Institutions — 6 April 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-04-06
Quebec — Committees
(Onze heures trente et une minutes)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 64,
Loi sur l'immatriculation des armes à
feu.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Hivon (Joliette) est remplacée par M. Roy (Bonaventure); M. Leclair (Beauharnois) est remplacé par M.
Bergeron (Verchères); et Mme Roy (Montarville) est remplacée par M. Spénard
(Beauce-Nord).
Président (M. Ouellette) :
Nous entendrons, ce matin, le Service
de police de la ville de Montréal et
le groupe PolySeSouvient, soit le groupe de diplômés de la Polytechnique
pour le contrôle des armes.
Mais d'abord
nous recevons l'inspecteur-chef François Bleau, un collègue
de travail d'il y a plusieurs
années, et l'inspecteur Antonio...
Iannantuoni. J'ai toujours eu de la misère, mais, je veux dire, ça va bien.
Vous avez 10 minutes pour nous
présenter vos observations, et après il va y avoir un échange avec le parti
ministériel et les partis de l'opposition. M. Bleau, à vous la parole.
M. Bleau
(François) : M. le
Président, M. le ministre, députés et membres de la commission, mesdames
messieurs, bonjour. Je me présente, François
Bleau, inspecteur-chef au Service de police de la ville de Montréal. Je suis
accompagné de l'inspecteur Antonio Iannantuoni, également cadre à la Division
du renseignement pour le SPVM.
Tout d'abord,
j'aimerais remercier le ministre de la Sécurité publique ainsi que les membres
de la Commission des institutions
d'avoir invité le Service de police de la ville de Montréal à vous soumettre
ses commentaires à l'égard du projet
de loi n° 64 sur l'immatriculation des armes à feu. Le Service de police
de la ville de Montréal se sent particulièrement interpellé, puisqu'il s'agit là d'un enjeu majeur qui touche directement
la sécurité du public et la sécurité de nos policiers.
Comme
organisation policière, nous appuyons le projet de loi n° 64, qui prévoit
que toute arme à feu sans restriction
présente au Québec doit être immatriculée, comme nous étions également
favorables au Registre canadien des armes à feu. Un registre des armes à feu est, sans conteste, un outil de travail
de très grande qualité, utile pour les policiers, qui ont notamment
comme responsabilités, rappelons-le, de protéger la vie des citoyens et de
prévenir le crime.
Pour bien comprendre l'importance qu'accorde le
SPVM à l'égard du registre des armes à feu, il faut d'abord comprendre dans
quel contexte les policiers montréalais interviennent au quotidien.
L'agglomération
de Montréal englobe près de 2 millions de résidents, ce qui représente,
approximativement, le quart de la
population du Québec. S'ajoutent, à tous les jours, plus de 500 000
personnes qui viennent sur notre territoire pour le travail ou les études. Durant une année, Montréal reçoit
également quelque 2 millions de personnes qui y viennent occasionnellement, pour diverses raisons, ainsi
que 10 millions de touristes que nous accueillons, bon an, mal an,
dans la métropole. D'ailleurs, Montréal est
reconnue internationalement pour ses événements festifs d'envergure, où se
rassemblent des foules significatives.
Les policiers
de Montréal effectuent annuellement environ 1,5 million d'interventions,
et c'est au quotidien qu'ils ont à
intervenir dans des secteurs où la densité de population est élevée.
L'arrondissement du Plateau—Mont-Royal, par exemple, a une
densité de population de plus de 12 000 habitants au kilomètre carré. La
présence d'armes à feu dans un tel
contexte urbain constitue un enjeu pour la sécurité publique. En 2014,
18 600 crimes contre la personne ont été rapportés sur notre territoire. À noter que de ces crimes un
tiers constituent des infractions dans un contexte de violence conjugale
et intrafamiliale.
Pour les policiers de Montréal, la lutte aux
crimes de violence est un enjeu bien réel pour la protection et le sentiment de sécurité de sa population. Qu'elle
s'inscrive dans un contexte conjugal ou intrafamilial ou encore qu'elle
soit reliée à des conflits entre individus
ou des groupes criminalisés, elle demeure pour nous une priorité. Dans ces circonstances, et puisque la sécurité des
personnes est une première préoccupation, il nous apparaît primordial d'avoir
les meilleurs outils possible pour intervenir de façon rapide et sécuritaire.
Un registre est l'un
des moyens qui servent à l'évaluation de la menace lors des interventions
policières et permettent de mieux adapter
nos actions en conséquence. En
effet, que ce soit en matière d'enquête ou lors de réponses aux appels, le registre d'armes à feu est un outil
de référence fort utile pour préparer autant nos interventions
quotidiennes que les
opérations d'envergure. Le Registre canadien des armes à feu est d'ailleurs
largement utilisé par les policiers. En 2009, le registre a été consulté par près de 80 % des policiers
canadiens. Qu'il soit question d'une perquisition ou d'une réponse à un appel de violence conjugale, il est
plus pertinent pour les policiers de savoir s'il se trouve des armes sur
les lieux d'intervention. Il en va non
seulement de leur propre sécurité, mais également de la sécurité des citoyens à
proximité.
2014, à Montréal, 446 armes à feu ont été impliquées dans des incidents
criminels sur notre territoire. De ce nombre,
56 % étaient des armes longues, et 44 %, des armes de poing. En 2015,
un an plus tard, ce sont 284 armes qui ont été impliquées dans
divers dossiers criminels, dont 47 % des armes étaient longues et
53 %, des armes de poing. Conséquemment, au cours des deux dernières
années, la proportion d'armes longues et d'armes de poing confisquées est
similaire.
Nous
avons une responsabilité à l'égard des citoyens et, comme employeurs, à l'égard
de nos policiers également. Le
registre n'est peut-être pas une fin en soi, mais il a très certainement sa
raison d'être. Est-ce que toutes les armes sur le territoire sont enregistrées? Bien sûr que non.
Mais pouvons-nous tout de même mettre toutes les chances de notre côté
pour limiter les crimes avec violence lorsque c'est possible? Le SPVM croit
fortement qu'il faut s'en donner les moyens.
Montréal
a connu son lot de drames commis avec des armes à feu. Pensons à la tuerie de
la Polytechnique, aux événements
survenus à Concordia et à Dawson. Montréal a connu l'apparition de phénomènes
de violence marquants tels que les gangs de rue, la guerre des motards
et maintenant la menace terroriste, qui devient réalité. Légiférer sur
l'immatriculation des armes à feu nous aiderait non seulement à connaître la
provenance des armes, mais aussi à en suivre la trace. Cela contribuerait
également à nous appuyer dans notre rôle de prévention.
Toute
personne n'est pas apte à posséder une arme, soit parce qu'elle présente des
risques potentiels pour elle-même ou
pour autrui. Il faut souligner que nous recevons chaque année plus de
30 000 appels pour des personnes en crise ou dont la santé mentale
est perturbée. En 2015, ce sont près de 4 500 appels que nous avons reçus
pour des suicides ou des tentatives de
suicide. Il faut pouvoir restreindre l'accès aux armes à feu aux personnes non
aptes à en posséder. Nous avons là un
moyen concret de prévention. En 2014 seulement, 805 demandes de permis
d'armes à feu ont été refusées au Canada pour diverses raisons de
sécurité publique, et cela n'inclut pas les armes révoquées.
confiscations et les saisies préventives des armes, tel que prévu au Code
criminel, sont au nombre des
gestes posés par des policiers dans le cadre
de leur travail pour assurer la sécurité des citoyens. Nous n'avons qu'à penser
à la dure réalité de la violence
conjugale et intrafamiliale. Il est primordial que les policiers puissent
savoir, lorsqu'ils interviennent dans un contexte conjugal où le conjoint n'accepte pas la séparation,
s'il s'y trouve des armes. De la même
façon, si les policiers
interviennent auprès d'individus ayant proféré des menaces, ils s'y prépareront
en conséquence et, s'il y a lieu, ils
procéderont à une saisie préventive avant que l'irréparable soit commis. En
2015, ce sont 153 armes à feu qui ont été saisies de cette façon préventive, dont 120 étaient des armes longues. D'ailleurs,
nos données de 2014 et de 2015 sur les ordonnances de retrait d'armes à
feu démontrent que ce sont davantage des armes longues qui sont visées et que
les armes longues représentaient 89 % en 2014, 78 % en 2015... au niveau
des armes confisquées. Il a été démontré aussi qu'il existe une corrélation entre l'accès aux armes à
feu au domicile et le risque de décès. La présence d'une arme à feu dans
un domicile augmente de 2,7 fois le risque
de décès par homicide. Le Comité d'experts sur les homicides intrafamiliaux
a même constaté que l'accès à des armes à feu ou leur possession était un
indicateur associé à l'augmentation du risque de létalité chez les femmes.
L'arme
à feu constitue également un moyen le plus souvent utilisé pour commettre l'homicide suivi d'un suicide. En 2015, 11 homicides commis à Montréal l'ont
été à l'aide d'une arme à feu, dont deux par des armes longues. Selon le
bureau du coroner du Québec, les armes sans
restriction ont été également responsables, en 2010, de 85 % des
suicides par arme.
Dans une ère où tout
est informatisé, centralisé et facile de consultation en temps réel, il ne
devrait être pas autrement pour le registre des armes à feu. L'adoption du
projet de loi n° 64 sur l'immatriculation des armes à feu constituerait
par conséquent un outil d'une grande utilité pour les policiers de Montréal.
SPVM adhère aux principes annoncés aux notes explicatives et à l'article
premier de loi n° 64 à l'effet que toute arme à feu sans restriction doit être immatriculée. Par ailleurs, nous
croyons qu'il pourrait être utile d'en préciser ou d'en bonifier certains éléments. Nous suggérons
notamment, à l'article 1, d'inclure que cette loi vient également appuyer
les policiers dans leur travail de prévention. Quant aux articles 2, 3, 6
et 23, nous serions favorables à ce que des délais soient réduits. À
l'article 21, on ne prévoit la confiscation et la disposition de l'arme à
feu que pour l'infraction de l'article 2. Peut-être faudrait-il prévoir
l'éventualité, notamment en cas de récidive, que le tribunal puisse exercer ses
pouvoirs en cas d'infraction aux articles 3, 6 et 7.
Comme commentaire
général, nous remarquons que le projet de loi ne prévoit pas un accès aux
fichiers, au registre ou aux données pour
les corps de police. Comme il s'agit de renseignements personnels, dans la
majorité des cas, il serait de mise,
selon nous, qu'une disposition législative habilite cette communication de
renseignements et son accès facile pour les policiers et agents de la
paix.
conclusion, le SPVM est favorable à l'adoption de la loi n° 64 sur
l'immatriculation des armes à feu. L'accès à un tel registre faciliterait et accélérerait le processus d'enquête et
d'intervention des policiers. Il permet d'agir de façon plus sécuritaire notamment lors d'une perquisition ou
encore d'interventions auprès d'individus ayant proféré des menaces et aiderait à prévenir les risques par des saisies
d'armes à feu en cas de violence familiale ou de problèmes de santé
mentale, par exemple. Il faut garder en tête
que l'objectif premier d'un tel registre est de prévenir des drames liés à la
possession et à la présence d'armes à feu.
Notre
volonté est de veiller à la sécurité publique et de prémunir les citoyens de
Montréal d'événements de violence en
trouvant des solutions pour agir en amont. Pour nous, le registre répond à
cette volonté et contribuerait, sans conteste, à nous appuyer dans notre
mission de protection de la vie des citoyens. Merci.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, M. Bleau. M. le ministre.
M. Coiteux : Oui. Alors, merci
beaucoup, inspecteur-chef Bleau, pour cette présentation, puis je suis certain
que vous étiez assisté par l'inspecteur Iannantuoni. Donc, j'imagine que
peut-être vous allez vous partager les réponses ou soit orienter les réponses,
mais comme vous voulez.
Écoutez, on a
eu aussi une présentation très convergente avec celle que vous venez de faire,
hier, de la part de la Sûreté du Québec où on voit bien que, dans le
travail quotidien des policiers, il est extrêmement important de ne pas seulement savoir si une personne possède le
droit... possède un permis, là, un droit de posséder une arme, mais de
savoir si elle en a, de savoir combien elle
en a, de savoir quelles sont-elles et de savoir où sont-elles. Je pense que
c'est assez clair.
Je lis votre
mémoire, puis, à la page 5, vous parlez des armes qui ont été confisquées
dans un contexte de prévention en
2015. Puis 2015, évidemment, c'est une année particulière, puisqu'au tout début
de l'année il y a encore un registre fédéral
et puis subitement il y a la disparition du registre fédéral. J'aimerais vous
entendre à savoir à quel point ça peut avoir compliqué votre travail de
saisie, à des fins préventives, de ces armes longues, qui semblent être la
majorité des armes que vous devez saisir,
comment la disparition du registre fédéral a modifié votre travail ou compliqué
davantage votre travail.
Le Président (M. Ouellette) :
M. Bleau.
M. Bleau
(François) : Bien, d'un
premier niveau, je vous dirais, le secret en sécurité, c'est souvent la
préparation lors d'une intervention. La disparition du registre vient nous
enlever une capacité d'avoir un regard en amont des problématiques et de
pouvoir mieux calibrer ou doser nos interventions. Ça, c'est la première partie.
Effectivement, depuis la disparition... bien, on
vient de perdre ce levier-là d'être proactifs puis de pouvoir réagir avec la meilleure façon. Et, en plus, n'ayant plus
ce document-là, bien, on ne poussera pas plus loin nos enquêtes, nos dossiers, ne sachant pas qu'il existe des armes.
Donc, on vient de perdre, si vous voulez, notre écran radar, un peu, qui
nous permettait de pouvoir saisir ces armes-là. Et cet outil-là, je vous le
dis, dans un coffre d'outils... Un policier a tout un coffre à outils. Bien, le plus grand outil qu'on utilise, là, ce n'est
pas l'armement, ce n'est pas ça, c'est l'analyse, c'est comment créer un bon diagnostic, puis le registre,
pour nous, c'était une façon de pouvoir mener la meilleure évaluation
puis de prévenir d'autres incidents en pouvant saisir préventivement ces armes.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
ministre.
Coiteux : Parce qu'à l'heure actuelle, j'imagine, lorsque vous devez
intervenir, bon, vous pouvez avoir un soupçon,
par rapport à d'autres données, par ailleurs, qu'il y a des armes, mais
peut-être que vous devez quand même poser la question. Dans le fond,
vous devez vous fier à la bonne foi des gens chez qui vous intervenez.
Est-ce que vous vous contentez de dire, de poser
la question : Avez-vous des armes, vous en avez combien?, donnez-les-nous, ou bien vous êtes obligés de
pousser plus loin votre enquête pour vraiment essayer de savoir s'il y
en a davantage qu'une, si on vous cache des choses, si on ne vous dit pas toute
la vérité?
M. Bleau
(François) : C'est sûr que ça
demande une énergie plus grande, ça va demander plus d'investigation, etc.,
puis, oui, ça va nous créer plus d'ouvrage, c'est certain, parce que, je vous
le dis encore une fois, c'est un outil de référence
qui nous permettait d'aller... et on doit se fier à la bonne foi des gens. Et,
malheureusement, dans plusieurs cas, on a des cas de santé mentale ou de gens qui sont perturbés. Donc, est-ce
qu'ils vont nous dire la pleine vérité ou ils vont nous donner la vérité qu'ils peuvent nous donner
selon leur état de santé? Ça aussi, c'est une interrogation. Puis, au-delà
de la personne qu'on traite, de la
clientèle, il y a les gens qui restent autour, on est dans un contexte urbain
aussi à Montréal, et pour nous c'est une préoccupation très grande.
Pas plus tard... si je veux être très
contemporain, hier soir, on a eu un événement d'un homme barricadé. Ça a commencé par un appel d'une personne de la famille
qui venait expliquer, justement, qu'un homme habitant à telle adresse voulait tuer quelqu'un et, possiblement, il était
armé. Il aurait fallu, suite à l'information qu'il avait la possibilité
d'être armé... On ne pouvait pas s'enquérir
du registre pour savoir exactement à quoi s'attendre. L'intervention s'est
faite. Je vais y aller tout de suite
avec la résultante. L'enquête se poursuit présentement aujourd'hui. Mais
qu'est-ce que je peux vous dire,
c'est qu'il y a eu deux armes prohibées de saisies à cet endroit-là et sept
armes d'épaule qui appartenaient à son père, etc., mais qu'on n'avait
aucune connaissance qu'il avait à l'adresse. Donc, l'intervention s'est bien
déroulée, et la personne semble être
perturbée également, mais, si on n'avait pas fait tout notre travail... On
aurait pu être en amont, comme je vous explique, puis arriver avec des
ressources supplémentaires.
Vous savez,
la sécurité, aussi, au niveau de la police, c'est souvent la proximité du
danger, et, encore une fois, en ayant un registre, bien, on peut prendre
une plus grande distance et prendre la meilleure stratégie pour intervenir. Au quotidien, les policiers ont à intervenir. S'ils
font des vérifications et il n'y a plus de registre, bien, on perd cette
distance-là qui nous permettrait d'avoir des meilleurs paramètres de sécurité
autant pour les employés, autant pour les citoyens, autant pour les gens qui
habitent autour de...
Coiteux : On en a beaucoup entendu sur les coûts du registre fédéral.
On dit que le registre fédéral a coûté beaucoup
plus cher que ce qui avait été prévu et qu'il avait coûté très cher. Bon, il y
a des polémiques là-dessus, sur ce qu'on
inclut dans les coûts, mais, néanmoins, l'avis général qu'on a entendu, c'est
que c'était un registre qui a coûté très cher. Nous, évidemment, on a l'intention d'arriver à une solution qui va
être beaucoup moins coûteuse mais qui, néanmoins, va vous permettre d'obtenir les informations dont
vous avez besoin sur la présence des armes d'épaule, là, qui sont hors
du registre actuel.
Maintenant
qu'on a parlé des coûts des registres ou des fichiers d'immatriculation, moi,
la question que j'aimerais vous poser : Est-ce qu'il y a un coût à
ne pas en avoir, pour vous, dans vos opérations? Est-ce que, dans le fond, vos
opérations, vos travaux d'enquête, de prévention, d'intervention, dans le fond,
ils vous coûtent plus cher sans fichier d'immatriculation qu'avec un fichier
d'immatriculation?
M. Bleau
(François) : C'est sûr que des coûts qui sont indirects, à savoir le
personnel, les recherches supplémentaires,
au niveau de l'investigation, vont nous amener des coûts supplémentaires. Ça,
c'est sûr et certain. Mais c'est
également des coûts de vie que je voudrais vous dire également, c'est la
question de la sécurité. Si on peut éviter que quelqu'un cause un mal à
lui-même ou à autrui, je crois que ça aussi, ça doit peser dans la balance.
Mais
effectivement, si on revient au niveau des coûts d'investigation, toute
organisation policière qui doit pousser plus pour obtenir de
l'information, il y a des coûts engendrés, c'est sûr.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le ministre.
Coiteux : C'est une donnée importante, celle-là que vous nous donnez,
parce qu'elle a été occultée du débat public. Le débat sur sauver des
vies et aussi protéger la vie des policiers dans leur travail, ça, je pense que
c'est bien compris de tous.
contre, il y a des questionnements sur les coûts d'un fichier
d'immatriculation, puis vous, vous nous dites : Il y a des coûts à ne pas en avoir un également.
Alors, je pense, c'est une donnée qui est quand même importante dans le
débat public, et c'est pour ça que je tenais à vous entendre là-dessus.
J'ai
posé aussi une question hier aux gens de la Sûreté du Québec que j'aimerais
vous poser aussi. En principe, si chacun a fait son devoir de citoyen
avec un fichier d'immatriculation, il a déclaré la présence, chez lui — ou
chez elle — des
armes x, y et z, et supposons qu'il en a déclaré quatre et que vous devez
intervenir dans ce domicile, vous vous attendez à trouver quatre armes, et, si
vous n'en trouvez que deux, j'imagine que vous allez avoir des sérieuses questions à poser, hein, parce que ça indique la
possibilité d'un danger quelconque, là, on vous cache quelque chose ou
on a cédé à quelqu'un, sans que vous soyez
au courant, et qui sait entre quelles mains se trouvent les armes manquantes,
mais, aujourd'hui, quand vous intervenez,
supposons, sur la base que vous savez que la personne a un permis de
possession d'armes, tout ce que vous savez, c'est qu'elle est susceptible
d'avoir une arme, vous ne savez pas si elle en a une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept. Même si vous savez qu'elle en a
acheté une il y a cinq ans, vous n'êtes pas certain qu'elle n'en a pas acheté d'autres depuis, ou possédé
d'autres depuis, ou cédé à d'autres. Donc, lorsque vous arrivez, là, puis
que vous dites : En avez-vous?, bien,
on vous dit : Oui, j'en ai une, j'en ai deux, ce n'est pas seulement la
connaissance de ce qu'il y a, c'est
la connaissance de ce qui devrait être là et qui n'est pas là que vous n'avez
pas sans fichier d'immatriculation.
Est-ce que, dans le
quotidien de vos opérations, ça vous pose un problème particulier, ça? Et
comment vous y faites face?
Le Président (M.
Ouellette) : M. Bleau.
M. Bleau (François) : Merci. Oui, effectivement, ça nous porte devant la bonne foi des gens,
et on doit se fier à ce qu'ils vont
dire, mais, au-delà de ce niveau-là, les armes à feu, pour nous, si on prend
des opérations planifiées, par exemple, c'est sûr, on a toujours une approche qu'on a la connaissance qu'il y a
un nombre x d'armes, on va toujours vérifier, essayer de voir s'il n'y en a pas une de plus. Mais, à
tout le moins, c'est un enjeu. C'est certain que présentement, sans le
registre, pour nous, ça vient de
complexifier... et la responsabilité des gens, vous le savez comme moi, la
bonne foi des gens va se limiter, des
fois, selon les individus... La majorité va nous dire les vraies choses, mais
il restera toujours un pourcentage, puis, malheureusement, ce
pourcentage-là, bien, ça peut être celui qui va commettre des gestes
répréhensibles.
Donc,
oui, ça nous génère plus d'ouvrage, oui, ça nous rend plus difficile la tâche
et, au quotidien, dans nos tâches, que
ça soit lors de la réponse aux appels quotidiens ou que ça soit des opérations
planifiées, oui, ça va venir complexifier notre travail au quotidien, il va falloir pousser la recherche, être
plus insistants dans les interrogations, etc., pour vraiment s'assurer de la santé de la personne, voir aussi,
au niveau du voisinage, si quelqu'un aurait entendu des choses. Donc,
c'est plus complexe, effectivement. Le
registre nous permettait au moins d'avoir une base sur laquelle on pouvait
s'appuyer et dire : Il y en a x ou y nombre.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le ministre.
M. Coiteux :
Merci. Mon collègue le député de Viau aimerait poser une question.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Vimont.
Rousselle : Oui, Vimont. Merci, M. le Président.
Inspecteur-chef, inspecteur, écoutez, je regarde le nombre
d'interventions que vous avez par année : 1,5 million
d'interventions, c'est de l'intervention pas mal. J'ai fait un petit calcul, puis vous me direz si j'ai fait erreur dans mes
calculs : c'est plus de 4 000 interventions par jour. Est-ce que je me
trompe?
M. Bleau (François) : Non. C'est
entre 3 000 et 4 000, environ, oui.
Rousselle : Donc, les gens qui prétendent comme quoi que les
policiers allaient voir le registre d'armes à feu fédéral 900 fois par
jour, que c'était de manière systématique, est-ce que je peux vous suggérer
qu'ils étaient dans le champ un peu?
M. Bleau (François) : ...
Le Président (M. Ouellette) : M.
Bleau.
M. Bleau
(François) : Oui.
Excusez-moi. Oui, effectivement, c'est sur des demandes... Effectivement, au
niveau provincial, il ne faut demander la demande que lorsqu'on fait les
vérifications, ce n'est pas une vérification qui est systématique. Je sais que, dans d'autres provinces, cette approche peut
être systématique, mais, au niveau de Montréal, non, c'est sur demande,
c'est : lorsque le policier qui intervient voit le besoin de faire la
recherche, bien, on va effectuer la recherche.
Et, effectivement, on n'en fait pas sur toutes les interventions, le système
serait très sollicité à ce moment-là.
Rousselle : Je regardais à la page 4, vous parlez que vous
recevez à peu près 30 000 appels de personnes en crise dont l'état mental est perturbé, dont aussi,
en 2015... là, vous parlez aussi de 4 500 appels de tentative de
suicide et de suicide. Est-ce que vous intervenez d'une manière différente
quand vous avez ces appels-là?
M. Bleau (François) : Tout à fait.
M. Bleau
(François) : Excusez. Tout à
fait. Lorsqu'on a la connaissance que les armes à feu sont dans le
décor, si vous permettez, lors de
l'intervention, c'est sûr qu'au niveau du dosage, du traitement il va y avoir
un changement. Que ça soit au niveau
du périmètre de sécurité, juste l'approche, comment va être faite l'approche,
c'est sûr qu'il y a une implication
directe. Également, si on a une personne en crise puis qu'on sait qu'il y a une
connaissance... quand je vous disais,
il faut utiliser la bonne stratégie d'intervention à ce moment-là. Quelquefois,
c'est le retrait qui va être la meilleure solution, et trouver un moyen transitoire de communiquer, baisser la
tension puis de revenir. Sachant que l'individu est en possession... ou a la possibilité d'avoir la
possession d'une arme, bien, c'est sûr que ça rentre encore plus dans notre
grille d'évaluation du risque.
Le Président (M. Ouellette) : ...M.
Bleau. Maintenant, M. le député de Verchères.
Bergeron :
Merci, M. le Président. Merci, messieurs, de votre présentation, encore une
fois, fort éclairante.
On a entendu
beaucoup d'arguments, ces dernières semaines, en faveur, ou pour, ou contre
l'idée d'un registre ou d'une
immatriculation des armes à feu. Et il a souvent été question de l'importance
pour les policiers de pouvoir compter sur cet outil, mais on n'avait pas eu beaucoup de témoignages. Évidemment,
la fonction policière étant ce qu'elle est, ce n'est pas usuel pour les policiers de se répandre dans
les médias pour faire connaître des positions. Alors, c'est donc
important d'avoir votre son de cloche aujourd'hui. Alors, merci infiniment
d'être des nôtres.
À la
page 4 de votre mémoire, vous énoncez ce que j'appellerais une vérité de
La Palice et que d'aucuns disent amicalement
«la vérité de la police», quand vous dites : «Est-ce que toutes les armes
sur le territoire sont enregistrées? Bien sûr que non. Mais pouvons-nous tout de même mettre toutes les chances de
notre côté pour limiter les crimes avec violence lorsque c'est possible?» Et, au fond, c'est ça, le coeur de l'histoire,
c'est : Est-ce que la présence d'un registre ou d'une immatriculation va prévenir toute situation de
violence? La réponse, c'est non. Mais c'est sûr que c'est un outil de
plus, si je comprends bien, dans votre coffre pour être en mesure
éventuellement de prévenir ce genre d'incident.
À la
page 5, vous parlez de la «corrélation entre l'accès aux armes à feu au
domicile et le risque de décès». Une des objections qu'on entend souvent, c'est de dire : Oui, mais le fait
qu'elles soient enregistrées ne fait pas nécessairement en sorte
qu'elles seront moins disponibles à la maison. Comment vous réagissez à cette
objection?
Le Président (M. Ouellette) : M.
Bleau.
M. Bleau
(François) : Bien, je
dirais, une notion importante, c'est la notion de responsabilité au niveau de
l'arme, donc le fait qu'il y ait des
démarches d'enregistrement. C'est la même chose si on prend les véhicules
automobiles, etc. Je pense qu'il y a
une appropriation, à ce moment-là, de la responsabilité des gens. Et quelqu'un
qui enregistre son arme, qui déclare...
pour moi, il y a déjà un pas vers une régularisation, une responsabilité. Donc,
pour moi, je crois qu'on peut croire à ce
que les balises sont installées pour avoir un meilleur contrôle. C'est la
notion de contrôle qui est au fond du dossier. Puis, comme vous l'avez dit, et vous l'avez rappelé également, on a des
situations de crise, on a des situations de santé mentale, etc. Le fait que des gens ne répondent pas
à ces critères-là, ça devient des indicateurs pour nous, voir justement
que ce n'est pas les bonnes personnes, ils ne sont pas aptes à obtenir ces
armes à feu là.
Donc, il faut faire diligence, il faut
prévenir, puis une des façons, je crois, c'est que, si nos gens, nos citoyens
ont une démarche de s'enregistrer... de
suivre la loi, le projet de loi, bien, on démontre, justement, cette notion de
responsabilité et de contrôle, qui, pour moi, est importante au niveau des
armes à feu.
Bergeron : Vous l'avez évoqué, mais de façon pas aussi
claire que l'avaient fait... bien, c'est-à-dire, pas de façon aussi directe, je devrais dire, que
l'avaient fait vos collègues de la Sûreté du Québec hier, mais vous l'avez
évoqué de façon tout aussi éloquente. Au fond, ce qu'on réalise, c'est que,
depuis que le registre a été aboli, vous êtes obligés d'intervenir dans des
situations où vous ne pouvez que vous en remettre à la bonne foi de gens qui
sont justement en situation de crise et qui
ne sont peut-être pas en mesure de bien répondre aux attentes que vous avez à
leur égard. Puis vous avez fait état d'une situation de crise qui a été
vécue hier soir à Montréal.
Puis
j'en viens à une autre, objection, qu'on entend souvent, qui est que : Ça
change quoi pour les policiers, qui sont des gens prudents, que de savoir qu'il y a sept armes d'épaule enregistrées à ce domicile alors qu'il
peut y avoir des armes illégales? Est-ce que
ça va changer l'intervention? Là, vous nous avez dit qu'il avait
également deux armes prohibées en plus des sept armes d'épaule. Or, des armes
prohibées, là, pour le bénéfice de ceux qui nous écoutent, ce sont généralement
des armes avec un calibre plus important, avec une cadence de tir plus importante.
Évidemment,
vous ne saviez pas qu'il avait les sept armes longues, mais vous ne saviez
pas non plus qu'il avait ces deux armes prohibées. Est-ce que
le fait de savoir qu'il a sept armes d'épaule change votre façon
d'intervenir, ne sachant pas qu'il a deux armes prohibées dans ce
domicile?
M. Bleau (François) : Dans toute approche policière, le fait de connaître est un avantage
pour nous. Que ça soit une
arme, deux armes, peu importe, notre façon d'agir va être avec un plus grand
niveau de diligence. Quand vous faites 1,5 million d'interventions annuellement, on ne peut pas toujours être au summum du
niveau de la sécurité tout le
temps. Mais, lorsqu'on a la connaissance qu'il y a
une propriété ou que quelqu'un est en possession... déjà,
notre niveau d'évaluation de menace rentre en jeu, et on gradue... on vient
doser notre intervention, et c'est cette capacité de dosage que le registre des armes nous permet d'avoir.
Puis, je vous dirais, oui, une chance que le citoyen ou la citoyenne
qui a appelé hier nous a dit qu'il y avait
possibilité d'une arme. C'est venu monter notre niveau. Mais,
si on avait eu le registre puis on
avait vu qu'il y a des armes à chasse qui sont enregistrées là, ce
niveau aurait été également élevé, à
ce moment-là. Et on parle de la
protection, encore une fois, de nos intervenants, nos policiers, de la stratégie
qui va être adoptée à
ce moment-là, les périmètres de sécurité qui vont être... et les citoyens qui
sont aux alentours.
Et, je vous le
rappelle encore une fois, Montréal, malheureusement : situation urbaine,
proximité, logements multiples, etc.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Verchères.
Bergeron :
Merci, M. le Président. J'en viens à vos commentaires sur le projet de loi, là.
Je pense que je comprends chacune de vos observations au niveau des différents articles. Quant à l'accès aux données par la police,
je crois comprendre que vous considérez qu'il y a peut-être
un flou dans la loi actuellement ou dans le projet de loi qui
ferait en sorte qu'il pourrait y avoir
contestation quant à la possibilité pour vous d'y avoir accès. Ça nécessite d'être
examiné. Il faudra voir ce qu'il y avait dans le registre fédéral,
effectivement, à ce sujet-là.
Mais
il y a un autre élément qui a été... un autre flou, disons, qui a été porté à
notre attention depuis le début, c'est celui concernant la vérification
de la possession d'un permis d'acquisition et de possession lors d'une
transaction, particulièrement lors d'une
transaction privée, ce qui pourrait nuire à la traçabilité de l'arme lorsqu'il
y a des transactions privées. Qu'est-ce que vous pensez de cet autre
élément, qui a été soumis à notre attention?
Le Président (M.
Ouellette) : M. Bleau.
M. Bleau
(François) : C'est plus un aspect qui est plus éloigné de notre
service, je pense, c'est plus pour les enregistrements, etc.
Cependant,
c'est sûr que toute la notion de traçabilité, pour nous, est un enjeu. Quand on
a une enquête, qu'on trouve une scène de crime, qu'il y a une arme,
bien, c'est la même chose qu'un véhicule, on va essayer de retracer le propriétaire pour essayer de comprendre le modus
operandi, qu'est-ce qui s'est passé et faciliter l'enquête. Moi, je vous
dirais, effectivement, s'il y a des lacunes
à ce niveau-là, on est favorables à ce que des changements ou des
amendements soient faits pour permettre
justement de lier l'objet avec le propriétaire, parce que, pour nous, ça va
faciliter énormément notre enquête.
Quand on parlait, tout à l'heure, de coûts d'investigation, bien, en voilà un
autre, exemple, là, où est-ce qu'effectivement
ça va nous demander beaucoup plus d'enquêtes de faits, de vérifications, aller
déranger des voisins, etc., pour
essayer de s'enquérir puis de remonter la piste pour trouver d'où vient le
propriétaire et mieux comprendre pourquoi on est devant une scène
aujourd'hui.
Bergeron :
Je vous remercie beaucoup.
Le Président (M.
Ouellette) : ...M. le député de Verchères. Merci, M. Bleau.
Bergeron :
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord.
Spénard :
Merci, M. le Président. Alors, bienvenue, M. Bleau et M. Iannantuoni.
Spénard : O.K.
J'espère que je l'ai bien prononcé. Alors, bienvenue.
Le Président (M. Ouellette) : C'est
un Beauceron, M. le député de Beauce-Nord.
Spénard : Non, ce
n'est pas un nom beauceron, ça, c'est certain. Bienvenue. Moi, j'ai bien aimé
votre rapport, parce qu'on sent vraiment qu'à Montréal il y a beaucoup plus
d'interventions policières qu'en région. Ça, c'est
évident, c'est l'essence même de ça. Et on sent aussi que, dans une ville de
cette importance, la sécurité doit être plus vérifiée et plus près de la
perfection, si je peux m'exprimer ainsi.
En 2014, vous
dites dans votre rapport, 446 armes à feu ont été impliquées dans des incidents
criminels, 56 % étaient des armes longues, 44 %, des armes de poing.
En 2015, c'est à peu près la même affaire. Là-dessus, par exemple, il y a une
statistique que je n'ai pas que j'aurais aimé avoir : Combien étaient
enregistrées et combien ne l'étaient pas?
Le Président (M. Ouellette) :
M. Bleau.
M. Bleau
(François) :
Malheureusement, je n'ai pas l'information. Je pourrais toujours faire les
vérifications.
Spénard : Vous
n'avez pas d'information là-dessus?
M. Bleau (François) : Non. Je ne
pourrais pas vous répondre immédiatement, il faudrait que je fasse des
recherches.
Spénard : Mais vous
devez avoir l'information. Ça ne se peut pas que vous n'ayez pas l'information.
M. Bleau (François) : On peut faire
des recherches, puis on va vous le transmettre.
Le Président (M. Ouellette) : Au
secrétariat de la commission. M. le député de Beauce-Nord.
Spénard :
O.K. L'autre chose, quand on parle de la préparation d'une intervention... Vous
avez un appel, bon. Sur quoi vous
fiez-vous? Parce que ça dépend des différents corps... peut-être pas corps
policiers, mais des différentes directions
de police. Il y en a plusieurs qui nous disent : On se prépare. À la
minute qu'on sait que la personne possède un PPA, un permis de
possession et d'acquisition d'armes à feu, on se prépare en conséquence, comme
s'il était armé. Parce qu'ils nous disent
ça. Est-ce que le registre va changer de quoi ou... Parce que, là, depuis 2015,
il n'y en a plus, de registre. Donc,
vous prenez le permis de possession et d'acquisition d'armes à feu, j'imagine,
comme référence et vous vous préparez en conséquence. Qu'est-ce que le
registre change?
M. Bleau
(François) : Bien, le
registre va nous permettre justement... toute la question de la localisation
des armes, où est-ce qu'elles sont,
les armes, présentement, c'est qui qui est propriétaire, localiser le
propriétaire, également, au niveau du nombre d'armes qu'on peut... le
type, le calibre, etc., toutes ces informations-là.
Spénard :
Je vous interromps tout de suite, parce que vous venez de dire : Une arme,
deux armes, ça n'a pas d'importance,
nous, on se prépare comme s'il était armé. C'est vous qui avez dit ça,
là : Peu importe, là. C'est vous qui avez dit ça, là. Alors, moi,
j'aimerais bien comprendre, là, j'aimerais bien...
M. Bleau (François) : Oui. Mais le
type d'armes va également nous faire un périmètre soit plus grand, plus court, etc. S'il y en a plusieurs, bien, on peut
s'attendre... Disons qu'il a juste une arme, il a un nombre limité de
coups; ou, s'il y en a plusieurs, ça peut durer plus longtemps aussi, là. Il y
a d'autres évaluations.
Effectivement,
quand on a une approche, qu'il y ait une arme ou plusieurs armes, on va se
préparer, comme je vous l'ai dit, on
va doser, mais la connaissance de savoir le nombre va venir également demander
combien de support de plus qu'on va
avoir besoin lors d'interventions. C'est s'approprier une meilleure lecture de
protection. Dans le fond, plus qu'on a d'informations, plus qu'on va
pouvoir mieux adapter nos interventions policières.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord.
Spénard :
Oui. J'imagine que ça dépend de l'information, des détails qu'on... Selon les
études, depuis 2012, dans les autres
provinces au Canada, il n'y a eu aucun impact significatif sur l'augmentation
de la criminalité depuis que le registre
des armes longues n'existe plus. Et ça, c'est un juge qui a dit ça... de la
Cour suprême. On a les extraits là-dessus. En 2015, au Québec, au début de l'année, le... ça fait maintenant un an,
est-ce qu'il y a eu une augmentation de la criminalité?
Le Président (M.
Ouellette) : M. Bleau. Il reste une minute.
M. Bleau
(François) : Oui. Au-delà
de... la criminalité, en général, baisse. Ça, c'est un fait. Cependant,
encore une fois, je le ramène à la notion de
protection. Moi, ma priorité, c'est la protection de mes citoyens et de mes
policiers, et la notion que la criminalité monte ou baisse, pour moi, au
quotidien, dans mes interventions en réponse aux appels ou planifiées, bien, ma priorité, c'est la
connaissance, c'est de savoir si le registre me permet d'avoir cette
connaissance de préparation aux
meilleures interventions que je peux faire, et, surtout en milieu urbain, je
vous le rappelle, pour moi, c'est quelque
chose qui est important. Que le niveau fluctue au niveau de la criminalité,
oui, ça va avoir des préoccupations organisationnelles,
à savoir où est-ce qu'on va mettre nos ressources policières dans divers
départements, etc., ça, je suis d'accord avec vous, mais, au niveau du
traitement au quotidien ou lors d'opérations, bien, la connaissance va devenir
primordiale pour nous pour assurer la meilleure protection.
Président (M. Ouellette) :
Merci, M. le député de Beauce-Nord. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Je suis parti pour trois,
Mme Massé : Moi aussi, je suis
partie pour trois.
Le Président (M. Ouellette) : Bien,
Massé : Alors, bonjour, merci d'être là. J'ai hâte que mon collègue de
la Beauce nous dépose ça, cette idée qu'à la Cour suprême il y a quelque
chose de clair qui est écrit.
Massé : Oui, c'est ça. Bien, juste nous... parce que ça fait deux fois
que vous en faites référence, et moi, j'ai des jugements de Cour suprême
qui disent autre chose, alors on va se confronter là-dedans.
Une des questions qui me préoccupent beaucoup,
c'est : Pour le commun des mortels, les armes... On sait qu'il y a les armes restreintes, puis ça, c'est comme, là, les méchantes armes, puis il y a
comme les armes d'épaule, puis ça,
c'est les bonnes armes parce que c'est des armes qui nous permettent de chasser,
de... alors, on en a tous un peu une image,
puis vous, vous les appelez les armes longues, là. S'il y a une nuance, vous
m'aiderez à la faire. Mais moi, j'aimerais vraiment que vous nous
l'expliquiez, parce que tout ça est une question de classification. Je
sais que ça ne relève pas du niveau québécois, mais, ceci étant dit,
cette classification qui fait que les armes d'épaule, c'est un certain nombre
de types d'armes... Moi, j'aimerais beaucoup
que vous m'expliquiez, dans les armes non restreintes, donc, les armes
d'épaule, c'est quoi, la puissance de ces armes-là. Est-ce que, par exemple,
une arme d'épaule peut traverser une veste pare-balles? J'aimerais ça mieux
comprendre, moi, et le commun des mortels, quand on dit «armes d'épaule», on
dit quoi.
M. Bleau (François) : O.K. Bon, les
armes d'épaule, effectivement, sont prévues au Code criminel. Les descriptions, etc., je ne suis pas un expert
technique en balistique, etc. Moi, où est-ce que je voudrais plutôt vous
ramener... puis, je comprends aussi, quand on parle d'armes de poing, c'est
plus facilement dissimulable, donc, au niveau des criminels, ça devient plus
intéressant de se promener avec des armes de poing.
Jadis, plus
jeunes, quand on travaillait, les premières gangs de rue, on trouvait souvent
des gens qui coupaient des carabines,
etc., parce que ça ne coûtait pas cher, ils faisaient des
introductions facilement puis ils se prémunissaient de ces armes-là. Les choses ont évolué, ils utilisent
plus des armes de poing, etc., plus facilement dissimulables. Les armes longues, effectivement, sont plus difficiles, sont plus vues d'un niveau récréatif, etc. Mais,
moi, où est-ce que je veux vous en venir un peu plus, c'est : en situation
de crise, que la balle parte d'une arme de poing, ou d'une arme longue, ou
d'une arme à épaule, les dommages
sont toujours présents, et c'est cet aspect-là de prévention
que le registre, pour moi, vient m'interpeller, moi, et mon organisation,
où est-ce que ça peut me permettre d'être en amont puis de monter la sécurité.
Président (M. Ouellette) :
Merci, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Ça passe tellement
vite, trois minutes. M. l'inspecteur-chef François Bleau — ça a
été un plaisir de vous recevoir — M. l'inspecteur Antonio Iannantuoni, représentant
le Service de police de la ville de Montréal, merci.
On suspend
quelques minutes. Je demanderais à Mme Nathalie Provost et Mme Heidi Rathjen de bien vouloir s'avancer, s'il
vous plaît.
(Suspension de la séance à 12 h 13)
Le Président (M. Ouellette) : Nous
reprenons nos travaux. Nous recevons l'organisme PolySeSouvient, et il
représente le groupe des étudiants et diplômés de Polytechnique pour le
contrôle des armes à feu. Nous recevons Mme Nathalie Provost et Mme Heidi
Rathjen — j'espère
que je le prononce bien.
Vous
avez 10 minutes pour nous présenter vos observations, et il y aura un
échange... j'ai, malheureusement, juste 10
minutes, je n'ai pas deux heures à nous donner, mais il y aura un échange avec
le parti ministériel et les partis d'opposition. À vous la parole.
Mme Provost (Nathalie) : Merci, M. le Président. Bonjour, je suis Nathalie
Provost. Nous sommes ici, Mme Rathjen
et moi, pour vous présenter notre position concernant le projet de loi
n° 64 sur l'immatriculation des armes à feu.
Notre analyse du
projet de loi s'appuie sur plus de 25 ans d'étude en matière de prévention et
de protection du public spécifiquement
concernant le contrôle des armes à feu. Ainsi, avant de vous présenter notre
point de vue sur la proposition, nous
souhaitons rappeler les origines de PolySeSouvient et pourquoi cet engagement
nous apparaît fondamental pour la sécurité de nos concitoyens.
6 décembre 1989, Marc Lépine s'est présenté à Polytechnique armé d'une Mini
Ruger 14, une arme d'épaule, pour y
abattre des femmes qui y étudiaient. Ce soir-là, il a tiré sur toutes les
femmes de ma classe. J'ai reçu quatre balles. Au total, il fera 14 mortes et 14 blessés. Il laissera la grande famille de
Polytechnique atterrée et la société québécoise complètement sous le
choc.
Polytechnique
est une école d'ingénieurs, elle forme des inventeurs, des concepteurs, des
développeurs. Devant l'adversité, on
étudie la situation, on s'appuie sur la science et surtout on apprend à trouver
des solutions pour atteindre nos objectifs.
Ainsi, face au drame de Polytechnique, des professeurs et des étudiants se sont
rassemblés pour transformer une tragédie en une contribution concrète
pour la société soit en améliorant le contrôle des armes à feu. Nos détracteurs
mentionnent souvent que le contrôle des armes n'aurait pas empêché le drame de
Polytechnique et, plus tard, ceux de Concordia
ou de Dawson. Toutefois, au coeur des événements, on retrouve toujours le même
objet dangereux. Il n'est pas envisageable
de contrôler les pensées des personnes, mais, si on peut responsabiliser les
propriétaires d'armes et se donner des outils pour que les policiers
puissent intervenir lorsque la détresse se pointe le nez, alors nous aurons
avancé.
partir de décembre 1989, et dans les années qui suivront, la communauté de
Polytechnique, touchée par le drame, contribuera
à créer la Coalition pour le contrôle des armes, rassemblera les experts, les
groupes concernés et portera la voix de
millions de Canadiens qui appuient le contrôle des armes. Jamais, depuis les
premières heures, ce mouvement n'a adopté une position idéologique ou
radicale. Jamais nous n'avons réclamé l'interdiction de toutes les armes à feu.
Nous reconnaissons qu'il existe un usage
légitime des armes, soit la chasse et le tir sportif, mais une arme est un
objet dangereux et destructeur,
surtout dans des mains malintentionnées. C'est pourquoi, sans croire que le
contrôle des armes règle les défis
reliés à la pensée criminelle ou à la détresse psychologique, nous souhaitons
vivre dans une communauté où ces armes sont
soigneusement contrôlées. Nous souhaitons vivre dans une communauté qui encadre
ce grand privilège d'utiliser un instrument si puissant qu'il peut
donner la mort avec la simple pression d'un doigt. Pour y arriver, comme y
arrive la très grande majorité des pays
industrialisés, nous militons pour un système de contrôle des armes à feu qui
distingue les armes et ne rend accessibles que celles destinées à la
chasse ou au tir sportif, qui encadre les propriétaires d'armes, s'assurant qu'ils sont adéquatement formés et
psychologiquement stables, et qui responsabilise les propriétaires de
ces armes en assurant la traçabilité de celles-ci.
1991, le gouvernement canadien a fait un premier pas pour renforcer le contrôle
des armes au Canada, tandis qu'en 1995 il dotait les Canadiens d'un
système complet de contrôle des armes à feu. Or, en 2012, le gouvernement de Stephen Harper détruisait, malgré l'opposition
des experts, dont les policiers, le registre des armes d'épaule, soit la
pierre angulaire du contrôle des armes à feu. C'est pourquoi nous souhaitons
aujourd'hui exprimer notre reconnaissance envers le gouvernement du Québec, qui
nous offre l'occasion de reconstruire sur notre territoire ce qui a été
détruit.
projet de loi n° 64 sur l'immatriculation des armes d'épaule vise à
améliorer la sécurité des Québécois et ramène notre société dans la cour
des pays les plus développés en matière de sécurité civile.
cède maintenant la parole à Mme Rathjen, qui vous exposera le point de vue de
PolySeSouvient sur le projet de loi n° 64 et qui conclura notre
témoignage. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme Rathjen, vous vous identifiez pour les besoins de
l'audio.
Mme Rathjen
(Heidi) : Heidi Rathjen, porte-parole de PolySeSouvient. Alors,
bonjour. Merci, Nathalie.
Donc,
le projet de loi n° 64 respecte l'engagement du premier ministre, annoncé
lors du 25e anniversaire de la tragédie à l'École polytechnique, à
l'effet que les armes d'épaule circulant au Québec seront enregistrées, à
l'avenir.
Ainsi,
d'entrée de jeu, nous disons bravo et merci et nous appuyons sans
réserve l'adoption du projet
de loi n° 64.
L'enregistrement des armes à feu représente la pierre angulaire d'un contrôle des armes
efficace, puisque c'est la mesure qui
permet de contrôler les armes à feu elles-mêmes : chaque arme est
identifiable, on sait qui en est responsable, qui en est le propriétaire légal, et il est possible de suivre sa
trajectoire d'un propriétaire à l'autre. Il est certain qu'à lui seul un numéro de série ou d'immatriculation n'empêche
pas l'usage criminel d'une arme à feu. C'est la raison pour laquelle il existe peu d'études qui démontrent l'impact isolé
de l'enregistrement et, sans doute, pourquoi il est possible de
trouver des citations, par exemple, de la Cour suprême comme quoi il n'y aurait pas de lien clair entre l'enregistrement et les vies sauvées. J'assume que le jugement qui a été cité est
celui concernant le droit du gouvernement fédéral de détruire les données québécoises, qui a été rendu public en mars l'année passée,
mais je crois que la citation que j'aimerais aussi voir directement, peut-être, est prise hors contexte, parce que
ce jugement précise ailleurs dans le texte que la cour ne souhaite pas
se prononcer sur la sagesse de la loi, mais bien uniquement sur sa légalité, et
donc ne prend pas de position sur l'efficacité de la loi fédérale ou de l'enregistrement.
Or, la Cour suprême s'est déjà
prononcée sur l'enregistrement ou, du moins, sur son objectif et sur son fonctionnement dans le cadre d'un jugement
de l'année 2000 qui confirmait la validité constitutionnelle de
l'enregistrement des armes par le gouvernement fédéral.
Alors,
concernant les permis de possession et l'enregistrement des armes, je cite ce
jugement-là : «La combinaison des
deux parties du régime vise à assurer que, lorsqu'une arme à feu change de
propriétaire, le nouveau propriétaire ait un permis. Sans système
d'enregistrement, cela [est] impossible à vérifier. [...]Ces liens multiples
démontrent que les dispositions de la
Loi sur les armes à feu relatives à
l'enregistrement et aux permis [de possession] sont toutes deux étroitement
liées au but visé par le Parlement, soit la promotion de la sécurité par la
réduction de l'usage abusif de toutes les
armes à feu. Ces deux catégories de dispositions sont
partie intégrante et
nécessaire du régime.» En d'autres mots, l'efficacité de
l'enregistrement découle de son interaction avec toute une gamme d'autres
mesures, et surtout les permis de possession.
J'aimerais
souligner un autre gain pour le contrôle des armes contenu dans le projet de
loi, soit l'obligation pour les entreprises
de tenir une table de suivi des opérations relatives aux armes à feu, donc, on
imagine, un genre d'inventaire. Rappelons
que les registres de vente des armes d'épaule ont été aussi éliminés par le
gouvernement conservateur. Alors, dans ce contexte, la tenue obligatoire
d'un inventaire ne peut qu'aider et permettre à la police de mieux surveiller
le commerce des armes d'épaule et de minimiser leur détournement vers le marché
illégal.
Enfin, soulignons un autre bénéfice du projet de
loi, il s'agit du fait que son champ d'action s'étendra à de nombreuses armes à caractère militaire qui sont
présentement non restreintes à cause d'une mauvaise classification par l'ancien gouvernement fédéral. Donc, vous
trouverez des exemples de ces armes dans notre mémoire à la page 6. Et
donc, à défaut de les voir interdire, ce qui est notre position, au moins la
police saura à qui elles appartiennent au Québec.
Donc, parlons maintenant rapidement des
amendements qu'on aimerait proposer au projet de loi. Le premier concerne la vérification obligatoire du permis de
possession. Ça a déjà été discuté ici hier. Il y a une échappatoire dans
la loi fédérale, et, malheureusement, de la
façon que le projet de loi québécois est conçu, l'échappatoire existe toujours.
Donc, nous demandons un amendement qui
ajoute une responsabilité aux vendeurs de vérifier obligatoirement la validité
du permis de possession d'un acheteur
potentiel auprès de la GRC, comme ça se faisait pendant les 12 ans que le
registre fédéral fonctionnait. C'était obligatoire. Maintenant, ce ne l'est
plus.
Dans notre
mémoire, nous proposons une approche spécifique, un amendement spécifique, mais
comprenez que c'est une option
parmi d'autres, et ce qui nous concerne, l'important, c'est deux choses :
un, alors, peu importe la manière qu'on y
arriverait, c'est qu'une personne, un acheteur potentiel ne puisse pas quitter
avec une nouvelle arme sans qu'une
vérification ait été faite — c'est
le gros bon sens, ce serait ridicule de permettre que quelqu'un
puisse prendre une arme sans
s'assurer qu'il est autorisé à la posséder; et, deuxièmement, que ces
vérifications soient comptabilisées de façon à ce que, si jamais le nouveau propriétaire décide de ne pas
immatriculer l'arme, ce n'est pas une arme orpheline pour laquelle il
n'y a aucune trace, on peut identifier l'acheteur qui vient de l'acheter.
Une dernière recommandation concernant la
période de grâce pour les armes qui transitent temporairement au Québec.
Selon nous, ça constitue une échappatoire
considérable, et, comme toutes les échappatoires en lien avec le
contrôle des armes, il y a de sérieux enjeux de sécurité publique. Donc, nous
demandons de fermer également cette échappatoire
soit en exigeant que les propriétaires qui arrivent de l'extérieur du Québec
fournissent au gouvernement, par écrit et au préalable, les renseignements
concernant les armes à feu qu'ils comptent introduire au Québec.
Donc, pour
conclure, l'enregistrement n'est pas une solution miracle qui va réussir à
contrôler toutes les armes d'épaule
au Québec ni empêcher tous les drames ou crimes commis par
celles-ci. Cependant, il s'agit de fournir un outil supplémentaire et crucial aux policiers afin
qu'ils puissent mieux travailler pour réduire les probabilités de voir des
armes tomber entre les mains de personnes qui représentent un risque pour
elles-mêmes ou pour autrui. Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mmes Provost et Rathjen. M. le ministre.
Coiteux : Oui. Merci beaucoup, Mmes Rathjen et Provost. Je ne vais pas prendre tout l'espace qui est
imparti au côté ministériel, parce que
j'ai des collègues qui vont aussi vouloir poser des questions.
J'en aurai une, néanmoins.
Mais, avant
de poser ma question, j'aimerais vous remercier d'être là. Je le dis, d'ailleurs, à tous les groupes qui viennent, mais je le dis particulièrement
à votre endroit parce que votre présence, votre mémoire, ce que vous êtes
venues nous dire ce matin nous rappellent, puis je pense que c'est important,
nous rappellent le contexte historique et dramatique qui nous a fait prendre
conscience que, oui, on avait un système qui nous permettait d'exercer un
certain contrôle et une certaine connaissance sur la présence et les risques
posés par les armes à feu sur notre territoire, mais il nous en manquait des
morceaux importants.
nous en manquait des morceaux importants. La Sûreté
du Québec est venue nous en parler,
de ces morceaux importants qui manquent. Le Service de police de la
ville de Montréal est venu ce matin nous parler des morceaux importants
qui manquent. Des gens qui oeuvrent dans le domaine de la santé publique, de la
prévention de la violence conjugale,
de la prévention du suicide sont venus nous dire qu'il manquait, dans notre
système, des morceaux importants, mais
il y a des gens qui parfois, puis c'est le passage du temps, puis il ne faut jamais
laisser le passage du temps effacer la mémoire...
vous nous rappelez justement l'importance
d'avoir cette mémoire-là, puis je pense que c'est important dans notre société, parce que c'est ce qui a donné lieu à une
conscientisation puis à une mobilisation qui a donné lieu au registre
fédéral, qui a été abandonné, et vous
dénotez des lacunes des lois actuelles après cet abandon puis après les
changements législatifs, puis on a
l'occasion, au moins sur le territoire du Québec, de réparer les choses. Ce ne
sera pas parfait, mais on va essayer de le faire de la meilleure
façon — c'est
notre intention, de ce côté-ci, mais je pense que c'est partagé par beaucoup de
membres de l'Assemblée nationale, des
différents partis — de le
corriger puis de le corriger d'une façon qui, à défaut de faire un consensus
parfait, suscite l'adhésion du plus grand nombre, parce qu'on va essayer de le
faire d'une manière qui, justement,
ne remet pas en cause les utilisations légitimes dont vous avez parlé et
reconnaissez. Alors, merci beaucoup d'être là, merci infiniment.
J'ai une seule
question, pour passer la parole à mes collègues ensuite. Dans votre mémoire,
vous dites que l'enregistrement, donc,
l'immatriculation, des armes minimiserait... en tout cas, permet de minimiser
le détournement des armes vers les
marchés illicites. J'aimerais ça que vous nous en parliez un petit peu, comment
vous voyez ce lien-là entre l'immatriculation puis contrer en partie, à
tout le moins, le marché illicite.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme Rathjen.
Mme Rathjen (Heidi) : Merci. Donc, c'est une bonne occasion d'adresser un des arguments des
opposants, qui disent que les permis
de possession seraient suffisants pour assurer un contrôle des armes à feu
adéquat. Les permis de possession ne
touchent que les propriétaires. C'est finalement une liste de propriétaires qui
ont reçu un permis, qui ont passé par toutes les conditions.
L'enregistrement
des armes, ça veut dire que, si on
n'avait pas l'enregistrement des armes comme il est le cas maintenant,
quelqu'un qui a un permis de possession pourrait s'acheter
50 armes aujourd'hui et les vendre demain, dans la rue, à des gangs de rue ou des éléments criminels
sans être tenu responsable, parce
qu'on ne peut pas retracer l'arme
à la personne qui les avait légalement la
dernière fois. Donc, toute arme à feu commence de façon légale, et ce qu'on
veut éviter, c'est qu'elle soit détournée,
qu'elle change de statut, vers l'illégalité. Puis, quand ça arrive, bien, si on
a l'enregistrement, on peut le savoir puis on peut, un, tenir la
personne responsable, mais surtout c'est un effet dissuasif qui fait que les propriétaires vont... et surtout ceux qui
pourraient être tentés de faire des choses malhonnêtes pour se faire de l'argent.
Donc, c'est un effet dissuasif incroyable,
quand c'est sûr que tu vas te faire prendre, par rapport à la situation actuelle, où il n'y a pas moyen
de savoir qui l'a vendue.
Donc, je vais juste rapidement
prendre l'exemple de la tuerie sur la colline Parlementaire : Michael
Bibeau, quelqu'un lui avait vendu une arme d'épaule, mais, parce qu'on n'a plus l'enregistrement, on ne peut plus savoir c'est qui. Et
donc ça facilite ce genre de vente illégale quand on ne peut pas retracer
l'arme.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député d'Ungava.
M. Boucher :
Je vais céder la parole à M. le député de Vimont d'abord.
Le Président (M.
Ouellette) : Ah bon! Bien, c'est correct.
M. Rousselle :
Il n'y a pas de problème. Mesdames, merci d'être ici. Premièrement,
félicitations pour votre mémoire, vraiment un mémoire qui va nous aider pour
nos travaux. D'ailleurs, le ministre l'a mentionné. Moi, je me rappelle justement de la dernière motion qu'on a
faite à l'Assemblée nationale et puis quand on s'est tous levés pour
parler, justement, de l'approche au niveau d'avoir un registre d'armes.
y a beaucoup de gens... puis vous l'avez entendu, vous avez même participé, à
quelques endroits, dans des débats, il
y a beaucoup de gens qui mentionnent comme quoi que le registre fédéral, là, ce
n'était vraiment pas bon, ça n'a pas servi, ça n'a pas sauvé de vies, ça
n'a rien fait. Vous répondez quoi, vous, là-dessus?
Mme Provost (Nathalie) : Les statistiques démontrent clairement qu'à
chaque fois qu'on a amélioré le contrôle des armes le nombre de morts...
et donc pas juste lié à la criminalité, mais le nombre de morts lié aux armes à
feu diminue, et c'est démontré
scientifiquement par les statistiques qui démontrent la diminution du nombre de
morts par balle au Canada en 1991, en
1995. C'est démontré aussi ailleurs dans le monde. Donc, pour nous, ces
arguments-là ne tiennent pas la route au plan global.
Mme Rathjen (Heidi) : J'ajouterais que, quand on mesure l'impact de l'enregistrement,
mettons, au niveau fédéral, c'est important de mesurer l'impact sur les armes qui ont été
nouvellement contrôlées sur le registre. Donc, la loi de 1991 et 1995 a surtout apporté des nouveaux contrôles
sur les armes d'épaule. Et, quand on regarde spécifiquement les décès, les homicides par arme d'épaule, il n'y a
aucune question, aucun doute que le nombre a chuté de plus de
50 % et le taux a chuté d'encore
plus. Dans le mémoire, à la page 10, on fournit les statistiques de Statistique Canada qui montrent que le taux d'homicides commis à l'aide d'une arme
d'épaule est passé d'une moyenne, sur cinq ans, au moment de la tuerie de
Polytechnique, de 0,41 par 100 000 habitants à 0,1, donc, le quart,
pour les années 2010 à 2014.
Donc,
c'est clair que ça a un impact. Puis les opposants au registre continuent toujours
à prétendre que ça n'a pas sauvé une
vie, ça n'a rien donné, ce n'est pas efficace, mais les chiffres parlent complètement autrement, les policiers disent que ça a marché, les études confirment ça des chercheurs. Pourquoi
que nous, on aurait encore à justifier, à avoir ce fardeau de preuve là, alors qu'il me semble que c'est peut-être
les adversaires qui devraient démontrer pourquoi cette baisse-là
ne serait pas liée au nouveau contrôle? Tu
sais, à chaque fois, comme Nathalie dit, en 1977, en 1991, en 1995 — on
a les graphiques dans le mémoire — qu'il y a eu des nouveaux
contrôles sur les armes d'épaule, il y a eu une tendance à la baisse.
Donc,
on a tous, tous les éléments de preuve pour dire que ça a sauvé au moins 300
vies par année — 3 000
sur 10 ans, c'est énorme — et
pourtant on nous sert toujours l'argument, puis souvent, je vous dirais — là,
je ne me plains pas à vous, mais plutôt
dans les médias — ils disent ça sans se faire questionner,
sans se faire questionner de démontrer comment ils peuvent dire ça étant
donné les statistiques, les recherches et l'avis des experts.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Vimont, je pense que le ministre a un
commentaire avant que je m'en aille à Ungava.
M. Coiteux : Un tout petit
commentaire, avant que le temps qui nous était imparti de ce côté-ci soit
épuisé, simplement pour dire, parce que vous faites des propositions
d'amendement : Soyez certaines qu'on va les étudier extrêmement sérieusement pour voir s'il y a lieu
de bonifier le projet de loi. Donc, c'est un travail qu'on va faire avec
toute l'attention requise.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député d'Ungava.
Boucher : Alors, bonjour, mesdames. Je vous remercie beaucoup de votre
présence aujourd'hui et je salue votre courage
au travers de ces années-là. Je pense que tout le monde se souvient d'où ils
étaient puis ce qu'ils faisaient le soir du 6 décembre 1989 à l'heure du souper. Et puis, malgré les
années, malgré la vie, malgré les aléas, vous avez toujours gardé le
focus, là, sur votre objectif, puis ça, là-dessus, je vous salue puis je vous
en félicite.
Moi, bon, je
viens du comté d'Ungava, qui est la moitié du Québec à moi tout seul, puis à
peu près tout ce qui est au nord du
49e parallèle, c'est chez nous, puis souvent ce qu'on me dit : Bien,
tout ça, là, c'est un débat de Montréal, là, tu sais, je veux dire. Les gens me disent : Regarde, moi, j'habite à
Matagami, j'habite à Chapais, je travaille fort, je paie mes taxes, mes
impôts. Tu sais, le samedi après-midi, quand il fait beau, j'aime ça aller
chasser le lièvre. C'est dur, c'est compliqué
de se procurer une arme, puis là c'est encore une loi pour m'ostraciser. Tu
sais, je ne suis pas un assassin, je ne veux pas tuer personne, je n'en
ai pas l'intention, mais je pratique un sport qui me place au banc des accusés.
Moi, je leur dis : Ce n'est exactement
pas ça, ce n'est pas une loi antichasse, ce n'est pas une loi antiarme, ce
n'est pas une loi antichasseur, c'est
une loi pour protéger, bon, l'entourage, parfois se protéger soi-même.
Aujourd'hui, on peut être dans des bonnes
dispositions qui peut-être, suite à des événements, ne seront plus le cas,
puis, si on a une arme entre les mains, peut-être qu'on fera des choses
qu'on ne ferait pas autrement.
Bon, en
quelques secondes qu'il peut rester, j'aimerais que vous parliez, là, à mes
citoyens dans Ungava pour les rassurer,
là, puis leur dire que, finalement, tout ça, ce n'est rien contre eux et puis
que ce n'est pas une loi montréalaise, que c'est vraiment pour le grand
bien de tout le Québec, là, qu'on est ici aujourd'hui.
Le Président (M. Ouellette) :
90 secondes, Mme Rathjen.
Rathjen (Heidi) : Merci pour
la question. Justement, les seules personnes qui disent que les
propriétaires d'armes sont considérés comme des criminels quand on enregistre
leurs armes, bien, ce n'est pas nous, c'est eux qui soulèvent ça.
Deuxièmement,
la sécurité publique n'a pas de région, là, c'est, la sécurité publique, ça
compte pour tout le monde. C'est sûr
que, dans les régions, les usages des armes à feu, c'est plus élevé, donc on y
retrouve plus d'opposition. Mais sachez
que, quand les gens vont à l'aéroport, puis ils se font vérifier tout, puis il
y a tous les genres de procédure de sécurité publique, bien, je ne dis pas qu'on me considère comme une terroriste
potentielle. Quand on se fait arrêter pour des tests d'alcool au volant, là, tu sais, des barrages, on
n'a pas le choix, bien, on reconnaît que ce n'est pas parce qu'ils nous
accusent d'être des gens qui boivent au
volant, c'est une mesure qui... oui, c'est un peu un inconvénient, mais ça sert
la société en général pour augmenter
la sécurité. Alors, c'est le but, c'est pour protéger tout le public, et, comme
pour les autos, comme pour les gens qui voyagent, c'est les usagers qui
doivent subir les inconvénients, mais c'est pour un but plus large et pour
améliorer la qualité de vie et la sécurité de la population.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Verchères.
Bergeron :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames, merci d'être des nôtres aujourd'hui,
merci à vos collègues qui vous
accompagnent. Merci et félicitations pour la résilience, le courage, la
détermination dont vous avez fait preuve depuis un peu plus d'un quart de siècle à tenir à bout de bras ce
flambeau, de vous être faits les porte-voix de ces étudiantes, étudiants, enseignants, enseignantes, membres du
personnel de Polytechnique qui ont vécu cette expérience traumatisante,
les porte-voix des personnes qui ont été blessées, les porte-voix de ces 14
femmes qui ne peuvent pas être avec nous aujourd'hui pour nous dire qu'il nous
faut contrôler les armes à feu.
Merci de votre mémoire extrêmement étoffé. Et,
avant de passer la parole à mon collègue de Bonaventure, j'aimerais insister
sur un élément, parce qu'on en parle beaucoup depuis deux semaines, mais je
pense que c'est important qu'on le précise, et ma collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques
a amorcé cela précédemment, mais il y a trois
grandes catégories d'armes dans les classifications du gouvernement fédéral : il y a les armes restreintes — et
là on parle des armes de type
militaire; il y a les armes à autorisation... les armes prohibées, pardon; il y
a les armes à autorisation restreinte,
dans lesquelles on retrouve les armes de poing, donc des armes qu'on peut se
procurer, mais avec un certain nombre
de réserves et de restrictions. Et il y a toutes les autres armes qu'on peut se
procurer librement chez les armuriers, dont
les armes de chasse, et dans cette grande catégorie d'armes qu'on peut
se procurer librement chez les armuriers... on va chez Latulippe après-midi puis on peut
trouver les armes en question. Et, souvent, je comprends les chasseurs de
nous dire : Bien, oui, mais les armes de chasse, c'est des armes de
chasse.
Mais vous démontrez bien dans votre mémoire
qu'il y a toute une série d'armes — on les voit, là, puis ça fait
frémir — toute une série d'armes qui ne sont pas conçues
pour tuer du gibier, qui sont conçues pour tuer d'autres êtres humains,
qui sont des armes dont l'achat aujourd'hui est tout à fait légal, et, d'ici à
ce que le gouvernement fédéral resserre sa classification, nous avons ici un rôle à jouer, qui est de
faire en sorte que ces armes, qui ne sont pas des armes de chasse, puissent être enregistrées, puis, évidemment,
toutes les armes, d'une façon générale. Mais je voulais insister sur cet élément-là, parce qu'il y a beaucoup
de choses qui se disent, mais il est important de savoir que ce à quoi font face, par exemple,
les policiers, ce ne sont pas que des armes de chasse, et il y a des armes de
type militaire qu'on peut se procurer aujourd'hui même.
Alors, merci d'avoir attiré notre attention sur
cet élément important, puis il m'apparaissait crucial de faire cette petite
précision, merci de vos recommandations également, dont celle, qui nous revient
déjà depuis un certain temps, concernant la
traçabilité, l'assurance que la personne à qui on vend l'arme détient bien un
permis de possession et d'acquisition,
de telle sorte d'assurer la traçabilité des armes, et on va évidemment
examiner les autres recommandations. Et,
à moins que vous ayez des commentaires à formuler à l'égard de mon préambule,
je passerais la parole à mon collègue de Bonaventure.
Le Président (M. Ouellette) : Ça va?
M. le député de Bonaventure. Quatre minutes qu'il vous reste.
M. Roy : Écoute, je vais essayer
d'en profiter. Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
mais j'espère que vous allez en profiter, parce que peut-être que ça ne
repassera pas.
M. Roy : Merci, M. le
Président.
Une voix : Je suis à la
veille de lever un protêt, moi, M. le Président, parce qu'il y a un traitement
inégal.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Roy : Puis-je y aller? Bonjour, mesdames. Bonjour. Écoutez,
bravo pour votre combat, puis je peux vous dire qu'il y a d'autres
enjeux qui auraient besoin de gens déterminés comme vous, O.K., vraiment.
Il y a un aspect dans votre mémoire sur lequel
j'aimerais apporter votre attention, c'est celui de «réduire de manière
substantielle — c'est
une recommandation — la
période de grâce [...] de 45 jours pour les armes transitant temporairement au Québec».
Comme vous le
savez, je suis porte-parole en
matière de forêts, faune et parcs. C'est sûr que le monde de la faune nous interpelle beaucoup, entre autres les pourvoiries,
qui sont pratiquement en rupture de clientèle. Ils prévoient qu'en 2019 la clientèle va chuter de manière
considérable. Donc, c'est un enjeu économique important. Et là est-ce que, si
on réduit de manière très significative
cette période temporaire d'existence de l'arme sur notre territoire pour
éventuellement aller à la chasse dans des
pourvoiries, on n'aurait pas des problématiques de clientèle ou de chute de
clientèle importantes au niveau de gens qui viennent de l'extérieur de
la province? Et ça, c'est un enjeu que ces gens-là soulèvent, puis j'aimerais
vous entendre là-dessus.
Mme Rathjen (Heidi) : La période de
grâce représente une échappatoire possible. Donc, c'est des armes qui rentrent
dans la province, qui ne seraient pas comptabilisées, et donc facilement
détournables vers des fins illicites, donc il faut en tenir compte.
Nous avons
deux recommandations par rapport à cette période-là. La première,
c'est de la raccourcir. On pense que
45 jours, c'est trop long. On comprend qu'il faut qu'il y ait
des accommodements. Et donc, les armes qui rentreraient pour une ou deux semaines, on comprend que ça ne vaut pas la peine de les rentrer dans le
système. Cependant, l'autre recommandation
qui fermerait cette échappatoire-là, c'est d'exiger des chasseurs qui viennent
de l'extérieur du Québec d'aviser le
gouvernement, par écrit, au préalable, du fait qu'ils veulent amener des armes
au Québec. Et donc il y aurait au moins
une trace, une documentation de ces armes-là au cas où elles seraient détournées
ou justement pour empêcher, pour créer une dissuasion pour... qu'elles
soient détournées.
Donc, déjà,
les Américains, quand ils viennent au Canada, doivent déclarer à l'avance,
avant de rentrer, toutes les armes à feu qui rentrent. Ce serait la même
chose. Pour ce qui est de l'entrée aux États-Unis, vous pouvez avoir une entente avec les agences frontalières, puis, pour
les autres provinces avoisinantes, bien là ce serait une nouvelle
exigence. Et je comprends que c'est une
démarche de plus, remplir un formulaire, mais, encore une fois, on parle
d'armes à feu, on parle d'objets
dangereux. Quand on fait un voyage, on fait toutes sortes de préparatifs, de
l'assurance, tu sais, louer son auto ou, tu sais, toutes ces... et on
trouve que signaler à un gouvernement du fait qu'on apporte des armes à feu
dans une juridiction où on contrôle les armes à feu, c'est tout à fait
raisonnable et normal.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Bonaventure. 30 secondes pour un commentaire.
Spénard : 30 secondes. Écoutez, ça ne deviendrait pas
une contrainte de plus administrative qui serait répulsive par rapport à une clientèle, qui est déjà demandée ailleurs pour des... pour une industrie
qui est déjà, à quelque
part, sur le respirateur? Et, tu sais, je ne veux pas être
l'avocat du diable, mais, dans ce cas-là très précis, fort est à parier qu'il y aurait une diminution de clientèle
étant donné l'ajout d'une mesure réglementaire qui serait peut-être mal vue.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Je ne sais pas si vous avez un commentaire?
Rathjen (Heidi) : ...avec
les Américains parce qu'ils viennent au Québec pour chasser, mais eux,
ils doivent déclarer leurs armes à la
frontière. Donc, c'est la même chose, ça se fait déjà. Alors, on veut juste que
ça se fasse pour les provinces. Et je
crois que c'est normal que, quand on visite, en tant que touriste, une autre
juridiction... c'est normal de respecter
les lois de la juridiction. Et je
pense que la sécurité publique
devrait demeurer la priorité quand on a affaire avec le contrôle des armes à feu, et c'est sûr que, comme
le ministre l'a dit... et nous, on appuie de minimiser les tracasseries,
mais pas aux dépens de la sécurité publique.
Et donc on recommande très fortement de fermer cette échappatoire avec
cette exigence-là.
Le Président (M. Ouellette) :
Commentaires additionnels?
Provost (Nathalie) : Bien,
on leur exige de payer leur permis de chasse. On va leur exiger, s'ils
abattent un animal, d'enregistrer l'animal
qu'ils ont tué. À mon avis, c'est la simple continuité du geste qu'ils sont en
train de poser. Ça fait que je ne
pense pas que c'est un argument qui est valide. Ils doivent enregistrer un
animal. Si on voyage avec son chien ou
son chat, il est enregistré. Moi, je
pense que ça va de
soi : si on va chasser, on... À Rome, on fait comme les Romains, tout
simplement.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord.
Spénard : Merci,
M. le Président. Alors, bienvenue,
Mme Pronovost et Mme Rathjen. Je comprends que, pour vous, le
dossier est plus émotif que d'autres personnes étant donné que vous avez vécu,
Mme Pronovost, les tristes événements de Polytechnique, mais par contre il faut aussi regarder le projet de loi
n° 64 d'une manière à élargir un peu nos horizons pour dire :
Est-ce que c'est le meilleur moyen d'assurer la sécurité par les armes à feu au
Québec, est-ce qu'il n'y a pas d'autre moyen d'y arriver?
Votre mémoire
est très bien étoffé. Je regarde ça, c'est vrai qu'il y a des armes qui sont
considérées comme non restreintes au
Canada et qu'on peut acheter, mais il est faux de prétendre qu'on peut acheter
une arme dans une entreprise qui vend
des armes sans permis de possession et d'acquisition, et ça, c'est la
Loi sur
les armes à feu du Canada, et vous l'avez
si vous allez dans le site de la RCMP. Au gouvernement du Canada, c'est encore
là, ça. Ça, c'est encore là, puis ça, ça demeure là.
Il est faux de prétendre que quelqu'un qui n'a pas de
permis va pouvoir aller s'acheter une arme dans... je ne vous dis pas «une arme d'un particulier à un autre».
Mais, une arme dans une entreprise, il est faux de prétendre qu'on peut l'acheter sans permis de possession et
d'acquisition d'armes à feu. Ça, j'aimerais rectifier le fait, parce que
vous semblez faire croire au monde
que n'importe qui peut acheter une arme n'importe où. Je ne pense
pas, je ne pense pas, moi. En tout cas, ça me surprendrait.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord, vous ne leur prêtez pas d'intentions?
Spénard : M. le
Président, c'est ça qu'ils ont dit tout à l'heure, moi, je m'en tiens aux faits puis à qu'est-ce qu'ils ont dit.
Le Président (M. Ouellette) : Bien,
parlez-moi à moi, M. le député de Beauce-Nord.
Spénard : O.K. Je
vous parle, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Spénard : Moi,
Mmes Pronovost et Rathjen...
Une voix : Nathalie Provost.
Spénard : Provost.
Je m'excuse. Provost. Je m'excuse, Mme Provost.
Une autre
chose, moi, que j'aimerais vous entendre, c'est : En quoi un registre des
armes à feu... Parce que vous parlez beaucoup — puis
plusieurs personnes nous parlent de ça — de
responsabiliser les individus qui
possèdent des armes, de sensibiliser les individus qui possèdent des
armes, mais en quoi le registre des armes d'épaule va-t-il assurer une meilleure sécurité des personnes? Parce
qu'enregistrer les armes d'épaule, ça arrive une fois dans notre vie. On
l'enregistre, elle demeure tout le temps
chez le propriétaire, alors qu'un permis de possession et d'acquisition d'armes
à feu, à tous les cinq ans, il est renouvelé, il est renouvelable, et là
il y a une enquête des corps policiers, il y a une enquête sur votre ex-conjointe, ou votre conjoint, ou etc., et puis
là il y a une enquête sur votre santé mentale, et tout, alors que le
permis d'immatriculation, il est là à vie. Alors, en quoi ça améliore
réellement la sécurité des personnes?
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Rathjen.
Rathjen (Heidi) : Donc, il y
avait peut-être trois questions là-dedans. Je vais commencer avec peut-être
une...
Spénard : ...parce
que je n'ai plus de temps de parole après.
Président (M. Ouellette) :
Non, mais, de toute façon, le restant du temps, ça va être à vous. Son
préambule a duré la moitié de son temps. Ça fait que je vous donne le restant
du temps.
Rathjen (Heidi) : Donc, la
première question, c'est la vérification du permis. On a entendu la Sûreté
du Québec hier soir confirmer ce qu'on a
dit. L'obligation de vérifier la validité du permis n'existe plus depuis 2012.
C'est une option. La loi dit : Les gens peuvent faire la vérification,
mais pas «ils doivent».
Il est vrai
qu'acheter une arme sans avoir de permis de possession, ça demeure illégal,
mais vendre une arme à quelqu'un qui
n'a pas de permis — c'est
ça, la nuance — c'est
que la personne a juste besoin de croire que... C'est ça dans la loi, c'est : N'a pas de motif
raisonnable de croire que l'acheteur n'a pas de permis. Et, c'est ça, il n'y a
aucun autre standard qui est spécifié
dans la loi. Et donc, tant que la personne peut dire : Je l'ai cru, il est
protégé. Alors, c'est légal de vendre,
dans le sens que, s'il croyait sincèrement que la personne avait un permis, il
avait le droit de lui vendre, même si l'acheteur
n'a pas le droit d'acheter. Et c'est ça que la Sûreté du Québec a confirmé
hier. Et donc je sais qu'il y a beaucoup de gens, beaucoup de groupes proarmes et de propriétaires d'armes qui
n'y croient pas. Mais on ne peut pas aller plus loin que la loi qui est
confirmée par la Sûreté du Québec.
L'autre point, c'est la question de :
Comment ça protège la sécurité publique? Bon, il y a toute une série de manières que l'enregistrement interagit avec les
autres mesures pour protéger le public. Je ne veux pas passer à travers,
elles sont énumérées dans le mémoire, mais
juste donner un exemple : l'entreposage sécuritaire. Tout le monde est
d'accord qu'il faut entreposer ses armes de
manière sécuritaire, les barrer pour protéger contre l'usage par les gens qui
ne sont pas autorisés, protéger contre l'usage impulsif et protéger
contre le vol. Quand une arme est volée, puis elle est volée, par définition,
par des criminels, puis se retrouve dans un milieu criminel, sur le lieu d'un
crime, comment on peut tenir responsable la
personne qui ne l'a pas bien entreposée? S'il n'y a pas d'enregistrement, on ne
peut pas la tenir responsable. S'il y
a l'enregistrement, on peut l'identifier puis dire : Votre arme, là,
comment ça qu'elle n'est pas chez vous barrée comme elle devrait l'être,
selon les normes? Et donc ça encourage...
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord...
Spénard : ...est
encore en vigueur.
Mme Rathjen (Heidi) : Ça encourage
le respect des lois.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord, je veux lui laisser répondre à votre troisième question
aussi, parce que le temps avance.
Mme Rathjen (Heidi) : O.K. Alors,
ça, c'était un exemple.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Provost, pour la troisième question.
Provost (Nathalie) : M. le
député de Beauce-Nord, je crois, a porté deux commentaires à notre
endroit, à l'égard que nous sommes émotifs et que nous devrions élargir nos
horizons, et dans cette Chambre...
Mme Provost (Nathalie) : C'est
exactement les mots que vous avez utilisés.
Spénard : ...élargir
mes horizons, pas de vous.
Le Président (M. Ouellette) : La
parole est à Mme Provost.
Spénard : ...tu
sais, je vais me faire charrier égal, là.
Le Président (M. Ouellette) : Non,
non. M. le député de Beauce-Nord...
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Beauce-Nord, la parole est à Mme Provost.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Provost.
Mme Provost (Nathalie) : Depuis
25 ans. C'est vrai que ça a commencé dans un drame, dans un moment extrêmement pénible, et les gens qui étaient
émotifs, et j'en suis, ne sont pas ceux qui ont été porte-parole. J'ai pris
20 ans avant d'être devant vous, parce que ça m'a pris le
temps de guérir de mes blessures. Et on n'a pas créé la coalition, mobilisé 1 million de citoyens simplement par
des émotions, on s'est appuyés sur des faits, on s'est appuyés sur des
études canadiennes, on s'est appuyés sur des
résultats de Statistique Canada et on a travaillé à partir de ce qui s'est fait
partout dans le monde pour voir quelles sont
les meilleures pratiques. Et partout dans le monde il y a des systèmes de
contrôle des armes à feu qui sont
efficaces. C'est la minorité qui ne responsabilise pas les propriétaires par
rapport à leurs armes. Ce qu'on salue le
gouvernement du Québec de vouloir faire et puis qu'on est très déçus que le
gouvernement du Canada ne l'ait pas fait, ce n'est pas une idée émotive,
ce n'est pas une réaction émotive, c'est un débat raisonné et c'est basé sur
des faits et sur des analyses.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme Provost. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Trois.
Massé : Merci. Merci d'être là. Oui, c'est basé... je pense que c'est
ça que votre mémoire extrêmement étoffé vient nous expliquer. Et je sais ce que les groupes de citoyens sont
capables de faire lorsqu'il est temps de faire l'analyse des choses et je prends exemple... ça fait deux
jours où je pose la question aux corps policiers, de leur demander :
Coudon, ce qu'on appelle des armes d'épaule,
là, c'est-u dangereux? Oui, toutes les armes sont dangereuses. C'est la
première fois que j'ai la réponse à
ma question, mais, plus que ça, avec des photos qui me démontrent ce que
j'intuitionnais, alors, ça, sans compter tout le reste de vos arguments
et de ce que vous amenez, je suis d'accord avec vous. Et, je le vois dans le débat public actuellement, l'émotivité n'est pas
de votre côté, la détermination y est. Et là-dessus vous aurez, comme
vous l'avez depuis toujours, notre appui.
Pourquoi? Sécurité publique, certes. Les armes d'épaule tuent dans le
domestique, à la maison. Ça, comme parti féministe, on trouve ça fondamental.
Peut-être que ça dérange des gens, mais on trouve ça fondamental.
Je ne peux
pas m'empêcher de vous le demander, parce que, là, vous l'avez dit à quelques
reprises : Telle affaire, ça va
de soi, la santé publique est là, la police est là. Coudon, les seuls qui
ostracisent les chasseurs, c'est les opposants au registre eux-mêmes.
Bon, je n'ai qu'une question : Alors, à qui ça profite qu'il n'y ait pas
de registre? À qui? À qui, financièrement, ça profite qu'il n'y ait pas de
registre? Avez-vous une réponse à ça?
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Rathjen.
Rathjen (Heidi) : Je crois
que la réponse, c'est plus une question d'idéologie qu'autre chose, parce
que je suis sûre que ceux qui militent
contre le registre ont dépensé plus d'argent que le coût qu'on pourrait
imaginer le plus cher pour l'enregistrement des armes à feu, qui par
ailleurs va être gratuit.
Et, d'après
notre expérience au niveau fédéral, c'est toujours le même genre
d'argument : Ça ne marche pas, etc. Mais aussi, si vous regardez ce que ces groupes-là affichent sur leurs
pages Facebook ou Twitter, etc., les médias sociaux, on parle de, tu sais, des sentiments très
antigouvernementaux, antipolices, libertaires, libertés, droits de
s'autoprotéger avec des armes à feu.
Donc, par
exemple, le premier groupe qui a témoigné, l'Association canadienne pour les
armes à feu, ils ont dit devant vous
qu'ils étaient pour les permis de possession, mais, dans leurs documents
officiels sur leurs objectifs législatifs, ils sont contre, ils veulent tout abolir. Ils veulent que toutes les
armes soient disponibles, qu'il n'y ait pas de catégorie même pas des armes prohibées, automatiques. Et ils
veulent que les gens puissent porter des armes pour s'autoprotéger. Ça,
ils ne vont pas le dire devant vous, parce
que je pense que ça serait mal reçu,
mais c'est ça d'où beaucoup viennent. Peut-être pas les chasseurs.
Mais, là
aussi, c'est peut-être ce sentiment de stigmatisation ou ils pensent
que, puisqu'on les vise, parce que
c'est eux qui ont les armes à feu puis
l'enregistrement touche les armes à feu, d'une manière, à travers ça, on les
accuserait de quelque chose. Donc, comme vous dites, c'est émotif, c'est
idéologique et c'est aussi tout simplement la... les gens n'aiment pas la
tracasserie ou possiblement payer plus pour leur sport puis leur passe-temps.
Mais, je pense, ça, c'est mon interprétation, puis il faudrait leur demander
directement pour avoir la réponse.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme Heidi Rathjen, Mme Nathalie Provost, représentant l'organisme
PolySeSouvient. La commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 1)
Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des institutions reprend ses travaux.
Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 64,
Loi sur
l'immatriculation des armes à feu. Nous entendrons, cet après-midi, les
organismes suivants : les directeurs de santé publique, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence
conjugale, le Y des femmes de Montréal et la Société Makivik.
Nous recevons comme premier groupe les
directeurs de santé publique. On m'informe que la Dre Isabelle Goupil-Sormany va prendre la parole. Vous êtes
accompagnée, on m'informe, du Dr François Desbiens et du
Dr Sylvain Leduc. Vous me corrigez si j'erre.
Vous
avez 10 minutes pour faire votre présentation, et après il va y avoir un
échange avec le parti ministériel et les partis d'opposition. Ça fait
que, Mme Goupil-Sormany, à vous la parole.
Goupil-Sormany (Isabelle) : Bonjour. Alors, M. le Président, M. le
ministre, merci. Distingués membres de la commission, je vous remercie
de nous accueillir cet après-midi.
Aujourd'hui,
nous venons vous parler de votre projet de loi, que nous appuyons sans réserve,
c'est important. Avant même de vous
lire notre allocution, que vous avez sous les yeux, j'aimerais quand même
prendre quelques instants pour vous expliquer un peu notre rôle comme
médecins de santé publique, comme directeurs de santé publique.
Première des
choses, nous sommes des médecins. Nous faisons des diagnostics, un peu à
l'exemple de ce que vous avez reçu
hier de la part de l'Institut national de santé publique, qui vous présentait
différents éléments de notre diagnostic en lien avec la prévention des traumatismes liés aux armes à feu. Nous
sommes aussi toujours des médecins, et donc nous prescrivons des plans de
traitement. Dans notre domaine, nos plans de traitement s'appuient sur cinq
grandes stratégies, des politiques publiques favorables à la santé, des lois, des règlements.
Le projet de loi n° 64 sur l'enregistrement des armes d'épaule, c'est un excellent exemple de politique publique favorable à la santé. C'est la base de
la plupart de nos traitements de santé.
Nous
travaillons aussi sur la création d'environnements favorables. L'institut vous le démontrait hier,
la présence d'armes à feu à domicile
est indéniable comme facteur de risque de traumatisme. Idéalement, il ne
devrait pas y avoir d'armes à feu au
domicile, mais, si des armes devaient être présentes, quand on parle de
travailler sur les environnements, on
s'attend à ce que ces armes soient entreposées de façon sécuritaire, que les
armes soient sous clé, qu'il y ait des cadenas et que les munitions soient
séparées des armes à feu. Voici un exemple d'environnement favorable.
Comme
troisième stratégie, on travaille aussi sur la réorientation des services de santé. Nous travaillons dans
ces continuums d'interventions pour prévenir le suicide ou encore contrer la
violence, qu'elle soit conjugale ou qu'elle soit
de nature plus criminelle. Nous avons des sentinelles en milieu de travail,
nous offrons des programmes de formation auprès des intervenants pour identifier les crises suicidaires et nous
travaillons aussi à sensibiliser les propriétaires d'armes à feu sur le
risque que présentent leurs armes à feu.
Nous avons
aussi comme quatrième stratégie le renforcement des capacités individuelles,
l'«empowerment» des individus. Le
suicide ou la violence ne devrait jamais être une solution face à des difficultés
particulières. Nous travaillons collectivement
à la... à la résilience — pardon pour le terme — et à la promotion d'une santé mentale
positive, comme en témoigne le Programme national de santé publique 2015‑2025.
Enfin, nous
travaillons sur le renforcement de l'action communautaire. La prévention du
suicide et la prévention de la
violence au Québec reposent sur plusieurs organismes communautaires — que vous allez recevoir, d'ailleurs — et qui font
partie d'un continuum de soins avec lequel nous travaillons, et ces
organismes proposent une intervention pertinente.
Pour un
traitement efficace en matière de prévention des traumatismes liés aux armes à
feu, ces cinq stratégies doivent s'appliquer ensemble. Nous pensons que
le projet de loi vient s'ajouter à un ensemble de mesures qui, prises
collectivement, réduiront réellement le risque de mortalité par arme à feu au
Québec.
Sur ce, permettez-moi de vous lire l'allocution
qu'on vous a remise. Donc...
Mme Goupil-Sormany (Isabelle) :
Woups! La technologie, hein?
D'entrée de
jeu, bien, je tiens à vous dire que l'ensemble des directeurs de santé publique
du Québec appuient le projet de loi.
Notre intérêt à appuyer ce projet de loi tient compte de nos responsabilités
professionnelles et médicales en lien
avec l'article 373 de la
Loi sur les services de santé et les services sociaux.
En effet, nous avons le mandat d'identifier les situations où une action intersectorielle s'impose pour prévenir des
maladies, des traumatismes, les traumatismes par arme à feu ou les
problèmes sociaux ayant un impact sur la santé de la population et, lorsque
nous le jugeons approprié, de prendre les mesures nécessaires pour favoriser
cette action. C'est pourquoi nous sommes ici aujourd'hui.
Dans cette
optique, afin de réduire les traumatismes par arme à feu au Québec, nous sommes
fermement convaincus que
l'immatriculation des armes d'épaule contribuera à sécuriser les domiciles en
faisant en sorte qu'elles auront moins de chances de tomber entre les
mains de personnes qui pourraient en faire un usage inapproprié contre
elles-mêmes ou contre autrui.
En effet,
l'ensemble de mes collègues directeurs de santé publique, que nous représentons
aujourd'hui, et moi croyons que
l'instauration d'un registre québécois des armes contribuerait à réduire le
nombre de suicides et d'homicides sans
empêcher quiconque, d'ailleurs, d'utiliser ce type d'armes à des fins licites,
c'est-à-dire la chasse, le tir ou encore la collection. Notre position
repose sur deux éléments distincts : d'abord, des données scientifiques
qui témoignent de l'utilité du registre pour réduire la mortalité par arme à
feu, comme on vous les a présentées hier soir, mais aussi le fait que pour nos intervenants dans le réseau de
la santé le registre est un outil qui s'avère utile pour la prévention et
la gestion des situations sociales complexes.
Notre position est d'abord, donc, basée sur la
littérature scientifique, les écrits, qui, comme cela vous a été présenté,
démontrent clairement que les mesures de contrôle des armes à feu permettent de
sauver des vies — 72
par année au Québec — liées à la fois à un permis de possession
d'armes et au registre. Ce sont deux mesures indissociables.
Au Canada,
plusieurs mesures ont été implantées durant les années 90 pour favoriser un
meilleur contrôle des armes d'épaule,
dont le projet C-68, qui a instauré l'obligation de détenir un permis de
possession d'armes et d'enregistrer chacune des armes. C'est ces deux composantes-là
qui font que ce sont des politiques favorables à la santé. Bien que
l'effet spécifique de chacune des mesures
comprises dans cette loi ne soit pas connu, ensemble, elles ont été démontrées
efficaces pour réduire le nombre de suicides et d'homicides.
En effet, les résultats des analyses qui vous
ont été présentés démontrent que la loi C-68 a permis d'éviter 250 suicides, 50 homicides, en moyenne, chaque
année, entre 1998 et 2004 au Canada et 72 suicides à l'échelle du
Québec entre 1998 et 2012.
Dans un tel
contexte, la suppression d'une mesure législative considérée indissociable des
autres mesures existantes peut s'avérer dangereuse, de notre point de
vue. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous nous étions opposés à l'abolition
du registre canadien des armes à feu sans restriction et qu'aujourd'hui nous
appuyons votre projet de loi.
Il est
important de rappeler que, d'un point de vue de santé publique, l'enjeu
entourant le projet de loi n° 64 dépasse largement la problématique des activités menées par des groupes
criminels. En effet, au Québec, les suicides sont de loin la première cause de décès par arme à feu — quatre
décès sur cinq par arme à feu. Dans la majorité des cas, ces suicides
sont commis au domicile de la victime à l'aide d'une arme d'épaule — fusil
ou carabine. Les armes d'épaule sont également en cause dans une proportion
importante des homicides commis à domicile, en particulier dans les cas
d'homicides intrafamiliaux. En matière de violence, il ne faut pas l'oublier.
Dans la plupart des cas, ces suicides et homicides
sont commis par des personnes ne présentant aucun antécédent criminel. Les
suicides par arme à feu surviennent partout
sur le territoire québécois. Fait à noter, le taux de suicide par arme à feu
est significativement plus élevé en zone rurale qu'en zone urbaine ou
périurbaine.
Plusieurs études ont démontré que la présence
d'une arme à feu au domicile constitue un facteur de risque de suicide et
d'homicide — je
vous l'ai dit tout à l'heure en introduction, idéalement, il ne faudrait pas
d'arme à feu à la maison — et
ce risque est d'autant plus grand si les personnes présentent des problèmes de
santé mentale ou des problèmes circonstanciels — par exemple, un jeune qui vit une peine d'amour, une personne confrontée à des
difficultés conjugales, familiales ou même à une perte d'emploi ou une
diminution de ses revenus.
Dans une
perspective de prévention du suicide ou des homicides intrafamiliaux, il importe,
bien sûr, d'agir en amont par des
approches de promotion de la santé mentale, de même que du dépistage, du
traitement et de l'intervention précoce en situation de crise, mais,
dans ces situations, il importe aussi, également, de s'assurer qu'on ait un
plan de soins qui prévoit des interventions pour protéger les personnes
concernées : la personne elle-même, sa famille, mais aussi les intervenants qui interviennent auprès de ces
personnes. À cet égard, le contrôle de l'accessibilité aux armes à feu fait
partie des actions essentielles à instaurer. C'est d'ailleurs ce que reconnaît
l'OMS. En effet, dans son rapport de 2014, elle mentionne que la restriction de l'accès aux moyens est une stratégie à
mettre en oeuvre pour sécuriser les environnements à risque. Par ces moyens, le contrôle et l'accès
mais aussi les registres font
partie des mesures jugées efficaces — ce
sont autant les mesures législatives et réglementaires — pouvant
réduire les suicides par arme à feu.
Ce qui nous
permet maintenant, en tant que médecins, mais aussi membres des
centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux et des centres
intégrés de santé et de services sociaux, de vous présenter notre deuxième
argument, qui est celui de nos intervenants.
Nous représentons les intervenants sociaux en
famille, en personnes âgées, en santé mentale mais aussi en déficience
intellectuelle. Pour ces gens, le fait de pouvoir vérifier la présence d'une
arme à feu au domicile revêt une importance
particulière pour ceux et celles qui interviennent auprès d'une clientèle en
situation de crise ainsi que pour leurs partenaires communautaires oeuvrant en prévention du suicide et en
violence conjugale. Selon les procédures suivies selon leurs plans de
soins pour l'évaluation de la dangerosité devant un risque suicidaire ou
homicidaire, en l'absence de collaboration
ou de fiabilité — parce que, des fois, on ne peut juste pas
faire confiance à la personne dans sa situation de crise — les
intervenants n'hésitent pas à communiquer avec les services policiers afin de
vérifier la présence d'armes à feu, leur
nombre et leur type. On réalise que les gens ont tendance à déclarer avoir en
leur possession des armes à feu, mais le nombre est rarement fiable. Le
registre permet de s'assurer d'une plus grande fiabilité.
Cette
vérification ainsi que les interventions adaptées qui peuvent en découler
visent trois objectifs : la sécurité de la personne...
Mme Goupil-Sormany (Isabelle) : ... — parfait — et la
sécurité de l'ensemble de la maisonnée.
Je pense que, pour conclure, je voudrais juste
vous dire que nous avons sensiblement les mêmes enjeux que l'ensemble
des intervenants qui vous ont rencontrés en faveur du registre, c'est que nous
vous invitons à bonifier le projet de
loi pour s'assurer que la vérification du permis de possession d'armes à feu est systématique, rigoureuse et
sans faille. La loi fédérale a été changée, elle pourrait être réinterprétée. Nous vous invitons à
corriger cette faille par un amendement qui nous permettrait de pouvoir, un, bien contrôler le permis de port
d'armes, deux, associer chaque arme à un propriétaire, peu importe
l'histoire de cette arme. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
M. le ministre.
Coiteux : Merci beaucoup, Dre Goupil-Sormany, pour la présentation, qui est certes
complémentaire à celle qu'on a eue
d'autres intervenants qui venaient du milieu de la santé, mais, en même temps, vous l'avez, je dirais, campée, là, dans le contexte de la livraison des soins dont vous êtes responsables à
travers les CISSS et les CIUSSS, là, bon, alors ça permettait de voir
quelle en était l'importance.
Donc, évidemment, je ne peux pas
faire autrement qu'être heureux que vous soyez en faveur du projet de loi. Vous avez aussi des recommandations qui touchent certains aspects qui pourraient être améliorés. Puis,
comme je l'ai dit à tous les groupes
qui sont venus sur cette question-là et à d'autres auparavant, on prend ça très
au sérieux, on va faire toute l'analyse requise pour voir comment les bonifications peuvent être apportées.
Donc, ce n'est pas vain même de le
répéter, même s'il y a d'autres groupes qui l'ont énoncé auparavant.
première question, c'est pour vous donner peut-être l'occasion d'élaborer un
tout petit peu plus, puis peut-être dans
des cas concrets, des fois, si vous aviez quelques exemples, comment le fichier
d'immatriculation des armes peut faciliter le travail des professionnels
qui oeuvrent dans le domaine de la prévention du suicide, en particulier.
Goupil-Sormany (Isabelle) : ...trois situations. Une situation en
soutien intégré en périnatalité et petite enfance, une famille avec certaines difficultés, le père ou la mère peut
vivre des difficultés, ils vont demander des services, et souvent on peut sentir que la famille est
fragile. Et donc les intervenants vont demander, dans une situation de
risque psychosocial complexe, avec des
stresseurs nombreux, financiers, sociaux... ils vont communiquer avec les
policiers pour savoir s'il y aurait
des risques de violence à la fois qui pourraient être de violence conjugale
mais aussi de violence plus par autrui
ou dans un contexte de crise, et donc vont demander aux services policiers de
valider s'il y a des risques associés à un environnement, là, qui
pourrait présenter des risques comme une possession d'armes à feu dans le
domicile. Ça, c'est un premier exemple.
On a les exemples en
violence conjugale, notamment une conjointe qui pourrait être inquiète, où, là,
la vérification est systématique par les
intervenants, ou encore la personne dépressive qui se fait évaluer par un
centre de prévention du suicide, et
l'intervenant va d'emblée demander à la personne s'il y a un plan, hein?
Souvent, si la personne dit :
J'y pense, mais qu'elle n'a pas de plan, le risque est moins élevé que la
personne qui dit : Oui, j'y pense, j'ai un plan, je vais prendre une arme à feu. Là, l'intervenant va
rapidement s'assurer qu'il n'y en a pas à la maison. Parce que ce qu'il
faut savoir, c'est que la crise suicidaire,
elle dure en général 10 minutes — très, très court — ce n'est pas très long, et il faut éviter l'accès à une arme à feu pendant cette
période particulière de crise, il faut qu'on... Et donc le fait d'avoir accès
à une arme à feu qui n'est pas sécurisée au
domicile fait que, pendant la crise, c'est beaucoup plus facile de passer à
l'acte. Mais, si on a réussi à
sécuriser le domicile, parce que, la personne, on est intervenu de façon
précoce, on va pouvoir prévenir... puis on va pouvoir éviter qu'il y ait
un passage à l'acte pendant la période de risque.
Finalement,
on a souvent des situations de... J'ai dit «trois exemples», mais je vais vers
un quatrième : le soutien aux personnes âgées dans des contextes de
vulnérabilité. Pour éviter des passages à l'acte en situation de crise, on s'assure que le domicile demeure sécuritaire puis
qu'on va pouvoir offrir d'autres services qui sont beaucoup plus
pertinents pour les personnes qui en ont besoin.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le ministre.
Coiteux : Si vous me permettez, j'aimerais creuser encore un petit peu
plus sur cette question de la prévention du suicide. Puis vous n'êtes
pas le premier groupe qui nous avez dit ça, que la crise suicidaire dure
10 minutes, en moyenne. Mais vous, pour
pouvoir sécuriser l'environnement de la personne qui pourrait être suicidaire,
pour sécuriser cet environnement-là,
vous avez besoin d'agir avant d'en arriver à la crise suicidaire. Donc, quelles
sont ces étapes-là au cours desquelles vous pouvez intervenir?
Mme Goupil-Sormany
(Isabelle) : Bien, il y a...
Le Président (M.
Ouellette) : Mme Goupil-Sormany.
Mme Goupil-Sormany
(Isabelle) : Oui. Pardon.
Le Président (M.
Ouellette) : C'est juste pour les besoins de l'audio, pour qu'on
puisse vous suivre, pour le verbatim.
Goupil-Sormany (Isabelle) : J'avais envie de rentrer en dialogue. Mais
effectivement la crise suicidaire ne survient jamais toute seule, dans
le vide, comme ça, il y a des signes annonciateurs, il y a des signes de
dépression, il y a des signes de difficultés psychosociales, et, en général,
les gens vont demander de l'aide, et il faut être capable d'intervenir avant la crise suicidaire, notamment
par ces signes avant-coureurs — on parle de dépression, mais on peut
aussi parler d'un appel pour demander du
soutien en disant : J'ai des idées sombres. Il faut qu'on soit capable
d'intervenir. Et les intervenants le
savent et font du dépistage systématique pour les armes à feu. Mais là, avec le
registre, on a une étape de plus, on
peut vérifier la validité de l'information, donc ça nous permet d'intervenir
parce qu'on est dans un continuum de soins.
a aussi, dans nos programmes, des sentinelles, des gens qui ont le mandat de
voir si leurs collègues, en milieu de travail,
présents ont un affect — l'affect, c'est les émotions, l'humeur — si ça s'est modifié, si le ton est devenu
plus négatif. Et on a, donc, des gens
qui agissent pour dépister la détresse avant même qu'elle se transforme en
crise suicidaire. On en a en milieu
de travail. On a des intervenants psychosociaux dans les CISSS et les CIUSSS,
mais dans le volet CLSC, dont c'est
le mandat, c'est l'expertise. On a les centres de prévention du suicide, on a
les maisons de la famille. Il y a toutes sortes d'intervenants qu'on
habilite à dépister la crise sociale avant qu'elle ne se transfère en une crise
suicidaire.
Donc, on est capable d'intervenir en
amont. Puis c'est dans cette période fenêtre là, quand on dépiste les
premiers signes avant-coureurs, que, là,
c'est important de pouvoir voir si, la personne, il y a une association avec
des armes à feu ou s'il y a des armes à feu dans son domicile.
M. Coiteux :
Comment fonctionnent la collaboration, le travail en collaboration avec les
services policiers? Pouvez-vous nous en parler un petit peu? Justement, quand
vous pensez qu'il y a peut-être lieu de s'interroger sur la présence d'armes,
donc, vous devez communiquer avec les services policiers.
Comment ça se passe?
Avez-vous des protocoles? Est-ce que la relation, en général, fonctionne bien?
Est-ce que c'est rapide?
Goupil-Sormany (Isabelle) :
...on veut tous la même chose, hein, on veut prévenir des décès. Les
policiers, comme les médecins, comme les
intervenants, tout ce qu'on veut, c'est la même chose, donc on est tous centrés
sur le même objectif : sécuriser les milieux. Je vous ai parlé d'environnement favorable tout
à l'heure, mais on veut sécuriser les
milieux. Et, quand on a des doutes raisonnables, les policiers sont toujours
très, très réceptifs à nos préoccupations.
Coiteux : Est-ce que vous
avez, dans la pratique, là, par
rapport à votre collaboration avec les services policiers et
ce travail que vous faites... Puis je
continue avec la prévention du suicide, mais ça pourrait être évidemment la
prévention de la violence conjugale et
d'autres types de problématique, mais continuons avec celui-là pour les fins de
la cause, là, pour les fins de l'illustration.
Est-ce
que vous avez vu un fonctionnement différent avant l'arrivée du registre
fédéral, pendant l'existence du registre fédéral et depuis que le
registre fédéral n'existe plus?
Goupil-Sormany (Isabelle) : Là, j'ai un petit peu... Je sais que ça a
été un long apprentissage, hein, on a appris
à travailler ensemble. D'abord, les services policiers ont eu, au départ, aussi
à apprendre à fonctionner avec le registre. Donc, je vous dis ça pas
d'expérience, là, je vais être obligée d'être prudente sur ce que je vous
traduis, mais on a ces écrits-là, on a cette
expérience-là. Le registre, au Québec, ça fait un an qu'on n'y a plus accès,
là... bien, même deux ans.
Goupil-Sormany (Isabelle) : Deux ans. Donc là, on n'a pas une très
grande expérience de l'absence de registre, donc je suis obligée de
réserver mon jugement, mais nos intervenants nous disent que c'était
facilitant, utile, pertinent et que, pour
eux, ça leur a permis d'éviter des drames. Et les données statistiques qui vous
ont été présentées hier, c'est une
projection de 72 suicides par année au Québec, en moyenne. Je pense que ce sont
de vrais drames évités. Donc, on peut y croire.
Coiteux : Mais, à tout le moins, là, même si ça ne fait pas très
longtemps, vous avez l'impression de travailler avec beaucoup plus
d'incertitude qu'il y a deux ans, par exemple, il y a trois ans.
Goupil-Sormany (Isabelle) : Bien, tout à fait. On continue de
travailler avec des... Dans mon ancienne vie, j'étais urgentologue, là, je vais prendre un exemple. On a, en médecine,
des mesures universelles, hein : il faut porter des gants, il faut porter un masque. On ne sait pas le
statut de la personne, on ne sait pas si elle a une maladie contagieuse.
Mais là, actuellement, on est un peu
retournés à des mesures universelles. On vérifie s'il y a des armes, on fait
confiance à la personne, on espère que son
intention suicidaire n'est pas suffisamment avancée pour déformer la réalité,
par exemple, là, dans le cas du
suicide, mais aussi dans la violence conjugale, mais on est obligés d'appliquer
des mesures universelles et on a de
la misère à les ancrer sur la personne. Quand on a accès à un test de dépistage
qui nous dit : Attention! cette personne-là est porteuse de la
bactérie, on n'enlève pas nos gants, on n'enlève pas notre masque, mais on est
déjà capables d'avoir un traitement plus approprié, on est capables
d'intervenir de façon spécifique sur sa réalité propre.
Moi,
je pense que c'est comme ça qu'il faut le voir un peu. Les mesures
universelles, là, de l'urgence, je trouve que c'est un bel exemple. On va être capables d'aller plus loin. Ça fait
qu'on perd un levier d'intervention. On va continuer d'appliquer des
mesures universelles, mais on peut aller plus loin grâce au registre.
M. Coiteux : Puisque vous faites du travail avec des personnes
qui ont des problèmes de santé mentale — visiblement, la dépression, l'envie de se suicider, c'est un problème de santé
mentale — donc, je
voudrais vous entendre à cet effet.
Hier,
on a eu une présentation vraiment extrêmement convaincante, très claire de la
Sûreté du Québec par rapport à la
situation actuelle, où ils interviennent, et l'inspectrice nous a dit :
Regardez, aujourd'hui, on est obligés de se baser sur la bonne foi. Et
elle a dit la... comment est-ce qu'elle a dit ça?, elle a dit la... elle avait
pris un terme, là, justement «la bonne foi», et c'était le...
M. Coiteux :
La lucidité. Pardon. La bonne foi et la lucidité des personnes. Mais, lorsqu'on
a des ennuis de santé mentale, comment vous jugez, vous, de la lucidité d'une
personne qui dit : Non, moi, je n'ai pas d'arme à la maison, je n'ai pas
de...
Mme Goupil-Sormany
(Isabelle) : Comme médecins et comme intervenants, on a toutes sortes
de techniques pour évaluer le niveau
de lucidité, le fonctionnement... on a des échelles globales de fonctionnement
des personnes, donc on est quand même
capables d'avoir des indices, que ce soit au niveau de son humeur, de ses
émotions, de son discours, de sa façon d'être orientée, de sa façon de
nous répondre, de son activité, hein, si elle est ralentie.
On a quand même des
indices, puis ce sont de bons indices cliniques. Mais, effectivement, pour ce
qui est de l'affabilité, de la mémoire, je
pense aux personnes âgées, se souvenir combien d'armes il y a à la maison...
Les personnes âgées, en général, sont
en bonne santé, là, je ne voudrais pas faire de raccourci intellectuel, mais
certaines personnes ne se souviennent
pas de ça. Le registre permet de combler ces lacunes-là. Puis ce n'est pas
juste une question de santé
mentale, c'est aussi une question de sensibilisation des propriétaires.
Puis ça, c'est un
aspect que je n'ai pas traité dans mon allocution mais qui est important :
quand on oblige l'enregistrement des armes à feu, on renforce le message comme
quoi une arme à feu, ça peut être dangereux, et on responsabilise les propriétaires. Moi, je l'ai vu, les propriétaires se
sentent imputables ou responsables et vont acheter les cadenas nécessaires, vont séparer leurs munitions
de leurs armes à feu, vont comprendre qu'on s'inscrit dans un système où
une arme à feu, ça peut être dangereux, et donc qu'il faut en faire une
utilisation sécuritaire. Donc, c'est aussi ça.
Donc, si je reviens à
votre question, on a des indices pour savoir si la personne est plus ou moins
fiable. Et d'ailleurs les intervenants vont
appeler les policiers en disant : Hum! Pas sûr, là. On a des indices pour
nous dire qu'on n'est pas dans un
très bon degré de fiabilité et on a besoin de vous. Mais là la police se
retrouve avec ce transfert-là, ce transfert
de l'insécurité de l'intervenant, et là c'est pour ça que le registre vient
répondre aux besoins, c'est que ça permet de confirmer l'impression
diagnostique de l'intervenant, ou du médecin, ou du travailleur psychosocial,
ça permet de renforcer aussi nos actions. Je pense qu'il faut le voir dans un
tout intégré.
Le Président (M.
Ouellette) : ...ça fait deux fois que vous voulez intervenir, là.
M. Leduc (Sylvain) : Ma collègue Dre Sormany a été fort éloquente. En fait, les
intervenants qu'on a sur le terrain, chez
nous, nous disent qu'avec l'utilisation du registre on avait un complément
d'information dont on se prive aujourd'hui puis on a l'impression de travailler davantage à l'aveuglette. Alors, on
revient évidemment à des mesures qui sont plus générales, universelles, mais on se prive d'une information. Et
clairement c'est un besoin ressenti de la part des gens avec qui on
travaille sur le terrain.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci. Il reste une minute pour un commentaire. Bien, il
vous reste juste une minute, M. le...
Coiteux : Ah! bien, s'il ne reste qu'une seule minute, je pense que...
Bien, simplement pour vous remercier, encore une fois. Peut-être...
Coiteux : Bien, vous pourrez poser la question sur le coût pour
renforcer, parce que je voulais faire une petite synthèse d'une chose
importante qui a été dite.
À l'instar d'autres
groupes qui sont venus, vous avez dit que c'est un outil essentiel en
prévention en soi, là. C'est-à-dire que la
connaissance, c'est un ajout à notre dispositif actuel de contrôle des armes
important en soi, mais, ce que vous nous avez dit comme d'autres
groupes, puis je pense que c'est important de le souligner, vous avez
dit : Ça aide à faire respecter les
autres lois. Le projet de loi n° 64 vient ajouter un registre, mais les
autres lois vont être mieux respectées s'il
y a un registre, parce que ça responsabilise davantage les propriétaires. Moi,
ça, je pense que c'est un aspect important qui mérite d'être souligné.
Je vous remercie beaucoup.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Verchères.
Bergeron :
Merci, M. le Président. Madame, messieurs, merci infiniment d'être des nôtres.
dirais que votre message vient exercer un renforcement positif sur un certain
nombre de messages qui nous ont été
véhiculés jusqu'à présent, notamment cette idée, faisant référence à peut-être
une petite lacune dans le projet de loi, selon laquelle il faut s'assurer de la détention du permis de possession et
d'acquisition lors d'une transaction, particulièrement lors de transactions privées, pour assurer la
traçabilité de l'arme, ce qui n'est peut-être pas le cas dans les conditions
actuelles. Lorsqu'une transaction privée
s'effectue puis que la personne ne prend pas la peine de vérifier
l'information, l'arme part dans le
décor, puis on ne sait pas trop où elle se ramasse, là. Puis ce qu'on a évoqué
aujourd'hui, c'est qu'à partir du moment où une arme est achetée légalement, à partir du moment où on perd sa
trace, on ne sait pas si elle se ramasse dans le marché illégal,
éventuellement, alors c'est donc important d'avoir ce lien.
Vous avez aussi insisté sur le fait que, dans un
monde idéal, il serait important qu'il n'y ait pas d'arme dans les domiciles.
On le comprend bien, mais on comprend qu'on n'est pas nécessairement dans ce
monde idéal puis qu'il y a plusieurs personnes pour qui le monde idéal, c'est justement de
pouvoir avoir une arme à portée de main, tout dépendant des circonstances. On a eu, par exemple, des
nations autochtones qui sont venues nous rencontrer, puis, dans certains
cas, c'est presque une question de survie
que d'avoir une arme à portée de main. Donc, il faut prendre en considération
l'ensemble des éléments, l'ensemble
du portrait, puis on en vient à la conclusion que, oui, il est permis, il est
licite d'avoir une arme à la maison.
Maintenant,
le fait d'enregistrer cette arme, d'aucuns vous diraient : Bien, ça ne
l'enlève pas de la maison. Donc, en quoi est-ce que ça permet de
prévenir une crise qui pourrait survenir à la maison?
Mme Goupil-Sormany
(Isabelle) : Bien, comme on l'expliquait tout à l'heure, c'est que ça
nous permet en amont, au début, dans les signes précurseurs de la crise, d'intervenir,
ça nous permet de savoir qu'il y a un facteur de risque — nous,
on appelle ça des facteurs de risque, là, dans notre jargon d'épidémiologiste — mais
ça nous permet de dire : Oh!
dans ce domicile-là, il y a des armes à feu, la personne présente des signes,
ou la situation sociale est particul