CAT — 25 August 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2014-08-25
Quebec — Committees
Je souhaite maintenant la bienvenue à nos
premiers invités. Pour les fins d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter, bien sûr. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la
suite, nous procéderons à une période d'échange. La parole est à vous.
M. Dupont (Maurice) : Maurice
Dupont, président du réseau FADOQ. Bonjour. Alors, tout d'abord, je tiens à
remercier la commission de nous donner l'opportunité de pouvoir exprimer notre
position aujourd'hui. Je suis accompagné du directeur général, Danis
Prud'homme, ainsi que de notre attachée politique, Caroline Bouchard, qui
m'assisteront pour la période de questions.
Le réseau FADOQ est un regroupement volontaire
de personnes de 50 ans et plus dont l'objectif principal est d'améliorer la qualité de vie de ses membres et,
par voie de conséquence, de l'ensemble des aînés québécois. À ce jour,
le réseau FADOQ compte plus de 330 000 membres et est présent partout
au Québec.
En débutant, nous tenons à préciser que le
réseau FADOQ est conscient que le statu quo, dans le cadre de la
restructuration des régimes de retraite au Québec, n'est pas une option. Nous
sommes d'accord avec l'importance d'agir dans ce dossier.
Cependant, vous avez pu prendre conscience de la
demande de retrait du projet de loi qu'a formulée le réseau FADOQ dans son
mémoire. Le projet de loi n° 3, dans sa forme actuelle, bafoue les
règles fondamentales de libre négociation,
de bonne foi et retire d'importants acquis sociaux, qui contribue à
l'appauvrissement de la société québécoise.
D'entrée de jeu, nous ne sommes pas d'accord
avec la stratégie mur à mur proposée par le gouvernement qui force tous les
régimes de retraite municipaux à rouvrir les conventions collectives.
Deuxièmement, la réaction de l'opinion publique
à l'annonce du projet de loi n° 3 est dévastatrice, le fossé
générationnel est creusé autant que celui entre ceux qui ont accès à un régime
de retraite qu'à ceux qui n'y ont pas accès.
Nous déplorons la situation. Le gouvernement, devant cet enjeu, a préféré
donner le cadre ainsi que le contenu du cadre plutôt que de laisser libre cours à une négociation entre les
acteurs concernés, c'est-à-dire les employeurs, travailleurs et
retraités, qui aurait pu mener à des manières créatives, constructives et
originales de régler cet enjeu de société.
Le projet de
loi n° 3, dans sa forme actuelle, donne le gros bout du bâton aux
municipalités et exige des conventionnés qu'ils négocient l'importance
de leurs pertes. Cela nous semble complètement déraisonnable. Ajoutons que la situation actuellement déficitaire
des régimes de retraite est la conséquence d'une conjoncture économique datant de la crise de 2008 et structurelle du fait
des règles laxistes en matière d'investissement à haut risque et de
congés de cotisation accordés aux municipalités. Cependant, c'est aux employés
et retraités que nous demandons de payer, aggravant ainsi la condition
d'appauvrissement des aînés au Québec.
De fait, dans les dernières années, les aînés subissent
les mesures imposées au nom de politiques de rigueur imposées budget après
budget, ce qui exerce une forte pression sur leurs finances. Pensons au
maintien de la taxe santé, à l'augmentation
des commodités comme Hydro-Québec, à la hausse exponentielle des taxes
foncières, à l'interdiction du
fractionnement du revenu avant 65 ans et, aujourd'hui, au revenu fixe
suite à l'abolition de l'indexation. Ces
décisions sont prises dans le cadre de stratégies indépendantes formées au sein
de différents ministères, dont le résultat est l'appauvrissement. En novembre 2013, l'OCDE confirmait un net
accroissement de la pauvreté chez les Canadiens de 65 ans et plus.
Pourtant, nous continuons à imposer des politiques qui ont une grande incidence
sur leur qualité de vie.
Le réseau FADOQ soutient que d'empêcher l'atteinte d'une qualité de vie
adéquate, pour les aînés du Québec, est un affront direct à leur santé, à leur sécurité, à leur bien-être et à
l'appartenance, soit les quatre piliers du contrat social qui a été signé le 1er octobre 2013 par les quatre
partis politiques du Québec. Plusieurs sphères de leur vie, toutes
interreliées, en souffrent. Nous demandons donc une concertation accrue des
ministères de manière à ce qu'ils travaillent de façon collaborative et non plus en silo. Le projet de loi n° 3
contribue à diminuer le niveau de qualité de vie au Québec. Où est la
limite, M. le Président? Nous nous le demandons.
Dans un deuxième temps, le réseau FADOQ souhaite
profiter de cette commission pour annoncer son retrait des sous-comités sur les
régimes de retraite privés et municipaux. Nous avons pu constater que le projet
de loi n° 3 semble devenir une inspiration pour la restructuration
des régimes de retraite privés, ce que nous ne souhaitons pas cautionner par
notre présence à la table. Qui plus est, notre statut d'observateur ne nous
permet pas de représenter fidèlement la
réalité de nos membres et de bénéficier d'une oreille attentive. Ainsi, par
notre retrait, nous considérons être mieux à même de rester indépendants
et critiques devant cet important enjeu social.
Seul l'avenir
nous dira si le projet de
loi n° 3 fera préséance aux
prochains projets de loi des secteurs privé, public et universitaire.
Cependant, une chose est sûre : si le projet de loi n° 3 est un
précédent, nous nous demandons où s'arrêtera
le déferlement d'abolitions et de retraits des acquis sociaux. Si d'autres
mauvaises décisions sont prises, allons-nous mettre fin aux régimes à prestations déterminées? Allons-nous
sabrer dans la rente de conjoint survivant? Y a-t-il une limite? Nous
nous le demandons, M. le Président.
Finalement, ce
que le réseau FADOQ souhaite que vous reteniez comme message, c'est que plus
nous appauvrissons des aînés d'aujourd'hui, plus nous pelletons le
problème par devant et dans la cour du prochain ministère. Si nous ne donnons pas les moyens aux gens de rester
indépendants le plus longtemps possible, ils devront tout de même être pris en charge par l'État et financés
par les deniers publics, ce sera simplement le problème d'un autre
ministère à ce moment. Il nous faut avoir une vision à long terme et envisager
nos décisions de manière cohérente et réfléchie.
Par ailleurs,
le réseau FADOQ considère qu'il est temps, pour le Québec, de se doter d'une
politique nationale du vieillissement ayant comme objectif principal la
concertation dans la prise de décision gouvernementale de manière à garantir une cohérence interministérielle. Nous
devons nous doter d'une réelle vision de société, la rapidité avec
laquelle nous vivons le bouleversement
démographique le commande. À ce titre, il a récemment été mentionné dans les
médias que le gouvernement souhaitait
réduire les rentes de retraite des députés mais compenser avec une
substantielle augmentation de salaire.
Il faut, en temps d'austérité et de rigueur, que tous, de manière équitable,
fassent leur part. Il faut songer au fait que les salariés et retraités n'auront pas de compensation financière pour
leurs pertes. Le gouvernement du Québec se doit de donner l'exemple.
En ce qui a
trait au projet de loi, le gouvernement devra faire preuve de plus de
flexibilité, les salariés et retraités devraient
pouvoir déterminer comment ils veulent contribuer au resserrement des finances
publiques. Y a-t-il d'autres avenues auxquelles nous n'avons pas songé?
Peut-être qu'il aurait été possible de négocier l'indexation à la baisse
temporairement plutôt que de l'éliminer complètement.
Nous devons assurer à tous une qualité de vie
adéquate. Cela implique un plan d'action global qui favorise l'équité
intergénérationnelle tout en maintenant les acquis sociaux. La question à
laquelle nous devons répondre est d'une
simplicité désarmante : À quoi voulons-nous que le Québec ressemble dans
cinq, 10, 15 ans, voire une génération? Nous sommes sur une pente glissante qui pourrait mener à de dangereux
précédents, le filet et le tissu sociaux d'aujourd'hui s'effritent. Nous devons envisager l'avenir du
Québec comme un canvas sur lequel la créativité a tout à fait sa place
dans une perspective à moyen et long terme. Le gouvernement doit avoir le
courage de voir au-delà des quatre années de son mandat.
Voilà les attentes du réseau FADOQ.
Président (M. Auger) : Je vous remercie pour votre présentation. Nous
allons débuter la période d'échange. M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Moreau :
Merci, M. le Président. Alors, M. Dupont, M. Prud'homme, monsieur...
Mme Bouchard, pardonnez-moi.
C'est vraiment... Ça aurait été de mal lire la réalité et de même que le
document qui est devant moi que de vous appeler monsieur,
Mme Bouchard, je m'excuse. Et bienvenue à l'Assemblée nationale.
J'ai pris
connaissance en détail du mémoire que vous nous avez présenté, je vous remercie
de vous joindre aux travaux.
Cependant, je constate qu'il y a des éléments avec lesquels je ne peux pas être
en accord avec votre mémoire. Puis je
vous dis ça en toute amitié, là, il n'y a pas d'arrière-pensée ou d'élément
négatif. Moi, je pense que les gens qui ont été actifs dans la société
puis qui aujourd'hui sont retraités doivent être traités correctement, je n'ai
aucune difficulté avec ça. L'idée n'est pas de les ostraciser, loin de là.
Ce que
j'aurais aimé voir, cependant, dans votre mémoire, c'est en lien avec le projet
de loi n° 3 que vous nous demandez de retirer. Vous savez que
le projet de loi n° 3 est la première pièce législative qui garantit
l'intégralité de la rente de base et de la
rente des conjoints survivants. Ça, ça touche directement les retraités. Et,
lorsqu'on le retire, vous dites dans
la même phrase : Le statu quo n'est pas acceptable, mais laissez ça à la
libre négociation. Or, la libre négociation, en ce qui a trait aux déficits passés, a maintenu le statu quo. Voyez-vous
que c'est un peu le chien qui court après sa queue, là? On a eu, au
cours des 15 dernières années, de nombreuses libres négociations, et
jamais on n'a réglé, dans la libre négociation, les déficits passés.
Vous
avez eu l'exemple, la semaine dernière, de la ville de Québec qui était en
période de négociation de convention
collective, et vous avez, notamment à la question des fonds de pension, sur la
question des déficits passés, le président
du syndicat des cols blancs qui est venu dire : On a décidé de pelleter ça
par en avant, et, dans votre mémoire, vous
nous dites qu'il faut arrêter de pelleter ça par en
avant. C'est précisément ce qu'on fait. Contrairement à ce qui est dit,
on ne s'attaque pas aux retraités. Le projet
de loi n° 3, je l'ai dit la semaine dernière, a été fait en pensant à
eux. En garantissant, d'une part, la santé financière des régimes de
retraite, c'est fait directement aussi pour faire en sorte qu'ils puissent
continuer à percevoir une pension. En garantissant que toute négociation ou
restructuration exclut la possibilité de toucher à la rente de base, ça vient
protéger les retraités. En faisant en sorte que la rente du conjoint survivant
soit protégée, ça protège une réalité d'un Québec passé où les conjoints
n'avaient pas une sécurité financière et devaient compter sur une rente pour
les protéger eux-mêmes. Je suis étonné de voir que la FADOQ ne reconnaît pas ça
dans son mémoire.
Puis
encore une fois je vous le dis en toute amitié, l'idée, là... Vous dites :
Ce n'est pas aux retraités de payer. C'est vrai, mais le projet de loi
n° 3, il ne fait pas payer que les retraités, il fait payer les syndiqués
puis il fait payer les contribuables aussi.
Quand on partage 50-50 les déficits passés, qui est-ce qui paie, 50-50 entre la
municipalité puis les associations syndicales? C'est tous les
contribuables.
Mais,
quand certaines parties des déficits passés sont attribuables aux retraités et
que je dis, contrairement...