Transportation and the Environment — 10 May 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CTE 2023-05-10
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-quatre minutes)
Président (M. Jacques) :
Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 20, Loi instituant le Fonds bleu
et modifiant d'autres dispositions.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Grandmont (Taschereau) est remplacé par Mme Zaga Mendez (Verdun) et M. St-Pierre Plamondon
(Camille-Laurin) est remplacé par M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la secrétaire. Nous entendrons ce matin les organismes suivants :
l'Association des brasseurs du Québec ainsi que la Fondation Rivières
conjointement avec Eau Secours!
Comme la séance a commencé à 11 h 24,
nous... y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure?
Consentement? Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Consentement. Donc, je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Association des brasseurs du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé,
après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
M. Roy (Philippe) : Merci beaucoup.
Merci, M. le Président. Alors, je me présente, Philippe Roy, directeur général
de l'Association des brasseurs du Québec. Je suis accompagné, à ma droite, de
Mme Marie-Antoinette Diop, qui occupe
le poste, chez nous, de directrice, politiques et stratégies. Je voudrais aussi
souligner la présence de deux de nos
brasseurs qui nous accompagnent, donc M. François Lefebvre, de chez Molson
Coors, et Mme Amélie Toupin, de la brasserie Sleeman Unibroue.
Alors,
rapidement, l'Association des brasseurs du Québec, en fait, on est la référence
pour l'industrie brassicole au Québec. On représente, depuis 80 ans
maintenant, cette année, à peu près tous les membres... tous nos membres québécois et canadiens qui oeuvrent, évidemment,
dans l'industrie brassicole, auprès des gouvernements, des partenaires, des organismes gouvernementaux et des médias. Nos
trois grands membres brasseurs de l'ABQ, qui sont les brasseries Labatt, Molson Coors et Sleeman Unibroue,
réalisent ensemble près de 90 % de toutes les ventes de bière au
Québec. Et de toutes ces bières vendues au Québec par les trois grands
brasseurs, il est important de rappeler que 85 % de toutes ces bières-là
sont faites ici, au Québec, par des Québécois.
L'industrie brassicole fait clairement
partie du
quotidien de tous les Québécois par sa présence historique et active partout
dans la province. En effet, le Québec a une longue histoire d'amour avec la
bière. Rappelons que c'est ici, au Québec, à Québec, dans la ville de Québec,
en 1667, qu'a vu apparaître les premières bières en Amérique du Nord.
C'était une initiative de l'intendant Jean Talon. Rappelons également que c'est
à Montréal, en 1786, que va naître la première brasserie commerciale en Amérique du Nord, celle évidemment initiée par M. John Molson. C'est
toujours à Montréal qu'on verra naître la
première consigne de bières en Amérique du Nord, toujours encore initiée par
M. Molson.
Rappelons-le, la bière au Québec, c'est
43 000 emplois directs et indirects, une présence active dans chacune
des régions du Québec et près de 3,5 milliards de dollars en retombées
économiques. En raison de la forte présence économique des brasseurs et de leur
ancrage résolument local, tout un écosystème brassicole s'est développé au
Québec auprès de 2 000 fournisseurs. Cet écosystème comprend, entre
autres, une des plus importantes malteries du continent nord-américain, une des
deux seules usines de fabrication de contenants alimentaires de verre au Canada
et un des plus importants centres de
recherche et de développement d'équipements de production de breuvages en
Amérique du Nord. Finalement, mentionnons
que l'industrie brassicole est, après l'industrie laitière, le deuxième plus
important joueur dans le domaine de la transformation alimentaire.
On est invité aujourd'hui à parler évidemment du
projet de loi n° 20, alors le projet de loi n° 20 qui institue le
Fonds bleu qui... Fonds bleu qui sera utilisé pour financer toute mesure que le
ministre de l'Environnement, de la Lutte
contre... ministre de l'Environnement peut réaliser en lien avec la protection,
la restauration, la mise en valeur et la gestion de l'eau. Ce fonds sera
financé notamment par la hausse des redevances sur l'eau et permettra de soutenir
des projets en lien avec la protection, la restauration,
la mise en valeur et la gestion de l'eau. Ce projet de loi permettra
d'augmenter les redevances sur l'eau de près de 900 %.
L'Association des brasseurs du Québec et ses
membres accueillent favorablement le principe du projet de loi et ses mesures
qui visent à encourager la gestion responsable de l'eau au Québec. C'est un pas
important vers un avenir durable.
Rappelons
d'entrée de jeu que l'eau est un des ingrédients principaux de la bière et des
autres boissons à base de malt. L'eau
est non seulement utilisée pour constituer une importante
partie de la bière
elle-même, mais elle est également utilisée dans le processus de
brassage, y compris les étapes de maltage, d'empâtage, d'ébullition et de
fermentation. L'eau est également utilisée
pour le processus de nettoyage, évidemment, d'entretien des cuves et des
installations de nos brasseries ainsi que pour le processus de lavage
des bouteilles de bière réutilisables, les fameux CRM. Sans eau, il est
impossible de produire de la bière.
Compte tenu
de l'importance de l'eau dans la production de nos produits, il est normal que
notre industrie soit grandement
interpelée par la modernisation des redevances mises de l'avant par le gouvernement.
Toute modification des coûts de l'eau
ou de sa disponibilité a un effet direct sur les activités brassicoles, sur la
chaîne d'approvisionnement et sur la rentabilité de l'industrie
brassicole du Québec. L'Association des brasseurs du Québec a donc produit un
mémoire dans lequel elle énumère certaines demandes et recommandations. Ce
mémoire vous a été envoyé hier. Compte tenu du peu de temps qu'on a
aujourd'hui, nous aimerions aborder certaines de ces recommandations.
La première
concerne la question de la transformation alimentaire. Nous comprenons la
décision du gouvernement d'exonérer le secteur agricole des redevances
d'eau au Québec. À la lumière des défis auxquels le secteur agricole a été
confronté ces dernières années, cette exemption représente un soulagement
considérable pour les agriculteurs et les entreprises agricoles du Québec.
Nous croyons que la même approche pourrait
s'appliquer aux entreprises qui oeuvrent dans le domaine de la transformation
alimentaire. Il est important de rappeler que les brasseurs n'emballent pas de
l'eau. La bière est le résultat d'une
transformation agroalimentaire complexe. En effet, la bière est un amalgame
d'eau, de houblon, de malt, de levure,
de blé et de plusieurs autres ingrédients naturels, tous des produits d'origine
agricole. Nous proposons dans notre mémoire
une exonération des redevances pour l'utilisation de l'eau qui vise... à des
fins de transformation alimentaire.
Deuxième recommandation. Au cours des dernières
décennies, nos brasseurs ont posé un grand nombre de gestes afin, un, de diminuer considérablement l'empreinte
environnementale de leurs activités, deux, de faire face aux défis liés aux changements climatiques et, trois,
de contribuer à une gestion responsable de l'eau. En fait, les
brasseries québécoises ont toujours encouragé l'utilisation des technologies de
plus en plus propres et cherchent constamment à réduire les coûts associés à
l'utilisation excessive d'eau.
Quelques exemples s'imposent. Pensons à la
brasserie Molson Coors qui a déménagé sa vieille et historique brasserie sur la rue Notre-Dame, à Montréal, vers
la nouvelle brasserie à Longueuil. En construisant l'usine de Longueuil,
Molson Coors a mis en place des technologies d'avant-garde pour réduire
considérablement sa consommation d'eau et procéder à un recyclage de l'eau de
brassage et des eaux usées. On parle actuellement, pour la même production,
d'une baisse de consommation de 35 %, ce qui est énorme, et l'objectif de
Molson Coors est, pour 2025, d'atteindre le 40 % de diminution.
Pour sa part,
la brasserie Labatt, de LaSalle, est complètement autonome dans son utilisation
d'eau. En fait, elle est la seule brasserie de Labatt, en Amérique du
Nord, à posséder ses propres installations de traitement d'eau. Le circuit
fermé du système d'eau qui la caractérise et la présence d'une tour d'eau et
d'une usine de traitement des eaux complètement privée lui permettent de
réduire abondamment son empreinte environnementale. Labatt s'est donné un
objectif de faire des économies de 1,5 million d'hectolitres par année,
objectif qui est maintenant battu car elle chiffre maintenant ses économies en
eau à plus de 2 millions d'hectolitres.
Tous nos brasseurs, petits et grands, ont mis en
place des programmes de réduction de consommation d'eau. En modernisant leurs
installations et en utilisant des technologies plus propres et plus efficaces,
les brasseurs poursuivent exactement le même objectif que le projet de loi sous
étude : réduire la consommation d'eau.
Pour encourager un plus grand nombre de ces
investissements en des technologies qui optimisent l'utilisation d'eau, nous proposons l'inclusion d'un tarif
particulier. Ainsi, toute entreprise... posant, pardon, des gestes
significatifs pour diminuer sa consommation
d'eau se verrait récompensée par une charge moins importante associée aux
redevances sur l'eau.
La troisième recommandation concerne,
évidemment, les fameux CRM, alors les contenants à remplissage multiple. Il
faut savoir que les brasseurs gèrent, de façon totalement privée, un système de
consigne des bouteilles de bière et celle des fûts. Ce système est un grand
succès, on parle d'un taux de récupération qui dépasse les objectifs à chaque
année. Et, en plus d'atteindre un très grand... un grand succès, il alimente et
soutient tout un écosystème économique qui s'est greffé à lui au cours des
décennies.
En fait, petite anecdote toute québécoise, je
l'ai mentionné au début, c'est au Québec qu'a vu apparaître les premiers
contenants consignés. C'est l'homme d'affaires montréalais John Molson, encore
lui, qui a lancé le système de contenants consignés en Amérique du Nord, en
1808. Depuis 1808, à chaque mois, les brasseurs récupèrent des bouteilles et
les lavent de façon à réduire considérablement l'empreinte environnementale de
leurs activités.
Actuellement, chaque
mois, ce sont des millions de bouteilles de verre et de fûts en métal qui sont
récupérés par nos équipes, qui sont ensuite lavés pour être ensuite réutilisés.
Ces bouteilles en verre réutilisables ont de loin la plus faible empreinte
carbone de tous les contenants actuellement consignés au Québec. Elles
serviront en général plus de 15 fois, parfois même 18 fois.
Recyclables à 100 %, les bouteilles à remplissage multiple et les fûts de
bières, les «kegs»,
s'appuient sur les principes de l'économie circulaire comme la réduction de
l'utilisation de matières premières, le réemploi et le recyclage.
Ces bouteilles CRM
vivent actuellement une crise. De moins en moins populaire auprès des
consommateurs et des détaillants, on constate une décroissance constante de
l'utilisation. Et voici que l'arrivée d'un élargissement de la consigne et une
hausse des redevances de l'eau viennent rendre encore plus incertain l'avenir
du CRM. Il nous apparaît évident que le fait d'ajouter une nouvelle contrainte,
celle de payer davantage l'eau qui sert à laver les bouteilles CRM, viendra
mettre un frein supplémentaire à ce système écologique respectueux de la
hiérarchie des trois RVE et de l'économie circulaire.
Nous
demandons donc que les CRM soient exemptés des tarifs en lien aux redevances de
l'eau. Cela enverrait un signal fort du gouvernement qu'il souhaite
soutenir ce système vert...
Le Président (M.
Jacques) : En terminant.
M. Roy
(Philippe) : ...un encouragement bien accueilli aux promoteurs.
Le Président (M.
Jacques) : En terminant.
M. Roy
(Philippe) : En terminant, oui. Bien, écoutez, en terminant, je veux
juste rappeler à quel point les brasseurs soutiennent le principe du projet de
loi. Non seulement on le soutient, mais on pose déjà des gestes très, très, très actifs et agressifs pour réduire notre
consommation d'eau et on accueille favorablement, donc, le projet de
loi. Et on est disposés à répondre à vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Je cède maintenant la parole à M. le
ministre pour une période d'environ 15 minutes.
M. Charette :
Merci, M. le Président. À vous deux, merci d'être avec nous ce matin, merci
de nous apporter un petit peu votre éclairage.
J'ai votre mémoire
sous les yeux, j'ai eu l'occasion de le parcourir. Peut-être juste réitérer un
principe, au départ : l'instauration du Fonds bleu, la hausse des
redevances ne vise d'aucune façon à engranger de l'argent pour engranger de
l'argent. On veut surtout, à travers ça, favoriser un changement de
comportement, s'assurer que l'on puise moins
à partir de cette ressource qui est l'eau. Et vous nous dites
essentiellement : C'est possible, parce que vous avez des installations qui ont fait des efforts
considérables et qui ont donné des résultats importants, 35 %, 40 %
de réduction de la consommation d'eau. Donc, c'est signe que c'est
possible et c'est le but derrière le projet de loi n° 20 et, ultimement,
la majoration des redevances. Donc, on ne veut pas engranger de l'argent pour
engranger de l'argent.
En même temps, je
vais être bien, bien honnête avec vous, je lis et je vous ai entendu dire que
vous souhaiteriez exonérer. Il n'y aura pas d'exonération. Les groupes qui
étaient visés le demeurent, on n'ajoute pas de nouveau groupe. C'est le taux et
le niveau de redevances qui est modifié. Donc, on n'exonère pas, j'aime mieux
le mentionner dès le départ, et on hausse avec la même logique qui s'appliquait
déjà, c'est-à-dire : on a des entreprises qui utilisent l'eau sans la
capter, un taux différent, des entreprises qui utilisent l'eau en en captant
une partie, avec un taux qu'on peut comprendre plus élevé.
Et pourquoi ce taux
majoré? C'est très, très simple. L'eau, ce n'est pas... ça n'appartient pas aux
brasseurs, ça n'appartient pas au
gouvernement du Québec, ça n'appartient pas à une entreprise en particulier,
c'est une ressource qui est commune, donc il faut lui donner une valeur.
Donc, les demandes d'exonération... Puis vous n'êtes pas les seuls, tous les
groupes qu'on entend avec des intérêts particuliers ont de très, très bonnes
raisons, à leur sens, d'être exonérés de ce système-là, mais on ne peut pas, on
ne peut pas aller dans cette logique-là. Au niveau alimentaire, au niveau
agricole, on l'a mentionné encore hier, oui, il y a des exceptions, ces
exceptions-là sont maintenues, mais on n'en ajoute pas de nouvelles.
Là où je peux, par
contre, vous rassurer, et je vous le disais, le but, ce n'est pas de faire de
l'argent avec les redevances, vous parlez s'il pouvait y avoir des programmes
d'aide pour aider, ou favoriser, ou accélérer cette transformation-là : le
projet de loi le permet, permet de mettre en place un programme qui viendrait
aider un grand utilisateur d'eau à diminuer
sa consommation. Mais, là aussi, je dois mettre un bémol, et je l'ai réitéré
aux intervenants, là, qui vous ont précédés, il ne faudrait pas penser
qu'une entreprise puisse puiser dans le Fonds bleu pour faire des
transformations majeures. Une entreprise pourra, à tout le moins, récupérer la
redevance qu'elle a elle-même payée, donc ça ne pourra pas excéder la redevance
qu'elle a elle-même payée, pour une diminution substantielle de la consommation d'eau. Donc, oui, des mesures d'aide,
des mesures d'atténuation, mais je dois quand même être bien, bien
clair, là, pour ne pas susciter d'attentes, là, qui seraient déçues par la
suite.
Vous
parlez également... Bon, l'exonération, j'en ai parlé, les... pas les
récompenses, mais les compensations, je l'ai évoqué. Vous parlez de prévisibilité. C'est important, cette
prévisibilité-là, et je le conçois. C'est la raison pour laquelle, dès le départ, on dit : On ne répétera pas
l'expérience passée, c'est-à-dire laisser des années, voire plus d'une
décennie, sans qu'il y ait une majoration. Donc, on précise dès le départ que,
oui, une augmentation importante pour le 1er janvier prochain, mais après
ce sera une indexation de 3 % à chaque année. Donc, au niveau de la
prévisibilité, c'est de nature à aider vos activités.
Sinon,
sinon, bien, en fait, c'était surtout des commentaires par rapport à vos
préoccupations. Mais, depuis le départ, on veut réellement, là, donner
l'heure juste. Oui, les demandes d'exonération ou d'exception sont nombreuses,
mais on ne peut réellement pas aller dans cette avenue-là.
Donc, c'est les commentaires que je voulais vous
partager. Si vous voulez réagir à mes commentaires, sentez-vous bien à l'aise de le faire. Sinon, j'ai des collègues qui
auraient peut-être des questions plus précises pour vous.
M. Roy
(Philippe) : Bien,
simplement vous remercier d'avoir parlé de la prévisibilité. Je n'ai pas eu le
temps, mais c'est bien inscrit dans notre mémoire. Effectivement, on accueille
cette idée-là d'un retour, à chaque cinq ans, d'études sur les redevances,
parce que, pour l'entreprise privée, apprendre, dans l'espace de 18 mois,
que les taux vont augmenter, dans certains cas, de 900 %, c'est très
difficile pour l'entreprise privée d'aller de l'avant et d'avoir des plans sur
une décennie d'investissements, sans savoir ce qui s'en vient. Donc, oui, on
accueille favorablement la question de la prévisibilité.
M. Charette : Et un petit clin
d'oeil, si vous me permettez. Oui, une augmentation importante sur le premier
12 mois, mais, j'espère, une reconnaissance comme quoi vous l'avez eu pour
à peu près gratuitement, cette eau-là, pendant
des années. Et ça aussi, il faut le considérer. Donc, une hausse qui se
justifie, mais pour corriger, malheureusement, une... une incohérence qui prévalait depuis trop longtemps. Donc, merci
pour votre présence. Et j'ai mon collègue, là, qui aimerait prendre la
relève.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de Masson.
M. Lemay : Merci, M. le
Président. Merci, M. Roy, Mme Diop ainsi que ceux qui vous
accompagnent, M. Lefebvre et Mme Toupin. Très content de vous avoir
aujourd'hui.
Juste pour revenir sur la question puis
l'élément de réponse que vous venez de faire avec le ministre, dans l'échange sur la prévisibilité, tu sais, parce
que, je comprends, vous avez mentionné des investissements, vous
regardez ça sur une période d'une décennie, mais pouvez-vous nous donner plus
de détails, là, sur votre... Ça m'intéresse de savoir, là, tu sais, selon vous,
ça a été quoi, vos attentes par rapport à ça. Dans le sens que, quand vous
parlez d'une décennie, on ne retardera pas d'une décennie l'entrée en vigueur,
là, tu sais, bien, tu sais, je veux dire, selon vous, dans un... Je me serais
attendu à avoir quelque chose... un court laps, plus court qu'une décennie.
M. Roy
(Philippe) : Bien, écoutez, chaque brasseur a son propre plan
de développement. Ils ont tous, actuellement, dans les cartons ou en
production des programmes pour réduire leur empreinte environnementale, c'est
très clair. Alors, lorsqu'ils se dotent de budgets sur cinq, six, 10 ans,
ils doivent avoir tous les... tous les facteurs en main pour que... pour que ça
passe et que ça fonctionne avec la question de la rentabilité de l'entreprise.
Alors, c'est là que je disais : D'avoir une prévisibilité de ce qui s'en
vient, quelles sont les intentions du gouvernement, ça permet aux entreprises
de pouvoir bien faire entrer là-dedans leurs programmes d'investissement.
M. Lemay : D'accord.
Et j'aimerais revenir, parce que, bien entendu, on a reçu votre mémoire hier,
puis j'aimerais avoir plus de détails sur ce que vous pensez comme
critères écoresponsables. Parce que vous l'avez mentionné dans votre mémoire
que vous auriez aimé ça avoir des critères écoresponsables, dans la grille
tarifaire, à l'intention des entreprises qui investissent dans une amélioration
de leur bilan environnemental et de leur consommation d'eau. Ça fait que
j'aimerais ça un peu avoir plus de détails sur votre vision de cette... de ce
concept.
M. Roy
(Philippe) : Bien, écoutez, ça peut être beaucoup de choses.
Essentiellement, ici, on parle de redevances de l'eau, alors le
premier... le premier critère qui saute aux yeux, c'est évidemment la
consommation de l'eau ou, en fait, la
capacité de faire baisser sa consommation d'eau. Ce serait sûrement un des...
un des critères les plus importants à prendre en compte. Mais là on
peut, après ça, élargir, on peut parler des critères GES, des critères de
développement durable en termes de
déplacement des... Il y a beaucoup, beaucoup de choses, là. Mais nous, on
pensait surtout, à l'ABQ, la question, vraiment, de la gestion de l'eau
au sein de la brasserie, donc notre capacité à réduire notre consommation d'eau
et à rejeter une eau beaucoup plus propre.
M. Lemay : OK. Puis j'aimerais
avoir plus de détails, là, quand vous parlez des contenants à remplissage multiple. C'est quoi, l'impact financier que vous
voyez? Dans le sens que, tu sais, je comprends que tout impact financier
supplémentaire à ce que vous payez aujourd'hui a un impact direct. Mais, tu sais,
jusqu'à quel point êtes-vous au point mort ou au seuil de rentabilité
concernant le remplissage multiple? Tu sais, c'est quoi, la marge de manoeuvre
que vous avez de ce côté-là? Est-ce que c'est quelque chose que vous pourriez
donner plus de détails?
M. Roy
(Philippe) : Bien, on a beaucoup d'échanges, actuellement, avec
le cabinet du ministre sur ce point-là. Ce qu'on veut passer comme
message aujourd'hui, c'est que le CRM, qui est vraiment une fierté des grands brasseurs, là, il est en danger, il est dans une
position qu'on n'a jamais vue. Et ça s'explique par plein de facteurs,
mais, comme j'ai dit dans mon mémoire, ça s'explique, un, par des habitudes des
consommateurs, des préférences des consommateurs, qui pour l'instant préfèrent
la canette que du... de la bouteille. C'est... Ça s'explique aussi peut-être
par des demandes des détaillants, qui, eux aussi, préfèrent peut-être gérer de
la canette plus que de la bouteille. Donc, ce qu'on... On essaie, nous, de voir
comment on va pérenniser, quand même, le CRM, dont on est très fiers. Et c'est là que, là, il y a deux nouveaux enjeux qui viennent
d'arriver : on parle des redevances de l'eau, on parle de la consigne, voir comment, peut-être, ces deux
nouvelles interventions gouvernementales là pourraient nous donner un
coup de pouce pour garder le CRM aussi efficace qu'il l'est actuellement.
Alors, c'est sûr que,
le CRM, bien, il y a le coût de faire des bouteilles, il y a le coût du
transport qui est assumé par, évidemment, les brasseurs, puis ensuite il y a le
coût de laver les bouteilles. C'est un des gros postes de dépenses de notre
système CRM. Et, pour laver des bouteilles, bien, on consomme énormément d'eau.
Alors là, on propose que ça pourrait être une des façons qu'on pourrait avoir
un... recevoir de l'aide pour garder le système CRM.
Le Président (M.
Jacques) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Jacques) : Il vous reste 4 min 45 s.
Mme Grondin :
Parfait. Je vais tout de suite poursuivre avec les CRM. Je comprends que
vous en êtes fiers, parce qu'effectivement
je salue le travail qui a été fait à ce moment-là. Et votre enjeu avec la
réalité d'aujourd'hui, dans le fond, si je comprends bien, c'est de
pérenniser ce système-là qui fonctionne, qui a un grand succès et dont vous
êtes fiers. Puis je pense que vous n'êtes pas les seuls à être fiers de ça.
Avez-vous
d'autres... Vous dites que vous explorez, dans le fond, diverses stratégies, ou
scénarios, ou solutions. Est-ce que vous pouvez nous en parler
davantage? Là, vous nous proposez un élément, mais est-ce que vous avez pu
explorer d'autres scénarios?
M. Roy (Philippe) : Bien, écoutez, à la
suggestion du ministre, on a créé un comité de travail, lequel on a
invité nos amis des microbrasseries, nous,
les grands brasseurs, RECYC-QUÉBEC s'est joint à nous. Et ce comité de
travail là a déjà eu une rencontre, on a une
deuxième rencontre de prévue sous peu, et c'est le mandat de cette... de ce
comité-là d'arriver avec des solutions très, très concrètes.
Effectivement, on peut parler d'écofiscalité, on peut parler de plein de
choses, mais je vais laisser le comité arriver avec des recommandations plus...
plus détaillées. On a également mandaté une firme de consultants pour nous
aider à travers cette réflexion-là. On a le rapport, actuellement. Donc, avec
tout ça, on espère, dans les prochaines semaines ou avant les vacances d'été,
d'être en mesure d'arriver avec des propositions au gouvernement.
Mme Grondin :
C'est vraiment intéressant de combiner différentes expertises sur cette
question-là. Il me reste encore un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Jacques) : ...
Mme Grondin :
Oui? Moi, j'aimerais ça revenir sur la question de la prévisibilité. Puis
vous ne serez pas surpris... En fait, c'est
plus un commentaire. Je comprends l'importance, pour des entreprises, d'avoir
une prévisibilité. Je comprends que, dans le fond, pour atteindre un
succès au niveau de l'entreprise, on doit avoir un plan d'affaires ou une
prévisibilité sur du moyen, long terme parce que ça exige énormément
d'investissements.
Moi, je voulais juste
vous rappeler que, dans le fond, depuis l'an 2000, on a adopté une
approche de gestion par bassin versant. En
2009, on a adopté une
loi sur l'eau qui dit que c'est un bien commun, c'est un
bien collectif. Par la suite, il y a eu des redevances, et donc là,
pendant 12 ans, on a donné une valeur économique à cette ressource-là qui
est un bien commun, qui est une ressource nationale, qui est un besoin vital,
un montant qui est assez ridicule.
Moi, ce que je...
Quand vous parlez de prévisibilité, je comprends, dans l'avenir, l'importance
de dire : Il va y avoir une révision aux cinq ans, il va y avoir une
indexation sur ces taux-là. Tant mieux, ça donne une certaine prévisibilité.
Mais, en même temps, j'ai de la difficulté... vous avez des équipes de
marketing, vous avez... j'ai de la difficulté à comprendre pourquoi vous n'avez
pas vu ça venir, depuis l'an 2000, l'importance qu'à un moment donné il y
aurait un coût, qui est un coût réel, à cette ressource-là qui est un besoin
vital.
M. Roy
(Philippe) : Bien, si je peux me permettre, peut-être, juste de
réagir. Bien, un, je tiens à le redire à nouveau, on ne s'oppose pas du tout au
principe des redevances de l'eau. Nos brasseurs, c'est des entreprises du
Québec qui font vivre des Québécois, leurs familles. Tout le monde, tout le monde
partage cette préoccupation-là de l'eau comme un bien commun québécois. Donc,
on n'est pas... on est tous du même côté.
Pour
ce qui est de la prévisibilité, nous, on ne parle pas du passé, on parle de
l'avenir, on dit : Il faut, puis ça a été reconnu par le gouvernement puisque ça a été... c'est prévu dans le
projet de loi, il faut permettre à l'entreprise privée d'avoir une
prévisibilité sur ce qui s'en vient. Alors, c'est juste... On est conscients
que peut-être que l'eau a été... n'a pas été
vendue à sa juste valeur, dans le passé, mais nous, on regarde vraiment pour
l'avenir, voir comment on peut au moins assurer que les entreprises qui
fonctionnent bien au Québec puissent avoir une prévisibilité.
Mme Grondin :
Et je suis d'accord avec vous qu'on regarde l'avenir, donc...
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine la première intervention. Je
cède maintenant la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, M. le Président.
Et merci d'être avec nous ce matin, merci pour le mémoire et aussi la présentation. Et, si je comprends bien, vous
êtes tout à fait d'accord avec le principe, mais vous avez des
préoccupations au niveau pratique. Et j'aimerais avoir plus de précisions sur
les recommandations. Donc, une question, ce serait par rapport à vos innovations, en termes de... bien, justement, pour
préserver, pour sauvegarder l'eau. Est-ce que vous pouvez nous parler un
peu des innovations plus récentes et ce que vous prévoyez dans les prochaines
années dans ce sens?
M. Roy (Philippe) : Oui. Je ne
rentrerai pas dans les détails parce que c'est vraiment pour chaque brasserie,
mais je peux vous dire que 100 % de nos brasseries ont actuellement des
programmes de valorisation de l'eau et des programmes
de façon à faire diminuer leur consommation d'eau. Quand je parle de nos
brasseries, je ne parle pas juste de nos trois grandes brasseries. On a
beaucoup de petites... de microbrasseries qui sont dans notre association.
Alors, pensons à... le Trou du diable, à
Shawinigan, pensons à Unibroue, à Archibald, à Québec, ici, c'est toutes des
entreprises qui doivent, et qui reconnaissent, et qui travaillent actuellement
à diminuer leur consommation d'eau.
McGraw : Vous avez parlé des microbrasseries. Justement,
c'est une question que j'ai posée hier, est-ce que vous... Évidemment, la première recommandation, c'est l'exonération.
On a très bien entendu le ministre — d'un
gouvernement majoritaire, évidemment. Mais, à l'intérieur de votre membership,
vous avez des grandes entreprises puis vous
avez des petites et moyennes entreprises. Est-ce que vous pourriez peut-être
même entrevoir une distinction tarifaire entre les... selon
l'utilisateur, selon vos membres?
Mme McGraw : Sur la taille.
M. Roy
(Philippe) : Non, nous, on ne recommande pas du tout, du tout
cette approche-là. Toutes les... Que ce soient les micros, que ce soient
les brasseries moyennes ou que ce soient les grandes brasseries, ils sont tous
dans le même modèle commercial, et favoriser certains groupes par rapport à
d'autres ferait juste créer une inégalité au sein de l'industrie. Alors, non,
ce n'est pas du tout quelque chose qu'on souhaite.
McGraw : Parfait. C'est important de bien comprendre. Vous
avez parlé aussi de... Bien, donc, est-ce que vous pouvez élaborer sur
la structure tarifaire, donc, que vous proposez? Est-ce qu'il y a des détails
que vous voulez proposer, ajouter?
M. Roy (Philippe) : Bien, non, on
aborde la question dans notre mémoire, c'est une suggestion qu'on lance, on ne s'est pas... on n'a pas proposé une grille
particulière. Mais ce qu'on souhaitait, c'est peut-être, justement,
moduler cette grille tarifaire là en fonction, notamment, de notre proposition
écofiscale, donc, si une entreprise propose un geste majeur d'investissement
pour réduire sa consommation d'eau, qu'elle puisse être récompensée en
conséquence.
Mme McGraw : Donc, vous avez été
clairs, pas la taille, mais, justement, sur le type d'utilisateur. Et puis les
mesures écoresponsables, donc, c'est la deuxième recommandation. Donc, dans la
grille tarifaire, est-ce que vous avez des ajouts à faire à ce... sur cette
deuxième recommandation?
M. Roy (Philippe) : Non, non.
Mme McGraw : Parfait. Est-ce que,
sur la troisième recommandation, vous pouvez élaborer? Donc, vous demandez que
des sommes du Fonds bleu ne soient pas... ne soient destinées qu'à des projets
et des initiatives visant une utilisation
plus responsable et à la protection d'eau. Et, dans un deuxième temps, vous
demandez que les sommes puissent être mises à la disposition des
entreprises. Je pense qu'on... Est-ce que vous pouvez élaborer sur ce point ou
un peu mettre en valeur vos arguments?
M. Roy
(Philippe) : Bien, le contexte de cette demande-là, de cette
proposition-là, c'est de s'assurer, puis je pense que M. le ministre l'a mentionné aussi, c'est de
s'assurer que l'argent qui va être recueilli au sein même du Fonds bleu
ne soit pas envoyé vers d'autres dépenses
gouvernementales. Donc, c'était une façon de juste réitérer que, nous aussi,
on croit à l'importance que l'argent doit
revenir à des initiatives pour encourager la diminution de la consommation
d'eau.
McGraw : Et, si j'ai bien compris la réponse du ministre,
l'idée que les entreprises, on parle spécifiquement des entreprises,
pourraient peut-être accéder à des redevances, mais pas plus qu'ils ont payé...
Et ça, comment vous réagissez à cette approche?
M. Roy
(Philippe) : Bien, écoutez, n'importe quelle initiative que le
gouvernement mettrait de l'avance... de l'avant, pardon, pour encourager des
initiatives vont être bien accueillies. Je ne commencerai pas à quantifier si
c'est suffisant ou pas, mais il y a un souhait commun, il y a un souhait de
l'industrie comme, clairement, du gouvernement de mettre en place des initiatives et de baisser
radicalement la consommation d'eau, au Québec, de façon plus
responsable. Alors, on va tous travailler ensemble à ce niveau-là.
Mme McGraw : Merci.
Quatrième recommandation, on parle des CRM, et vous parlez un peu des
doubles... avec les changements au niveau de la consigne puis des redevances,
vraiment, ça crée des changements importants qui ont un impact important sur
votre industrie, alors... Et on parle aussi du système d'économie circulaire,
qu'on ne voudrait pas juste soutenir, mais approfondir, effectivement. Est-ce
que vous avez des ajouts à ce niveau-là?
M. Roy (Philippe) : Non. Peut-être, juste
renchérir. Écoutez, c'est un des plus bels exemples d'économie
circulaire, le CRM. Je ne sais pas si certains d'entre vous ont eu la chance
d'aller voir les... il y a des usines privées qui font le lavage des
bouteilles, il y en a une à Saint-Bruno-de-Montarville, et c'est vraiment
impressionnant, là. On parle de millions de bouteilles qui passent et qui sont
lavées, stérilisées, d'une pureté incroyable, pour pouvoir être réutilisées pour la consommation. D'autres brasseurs le font à
même leurs installations, donc le lavage des bouteilles se font chez eux. Donc, c'est vraiment toute une opération et
c'est vraiment impressionnant à voir. Donc, si vous avez une chance de voir ça, surtout, j'invite M. le ministre, si ce
n'est pas déjà fait... Ah! C'est déjà fait? Bon, c'est assez
impressionnant.
Mme McGraw : Excellent. Et, cinquième recommandation, on parle
de prévisibilité. Encore une fois, le projet de loi prévoit un 3 %
par année. Est-ce que... Puis aussi la clarté, il me semble que... je sais que
le secteur privé, les entreprises, ont
besoin de clarté, de pouvoir prévoir et pouvoir prendre des décisions
éclairées. Des ajouts à ce sujet-là?
M. Roy (Philippe) : Non, bien, on en a déjà
parlé, puis je pense que notre mémoire est assez clair, là, ce n'est pas
quelque chose d'énorme sur lequel on veut insister. C'était un rappel, tout
simplement, que c'est dans la bonne gouvernance de pouvoir avoir une
prévisibilité, pour les entreprises privées, de savoir où on s'en va.
Mme McGraw : Parfait. Alors une autre question. On sait que
c'est un enjeu d'avoir des données sur l'utilisation de l'eau et on sait
que ça implique, dans certains cas, des secrets industriels. Selon vous, est-ce
que vous pensez que la transparence, la transparence qui est prévue dans le
projet de loi, est adéquate ou est-ce que vous avez des commentaires sur la
transparence, l'approche du PL n° 20?
M. Roy (Philippe) : Vous avez vu notre
mémoire, on n'en fait pas mention pour la bonne raison qu'on n'a pas de
problème avec ça. Donc, nous, on croit que... Les entreprises qu'on représente
croient que la transparence a sa place, surtout dans un domaine comme celui-là.
Alors, on n'a pas soulevé ce point-là dans notre mémoire.
Mme McGraw : Parfait.
Excellent. Et finalement est-ce qu'il y a des angles morts ou d'autres sujets
que vous aimeriez aborder, avec le temps qui nous reste? Je peux... Donc, je
vous invite, en conclusion, si vous avez des ajouts, avant que je...
M. Roy
(Philippe) : Bien, c'est gentil, on a... je ne veux pas répéter tout
ce que j'ai dit, mais on est... le mémoire explique assez bien tout ce que...
toute la position de notre industrie.
Mme McGraw : Excellent.
Donc, M. le Président, je cède le reste de mon temps.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la députée, je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Verdun, pour environ sept minutes.
Mme Zaga
Mendez : Sept minutes? Merci beaucoup, M. le Président. Merci pour
votre présentation. Il y a plusieurs questions que j'avais, qui ont déjà été
répondues. Donc, comme vous le dites, je ne veux pas vous faire répéter, mais
je suis curieuse de savoir... avoir un peu plus de détails sur les effets des
redevances sur vos coûts de production. Tout
à l'heure, vous nous disiez qu'il y a des effets, par exemple, pour le
traitement des CRM, etc. Est-ce que vous vous êtes penchés sur quelle
est la portion des... dans vos coûts d'opérationnalisation, quelle est la
portion qui, en ce moment, est destinée aux redevances et comment... et, par la
suite, dans le futur, quel sera ce pourcentage-là comparé aux coûts d'opération
moyens dans votre industrie?
M. Roy
(Philippe) : Oui, j'ai... malheureusement, on n'a pas ces chiffres-là.
C'est chaque entreprise privée qui gère ses coûts d'opération et qui garde le
contrôle sur ses marges de profit ou sur ses investissements. Donc, je n'ai
pas... mais c'est sûr que ce qu'on peut dire, et je l'ai dit dans le mémoire,
l'eau non seulement est la
partie la plus
importante du contenu qu'on appelle la bière, mais l'eau sert aussi au
fonctionnement des brasseries, l'eau sert au nettoyage des cuves, l'eau
sert, on en a parlé déjà, aux CRM. Donc, l'eau est omniprésente dans le monde
brassicole. Alors, c'est sûr que ça a un coût important, de gérer et d'acheter,
évidemment, cette matière première là.
Mme Zaga
Mendez : Alors, vous n'avez pas eu la chance de...
M. Roy
(Philippe) : Bien, je ne peux pas aller de l'avant avec des montants.
Zaga Mendez : C'est le genre d'information, bien, si jamais vous
voulez nous la partager, ça nous aide à comprendre l'impact, entre autres, sur les coûts d'opération, parce
qu'on nous parle beaucoup de ça puis ça... des fois, ça vire en un débat
théorique, mais plutôt d'aller voir dans la pratique... parce que j'imagine que
ce n'est pas la même chose pour des microbrasseries que des entreprises plus
grandes, là. On sait que le...
M. Roy
(Philippe) : Sûrement, sûrement. J'ai vu ma collègue
Marie-Antoinette prendre des notes, là. Donc, je pense qu'on va faire le
suivi pour cette question-là.
Mme Zaga Mendez : Merci. J'avais des
questions sur le point 2, mais vous avez répondu à ma collègue. Sur l'inclusion
des critères d'écoresponsabilité, je ne sais pas si vous voulez élaborer un peu
plus là-dessus, sur votre...
M. Roy (Philippe) : Bien, écoutez,
encore une fois, la question première devrait être celle de la capacité d'une
entreprise à diminuer ou à gérer de façon plus responsable son eau. Donc, ça
devrait être le critère numéro un dans le cas du projet de loi qui nous occupe.
Mme Zaga Mendez : Puis, dernière
question, j'avais eu cette discussion avec d'autres industries, est-ce que vous
vous êtes penchés ou pensez-vous vous pencher... entre ce qu'on appelle les
coefficients pour la réduction... Là où ça
devient bénéfique, réduire la consommation de l'eau, est-ce que vous vous êtes
penchés sur ce type d'analyse là?
M. Roy
(Philippe) : Bien, ce type d'analyse là, non, pas concrètement,
mais c'est certain que ça fait longtemps que notre industrie et, je
pense, toutes les grandes compagnies au Québec ont compris qu'investir
massivement dans la lutte aux changements
climatiques, dans la diminution de notre empreinte, que ce soit en GES... c'est
rentable. Je pense que tout le monde s'entend pour ça et tout le monde
s'en va dans la même direction. Donc, est-ce qu'on a calculé les
coûts-bénéfices? Non. En tout cas, moi je ne l'ai pas. Nous, on est une
association qui représentons des entreprises privées. J'imagine que ces
entreprises privées le font, et, comme ils investissent massivement dans les
changements climatiques, clairement, c'est payant de le faire.
Mme Zaga Mendez : Bien, je vous
remercie. Je ne sais pas si vous avez d'autres choses à ajouter. Merci pour
votre temps.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour les échanges et votre contribution à la
commission.
M. Roy (Philippe) : Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Et nous
allons suspendre quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 05)
Président (M. Jacques) :
Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants
de la Fondation Rivières, conjointement
avec Eau Secours! Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec
les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer votre exposé.
Mme Pétrin (Rébecca) : Merci
beaucoup. Bonjour. Mon nom est Rébecca Pétrin. Je suis la directrice
générale de l'organisme Eau Secours! Je suis accompagnée de mon collègue André Bélanger,
directeur général de l'organisme Fondation Rivières, et de Corinne Voyer,
à distance, en visio, qui est la directrice de la Coalition Poids. Donc, nous
partageons le temps à trois. Nous allons aller vite.
Donc, présentation d'un portrait mondial publié
par l'UNESCO en mars, il y a 3 % de l'augmentation de la consommation d'eau dans le milieu municipal,
5 % de la consommation d'eau dans le milieu agricole, une légère
diminution de la consommation d'eau dans le milieu industriel, surtout dû à la
baisse de l'énergie thermique dans le monde.
Ce que le portrait de l'UNESCO révèle, c'est qu'il y a de plus en plus de
concurrence et de compétition entre les milieux municipaux et les milieux agricoles pour l'accaparement de la
ressource en eau. Ceci est surtout dû au développement économique, la
croissance démographique et l'augmentation des conditions socioéconomiques.
Le Québec,
malheureusement, ne pourra pas éviter ça non plus. Au Québec, on a déjà un
historique de compétition entre le
milieu municipal puis le milieu agricole qui existe pour l'accaparement des
terres. Malheureusement, on ne peut pas
se permettre d'ajouter un autre niveau de compétition, entre ces deux secteurs
indispensables, qui est l'accaparement de ressources en eau. Il y a une
seule solution à ça, c'est de prévenir les conflits d'usage, prévenir les
pénuries d'eau, avoir une gestion en amont, avoir une bonne connaissance de
notre territoire et avoir une bonne connaissance de qui utilise l'eau, quels sont nos besoins prioritaires
et comment est-ce qu'on fait pour assurer un approvisionnement
sécuritaire à tous.
Donc, le
projet de loi n° 20 et les modifications des deux règlements arrivent à
brûle-point. Il était temps qu'on modifie ces règlements-là justement
pour incorporer les nouvelles réalités des changements climatiques et de cette
croissance-là. Ce qu'Eau Secours! a présenté dans son mémoire, en fait, c'est
une augmentation de la déclaration... une augmentation des déclarations,
d'abord, en abaissant le seuil de déclaration. Il est présentement mis à
50 000 litres par jour par préleveur. Nous, ce qu'on demande, c'est
que ce soit abaissé à 20 000 litres par jour par préleveur. C'est un
taux, en fait, qui est largement répandu en Europe, mais également dans
d'autres provinces canadiennes, ce qui
permettrait également d'avoir un seuil différent d'avec le taux de taxation, en
fait, de la redevance. Donc, on peut déclarer beaucoup plus, sans frais,
que ce qu'on demande, de paiement, pour la redevance.
Ce qu'on
demande également, c'est qu'il y a beaucoup plus d'usages de l'eau qui
déclarent leur quantité d'eau prélevée.
Je cite, dans mon mémoire, le modèle de la France, également de la
Colombie-Britannique, de l'Alberta, qui, entre autres, vont chercher les usages dans le milieu agricole, par
l'irrigation également, tous les volets récréotouristiques, donc
l'utilisation de l'eau pour les canons à neige, pour les piscines, pour les
golfs, et autres, mais également de l'eau
turbinée, donc l'eau qui passe dans les barrages hydroélectriques. Donc, ce
seraient des déclarations, en fait, qu'on pourrait bonifier. En France,
en 2011, ils ont créé, en fait, une instance indépendante pour compiler les
données d'utilisation d'eau, et ces données-là sont rendues publiques à
l'ensemble des acteurs qui prennent des décisions, qui proposent des solutions
pour le partage de cette ressource-là.
Parlant de transparence, c'est l'autre enjeu
qui, pour nous, chez Eau Secours!, est indispensable. Donc, on est l'organisme
qui est derrière la poursuite pour avoir plus de transparence sur les quantités
d'eau prélevées par les embouteilleurs d'eau. Ça nous tient vraiment à coeur,
et on le sait, que, pour l'ensemble des acteurs au Québec, ces données-là sont indispensables. On a entendu
plusieurs propos vis-à-vis les autres personnes qui sont passées ici
avant nous. Donc, il y a eu des propositions
d'agrégats, et tout. C'est des belles propositions, mais malheureusement ça ne
répond pas aux besoins de la communauté
québécoise. On a besoin des quantités d'eau qui sont prélevées en temps réel et
avec une position géographique pour qu'on
puisse assurer une gestion par bassins versants, qui a été dans la Politique
nationale de l'eau, il y a plus de 20 ans de ça. Donc, on doit se donner
les moyens d'atteindre les objectifs qu'on avait à l'époque.
Je vais
terminer aussi en rappelant que l'eau, c'est une ressource qui est commune.
Elle n'appartient à personne, et c'est une responsabilité commune, en
fait, de prévenir les dérives qu'elle peut... qu'il peut y avoir, et on doit
toujours remettre les citoyens au coeur de la priorisation, donc l'accès,
protéger nos accès à nos municipalités en amont.
Et je vais laisser la parole à mon collègue
André Bélanger.
Bélanger (André) : Oui, merci. On fait ça vite, mais on essaie d'être
efficaces. Écoutez, nos deux mémoires sont très différents, portent sur
deux approches différentes, mais on partage les mêmes points de vue. Donc, on
partage exactement le même point de vue quant aux redevances.
Notre mémoire portait sur... On part du fait que
ça fait déjà presque un an qu'on a fait une quarantaine d'entrevues avec des experts, des représentants d'organisations,
d'entreprises, de syndicats et beaucoup de citoyens engagés et
agissants. C'est comme ça qu'on définit ceux qui font le changement dans les
régions. Et le Fonds bleu, pour nous, bien,
c'est un peu... ça fait depuis... En fait, depuis 20 ans, on a eu une
politique de l'eau, on a une stratégie, on a une
loi sur l'eau, on a une
meilleure réglementation, et tout le monde en convient, mais là, pourtant, la
situation s'améliore à la marge. Il y a encore des problèmes importants qui ne
se résolvent pas malgré la concertation, malgré les bassins versants, malgré
tous ces efforts-là qui ont été faits.
Donc, ce qu'on voit du Fonds bleu, en fait,
c'est un extraordinaire levier. C'est un moteur de lancement et de changement
qui doit être utilisé autrement et pensé autrement que simplement un nouveau
fonds d'investissement. C'est, en réalité, l'occasion, on pense, nous, d'être
stratégique, de mobiliser les forces vives de la société et de faire en sorte
que tout ce... que ce qui est mis de l'avant soit pertinent, et ce que les
consultations nous ont appris, c'est qu'il y
a peu d'analyses sur les résultats. Donc, on insiste sur la question de la
gestion par résultats, gestion... car les bassins versants... les organismes de bassins versants
sont mandatés pour faire la mise en oeuvre des actions. Mettre en oeuvre
des actions, ce n'est pas des résultats, nécessairement.
Quand on fait le tour des PDE, on se rend compte
que, dans certains cas, il y a des actions qui se traduisent par des résultats et des objectifs de résultat,
dans d'autres cas, ça reste au niveau des actions, et c'est pour ça que
nous, on considère qu'il faut penser le Fonds bleu comme une extraordinaire
occasion d'appliquer, en fait, la
Loi sur la fonction publique, qui prévoit la
gestion par résultats. Et, dans ce sens-là, on s'est intéressés à
l'article 15.4.44, où ça indique clairement que le ministère privilégie
une action... une gestion axée sur les meilleurs résultats. Quant à nous, il faut confirmer cette intention-là. La
privilégier, c'est... ça veut dire laisser d'autres options que celle-là, mais
il faudrait s'assurer que ça soit la seule façon de gérer, selon nous.
Et l'autre élément qui est important, c'est la
transparence totale, la capacité de dresser un bilan de l'eau et d'avoir des
redditions de comptes publiques sur l'atteinte des résultats, et c'est
important parce que, quand on parle, nous, avec des citoyens engagés,
agissants, là, la première chose qu'on a, on a deux catégories, la catégorie...
Ils se sont butés à des refus, des
problèmes, de l'information imparfaite, et ils se sont mis en colère, et ils
viennent... ils ont essayé de faire appel à différents groupes, ils
viennent nous voir, puis nous, on veut transformer cette colère-là ou cette
indignation en action, puis, pour le faire, il faut que l'information soit
publique. Il faut qu'ils sachent que, oui, il y a des efforts qui ont été faits,
que ces efforts-là, ils ont porté fruit ou ils n'ont pas porté fruit, puis on
sait pourquoi, et on corrige le tir. Ça, c'est pour la transparence.
L'autre élément, bien, les
OBV n'ont pas de mandat formel d'évaluation des résultats présentement. Donc,
nous, on recommande qu'on se dote... on dote les OBV, qui vont être sur le
terrain, qui sont ceux qui sont le plus proche
des actions qui vont être mises en oeuvre, d'avoir des mandats... un mandat
formel d'évaluation et d'inclure ça dans
la démarche de concertation, parce que, de fait, ils vont réunir les acteurs
entre eux ensemble pour s'entendre sur des actions, mais ils doivent aussi s'entendre sur les résultats, puis,
ultimement, c'est là-dessus qu'on devrait pouvoir les juger.
Finalement, la quatrième recommandation, bien,
c'est de penser en mode écoconditionnalité, bonus-malus. Si on prend l'exemple qu'on a illustré dans le
mémoire, qui est celle des bandes riveraines dans les terres agricoles,
ça fait longtemps qu'on sait que c'est un problème, ça fait longtemps qu'on
connaît la solution, et ce que les agriculteurs nous disent : Bien oui,
nous, on veut bien le faire, mais, si on sacrifie 10 mètres de terrain de
culture, il faut être compensé. Bien, s'il faut être compensé, il y a des mécanismes.
On a vu des initiatives où on se sert des crédits carbone pour compenser une
partie de ces terres-là par la plantation d'arbres. Le Fonds bleu pourrait
compenser cette compensation-là, mais, en parallèle, si on veut que ça
fonctionne, il faut que ce soit la rivière au complet qui soit corrigée, là, pas juste trois agriculteurs, puis
il en reste deux qui ne le font pas, là, parce que, dans le domaine de
l'eau, ce sont un ensemble de petites sources de pollution qui font une
pollution globale.
Ça fait que ça, ça résume nos éléments de
réflexion, puis je ne sais pas si on... Corinne?
Le Président (M. Jacques) : 15
secondes.
Mme Pétrin (Rébecca) : Bien,
j'invite les parlementaires, en fait, à poser des questions à Mme Voyer,
entourant son mémoire sur l'accès à l'eau, en fait, l'eau municipale, voilà.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à M. le ministre.
Charette : Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois. Un
plaisir de vous recevoir ce matin. Merci, également, je le dis, à ceux qui se présentent et qui font
partie du Forum d'action sur l'eau. Merci aussi pour votre implication à
ce niveau-là. Ça fait
partie du montage vers
le dépôt du projet de loi, les projets de règlements. Donc, vous avez
contribué ou vous continuerez de contribuer, là, pour la suite des choses,
assurément. C'est davantage des commentaires, mais, si vous voulez réagir,
n'hésitez pas à le faire par la suite. Et j'ai des collègues qui voudront
intervenir également.
Vous parlez de gestion des résultats, on en est,
c'est ce que nous souhaitons, et l'image que j'aimerais donner, c'est un petit
peu ce qu'on a amené au niveau des changements climatiques comme changements,
avec une reddition de comptes très précise, qui, parfois, nous dit qu'on fait
bien les choses, qui, parfois, nous dit : Ça ne donne pas les résultats escomptés. Il faut avoir ce
portrait-là pour pouvoir s'adapter, et surtout améliorer les pratiques
lorsque ça ne donne pas les résultats, là, anticipés au départ.
En décembre dernier, au niveau des changements
climatiques, on a mis en ligne un tableau de bord qui est disponible à tout le
monde et on peut voir l'état d'avancement de chacune des mesures. Est-ce que
c'est exactement la même chose qui sera reproduite? On y réfléchit, mais, à
tout le moins, on veut s'assurer, là, que les mesures qui seront financées
puissent donner les résultats escomptés, et surtout une transparence. On exige
cette transparence-là au niveau des préleveurs d'eau, mais on veut aussi être
transparents sur les résultats obtenus à travers les mesures qui seront
appuyées.
Vous avez parlé... Je pense, c'était
davantage... J'ai les résumés, là, sous les yeux, je pense, c'est davantage
Fondation Rivières, dans votre mémoire, qui souhaitait que ce soit un conseil
d'administration autonome qui gère les sommes.
Je suis moi-même transparent, ce n'est pas du tout, du tout, l'orientation que
l'on préconise ici à ce moment-ci. Moi,
ça me rappelle un petit peu l'expérience du Fonds vert, avec des lacunes, là,
qui ont été relevées au fil des années. C'est réellement un gouvernement
qui est responsable et surtout qui est redevable de la gestion du Fonds bleu,
mais ce qu'on a évoqué hier par rapport à certains groupes que l'on recevait,
le Forum d'action, actuellement, a le mandat de mettre en place...
c'est-à-dire, d'évoquer des éléments à prioriser. C'est le mandat qui lui a été
donné, mais, une fois ce travail-là terminé,
il n'est pas interdit de penser que le Forum d'action pourrait se voir confier
d'autres mandats, dont, peut-être, justement, assurer le suivi
collectif, là, des revenus du Fonds bleu, mais il n'y aura pas un conseil
d'administration autonome comme, peut-être, c'était votre souhait, puis
peut-être vous donner la chance d'intervenir sur la question pour expliciter
davantage.
Et, sinon, la question que j'ai posée à certains
groupes... 500 millions de dollars, ça peut sembler beaucoup. C'est effectivement beaucoup par rapport à ce qui
se faisait par le passé. C'est 500 millions de nouveaux dollars,
mais, en même temps, c'est bien peu, compte tenu des besoins, et c'est encore
moins si on considère toutes les attentes de certains
groupes. Vous avez peut-être vu hier, il y a l'UMQ qui demandait... C'est une
bonne idée, le Fonds bleu, mais on le veut à nous. Ça ne pourra pas être
ça. On veut réellement que ce soit l'ensemble des partenaires, notamment du
Forum d'action, qui détermine quels sont les éléments à prioriser.
Bien, peut-être nous parler de votre vision de
la priorisation, donc, conseil d'administration, je suis intéressé à vous entendre, la priorisation. Et je sais que
le temps est limité, je sais que j'ai des collègues qui voudront
intervenir aussi, mais on pourrait commencer par ces deux éléments-là.
Mme Pétrin (Rébecca) : Je vais
prendre la parole. Pour le 500 millions, effectivement, c'est une très
bonne nouvelle de savoir qu'il y a 500 millions qui sont réservés pour les
dossiers d'eau, pour la protection de l'eau. La vision que j'en fais, en fait, c'est que ce 500 millions là ne doit
justement pas être distribué selon les priorités de chacun. Il doit
servir de levier de mobilisation puis d'engagement de tous les acteurs
importants autour de l'eau. Donc, l'objectif, c'est de
voir comment que cette petite somme, qui, on l'espère, va grossir au fil des
années, peut servir à rassembler puis vraiment mobiliser un ensemble de
personnes.
Donc, quand
les... quand un groupe vient pour, disons, chercher de l'argent, on devrait
leur renvoyer la question de...
Qu'est-ce que vous allez faire avec cet argent-là pour aider la cause de l'eau?
Comment est-ce que vous allez
mobiliser autour de votre action...
Comment est-ce que vous pensez que votre action va aider le Québec au grand
complet? Parce qu'on ramène toujours
l'enjeu d'eau, que l'eau, elle n'appartient à personne, mais que c'est une
responsabilité élargie de la protéger. Donc, en quoi votre action va
aider l'ensemble du Québec à s'en sortir? Ça fait que c'est un peu ma lecture.
Charette : Beaucoup, beaucoup plus diplomate que moi. Moi,
j'ai dit non. Je me limite à dire non à la question posée, mais je
m'inspirerai de votre diplomatie pour les prochaines demandes en ce sens-là.
M. Bélanger (André) : Moi, je vais
tenter de répondre à la question du conseil d'administration, parce que
c'est... Le conseil d'administration, c'est une forme ici, mais ce qui est
important, c'est le principe derrière. Le défi des actions de concertation,
c'est que c'est une concertation où c'est très difficile pour les acteurs qui
ont des intérêts particuliers de faire abstraction de leurs intérêts
particuliers. Ici, ce qui nous intéresse, c'est que le Fonds bleu soit géré sur
la base d'un plan d'affaires ou d'un peu... Je dirais que c'est un petit peu
comme un fonds d'investissement qui permettrait, par exemple, d'identifier
quelles sont les actions prioritaires à faire en fonction des résultats et qui
serait en mesure de le faire sans se préoccuper des doléances des uns et des
autres.
Et c'est là
où la notion de participation des acteurs de la science, de la mesure,
l'équivalent d'un observatoire, l'équivalent d'un mécanisme permettant
de mesurer tout ça doit dépasser des actions ou des organisations de type
concertation. Est-ce que c'est un conseil d'administration autonome? Est-ce que
c'est une forme plus proche du ministère? Ça, je vous laisse le soin d'y nous
revenir, mais je trouve que la force du Fonds vert est justement d'avoir des
indicateurs clairs, puis on veut la même chose en matière d'eau, mais comment
ferons-nous pour nous assurer que ce soit dépolitisé des intérêts particuliers,
c'est ça, notre préoccupation.
M. Charette : J'apprécie beaucoup la
nuance. C'est là où je mentionnais... C'est peut-être le Forum d'action qui, après ce mandat-ci complété, pourrait se voir
confier un mandat plus large, dans la perspective que vous mentionnez,
mais c'est un élément de réflexion important, là, de notre côté.
Merci beaucoup. J'ai mes collègues, là, qui
souhaitent intervenir aussi.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je reconnais maintenant la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci beaucoup, M. le
Président. Bienvenue. Bonjour aux collègues. Moi, j'avais une question, dans le fond, parce qu'on disait, au
départ, que la photo générale et globale était essentielle pour bien
comprendre la situation. Est-ce que vous croyez que les citoyens au Québec
comprennent bien la situation de l'eau actuellement?
Mme Pétrin (Rébecca) : Chaque fois
qu'on prend la parole, que ce soient des citoyens ou quelconques autres
acteurs, on a encore le préjugé de s'imaginer qu'on a de l'eau ad vitam
aeternam. C'est un tabou qu'on ne cesse d'essayer de casser. La ressource
diminue jour après jour. La consommation augmente jour après jour. Il y a un
point de rupture à un endroit. Et la problématique, aussi, c'est
l'accessibilité à l'eau. Donc, on a beaucoup d'eau au Québec, 3 % de la ressource en eau douce. La majorité de l'eau est
au Nord-du-Québec, puis le Sud du Québec, c'est là où la
demande, elle est, puis la ressource, elle n'est pas accessible là. Donc, il y
a cette disparité-là aussi qui existe puis qui est une réalité avec laquelle on
doit vivre.
Mme Bogemans : ...vous pensez que la
photo globale, finalement, qu'on est en train de mettre sur pied, pourrait
aider...
Mme Pétrin
(Rébecca) : Bien, ça va être de mettre en relation, en fait,
c'est quoi, les quantités d'eau qui sont consommées, disons, par
secteur, par bassins versants... mis en relation avec c'est quoi, le taux de
renouvellement de notre eau aussi par source d'eau. Donc, ce n'est pas le même
niveau de renouvellement de l'eau d'une place à une autre, et puis c'est
quoi... Dans le fond, l'objectif, c'est de calculer la durabilité de notre
ressource en eau. Donc, on doit s'assurer de ne pas prélever plus d'eau que qu'est-ce
que le renouvellement apporte dans notre milieu, puis on a des chercheurs qui
travaillent très fort à calculer les taux de renouvellement et de quantifier la
ressource en eau, entre autres, la souterraine. Donc, il faut avoir notre
consommation réelle aussi pour mettre ça en relation.
M. Bélanger (André) : Moi,
j'aimerais compléter sur le fait qu'il y a des mythes qui perdurent, hein?
Nous, on essaie de s'attaquer à ce mythe-là qu'on ne peut pas se baigner nulle
part dans les rivières au Québec parce que c'est trop pollué. Ça, ce n'est pas
vrai, il y a eu des améliorations à cet égard-là. Et c'est important, puis on
en a parlé un peu dans notre mémoire, c'est important que l'accès à l'eau...
c'est presque une condition essentielle de sensibiliser... sensibilisation aux
gens et de les mobiliser, parce qu'on aime ce qu'on connaît, puis on va
protéger ce qu'on aime. Et donc, si on ne le
connaît pas, on n'y a pas accès. Ça fait que ça, c'est très, très important
comme enjeu.
Les choses plus inquiétantes, c'est les... des
trucs comme les émissions d'azote qui se retrouvent à provoquer des mortalités
dans... une anoxie, une perte d'oxygène dans le golfe du Saint-Laurent. Ce sont
des choses beaucoup plus dangereuses ou risquées pour la santé des cours d'eau,
mais que le citoyen ne comprend certainement pas, là.
Bogemans : Bien, moi, c'était un petit peu, dans le fond,
pour faire un lien, parce qu'on parlait... maintenant, on passe du taux
de 70 litres à 50 litres au niveau... puis on parlait d'aller jusqu'à
20, puis qu'en Europe avec les piscines, par
exemple, c'est contrôlé, puis tout ça. Est-ce que vous trouvez qu'avec la photo
globale et les données qu'on va
mettre de l'avant, vous pensez que, pour le citoyen, ça pourrait justifier le
coût, par exemple, de l'eau dans leur piscine?
Mme Pétrin
(Rébecca) : Bien, en fait, c'est deux seuils qui sont
différents. Le seuil de 20 000 qu'on propose, c'est seulement pour les déclarations, donc il n'y
a pas de coûts liés à ça. Le 50 000 pour la redevance serait
maintenu. Donc, le but, ce n'est pas d'aller chercher plus d'argent. Le but,
c'est d'aller chercher plus de données.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup.
Mme Pétrin
(Rébecca) : Puis peut-être renchérir un peu là-dessus,
c'est... la problématique qu'on a en ce moment, quand on a une pénurie
d'eau au Québec, souvent, c'est les municipalités qui sont en aval d'un bassin
versant qui vivent cette pénurie-là. Et les seules mesures qu'on met en place,
c'est de demander aux citoyens de la ville qui est impactée de réduire leur consommation d'eau. Donc, en gros, ce qu'on
envoie comme message, c'est : Vous, vous avez des restes d'eau,
puis vous allez vous diviser les restes d'eau entre vous, puis on ne regarde
pas ce qui se passe en amont.
Quand on parle de responsabilité élargie, c'est
qu'en ayant accès à ces données-là on va pouvoir regarder, dans l'ensemble du bassin versant, c'est qui qui
consomme de l'eau, puis c'est qui qui doit mettre l'épaule à la roue
aussi pour réduire leur consommation d'eau. On va faire face à des épisodes de
grave pénurie d'eau. On ne pourra pas s'en sortir malheureusement. Mais il
faudrait qu'on soit prêt à faire face à ces pénuries-là et puis qu'on sache, en
fait, qui qui doit participer à réduire leur consommation d'eau.
Mme Bogemans : Oui. Plus on va en
parler, plus on va être sensibilisés.
Mme Pétrin (Rébecca) : Exactement.
Président (M. Jacques) :
Merci. Je cède maintenant la parole au député...
M. le député de René-Lévesque.
Montigny : Merci beaucoup. Vous savez, la circonscription de
René-Lévesque, c'est sur la Côte-Nord, donc une région à l'est et au nord, avec
des grandes centrales hydroélectriques, des rivières d'eau douce immenses, avec
cette eau douce qui se déverse dans le golfe
du Saint-Laurent, eau salée. Alors, évidemment, il y a des municipalités
là qui prennent leur eau dans la Manicouagan. C'est le cas de la ville de Baie-Comeau,
où j'ai été maire pendant quand même
cinq ans. Bon, usine de traitement d'eau, etc., la production
industrielle, évidemment, qui peut consommer de l'eau, mais il y a aussi
du traitement de l'eau, pour être réutilisée dans des procédés industriels
innovants, qui peut se faire dans ces régions-là.
Vous avez parlé tout à l'heure, et c'est là que
ça m'a interpelé, que la vaste majorité de la consommation de l'eau n'était
évidemment pas dans la région de la Côte-Nord où je suis député, mais c'est
nous qui avons la majeure
partie de l'eau
douce au Québec. Alors, comment vous voyez, à plus long terme peut-être, je
vous donne une petite piste, là, sur
la favorisation d'habiter le Nord, d'habiter nos régions, là où il y a des
ressources disponibles, alors qu'on concentre peut-être beaucoup dans
certains endroits... Alors, j'aimerais ça vous entendre sur cette vision, parce
que vous avez parlé d'un 3 %, tout à l'heure, là, puis j'aimerais ça que
vous expliquiez ça en tenant compte du contexte, puis de ce qu'on dépose
comme... comme projet de loi aujourd'hui.
Mme Pétrin (Rébecca) : En fait, on
avait participé justement, en définissant la redevance, à définir des... des
zones, en fait, puis ça se fait dans beaucoup de régions dans le monde où ils
imposent une taxe à l'eau en fonction de la disponibilité en eau, ce n'est
pas... ce n'est pas présent dans la première mouture, là, du règlement,
peut-être que ça viendra éventuellement, mais, effectivement, ce serait
intéressant de mettre un tarif plus élevé lorsque la ressource est plus rare. Dans les régions où la ressource
est plus disponible, bien, peut-être que le tarif pourrait être plus bas
pour justement favoriser l'utilisation de la ressource là où elle est
disponible.
Je suis une fervente admiratrice du Nord-du-Québec.
Je viens de l'Abitibi-Témiscamingue. Donc, je suis d'accord avec vous, on
devrait décentraliser, mais malheureusement, mis à
part la redevance, en ce
moment, je ne vois pas comment on pourrait vraiment favoriser les autres vers
les régions.
Montigny : Une dernière question
là-dessus. Si vous voyez que... tantôt, vous disiez qu'il
risque de manquer de ressources dans certains secteurs et que dans
d'autres secteurs du Québec, c'est abondant, vous voyez comment la
redistribution? Voyez-vous quelque chose? On y va-tu juste par la
réglementation ou si on regarde d'autres... d'autres façons?
Mme Pétrin (Rébecca) : Je ne
sais pas si vous voulez aller dans le terrain d'exporter l'eau d'une région à
une autre, OK?
M. Montigny : En
fait, ce que je veux voir, c'est si vous avez des pistes de solution. On y
va-tu, comme gouvernement, uniquement par la réglementation, ou par ce
qu'on met en place avec notre fonds puis notre projet de loi, ou s'il y a
d'autres choses que vous voyez, vous?
Mme Pétrin (Rébecca) : La
première chose qui est à faire, c'est de pouvoir se donner les moyens de
prioriser les usages de l'eau. Si on décide
au Québec que c'est l'approvisionnement des citoyens qui prime, on doit se
donner un outil pour dire à d'autres
secteurs : Vous cessez l'utilisation d'eau, on manque d'eau pour nos
municipalités puis on priorise l'eau. En ce moment, on n'a pas d'outils
juridiques légaux qui nous permettent de prioriser ça. C'est les premiers qui
accaparent la ressource qui ont la priorité de l'utiliser.
Par la suite, dans
les autres usages, disons, après les citoyens, peut-être que ça va être en
fonction des réalités de chacune des régions. Peut-être que les organismes de
bassin versant seraient en mesure de dire : C'est qui est-ce qui utilise
le plus d'eau, c'est à qui? C'est de la concertation, après, région par région.
Tous les bassins versants sont différents.
Peut-être que chacun des bassins versants, chacune des MRC pourrait mettre de
l'avant qui est-ce qu'on priorise dans
l'utilisation de l'eau. Ce serait... c'est des... ce seront des conflits
d'usages indispensables. L'octroi de la ressource en eau va devoir être
tranché par une instance un jour ou l'autre, évidemment.
M. Montigny :
...bien, merci.
Le Président
(M. Jacques) : Merci, M. le député. Je cède la parole à Mme la
députée d'Argenteuil.
Le Président
(M. Jacques) : Avec 42 secondes.
Mme Grondin :
Ah! Avez-vous quelque chose que vous aimeriez rajouter?
Mme Grondin :
Mme Voyer, elle n'a pas... elle n'a pas... peut-être... Il reste
30 secondes.
Mme Voyer
(Corinne) : Si je peux me permettre, rapidement, moi, le seul
angle mort que j'inviterais gouvernement aussi à évaluer, c'est les stratégies de contournement du projet de loi
au niveau des embouteilleurs. On le voit beaucoup au niveau du marketing, là, la promotion, par
exemple, là, de... d'eau avec l'ajout de minéraux pour essayer... ou de...
même de sucre, là, pour essayer de
contourner l'esprit de la loi. Donc, je voulais juste lever, peut-être, un
petit drapeau, là, dans la réflexion,
pour vraiment s'assurer qu'on préserve le terme «eau» à son juste usage puis
que l'osmose inversée, par exemple, ou
l'ajout d'électrolytes ne permettent pas à l'industrie de contourner l'esprit
de la loi. Moi, c'est la seule... le seul ajout.
Le Président
(M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine le premier bloc. Et
j'invite donc maintenant l'opposition
officielle, avec Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, pour un temps de parole de plus de
12 minutes.
Mme McGraw : Merci, M. le Président.
Donc, justement, j'enchaîne sur ma collègue et j'inviterais Mme Voyer de prendre quelques minutes. Vous avez parlé d'angle mort, donc, est-ce
qu'il y a d'autres angles morts? Est-ce que vous élaborez... ou des
points que vous voulez souligner? Donc, je vous invite à...
Mme Voyer (Corinne) : Bien,
en fait, oui. Bien, c'est certain que, nous, un des produits qu'on voit qui
peut être... en ce moment, qui est déjà sur le marché, pour donner un
exemple, les eaux vitaminées, Vitaminwater, qui sont essentiellement de l'eau... l'osmose... je ne me souviens plus comment
le conjuguer, là, mais donc il y a un traitement au niveau de l'eau
aqueduc qui est fait pour pouvoir la transformer, on ajoute des nutriments,
puis on le vend comme de l'eau, alors que c'est un marketing qui est trompeur,
c'est une boisson sucrée.
Donc, c'est ce...
c'est là où je pense que c'est important de bien encadrer la nomination de
l'eau, de s'assurer qu'il y a des liens qui
sont faits avec le ministère de l'Agriculture, le MAPAQ, pour s'assurer aussi
que ce soit cohérent dans les pratiques, puis que l'industrie ne s'en
sauve pas au niveau de ce qu'on anticipe, là, d'interdire, là, la vente d'eau
embouteillée, là, qui provient de l'aqueduc.
Mme McGraw :
Merci. Est-ce qu'en matière de gouvernance... on a entendu un peu les
collègues, est-ce que vous avez des
commentaires en matière de gouvernance et, plus particulièrement, est-ce que
les mesures qui... prévues dans le projet de loi sont adéquates pour que
les sommes prévues soient utilisées aux fins prévues?
Mme Voyer
(Corinne) : En termes de
gouvernance, je vais laisser mes coéquipiers, là, pouvoir vous en parler
davantage. Moi, par contre, ce que j'aimerais mettre en lumière, c'est dans
l'esprit... les intentions de la loi actuelle, l'idée, ce serait bien qu'on
valorise l'eau municipale qui est notre bien commun, qui est... les fonds
publics servent actuellement à assurer cette qualité de l'eau. Donc, quand on
parle de valoriser notre eau, bien, ça s'appelle aussi de s'assurer qu'on la
rende disponible par des fontaines publiques dans plusieurs lieux.
Présentement, il y a encore des places au
Québec où on est obligé d'acheter une bouteille d'eau si on a soif. Donc, ce
sont des... nous, des façons, là, de s'assurer
qu'on investisse davantage de sommes sur les fontaines et l'accès à l'eau de
cette manière-là pour les citoyens.
Mme McGraw : Merci. Donc, j'inviterais les collègues... vous
avez une discussion sur les... un CA, d'autres... d'autres approches
vis-à-vis la gouvernance. Est-ce que vous avez des éléments que vous vouliez
ajouter au niveau de la gouvernance?
Mme Pétrin (Rébecca) : Oui,
en fait, j'ajouterais que l'eau est indispensable pour à peu près tout ce qu'on
fait, là, l'eau, c'est la vie. Il faut... il
ne faudrait pas avoir la malheureuse finalité de mettre l'eau dans une petite
enveloppe du gouvernement. Donc, l'eau fait
partie de toutes les décisions
qu'on prend, donc les enjeux de protection d'eau sont vraiment transversaux.
Nous, on idéalise la gouvernance de l'eau au Québec comme touchant tous les
ministères, toutes les décisions politiques qui sont prises. Donc, si on
travaille très fort avec le ministère de l'Environnement pour protéger l'eau et
puis que, derrière, les autres ministères viennent déconstruire ce qu'on fait,
on a l'impression que c'est un peu vain. Donc, s'il vous plaît, amener de la
transversalité dans la gestion de l'eau. Merci.
Mme McGraw : Est-ce
que vous avez des ajouts, M. Bélanger?
M. Bélanger
(André) : Bien, peut-être le fait qu'il y a des solutions qu'on
connaît puis il y a des solutions qu'on ne
connaît pas pour régler les problèmes, et le Fonds bleu doit se concevoir comme
une... j'aime bien parler d'un fonds
d'investissement qui a des start-up, là, puis qui essaie de les faire grandir
vers des solutions matures. Donc, il y a des... il va y avoir... il y a
des... il doit y avoir des volets expérimentaux.
Je ne parle pas de technologies, là, je parle de volets, souvent, c'est
des habitudes sociales, des mécanismes, des changements dans les habitudes, des
changements dans les comportements. Et il
doit y avoir une espèce d'équilibre entre : on explore, on va chercher de
la connaissance, on met à l'échelle des solutions. Et, au niveau de la
gouvernance, il faut vraiment s'assurer de... que ce ne soit pas du saupoudrage
et d'en faire égal pour tout le monde. On n'arrivera pas à quelque chose d'égal
pour tout le monde. Il faut vraiment garder
en tête qu'il va y avoir des gains qu'on peut faire et on va cibler des gains
précis qui doivent être... qui
doivent être rencontrés, auquel cas il y aura beaucoup d'insatisfaits, là. À
500 millions, il y aura beaucoup d'insatisfaits, ça fait qu'il faut... il ne faut pas que le débat
se fasse, qu'il y ait une négociation entre les acteurs. Cette négociation,
il faut qu'il y ait un... il faut que la
négociation se fasse sur la base des faits scientifiques et de la... et de la
démonstration que c'est le bon geste à poser pour régler le problème qu'on a
identifié. Et ça, c'est un peu le défi de la concertation, c'est... la force de la concertation, c'est
d'entendre tout le monde. Le défi, c'est de trancher. Alors, j'aime beaucoup,
quand M. le ministre, tout à l'heure, tranchait en disant : Il n'y aura
pas d'exception pour les embouteilleurs, il n'y aura pas d'exception à la loi.
Je pense qu'il faut avoir aussi cette attitude-là de rigueur et de... et de
fermeté lorsqu'il s'agira d'appliquer des solutions qui ne feront pas l'affaire
de tout le monde, là.
Mme McGraw : Merci. On confirme que c'est une position et c'est
important de clarifier et d'insister là-dessus. Je voulais demander à Mme Pétrin, vous n'avez pas eu beaucoup de
temps dans votre présentation, l'exemple et les bonnes pratiques, tant au niveau du Canada que la France,
l'Europe. J'aimerais vous demander d'en parler davantage, les leçons
apprises, les meilleures pratiques. Puis là j'ai des questions plus
spécifiques, mais j'aimerais vous entendre là-dessus pour nous parler de ces
exemples.
Mme Pétrin
(Rébecca) : La base, c'est vraiment la quantification des usages qu'on
fait de l'eau. Donc, ce qui est de plus en
plus courant... dans mon mémoire, j'ai passé un chapitre, là, à parler de la
circularité de l'eau. Donc, c'est comment voir, en fait, l'eau dans un
cycle circulaire. Parce que faire des grosses économies d'eau potable, si c'est déjà dans un réseau circulaire, c'est une
action qui est bien, mais qui n'est pas prioritaire à essayer
d'économiser l'eau qui part, en fait, du circuit.
Donc,
il y a un niveau où aussi on peut intégrer, dans ce système-là, pas juste la
quantité d'eau, mais la qualité des
eaux. Quand on rejette des eaux usées, il y a un pouvoir de dilution qui est
indispensable par la suite pour atteindre des seuils qui sont autorisés.
Donc, ça aussi, c'est une consommation d'eau.
Dans des contextes
comme la France où ils vivent des stress hydriques beaucoup plus importants
qu'au Québec, ils sont rendus à l'obligation, en fait, de revoir tout leur
système d'utilisation d'eau pour en faire des boucles fermées. En Colombie-Britannique également, il y a des régions qui sont très
humides, mais il y a des régions qui sont très sèches, là où
l'agriculture est. Donc, c'est la même disparité qu'on a aussi, au Québec,
entre des régions très humides au nord et très sèches au sud. Donc, les
réalités sont vraiment, vraiment différentes.
Il faut avoir une
bonne conscience du cycle de l'eau à l'échelle provinciale mais à l'échelle
très locale. Les meilleures décisions,
souvent, qui sont à prendre sont à petite échelle. Donc, un bâtiment qui se
construit, une ville qui se développe,
même une MRC ou un organisme de... un bassin versant ou une province, c'est
toute la même dynamique des fluides
de l'eau. Les petites actions vont avoir un impact sur l'ensemble du cycle de
l'eau de la province. Donc, vraiment de voir c'est quoi, la réalité du
petit milieu, ce sont quoi, les petites actions qu'on peut déployer,
l'échelle... bien, l'ensemble de ces petites actions là vont avoir un potentiel
à l'échelle de la province.
C'est
les modèles qu'on développe beaucoup, justement, dans les autres régions du
monde où ils ont des enjeux de
gestion d'eau plus importants que chez nous. La base, c'est évidemment l'accès
aux données, et transparent, parce que, quand on parle d'action locale,
on parle d'acteurs locaux, et les acteurs locaux ont besoin de l'ensemble des
données pour pouvoir prendre des décisions très éclairées et efficaces.
Mme McGraw : Alors,
on a... il y a certains groupes qui sont venus pour parler de la tarification
puis de... justement, l'approche égalité
n'est pas nécessairement l'approche équitable. Donc, on a entendu des
propositions par rapport aux risques, la pénurie de l'eau, on a...
propositions en termes d'utilisateurs, usages, santé publique, sanitations, matières premières. Est-ce que vous avez... Est-ce
que vous voulez commenter là-dessus, les collègues, un ou l'autre?
Mme Pétrin
(Rébecca) : La redevance demeure un outil indispensable. Donc,
quiconque prélève de l'eau sur le territoire du Québec doit en assumer
les coûts, en fait. Certains acteurs sont passés devant nous et puis
déploraient que la
redevance allait être trop chère, et ci, et ça. On accote... on va assez
rejoindre les autres... les autres réglementations dans les autres provinces. On reste même vraiment
en bas de d'autres pays, dont de l'Europe, qu'on s'est comparé à maintes
reprises. Je crois que cette tarification-là est juste. Est-ce qu'elle sera
efficace? C'est les années qui vont nous le dire.
Donc, la redevance, son objectif numéro un,
c'est d'inciter à la réduction de la consommation, donc c'est probablement en
mettant cette redevance-là en action qu'on verra si, effectivement, les grands
consommateurs d'eau réduisent leur consommation d'eau. Si ce n'est pas le cas,
on révisera. Dans cinq ans, c'est prévu qu'il y ait une révision de la tarification,
donc peut-être ce sera nécessaire d'augmenter la redevance pour que l'incitatif
soit encore plus élevé. Dans tous les cas,
c'est certain qu'il ne faut pas revenir derrière parce que la ressource n'est
pas renouvelable autant qu'on le veut, et puis il faut... il faut
inciter toujours à réduire.
McGraw : Est-ce que vous êtes en faveur — peut-être
vous n'avez pas de réponse — à
une tarification qui prend en considération, par exemple, la taille
d'une entreprise ou...
Mme Pétrin
(Rébecca) : La taille de l'entreprise va déjà refléter sur la
quantité d'eau qu'ils vont consommer, donc je ne vois pas pourquoi qu'on
ferait une séparation comme ça. J'irais beaucoup plus avec un modèle qui prend
en compte la disponibilité en eau que de prendre en compte la taille de
l'entreprise. Si certains secteurs ont plus de difficultés à payer la redevance
en eau ou pas et qu'ils ont besoin d'un accompagnement, je pense que les gens
du ministère, du gouvernement ont déjà
commencé à penser à des solutions, là, pour les accompagner. Donc, je crois
qu'on devrait plus aller dans un accompagnement provisoire que d'aller vers une
tarification différente.
McGraw : Parfait. C'est une tarification progressive, c'est
comme un peu le système d'impôt, que ceux qui gagnent plus d'argent paient plus et un pourcentage plus élevé, les
deux. Alors, est-ce que vous avez, les collègues, des choses à ajouter?
Il me reste, je pense, une minute. Est-ce qu'il y aurait des points en
conclusion que vous voulez souligner, Mme Pétrin, Mme Voyer,
M. Bélanger?
Bélanger (André) : Bien, moi, je reviendrais sur un élément important
de la connaissance de la consommation de
l'eau. Tu sais, je pense qu'un des programmes... on en a discuté, un des
programmes qui pourrait être financé, c'est l'installation de compteurs d'eau, là, pour être capable, justement, de
connaître les... la consommation, pour être capable de prévoir à
l'avance s'il va manquer d'eau, s'il y a un besoin et si la tarification
reflète bien les particularités du bassin versant.
Parce qu'évidemment on va découvrir, au fil du
temps... la Montérégie sera une région qui va s'assécher et là où il y a beaucoup d'agriculture. Comment va-t-on
réussir à composer avec les aléas des changements climatiques? Bien, il
faut le mesurer. On ne peut pas agir si on ne le mesure pas. Ça fait que ça, je
pense, c'est extrêmement important, sans parler de nouvelle tarification, mais
au moins être capable de voir d'avance puis d'avoir des modèles.
Puis sur... L'autre élément, bien, c'est la
notion de transparence. Plus il y a d'informations, plus cette information, elle est rendue publique et plus on
peut être surpris de ce que les citoyens vont nous... vont mettre en
lumière comme information nouvelle que nous n'avons même pas imaginée. Donc, la
capacité de croiser les données, la capacité de faire de la lumière, de faire
de l'information à partir de la donnée, c'est essentiel que le gouvernement
soit le premier...
Le Président (M. Jacques) : Merci.
M. Bélanger (André) : ...le
premier...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin aux échanges. Je cède maintenant la parole, pour
4 minutes, à Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci. Je veux
remercier aux trois groupes, Eau Secours!, Fondation Rivières, mais également,
on vous a moins entendue, Mme Voyer, la Coalition québécoise sur les
problématiques du poids. Ça fait que ma question est pour vous. Tantôt, vous
nous avez fait une mise en garde, rapidement, contre le marketing de certaines
entreprises, mais je ne sais pas si vous voulez prendre un peu de mon temps
pour élaborer vos autres recommandations dont on n'a pas pu entendre.
Mme Voyer (Corinne) : Bien, en
termes de d'autres recommandations, je les ai quand même soulignées au niveau
de la valorisation de l'eau municipale de l'aqueduc. Je pense qu'il y a des
efforts à faire pour aussi informer les
citoyens à l'effet que l'eau municipale, elle est bonne, elle est de qualité,
elle est meilleure que l'eau embouteillée, elle a des meilleurs suivis
au niveau aussi de... de salubrité. Donc, il y a cet effort-là, je pense, qui
est à faire, puis ça va passer notamment en valorisant davantage les
installations de fontaines d'eau publiques, en s'assurant aussi d'un peu forcer
la main aux différents commerces que, si quelqu'un veut un verre d'eau parce
qu'il a soif, bien, il n'a pas besoin de payer pour avoir un verre d'eau, c'est
un bien commun, comme on l'a dit.
Donc, moi, c'est vraiment les importants... les
éléments que je voulais amener aujourd'hui, donc. Puis je pense que ça complète
bien. Il y a des éléments de réponse aussi dans le mémoire, au niveau des
ajustements qui peuvent être faits
directement à même le projet de loi. Je ne suis pas avocate, mais c'est des
suggestions à prendre en considération.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Bien, une autre question, c'est pour la fondation Eau Secours!, vous parlez
dans votre mémoire des zones de tarification selon les différents stress
hydriques présents. Je ne sais pas si vous voulez nous en dire un peu plus.
Mme Pétrin
(Rébecca) : En fait, c'était une proposition de faire une zone... de
définir deux zones, une zone où il n'y a pas eu, jusqu'à présent, de stress
hydrique, donc on peut citer entre autres la Côte-Nord, et puis une zone où il
y a déjà eu, dans l'histoire de cette zone-là, des pénuries d'eau. Donc, ce
serait vraiment de tarifer plus pour de l'eau
utilisée sur une zone où il y a déjà des pénuries d'eau et moins, en fait, sur
une zone où il y a suffisamment d'eau.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Puis j'ai une question plus générale, on en parlait
tantôt, là, des besoins des municipalités puis des régions, tout dépendant des
besoins en eau. Est-ce que vous avez des suggestions, en termes d'adaptation
aux changements climatiques, pour l'utilisation du Fonds bleu puis un peu la
direction que le PL pourrait prendre?
Mme Pétrin (Rébecca) : Bien, en fait, dans le
chapitre que je propose sur l'économie circulaire de l'eau, justement,
on cible le fait qu'en quantifiant la consommation d'eau bleue, d'eau verte et
d'eau grise on arrive à cibler, en fait, par région, où est-ce que c'est le
plus important d'investir. Si c'est de l'eau grise qui est surconsommée, bien,
ça veut dire que c'est des rejets d'eaux usées qu'il faut nettoyer. Si c'est de
la consommation d'eau verte, ça veut dire que c'est les eaux de pluie qu'on
gère mal, donc on doit mettre de l'avant des solutions nature, protection des
milieux naturels, infrastructures vertes. Si
c'est le bilan de consommation d'eau bleue, bien là, c'est des mesures de
réduction de la consommation à la base qu'il faut mettre de l'avant.
Donc, je ramène toujours sur l'effet local, donc c'est vraiment l'aménagement
du territoire à petite échelle qu'il faut regarder pour trouver des bonnes
actions.
Mme Zaga
Mendez : Il me resterait combien...
Le Président (M.
Jacques) : 45 secondes.
Mme Zaga
Mendez : ...est-ce que vous voulez ajouter?
Mme Pétrin
(Rébecca) : Je peux peut-être terminer avec une chose sur... au niveau
de la transparence, nous, dans notre poursuite judiciaire, donc, on a perdu, au
mois de mars, au mois de mai dernier, sur des quantités d'eau qui étaient
prélevées, donc, on a demandé les quantités d'eau prélevées des embouteilleurs.
Suite à cette défaite-là aux services juridiques, il y a une confusion qui est
restée auprès du ministère de l'Environnement sur les demandes d'accès à
l'information. On a fait deux demandes d'accès à l'information sur les permis
octroyés, et non pas les quantités prélevées, et cela nous a été refusé.
Donc, je rappelle la
recommandation du CQDE d'aller changer la
loi sur l'eau, l'article 7,
plutôt que d'aller agir sur chacun des
règlements séparément, pour vraiment lever cette confusion-là. Et
malheureusement on m'a demandé de retirer le tableau en
annexe 1 de
mon mémoire pour la publication publique.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Et nous suspendons...
la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 56)
Le Président (M.
Jacques) :
Bonjour à tous. La Commission des transports et de
l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les
consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 20, Loi instituant le Fonds bleu et modifiant d'autres dispositions.
Cet après-midi, nous entendrons les organismes
suivants : L'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent,
l'Association canadienne des boissons, l'Association des gestionnaires
régionaux des cours d'eau du Québec et le Conseil du patronat du Québec.
Je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de L'Alliance des villes des Grands
Lacs et du Saint-Laurent. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
Vallières-Roland (Catherine) : Merci. Merci, M. le Président. M. le
ministre, chers membres de la commission,
bonjour et merci de nous accueillir aujourd'hui et de nous permettre, donc, de
réagir au projet de loi n° 20. Nous en sommes vraiment très
reconnaissants.
Alors, je me
présente, je suis Catherine Vallières-Roland, mairesse suppléante à la ville de
Québec. Je suis également membre du conseil d'administration de l'alliance des
villes des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. Je suis accompagnée aujourd'hui de Mme Maja
Vodanovic, qui est mairesse de l'arrondissement de Lachine, également
responsable de l'eau au comité exécutif de la ville de Montréal et membre du
conseil d'administration de l'alliance. M. Frédérick Desbiens, responsable
des politiques canadiennes au sein de l'alliance, et Mme Marie-Line
Pedneault, directrice de la
Section eau et environnement à la ville de Québec,
nous accompagnent également pour répondre à vos questions.
Alors, l'alliance des
villes des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent est une organisation
internationale multilatérale qui a été créée en 2003. Elle représente plus
de 230 municipalités canadiennes et américaines, dont plus d'une
soixantaine proviennent du Québec. Elle se consacre principalement à la
protection et à l'exploitation durable des
Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent, qui représentent plus de 20 % des
réserves mondiales douces... d'eau douce, pardon, de surface et qui
fournissent de l'eau potable à plus de 40 millions de personnes.
L'alliance a notamment pour mandat d'effectuer des représentations auprès des
autres paliers de gouvernement et mène des actions articulées autour de quatre grands piliers fondamentaux
que sont la protection et la restauration des écosystèmes, l'équité en
matière d'eau, l'adaptation aux changements climatiques et l'économie bleue. Au
début de l'année 2023, l'alliance a créé un conseil consultatif québécois dont l'objectif sera justement d'accroître
la représentation des intérêts des villes québécoises tant au sein de
l'alliance mais également auprès des autres gouvernements.
Mme Vodanovic
(Maja) : Alors, tout d'abord, nous accueillons très favorablement le
projet de loi et nous nous réjouissons que le gouvernement du Québec prenne si
au sérieux la protection de l'eau et mette sur pied un fonds dédié à sa
protection, sa restauration, sa mise en valeur et la gestion durable de la
ressource. En revanche, nous aimerions suggérer quelques recommandations qui
pourraient même améliorer ce projet de loi.
Alors, nous aimerions
insister sur l'une des actions que le fonds pourrait soutenir, et il s'agit
bien évidemment que d'optimiser les
infrastructures d'eau municipales. La question de l'optimisation des
infrastructures de l'eau et la
possibilité de construire... de construire davantage d'infrastructures vertes
pour mieux répondre aux changements
climatiques est tellement importante. D'un autre côté, en raison de
l'augmentation de la fréquentation et de l'intensité des vagues de
chaleur, nous pensons également que l'aménagement d'accès aux plans d'eau pour
les citoyens, pour qu'ils puissent s'y rafraîchir, devient un incontournable.
Pour
ce qui est des redevances, nous sommes contents de voir que les sommes payées
par les usagers commerciaux, dont les embouteilleurs, seront augmentées,
ce qui leur permettra de se rapprocher de la valeur réelle de la ressource,
qu'on évalue, à Montréal et à Québec, à environ, en moyenne, 2 500 $
par million de litres. C'est le coût de l'eau au robinet. Nous pensons
cependant qu'il serait pertinent d'augmenter aussi le montant des redevances
pour les usagers industriels. Ces redevances, une fois augmentées,
contribueront à assurer la gestion durable et équitable de l'eau au Québec à travers le Fonds bleu. Il est aussi
important de se donner la possibilité d'augmenter plus fréquemment
qu'aux cinq ans les redevances afin de pouvoir ajuster le prix selon les
pressions externes exercées sur notre ressource. Enfin, puisque l'exploitation
de l'eau est une activité économique qui dépend, dans bien des cas, de la
capacité des municipalités à offrir un réseau d'aqueduc fiable et sécuritaire,
nous pensons qu'une
partie importante de ces redevances devrait servir à
renforcer le réseau d'égout et d'aqueduc des municipalités.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : Concernant
l'article 118.3.3 de la
Loi sur
la qualité de l'environnement, nous rejoignons d'autres acteurs
consultés, dont l'Union des municipalités du Québec, qui mentionnent que cet
article limite le pouvoir des municipalités d'agir et d'innover dans la lutte
contre les changements climatiques. Il est donc important de modifier cet
article pour en garantir cette... garantir cette capacité d'action.
Nous
appuyons par ailleurs l'ajout d'un alinéa dans l'article 53.28 de la
Loi sur la qualité de l'environnement, qui
permettra au gouvernement d'agir sur la vente et la distribution des produits
dans contenants ou emballages à remplissage unique. Il est par contre important
que les règlements adoptés en vertu de cet
article ne rendent pas inopérante la
réglementation municipale préexistante sur les articles à usage unique. Sur ce
point, nous sommes ravis de constater que le gouvernement provincial est sur la
même longueur d'onde que de nombreuses municipalités.
Permettez-moi de vous
rappeler maintenant quelques-unes des positions plus spécifiques qui
appartiennent à la ville de Québec et à la
ville de Montréal. Nos deux villes accueillent également favorablement le Fonds bleu et saluent le fait qu'il puisse servir au financement
d'initiatives municipales. Les villes sont des gouvernements de proximité incontournables, et il serait par conséquent
important que le projet de loi reconnaisse le rôle de premier plan que
jouent les municipalités en matière
d'aménagement, d'approvisionnement en eau potable et de protection de
l'environnement en leur apportant un soutien financier conséquent et
prioritaire. La loi doit par ailleurs rester agile et souple afin que les
villes puissent travailler en fonction de leur réalité respective.
Autre remarque
générale, nous sommes très satisfaits que le gouvernement mette en place un
fonds qui est véritablement dédié au financement de mesures en lien avec la
protection, la restauration, la mise en valeur et la gestion de l'eau. Nous ne saurions toutefois insister trop sur les
deux éléments suivants : le premier, qu'on s'assure de la
cohérence du fonds avec les autres fonds administrés par le gouvernement, le
second, qu'on s'assure de prendre les mesures
nécessaires pour assurer la prévisibilité et la pérennité du financement. Le
fonds doit notamment nous permettre de mieux collaborer dans l'atteinte
d'objectifs communs. Cette réalité, nous la vivons à Québec, dans le cadre du
bassin versant du lac Saint-Charles, principale prise d'eau de la ville qui
alimente 300 000 citoyens et dont le bassin versant touche plusieurs
municipalités.
Nous sommes par
ailleurs très satisfaits, dans le projet de loi, de l'augmentation des
redevances, une mesure d'écofiscalité servant spécifiquement, dans ce cas-ci, à
la protection de l'eau.
D'autres mesures d'écofiscalité innovantes du
gouvernement du Québec pourraient venir s'ajouter et bonifier le montant de ces redevances en matière notamment
d'économie d'eau potable, de protection des milieux naturels des écosystèmes aquatiques et de plantation d'arbres, l'objectif
étant ici, bien sûr, de diversifier les sources de revenus des villes en leur
donnant toute l'autonomie dont elles ont besoin pour assumer pleinement leurs
responsabilités grandissantes et leur rôle de gouvernement de proximité.
Vodanovic (Maja) : En conclusion, nous sommes ravis de constater que
le Fonds bleu vise la bonne gestion de l'eau par la protection de ses
bassins versants, mais il ne faut pas oublier toutefois que le fleuve Saint-Laurent
fait
partie d'un bassin versant qui chevauche plusieurs provinces et États. La
stratégie du Québec ne doit donc pas se limiter à intervenir sur la qualité de
l'eau seulement une fois qu'elle se retrouve dans le fleuve Saint-Laurent.
Force est d'admettre que nous abdiquons un très grand nombre de leviers pour
agir concrètement sur la situation.
L'histoire
nous l'enseigne, la qualité de l'eau dans le bassin dépend directement des
décisions prises en amont par plusieurs autres juridictions. La majorité
des avancées qui ont eu lieu dans les années 70 dans le bassin... dans le
bassin sont à bien des égards le fruit direct de la collaboration entre les
différentes parties prenantes, qu'elles soient provinciales, nationales et même internationales. L'eau ne connaît pas
de frontières, et sa gouvernance implique donc une collaboration avec
les intervenants... avec différents intervenants et différents États. À ce
titre, le Canada mettra bientôt sur pied l'agence canadienne de l'eau et les
États-Unis réaliseront une étude exhaustive sur la résilience côtière dans le
bassin.
Nous avons
tous donc intérêt de collaborer, car la décision de l'un aura un impact direct
sur l'autre, donc sur nous, ici, sur
notre population au Québec. Là-dessus, chers commissaires, on vous laisse la
parole pour nous poser vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Et, dans le premier bloc d'échange, je cède la
parole à M. le ministre pour... 30 s.
M. Charette : Merci beaucoup, M. le Président.
Merci à vous d'être avec nous cet après-midi. Un réel plaisir de vous entendre. 16 minutes, c'est court,
d'autant plus que je les partage avec mes collègues. Déjà plusieurs,
plusieurs petites notes par rapport à ce que vous avez mentionné.
Hier, avec l'UMQ, j'ai semblé bien, bien
méchant, selon un
titre de La Presse , comme quoi je disais non de façon catégorique. Il faut juste mettre les choses
en perspective avec le Fonds bleu. Ce n'est pas un fonds, et je sais,
là, que ça faisait
partie de vos souhaits, ce n'est pas un fonds qui sera dédié
à l'entretien des infrastructures municipales. On convient que c'est un défi important, on convient que c'est un défi
qui est nécessaire aussi, mais ce n'est pas le but du Fonds bleu de
financer des infrastructures de cette nature-là. Le Fonds bleu va davantage
financer la qualité de notre eau dans nos lacs et rivières, la lutte contre les
espèces envahissantes. Donc, c'est davantage sur les plans d'eau eux-mêmes que
le travail se fera ou les interventions se feront. Mais, en disant ça, je ne
veux pas paraître méchant et sans-coeur,
c'est juste que c'est d'autres missions, à travers le MAMH notamment, qui
doivent répondre et qui répondent à ces éléments-là. Il y a un petit
élément pour nous rassurer et réconforter. Dans le dernier budget, on est venu,
du côté du MAMH, renforcer les sommes
disponibles pour justement l'entretien des réseaux d'aqueduc et de traitement
d'eau. Donc, je ne suis pas méchant, je vous le confirme, mais je voulais
réitérer quelle était la finalité du Fonds bleu.
Sinon,
plusieurs éléments que vous avez mentionnés, vous parliez notamment des
contenants à remplissage unique ou, sinon, à usage unique. Vous avez
peut-être vu dans le projet de loi. C'est une disposition que l'on a. Le projet
de règlement n'est pas encore prêt, mais on
s'en va vers ça. On veut interdire la vente de l'eau qui est tout simplement
puisée à partir d'aqueducs municipaux,
essentiellement, parce qu'il n'y a aucune, aucune plus-value. On a de l'eau de
qualité, au Québec, à travers nos réseaux
municipaux, et c'est une mauvaise appropriation de notre eau que de vendre ces
produits-là. Donc, vous rassurer, on réfléchit, on a prépublié
deux projets de règlement, au cours des derniers jours, qui traitent
davantage des redevances, de la transparence, mais éventuellement on reviendra
avec un projet de règlement pour interdire, sinon limiter la vente d'eau
d'aqueduc, là, qui serait tout simplement, pour ne pas dire tout bêtement,
embouteillée pour la revente. Mais hier les gens de l'UMQ nous ont aussi parlé,
là, d'une réglementation qui, par moments,
peut limiter la volonté d'une municipalité de s'impliquer au niveau de la
protection de l'environnement. Il y a des
discussions avec le ministère de l'Environnement, avec le cabinet notamment, et
le milieu municipal, voir comment qu'on peut répondre à cette
préoccupation-là, parce que notre but n'est certainement pas de freiner
l'ambition, là, des municipalités.
Donc, un
petit élément que je voulais vous mentionner, vous parliez d'une hausse des
redevances plus fréquente qu'aux cinq ans. Le projet de loi... en
fait, pas directement le projet de loi, le projet de règlement évoque une
indexation, déjà, de 3 % à chaque année, donc, sur cinq ans, c'est
15 % supplémentaire. Ça peut paraître bien peu, mais ce que l'on dit aussi, dans la réglementation et dans le projet de
loi, c'est que, dorénavant, il y a une révision aux cinq ans qui va se
faire. Non seulement l'indexation, elle est automatique, mais aux
cinq ans... dans cinq ans, là, c'est une hausse essentiellement de 900 % que l'on
propose. Si, dans cinq ans, le gouvernement de l'époque... le futur
gouvernement devait convenir que ça n'a pas généré suffisamment de réduction au
niveau de la consommation, peut-être qu'il y aura une autre hausse aussi
d'importance dans cinq ans, mais déjà, dans l'intervalle, il y a un
3 % d'indexation. Donc, je voulais le mentionner.
Vous disiez, là... Ça va peut-être nécessiter
une petite question de ma part. Est-ce que j'ai compris que vous souhaiteriez qu'on
augmente encore davantage la redevance pour le secteur industriel? Est-ce que
c'est ce que je dois comprendre de votre propos, et quels secteurs industriels
en particulier?
Mme Vodanovic (Maja) : Oui.
L'ensemble du secteur industriel. Vous avez augmenté, pour l'eau, c'était à
500 $ par million de litres, qui reste quand même très peu, ça fait juste
0,5 $, ça fait 0,5 $ par mètre cube, qui est quand même bas comparé à d'autres villes
européennes, là. Et ce qui est pour... vous l'avez augmenté pour
l'industrie à... 0,03 $, jusqu'à 0,03 $ par mètre cube et 0,15 $
par mètre cube. On pense qu'on peut aller plus haut, quand des villes dans...
des pays européens, par exemple comme l'Angleterre, c'est 4,5 $, jusqu'à
10 $ et même 11 $. Alors, on pense qu'il y a une marge de manoeuvre,
et il y a même des études qui disent qu'on pourrait aller chercher jusqu'à
400 millions de dollars par année dans le Fonds bleu avec des
redevances. On fait juste dire qu'il y a une marge de... On comprend qu'on
était très bas, alors, pour monter à 30 millions, c'est beaucoup, mais on
était tellement bas puis l'eau est tellement précieuse... Et je... Comme je
vous dis, juste l'eau de l'aqueduc municipal, c'est presque 3 $ le mètre
cube. Alors, on pense que l'industrie devrait payer, également, plus.
Charette : C'est définitivement trop bas actuellement, il n'y
a aucun, aucun doute. Ce qui, moi, me désole encore davantage, c'est
qu'il n'y ait pas eu d'indexation, là, depuis plusieurs années. Donc, on vient
corriger ces deux éléments-là. Je comprends l'exemple européen. Nous, on
est dans un contexte nord-américain, et, en Amérique du Nord, avec les taux que
l'on propose, franchement, on vient occuper une position de leadership.
Mais ce que je mentionnais aussi hier,
l'utilisation des sommes n'est pas la même du côté européen. Vous parlez en
mètres cubes. Nous, souvent, pour simplifier la discussion, on parle de
millions de litres. C'est peut-être un petit peu plus facile à considérer ou à
visualiser. Mais, du côté du Danemark, par exemple, on peut être à
10 000 $ le million de litres, mais l'usage qui est fait de ces
sommes-là est complètement différent. Le Danemark va financer le développement
de son réseau d'aqueduc avec les redevances sur l'eau, ce qui n'est pas
l'approche, là, que l'on... que l'on retient. Mais, encore une fois, je le
mentionnais, il faut le financer, ce réseau d'aqueduc là, et c'est là où c'est
davantage avec des crédits budgétaires, là, gouvernementaux, là, que le
financement se fait.
Mme Vodanovic (Maja) : Est-ce que...
est-ce que je pourrais...
M. Charette : Bien sûr, bien sûr.
Mme Vodanovic (Maja) : Je veux
juste... j'aimerais juste répondre à ce que vous avez dit pour la gestion de l'eau, que le Fonds bleu ne cadre pas avec votre
vision, qu'il ne pourrait pas payer les infrastructures de l'eau. Mais
vous souhaitez que le Fonds bleu protège la
qualité de l'eau, et il n'y a rien de plus performant que des systèmes
performants d'égouts des municipalités.
Parce que, même, le ministère nous demande, nous exige de mettre des normes
très, très sévères dans nos
infrastructures, et, simplement enlever l'azote de l'eau de Montréal, ça va
nous coûter 2,5 milliards de dollars d'investissements.
Enlever les virus et les bactéries, ça nous coûte presque 1 milliard, en
ce moment, pour le système d'ozonation. On fait juste dire que c'est les
municipalités, avec leurs égouts, qui polluent le plus les bassins en ce
moment, alors ne pas vouloir financer, à la hauteur des besoins, ces
infrastructures-là ne nous aide pas à assainir l'eau. Ça reste très, très peu
pour la quantité qu'on peut faire.
M. Charette : Je comprends tout ce
que vous dites, mais ce n'est pas ce que je dis. Ce n'est pas qu'on ne veut pas
vous aider, ce n'est pas le Fonds bleu qui est le bon outil pour vous aider à
ce niveau-là. C'est davantage des programmes comme le PRIMEAU, qui a été
rehaussé notamment. Mais je veux juste...
Vodanovic (Maja) : Oui. D'ailleurs, j'aimerais juste... j'aimerais
juste vous dire, sur le PRIMEAU, je vous remercie énormément pour le PRIMEAU, mais c'est surtout sur les
conduites, mais... et on vous remercie pour l'argent qui a été versé à
Montréal, mais c'est insuffisant. Alors, comme vous le savez, les villes ont
besoin de 2 milliards par année pour combattre les changements climatiques
et les inondations. Alors, je veux juste vous dire que 100 millions par
année, c'est bien, mais c'est insuffisant.
Charette : Le 2 milliards par année, on pourra en
discuter. Ça peut même être autour d'une bière, éventuellement.
Mme Vodanovic (Maja) : Avec plaisir.
M. Charette : Mais on déborde
largement, mais largement le cadre du Fonds bleu. Et même, dans ces revendications-là, on est dans des lieux qui nous
éloignent passablement de l'eau, lorsqu'on parle, par exemple, du réseau
routier à entretenir, et, là aussi, je suis
d'accord. Donc, on se rejoint là-dessus, mais ce n'est pas l'objet du projet de
loi.
Vous parliez
également, là, de collaborer pour déterminer et retenir l'intérêt commun. C'est
la raison pour laquelle ça ne peut pas être un seul secteur qui soit le
principal récipiendaire des fonds du Fonds bleu. Et c'est la raison pour laquelle on a mis en place le Forum d'action sur l'eau. Merci d'y contribuer. Et, dans ce forum-là, le
but de l'exercice, c'est le suivant : chaque acteur joue un rôle
incontournable au niveau de l'eau, mais chaque acteur doit s'oublier un petit peu, dans ces travaux-là, pour, justement,
déterminer l'intérêt commun. Donc, les villes sont représentées, le
secteur agricole est représenté, le secteur
scientifique, mais, quand les villes parlent, mon souhait, c'est que les villes
ne parlent pas dans le seul intérêt des villes, quand le secteur
agricole parle, qu'il ne parle pas que dans le seul intérêt du secteur
agricole, mais que tous ensemble arriviez à parler d'une seule voix pour la
protection de l'eau, en général. Parce que, si
on réunit des acteurs qui ne parlent que pour leurs propres... je dis
«intérêts», pas de façon péjorative, là, mais selon leur seule mission à
eux, bien, ça n'a pas de pertinence, là. Donc, chacun doit s'oublier un petit
peu pour arriver à mettre de l'avant l'intérêt commun.
Et le forum d'action, jusqu'à maintenant,
donne des résultats drôlement intéressants à ce niveau-là. J'ai
drôlement hâte de voir le prochain rapport, qui viendra nous aider à orienter
ou à prioriser ce qui devrait être financé par le Fonds bleu, mais ce ne sera
pas qu'une vision municipale, ou qu'une vision agricole, ou qu'une vision
scientifique, c'est réellement l'ensemble
des visions qui, je vais le souhaiter, vont se... va se retrouver, là, dans ce
rapport-là. C'est dans quelques mois. Je sais que ma collègue
d'Argenteuil pilote les travaux de main de maître, mais je suis à distance ces
travaux-là avec beaucoup d'intérêt, et j'aurai aussi beaucoup de plaisir et de
curiosité à vous lire, ultimement.
Là, je regarde mes
collègues, je sens que j'ai déjà trop parlé. Peut-être une petite dernière
intervention. Le lac Saint-Charles, c'est une très belle illustration du type
de collaboration que l'on veut générer à travers, oui, le Fonds bleu, mais le forum d'action. Lorsqu'on a fait
l'annonce, il y a quelques mois maintenant, on venait toucher différents
secteurs, autant protéger les milieux
humides avoisinants, autant s'assurer que les systèmes sanitaires privés
puissent être mis aux normes. Donc,
on est venus s'attaquer à plusieurs facteurs de détérioration, mais avec une
collaboration autant de la ville que
du milieu environnemental du secteur, que du gouvernement du Québec. Donc,
c'est une belle illustration de ce que pourra permettre, je pense, le
Fonds bleu. Et, oui, le lac Saint-Charles, pour la région de Québec, c'est un
incontournable, donc il fallait s'y attaquer et s'y attarder, là, de façon
particulière.
Donc, pour ne pas me
faire reprocher de trop parler par mes collègues, je vais laisser...
Vallières-Roland (Catherine) : M. le ministre...
M. Charette :
Oui, bien sûr.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : ...est-ce
que vous me permettez de réagir à vos propos concernant votre souci
d'impliquer aussi d'autres acteurs? Puis je tiens à vous rassurer à l'effet
qu'il existe aussi des mécanismes pour, justement, nos municipalités pour
prendre le pouls des préoccupations aussi du milieu. Donc, il y a vraiment des espaces de concertation, et je vous en donne
un exemple : la table de concertation sur la gestion intégrée du
fleuve Saint-Laurent, qui... sur laquelle je siège, qui permet justement de
prendre, disons, le pouls à la fois des organismes de bassins versants, des
entreprises, puisque le milieu des affaires y siège également, le milieu
agricole. Donc, on a exactement le même
souci que vous de prendre en compte, je dirais, leurs préoccupations. La nôtre
est bien sûr... est reliée à l'ensemble des responsabilités que possèdent
les villes, que ne possèdent pas les autres organismes, donc, du fait que nous
avons aussi à gérer cette précieuse ressource. Alors, c'est la raison pour
laquelle on insistait sur ce point.
M. Charette :
C'est gentil. Merci beaucoup. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à M. le député de René-Lévesque.
M. Montigny :
Merci beaucoup, M. le Président. Bon, il ne nous reste presque pas de
temps. Je vais essayer de me concentrer sur
l'essentiel. Alors, je connais l'organisation que vous représentez, j'ai été
maire de Baie-Comeau pendant
cinq ans, on a eu déjà des discussions ensemble. Ça fait plaisir de vous
retrouver.
Évidemment, comme
maire, on a toujours cette demande constante d'augmenter les budgets municipaux
en demandant à Québec de faire ça. Moi, j'ai envie de voir avec vous, avec le
temps qu'il me reste, qu'est-ce que vous pouvez faire pour contribuer, comme
municipalités, particulièrement votre regroupement, qui sont des municipalités
en forte croissance dans des régions populeuses, versus d'autres municipalités
comme où j'ai été maire, où il y a une décroissance?
Qu'est-ce que vous pouvez faire, vous, comme villes en forte croissance, dans
le secteur, particulièrement vers les Grands Lacs, pour contribuer à ce
qu'on est en train de mettre en place comme nouvelle législation, le Fonds
bleu, etc. Comment vous pouvez contribuer?
Mme Vodanovic
(Maja) : ...je pense qu'il faut arrêter de se voir comme...
Vodanovic (Maja) : ... — est-ce
que... c'était-tu correct? Je
pense qu'il faut arrêter de se voir en opposition, les villes vis-à-vis
le gouvernement, le gouvernement vis-à-vis les autres États, parce que
l'urgence climatique nous pousse à
dire : On va s'asseoir tous autour de la même table, un peu comme vous
voulez faire, M. le ministre, mettre tout le monde autour de la même
table et dire c'est quoi, les solutions qu'on peut amener ensemble, tu sais,
c'est quoi. Les villes... les villes doivent
taxer davantage, oui. Comme la province de l'Ontario, eux, ils ont une
obligation de taxer et que leur système d'eau soit autofinancé à travers
les taxes municipales. Est-ce que le gouvernement du Québec veut imposer ça aux municipalités, qui sont déjà... nos
citoyens sont déjà surtaxés? Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ensemble?
Moi, je pense qu'il faut s'asseoir ensemble,
les municipalités et notre gouvernement, pour voir quelles sont
les solutions pour un financement durable de notre ressource et de nos
infrastructures. C'est primordial.
M. Montigny :
...secondes?
Le Président (M.
Jacques) :
40 secondes.
M. Montigny : 40 secondes.
Bien, simplement, nous dire... Tu sais, vous avez demandé au fédéral, en
janvier, de s'investir davantage. Vous leur avez demandé quoi, au fédéral?
M. Desbiens
(Frédérick) : Je peux répondre. Alors, nos représentations ont
principalement porté sur le... sur le plan
d'action sur... C'est très anglais, hein, lorsqu'on est au fédéral, alors,
c'est le... c'était pour renforcer le Plan d'action sur l'eau douce,
l'amener à 1 milliard sur les 10 prochaines années. Ils l'ont fait
jusqu'à 620 millions, si je ne me trompe pas. Donc, de ce côté-là, on se
compare assez favorablement.
Puis,
de la même manière, on a fait beaucoup de représentations auprès de l'Agence
canadienne de l'eau, bien, pour concrétiser cette agence-là, parce qu'on
pense effectivement que toutes les juridictions qui sont impliquées dans la gestion durable de l'eau doivent être à la
table pour faire avancer les connaissances, partager les meilleures
pratiques, etc. Donc, c'est... ça a été essentiellement le sujet de nos
représentations auprès du gouvernement fédéral.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour cette période d'échange. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle et à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce
pour 12 min 20 s.
Mme McGraw : Merci, M. le Président. Et bienvenue, merci d'être
avec nous, pour la présentation, le mémoire très intéressant, des
recommandations très intéressantes.
Et d'ailleurs je vais
commencer avec le point sur l'Agence canadienne de l'eau. Je sais qu'en crédits
le ministre le sait et le ministre Roberge
aussi, qu'on a été déçus que le Québec ne s'est même pas porté comme
candidat pour recevoir.
Malgré les ressources, malgré notre or bleu, on ne
s'est même pas porté candidat pour être le candidat, justement, pour recevoir cette agence-là. Parce qu'on sait que c'est une
vraie richesse au Québec, c'est une force, et on peut jouer un rôle de
premier plan. Donc, je souligne ça.
Alors,
j'ai des questions. Première question, Mme la mairesse, ce serait de... Bien,
je sais qu'il y a deux madames la mairesse. La valorisation de l'eau à
Montréal et Québec, si je comprends bien, on le valorise, vous le valorisez à 2 500 $ par... C'est bien ça,
2 500 $? Est-ce que vous pouvez élaborer le calcul? C'est des...
c'est des services écologiques. Est-ce que vous pouvez en discuter ou
détailler?
Mme Vodanovic
(Maja) : Oui. À Montréal, en fait, c'est 2 900 $, et, à
Québec, c'est 2 300 $, c'est ça, qu'on calcule. Alors, ça, ça inclut le coût des infrastructures et du maintien
des infrastructures, le coût des usines de filtration, la mise à niveau
des usines de filtration, mais ça n'inclut pas tout... encore tous les coûts de
mise aux normes qu'on doit faire, mais juste
la gestion de tout le réseau pour prendre l'eau brute, la traiter, l'acheminer
jusqu'à la maison et, après, prendre cette eau et la purifier avant de
la rejeter. Et Montréal, on traite plus que 50 % des eaux usées du Québec,
alors on a une valeur d'infrastructures de 33 milliards de dollars.
Mme McGraw : Merci. C'est bien intéressant. Et d'ailleurs, si
je comprends bien, vous proposez une approche intégrée. Parce qu'on
reconnaît, si je comprends bien, par exemple, les égouts, le rôle, la pollution
des eaux, et, justement, c'est
l'investissement dans les infrastructures, si je comprends bien. Si je
comprends bien, il y a un déficit de 38 milliards de dollars,
et on comprend que ça pourrait venir... pas nécessairement du Fonds bleu, parce
que, déjà, avec un 500 000 $, je pense que... C'était un
650 millions qui a été promis, au début, on est rendu avec
500 millions, donc c'est... le déficit... le déficit est beaucoup plus
large.
Alors,
ce serait intéressant d'en savoir plus, d'avoir des exemples plus concrets par
rapport à... avec un investissement
plus poussé ou même avec un 2 milliards, par exemple, à quoi pourraient servir...
avec des exemples... concrets, je
devrais dire, le 2 milliards par an qui a été demandé par le pacte vert des municipalités. Vous savez peut-être, ce matin, j'ai posé
une question là-dessus. Donc, je vous écoute.
Mme Vodanovic (Maja) : Moi, j'aimerais juste
dire deux choses, une chose sur l'Agence canadienne de l'eau, je pense, qu'une collègue de
l'administration a posée : Qu'est-ce qu'on pe