ils ont des habitudes de consommation, ils ont des difficultés
à gérer un budget. Elles sont tellement grosses que l'idée même de commencer un parcours, là, vers l'emploi ou les études, ce
n'est pas... Ça aussi, on a des organismes pour les accompagner
et à reprendre le contrôle de leur gestion budgétaire.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger : O.K.
Bien, c'est parce que c'est... Moi, je comprends tout à fait l'approche du député
de Saint-Jean, puis je suis assez d'accord au niveau de l'apte, inapte. Mais je voudrais
juste, pour bien cadrer l'approche, c'est-à-dire que, moi, si le système que le ministre
veut mettre en place marche comme il faut avec les personnes-ressources sur le terrain, la personne que, au niveau de l'amendement ou de apte — ah!
là, même si M.
le ministre n'aime pas le mot «apte» ou «inapte», là, mais là c'est ça
qui est dans l'amendement — normalement, devrait se faire... le triage, là, devrait se faire avant et
non rendu au programme Objectif emploi.
Maintenant, si la personne est au programme
Objectif emploi et qu'elle est classée en développement des habiletés, c'est
qu'elle est apte, ça veut dire qu'elle participe au programme avec même un
avantage financier plus élevé que la personne qui serait au niveau de la classe
rouge, là, à l'aide sociale temporaire — ça, c'est temporaire, là.
Alors, financièrement, elle a intérêt à y
participer. Mais maintenant je veux savoir, vous avez nommé des cas... donné
des exemples. Là, ce n'est pas le
centre jeunesse qui va aider ces gens-là, là. Ils peuvent en aider une partie,
mais, si... Vous parlez du logement,
pas de logement, et autres, là, le centre jeunesse, là, ce n'est pas... en tout
cas, moi, chez nous, il n'offre pas ça. Il offre d'autres services, mais ce n'est pas,
genre... j'ai d'autres organismes qui le font. Et, si je me fie à la liste des
organismes actuels, il va falloir
qu'il s'en rajoute. Et c'est pour ça que moi, je veux... c'est hyperimportant,
ça. C'est ces personnes-là qui ont besoin de plus d'aide.
Alors,
tu sais, si on juge qu'elles sont aptes à y participer, mais que finalement
elles n'aient pas l'aide, alors là, moi,
je ne peux pas dire qu'elle est apte parce qu'elle n'est pas... à retourner sur
le marché du travail, mais il faut qu'elle ait de l'aide directement au niveau de ses besoins, c'est-à-dire
peut-être une auberge du coeur parce qu'elle n'a pas d'appartement, elle
n'a pas de logement. C'est ce point-là, là, puis c'est hyperimportant. Puis
est-ce que ça va se mettre en place?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Il y a deux choses, je pense, dans la remarque. La première
chose, c'est que, quel que soit le parcours, il est possible que, dans l'accompagnement, on se rende compte que la
personne a des problèmes plus sérieux qu'on n'avait pas vus. Au départ, c'est un problème de logement
puis on se rend compte, je ne sais pas, que cette personne-là a des phases
psychotiques, par exemple. On s'en rend
compte parce que, justement, on la voit suffisamment régulièrement pour voir
que le problème de logement, il est lié à des phases psychotiques qui sont
beaucoup plus sérieuses. Ces personnes-là aujourd'hui
ne sont pas souvent diagnostiquées. On ne les connaît pas. Donc, quel que soit
l'endroit où on se situe, parce que ces personnes-là vont être accompagnées, il
y a plus de chances qu'elles soient repérées, puis c'est une excellente chose
en soi.
Maintenant, pour la
fameuse case 8, je ne me trompe pas dans le numéro, je pense bien que c'est 8,
là...
Schneeberger :
Oui, 8.
M. Blais :
C'est assez intéressant. Parce qu'hier, dans ma rencontre avec les agents
d'aide sociale du CLE de Rimouski, on a
parlé un peu du programme et on a parlé de cette case-là, là. Je n'ai pas
présenté le document, mais, hein, je leur ai dit qu'on avait cette
vision-là des choses. Ils nous disaient qu'heureusement — en
tout cas, dans le cas de Rimouski — ils ont beaucoup d'organismes du secteur de
la santé et services sociaux, mais, disons, avec qui ils ont des ententes, pas formelles en termes d'employabilité,
mais avec qui ils font du référencement, et eux reconnaissaient que
c'était peut-être la
partie la plus intéressante du projet parce que, vraiment,
ça répondait à un besoin de plus en plus important. Est-ce qu'il y a assez
d'organismes, partout sur le territoire, pour répondre aux besoins? Je vous
rappelle qu'Objectif emploi, c'est
17 000 bénéficiaires de l'aide sociale pour Rimouski — quand même pas une petite ville de rien du tout. C'est 80 nouveaux demandeurs par
année qui seraient à l'intérieur d'Objectif emploi. Donc, ce n'est pas une
pression, là, je veux dire, énorme, là, pour
une organisation comme ça et pour un réseau; eux, ils se vantaient d'avoir un
excellent réseau de partenaires. Donc, si on voulait étendre Objectif emploi
puis vouloir le faire pour, disons, tous les prestataires,
là, les 420 000, là, là je reconnais qu'il y aurait une pression énorme,
là, sur le réseau, mais on est très ciblés dans l'intervention.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger : Bien, le ministre m'amène sur une piste puis
je trouve ça hyperimportant. Je veux prendre l'exemple de chez nous que
je connais, c'est facile d'en parler quand tu connais tes organismes, là, des
organismes qui font déjà ça chez nous, mais,
le problème, ils ont des ententes, mais les ententes financières qu'ils ont,
elles ne sont pas assez élevées. Ça
fait en sorte que, oui, il y a une entente financière quand on demande à
Emploi-Québec. Oui, il y a une
entente, mais sauf que souvent ces ententes-là ne sont pas de niveau auquel ils pourraient donner le
maximum de services, c'est-à-dire, c'est qu'il y a... des fois, il y a des personnes
qui sont référées à leurs organismes, mais ils ne sont pas capables d'en prendre en charge correctement, ou des fois, parfois, du tout, parce qu'ils n'ont pas assez de
personnel pour les prendre en charge au complet.
Alors, oui, il y a
une entente, mais l'entente est-elle suffisante? Alors, c'est sûr que, si on
force une personne à y participer, bien,
faut-il encore que la personne ait le service auquel elle a droit dans le
processus. Et c'est là le point, moi,
que je tiens mordicus : c'est que ça se fasse, parce que, sinon, la
personne, elle va retourner voir son... Bien, premièrement, il y a des risques
d'absences, parce que là, à un moment
donné, il faut qu'elle soit là et
c'est là qui pourrait causer problématique. Vous comprenez?
Blais : Oui. Bien, prenons
un exemple concret, là. Je pense que Les Auberges du coeur, il y en a une dans
votre circonscription, je pense...
Schneeberger :
Blais : Concrètement, les
CLE ne vont pas obliger Les Auberges du coeur à accepter quelqu'un si... Donc,
ça ne fonctionne pas comme ça. Ce sont des organismes communautaires qui sont
libres ou pas. Les CLE travaillent parfois,
oui, avec ces organismes-là, parce qu'ils ont une personne qui est au bureau,
qui a vraiment, là, un
problème de logement, donc il n'y a
pas d'obligation de ces organismes-là de participer, mais ils existent pour ça.
Ils existent pour donner un coup de main puis répondre à ça. Imaginons,
puis je m'en vais dans votre direction, là, imaginons que, dans ma circonscription, il n'y en a pas, d'organisme
comme ça, ou, dans la ville de Québec, il n'y en a pas non plus, d'organismes
comme ça, ce qui n'est pas le cas, là, mais,
dans certains endroits, peut-être que c'est possible... alors, il faut trouver
d'autres solutions. C'est la réalité, là, il faut trouver d'autres
solutions.
Mais, encore une fois, le but, là,
c'est de ne pas faire rentrer quelqu'un dans un parcours alors qu'il n'est pas
prêt. Alors, on va travailler avec
les ressources disponibles, les ressources du secteur public, parapublic,
communautaire, mais le but, c'est
toujours de dire : On ne peut pas rentrer quelqu'un dans un parcours alors
qu'il n'est pas prêt. Mais, cependant, si
on s'entend avec cette personne-là sur une démarche, bien, cette personne-là,
bien, a une obligation par rapport à la démarche avec laquelle on s'est entendus. Si on s'est entendus, par
exemple, que, dans la situation, la personne nous dit : Écoutez, moi, là,
le mieux pour moi avant de commencer à faire... retourner aux études, je veux
aller à l'auberge du coeur pendant
quelque temps, régler un certain nombre de problèmes. Bien, on dit : Très
bien, bravo! On se revoit dans un mois, deux mois, pour voir si ces problèmes-là sont réglés ou si ça progresse,
puis ensuite on reparlera de la situation. La personne est dans un
parcours normal et elle reçoit ses bonifications pour ça.
Schneeberger :
Mais elle est toujours dans le programme Objectif emploi.
Blais : Elle est toujours dans Objectif emploi parce qu'elle n'est pas
considérée comme ayant une contrainte sévère
ni temporaire, mais elle a un problème que l'on reconnaît, qui est lié à son
environnement, des choses qu'elle doit régler. Dans certains cas, ça
peut se régler rapidement; dans certains cas, ça peut se régler plus
difficilement.
Schneeberger :
O.K. C'est bon. Ça va.
Le Président (M.
Cousineau) : Ça va, M. le député de Drummond—Bois-Francs?
Est-ce qu'il y a d'autres parlementaires qui veulent dire un mot sur l'amendement
déposé par M. le député de Saint-Jean?
Alors, nous allons mettre aux voix
l'amendement du député de Saint-Jean, qui se lit comme suit : Au premier
alinéa de l'article 83.1, remplacer «qui y participent» par «aptes à y
participer».
Alors, Mme la
secrétaire.
La Secrétaire :
M. Turcotte (Saint-Jean)?
Turcotte :
Pour.
La Secrétaire :
M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Schneeberger :
Contre.
La Secrétaire :
M. Blais (Charlesbourg)?
La Secrétaire :
M. Hardy (Saint-François)?
La Secrétaire :
Mme Sauvé (Fabre)?
La Secrétaire :
M. Drolet (Jean-Lesage)?
La Secrétaire :
M. Polo (Laval-des-Rapides)?
Le Président (M.
Cousineau) : Je m'abstiens.
La Secrétaire :
C'est rejeté.
Président (M. Cousineau) : Donc, l'amendement de M. le député
de Saint-Jean est rejeté. Nous revenons à l'article 83.1. Il nous reste
du temps de discussion. Je vais vous donner le temps qu'il nous reste :
pour M. le député de Saint-Jean, il vous
reste quatre minutes; M. le député de Drummond—Bois-Francs, il vous reste 14 min 45 s.
Alors, M. le député de Saint-Jean.
Turcotte : M. le Président, j'aimerais déposer un nouvel
amendement, qui se lit comme suit : Dans le premier alinéa, supprimer «aux personnes qui y
participent», et ajouter, après «emploi», «aux personnes qui désirent y
participer».
Président (M. Cousineau) : D'accord. Est-ce que vous avez des
copies de... Donc, on va ouvrir la discussion sur l'amendement. Faites-en des copies pour les membres de la
commission, mais je crois que... M. le député de Saint-Jean, je vous
donne la parole. Argumentez.
Turcotte : Bien,
tout d'abord, j'aimerais peut-être que le ministre puisse en avoir une copie.
Le Président (M. Cousineau) :
Oui, mais j'ai vu que c'était un mot à changer, alors... ou à ajouter, là.
Turcotte : Ça va?
Parfait.
Le Président (M. Cousineau) :
Donc?
Turcotte : Donc, l'objectif... M. le
Président, j'ai entendu les commentaires du ministre, bon, dans le débat sur l'utilisation des mots
«apte» et «inapte», etc. Donc, cet amendement-ci reprend un autre vocabulaire
qui, au fond, présente, d'une façon
différente, une même problématique. Donc, on croit que, par ce
libellé, ça pourrait peut-être représenter un meilleur état des faits que
nous voulons faire entendre.
On a fait des
recherches pas très exhaustives, M.
le Président, sur un élément. On
voit, dans l'article 83.1, qu'on dit : «Le programme Objectif emploi vise à offrir aux personnes qui
y participent un accompagnement personnalisé en vue d'une intégration en emploi.» On utilise le mot
«offrir». Quand on cherche ce que ça signifie, le mot «offrir», ou ce que
ça laisse sous-entendre, le mot «offrir», on peut voir rapidement, première
définition qu'ils sortent, c'est : «Laisser à quelqu'un la possibilité de faire quelque chose», hein? Je vais le répéter parce que
c'est assez important, M. le
Président : «Laisser à quelqu'un la possibilité de faire quelque
chose.»
Donc, moi,
quand je vois le mot «offrir» écrit dans le projet de loi et qu'on sait
que ce programme-là et ce projet
de loi là sous-entend une obligation et des sanctions si la personne ne
participe pas au programme, bien, moi, je crois qu'on n'est pas dans «laisser à quelqu'un
la possibilité de faire quelque
chose». On a ce débat-là, souvent,
lors de commissions parlementaires, sur le «peut» et sur le «doit», puis qu'il y a une nuance. Dans ce
cas-ci, le mot «offrir» amène une nuance assez importante.
Donc, c'est
pourquoi que, pour être davantage en phase avec le mot «offrir» qui est écrit dans
le projet de loi que le ministre
parraine actuellement, on considère qu'il serait mieux de dire :
«...les personnes qui désirent y participer...» On est dans la droite
ligne de laisser à quelqu'un la possibilité de faire quelque chose. Donc, c'est
pour ça qu'on a déposé l'amendement actuellement, M. le Président.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. M. le ministre.
M. Blais : Bien, écoutez, c'est une modification substantielle,
là, presque, hein? C'est presque un rejet d'Objectif emploi, là. Parce que, dans le fond, ce qui est important dans Objectif emploi, c'est quand même le principe d'obligation pour un certain nombre de
personnes. Donc, on ne peut pas l'accepter, pour cette raison-là.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Saint-Jean.
Turcotte : M. le
Président, quand j'entends le ministre dire que l'objectif ultime du programme
Objectif emploi, c'est l'obligation,
moi, je crois qu'on fait fausse route. Le nom du programme, c'est Objectif
emploi, donc c'est tout mettre en
oeuvre pour aider, accompagner une personne à se trouver un emploi. Et, pour se
trouver un emploi, on lui offre aussi la
possibilité de retourner aux études. On lui offre aussi la possibilité d'être
accompagné, bon, dans le bloc, là, qu'on parle, là, les habiletés sociales, mais je ne crois pas, M.
le Président, que, dans les outils qu'on lui offre pour se trouver un emploi, de lui offrir des obligations et de lui offrir des sanctions, puis je
dis ça un peu à la blague parce qu'on
ne lui offre pas dans ce cas-ci, là,
on est loin de laisser à quelqu'un la possibilité de faire quelque chose, là,
ce n'est pas offrir des obligations puis
offrir des sanctions, c'est de lui imposer des obligations et des sanctions. Je
crois que le programme Objectif emploi peut très bien vivre par lui-même
si le réel objectif du programme Objectif emploi est de faire en sorte que les
gens retournent ou entrent sur le marché du travail. Parce que je crois que, si
on offre une formation adaptée aux gens, une formation
qualifiante, faire en sorte qu'on lutte véritablement, au Québec, contre
l'analphabétisme, qu'on valorise davantage la formation professionnelle, qu'on fasse en sorte qu'il n'y ait plus de
liste d'attente dans l'éducation des adultes, de faire en sorte qu'on
puisse offrir davantage de ressources spécialisées dans l'éducation des
adultes...
M. le
Président, ça n'a pas de bon sens, actuellement, au Québec, le nombre famélique
de professionnels que nous avons dans
l'éducation des adultes. Je n'ai pas eu le temps, lors de l'étude des crédits,
de... On a posé des questions, on n'a pas
eu les chiffres, etc., là, avec le collègue le ministre actuel de l'Éducation,
mais il y a très peu, très peu de spécialistes. Je n'ai pas les chiffres devant moi, là, mais je crois que c'est...
Combien de psychologues au Québec? Si je ne me trompe pas, M. le Président, on
parle de soit deux ou quatre psychologues pour tous... pour les 100 quelques
milliers d'étudiants, à l'éducation
des adultes au Québec, répartis sur le territoire? On s'entend, c'est n'importe
quoi. On pourrait parler des psychoéducateurs, on pourrait parler de
tous les autres professionnels dans l'éducation des adultes.
Si on veut
véritablement aider les gens à se trouver un emploi ou à retrouver un emploi,
on doit véritablement investir en éducation, et force est de constater,
M. le Président, que ce n'est pas les choix que le gouvernement actuel a faits. Le gouvernement
actuel a coupé en éducation, a fait en sorte de couper les moyens que nous
avons, dans nos écoles un peu
partout, pour aider nos jeunes et nos moins jeunes. Parce qu'on parle souvent
du décrochage scolaire, M. le Président, qui est un fléau national, effectivement. Mais, quand on parle de
décrochage scolaire, on doit aussi avoir en tête raccrochage scolaire. On fait la promotion de la persévérance
scolaire. C'est extrêmement important de le faire pour faire en sorte que
nos jeunes qui sont actuellement à l'école
puissent demeurer à l'école. Mais il faut aussi tout faire et tout mettre en
oeuvre, au Québec, M. le Président,
pour que nos jeunes qui ont quitté l'école pour diverses raisons puissent
retourner à l'école. Puis, pour ce faire, bien, il faut valoriser
l'éducation, faire en sorte qu'on lui donne des moyens.
Moi,
j'en ai visité, des centres d'éducation des adultes, vous en avez sûrement
visité, le ministre en a sûrement visité,
il a été ministre de l'Éducation, il le sait, c'est un environnement
particulier qui est très intéressant pour certains, mais qui peut être aussi un handicap pour
d'autres. Ça prend une autonomie, ça prend une détermination, ça prend une
rigueur : parce que là on est une vingtaine, une trentaine dans une même
classe, on n'est pas tous au même niveau, on n'a pas tous les mêmes modules. On
a un prof en avant qui ne parle pas, puis tout ça, là, qui répond aux questions
individuelles, etc., bon, différents modèles,
peu importe, et là ça fait en sorte que le jeune qui est là, là, il est stimulé
par plein de stimuli alentour de lui,
là, hein? Un jeune qui est sur l'ordinateur, qui fait un travail de recherche,
après ça, à côté, l'autre jeune qui
se lève pour aller poser une question, etc., donc, ça demande une
concentration, mais aussi une force. Parce
que c'est facile, pour le jeune, de dire : Ah! je vais le faire demain, le
module, je vais le finir demain. Aujourd'hui, je vais prendre ça relax, là. Mais, à force de se dire ça, à un moment
donné, on n'est plus dans le «beat», là. Il n'y a pas personne qui te
rappelle à tous les jours : Regarde, là, il faut que tu sois rendu là,
etc., là.
Donc,
il faut offrir davantage de... Puis on le sait, là, nos jeunes qui sont en ce
moment au secteur jeune, donc qu'ils soient au primaire ou au
secondaire, qui ont plus de difficultés, bon, qui ont besoin plus d'accompagnement,
etc., ces jeunes-là, là, bien, ils peuvent décrocher à un moment donné, là. Puis, si on veut
les raccrocher sans avoir l'éducation des adultes, ou ils s'en vont en formation professionnelle, ou au cégep, ou
autre, ce n'est pas un problème, ils peuvent rêver. Le premier ministre l'a dit, aujourd'hui,
là : Je veux que les jeunes puissent rêver. Mais, nous aussi, là, on est
tous d'accord avec ça, là. Mais, pour
rêver, bien, il faut avoir les moyens, aussi, de l'accompagnement pour pouvoir
réaliser ses rêves. Et ces jeunes-là
qui retournent à l'école entrent automatiquement à l'éducation des adultes s'ils
n'ont pas terminé leur diplôme
d'études secondaires, et là ils n'ont plus l'accompagnement qu'ils pouvaient
avoir. Même si je dis : Accompagnement au secteur jeune, on s'entend qu'il y a une pénurie, là, on s'entend
qu'il y a des manques, là, puis il y a des listes d'attente, là, mais il
y a quand même un plus grand nombre, disons ça comme ça, toutes proportions
gardées, même s'il y a des manques. Mais là, dans ce cas-ci de l'éducation des
adultes, il faut le faire.
Donc,
moi, M. le Président, quand j'entends le ministre me dire... mais nous dire, il
nous le dit à nous tous, de nous
dire : S'il n'y a pas d'obligation, le programme Objectif emploi perd
tout son sens — il ne
l'a pas dit dans ces mots-là, mais
c'est ça que ça veut dire — moi, j'ai de la misère, gros problème. Je ne pense pas qu'un
ministre d'un gouvernement se lève le
matin puis dise : Moi, je vais imposer des obligations, j'embarque en
politique pour mettre des obligations. Ce n'est pas ça. Je ne pense pas
que c'est ça, l'objectif du ministre.
L'objectif du
ministre, c'est de faire en sorte qu'il y ait un plus grand nombre de personnes
qui soient sur le marché du travail, des
gens qui aient des emplois, mais aussi des emplois de qualité, mais aussi des
emplois qui répondent aux aspirations
des individus puis des citoyens, M. le Président, pas des emplois qu'on dit
alimentaires, qui font juste faire en
sorte qu'ils amènent un chèque de paie à la fin... de la personne, mais que la
personne, elle se détruit par en dedans parce que ça ne répond pas du tout à ses aspirations puis à sa volonté.
Ce n'est pas ça que je pense que le ministre veut pour notre société,
pour la société québécoise. Je ne pense pas, M. le Président.
Donc,
moi, je crois bien humblement que mon amendement fait en sorte de répondre à ce
désir et à cette volonté de la part
du ministre, qui, dans le principe même, nous sommes d'accord, nous sommes
d'accord pour faire en sorte qu'on puisse
aider, accompagner des gens pour se trouver un emploi, et, pour y arriver, que
ces gens-là puissent avoir davantage d'aide,
sur le plan social, sur le plan humain, avec, bon, les habiletés sociales comme
il est écrit dans le document, mais aussi par la formation, etc.
Nous
sommes d'accord avec ce principe-là, mais je crois, M. le Président, qu'on peut
arriver à ça sans l'obligation et sans
les sanctions. Puis l'obligation, bien, je crois que l'obligation pourrait être
aussi renversée, ça pourrait aussi être une obligation du ministre et du
gouvernement d'offrir les services à la population. Parce que notre collègue le
député de Drummond—Bois-Francs,
le député de la CAQ l'a souvent dit, puis je crois que là-dessus il a tout à
fait raison de le mentionner, puis on gagne
à entendre son commentaire quand il dit : Moi, je ne veux pas que les gens
aient à se battre pour avoir les
services qu'ils ont droit. Parce qu'actuellement c'est ça qui arrive : il
y a des gens qui veulent avoir des services, qui doivent se battre pour
y avoir accès.
Dans ma
circonscription, je n'ai pas les derniers chiffres, mais, jusqu'à tout
récemment, il y avait des listes d'attente pour pouvoir s'inscrire à
l'éducation des adultes. Quand on veut lutter... quand on veut, plutôt,
favoriser le raccrochage scolaire, puis
qu'il y a des listes d'attente à l'éducation des adultes, quand le jeune ou la
jeune est prêt, à ce moment-ci, à retourner à l'école puis qu'on lui
dit : Ah! c'est très bien, félicitations, mais tu vas avoir une place dans
quatre mois. Dans quatre mois, là, elle va
être rendue où? Ailleurs, puis on aura manqué une nouvelle chance de l'aider,
ce jeune-là.
Donc,
moi, quand je lis ça, là, qui est écrit, là, «offrir aux personnes qui y
participent un accompagnement personnalisé»,
puis tout ça, là, moi, je crois que c'est le ministre et le gouvernement qui
doivent avoir l'obligation d'offrir les
services à la population pour que la population puisse — puisse — avoir tous l'aide et l'accompagnement nécessaires
pour réaliser ses rêves.
Puis je
pourrais nommer, là, quelques exemples, là, «offrir», la définition, là, dans
le Larousse , là : «Donner quelque chose à quelqu'un, le lui remettre en cadeau.» Bon, exemple :
«Offrir des fleurs.» On n'est pas là-dedans, là, on n'offre pas des fleurs, on offre
des sanctions ou des fleurs qui sont pas mal fanées, M. le Président, là.
«Payer quelque chose à quelqu'un et,
en particulier, inviter quelqu'un à participer
à une réjouissance.» Toute une grosse réjouissance, là, qu'on a là, là, M.
le Président. La liste est longue. Je ne continuerai pas, M. le Président, parce
que c'est...
Turcotte : Ah! la
cour est plus que pleine, là, M. le
Président, à force de lancer toutes
ces belles fleurs là. Écoute, là.
Donc,
moi, ce que j'aimerais aussi mentionner, M. le Président... Puis là je
ne sais pas, là; tu sais, je parle, je m'emporte un peu, M. le Président. Je ne sais pas combien de temps qu'il me reste,
j'ai peur d'avoir épuisé tout le temps qui m'était imparti dans cet amendement-là.
J'aimerais ça aussi pouvoir permettre à mes collègues de pouvoir intervenir,
Le Président (M. Cousineau) :
Il vous reste du temps, je crois, cinq minutes.
Turcotte : Bien, je
vais laisser mes collègues intervenir. Bien, peut-être le collègue, là, de la...
Le Président (M. Cousineau) :
Je vais voir. Je vais poser la question.
Turcotte : Parce
que je ne veux pas prendre toute la place, non plus, là.
Président (M. Cousineau) : Bien sûr. Alors, M.
le ministre, est-ce que
vous voulez réagir au bouquet de fleurs qui vous est lancé?
Blais : Bien, écoutez,
je pense qu'on commence à... ça commence à tourner un petit peu à vide, M. le Président, là. Que notre collègue ait un problème
avec le principe d'obligation de réciprocité, je ne lui en veux pas. Il peut
avoir deux raisons pour ça : ça ne
fonctionne pas, ça ne donne pas les résultats, notamment en termes de sortie de l'aide sociale.
Bien, malheureusement, tout porte à croire que, si on choisit bien, bien
sûr, les clientèles, le résultat est là.
La semaine dernière, je crois, le Danemark a été reconnu comme la société
la plus égalitaire des sociétés avancées dans le monde, c'est-à-dire, là où la redistribution des revenus est la plus
égalitaire dans le monde. Peut-être que ce n'est pas un gouvernement de droite... il existe des obligations de la
réciprocité, hein, pour les demandeurs... les gens à l'aide sociale, pardon, au Danemark. C'est le cas en Suède, qui
est souvent considérée comme un modèle de social-démocratie. Il existe des obligations et il existe de la
réciprocité. Le collègue n'en veut pas. C'est son droit. Je pense qu'on
tourne en rond s'il essaie, à chaque
10 minutes, de trouver, là, une autre façon de ne pas faire face à cette
réalité-là. On a un désaccord là-dessus. C'est un désaccord que je
respecte, mais on ne changera pas d'opinion.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Est-ce
qu'il y a d'autres intervenants
concernant l'amendement du député
de Saint-Jean? M. le député de Drummond—Bois-Francs?
Schneeberger : Oui.
Moi, regardez, moi, je ne suis pas en faveur de l'amendement. Ça revient un peu
les mêmes choses que tantôt. Moi, ce que je veux et ce que je redis, c'est que maintenant,
avec la nouvelle approche, là, Objectif emploi, c'est que moi, je crois à cette approche.
Je crois qu'il faut suivre les personnes qui ont des nécessités, qui sont inaptes à se trouver un travail ou
inaptes à suivre un cours, que ces personnes-là soient quand même
encadrées, c'est-à-dire pour leur bien, parce qu'il y a un cheminement à
faire.
Mais, aussi,
je crois surtout que, là, le ministère s'embarque dans une approche où est-ce qu'il va y avoir de plus grandes responsabilités, c'est-à-dire d'offrir un service, d'offrir une aide à ces
personnes-là. Parce que, quand on a la notion d'obligation, bien, la notion d'obligation, elle
est des deux côtés. Et je peux vous dire que je vais être le premier à suivre
et à talonner et à regarder ce qui se fait
sur le terrain quand ce programme-là sera mis en place. Mais, pour l'ensemble de
l'objectif, je crois à cette cause. Je pense que la meilleure aide qu'on peut
apporter à une personne qui a besoin d'aide ou qui a des besoins, c'est de l'aider. Ce n'est pas de la laisser chez
eux seule, c'est de l'encadrer. Alors, par
contre, le gouvernement là-dessus aura une obligation,
et c'est une grande obligation. Merci.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Drummond—Bois-Francs. Une réaction, M. le ministre?
Blais : Si vous permettez, M. le Président, je veux revenir sur la question de la formation des adultes et la formation
professionnelle, là. À Charlesbourg, il y a quatre écoles de formation adulte et professionnelle.
La clientèle diminue. Et, bon, ils
ont beaucoup de ressources. Ils font un travail formidable, mais la
clientèle diminue. C'est certain que la directrice m'a dit, il
y a quelques semaines : Objectif
emploi, ça va nous aider parce que ça va
nous amener des gens, puis nous autres, on va les accrocher.
Hier, j'étais
dans un centre de formation professionnelle, un gros centre, là, le centre l'Avenir, à Rimouski.
Le directeur m'a dit : Écoutez,
là, nous autres, là, on manque de clientèle, là. On avait 1 200,
1 300 élèves à une certaine époque, on en a 800. Il y a des équipements impressionnants, il y a des emplois
à prendre. C'est sûr qu'eux, là, la ressource, elle est
là, là. Il ne manque qu'une clientèle, des gens qui viennent, qui sont référés.
Et ils n'ont pas peur de ces personnes-là : ça fait
partie de leur clientèle naturelle, des gens qui reviennent sur
le marché du travail après un certain temps. Ce qui m'a étonné, hier, dans la visite, et ça m'a
frappé, il y avait des gens pas mal plus âgés que ce qu'on est habitués de voir
dans ce centre de formation des adultes. Et parfois ils prenaient le collier,
ils étaient aidés par le Programme d'aide sociale
pour y revenir. Donc, moi, je trouve que tout ça, là, c'est à la fois une possibilité pour beaucoup, là, d'aller terminer leurs études,
d'aller chercher une qualification, et les gens qui comprennent bien ce que
c'est que ces clientèles et qui comprennent bien ce que ça peut offrir, là, ils
nous appuient, là, dans les grands objectifs, là, du programme.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger :
Bien, non, ça va pour moi, là. Au
niveau... Je ne veux pas embarquer... étirer ce dossier-là. Tout à
l'heure, le ministre... le ministre, je veux dire le député de Saint-Jean a
parlé d'éducation. Je pense que là on s'embarque
dans une autre sphère. Même s'il y a certains liens avec l'éducation ou la
formation dans le projet de loi actuel, mais... en tout cas, peut-être une autre fois, je pourrai intervenir, là,
ce qui est, en même temps, de la formation professionnelle, là, où
est-ce qu'on aura peut-être beaucoup de travail à faire aussi. Merci.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Drummond—Bois-Francs. Je suis prêt à entendre d'autres
intervenants sur l'amendement de M. le député de Saint-Jean. M. le député de
Richelieu?
Le Président (M.
Cousineau) : Vous avez 20 minutes.
M. Rochon :
Merci, M. le Président. Je suis, ça ne surprendra personne, et surtout pas le
ministre, favorable à l'amendement proposé par mon collègue de Saint-Jean. À la
dernière séance de cette commission sur l'étude
article par
article du projet
de loi, j'ai exprimé mon scepticisme quant à la pertinence d'obliger un premier
demandeur... on appelle ça un
primodemandeur, nous, dans notre jargon, là, de prestations d'aide sociale à
s'inscrire à une formation, là, sans quoi on ne lui versera aucune
espèce d'allocation. Ce n'est pas exact?
M. Blais :
Pas tout à fait, non. Pas tout à fait, non.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Je veux juste rappeler au collègue que des gens ne sont pas
obligés de s'inscrire à une formation, ils sont obligés d'être dans un parcours qui convienne à leur situation et,
une fois qu'on a décidé ensemble de ce parcours-là, qu'ils l'ont choisi — je le réitère, ils l'ont choisi suite à une
discussion — ensuite,
ils ont l'obligation de participer à ce parcours. Et, bien sûr, là, c'est eux qui choisissent... en partie,
c'est eux qui choisissent leur programme, ça fonctionne mieux quand
c'est eux qui choisissent le programme qu'ils veulent faire.
M. Rochon :
C'est bien, M. le ministre. Je n'aurais pas dû parler de formation, j'aurais dû
parler de parcours, mais mon
scepticisme demeure entier. Je ne suis pas certain que tout le monde soit
disponible, disposé à s'embarquer, si
on me permet le verbe, dans un parcours. Il y a toutes sortes de situations. Le
premier demandeur dont la contrainte sévère
à l'emploi n'est pas encore évaluée, sur laquelle on n'a pas statué, doit-il
s'insérer dans le programme Objectif emploi?
Blais : Alors, une contrainte sévère à l'aide sociale, ça doit être
appuyé par un diagnostic médical. Alors, si quelqu'un qui n'a pas de diagnostic... un rapport médical, pardon, un
diagnostic, ne peut pas être considéré automatiquement comme ayant une
contrainte.
M. Rochon : Alors, le délai, avant que ce diagnostic soit posé, M. le ministre...
Je pense notamment aux demandeurs qui pourraient ne pas avoir de médecin
de famille. Ce n'est pas un cas si rare.
M. Blais :
Je suis en train de vérifier, là, le délai.
Blais : Alors, je peux peut-être demander à la sous-ministre adjointe,
si vous voulez répondre à la question?
Président (M. Cousineau) : Oui. Ça va prendre un consentement,
s'il vous plaît. Consentement pour que la sous-ministre adjointe puisse
répondre à la question?
Président (M. Cousineau) : Ça va? M. le député de Drummond—Bois-Francs, est-ce que j'ai le consentement?
Schneeberger :
Oui.
Président (M. Cousineau) : Merci. Alors, madame, votre
titre et
votre nom, s'il vous plaît, pour l'enregistrement.
Maltais (Chantal) : Oui. Bonjour. Chantal Maltais, je suis
sous-ministre adjointe aux politiques, à l'analyse stratégique et à
l'action communautaire.
Alors, de la
façon que ça fonctionne, c'est que, comme le dit le ministre, il doit y avoir
un rapport médical de fourni, et il y
a certains diagnostics qu'on appelle des diagnostics évidents, il y a une liste
qui est connue. Alors, si les personnes ont un de ces diagnostics, ça prend quatre jours avant que la décision
soit prise. Donc, c'est assez automatique : la personne vient porter son rapport médical et la décision
est prise pratiquement sur-le-champ. Donc, cette personne-là, qui a une contrainte sévère à l'emploi, n'est pas dirigée
vers Objectif emploi. Il peut y avoir d'autres investigations qui sont plus
longues si c'est un diagnostic qui n'est pas
sur la liste. Alors là, les délais sont un peu plus longs, mais le travail se
fait de façon assez rondement. Il y a un délai de 30 jours à ce
moment-là.
Rochon : Alors, on pose
rapidement le diagnostic dans le cas de conditions évidentes, là, d'inaptitude,
et cela peut mettre jusqu'à 30 jours dans le cas de conditions moins
évidentes. C'est ça?
Vous avez bien
fait, tantôt, de me rappeler qu'il ne s'agit pas que de formation, mais de
parcours. J'aimerais vous entendre sur les trois parcours possibles. Ma
question est : Est-ce qu'il y a une hiérarchie? Est-ce qu'on doit avoir
une hiérarchie entre ces parcours : soit, si je me souviens bien,
recherche d'emploi active, formation et puis acquisition et développement des
habiletés sociales?
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la sous-ministre ou M. le ministre? M. le ministre.
Blais : Donc, formellement, il n'y a aucune hiérarchie, formellement,
c'est-à-dire que les trois doivent être disponibles comme parcours. Ce qu'on me dit, de plus en plus, de la part
des agents d'aide sociale, c'est que, notamment avec les plus jeunes, même les plus vieux, ce qui est favorisé, c'est
quand même le retour aux études, une qualification, en général, ce qui est favorisé, là, et ça
fonctionne assez bien pour plusieurs. Cependant, il y a des gens qui ne sont
pas prêts à retourner aux études, qui
ont vécu des mauvaises expériences et qui préfèrent aller vers un stage ou
encore un travail.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Richelieu.
Rochon : Mais, encore une
fois, primodemandeur, un premier demandeur qui refuserait d'adhérer à l'un de
ces trois parcours que nous venons de citer ne pourrait pas recevoir de
prestation d'aide sociale.
Blais : Le parcours est à la fois un parcours en termes de programme,
mais il peut y avoir aussi des bonifications qui sont accordées au programme parce qu'il participe, et quelqu'un qui
ne participe pas ou a des manquements par rapport à sa participation peut se voir couper, après un
certain temps, là, une
partie de sa prestation seulement. Donc, le montant
maximal... j'ai toujours un peu de
problèmes... mais c'est 226 $, si je me souviens bien, ou 224 $, là,
s'il y a eu plusieurs manquements.
C'est
beaucoup moins que la réforme de 1998, là, du Parti québécois, parce qu'en 1998
le Parti québécois avait introduit
des sanctions. C'est beaucoup moins à plusieurs endroits parce que, dans le cas
de ce qu'avait fait le Parti québécois, c'est l'ensemble des bénéficiaires de l'aide sociale. Ce n'était pas
uniquement les primodemandeurs, mais l'ensemble des bénéficiaires de l'aide sociale. C'est pour ça que les agents d'aide
sociale ont plus ou moins un bon souvenir de cette période-là parce que ça touchait un grand, grand
nombre de personnes. Et surtout les pénalités, sous le Parti québécois, étaient très sévères, hein? Je vous rappelle que,
dans le cas d'Objectif emploi, quelqu'un a un manquement, mais cette personne-là, si elle revient dans son parcours ou
encore elle choisit avec la personne avec qui elle travaille, l'agent avec
qui elle travaille un autre parcours, elle reprend tous ses droits.
Dans le cas
de la... pas la proposition, mais de la réforme du Parti québécois, c'était
quand même sur 12 mois, le
manquement. Donc, vous vouliez vous reprendre ou vous vous repreniez, vous
étiez pris dans cette sanction-là pendant 12 mois. Et les montants étaient importants, là. Les montants, à
l'époque, en... il ne faudrait pas que je me trompe, c'est 1998, voilà, Mme Harel, 1998, c'était quand
même... le montant maximal était de 300 $ à l'époque; aujourd'hui, en
dollars constants, c'est 426 $. C'est le double, hein, de ce que
nous, on recommande.
Pourquoi?
Parce que ce qui est important, je pense, ce n'est pas la nature vindicative,
hein, de la sanction, c'est simplement,
au contraire, d'avoir une sanction qui est modérée, qui est stricte et qui
permet toujours à quelqu'un de se refaire.
Donc, la réforme, là-dessus, elle est très, très différente, là, de celle qui
avait été mise en oeuvre par Mme Harel en 1998.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Richelieu.
Rochon : Oui. M. le
Président, restons sur votre projet de loi, si vous permettez, M. le ministre.
Un auteur que vous connaissez bien a
écrit : «Il apparaît difficile de compter uniquement sur la classe
politique pour mener de tels débats
de fond puisqu'elle demeure soumise à la logique électoraliste qui n'accepte
généralement d'elle que la formulation de slogans. Alors, n'en faisons
pas, ni l'un ni l'autre.» Cet auteur, c'est vous-même.
Vos derniers
commentaires m'amènent une sous-question. Vous parliez des pénalités, là, pour
quelqu'un qui ne suit pas
rigoureusement le parcours qu'il a choisi. Comment on fait pour évaluer cinq
jours d'absence dans la recherche active d'emploi? Comment ça
s'articule, ça?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Écoutez, c'est une proposition qu'on fait, là, dans les
intentions réglementaires, là. À vrai dire, c'est beaucoup plus facile à évaluer dans le cas de la
formation parce qu'en cas de formation vous avez des cours à suivre; si vous ne vous y rendez pas, à vos cours, à un
moment donné il y a un coût, là, réel, en termes de progrès puis d'acquisition,
Dans le cas
de la recherche d'emploi, en général, c'est des rencontres que vous devez faire
avec des gens qui vous aident dans la
recherche d'un emploi, qui vous donnent les outils nécessaires pour aller
chercher l'emploi que vous désirez. On parle de ce type de rencontre là.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député.
M. Rochon : Oui. Vous dites :
En général. C'est qu'il y a d'autres situations, là. Vous avez dit : En
général.
M. Blais : Oui, c'est vrai. Mais
précisez votre question, parce que...
Rochon : Alors, j'aimerais
vous entendre, là, élaborer sur les différentes façons de procéder à une
recherche active d'emploi,
l'évaluation, par l'employé du ministère, sur la rigueur avec laquelle le
prestataire procède à sa recherche d'emploi.
Vous dites : On l'évalue selon les rencontres qu'il a avec son agent ou,
en général, on l'évalue comme ça. Comment peut-on aussi l'évaluer?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Écoutez, M. le
Président, ma réponse pourrait être longue. Je vais être prudent. Puis on en a
déjà parlé, je pense, amplement, de ce sujet-là, là. On a signé une
entente avec les carrefours jeunesse-emploi. Les carrefours jeunesse-emploi sont parmi les ressources
peut-être, là, qui sont plus habilitées, là, à accompagner notamment les moins
de 30 ans, 35 ans, là, à la réinsertion.
En général,
ça commence par une évaluation à la fois des intentions, du désir; ensuite, on
regarde les moyens que la personne doit prendre. Souvent, on l'aide aussi à
trouver les ressources où sont les affichages d'emploi. Bien sûr, la préparation des entrevues, c'est extrêmement
important. Parfois, c'est d'aller chercher des bonifications à son pedigree,
là, personnel, là, pour se rendre
plus attractif sur le marché du travail. Je ne veux pas reprendre toute cette
discussion-là, je pense qu'on en avait parlé quand même passablement
jusqu'ici, là.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député.
Rochon : Est-ce que je dois
comprendre qu'un jeune qui cumule cinq jours d'absence en six mois mais qui
refuse systématiquement une rencontre avec le CLE ou le CJE, là, le carrefour
jeunesse-emploi, va voir amputer son allocation après chaque refus de
rencontre, et ce, même s'il continue à être présent dans son programme?
Blais : Bien, c'est-à-dire qu'encore une fois on s'entend avec la
personne sur son parcours. Une fois qu'on s'est entendus sur : Oui, je ne sais pas, moi, je vais aller
travailler avec les CJE de mon coin, on s'attend à ce que la personne participe, hein? C'est lui-même qui a décidé qu'il
allait le faire. Il est possible qu'il ait de bonnes raisons pour ne pas se
rendre parfois; c'est sujet à évaluation.
C'est bien dit, là, je pense, dans nos intentions, là, c'est toujours sujet à
évaluation. Mais effectivement, s'il
y a un manquement, après un manquement, après deux, après trois, il y a des
conséquences potentielles.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Ça va pour l'instant, M.
le Président.
Le Président (M. Cousineau) :
Ça va pour l'instant? M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger : Ça
Le Président (M. Cousineau) :
Non? M. le député de Saint-Jean? Il vous reste, je crois, cinq minutes.
Turcotte :
Bien, merci, M. le Président. Le ministre parle souvent de réciprocité, hein?
Il a mentionné ça, bon : Ça
s'inscrit dans le principe de réciprocité. Pour qu'il y ait réciprocité, il
faut aussi que le gouvernement ait des obligations à respecter, puis l'obligation, c'est d'offrir des
emplois. M. le Président, vous savez, d'avril 2015 à avril 2016, 9 500
emplois ont été perdus au Québec.
Donc, il y a, en ce moment, un solde négatif dans la création d'emplois au
Québec. Le ministre le sait. Il est ministre de l'Emploi, il le sait.
On pourrait
faire toute la nomenclature, là, des causes, et puis de tout ça, là. On
pourrait dire que le gouvernement a
tardé et n'a pas présenté une politique économique inspirante pour le milieu
des affaires. On pourrait parler de plein d'éléments internationaux, puis tout ça. Que, lorsque nous étions au
gouvernement, là, le prix des métaux, etc., là, ça, ça n'existait pas puis ça n'était pas un argument,
mais là, quand le gouvernement est actuellement au gouvernement, là, ça,
c'est très important et ça explique, là, le fait que le Plan Nord ne fonctionne
pas, bon, etc.
On pourrait tout faire la nomenclature de ça, M.
le Président, mais ça, c'est à côté, là. On a des collègues qui parleront de ça. Bien, on peut en parler aussi,
là, je suis porte-parole en emploi, et il est ministre de l'Emploi, on pourrait
en jaser longtemps,
là. Mais, quand on voit qu'actuellement il y a de plus en plus de gens qui se
cherchent un emploi, de plus en plus de gens qui doivent prendre deux,
trois emplois pour être capables de subvenir aux besoins, là, des frais courants, là — un logement, électricité, bon, garderie,
etc. — parce
que tout augmente, de dire que l'obligation n'est que du côté du
primodemandeur, moi, j'ai de la misère avec ça, M. le Président.
Je l'ai
mentionné précédemment, puis je reviens à la charge en disant que le ministre,
que le gouvernement a lui aussi une obligation. Et je crois que c'est
lui qui a davantage l'obligation, M. le Président, sur deux ordres, comme je viens de le mentionner : de s'assurer que son
gouvernement stimule l'économie suffisamment pour qu'il y ait une croissance
économique, mais aussi de la création
d'emplois, ce qui n'est pas le cas actuellement. Et les chiffres sont têtus, M.
le Président : depuis un an, il
s'est perdu 9 500 emplois — en un an. Et l'autre aspect, c'est qu'il a
l'obligation, M. le Président, d'offrir les services adéquats à la
hauteur des besoins de la population.
J'ai fait un
long plaidoyer, M. le Président, sur l'éducation. Je pourrai y revenir et je
pourrai revenir sans problème. Le
problème, c'est que ça ne règle pas la situation déplorable qu'on a en
éducation. Je pourrais de nouveau faire un plaidoyer sur le nombre qui diminue, d'année en année, du
nombre d'agents dans les centres locaux d'emploi, la fermeture des centres
locaux d'emploi. Je peux continuer à faire
ce plaidoyer-là; malheureusement, M. le Président, ça ne règle pas plus la
situation.
Donc, M. le
Président, force est de constater... le ministre considère, et là je cite ses
propos, il dit qu'«on tourne à vide
et qu'on tourne en rond, actuellement, en commission parlementaire». Nous, des
législateurs, nous sommes payés pour
faire des lois, nous sommes payés, ici, pour débattre d'enjeux de société et on
se fait dire qu'on tourne à vide et qu'on tourne en rond. Dans ce cas-là, les groupes qui sont venus ici, en
commission parlementaire, s'exprimer, est-ce que c'est aussi leur dire
qu'eux aussi tournent à vide et tournent en rond?
Moi, je vais
vous dire, M. le Président, pour la plupart des groupes qui sont venus ici,
s'ils tournent en rond ou s'ils
tournent à vide, la principale raison, c'est parce qu'ils n'ont pas le
financement suffisant pour répondre aux besoins de la population, parce que le gouvernement actuel ne rehausse pas le
financement des organismes communautaires et n'offre pas les services que la population mérite d'avoir pour répondre
aux priorités que le ministre s'est fixées par son projet de loi actuel, c'est-à-dire de retourner
les gens... et de favoriser le retour au travail. Si le ministre et le
gouvernement prenaient les
responsabilités qui leur importent et offraient un financement adéquat aux
organismes, bien, peut-être que ces organismes-là ne tourneraient pas en
rond comme le ministre semble dire et nous accuser de tourner en rond ici.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'amendement apporté par M. le député de Saint-Jean? S'il n'y a pas d'autre
intervention, alors je vais...
Oui, M. le député de Saint-Jean?
Turcotte : M. le
Président, j'aimerais procéder au vote par appel nominal.
Président (M. Cousineau) : Il n'y a pas de problème. Alors, la
demande est faite. Donc, nous allons procéder par un vote nominal sur
l'amendement déposé par M. le député de Saint-Jean, qui se lit comme
suit :
Dans le premier alinéa, supprimer «aux personnes
qui y participent» et ajouter, après le mot «emploi», «aux personnes qui
désirent y participer».
Alors, Mme la secrétaire.
La Secrétaire : M. Turcotte (Saint-Jean)?
Turcotte : Pour.
La Secrétaire : M. Rochon (Richelieu)?
La Secrétaire : M.
Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Schneeberger :
Contre.
La Secrétaire : M. Blais (Charlesbourg)?
La Secrétaire : M. Hardy (Saint-François)?
La Secrétaire : Mme Sauvé (Fabre)?
La Secrétaire : M. Drolet (Jean-Lesage)?
La Secrétaire : M. Matte (Portneuf)?
La Secrétaire : M. Polo (Laval-des-Rapides)?
La Secrétaire : M. Cousineau
(Bertrand)?
Le Président (M. Cousineau) :
Je m'abstiens.
La Secrétaire : C'est rejeté.
Président (M. Cousineau) : Alors, nous revenons aux discussions sur l'article 83.1, en rappelant
le temps de parole qu'il reste aux parlementaires : M. le député de Saint-Jean, quatre minutes, M. le député de Richelieu,
14 min 30 s, M. le
député de Drummond—Bois-Francs, 14 min 45 s. Et voilà. Donc, une discussion sur l'article
83.1. M. le député de Saint-Jean.
Turcotte : M. le
Président, j'aimerais déposer un
nouvel amendement. Ce nouvel amendement se lit comme
suit : Remplacer «vise à offrir» par «offre».
Le Président (M. Cousineau) :
Alors donc, discussion, donc, sur l'amendement déposé par M. le député de Saint-Jean.
M. le député de Saint-Jean, votre argumentaire.
Turcotte : M. le
Président, je crois que cet amendement
que nous présentons actuellement n'est pas anodin, n'est pas anodin dans le sens où, plutôt que de soumettre l'idée que le
programme Objectif emploi vise à offrir aux personnes qui y participent un accompagnement personnalisé en
vue d'une intégration en emploi... Il
y a eu une modification, là, d'ailleurs, hein? On a eu un amendement que nous avons
accepté, là, où on inclut aussi «notamment par la formation». Mais nous, nous voudrions y lire «offre», c'est-à-dire : «Le
programme Objectif emploi offre aux personnes qui y participent un
accompagnement personnalisé, notamment par la formation, en vue d'une
intégration en emploi.»
Ce qui veut
dire, premièrement : le but du programme, c'est d'offrir aux gens un
accompagnement. Donc, disons-le, que
le programme offre. Quand on dit «vise à offrir»... J'ai fait toute une
nomenclature, là, des définitions, là, d'offrir, puis tout ça. Bon, on y reviendra peut-être plus tard, là. Mais,
quand on dit «vise à offrir», c'est comme si on se donnait un objectif,
là : on croit, là, qu'on va être capable d'offrir, là, donc on se donne
comme objectif d'offrir, mais on n'est pas sûr d'y
arriver, ça fait qu'on vise.
Moi, j'ai un
problème avec ça, M. le Président, parce
que, là, c'est sérieux, là. C'est
sérieux parce qu'il y a des gens
qui ont l'obligation d'embarquer dans un programme, mais ça se peut
que, dans ce programme-là, on ne puisse pas tout leur offrir l'accompagnement nécessaire pour atteindre l'objectif. Et, s'ils n'atteignent pas l'objectif, ils seront punis, sanctionnés par des
sanctions monétaires.
Donc, je crois qu'il faudrait — qu'il
faudrait — que
le gouvernement et le ministre, comme je l'ai mentionné précédemment, prennent leurs responsabilités et prennent l'engagement d'offrir — pas
de viser à offrir, mais d'offrir — les
services nécessaires pour que la population,
pour que les primodemandeurs, comme on appelle dans le jargon, là — il n'y a pas grand monde qui se reconnaît comme primodemandeur, là, ça ne dit pas
grand-chose, là, mais on va utiliser le terme qui nous est proposé,
là — donc
pour que les primodemandeurs puissent véritablement poursuivre si... Bon, il y
a obligation, là, d'embarquer dans le parcours. On y reviendra plus tard, là,
sur l'obligation, mais, à tout le moins, que l'obligation soit dans les deux
sens, hein?
Le ministre
parle de réciprocité. Il nous en parle, là, régulièrement, réciprocité. Bien,
la réciprocité dit aussi que le gouvernement a l'obligation. Peut-être
que le ministre aura une nouvelle proposition pour changer, là, le libellé, et tout ça, mais moi, c'est le fond que je veux
lancer en ce moment, de faire en sorte que le ministre entende notre volonté
ferme, qu'il prenne lui aussi la
responsabilité, et que lui aussi ait l'obligation, et que lui aussi ait le
fardeau de la preuve de montrer la
volonté du gouvernement d'aider, d'accompagner les gens à se trouver un emploi,
que ça soit par la formation,
que ça soit par les habiletés sociales, que ça soit par la recherche d'emploi,
mais que le gouvernement ait l'obligation d'accompagner les gens et non pas de
viser à offrir.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. M. le ministre.
Blais : Écoutez,
M. le Président, je vais vous
expliquer pourquoi je pense qu'on tourne en rond. Simplement parce que, du côté de la deuxième opposition, je
pense qu'il y a une préoccupation que je comprends bien depuis un certain
temps : Est-ce que les ressources vont
être là? ...pas d'objection de principe, mais est-ce que les ressources vont
être là? Je comprends cette
préoccupation-là pour essayer de répondre le mieux possible à cette
préoccupation. Du côté de la première opposition,
là, je vois une opposition de principe, moi, que je respecte, je ne me battrai
pas là-dessus. J'ai déjà souvent dit qu'il faut tester nos principes, il faut les
remettre en question parfois, hein, être conséquentialiste donc, mais c'est une
objection de principe.
jamais ce que le collègue me dit en face, c'est que, s'il y avait ce
changement-là, l'obligation de principe serait levée, hein, je suis prêt à la regarder. Mais, pour le moment, nous
prévoyons déjà — puis là
je le dis pour mon collègue de la
deuxième opposition aussi qui a cette préoccupation — qu'il y a une forme d'engagement qui est
prise, par le ministère, avec tous
les agents, et cet engagement-là prend la forme d'un contrat qui est signé, en
bonne et due forme, par l'agent et par
le participant, dans lequel on s'engage à verser l'aide financière, on s'engage
à verser le supplément, on s'engage à un accompagnement personnalisé. On
signe, donc, ces étapes-là.
Donc,
nos intentions, c'est vraiment de l'offrir, mais, comme je sens que, même si je
faisais cette concession-là, que je
ne trouve pas utile par ailleurs, compte tenu que ce qui est important, là,
c'est le type de contrat que l'on va signer, je n'acquiescerai pas. Si jamais le collègue me dit : Écoutez, moi,
là, il y a cet élément-là qui me manque et je suis prêt à lever mon objection de principe, je suis prêt à la
regarder, mais, vraisemblablement, dans l'état des discussions, je ne vois
pas comment ça nous aiderait à progresser.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Saint-Jean.
Turcotte : Je vais avoir besoin de votre aide, M. le
Président, pour utiliser des mots qui sont parlementaires actuellement pour ne pas aller à l'encontre du
règlement. Mais moi, ce que je viens d'entendre, j'ai de la difficulté avec ça.
J'ai de la difficulté avec ça. Je ne dirais
pas que le ministre veut monnayer notre appui au projet de loi, mais c'est un
peu ça, là. Je ne sais pas si j'ai le droit de dire ça, M. le Président,
Le Président (M.
Cousineau) : Vous êtes dans les limites de l'acceptable.
Turcotte : Bon. Je ne veux pas outrepasser, là, les limites,
loin de là, mais j'ai de la grosse difficulté, de la difficulté à entendre ça, moi, ça, là. Pas parce
que ça me dérange : moi, là, écoutez, M. le Président, là, ça va faire
huit ans que je suis député, c'est trois mandats dans ma circonscription, hein?
Saint-Jean, comté baromètre. J'ai fait deux mandats dans l'opposition, le premier député de l'histoire
de la circonscription de Saint-Jean, depuis 1854, à avoir obtenu ça. La
première fois depuis 60 ans qu'un député a trois mandats consécutifs dans la
circonscription. Je vais continuer, moi, à travailler pour mon monde, c'est
pour ça que je suis ici.
avait une ancienne collègue, Danielle Doyer, vous l'avez connue, vous avez
siégé avec, j'ai siégé avec. Quand je
suis arrivé ici, à l'Assemblée nationale, comme député, c'était ma marraine,
hein? Et Danielle me disait et elle nous disait souvent en commission parlementaire : Il faut que tu te
rappelles, mon petit gars, que tu es ici pour défendre ton monde puis défendre les plus démunis parce qu'eux
autres ils n'ont pas tous les lobbys puis ils n'ont pas toutes les voies,
dans les médias, pour faire entendre leurs voix.
Puis,
oui, j'ai un problème de principe. Oui, j'ai un problème de principe, on ne
s'en est pas caché, on l'a dit depuis le
début. On a offert aux ministres, passés et actuel, là, des voies de passage
pour ce projet de loi là. Nous avons déposé une motion de scission, à l'Assemblée nationale, pour scinder le projet
de loi en deux parties : pour une
partie qui nous pose problème, mais que nous pouvons trouver
davantage de solutions et d'ententes... La preuve, c'est que pratiquement
tous les articles de la première
partie du projet de loi ont été adoptés sur
division, mais ils ont été adoptés.
Nous
avons fait des amendements : certains ont été refusés, d'autres ont été
acceptés. Le ministre a déposé des amendements : on a appuyé certains de
ses amendements, d'autres qu'on a refusés. Mais la moitié du projet de loi...
le projet de loi, là, la
partie qui
vise l'adéquation entre la formation et l'emploi, dans les faits, là, cette
partie-là, là, serait déjà adoptée comme projet de loi et pourrait être
mise en vigueur à la volonté du ministre et du gouvernement.
section où nous sommes actuellement, c'est plus compliqué. On l'a toujours dit,
ce n'est pas nouveau. Puis moi, il
n'y a pas personne qui va m'empêcher de dire ici, à
part le règlement et le
président, ce que j'ai à dire et ce que je veux dire, parce que je suis ici pour représenter une
partie de la
population, des gens qui auraient aimé être ici, en commission parlementaire, dans cette salle-ci, là... nous
avons réuni plusieurs fois, ici, là... auraient aimé ça ici, au bout de la
table, là. Il y a des micros qui sont
là, là, puis ces micros-là, là, ils servent à entendre les citoyens. Puis ces
gens-là, là, voulaient être ici. Ils n'ont pas été invités.
Ça n'a pas été des
consultations générales, ici, sur le projet de loi, M. le Président, c'est des
consultations particulières. Puis des
consultations assez particulières, merci, parce que pas tous les groupes ont pu
être entendus. Des groupes qui
auraient dû être entendus n'ont pas été entendus, mais il n'y a pas beaucoup de
citoyens qui ont été entendus non
plus. Puis vous allez me dire, M. le Président, que, bon, c'est la prérogative
du gouvernement d'accepter ou non qui est entendu ou pas. Mais, si on n'a pas l'occasion d'entendre la voix de ces
citoyens-là ici, à l'Assemblée nationale, Parlement qui prend les décisions pour l'intérêt supérieur
de la population... Hein, c'est ça, notre objectif, on est ici pour ça, là...
mais ça prend au moins des députés qui puissent faire entendre leur
voix.
comprends que le ministre n'aime pas ce que je dis. Je peux comprendre que
certains de ses collègues n'aiment pas
ce que je dis. À la rigueur, je peux comprendre que mon collègue de la deuxième
opposition n'apprécie pas ce que je dis
à tous les moments, mais je crois qu'on est capables quand même de s'entendre
sur certains principes. Puis je crois que,
si le ministre est sincère... Et je le crois sincère. On ne partage pas les
mêmes opinions. C'est sûr que moi, je m'entends plus avec le ministre actuel lorsqu'il était dans sa période plus
fougueuse ou plus... bien, je ne sais pas, là, je ne veux pas dévoiler des secrets, là, mais il y a une période
où il était plus libre penseur, disons ça comme ça, où il se permettait de
coucher, sur le papier, des opinions et des
pensées. Tu sais, on le voit, là, dans son livre, là, ici, là, puis on en parle
souvent, on fait référence, là, à Un
revenu garanti pour tous , là, bon, livre très intéressant. Moi, bon, je ne
partage peut-être pas tout, mais il faudrait en débattre. Il a eu le
mandat du premier ministre pour le faire.
S'il
est d'accord, s'il est d'accord avec l'amendement que nous proposons, s'il est
d'accord avec le fond, que le gouvernement doit aussi avoir une
obligation d'offrir des services à la population et aux gens, on n'a qu'à
adopter l'amendement puis qu'on passe au
suivant amendement, au suivant article. Moi, là, je continue, là, mon travail,
mais il faut s'assurer qu'à terme...
c'est à ça que ça sert, une commission parlementaire... que le projet de loi
qui sera adopté, par le chemin
habituel ou par le bâillon... Parce que le ministre a aussi invoqué le bâillon
sur le projet de loi n° 70, je dois le dire, M. le Président, au moment où tout allait bien,
les articles se suivaient un après l'autre. Même, le ministre, à quelques
occasions, nous a dit : Ça va vite, ça
va trop vite. Que ça soit par les forces naturelles des choses, là, par le
règlement habituel ou par bâillon, je crois qu'on a la responsabilité de
s'assurer que le projet de loi soit le meilleur.
Et moi, je n'accepterai pas, M. le Président, de me faire
dire : On va accepter cet amendement-là à condition où le député de
Saint-Jean — qui
est moi — ou
mes collègues, que ça soit moi ou autre, là, mais qu'on
arrête, là, puis qu'on règle le projet de loi, là, un, deux, trois, là.
Gros problème avec ça. Gros problème.
S'il est d'accord
avec le principe de l'amendement, qu'on vote pour, qu'on continue le travail.
Puis, s'il est contre, bien, qu'il le
dise puis on va voter. Mais, un instant, là, avant de dire : Bien là, ci,
ça, puis... Allons-y avec nos convictions. Est-ce que le ministre a la
conviction? Est-ce qu'il est prêt à aller jusqu'au bout de sa conviction de
l'importance du programme Objectif emploi
assez pour dire : Moi, là, j'y crois tellement que ça va fonctionner comme
programme, là? Que, oui, je suis prêt
à prendre l'obligation d'offrir les services aux primodemandeurs, aux nouveaux
demandeurs d'aide sociale? Puis oui,
on va les accompagner, puis, oui, il n'y a personne de laissé de côté? S'il a
l'assurance que son programme peut
fonctionner et qu'il a les ressources, avec les 40, 50, là, je ne sais pas, là,
ETC supplémentaires qui vont s'ajouter, là, avec... je pense que c'est 5 millions ou 50 millions, là,
que le ministre a lancés ici, dans une discussion, là, peu importe, là...
S'il a l'assurance que son programme peut
fonctionner, moi, je crois qu'il peut très bien accepter l'amendement qu'on
propose.
S'il
n'accepte pas l'amendement, moi, je vais comprendre que lui-même n'est pas
convaincu d'être capable d'offrir tous
les services à la population, que les gens sont en droit de s'attendre pour
parle de ça aussi : des gens qui ont déjà été sur le marché du travail,
qui veulent retourner sur le marché
du travail, mais aussi des gens qui n'ont jamais été sur le marché du travail.
Parce que, quand on parle de jeunes
de 18 ans, puis tout ça, qui commencent, là, à l'aide sociale, ça se peut que
ces jeunes n'ont jamais été sur le marché du travail. Donc, les gens ont
besoin de services.
Je vais
m'arrêter ici, M. le Président, mais je crois que le ministre a, en ce moment,
l'obligation — il aime
ça, l'obligation, là — il a l'obligation de réfléchir à ce qu'il
est capable, oui ou non, d'offrir les services nécessaires, qu'il doit
déjà avoir chiffrés, élaborés, etc. Il l'a mis en place, le programme Objectif
emploi, il veut le mettre, puis ça fait deux
budgets qu'on en parle. Ce n'est pas nouveau, là. Donc, il a l'obligation de
réfléchir actuellement à : Est-ce que je suis capable ou non d'offrir les services nécessaires
aux participants du programme? Et, suite à sa décision, on comprendra
bien des choses.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. M. le ministre.
Blais : Alors, oui, M. le Président, donc on a ce qu'il faut, on a
ajouté des ressources supplémentaires dans les derniers budgets. Dans le tout dernier budget, là, on a ajouté
5 millions additionnels, là, pour embaucher l'équivalent... donc, 90 personnes à temps complet de plus, là,
dans les centres locaux d'emploi. On a ajouté des sommes supplémentaires
aussi pour bonifier — vous parlez de ça — bonifier aussi les montants que l'on donne,
là, pour les participants. On vient de signer
une entente sur trois ans avec les carrefours jeunesse-emploi, qui vont être
parmi les partenaires les plus importants du programme. Donc, j'ai la
conviction que ça va fonctionner parce qu'on a une... la littérature, sur le
sujet, est assez abondante. C'est vrai que
les sanctions sont beaucoup moins sévères que celles qui avaient été adoptées
par le Parti québécois en 1998, mais,
malgré tout, là, moi, je pense que ça va fonctionner. Parce que ce qui est
important, c'est des ressources que
l'on met, ce qui est important, avant tout, c'est l'encadrement. Oui, que les
gens sachent, là, qu'on compte sur eux, qu'il puisse y avoir des
sanctions, mais il ne faut pas être trop sévère surtout dans les sanctions, ça
ne donne rien.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger :
Oui. J'ai écouté attentivement les paroles du député de Saint-Jean, j'ai aussi
écouté le ministre, et, tout à
l'heure, quand j'ai pris la parole où est-ce que je mentionnais que le
gouvernement aussi avait une responsabilité, là, avec l'approche, là, d'Objectif emploi, à fournir les services ou les... en tout cas, les besoins nécessaires,
là, pour que les gens qui sont
classés aptes au programme à poursuivre leur cheminement, qu'il soit social,
vie professionnelle ou autre, l'amendement
que le député de Saint-Jean amène, moi, j'appuie cet amendement.
C'est-à-dire que c'est le principe et, oui, c'est vrai
que le mot «vise à offrir» ne détermine pas une obligation, c'est un but.
Maintenant,
bien, on a tous des buts dans la vie, mais ça ne veut pas dire qu'on arrive
tous à leurs fins. «Offre», c'est-à-dire
que là c'est plus une obligation. Alors, ça va être totalement
dans la visée. Moi, je pense que, par principe, j'appuie cet amendement-là,
pour les raisons que je viens de dire.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Drummond—Bois-Francs. Alors, réaction, M. le
ministre? Ça va? M. le député
de Richelieu.
Rochon : Alors, nous aurons
des oppositions unies derrière la proposition de mon collègue de Saint-Jean. Je
crois en effet qu'il y a là un test pour le ministre, un test de conviction.
Tout à l'heure, il nous demandait, pas très habilement, si je puis me permettre, si nous
allions revenir sur notre position quant au principe même du projet de loi s'il
acquiesçait à cet amendement. La réponse, c'est non. On garde nos principes.
y a une seconde question qui s'adresse cette fois au ministre. Croit-il,
croit-il vraiment en ce programme Objectif emploi? Il est tout à fait pertinent de dire que «viser à», ce n'est pas
s'obliger. «Viser à», hein... «Le programme Objectif emploi vise à offrir», c'est un objectif, ce n'est
pas une obligation. Ça ne pose pas d'obligation d'offre. Alors, le gouvernement
impose des obligations aux primodemandeurs,
l'obligation de s'inscrire au programme Objectif emploi, mais il ne veut
pas se donner, à lui-même, l'obligation, ce
gouvernement, d'offrir à ces personnes un accompagnement personnalisé en vue
d'une intégration en emploi. C'est un
objectif. C'est un objectif qu'il pourrait, hein, puisque c'est un objectif, ne
pas remplir, ne pas pouvoir remplir.
Protectrice du citoyen a exprimé de "sérieuses réserves" à l'égard du
projet de loi 70.» Elle a dit croiser les doigts pour que «les personnes qui seront admises au programme Objectif
emploi seront véritablement aidées et, à terme — et je la
cite, là — qu'elles
ne seront pas — ces
personnes — victimes
d'exclusion, voire menées au dénuement total.»
le ministre croit que ce ne sera pas le cas, il ne devrait pas hésiter à
souscrire à l'amendement soumis par le collègue
de Saint-Jean et qui fait consensus de ce côté-ci de la table, il me semble.
S'il ne le fait pas, il sème un sérieux doute sur ses propres
convictions, M. le Président, il me semble.
M. Blais :
Alors, M. le Président...
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : ...ça va bien, oui? Bien, tout simplement pour dire que je
n'ai pas demandé formellement aux gens — en face — de changer leurs principes. Il faut toujours
questionner nos principes, hein? Quelqu'un qui est raciste devrait, hein,
questionner ses principes. Quelqu'un qui est
sexiste devrait questionner ses principes. Il faut toujours être en mesure de
le faire.
J'avais
compris, dans la proposition du collège, mais je me suis trompé, il me l'a dit
qu'il y avait comme une volonté que,
si on sécurisait cet élément-là, bien sûr, on pouvait aller de l'avant avec
Objectif emploi. Il m'a dit clairement que ce ne serait pas le cas, donc
c'était un enjeu de clarification.
L'important,
peut-être ce que je n'ai pas mentionné, là, qui va peut-être sécuriser les
collègues, c'est qu'à 83.3 on
revient, dans le projet de loi, beaucoup plus formellement avec les obligations
que le ministère doit remplir à
l'intérieur du projet de loi. Donc, on aura l'occasion de voir ça.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Oui. Mais il me semble que cette obligation, elle doit se retrouver dans l'article, appelons
ça, fondateur du projet de loi. Là, M. le ministre nous signale que ça se retrouve plus loin, mais pourquoi ça ne se
retrouverait pas dès le début du projet de loi? Le ministre réalise-t-il
bien que les gens qui suivent nos travaux deviendront sceptiques quant à la livraison d'offre, là, par le gouvernement, d'offre d'accompagnement personnalisé en vue d'une intégration à
l'emploi?
rappelle l'amendement suggéré par mon collègue de Saint-Jean
à l'effet de ne plus voir apparaître, dans le texte, «vise à offrir», «le programme Objectif emploi
vise à offrir», mais de plutôt passer à la formulation très claire, très
nette : «Le programme Objectif
emploi offre aux personnes [...] un accompagnement personnalisé en vue d'une
intégration en emploi.» Ce n'est plus
un objectif, c'est une obligation. Je ne comprends pas, si le ministre
est convaincu des vertus qu'aura le programme Objectif emploi, qu'il
résiste tant à passer de l'expression «vise à offrir» au verbe «offrir»
lui-même.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Peu de choses à
ajouter. J'ai parlé avec les légistes, c'est une façon... Le projet de loi est souvent écrit de cette
façon-là. Ce qui est important, c'est qu'à 83.3, là, on retrouve les engagements,
là. «Vise à offrir», ça parle de l'ensemble du programme, ça le décrit,
et les préoccupations des collègues se retrouvent à 83.3.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Mais je veux, je veux vraiment comprendre, ici, pourquoi le ministre
tient tant à l'expression «vise à offrir».
Il me dit : Bon, ça apparaît régulièrement dans les projets de loi. C'est une expression consacrée,
dois-je comprendre. Mais il y a une
résistance quand même, là. On pourrait très bien écrire : «Le programme
Objectif emploi offre aux personnes [...]
un accompagnement personnalisé en vue d'une intégration en emploi.» Pourquoi
n'accepterait-il pas cette formulation beaucoup plus claire et
engageante à notre point de vue?
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
Blais : Bien, parce qu'il faudrait... là, on me dit qu'il faudrait
juste modifier les articles 44, 67, 74, 80, là, où on utilise déjà ces expressions-là pour présenter le projet. Encore une fois, les engagements,
ils existent, ils sont à l'article 83.3.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le député de Richelieu.
Rochon : Mais, M. le Président, nous ne reculerons devant aucun amendement subséquent pour
rendre les textes de chacun des articles cohérents entre eux. On n'a pas
de problème.
Le Président (M.
Cousineau) : M. le ministre.
M. Blais : Alors, tant mieux, la
cohérence est déjà là dans l'écriture. On va s'en tenir à ça.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Richelieu.
Rochon : Je rappelle, et je
ne peux pas jouer le conseiller politique du ministre, il en a un sûrement fort brillant et articulé à ses côtés, mais je me permets de
signaler au ministre que les gens qui nous regardent seront
sceptiques, seront sceptiques qu'il
veuille que soit inscrit au projet de
loi «le programme
Objectif emploi vise à offrir» plutôt qu'«offre». Ils se demanderont qu'est-ce
qui se cache en dessous de cette résistance.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
Blais : Bien, ils seront très heureux qu'on adopte 83.1 et qu'on aille
rapidement à 83.3. Je pense, nous aurons des réponses à leurs
préoccupations, si jamais elles existent.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Richelieu, ça va?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Drummond—Bois-Francs?
Schneeberger : Ça
Le Président (M. Cousineau) :
Ça va? M. le député de Saint-Jean, il vous reste 5 min 25 s.
Turcotte :
Merci, M. le Président. J'ai mentionné, depuis le début de la commission
parlementaire, deux aspects importants,
en termes avec... je parle, depuis ce matin, là, deux aspects
importants que le ministre et que le gouvernement ont comme obligation pour accompagner cette obligation
que le gouvernement transmet à la population et aux primodemandeurs.
Première obligation : d'avoir les services adéquats pour répondre aux besoins des gens. Le ministre
nous parle des carrefours jeunesse-emploi. Il nous parle des carrefours jeunesse-emploi. À
ma connaissance, les carrefours
jeunesse-emploi vont offrir ce
service d'accompagnement là uniquement aux jeunes, à moins que je ne me
trompe. Je ne pense pas que les gens
de plus de 30 ou 35 ans — je
ne sais jamais si je suis inclus ou pas dans la jeunesse, mais
peu importe, de plus de 30 ans, on va dire — vont pouvoir aller
dans un carrefour jeunesse-emploi, ça m'étonnerait.
L'entente qui
est signée avec les carrefours
jeunesse-emploi, ce n'est pas tous
les carrefours jeunesse-emploi...
bien entendu, un certain nombre qui n'ont pas encore signé. Mais, au-delà de ça — au-delà
de ça — le
projet de loi fait en
sorte que c'est les agents, dans les centres
locaux d'emploi, qui auront à offrir l'accompagnement voulu et qui prendront, en
bout de ligne, les décisions. Je
pourrais apporter des nuances ou des questionnements au ministre sur certains aspects
de : si la personne embarque
dans un tel parcours Objectif emploi, est-ce
qu'elle sera encore réputée comme
faisant
partie du programme
d'aide sociale? Ce qui fait en sorte que, sur les
décisions prises et les sanctions prises dans le programme Objectif emploi, sur
l'allocation spéciale, sur le montant de base de l'allocation d'aide de dernier
recours, si cette personne-là va pouvoir
aller en appel de ces décisions-là ou d'aller en recours, hein, quand on sait très bien
que, lorsqu'il y a ce type de programme là et qu'il y a
des sanctions de prises, les gens n'ont pas de recours pour contester la
décision du programme
particulier... Ils ont une possibilité de le faire sur la prestation d'aide
sociale, mais pas sur le programme particulier.
Je l'ai dit
au ministre aussi, il
y a toute la question
de l'emploi. Puis, bon, on a ici un ancien membre de l'Assemblée nationale, Camil Bouchard, qui
a écrit un très beau texte, vendredi dernier, le 13 mai, qui parle justement
du ministre actuel : Les jeunes et l'effet libéral , donc le projet de loi
n° 70, bon, fait toute la
nomenclature de tout ça. On pourra y revenir plus longuement, sur le texte qui est proposé, mais un paragraphe très parlant, M. le Président, mentionne : «...l'approche punitive [du ministre] fait porter sur le dos des jeunes l'échec de ce gouvernement à leur offrir autre chose. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Chez les jeunes, en une seule
année — février
2014 à février 2015 — le taux
d'inscription à l'aide sociale a
bondi de 12,2 % alors que le taux général augmentait de 0,5 %. Les
belles années de développement économique promises par ce gouvernement se sont transformées en années
d'exclusion pour des milliers de jeunes. Le ministre veut maintenant les
punir pour cause d'incompétence économique de ce gouvernement.»
Turcotte :
Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est... Puis je peux comprendre que certains
réagissent, là, ici, là, mais, je
l'ai dit tantôt, les chiffres sont têtus : depuis des années, le nombre de
jeunes à l'aide sociale diminue, à l'exception faite, à un moment précis, l'élection du gouvernement libéral, où,
depuis, le nombre de jeunes à l'aide sociale a recommencé à monter.
M. le
Président, je peux comprendre que le gouvernement veut régler ce problème-là,
mais je crois que ce n'est pas par
l'obligation ni encore moins les sanctions qu'on va pouvoir régler ce
problème-là. C'est pour ça que l'amendement qu'on propose d'«offrir», donc le mot «offre» plutôt que de «viser à
offrir», permettrait de démontrer que le gouvernement est sérieux dans
sa volonté d'appliquer correctement le programme Objectif emploi.
Moi, c'est ce que je pense, c'est ce
qu'on pense, certains. Bon, même nos collègues de la deuxième opposition
sont d'accord avec ça. Parce qu'il y a un
principe de base qui dit — le ministre en parle souvent : la réciprocité. Bon, mais,
si la réciprocité est vraiment importante
pour le ministre, qu'il le démontre dans l'action. Et, s'il oblige les nouveaux
prestataires d'aide sociale, bien, qu'il oblige son propre gouvernement
à offrir les services à la population.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Jean. Est-ce
qu'il y a d'autres interventions concernant l'amendement déposé par M.
le député de Saint-Jean?
M. Blais :
...M. le Président, si vous voulez? Juste...
Le Président (M.
Cousineau) : Oui, une petite remarque.
Blais : J'ai connu M. Bouchard à une époque où il avait peut-être un
peu plus de rigueur, hein? Je ne sais pas si c'est son passage en
politique qui a modifié les choses.
Donc,
depuis deux ans, il y a eu une diminution non négligeable, là, de personnes à
l'aide sociale et des jeunes à l'aide
sociale. Donc, ce qui se passe, c'est que, comme on a mis fin au programme
Alternative jeunesse — c'est bien ça? il ne faut pas que je me trompe, là — il y
a un soubresaut aux statistiques, parce qu'Alternative jeunesse n'était pas considéré comme un programme d'aide sociale — c'est un programme d'aide sociale, mais
particulier — et là,
maintenant, ils font
partie du bassin de l'ensemble des jeunes à l'aide
sociale. Alors, si on compare ce qui doit être comparé, c'est l'ensemble des jeunes
à l'aide sociale il y a deux ans et aujourd'hui, il y a une diminution de...
Blais : ...2,9 %, depuis les deux dernières années. Vous
connaissez bien M. Bouchard, vous trouverez l'occasion de lui dire, j'en
suis sûr.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Est-ce qu'il
y a d'autres interventions sur... M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Oui. Comment appelle-t-on ça, en psychologie, ce que vient de faire le
ministre? Je pense, c'est de la projection,
qu'on appelle ça? M. Bouchard, dont l'opinion ou les opinions seraient
affectées par un passage en politique... C'est amusant, parce que je vous citais tout à l'heure... je citais cet
extrait de votre fort intéressant ouvrage, Un revenu garanti pour tous ,
et vous écriviez précisément : «Il apparaît difficile de compter
uniquement sur la classe politique pour mener de tels débats de fond puisqu'elle demeure soumise à la logique
électoraliste qui n'accepte généralement d'elle que la formulation de
slogans.» M. Bouchard a quitté la politique; vous y êtes, M. le ministre.
je reviens à l'amendement, là, ce que la rigueur m'impose de faire, puisque
nous étudions un amendement bien précis sur lequel nous aurons à voter.
Là, je suis à examiner les différentes raisons pour lesquelles vous ne voulez
pas souscrire à l'idée d'utiliser clairement
le verbe «offrir» et que vous lui préférez l'expression «vise à offrir». Ce
n'est pas anodin, M. le ministre. Et
je ne fais pas ça pour vous lasser ou être déplaisant, je voudrais vous voir
vous commettre, avec assurance et
fermeté, derrière ce programme Objectif emploi que vous avez développé, que
vous voulez rendre obligatoire pour
les primodemandeurs, les premiers demandeurs. S'ils ne s'inscrivent pas dans
les parcours que le programme suppose, ils
n'auront pas d'allocation, de prestation. Ça peut les conduire dans la rue,
dans le cercle tragique de l'itinérance, beaucoup d'experts l'ont dit.
Alors,
ça m'effraie de ne pas vous sentir plus convaincu des vertus du programme
Objectif emploi, de même refuser d'utiliser
le libellé «ce programme offre — offre — un accompagnement personnalisé». Vous
restreindre à «vise à offrir», ça m'inquiète.
Je disais tantôt les inquiétudes de la Protectrice du citoyen; vous les
nourrissez drôlement, il me semble, là, en tout respect, là, ce matin.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le député de Richelieu.
Alors, écoutez,
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux.
(Suspension de la séance à
11 h 59)
Le Président (M. Cousineau) : À l'ordre, s'il vous
plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
vous rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 70, Loi
visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et
l'emploi ainsi qu'à favoriser l'intégration en emploi.
Lors de la suspension
de nos travaux, nous avions débuté l'étude de l'amendement du député de Saint-Jean
à l'article 83.1 proposé par l'article 28. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions?
Avant, est-ce qu'il y
a des modifications, Mme la secrétaire?
Le Président (M.
Cousineau) : D'accord. Alors, pour le temps restant sur
l'amendement de M. le député de Saint-Jean,
M. le député de Saint-Jean, vous avez écoulé votre temps sur votre amendement.
M. le député de Richelieu, il vous
reste 11 min 20 s, M. le député de Drummond—Bois-Francs, il vous reste
18 min 40 s, et évidemment, Mme la députée de Gouin, vous
avez 20 minutes.
Donc, je suis prêt à prendre une première
intervention sur l'amendement de M. le député de Saint-Jean : Remplacer, à
83.1, «vise à offrir» par «offre». Je cède la parole à Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Alors, j'imagine que, sans surprise
pour le ministre, je vais indiquer que
je vais appuyer l'amendement du député de Saint-Jean, mais je vais expliquer
pourquoi. En fait, j'appuie cet amendement tout simplement parce qu'il
me paraît juste et raisonnable.
Nous avons
devant nous un projet de loi qui veut obliger des prestataires à s'inscrire
dans un programme x, y ou z, là,
d'insertion en emploi ou de formation, etc., sous peine de se voir retirer une
partie de leurs prestations s'ils soit ne participent pas ou soit, en cours de route, pour une raison ou
pour une autre, là, ont des manquements, comme dit le ministre, à leur
participation.
Le ministre
sait à quel point je suis et nous sommes, dans ma formation politique,
profondément allergiques à cette
notion. Mais, une fois cela dit, il nous semble que la moindre des choses,
c'est que, si on crée une obligation pour l'une des parties en cause, il faut en créer une pour l'autre
partie en
cause, qui s'appelle l'État ou le ministère Emploi, Solidarité sociale.
C'est une sorte de justice élémentaire, à mon avis.
Le ministre
nous a beaucoup parlé, depuis le début de toutes ces discussions que nous avons
là — nous les
avions déjà au moment de la
commission parlementaire et nous les avons maintenant en étude détaillée — il nous a beaucoup parlé de contrat
moral, de réciprocité, bon, hein, toutes ces choses. Où est le contrat moral si
le gouvernement ou le ministère n'est pas
véritablement tenu d'offrir? Et celui qui n'est pas tenu d'offrir, c'est celui
qui a le pouvoir d'offrir, c'est celui qui a l'argent, c'est celui qui a
les moyens d'y travailler.
Donc, «vise à
offrir», là, c'est faible. C'est vraiment faible. Et nous avons des attentes
bien plus élevées face au ministère
Emploi, Solidarité sociale. Puis-je rappeler, peut-être pour la 30e fois, que
les gens dont nous parlons ici sont des
personnes vivant dans la pauvreté, dont le revenu annuel est la moitié de ce
qu'il en faut pour couvrir tout simplement des besoins essentiels? La moitié. Et là le gouvernement, pour
gagner, là, pour avoir droit à cette maigre moitié, veut leur imposer de participer à des programmes avec toutes
sortes de règles, mais lui, il ne s'impose pas de règle. Bien, moi, je trouve ça tout simplement injuste. Je ne comprends
pas, et il me semble que ça ne serait pas très compliqué de changer un vocabulaire qui n'est pas adéquat. Alors,
j'aimerais bien comprendre pourquoi le ministre résiste à appuyer ou à adopter,
ou enfin à recevoir positivement cet amendement.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, Mme la députée de Gouin. M. le ministre.
Blais : Pour nous, là, avant tout, je l'ai déjà mentionné, là, c'est
une question de cohérence au niveau de la rédaction de la loi. Il y a plusieurs articles où on l'écrit de cette
façon-là. Je rappelle, là, qu'en 83 on retrouve quand même les engagements, et je rappelle aussi que, pour la
première fois, je crois, là, il y a vraiment un contrat qui est signé, là,
dans le cadre d'Objectif emploi, entre le
ministère et le participant; et les obligations, là, du ministère, là, sont
décrites. Ce qui fait en sorte de
protéger, je pense, ce que cherche la collègue, là, protéger, là, la personne,
en disant : Écoutez, nous, nous
allons vous offrir un accompagnement personnalisé qui correspond à vos
perspectives, bien entendu, et mettre à la disposition les ressources nécessaires. Donc, on a exactement les mêmes
préoccupations. Il s'agit, encore une fois, d'une question de cohérence
dans la façon dont on écrit la loi.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : J'entends bien ce
que dit le ministre, M. le Président,
mais ça ne m'explique toujours pas pourquoi
le ministre refuse une formulation, en somme, qui serait tout simplement un peu
plus contraignante pour le ministre... en
fait, pour le ministère, soyons plus clairs, là, pour un ministère qui dit
vouloir absolument, bon, offrir justement aux gens, là, un
accompagnement personnalisé.
Dans ma tête
à moi, ça, ça veut dire que ce ministère se crée une obligation, et là il y a
une obligation pas seulement de
résultat, il y a une obligation d'offre, c'est-à-dire qu'il doit y avoir cet
accompagnement, il doit y avoir des agents d'aide sociale disponibles ou des agents du centre local
d'emploi, en somme, là, disponibles pour rencontrer les prestataires, pas
juste pour avoir une brève conversation
téléphonique, là. Il faut être sérieux si on fait une évaluation de la
situation d'une personne, on la rencontre. Alors, ça veut dire... Le
ministre disait, l'autre jour : Ce n'est pas trop compliqué parce qu'il n'y aura pas tant de gens que ça par centre
local d'emploi. Moi, je veux bien, mais, à ce moment-là, justement, créons
une obligation pour le ministère et écrivons
«offre» parce que ça va vouloir dire que, dès qu'une personne va vouloir avoir
une prestation à la sécurité du revenu, oui,
il y a quelqu'un, quelqu'une qui va la rencontrer. Tu sais, il va y avoir une
offre. Ça va être clair. Les
sanctions sont une autre chose, mais l'offre, elle, elle va être claire, et
moi, je trouve que la cohérence, justement,
c'est d'adopter un vocabulaire contraignant pour la
partie qui a le plus de
pouvoir, en fait, qui a tous les pouvoirs, soyons assez clairs.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
M. Blais : Non, ça va, M. le
Président.
Le Président (M.
Cousineau) : Ça va, M. le ministre?
M. Blais : Je pense qu'on l'a déjà
dit et redit, là.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée de Gouin, avez-vous autre chose à rajouter?
Mme David (Gouin) : Oui, M. le
Président. Mais là...
Le Président (M. Cousineau) :
C'est votre temps.
Mme David
(Gouin) : Oui, oui, je sais que c'est mon temps de parole, donc, je le
prends. Mais écoutez,
M. le Président, c'est parce que
je n'entends aucun argument. Je
comprends que peut-être il y en a eu quelques-uns? Il n'y en
a pas, O.K. Donc, il n'y a pas eu vraiment
d'argument, alors j'attends toujours les arguments, là, si on veut avoir, ici,
une discussion intéressante, disons.
Et ça vise à faire ça, une étude détaillée, je pense; bien, il me semble qu'il
faut que, de part et d'autre, il y
ait un dialogue, là. Alors, moi, j'essaie encore de comprendre le
positionnement du ministre, là. Je ne doute
pas de la bonne foi du ministre lorsqu'il dit : Oui, oui, nous offrirons
un accompagnement personnalisé. Mais, à ce moment-là, qu'il l'écrive. Qu'il dise : «Le programme Objectif emploi offre aux personnes...» Il y a
une obligation, ici, là. Pourquoi
l'obligation, elle serait toujours pour les mêmes,
hein, pour les sans-grade et les sans-voix? Pourquoi ce seraient elles
et eux qui auraient toutes les obligations, mais pas le ministère? C'est la question
que je pose, en fait, là.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, Mme la députée de Gouin. M. le ministre.
Blais : Écoutez,
c'est vraiment une question d'écriture juridique, là. On me dit et on
réitère, là, qu'à chaque fois qu'une
loi crée un programme, là, on crée une obligation aussi, pour le
ministre, de mettre sur pied et de respecter les paramètres qui sont à l'intérieur de la loi ou à l'intérieur des règlements,
hein? Nous devrons préparer un plan pour chacun des participants. Ce plan doit comporter des mesures, des activités,
il doit donner l'aide financière prévue. Donc, je pense que la loi est
correctement rédigée. On l'a vu pour d'autres articles, elle est rédigée de
cette façon-là. C'est une question de cohérence, simplement.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui. Le ministre s'aperçoit bien, et les gens qui
nous regardent de même, que nous partageons tous, de ce côté de la table, l'opposition officielle, la
deuxième opposition, Québec solidaire, le même point
de vue exactement que le ministre qui
pose des obligations aux primodemandeurs, aux nouveaux demandeurs de prestation
d'aide sociale, il ne pose pas beaucoup d'obligations à lui-même.
«Le programme
Objectif emploi — je
rappelle le texte — vise
à offrir aux personnes [...] un accompagnement personnalisé en vue d'une intégration en emploi.» Viser : encore une fois, ça témoigne d'un objectif, ça ne pose pas une obligation comme poserait une rédaction allant
dans le sens de «offre — le
programme Objectif emploi — aux
personnes [...] un accompagnement personnalisé», etc.
Le ministre
exprime un souci de cohérence. Moi, en tout respect, je souhaite exprimer que
lui n'en montre pas avec sa
conviction que ce programme accompagnera en effet, de façon
personnalisée, les gens qui auront l'obligation de s'y inscrire — en
tout cas, ce sera le cas des premiers demandeurs — en vue d'une
intégration en emploi.
Nous avons,
de ce côté-ci, des doutes sur ce programme.
Je faisais parler, un peu plus tôt, la Protectrice
du citoyen, qui en avait aussi, qui a
exprimé de «sérieuses réserves» à
l'égard du projet de loi n° 70, qui disait se croiser les doigts afin que «les personnes qui seront admises au programme
Objectif emploi seront véritablement aidées et, à terme,
qu'elles ne seront pas victimes
d'exclusion, voire menacées de dénuement total». Pas sûr qu'elle va être
rassurée d'entendre le ministre ne pas préciser ce qu'il y a à préciser
à l'article 83.1.
Il devrait
accepter puisque c'est sa conviction que ce programme constituera un
accompagnement personnalisé qui permettra d'intégrer en emploi les
demandeurs. Il devrait préciser qu'il offre cela aux personnes, qu'il ne vise
pas seulement à l'offrir, qu'il l'offre.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Richelieu. M. le ministre.
M. Blais : Non, non, ça va.
Le Président (M. Cousineau) :
Ça va.
Blais : On a une lecture
différente du projet de loi, de cet article-là, mais, pour nous, c'est clair
que ça crée une obligation...
Le Président (M. Cousineau) :
D'accord. D'autres interventions...
Blais : ...à l'endroit du gouvernement. Puis je voudrais peut-être rappeler aux collègues que les obligations
sont nombreuses, c'est un programme qui est assez dispendieux parce qu'il
augmente, de façon non négligeable, les bonifications, là, pour ces personnes-là, fait en
sorte aussi que des ressources soient disponibles, là, pour les aider. Donc, ce
qu'on me dit, c'est clairement que les obligations sont exprimées ici comme
elles sont exprimées dans plusieurs projets de loi de cette façon-là.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci. M. le député de Richelieu.
Rochon : Cette réponse,
peut-être suis-je difficile à satisfaire, mais elle ne me satisfait pas, M. le
Président, et je doute qu'elle
satisfasse mes collègues. Ça me semble
un peu léger, alors, souci de cohérence, avec le texte, ça, c'est du langage juridique. Ça ne me
convainc pas. Et, s'il faut, plus tard, amender les textes des articles
suivants en vue de les rendre
cohérents et bien adaptés à l'article 83.1, nous le ferons, hein? Nous ne baissons les
bras devant aucun effort utile pour améliorer ce projet de loi, qui a
grand besoin d'être amélioré.
J'ai le goût
de citer Camil Bouchard, auquel on a donné la parole un peu plus tôt, en lisant des extraits d'un texte publié le 13 mai. «Le projet
de loi piloté par [le ministre] va exactement dans le sens contraire. Il punit
celles et ceux qui parmi nos jeunes font déjà, depuis longtemps pour nombre
d'entre eux, les frais de l'échec de nos institutions ou [du milieu] de vie dans lesquels ils sont nés. Ce projet [de loi] prévoit que des jeunes qui s'inscrivent à l'aide sociale pour la première fois se verront offrir un parcours d'insertion
à l'emploi associé à une prime.
En cas de refus du jeune, cette prime sera réduite; des refus répétés
mèneront même à une diminution de la prestation de base. Cette seule idée de
réduire un montant d'aide qui est déjà
largement famélique — ma
collègue de Gouin en parlait — est indécente et immorale.»
Ce sont les
mots de Camil Bouchard. Et c'est plus indécent et immoral qu'il ne le croit,
puisque le sentiment de M. Bouchard est à l'effet, dans le cas des
premiers demandeurs, qu'ils verront leur prime réduite. Or, ce n'est pas ça, ils n'auront pas du tout d'allocation. Ils n'en
auront pas, de prestation, si les primodemandeurs... S'ils ne souscrivent pas à
l'idée de s'inscrire aux trois parcours
qu'offre le programme, ils n'auront pas de chèque de prestation. M. Bouchard
n'est pas au courant de ça. Il trouve déjà, lui — là,
je le cite, là — le
projet de loi indécent et immoral.
«Qui plus est — ajoute t-il — l'approche
punitive [du ministre] fait porter sur le dos des jeunes l'échec de ce gouvernement à leur offrir autre chose. Les
chiffres parlent d'eux-mêmes. Chez les jeunes, en une seule année[...], le taux
d'inscription à l'aide sociale a bondi de 12,2 % alors que le taux
général augmentait de 0,5 %. Les belles années de développement économique promises par ce gouvernement se sont
transformées en années d'exclusion pour des milliers de jeunes. Le ministre veut maintenant les punir
pour cause d'incompétence économique de son gouvernement.» C'est
l'opinion de M. Bouchard.
Cela dit,
nous sommes quelques-uns, au Québec, à la partager et à trouver, pour cela
effectivement, bien injuste ce
resserrement des règles pour les premiers demandeurs de prestations d'aide sociale.
Alors, imaginez notre consternation de
voir, en plus de tout cela, le ministre refuser que soit libellé l'article 83.1
de façon à ce que le programme Objectif emploi ne fasse pas que viser offrir, mais «offre aux personnes [...] un
accompagnement personnalisé en vue d'une intégration à l'emploi».
Bon, je ne
plaiderai pas éternellement, je vois que le ministre semble inébranlable, mais
je veux dire combien je ne comprends
pas ce blocage cet après-midi. Il professe, depuis des semaines, les... sur les
vertus du programme qu'il proposera aux
gens qui reçoivent des prestations d'aide sociale ou qui en requièrent pour une
première fois. Je trouve qu'il paraît ne
pas y croire beaucoup lui-même en établissant non pas un objectif ou des
objectifs, mais en posant à son gouvernement une obligation de résultat
à travers ce programme-là.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Richelieu. M. le ministre.
Blais : Bon, écoutez, je pense que le désaccord n'est pas un désaccord
de fond, c'est une façon de rédiger la loi, là. On me montrait d'autres
segments de la loi générale sur l'aide aux personnes et aux familles. On
utilise cette expression-là. On me dit, derrière, parce que je pense que c'est
vraiment ce qui vous préoccupe le plus, là, que cette formulation-là, elle a été juridiquement testée et elle accorde un droit
aux prestataires, elle accorde un droit de se plaindre et de, à la limite, poursuivre, là, si des
mesures, etc., ne sont pas
disponibles. Donc, cette formulation-là a déjà été testée. Et le
droit, vraiment, ou l'obligation de réciprocité, elle est créée de lege, là,
par la formulation.
Le Pré