Institutions — 11 September 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2014-09-11
Quebec — Committees
Enfin, je m'en
voudrais de ne pas souligner le travail des coroners lors de sinistres majeurs
comme ceux qui ont durement frappé les municipalités de Lac-Mégantic et de
L'Isle-Verte. Dans les heures suivant ces incendies, les familles éprouvées ont pu compter sur la présence
et le soutien des coroners sur place. Au nombre des actions qui sont
conférées aux coroners, mentionnons, dans ces circonstances semblables, le
soutien aux familles; l'identification des dépouilles
qui sont par la suite rendues à leurs proches; la cueillette des effets
personnels sur les lieux; l'appariement des données recueillies en cours d'investigation et l'attestation de la
survenance du décès. Ces aspects de leur travail ont été davantage mis en lumière lors de ces deux
événements, mais les coroners agissent ainsi régulièrement lors
d'événements mortels impliquant un nombre plus restreint de personnes décédées.
Tous les
renseignements recueillis par les coroners sur les causes et circonstances de
décès sont colligés dans une banque de
données qui permet de repérer et de suivre les tendances concernant la
mortalité obscure et violente au Québec. Les données de cette banque
sont régulièrement utilisées par les organismes, ministères ou autres groupes travaillant en
enseignement, en recherche et, évidemment, en prévention. Le coroner en chef
est en outre responsable de la conservation
et de l'archivage des dossiers complets des coroners lorsque l'investigation ou
l'enquête publique est terminée et peut autoriser des chercheurs à les
consulter, et ce, de manière confidentielle dans le cadre de leurs travaux.
Pour accomplir cette
mission d'envergure jour et nuit sur un territoire aussi vaste, le Bureau du
coroner compte sur une équipe et sur des
ressources somme toute limitées. Laissez-moi justement vous présenter
l'organisation en quelques données
chiffrées. Au plan des effectifs, le Bureau du coroner regroupe huit coroners
permanents, dont six sont basés à Québec et deux sont basés à Montréal.
Les coroners investigateurs à temps partiel, répartis de la Côte-Nord à l'Outaouais, du Nunavik aux frontières
américaines, sont quant à eux au nombre de 85. Pour soutenir ces officiers
publics, le Bureau du coroner dispose d'une
équipe de cadres, de professionnels, de techniciens et d'employés de bureau
totalisant 36 personnes. Ces dernières
travaillent à Québec et à Montréal dans nos bureaux administratifs et dans nos
deux morgues.
plan financier, maintenant, le budget de dépenses 2010‑2011 était de
7,4 millions. Il est passé, en 2012‑2013, à 7,3 millions, soit une variation à la baisse d'environ 1,4 %.
Notre budget, augmenté cette année de 500 000 $, demeure, somme toute, modeste quand on le situe dans le
portefeuille global de 1,3 milliard des activités de sécurité publique.
Les coroners sont appelés à intervenir dans
environ 7 % des décès qui surviennent chaque année au Québec. De 2009 à
2013, une moyenne de 4 200 décès a été signalée aux coroners annuellement.
Durant cette même période, le nombre de signalements a par ailleurs augmenté
d'année en année. De 3 952 qu'il était en 2009, il a augmenté de 10 %
pour se situer, en 2013, à 4 376.
L'Institut de la statistique du Québec note d'ailleurs dans son dernier bilan
démographique, paru le 3 décembre
2013, que la croissance globale des décès, de 2000 à 2009, est d'environ
1 % l'an. On peut donc convenir que le vieillissement de la
population du Québec nous laisse présager que le nombre des investigations de
coroner risque évidemment d'augmenter.
Un mot concernant la
planification stratégique que tous les ministères et organismes doivent déposer
à leurs autorités. Celle du Bureau du
coroner est échue depuis un moment, on en est conscients, et j'ai débuté les
travaux pour qu'une nouvelle
planification stratégique puisse être présentée prochainement. Le premier jet
de ce document m'a été remis il y a quelques semaines, et le produit
final sera complété d'ici la fin de l'exercice financier. Évidemment, ce texte
prendra en compte les nouvelles orientations et les objectifs que je m'apprête
à vous présenter.
Je vous l'ai dit, je
suis arrivé en poste le 9 décembre dernier. Au moment de ma nomination, on m'a
signifié deux attentes précises : premièrement, revoir et
moderniser le fonctionnement du Bureau du coroner et, deuxièmement, revisiter la loi qui nous gouverne, soit la
Loi sur
la recherche des causes et circonstances des décès, pour évaluer
l'opportunité de la modifier.
mon arrivée, j'ai d'abord posé un diagnostic organisationnel et j'en ai
tiré des constats suivants : une importante problématique de délai de
livraison des rapports d'investigation; un besoin de rapprochement entre les
tâches exercées par l'administration centrale et les besoins des coroners sur le
terrain; un esprit d'équipe à améliorer; certains mécontentements
perceptibles de la part de certains intervenants, partenaires, familles; un
manque d'uniformité et de cohérence dans le traitement des dossiers; une
méconnaissance du rôle des coroners de la part de la population; des
améliorations à apporter sur le plan de la
formation; des plaintes qui s'accumulent; une certaine confusion des rôles et
une méconnaissance de la structure organisationnelle par les coroners; et un éloignement de l'organisation par rapport aux besoins des citoyens. La table était
mise.
Dans
les semaines suivantes, j'ai rencontré... et discuté avec les membres de mon
équipe afin d'évaluer le climat de travail
et prendre connaissance des besoins et surtout des préoccupations des employés. J'entretiens depuis une communication étroite et
constante avec les coroners et avec le personnel en général, le tout dans le
but d'alimenter le sentiment d'appartenance, de favoriser un climat de travail
rassembleur et positif et, enfin, pour que chacun puisse adhérer... et se
sentir interpellé par notre démarche.
Le 17 avril dernier,
le Protecteur du citoyen déposait un rapport. Ce dernier faisait suite à plusieurs
plaintes reçues par cette institution au sujet des délais de production des rapports d'investigation des
coroners. Préoccupé par les effets préjudiciables qu'ils peuvent
entraîner pour les familles endeuillées, le Protecteur du citoyen a estimé
opportun de conduire, à sa propre
initiative, une enquête systémique sur les causes des délais d'investigation
des coroners. Cette enquête, dont je vous présenterai des extraits,
repose sur l'analyse de données fournies par le Bureau du coroner et d'un échantillon de dossiers d'investigation. Rien
ne nous fait douter aujourd'hui de la justesse de la démarche et de ses conclusions. D'ailleurs, dans un communiqué
de presse émis le 17 avril dernier, le même jour que la parution du rapport du Protecteur du citoyen, nous avons déclaré, et je
cite : «Le Bureau du coroner partage et adhère en tous points aux
objectifs sous-tendant les recommandations formulées par le Protecteur du
citoyen. La réduction des délais de livraison des rapports est d'ores et déjà
une priorité pour nous et je suis sûr qu'elle l'est également pour nos divers
partenaires.» Ainsi ralliés et forts des mesures que nous sommes déjà en train
d'implanter, nous atteindrons notre objectif, soit de mieux soutenir les
représentants des personnes décédées et mieux servir la population en général.
Fin de la citation.
Nous vous confirmons aujourd'hui que la réduction
des délais est toujours et continuera d'être la priorité numéro un du
Bureau du coroner.
lecture des données recueillies dans cette étude montre bien que la
problématique des délais est multifactorielle. Elle concerne à la fois les coroners, bien sûr, le personnel
administratif mais aussi les partenaires. C'est sur cette base que sont
calculées la part des délais imputables à chacun des partenaires dont les
coroners dépendent pour livrer leurs conclusions et la part attribuable aux
coroners eux-mêmes. Les cinq sources de délai identifiées par le protecteur
sont les suivantes : la production des
rapports de police, c'est tout le cheminement, ça, du rapport de... la
préparation du rapport d'investigation,
donc, le rapport de police; la livraison des rapports d'expertise; la
confection et la livraison des rapports d'autopsie; la rédaction des
rapports d'investigation, alors que le coroner détient en main toutes les
expertises, donc, prêt à rédiger son
rapport; et les délais de traitement administratif des dossiers par le
personnel du Bureau du coroner.
C'est
en analysant toutes ces causes que le protecteur a été en mesure d'émettre des
constats spécifiques. Il s'est d'ailleurs
attardé davantage à deux causes, soit les délais de production des rapports
d'autopsie et les délais attribuables aux coroners.
En 2012, les
coroners ont eu recours à des autopsies dans 38,8 % des investigations. Du
dire même du protecteur, cette proportion est assez constante d'une
année à l'autre. Environ six autopsies sur 10 sont réalisées dans les centres hospitaliers du Québec, alors que les quatre
autres autopsies sont pratiquées au Laboratoire de sciences judiciaires et
de médecine légale. Je peux vous confirmer que mes collègues et moi sommes
confrontés régulièrement à la rareté des pathologistes.
Peu sont disposés à fournir de l'expertise pour nos investigations, et nous
devons composer avec les délais de
livraison de leurs rapports. Nous sommes bien loin de la fiction dépeinte dans
les séries télévisées où le coroner obtient tous ces rapports en 43
minutes et quatre pauses publicitaires. On est vraiment loin de ça.
En centre hospitalier, les délais de production des rapports d'autopsie varient amplement,
dépendant de la taille et du type de
département de pathologie. Le sondage du Protecteur du citoyen est
révélateur à ce chapitre. Dans son rapport, on fait état, dans la région de Québec, que cela peut varier
de 10 jours à trois mois, alors que, dans certains autres coins du Québec,
le délai varie de trois mois à trois ans pour obtenir le rapport de l'autopsie.
Pour ce qui est des autopsies pratiquées au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, le Protecteur du citoyen constate à
juste
titre que l'arrivée de trois nouveaux pathologistes a permis de réduire considérablement les retards dans la livraison des rapports, qui avaient atteint,
en 2009‑2010, deux ans ou plus.
En ce qui a trait maintenant aux délais imputables aux coroners, le protecteur met en relief quelques
hypothèses pour les expliquer, soit la surcharge et l'accumulation de dossiers
non traités; l'absence d'attentes formulées quant aux délais; la complexité de
certains dossiers; et finalement les conditions de travail difficiles des
coroners travaillant seuls et sans soutien clérical. Je parle des coroners à
temps partiel qui sont répartis à travers la province.
Autant les constats du Bureau du coroner que
ceux du Protecteur du citoyen ne laissent planer, à notre avis, aucun doute sur le fait qu'il y avait urgence
d'agir. La gestion d'une organisation doit reposer sur un leadership
propre à donner rapidement des résultats.
L'objectif de réduction des délais s'est donc imposé encore une fois comme une
priorité absolue de chacune des personnes qui oeuvrent au sein du Bureau du
coroner.
Tel que
demandé par le Protecteur du citoyen, et en respectant évidemment l'échéance
prescrite du 15 juin dernier, nous avons déposé un plan d'action
couvrant les six grands axes de recommandation formulés dans ce rapport.
Première recommandation : que le Bureau du
coroner détermine un objectif de réduction des délais d'investigation et
se dote d'un plan d'action pour l'atteindre. En ce qui concerne la première recommandation — on me
dit d'aller plus vite — le Bureau du coroner s'est donné comme
objectif de réduire le délai global d'investigation des coroners à six mois, et nous souhaitons l'atteindre
progressivement d'ici trois ans. Nous sommes conscient