Institutions — 14 February 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-02-14
Quebec — Committees
Le Président (M.
Bachand) : Ça va? Merci. Alors donc, je souhaite donc la
bienvenue aux représentants de l'Association
des directeurs de police du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, et après
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Alors, je vous invite immédiatement à commencer. Et, encore une fois,
bienvenue.
Mme Dion (Helen) :
Merci, M. le Président. Mme la ministre, membres de la commission. Je suis
Helen Dion, directeur du Service de police
de Repentigny et aussi présidente de l'Association des directeurs de police du
Québec. Je suis accompagnée par le directeur général de l'Association des
directeurs de police du Québec, plus simplement appelée l'ADPQ,
M. Didier Deramond, qui anciennement était directeur adjoint au SPVM.
Comme nous le
faisons régulièrement lorsqu'on se présente devant vous, à l'occasion de
diverses commissions, je vais passer
rapidement les remarques d'usage pour qu'on puisse avoir plus de temps à la fin
pour les questions, si vous me permettez.
Alors, pour
vous parler un peu plus de l'Association des directeurs de police, nous sommes
une association vieille de plus de
80 ans, dont cet organisme a pour but premier de mettre en commun et de
valoriser l'expertise des dirigeants policiers et de leurs partenaires au profit d'une meilleure sécurité publique pour
les citoyens du Québec. Nous comptons parmi nos rangs l'ensemble des
dirigeants des 30 organisations policières municipales du Québec, de la
Sûreté du Québec, de la Gendarmerie royale
et d'autres services de sécurité publique oeuvrant partout sur le territoire
québécois. Cependant, en ce qui concerne ce mémoire, la Sûreté du Québec
se présente par elle-même plus tard au sein de votre commission.
D'entrée de
jeu, nous souhaitons vous dire que nous ne sommes pas d'accord avec la
nomination aux deux tiers pour... en
ce qui concerne le directeur de la Sûreté du Québec, tout simplement parce que
nous considérons, à la différence du
dirigeant de l'UPAC et du dirigeant du DPCP, qu'il s'agit d'un corps de police
traditionnel. Et je peux vous dire aussi qu'on veut saisir par la même occasion l'opportunité d'élargir un peu
plus ce qui nous est proposé dans le présent projet de loi pour uniformiser l'ensemble des processus de
nomination des directeurs au Québec. Nos remarques et commentaires sont le
reflet de nombreuses consultations visant la recherche de solutions pour
développer de nouvelles pratiques qui vont permettre d'offrir aux
citoyens et citoyennes du Québec une police la plus indépendante et efficace
possible.
Si vous me
permettez, M. le Président, je vais vous ramener un peu en arrière. Nous avons
eu la Commission d'enquête sur la protection de la confidentialité des sources
journalistiques qui a ressorti 27 recommandations en date du 14 décembre 2017. De ces 27, nous en avons
retenu trois, et qui sont les piliers du mémoire qu'on vous présente
aujourd'hui. Je vais vous faire la
lecture pour qu'on puisse savoir de quoi on parle exactement. La
recommandation 5 : «Revoir les règles relatives à la
nomination des directeurs de tous les corps de police, de façon à soutenir le
principe de leur indépendance à l'égard des autorités politiques en place,
depuis le processus menant à leur nomination jusqu'à la fin de leur contrat.» Recommandation 6 : «Reconnaître
législativement la responsabilité des élus dans la définition des orientations
qui guideront la police dans l'accomplissement de sa mission et encadrer
l'exercice dans un processus public et transparent.» La recommandation 7 : «Encadrer législativement les
communications directes entre les autorités politiques et la direction du corps
de police [...] elles sont responsables, de même que les demandes d'information
qu'elles peuvent formuler.»
Donc, à la
lecture de ces trois recommandations piliers, il est clair que la commission
dénotait qu'il fallait avoir une nette séparation entre les pouvoirs
politiques et les opérations policières. Donc, dans la foulée de ces
recommandations, l'association
des directeurs a mis en place un comité d'étude pour pouvoir répondre et donner
au ministère des pistes de solution à
l'égard de cette commission. En septembre 2018, nous avons d'ailleurs déposé au
ministère de la Sécurité publique l'ensemble des recommandations
contenues dans ce rapport, et je vais vous faire état des principaux constats.
premier lieu, nous avons regardé ce
qui se fait à l'heure actuelle dans l'ensemble de la province en matière de processus de nomination des directeurs de police.
D'emblée, je peux vous dire qu'il y a à peu près autant de sortes de processus
de nomination qu'il y
a de corps de police au Québec. Et
ça, c'est quand il y a un processus de nomination; souvent,
il y a absence de celui-ci. Vous comprendrez que la légitimité d'un directeur
de service est directement proportionnelle à l'intégrité et la
crédibilité du processus qui le met en place.
Aussi,
dans nos constats, il nous a été permis d'apprendre que le contrat de travail
ou ce qui lie le directeur de police à
son employeur est aussi disparate à l'ensemble de la province. Certains ont des contrats de
travail, certains n'en ont pas. Certains,
les durées ne sont pas les mêmes, ne sont pas égales, ce qui place souvent un directeur de police dans une situation
précaire.
y a aussi, ce que nous avons constaté, absence de profil de compétence. À
certains endroits, il y a des profils de compétence établis; certains autres, il n'y en a pas. Donc, à ce
niveau-là, nous aussi, on a une préoccupation qu'il devrait y avoir,
évidemment, des profils de compétence à tout le moins égaux pour l'ensemble des
directeurs.
Nous
avons aussi vu que le mandat donné à un directeur de police n'est pas
clairement établi au départ. Donc, un directeur de police qui accepte la
fonction policière n'a pas un mandat prédestiné, avec des objectifs clairs et
établis. De ça, il n'y a pas non plus
un processus de reddition de comptes basé sur le mandat préétabli et, de ça,
évidemment, qui pourrait se baser pour la destitution ou non ou la
continuité du contrat.
Alors,
suite à ce constat, voici les principales recommandations que nous vous
soumettons, M. le Président :
Le directeur
d'un service de police devrait être issu du milieu policier et doit avoir une
expérience en gestion des affaires policières. Les processus de
sélection, de nomination et de destitution, de renouvellement devraient être
uniformisés pour tous les directeurs de
police du Québec, y compris celui de la Sûreté du Québec. Les directeurs de
police devraient avoir des contrats de
travail à durée déterminée, renouvelables, évidemment, à la discrétion des
parties. Une grille d'évaluation et un mécanisme de reddition de comptes
uniformes pour l'ensemble des directeurs devraient être élaborés. Les
directeurs devraient être évalués en
fonction de cette grille et du mandat préalablement établi. L'imputabilité et
la reddition de comptes du directeur à cet égard, de ce mandat, seraient renforcées, laissant ainsi moins de place
aux appréciations aléatoires. Les comités de sélection devraient
bénéficier de l'indépendance nécessaire pour être en mesure de recommander les
candidats aux décideurs politiques, et ce, sans qu'un nombre déterminé de
candidats soit fixé à l'avance. La composition du comité devrait être apolitique et avec la présence de personnes qui
ont, évidemment, affaire avec le corps de police en question, qui travaillent
et qui sont des parties prenantes avec le
corps de police. Et ce que l'on souhaite aussi, c'est que le choix ultime,
évidemment, suite aux recommandations
du comité de sélection de candidats potentiels, demeure aux instances
politiques concernées.
Plus
spécifiquement en ce qui touche au projet de loi n° 1, la
loi sur la lutte
à la corruption, nous sommes d'avis que les critères d'admissibilité des
candidats qui seront aptes à remplir la fonction ne sont pas clairement
établis. Il y aurait lieu que ces
critères soient établis par règlement, donc connus de tous et du comité de sélection,
dont je vous rappelle que l'ADPQ fait
partie. Le mandat précis du directeur de l'UPAC et les orientations politiques
devront aussi, également, faire l'objet d'une mention prima facie
particulière afin de pouvoir adéquatement évaluer le travail du candidat
retenu.
Concernant
la Loi de police, comme je vous ai dit au tout début, nous sommes d'avis que le
directeur de la Sûreté du Québec ne
devrait pas faire l'objet d'une nomination aux deux tiers de l'Assemblée
nationale, que le mandat du directeur de la Sûreté du Québec devrait être rendu
public au moment de la sélection de ce dernier, que l'évaluation et le rendu
public, c'est-à-dire sa reddition de
comptes de sa performance, soient également connus, ce qui facilitera son
renouvellement ou son non-renouvellement, et ce, à l'abri de toute
ingérence ou apparence d'ingérence politique.
Nous sommes inquiets
de la mise en place d'un mandat à durée fixe. Cette règle pourrait potentiellement
limiter certaines candidatures. À
titre d'exemple, pour certains candidats, il
n'y aurait pas de possibilité de poursuivre dans l'organisation, qui n'aurait
pas tout à fait atteint l'âge de la retraite à la fin de son mandat.
Nous
recommandons de ne pas instaurer de maximum d'années au mandat des directeurs.
Nous vous recommandons aussi la mise en place d'un processus formel de
renouvellement inclus dans la loi. Nous recommandons que les normes d'éligibilité des candidats soient indiquées dans
la loi, que l'obligation pour les corps de police dits traditionnels d'avoir
un policier à sa tête soit aussi enchâssée dans la loi.
Quant
aux modifications au niveau du DPCP, au niveau de son processus de nomination
du Directeur des poursuites criminelles
et pénales, nous n'avons aucun commentaire à formuler à cet égard. Cependant,
en conclusion, toutes les recommandations que nous venons de faire vont dans le
sens d'une plus grande efficacité, d'une plus grande transparence des processus
de nomination des directeurs, et l'objectif derrière ces recommandations est de
renforcer la légitimité du processus de
nomination ainsi que des directeurs et de leurs services de police. Ce que nous
voulons, au final, c'est d'augmenter la confiance du public eu égard aux
décideurs et à notre institution.
plus, je tiens à vous informer, M. le Président, qu'on aurait aussi aimé
promulguer nos commentaires en ce qui concerne le projet de loi
n° 2. On a déjà un mémoire de rédigé à cet effet.
Ce sera tout pour nos
commentaires. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci infiniment. Nous allons débuter,
maintenant, la période d'échange avec des membres de la commission.
J'aimerais rappeler qu'au niveau du parti ministériel le temps alloué est de 22
min 13 s. Et je laisse la parole à Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme Guilbault :
Merci beaucoup, M. le Président. Je ne sais pas si je dois ouvrir mon micro...
Mme Guilbault : Il est... O.K. Ah! Excusez. Alors, merci. Merci, M. le Président.
Merci, madame monsieur, merci d'être
ici aujourd'hui, très heureuse de vous accueillir. Évidemment, de par la nature
de l'organisme que vous représentez, vous
avez certainement un point de vue extrêmement pertinent sur ce projet de loi.
Alors, merci de vous être déplacés et de nous éclairer de votre
expertise en la matière.
J'ai quelques...
il y a quelques points d'intérêt sur lesquels j'aimerais vous interroger. Je
vais laisser du temps pour mes collègues, mais je vais y aller avec deux
ou trois éléments.
Le premier
sur lequel j'aimerais revenir, et c'est peut-être moi qui ai mal compris, mais
j'ai eu l'impression que vous avez déploré... en ce qui concerne le
commissaire à la lutte anticorruption, vous avez déploré que les critères qui prévalent pour le sélectionner ne seraient pas
clairs ou