CAT — 4 February 2026 (43rd Legislature, 2nd Session)
CAT 2026-02-04
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Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission de l'aménagement du territoire
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43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 4 février 2026
Vol. 48 N° 11
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 13, Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h 30
12 h
12 h 30
13 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
Journal des débats
11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à tous, bienvenue. Et, ayant le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'aménagement du territoire ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 13, Loi visant à favoriser la sécurité et
le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions.
Est-ce que nous avons des remplaçants, M.
le secrétaire?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) remplace M. Gagnon
(Jonquière), et Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) remplace Mme Nichols
(Vaudreuil).
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, ce matin, nous recevons deux groupes. Alors, nous débutons par
l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec. Bonjour à vous
quatre. Dans un premier temps, je vous laisse vous présenter à tour de rôle, et
puis... ou, en tout cas, une personne qui vous... qui vous présente le groupe,
et, par la suite, poursuivre directement avec votre mémoire.
M. Roberge (Dominic) : Parfait.
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les membres de la commission,
merci de nous donner l'occasion de prendre la parole aujourd'hui, merci pour l'aménagement
du temps ce matin. Je suis Dominic Roberge, président de l'Association des
policières et policiers provinciaux du Québec, l'APPQ. Je suis accompagné
aujourd'hui par mes collègues Rock Soucy, premier vice-président aux affaires
juridiques, ainsi que Jasmin Rainville, vice-président aux relations de
travail. Je suis aussi accompagné de Me Victoria Schettino, du cabinet Gaggino
Avocats, qui agissent à
titre de conseiller pour l'APPQ.
D'entrée de jeu, je tiens à mentionner que
notre association appuie la volonté du gouvernement de rehausser le sentiment
de sécurité de la population. C'est un objectif que nous partageons tous. Mais
pour que la sécurité soit... ne soit pas seulement une intention, et qu'on
puisse mesurer son efficacité il faut que les lois qui l'encadrent soient
claires, applicables et alignées avec la réalité du terrain. C'est précisément
l'angle sous lequel nous souhaitons contribuer, de manière constructive, aux
travaux entourant le projet de loi n° 13. Vous allez
trouver... retrouver l'ensemble de nos recommandations détaillées dans un
mémoire que nous avons rédigé et déposé à votre attention.
M. le Président, l'APPQ représente près de
5 800 policières et policiers syndiqués de la Sûreté du Québec. Nos
membres... nos membres appliquent la loi jour et nuit à travers le Québec, dans
les villes, les régions et les communautés éloignées. Ils interviennent souvent
dans l'urgence, là où chaque décision compte. Leur expertise terrain leur
permet d'identifier très concrètement ce qui fonctionne et ce qui pose problème
dans l'application d'une loi.
Aujourd'hui, notre message tient en trois
idées simples, des outils clairement définis pour assurer la protection des
citoyens comme des policiers, de la formation adéquate pour soutenir l'application
de la loi, et, évidemment, toute nouvelle obligation, tout nouveau mandat doit
venir avec les ressources nécessaires si on veut s'assurer de son succès.
Maintenant, au sujet des mesures prévues
concernant les manifestations, dans la loi, favorisant la paix, l'ordre et la
sécurité publique, soyons clairs, le droit de manifester pacifiquement est
fondamental, et nos membres respectent et reconnaissent ce principe. Le projet
de loi n° 13 introduit certains pouvoirs policiers
subjectifs, qui devront s'appuyer sur des principes et des connaissances
juridiques solides. Sur le terrain, l'application d'une loi nécessitant une
évaluation subjective, ça veut dire que les policiers doivent trancher en
quelques secondes, sans critères précis, souvent, sous l'oeil des caméras, des
situations bien complexes. En contexte de manifestation, les policiers peuvent
être appelés à intervenir au cœur d'une foule dense, à se déplacer rapidement
entre les manifestants, dans un environnement mouvant et imprévisible, où la
tension, le bruit...
M. Roberge (Dominic) : ...et
la proximité physique accentue les risques pour la sécurité de tous.
L'évaluation des critères subjectifs, la notion de motif raisonnable, l'évaluation
du risque ne sont que quelques-uns des éléments qui devront être abordés avec
les policières et les policiers du Québec intervenants au cœur ou à proximité
des manifestations. On ne doit pas laisser uniquement la responsabilité aux
tribunaux de définir l'application de nouvelles dispositions. On doit agir en
amont, prévoir et déployer des outils nécessaires à la réussite de ce mandat
par nos membres, c'est-à-dire par de la formation.
Ensuite, nous désirons attirer votre
attention sur un point très concret : la projection d'objets en contexte
de manifestation. Peu importe qu'un objet soit classifié comme dangereux ou
non, lorsqu'il est lancé, il devient un projectile et il peut blesser un
citoyen, un manifestant ou un policier. Nous proposons donc de modifier le
troisième alinéa de l'article 4 de la loi afin d'interdire la projection de
tout objet ou de toute substance en contexte de manifestation. Concrètement,
j'aborderais rapidement avec vous deux situations parmi lesquelles les
policières et les policiers pourraient avoir à intervenir.
D'abord, certains d'entre nous ici nous
retrouvions présents à
titre de policiers sur un point de blocage en proximité
d'une manifestation. Comment pourrions-nous faire l'évaluation de motifs
raisonnables de croire qu'un sac contient un objet potentiellement dans la
liste prévue au projet de loi? Comment déterminerions-nous qu'un objet apporté
par un manifestant peut porter atteinte à l'intégrité physique d'une personne?
Ce sont des questions qui peuvent sembler simples et dont les réponses doivent
être nuancées en fonction du contexte de chaque événement. Maintenant,
attardons-nous aux interventions en cours de manifestation. Nous avons
maintenant à intervenir auprès d'un manifestant qui a été identifié et pour
lequel nous avons des motifs raisonnables de croire que son sac contient des
articles, des éléments interdits à l'article 4 de la loi. Comment allons-nous
intervenir? L'intervention policière en contexte de manifestation, c'est
complexe, et tout ça nécessite différentes formations comportant des notions
opérationnelles, légales, d'évaluation du risque, de communication, ainsi que
de santé et sécurité. De plus, nous désirons ajouter que le ministère de la
Sécurité publique devra prévoir les ressources nécessaires afin de permettre
aux organisations policières de communiquer adéquatement aux communautés les
modifications apportées relativement à la tenue des manifestations. Nous devons
maximiser les efforts afin que ces mesures soient connues et respectées, et ce,
dans le but de limiter les interventions et les risques y en découlant.
• (11 h 50) •
Maintenant, concernant les symboles et les
écussons. Certains des mêmes enjeux se posent avec l'encadrement des symboles
et des écussons associés à des groupes criminalisés. Le projet de loi évoque
plusieurs endroits la notion d'un symbole susceptible d'être confondu avec
celui d'un groupe criminel. Cette notion est subjective et crée des zones
grises dans le contexte où l'APPQ considère que la notion de «susceptible
d'être confondu» doit être clairement et objectivement définie afin d'en
circonscrire la portée. Même chose pour l'exception liée au contexte artistique
ou culturel prévu à l'article 7. Lorsqu'un objet est exposé, dans la mesure où
cela est nécessaire, nous tenons à préciser que l'évaluation de la nécessité
artistique d'un symbole ne relève malheureusement pas de l'expertise policière.
Dans ce contexte, l'APPQ recommande de retirer la notion de nécessité de cette
disposition et d'en assurer une application plus claire, cohérente et
prévisible.
De plus, limiter la révision de la liste
des entités criminalisées à une seule fois tous les cinq ans ne reflète pas la
réalité du crime organisé qui s'adapte constamment. Bien qu'un arrêté
ministériel puisse accélérer l'ajout de groupes à la liste, nous craignons que
cela crée certaines incongruités dans son application sur le terrain. L'effet
des lois doit pouvoir évoluer au même rythme que les phénomènes qu'elles
cherchent à encadrer. À ce titre, un enquêteur bien connu de la Sûreté du
Québec, qui est par la suite devenu gestionnaire puis dirigeant, qui a témoigné
devant vous hier, nous disait : Lorsque j'étais enquêteur en crime
organisé, si on veut arrêter des bandits, on doit planifier notre journée avant
qu'ils se lèvent, les suivre pendant qu'ils sont éveillés et écrire nos
rapports pendant qu'ils dorment. C'est avec cette rigueur et cette flexibilité
que nos membres travaillent en matière d'enquête et les dispositions de la loi
devraient permettre cette capacité d'adaptation.
Nous sommes en faveur qu'un organisme
comme le Service du renseignement criminel du Québec puisse conseiller le
ministre sur les groupes à identifier sur cette liste, mais nous croyons aussi
que les critères de l'article 9 de la loi sont une bonne base afin de définir
ces groupes sans nécessairement qu'une liste soit requise. L'équivalent existe
et est appliqué en matière criminelle actuellement. Concrètement, ce que nous
craignons, ce sont les délais dans l'adoption de mise à jour de la liste, et
que nos membres doivent faire des interventions à géométrie variable avec les
membres de ces groupes. Prenons par exemple le cas d'un barrage routier dans
lequel 10 membres d'une bande de motards hors la loi se présentent. Six
d'entre eux portent avec les insignes et les couleurs d'un groupe criminalisé
qui est reconnu sur la liste. Les policiers font l'intervention qui découle des
pouvoirs qui sont attribués en fonction de l'actuel projet de loi, retirent les
vestes ou demandent de retirer les vestes, les gens ont un chandail en dessous,
on retire le chandail, certaines motos portent l'écusson sur le réservoir à
essence, la moto ne peut plus circuler, et, par la suite, on a quatre autres
personnes qui sont dans le même convoi, qui eux, appartiennent...
M. Roberge (Dominic) : …dans
un groupe émergeant qui ont des couleurs abordent leurs réfugiés et, à ce
moment-là, l'intervention policière serait inégale pour un groupe vis-à-vis au
deuxième. On craint aussi le message que s'envoie la population qui constate
cette intervention plutôt inégale.
Enfin, pour assurer une application
efficace de la loi, surtout lorsqu'on élargit les pouvoirs policiers, il faut
prévoir des effectifs nécessaires et une formation adéquate. Des notions
légales et l'évaluation du risque doivent être abordées avec les policières et
les policiers du Québec. Nous savons pertinemment que les premières
interventions en cette matière feront l'objet de contestations judiciaires de
la part du crime organisé. Ces démarches sur plusieurs années traiteront des
aspects subjectifs de la loi. Les notions de symboles susceptibles d'être
confondus nous apparaît nébuleuse. Parlons-nous ici de tous les éléments
vestimentaires avec la mention «Support 81», Support 81 dans lequel 81 fait
référence aux lettres H, A, des Hell's Angels? Si oui, pourquoi ne pas ajouter
la notion de support ou de lien avec une organisation criminelle directement au
projet de loi?
Concernant le registre des délinquants
sexuels, l'APPQ reconnaît l'importance des mesures visant à renforcer la
protection de la population à l'égard des crimes de nature sexuelle,
particulièrement lorsque ceux-ci présentent un risque élevé de récidive. Pour
l'association, le succès de cette mesure repose sur les ressources humaines,
technologiques et financières suffisantes et adéquates, ainsi qu'une marche à
suivre claire et uniforme.
Le projet de loi introduit également de
nouvelles dispositions et obligations en matière de communication d'information
aux victimes. Nous saluons cette mesure tant en ce qui a trait à l'optimisation
et à l'aide à l'assistance qui doit être faite aux victimes ainsi qu'aux
informations qui doivent leur être transmises à la suite de la remise en
liberté d'un suspect. Nous croyons que le cadre législatif doit clairement
établir qu'il s'agit d'une obligation et non pas d'une possibilité, et ce,
applicable à l'ensemble des corps de police du Québec afin d'éviter des
disparités dans l'application des mesures et des inégalités dans le soutien
offert aux victimes selon les territoires. De plus, il apparaît nécessaire de
préciser qui, au sein des organisations policières, serait responsable de la
communication l'information aux victimes, dans un contexte déjà marqué par un
manque d'effectifs et une pression opérationnelle constante, l'ajout de
nouvelles obligations doit impérativement s'accompagner de ressources humaines
et financières adéquates.
En conclusion, pour que le projet de loi
n° 13 renforce réellement le sentiment de sécurité au Québec, il doit
s'appuyer sur trois piliers. Des règles claires et précises des ressources
humaines, matérielles et technologiques suffisantes et une formation policière
adaptée et continue.
Maintenant, dans la mesure où le projet de
loi cherche à renforcer le sentiment de sécurité de la population, il semble
naturel d'ouvrir la réflexion sur la modernisation de la loi P-38
concernant l'intervention auprès des personnes dont l'état mental représente un
danger, et ce, afin de l'adapter aux réalités et aux enjeux actuels de la société.
Notre association porte cet enjeu parce qu'il est important pour nos membres et
pour la population. Notre présence sur la place publique concernant les
interventions en matière de santé mentale fait en sorte que nos membres et nous
sommes interpellés par des familles en détresse. Ces familles, nos membres et
nos partenaires, tant policiers que du milieu de la santé s'attendent à une
actualisation des mesures et des outils en place. L'APPQ demeure pleinement
engagée à faire avancer ce dossier et à participer activement aux discussions à
cet effet.
Merci de l'attention que vous portez à nos
recommandations. Nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, merci pour votre exposé. Avant de débuter, je dois le consentement pour
dépasser l'heure prévue au niveau de l'horaire et aussi… et on va devoir aussi
écourter un peu nos entretiens avec les groupes. C'est correct? Oui, parfait.
Consentement, parfait. Alors, M. le ministre, vous avez la parole pour
12 min 30 s.
M. Lafrenière : Parfait.
Merci beaucoup. Merci, messieurs, madame. Merci d'être avec nous ce matin.
Beaucoup de points bien amenés, bien ramassés, puis je vais essayer de répondre
de la même façon de… que ce soit aussi clair.
Premièrement, ce qui est important de
rappeler, c'est le nom du projet de loi passe parce que vous faites référence
au sentiment de sécurité. Mais ce n'est pas pour rien qu'on a marqué «sentiment
et sécurité», parce que parfois ça va pas ensemble. Parfois, les gens ne se
sentent pas en sécurité, pourtant ils le sont et vice versa. Ça fait que, ça,
vous l'avez amené dans vos points, c'est important.
Je n'irai pas dans le même ordre que vous,
je m'excuse. Vous avez parlé des patchs, de le définir, nous, ce qu'on a — puis
hier on a eu des bonnes discussions, en passant, avec d'autres… d'autres gens
qui étaient ici — la révision obligatoire aux cinq ans, on mettait ça
comme une… une obligation très minimale, mais je pense que ça va devoir être
alimenté en continu. Si on met le SRCQ, et moi je crois beaucoup à ce que le
SRCQ devienne cette entité avec les connaissances qu'ils ont, qu'ils puissent
l'alimenter de façon… j'étais pour dire en direct, «live», c'est la volonté qu'on
Le ministre doit aviser le groupe qu'il
est visé, mais le ministre n'a pas à approuver la liste, puis c'est là-dessus,
je pense… puis votre question est bonne. Puis hier on a eu une discussion avec
d'autres groupes où on disait : Ce qu'on ne veut pas… parce qu'on fait une
loi, ce n'est pas pour demain, c'est pour des années, on ne voudrait pas
quelqu'un assis dans cette chaise décide un jour que tel groupe, pour des
raisons politiques, il ne veut plus les avoir sur le terrain puis il…
M. Lafrenière : ...décide que
ceux qui ont un macaron ou qui auront telle entité politique vont être
illégale, on ne veut pas ça. D'où l'importance ce soit la SRCQ et la
responsabilité d'aviser ce groupe qu'ils font
partie de la liste des personnes
qu'on apprécie moins, bien c'est le ministre qui va faire cette lettre-là pour
enlever... mais il faut trouver la limite entre l'opérationnel et le politique,
ça fait que ça, les points que vous avez amenés sont... sont bons.
M. Roberge (Dominic) : ...sur
cette disposition-là, sur l'aspect... le SRCQ pour avoir un pouvoir pour
déterminer les organisations, on craignait qu'il y ait nécessairement
systématiquement l'obligation de créer une démarche politique ou... qui relève
de l'administration publique puis qui en découle des délais évidement, là. Donc
l'intervention ou la confirmation par le SRCQ, ça nous rassure à ce moment-là.
M. Lafrenière : Moi, je crois
beaucoup à la SRCQ, mais je crois beaucoup à un rôle différent. Ça, ça en fait
partie. Pour pour, c'est du renseignement opérationnel puis je pense qu'on est
rendu là. Mais le fait qu'on en parle et les équipes ont bien entendu ma
volonté, ça fait qu'on va le travailler ensemble là-dessus.
Pour ce qui est de définir, puis là, vous
m'amenez dans une contradiction dans ma tête, d'être plus précis quand on
parlait, puis je vais reprendre votre terme, de «symboles... susceptible — pardon — d'être
confondus», vous avez fait référence au Support 81, la réponse est oui,
c'est ce qu'on veut cibler. Mais là, on connaît... on sait que dans le mot
crime organisé, il y a le mot organisé. Je suis persuadé que si on leur dit que
Support 81 n'est plus permis, bien, je pense qu'ils vont l'écrire d'une autre
façon, ils vont peut-être Support... ou je ne sais pas ce qu'ils vont faire,
mais ils vont nous sortir de quoi d'autre et j'ai comme l'impression que ça va
être comme une game de ping-pong où on va toujours devoir réagir, puis ils vont
continuer d'être créatifs. C'est pour ça qu'on voulait laisser au SRCQ la
capacité, l'intelligence, le renseignement pour remettre sur la liste ce qui
peut être confondu. Quelqu'un pour faire un dessin un jour, il y aurait
d'autres façons de le faire, alors ce n'est pas un non, c'est juste pour vous
dire, je comprends votre point, mais j'ai peur qu'en étant tellement précis, on
vienne se faire avoir à court, à moyen terme par des gens qui ont beaucoup de
créativité.
• (12 heures) •
M. Roberge (Dominic) : On
voulait soulever, de par ce point-là, c'est que si on a déjà des idées, des concepts
en tête, on avait la préoccupation peut-être de les rendre plus explicites dans
le texte du projet de loi pour éviter... parce qu'ici, aujourd'hui, tout le
monde s'entend sur le principe, le SRCQ va s'entendre avec nous sur le
principe. Par contre, on sait qu'ultimement ça va finir avec un débat
juridique. C'est groupe là sont bien représenté, puis les notions du... du
projet de loi, bien qu'on s'entende, ils vont recommencer un nouveau débat
après ça à la Cour sur «susceptible d'être confondu avec», donc on s'est dit
pourquoi pas l'écrire en amont? Mais je comprends votre raisonnement derrière
le texte.
M. Lafrenière : Mais si on
revient à... notre discussion qu'on avait en se disant que c'est la SRCQ qui,
de façon opérationnelle, va mettre à jour la liste, bien, à ce moment-là,
toutes les déclinaisons pourront être rajoutées de leur part aussi.
M. Roberge (Dominic) : Pour
les gros officiels, mais pas pour les références ou pour les éléments qui
pourrait s'apparenter à un des groupes officiels.
M. Lafrenière : Et ça, va
falloir regarder de façon opérationnelle. Est-ce que la SRCQ pourrait mettre ça
à jour? Tu sais, voyant... pour être capable de réagir et non pas aux années ou
aux cinq ans quand un groupe décide d'être créatif puis de changer leur logo
pour des ailes différentes avec un x ou je ne sais pas quoi qu'il puisse le
remettre à jour en direct sur cette fameuse liste-là... On sait où on veut
aller, on sait aussi où on ne veut pas aller. Ça fait que ça, votre point était
important, je voulais le... je voulais le souligner.
Vous avez dit l'importance que ce ne soit
pas... puis là je m'en va d'un
article à l'autre là, le «peut» et non... le
«doit» et non le «peut». Tout le monde, nous l'a dit. Ça fait que ça, on l'a
entendu de tout le monde, ce danger-là de laisser la porte ouverte en disant si
ça adonne ou si on a les ressources. Je suis d'accord avec vous sur ce
point-là, là où je ne suis pas sûr, c'est dans... d'aller jusqu'aux détails en
disant qui va devoir aviser. Structure policière différente, je fais référence
à votre structure policière puis à un autre que, moi, j'ai connu, ça serait
peut-être un policier enquêteur puis dans un autre cas, ça serait peut-être un
sergent détective, ça pourrait... J'ai comme peur de le glisser, mais si on met
l'obligation, déjà je pense qu'on sort de ce... La possibilité de «peut», là,
moi aussi, je trouvais ça faible puis je pense qu'avec les collègues hier on
l'a bien entendu celle-là.
M. Roberge (Dominic) : ...préoccupation
était que dans un certain cas, la mention ne soit pas faite à une victime, puis
que, malheureusement, il y arrive un drame, puis qu'avec une enquête publique
du coroner, bien, on vienne pointer que, effectivement, la loi aurait pu
circonscrire davantage ces mesures-là, ça fait que je suis heureux d'apprendre
qu'il y a un consensus sur ce point-là.
M. Lafrenière : Oui,
absolument. Absolument. Pour les manifestations, hier, on a... on a reçu le
SPVQ et plusieurs des règles qu'on vient mettre en place aujourd'hui sont déjà
en place dans la ville de Québec. De surprise, depuis plusieurs années, je
connaissais un petit peu moins leur réalité, alors ils l'ont bien dit hier puis
ça semblait fonctionner bien. Je pense qu'on a avantage de prendre des méthodes
gagnantes, comme ce qui s'est développé au SPVQ. Là, par exemple, quand vous
avez parlé de... On va y aller sur un point bien technique pour ce qui est
lancé, je ne veux pas faire rire personne aujourd'hui, mais vous avez dit que
«tout objet», c'est ça, vous vouliez allez dans le «tout objet» au lieu de
faire référence aux articles un et deux où on disait des objets pouvant faire
des blessures. Est-ce que je me trompe?
M. Roberge (Dominic) : Effectivement,
vous avez raison.
M. Lafrenière : Parce que
quand on a écrit...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) M. Lafrenière : ...nous
avec... Je reviens. Je suis revenu. Quand on vient avec «avoir en sa possession
sans motif valable un objet ou une substance pouvant servir à porter atteinte à
l'intégrité physique d'une personne», on trouvait, c'était assez clair de
référer à ça, dans le sens, ça peut être tout objet qui peut causer une
blessure, puis on excluait les batailles de balles de neige, les... que c'était
plus socialement accepté peut-être.
M. Roberge (Dominic) : Mais
qui peut causer des blessures et nécessiter une intervention policière. C'est
ça. C'est ça.
M. Lafrenière : ...après ça,
il y a l'intention, il y a la façon de le faire, vous avez raison. Mais vous
comprenez là où je suis...
M. Roberge (Dominic) : En
fait, on se disait : Pourquoi avoir ce débat alors qu'on reconnaît d'emblée
le droit à la manifestation? On... On comprend que des gens dans une
manifestation sont là majoritairement avec un dessein illégitime pour faire
passer un message. Ce qu'on veut éviter, c'est le débordement avec des gens qui
lanceraient des objets qui ne se retrouveraient pas sur la liste et pour
lesquels on aurait à intervenir. Donc, plutôt que de créer une zone grise pour
les manifestants, je peux, je ne peux pas lancer tel, tel objet, vous allez dans
une manifestation, tous... tous vos droits fondamentaux sont reconnus, par
contre, pour une saine gestion de l'événement, on ne lancera pas d'objets, ça
va être clair pour tout le monde.
M. Lafrenière : OK. Je le
prends en considération. Je comprends votre point de vue. C'est intéressant de
le regarder de façon légale par la suite pour être sûr qu'on ne cause pas un
problème pire que ce qu'on veut protéger, là. OK. Je vous comprends.
Pouvoir de fouille, on n'en a pas parlé.
Vous en... Vous ne l'avez pas amené. Je vais vous poser la question :
Est-ce que vous avez réfléchi sur le volet du pouvoir de fouille?
M. Roberge (Dominic) : On a
réfléchi sur le pouvoir du... le volet du pouvoir de fouille. On en arrive
encore au même questionnement ou aux mêmes éléments, où il y a une notion
subjectivité, il y a motif raisonnable de croire, et on va avoir un besoin de
formation pour ces éléments-là. C'est conjuguer le pouvoir attribué par une loi
et le conjuguer avec l'évaluation du risque, l'urgence d'intervenir, la
nécessité d'intervenir. Comment on introduit cette disposition-là dans une...
dans la gestion d'une manifestation, ce n'est pas simple. Le pouvoir est facile
à comprendre, l'outil qui est donné aux policiers est facile à comprendre, par contre,
si on est dans une manifestation où il y a par exemple 5 000 personnes,
le ton monte, la tension monte, puis il y a des gens qu'on identifie à distance
avec des objets potentiellement dans l'article quatre, de la liste du projet de
loi, est-ce que, systématiquement, ça va créer des interventions policières? La
réponse, c'est non. Il y a des évaluations qui vont être faites. C'est juste
pour être certain que tout le monde s'entend sur le dosage de l'intervention
appropriée dans ce cas-là.
M. Lafrenière : Vous avez
raison. Puis ça, hier, quand on a reçu le SPVM qui nous ont parlé du MRO, là,
du mode de rétablissement de l'ordre, c'est une commande qui est passée par une
structure de commandement, et ce n'est pas une initiative d'un policier terrain
qui amènerait avec... Parce qu'encore là on pourrait causer pire que ce qu'on
veut prévenir. Donc, l'arrestation isolée pourrait provoquer pire que ce qu'on
veut prévenir. Ça fait que ce volet-là, on a été rassurés par la présentation
en contexte, je vous dirais, de rétablissement de l'ordre ou de service d'ordre,
ça, ça semblait bon.
Avant de laisser... Il reste combien de
temps, M. le Président? Parce que je veux...
Le Président (M. Schneeberger) : ...
M. Lafrenière : Trois minutes.
Je vais laisser du temps pour ma collègue.
Vous n'en avez pas parlé. On a eu des
groupes qui sont venus hier. Un groupe entre autres qui nous disait que le
registre n'aurait pas nécessairement d'atteinte d'objectifs selon eux. On... On
se fiait beaucoup plus au 810, donc des conditions qui sont données à quelqu'un.
Je ne mettrai pas mes pieds sales dans votre tête, je vais vous laisser me
donner votre appréciation de tout ça, mais je veux savoir si des... Puis
donnez-moi votre opinion.
M. Roberge (Dominic) : De
notre côté, on est à l'aise avec les objectifs visés par le texte du projet de
loi concernant le registre. Il y a déjà plusieurs informations qui circulent
via les médias ou les réseaux sociaux sur certains individus, certaines
situations. On pense que les citoyens, en ayant une prise de conscience et des
informations claires sur une situation donnée, vont être à même de faire une
évaluation du risque dans leur secteur géographique.
M. Lafrenière : ...on sait
très bien qu'au niveau technologique on a des travaux à faire sur le système
qui est en place présentement pour les bases de renseignements policiers.
M. Roberge (Dominic) : Il y a
des défis.
M. Lafrenière : Je vous le
dis, je le sais. Et donc on veut que nos policiers soient équipés avec la bonne
information. Là, on a un enjeu technique et logistique, mais on va... on l'a
considéré, je veux vous rassurer.
M. le Président, je laisserais... (panne
de son) ...de Lotbinière-Frontenac qui avait une question.
Le Président (M. Schneeberger) : Un
petit peu moins de deux minutes. Députée de Lotbinière-Frontenac, c'est à vous.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci beaucoup. Bonjour. Moi, je... Dans le
cadre de votre travail de policier, est-ce que c'est commun de référer une
victime de violence conjugale à un organisme pouvant lui venir en aide? Et
est-ce que ce serait facilitant puis nécessaire de voir une modification
législative permettant de faire la référence sans le consentement de la
victime?
M. Roberge (Dominic) : Très
bonne question, Mme. Je ne ferai pas semblant que je n'ai pas écouté votre
question hier à la présentation de la Sûreté du Québec, et je vous offre tout
mon support pour les faits que vous avez mentionnés hier. On est très sensibles
à ce type de situation là. Et ce que je vous dirais par rapport aux
dispositions qui sont prévues au projet de loi concernant ces situations-là...
M. Roberge (Dominic) :
...juste pour les situer, les policiers peuvent transmettre à un organisme les
coordonnées d'une personne qui croit être victime de violences conjugales et,
en deuxième étape, transmettre à la victime les coordonnées ou les détails
concernant la remise en liberté d'un citoyen qui serait un suspect dans ce
cas-là.
Le projet de loi vient légitimer, vient
officialiser puis crée une obligation alentour d'une pratique qui est
partiellement en place déjà, tu sais, dans certaines interventions, il y a
des... il y a des communications qui se font entre les policiers qui
interviennent. Par exemple, si vous et moi, on est patrouilleurs puis on
intervient dans nos quarts de soir chez une dame qu'on croit être victime de
violence conjugale, le projet de loi va nous donner la légitimité d'intervenir
puis de faire une communication avec un organisme en particulier. Mais sachez
que dans les interventions, souvent, ce type de communication là se fait de
façon informelle aussi. Donc, on serait très mal à l'aise, vous et moi, de
terminer notre quart de travail, de partir à la maison en disant :
Malheureusement, madame, elle ne peut pas... elle ne veut pas qu'on communique
avec un organisme pour lui venir en aide. On va se croiser les doigts que tout
va bien aller. C'est difficile, des fois, à supporter. Donc, il y a des
communications informelles qui sont faites. Dans certaines situations,
l'organisme va dire : Écoutez, je vais entrer en contact avec la dame, je
vais tenter une approche. Peut-être qu'elle va me dire non aussi, puis on ne
sera pas plus avancés, mais au moins on va avoir tenté quelque chose. Puis dans
certains cas, l'organisme va donner des outils aux policiers, aux policières
pour dire : écoutez, elle ne veut pas nous parler, mais vous avez déjà le
contact avec elle, tendez donc une perche, puis essayez donc d'aller sur tel,
tel argument pour tenter d'ouvrir une communication. Parce que chez les
victimes, il y a un cheminement dans un processus de prise de décision, de
prise de conscience. Ça fait qu'il y a des choses là-dedans qui se font déjà de
façon informelle, et là on vient l'officialiser, le légitimer.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci, merci beaucoup. Nous allons du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Westmount—Saint-Louis pour 7 min 52 s.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président, bonjour à vous quatre et un bonjour en particulier à vous, M.
Roberge, quoique depuis votre élection, c'est la première fois que vous venez
témoigner en commission parlementaire. Je trouve que ça va très bien à date.
M. Roberge (Dominic) :
...beaucoup. On va continuer.
Mme Maccarone : Excellent.
J'ai très peu de temps. J'ai sept minutes 30. Alors, moi, je voulais aller
direct au point qu'il me semble est le plus important c'est le manque de
ressources. Vous l'avez soulevé, j'ai posé la question à maintes reprises hier.
On a un projet de loi devant nous, on souhaite le mettre à l'oeuvre qu'on est
pour, qu'on est contre, peu... pet importe, ce serait adopté. Avez-vous les
ressources nécessaires pour mettre ceci à l'oeuvre? Étant donné que moi, ce que
j'entends, il y a un manque d'effectifs, puis là vous avez aussi soulevé
formation, ça fait que je souhaite vous entendre sur ces deux aspects, s'il
vous plaît.
M. Roberge (Dominic) : Notre
position, à l'association, c'est qu'actuellement, pour remplir la mission de la
Sûreté du Québec, il nous manque des ressources financières et humaines. On
vient rajouter des responsabilités, on espère qu'il va y avoir un ajustement
du... de la charge de travail, du fardeau qui est mis sur nos policiers, nos
policières. Mais actuellement, la situation ne convient pas. Les policiers, les
policières à la Sûreté du Québec remplissent le fardeau. Les appels sont
répondus, mais il y a une pression grandissante et qui est répartie sur un
moins grand nombre de membres, qui fait en sorte que oui, on a des besoins.
• (12 h 10) •
Mme Maccarone : Et hier,
j'avais posé la question à la SQ, puis eux, ils nous ont dit que... bien, dans
le fond, les coupures dernièrement qui ont été mises par le gouvernement, il
n'y avait pas de... il n'y avait pas d'impact sur les services. Est-ce que vous
partagez cet avis?
M. Roberge (Dominic) :
J'écoutais la présentation de M. Dubé hier. Je suis obligé juste de dire que
sur cet argument-là, dans les coupures qui ont été faites, il n'y a pas
d'impact direct au niveau du service à la population dans ce qui a été ciblé
comme mesures. Mais il y a des impacts indirects qu'on mesure actuellement.
Pour ne vous nommer que trois éléments que
j'ai en tête, au niveau de l'embauche, on a un ralentissement au niveau de
l'embauche dans nos ressources. Évidemment, annuellement, on a un nombre X de
policiers et de policières qui quittent à la retraite. Depuis quelques mois, habituellement,
on avait des contingents d'environ 32 policiers qui étaient embauchés
mensuellement. On a réduit ça depuis quelques mois à 16. Et là, on nous a
assuré le fait que février et mars allaient être un retour à la normale, sans
garantie par la suite. Pour la suite, j'ai des informations discordantes. Mais
évidemment, quand on sort plus de policiers qu'on en rentre, ça fait en sorte
qu'il y a des unités actuellement qui ont des... on a plus de
100 policiers qui nous manquent dans nos unités actuellement, j'ai des
unités où il manque cinq, six, sept policiers, des maires et des mairesses au
Québec qui paient pour des services dans... conclus avec des ententes pour
lesquelles les effectifs ne sont pas là.
Est-ce que le service est offert? Le
service est offert. Mais vous comprenez que la pression est répartie sur les
autres membres de l'unité qui doivent faire des quarts de travail pour répondre
à ces besoins-là. On a un ralentissement au niveau de la dotation des emplois,
ce qu'on appelle dans notre jargon du chômage structurel. On retarde le
remplacement d'une personne qui quitte. On retarde ensuite le remplacement de la
personne qui va prendre sa place pour créer une cascade jusqu'à l'embauche.
Donc, artificiellement, on crée des vides dans l'organisation et évidemment, il
y a des économies substantielles à faire tout ça, mais sur le terrain,
actuellement, on a des postes, plusieurs postes qui ne sont pas comblés pour
des périodes au-delà de 120 jours...
M. Roberge (Dominic) : ...ça,
c'est emblématique. Cette situation-là s'est déjà présentée à la suite du
départ d'une précédente administration à la Sûreté du Québec, il y a plusieurs
années. Il y a eu un règlement de cette situation-là, mais ça a été très
onéreux, et ça a été des problèmes à gérer pendant de nombreux mois par la
suite pour résorber la situation. La Sûreté du Québec est sensibilisée, ils
veulent régler la situation, mais le constat qu'on fait actuellement, c'est à
ce niveau-là. Donc, il n'y a pas de coupures au niveau du service à la
population, mais il y a un impact.
Mme Maccarone : Je comprends.
M. Roberge (Dominic) : Même
chose au niveau de la formation. J'ai été mis au courant cette semaine d'une
chaîne de courriels à l'effet que la Sûreté du Québec était... faisait une
réflexion au niveau de sa présence récréotouristique sur le territoire du
Québec et que, compte tenu des coupures budgétaires, bien, la formation de
36 patrouilleurs en motoneige qui devait avoir lieu cette année va être...
réduite à deux patrouilleurs. Donc, le service de base est offert. Il n'y a pas
d'enjeu au niveau de la santé-sécurité, mais dans les mandats alentour de la
Sûreté du Québec, il y a des réflexions qui se font et il y a des impacts. On
ne peut pas dire le contraire.
Mme Maccarone : C'est très
clair. Merci beaucoup. Je souhaite... Vous l'avez mentionné dans vos remarques
puis vous l'avez mentionné aussi dans votre conclusion, P-38, on attend une
reforme, on... c'est... ce n'est jamais loin dans mon esprit. Le tragique
meurtre, décès de Maureen Breau. Malheureusement, je ne vous cache pas que nous
sommes rendus février, c'est notre dernière session, le gouvernement n'a
toujours pas déposé un projet de loi en ce qui concerne la réforme dont nous
attendions avec une grande impatience. Si ce n'est pas inclus dans ce projet de
loi, c'est clair, on ne pourra pas faire le débat dans cette législature. Ça
fait qu'on... il va falloir attendre jusqu'à la prochaine législature. Ça fait
que je souhaite vous entendre un peu là-dessus aussi, de l'importance.
M. Roberge (Dominic) :
L'importance de P-38. Vous savez, c'est un dossier très sensible pour nos
membres, notre organisation autant la Sûreté du Québec que l'APPQ. Depuis
plusieurs mois, on s'affaire à rédiger notre position, à parler à des groupes,
parler à des individus. Comme je disais, notre présence sur la place publique
fait en sorte qu'il y a beaucoup de gens qui nous parlent là-dessus. On établit
un consensus avec nos collègues policiers de la Fédération des policiers
municipaux, de la Fraternité des policiers de Montréal, avec l'Association
canadienne des policiers. On est en communication avec l'Association des
médecins psychiatres au Québec. Il y a un large consensus qui se dégage sur la
nécessité de réformer cette partie-là.
Et mon intention en abordant le sujet
aujourd'hui, c'était bien que je sache que les éventuelles réformes relèvent du
ministère de la Santé et des Services sociaux, je voulais quand même
sensibiliser le ministre de la Sécurité publique parce qu'ils sont un acteur
important qui peut avoir des communications avec le ministère de la Santé et
des Services sociaux, parce que, dans la réforme de P-38, il y a un volet
policier très important. Donc, je désire qu'on parle de cet enjeu-là et qu'on
le maintienne sur la place publique.
Mme Maccarone : Je partage
votre préoccupation et j'espère qu'on va pouvoir peut-être trouver de l'espace
dans ce projet de loi pour faire évoluer ce dossier.
Peut-être le temps pour une dernière
question. Je vous ai entendu dans vos remarques, puis vous parlez de
l'article 9. Ça fait que là on parle de tu sais, les vestes antipatch,
etc. Puis vous avez dit : On va leur demander d'enlever leur veste, par
exemple, puis on a aussi peut-être des véhicules et des motos qui vont avoir
des identifiants là-dessus. Je veux savoir pratico-pratique comme ça va
fonctionner, parce que, dans la loi, on ne parle pas nécessairement de retirer
le droit de le porter en public, puis il va y avoir des sanctions. Vous, vous
parlez de leur demander de l'enlever. Alors, comment vous voyez l'application
de cette mesure?
M. Roberge (Dominic) :
L'article 9, c'est une disposition pénale, puis la règle de… Pardon?
Une voix : ...
M. Roberge (Dominic) : C'est
ça, c'est une disposition pénale puis normalement la règle, c'est…
Mme Maccarone : C'est
l'article 6 de
section III, l'interdiction d'exposer un objet identifiable. Mon
erreur.
M. Roberge (Dominic) :
L'interdiction de l'exposer.
Mme Maccarone : Oui.
M. Roberge (Dominic) :
Théoriquement, avec une disposition pénale, les policiers et les policières
vont mettre fin à l'infraction. Donc, oui, ils peuvent constater, émettre un
constat d'infraction, mais, théoriquement, ils vont mettre fin à l'infraction.
Donc, pour y parvenir, ils vont demander à personne de retirer leur veste, de
la ranger. Mais concrètement, dans la vraie vie, ça veut dire un barrage
routier où on demande à des gens d'enlever des vestes. Évidemment, il va y
avoir une évaluation du risque dans une run annuelle où il y aura
75 motards, c'est possible qu'il y ait une intervention qui va être
différente. Mais la règle, ça serait de mentionner à la personne qu'elle commet
une infraction et doit mettre fin à l'infraction, c'est-à-dire retirer sa
veste. Et là, qu'est-ce qu'il va arriver en dessous de la veste? On va avoir un
chandail aux couleurs des Hell's Angels, et après ça, on va avoir une boucle de
ceinture aux couleurs des Hell's Angels, avec une moto parce qu'on ne fait pas
référence seulement aux vêtements dans l'article, on fait référence aux objets
qui sont présentés au public. Donc, jusqu'où ça va dans l'application? C'est
des éléments, comme vous dites, où il faut clarifier la possibilité
d'intervention policière.
Mme Maccarone : Mais ce n'est
pas clair pour moi, voilà. Ça fait qu'on va devoir avoir une discussion, parce
que… Merci, vous avez soulevé beaucoup d'éléments, des pouvoirs subjectifs,
puis je partage votre avis, il va falloir mettre des choses qui sont plus
claires. Ce qui m'a vraiment rejoint, c'est quand vous avez dit : Il faut
agir en amont et pas le après, parce que là on met beaucoup de pression sur les
épaules de nos policiers puis il faut vraiment les outiller alors pour qu'ils
puissent faire leur travail.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup.
Mme Maccarone : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons du côté… avec la députée de...
Le Président (M. Schneeberger) : ...Sherbrooke
pour 2 min 38 s.
Mme Labrie : Merci, M.
le Président. Bonjour.
Dans votre mémoire, vous mentionnez que ça
prendra des ressources appropriées à propos du registre pour les délinquants
sexuels. J'aimerais vous poser la question par rapport au 810, si vous avez les
ressources pour ça. Pouvez-vous me dire qu'est-ce qui se passe quand il y a un
810 qui est émis — je ne sais pas si c'est comme ça qu'on dit ça — sur
votre territoire? Qu'est-ce qui se passe après puis avez-vous les ressources
pour les faire appliquer?
M. Roberge (Dominic) : En
fait, pour la présentation, pour la gestion des 810, il y a une gestion plutôt
locale qui va se faire dans chaque unité, pour chaque dossier. Les unités
d'enquête vont gérer les 810, les interdictions d'entrer en contact avec
certains dans le cas où qu'ils nous réfèrent des partenaires, des
ex-partenaires. Il y a une gestion locale qui va se faire, tandis que dans le
registre, ce qu'on appréciait dans cette mesure-là, c'est la centralisation des
informations avec une coordination provinciale pour s'assurer qu'il n'y ait pas
de... je dirais, de manquements dans l'application ou dans la rigueur de l'application.
Mme Labrie : Je vous
pose la question, parce qu'on nous a fait valoir que, pour la sécurité réelle
des personnes, la surveillance réelle des 810 aurait plus d'impact possiblement
que le registre. Donc, j'aimerais ça que vous me disiez, dans la vraie vie,
qu'est-ce qui se passe quand il y a un 810 qui est émis?
M. Roberge (Dominic) : Dans
la vraie vie, le 810, c'est une disposition légale, c'est une décision, des
limites qui sont mises à une certaine personne. Par contre, on ne doit pas
rester sous l'impression qu'un 810 génère une surveillance constante et...
Mme Labrie : Vous ne les
avez pas, les ressources pour ça?
M. Roberge (Dominic) : Impossible.
C'est impossible.
Mme Labrie : Ça fait
que, typiquement, qu'est-ce qui se passe? Vous en prenez acte puis vous
attendez qu'on vous appelle pour vous dire qu'il y a eu un bris de...
M. Roberge (Dominic) : Exactement.
Si vous et moi, on travaille dans un bureau d'enquête ensemble, puis on est
avisé que dans un des dossiers sur lesquels on enquête, il y a une personne qui
a obtenu un 810 du tribunal, bien, on va en aviser nos collègues du bureau
d'enquête, on va en aviser les patrouilleurs. Il y a une communication qui va
être faite à tous les gens de l'unité... alimentation au CRPQ pour que, si ces
gens-là sont interceptés ailleurs au Québec, que l'information soit partagée.
Puis, dépendamment de l'intensité de l'événement, je dirais, bien, il va avoir,
oui, à court terme, une surveillance, des communications avec la victime et
tout ça, mais dans le temps où ces mesures-là vont se moduler en fonction du
temps ou de la proximité avec l'événement. Donc, c'est comme ça que ça se
passe, de façon concrète.
• (12 h 20) •
Mme Labrie : Y en a-tu
beaucoup en même temps gérés, par curiosité, dans un...
M. Roberge (Dominic) : Dépendamment
de l'unité, du volume de dossiers, si vous allez dans un poste urbain comme
Drummondville, Valleyfield, et il y en a des... il peut y en avoir des
dizaines, tandis que dans une plus petite MRC, il peut y en avoir un ou parfois
aucun qui sont actifs, là.
Mme Labrie : OK. Et
puis...
M. Roberge (Dominic) :
Souvent, ce sont des dispositions qui sont transitoires au travers d'autres
procédures judiciaires. Donc, le 810 va éventuellement se transformer en
condition, soit de remise en liberté ou de probation si une sentence qui est
prononcée. Donc, ça évolue le 810 au travers de d'autres...
Mme Labrie : Puis c'est
quoi l'ampleur des moyens supplémentaires que ça vous prendra?
Le Président (M. Schneeberger) : On
n'a plus de temps, c'est terminé. On a déjà 20 minutes... 20 secondes
au-dessus.
Alors, nous allons du côté des Îles-de-la-Madeleine.
M. le député, c'est à vous. Deux minutes.
M. Arseneau : Deux minutes.
Merci beaucoup. Est-ce que vous pouvez répondre à la question précédente? Quels
sont les moyens que ça vous prendrait?
M. Roberge (Dominic) : Quels
sont les moyens que ça nous prendrait pour assurer une meilleure surveillance
des 810, si j'ai bien compris la question? C'est des effectifs sur la route,
c'est des patrouilleurs, c'est des gens qui peuvent faire les vérifications,
qui sont soit sur les appels parce qu'évidemment, on ne peut pas assurer une
surveillance constante des 810, mais... Puis dans certains cas plus urgents,
c'est des ressources financières, parce que, si on a une... pardon, si on a une
situation plus critique, bien, il va y avoir de la surveillance un peu plus
constante. Donc, là, on parle de ressources financières pour faire rentrer des
gens qui, eux, ne répondront pas aux appels de base, mais qui sont en surplus
sur une équipe pour s'assurer d'une surveillance.
M. Arseneau : Mais votre
intervention a le mérite de poser les bonnes questions, c'est-à-dire, est-ce
qu'on a les moyens de nos ambitions à maints égards, les moyens financiers, les
moyens, en termes de ressources humaines aussi? Ça traverse un peu l'ensemble
de votre propos et de votre mémoire. Donc, j'aimerais savoir justement, plus
spécifiquement pour le registre, est-ce que c'est ce que vous, enfin, suggérez,
c'est que le registre, c'est bien beau, mais à un moment donné, quelles sont
les ressources qu'on est prêt à y consacrer?
M. Roberge (Dominic) : C'est
exactement ce qu'on souhaite, que les ressources soient proportionnelles à
l'importance du registre qu'on veut implanter et que les ressources surviennent
ou proviennent avec l'implantation du registre pour assurer sa pérennité et son
efficacité.
M. Arseneau : D'accord.
Puis même chose pour la question des services partagés, vous dites : Ça ne
peut pas être perçu comme une mesure d'économie. Est-ce que vous pouvez
expliciter un peu?
M. Roberge (Dominic) : Bien,
au niveau des services partagés, présentement, la Sûreté du Québec en service
supplétif, a fait plus de 1000 interventions auprès des différentes
municipalités du Québec. Dans la présentation de M. Dubé, on parlait de
3000, mais on parle dans ce cas-là des interventions aussi pour le Nord-du-Québec,
dans un plus vaste registre. On va réduire les interventions s'il y a des
ententes entre les municipalités. Par contre, on ne doit pas imaginer que ça va
générer une marge...
M. Roberge (Dominic) : ...de
manœuvres à 100 % des services qui étaient offerts préalablement, là, il
va toujours y avoir des services supplétifs. On ne voudrait pas que ça crée
l'illusion que, tout d'un coup, on génère la marge de manœuvre nécessaire pour
être capables de remplir tous les mandats du projet de loi. Les mandats
supplétifs, souvent, c'est des mandats qui sont effectués en temps
supplémentaire, au-delà des mandats de base. Donc, tout ce que ça va permettre,
c'est une bouffée d'air, à certaines personnes, de passer peut-être la fin de
semaine à la maison, plutôt que de rentrer en temps supplémentaire.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
merci beaucoup. Alors, merci pour votre apport à la commission.
Nous allons suspendre quelques instants
afin d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 24)
(Reprise à 12 h 28)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous poursuivons nos audiences avec la Fédération des policiers et
policiers municipaux du Québec. Bonjour à vous trois. Alors, comme tout à
l'heure, vous vous présentez et, par la suite, vous pouvez enchaîner avec votre
présentation. Allez-y.
M. Lemay (François) : Bonjour,
M. le Président. Alors, j'aimerais vous présenter les gens qui m'accompagnent
aujourd'hui : à ma droite, le vice-président exécutif à la Fédération,
M. Martin Fisette, et, à ma gauche, M.... Me Andrew Charbonneau, qui est
le conseiller de la FPMQ avec nous. Alors, Mmes et MM. membres de la
commission, M. le ministre, Mesdames et Messieurs, je vous remercie de nous
recevoir dans le cadre des consultations sur le projet de loi numéro 13, Loi
visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population en
modifiant diverses dispositions. Je prends la parole aujourd'hui, au nom de la
Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, afin de vous présenter
l'essentiel dans notre mémoire et de formuler nos recommandations.
Permettez-moi d'abord de vous dire que
nous sommes... qui nous sommes et pourquoi nous sommes ici. La Fédération a été
créée en 1965, elle regroupe les associations syndicales de policiers et
policières... et représentant plus de 5 000 policiers et policières.
Nous représentons des services de police municipaux, autochtones et inuits
répartis au sein de 32 corps de police. La fraternité des policiers et
policières de Montréal est également un membre associé. Elle est avec le FPMQ
regroupent... et la FPMQ regroupent environ 10 000 policiers et
policière. D'ailleurs, ce mémoire a été préparé conjointement avec la
fraternité des policiers et policières de Montréal et je salue le président, M. Yves
Francoeur, qui est avec nous autres aujourd'hui. Nos membres œuvrent dans une
réalité extrêmement diverse de petits services d'une vingtaine de policiers
jusqu'à des services de police de plusieurs centaines de policiers. Ils offrent
des services policiers de niveau 1 à 5, selon la loi de police. Cette diversité
est une richesse, elle signifie aussi que les discussions législatives qui
entourent l'organisation policière et le partage des services ont un impact
très concret sur le terrain, sur l'efficacité des interventions et sur la
santé-sécurité de nos membres.
• (12 h 30) •
D'entrée de jeu je veux être clair, la
Fédération reconnaît l'effort du gouvernement de s'attaquer à des enjeux qui
influencent directement le sentiment de sécurité de la population. Sur
plusieurs éléments, notre position est favorable. De façon générale, nous
sommes d'accord avec les intentions du gouvernement. Nous croyons capital de
mieux protéger le public contre certains délinquants sexuels à haut risque de
récidive, de mieux encadrer certaines situations pouvant dégénérer lors de
manifestations, de freiner l'intimidation et la glorification des organisations
criminelles par l'affichage de symboles et d'explorer les mécanismes
d'organisation des services policiers, dont le partage de services et de
création de régies autochtones. Cela dit, nous croyons que le projet de loi
doit être amélioré à certains égards afin d'être plus efficace, mieux balisé et
mieux arrimé à la réalité opérationnelle.
Je viens maintenant à la question de la
divulgation publique. La Fédération appuie le principe d'une divulgation
pouvant être public de renseignements visant certains délinquants sexuels à
risque élevé. Il s'agit d'un objectif de sécurité publique légitime, mais nous
croyons que le projet de loi numéro 13 devrait saisir l'occasion d'élargir sa
divulgation à certains récidivistes en violence conjugale. Nous faisons cette
demande parce que sur le terrain, les policiers constatent de plus en plus
souvent des situations où des agresseurs cumulent des antécédents lourds et le
viol à répétition... ordonnance à la cour et donc ils demeurent des dangers
réels et prévisibles. Notre mémoire évoque notamment le contexte tragique
entourant... le féminicide de Mme Gabie Renaud. Nous rappelons aussi des
constats publics démontrant une hausse marquée des accusations liées au
non-respect d'ordonnance en matière de violence conjugale. Autrement dit, si
l'objectif du projet de loi est d'augmenter le sentiment de sécurité, la
violence conjugale doit être reconnue comme une priorité et intégrée au
mécanisme de divulgation avec des balises strictes, ciblées et fondées sur
l'évaluation du risque.
J'aimerais maintenant aborder les
dispositions concernant les manifestations. La Fédération accueille favorablement
la nouvelle loi visant...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) M. Lemay (François) : ...favoriser
la paix, l'ordre et la sécurité publique au Québec, notamment parce qu'elle
donne des outils concrets de prévention.
Les manifestations comportent des risques
opérationnels bien connus : effectifs souvent limités, environnement
bruyant et changeant, visibilité réduite et présence possible de groupuscules
cherchant l'affrontement et les vandalismes... et le vandalisme.
Deux éléments méritent d'être soulignés. D'abord,
en ce qui concerne le projet... les objets prohibés, à l'article 4, nous
appuyons l'interdiction d'objets pouvant servir à blesser ou endommager les
biens. Cependant, nous proposons deux ajustements très concrets : premièrement,
ajouter explicitement les termes «pierre», «roche» et «brique», car «morceau de
pavé» est trop imprécis; deuxièmement, ajouter les termes «inflammables» et «incendiaires»
afin de couvrir clairement des objets comme, exemple, le cocktail Molotov. L'objectif
est simple : éviter les zones grises et renforcer la prévention.
Ensuite, la saisie sans mandat. Sur ce
point, la fédération est claire : une amende peut dissuader, mais la
saisie retire le danger immédiatement. En matière de sécurité publique, la
prévention repose sur la capacité d'agir avant que des gestes se produisent.
Je reviens maintenant à la question des
symboles criminels. Nous appuyons l'interdiction d'exposer publiquement des
objets identifiant l'entité à des desseins... à un dessein criminel. Sur le
terrain, ces symboles servent à intimider, à contrôler le territoire, à
banaliser la criminalité. Cependant, les sanctions pécuniaires seules sont
insuffisantes. Nous demandons au gouvernement de rendre plus effectif cet
objectif afin que nos policiers, policières puissent remplir ce mandat avec
autorité. Nous demandons également de clarifier les exceptions en ajoutant
explicitement le contexte policier afin d'éviter toute ambiguïté lors d'activités
de prévention, de sensibilisation ou de renseignement.
Maintenant, un sujet au cœur de notre
mémoire, je souhaite maintenant aborder le partage des services policiers. Oui,
le partage peut être utile, mais, tel qu'il est rédigé, le projet de loi est
trop large et insuffisamment balisé. Nous considérons qu'il est important de rétablir
certains faits sur la mutualisation des services.
Depuis plusieurs années, le modèle des
escouades, les escouades spéciales, on a connu les escouades régionales mixtes
dans le passé, a démontré que les conventions collectives ne sont pas une
embûche à la réalisation de projets entre les services policiers. La véritable
difficulté repose sur un manque d'effectifs et de financement.
Prenons l'exemple des enquêtes. La
majorité, si ce n'est pas la totalité de nos services policiers, constate que
les enquêteurs en place ne suffisent plus à la tâche. Certains dossiers ne sont
tout simplement pas enquêtés par manque de main-d'œuvre. La fédération conçoit
mal comment des ressources peuvent être mutualisées pour en faire plus alors
que chaque policier a atteint sa charge maximale. La mutualisation doit
permettre un accroissement des services dispensés à la population et non
compenser un sous-financement généralisé.
Aussi, nous demandons que des principes
directeurs clairs soient enchâssés dans la loi, comme le maintien des
effectifs, l'interdiction de la sous-traitance déguisée, la protection de l'expertise
interne et le caractère conditionnel du partage. Nous demandons également que
certains services essentiels soient explicites exclus... explicitement exclus
afin de préserver l'autonomie et la responsabilité locale.
Je termine avec les régies de police
autochtones. La fédération salue cette initiative mais insiste sur la mise en
place de deux garanties essentielles : des ententes stables, on parle,
dans notre mémoire, d'une durée minimale de cinq ans jusqu'à une durée maximale
de 10 ans, mais je vous dirais que le 10 ans serait quelque chose qui
ressemblerait à toutes les ententes qu'on voit aussi dans plusieurs services de
police municipaux; et ce mécanisme clair de protection de la sécurité d'emploi
et des conditions de travail. En bref, la carrière d'un policier ne devrait pas
jamais dépendre d'un changement structurel sans filet juridique.
En conclusion, la fédération appuie l'intention
générale du projet n° 13 mais estime que certains
amendements sont nécessaires afin...
M. Lemay (François) : ...assurer
l'efficacité réelle sur le terrain. Comme je viens de l'exposer, nos
recommandations portent sur l'élargissement et la divulgation publique de
certains récidivistes en violence conjugale, un meilleur encadrement des
manifestations par la prévention, l'ajout d'un pouvoir de saisie des symboles
criminels, un encadrement strict du partage de services et une garantie claire
pour les régies de police autochtones.
En vous remerciant de votre écoute, nous
demeurons à votre entière disposition pour répondre à vos questions et fournir
tout complément d'information utile. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup pour votre présentation.
Nous débutons une période d'échange avec
le ministre. Vous avez 12 min 30 s, M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci d'être là. J'ai quelques
questions pour vous. Vous avez amené des bons détails.
Je vais commencer par la mutualisation,
tiens. Je comprends très bien votre point puis je l'ai dit à plusieurs groupes,
je vais vous le redire ici, parce que je veux que ce soit clair puis que le
message soit entendu, notre but n'est pas de niveler vers le bas, mais pas du
tout. Moi, ce que j'ai en tête, entre autres, c'est la Couronne Nord de
Montréal, on a plusieurs SM, plusieurs services de police municipaux, qui
pourraient ensemble décider d'avoir une escouade, par exemple en matière de
SIJ, enquêteurs collision. Et on sait très bien que deux services de police, un
plus un, ça ne fait pas deux, c'est-à-dire, si j'ai une ressource dans mon
service, vous en avez un dans le vôtre, ça ne veut pas dire qu'ils vont venir
se combler puis se donner un coup de main, chacun va avoir ses réalités. Mais
je comprends bien aussi ce qu'on m'a partagé, puis vous avez fait référence à
des escouades régionales, la crainte, c'est qu'il y ait un perdant là-dedans,
qu'une des deux villes qui, finalement, soit siphonnée... les ressources pour
faire leur réalité à eux puis pour faire les deux municipalités. Ça fait que
ça, je l'ai entendu.
Nous, dans notre tête, c'était clair aussi
que, la gendarmerie, c'était un service de base qui ne pouvait pas être
partagé. Mais est-ce qu'il y a d'autres choses plus spécialisées? C'est là
qu'on arrivait avec cette mutualisation-là. Et je vois beaucoup aussi les
fraudes, tout ce qui est du crime tech, qui coûte très cher, car chacun a ses
propres équipements. Est-ce que les gens sont aussi performants quand on a
quelques cas par année? Bref, c'est un peu là où on allait après avoir entendu
les gens terrain.
• (12 h 40) •
Là où j'ai une question pour vous, c'est
quand on vient sur les patchs. Vous avez dit tantôt que vous aviez besoin de
quelque chose de plus fort puis que l'amende ce n'était peut-être pas le bon
outil. Je suis un peu surpris, parce que je vous dirais quand on va sur le Code
criminel, on connaît les délais, donc, la dissuasion sur le terrain pour le
policier qui dit au monsieur : Tu as mis une patch aujourd'hui, puis
rassure toi, dans un an et demi, on va se revoir. J'aurais peut-être plus de
misère avec ça que la dissuasion sur le terrain en disant c'est comme ça que ça
marche, voici l'infraction. Puis je vous le dis de façon transparente, le but
de ça, c'est au contraire, d'arriver avec une action sur le coup, mais
j'aimerais vous entendre quand vous avez dit ça prendrait quelque chose de plus
fort.
M. Lemay (François) : Oui.
Écoutez, on a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de discussions alentour de ce
sujet-là. Je vous dirais, je vais essayer de plus vous résumer plutôt que de
faire l'étalement de la discussion. Nous, ce qu'on veut s'assurer avec vous,
c'est que le moyen qui sera donné, ce que le législateur donnera, il faut
s'assurer que nos policiers ne vont pas faire rire d'eux dans le cadre
d'intervention. Et là où ce que je veux en venir, vous le savez, on connaît la
différence entre l'utilisation du code de procédure pénale pour nos policiers
sur le terrain, je veux dire, c'est nos pouvoirs, c'est nos pouvoirs... Ce
qu'on ne veut pas... ce qu'on veut s'assurer, c'est que demain matin, on
rentre, on demande, puis là, ils connaissent la game, vous le savez très bien,
nos gens du crime organisé connaissent exactement ce qu'ils peuvent faire, ce
qu'ils ne peuvent pas faire... Et l'outil qu'on veut donner à nos policiers,
c'est de s'assurer. Et j'essaie de résumer ça en quelques instants, c'est
qu'ils ne vont pas jouer la game du CPP, hein? Si l'infraction s'arrête, bien,
je suis obligé de te le redonner. Non, je ne le mettrais pas. 10 minutes
plus tard, il l'a encore. Puis aussitôt que tu lui donnes une amende, tu lui
dis, bien : ton amende sera doublée parce qu'on va demander une
modification de l'amende pour qu'elle soit plus grande. Vous savez ce qu'ils
vont nous répondre? Tu sais, ils nous disent souvent : Je m'en fous, de
ton amende. Alors, ce qu'on veut... ce qu'on veut s'assurer, c'est que dans l'utilisation
de CPP, et a essayé de le voir l'inverse, si vous ne nous avez pas donné un
pouvoir de fouille, c'est parce qu'en vertu du CPP, on n'était pas capable,
sans doute, de l'avoir. Vous avez déjà eu, j'imagine, ces discussions-là et le
pouvoir... et le pouvoir de saisie venait plus du Code criminel par rapport à
l'utilisation, mais c'est vraiment ça qu'il faudrait qu'il arrive, parce que
sinon, les policiers puis les policières vont se rendre, vont donner une
première amende. Vous savez, l'objectif, c'est de lui faire enlever son... de
lui faire enlever ses patchs, puis on ne veut pas... Nos policiers puis nos
policières, ce qu'ils ne veulent pas, c'est faire rire d'eux autres à plusieurs
reprises, trois fois dans la même soirée parce qu'ils y auront été. Là, oui,
vous pouvez nous dire : On peut l'arrêter. Mais aussitôt que, vous savez
que l'infraction est arrêtée, bien on recommence encore. Alors c'est juste, sur
la question, je voulais... ce que je voulais vous amener, le législateur
décidera bien ce qu'il va nous donner, on est à la recherche d'outils à tous
les jours pour réussir à mieux faire notre job. Alors on n'est pas contre, la
seule chose que je vous mets en garde, c'est donnons-nous pas un moyen...
M. Lemay (François) : ...ce
qui va faire qu'ultimement, ça va nous amener une confrontation puis les
policiers ils ne veulent pas finir deuxième, ils veulent faire appliquer une
loi. Alors, je... vraiment, je mets en garde qu'on n'arrive pas très
rapidement, un peu, à ce niveau-là puis c'est un peu le message aux noms des
policiers puis des policières qu'on veut vous passer par rapport à cette
situation-là.
M. Lafrenière : Parfait.
Bien, ça me permet de passer notre message qui est justement on ne veut pas
donner un outil pas de dents, vous comprenez? Un outil qui paraît bien puis ce
que j'entends des policiers sur le terrain, c'est qu'ils essaient de convaincre
la personne de l'enlever en disant : Ce serait bien gentil, s'il vous
plaît. Écoutes, ils perdre la face solidement. Donc, cet outil-là, on voulait
que ce soit dissuasif sur le coup. Au final, ce qu'on veut, nous, c'est quoi?
C'est ramener un équilibre. Présentement, le crime organisé, les gens qui font
partie de ces groupes-là, s'affiche, même si ça confirme devant tout le monde qu'ils
ont commis des crimes, ils démontrent à la société, eux autres, ils n'en ont
rien à faire, ça fait qu'on veut tenter de ramener l'équilibre, mais j'ai bien
pris vos points en note.
Tantôt, quand on a parlé du registre, vous
avez parlé aussi des besoins d'agir en matière de violence conjugale et ça, je
saluais mes collègues de QS qui nous ont parlé de la loi de Clare, qu'on
connaissait, qu'on n'avait pas regardé au tout début. Présentement, on
l'étudie. On regarde de quelle façon ça pourrait s'y prêter, qui est un outil
de plus. Et pourquoi je vous parle de ça? Parce que quand on a regardé le
registre, on a commencé... parce qu'il y a une volumétrie dans tout ça. Puis au
Québec, on va se le dire, si on décide comme assemblée d'avoir le registre, ce
sera une première. Ça n'a jamais été fait de ce type-là, un registre public. On
voulait commencer tranquillement pour voir aussi les failles, les faiblesses ou
les bons coups dans tout ça. Pour les violences conjugales, la volumétrie était
beaucoup plus élevée, ça fait que ce n'est pas un entre-deux. La loi de Clare
pourrait nous aider, on regarde de quelle façon les policiers, non pas peuvent,
mais doivent transmettre l'information et tout ça, en passant, dans le temps,
je l'ai dit hier, de façon réglementaire, on va le mettre en application, mais
on comprend qu'il va y avoir une phase de formation, d'adaptation, de publicité
aussi, pour que les gens sachent à quoi s'en tenir et je vous dirais que la loi
de Clare, puis je veux souligner l'apport, là, ça, on le regarde.
Autre point important qui a été mentionné
tantôt, je veux vous rassurer, pour P-38, c'est réellement une réalité, vous
savez qu'il y a eu un changement gouvernemental, mais on sait très bien qu'on
doit changer. Et, moi, j'ai rencontré une association de proches, de personnes
qui vivent avec des troubles de santé mentale, qui nous disaient : Agissez
puis arrêtez de voir ça comme le droit des personnes malades, c'est le droit
d'avoir des traitements aussi. Puis nous, comme famille, là, on lève la main en
disant : on n'est plus capable, là. Puis ils ont le droit d'avoir des
droits puis des.... des traitements, pardon, puis la personne n'est peut-être
pas en position de prendre cette décision-là. Ça fait que je veux vous dire,
c'est un message aussi qui a percolé, puis effectivement ça a amené des drames
horribles. Je voulais vous rassurer, puis... je vais-tu me faire chicaner
bientôt? Je ne suis pas pire?
Une voix : ...
M. Lafrenière : Mon Dieu.
L'autre point, je voulais vous rassurer aussi parce qu'on a parlé du registre
puis des ressources qui allaient avec ça. Les ressources ont été calculées, on
parle de huit effectifs à temps complet, là, huit ETC, un budget de
1,4 million par année. Ça aussi, c'est dans une phase réglementaire, c'est-à-dire
que si on l'adopte ici, par la suite, avant la mise en place, on va voir
quelles seront les procédures puis comment l'appliquer. Ça fait que ça, je veux
vous rassurer.
Bien entendu, vous savez que j'ai deux
chapeaux, ça fait que c'est sûr que je revenir sur le volet des régies de
police autochtone. C'est une demande qu'on a eue, entre autres, je ne suis pas
sûr que vous couvrez ces communautés-là, mais bref, communautés innues
Pakuashipi-Unamen Shipu, qui veulent combiner leurs forces, ils
veulent avoir une police autochtone, c'est ce qu'on veut créer, et j'ai la même
chose du côté algonquin, il y a des rencontres qui vont avoir lieu lundi, ils
veulent aussi avoir une régionalisation de la police. Vous représentez des
sûretés municipales, des fois qui sont plus petites un peu, on peut s'imaginer
que quand tu es quelques patrouilleurs, tu es douze patrouilleurs à Pakuashipi,
tu interviens dans une communauté de 250-300 personnes, la régionalisation
va permettre aux gens d'avoir accès à des fois d'autres fonctions, à changer de
territoire de patrouille aussi, à être plus attractif. Puis là, vous avez parlé
d'ententes, vous avez parlé : Comment garder notre monde s'il n'y a pas
d'entente sur cinq-dix ans? Hier, on se l'est fait partager par l'Association des
chefs de police autochtone, par le PNQL aussi, on le sait. Vous savez que c'est
des ententes tripartites. Ça met une pression terrible parce qu'ils apprennent
quelques semaines avant la fin de leur budget, si oui ou non ils n'ont pas...
Ça fait que j'en suis très conscient. C'est sur notre liste, ce sur quoi on
travaille. Mais l'enjeu, vous comprenez que c'est un... puis ceux qui ne savent
pas comment ça fonctionne, là, 52 % du budget est payé par le fédéral,
48 % par le provincial. Nous, nos ententes avancent, là, mais on va
travailler beaucoup là-dessus avec un très bon collègue au fédéral pour que ça
fonctionne, pour qu'on donne un peu plus de prévisibilité, on le sait, on le
comprend.
Mais sur la Régie de police, je pense
qu'au final, c'est de permettre, puis hier je l'ai dit, parce que j'ai rassuré
des gens, là, c'est de leur permettre, s'ils le veulent, d'avoir une régie. On
n'a aucune volonté de mettre ça mur-à-mur, absolument pas. Puis on ne veut pas
retourner dans l'ancien modèle où est-ce... ou est-ce qu'il y avait une seule
police autochtone pour la grandeur du Québec. Ça a causé un grand détachement
entre les réalités terrain et les opérations, on ne veut pas aller là, mais pas
du tout. Ça fait que ça, je voulais vous rassurer. C'est bon pour vous?
M. Lemay (François) : Ça va.
Bien, écoutez, il y a plusieurs... on a abordé trois sujets. Alors, écoutez,
juste pour nos... Andrew est négociateur dans un des dossiers, donc qu'on...
les gens ici...
M. Lemay (François) : ...connaissent
très bien le sujet sur lequel on vient de parler. Un, on a... qui sont
plusieurs services regroupés. Donc, on connaît aussi... on connaît les deux,
les avantages, les désavantages. La seule chose, je pense, qui était
importante, c'est de mettre en lumière ce qu'on ne voulait pas aussi atteindre,
puis mettre des bases aussi, tout simplement. Donc, on n'est... on n'est pas
fermés à ça, parce qu'on a aussi un modèle mis en commun, on a des modèles qui
sont plus... calqués sur leurs communautés. Alors, sur ce sujet-là, on comprend
très bien que ce n'était pas des fusions forcées, là, on n'est pas... on n'est
pas là-dedans, mais on connaît les avantages et les désavantages de chacun qui
seraient là.
Nous... La seule chose que j'aimerais
apporter, terrain, quand on parle... lorsqu'on parle concernant les
multirécidivistes... Vous savez, les policiers puis les policières se rendent
sur des appels et rencontrent les gens, hein, souvent, les victimes, et le
suspect est là. On a accès à de l'information policière. Nous, là, on sait, là,
que cette personne-là, là... Si je pouvais dire à la dame : Ramasse ton
stock puis quitte cette maison-là au plus vite possible... On les... on fait
face à ça.
Alors, on regardait puis on a écouté hier,
on a pris le temps d'écouter les gens qui se sont présentés ici. Entre les
avantages puis certains désavantages... Ce n'est pas vrai que tout est parfait,
là, il n'y a rien de parfait dans la vie, mais tu essayes de faire la donne
entre ce qui est parfait puis ce qui serait mieux. Mais nous on ne veut pas se
retrouver dans une situation où ce que la personne aurait pu, et pensons à la
dame que je mentionnais tout à l'heure, bien, cette dame-là, si elle aurait pu
avoir l'information, peut-être qu'elle aurait pris ses choses. Si on peut juste
éviter un décès, on aura fait ce qu'on avait à faire ou, en tout cas, le
législateur a fait ce qu'il avait à faire. Puis nous, on sera en mesure de
faire ce qu'il y a à faire. On pourra dire à nos gens : Bien allez
consulter le registre. On pourra au moins dire ça, parce qu'aujourd'hui on se
présente à des endroits puis on sait que l'individu, parce que majoritairement,
on se retrouve dans une situation, est ultradangereux. On ne peut même pas le
dire à la dame. Alors, comme être humain, là, je peux vous dire qu'on a le goût
de lui dire, on aimerait la prendre puis lui dire tout ce qu'on... ce qu'on
pourrait, mais on ne peut pas le faire. Alors comment ça se ferait ça? Est-ce
que c'est... est-ce que les gens pourraient valider avec un service de police?
Lançons pleins d'idées, je laisse au législateur la façon de le faire, parce
qu'hier on a entendu aussi ce qui pourrait être négatif par rapport à ça, mais,
nous, ce qu'on vient vous dire, c'est je pense qu'on a besoin d'un outil
additionnel pour sauver des vies et on se retrouve avec de l'information qu'on
a, qu'on ne peut pas la divulguer et, bien, une vie, c'est une vie de trop. Ça
fait qu'on part de là pour essayer de vous donner, sur le terrain, comment
souvent, on se retrouve face à ces gens-là.
• (12 h 50) •
M. Lafrenière : On va
utiliser la loi de Clare. Ce que vous mentionnez, en notion d'urgence,
l'article 109 vous donne des outils aussi un peu. Et, avec le registre, il
n'y aura pas de solution pour ça, il va y en avoir plusieurs. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Nous allons voir du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Westmount—Saint-Louis, 9 min 22.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous trois. Un plaisir de vous avoir, encore une fois, en
commission parlementaire. Merci beaucoup aussi pour votre mémoire puis votre
témoignage. Moi aussi, j'ai des questions par rapport à la mutualisation, mais
je veux parler quand même, en débutant, avec le manque de ressources. On a
entendu M. Roberge qui a fait un témoignage très éloquent en ce qui concerne
les effectifs pour la SQ. Puis on sait que, quand on parle de policiers
municipaux, on a eu des demandes de Montréal, Laval, Québec, Saguenay. On a dit
oui à Montréal, on a dit oui à Laval, on a dit non à Québec, on a dit non à
Saguenay. Puis c'est vous qui sont là, vous êtes très présents en ce qui
concerne la lutte contre la criminalité, que ce soit le crime organisé ou
autres. Ça fait que moi, je souhaite savoir est-ce que vous avez ce que vous
avez besoin pour lutter, puis là on vous met encore plus de responsabilités
avec ce projet de loi, qu'il y a des ressources qui sont nécessaires et
importantes, mais ça amène quand même à une lourdeur de plus pour nos
policiers.
M. Lemay (François) : Je vais
prendre les choses différemment. Je vais essayer de vous répondre un peu de
façon... en tout cas, structurée, un peu comment on le voit, OK. Ça fait des années
qu'on parle de financement, donc, on n'est pas tous à la même place. On parlait
de... mutualisation...
Mme Maccarone : Vous aussi,
vous avez de la misère à dire ce mot-là.
M. Lemay (François) : Oui, et
où est-ce que je veux en venir, c'est que, vous savez, il y a des services de
police qui vont se dire : Bien, moi, si j'appelle les services supplétifs
de la Sûreté du Québec, ça me coûte... tandis que, si je fais une entente avec
mon... un service à côté, bien là, je paie 100 % de cette entente-là,
parce que...
M. Lemay (François) : ...des
effectifs, là. Alors, souvent, le financement a un impact sur les décisions, de
la façon... Ce n'est pas l'efficacité de la décision qu'on va prendre, mais la
question de financement vient prendre toute la place par rapport à des
objectifs.
Puis, tout à l'heure, vous parliez de
certains dossiers. Oui, certains dossiers ont eu du financement, ce que les
autres services municipaux n'ont pas eu, et, bon, bien, ils se sont revirés
puis ils ont dit : Bon, bien, si je ne peux pas avoir de financement, je
vais demander d'avoir des effectifs de la Sûreté du Québec pour venir nous
appuyer. Bien, on sait très bien, là, vous avez entendu M. Roberge, je l'ai
entendu, on est très conscients qu'eux aussi ont besoin d'effectifs, mais nous
aussi, on fait face, dans plusieurs services, à des «case load» totalement
remplis. Et là il y a des choix stratégiques, au niveau des enquêtes, qui se
font.
Alors, nous, ce qu'on voulait s'assurer,
c'est que la mise en commun de services ne se fera pas aux dépens... Parce que,
si, déjà, tu es à 100 % puis que tu es à 120 % de ta capacité
d'enquêter, bien, à chaque effectif que tu perds, tu viens encore de réduire.
Et, oui, je comprends qu'ils vont faire du travail, parce que, tu sais, le
crime... plusieurs crimes, ça n'a pas de frontière. Alors, c'est des choix
difficiles.
Donc, on revient toujours au financement
de notre capacité d'être... d'arriver au bon chiffre pour être capables... De
toute façon, tu as des effectifs si tu as du financement, et tout le monde voit
ce qui se passe actuellement, en termes d'économie, au Québec. Alors, oui, il y
a un ralentissement, puis, oui, il y a plusieurs services que l'embauche,
présentement, va être freinée puis faire des économies sur le fait que les gens
partent à la retraite. Alors, on se retrouve tous dans la même situation où
est-ce qu'il va falloir faire plus avec moins, actuellement.
Donc, on comprend, parce que notre
objectif c'est de livrer la marchandise puis de faire le travail qu'on a à
faire en matière de sécurité publique. Puis tout le monde a cette volonté-là,
au niveau des policiers et des policières, mais, en même temps, on voit
clairement...
Mme Maccarone : ...aussi, en
passant, là.
M. Lemay (François) : ...on
voit clairement ce qui se passe. Donc, on arrive, hein, on arrive...Oui, j'ai
entendu les réponses des directions de services, mais, en même temps, eux, ils
gèrent un budget. Nous, de notre côté, on voit les besoins, on voit le terrain,
par rapport aux besoins, puis on essaie de forcer pour s'assurer d'avoir les
bons effectifs. Alors, c'est pour ça que vous voyez comme des réponses
différentes par rapport à hier et aujourd'hui, par rapport aux effectifs, où en
on a besoin.
Mme Maccarone : Oui, je comprends.
Puis vous faites bien de souligner la présence de l'ADPQ parce que j'ai une
question pour vous. Vous me faites penser, lors de leur présentation, et c'est
aussi, il me semble, écrit dans leur mémoire, ils parlaient de les disparités
entre des conventions collectives. Ça fait que moi, ce que je souhaite savoir,
étant donné que je pense la crainte, c'est qu'on n'a pas de balises
suffisantes... puis j'entends le ministre qui prend un engagement... Parce que
ce n'est pas ça qui est souhaité, c'est qu'on va y avoir des coupures ailleurs
ou qu'on ne va pas remplacer des services, en termes de mutualisation.
Qu'est-ce qui nous manque pour modifier ce projet de loi, pour assurer que nous
avons ces balises? Vous avez un avocat avec vous, je ne sais pas... ça nous
prend... puis pas trop longtemps, là, parce qu'il me reste comme... je ne sais
pas combien de minutes, mais j'ai une autre question...
4 min 30 s. Je vous donne comme deux minutes.
M. Lemay (François) : ...tu
sais, c'est pour ça qu'on y a peu répondu aujourd'hui en disant : Nous
dans le contexte, on ne pense pas que c'est les conventions collectives qui a
fait empêcher les escouades d'avancer. On a eu des superbeaux résultats avec
ça. Et les conventions, c'était aussi... chacun des services avait ses
conventions. C'est pour ça qu'on vous a donné l'heure juste en disant : Ce
qu'on a vécu sur le terrain, c'était le manque d'effectifs, le manque de
financement. Puis là, les gens reprenaient leurs effectifs, les ramenaient au
service. C'est ça qu'on a vécu, en termes de négociation avec nos employeurs,
pour les... pour, souvent, le démantèlement d'unités... c'était ça, la
situation, ce n'était pas une problématique de convention collective. Alors,
pour répondre rapidement, c'est ça.
Mme Maccarone : Merci. Moi
aussi, je veux soulever la question du P-38, tu sais, qui... la notion de
dangerosité pour soi-même ou pour autrui en raison d'un état de santé mentale.
Pour ceux qui ne savent pas c'est quoi, le P-38. Encore une fois, je le soulève
parce qu'évidemment on veut éviter un autre drame comme nous avons vécu avec la
sergente Maureen Breau. Et on sait qu'il y a eu quand même une consultation et
qu'on attend depuis maintenant très longtemps d'avoir ce réforme. Et j'entends
aussi le ministre qui fait mention qu'évidemment on reconnaît l'importance,
mais ça reste que ça ne fait pas
partie de ce projet de loi.
Et je réitère encore une fois qu'on est en
fin de session, on est en fin de législation, ça veut dire qu'il va falloir
qu'on attende jusqu'à la prochaine législature puis ça veut dire que ça nous
amène probablement à 2027, ça fait qu'on va avoir beaucoup plus de temps où nos
policiers ne sont pas protégés...
Mme Maccarone : ...et les
personnes concernées que nous avons entendues. J'aimerais que vous utilisiez le
reste de votre temps pour exprimer l'importance d'avoir cette mesure de la loi
Brian qui pourrait être améliorée, changée en ce qui concerne la réforme pour
la P-38.
M. Lemay (François) : Bien,
je vous dirais que des P-38, les policiers puis les policières en vivent à tous
les jours, encore aujourd'hui. En plus de protéger les policiers puis les
policières, c'est aussi protéger la population, puis c'est peut-être le début
de cette personne-là qui peut être soignée. Alors, même si ça sera fait dans le
contexte... J'ai entendu Dominic, tout à l'heure, en parler, on va travailler
conjointement, les associations syndicales avec la Fraternité des policiers de
Montréal pour avoir... être capable enligner sur une voie où ce qu'on veut
amener ce dossier-là. C'est primordial de trouver des solutions pour encore
plus aider les gens qui ont besoin d'aide. Alors, en espérant qu'il y aura un
dépôt de projet de loi, puis il y aura ces discussions-là qui seront faites
avant la fin. Maintenant, vous savez qu'on n'a pas le contrôle sur le
législateur, mais soyez assurés qu'en attendant, ce qu'on essaie de notre côté,
c'est de faire le meilleur avec les outils qu'on a.
Vous avez entendu, dans d'autres
commissions parlementaires, on vous a parlé de formation. Alors, la formation
vient aussi... On connaît des choses qu'on pourrait s'améliorer au niveau des
services de police, encore là, ça vient au niveau de la formation. Est-ce que
la formation, on en a comme on en veut? La réponse, vous la savez très bien,
c'est : On n'est... on n'est pas là, là. On n'a pas atteint cet
objectif-là, entre les capacités puis le besoin, parce qu'on... plus qu'on va
pratiquer, plus qu'on aura de la formation, meilleurs qu'on sera. Et la
perfection, ça n'existe pas. Mais on sait une chose, c'est que plus que tu
pratiques, puis plus que tu es sensibilisé aux meilleures pratiques, bien, tu
vas avoir les meilleures pratiques.
Mme Maccarone : Je comprends.
Je pense que... je ne sais pas si les gens comprennent vraiment chaque fois
qu'on parle de formation, puis c'est louable, tout le monde veut ça, c'est
vraiment le nerf de la guerre. Mais chaque fois qu'on demande aux policiers
d'aller suivre une formation, ça veut dire qu'il faut que ce soit libéré de
leur emploi. On a déjà une surcharge de temps supplémentaire, ça fait qu'on a
un manque d'effectifs, ça fait que ce n'est pas facile. Puis là, quand on parle
de policiers municipaux, on parle aussi de lourdeur financière sur nos villes,
qui n'ont pas nécessairement les ressources pour suivre cet alignement qui,
encore une fois, est nécessaire, comme vous venez de dire. Je pense qu'il me
reste peut-être le temps de poser une dernière question, non?
Le Président (M. Schneeberger) :
Cinq secondes.
• (13 heures) •
Mme Maccarone : Ah! Cinq
secondes, OK, mais moi je voulais savoir plus par rapport à la protection
pour... Vous avez acheté des choses comme des roches, etc. Mais ce n'est pas
une liste complète. Ça fait que comment est-ce qu'on peut avoir... On ajoute du
stock, mais c'est à l'infini là.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Oui, merci beaucoup. Il n'y a plus de temps. Alors, nous allons du côté de la
députée de Sherbrooke pour un trois minutes et huit.
Mme Labrie : Merci. J'ai bien
entendu votre cri du cœur sur le... la difficulté de rencontrer des victimes
puis de ne pas pouvoir leur dire le danger que vous suspectez qu'elles...
qu'elles pourraient connaître. Vous suggérez d'élargir aux récidivistes en
violence conjugale, le registre. Est-ce que vous avez des suggestions de
balises qui pourraient être utilisées? Parce que je comprends la préoccupation
du ministre de ne pas... au niveau de la volumétrie, là. Pour que le comité
chargé du registre évalue le dossier avant de l'inscrire, ce serait quoi, les
balises qu'on... qu'on devrait se fixer?
M. Lemay (François) : Je vous
dirais, Mme la députée, nous, de notre côté, ce qu'on venait dire, c'est on
essayait d'amener sur le terrain, comment on le vit. Maintenant, je laisse
totalement au législateur comment il l'amènera. Et, lorsqu'ils l'amèneront, on
aura des discussions sur comment on le perçoit par rapport à la façon qu'on se
comporte sur le terrain. Alors, c'est plus dans cet ordre-là, je pense, qu'il
faut que ça soit mené, qu'amené avec des suggestions. C'est pour ça que, tout à
l'heure, je disais : Tu sais, est-ce que la validation vient avec le
registre complètement sur les réseaux connus sur un site? Est-ce que ça vient
en passant par une autre façon de valider, mais une possibilité de valider? Ça,
on... je... À ce moment ici, on laisse au législateur le pouvoir de nous
présenter des solutions.
On est très conscients que d'amener un
registre puis de l'amener sur le terrain, puis de l'incorporer, ce n'est pas
demain matin que ça va se faire. Parce que j'entendais le ministre le dire, il
faut le ramener aux services. Après ça, préparer les formations. Il y a tout un
travail pour l'amener. Mais nous, ce qu'on voulait dire, c'est : lançons
un message clair par rapport à ce projet de loi là, de l'inclure et on inclura
par la suite. De toute façon, souvent ça marche de façon réglementaire. Il y
aura des échanges sur comment l'amener sur le terrain. Mais l'objectif, moi,
je... écoutez, on... on essayait de faire les plus puis les moins. On a
entendu, hier, les gens qui sont venus dire : Bien, voici, il peut y avoir
ça qui... je l'entends, mais comment on fait pour sauver une vie additionnelle?
On s'est tous dit : Il ne faut plus que ça arrive...
Haut de la page
13 h (version non révisé
e) M. Lemay (François) : ...que
ça arrive. Il va en arriver encore. C'est extrêmement triste. Mais
minimalement, si on fait quelque chose qui permet juste d'en sauver une, bien,
on aura fait quelque chose parce que, moi, c'est toujours... C'est un peu comme
ça qu'on le perçoit, c'est : Est-ce qu'on a fait quelque chose ou on reste
dans une position actuelle?
Mme Labrie : Je pense qu'on
se dit la même chose ici. Donc, j'entends que, même si ce n'était pas dans la
première phase de déploiement du registre, vous, vous nous appelez à ce que ça
fasse
partie des phases subséquentes puis qu'on le prévoit déjà, là, dans le
projet de loi.
M. Lemay (François) : Exactement
ce qu'on vous disait.
Mme Labrie : Parfait. Bien,
ça clarifie. Merci beaucoup.
M. Lemay (François) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : ...merci
pour votre précieux apport à la commission.
Nous allons suspendre jusqu'à 15 heures.
Merci. Bon dîner à tous.
(Suspension de la séance à 13 h 04)
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14 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, bon après-midi à tous. La Commission de l'aménagement du territoire
reprend ses travaux. Alors, je vous rappelle que nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 13,
Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population
et modifiant diverses dispositions. Alors, cet après-midi, nous recevons
plusieurs groupes et le premier qui est le Conseil canadien du commerce de
détail. Alors... alors, bonjour à vous deux. Je vous invite à vous présenter et
par la suite enchaîner avec votre présentation.
M. Rochette (Michel) : Merci,
M. le Président. Mesdames, Messieurs les membres de la commission, merci de
nous recevoir dans le cadre de l'étude du projet de loi 13. juste le fait
de nous recevoir, c'est déjà un grand gain et c'est très apprécié...
Haut de la page
15 h (version non révisé
e) M. Rochette (Michel) : ...mon
nom est Michel Rochette, je suis le président pour le Québec du CCCD. Je suis
accompagné de Francis Mailly qui est vice-président aux affaires publiques chez
nous. Le Conseil canadien représente près de 18 000 commerces au Québec,
65 000 à travers le pays. On regroupe tous les types de détaillants, des
grandes bannières aux magasins à rayon en passant par les chaînes spécialisées
et les commerces indépendants, les établissements de restauration rapide,
également, et les boutiques en ligne. Et on est aussi la seule voix des
distributeurs alimentaires et des épiceries. Et les membres du CCCD répondent
aux besoins les plus essentiels de la population, comme se vêtir, se nourrir,
se loger.
Même si les secteurs d'activités sont très
vastes et diversifiés, les détaillants se rejoignent sur la question du crime
au détail et du phénomène grandissant de la violence. C'est pourquoi on est
extrêmement heureux que le projet de loi 13, donc, qui vise la sécurité
des personnes, des travailleurs et des citoyens, et qu'il le place au centre de
son propos. La sécurité est un pilier essentiel du vivre ensemble, de la
vitalité... de la vitalité économique, pardon, et de la confiance du public.
Cela dit, nous croyons qu'une réalité
majeure, aujourd'hui bien documentée n'est pas suffisamment prise en compte
dans l'architecture du projet de loi 13, la montée rapide et structurée du
crime organisé dans le commerce au détail. Ce n'est pas un phénomène marginal.
Ce n'est pas non plus un enjeu qui est secondaire ou conjoncturel. Il s'agit
désormais d'un enjeu central de sécurité publique qui touche quotidiennement
des milliers d'employés, de consommateurs et de commerces partout à travers le
Québec.
Pendant longtemps, le crime au détail a
été perçu comme une succession de gestes individuels opportunistes, souvent
mineurs, à une personne qui cache un produit dans un manteau, un acte isolé,
sans organisation. Mais cette réalité, cette perception, en réalité, elle n'est
pas du tout fidèle à ce qu'on voit sur le terrain. Les détaillants font
désormais face à des réseaux criminels organisés, structurés, mobiles et
flexibles, des réseaux qui ciblent des produits, des commerces, des secteurs et
des moments clés. Ils exploitent les failles du système, notamment la lourdeur
des procédures, les difficultés à assurer un suivi des récidivistes, le manque
de ressources policières dédiées et les problèmes d'interopérabilité de leurs
systèmes.
Dans une étude qu'on a menée avec le Loss Prevention
Research Council, les pertes liées au crime au détail atteignent maintenant 9 milliards de
dollars sur une base annuelle, 2 milliards au Québec. Ces montants ont
doublé en cinq ans et ça témoigne d'un phénomène qui est structuré, et
récurant, et en forte croissance. Le crime au détail est devenu maintenant un
véritable modèle d'affaires criminel, un modèle qui repose sur la rapidité, et la
flexibilité et la facilité de revente des produits. Mais ce phénomène... bien,
écoutez, moins le phénomène est pris en charge, vous comprenez que plus... plus
les réseaux s'organisent et se consolident. En d'autres mots, le crime au
détail devient une pépinière du crime organisé et de nouveaux réseaux émergent
et prennent de l'ampleur à tous les jours.
Selon cette même étude, 95 % des
détaillants sondés ont dit que le crime organisé constitue aujourd'hui leur
principale préoccupation et 76 % ont observé une hausse marquée des
incidents violents. C'est un des aspects qui distingue d'ailleurs le plus la
situation d'aujourd'hui à celle d'il y a quelques années. C'est la hausse de la
violence. Les vols de type «grab and dash», les menaces verbales, les
agressions physiques et parfois même la présence d'armes sont de plus en plus
fréquents. Les employés de commerce ne sont ni formés ni mandatés pour
interagir et ne peuvent certainement pas se substituer aux forces policières. Et
leur demander de le faire, évidemment, ça reviendrait à les exposer à des
risques importants, ce qu'on n'est pas... ce qu'on ne veut absolument pas
faire.
Cette réalité ne touche pas seulement les
entreprises et leurs employés, elle a aussi un impact directement sur le
sentiment de sécurité de la population, qui est pourtant au cœur même de ce
projet de loi. Une étude également menée par Cadeul, cette fois, au... tout au
long de l'année 2004... 2024, auprès de 10 000 répondants, a révélé
que 37 % des gens affirment avoir été témoins de leurs yeux d'un vol au
cours des mois précédents dans un commerce. Lorsqu'un citoyen sur trois est
exposé directement à des gestes criminels dans les lieux du quotidien, on ne
peut plus prétendre qu'il ne s'agit pas d'un enjeu de sécurité publique. Et c'est
une banalisation de gestes criminels, dans le fond, qui vient... qui vient...
qui contribue à normaliser l'insécurité, a modifié les comportements des gens
et a miné la confiance dans des espaces qui, normalement, devraient être
pleinement sécuritaires.
De nombreux policiers reconnaissent eux-mêmes
l'ampleur du phénomène, reconnaissent que le crime organisé est de plus en plus
présent. Mais ils reconnaissent aussi ne pas disposer des effectifs et des
ressources nécessaires pour y répondre de manière efficace. Mais malgré tout,
lorsque des ressources peuvent être mobilisées et que des opérations ciblées
sont menées en... en collaboration avec les détaillants, les résultats sont...
sont... sont immédiats. On organise par exemple des opérations de type blitz qu'on
organise... qu'on coordonne, pardon, avec différents corps de police, ici, au
Québec et ailleurs au pays. Et ça a permis de démontrer, évidemment, des... une
efficacité qu'on... sur le terrain. De façon... de façon ponctuelle, ce qu'on
fait, c'est qu'au cours de quelques journées, dans quelques villes et à
certains moments, on coordonne des opérations où les effectifs policiers et les
détaillants coordonnent leurs efforts et partagent l'information. Et ces
quelques opérations ponctuelles ont permis de sensibiliser des détaillants, de
procéder à des arrestations et d'envoyer un signal au réseau criminalisé. Sur
une période de...
M. Rochette (Michel) :
...mois. Ces quelques opérations, au Québec et au Canada, ont permis
l'arrestation de 2 000 personnes et la saisie de 120 armes. Ces
résultats démontrent l'ampleur du phénomène et illustrent également que,
lorsque les efforts sont coordonnés et ciblés, ça donne des résultats.
Cependant, ce sont des initiatives qui demeurent ponctuelles, qui dépendent
largement de la disponibilité des effectifs sur le terrain, et ça ne s'inscrit
pas dans une stratégie, évidemment, qui est globale. Il y a quelques angles
morts qui sont propres au Québec, certains méritent d'être nommés clairement.
Vous le savez sûrement, depuis septembre
2024, le Québec interdit l'utilisation de technologies de reconnaissance qui
permettent d'identifier spécifiquement des récidivistes, à moins d'obtenir leur
consentement préalable pour utiliser leur image afin de ler interpeller. Ça ne
fonctionne pas bien dans les faits, ça revient à demander la permission de les
arrêter. Ce paradoxe est d'autant plus frappant qu'il s'ajoute un autre
décalage avec le reste du pays, car, ailleurs, les commerçants disposent d'un
levier juridique clair qu'on appelle communément le «trespass», qui permet
d'interdire formellement l'accès à un établissement à un récidiviste. Ce
mécanisme facilite ensuite l'intervention policière en cas de non-respect et,
au Québec, ce levier n'existe pas. Pris ensemble, ces deux mesures, donc,
l'ensemble d'outils technologiques et l'absence de régime de «trespass» créent
une situation où les moyens les plus simples, pour agir contre la récidive, ne
sont pas permis ou sont volontairement absents.
Cette situation est amplifiée par des
problèmes d'interopérabilité entre les différents systèmes informatiques et de
signalement propres à chaque corps de police et à chaque région. Un simple
signalement d'un récidiviste devient lourd et complexe au point d'apparaître
inutile pour certains détaillants. Et, sans surprise, on nous indique souvent,
une façon claire que c'est au Québec que les détaillants sont les moins
nombreux à souligne... à signaler les crimes dont ils sont victimes.
L'interopérabilité des systèmes constitue un facteur clé de succès pour...
contrer, au moins, cette sous-représentation des données officielles au Québec.
Dans certaines provinces, le crime au détail est désormais reconnu
explicitement comme un enjeu de sécurité publique. Des groupes de travail
permanents ont été mis en place, qui réunit à la fois des corps de police, les
ministères, procureurs de la couronne, les représentants du commerce au détail.
• (15 h 10) •
Au niveau fédéral, le projet de
loi C-14, qui constitue également un signal clair, politique et fort, qui
reconnaît le crime au détail comme un facteur aggravant, confirme que le
phénomène ne peut plus être traité comme un simple irritant économique. On
donne plus de pouvoir, dans ce projet de loi là, à la GRC, mais on renforce les
règles contre les récidivistes. Au Québec, malgré les efforts locaux et la
bonne volonté des acteurs, il n'existe toujours pas présentement de gouvernance
structurée et permanente dédiée au crime au détail. Et le projet de la presse
représente donc une occasion stratégique de combler le retard.
Le Conseil canadien ne demande pas des
mesures symboliques, ce qu'on demande, c'est des leviers concrets, réalistes et
proportionnés à l'ampleur du phénomène... Vous le voyez, dans notre mémoire,
nous recommandons, entre autres, de reconnaître explicitement le crime au
détail comme un enjeu de sécurité publique — reconnaître un problème,
c'est déjà un bon début — de mettre en place une gouvernance
structurée et durable dédiée à cet enjeu, de soutenir et de pérenniser les
opérations policières en place et d'améliorer le partage d'informations et, encore
une fois, l'interopérabilité entre les acteurs concernés. En d'autres mots,
face au crime organisé, il faut être structuré, on ne peut plus être un paradis
des récidivistes.
En conclusion, le projet de loi n° 13 constitue un pas dans la bonne direction. Toutefois,
si on laissait de côté la réalité du crime organisé au détail, ça risquerait
évidemment de passer à côté d'un enjeu qui est devenu maintenant
incontournable. Le crime organisé ne disparaît pas, parce qu'on ne le nomme
pas, mais lorsqu'on ne s'en occupe pas suffisamment, il s'organise, se
structure et prend de l'ampleur. Le Québec a aujourd'hui l'occasion d'envoyer
un signal clair, la sécurité des commerces, des employés, des citoyens est une
priorité réelle et assumée. Alors, on vous invite, évidemment, à lire notre
mémoire pour aller plus loin. Évidemment, nous, on souhaite être un partenaire
constructif pour y parvenir, et je vous remercie.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup pour votre présentation. Nous débutons une période d'échange
avec le ministre. Vous avez 16 min 30 s, maximum.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous deux. Très heureux de vous voir
aujourd'hui. Il y a certaines personnes qui nous écoutent à la maison, ils
doivent se dire : Mais qu'est-ce que le Conseil du commerce de détail
vient faire ici, dans le projet de loi n° 13? Et vous
l'avez très bien expliqué dès le départ, parce qu'effectivement les gens ont
tendance à sous-estimer l'impact que ça a dans la vie des gens. Je vais vous
avouer, quand j'ai présenté... quand j'ai donné mon... ma volonté d'aller là,
juste avant Noël, certains disaient : Oui, mais, tu sais, le crime
organisé, ça ne touche pas tout le monde. Là, vous venez de nous dire que ça
touche les commerçants, donc, ça a un impact réel dans notre vie au quotidien.
Vous avez parlé des impacts, 2 milliards par année. Quand on regarde ce
que les commerçants vivent comme pertes, vous évaluez ça à combien de pour
cent? C'est quoi, le pourcentage qui peut jouer justement dans la facture de ce
qu'on paie au quotidien, parce qu'on sait que ça coûte de plus en plus cher? Ce
serait quoi, la
partie qu'on pourrait attribuer à la perte par le vol, exemple?
M. Rochette (Michel) : On a
une étude détaillée qu'on a mentionnée dans notre mémoire, d'ailleurs, on
pourra vous la faire parvenir également, mais il y a des liens, là, dans la
version qui vous a été envoyée...
M. Rochette (Michel) : ...grosso
modo, ça représente l'équivalent d'environ 2 % de la valeur des produits
qui sont perdus de façon générale. Maintenant, dans certains types de... en
fait, parce que tous les secteurs du commerce au détail sont visés, mais, dans
certains cas, ça va jusqu'à 20 % de la valeur des produits. Alors, dans
certains cas, on dépasse la rentabilité du commerce lui-même.
M. Mailly (Francis) : Même
20 % du chiffre d'affaires de certains commerces. Donc, c'est pour ça
qu'il y a des commerces qui ne deviennent littéralement plus rentables. Puis
juste pour...
M. Lafrenière : De ce que
j'allais dire, ça peut amener jusqu'à la fermeture d'un commerce.
M. Rochette (Michel) : Absolument,
puis ils sont... Puis rappelons que, dans ce cas-ci, on parle des pertes, mais
ça ne compte pas évidemment les coûts, les coûts d'assurance, les coûts en
technologie, les coûts en gardien de sécurité, les coûts en pertes de clients,
parce qu'on le rappelle, dans les... On ne le mentionne pas, mais dans les...
Quand on demande aux gens, les 10 000 répondants à travers le Canada, voire
37 % des gens qui ont vu un vol, on leur demande, dans ces gens-là qui en
ont vu, quel est votre comportement. La moitié ont indiqué qu'ils allaient
changer, dans certains... de commerce, changer leur comportement, donc quitter.
Le commerçant, en plus, va perdre des clients.
Donc, les pertes sont nombreuses, sans
compter que, dans les employés, qui eux vivent et le voient, le vol, il y en a
beaucoup qui ne reviennent pas ou qui demeurent... même, il y a de
l'accompagnement dans certains cas, mais voir des gens entrer dans un commerce
de façon violente ou juste voler, sachant qu'on ne peut pas leur demander
d'agir, ça laisse des traces et des séquelles.
M. Lafrenière : Le bloc
d'échange qu'on va avoir ensemble, je vais le séparer en deux, je vais
commencer par la
partie vol à l'étalage, puis ce n'est pas parce que c'est
moindre que le deuxième volet, juste vous le dire très clair, par la suite on
parlera d'extorsion, d'intimidation que les commerçants peuvent vivre.
Je veux vous dire que le vol à l'étalage,
puis je... malheureusement, des fois, c'est très sous-estimé. Et je peux vous
faire le parallèle avec les vols de véhicules qu'on a eu à Montréal pendant une
période de temps, je peux vous parler des fraudes présentement.
Parlant de sondages, voilà trois semaines,
il y a un sondage qui est sorti où les Canadiens disaient, quatre personnes sur
cinq, avoir déjà vécu une tentative de fraude. Pourquoi je vous mets tout ça
dans le même amalgame en parlant du crime organisé? C'est que c'est la source
de financement numéro un pour ces… pour ces groupes-là. Pourquoi? Parce que
c'est sous-estimé, comme... comme gravité et deuxièmement, c'est facilement
accessible. On le voit dans certains commerces du centre-ville, où les gens
rentrent rapidement, prennent des effets puis se sauvent en toute impunité, en se
disant : De toute façon, ils ne courront pas après moi.
Ça sous-entend le deuxième volet, vous
allez me voir arriver comme un... comme un camion un peu sur celle-là, c'est le
recel. Et, bien entendu, si... c'est une roue, hein, s'il y a du vol comme ça,
c'est qu'il y a une capacité d'aller revendre par la suite. Puis je ne veux pas
vous mettre sur «on the spot», en bon français, là, mais le fait qu'on puisse
vendre, ce n'est pas seulement sur les Marketplace de ce monde, il y a
malheureusement des commerçants qui s'impliquent là-dedans. Est-ce que c'est
une réalité que vous connaissez un peu?
M. Rochette (Michel) : Bien,
parmi les raisons qui fait qu'il y a une explosion depuis cinq ans, là, où on a
vu doubler la valeur… la valeur des… des pertes, c'est d'abord oui, effectivement,
il n'y a jamais eu autant de facilité de revente, notamment en ligne. C'est
vrai avec les Marketplace parce que ce n'est pas… c'est non négligeable quand
on voit plusieurs produits d'un même… d'une même… plusieurs quantités d'un même
c'est le même produit encore emballé à neuf, vendu ça, des fois ça envoie un
signal. Mais…, mais tous les autres types de commerces qu'on connaît déjà qui
parfois récupèrent des produits, que ce soit sciemment ou non, mais tout ça
fait
partie du problème du même problème. En d'autres mots, si les gens volent,
c'est parce qu'ils savent qu'ils sont capables de revendre, et… et encore une
fois, c'est pour ça qu'on a besoin de partager l'information, c'est pour ça
qu'on a besoin de... On nous a présenté souvent des moments où le commerçant X,
il connaît et reconnaît le voleur, le commerçant Y, il le voit, mais à quatre
rues de là ou un du village de là, il n'y a pas tout le temps de partage
d'informations, d'où l'idée qu'il faut que les gens se parlent. Nous, on le
fait à travers notre organisation. On parle à beaucoup de corps de police, on
organise des blitz. Mais la trame de fond, c'est qu'il y manque de
communication. Et si on avait une capacité plus grande de partager une
information, on serait davantage capables de démanteler certains réseaux. Mais
tout ça fait
partie d'un même problème, c'est le partage d'informations.
M. Lafrenière : Merci. Puis,
aujourd'hui, on parle de lutte au crime organisé parce qu'il faut la commencer
quelque part, puis ramener l'équilibre. J'utilise souvent cette expression-là.
Mais ce que vous vivez qui est bien spécifique, puis je vous fais l'annonce
aujourd'hui, je pense qu'on va faire la même approche qu'on a fait le PL
n° 13, c'est-à-dire d'être capables de s'asseoir ensemble, d'entendre vos
réalités, de mettre des gens de différents milieux autour de la table pour
dire : Sortons les meilleures idées au lieu d'y aller dans l'à-peu-près.
Puis vous savez, ce qu'on présente aujourd'hui plus de 200 à 300 textos, courriels
qu'on a reçus de gens qui nous ont sorti des idées. Un groupe de six experts
qui ont fait le tri pour qu'on arrive ici. Je vous propose peut-être la même
démarche en vous disant, puis je veux baisser les attentes, là, je vais être
plate, ça ne se réglera pas dans les prochaines semaines, je voudrais commencer
à travailler là-dessus parce que c'est un problème qui est assez large, puis je
pense qu'on va juste dans une
partie de ça. On va peut être échapper une belle…
une belle occasion, mais moi, j'embarque dans cette… dans cette possibilité-là
de travailler ensemble puis surtout, surtout, sortir des idées en dehors de la
boîte, puis c'est ça qu'on a fait récemment.
M. Rochette (Michel) : Absolument,
puis c'est de la musique à nos oreilles. Puis, à travers toutes les discussions
qu'on a au Québec et ailleurs au pays, on n'en revient pas souvent de voir à
quel point les groupes organisés sont structurés, créatifs, malheureusement,
puis de plus en plus flexibles et rapides. Donc ça prend vraiment u