Transportation and the Environment — 25 November 2025 (43rd Legislature, 2nd Session)
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43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 25 novembre 2025
Vol. 48 N° 1
Consultations particulières et auditions publiques sur le document intitulé : Consultation sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-sept minutes)
La Présidente (Mme Nichols) :
Bonjour, les collègues. Bonjour, tout le monde! Alors, ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte. La commission est réunie afin de procéder aux consultations
particulières et aux auditions publiques sur le document intitulé Consultation
sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec. Et
je vais commencer en demandant à M. le secrétaire est-ce qu'il y a des
remplacements?
Le Secrétaire
: Oui, Mme
la Présidente. Mme Grondin (Argenteuil) remplace Mme Roy (Verchères);
Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce) remplace M. Derraji (Nelligan); et M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine) remplace M. St-Pierre Plamondon (Camille-Laurin).
La Présidente (Mme Nichols) :
Très bien, merci. Le premier groupe... Le premier groupe est... est confortable
au bout de... Nous allons quand même commencer par les remarques préliminaires.
Donc, ce matin, nous entendrons évidemment le Comité consultatif sur les
changements climatiques et Nature Québec. D'abord, les remarques préliminaires.
M. le ministre, j'invite le ministre de l'Environnement, de la Lutte contre les
changements climatiques, de la Faune et des Parcs à faire ses remarques
préliminaires. Vous disposez de six minutes, M. le ministre.
M. Drainville : Très
bien. Bien, mes premières salutations, Mme la Présidente, sont pour vous. Au
plaisir de siéger avec vous. Je suis sûr qu'on pourra...
M. Drainville : ...travailler
d'une manière très constructive. Vous êtes une parlementaire d'expérience pour
laquelle j'ai beaucoup de respect, et donc je suis certain que nous allons bien
nous entendre. Je salue mes collègues du côté du gouvernement. Content de vous
retrouver, chers collègues. Je salue évidemment les collègues des oppositions
qui sont ici présents. Je réitère que tous ensemble, nous saurons, je le crois,
réaliser un travail qui est constructif. J'en profite pour saluer tous les
groupes qui vont se présenter devant cette commission au cours des prochains
jours ou encore ceux qui ont déposé un mémoire. Donc, dans le cadre de ces
consultations sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre
du Québec, je suis accompagné à ma gauche de M. Jocelyn Savoie, il est
sous-ministre adjoint au Bureau de la transition climatique et énergétique, et
à ma droite, M. Alexandre Elabiad, qui est conseiller politique, responsable
notamment du dossier climat à mon cabinet.
• (9 h 50) •
J'aborde ces consultations en pensant
d'abord aux humains, ceux qui habitent notre bonne vieille terre et ceux qui
l'habiteront, nos enfants, nos petits enfants, bref, les prochaines
générations. Comme je n'ai pas beaucoup de temps, je vais aller à l'essentiel,
on va d'abord commencer par faire le point sur le chemin parcouru. La cible du
Québec en matière de réduction de GES, elle est de moins 37,5 % d'ici
2030. Et nous avons accompli à peu près la moitié du chemin, on a obtenu,
depuis 1990, une diminution d'à peu près 19 % de nos GES, 19 % sur
37,5. C'est pratiquement la moitié, un petit peu plus que la moitié. Donc, en
32 ans, depuis 1990, parce que ce chiffre-là que je viens de vous donner,
c'est le tout dernier chiffre, c'est celui de 2022, en 32 ans, nous avons
fait la moitié du chemin. Il nous reste, si nous conservons la cible actuelle,
cinq années pour faire l'autre moitié. Donc, 19 % pendant 32 ans, et
là il faudrait faire un autre pratiquement 19 % en cinq ans. C'est là
qu'on réalise à quel point nous sommes face à un défi qui est considérable.
Et c'est la raison pour laquelle, je l'ai
dit et redit dans plusieurs interventions, ce qui va nous guider, c'est une
approche équilibrée. Oui, il faut prendre soin du climat, mais il faut prendre
soin également de nos gens, de notre économie, de nos emplois. L'arrivée de
Trump et ses politiques ont déclenché une réaction en chaîne. Il a mis fin
pratiquement à l'ensemble de la politique climat du gouvernement américain, il
a sabordé la politique d'électrification des transports, il a bousillé la
politique de transition énergétique et, ce faisant, il a amené d'autres
gouvernements en Amérique du Nord à reculer sur un certain nombre de choses. À
Ottawa, par exemple, le gouvernement fédéral qui a décidé d'éliminer sa taxe
carbone sur les consommateurs, d'autres mesures également, qui n'allaient
certainement pas dans le sens d'un avancement dans la lutte contre les GES.
L'Ontario a annoncé il y a deux semaines son intention de mettre fin à son
obligation d'établir des cibles de GES. Vous imaginez ce que ça veut dire, ça?
C'est notre principal concurrent économique, l'Ontario, l'Ontario qui, ce
matin, d'ailleurs, se targue d'avoir réussi à attirer chez elle une usine de
3,2 milliards. Le Québec et l'Ontario étaient en concurrence pour cette
usine de Vianode, une entreprise ontarienne. Ils ont réussi à l'attirer
comment? Ils ont réussi à l'attirer grâce à l'énergie qu'ils produisent avec
des centrales au gaz. Pendant ce temps, nous, on mise sur les énergies vertes.
Alors, quand je vous dis qu'il faut faire attention à notre économie, on en a
un très bel exemple ce matin : un état voisin, concurrent économique qui
essaie d'utiliser les hydrocarbures pour attirer chez elle des investissements
de plus de 3 milliards. Pendant ce temps, le gouvernement du Québec,
l'État québécois, garde le cap sur la transition énergétique et se propose
d'investir 200 milliards d'ici 2035 pour développer des énergies vertes.
C'est ça notre programme.
Alors, notre programme, c'est de rester un
État ambitieux avec des cibles de réduction de GES qui sont costaudes, qui nous
font avancer, mais en même temps on se...
M. Drainville : ...doit de
faire attention à l'impact que ces cibles-là auront sur le gagne-pain de nos
concitoyens. Il faut prendre en considération les efforts économiques qui
viennent avec ces cibles-là. C'est en ce sens que je parle d'une approche
équilibrée, d'une approche qui est responsable. Et je le dis d'emblée, M. le
Président... Mme la Présidente, dis-je bien, je le dis d'emblée...
La Présidente (Mme Nichols) :
20 secondes.
M. Drainville : Il reste 20
secondes? Bien, il va falloir, Mme la Présidente, que, si les groupes
d'opposition, les partis d'opposition proposent des cibles plus exigences que
37,5 %, il va falloir qu'ils nous disent comment ils comptent les
atteindre, il va falloir que les moyens concrets pour obtenir ces réductions de
GES soient bel et bien documentés, et, là-dessus, je compte sur leur sens des
responsabilités.
La Présidente (Mme Nichols) : Merci,
merci, M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition
officielle, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce... Vous avez
3 min 36 s pour vos remarques préliminaires.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente, et merci, M. le ministre, je voulais vous saluer, aussi, la
banquette... les collègues du ministère et la banquette ministérielle, les
autres collègues en opposition, dont ma collègue la députée de Mille-Îles, qui
est notre porte-parole en matière d'environnement. Et je suis la porte-parole
en matière de changements climatiques, parce que, nous, notre formation, on
reconnaît le fait que les changements climatiques, c'est un dossier... c'est un
enjeu transversal, c'est-à-dire que ça touche l'économie, la santé, la sécurité
publique, ça touche aussi beaucoup de groupes, en parlant d'êtres humains, de
groupes démographiques, qui sont particulièrement atteints par les changements
climatiques, dont les jeunes et les aînés, entre autres, et c'est un enjeu
sérieux.
On a ces discussions-là suite à la... à la
COP30, avec des résultats, on va dire, mitigés. On sait que les groupes se sont
empêchés de revenir au Québec, justement, pour déposer leurs mémoires et être
avec nous en présentiel. C'est sûr qu'on a bien hâte d'entendre les
présentations des experts, des groupes qui sont sur le terrain. On va écouter,
on va faire notre devoir, Mme la Présidente, d'opposition officielle, on va
être rigoureux et on va aussi être constructifs.
Sur une note personnelle, évidemment, les
gens... les enjeux sont... sont élevés, avec... C'est un enjeu majeur, Mme la
Présidente, on le reconnaît. Les changements climatiques, c'est une réalité, et
ça me tient à cœur personnellement, Mme la Présidente. Je suis impliquée dans
ce dossier-là depuis que je suis étudiante à l'université. J'ai été au Sommet
de la Terre, à Rio, où la Convention sur les changements climatiques a été
lancée, avec la Convention sur la biodiversité. J'ai suivi les... les
négociations, comme reporter, et j'ai ensuite cofondé le projet Réalité Climat,
d'Al Gore, au Canada. Donc, en parlant de réalité climatique, il faut aussi...
il faut aussi parler des enjeux, des impacts. Et on sait que, pour chaque
dollar investi en prévention, on va... C'est très payant, c'est plus payant que
d'être toujours en mode réaction. Donc, on doit faire... on doit... on a le
devoir d'être ambitieux, justement, dans nos objectifs, pour prévenir les pires
conséquences des changements climatiques, qui sont déjà avec nous.
Et moi, je suis rentrée en politique, Mme
la Présidente, pour assurer le succès des futures générations, c'est-à-dire une
économie durable, une société juste, et surtout, un environnement sain. On a le
devoir, envers les générations... notre propre génération, mais surtout, les
générations prochaines, qui n'ont pas le droit de vote présentement, qui ne
sont pas encore nés... on a un devoir d'équité intergénérationnelle, et c'est
dans cet esprit-là. J'espère que ça va nous guider dans nos consultations, dans
notre... dans notre analyse de ce sujet hyperimportant. Donc, j'ai bien hâte,
Mme la Présidente, d'entamer les consultations avec les groupes, avec les
experts. Et c'est une question environnementale, c'est une question économique,
et c'est aussi une question morale envers les futures générations, Mme la
Présidente. Merci.
La Présidente (Mme Nichols) : Merci,
Mme la députée. Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe
de l'opposition. M. le député de Taschereau, vous avez
1 min 12 s.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. J'ai peu de temps, donc je vais vous... je vais faire rapidement.
Merci, M. le ministre, salutations aux collègues de la banquette
gouvernementale, aux membres de l'opposition, au personnel qui est ici
aujourd'hui... et, évidemment, les gens de la technique également, qui nous
permettent d'avoir des débats sereins et rediffusés.
Évidemment, c'est l'enjeu le plus
important du XXIe siècle, nous devons nous y attaquer avec ambition. Je
regardais les chiffres de la... des... les chiffres que nous avons atteints
en...
M. Grandmont : ...quant à nos
objectifs de réduction de gaz à effet de serre, on est à moins 19 %
depuis... par rapport à 1990. Donc, 7,2 % en réduction sur le territoire
et 11,7 % grâce au SPEDE. Évidemment, on n'est pas du tout dans la bonne
direction et, en 2022, donc, on était très en retard sur nos objectifs et ce
n'était pas la faute de Trump au sud de la frontière. Le contexte a changé certes,
mais il ne faudrait pas... il ne faudrait pas que ça masque l'inaction du
gouvernement, qui a été très, très grande depuis son élection.
Je vais parler tout au long de la
commission de l'étude, avec les partenaires qu'on va entendre, de l'opportunité
que ça représente d'un point de vue environnemental, social et économique. Ce
n'est pas une menace, c'est une opportunité et mon propos ira toujours dans ce
sens-là, M. le ministre.
La Présidente (Mme Nichols) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole au député des Îles-de-la-Madeleine
pour 1 min 12 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Donc, merci à tous d'être présents pour ce rendez-vous fort
important qu'on attendait déjà depuis plusieurs semaines, et c'est prévu par la
loi. Donc, cette discussion-là sera intéressante, avec tous les groupes qu'on
aura l'occasion d'entendre. C'est fondamental, évidemment, de pouvoir se donner
des cibles ambitieuses. Et, là-dessus, j'invite l'ensemble des membres de la
commission, et particulièrement le ministre, à faire preuve d'ouverture et
d'écoute. Et je m'explique mal le ton avec lequel le ministre aborde la
question, c'est comme si les conclusions étaient tirées d'avance. J'espère que
ce n'est pas le cas. Il y a quand même des ambitions qui avaient été affichées
par son prédécesseur pas plus tard qu'en juin dernier, où il disait qu'on a
tout à gagner à accélérer la transition écologique. On semble voir maintenant
un ministre qui met les freins. On espère donc que ces consultations-là
permettront de faire avancer le débat, et, évidemment, je nous souhaite des
travaux constructifs et productifs. Merci.
• (10 heures) •
La Présidente (Mme Nichols) : Merci
beaucoup. Merci, cher collègue. Nous allons maintenant débuter les auditions.
Alors, je souhaite la bienvenue aux représentants du Comité consultatif sur les
changements climatiques. Merci. Merci d'être présents parmi nous.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter, puis ensuite commencer votre exposé.
M. Webster (Alain) : Merci,
Mme la Présidente. Merci, M. le ministre. Merci, MM. et Mmes les députés de
nous accueillir. Je vous rappelle ce que vous savez déjà, le comité consultatif
créé par la loi n° 44 sur la gouvernance climatique,
comité scientifique indépendant dans la structure gouvernementale, qui a comme
mandat de conseiller le ministre et, en lien avec notre plan stratégique qu'on
a élaboré avec le ministère l'année passée, ramener la science dans la prise de
décision chez tous les acteurs pour accélérer cette transition climatique.
Je vous rappelle aussi la mécanique. J'ai
le bonheur d'être président de ce comité, nommé par le Conseil des ministres.
Mes 12 autres collègues sont nommés par le ministre à ma recommandation et
à celle du scientifique en chef pour créer un comité indépendant
interdisciplinaire à majorité scientifique, avec aussi un ensemble d'expertises,
bien sûr, économiques, très concrètes sur le terrain, mais une approche la plus
diversifiée possible et surtout complètement neutre pour pouvoir se dire à
chaque fois : Que nous dit la science? Et, bien sûr, ces comités
consultatifs, c'est d'inspiration à l'échelle internationale des modèles
anglais qui ont été les premiers à faire ça. C'est ce que la France fait avec
son Haut conseil pour le climat. C'est ce que l'Union européenne fait avec son
conseil scientifique. Ça fait
partie des bonnes stratégies en matière de
gouvernance : Comment le gouvernement reçoit un ensemble d'avis
scientifiques de son comité scientifique indépendant, qui complète l'expertise
des ministères et, en particulier, bien sûr, celle du ministère de
l'Environnement. Donc, on ne cherche pas à réinventer la roue, mais à
travailler de façon la plus collaborative possible sur ces enjeux. C'est ce
qu'on a tenté de faire.
L'avis qu'on vous a présenté ce matin est
en lien avec la demande de l'ancien ministre de l'Environnement qui nous a
demandé un avis spécifique sur la carboneutralité et sa trajectoire. Et comme
il fallait étudier, bien sûr, la cible de 2030, on a bien sûr commencé par cet
enjeu, qui est un premier jalon. J'ai le bonheur, ce matin, d'être accompagné
de trois de mes collègues, parce qu'il n'y a pas de la place pour les mettre
les 13. Lota, professeur à l'Université Laval, Jérôme, professeur à l'Uco, et
probablement que vous connaissez aussi mon collègue de droite, Sylvain. J'ai le
bonheur, moi, d'enseigner l'économie et l'environnement, l'Université de
Sherbrooke, et donc de présider ce comité. Très, très rapidement. Je suis tout
à fait d'accord avec l'importance que vous avez accordée à ce sujet, tout
simplement parce que le Secrétaire général des Nations Unies nous dit que cette
question climatique est le plus grand défi de l'histoire de l'humanité. Et la
Cour internationale de justice nous a rappelés l'importance de cet enjeu dans
son...
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10 h (version non révisé
e) M. Webster (Alain) : ...avis
présenté cet été.
Lota, tu poursuis avec ça?
M. Tamini (Lota Dabio) : Oui.
Donc, bonjour et merci de nous recevoir. Ça fait que, comme la table a été déjà
mise par Alain sur la question... En fait, elle est importante. Donc, ça, on s'entend
tous là-dessus, la question est importante. On était dans ce contexte de 10 ans
après les accords de Paris, et il s'agissait également de regarder tout le
chemin qui avait été parcouru, donc à la fois au Québec mais également ailleurs
dans le monde. Et je pense que tout le monde s'entend pour dire que cette
question climatique est là, et ne pas l'aborder ne va pas la faire disparaître.
Et, c'est pour ça, au niveau du comité, on
pense que, stratégiquement, même si on a des questions géopolitiques qui sont
de face, même si on a des questions économiques qui pourraient... qui
pourraient également être un vent de face, il nous faut aller de l'avant.
Stratégiquement, on ne peut pas se permettre de faire une pause ou de ne pas
continuer nos efforts parce que ce serait une vision de court terme. Donc, il
faut aller de l'avant même si on a ce vent de face.
Et, dans la réalité, c'est quand on a
un regard focussé sur l'Amérique du Nord qu'on peut penser que, finalement, tout
le monde a mis le frein. Sauf qu'il y a des... il y a des investissements
massifs sur la question, des pays sont très engagés, même si c'est des
économies qui sont basées sur des énergies fossiles. La Colombie menait la
bataille pour sortir des énergies fossiles à la COP30. Le principal partenaire
garde sa cible de carboneutralité pour 2045 en Californie, donc à l'intérieur
des États-Unis. Donc, ils n'ont pas abandonné l'idée de poursuivre cette lutte
aux changements climatiques par décarbonation et adaptation.
Donc, lorsqu'on regarde quand même l'ensemble
de la planète, les efforts se poursuivent, des investissements massifs sont
faites... sont faits, je vais y arriver, dans des énergies propres. Et donc,
stratégiquement, pour avoir une société québécoise résiliente, il nous faut
continuer nos efforts. Cet effort va nous permettre, en fait, d'être une
société innovante sur le plan technologique. Notre lutte va être
transformatrice. Et, même sur le plan social, également, on sera une société
résiliente. D'où, finalement, notre regard sur la cible et la trajectoire, dont
va finalement vous parler Alain.
M. Webster (Alain) : Merci,
Lota. Alors, essentiellement, sur cette question très spécifique des cibles, il
faut se demander où on veut aller. C'est ça, l'enjeu. On fait de la
prospective. Vous avez parlé, M. le ministre, à juste titre, de l'importance de
ce regard humain, de s'intéresser, bien sûr, à cette population actuelle et
future. Et c'est le sens de cet accord de Paris, c'est le sens de la Convention-cadre
sur les changements climatiques : assurer que la température n'excède pas
des niveaux qui mettent en péril, bien sûr, la capacité de survie sur cette
planète. C'est aussi fondamental que cela.
Et le contexte a changé depuis 1992,
lorsqu'on a élaboré cette convention-cadre à Rio, elle a changé depuis l'accord
de Paris, bien sûr, il y a 10 ans. Le constat aujourd'hui est assez simple :
les États doivent se décarboner à l'horizon 2050 collectivement pour que cette
température soit conforme à l'objectif qu'on s'est donné à l'échelle
internationale, signé par plus de 180 États membres des Nations Unies : deux
degrés, de préférence 1,5. Une fois qu'on s'est dit ça, c'est à partir
de ça qu'on a travaillé cet été, c'est quoi, la cible? Qu'est-ce qu'on a comme
approche? L'OCDE nous dit, comme la Banque mondiale, comme le FMI, comme tous
les organismes économiques : Il faut décarboner à l'horizon 2050 et il
faut que les États riches en fassent encore plus. Donc, il ne faut pas
seulement faire une réduction, mais ramener ça à zéro à l'horizon 2050. Donc,
la trajectoire scientifique préconisée par le GIEC et appuyée par tout ce qui
existe comme organisme international, de l'OCDE à la FMI, aux banques mondiales,
en passant par le PNUE, bien sûr, nous dit la même chose : 45 % de
réduction à l'horizon 2050... 2030 sur la planète et 85 % à l'horizon 2050
et, dans le cas des pays occidentaux, 100 % de réduction, donc ramener nos
émissions à un niveau net de zéro. On est partis de ça puis on s'est dit :
Oh! on est à moins 19 %, là, il reste cinq ans, comme vous l'avez mentionné
tantôt. Est-ce qu'on peut atteindre moins 45 % en si peu de temps? On a
commencé l'ensemble de cette stratégie de façon plus sérieuse en mettant en
place unanimement ce marché du carbone avec la Californie en 2013, avec son
entrée en vigueur en 2014 dans cette liaison. Vous avez tous accepté ça
collectivement, et, 10 ans plus tard, on se dit moins 19,4 %. Donc, on a dit :
Idéalement, on devrait se rendre à moins 45 %. C'est ce que la...
M. Webster (Alain) : ...science
nous dit. Mais le contexte, et M. le ministre l'a bien présenté, les vents de
face sont très, très, très forts. Et on s'est dit : On n'y arrivera pas à
moins 45. Mais il faut réussir à trouver un amalgame entre ce que la science
nous dit qu'on doit faire et le contexte géopolitique particulier de 2025, pas
de façon éternelle, mais de 2025.
Et c'est là qu'on s'est dit : Pour la
cible 2030, on devrait maintenir ce qui est un minimum, le seuil de 37,5 à
l'horizon 2030, qui est un premier jalon, mais inscrire ça dans une espèce
de fourchette, de vision. Idéalement, on devrait se rendre à moins 45, si le
contexte devient plus favorable, mais, si le contexte n'est pas très favorable
à court terme, on sera plus ambitieux ultérieurement. Et donc on a proposé de
fixer une cible de carboneutralité, non pas en 2050, mais en 2045, exactement
comme la Californie, devenir la Californie du Nord, si vous préférez. Pour une
raison très simple : on a comptabilisé l'ensemble des émissions de gaz à
effet de serre.
Pour ceux qui étaient dans notre
discussion sur les changements climatiques à l'Assemblée nationale il y a deux
ans de ça, et vous étiez très nombreux à y être, vous vous rappelez, on s'est
dit : Ce qui est fondamental, ce n'est pas l'atteinte d'une cible
spécifique, ce qui est fondamental, c'est la trajectoire, le cumul de ces
émissions, année après année. Et donc, on s'est dit : Si on fait le cumul
de toutes ces émissions jusqu'en 2050 et qu'on n'est pas capables d'atteindre
moins 45 en 2030, on se contentera de moins 37,5, et on deviendra plus
ambitieux en ramenant ça en 2045. Le cumul sera exactement similaire en matière
d'émissions totales de gaz à effet de serre et, M. le ministre, vous pourrez
dire à vos collègues à l'échelle internationale que le Québec a choisi de se
situer du bon côté de la science, du bon côté de l'histoire et du bon côté de
l'économie en mettant en place une... climatique conforme aux objectifs de
l'Accord de Paris.
Et c'est comme ça qu'on a structuré cet
objectif 2030 : le jalon essentiel en 2035 demandé par la COP, celui en
2045... en 2040 nécessaire pour pouvoir prolonger ce marché du carbone, et bien
sûr la cible de 2045 qui nous ramène à zéro.
Et puis la mauvaise nouvelle, c'est qu'on
s'est dit que ce n'était pas assez, il fallait en plus vous parler de terres et
forêts. Donc je laisse la parole à Jérôme.
• (10 h 10) •
La Présidente (Mme Nichols) : Il
vous reste un petit 10 secondes. Je suis désolée, là, je suis la gardienne du
temps. Je suis vraiment désolée.
M. Dupras (Jérôme) : Très
rapidement. Il faut être capables de marcher et mâcher de la gomme en même
temps. Ça veut dire que notre objectif, c'est de réduire drastiquement nos
émissions de gaz à effet de serre. Il y a des cibles sectorielles. Il faudra
aussi avoir une réflexion sur la séquestration de carbone. Donc, notre
carboneutralité à l'horizon 2045, ça se constitue aussi de 15 % des
émissions qui sont séquestrées. Alors actuellement, il y a des... je fais... je
fais ça très rapidement, là, il y a des... il y a une séquestration permanente,
une séquestration temporaire. La séquestration temporaire, c'est ce qu'on peut
penser dans des écosystèmes naturels, les sols, les forêts, les milieux
humides. La permanente, c'est une vision sur des millénaires, avec de la
minéralisation, de l'enfouissement dans des poches rocheuses. La science nous
dit qu'on va absolument avoir besoin de ces technologies, ce qui n'empêche pas
qu'on doit avoir un discours sur la sobriété. Mais on... on doit développer un
agenda de séquestration de carbone. C'est une opportunité de filière
économique, c'est l'innovation, c'est de la recherche. On doit démarrer ça pour
avoir 15 % de nos réductions à l'horizon 2045.
Rapidement, sur l'affectation des terres,
donc lorsqu'on parle d'agriculture, de foresterie, de gestion de nos
tourbières, ce sont des profils d'émissions de gaz à effet de serre qui ne sont
pas inclus aux cibles du Québec. Actuellement, c'est une source nette
d'émissions. Donc, on a environ 14 mégatonnes qui sont émises chaque année. On
doit absolument se doter d'une cible de carboneutralité pour l'affectation des
terres là aussi à... à l'horizon 2045, avec une capacité d'intervenir dans
le milieu naturel pour séquestrer ce carbone, générer des cobénéfices
d'adaptation aux changements climatiques.
Et très rapidement aussi, on a entendu
parler des événements extrêmes, feux de forêt, inondations, on doit être
aussi... être capables de mettre sur pied une stratégie de gestion des risques
liés aux émissions fugitives de la nature. Merci.
La Présidente (Mme Nichols) : Je
vous remercie. Je suis désolée. C'est hyperintéressant, mais vous comprendrez
que je suis aussi la gardienne du temps, un rôle pas toujours superagréable.
Mais je vous remercie pour votre exposé. On va... passer à la période
d'échange. Vous pourrez certainement compléter... compléter avec vos... vos
propos. On va débuter la période d'échange avec M. le ministre. La période
est... La période est à vous pour 15 minutes.
M. Drainville : Oui, merci,
Mme la Présidente. Oui, bien, je... je vous ai laissé une minute de mon temps
pour que vous ayez le temps de... de résumer votre pensée, M. Dupras. Mais vous
avez justement abordé la question de la séquestration, qui était ma première
question. Je pense que...
M. Drainville : ...il serait
bien... bien utile que vous nous donniez un peu le... le portrait du potentiel
qui existe présentement, les technologies qui existent ou qui sont en
développement, parce qu'au rythme où vont les choses on a tous compris que la
cible de 1,5 va être très difficilement atteignable. On s'oriente plus sur un
2,5, 2,8 présentement. Et donc, si on veut pouvoir à un moment donné revenir
vers 1,5, il va falloir aspirer du carbone qui est déjà dans l'atmosphère et
les techniques de séquestration pourraient nous le permettre. Mais j'aimerais
ça que vous nous donniez, sans nous faire le grand tour d'horizon, là, parce
qu'on veut se garder du temps pour d'autres questions, mais est-ce que...
est-ce que c'est... est-ce que c'est à point ces techniques-là? Est-ce que
certains les utilisent déjà pour diminuer, là, la présence de... de carbone
dans l'atmosphère? Donnez-nous un peu le portrait de la situation.
M. Dupras (Jérôme) : Oui.
Bien, le portrait commence par une séquence du développement durable :
éviter, minimiser, compenser. Donc, on ne peut pas tout mettre dans la
séquestration, il faut penser à d'autres stratégies de réduction, d'évitement.
Lorsqu'on arrive à cette compensation, à
la séquestration, il y a la compensation qui est temporaire, donc travailler
avec les écosystèmes, les sols, la biomasse. C'est une stratégie qu'on devra
regarder, mais celle qui doit être dans nos cibles, c'est la... la
séquestration permanente. Donc, ça, on parle d'enfouissement dans des poches
rocheuses, des poches sous-marines, la minéralisation.
En 2023, là, les derniers chiffres en
date, on parle d'une cinquantaine de millions de tonnes qui sont séquestrées
chaque année à l'échelle mondiale. 2030, c'est fois 20, 2050, c'est
fois 150. Donc, c'est vraiment une tendance où la science nous dit qu'on
doit absolument aller là. On aura besoin de ces outils, on aura besoin de ces
technologies.
On voit émerger certains, ce n'est pas...
ce n'est plus seulement des projets pilotes, là, on parle de capitalisation. Au
Québec, il y a Deep Sky, qui est une entreprise qui a été fortement capitalisée
par Investissement Québec. Ils détiennent des brevets. Il y a d'autres endroits
dans le monde où il y en a également. La Norvège a annoncé il y a quelques
semaines des... des projets très porteurs en ce sens là.
Donc, au Québec, je pense qu'on a un
avantage territorial très fort pour ça. On a un avantage d'innovation, de
recherche. Ce qu'on dit dans notre... dans notre...
M. Drainville : ...avantage
territorial?
M. Dupras (Jérôme) : Des
formations géologiques capables...
M. Drainville : ...rocheuses?
M. Dupras (Jérôme) :
Exactement. Oui.
M. Drainville : Est-ce que ça
prend un certain type de roc? C'est déjà avéré, ça?
M. Dupras (Jérôme) : Bien,
j'en viens à notre première recommandation qui est de dire qu'actuellement il
faut vraiment se faire un œil intéressé mais aussi très sérieux sur la
question, parce qu'il y a des... il y a des questions de faisabilité, il y a
des questions de technologie, il y a des questions d'énergie. C'est une course,
il y a des arbitrages forts pour l'énergie.
M. Drainville : ...séismologique
également, non? Il y a des inquiétudes par rapport à ça, là.
M. Dupras (Jérôme) : C'est le
potentiel, c'est la faisabilité. Notre première recommandation ici dans... sur
cette question-là, c'est de faire vraiment un regard approfondi sur le
potentiel, avec les avantages, les risques, le potentiel de développement de
cette filière-là. Et, dans la... en même temps, en parallèle de pouvoir
développer des projets pilotes. Donc, on a besoin d'animer notre recherche,
notre innovation sur cette question-là.
Je ne voudrais pas passer sous silence
rapidement aussi l'importance de travailler les questions de séquestration dans
l'affectation des terres. Lorsqu'on parle d'agriculture, de foresterie, il y a
là aussi une très forte capitalisation internationale. Il y a un intérêt
d'investir dans la nature pour lutter contre les changements climatiques :
agriculture régénératrice, foresterie durable, gestion long terme des... des
tourbières.
M. Drainville :
...régénératrice, vous parlez de quoi, par exemple?
M. Dupras (Jérôme) : Mais on
parle de pratiques agricoles capables de se soutenir...
M. Drainville : ...
M. Dupras (Jérôme) : Des
couvertures de sol, de la santé des sols, des pratiques d'agriculture durable
qui c'est comme... c'est comme...
M. Drainville : ...végétalisées.
M. Dupras (Jérôme) : Pardon?
M. Drainville : Bandes
végétalisées, les bandes le long des fossés, par exemple.
M. Dupras (Jérôme) : Exactement.
Oui. C'est ça. Donc, dans l'affectation des terres, il y a des solutions
techniques, ce n'est pas technologique, on travaille avec la technologie
naturelle, mais qui nous permettent de séquestrer du carbone. Et lorsqu'on
travaille avec la nature, on a aussi des cobénéfices d'adaptation au changement
climatique. Donc, il faut être capable de regarder la permanente comme une
filière potentielle à fort potentiel économique de séquestration. Vous parlez
de création d'emplois, je pense, c'est très, très judicieux de l'imaginer dans
cette filière-là aussi. Il faut regarder au niveau... au niveau temporaire
aussi, qu'est-ce qu'on peut faire avec la nature, où là aussi on est
écologiques, socials et économiques.
M. Webster (Alain) : ...M. le
ministre, de vous dire que cette innovation en matière agricole, ou forestière,
ou technologique, elle existe si les cibles, la vision et l'orientation
gouvernementale est claire. Et c'est ça à laquelle vous avez le privilège de
vous prononcer dans les prochaines semaines et les prochains mois :
Veut-on continuer à être parmi les États ambitieux? Et dans cette stratégie-là,
on va innover, on va mettre en place les approches efficaces et on va faire
partie des États qui auront contribué à mettre en place ces solutions. Ça reste
fondamental. Et c'est pour ça que cette cible est essentielle, parce qu'en soi
la cible, elle ne sert à rien, elle sert à orienter l'ensemble de ses prises de
décisions de l'agriculture à...
M. Webster (Alain) :
...technologie en passant par la forêt.
M. Drainville : Sur
le... Alors, vous, vous dites cible minimale de moins 37,5 %. Ça, c'est le
strict minimum. Vous préféreriez quelque chose de plus important, là, moins 45 %.
Moi, je veux vous entendre quand même sur l'effort citoyen, l'effort économique
que ça va prendre juste pour le 37,5 %, là. N'allons même pas aux 45 %,
là. Nos amis de l'opposition sont sur la cible de 45 %. Ils vont nous
expliquer sans aucun doute comment ils comptent y arriver, là, sans parler de
Québec solidaire. Eux autres sont à moins 55 %. Mais restons sur 37,5 %.
Je l'ai dit d'entrée de jeu, on a atteint la moitié de la cible en 32 ans,
là. Là, vous dites : Dans les cinq années qu'il reste, il faut
atteindre... Au minimum, il faudrait atteindre l'autre moitié, au moins une
autre réduction de tout près de 19 %.
M. Webster (Alain) :
Vous savez, M. le ministre...
M. Drainville :
Parlez-moi du... J'insiste là-dessus, là. Je sais que vous allez me dire :
Oui, c'est des occasions d'innovation, de création d'emplois, etc. Je suis
d'accord avec ça, mais là je vous parle d'une durée de temps très limitée, là.
On a réussi en 32 ans à réduire de 19 %. Là, on dit on va faire
essentiellement la même réduction en cinq ans. Je veux bien croire que le
virage vert, vers l'économie verte, va créer de nouveaux emplois. Je veux bien,
mais en l'espace de cinq ans, de penser qu'on va atteindre la moitié du 37,5 %
sans qu'il y ait un effort économique très important qui soit demandé à la
société québécoise, là, je pense qu'il faut se dire les choses franchement. Et
il faut donc parler de cet effort économique. Et je veux vous entendre
là-dessus. C'est quoi votre réponse à ça?
• (10 h 20) •
M. Webster (Alain) : M. le
ministre, je suis content que vous m'amener sur ce sujet parce que nous avons
presque la même réponse. Le canal de communication n'est pas le même, là, mais
on dit presque la même chose. Vous dites : Il faut mettre
200 milliards dans le développement d'énergies renouvelables dans ces
stratégies.
M. Drainville : ...
M. Webster (Alain) :
Exactement. Dont une grande
partie d'ici 2030. Et on fait ça avec les
communautés. Très bonne nouvelle. On a compris comment faire de l'éolien dans
l'est du Québec avec les communautés. On a compris comment travailler avec les
autochtones, les Premières Nations. On va mettre en place des projets
collectifs facilitant bien sûr ce dialogue. C'est essentiel. Et donc ce
message, il est majeur. Comment, au Québec, on fait un choix de développement
d'énergies renouvelables, d'efficacité énergétique et de sobriété? Et c'est ça
que vous dites dans votre vision économique. Le pilier fondamental, c'est de
faire plus d'énergies renouvelables au Québec. Nous disons exactement la même
chose parce que nous pensons que la science nous dit, que la science nous dit,
pour les ensembles actuels et futurs, il faut quitter le secteur énergies
fossiles. Et pour quitter le secteur énergies fossiles, bien, il faut
développer une plus grande efficacité énergétique, une meilleure sobriété dans
un ensemble d'enjeux pour éviter le gaspillage. Et puis, bien sûr, il faut
accroître ce potentiel d'énergie. Et ça, le Québec va gagner. Si on ne réussit
pas à le faire ici, sur la planète, ça va se faire ailleurs. On a mis une
petite note en bas de page. À l'échelle internationale, depuis une décennie,
120 % de croissance en matière de production d'électricité renouvelable,
240 % en Chine, 120 % aux États-Unis, y compris les quatre ans de
l'administration Trump. Au Canada, 15 %. Le Québec, dans les dernières
années, dans la dernière décennie, n'a pas accru massivement sa production
d'énergies renouvelables parce qu'on avait une stratégie. On répond déjà de
façon extraordinaire à cette productivité au niveau de l'électricité, avec
99 % de renouvelable, c'est exceptionnel. Mais dans le bilan énergétique,
il y a encore 50 % d'énergies fossiles.
Et quand vous dites, on va accroître
l'énergie renouvelable, on fait : Extraordinaire! C'est ça qu'on veut. On
va accroître l'énergie pour répondre à ces besoins supplémentaires, mais aussi
et surtout pour substituer du fossile par du renouvelable qu'on aura produit au
Québec avec des gens qui travaillent au Québec, dans toutes les régions. Et ça
va être parfait pour notre balance commerciale, puisque vous le savez mieux que
moi, on n'a produit ni pétrole ni gaz. Donc, ça contribue à notre déficit
commercial. Le message n'est pas le même en Alberta évidemment, mais on ne
travaille pas avec le gouvernement canadien. On travaille avec l'État
québécois. Et quelle est la vision que vous avez dans cet enjeu? Cette
vision-là est : On est capable de répondre à ces besoins. Et vous le
faites et on le mentionne dans le
chapitre I, les axes qu'on a mis en place,
c'est quoi? C'est le développement d'énergies renouvelables et travailler dans
toutes les régions, toutes les MRC. Vous avez financé l'année passée quelque
chose de fondamental, c'est-à-dire la mise en place de plans climat dans toutes
les MRC au Québec pour se dire sur une base régionale collective comment on
fait face à ce défi exceptionnel en matière d'adaptation et de réduction. Et
c'est ça qui contribue à définir...
M. Webster (Alain) : ...un
soutien des ressources, une mobilisation, une feuille de route à l'effet... à
l'échelle régionale. Et, là-dessus, je vais passer mon... la parole à mon
collègue qui va parlé de feuille de route et de budget, je suis sûr, pour
compléter cette vision économique.
M. Drainville : ...collègue
d'Argenteuil aussi a une question sur l'adaptation, si je ne m'abuse, mais à
tout seigneur, tout honneur, n'est-ce pas?
M. Gaudreault (Sylvain) : ...une
grande responsabilité. Mais, effectivement, l'élément que je voulais ajouter en
ce qui me concerne, c'est que, pour atteindre les cibles, et vous faites bien
de soulever le défi qu'on a d'ici les quatre ou cinq prochaines années, ça
prend aussi une bonne gouvernance. On a déjà fait des pas importants au Québec,
notamment avec la création du comité consultatif en 2020, mais il faut qu'on se
donne des balises claires, et c'est ce qui manque dans la gouvernance
climatique au Québec. Et c'est une de nos recommandations de notre mémoire et
de l'avis qu'on a déposé également, qui prend la forme du dépôt d'un budget
carbone, budget carbone permettant une meilleure prévisibilité. M. le ministre,
moi, je suis d'avis que de réduire les cibles à l'heure actuelle enverrait un
message difficile, un message de recul autant la société québécoise qu'aux
entreprises qui veulent se préparer et qui travaillent sur un... des scénarios
de moins 37 cinq, et on viendrait affecter cette prévisibilité. Donc, le budget
carbone qu'on propose, c'est inspiré entre autres du modèle au Royaume-Uni,
cinq... aux cinq ans, des budgets carbone avec des plafonds permettant d'atteindre
la cible de réduction de gaz à effet de serre d'ici 2045, avec reddition de
comptes à l'Assemblée nationale, avec une obligation légale d'offrir des
réponses, ou des solutions, ou des mesures, des actions quand les cibles ne
sont pas atteintes. Donc, c'est une mesure extrêmement importante qu'on propose
également comme recommandation.
M. Webster (Alain) : Et, en
matière économique, pour faciliter cette transition, le Québec a eu... bien,
«le Québec», bien, le Québec, oui, mais concrétisé par une décision unanime de
l'Assemblée nationale, a eu la brillante idée de lier son marché à celui de la
Californie pour permettre de réduire le coût de cette transition. Donc, le
message que vous aviez en 2015, comme député de l'Assemblée nationale, c'est :
Nous ferons 60 % de la réduction au Québec et, éventuellement, 40 %
dans ce marché du carbone. En 2025, nous n'avons jamais dit que le Québec
ferait 100 % de cette réduction sur son territoire. L'idée, c'est de
pouvoir mettre en place les stratégies de réduction les moins chères, les plus
efficientes possible pour faire cette transition adéquatement au coût le plus
bas possible. Donc, présentement, dans votre plan de mise en œuvre de votre
stratégie, qui est celle de l'État québécois, bien, vous nous dites : On
est capable de réduire environ 15 millions de tonnes, il en faut 25. Bonne
nouvelle, le flux avec la Californie, en matière de droits d'émission,
correspond à peu près à 10 millions depuis plusieurs années.
Donc, on pense que les politiques que vous
avez élaborées présentement et qui doivent être mises en œuvre dans les
prochaines années conformément au PMO vont livrer un ensemble de réductions des
émissions qui vont être complétées par ce marché du carbone et qui va peut-être
donner 20 %, 25 %, 30 %, 35 %. Vous l'écrivez noir sur
blanc dans votre document : Difficile de prévoir, mais on verra. Et, si
jamais ça ne se passe pas comme on prévoit, bien, on s'en reparlera dans deux
ans, trois ans. Mais, présentement, la discussion avec la Californie, c'est :
Comment on rajoute dans ça l'État de Washington, comment on travaille de façon
plus efficace? Et le Québec a tout pour réussir cette transition, notamment en
termes économiques.
La Présidente (Mme Nichols) : Très
bien. Il reste une minute.
M. Drainville : Mme la
députée d'Argenteuil.
La Présidente (Mme Nichols) : Je
cède la parole à Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci. Bonjour,
messieurs. Toujours un plaisir de pouvoir échanger avec vous. Vous mettez
beaucoup l'accent, évidemment, sur les stratégies de réduction de gaz à effet
de serre. Qu'en est-il de l'adaptation?
M. Dupras (Jérôme) : Bien,
rapidement. On parlait du citoyen. Je pense, la question des changements
climatiques, elle touche les citoyens dans les impacts, et on a besoin de
parler d'adaptation aux changements climatiques, les coûts des dommages
d'assurance doublent à chaque cinq ans depuis le début des années 2000.
Donc, la réalité, elle est là, on a besoin de réduire. Et c'est pour ça qu'on
revenait sur l'économie. Je pense que cette dimension-là, elle est très
énergétique. Il faut penser où on alloue nos blocs énergétiques pour réaliser
la décarbonation puis l'industrielle. Si on parle du citoyen, si on parle de
l'adaptation, on a absolument besoin de se doter d'une feuille de route, qui
est déjà présente, là. Elle est présente, elle est financée par le fait...
M. Dupras (Jérôme) : ...lorsqu'on,
dans notre avis, on parle d'adaptation, il faut évidemment être dans les
premières lignes au niveau des infrastructures, des services d'urgences, des
écosystèmes. Ça prend aussi de l'argent, mais...
La Présidente (Mme Nichols) : Je
vous remercie... je vous remercie, M. Dupras, là, ça tombe toujours sur vous.
Je dois... je suis vraiment désolée. Je vais maintenant céder la parole à la
porte-parole de l'opposition officielle, la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Vous avez 9 minutes 54 secondes. Je dis le temps, là, pour que vous soyez...
pour que vous puissiez essayer de cadrer dans le... dans ce temps-là.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Et merci à vous pour votre présentation et votre présence. Ma
première question, ça serait pour Professeur Dupras. Vous décrivez comme un
économiste écologique. Vous avez parlé d'éviter, de minimiser et compenser. Au
niveau de l'économie et de l'écologie, qu'est-ce qui est plus rentable? Éviter,
minimiser, compenser? Dans quel ordre?
M. Dupras (Jérôme) : Bien,
d'abord, sur la question changements climatiques, on est... on est dans
l'évitement. Puis c'est une séquence, ça a été publié en 1987 dans les textes
fondamentaux du développement durable. Il faut se ramener, il faut se ramener à
ça. Lorsqu'on parle de changements climatiques, d'énergie, il faut aussi avoir
le courage de parler de sobriété énergétique. Donc, la production, le
doublement de notre production en 2035, c'est un extraordinaire chantier
national. Il faut qu'il soit accompagné d'une vision sur la... sur la gestion
de notre énergie.
On lance souvent des chiffres, on peut
leur faire dire parfois ce que l'on veut. Actuellement, on a aussi un déficit
commercial de plusieurs milliards de dollars sur la question des combustibles
fossiles. Donc, on se dit que 99 % de notre énergie est produite par des
technologies vertes. L'hydroélectricité, lorsqu'on la consomme, 50 % est
au niveau d'énergie fossile, ce qui crée un déficit commercial. Donc, il y a
dans cette lunette-là de sobriété, mais aussi de pouvoir déplacer en termes de
politiques publiques certains incitatifs, ou des incitatifs, pour ramener dans
le giron du Québec, la plus grande capacité d'investissement durable, de
réduction et, éventuellement, d'adaptation aux changements climatiques.
• (10 h 30) •
Mme McGraw : Donc, on est
d'accord pour dire qu'au niveau de l'économie et de l'écologie, éviter c'est
plus rentable que minimiser et compenser. Dans le choix des trois, dans
l'ordre, il faut prioriser. Moi, ce que je retiens, je vais le dire moi-même,
qu'il faut éviter. On a beaucoup de questions...
M. Dupras (Jérôme) : ...juste
un petit peu de relief, c'est... c'est plus complexe que ça. Il faut regarder
aussi des marchés internationaux, la compétitivité du Québec. Mon collègue Lota
en faisait état tout à l'heure. Les marchés vont s'en aller vers des chaînes
d'approvisionnement qui sont décarbonées, les investissements qui sont là, il y
a un vent de face, certes, il y a un vent de face, la prépondérance
nord-américaine, mais si on regarde à l'échelle internationale, cette vision-là
d'investissement durable. Donc, il faut éviter, mais il faut aussi être capable
de placer les billes aux bons endroits dans une vision stratégique qui est à
moyen et long terme.
Mme McGraw : Tout à fait. Les
trois... les trois outils... mais éviter... on comprend... la Banque mondiale, l'OCDE,
c'est ce qui est plus rentable. Est-ce qu'on est d'accord pour dire que le
Québec, au sein du Canada et même en Amérique du Nord, elle a plus... elle a
plus d'outils que n'importe quelle autre juridiction pour confronter, pour
d'outils que les autres provinces et même des États américains?
M. Dupras (Jérôme) : ...si
c'est encore à moi...
Mme McGraw : Bien, ça peut
être n'importe quel des panélistes, des experts.
M. Webster (Alain) : Oui,
mais à l'échelle canadienne... vous vouliez y aller, Lota?
M. Tamini (Lota Dabio) : Non,
vas-y. Vas-y.
M. Webster (Alain) : Oui,
mais à l'échelle canadienne, aucun doute. La Colombie-Britannique travaille
assez bien sur ces enjeux, c'est clair, mais le SPEDE est un outil essentiel.
La capacité d'avoir cette production d'énergie renouvelable chez Hydro-Québec
et ce levier extraordinaire que nous avons est passionnant, et on s'est déjà
dit ça à l'Assemblée nationale. La capacité du Québec à travailler
collectivement, parce que cette transition, c'est ça, là, c'est un enjeu
collectif. Dans cet enjeu-là, ça a été vrai pour les droits de scolarité, pour
les droits de coûts pour les services de garde, pour un ensemble d'éléments où
le Québec s'est dit collectivement : Que veut-on faire? Et on est
exactement dans cette situation-là sur le volet énergie. On a donc un ensemble
de leviers, Caisse de dépôt, finances agricoles, et c'est l'une de nos
recommandations, incluant l'une des recommandations du groupe d'experts en
adaptation. Intégrons ces enjeux d'adaptation et de décarbonation dans nos
leviers économiques, pour être sûr de pousser adéquatement et de façon
concertée, cohérente. Et les leviers que possède l'État québécois vont permettre
de faciliter cette transition. Donc, vous avez raison, le Québec est très, très
bien placé, mais ce n'est pas mauvais non plus en Californie, ce qui se passe
présentement.
Mme McGraw : Tout à fait.
Alors... mais on a le SPEDE et aussi l'énergie propre. On a mis en place des
mesures structurantes au fil des décennies. On est dans une très bonne position
de continuer à mener ce combat contre les changements climatiques...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) Mme McGraw : ...revenons au
SPEDE, vous expliquez qu'à l'horizon de 2030, le SPEDE ne devrait couvrir qu'une
fraction limitée de l'effort total. Et donc quelles balises vous recommandez
pour éviter une dépendance excessive aux achats de droits d'émission? On a
beaucoup de questions, je vais juste souligner, ma collègue et moi. Alors, si
on peut garder les réponses assez courtes. Merci.
M. Webster (Alain) : C'est
toujours un défi en soi. On a fait un avis l'année passée sur l'aspect... en
disant : ça fonctionne très bien, il faut le prolonger, ça fonctionne. On
a vu la Californie avec la volonté de prolonger ce système. On a vu l'État de
Washington qui veut s'y intégrer. Il faut juste se rappeler l'élément essentiel
de ce SPEDE, réduire au coût le plus bas possible. En matière environnementale,
cette réduction, qu'on la fasse au Québec ou en Californie, ou à l'État de
Washington, c'est une réduction. Ça a le même effet en matière
environnementale. Donc, l'idée, c'est d'atteindre l'objectif au coût le plus
bas possible présentement, depuis plusieurs années, c'est environ 10 millions
de tonnes qu'on réduit associées à ce flux net avec la Californie, à peu près
10 millions de droits d'émission qui sont inchangés, et donc ça réduit, c'est
pour ça qu'on passe à 19 % de réduction. Et dans ce scénario-là, on se dit :
ça va continuer encore. Est-ce que ça va se réduire? Vraisemblablement, parce
que les niveaux d'émission de GES baissent, et parce que les niveaux d'ambition
de la Californie augmentent, carboneutre en 2045. Donc, ça ne va pas durer
éternellement. Mais à l'horizon 2030, on peut assister à une réduction de
ces droits d'émission, qui sont déjà très présents. Les entreprises, on parlait
tantôt des alumineries, possèdent un ensemble de droits d'émission, parce qu'ils
ont devancé ces achats présentement, et donc ça leur permet justement de faire
cette transition au coût le plus bas possible. Cette aluminerie à qui on donne
des droits d'émission et qui en achète à des coûts faibles historiquement, y
compris en Californie, est capable d'atteindre sa cible à un coût faible.
Mme McGraw : Merci. Une dernière
question de ma part. Ensuite, je cède ma place à ma collègue. Donc, en termes
de cible, la cible recommandée, vous recommandez la à la hausse jusqu'à
45 % afin de respecter des trajectoires compatibles avec le 1,5 degré
Celsius. Quels seraient les principaux critères qui justifient cette hausse? Et
pourquoi estimez-vous que le Québec peut l'atteindre? Et peut-être j'ajouterais
aussi, si tous les... les juridictions, les pays, les provinces se permettaient
de ne pas atteindre ce qu'ils avaient promis ou éviter le 1,5... les 1,5 degré
Celsius, quels seraient les impacts sur l'environnement, l'économie, etc.?
M. Webster (Alain) : C'est compliqué
à l'échelle canadienne parce qu'en même temps qu'on se parle des cibles de
réduction, on entend le premier ministre canadien nous parler de pipeline et d'accroissement
de la production pétrolière. 40 % de croissance de pétrole depuis une
décennie, alors que l'énergie renouvelable a crû de 15 %. Le Canada n'est
pas dans une bonne stratégie en matière de lutte aux changements climatiques.
Mais on n'est pas dans une commission parlementaire de l'État fédéral. On est
au Québec. Et dans cette stratégie-là, le Québec, dans sa responsabilité
constitutionnelle de gestion en matière environnementale, avec les liens bien
sûr en matière économique et sociale essentiels, doit se positionner comme
approche : qu'est-ce que je fais? Bien, on constate dans l'Union
européenne une réduction de 90 % à l'horizon 2040. Et ça, c'est une
position unanime de tous les États, qu'il soit de droite ou de gauche ou de
centre social-démocrate, qu'importe leur vision politique, ils ont la même
approche. Donc, vous êtes interpelés comme parti politique, qu'importe votre
opinion politique, à se dire : en matière de science, on fait quoi? Et
donc la science nous dit : être le plus proche possible de 1,5. Ça
signifie que selon les dernières données, on va peut-être être à 1,60, 1,65 dans
les prochaines décennies. Il faudra s'adapter à cette nouvelle température. C'est
pour ça qu'on a pris la photo de notre photographe québécois gagnant un prix
Nobel... prix Nobel... gagnant un prix du World Press sur ces enjeux d'adaptation.
Dans ces enjeux-là, c'est possible de faire mieux. J'arrête parce que votre
collègue veut parler.
La Présidente (Mme Nichols) :
Oui. La parole est à la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, Mme la Présidente. Merci pour vos... pour
votre présence ici. Le SPEDE, je voudrais juste y revenir. Il y a... dans le
fond, l'argent qui est récolté dans ce système de plafonnement, va en
partie
dans le fonds d'électrification aux changements climatiques, l'ancien Fonds
vert. Il y a des groupes qui souhaiteraient détourner l'argent qui est dans ce
fonds pour aller... toutes sortes de choses, mais qui n'ont pas un lien avec le
SPEDE. Ce serait quoi? Puis là je regarde M. Webster, mais la question, ça peut
être pour n'importe qui, là. Ce serait quoi le... Est-ce que ce serait une
erreur de faire ça d'abord?
La Présidente (Mme Nichols) : Dans
une courte réponse, je sais que ce n'est pas facile.
M. Webster (Alain) : Juste
pour vous montrer comment faire une courte réponse, l'engagement moral qu'on a
fait, c'est de mettre en place une tarification sur le carbone, et cette... ces
revenus associés à ces enjeux sont dédiés à la lutte aux changements climatiques.
Et c'est ce que vous faisiez année après année...
M. Webster (Alain) : ...et en
reprenant le plan dans PMO en se disant il reste un solde budgétaire et à
mettre en place une stratégie de réallocation pour éviter qu'il reste un
surplus, bonne idée. Ensuite se pose la question : que fait-on avec le
surplus de 1,7 milliard? C'est là où vous voulez m'amener, j'imagine. J'ai
bien hâte de voir comment vous allez traiter ce sujet dans une autre commission
parlementaire et sur un autre projet de loi. Mais fondamentalement, il faut
contribuer à mobiliser tous les acteurs québécois sur cette stratégie
climatique et donc il faut que ça soit clair, précis, visible, que les gens,
ils comprennent la cohérence de l'action du gouvernement du Québec, c'est
essentiel. Et ça, ça peut passer par différentes approches, mais il y a
beaucoup de leviers financiers qui pourraient être utilisés là-dessus.
La Présidente (Mme Nichols) : Merci,
M. Webster. C'est... Bien oui, mission accomplie. Je cède la parole au député
de Taschereau pour 3 minutes 20 secondes.
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous quatre pour votre présence. Évidemment, on n'a pas
beaucoup de temps, trois minutes, 20 secondes. Je dois d'abord dire...
vous dire merci pour votre présence, mais aussi pour ce mémoire qui est une
feuille de route réaliste intéressante à laquelle je souscris, je la trouve
bien intéressante. J'ai envie de vous entendre sur... on va essayer de faire
peut-être deux questions si vous le permettez. La première, vous dites en page
sept qu'il sera difficile d'atteindre ce niveau de réduction d'ici 2030 en
raison notamment des retards dans l'adoption de changements structurels. Pouvez
vous me parlez de, rapidement là, quelques-uns des changements structurels qui
ont tardé à être mis en place au Québec et qui nous... qui nous ralentissent
dans l'atteinte de nos cibles.
• (10 h 40) •
M. Gaudreault (Sylvain) : Bien,
je peux certainement nommer, notamment, en matière de gouvernance comme on
parlait tout à l'heure sur la question des budgets carbone qui permettent une
prévisibilité, mais qui permettait également une transparence, puis un accès à
l'information et une obligation légale pour le gouvernement de respecter
l'atteinte de ses cibles. Un autre élément, c'est certainement sur des
politiques fortes en matière de transition juste pour les travailleurs et les
travailleuses qui sont concernés notamment par les changements de leur emploi,
de leur... de leur travail au quotidien, là, en forêt, en alumineries par
exemple ou ailleurs. Je sais qu'il y a des initiatives diverses, là, dans
plusieurs ministères ou dans plusieurs comités sectoriels de main-d'œuvre, mais
il faut un élan, je dirais, ou un message beaucoup plus clair de l'État. Donc,
en matière de gouvernance et d'actions politiques ou de politiques publiques,
moi, je ciblerais certainement ces deux éléments-là.
M. Webster (Alain) : Et ma
collègue derrière, si elle était avec nous en avant, nous dirait qu'on a dit
dans notre bilan sur l'action climatique qu'il... l'année passée, qu'il fallait
accroître la mobilisation de l'ensemble des acteurs. Dans le volet anecdotique,
quand je suis arrivée ici, j'ai pris un café en m'en venant et le commis m'a
dit : Vous allez faire quoi ce matin? Et là, je lui dis : Bien, on va
en commission parlementaire, l'État québécois se pose comme question est-ce que
j'en fais plus ou j'en fais moins en changements climatiques. Il m'a regardé
comme si je sortais d'une boîte à surprise et il m'a dit : Bien, c'est
évident, il faut en faire plus, tu parles d'une question. Là, j'ai fait :
C'est un peu ce que ma collègue dit dans son étude qu'on fait à chaque année,
les trois quarts de la population du Québec se disent l'État québécois devrait
en faire plus en matière de lutte aux changements climatiques. Donc, le volet
mobilisation, c'est fondamental. Puis, un des enjeux les plus difficiles au
Québec, c'est le volet transport. On avance dans certains cas, le REM est un
exemple, on avance dans le volet métro, ça peut être un exemple, mais il faut
en faire beaucoup plus, c'est clair, parce que c'est l'enjeu majeur en matière
de lutte aux changements climatiques et en matière de transition.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. À la page 15 de votre mémoire, toujours, vous... vous parlez de
réduire les coûts et les conséquences associées à l'inaction climatique. J'ai
l'impression que vous vous gardez de le chiffrer. L'étude d'Ouranos,
précédemment, il y a quelques années, avait mentionné les coûts d'inaction politique,
là, on parlait d'un ratio d'à peu près sept de mémoire. Est-ce que... quel est
le coût d'inaction politique? Quel est le coût de ne rien faire ou de ne pas
M. Dupras (Jérôme) : C'est
certes imprécis, mais les derniers rapports qui sont disponibles nous disent
qu'au Canada, c'est à peu près 25 milliards de dollars cette année,
les coûts de l'inaction en changement climatique. C'est un chiffre qui va
augmenter à 50 milliards en 2050. Donc, il y a des... il y a des coûts sur
les effets, les causes, les assurances, etc. Donc, on dit généralement que
chaque dollar investi dans la lutte et l'adaptation rapporte entre quatre et
sept dans une perspective. Donc c'est un peu le signal de ce n'est pas une
dépense en environnement en changement climatique, c'est un réel investissement
qui peut se faire, qui peut avoir des retombées à très court terme dans
l'adaptation et de façon structurelle sur quelques années.
La Présidente (Mme Nichols) :
Merci, merci...
M. Webster (Alain) : ...climatique
canadien nous dit : Vous allez perdre 20 % de votre revenu si on
n'atteint pas nos cibles climatiques.
La Présidente (Mme Nichols) : Merci,
M. Webster, je voulais interrompre, M. Dupras. Non... je ne fais pas de
l'acharnement, ça a adonné comme ça. La parole est maintenant au député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous pour votre mémoire, votre... et les réponses que vous
apportez. Je vais vous donner la chance de réagir spontanément, même si...
M. Arseneau : ...vous parliez
d'une autre commission, on vient d'apprendre que les surplus du Fonds
d'électrification et de changements climatiques seraient versés au Fonds des
générations en 2026‑2027. Spontanément, ça vous... ça vous dit quoi sur les
orientations gouvernementales eut égard à ces surplus?
M. Webster (Alain) : Ce que
ça me dit, spontanément, c'est que lorsque je siégeais sur un comité
consultatif très informel, on disait au gouvernement : On ne dépense pas
assez, il faut mettre en place des stratégies, sinon il va y avoir une rupture
de confiance. Il faut que les gens comprennent vers quoi on s'en va en matière
climatique et qu'on mobilise tous les acteurs. D'où l'idée de budget carbone, feuille
de route et compagnie. Et ça passe, bien sûr, par un volet financier.
Donc, on a un historique, on comprend
très, très bien cet enjeu. On a accumulé ces revenus-là historiquement, depuis
plusieurs, plusieurs années, et je ne dirai pas qui, quand, comment, vous le
savez mieux que moi. Et, dans ce type de stratégie, on se ramasse avec un
surplus de 1,7 milliard. Si on l'utilise, bien, ça se traduit par une dépense
réelle. Donc, on a comptabilisé cette somme-là en termes comptables. Ça a
permis de faire des gains à l'État québécois, dans ces périodes, mais,
présentement, si on les utilise, ça a un impact négatif. Donc, c'est compliqué.
Ça amène une nouvelle dépense.
La question, c'est comment on le réalloue.
Ce qu'on en comprend, c'est qu'il n'y en aura pas, de ces surplus, à l'avenir,
c'est pour ça que vous l'avez travaillé comme ça, M. le ministre, avec votre
prédécesseur. Faire la révision en cours d'année pour être sûr que ces sommes
sont dédiées toujours au volet changements climatiques, par rapport à ce qui
est proposé sur le 1,7 milliard, on pourrait sûrement être un peu plus créatif
pour être sûr que les gens se disent : On comprend à quoi ça sert.
Et les dépenses sont innombrables, en
matière, bien sûr, d'adaptation sur des fonds spécifiques, en matière de feux
de forêt, en matière d'inondation. Les besoins en matière financiers et
l'investissement financier sont majeurs pour l'État québécois, au-delà du SPEDE
et au-delà, bien sûr, de ce fonds d'électrification. Donc là, il y a une espèce
d'élément de transparence. On peut peut-être faire mieux que ce qui est proposé
présentement dans le projet de loi.
M. Arseneau : Il me reste une
petite minute pour ma deuxième question. Quand on entend le ministre agiter le
spectre des pertes d'emplois ou des baisses de production imposées à des
usines, par exemple, en aluminium, dans le secteur de l'aluminium... Moi, j'ai
cru comprendre que, si on utilisait le tableau 2 du mémoire du gouvernement,
qui dit que si on atteignait... si on voulait atteindre la cible de 37,5 %
sous le seuil de 1990, uniquement au Québec, sans le SPEDE, bien, c'est
peut-être des mesures comme celle-là qu'on devrait prendre. En d'autres mots,
est-ce qu'on crie au loup un peu? Parce que j'ai cru comprendre que vous pensiez
qu'avec les mesures en place, si on les actualise, si on... à la limite, si
on... si on insiste un peu, on va l'atteindre, le 37,5 %. Est-ce que c'est
réaliste? Encore une fois, je veux vous entendre là-dessus. Est-ce que c'est
réaliste?
La Présidente (Mme Nichols) : Très,
très rapidement.
M. Webster (Alain) : On est
convaincus que c'est réaliste, 37,5 %, puis on est convaincus que c'est
fondamental de faire 37,5 %, parce qu'on est convaincus que,
fondamentalement, les sociétés humaines vont réussir à faire cette transition
et que, là, il y a une période très conjoncturelle, avec cette administration
américaine qui nous dit : Tout ça est un canular. C'est faux, ce n'est pas
ce que la science nous dit. Donc, on va la faire et on devra la faire, cette transition.
Si le Québec ne la fait pas adéquatement, on se fera demander par nos
enfants : On faisait quoi pendant qu'on était prospères? Et, dans cette
stratégie-là, on pense que c'est possible de poursuivre ces enjeux, continuer à
être créatif, innover, créer des emplois, et on a tous les leviers pour le
faire. C'est terminé?
La Présidente (Mme Nichols) : Je
vous remercie. Je vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de
la commission.
Je vais suspendre les travaux quelques instants
pour que l'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 48)
(Reprise à 10 h 53)
La Présidente (Mme Nichols) : Merci.
Alors, nous sommes de retour. Nous poursuivons les consultations. Alors, je
souhaite la bienvenue aux représentantes de Nature Québec. Merci de vous être
déplacées. Merci d'être parmi nous. Je vous rappelle que vous disposez de 10
minutes pour votre exposé, après quoi on va procéder à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer votre exposé.
Mme Simard (Alice-Anne) : Merci.
Alors, merci, Mme la Présidente. M. le ministre, membres de la commission, je
vous remercie de nous donner l'occasion, en fait, de vous présenter le mémoire
de Nature Québec. Je m'appelle Alice-Anne Simard, je suis la directrice
générale de Nature Québec et je suis accompagnée de Mme Anne-Céline Guyon, qui
est notre analyste climat.
Alors, tout d'abord, vous devez comprendre
que le Québec a vraiment une chance inouïe de pouvoir compter sur un Comité
consultatif sur les changements climatiques qui est composé de... d'expertises
aussi solides et diversifiées. Ce n'est pas un comité composé de citoyens
engagés ou de gens qui font de l'action citoyenne, comme l'a affirmé ce matin
en entrevue le ministre. Ce sont des scientifiques de renommée internationale,
des experts et des expertes qui cumulent des dizaines d'années d'expérience
dans leurs domaines respectifs. Ce sont des spécialistes qui étudient...
Mme Simard (Alice-Anne) : ...analysent
et comprennent les changements climatiques et leurs impacts comme personne
d'autre au Québec, incluant bien plus que tous nous ici réunis dans cette
salle.
Donc, dans un contexte où les changements
climatiques ont déjà des conséquences bien réelles sur les vies humaines, les
écosystèmes et l'économie, se donner les meilleures chances de réussir, ça
implique de s'appuyer sur cette expertise. Alors, c'est pourquoi Nature Québec
appuie la grande majorité des recommandations formulées par le comité
consultatif et estime que le gouvernement doit les suivre avec sérieux et
cohérence.
On
part collectivement, là, avec des
conditions gagnantes que bien des juridictions dans le monde nous envient. Plus
de 99 % de notre électricité est renouvelable. On dispose d'une fonction
publique compétente, d'outils de gouvernance, comme le marché du carbone, comme
le Plan pour une économie verte, d'une communauté scientifique reconnue et
d'une société civile qui est mobilisée depuis des décennies. Tout est en place
pour réussir la transition énergétique. Dans ce contexte-là, ce n'est pas les
capacités techniques ou financières qui risquent de nous faire échouer, ce sont
plutôt de mauvaises décisions politiques ou l'absence de décision au moment où
elles s'imposent.
Notre société, elle a tout intérêt aussi à
ce que la transition énergétique se réalise pleinement pour réduire les coûts
humains et matériels des feux, inondations, vagues de chaleur, sécheresses,
pour demeurer compétitive dans une économie mondiale en voie de décarbonation,
pour protéger la biodiversité puis pour bâtir une société plus égalitaire qui
ne laisse personne derrière. Notre succès repose sur vous, chers élus
de l'Assemblée nationale, si seulement vous êtes prêts à assumer le niveau
d'ambition que commande la science et si vous misez sur la mise en œuvre
concrète, le suivi et l'efficacité des mesures. Personne, évidemment, n'a
jamais prétendu qu'opérer un tel virage va être facile, mais on est face à un
véritable projet de société d'une ampleur comparable aux grandes
transformations que le Québec a connues dans son histoire récente. Loin d'être
décourageant, ça devrait plutôt être profondément motivant. On a l'occasion de
repenser nos systèmes énergétiques, économiques et territoriaux de manière à
mieux protéger le vivant et à améliorer la qualité de vie de la population.
Devant l'ampleur de la tâche, là, on a tout intérêt à mettre nos cerveaux en
commun.
Donc, le processus de révision de la cible
de 2030 ne doit pas servir à réduire la discussion à un simple débat de
chiffres. Se concentrer seulement sur la cible de 37,5 % serait une
erreur. Pour nous, là, c'est aussi l'ensemble de la trajectoire vers la
carboneutralité qui doit être mis sur la table. Et ce n'est pas un chiffre ou
une trajectoire, tu sais, on a besoin des deux. La valeur de la cible, elle
détermine le niveau d'ambition, elle envoie un signal clair et prévisible aussi
aux marchés, aux entreprises, aux municipalités, aux ménages, puis la
trajectoire, elle, bien, elle... avec des cibles intermédiaires, des budgets
carbone, des feuilles de route sectorielles, elle permet de planifier les
transformations, d'orienter les investissements puis de vérifier si on est
vraiment sur la bonne voie.
C'est sûr que la limite de 1,5 degré
Celsius est de plus... plus en plus difficile à respecter à l'échelle mondiale,
mais le prochain objectif, ça devient 1,6, puis, si, celui-là, on ne l'atteint
pas, c'est 1,7. Chaque dixième de degrés compte. Chaque dixième de degré gagné ou
perdu, ça se traduit en vies humaines, en infrastructures préservées ou
détruites, en habitats naturels sauvegardés ou perdus. Dans ce contexte-là, il
n'y a aucun recul qui est acceptable. On doit mener de front, oui, l'adaptation
pour gérer l'inévitable, mais l'atténuation aussi pour éviter l'ingérable.
Puis l'adaptation, elle a des limites
physiques, financières, sociales. Plus on tarde à réduire nos émissions, plus
ces limites-là se rapprochent. Puis il n'est pas possible de s'adapter à un
monde qui a connu une augmentation de la température moyenne de trois, quatre
ou cinq degrés, ce n'est pas possible. Donc, plutôt que d'essayer de se coller,
là, aux ingénieurs du chaos au sud de la frontière, le Québec doit assumer son
leadership environnemental, tirer l'ensemble des États vers le haut si on veut
avoir une chance de limiter les effets de la crise climatique.
On rappelle aussi que la transition, bien,
elle doit être juste. On va la réussir seulement si la population y voit une
amélioration de ses conditions de vie, davantage d'égalité et de sécurité et la
garantie que personne ne va être laissé derrière.
Permettez-moi d'ajouter ici quelques mots
plus spécifiquement sur les impacts économiques de l'action climatique, là,
puisque le ministre insiste beaucoup sur ces impacts. Les dérèglements
climatiques font déjà monter le coût de la vie au Québec. Les pertes agricoles
liées aux sécheresses et aux inondations se répercutent sur les prix des
aliments. Les routes fermées, les ponts fragilisés, les feux de forêt
perturbent les chaînes d'approvisionnement, augmentent les coûts de la
construction, le... du transport, de la logistique. Les assurances sont de plus
en plus chères. Les vagues de chaleur, les feux de forêt, les pannes
d'électricité réduisent la productivité, provoquent des pertes de produits
périssables. Ça pèse aussi sur les entreprises et sur les ménages. Des
évacuations massives ont déjà été réalisées dans plusieurs communautés. Ça a
entraîné des coûts importants pour les ménages puis pour le gouvernement. Il y
a des effets importants aussi sur la santé puis le bien-être qui se font déjà
sentir. Comme par exemple, quand, l'été, ça devient dangereux de sortir dehors
parce que l'air est trop pollué à cause des feux, ou que votre sous-sol est inondé,
ou que vous devez évacuer votre maison à cause des feux, justement, qui se
rapprochent, ça des impacts...
Mme Simard (Alice-Anne) : ...sur
vous et sur votre santé déjà aujourd'hui. Tout ça, ça entraîne aussi une hausse
des dépenses publiques en santé, en sécurité civile, en infrastructures à
réparer ou à adapter, et au final, bien, ce sont les contribuables d'ici qui
payent la facture, pas des acteurs lointains. On nous répète que l'action
climatique, ça coûte trop cher, mais en réalité, c'est l'inaction qui coûte
cher et ça va nous coûter de plus en plus cher à mesure que les années passent.
On peut choisir de payer maintenant pour une transition qui est ordonnée,
planifiée et juste, ou subir, demain, des coûts exponentiels dans un contexte
de crises multiples où on aurait des capacités d'adaptation qui seraient
dépassées.
À l'inverse, les pays qui ont choisi
d'assurer un leadership climatique récoltent déjà des bénéfiques économiques,
des bénéfices économiques tangibles : innovation, diversification
industrielle, emplois de qualité dans l'efficacité énergétique, les énergies
renouvelables, la mobilité durable, l'économie circulaire. La transition
n'appauvrit pas les sociétés qui la planifient sérieusement. Pour elle... en
fait, elle les rend plus résilientes, plus compétitives, plus attractives pour
les investisseurs. Pour le tissu économique québécois, une cible et ambitieuse
adossée à une trajectoire crédible, c'est de la prévisibilité, la possibilité
d'anticiper, d'investir au bon endroit, de ne pas se retrouver coincés dans des
actifs qui vont perdre de leur valeur au fil de la décarbonation mondiale.
• (11 heures) •
Donc oui, la transition ne va pas être
facile, mais l'inaction n'est tout simplement pas envisageable. Chaque année de
retard rend l'adaptation plus coûteuse et pour certaines communautés, c'est
simplement hors de portée. Plus on repousse les mesures de réduction, plus
elles vont devoir être brutales pour atteindre la carbo neutralité, avec des
coûts économiques élevés et, surtout, des coûts humains : pertes de vies,
déplacements forcés, effondrement de milieu de vie, chute de l'adhésion
sociale. À terme, là, c'est... plus de personnes vont être laissées derrière et
c'est la légitimité même des politiques climatiques qui va être fragilisée.
On le rappelle, le Québec dispose de tous
les outils pour y arriver. Le véritable enjeu, c'est vraiment la volonté
politique de s'en servir pleinement puis de manière cohérente. Lutter contre
les changements climatiques, là, c'est sauver des vies, réduire les inégalités,
protéger la biodiversité, rendre nos territoires puis notre économie plus
résilients. Le processus de révision de la cible, ce n'est pas un exercice
administratif parmi d'autres, c'est un moment charnière pour faire le bilan de ce
qui fonctionne, de ce qui ne fonctionne pas, pour réaligner nos politiques sur
la science la plus récente, surtout. Puis ça doit permettre de corriger des
angles morts majeurs, aussi, puis mettre en place une gouvernance climatique
robuste. Donc, en adoptant une cible rehaussée pour 2030, en devançant la carbo
neutralité à 2045, en se dotant d'un budget carbone rigoureux et en priorisant
la réduction réelle des émissions, le Québec peut envoyer un signal fort, celui
d'une nation qui choisit le respect de la science, la résilience, la
prévisibilité, l'innovation, la cohérence et la solidarité. Nature Québec
appelle le gouvernement à saisir cette occasion historique pour que la
transition énergétique devienne un vrai projet collectif, porteur d'espoir,
puis non une succession de crises subies. Merci.
La Présidente (Mme Nichols) : Merci
beaucoup. Merci de votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange. M. le ministre, vous avez une période de 16 min 30 sec.
M. Drainville : Très bien,
merci pour votre présentation. Être un citoyen engagé puis un scientifique, ce
n'est pas contradictoire, Madame. Je pense qu'on peut être un scientifique,
puis être un citoyen engagé comme l'ont été...
Mme Simard (Alice-Anne) : ...quand
même un peu réducteur pour l'expérience qu'il y avait devant vous, aujourd'hui.
M. Drainville : ...comme
l'ont été les participants à la présentation précédente. L'engagement citoyen,
c'est très, très noble. Et donc je ne vois pas pourquoi vous essayez d'opposer
l'un et l'autre, je ne trouve pas ça constructif, mais quoi qu'il en soit,
restons sur votre présentation. Alors je comprends, là, l'argument, évidemment,
à l'effet que les changements climatiques causent toutes sortes de dérèglements
qui comportent un coût. Mais comme je l'ai dit tout à l'heure, on a réussi à
diminuer les GES, au Québec, de 19 % en plus de 30 ans. Et là, la cible
actuelle de -37 nous obligerait à faire l'autre moitié de la réduction en 5
ans. Est-ce que vous reconnaissez que ce rythme très rapide pour atteindre
l'autre moitié comporte un coût économique? Est-ce que vous reconnaissez ça?
Mme Simard (Alice-Anne) : Donc,
d'abord pour... parce que je pense que mon micro n'était pas ouvert tout à
l'heure, donc, qualifier le Comité consultatif sur les changements climatiques
de citoyens engagés, c'est sûr que ce n'est pas en opposition avec ce qu'ils
font actuellement, mais c'est quand même réducteur comparativement à toute
l'expertise qu'il y avait devant vous aujourd'hui. Ça reste que ce sont des
scientifiques de renom que le gouvernement, finalement, devrait écouter s'il
souhaite écouter la science, tout simplement. Donc bien sûr, ce sont... ce sont
des citoyens engagés, mais avant tout, ce sont des citoyens, surtout, très
experts, expertes des...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Simard (Alice-Anne) : ...des
scientifiques, des spécialistes. Au niveau de la cible, je pense que vous
comprenez quand même que, quand on dit de diminuer la cible de 37,5 %
depuis... avec... selon 1990, ça ne veut pas dire qu'on a commencé à faire des
actions pour le climat en 1990, tu sais, c'est juste une mesure étalon. Dans
les faits, c'est fait beaucoup plus récemment que ça, qu'on a commencé à agir
réellement pour les changements climatiques. On a... bon, le marché du carbone
a été mis en place en 2013, le plan pour économie verte a été mis en place en
2020. Donc, de dire qu'on a eu 19 % de réduction depuis 32 ans, bien,
non, dans... c'est juste parce que c'est la mesure étalon. C'est depuis
seulement quelques années, qu'on réussit vraiment à mettre en place des mesures
structurantes. Puis, malheureusement, il y a énormément de mesures
structurantes, en effet, qui n'ont pas été mises en place suffisamment
rapidement, puis par des gouvernements successifs, et par le gouvernement
actuel, et celui qui était là précédemment aussi, et c'est déplorable. Des
groupes comme nous, Nature Québec, ont...
M. Drainville : ...s'il vous
plaît.
Mme Simard (Alice-Anne) : Oui,
bien sûr. C'est ce que je suis en train de faire.
M. Drainville : En cinq ans,
diminuer de près de 19 % les GES, est-ce qu'il y aura un coût économique à
ça, selon vous?
Mme Simard (Alice-Anne) : Je
suis en train d'expliquer pourquoi on... ce n'est pas 19 % en 32 ans.
Donc, il y a beaucoup de... Donc, il y a beaucoup de mesures structurantes qui
n'ont pas été mises en place puis qui ont été mises, malheureusement, trop
tardivement. Il y a des coûts, je l'ai bien exposé dans mon message d'introduction,
finalement, où est-ce qu'il y a des coûts, assurément oui. Par contre, si vous
allez voir votre propre document de consultation, il faut mettre en
perspective, finalement. Il y a beaucoup le chiffre du 38 milliards de
dollars qui a été avancé, mais, dans les faits, si on réinvestit les revenus
tirés de la tarification des émissions de GES, on descend à 9 milliards.
Et, si vous regardez, là, dans le bas de la page, là, il y a une note de bas de
page à la page 23, ça dit clairement que «l'atteinte de la cible de 2030
ne nécessiterait pas pour autant la décroissance de l'économie québécoise. En
effet, la modélisation indique que le PIB réel du Québec en 2030 serait alors
inférieur à ce qui est projeté pour un scénario de désengagement, mais tout de
même plus élevé qu'aujourd'hui.» Donc, malgré tout, votre document, dans une
note de bas de page, explique qu'il y aura quand même une croissance économique
du Québec, même si on met en œuvre l'entièreté de l'assiette de 37,5 %.
M. Drainville : OK. Mais,
puisque vous vous référez au document, vous avez vu sans doute que l'atteinte
de la cible actuelle impliquerait, par exemple, ce sont des exemples qui sont
donnés, une diminution de la production d'aluminium de 14 %. Est-ce que
vous êtes prêts, vous, à aller dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean et
leur dire : En plus du tarif de 50 % que Trump vous impose sur votre
aluminium, on vous demande de réduire votre production d'aluminium de plus de
10 %? Est-ce que vous êtes prêts à aller au Saguenay—Lac-Saint-Jean et a
dire ça aux populations là-bas?
Mme Guyon (Anne-Céline) : Bonjour,
M. le ministre. Savez-vous que le secteur de l'aluminium au Québec, c'est
40 000 emplois présentement? Mais savez-vous aussi que, par exemple, dans une
éolienne, il y a une à trois tonnes d'aluminium nécessaire pour les fabriquer?
Avec le développement éolien qui s'en vient au Québec, il y a un marché là
aussi pour notre économie de l'aluminium. L'aluminium joue un rôle central
également dans la transition énergétique de manière générale, à partir du
moment où la production est à faible empreinte carbone. Or, au Québec, ça tombe
bien, votre gouvernement a déjà investi massivement pour soutenir certaines
alumineries, justement dans le développement de nouvelles technologies. On peut
penser, par exemple, à Elysis. Donc, le Québec, au niveau de la production de l'aluminium,
pourrait aussi décider, de manière très consciente, d'envoyer ce secteur-là
particulièrement pour la transition énergétique du Québec et que notre secteur
de l'aluminium serve au plan stratégique d'Hydro-Québec. Ça, plus le fait aussi,
par exemple, qu'on a besoin d'aluminium dans les voitures, dans les batteries,
etc. C'est un matériau stratégique nécessaire à la transition énergétique. Il y
a un marché là. Il y aura un marché mondial aussi pour, justement, de l'aluminium
bas carbone.
Et, si... Et, par rapport à ce que le
document de consultation dit sur le secteur de l'aluminium, je pense aussi qu'on
peut regarder tous les secteurs industriels et voir... Tu sais, c'est certaines
propositions que la documentation a choisi de mettre en exergue, mais c'est
très loin des feuilles de route qu'on pourrait mettre en œuvre pour différents
secteurs industriels au Québec. Et on pourrait tout à fait décider que notre
secteur de l'aluminium bas carbone nécessite des investissements, mais que ce soit
justement le secteur qu'on...
Mme Guyon (Anne-Céline) : ...de...
de soutenir versus des secteurs beaucoup plus polluants, mais encore une fois
j'insiste, à condition d'aider ce secteur-là effectivement à devenir novateur
dans la production d'aluminium bas carbone.
Mme Simard (Alice-Anne) : Donc,
pour répondre à votre question, ça nous ferait plaisir d'aller au
Saguenay-Lac-Saint-Jean expliquer ça aux gens là-bas.
M. Drainville : Bien, je vous
invite à le faire, Mme.
Par ailleurs, le sommet de GES au Québec,
il a été atteint en 2003. Et donc, la réduction de 19 % s'est faite en 22
ans. Donc, vous soumettez... vous...
Mme Simard (Alice-Anne) : Mais...
(panne de son) ...2003, il n'y avait pas le marché du carbone...
M. Drainville : Mme, si vous
me permettez... si vous me permettez...
Mme Simard (Alice-Anne) : ...et
il n'y avait pas le Plan pour une économie verte.
M. Drainville : Si vous me
permettez, je vais quand même...
La Présidente (Mme Nichols) : ...personne
à la fois, là. Je vais laisser le ministre terminer sa question, puis après,
notre invitée pourra répondre. M. le ministre.
• (11 h 10) •
M. Drainville : Alors, je
redis, je réitère que de dire aux Québécois : Vous pouvez atteindre la
moitié de la cible en cinq ans, alors que ça nous a pris 22 ans pour obtenir la
première moitié de réduction, je réitère qu'il y a un coût économique à ça. Et
je pense que la crédibilité de votre argumentaire en sortirait renforcée si
vous admettiez qu'il y a ce coût et que vous nous disiez comment est0ce qu'on
devrait le minimiser, ce coût économique.
Par ailleurs, je suis surpris qu'une
représentante de Nature Québec ne parle pas d'accès à la nature. C'est la
mission première de votre organisme. Moi, je suis absolument convaincu que
l'accès à la nature, c'est un des... une des meilleures façons de lutter contre
les changements climatiques. Parce que si on donne accès à la nature, comme on
l'a fait récemment en annonçant que nous allions doubler la superficie du parc
du Mont-Orford, je pense qu'en donnant davantage accès à la nature, on fait
aimer la nature et on donne le goût de la protéger. Et on donne le goût aux
citoyens, justement, de devenir des membres actifs dans la lutte contre les
changements climatiques parce qu'ils vont vouloir la... protéger l'immense et
extraordinaire environnement que nous avons au Québec, qui est une grande
richesse. Et donc je vais poser la question même si ça ne fait pas
partie de
votre présentation. Je vais vous demander quand même de me dire en quoi les
solutions axées sur la nature peuvent contribuer à l'atteinte de la...
carboneutralité.
Mme Simard (Alice-Anne) : Mais
bien sûr. On a dans notre mémoire... on en parle justement. Puis c'est sûr
qu'on n'a pas parlé d'accès à la nature dans notre message d'allocution parce
que ce n'est pas une commission parlementaire sur l'accès à la nature, c'est
sur les cibles de... des GES. C'est pour ça qu'on a concentré notre message
là-dessus. À Nature Québec, on fait plein de travail à ce niveau-là. On... On
emmène justement des enfants en nature pour leur apprendre à... à protéger ce
qu'ils aiment. Mais, oui, les solutions nature, évidemment, on a des... des
recommandations là-dedans, dans notre mémoire, où est-ce qu'au final il y a
beaucoup d'écosystèmes au Québec qui sont des puits de carbone. On... pense aux
milieux humides, par exemple, des forêts riches en carbone, et tout ça. Et, si
on les protège, si on les restaure, si on améliore les pratiques de gestion de
ces écosystèmes-là, il y a un grand potentiel finalement pour venir atténuer la
crise climatique puis surtout pour adapter nos écosystèmes aux changements
climatiques aussi.
Donc, par contre, tu sais, on insiste
toujours sur le fait qu'il faut avant tout réduire les émissions en premier,
mais la nature peut nous aider finalement à venir un peu compenser ces
émissions-là. Mais, pour ça, c'est vraiment en protégeant bien les écosystèmes
riches en carbone. Et c'est quelque chose sur lequel on travaille aussi à
Nature Québec, puis en améliorations... en améliorant nos pratiques forestières
aussi. Il y a aussi de... beaucoup de carbone comme ça qui peut être préservé,
notamment dans les sols. Puis il y a une grande
section sur notre mémoire aussi
qui concerne finalement comment on peut améliorer les... les pratiques
forestières puis comment on peut mieux comptabiliser finalement l'effet sur le
carbone de la foresterie, là.
M. Drainville : Alors, s'il y
avait une mesure que vous souhaiteriez, qui serait prioritaire, à votre avis,
une que vous souhaiteriez mettre en place, quelle serait-elle?
Mme Simard (Alice-Anne) : Que
le gouvernement écoute la science.
M. Drainville : Oui. OK.
Parlons concrètement, là... je ne veux pas un... je ne veux pas une.... un
discours, je veux une mesure, un moyen concret, là. Qu'est-ce qui serait, à
votre avis...
Mme Simard (Alice-Anne) : Que
le gouvernement adopte les recommandations du Comité consultatif sur les
changements climatiques.
M. Drainville : OK. Mais je
vous repose la question : Quelle serait, à votre avis, la mesure la plus
porteuse pour réduire les GES? Est-ce que c'est... Je vous donne une... un
certain nombre d'options, là, pour vous amener vers le concret : Est-ce
que c'est dans le domaine des transports? Est-ce que c'est dans le domaine de
la séquestration? Est-ce que c'est dans le domaine des ressources naturelles?
Est-ce que c'est dans le domaine du... de l'industriel, du biogaz? Quelle
serait votre mesure privilégiée?
Mme Simard (Alice-Anne) : C'est
vraiment au niveau de la sobriété énergétique dans son ensemble, donc tant au
niveau des transports que de... des bâtiments, par exemple, d'avoir en place
des mesures d'efficacité énergétique, de sobriété énergétique qui vont nous permettre
vraiment de diminuer la quantité d'énergie dont on a besoin au...
Mme Simard (Alice-Anne) :
...Québec, parce qu'on ne peut pas de toute façon tout convertir l'énergie
qu'on utilise actuellement seulement, tu sais, en énergie renouvelable. Là, ça
serait... Ça serait vraiment un chantier qui serait gigantesque, finalement.
Donc, il faut avant tout venir faire de la sobriété énergétique à tous les
niveaux.
Mme Guyon (Anne-Céline) :
Si je peux compléter, M. le ministre, moi, je viserais aussi des mesures dans
l'ensemble, qui font d'une pierre plusieurs coups, c'est-à-dire de vraiment
chercher à y aller avec des mesures qui vont à la fois réduire nos GES, nous
aider à nous adapter, mais également travailler la santé de nos populations.
Aider parce que les coûts sur la santé des changements climatiques sont
énormes. Réduire la pollution de l'air, c'est aussi faire en sorte qu'il y ait
des coûts moindres sur notre système de santé qui, on le sait très bien tous,
en a grandement besoin. Et la nature offre énormément de solutions qui font
d'une pierre plusieurs coups.
M. Drainville : Et
donnez-nous des exemples.
Mme Guyon (Anne-Céline) :
Bien, par exemple, de reverdir nos villes. On sait que ça va nous aider non
seulement sur les îlots de chaleur en période de canicule, mais également en
réduisant la pollution de l'air. Ça, c'est un élément. Écoutez, il y en a
plein. En agriculture, le comité consultatif vous parlait tout à l'heure de
l'agriculture régénératrice, par exemple. Moi, j'ai visité une ferme il y a
deux ans, d'élevage régénérateur. C'était fascinant. Là, l'agriculteur, en
l'occurrence du côté de l'Outaouais, utilise extrêmement peu d'intrants. Donc,
ça lui coûte beaucoup moins cher. Ça réduit les GES. Les animaux sont élevés
dans d'excellentes conditions, et ça fait une agriculture qui est aussi
excellente en termes de qualité, justement pour la santé humaine, au niveau de
l'alimentation.
Mme Simard (Alice-Anne) :
Même au niveau de la foresterie aussi, il peut y avoir plein de choses qui sont
mises en place, notamment pour permettre de maximiser la séquestration du
carbone, la protection des sols évidemment, les coupes partielles, l'allégement
des rotations, la préservation des forêts matures et anciennes, l'adaptation
aux changements climatiques de toutes les opérations forestières. Bref,
vraiment, il y a une panoplie de solutions qui existent, qui sont documentées
par plein d'organismes comme nous, par des scientifiques aussi. C'est sûr
qu'une seule mesure n'arrivera pas à sauver, tu sais, à atteindre nos
objectifs. Ça prend une panoplie de mesures de toute façon.
M. Drainville : On
s'entend. Vous avez évoqué, Mme Guyon, vous avez évoqué la question de
l'adaptation. Quelle devrait être la place de l'adaptation dans la stratégie
climatique du gouvernement, à votre avis?
Mme Guyon (Anne-Céline) :
Bien, écoutez, l'adaptation est essentielle, ça c'est certain, parce que,
malheureusement, au stade où on en est à l'heure actuelle, on voit, on a les
impacts qui sont déjà là, on les subit année après année au Québec, au Canada,
bref sur le reste de la planète, les feux, les inondations, etc. Donc, oui,
l'adaptation est essentielle, mais l'adaptation, encore une fois, aura aussi
ses limites si on continue à aggraver le problème. Donc, c'est pour ça qu'il
faut continuer absolument à travailler sur les deux volets. Parce que, oui, il
faut mettre beaucoup plus d'argent dans l'adaptation et établir des feuilles de
route, tu sais, conséquentes parce qu'il va falloir soutenir nos populations
face aux aléas climatiques, ça, c'est certain. On est complètement d'accord
avec vous sur ce sujet, mais ce n'est pas en aggravant, en continuant à émettre
des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère que ces impacts-là vont
s'amoindrir. Au contraire, ils vont aller exponentiel. Donc, il faut agir
absolument sur les deux volets.
M. Drainville : Ma
collègue de... d'Argenteuil. Oui, c'est bien cela.
La Présidente (Mme Nichols) :
Oui, exactement. La parole est à la députée d'Argenteuil pour une minute.
Mme Grondin : J'hésite
tout le temps des deux micros. Bonjour, mesdames. Toujours un plaisir
d'échanger avec vous. En écoutant les échanges, vous proposez dans votre
recommandation 21 une feuille de route sectorielle. Ah! Mais là pour...
Vous le précisez notamment sur la question de la foresterie. Mais en écoutant
les échanges avec le ministre, le potentiel des solutions nature, là, on n'a
pas à remettre en question, est ce que vous pensez... Qu'est-ce que vous pensez
de l'idée d'une feuille de route sur... beaucoup plus large. Là, vous le
centrez sur la foresterie, mais tout ce qui est solution nature, vous en avez
parlé, plusieurs exemples que vous avez donnés au ministre, est-ce qu'il n'y
aurait pas là, justement, une idée de dire, peut-être une feuille de route plus
large que juste la foresterie?
Mme Simard (Alice-Anne) :
Bien... Bien, c'est déjà un petit peu plus large, tu sais. On parle de tous les
secteurs, AT... CATF, là, finalement, là, qui inclut... Le dernier F, c'est la
foresterie, mais c'est tout le secteur de l'affectation des... des changements
d'affectation sur les terres. C'est tout qu'est-ce qui est... Si un boisé se
fait détruire, par exemple, parce qu'il y a un nouveau quartier résidentiel qui
se fait construire, bien ça, ça relâche du carbone, tu sais...
Mme Simard (Alice-Anne) :
...ces notions-là aussi. Puis, pour nous, bien, c'est important que ce secteur
atteigne la carboneutralité. Il a été inclus pour la première fois, tu sais,
dans la mise à jour, finalement, du Plan pour une économie verte, mais pas
encore inclus dans le bilan total. Mais on voyait déjà que, finalement, ce
secteur-là, c'est un secteur émetteur d'émissions de gaz à effet de serre.
Donc...
La Présidente (Mme Nichols) : Merci.
Merci. Je suis vraiment désolé. Je cède maintenant la parole à la députée de...
voyons, j'ai un blanc de mémoire, Notre-Dame-de-Grâce. Vous avez un bloc de
9 min 54 s.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente, et merci à vous d'être en présentiel aussi pour votre présentation
de votre mémoire. Est-ce qu'il y a des éléments que vous aimeriez aborder, on a
beaucoup de questions, mais que vous n'avez pas eu la chance de répondre en
discussion avec le ministre que vous voulez ajouter?
• (11 h 20) •
Mme Simard (Alice-Anne) : Bien,
je terminerais peut-être juste sur cette réponse-là. Au final, tu sais, ça
prend une feuille de route complète pour mieux inclure les émissions de ce
secteur, finalement, d'affectation des terres dans le bilan de GES. Puis là,
surtout que l'année prochaine, on va avoir, finalement, le bilan de
l'année 2023, on se souvient, c'était l'année des feux de forêt, donc il
va falloir qu'on voie finalement l'effet net sur le bilan de GES. Puis ça va
nous permettre... mieux on comptabilise ce secteur. Puis on a dans notre
mémoire des mesures pour... des propositions pour bien comptabiliser ce
secteur-là puis séparer l'anthropique du naturel, finalement, dans les
émissions. C'est un domaine assez complexe, mais si on comptabilise bien, bien,
c'est comme ça qu'après ça on peut prendre les bonnes décisions, finalement,
pour s'assurer que ce secteur-là devienne carboneutre, finalement, ou même, tu
sais, qu'il permette de ne pas émettre émission du tout.
Sinon, dans les autres éléments, bien,
c'est sûr qu'on a... on parle de transformation systémique aussi dans notre
mémoire. Tu sais, on fait référence beaucoup au sixième avis du Comité
consultatif sur les changements climatiques aussi. C'est juste de rappeler,
justement... il y avait, dans cette proposition-là, énormément d'éléments de
solutions pour avoir une transformation profonde, là, tu sais, de la société et
l'économie. Donc, on vous invite à vous y référer. Parce que c'est facile de
débattre sur un chiffre, mais si on oublie c'est quoi, tu sais, les solutions
puis les façons d'y arriver, on peut perdre de vue l'objectif, finalement.
Donc, de garder ça en tête quand on débat sur le chiffre puis que c'est
possible, finalement, d'y arriver. Puis ce n'est surtout pas le temps d'être
moins ambitieux, finalement.
Mme McGraw : Merci. On sait
que, selon l'ONU puis le secrétaire général de l'ONU, en amont de la COP, il y
a à clarifier qu'effectivement le réchauffement de 1,5, ça va être dépassé, que
c'est déjà... effectivement, on prévoit que ça va être dépassé. Face à cette
réalité climatique, quelle est la posture appropriée pour le Québec? Rester
leader puis prendre des choix... aller de l'avant ou reculer?
Mme Guyon (Anne-Céline) : Aller
de l'avant. Il n'y a aucun doute à avoir là-dessus. Le Québec a tout à gagner à
continuer sa lutte aux changements climatiques et à s'adapter. Un vrai leader,
c'est quelqu'un qui est toujours 10 pas en avant de tout le monde, ce
n'est pas quelqu'un qui fait une pause en plein milieu du chemin. Donc, ça, c'est
vraiment le message qu'on veut envoyer. Puis le Québec a tout... hein, je
répète ce que ma collègue disait tout à l'heure, on a tous les outils
nécessaires pour aller de l'avant, il y a juste des mauvaises décisions
politiques qui peuvent nous faire reculer ou stagner. Et on est à ce moment
charnière aujourd'hui, au Québec, où on se demande vers quelle voie il faut
aller. La voie de l'ambition. Chaque 10 ᵉ de degré va compter. C'est des
vies humaines, on ne le répétera jamais assez, on parle de vies humaines ici.
Donc, 1,6, notre prochain... Si 1,5 doit être dépassé, la prochaine cible c'est
1,6. Donc, il faut garder nos cibles alignées sur le plus haut niveau
d'ambition du GIEC, il n'y a aucune photo là-dessus, là.
Mme Simard (Alice-Anne) : Le
Secrétaire général de l'ONU, quand il a dit que c'était probablement un
objectif qui n'était plus atteignable, il n'a pas dit : Bon, bien, c'est
correct, tu sais, on abandonne tout, rentrez chez vous, tout le monde, là. Tu
sais, au contraire, il demande à redoubler d'efforts à tous les États. Puis
même notre partenaire de la Californie, le gouverneur de la Californie à la
COP, il a dit justement à Donald Trump : Il est temporaire, là.
Mme McGraw : Donc, si je
comprends bien... puis, justement, c'est ma question, est-ce qu'on va suivre
l'exemple de Donald Trump ou de notre partenaire en Californie qui,
effectivement, vont redoubler leurs efforts pour atteindre la carboneutralité?
Donc, j'imagine que c'est de suivre la Californie, en partenariat.
Mme Simard (Alice-Anne) : Exact,
c'est ça. Puis on le voit, le gouverneur de la Californie a été très clair
finalement que, c'est ça, Donald Trump est seulement temporaire, eux, ils
continuent d'aller de l'avant. Il faut qu'on continue aussi. Puis si on voit...
en Europe aussi, c'est des mesures de plus en plus ambitieuses aussi qui sont
mises en place. Il y a une taxation au carbone qui devrait être mise en place à
la frontière aussi en Europe dès l'année prochaine. Si on veut développer ce
marché-là justement avec l'Europe, il faut qu'on trouve une façon de décarboner
notre économie pour pouvoir exporter nos produits là-bas.
Mme Guyon (Anne-Céline) : En
fait, plus exactement, la taxe...
Mme Guyon (Anne-Céline) : ...à
la frontière est déjà en place, elle va, en fait, être renforcée, en 2026, plus
exactement. Puis aux États-Unis, on parle de la Californie, mais il y a
carrément une «climate alliance» d'États américains qui mènent l'ambition
climatique à l'heure actuelle. Puis au-delà des États américains, à l'échelle
mondiale, on l'a quand même vu à la COP30, évidemment, il est de bon ton, à
chaque fois, de regarder ce qui a mal été à la COP30, mais on voit à quel point
il y a des États qui gardent un niveau d'ambition, et les villes et les états
infranationaux. Puis je rappellerai que le Québec a été quand même un des
leaders internationaux à ce niveau-là, a toujours porté les États
infranationaux et a travaillé pour que cette échelle-là soit reconnue au niveau
de la CCNUCC. Donc, tu sais, on se bat pour ça depuis des années. Soyons à la
hauteur de ce que nous-mêmes portons depuis maintenant plus de 10 ans.
Mme McGraw : Donc,
effectivement, vous proposez d'au lieu de participer à une course vers le bas
avec les États-Unis, de lier notre stratégie à une stratégie commerciale. On
est en train de diversifier nos marchés vis-à-vis, entre autres, l'Europe, et
de regarder à avoir une course vers le haut, vers la haute ambition, si je
comprends bien, et de lier ça avec les enjeux commerciaux, économiques, la
diversification des marchés, où il y a un consensus en Europe et, déjà, des
pénalités si on ne s'enligne pas.
Juste pour revenir à une recommandation.
Vous parlez de réduction brute versus nette, et vous critiquez... bien,
«critiquez»... un peu la dépendance sur le SPEDE. Par contre, ça a été une
initiative, une... une avancée québécoise, donc. Mais vous dites, si je
comprends bien, qu'on dépend excessivement de ces réductions-là. Mais, en même
temps, si on veut avoir l'ambition... puis on comprend que pas assez n'a été
fait pour réduire les GES, on est rendus dans cette position-là... on ne
devrait pas se donner plus de moyens, plus de flexibilité? C'est... c'est comme
une... une recommandation un peu difficile, dans le sens qu'il faut... En tout
cas, je vous laisse répondre.
Mme Guyon (Anne-Céline) : Bien,
on ne remet absolument pas en question le SPEDE. Soyons clairs, c'est un outil
essentiel, on en a besoin, clairement. Le comité consultatif le disait ce
matin, le... la Californie haussant elle-même son niveau d'ambition, les
réductions possibles avec notre partenaire vont s'amoindrir avec le temps, et
il faut en avoir conscience.
Deuxième élément, en 2015, quand on a
établi notre cible de 37,5 %, on disait qu'à peu près 65 % de notre
cible devait être atteinte par des réductions sur le territoire québécois, et
le reste par, justement, l'entremise du SPEDE. Or, on s'aperçoit qu'aujourd'hui
le rapport est complètement inversé. Donc, nous, ce qu'on propose, c'est de
réinverser, et notamment en s'assurant d'avoir des budgets carbone non
seulement quinquennaux, mais aussi sectoriels, accompagnés de feuilles de
route, et d'obliger notamment les secteurs industriels à avoir des plans de
décarbonation, parce que ce qu'on constate aussi dans les différents inventaires
des dernières années, c'est que l'industrie a vraiment fait un effort de
décarbonation dans les six premières années, à peu près, de l'élaboration du
SPEDE et, depuis maintenant quelques... quelques années, stagne, et les
investissements nécessaires ne sont plus faits, à l'heure actuelle, pour
décarboner les procédés industriels. Donc, c'est là aussi où nous, nous
disons : Demandons... Et d'ailleurs le... l'ancien ministre de
l'Environnement a imposé cela aux cimenteries. En janvier 2024, il a imposé aux
cimenteries québécoises de fournir des plans de décarbonation. Ce qu'on
propose, c'est d'étendre cette mesure à l'ensemble des secteurs industriels.
La Présidente (Mme Nichols) : Parfait.
La parole est à la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présence. Vous avez dit tout à l'heure : La
transition n'appauvrit pas les sociétés qui les planifient sérieusement. Est-ce
que le gouvernement actuel, vous considérez qu'il a bien planifié la
transition?
Mme Simard (Alice-Anne) : Bien,
c'est sûr que si le gouvernement repousse à plus tard sa cible, ce n'est pas
une façon de bien planifier cette transition-là. Oui, il y a des mesures qui
sont mises en place, puis le Plan pour une économie verte, bon, malgré qu'il
pourrait y avoir des améliorations, c'est une bonne base, finalement, s'il
continue à travailler sur cette base-là, de s'assurer qu'on... on met en
place... qu'on... des mesures qui vont nous permettre d'atteindre 100 %
notre cible, aussi, pour 2030 puis la carboneutralité. Donc, il y a des choses,
quand même, qui sont mises en place, peut-être pas suffisamment structurantes,
planifiées, mais on peut se bâtir sur cette base-là, oui.
Mme Dufour : Parfait, merci.
Tout à l'heure, le ministre a parlé de sa préoccupation pour le secteur de
l'aluminium. Vous avez mentionné qu'une éolienne pouvait contenir jusqu'à trois
tonnes de... d'aluminium. Lorsqu'on qu'on... qu'on voit que... Tu sais, dans le
fond, ce qu'on constate, c'est que l'énergie renouvelable peut être un appui à
la décarbonation, mais aussi à l'économie du Québec. Par contre, quand les...
quand le gouvernement permet, finalement, que les éoliennes soient...
Mme Dufour : ...construites en
Chine, est-ce qu'on ne se tire pas un peu dans le pied?
Mme Simard (Alice-Anne) : Bien,
c'est sûr que le plus qu'on peut... qu'on peut aider les entreprises d'ici à
nous aider dans la transition énergétique, le mieux ce sera pour tout le monde
puis pour l'économie du Québec.
Mme Dufour : C'est ça, mais
les éoliennes construites en Chine sont beaucoup moins intéressantes au point
de vue d'émissions de GES que celles construites au Québec avec l'aluminium du
Québec.
Mme Guyon (Anne-Céline) :
Bien, dans l'idéal, oui. Après, il faut comprendre qu'au niveau de l'échelle de
développement de l'éolien... on a tout un rattrapage à faire au Québec à ce
niveau-là avant de pouvoir se passer des éoliennes chinoises, malheureusement,
là, donc il faut aussi le prendre en compte. Il y a, je dirais, une épreuve de
réalisme, ici, à faire. Ceci dit, oui, notamment, imposer des contenus
québécois à la production d'éoliennes serait essentiel.
La Présidente (Mme Nichols) :
Merci. Merci de votre réponse. Je vais céder la parole au député de Taschereau
pour 3 min 20 s.
M. Grandmont : 3 min 20 s.
Merci, Mme la Présidente. Merci à vous deux d'être présentes et de rester
concentrées malgré le bruit. Je me... Merci pour votre présence, mais aussi
pour votre mémoire, donc. Je me réjouis aussi de voir que vous appuyez à grands
traits, là, les recommandations du Comité consultatif sur les changements
climatiques.
J'aurais une question d'ordre plus général
à vous poser. Pourquoi, selon vous, on est en face d'un ministre, d'un
gouvernement qui veut repousser les échéanciers qui nous mènent vers l'atteinte
de cibles de réduction de gaz à effet de serre? Pourquoi, selon vous, on est
dans cette situation-là maintenant?
• (11 h 30) •
Mme Simard (Alice-Anne) : Malheureusement,
c'est que les gouvernements successifs n'ont pas mis en place les mesures
structurantes dont on a besoin, puis là on se retrouve avec un retard à
rattraper pour toutes sortes de raisons. Puis je ne vais pas... tu sais, on ne
veut pas rentrer là-dedans, mais, tu sais, il y a des mesures qui auraient pu
être mises en place il y a des années pour le transport collectif, pour limiter
l'étalement urbain, pour favoriser, finalement, un aménagement du territoire
qui permet de ne pas miser tout sur l'auto solo. Et on aurait pu, de cette façon-là,
éviter d'avoir une augmentation des gaz à effet de serre dans le secteur des
transports, alors qu'au contraire on devrait avoir une diminution. Puis il y a
beaucoup du bilan GES du Québec, en ce moment, qui est attribué, finalement, à
l'augmentation de ces émissions-là dans le secteur du transport, mais ça, c'est
des mesures structurantes qui prennent du temps, finalement, mais si on les
avait mises en place il y a plusieurs années, bien là, on en verrait les effets
aujourd'hui.
Donc, c'est ça, sans mesures
structurantes, malheureusement, on a des retards à rattraper. Puis, bien, tu
sais, on n'a pas fait nos devoirs, je demande à mon professeur une extension.
Ce n'est peut-être pas la bonne... la bonne façon de faire. À la place, on
devrait peut-être juste, tu sais, le faire, le devoir, là.
M. Grandmont : On connaît le
truc, on l'a sûrement tous et toutes déjà employé, mais là on joue avec,
effectivement, un devoir qui a des répercussions très grandes, potentiellement,
sur le Québec, sur les personnes qui y habitent.
Qu'est-ce que vous entendez, vous, quand
vous entendez un ministre de l'Environnement dire : Moi, je veux être le
ministre de l'approche équilibrée? Qu'est-ce que ça sonne, pour vous, dans vos
oreilles, l'approche équilibrée portée par un ministre de l'Environnement?
Mme Simard (Alice-Anne) : On
ne négocie pas avec, tu sais, le climat, onn ne négocie pas avec les feux, les
inondations, les sécheresses, les cani