Public Finance — 19 January 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CFP 2022-01-19
Quebec — Committees
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers amis, bonjour à toutes et à tous. Je constate que nous avons quorum. On a
le plaisir de se retrouver ensemble dans la salle Pauline-Marois pour cette
dernière journée d'auditions et de
consultations particulières sur le projet de loi n° 4,
Loi renforçant la gouvernance des sociétés d'État et modifiant d'autres
dispositions législatives.
Nous entendrons cet avant-midi trois groupes,
quatre en après-midi, et nous commençons immédiatement en recevant le
représentant du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction. M.
Trépanier, bonjour.
M. Trépanier (Michel) : Bonjour, M.
le Président.
Le Président (M. Simard) : Alors,
vous êtes, je crois, un habitué. Vous disposez de 10 minutes.
Trépanier (Michel) : Je vous remercie. Mmes, MM. les députés, membres
de la commission, M. le Président, tout
d'abord, je tiens à vous remercier de nous donner l'occasion de vous présenter
notre avis sur le projet de loi n° 4.
Mon nom est Michel Trépanier. Je suis le
président du conseil provincial international. Je serai seul aujourd'hui, afin de faciliter les échanges
virtuels, mais je tiens à remercier l'équipe du conseil provincial qui a
travaillé très fort pour l'analyse du projet
de loi et de rédiger notre mémoire. C'est avec beaucoup de fierté que nous
représentons tous nos membres et que nous portons leur message aujourd'hui
devant cette commission.
À la suite d'une analyse du projet de loi
n° 4 déposé par le gouvernement, le conseil provincial international fait les constats suivants. Premièrement, le
projet de loi n° 4 ne tient pas compte des impacts des changements
proposés sur l'industrie de la construction. Deuxièmement, il va à l'encontre
du pluralisme syndical et de l'impartialité du gouvernement dans le choix des
représentants associatifs. Aussi, il porte aussi atteinte grave au paritarisme
dans l'industrie et, de ce fait, à son
équilibre. Il porte aussi atteinte au droit fondamental des travailleurs. Il
fait aussi fi de la structure de
financement de la Commission de la construction du Québec et finalement il
affaiblit le rôle du fiduciaire du régime de retraite du conseil
d'administration de la CCQ.
Tout d'abord, j'aimerais vous parler des impacts
de la transformation de la Commission de la construction du Québec en société
d'État. Comme vous le savez, la mission de la Commission de la construction est
de veiller à l'application de la
loi R-20,
Loi sur les relations de travail, la formation professionnelle
et la gestion de la main-d'oeuvre dans
l'industrie de la construction. Par conséquent, elle s'assure du respect des
conventions collectives dans l'industrie, de la gestion de la
main-d'oeuvre et de l'administration des fonds de formation et des régimes
d'avantages sociaux.
À ce titre, elle gère un patrimoine privé dans
une industrie privée. Nous pensons donc qu'une exemption devrait s'appliquer à
la CCQ de par la nature même de sa mission. Elle possède également un pouvoir
réglementaire qui lui permet de réaliser sa mission. Les changements qui sont
donc proposés ont des conséquences importantes qui vont au-delà de
l'organisation en tant que telle mais qui touchent toute l'industrie. À notre
connaissance, aucune analyse d'impact et aucune consultation des partenaires de
l'industrie n'a précédé le dépôt de ce projet de loi, ce qui nous empêche de
voir l'ampleur des conséquences sur l'industrie.
Maintenant, j'aimerais aborder deux aspects qui
nous apparaissent essentiels et qui sont étroitement reliés, le pluralisme
syndical et le paritarisme. Depuis la commission Cliche, dans les
années 70, les gouvernements ont eu à coeur d'améliorer les structures de
l'industrie pour favoriser la participation et l'adhésion au plus grand nombre.
D'ailleurs, c'est pour cette raison que toutes les associations représentatives
sont présentes sur le conseil d'administration de la commission, sur les
différentes tables de négociation, sur les différents comités de travail de la
CCQ et à l'ASP Construction. C'est ce qu'on appelle le pluralisme syndical, et
il permet de s'assurer que l'ensemble des travailleurs soient représentés dans
l'application du régime des relations de travail instauré par la loi.
Rattaché à ce principe de pluralisme vient le
concept de paritarisme. Tel qu'il est démontré à travers l'historique de la
CCQ, l'organisation repose sur le paritarisme patronal et syndical pour
favoriser une culture de collaboration et d'adhésion de tous les partis aux décisions
prises par la commission. L'histoire a prouvé que cet équilibre est bénéfique
pour l'industrie et a été respecté dans toutes les modifications législatives
de la loi R-20 qui ont été faites
depuis plus de 40 ans. Très récemment, le même débat a eu cours concernant
le conseil d'administration de la CNESST, dont le mandat et la structure
sont comparables à celle de la CCQ. Le gouvernement a alors maintenu le
paritarisme au sein du conseil d'administration à cause de ces particularités
du régime.
autre élément qui nous préoccupe est la question de la perte de compétences
découlant de la présence forte d'une forte
majorité d'indépendants. L'industrie de la construction a de nombreuses
particularités et caractéristiques qui sont souvent méconnues des acteurs
externes. Il est donc primordial que les acteurs du milieu aient une place
prépondérante au sein du conseil d'administration de la CCQ. À ce titre, nous
pouvons comparer la CCQ aux ordres professionnels,
qui gèrent également la compétence et l'accès à leurs secteurs de pratique.
Pour un conseil d'administration d'ordre
de 13 à 17 personnes, taille comparable à celle de la CCQ, un maximum de
quatre membres indépendants sont nommés. Cela permet d'assurer un
équilibre entre la connaissance de la profession et la perspective externe des
indépendants. C'est d'ailleurs la répartition actuelle au conseil
d'administration de la CCQ.
La CCQ gère aussi un
régime de relations de travail, et plusieurs matières réglementées par la CCQ
ont d'abord été négociées entre les parties
dans les conventions collectives. La présence des mêmes organisations qui
négocient assure donc la CCQ de légitimité dans la révision de ses règlements.
Pour finir, je
voudrais maintenant aborder les deux derniers éléments de notre mémoire, qui, à
notre avis, justifient que la CCQ soit exemptée de l'application de ce projet
de loi. D'abord, sur la question du financement, selon les états financiers 2020 de la CCQ, plus de 96 % des
revenus de l'organisation proviennent des prélèvements et de la
tarification des services. De ce montant, deux tiers est directement imputé aux
travailleuses et aux travailleurs de l'industrie
de la construction. Puisqu'ils financent les activités de l'organisation, c'est
un droit fondamental qu'ils soient adéquatement représentés. De plus, la
CCQ gère un patrimoine privé dans une industrie privée, contrairement aux
autres sociétés d'État.
Finalement, la question des avantages sociaux.
Pour commencer, la CCQ, par le biais de son conseil d'administration, a
pour but et fonction d'administrer les régimes d'avantages sociaux de
l'industrie de la construction, soit un régime de retraite et un régime
d'assurance. Dans le cas de notre régime de retraite, c'est le conseil
d'administration de la CCQ qui agit à
titre de comité de retraite et de
fiduciaire pour l'ensemble des travailleurs de l'industrie. Les membres du
conseil d'administration ont donc toutes les obligations et devoirs que cela
comporte, dont celle de prendre des décisions
dans le meilleur intérêt des bénéficiaires. À ce sujet, le fait que chacune des
associations représentatives ait un membre au sein du conseil
d'administration permet d'assurer une meilleure compétence des fiduciaires pour
servir les besoins des bénéficiaires, puisqu'ils sont les représentants élus,
surtout que notre régime à cotisation déterminée négocié amène... le fardeau du
risque est assumé par la participation... par les participants du régime. Ces derniers désirent donc une
participation active de leurs représentants afin de leur assurer une meilleure
protection.
En conclusion, je me
permets de rappeler pourquoi le projet de loi n° 4 ne devrait pas
s'appliquer à la CCQ. L'industrie de la construction est une industrie privée
où la CCQ a le mandat de s'assurer de l'application d'une loi qui régit les
relations de travail, la formation professionnelle, les avantages sociaux et la
gestion de la main-d'oeuvre. Pour réaliser ce mandat, elle est financée à
96 % par des prélèvements provenant des travailleuses et travailleurs et
d'entreprises privées et gère des fonds, dont un régime de retraite duquel son
conseil d'administration est fiduciaire. Pour réaliser ce mandat, le mandat de
la CCQ, son conseil d'administration, a besoin de pluralisme pour représenter
toutes les parties et que la gestion de la retraite soit faite dans l'intérêt
des bénéficiaires, de paritarisme patronal-syndical pour assurer une adhésion
de toutes les parties, et de compétences pour que les règlements et politiques
soient applicables et appliqués.
Pour nous, le projet
de loi n° 4 n'est ni le véhicule ni le processus qui permettra d'améliorer
la gouvernance de la CCQ, puisqu'il ne tient pas compte des impacts et des
particularités de la loi R-20. Merci pour votre écoute.
Le Président (M. Simard) : Alors, M. Trépanier, merci beaucoup pour
votre intervention. Avant de poursuivre, à ce stade-ci, j'aurais besoin,
Mme la secrétaire, que vous puissiez m'indiquer si nous avons des remplacements
à la commission aujourd'hui.
Secrétaire : Aucun remplacement.
Le Président (M.
Simard) : Aucun remplacement?
Le Président (M.
Simard) : Bon, on est content d'avoir nos collègues. Alors, je cède
maintenant la parole à M. le ministre, qui dispose de
16 min 30 s.
M. Girard
(Groulx) : C'est l'équipe A, M. le Président. Merci à tous ceux qui
sont ici. Merci pour votre présentation. C'est très intéressant puis c'est bien
étayé. Je suis bien content qu'on ait cette discussion. Évidemment, nous... la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État
vise l'intérêt supérieur du Québec et à assujettir 46 sociétés
d'État à une loi qui est modernisée. Alors, c'est certain que les
particularités de la CCQ... et je résume vos arguments, c'est que vous ne
voulez pas être assujettis à la loi. C'est un point pertinent. On a l'intention
d'en discuter ensemble, mais moi, je voudrais... j'ai des questions pour vous.
Je comprends le pluralisme syndical puis le paritarisme, je n'ai rien contre.
Si vous considérez que c'est vertueux, très bien. Mais moi, j'ai des questions
pour vous.
Est-ce que vous
croyez à l'indépendance d'un conseil d'administration par rapport à une
société? Est-ce que vous croyez qu'un conseil d'administration doit avoir une
perspective au-delà de représenter les groupes d'intérêts qui composent la
société?
Trépanier (Michel) : J'y crois puis je crois pertinemment que la
commission, présentement, à l'heure actuelle, respecte ce mandat-là.
M. Girard
(Groulx) : Est-ce que vous croyez à la séparation des pouvoirs entre
le président d'une société et le P.D.G. d'une société ou la P.D.G. d'une
société et le président du conseil d'administration, une pratique qui est
établie dans l'ensemble de l'OCDE?
M. Trépanier
(Michel) : M. le ministre, il y a quatre ans, lors du projet de loi
n° 152, notre organisation a proposé cette recommandation de scinder le
poste de P.D.G. entre directeur général et président pour des matières de
meilleure gouvernance. Ça fait qu'on est en total accord avec vous, M. le
ministre.
M. Girard
(Groulx) : Donc, si on changeait ça dans la loi R-20, vous seriez
pour.
M. Trépanier
(Michel) : Exactement.
M. Girard (Groulx) : Très bien. Est-ce que vous croyez à l'importance des membres indépendants
sur un C.A.?
M. Trépanier
(Michel) : C'est sain d'avoir une contribution des membres
indépendants. Cette contribution doit se
faire avec des principes d'équilibre, M. le ministre, puis, présentement, la
compréhension puis l'analyse du conseil provincial, avec la
participation maintenant de quatre indépendants, cet équilibre avec le principe
de pluralisme et de parité est respecté.
M. Girard
(Groulx) : Est-ce que la contribution des quatre membres indépendants
actuels est positive?
M. Trépanier
(Michel) : Oui.
M. Girard
(Groulx) : Est-ce que vous croyez qu'il est important d'avoir un
comité de vérification, un comité de gouvernance et d'éthique ainsi qu'un
comité de ressources humaines sur un conseil d'administration?
M. Trépanier
(Michel) : Oui, c'est essentiel.
M. Girard (Groulx) : Est-ce que vous croyez que la composition du conseil d'administration
doit représenter la société québécoise?
M. Trépanier
(Michel) : Ici, on parle d'une industrie privée. Ça fait que... Puis
il faut comprendre la mission de la
commission, en étant une société privée, avec les cotisants, puis tantôt j'en
ai parlé, là, 96 % des cotisants viennent d'associations patronales et syndicales par l'entremise d'entreprises et
de salariés. Je crois que c'est une juste représentation de ces
cotisants-là.
M. Girard (Groulx) : O.K. Est-ce que vous croyez qu'il est pertinent de rémunérer les
membres indépendants pour attirer les meilleures personnes, notamment?
M. Trépanier
(Michel) : Je suis d'accord avec vous, M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : O.K. Est-ce que vous croyez qu'il est pertinent que la
société d'État revoie le plan stratégique, le rapport annuel et s'assure d'une
transparence au niveau de la rémunération des hauts dirigeants?
M. Trépanier
(Michel) : Est-ce qu'on parle de celle de la CCQ ou des sociétés
d'État?
M. Girard
(Groulx) : Bien, en fait, ma question porte sur la CCQ.
M. Trépanier
(Michel) : Bien, la CCQ, je ne peux pas vous donner l'affirmative,
parce que je ne considère pas, et... puis je
tiens à vous souligner qu'hier le conseil d'administration a pris une position
unanime que personne au sein du conseil d'administration ne considère la
commission comme une société d'État. Ça fait que je ne peux pas répondre par
l'affirmative.
M. Girard
(Groulx) : J'ai pris acte de la lettre. Je l'ai lue. J'ai reçu... En
fait, j'ai reçu la résolution, je cherchais l'argumentaire. Très bien, ça fait
le tour de mes questions. Je vous remercie beaucoup, puis je vous remercie pour
la qualité de votre mémoire et votre présentation.
M. Trépanier
(Michel) : Je vous remercie, M. le ministre.
Le Président (M. Simard) : Merci à vous, M. le ministre. Je cède maintenant
la parole au député de Sainte-Rose.
M. Skeete : Merci, M. le Président.
Bonjour, bienvenue parmi nous.
Trépanier (Michel) : Bonjour.
M. Skeete :
J'ai quelques questions par rapport à... le rôle des membres indépendants
actuels. Pouvez-vous me donner un aperçu de comment ça fonctionne? C'est quoi,
le quotidien, puis de quoi... c'est quoi, la contribution positive que vous
évoquez auprès du ministre? C'est quoi, cette contribution-là?
M. Trépanier
(Michel) : Bien, ici, il faut faire un recul sur la mission de la
commission, puis je ne ferai pas toute l'élaboration du principe des relations
de travail, mais ce qui est important, je crois, pour nous, par notre
expérience d'organisation, c'est d'être capables d'alimenter le conseil
d'administration dans nos réflexions. Nous, du côté des associations
syndicales, c'est d'amener notre expérience puis la part des enjeux pour nos
travailleuses et nos travailleurs. Du côté des employeurs, ils amènent leurs
préoccupations de leur côté. Après ça, il y a un échange. C'est là, la base du paritarisme. Et l'apport des
indépendants, après cet argumentaire-là, c'est de faire des
recommandations puis amener un angle que... pour nous ramener à un consensus.
Alors, c'est suite
aux discussions des parties paritaires que je trouve qu'il y a une utilité, une
très bonne utilité, puis je trouve ça sain qu'il y ait des membres indépendants
au sein de notre commission, mais je trouve ça extrêmement important de le
mentionner, que ça a besoin d'être fait avec un équilibre.
M. Skeete :
Donc, dans votre façon de voir le rôle de l'indépendant, c'est un peu comme une
vérif à la dernière seconde, là, tu sais, pour être sûr que le patronat et le
syndical se rencontrent. On prend des positions, puis là on valide auprès des
indépendants, ça a-tu de l'allure, puis là, après ça, on peut entériner la
résolution ou la façon de faire. C'est de même que vous voyez ça?
M. Trépanier (Michel) :
Bien, ce qui est intéressant, la base du paritarisme, ce qui est intéressant,
puis, tu sais, je vais être transparent avec
vous, soit on arrive avec des positions que... présentement, on a des non sur
certaines positions, puis, après les échanges avec les parties patronales puis
avec des membres indépendants, souvent on va se rallier. Ce qui amène de l'apport des indépendants dans cet
équilibre-là, c'est qu'ils n'ont pas d'opinion, ils n'ont pas de
préjudice, là, associatif, ça fait qu'ils amènent un regard indépendant. C'est
là, je pense, que le terme «indépendant» vient, là. Puis, du côté des... C'est
leur contribution, je crois.
M. Skeete :
Mais vous avez raison qu'effectivement le rôle des indépendants, c'est de
s'enlever des conflits du quotidien qui
peuvent arriver avec les différents camps. C'est pour ça que la tendance
internationale, c'est d'accroître le nombre d'indépendants, justement,
dans les conseils d'administration, je pense que c'est dans ce sens-là que le
ministre veut aller.
Je serais curieux de
vous entendre sur... Là, vous avez répété plusieurs fois dans votre
argumentaire que vous êtes financés... c'est
du privé, vous avez... de 96 %, j'ai-tu bien entendu, le financement est privé?
Donc, vous, la CCQ, elle, elle est financée avec de l'argent de ses
membres puis des employeurs, puis, bon, là, c'est financé à 96 % de ces
cotisations-là, j'ai-tu bien compris? Parce que je ne suis pas expert dans le
domaine de la construction, je vous demande votre indulgence.
M. Trépanier (Michel) :
Oui, vous avez raison, elle est financée par prélèvement de parts égales
entre les entrepreneurs et les travailleurs. Puis, en plus de ça, il y a des
frais qui sont imputés dans les avantages sociaux. Ça fait que ça regroupe à
peu près 96 % des opérations de la CCQ qui est payable par les
travailleuses et travailleurs et aussi des entrepreneurs.
M. Skeete :
Puis vous, vous faites le comparatif avec la CNESST, vous dites que c'est le
même modèle que ça, c'est autofinancé par ses membres.
M. Trépanier
(Michel) : Mais la différence de la CNESST, nous, le comparatif qu'on
fait, c'est par rapport au paritarisme, par
rapport à la contribution, la contribution de la CCQ, c'est travailleurs,
employeurs. La contribution totale du travailleur représente deux tiers
de la facture, ça fait que les travailleurs paient deux tiers de la facture de
la CCQ. À la commission de la CNESST, ce n'est pas pareil pour la cotisation,
mais le principe de la parité est là.
M. Skeete : Parce
que, moi, dans votre argumentaire, vous évoquez beaucoup l'aspect privé de la
CCQ, mais ce que votre argument oublie, puis
je serais curieux de vous entendre, c'est la grande part de contrats publics
que gère l'industrie de la construction au Québec. Alors, ici, on a un
payeur ou un grand payeur, un client majeur qui vient financer beaucoup de
projets de construction au Québec, vous, vous dites que c'est de l'argent
privé, je pense que c'est vrai, parce que les contrats vont à des entités
privées, mais c'est des oeuvres majoritairement publiques. Alors, comment vous
conciliez ces deux argumentaires-là, pour m'aider à comprendre un peu plus
votre position?
M. Trépanier
(Michel) : Mais, le mandat de la CCQ, on le retrouve à
l'article 4 de la loi, puis son mandat, ce n'est pas de gérer les
chantiers, là, c'est très bien inscrit dans la loi, c'est quoi, son mandat,
c'est de s'assurer à l'applicabilité de la loi et des conventions collectives,
entre autres. Du problème du privé, des investissements du gouvernement, oui, vous êtes le plus grand donneur
d'ouvrage, mais ça n'a aucun lien par rapport aux investissements des
différents projets par rapport au mandat de la CCQ, là. Le mandat de la CCQ,
là, il est clair dans la loi, puis ça n'a aucun impact là-dessus.
Skeete : Ça fait que, même si le gouvernement du Québec
puis le... bien, je ne dirais pas juste le gouvernement du Québec, le
public est le plus grand donneur d'ouvrage, vous, vous êtes d'avis que vous ne
devrez pas être soumis à ces règles-là, car vous êtes différents des autres.
Trépanier (Michel) : Bien, ce n'est pas une question d'être différent
des autres, l'attribution des personnes qui contribuent à l'économie québécoise,
c'est une chose, ici on parle de qui contribue financièrement à l'opération et
le mandat de la commission. Présentement, la contribution du gouvernement
présentement, sur les 200 millions, là, c'est 4 millions, c'est pour
le travail au noir. C'est la contribution du gouvernement présentement puis
c'est la contribution, qu'on peut dire, des contribuables, avec le plus grand
respect que j'ai pour le gouvernement et les contribuables. Présentement, c'est
autofinancé par les personnes de l'industrie, puis on trouve ça juste
raisonnable d'être adéquatement représenté par ces instances-là pour respecter
le mandat de la commission.
Skeete : C'est tout pour moi. Merci beaucoup pour votre
présence en commission. Merci, M. le Président.
Président (M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Je cède maintenant la
parole au député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : Merci beaucoup, M. le
Président. M. Trépanier, merci d'être là. Je suis quand même un peu
curieux de vérifier quelles sont les positions de l'inter vis-à-vis de
favoriser la diversité un peu dans l'industrie de la construction, les femmes,
les jeunes des diversités culturelles. Comment vous voyez ça qu'on pourrait
promouvoir un peu plus de diversité?
M. Trépanier (Michel) : Bien, on est
en total accord avec le principe de la parité, ça fait qu'on ne peut pas être
plus clair que ça. Ça fait qu'avec la question qui vient avec le principe de
gouvernance, est-ce qu'on est d'accord ou pas, oui, oui, on se doit d'arriver
là et on se...
Asselin : Comment est-ce qu'on pourrait faire ça pour mettre
un peu de pression sur la société puis qu'il y ait eu plus de diversité
dans la construction?
M. Trépanier (Michel) : Mais une des
choses que je peux vous suggérer, respectueusement, puis c'est une proposition qu'on avait déjà faite dans le passé,
du côté que... vu que le gouvernement est le plus grand donneur
d'ouvrage, et c'est le plus grand donneur d'ouvrage, vous devriez, puis avec le
support de l'inter, du conseil provincial, instaurer...
Dans l'octroi des contrats que vous donnez, publics, vous faites des
investissements majeurs sur les routes, les hôpitaux, dans les écoles,
vous pourriez mettre des politiques pour atteindre des quotas de parité ou
d'améliorer le nombre d'adhésions, d'embauches des femmes puis de minorités.
Ça, c'est le premier constat, là, que... si vous nous demandez de faire du changement, puis par l'entremise de vous, en
collaboration avec vous, on peut vraiment faire une différence dans notre industrie. Ça peut commencer
par vous. On prend... On a besoin d'un leadership gouvernemental par
l'entremise de l'octroi des contrats. Puis ça va envoyer un signal aux
investisseurs privés d'avoir les meilleures pratiques. Mais, si vous me
demandez vraiment mon opinion, c'est vraiment là que je pense qu'il faut qu'on
aille.
M. Asselin : Parfait. Merci
beaucoup, M. Trépanier.
M. Trépanier (Michel) : Merci.
Le Président (M. Simard) : Sur
ce, je cède la parole au député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, M. Trépanier, bonjour. Merci d'être là. Donc, vous
avez, de façon très éloquente, présenté votre argument que la loi... que le
projet de loi n° 4 ne devrait pas s'appliquer à la
CCQ. Et je pense que l'aspect principal de votre argument, c'est que la CCQ
n'est pas une société d'État. On pourra en discuter, de ça.
Mais, avant d'y arriver, ce que je trouve
particulier, vous l'avez mentionné, en passant, c'est que vous, enfin l'industrie, vous n'avez pas été consultés par le
gouvernement avant, donc, pour la préparation du projet de loi. Vous
n'avez pas été consultés. Donc, on arrive avec un projet de loi, et c'est une
fois le projet de loi déposé que vous avez... que vous vous êtes rendu compte que vous étiez dans le... vous faisiez
partie maintenant des 43 sociétés d'État. C'est bien ça?
M. Trépanier (Michel) : Bien,
exactement, M. le député. À notre grande surprise, au mois d'octobre, on a eu
le dépôt du projet de loi n° 4, puis jamais quelqu'un
ne nous a présenté un rapport d'analyse d'impact sur notre industrie. Puis ça a
été à notre grande surprise, ça fait qu'il n'y a pas eu de consultation aussi.
Ça fait que, c'est pour ça, on arrive avec vous en commission avec certaines réserves,
puis on ne sait pas où est-ce que ça s'en va. Mais, pour répondre à votre
question, non, on n'a pas été consultés, puis il n'y a pas eu d'analyse
d'impact.
M. Leitão : Très bien, merci.
Donc, ça, c'est clair.
Maintenant, vous avez répété, et d'ailleurs,
hier aussi, vos collègues de la CSN l'avaient mentionné, que la CCQ, c'est un
organisme qui, en fin de compte, gère les conventions collectives, et vous
opérez dans une industrie privée, et que donc vous ne devriez pas être assujettis, éventuellement,
à la loi n° 4. C'est un argument qui se comprend. Je ne
dis pas que je suis complètement contre ça. Je comprends. Et c'est... Il y a
une certaine logique.
Maintenant, j'aimerais juste... Vous pourriez
peut-être nous rassurer un peu, et le ministre a été un peu dans cette
direction, sur le rôle d'un conseil d'administration. Présentement, si j'ai
bien compris, présentement, les membres du conseil d'administration de la CCQ
sont nommés par la
partie syndicale, par la
partie patronale, et puis les indépendants sont nommés par le gouvernement.
Est-ce que c'est bien ça, le... je résume un peu, mais c'est bien ça...
M. Trépanier (Michel) : Bien,
présentement, on nous demande de soumettre des noms au gouvernement du côté des
associations représentatives, puis ça doit être la même chose du côté des
associations patronales, pour respecter le principe de cinq-cinq. Puis, le mode
de consultation des membres indépendants, on n'est pas liés à ça, c'est
directement le gouvernement qui fait l'attribution puis la désignation.
M. Leitão : O.K. Donc, ce... Si
le... Mais vous pensez que le projet de loi n° 4
vient changer ce processus-là ou... Et, si oui, comment?
M. Trépanier (Michel) : Oui.
Mais, si vous me permettez, M. le député, ça serait bon de revenir en arrière
par rapport c'est quoi, la commission. Tu sais, on a fait l'explication que ça
s'occupe d'une loi, d'une loi, mais ça ne s'occupe pas juste d'une loi puis des
relations de travail. Par l'entremise que son mandat doit appliquer une loi,
elle doit aussi s'assurer des 31 règlements, aussi, qui viennent avec. La
commission a un pouvoir réglementaire pour modifier
31 règlements, les règlements sur la mobilité de la main-d'oeuvre, qui
touchent les régions, sur les avantages sociaux, entre autres. Elle doit
veiller à s'assurer à l'applicabilité des conventions collectives puis son
interprétation. Ça touche quoi? Quatre
secteurs d'activité, 200 000 travailleuses, travailleurs. Ça sert
aussi à administrer deux régimes, 30 milliards de dollars, un
régime de retraite qui est à cotisation déterminée, aussi un régime
d'assurance, qui a un impact sur
341 000 bénéficiaires. Ça sert aussi la gestion de la compétence,
25 métiers réglementés, plus d'une trentaine d'occupations
spécialisées. Ça s'occupe aussi, dans son mandat, de perfectionnement puis du
fonds de formation, plus de 200 millions, plus de
25 000 participants en formation de façon annuelle. Ça s'assure aussi
une gestion de tous les autres fonds.
Ça fait que, quand on fait l'ensemble de tout
ça, notre rôle à nous, associatif, patronal, syndical, c'est de contribuer par
l'entremise de notre expérience... notre association, ça fait que je vais
parler du côté du conseil, on a une riche expérience, on est par une structure
de métier, on est représentatif partout à travers le Canada et aux États-Unis. Ça fait qu'on est capable d'avoir un
argumentaire. On n'a pas toutes les réponses, mais on est capable d'avoir
une contribution positive. À ça s'ajoute la contribution, humblement, que je
peux amener au conseil d'administration. À partir de ce débat-là, la grande
majorité des participants à ce régime-là sont représentatifs. Ça fait que
présentement, à l'heure actuelle, les
échanges se font avec les indépendants aussi. Puis présentement la structure
actuelle, elle représente le mandat de la commission puis aussi
l'intérêt des parties, en respectant le mandat de la commission.
M. Leitão : Très bien. Oui, et je
comprends que la commission elle-même doit avoir toutes ces expertises-là. Elle doit être pour... remplir le rôle que vous
avez décrit, un rôle assez complexe et assez important. Maintenant, le
conseil d'administration, il doit représenter, bon, l'industrie aussi, mais
aussi les règles de base de bonne gouvernance d'un conseil d'administration
doivent s'appliquer et s'appliquent au conseil d'administration de la CCQ.
D'ailleurs, en répondant au ministre, vous étiez d'accord avec les mesures ou
les règles de bonne gouvernance.
Là où j'ai une difficulté avec votre argument,
c'est que je comprends très bien le rôle de la CCQ, mais je comprends aussi
très bien quel est le rôle d'un conseil d'administration en général. Et je ne
pense pas que vous êtes contre la bonne gouvernance et la transparence. Vous
l'avez dit et redit, et c'est très bien. Donc, ce que j'essaie de comprendre,
c'est : Dans quoi le projet de loi changerait le rôle du conseil
d'administration de la CCQ?
M. Trépanier (Michel) : Bien,
présentement, réponse claire, la participation patronale et syndicale, du côté
des travailleurs puis des employeurs, elle va être réduite. On passe de
10 représentants pour alimenter les discussions à quatre. Un autre volet,
ça a un impact considérable sur nos régimes de retraite. Une des choses qui n'a
jamais été mentionnée depuis le début de la commission, c'est le rôle du
conseil d'administration en tant que fiduciaire. Ça fait que, présentement, ce
que ça a, comme conseil d'administration, comme impact sur mes travailleurs,
sur les travailleurs puis les travailleuses, c'est qu'on vient réduire leur
représentation au sein du conseil d'administration de cinq à deux. Ça fait que c'est une grosse réduction. Ça fait que la
représentation, le droit fondamental d'être représenté et d'être entendu
est diminué par ça. On est préoccupé.
M. Leitão : O.K. Je comprends. Donc,
c'est vraiment la composition du conseil d'administration. Si jamais le projet
de loi n° 4 s'applique à la CCQ, donc ça changerait
la composition du conseil d'administration. Et donc, à votre avis, ce
changement-là entraînerait une perte de représentativité des travailleurs et du
patronat aussi.
Trépanier (Michel) : Oui, et aussi, un autre élément, le mandat de la
commission, en agissant avec le p.l. n° 4, si
on change la composition, je crois qu'on manquerait à l'essence même du conseil
d'administration à l'heure actuelle, on se priverait de compétences, on se
priverait d'analyses, d'expérience. On a besoin d'être alimenté de toutes les parties. Puis, un exemple que je peux
vous donner, après des discussions, des fois, que j'ai avec des entrepreneurs
puis des employeurs au sein du conseil d'administration, la réalité du secteur
résidentiel, du génie civil industriel n'est pas la même. Ça fait que, si vous me privez
de cet échange-là, de cette expertise-là, bien, je crois que je ne
serais pas capable de remplir mon rôle pour respecter le mandat de la
commission. C'est là, le principe du paritarisme, puis c'est la même chose côté
syndical. Ça fait que je crois que le conseil se priverait de beaucoup
d'argumentaires et de compétences si on viendrait réduire la participation des
parties prenantes.
M. Leitão : Très bien. Je pense
que vous faites là un très bon point. Il faut trouver juste un moyen, il me semble, de nous assurer collectivement que les
principes de bonne gouvernance et de transparence s'appliquent aussi au
conseil d'administration de la CCQ, même si le processus de nomination des
membres pourrait être un peu différent, en
particulier. Mais, si on réussit à maintenir ou s'assurer de cette bonne
gouvernance, je pense qu'on pourrait trouver un terrain d'entente.
M. Trépanier (Michel) : O.K.
Si...
M. Trépanier (Michel) : Bien,
si vous me permettez, ce qu'on en dit, puis j'ai fini mon allocution par
rapport à ça, c'est qu'on croit que le p.l. n° 4
n'est pas nécessairement le bon véhicule. Est-ce qu'il y a matière à se
moderniser en situation de gouvernance? On a toujours matière à se moderniser
puis on est ouvert avec ça. Mais c'est le véhicule, le véhicule, présentement
le p.l. n° 4, ne répond pas aux particularités.
Est-ce qu'on est ouvert, avec une analyse d'impact indépendante, avec la
participation des différentes associations, à une réflexion? Tout à fait d'accord
avec vous.
M. Leitão : Très bien. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Simard) :
Merci à vous, cher collègue. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci. Merci
beaucoup, M. Trépanier, pour votre présentation. Il y a vraiment unanimité,
dans l'industrie de la construction, du fait que le CCQ est comme, si je peux
me permettre, une bibitte à part, donc qu'il ne faut pas qu'elle soit
considérée comme société d'État.
J'aimerais quand même vous entendre sur... parce
que vous n'en parlez pas, vous ne faites pas d'autres propositions. Si, par
exemple, le gouvernement veut s'assurer qu'il y ait plus... qu'il y ait de
l'indépendance sur le conseil d'administration pour servir et les intérêts des
gens qui sont dans l'industrie, que ce soit côté patronal, syndical, et aussi
l'intérêt public, est-ce qu'il y a quand même des choses à améliorer? Si, par
exemple, il accepte de l'exclure du projet de loi n° 4 et de la
Loi sur la
gouvernance, est-ce qu'il y aurait des choses à améliorer dans la loi constitutive du CCQ pour arriver à plus
d'indépendance, de meilleures gouvernances que ce que vous faites
actuellement sans ajouter plus d'indépendants?
M. Trépanier
(Michel) : Bien, je pense, à
la base, on se doit d'avoir une réflexion, pas juste sur la composition
du conseil d'administration. On va un peu plus large, c'est la raison même, le
mandat de la commission. Je crois qu'il doit y avoir une réflexion. Puis, les
comités, je vous donne un exemple, les comités paritaires, dont le CFPIC et le
CASIC, les mandats qu'on leur donne, je crois qu'on pourrait leur donner un
plus grand mandat, un plus grand pouvoir contributif pour venir alimenter la
commission. Ça fait que, oui, il y a de la place, beaucoup, à amélioration. Je
pense qu'on doit avoir une consultation sur ce volet-là.
Un enjeu principal par rapport à la composition
du conseil d'administration, notre position était claire, puis... peut-être, je
me répète, je suis désolé, mais de scinder le poste de P.D.G., ça a été amené
en 2018 de notre part, puis on le réitère. Ça, c'est la première mesure.
L'autre mesure, c'est... Du côté de la
composition, on croit qu'elle est adéquate présentement parce qu'elle respecte
le principe du pluralisme, la représentation de toutes les associations, tant
patronales et syndicales. Ça fait que la part des indépendants, elle est
pertinente, elle est adéquate. Ça fait que, présentement, du côté de la
structure, il n'y aurait pas de changement. Est-ce qu'on pourrait changer
d'autre chose? Sûrement.
Mme Ghazal : Vous croyez que
oui. Puis est-ce que, par rapport à la question de la parité, là, je ne parle
pas de la parité syndicale-patronale, mais de la parité homme-femme, ça aussi,
est-ce que...
M. Trépanier (Michel) : Je suis
d'accord avec vous, je ne peux pas être plus clair.
Mme Ghazal : Et qu'est-ce qu'il
faut faire pour améliorer ça, puisque ça fait des années... en tout cas, hier,
on avait la CSN qui disait qu'ils n'y arrivaient pas. Est-ce que vous, vous
avez une réflexion là-dessus?
M. Trépanier (Michel) : Bien,
pour répondre à votre question, est-ce qu'on se doit d'avoir le principe de
parité?, il n'y a pas de si, il n'y a pas de considérant, c'est un principe.
Puis je peux vous rassurer que, sur ce principe-là, le conseil provincial est
100 % d'accord avec ça.
Si vous me parlez qu'est-ce qu'on peut faire
pour améliorer la condition des travailleuses, la rétention, les conditions
d'embauche, ça, c'est un autre sujet, puis, oui, on a plusieurs solutions sur
ce côté-là.
Mme Ghazal :
Par exemple, sur le conseil d'administration, parce que c'est le sujet de la
loi, en ce moment, les cinq syndicats qui sont représentés, c'est tous des
hommes, si je ne me trompe pas, aux conseils d'administration?
M. Trépanier (Michel) : Oui.
Présentement, à l'heure actuelle, du côté syndical, c'est tous des hommes. Mais
présentement, pour rejoindre le principe de la parité, à l'heure actuelle, on
est extrêmement proches. On est à un membre pour atteindre la parité, ça fait
que je crois qu'on y est presque.
Mme Ghazal : Donc, merci. Je ne peux
pas... Mon temps est terminé. Merci beaucoup.
Président (M. Simard) :
Merci à vous, chère collègue. Encore une fois, désolé. Je cède la parole au
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le
Président. Donc, à mon tour de vous saluer, M. Trépanier. Je suis heureux d'avoir fait un peu de représentation
politique pour vous avoir à cette commission. Je pense que votre
éclairage, ce matin, nous amène ici, les membres de la commission, à se poser
les bonnes questions quant à la pertinence d'inclure la CCQ dans le projet de
loi n° 4, mais nous amène à nous poser la question : De quelle façon
on peut, même si on n'inclut pas la CCQ dans le projet de loi n° 4,
travailler à une meilleure gouvernance?
Vous avez fait mention, M. Trépanier, tout
à l'heure, de la volonté assumée, par le passé, de scinder le poste du
président du conseil et de P.D.G.. Ça, je pense que c'est un acquis. Pour ce
qui est de la parité, vous avez fait mention tout à l'heure : Cinq sur six
présentement, donc on peut y arriver, à la CCQ. Donc, ce n'est pas un enjeu. La
rémunération aussi, je n'ai pas entendu, tout à l'heure dans vos commentaires,
votre désaccord quant à la pertinence de divulguer des informations quant à la
rémunération des membres du conseil d'administration, de même que la
rémunération des membres indépendants.
Vous aviez aussi fait une bonne distinction sur
le rôle de la CCQ quant à être fiduciaire aussi des cotisants par rapport au
régime de retraite. Ce que je crois comprendre, M. Trépanier, c'est que ce
que vous nous dites ici, à la commission :
Oui, une meilleure gouvernance, oui, une meilleure transparence, oui à plus de
femmes, mais peut-on garder cet équilibre et cette parité à l'intérieur
du conseil d'administration telle qu'on la connaît actuellement? C'est-à-dire
qu'il y a cinq postes offerts à des associations d'employeurs, cinq postes
offerts à des associations représentatives et quatre membres indépendants, ce
que vous nous dites : Ne touchez pas à ça. Mais, pour ce qui est du reste,
vous êtes
partie prenante d'un immense chantier pour travailler à améliorer la
gouvernance. C'est ce que j'entends ce matin.
M. Trépanier (Michel) : Mais vous
m'enlevez les mots de la bouche, c'est exactement ça. Ça fait que votre vision
est exactement ce qu'on propose. Puis, tu sais, je tiens à rassurer les
parlementaires de la volonté toujours actuelle de se moderniser en matière de
gouvernance. Ce qu'on réitère : le fait que, présentement, à l'heure
actuelle, le p.l. n° 4 ne répond pas à cet
objectif-là, mais on pourrait se servir d'un autre véhicule sans aucun
problème. Mais présentement vous avez très bien résumé mes propos, vous les
avez tous touchés.
M. Ouellet : On va aller juste un
petit peu plus loin ensemble. Là, on a le P.D.G., on aura un président du
conseil d'administration. Donc, il y aurait, au sein du conseil, une élection
d'un président du conseil. Pour vous, ça serait..
il y aurait-tu une nomination qui devrait être... alternée, pardon, entre la
partie patronale ou syndicale, puis ça serait un pouvoir supplémentaire, le président du conseil? Ou vous nous
dites : Bien, au sein du conseil, le conseil décidera qui est la
meilleure personne pour le président? Ça pourrait être un indépendant, ça
pourrait être un membre de la
partie patronale
ou syndicale. Bref, comment vous voyez la nomination de ce président du Conseil
du trésor... de la CCQ? Pardon.
M. Trépanier (Michel) : Bien, pour
être transparent avec vous, sur le mécanisme d'appointement, la réflexion n'a pas été terminée, là. Nous, c'est
sur le principe du mécanisme pour s'assurer d'une meilleure gouvernance,
pour s'assurer du principe que ceux qui
président le conseil d'administration ne soient pas directement reliés avec les
choses courantes puis son rôle de directrice générale ou de directeur général.
Ça fait que, nous, notre constat, c'est sûr, de scinder les deux postes. Mais de comment qu'on vient attribuer le poste
de président, ça n'a pas été encore très déterminé.
Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, M. Trépanier, merci beaucoup. Cher collègue de René-Lévesque,
désolé, votre temps était écoulé. Merci pour cette belle présentation très
instructive, et au plaisir de se revoir.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux
quelques instants afin d'accueillir nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 10 h 19)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, nous sommes de retour et nous sommes en présence des
représentants du Conseil du patronat du Québec. M. Blackburn,
Mme Kozhaya, soyez les bienvenus. M. Dorval se joint aussi à nous,
mais par le biais du téléphone.
Alors, M. Blackburn, vous êtes un habitué,
auriez-vous l'amabilité de vous présenter, votre équipe et de faire votre
présentation?
Blackburn (Karl) : Merci, M.
le Président. M. le ministre, chers parlementaires, alors je suis
extrêmement heureux de me retrouver avec vous aujourd'hui. Karl Blackburn,
président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec. Et je vais
demander à mes collègues de se présenter eux-mêmes. Alors, Norma.
Mme Kozhaya (Norma) :
Bonjour. Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et économiste en chef au
CPQ.
M. Blackburn (Karl) : Et celui qui
est au téléphone.
M. Dorval (Yves-Thomas) :
Oui, bonjour. Yves-Thomas Dorval, je suis président exécutif du conseil
d'administration du CPQ, également certifié administrateur de société par le
Collège des administrateurs de sociétés et membre de six conseils
d'administration.
M. Blackburn (Karl) : Alors, merci.
Le Conseil du patronat du Québec, d'abord, remercie la Commission des finances
publiques de lui fournir l'occasion de soumettre ses commentaires sur le projet
de loi n° 4, Loi renforçant la gouvernance des sociétés d'État et
modifiant d'autres dispositions législatives.
Le thème de la saine gestion et de la saine
gouvernance des organismes publics est de grande importance pour le Conseil du
patronat du Québec. Les sociétés d'État jouent un rôle socioéconomique majeur,
que ce soit par les revenus qu'elle génère, les subventions qu'elles reçoivent,
le nombre de personnes qu'elles emploient ou surtout par leurs missions et leurs
mandats. Leur gouvernance se doit d'être exemplaire.
Le CPQ accueille de façon favorable plusieurs
éléments du projet de loi n° 4 qui modernisent la loi existante et l'inscrivent davantage dans les nouvelles
réalités sociales et économiques se voulant notamment davantage
inclusives et transparentes. Le CPQ ne peut qu'accueillir positivement
l'objectif gouvernemental de renforcer la transparence et l'équité de même que
l'efficacité et d'implanter les meilleures pratiques de gouvernance dans les
sociétés d'État. Parmi les éléments que le
CPQ accueille de façon favorable figurent les dispositions concernant la parité
femmes-hommes de même que la place faite aux jeunes dans les conseils
d'administration, la rémunération des administrateurs et sa divulgation, les
dispositions quant au terme du mandat des administrateurs de même que la
séparation du rôle du P.D.G. et président du C.A.
Le CPQ
apprécie aussi, finalement, la volonté de cohérence exprimée par le
gouvernement dans le préambule du projet de loi. Pour le CPQ, cette
volonté de cohérence doit toutefois tenir compte de la réalité de la mission et
du mandat spécifiques des différents organismes.
Pour ce qui est de la parité femmes-hommes, la
zone paritaire proposée permet une certaine flexibilité qui est souhaitable, envoie un signal fort et contribue à
une plus forte présence des femmes sur les conseils d'administration où
elles sont en ce moment sous-représentées. Les recherches effectuées sur la
question indiquent que cette complémentarité des talents femmes-hommes amène un
très grand nombre d'avantages.
Le conseil d'administration doit aussi, selon le
p.l. n° 4, comprendre au moins un membre âgé de
35 ans ou moins au moment de sa
nomination. Cette disposition est souhaitable pour mobiliser les jeunes, tirer
profit de leur apport, bénéficier de leur richesse, des échanges
multigénérationnels et pour préparer la relève. Évidemment, il ne suffit pas de
recruter des jeunes à un C.A. Il faut aussi bien les outiller et leur permettre
de prendre leur place, ce qui peut être réalisé, entre autres, par la
formation.
Avant d'aller à des commentaires plus
spécifiques en lien avec des organismes où les employeurs sont plus directement
concernés, nous présentons d'abord des commentaires généraux en lien avec des
conditions d'une gouvernance saine et efficace.
De façon
générale, on peut dire que les critères pour une bonne gouvernance et pour un
conseil d'administration efficace et à valeur ajoutée incluent notamment
de bonnes compétences et connaissances des administrateurs au niveau du secteur d'activité et également des
sujets traités, notamment dans les différents comités, par exemple de
bonnes connaissances en finances et en comptabilité pour les aspects
financiers, en droit pour les aspects juridiques ou en ressources humaines pour
les aspects en lien avec la gestion des ressources humaines; une bonne
compréhension de l'écosystème de l'organisation et de son environnement et de
la législation pour mieux orienter la stratégie; des compétences et qualifications des administrateurs en matière de
gouvernance et de gestion; une présence et une représentation des principales parties prenantes. Ces parties prenantes
peuvent être différentes selon l'organisme, bien évidemment. Il peut
s'agir de la population en général, des employeurs, des travailleurs, des
syndicats, des cotisants, des usagers.
En plus des compétences requises recherchées,
l'offre de formation accessible au plus grand nombre d'administrateurs ou de
futurs administrateurs publics doit faire
partie intégrante des considérations
à avoir dans l'objectif d'avoir des administrateurs compétents, mieux à même de
s'acquitter de leurs tâches et assumer leurs responsabilités de gouvernance. Il
faut aussi encourager la certification en gouvernance.
Pour ce qui est de l'importante question de
l'indépendance des administrateurs, nous soulignons que, de façon générale, et selon les experts en
gouvernance, la présence d'administrateurs indépendants est souhaitable.
L'indépendance de l'administrateur n'est toutefois pas garante de sa compétence
et d'un apport efficace et à valeur ajoutée à un conseil d'administration. La
bonne connaissance et la bonne compréhension de l'organisation par les administrateurs sont essentielles pour de meilleures
décisions éclairées, tenant compte de la réalité du milieu. Elles sont
essentielles aussi pour que les membres du C.A. puissent comprendre les vrais
enjeux et poser les bonnes questions à la direction de l'organisme.
Comme le notait l'IGOPP, dès 2008, un élément
majeur d'une bonne gouvernance est la crédibilité d'un conseil. Cette crédibilité des membres du conseil passe, condition
préalable, par leur indépendance vis-à-vis la direction et de
l'actionnaire, mais la crédibilité provient surtout de l'intégrité des membres
du conseil ainsi que du haut niveau et de la pertinence de leur connaissance
des enjeux et des particularités de la société qu'ils seront appelés à
gouverner.
Le CPQ appuie la rémunération des
administrateurs. Celle-ci, sans être une condition suffisante, est propice à la
présence d'administrateurs qualifiés, compétents et davantage motivés et
impliqués. Il ne faut pas sous-estimer le temps nécessaire pour siéger sur des
conseils d'administration. Ce temps dépasse de loin le temps des réunions et
inclut également toute la préparation préalable nécessaire.
Ceci dit, le
CPQ souhaite commenter plus spécifiquement la situation de deux sociétés d'État
où les employeurs sont plus directement interpelés et que le projet de
loi propose d'assujettir à la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État, soit
le Conseil de gestion de l'assurance parentale et la Commission de la
construction du Québec.
L'assujettissement du Conseil de gestion de
l'assurance parentale risque de réduire le nombre de représentants patronaux
sur le C.A. du conseil en contrepartie d'une plus grande présence
d'indépendants. De l'avis du CPQ, les personnes issues des associations
d'employeurs peuvent apporter une grande valeur ajoutée à des conseils
d'administration d'organisations qui s'occupent d'enjeux qui concernent
directement les employeurs, ce, en raison de la connaissance qu'ils ont des
lois, de la réalité de leurs membres et de l'ensemble des enjeux auxquels ils
font face. Nous estimons donc que leur présence est importante, en plus de la
présence des membres indépendants.
Pour ce qui est de la Commission de la
construction du Québec, la CCQ, avec le projet de loi, seulement quatre des 10 membres issus des associations
patronales et syndicales de l'industrie pourront provenir de ces
associations, comparativement à 10 actuellement.
Plusieurs caractéristiques propres à la CCQ et
au secteur de la construction en général nous amènent à soulever des questions
quant à son assujettissement. La CCQ a pour fonction d'appliquer la loi R-20 et
les règlements qui s'y rattachent. Elle est ainsi responsable notamment de
l'application des conventions collectives de l'industrie
de la construction, de veiller à l'application des mesures et des programmes
relatifs à la formation professionnelle, administrer les régimes
complémentaires d'avantages sociaux, et, en ce sens, il y a des différences
fondamentales entre la CCQ et les autres sociétés d'État assujetties à la loi.
Pour le CPQ,
la présence des associations patronales qui négocient des conventions
collectives, dans les différents secteurs, résidentiel, industriel,
commercial, institutionnel, et génie civil, et grands travaux, au C.A. de la
CCQ est importante puisque le rôle de la CCQ est justement de s'assurer de
l'application de ces conventions collectives. Ces associations sont ainsi des
parties prenantes de premier ordre de la CCQ.
Il faut rappeler, par ailleurs, que l'industrie
de la construction est régie par un ensemble de règles dont la complexité et la
lourdeur sont connues et ont été maintes fois soulevées et illustrées.
L'industrie de la construction au Québec est la plus réglementée en Amérique du
Nord, et son mode de fonctionnement est unique. L'expertise et connaissances
pointues des représentants patronaux peuvent être difficiles à trouver chez des
membres complètement indépendants, étant donné surtout la définition large
d'indépendance.
Finalement, la CCQ est financée quasi
exclusivement par les cotisations des employeurs et des salariés. Cela dit, il
ne faut pas oublier les autres parties prenantes de l'industrie, dont les
donneurs d'ouvrage, qui assument ultimement les coûts financiers en lien avec
les termes des conventions collectives négociées. Ainsi, il faudrait retrouver
parmi les administrateurs indépendants des représentants dans les différents
secteurs.
Donc, en conclusion, le CPQ apprécie plusieurs
éléments du projet de loi qui renforce et modernise la gouvernance des sociétés
d'État. Pour le CPQ, la volonté de cohérence doit toutefois tenir compte de la
réalité, de la mission et du mandat spécifiques de certains organismes.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Blackburn (Karl) : Et je vous
remercie, et serons prêts maintenant à répondre à vos questions.
Le Président (M. Simard) : Merci,
M. Blackburn. Je cède maintenant la parole au ministre.
M. Girard (Groulx) : Merci pour
votre présentation.
M. Girard (Groulx) : Je pense que ce
n'était pas très controversé, là, ce que vous avez manqué. Merci pour votre
présentation.
Le Président (M. Simard) : Il n'y a
pas de souci, comme on dit.
M. Girard
(Groulx) : O.K. Est-ce que... Outre le conseil de gestion
parentale et la CCQ, là, qu'on pourra discuter, est-ce que je dois comprendre que vous endossez totalement le projet de
loi mais que vous auriez aimé qu'on aille plus loin au niveau de la
formation des administrateurs? Est-ce que je résume bien votre appréciation du
projet de loi?
Blackburn (Karl) : Bien, je pense que vous résumez bien l'appréciation
du projet de loi que nous avons faite à la lecture de celui-ci. Et je ne l'ai
pas mentionné dans notre présentation, M. le ministre, mais le président du
conseil d'administration du CPQ a devant lui un conseil d'administration
paritaire. Alors, on est extrêmement fiers de cela, et les éléments que vous
avez inclus dans le projet de loi vont dans ce sens-là. Et également les
aspects de formation sont excessivement importants.
Et je pourrais
peut-être demander, justement, à notre président du conseil, Yves-Thomas, qui a
une grande expertise, je dirais, au niveau des administrations publiques, de
pouvoir peut-être ajouter certains éléments.
M. Girard
(Groulx) : Là, quand vous dites paritaire, vous parlez de la parité
hommes-femmes, là, pas de la parité syndicat-patronat, là.
M. Blackburn (Karl) :
Oui. Non, c'est ça, hommes-femmes.
Girard (Groulx) :
D'accord. Merci.
Blackburn (Karl) :
Yves-Thomas.
Dorval (Yves-Thomas) : Oui, bonjour. Alors, bonne année à vous
tous, soit dit en passant, en vous souhaitant une année prospère, avec de la
santé et le bonheur.
Mais, cela dit,
écoutez, oui, on est... Pour répondre à votre question plus directement, M. le
ministre, on est assez favorables avec la plupart des éléments du projet de
loi. On a souligné la question de la formation, qui est très importante. La
notion d'indépendance, elle est quand même très large dans les propositions qui
sont faites, et ça peut conduire parfois à se priver de ressources
spécialisées. Il y a la notion aussi... Parce que vous avez introduit la
représentation des jeunes. Il y a la parité femmes-hommes. Ce n'est pas
nécessaire de tout mettre dans une loi, mais il
devrait y avoir quand même certains principes, certaines orientations pour
s'assurer que les conseils d'administration représentent les parties
prenantes dans leur ensemble. Ça pourrait vouloir dire notamment la diversité
au niveau non pas seulement du genre, mais
les autres types de diversité à l'occasion, que ce soient communautés
culturelles, communautés visibles, autres membres de certains groupes.
Évidemment, ces éléments-là sont... pas nécessaire de les mettre dans une loi
comme telle, parce qu'à un moment donné on devient extrêmement rigides, mais il
faut que ce soit quand même dans la préoccupation de ceux qui nomment les administrateurs
d'avoir une représentation des parties prenantes qui soit satisfaisante.
M. Blackburn
(Karl) : Norma?
Kozhaya (Norma) : Oui, merci. Peut-être, si je peux rajouter,
effectivement, il faut dire qu'on s'est quand même concentrés sur ces deux
organisations où les employeurs sont plus directement concernés. On n'a pas nécessairement regardé le détail de l'ensemble des
sociétés qui sont présentement assujetties, donc, et c'est pour cela
que, dans la conclusion et dans l'introduction, on dit que, oui, la volonté de
cohérence, elle est importante et on l'appuie. Toutefois, peut-être qu'il y a
certaines sociétés qui ont des réalités un peu différentes qui devraient être
prises en considération, mais on s'est concentrés sur les deux organisations
qu'on a nommées parce qu'on est plus présents sur le C.A. en ce moment, et
c'est des sociétés qui sont un peu différentes des autres, selon nous.
M. Girard
(Groulx) : Bien, sur ce point, je dois dire que, vous savez, on a
annoncé la réforme ou la mise à jour de la
Loi sur la gouvernance des sociétés
d'État au budget 2021, et ensuite il y a eu une pandémie. Alors, ça a été...
ça a quand même été un long processus avant qu'on se retrouve ici, mais je ne
vous cache pas qu'on reçoit souvent le commentaire : C'est excellent,
c'est fantastique, bravo, est-ce qu'on pourrait être exclus?
Alors, je suis un peu
étonné de tout ça, là. Vous savez, on louange les vertus des bonnes pratiques
en gestion, mais on ne voudrait pas que ça s'applique à nous. Et ça, moi, j'en
ai une liste, là, dans mon bureau, puis, si j'avais écouté tout le monde, bien, on ne passerait pas de 23 à 46, là. Chacun a
ses petites particularités puis pourrait continuer à faire ses affaires
comme si de rien n'était. Alors, nous, notre objectif, c'est l'intérêt
supérieur du Québec, et on veut que les meilleures pratiques s'appliquent à
l'ensemble des sociétés d'État.
Maintenant, pour ce
qui est de la CCQ, je dirais que l'argument principal de la CCQ, c'est qu'elle
n'est pas une société d'État. Alors, on aura l'occasion d'en discuter entre
parlementaires. Et je pense qu'il a été aussi établi que, même si elle n'était
pas une société d'État, elle aurait des améliorations à faire au niveau de sa
gouvernance. Alors, on va discuter de ça
ensemble. Puis je pense que les consultations particulières ont permis de mieux
connaître les enjeux particuliers à
cette société d'État, mais moi, je veux ramener le débat sur l'ensemble de ce
qu'on essaie de faire.
ma question serait pour... bien, pourrait être pour M. Dorval, mais
certainement, M. Blackburn ou Mme Kozhaya, vous pouvez
répondre aussi. Au niveau de la diversité, du désir que nos conseils
d'administration représentent la société québécoise, est-ce que vous... Votre
commentaire, M. Dorval, était précis, mais suffisamment imprécis aussi.
Est-ce que vous souhaitez l'imposition d'un quota comme nous l'avons pour... ou
d'un... «quota», ce n'est pas un bon mot, je
pense, ça a une connotation péjorative, mais d'un seuil minimum d'une personne
qui s'appliquerait au conseil d'administration, tel qu'on a chez les
moins de 35 ans?
M. Dorval (Yves-Thomas) :
M. le Président, en fait, plus on s'enferme dans des obligations, plus ça
devient d'une complexité assez importante pour compléter la bonne gouvernance
d'une organisation. Moi... Vous savez, la première chose
qu'on apprend dans la formation en gouvernance, c'est qu'on doit représenter
les parties prenantes. On doit être en mesure de bien comprendre les parties
prenantes. Bien, si, dans les parties prenantes, vous avez une forte proportion
de communautés, par exemple, de minorités visibles, de communautés culturelles
ou de d'autres groupes, ça pourrait être des personnes aînées puis ça pourrait
être des... bien, à ce moment-là, il faut prévoir, dans la composition du
conseil d'administration, des gens qui comprennent bien la problématique de ces
parties prenantes là.
Alors, pour moi, je ne suis pas tellement
favorable à mettre trop de contraintes légales. Je suis plutôt du modus de dire : Bien, les orientations que le
gouvernement doit avoir doivent être de prendre en considération cet
élément-là dans la composition d'un conseil d'administration, parce qu'à un
moment donné ça peut devenir très difficile. Ce que, dans notre mémoire, on
soulève, c'est l'importance de la crédibilité et de l'expertise des membres du
conseil d'administration. Il ne faudrait pas que ça devienne seulement une
question de mathématiques, là, pour être capables de combler x nombres.
Mais, vous savez, je donne l'exemple du CPQ,
dans notre conseil d'administration, nous avons trois postes réservés à des
personnes qui doivent travailler et habiter dans des régions autres que Québec
et Montréal, pour assurer, justement, une présence de gens qui comprennent les
problématiques des régions. Ça fait que, nous, c'est une des façons qu'on a de tenir compte des parties prenantes qui sont
membres du CPQ. Ça pourrait être la même chose dans d'autres organisations, sociétés d'État gouvernementales, par
exemple, mais, de là à préciser d'avoir l'obligation d'avoir un certain
nombre, puis là on arrêtera... je pense qu'on va arriver à une complexité un
peu trop grande.
M. Girard (Groulx) : Alors, je pense
que votre réponse, c'était non.
M. Blackburn (Karl) : C'était non.
M. Dorval (Yves-Thomas) :
La réponse, c'est non en termes d'obligation...
M. Girard (Groulx) : D'accord.
M. Dorval (Yves-Thomas) : ...oui en termes d'orientations basées sur les parties
prenantes concernées.
M. Girard (Groulx) : O.K. Le point
de la formation, M. Blackburn, c'est... Je pense qu'il n'y a personne ici qui est contre la formation adéquate des membres
d'un C.A. puis je pense que chaque organisation a la responsabilité,
lorsqu'elle accueille un nouveau membre, de... Je pense que ça fait
partie des
bonnes pratiques, là, de lui fournir un cahier d'information, de lui faire
rencontrer les employés clés, de visiter les installations. Est-ce que ça doit
être enchâssé dans la loi, là, cet aspect de
formation là, ou vous vouliez simplement souligner l'importance de ce point-là?
Dorval (Yves-Thomas) : À
tout le moins, c'est de souligner l'importance de ce point-là. C'est
indéniable, c'est clair, pour nous, que cette formation doit être faite aux
nouveaux administrateurs en fonction des organisations précisément en place.
Mais je pourrais peut-être demander, M. le ministre, si vous me le permettez, à
Norma, qui, elle, a eu l'occasion, dans les
derniers jours, de parler directement avec plusieurs organisations, plusieurs
entreprises qui, concrètement,
arrivent avec des éléments importants à ajouter, je pense, et à partager, à ce
moment-ci... et je demanderais certainement à Norma d'ajouter des
éléments à ce niveau-là.
Mme Kozhaya (Norma) :
Merci. Effectivement, si je ne me trompe pas, dans la loi actuelle, il y a des éléments de formation et d'accueil qui sont déjà
prévus. Donc, ça, c'est évidemment le minimum, mais après ça il y a
beaucoup d'autres... Et nous, on pense que ça devrait aussi... La formation
continue devrait faire
partie des exigences, sans que ça soit, encore une fois,
encadré par la loi de façon rigide, mais davantage aussi au niveau de
l'importance de cette question-là.
Également, la notion de certification qui
devrait être encouragée, encore, au moins, de certains membres, évidemment ce
n'est pas nécessairement, encore une fois, tous les membres d'un conseil
d'administration, mais peut-être qu'il y a
un minimum, mais c'est davantage au niveau également de l'encouragement, de
l'incitation plutôt que de la rigidité,
parce qu'ultimement l'objectif, c'est toujours d'avoir un conseil d'administration
efficace, à valeur ajoutée, crédible.
Et donc, comme vous le soulignez, de bonnes
pratiques, des meilleures pratiques, ça, c'en fait partie, sans pour autant que ça devienne trop contraignant et
que ça éloigne peut-être des personnes qui ont d'autres compétences, par
le fait même, puis qui ont d'autres apports au conseil d'administration.
M. Girard (Groulx) : Ça complète mes
questions, M. le Président.
Président (M. Simard) :
Merci, M. le ministre. Y aurait-il d'autres interventions du côté gouvernemental?
M. le député de Sainte-Rose.
M. Skeete : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci beaucoup pour votre présence. Toujours un plaisir
d'échanger avec un ancien collègue et d'entendre vos perspectives. Alors, merci
beaucoup.
J'aimerais vous
entendre sur... parce que M. Dorval parlait de la rigidité de
l'encadrement légal de la norme paritaire,
par exemple, ou l'imposition de jeunesse. On le sait, que, dans la dernière
législature, il y avait, bien, un collègue, et maintenant l'ancien député de Sainte-Rose, qui avait fait passer un
projet de loi qui mettait l'obligation des sociétés d'État
à avoir une représentation jeunesse, parce que force était de constater que,
souvent, les enjeux jeunesse n'étaient pas considérés dans les décisions. Puis,
étant jeune, ça, c'est l'ancien vice-président d'une chambre de commerce qui
parle, étant jeune, bien, on n'avait pas accès au pouvoir. Donc, on n'était
jamais sur les conseils parce qu'on n'avait pas accès à ça.
Ça fait que, là,
cette perspective-là, c'est un peu la poule ou l'oeuf. On se retrouvait avec
des enjeux qui n'étaient pas soulevés ou adéquatement représentés dans les
conseils d'administration. Et c'est une loi qui vient changer ça, c'est une loi
qui vient nous dire de faire autrement. Et donc le ministre fait preuve de
cohérence en disant qu'il faut absolument avancer sur ce point-là, mais, si on
ne passe pas la loi, on n'aura pas le changement voulu.
Puis là moi, je suis
le premier à dire que je n'aime pas ça, des lois encadrantes... pas
encadrantes, mais qui imposent des choses. Je suis d'accord avec M. Dorval
que ça peut être très rigide très rapidement, mais c'est quoi, l'outil,
d'abord, pour s'assurer qu'on va avoir ce qu'on veut dans les conseils
d'administration? Parce que, pendant longtemps, les femmes ont été exclues.
Pendant longtemps, les jeunes étaient exclus. Puis, étant aussi l'adjoint
parlementaire sur la lutte au racisme, bien, si ce n'était pas d'une directive
directe imposant à au moins 50 % des conseils d'administration du public
une minorité visible, bien, je ne suis pas sûr qu'on avancerait sur le dossier.
Alors, comment on
fait pour arriver au but que tout le monde, encore une fois, dit qu'ils sont
très d'accord mais que, souvent, les résultats ne sont pas au rendez-vous?
Puis, étant le Conseil du patronat, je suis confiant que vous avez un plan pour
mesurer la définition du succès là-dessus.
M. Blackburn
(Karl) : Bien, d'abord, merci pour votre question. Puis, avant de
céder la parole à Norma, d'abord, on dit souvent que tout ce qui se mesure se
contrôle, et, vous avez raison, il y a certains éléments qui doivent être
assujettis à des mesures un peu plus contrôlantes si on veut atteindre certains
objectifs. Mais, en même temps, il faut éviter de tomber dans un autre côté où,
là, la rigidité vient enlever ou dénaturer, je dirais, la nature même de
l'organisation de par des objectifs... comme l'a mentionné tantôt le ministre,
des objectifs de quotas ou de cibles à atteindre qui, dans certains cas, ne
refléteraient pas du tout la réalité des organisations, dépendamment du nombre
de sièges autour de la table du conseil d'administration. Par exemple, si on
arrive avec des mesures spécifiques, avec des indicateurs... (panne de son)
...venir enlever cette capacité.
M. Skeete :
Excusez-moi, M. Blackburn, c'est parce que, là, je pense qu'on est sûr le...
parce que je suis d'accord avec vous, là, qu'il ne faut pas que ce soit
contraignant, mais le problème, c'est que, mettons, si je donne un exemple du
Conseil du patronat, le Conseil du patronat dit : Bien, tu sais, il faut
qu'on représente les membres, O.K., mais une personne minorité visible qui ne
se voit pas dans le Conseil du patronat ne sera jamais membre et risque de ne
pas devenir patron ou risque de ne pas devenir entrepreneur, qui ferait en
sorte qu'il deviendrait par la suite membre du Conseil du patronat.
Alors,
c'est un peu la poule ou l'oeuf, là. Je serais curieux de savoir, selon vous,
comment on fait pour remédier à ce problème-là sans dire qu'on va se donner
des normes, des cibles contraignantes, parce que je n'aime pas ça moi non plus,
là, les contraintes, là. Puis je comprends ce que vous dites : Moi, je
veux pouvoir répondre agilement aux problèmes qui affectent mon industrie. J'y
suis. Comment qu'on fait, en même temps, pour s'assurer que ça représente la
société générale aussi?
Le Président
(M. Simard) : Très, très rapidement, s'il vous plaît.
M. Blackburn
(Karl) : Peut-être, Norma, à ce moment-là...
Mme Kozhaya
(Norma) : Oui, peut-être rapidement, l'alternative, c'est ce
qu'on appelle se conformer ou expliquer qu'il y ait des orientations, des
volontés. Et puis, si on ne les atteint pas, il faut expliquer pourquoi. C'est
peut-être l'alternative.
Le Président
(M. Simard) : Très bien. Merci beaucoup. Merci pour votre
collaboration. M. le député de Robert-Baldwin.
M. Leitão :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Kozhaya, M. Blackburn,
M. Dorval. Merci d'être là. Merci de nous faire part de vos commentaires
sur le projet de loi n° 4. Et, comme vous avez mentionné plus tôt, vous
êtes généralement assez favorables à ce projet de loi, avec certaines questions
sur certains sujets particuliers.
Alors, on va y
arriver, sur ce sujet en particulier, mais, avant de... je parle de la CCQ,
mais, avant d'arriver là, sur une question qui a été soulevée, il y a une
proposition qui nous a été faite hier par Force jeunesse, et que je trouve
d'ailleurs assez intéressante, et moi, je serais prêt à soutenir une telle
proposition, que... c'est inclure dans la loi qu'on puisse aussi avoir un siège
réservé, donc notion de quota sans être quota, là, je pense, «siège réservé»,
c'est plus élégant comme formulation, un siège réservé pour un membre de la
diversité. Et, la diversité, c'est défini, bon, de... Il y a cinq groupes, mais
déjà, les femmes, c'est inclus ailleurs, ainsi que les jeunes. On parle
essentiellement de membres des minorités visibles, personnes handicapées et
autochtones, essentiellement, donc, de réserver un siège pour un membre de ces
communautés-là. Moi, j'ai trouvé ça assez intéressant. Si j'ai bien compris, de
votre côté, c'est quelque chose que vous trouvez intéressant comme objectif,
mais pas nécessairement de l'inscrire dans un projet de loi. Est-ce que c'est
bien ça, mon interprétation de vos commentaires?
Blackburn (Karl) : C'est effectivement l'interprétation puis la
présentation qu'on fait dans notre mémoire. Et je pourrais peut-être demander à Norma d'en ajouter un peu, mais
c'est clair que, dépendamment de l'organisation, dépendamment de sa
situation, dépendamment de son positionnement, de réserver des sièges à
certains groupes peut, des fois, être un peu plus contraignant et ne reflète
pas nécessairement, je dirais, la réalité de l'organisation, d'où la nécessité
d'avoir une certaine flexibilité, avec des grands objectifs, mais
nécessairement en donnant une certaine agilité aux organisations pour être
capables de les rencontrer, dans la mesure du possible, lorsque, par exemple,
leur réalité géographique ou leur réalité de terrain peut s'appliquer dans ce
contexte-là.
Et je sais
que Norma, hier, a participé... elle a, à tout le moins, eu l'occasion
d'entendre les échanges concernant la présentation que vous venez de
faire, et je pourrais peut-être demander à Norma d'ajouter un élément de
réponse.
M. Leitão : Certainement.
Kozhaya (Norma) : Oui, effectivement, là. Bonjour. C'est-à-dire, encore une fois, on appuie complètement le principe
d'encourager davantage la diversité. Et puis, bon, il faut dire que, quand
même, ce projet de loi là vise les sociétés d'État, donc, en partant, et elles
peuvent être... elles se doivent d'être exemplaires. On pense... c'est-à-dire,
on appuie fortement le principe, et puis nous, on y croit, et puis on
intervient sur beaucoup de tribunes pour dire : Est-ce que la meilleure
façon, c'est que ça soit inclus dans la loi? Peut-être que c'est quelque chose
qui peut être regardé. Qu'est-ce que ça implique pour l'ensemble des sociétés
qui vont être concernées?
Et, à partir de là, donc, ce n'est pas qu'on
pense que c'est nécessairement catastrophique, mais est-ce que c'est la
meilleure solution pour atteindre l'objectif? Est-ce qu'il y a d'autres
alternatives qui peuvent être faites, d'autres orientations? C'est davantage à
ce niveau-là, honnêtement. Et puis on sait qu'effectivement, bon, la diversité,
ça ne veut pas nécessairement dire, comme, ajouter quelqu'un de plus, ça peut
être, évidemment, que ça soit les jeunes, les femmes. Donc, ce n'est pas... Et
j'imagine qu'il faut regarder c'est quoi, les implications pratiques... mais
que nous, on appuie le principe. Est-ce que ça a besoin d'être dans la loi? Je
ne suis pas certaine. Je n'ai pas non plus la réponse. Je ne sais pas si...
M. Leitão : Très bien. Bon, écoutez,
le... Moi, je pense qu'on a assez longtemps... Collectivement, on s'est donné
des objectifs, mais, de toute évidence, les résultats sont difficiles. Ça prend
du temps. Comme par exemple, dans la fonction publique, on a toutes sortes
d'objectifs à atteindre, et, 20 ans plus tard, 30 ans plus tard, il y
a eu un certain progrès, oui, mais on est encore loin des enjeux que le
collègue de Sainte-Rose a mentionnés. Et je pense que nous avons... Ce n'est
pas souvent, mais nous avons devant nous, quand même, un exemple «real life» de
ce qui peut arriver avec la loi n° 693 de 2016, quand on a, donc, inscrit dans la loi l'obligation de
nommer une personne de moins de 35 ans. Six ans plus tard, je pense
que les choses se sont quand même bien déroulées, là, je pense que ça n'a pas
causé un grand bouleversement et ça a donné des résultats. Donc, je pense qu'on
pourrait y aller.
Maintenant, pour ce qui est de la CCQ, donc de
l'exemption que vous voudriez... Enfin, vous remarquez, comme d'ailleurs les
groupes syndicaux qui sont venus avant vous hier, donc, le caractère
particulier de la CCQ. Je comprends
l'argument, mais ma question, et j'aimerais avoir votre opinion peut-être,
M. Dorval, dans tout ça... Et la CCQ, c'est en effet un organisme bien différent de, je ne sais pas, moi... de
Loto-Québec, on comprend ça. Mais, dans tout ça, comment est-ce qu'on s'assure que l'intérêt public soit aussi représenté
par le conseil d'administration de cet organisme-là?
M. Blackburn (Karl) : ...
M. Dorval
(Yves-Thomas) : Oui, oui. Alors, écoutez,
d'abord, la première chose, il y a des membres indépendants, à la CCQ. Et
d'ailleurs nous, on fait la remarque que, parmi les membres indépendants, on
devrait s'assurer d'avoir des représentants des donneurs d'ouvrage, hein? Parce
que vous savez très bien que, si vous avez une convention collective qui
intervient entre deux parties, parties représentant les travailleurs puis
représentant les employeurs, ultimement c'est le donneur d'ouvrage qui va payer
la facture. Alors, c'est important que le donneur d'ouvrage, qui est aussi, en
passant, soumis à plein d'obligations en termes de... qui ont trait à la
construction, donc, c'est important qu'il y ait, dans les membres indépendants,
des gens qui représentent les donneurs d'ouvrage.
Mais, quand on dit : La CCQ doit être
exclue, je pense, c'était la question surtout de la composition, du nombre
d'indépendants supérieur et la rareté, à ce moment-là, des parties prenantes.
Parce qu'on ne parle pas ici d'administrer un fonds public de taxes, on parle
essentiellement d'une organisation dont... il y a plusieurs éléments de sa
mission, mais, dans sa mission, il y a celle de s'assurer de l'application des
conventions collectives entre des partenaires syndicaux et employeurs. Alors,
c'est sûr que, dans ces conditions-là, c'est comme si vous voudriez que le
conseil d'administration soit un tiers indépendant. Il y a déjà les tribunaux
du travail qui s'occupent des questions de litige en matière d'interprétation
de conventions collectives, alors il ne faut pas que le conseil
d'administration devienne, non plus, un tribunal indépendant. Alors, je pense
qu'il y a un peu de ces éléments-là.
Donc, qu'il y ait la présence de membres
indépendants, je pense que c'est bon et c'est bien, mais il faut faire
attention de diluer, à ce moment-là, la représentation des principales parties
prenantes que sont, notamment, les... Je vais
parler, moi, pour les représentations des employeurs, vous savez, il y a quatre
conventions collectives sectorielles. C'est très différent, en passant,
juste entre l'un et l'autre des secteurs. Entre le résidentiel puis la route et
grands travaux, c'est totalement différent
comme conditions de travail, comme environnement de travail. Donc, juste à
partir de cet exemple-là, ça devient assez difficile de croire qu'on aurait
peut-être juste deux représentants des employeurs, à ce moment-là, qui
couvriraient plusieurs secteurs.
Alors, le point est très
important, hein? Ce n'est pas une question que la CCQ ne doit pas avoir les
meilleures règles de gouvernance. Au
contraire, il peut arriver des situations qu'il faut... qu'il faut trouver, et
il doit y avoir un comité de gouvernance et d'éthique, d'ailleurs, à
l'intérieur, qui a la possibilité de faire des recommandations à son C.A. Mais,
quand on parle de composition, c'est juste de respecter que la présence des
parties prenantes, c'est en nombre suffisant,
et que... le caractère de l'indépendance, oui, mais aussi de tenir compte des
donneurs d'ouvrage, qui, à la fin, paient
la facture et sont soumis également à plusieurs de ces obligations reliées aux
conventions collectives, notamment.
M. Leitão : Très bien. Donc,
l'équilibre actuel, les 5-5-4, donc cinq représentants de la
partie patronale,
cinq de travailleurs et quatre indépendants, donc cet équilibre-là, vous
trouvez que ça fonctionne, donc on devrait garder un tel équilibre. Maintenant, ma question, c'est : Comment est-ce
qu'on s'assure, donc... Admettons qu'on gardait ça, O.K., le C.A. de la CCQ va demeurer, avec ses
15 membres distribués de cette façon-là : 5-5-4, bon, plus le
président. Maintenant, comment est-ce qu'on peut s'assurer que les autres
éléments dans le projet de loi, que les bonnes pratiques de gouvernance... comment on peut s'assurer que cela puisse...
doive s'appliquer aussi à la CCQ? Alors, moi, ce qui m'intéresse, c'est
de savoir... Écoutez, que ce soit 5-5-4 ou 4-4-6, enfin, on pourrait en
discuter longuement, mais admettons qu'on reste avec les 5-5-4, comment le
reste du projet de loi pourrait s'appliquer, devrait s'appliquer à la...
comment on devrait encadrer ça pour la CCQ?
Le Président (M. Simard) : Succintement,
s'il vous plaît.
M. Leitão : J'ai trop parlé.
Le Président (M. Simard) : Ce n'est
pas grave. Alors, rapidement.
Mme Kozhaya (Norma) : Alors, peut-être brièvement, il pourrait y avoir des
modifications à la loi R-20. Et puis peut-être qu'il peut y avoir aussi plus de
membres indépendants. Ce n'est pas qu'on tient à la... c'est-à-dire, oui, la
composition actuelle, mais peut-être que...
Le Président (M. Simard) : Très bien.
Mme Kozhaya (Norma) :
...dans le cadre de la loi R-20, il peut y avoir des aménagements.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Merci, madame. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci. Merci beaucoup,
madame. Merci, messieurs, pour votre mémoire, votre présentation. Juste pour être certaine, est-ce que vous êtes
d'accord avec le fait que la CCQ soit soumise à la
Loi sur la
gouvernance ou vous n'êtes pas en accord? Parce que ce n'était pas clair dans
votre...
M. Blackburn (Karl) : Non.
Mme Ghazal : O.K. Vous n'êtes pas
d'accord.
M. Blackburn (Karl) : Qu'elle ne
soit pas assujettie au p.l. n° 4.
Mme Ghazal : C'est ça, très bien,
pas juste que les membres indépendants soient des donneurs d'ouvrage, et tout ça. Puis, par rapport à la rémunération des
administrateurs, vous dites que c'est une bonne chose, mais il ne faut
pas que ça soit la seule chose. Comment est-ce qu'on peut éviter des problèmes
dans le futur? C'est-à-dire, est-ce qu'il faut que, dans la loi, il y ait des
paramètres précis de cette rémunération-là? La façon que c'est écrit, est-ce
que ça vous satisfait, dans la loi actuelle?
M. Blackburn (Karl) : Peut-être
Norma?
Mme Kozhaya (Norma) : Oui. Peut-être qu'il faut dire, brièvement, au niveau des
principes, oui, c'est bon. Est-ce que... Il
faut dire que, pour le détail, c'est sûr que les attentes, aussi, auprès des
administrateurs où les exigences ne sont
pas les mêmes non plus dans les différentes sociétés d'État, les compétences
requises ne sont pas les mêmes toujours, donc il faut tenir compte de ces réalités-là aussi. Et il faut dire
qu'en général c'est un peu comme... c'est un dédommagement, c'est quand
même du temps qui est consacré, qui est investi. Et, si on veut... vous
voyez. Mais c'est... Encore une fois, les exigences et les besoins sont
différents.
Mme Ghazal : O.K.
Très bien. Merci. Puis, dans votre mémoire, vous dites à quel point, la
question de la parité, vous êtes d'accord
avec ça, 40 %-60 %, à quel point c'est important. Je ne sais pas
quelle était la position du Conseil du
patronat en 2006, lorsqu'on a exigé qu'il y ait cette parité-là sur les
conseils d'administration. Je me rappelle qu'il y a eu beaucoup,
beaucoup de gens qui étaient contre. Aujourd'hui, ça fait l'unanimité. Puis
vous citez une étude de Gouvernance
au féminin, qui a fait une étude auprès de 80 entreprises, donc, des
entreprises privées. Vous êtes d'accord pour les sociétés d'État, de
cette zone parité, vous avez vous-même aussi atteint cette zone-là. Est-ce que
vous êtes d'accord, est-ce qu'on est rendus aujourd'hui, en 2022, à exiger ça
des entreprises privées?
M. Blackburn (Karl) :
Norma, vas-y.
Mme Kozhaya (Norma) : Je pense
que... un peu la réponse que j'avais donnée avant le... Se conformer ou expliquer, c'est peut-être davantage... Et je
crois que les entreprises elles-mêmes ont cet intérêt-là, parce qu'elles
voient que c'est intéressant pour elles.
Mme Ghazal : Pourquoi ne pas l'exiger, comme vous avez accepté
aujourd'hui, en 2022, que ce soit exigé pour les sociétés d'État?
Pourquoi ne pas l'exiger, vu que c'est important puis que ça donne des bons
résultats pour les entreprises, même des
bons résultats financiers, pas juste pour une question d'équité, et de parité,
et de beaux principes, là?
Le Président (M.
Simard) : Brièvement, s'il vous plaît.
Kozhaya (Norma) : Donc, les sociétés
d'État, c'est différent que des sociétés privées.
Mme Ghazal : Peut-être
en... dans 15 ans, on en parlera. Vous serez peut-être rendus ailleurs.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Merci.
Le Président (M.
Simard) : Merci. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci
beaucoup. Donc, à mon tour de vous saluer. Peut-être une première question en
rafale. Hier, lors des consultations, la Vérificatrice générale nous a levé une
lumière jaune, nous demandant de nous pencher sur le projet de loi, qui ne
permettait qu'aux sociétés affiliées exclusivement contrôlées à 100 % par
le gouvernement de procéder à la divulgation
des cinq gestionnaires les plus hauts rémunérés. Elle nous fait mention
qu'avec ce genre de disposition là on ne
capte pas des sociétés affiliées comme Cambridge, ou Otéra, ou d'autres, pour
lesquelles le gouvernement est en position
de contrôle. J'aimerais entendre le Conseil du patronat là-dessus : Est-ce
qu'effectivement on devrait, de façon très transparente, exiger à d'autres
sociétés affiliées sous contrôle du Québec de procéder à la divulgation des
rémunérations des plus hauts dirigeants?
M. Blackburn (Karl) :
Norma.
Mme Kozhaya (Norma) : Je n'ai
pas... je m'excuse, mais je n'ai pas nécessairement de position là-dessus.
M. Blackburn (Karl) : Yves-Thomas?
M. Dorval (Yves-Thomas) : Oui. Bien, écoutez, la transparence, c'est important. Évidemment, vous
comprendrez qu'il est difficile pour nous de commenter une situation comme
celle-là directement, si ce n'est que de dire : Le principe de transparence doit exister. Alors, c'est sûr qu'en fonction
de ce principe-là je pense que les législateurs peuvent prendre les
décisions adéquates dans la loi en question.
Puis,
vous me permettrez, je dois revenir sur un élément, tantôt, de la rémunération,
que vous avez invoqué, là, est-ce que
ça devrait être prévu dans la loi. En fait, là, il y a... les règlements,
souvent, sont là pour expliciter davantage, puis les choses évoluent dans le temps, les lois n'évoluent pas aussi
rapidement. Mais je vais juste vous donner un exemple, là. Je siège sur certains conseils d'administration,
il y en a un où j'ai passé 387 heures, dans une année, en 2021, là-dessus,
donc c'est 50 jours. C'est normal que
les administrateurs qui consacrent beaucoup d'heures puissent avoir un
dédommagement pour ces heures-là. Puis là je
ne parle pas de moi personnellement, parce que j'ai une rémunération de mon
employeur, mais je parle de façon générale pour des administrateurs
indépendants.
Alors, à partir de ce
moment-là, pour répondre à votre question plus précisément, je vous dirais que,
la transparence, je pense que c'est l'élément fondamental d'une saine gouvernance
et puis que la rémunération doit faire
partie des décisions à ce niveau-là.
M. Ouellet : Et
cette rémunération-là, M. Dorval, doit tenir compte, je présume, des
compétences, mais aussi des responsabilités et du temps consacré. Et donc il y
a une énorme différence qui devrait être accordée à cette rémunération-là en
fonction des postes qu'on occupe au sein du conseil et au sein de d'autres
conseils, considérant l'ampleur du défi, là?
M. Dorval (Yves-Thomas) :
Exact.
M. Ouellet : Donc, il n'est pas
question, M. Dorval, de jetons de présence, là, tu sais, de façon unanime,
appliqués partout, là?
M. Dorval
(Yves-Thomas) : Bien, ça dépend si les
jetons sont calculés en fonction du temps consacré.
Le Président (M. Simard) : Très bien.
Alors, à vous trois, merci beaucoup pour cette belle présentation. Merci
d'avoir contribué à notre réflexion collective.
Sur ce, nous allons suspendre momentanément nos
travaux.
(Suspension de la séance à 11 h 13)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, nous sommes de retour et nous avons la chance tout à fait
exceptionnelle de recevoir aujourd'hui des représentants de l'Association des
entrepreneurs en construction du Québec. Alors, Mme la présidente, auriez-vous
d'abord l'amabilité de vous présenter?
Mme Bertrand (Manon) : M. le
ministre, membres de la commission. Merci, d'abord, de nous avoir permis de... (panne de son). Je me présente, Manon
Bertrand, je suis entrepreneure en construction, présidente de
Construction S.R.B. Je suis également présidente de l'AECQ et je fais
partie
également aussi du C.A. de la Commission de la construction du Québec depuis
2012. Aujourd'hui, je suis accompagnée de M. Dominic Robert, directeur
général de l'AECQ. Je vais lui céder la parole.
M. Robert (Dominic) : Merci, Mme la
présidente, M. le ministre, bonjour à tous. Un petit mot sur l'AECQ, en
débutant. Bien, l'AECQ a été créée en 1976 par une loi constitutive de
l'Assemblée nationale. L'AECQ représente tous les employeurs assujettis à la
loi R-20. Son mandat est exclusivement dédié aux relations de travail, et
l'AECQ agit comme porte-parole lors des négociations de conventions
collectives, particulièrement en matière d'avantages sociaux. Je parle ici
d'assurance et de retraite.
Pour le temps qui nous est imparti, je vais
utiliser le document que vous avez déjà reçu. Je souligne que ce document a été
signé par l'ensemble des associations patronales qui sont représentées au
conseil d'administration de la l'AECQ. Et donc, ensuite, bien, ça nous fera
plaisir de répondre à vos questions.
Donc, un premier commentaire sur l'industrie et
la question de la représentativité, vous en avez entendu parler déjà, la prémisse
sur laquelle repose le régime de relations de travail dans l'industrie depuis
1968, c'est qu'il s'agit d'un régime particulier en marge du Code du travail.
Donc, il y a des raisons qui expliquent ce choix législatif là. Principalement,
et c'est ce qui fait qu'on parle d'un régime particulier, c'est, dans le fond,
l'immense défi qui est celui des parties prenantes, incluant la CCQ, de trouver
un point d'équilibre entre quatre secteurs d'activité : des entreprises de
services, des entreprises qui embauchent d'un à cinq salariés, majoritairement,
mais aussi des entreprises qui embauchent 200 salariés, un régime complexe
d'avantages sociaux, 26 métiers, des occupations, donc, ainsi de suite, un
régime d'application générale mais qui couvre quand même l'ensemble des
différents projets de construction. Et donc cette complexité-là, elle se
reflète et elle doit, à juste titre, se refléter dans la composition du conseil
d'administration de la CCQ.
Ce qui est en jeu ici, dans le cadre de ce
projet de loi, c'est la représentativité des parties prenantes. Je parle ici...
spécifiquement, pardon, des associations patronales et leur capacité d'amener
au C.A. les réalités de leurs secteurs, les besoins et les réalités des PME des
diverses tailles qu'ils représentent, qui sont leurs membres et qui vont... et
à qui vont s'appliquer les normes que le C.A. de la CCQ a la responsabilité
d'adopter.
Sur les objectifs de cohérence et d'uniformité
visés par le gouvernement dans la gouvernance des sociétés d'État, je n'insisterai pas là-dessus, mais vous
avez... on vous a déjà soulevé que, la cohérence et l'uniformité, dans
ce cas-ci, avec la CCQ, on la retrouve beaucoup plus du côté de la CNESST que
du côté des sociétés d'État, je dirais, plus traditionnelles.
Bon, cela dit, on s'explique mal
l'assujettissement de la Commission de la construction du Québec à la
Loi sur
la gouvernance des sociétés d'État. C'est vrai que les membres du conseil
d'administration sont majoritairement nommés par le gouvernement. Cependant, il
n'en demeure pas moins que les rôles et responsabilités dévolus à la CCQ sont
intimement liés aux relations du travail. Ça s'exerce dans un contexte
paritaire, en symbiose avec les enjeux découlant de la négociation collective,
de la gestion de la main-d'oeuvre et des obligations légales et réglementaires
des employeurs. De surcroît, on vous l'a déjà souligné aussi, la CCQ ne reçoit
aucun financement public. L'essentiel de ses
revenus, hormis certaines subventions, c'est assumé par des cotisations versées
par les employeurs et les salariés. C'est, grosso modo, à peu près
200 millions de dollars que les employeurs et les salariés envoient à la
CCQ sous forme de prélèvements, par année, pris directement sur leur masse
salariale et sur leurs paies.
Oui, c'est vrai que la CCQ assume des mandats
publics, qui se sont greffés progressivement sur les mandats découlant de la
convention collective et de la négociation collective, mais ceux-ci demeurent
complémentaires et accessoires aux mandats privés.
Sur la modification
de la composition du conseil d'administration, donc, sur les 10 membres
issus des associations patronales et syndicales de l'industrie, seulement
quatre, selon les dispositions du projet de loi à l'étude, pourront
provenir de celle-ci, les six autres étant des administrateurs dits
indépendants, un terme dont la définition et la portée sont à ce point larges
qu'il est incidemment permis de se demander, parmi les personnes susceptibles
de bien comprendre les rouages de l'industrie, à qui le statut d'administrateur
indépendant pourra bien s'appliquer.
Incidemment, cette
notion d'administrateur indépendant mérite d'être précisée, très certainement
une notion qui commande d'être modulée,
analysée à la lumière des mandats de la CCQ, justement, pour assurer que les
personnes qui prennent des décisions ont une connaissance directe et
approfondie de l'industrie et de ses réalités. Il y a ici un enjeu d'adhésion
de l'industrie aux décisions qui sont prises par le C.A. de la CCQ.
Alors, pourquoi on
insiste autant sur la compréhension des rouages de l'industrie par les
administrateurs? Bien, c'est que les
décisions qui sont prises par le conseil d'administration touchent plusieurs
sujets, notamment l'organisation du
travail sur les chantiers, les charges administratives des entrepreneurs, la
formation et la qualification professionnelle de la main-d'oeuvre,
l'administration des régimes d'avantages sociaux, notamment. Et donc les orientations qui sont prises par le conseil
d'administration, de facto, ont de grands effets sur l'écosystème des
relations de travail de l'industrie de la construction, dont la complexité est
indéniable.
Et, quand on parle de
la compréhension des rouages de l'industrie, il faut considérer les éléments
sur lesquels la CCQ peut exercer le pouvoir
réglementaire qui est prévu à l'article 123.1 de la loi. Si le projet de
loi devait être adopté dans sa
version actuelle, il reviendrait donc à un conseil d'administration formé de
neuf administrateurs indépendants sur 13, si on ne tient pas compte de
la P.D.G. et du président du conseil, d'adopter des règlements qui visent
notamment à déterminer les compétences que requiert l'exercice des métiers, les
activités comprises dans un métier, la durée de l'apprentissage des métiers,
les modalités d'application des ratios sur les chantiers, les règles qui
régissent la gestion des bassins de main-d'oeuvre, etc. Et donc, pour nous,
l'exercice d'un tel pouvoir réglementaire doit être dévolu à des personnes qui
détiennent de l'expertise, l'expérience et le recul suffisant pour être en
mesure d'apprécier adéquatement dans... le
contexte dans lequel ce pouvoir-là s'exerce, mais que... les impacts concrets
que les décisions peuvent entraîner sur l'organisation du travail et la
pratique des métiers sur les chantiers. Les relations du travail, ça concerne avant tout les employeurs et les salariés
de l'industrie, et ceux-ci doivent obtenir la garantie que les personnes
qui prennent les décisions qui affectent leur quotidien et leurs activités
professionnelles ont une connaissance directe et approfondie de l'industrie et
de ses réalités.
Par ailleurs,
extrêmement important, on tient à souligner que la loi R-20 prévoit déjà
diverses modalités qui ont pour objet d'assurer une saine gouvernance à la CCQ.
Il y a un comité de gouvernance et d'éthique qui a des responsabilités
d'élaborer le code d'éthique applicable aux membres du conseil
d'administration, qui est déjà en application,
un comité de vérification qui a certaines responsabilités sur la mise en oeuvre
de mécanismes de contrôle interne,
qui est aussi déjà en... fonctionnel. Et, soulignons-le, ces comités sont
majoritairement, à l'heure actuelle, composés de membres indépendants, et donc la loi R-20, elle comporte déjà
des mécanismes qui offrent des garanties suffisantes de bonne
gouvernance en matière d'efficacité, de transparence, d'imputabilité et
d'intégrité.
Donc,
pour ces raisons, on demande que le projet de loi soit modifié de manière à
exclure la CCQ de la liste prévue à
l'annexe I de la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État, telle qu'elle est
modifiée par l'article 22 du projet de loi.
En revanche, on vous
le soulignait d'entrée de jeu, on comprend les objectifs visés par le
gouvernement, et, à cet égard, il nous apparaîtrait beaucoup plus approprié
d'apporter directement certaines modifications à la loi R-20 plutôt que
d'intervenir par le biais d'une loi-cadre. La séparation des postes de
président du C.A. et président du conseil,
par exemple, c'est une initiative qui nous apparaît tout à fait appropriée, par
ailleurs, ça constitue une mesure qui pourrait être mise en place sans
qu'il soit nécessaire d'avoir recours à la
Loi sur la gouvernance des sociétés
d'État.
Et je vous laisserais
sur des extraits de la présentation que Diane Lemieux faisait en 2011 dans le
cadre du projet de loi n° 33. Vous vous souvenez qu'il s'agissait du
projet de loi qui abolissait le placement syndical et qui, incidemment,
introduisait quatre administrateurs au conseil d'administration, quatre administrateurs
indépendants au C.A. de la CCQ. Et je cite : «Nous constatons que le
projet de loi conserve la prépondérance des parties dans la gouvernance de la
CCQ. Il est important de rappeler qu'à la base la CCQ est un organisme
paritaire auquel se sont greffés des mandats de nature publique.»
«Je comprends que les
critères d'indépendance fixés par le projet de loi s'inspirent de ceux qu'on
retrouve pour les sociétés d'État dans la
Loi sur la gouvernance. Vous aurez
certainement des représentations à l'effet de moduler ces critères afin qu'ils
tiennent compte de la réalité des organismes paritaires.»
D'ailleurs,
j'ajoute que la modulation des critères d'indépendance pour tenir compte de la
réalité d'un organisme paritaire, ça pourrait faire
partie des sujets
qui pourraient être abordés dans le cadre d'une analyse plus fondamentale et
plus poussée sous le couvert de la loi R-20, à laquelle seraient conviées
l'ensemble des parties prenantes.
Le Président
(M. Simard) : En conclusion, oui.
M. Robert (Dominic) : Et, en terminant, Mme Lemieux, elle
utilisait une formule extrêmement bien tournée, qui devrait avoir un peu
de résonnance à nos oreilles aujourd'hui : «L'indépendance ne doit pas
être un obstacle à la pertinence.» Et je
termine sur ces mots sur lesquels Mme Lemieux ouvrait sa présentation en
2011 : «La Commission de la construction du Québec n'a de sens que
parce qu'elle est un organisme paritaire.» Merci.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous. M. le ministre, la parole vous
appartient.
M. Girard
(Groulx) : Bien, merci. Très bonne présentation, très appréciée.
Écoutez, l'objectif de la loi est évidemment
d'assujettir l'ensemble des sociétés d'État à la
Loi sur la gouvernance des
sociétés d'État et de la moderniser et... de la moderniser avec les
meilleures pratiques de gouvernance qui sont établies.
Je pense que le point
fondamental qui revient, puis ça fait plusieurs fois qu'on en discute, et on
aura... les consultations particulières auront plus que servi l'objectif de
soulever ce point : la pertinence, est-ce que la CCQ est une société
d'État ou non. J'ai reçu la lettre du conseil d'administration. Alors, c'est
bien établi que les différentes composantes
de CCQ nous indiquent qu'elles ne considèrent pas que la CCQ doit être
assujettie à la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État puisqu'elle
n'est pas une société d'État. Alors, je n'aurai pas de questions sur ce point
parce que ça fait plusieurs fois qu'on en parle.
Est-ce que ça va bien présentement au C.A. de la
CCQ? Est-ce que le C.A. de la CCQ sert l'intérêt supérieur de la CCQ?
Mme Bertrand (Manon) : Est-ce
que vous me permettez de répondre à cette question?
M. Girard (Groulx) : Ah!
certainement.
Mme Bertrand (Manon) : Est-ce
que, Dominic, c'est correct?
M. Robert (Dominic) : Bien,
vas-y, Manon, c'est sûr.
Mme Bertrand (Manon) : Bien,
c'est sûr qu'on... Moi, en étant
partie du C.A. de la CCQ depuis 2012, je peux
vous dire qu'on a... oui, c'est sûr qu'on a certains petits enjeux qu'on a
vécus depuis les derniers temps. C'est sûr
qu'on devrait s'améliorer. Je crois que c'est important que chacun doit bien
comprendre son rôle d'administrateur dans cette institution. A-t-on des
ajustements à faire à notre gouvernance? Sûrement. Mais moi aussi, je pense que
tout ceci devrait se faire dans le cadre de la loi R-20. C'est là qu'on
veut en venir. La collaboration de tous, je pense qu'elle va être importante
pour atteindre le succès d'une meilleure gouvernance. Ça, c'est sûr.
Je crois à
l'efficacité d'un C.A. muni d'un profil collectif. Nous, on appelle ça un
profil collectif pour ne pas... pour
prendre le jargon d'une autre institution qui, justement, afin d'avoir une
saine gouvernance, a appelé ça un profil collectif. Mais il faut
s'assurer d'avoir l'expertise autour de la table, puis ça, M. Robert en a
parlé. Comme moi, ma contribution en tant qu'entrepreneure au C.A. de la CCQ,
je pense que c'est primordial qu'on ait des entrepreneurs qui connaissent l'industrie, qui connaissent ce
qui se passe sur les chantiers. On ne peut pas... on ne peut pas sortir de
C'est sûr qu'on a déjà des indépendants à la
table. Ça apporte une valeur ajoutée, ça, c'est sans aucun doute. Mais,
considérant que la majorité du mandat de la CCQ, c'est un mandat privé. C'est
sûr qu'il est... il va sans dire puis il est normal qu'à certaines occasions il
y ait un petit peu plus de débats autour de la table, tu sais. Mais les associations, je peux vous dire, on a eu des
discussions au C.A. de la CCQ. Je peux vous dire que les parties
prenantes sont prêtes à travailler dans le sens d'améliorer les choses, là.
Vous le savez, vous avez dit que vous avez lu la lettre. On ne reviendra pas
sur la position de la société d'État.
Peut-être que
je peux rajouter un petit point personnel. Je vous avouerai que, présentement,
le virtuel ne nous a pas aidés,
depuis deux ans, au C.A. de la CCQ, à avoir des échanges puis une
collaboration optimale, là. Je ne vous cacherai pas que moi-même,
siégeant normalement en présentiel... On est à côté de la
partie syndicale. Ça
nous permet... Quand on est en présentiel, ça nous permet de comprendre les
préoccupations de chacun. C'est peut-être mon petit mot que je tenais à vous
dire, faisant
partie du C.A. de la CCQ, là-dessus, sur le climat.
M. Girard
(Groulx) : Bien, je vous
remercie. Je pense, c'est un point important, puisque vous le vivez
personnellement. Je vous remercie. Est-ce qu'il y a... Outre... Vous savez, il
y a plusieurs principes, dans le projet de loi
n° 4 : la rémunération des indépendants, l'importance des comités,
l'importance de la revue du plan stratégique, le respect de la parité
hommes-femmes, la diversité, les membres de moins de 35 ans. Est-ce que...
Si je sursimplifie et je dis que vous endossez les principes, mais vous ne
voulez pas que la CCQ soit assujettie à la loi, outre la séparation des
pouvoirs de la P.D.G. et de la présidence du conseil d'administration, est-ce
qu'il y a d'autres améliorations que vous aimeriez voir à la loi R-20?
M. Robert
(Dominic) : Bien, en fait, c'est une bonne question, parce que
vous positionnez bien le débat, M. le ministre. En fait, il faut
toujours comprendre... Je reviens là-dessus, la CCQ, à la base, c'était...
historiquement et de par sa nature, c'est un comité paritaire d'abord. Ensuite,
il y a eu des mandats publics qui se sont greffés.
Puis tantôt
vous demandiez : Est-ce que le conseil d'administration fonctionne bien?
Le conseil d'administration, à mon humble avis, je n'y siège pas, mais,
quand on regarde les mandats publics, où on a besoin d'avoir des orientations fondamentales puis avoir une vision à
moyen puis à long terme, ça fonctionne très bien, là. La planification stratégique qui a été adoptée il y a quelques
années, qui est placardée sur le mur du conseil d'administration, ça a
très, très bien fonctionné. Là où il y a plus de débats, c'est sur les questions
qui relèvent de la nature paritaire. Ça ne veut pas dire que ça ne fonctionne
pas. Ça veut dire qu'évidemment ça soulève des questions.
Maintenant, et donc c'est pour ça que je
reviens, je fais une petite introduction, parce que votre question, c'est : Est-ce qu'il y a d'autres éléments,
dans la saine gouvernance, qui sont inclus au projet de loi qui pourraient
être appliqués à la Commission de la construction du Québec? Certainement, mais
il faudrait toujours les moduler et être certain qu'on tient compte des
réalités... de la réalité que je viens d'expliquer. C'est-à-dire, pour imager
un peu maladroitement l'espèce de bicéphalité, là, il y a l'aspect relations de
travail, comités paritaires, puis l'aspect plus fondamental d'un conseil
d'administration. La parité, oui, on la recherche, évidemment, le fait d'avoir
des personnes qui pourraient accéder au conseil d'administration qui sont des
personnes qui proviennent de groupes mal, peu ou pas représentés, tout à fait, mais, encore une
fois, dans le cadre d'une analyse plus poussée des réalités de notre
industrie, du rôle central qui est joué par
la Commission de la construction, à la lumière de ses mandats, et donc de
moduler tout ça.
Je vous donne un exemple, par exemple, sur
l'indépendance. C'est une notion extrêmement importante, l'indépendance, et par
ailleurs est-ce que, chez les administrateurs qui proviennent du monde
associatif, on doit s'attendre au même degré d'indépendance que les
administrateurs qui proviennent... ou que j'appellerais, entre guillemets, du
public? Ça, c'est une question fondamentale qu'on pourrait résoudre dans le
cadre d'une analyse un peu plus poussée puis
un peu plus adaptée aux réalités de la Commission de la construction du Québec,
qui permettrait à la fois d'assurer une certaine prépondérance, dans la
mesure où on considère que c'est important, compte tenu du financement et des mandats, mais qui permettrait
aussi la représentation, parce que c'est la question de la
représentativité qui est en arrière de tout ça aussi, ce qui fait en sorte que
les gens, comme vous le voyez, bien, cherchent à conserver ce degré de
représentativité là qui est important dans un comité paritaire. On ne peut pas
en faire fi.
M. Girard (Groulx) : Alors, je vous
remercie beaucoup. M. le Président, ça complète mes questions. Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous. M. le député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, bonjour. Merci. Donc, on constate tous, et c'est... ça semble...
Tu sais, ce n'est pas une grande surprise que, donc, du côté patronal et du
côté syndical, il y a une unanimité quant au désir d'exclure la CCQ du projet
de loi n° 4, et je comprends bien les raisons. Vous les avez très bien
indiquées, et ce n'est pas tellement différent non plus de ce que M. Trépanier
nous disait un peu plus tôt aujourd'hui. Et donc, pour vous aussi, c'est
primordial, la question de la représentativité. Donc, le cinq-cinq-quatre, pour
vous, comme composition du C.A., pour vous, c'est un équilibre qui a été acquis
au cours des années, et cet équilibre-là devrait être maintenu. C'est bien ça?
M. Robert (Dominic) : Bien, au-delà
des chiffres, au-delà des chiffres, sur le nombre, et tout ça, moi, je me...
j'ai pris la peine de... Puis je trouvais que la formule de Mme Lemieux
était drôlement bien tournée : l'indépendance ne doit pas être un obstacle
à la pertinence. Dans le fond, c'est quoi, le meilleur modèle, pour le...
l'objet qui est la Commission de la construction du Québec, avec, comme toile
de fond, l'importance de la prépondérance des parties prenantes, l'importance
d'avoir, effectivement, un degré d'indépendance qui rencontre les objectifs visés par le gouvernement dans la
gouvernance des sociétés d'État ou, en tout cas, des conseils d'administration,
en tenant compte de ce que j'ai dit précédemment? Mais, pour répondre
directement à votre question, le modèle actuel, à mon avis, rencontre ces
objectifs-là de prépondérance et de représentativité en fonction des mandats
puis du financement de l'organisation.
M. Leitão : Très bien, et c'est
probablement dû à la nature même de l'organisme. Moi, j'ai l'impression que le conseil d'administration de la CCQ, c'est une
espèce... c'est un conseil d'administration exécutif, dans le sens où
vous prenez des décisions en ce qui concerne la gestion de la commission. C'est
un exemple, un parallèle boiteux, mais, par
exemple, je ne sais pas, moi, le conseil d'administration de la SAQ, bon, c'est
l'équipe de direction de la SAQ qui dirige la SAQ, ce n'est pas le
conseil d'administration. Mais, dans le cas de la CCQ, le conseil
d'administration a un rôle très important,
joue un rôle très important dans les activités, je dirais... presque des
activités «day-to-day». Est-ce que je me trompe ou c'est le cas?
Mme Bertrand (Manon) : Bien, si vous
me permettez de répondre en premier, je ne crois pas qu'on soit tant que ça
dans l'opérationnel, le C.A. de la CCQ. Je crois plus que, quand il y a des...
Vous savez, là, quand on parle de ratios,
quand on parle de métiers, souvent on est pris dans des règlements. Je ne pense
pas que ce soit non plus à l'équipe de direction de changer des
règlements sans l'apport, sans le consentement du conseil d'administration.
C'est plus là que, des fois... Ça, c'est du mandat privé. C'est plus là qu'il
arrive... qu'il va arriver, à l'occasion, qu'il va y avoir des débats qui vont être un petit peu plus entre les deux
parties, mais je pense qu'on arrive quand même avec un... à faire
fonctionner la machine. Parce que c'est sûr que ça concerne vraiment les deux
parties, mais on n'est pas dans l'opérationnel. Il faut toujours penser que
c'est des règlements qui doivent être adoptés au C.A., bien entendu, parce que
ces règlements-là doivent continuer leur processus. Ça fait que je ne pense pas
que c'est dans l'opérationnel qu'on est quand on est à ce moment-là.
M. Leitão : Très bien, merci de la
précision. Et c'est ce genre, donc, de pouvoir d'adopter des règlements qu'on
ne trouve pas nécessairement dans les autres conseils d'administration des
autres sociétés d'État de nature commerciale. Donc, c'est un bel exemple.
Mme Bertrand (Manon) : Exact.
M. Leitão : Maintenant, pour ce qui
est des changements qu'on pourrait ou qu'on devrait amener en termes de règles de gouvernance, de séparation des rôles
P.D.G., président du C.A., transparence, etc., vous, vous préféreriez
que ces changements-là, s'il faut les adopter, et probablement que, oui, il
faudrait les adopter, se fassent dans le cadre d'une révision de la loi R-20
plutôt qu'ici, dans le projet de loi n° 4.
Robert (Dominic) : Tout à fait, vous avez bien compris. Vous avez bien
compris, en tenant compte puis en consultant l'ensemble des parties prenantes
puis en tenant compte d'effectivement le caractère particulier de
l'organisation, que vous avez, par ailleurs, bien saisi, je pense.
M. Leitão : Donc,
on pourrait très bien dire : Bon, écoutez, dans le projet de loi
n° 4, on va créer une
section qu'on va changer la loi R-20, mais ce
n'est pas ça que... Ce n'est pas ça dont on parle ici, vous, c'est une révision
de la loi, une modernisation, une mise à
jour de la loi R-20 en bonne et due forme, avec tout le processus de
consultation. Et donc d'essayer de trouver un consensus, ce n'est pas si rapide
que ça.
Mme Bertrand
(Manon) : Exact, avec les parties prenantes, c'est ça.
M. Robert
(Dominic) : Le processus de... le processus de... L'approche par
loi-cadre est très peu compatible avec le régime qui encadre les relations de
travail dans l'industrie de la construction, si je peux me permettre un tel
commentaire.
M. Leitão : Oui,
vous pouvez élaborer un peu plus?
M. Robert
(Dominic) : Bien, tantôt, je disais que c'est un régime qui est
particulier. Je vais vous donner un exemple très précis de ce que je veux dire.
Il y a quelques années, on a modifié la
Loi sur les normes du travail puis on l'a fait via une loi-cadre et puis qui...
L'industrie de la construction était touchée par cette modification
législative, par ailleurs légitime, correcte, dont je ne discute pas le
bien-fondé, mais on s'est rendu compte que de procéder par une loi-cadre, ça ne cadrait pas du tout.
Effectivement, le terme est bien choisi, ça ne pouvait pas s'appliquer dans
l'industrie de la construction pour x, y, z raisons. Puis finalement, en
commission parlementaire, tout le monde en est venu à la conclusion
qu'effectivement une réflexion un peu plus poussée, dans le cadre qu'on
connaît, de celui de la loi R-20, avec les gens réellement impliqués puis
avec une explication puis une prise en compte des réalités de la convention
collective, qui est un peu la pièce maîtresse au centre des activités de la CCQ
dans l'exercice de ses mandats, aurait peut-être permis, dans le fond, d'éviter
bien des problèmes.
M. Leitão : Très
bien. Donc, vous êtes en train de nous dire que probablement que le ministre du
Travail pourrait trouver un peu de temps dans son agenda pour essayer de régler
ça. Écoutez, oui, on était, certains d'entre nous,
aux travaux de la loi... le projet de loi n° 59, et, oui, c'était... il y
avait beaucoup de choses à examiner. Bon, écoutez, merci beaucoup de
votre participation. Et j'ai bien compris, donc, une loi-cadre comme celle-ci,
à votre avis, n'est pas l'outil adéquat pour une telle réforme. Merci.
Le Président (M.
Simard) : Mme la députée.
Mme Ghazal : Merci,
Mme Bertrand, M. Robert, pour votre présentation et votre mémoire.
Donc, on a entendu tous les arguments que vous mentionnez contre le fait que la
CCQ soit considérée comme une société d'État. Je ne sais pas, je ne lis pas
dans la tête du ministre, mais je pense qu'il y a peut-être une ouverture ou
quelque chose... En tout cas, on aura le temps d'en discuter.
Est-ce que... Dans le
fond, dans tout ce que vous nous avez dit, ce serait quoi, le plus grand
désavantage si la loi n'était pas modifiée, puis que ça restait comme ça, puis
qu'on enlevait cet équilibre qui a été trouvé sur le conseil d'administration
de la CCQ? Est-ce que ça pourrait, par exemple, mettre en péril la paix dans
les relations de travail dans l'industrie de la construction? On sait que ça
n'a pas toujours été facile puis qu'il y a eu des moments plus houleux que
d'autres. Est-ce qu'il y a ce risque-là?
M. Robert (Dominic) :
Bien, écoutez, il y a la question de l'adhésion, hein? Tantôt, j'en ai
parlé. Est-ce que ça pourrait aller jusqu'à mettre en péril la paix
industrielle? Bien, non, quand même, il ne faudrait pas non plus... On a quand même réussi... On est habitués, dans
l'industrie de la construction... Bon, il faut toujours un petit peu,
encore, combattre certaines... je dirais, certaines idées préconçues sur notre
industrie. Là, somme toute, ça va relativement bien, là. Je veux dire, on vient
de passer à travers une négociation. On a introduit une petite révolution en
matière d'avantages sociaux puis on l'a fait ensemble avec la
partie syndicale.
Alors, moi, ce qui
est important, pour moi, dans le... En fait, dans la composition du conseil
d'administration, est-ce qu'il y aurait des enjeux? Moi, c'est la question de
l'adhésion, parce qu'on l'a dit, ça prend quand même un certain niveau
d'expertise, ça prend quand même un niveau... un certain niveau de... ça prend
un recul par rapport aux questions qui sont traitées, et ainsi de suite. Puis,
là où moi, je trouverais ça un petit peu difficile à motiver ou à... à motiver,
oui, c'est de dire : Bien, écoute, tu es dans un régime de relations de
travail, la base du régime, c'est la négociation
collective, et tu finances une organisation à raison de 200 millions de
dollars par année, mais malheureusement, bien, ce n'est pas toi qui vas
prendre des décisions, ça va être des personnes qui ne sont pas de ton
industrie, qui vont majoritairement te dire... puis gérer ton argent. À mon
avis, conceptuellement, je sais que c'est un peu gros, ce que je vais dire,
mais, conceptuellement, ça ressemble drôlement à de la taxation sans
représentation.
Mme Ghazal :
C'est ça, puis, dans le fond, donc, c'est l'adhésion des gens qui sont autour
de la table. Puis vous dites aussi que tout est déjà là pour permettre cette
indépendance. Vous avez dit qu'on pourrait modifier la loi constitutive de la CCQ. Vous avez nommé... séparé
le président du C.A. et le P.D.G. D'autres, hier, nous ont dit :
Bien, quand ce n'est
pas brisé, ne le réparez pas. Mais vous, vous avez une ouverture, vous
dites : Non, non, non, il faut revoir la loi, notamment pour
séparer ces deux postes-là. Est-ce qu'il y aurait d'autres choses qui devraient
être améliorées?
Le Président (M.
Simard) : Succinctement, s'il vous plaît.
M. Robert
(Dominic) : Bien, succinctement, on est ouverts, on dit... Soyons
clairs, on ne dit pas qu'il n'y a pas de problème, là, puis que tout est beau,
Madame la Marquise. Ce n'est pas ce qu'on dit, mais on dit : S'il y a des
changements à faire... Moi personnellement, je vous dirais que le changement le
plus fondamental puis l'exercice le plus difficile à faire dans le cadre de
l'étude de ce projet de loi là, c'est vraiment la notion d'administrateur
indépendant. Ça, il faut que ce soit travaillé, puis d'amener une composante
d'indépendance chez les administrateurs qui proviennent des associations, à mon
avis, c'est le travail auquel on devrait être convié.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet :
Merci beaucoup, M. le Président. Donc, je vais repartir de votre commentaire.
Parce que je suis d'accord, je partage votre position. Après avoir entendu
plusieurs groupes, je demeure convaincu, comme je l'étais depuis le début, que
la CCQ ne devrait pas être assujettie au projet de loi n° 4, mais je suis
aussi convaincu qu'il y a des modifications qui peuvent être apportées à la
CCQ. Et les gens du syndicat de l'Inter, ce matin, nous ont déjà dressé une
liste de choses. Vous le faites aussi dans le mémoire. Vous nous parlez de la
séparation du poste de P.D.G. et de président du conseil. Je vais y aller en
rafale.
La rémunération des
administrateurs, vous n'êtes pas contre ça?
M. Robert
(Dominic) : Non.
M. Ouellet :
La parité hommes-femmes 40 %-60 %, vous êtes d'accord avec ça?
M. Robert
(Dominic) : Très.
M. Ouellet :
La présence d'un jeune de moins de 35 ans?
M. Robert
(Dominic) : Aussi, mais évidemment toujours sous couvert de
compétence, d'expertise et du recul suffisant pour prendre les décisions dans
l'industrie.
M. Ouellet :
Oui. Par la suite, la divulgation des cinq plus hauts salariés?
M. Robert (Dominic) : Je n'ai pas réfléchi plus qu'il ne le faut par
rapport à cette question-là, donc je vais m'abstenir.
M. Ouellet :
Pourquoi je vous pose ces questions-là, c'est qu'on va essayer de gagner du
temps. Si, effectivement, ce que vous nous dites aujourd'hui, ce n'est pas dans
une loi-cadre, mais c'est vers une modification de la loi R-20 et qu'on
ait des consultations, on peut déjà indiquer au gouvernement les parties
prenantes logent à quel endroit, pour qu'on ait rapidement un consensus. Et je
pense que c'est ce qu'on va essayer de faire avec les autres groupes cet après-midi. Si ce n'est pas la loi n° 4 qui peut assujettir la CCQ à une meilleure gouvernance, il y a
des pistes de solution qui peuvent être mises sur la table, et c'est là-dessus
qu'on va essayer de travailler.
Donc, merci beaucoup
d'avoir pris le temps de nous échanger votre position. Et on va travailler à
faire d'une meilleure loi R-20... une loi qui va apporter une meilleure
gouvernance. Et je retiens l'importance de l'expertise au sein du conseil
d'administration de la CCQ.
Le Président (M.
Simard) : Alors, mer