Labour and the Economy — 24 May 2016 (41st Legislature, 1st Session)

CET 2016-05-24

Quebec — Committees

Labour and the Economy — 24 May 2016 (41st Legislature, 1st Session)

CET 2016-05-24

Quebec — Committees

Le Président (M. Cousineau) :

Rebonjour à tous et à toutes, nous reprenons nos travaux.

Maintenant,

comme je le mentionnais, lors de la dernière rencontre ensemble,

nous étions sur le sous-amendement

de Mme

la députée de Gouin,

et puis vous aviez eu le temps uniquement de lire votre sous-amendement, si je me

souviens bien. Alors, Mme la députée de Gouin, on vous laisse plaider, vous

avez 20 minutes.

Mme David

(Gouin) : Merci, M. le Président, et merci aux collègues pour leur collaboration. Je vais peut-être répéter le sous-amendement, M. le Président, juste pour qu'on se rappelle tous ensemble de quoi on discute.

Donc, c'est d'ajouter, à la fin de l'amendement qui avait été présenté...

qui a été présenté par le collègue député de Saint-Jean, le sous-amendement suivant : «Ni ne porte atteinte au droit à la dignité visé à l'article 4

de cette même charte», parlant ainsi de la charte des

droits et libertés de la personne et de la jeunesse.

Alors, M. le

Président — bonjour,

M. le Président, nouveau président — pourquoi ce sous-amendement? Écoutez, je sais bien que ça peut sembler un peu

répétitif, mais le ministre nous dit : Il faudrait arrêter de porter notre

regard uniquement sur des personnes qui pourraient refuser de participer à des

programmes ou refuser d'occuper un emploi convenable,

et donc ces personnes-là subiraient des sanctions, parce qu'il faut penser à

toutes les autres personnes nouveaux demandeurs à l'aide sociale qui

vont accepter d'être

partie prenante d'un programme ou d'une formation, d'aller

à l'école ou un emploi, etc., et donc ces

personnes-là — et là je

pense aux personnes pas encore en emploi mais en mesure d'insertion — auront des allocations mensuelles augmentées

de façon importante, en tout cas ces allocations seront plus importantes que ce qui est le cas en ce moment. Et

cela est vrai, cela est vrai pour les personnes qui vont participer.

Mais, pour celles qui, pour une raison ou

pour une autre, décideront probablement momentanément de ne pas participer ou

pour les personnes qui quitteront un

programme pour des raisons que l'agent jugera non conformes, parce qu'en

dernière analyse c'est

l'agent ou l'agente qui décide, bien là, ces personnes-là vont subir des sanctions,

et donc vont voir leur chèque, après plusieurs manquements, là, coupé,

et donc devront avoir un chèque, une prestation de base de 400 $ par mois.

mon avis, cela atteint à la dignité des personnes. Cela atteint à la dignité

des personnes au sens que l'on donne à ce mot-là en général, que ça soit

dans les déclarations internationales, que ça soit dans notre Charte des droits

et libertés. Il y a quelque part où les

personnes vivant sur un territoire ou dans un pays riche où... Normalement,

chaque être humain devrait pouvoir vivre, évoluer, s'épanouir avec un

revenu qu'on qualifierait de décent, tout simplement parce qu'il faut vivre. En lisant les journaux en fin de

semaine, je découvrais que l'inflation au mois de mars, finalement,

était plus élevée que prévu parce qu'il y a

des augmentations de prix de toutes sortes de biens de consommation et des

loyers, de la nourriture, etc. Donc, ça, ça atteint aussi les personnes

les plus pauvres, là, c'est clair. Et de condamner un certain nombre de ces personnes-là pour des raisons que

l'on croit justes... Mais on n'a pas demandé leur avis aux gens. Nous, parlementaires, nous qui... ou le gouvernement,

particulièrement, qui représente l'État québécois, croit juste d'obliger...

Je sais bien qu'il va me dire : Les

gens ont le choix, ils pourraient faire autrement. Oui, mais, à l'ultime

limite, lorsque le citoyen décide que, lui ou elle, ça ne lui convient

pas, c'est l'État qui décide, et l'État décide qu'il y a des personnes au

Québec qui vont vivre dans un état qui n'est pas digne... dans une situation,

je veux dire, qui n'est pas digne.

me semble que vivre dans la dignité, c'est avoir le sentiment, jour après jour,

là, qu'on est capable de tenir la tête

en dehors de l'eau. C'est avoir le sentiment qu'on appartient à une société,

qu'on n'en est pas exclu. Et là, à mon avis, on est vraiment dans l'exclusion, et cela, que les personnes, à la

limite, aient choisi ou décidé de ne plus participer à un programme,

pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Il se peut parfois qu'elles soient

mauvaises. Je suis même prête à admettre cette idée-là. Mais, si elles sont

mauvaises, encore faut-il en débattre avec les gens, encore faut-il créer un

environnement favorable. De toute façon, l'allocation de participation disparaît.

C'est déjà quand même un montant appréciable

qui s'en va. On se retrouve avec la prestation de base. Puis là on

dirait : Mais, en plus, là, on va vous couper davantage, plaçant les gens dans une situation que

moi, je considère en dessous de ce qu'on doit obliger... ou ce qu'on

doit demander à un être humain. Et je trouve

très difficile d'accepter une situation où des êtres humains, des personnes

vivant dans mon quartier, vivant dans des

régions du Québec, à un moment donné, pour toutes sortes de raisons, là, aient

à vivre un certain temps, même si

c'est un certain temps, avec 400 $ par mois. En fait, il n'y a juste pas

moyen de vivre avec ça, c'est tout. Ce n'est pas plus compliqué que ça,

c'est juste impossible.

Alors, j'ai dit bien

des fois qu'on allait s'apprêter à vivre plein d'autres problèmes avec ça, qui

ne seront pas tellement gagnants pour la société québécoise, ça fait que je ne

le répéterai pas, parce que le ministre connaît mon argumentation. Mais là ce que je veux lui dire en cet instant, c'est que

ma conception, en tout cas, de la dignité humaine nous interdit, comme société... Si d'autres

sociétés le font, grand bien leur fasse. On vit au Québec, et, au Québec, il

me semble qu'on s'est donné une sorte de contrat moral, particulièrement depuis

la Révolution tranquille, c'est de faire en

sorte que chaque être humain, qu'il soit bon ou mauvais, qu'il soit jeune ou

vieux, homme ou femme, puisse vivre avec au moins un strict, strict minimum l'empêchant de sombrer dans une

misère qu'on ne voudrait pas vivre, personne d'entre nous, et qu'on ne

voudrait pas voir vivre par personne de notre famille.

Alors, pour le

moment, c'est ce que j'ai à dire sur le sous-amendement, M. le Président.

Le Président (M.

Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin. M. le ministre.

M. Blais :

Très peu de choses, là, sur ce qui a été dit, parce qu'on a déjà eu l'occasion

de parler de ça, M. le Président. Mais, pour

faire suite à une discussion qu'on a eue lors de notre dernière rencontre, je

crois, j'aimerais déposer un tableau. J'ai des copies, là, pour les

collègues. C'est un tableau, là, qui indique un peu, là, ce que peuvent obtenir

les participants, là, à Objectif emploi.

Le Président (M.

Cousineau) : Vous en faites un dépôt officiel à la commission?

M. Blais :

J'en fais un dépôt officiel, M. le Président.

Le Président (M.

Cousineau) : D'accord, bien, on va distribuer les copies aux

membres de la commission.

Blais : Je pourrais le commenter pour bien comprendre, parce que c'est

un élément peut-être qu'on n'a pas regardé suffisamment encore.

Le Président (M.

Cousineau) : Alors, vous allez le commenter, là?

M. Blais :

Je vais le commenter tout de suite et, si... ou je peux le commenter plus tard

aussi, là, ça dépend des collègues.

Le Président (M.

Cousineau) : Bon, d'accord.

Blais : Mais ça permettrait de comprendre un petit peu, là, les

montants auxquels auraient droit les

participants, là, à Objectif emploi.

Donc, vous avez des

colonnes. À l'extrémité de droite, vous avez une colonne qui est, finalement,

ce que peut... ce sur quoi peut compter une

personne, au Québec, qui est au salaire minimum, qui travaille

35 heures-semaine. Donc, son revenu est de 1 420 $. À cela, vous ajoutez, là, son

crédit d'impôt solidarité et crédit d'impôt TPS, là, qu'il peut

demander. Sur une base mensuelle, ça lui fait un revenu de 1 548 $.

à gauche, vous avez huit colonnes, selon les choix de participation, disons,

des personnes à Objectif

emploi. Et ça illustre un peu les éléments

que j'utilisais la semaine dernière. Prenons, par exemple, la troisième

colonne à partir de la droite, si

vous voulez bien. Objectif emploi, donc, quelqu'un qui est plutôt dans

le développement de compétences, en formation, qui est à Objectif emploi et qui va chercher un revenu de travail de

200 $ par mois, ça, c'est

l'équivalent de 19 heures de travail par mois ou quatre heures et

demie par semaine, bien, vous avez votre revenu de travail, vous avez droit à votre prestation d'aide sociale, vous

avez droit à votre crédit d'impôt de solidarité plus une bonification de

260 $. Ça vous donne tout près de 1 200 $ par mois.

pour 1 200 $ par mois, votre prestation de travail, elle a été

environ de 19 heures pendant un mois, si je ne me trompe pas. Et,

revenons complètement à droite, celui qui est au salaire minimum et qui faisait

35 heures-semaine, lui, ça veut dire...

j'y vais... donc, c'est à peu près 140 heures, un peu plus, par mois.

Donc, voyez-vous, le différentiel n'est pas énorme, hein, pour quelqu'un qui, finalement, n'a offert qu'une

prestation de travail de 19 heures-semaine par rapport à quelqu'un,

à droite, qui se lève à tous les matins aussi, qui travaille fort, qui trouve

la vie parfois un peu difficile, mais qui

apporte une contribution de 140 heures-semaine. Alors donc, c'est majeur

en termes de différence de temps de travail,

et on voit que la rémunération... À 1 200 $ par mois, on doit se rapprocher

à peu près des propositions du Comité consultatif

de lutte contre la pauvreté, qui proposait 80 % des seuils... pas des

seuils de faibles revenus, mais du panier de consommation, hein, la

mesure de panier de consommation.

Donc,

ce que l'on veut, je pense, tous, ici, ce que l'on veut, c'est que le plus de

personnes participent, à la fois pour améliorer immédiatement leur sort

du point de vue économique et aussi parce que toutes ces mesures-là, hein,

augmentent leurs chances, de façon importante, de pouvoir sortir de la

pauvreté. Toutes ces mesures-là.

problème, c'est qu'en ce moment... On a déjà eu des mesures de ce type-là par

le passé, notamment Alternative jeunesse,

et le taux de participation était élevé au départ, et ensuite il y avait un décrochage

très, très, très important. C'est la raison

pour laquelle on en vient aux pénalités, pas pour les appliquer, mais pour

faire en sorte que les gens s'engagent, à la fois que les personnes s'engagent... et encore une fois, vous allez

voir, vous voyez bien, au net, elles améliorent leur situation immédiatement. On ne peut pas faire

beaucoup plus, parce que, faire beaucoup plus, il y a des gens qui

quitteraient leur travail pour aller à l'aide sociale, pour demander l'aide

sociale puis avoir les avantages qui sont ici. Je pense que ces gens-là peuvent

comprendre, on ne peut pas faire beaucoup plus au niveau financier. Et le

problème que nous avons — parce

que tout le monde va s'entendre là-dessus, c'est une bonne chose — c'est

que notre taux de participation à ces

mesures-là, il est faible, et notre taux, disons, de rétention, surtout, dans

ce type de mesures là, il est faible

si on n'utilise pas la possibilité, là, qu'il y ait des sanctions. Donc, ça

explique un peu la logique de notre démarche, M. le Président.

Le Président (M.

Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors, toujours sur le

sous-amendement de Mme la députée de Gouin, est-ce qu'il y a d'autres

interventions? Mme la députée de Gouin.

David (Gouin) : Mais, M. le Président, là je suis un petit peu

embêtée, alors je vais demander votre aide en termes de procédure. Ça me

fait un petit peu penser au graphique de l'autre jour, enfin une semaine

précédente, là où le ministre nous avait

apporté le tableau des différentes étapes, là, d'Objectif emploi, puis on avait

eu le loisir de poser un certain

nombre de questions sans que, si j'ai bien compris à ce moment-là, ça interfère

beaucoup avec les temps de parole. C'est sûr que je n'ai pas envie de

prendre mon 20 minutes à poser des questions, mais en même temps je trouve

ça intéressant, ce que le ministre nous

dépose, et j'imagine que ce serait intéressant qu'on puisse lui poser des

questions. Alors, je demande votre aide. Mais, si c'est pour interférer, bien,

on ne posera pas de questions, mais ça serait dommage.

Président (M. Cousineau) : Mais, dans la procédure, si on ne veut pas hypothéquer le temps qui

vous est alloué pour le sous-amendement, ce qu'on peut faire — avec un consentement, on peut faire beaucoup

de choses — avec

un consentement des membres de la

commission, on peut prendre un temps, sans hypothéquer votre temps de

discussion sur le sous-amendement, pour discuter du tableau que le

ministre vient de nous donner. Mais ça prend un consentement.

Blais : Il n'y a pas de raison, M. le Président, simplement parce que

c'est un élément dont on parle en 83.6, là, un peu plus tard, comme d'autres éléments dont on a parlé. Mais c'était

pour permettre une illustration, on pourra revenir là-dessus, là, quand

on sera rendus à 83.6.

Le Président (M.

Cousineau) : Donc, s'il n'y a pas de consentement, les

discussions se poursuivent sur le sous-amendement,

et le temps court. Alors, Mme la députée de Gouin, est-ce que vous voulez

continuer? On peut passer la parole à un autre membre de la commission,

toujours sur le sous-amendement déposé par la députée de Gouin. M. le député de

Saint-Jean, vous débutez votre 20 minutes.

Turcotte : Merci, M. le Président. Bien, je crois que, bon,

pour se situer, là, effectivement, c'est toujours bien de... Pour se remettre un peu dans l'esprit, là, lors de notre dernière séance j'avais déposé un amendement

à l'article 83.1 qui fait

partie de l'article 28 du projet de

loi, donc l'article 83 qui mentionne : «Le programme Objectif emploi

vise à offrir aux personnes qui y participent un accompagnement personnalisé, notamment

par la formation, en vue d'une intégration en emploi.» J'y vais de mémoire, là,

c'est à peu près ça. Il y a eu quelques amendements et quelques sous-amendements.

Il y en a de rejetés, pour la plupart, un certain nombre d'adoptés. Mais il me

semble que ça va à peu près dans ce sens-là.

J'ai déposé l'amendement

suivant : donc, d'ajouter, après cet alinéa que je viens de lire, l'alinéa

suivant :

«Aucune disposition du présent

chapitre ne peut avoir pour effet que la prestation accordée

à un participant ne lui assure pas le niveau de vie décent visé à l'article 45

de la Charte des droits et libertés de la personne.»

Et là notre collègue la députée de Gouin avait

déposé un sous-amendement qui mentionnait : «Ni ne porte atteinte au droit

à la dignité visé à l'article 4 de cette même charte».

Donc, si on

fait référence à l'article 45 de la Charte des droits et libertés de la

personne, l'article 45, comme je le mentionnais dans mon amendement,

M. le Président, mentionne : «Toute personne dans le besoin

a droit, pour elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière

et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un

niveau de vie décent.»

Et, à l'article 4

de la même charte, la Charte des droits et libertés de la personne, dont notre

collègue députée de Gouin fait

référence, l'article 4 stipule : «Toute personne a droit à la

sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation.»

Donc, M. le Président, je crois que... Et là le ministre nous dépose un tableau qui nous en dit long, au

fond, là, sur les intentions ministérielles. Je crois qu'actuellement on entre sur un terrain très délicat, un terrain

très dangereux, M. le Président,

parce qu'on s'est bien gardés, là, de ne pas entretenir, là,

des préjugés, là, durant les travaux de la commission jusqu'à maintenant, mais, avec le tableau qui est présenté aujourd'hui, au fond, le ministre

nous démontre l'intention qu'il a, ou l'intention du gouvernement, ou

l'argumentaire du gouvernement de dire : Bien, il y a les bons puis il y a

les méchants. Il y a

les bons qui veulent donner un montant de

plus aux plus démunis et qui veulent... qui désirent aider les gens à se sortir de la pauvreté, et il y

a les méchants, les députés d'opposition, qui empêchent qu'on aide les gens plus démunis.

Je crois, M. le Président, qu'on fait vraiment

fausse route, parce qu'en ce moment, là, avec les chiffres que nous avons là... Premièrement, ce n'est pas des

nouveaux chiffres, première des choses, et il y a une présentation des

chiffres qui est un peu douteuse, dans le sens où on laisse croire que des

gens, parce qu'ils sont à l'aide

sociale, ont des montants que

d'autres personnes n'ont pas. Parce que c'est un peu de ça qu'on parle.

Je vais vous

donner... Exemple, pour le crédit de TPS et crédit de solidarité

sociale, bon, quelqu'un qui travaille à 304 $, quelqu'un qui

travaille 19 heures-semaine, pourquoi présenter quelqu'un qui travaille

19 heures-semaine? Où ça vient,

ça, 19 heures-semaine? C'est-u une moyenne? Donc, pourquoi comparer

quelqu'un qui travaille 19 heures-semaine à quelqu'un qui a le

programme Objectif emploi? Moi, je me questionne là-dessus.

Moi, je vois

que, bon, il y a l'utilisation du 200 $ qu'on fait référence, quelqu'un

qui est à l'aide sociale a droit d'avoir

des revenus de 200 $ par mois. On a fait ce débat-là. On l'a mentionné à

plusieurs occasions. 200 $ par mois, ce n'est même pas

10 heures par mois. Sérieusement, M. le Président, là, sérieusement,

j'aimerais connaître beaucoup d'employeurs

qui vont engager quelqu'un moins de 10 heures par mois. C'est quand même

assez faible, là. Pourquoi? Je vais vous le dire, M. le Président, parce

qu'on a eu un amendement de notre collègue la députée de Gouin qui parlait justement de permettre à ce que le montant du

200 $ par mois soit sur une base annuelle, ce qui aurait permis

justement d'aller dans le sens où le

ministre veut le présenter avec son tableau. Mais là ce n'est pas ça, là. Donc,

quelqu'un qui va... un employeur qui

va se trouver un emploi à à peu près neuf heures par mois, c'est... il faut

avoir un horaire assez flexible, merci, là, ou avoir un emploi qui est

assez prenant certaines journées du mois. Dans le contexte où c'était un revenu

annuel, là on pouvait parler. Il faut que, premièrement, la personne ait le

200 $ par mois, ce qui n'est pas acquis.

Et l'autre

information, M. le Président, que j'aimerais voir, c'est... Le ministre nous

dit : Si on enlève... si on va plus que les montants qui sont

mentionnés, le 165 $ ou le 260 $, bien, on va inciter des gens qui

sont au travail à aller sur l'aide sociale.

C'est ce qu'il nous a dit. Nous, on n'est pas contre le 165 $, on n'est

pas contre le 260 $, on n'était pas contre le 195 $ à l'époque, on n'est pas contre ça. Ce n'est pas

ça, le problème. Nous, c'est comme... c'est la sanction qui est

d'affecter le 623 $ de base, donc le 623 $ du chèque.

Puis, M. le Président, juste pour ajouter, là, à

ce que je dis, même dans la présentation du tableau, quand la personne est à l'aide sociale, elle a une couleur

jaune, jaune-beige, de 623 $, et, quand la personne embarque sur

Objectif emploi, la couleur du 623 $ est vert lime. C'est pour vous

confirmer, M. le Président, que, quand la personne va embarquer — obligatoirement — à Objectif emploi — ce n'est pas par choix, c'est

obligatoire — elle ne

sera plus considérée comme à l'aide

sociale. Donc, il y a une volonté évidente du gouvernement de réduire le nombre

de personnes à l'aide sociale, du

moins sur le plan statistique, mais aussi... Et, au-delà de ça, c'est la

question des droits de la personne. On

a parlé des droits pour la révision, on a parlé de différents aspects, puis le

ministre, bon, il nous a dit : Oui. Puis après ça c'était non, puis, ah! mais c'est différent parce qu'eux, ils

sont sur un programme, le programme Objectif emploi. Donc, même dans la

présentation des couleurs, on le voit clairement que, lorsqu'on est à l'aide

sociale et qu'on est obligé d'embarquer sur Objectif emploi, ce n'est plus les

mêmes droits, ce n'est plus... on n'est plus dans la même colonne statistique

pour le gouvernement.

Donc, moi, je

crois qu'avec la présentation du tableau, à ce moment-ci, ça démontre encore

plus l'importance, M. le Président,

d'adopter le sous-amendement et, bien entendu, l'amendement que j'ai présenté

pour que les gens puissent avoir

droit à la dignité. Parce qu'on l'a mentionné à différents moments, M. le

Président, avec moins de 623 $ par mois, une personne peut difficilement vivre dans la dignité et, comme le fait

l'article 45, là, bon, on le mentionne

aussi, là, a droit de... à un montant, là, de base.

Donc, si la

personne n'accepte pas Objectif emploi, bien, la personne, elle n'a aucune aide,

elle n'a même pas l'aide sociale. Il y aurait dû avoir une catégorie,

une colonne aussi là-dessus, là. Une personne qui n'accepte pas, un primodemandeur qui n'accepte pas le programme

Objectif emploi, il y aurait dû avoir une colonne 0 $.

Puis ça, c'est la personne qui n'accepte pas d'avoir le programme

Objectif emploi. À moins que le ministre nous dit autre chose, mais, s'il y a une obligation d'embarquer dans

Objectif emploi, ça veut dire que, si elle n'accepte pas, bien, elle n'en

a pas, d'aide, elle n'a pas d'argent. Bon, peut-être

qu'elle a droit au crédit TPS puis le crédit solidarité, mais, on

s'entend, là, si elle a... je ne sais pas,

là, comment ça serait représenté, mais je crois qu'on ne serait pas... ça ne

serait pas des gros chars.

Donc, M. le

Président, moi, la seule chose que je vois de ce tableau-là, c'est que, bon, on

a les chiffres devant nous, ça fait

qu'on peut parler, là, des mêmes chiffres, et c'est très visuel, donc ça, c'est

apprécié. Mais, au-delà de ça, moi, j'ai beaucoup de réserves dans...

Premièrement, ça démontre vraiment le choix du ministre de séparer, là, les

gens qui sont à l'aide sociale et à Objectif

emploi, c'est deux catégories de personnes différentes, donc ce n'est pas les

mêmes droits. Et l'autre aspect,

c'est... puis là le ministre semblait me chuchoter une réponse, là, je pourrai

peut-être le laisser répondre, mais pourquoi qu'on présente

19 heures pour comparer une personne qui est en recherche active d'emploi

ou en développement des habiletés sociales et, dans le cas du... en

développement des compétences, formation, on présente comme comparaison quelqu'un qui travaille 20 heures? Est-ce que

c'est parce qu'on a essayé de prendre le chiffre qui se rapprochait le plus en fonction, là, de

10,75 $ de l'heure, le salaire horaire, le salaire minimum? Donc, en

tenant compte du salaire minimum, combien d'heures que ça prend pour

que ça, je ne vois pas, là, la raison pourquoi qu'on présente 19 heures et

20 heures.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le député de Saint-Jean. M. le ministre.

Blais : On doit comprendre que le 19 heures, c'est pour avoir une

idée un peu de combien d'heures de travail ça prend aujourd'hui au

Québec pour accumuler 200 $ par mois, là, donc c'est autour de...

M. Blais : ... c'est ça, c'est

autour de 19 heures, une prestation de 19 heures par mois.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le député de Saint-Jean.

Turcotte : Je ne comprends pas, M. le Président, c'est écrit : «Travail 19 heures-semaine» puis là le ministre

nous dit : 19 heures... Je ne

comprends pas comment 19 heures, même par mois, 19 $... 19 heures

fois 10,75 $ de l'heure, parce que le salaire minimum est à

10,75 $, ça ne donne pas 200 $, 19 heures-semaine.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le ministre.

Une voix : Bien, ça donne

835 $...

Le Président (M. Cousineau) :

S'il vous plaît! M. le ministre.

M. Blais : M. le Président, peut-être

que la sous-ministre va expliquer, là, pourquoi il y a eu 19 heures d'un

côté puis 20 heures de l'autre.

Président (M. Cousineau) : Oui, d'accord. Ça me prend un consentement pour permettre à

la sous-ministre de s'adresser

à vous.

Des voix : Consentement.

Président (M. Cousineau) : Merci. Consentement, consentement. Mme la sous-ministre, votre nom puis votre titre, et puis

répondez à la question.

Maltais (Chantal) : Oui, Chantal Maltais, sous-ministre adjointe aux

politiques et à l'analyse stratégique et à l'action communautaire.

Alors, dans

le graphique qu'on vous a présenté, ce qu'on a tenté de démontrer, c'est

l'équivalent de quelqu'un qui est à

Objectif emploi, qui a un revenu de 200 $ par mois, ce qui équivaut à peu

près à quatre heures et demie par semaine. Donc, quelqu'un qui va aller, par exemple, soit en recherche active

d'emploi ou en développement de compétences va aller chercher un montant de 165 $. À ce moment-là, une personne

sur le marché du travail doit travailler 19 heures-semaine pour

avoir un montant équivalent au niveau de ses revenus globaux. On va chercher le

revenu net. On avait fait la même démarche

pour le développement des compétences. À ce moment-là, une personne doit travailler

20 heures par semaine pour avoir

un montant équivalent à la personne à Objectif emploi qui va aller chercher

l'allocation additionnelle. Ces

montants, des montants de revenus et les montants de prestations de... les

transferts, les CIS, et les primes au travail, etc.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, Mme la sous-ministre. M. le député de Saint-Jean.

Turcotte :

Merci, M. le Président. C'est effectivement ce que je pensais comme élément de comparaison, mais, premièrement, il faut

que la personne puisse... ait un emploi de 19 heures-semaine ou de

20 heures-semaine pour pouvoir atteindre ce montant-là.

Et, l'autre information, à moins que je me trompe, depuis le début, on parle d'Objectif emploi,

bon, sur une durée de 12 mois, qui peut s'étendre jusqu'à

24 mois, donc, encore là, en présentant ce tableau-là comme c'est

mentionné, ça laisse sous-entendre que c'est pour toujours,

ce qui n'est pas le cas. C'est dans les cas... Les chiffres, là, qui sont

mentionnés pour Objectif emploi, c'est pour 12 mois jusqu'à 24 mois,

si la personne, là, est, comme le ministre l'a mentionné, en progression, là, donc, si elle progresse. Ça fait que

c'est quand même aussi un peu difficile, là, de comparer

ces chiffres-là.

Mais, moi, la

question que je réfléchis puis qui m'est venue immédiatement à l'esprit : Voyant ces chiffres-là, quelle est la motivation de la personne? Si le ministre

dit que c'est assez près du montant, bon, 35 heures-semaine, et

puis que la personne... il faut

garder une zone, puis tout ça, quelle est la motivation de la personne, dans ce

cas-là, de quitter le programme

Objectif emploi puis d'aller travailler? Si le ministre nous dit que c'est ça,

sa crainte, avec les chiffres qu'il nous présente, là, et qu'il dit lui-même, là, que c'est très près du salaire,

puis tout ça, quelle sera la motivation de la personne dans ce cas-là?

Le Président (M. Cousineau) :

M. le ministre.

M. Blais : Il y a deux choses. Donc,

les phénomènes d'attraction sont très bien connus, sont très documentés, c'est-à-dire que, s'il n'y a pas un écart

suffisant entre ce que donne un salaire minimum à temps complet et des

bonifications à l'aide sociale ou l'aide

sociale elle-même, il y a un risque d'attraction, c'est bien connu. Pourquoi?

Parce que la personne à l'aide

sociale a peut-être moins de revenus, mais elle a plus de temps de non-travail

dont elle peut disposer. Ce temps de non-travail, bien sûr, la personne

qui est à temps complet en a moins.

Donc,

maintenant, ce que l'on recherche tous ici, je crois, c'est la sortie de l'aide

sociale, hein? On espère que les gens

vont pouvoir s'en sortir, et, pour ça, il faut développer leur capital humain,

il faut augmenter leurs compétences, il faut leur donner le goût du travail, il faut leur redonner le goût de la

dignité, il faut qu'ils trouvent les capacités qu'ils ont en eux, il faut les soutenir dans cette démarche-là.

Une fois qu'ils sont soutenus, là, on espère qu'ils arrivent à trouver

un travail au salaire minimum, mais, si

possible, même au-delà du salaire minimum, ce qui leur permet, là,

définitivement, de quitter la pauvreté.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le député de Saint-Jean.

Turcotte : Moi, je

n'ai toujours pas... je ne vois toujours pas la réponse à ma question :

Quelle sera la motivation de la personne? Le ministre me dit, au fond : La

personne qui est à l'aide sociale a plus de temps que la personne qui travaille

pour à peu près le même revenu, donc c'est un incitatif. Bon, bien, c'est ça,

la question que je pose : Comment... Si

le ministre nous présente ce projet-là puis ce programme-là... Puis là

j'essaie, là, d'enlever tout ce que je

peux penser, puis tout ça, puis tous les débats qu'on a eus, etc., puis je

regarde froidement le tableau, puis le ministre nous dit : Il faut faire attention, il ne faut pas

se rendre trop près du 1 548 $, là, par mois, parce que c'est ce que

quelqu'un qui travaille

35 heures-semaine a comme revenus, puis tout ça. Mais là le ministre

lui-même dit : On est à 1 200 $, donc on n'est pas très loin, puis tout ça. Le ministre n'a pas

des craintes que les gens décident de continuer le programme jusqu'à la

fin?

Le Président (M. Cousineau) :

M. le ministre.

Blais : Il faut faire attention, là. Oui, c'est... D'abord, les

personnes à Objectif emploi ont des obligations, ils ont une prestation, pas une prestation de travail,

mais ça peut être d'être en formation, donc il y a une prestation. C'est

pour ça, d'ailleurs, qu'on leur donne une bonification. Il faut rappeler aussi

que la durée est limitée dans le temps. Mais

ce que l'on sait très bien, ce qui est bien documenté, c'est que les personnes

qui arrivent à l'aide sociale qui sont des primodemandeurs sont ceux qui

sortent le plus rapidement si on les soutient et si on les soutient en

disant : Écoutez, on va vous donner

plus, mais on peut aussi vous enlever si jamais, là, vous ne respectez pas

l'engagement que vous avez pris,

hein? C'est ça, tout le principe qu'il y a derrière Objectif emploi, donc c'est

la sortie de l'aide sociale, hein, pour ceux qui sont en mesure de sortir le plus rapidement possible, et les

premiers demandeurs qui sont aptes, on se comprend bien là-dessus, sont

les meilleurs candidats pour une sortie rapide.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le député de Saint-Jean, ça va pour vous pour l'instant?

Turcotte : Pour

l'instant, oui.

Président (M. Cousineau) : Est-ce qu'il y a d'autres

interventions? M. le député de Drummond—Bois-Francs.

Schneeberger :

Oui, M. le Président. Regardez, moi, je regarde le tableau puis moi, je suis

plutôt l'inverse de mes collègues à

l'opposition, je trouve que c'est beaucoup plus positif, dans le sens qu'en

même temps, mais, ça donne... On

parlait justement du programme Objectif emploi. Moi personnellement, si je

rencontre une personne qui me dit qu'elle est sur le programme Objectif emploi, je trouve que, pour elle, c'est

beaucoup plus positif, c'est-à-dire qu'elle va sur quelque chose, elle se crée son propre avenir. Elle va

éventuellement accéder à un temps plein sur le marché du travail. Et

puis, en plus, elle a un montant supérieur,

c'est-à-dire qu'elle a un montant supérieur pour justement acheter des biens,

et autres, dû à sa formation, et

aussi la nourriture, son linge, et autres. Et puis le but de ça, c'est

justement qu'éventuellement elle accède au marché du travail. Et puis là

il y a des comparaisons. Je veux bien que, bon, c'est toujours le maximum qu'on met. Mais M. le député de Saint-Jean nous

disait que trouver quelqu'un qui travaille cinq heures par semaine...

bien, moi, je peux vous dire que j'ai énormément chez nous, énormément, de

petits commerces qui cherchent des emplois pour combler le soir, les fins de semaine, et

autres. Alors, c'est sûr que ça je pense que, quand on est capable de

garder, je veux dire, un pied à terre dans un... sur un emploi, ça permet justement

de s'accrocher, d'éventuellement revenir au travail. C'est ça, le but.

Et puis, en même, temps, on pourrait aussi questionner aussi à l'inverse, c'est-à-dire que, si demain matin une personne

qui demande de l'aide sociale pour la

première fois décide, elle :

Moi, je veux m'en sortir, je veux aller plus loin, je veux faire de la formation, et que l'autre personne, peu importent les raisons, là, je

parle ici toujours des personnes qui, selon... entre guillemets, est

apte à l'emploi, on ne parle pas d'inapte ou de contraintes temporaires ou

majeurs... ou sévères, pardon, pourquoi,

elle... si elle déciderait qu'elle ça ne lui tente pas de rien faire, pourquoi

qu'elle aurait le même montant que

l'autre personne qui fait... qui veut s'en sortir, qui force? Là aussi, on peut

dire : Ah! c'est discutable, c'est l'approche. Moi, pour ma part, je suis à l'aise avec ça. Il n'y a rien

de parfait, mais, je veux dire, si on recherchait la perfection, mais on

ne la trouverait jamais, parce qu'il n'y a rien qui est parfait, parce que,

quelqu'un qui est parfait, là, je n'ai jamais connu.

Alors, moi,

je pense que le ministre, là-dessus, fait quand même preuve de bonne foi, là,

il nous donne des chiffres, il nous le montre. Moi, j'approuve le geste

là-dessus.

Maintenant,

si on voudrait parler de personnes de l'aide sociale, de dignité, moi, je

parlerais beaucoup plus des personnes

qui sont inaptes à l'emploi ou qui reçoivent de la solidarité sociale, et, eux,

ce n'est pas avec un chèque ou un revenu

de 1 050 $ par mois que, là, on a de la dignité pour combler nos

besoins. Ça, ça serait une autre discussion que moi, là-dessus, j'aimerais peut-être plus parler, parce

que, là, on parle des personnes qui ne peuvent même pas travailler, qui

sont peut-être confinées à vie là-dessus, puis on sait bien qu'avec

1 000 $ par mois à vie, là, la réalité, ce n'est pas, tu sais, encore...

on va côtoyer les comptoirs alimentaires, les soupes populaires, et autres.

Alors, ça, par contre, ça serait peut-être une autre discussion.

Mais ici on parle toujours des personnes qui

sont aptes à l'emploi, puis, pour moi, une personne qui est apte à l'emploi, mais je pense que c'est positif de

pouvoir accéder à ça, question de... On parle de dignité. Moi, je veux

dire, je ne veux pas me répéter, mais, peu

importe, je veux dire, vous avez une discussion, quelqu'un qui retourne aux

études, ce n'est pas mal vu. Quelqu'un qui

participe à un objectif de retour là-dessus en formation, je pense que ce n'est

pas mal vu. Au contraire, je pense

que c'est beaucoup plus encourageant. Maintenant, encore là, pour finir, c'est

sûr que, comme je le disais puis je le

redis encore, il faut que ces programmes qui vont être mis en place conviennent

aux gens qui vont en avoir besoin et il ne faudra pas que ces gens-là

travaillent pour avoir le programme mais travaillent pour réussir. Merci.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le député de Drummond—Bois-Francs.

Je passerais maintenant la parole à Mme la députée de Gouin. Mme la députée, il

vous reste 13 minutes sur votre sous-amendement.

Mme David

(Gouin) : Merci, M. le Président. Ce qu'il y en aurait, des choses à dire! D'abord, peut-être

sur le fameux tableau, moi, ce qui me

frappe le plus, en fait, dans ce tableau, c'est qu'on fait une espèce

d'admission collective ici, parce que

les chiffres sont très certainement exacts : quelqu'un qui travaille

35 heures-semaine au salaire minimum a un revenu annuel de 18 574 $. Wow! Il commence là, le problème.

On a un salaire minimum trop bas, ça n'a aucun sens. 18 574 $

pour quelqu'un qui travaille 35 heures-semaine, là, franchement, moi, je

considère que ça n'est pas sérieux. Alors, évidemment, c'est sûr que, si la

personne travaille 20 heures-semaine, c'est encore moins sérieux, là,

parce que cette personne-là va avoir 14 195 $.

Et est-ce que

je peux me permettre de rappeler ici, M.

le Président, que ce 20 heures,

25 heures, parfois 28 heures-semaine,

c'est le lot de très nombreuses personnes qui travaillent au salaire minimum,

dont beaucoup, beaucoup de femmes, qui travaillent, entre autres, dans la restauration, le commerce de détail et

l'hébergement? Ce sont toutes des choses que j'ai apprises grâce à un an de travail avec ce fabuleux

organisme qui s'appelle Au bas de l'échelle et qui m'a tout enseigné en matière de salaire minimum. Donc, on parle ici,

là, de femmes... Je sais que tout le

monde pense aux étudiants, mais plus de 50 % des gens au salaire minimum ne sont pas des étudiants, ce sont

des adultes, très souvent des femmes à qui on n'offre pas plus que 25 heures,

30 heures-semaine. Ce n'est pas parce qu'elles ne veulent pas travailler

35 ou 40 heures, non, non, non, c'est parce qu'on ne leur offre

même pas. Vous voulez être caissière dans une banque, vous allez travailler

entre 28 et 32 heures-semaine. Ça, c'est la réalité, puis il y a de

nombreuses caissières qui m'en ont parlé, et je les crois, je suis certaine que c'est vrai. La même chose, par

exemple, dans les supermarchés. On ne vous offre que rarement un emploi

35 heures-semaine. C'est la flexibilité, il faut être là au moment où les

clients sont là, alors vous allez peut-être avoir 25 ou 30 heures, vous

êtes au salaire minimum et vous ne franchissez pas le seuil de faibles revenus.

C'est là qu'il est, le problème.

Le ministre nous dit : Oui, mais,

attention! Il n'y aura plus d'incitation au travail si on finit par donner des montants trop élevés à l'aide sociale. Je

comprends, mais la meilleure manière d'inciter au travail, c'est de donner

des revenus de travail décents. Et donc,

évidemment, j'appuie fortement les diverses campagnes qui ont lieu en ce

moment et qui parlent, avec une certaine

progressivité, en franchissant les étapes nécessaires, mais d'arriver à un

salaire minimum de 15 $ l'heure, parce que, sinon, on est pauvre.

Deuxièmement,

je voudrais dire que, c'est sûr, je comprends un peu, là, du côté ministériel,

on prend les situations qui peuvent paraître les plus avantageuses.

Donc, oui, une personne qui, à la fois, travaille 20 heures par mois, est

à Objectif emploi, a donc sa prestation de

base plus le 260 $ — qui n'est donné qu'aux gens qui sont en formation, pas aux

autres, hein? — et

le 110 $, là, de transfert, cette personne-là qui a cumulé toutes ces

choses formidables, elle, elle a 14 314 $

par année. J'aimerais bien ça savoir le nombre de gens qui vont être capables

d'avoir tout ça : aller à l'école à temps plein, la prestation de base, bien sûr, et travailler — en plus de l'école à temps plein, là — pour 200 $ par mois. Je ne sais

pas comment ça se répartira, là, dans les semaines. Ça peut exister, je ne dis

pas que ça ne peut pas exister. Je ne suis pas certaine

que ça soit si fréquent que ça, quand on connaît, pour beaucoup de personnes,

beaucoup de jeunes, en particulier, toute la

difficulté qu'il y a à retourner à l'école. Là, on ne parle pas d'un étudiant

universitaire qui réussit bien dans

ses études, qui va dans une bonne université du Québec, à Montréal, à Laval, au

Saguenay ou Dieu sait où, et qui travaille souvent, effectivement,

20 heures-semaine en plus de suivre ses cours universitaires. Je suis bien

au courant de ça. Mais là on parle de jeunes — puisque le ministre insiste beaucoup sur les

jeunes — qui ont

de grandes difficultés scolaires.

Puis là on se dit : En plus d'être à temps plein à l'école, d'avoir des devoirs et des leçons, ils vont certainement

travailler, ils vont tout faire ça, là, à l'année longue. Bien, bravo s'il y en

a pour qui c'est possible, mais ça ne sera pas tout le monde.

Et je reviens

encore à la même chose. 14 314 $,

c'est mieux que rien, c'est sûr, c'est mieux que juste la prestation de base, tout le monde s'entend là-dessus, c'est

évident, mais le ministre nous dit : C'est l'équivalent de quelqu'un

qui travaille 20 heures-semaine. Alors, c'est quoi, la solution? Bien,

c'est d'augmenter le salaire minimum, ce n'est certainement pas de maintenir le plus bas possible les prestations, que

ça soit les prestations de base ou les allocations.

Deuxièmement,

je reviens à la notion de dignité. Dans les textes que j'ai pu lire là-dessus

et qui correspondent aussi aux

diverses conventions et ententes internationales, de même qu'à notre charte,

comment est-ce qu'il faut comprendre le mot «dignité»? Parce qu'on

l'emploie souvent, ce mot-là, mais je me suis interrogée sur ce que ça voulait

dire. Et là probablement qu'il y a diverses

notions, là, je n'ai pas fait, quand même, des recherches, je n'ai pas mis

40 heures là-dessus, on

s'entend. Mais, tout de même, ce que j'ai trouvé, c'est que quelqu'un qui se

sent digne, à qui on accorde ce droit à la dignité, c'est quelqu'un à qui on considère donner des droits, c'est

quelqu'un qui sent, qui pense, qui constate qu'il ou elle a des droits

dans une société, c'est quelqu'un qui se sent respecté, quelqu'un qui n'est pas

humilié de diverses façons, quelqu'un dont

on respecte... une personne dont on respecte l'intégrité corporelle, morale et

sa capacité d'épanouissement personnel.

Je sais que

le ministre va me dire : Mais justement c'est là-dessus qu'il est fondé,

le projet de loi, c'est de donner ça à tout le monde, de donner une

chance, de permettre de sortir de la pauvreté. Je ne conteste pas les

intentions. Je dis simplement qu'à partir du moment où une personne, quelles

que soient les raisons, doit vivre avec 400 $ par mois je considère que

nous ne sommes plus dans une situation de respect vis-à-vis cette personne. Je

sais, on lui a offert des choses. Je

comprends tout ça. Mais il peut y avoir, en parlant avec des groupes sur le

terrain, là, tellement de raisons qui font que cette personne-là, jeune ou moins jeune, à un moment donné,

abandonne un programme. Ça sera probablement pour y revenir ou revenir à

un autre programme, mais il faut questionner les raisons. Il faut comprendre ce

qui amène les individus à agir plutôt que de

leur dire au bout de deux ou trois fois : Bien là, c'est bien dommage,

mais ça va être 400 $ par mois.

Parce que, là, on les place dans une situation de non-dignité et de non-droit,

et, moi, ça, ça ne me paraît pas possible.

Dernier point, M. le Président, il ne doit plus

me rester beaucoup de temps, j'aimerais rappeler qu'Objectif emploi, là, c'est quand même l'aide sociale. On ne

se contera pas d'histoires ici, là. Je regarde, dans l'autre graphique

qui nous a été distribué il y a quelques

semaines, tout l'encadrement qui est fait des personnes à Objectif emploi, là,

elles sont extrêmement encadrées, ce

qu'on ne retrouve pas lorsqu'une personne va aux études, là. Quelqu'un qui a eu

de la chance, qui vient d'une famille

qui a pu l'aider, quelqu'un qui a été stimulé, cette personne-là se retrouve à

l'université, on ne va pas passer son temps à lui demander de la rencontrer

puis on ne va pas fixer avec elle des objectifs de vie, etc., là. La personne qui est à Objectif emploi, ne nous y

trompons pas, elle, elle sait fort bien qu'elle est à l'aide sociale, puis sa

famille puis ses voisins le savent aussi. J'aimerais juste ça qu'on ne se conte

pas d'histoires. Les changements de couleur, c'est bien gentil, mais ça ne

change rien à la situation de base.

Et je termine en disant que, quand on accepte

comme société qu'il y ait des personnes, et il y en a beaucoup trop au Québec, parmi nous qui vivent en situation

de pauvreté... Et là je parle même de gens qui sont au travail, hein?

Parce qu'on le sait, là, les banques

alimentaires nous le disent, à cause de la faiblesse des salaires, à cause de

la précarité des emplois, à cause des

heures de travail qui ne sont pas assez imposantes, bien, ce qu'on fait, en

fait, là... Et ça, c'est un fait, ça n'est pas une analyse, le fait est

que, depuis les années 80, on développe au Québec une énorme... moi, j'appelle

ça industrie de la charité. C'est ça qu'on fait. Puis je n'en veux pas une

miette aux personnes qui travaillent ou font du bénévolat dans tous ces

organismes qui aident les personnes appauvries. Non seulement je ne leur en

veux pas, mais il y a des moments où je vais

donner un coup de main, et on le fait tous, mais, entre vous et moi, là, plutôt que d'amener les gens — ce

qui n'est pas toujours, je

trouve, dans un esprit de grande

dignité — à

être obligés d'aller quêter littéralement la banque alimentaire, à aller se mettre en file devant Jeunesse au

soleil, à Montréal, pour aller se chercher un panier de Noël, une file qui s'étire sur deux coins de rue,

là... Il faudrait juste se mettre à la place des gens qui sont obligés de

faire ça, là, le 18 décembre, là. Est-ce que

ça, c'est vraiment, au Québec, ce qu'on appelle le respect de la dignité des

personnes? Je sais que les bénévoles, les

centaines de bénévoles qui font ça le font avec une immense attention. Les gens

sont très attentifs aux gens qui viennent, comme ça, chercher des

denrées alimentaires. Donc, ce n'est pas du tout ça que je remets en question, là, je veux être très, très bien comprise. Ce

que je remets en question, c'est le fait qu'on accepte trop facilement, mais là c'est nous tous et nous toutes

comme société, que, plutôt que de hausser le salaire minimum,

plutôt que d'avoir une loi... des normes

minimales du travail plus resserrées à l'égard de certains employeurs fautifs,

plutôt que d'avoir des prestations de

base à l'aide sociale plus élevées... Dans

le fond, oui, on a un objectif emploi

qui, en soi, est intéressant, mais on a aussi des centaines

d'organismes, à travers le Québec, qui font ce que l'État ne fait plus. Soyons

clairs et, au moins, assumons collectivement que c'est ça qu'on est en train de

faire.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, Mme la députée de Gouin. Alors, je suis prêt à recevoir un autre

intervenant. M. le député de Richelieu, vous avez 20 minutes.

M. Rochon : Merci, M. le député... M.

le député de Bertrand et président de la commission.

Le Président (M.

Cousineau) : Sur le sous-amendement.

M. Rochon : Oui. Juste faire un peu

de millage sur la référence au salaire minimum qu'a faite ma collègue députée

de Gouin. Mon parti, la semaine dernière, a donné son aval à la motion

présentée par la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Et j'ai été heureux

tantôt d'entendre ma collègue de Gouin parler de ce qui progressivement allait

nous mener à cet objectif d'un salaire à 15 $ de l'heure. Parce que c'est

ainsi, nous, que nous avions interprété le

texte de la motion présentée par les gens de Québec solidaire, c'est-à-dire

d'un objectif de 15 $ de l'heure et de critères qui allaient

déterminer les montants d'augmentation annuelle pouvant mener à ces 15 $

là. Et, comme elle, je me préoccupe du sort des bas salariés, et effectivement

c'est un débat de société, me semble-t-il, que nous devons avoir.

Cela étant

dit, sur le sous-amendement, M. le Président, je vais être très, très, très

bref, là, sous-amendement greffé à l'amendement lui-même, à l'effet

qu'aucune disposition du présent

chapitre ne puisse «avoir pour effet que la prestation accordée à un participant ne lui assure

pas le niveau de vie décent visé à l'article 45 de la Charte des droits

et libertés de la personne ni ne porte

atteinte au droit à la dignité visé à l'article 4 de cette même charte».

Eh bien, je constate que, de ce côté,

et j'en suis bien fier, je l'affirme avec conviction, nous en faisons une

question de principe. Nous ne nous élevons

pas, évidemment, contre ces mesures qui peuvent amener le participant, la

participante à parfaire ses compétences, à améliorer ses acquis, ses habiletés sociales, à se trouver un emploi.

Mais nous avons bien de la difficulté à avaler que quelqu'un, primodemandeur,

qui refuse d'adhérer au programme Objectif emploi se retrouve avec aucune

espèce de prestation, rien du tout. Nous le disons, puis nous le faisons à la

suite de bien d'autres groupes qui l'ont exprimé, et même la Protectrice du

citoyen : Ça risque de conduire des gens dans la rue, puis ça, on

n'appelle pas ça la dignité, et il me semble aussi que ça contrevient à notre

Charte des droits et libertés.

Alors, voilà,

c'était très brièvement ce que j'avais à vous dire. M. le Président, vous

comprenez que j'appuie donc avec enthousiasme le sous-amendement de mon

collègue de Saint-Jean et avec autant d'enthousiasme l'amendement lui-même.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le député de Richelieu. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur

le sous-amendement déposé par Mme la députée de Gouin? S'il n'y a pas d'autre

intervention, M. le député de Saint-Jean, il vous reste cinq minutes.

Turcotte : Merci,

M. le Président. Notre collègue la députée de Gouin a mentionné un fait effectivement

important, là, mais, pour être sûr qu'on

parle de la même chose, de ce que je comprends, c'est que quelqu'un

qui est dans le programme Objectif emploi n'aura pas nécessairement les

mêmes recours en révision, et autres, que quelqu'un qui est à l'aide sociale, sur la justification des absences, etc., parce qu'il est dans un programme. Puis ça, on le

voit, là, ça a été mentionné à plusieurs égards. Donc, oui, la personne

va être encore à l'aide sociale, mais le problème, c'est qu'elle va y être pas uniquement pour... Elle va y aller

pour le meilleur et pour le pire, comme on pourrait dire. Mais, dans ce cas-ci, c'est pour le pire et le pire, ou pour le

pire et encore pire. Donc, elle n'aura que les mauvais côtés de sa

présence... sa participation au programme d'aide sociale. Donc, effectivement,

je pense qu'on pourra revenir sur cet aspect-là, là, plusieurs questions

pourront se poser.

Autre

commentaire sur les commentaires de notre collègue député de Drummond—Bois-Francs. Effectivement, moi, je crois que les allocations spéciales qui

sont offertes pour la recherche active en emploi et le développement des

habiletés sociales, ainsi que pour le

développement des compétences et la formation sont très intéressantes.

D'ailleurs, ce n'est pas le bout du programme qui nous pose problème. Nous, de

notre côté, ce qui nous pose problème, c'est les sanctions. Donc, ce n'est pas la présence du programme Objectif emploi,

c'est les sanctions qui affectent le 623 $, donc la prestation de

base de l'aide sociale. On l'a dit, on le répète. Et c'est pour ça que je

considère que l'amendement, et le sous-amendement

de notre collègue la députée de Gouin, fait en sorte de maintenir le montant de

base de 623 $ par mois pour un

prestataire d'aide sociale, qu'il soit dans Objectif emploi ou non. Donc, un

coup qu'on affecte le 623 $ par des sanctions, c'est là que nous,

on considère qu'on atteint la dignité de la personne et ses droits qui sont

prévalus par la Charte des droits et libertés de la personne.

Donc, on

n'est pas contre les allocations spéciales, on n'est pas contre d'inciter les

gens à se trouver un emploi, bien au

contraire, bien au contraire. Nous ne sommes pas contre le développement des

compétences et de la formation, bien au contraire. Nous l'avons même demandé à l'époque à l'ancien ministre. Et

je vois l'intérêt et l'ouverture très grande du ministre actuel pour ce champ d'action, ce terrain d'action dans le

programme Objectif emploi, qui ne semblait pas être aussi présent ou même pas présent au départ. Donc,

là-dessus, on n'est pas opposés à ça, bien au contraire. Cependant, tout

ça, là, n'empêche pas qu'on peut affecter et

on peut couper, je dois le dire, couper le 623 $ par mois par les

sanctions qu'on voit, là, en fonction

d'absences. Et, si une personne est absente ou est sanctionnée pour diverses

raisons, bien, contrairement à quelqu'un à l'aide sociale qui peut

demander une révision de la décision d'un agent, dans le cas d'un participant

du programme Objectif emploi, ce n'est pas le cas.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le député.

Turcotte : Mais

dites-moi le contraire, là.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le député de Saint-Jean. Est-ce qu'il y a une réaction? M. le...

Blais : ...on a mentionné, il me semble, à quelques reprises, là, bien

sûr, un participant d'Objectif emploi a des mesures, hein, s'il veut contester une décision, hein? Donc, c'est déjà

prévu, ça, hein? On va le voir aussi, de toute façon, un peu plus loin,

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le ministre.

Blais : ...la capacité de contester une décision. Sans ça, on serait...

Ça serait contraire à des principes qui sont bien admis dans les programmes,

là, du gouvernement.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le ministre. Est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant le

sous-amendement? M. le député de Richelieu.

Rochon : Oui. M. le

Président, il y a une lettre d'une femme bien connue, d'une militante engagée

pour les droits des prestataires d'aide sociale et des personnes moins

favorisées par la vie, qui vient d'être versée à la banque d'avis de la commission, une lettre de Vivian

Labrie. J'ai envie de vous en citer quelques extraits parce que je crois

que cette lettre pourrait éclairer nos

travaux et le ministre : «À mon avis — écrit Mme Labrie — le programme Objectif emploi tel

qu'annoncé fait fausse route un peu comme certaines mesures du gouvernement

Harper ont fait fausse route et sont présentement

en voie d'être retirées ou réparées par un Parlement canadien qui a repris ses

esprits. Beaucoup de personnes et

d'organisations ont exprimé ce qui fait problème. Depuis le début de vos

travaux, l'opposition a apporté des contributions utiles et

intéressantes pour proposer des voies de sortie à l'impasse.

«Le coeur du problème est clair pour ceux et

celles qui le signalent : revenir, dans le Québec de 2016, à une approche qui conditionne l'accès à l'aide de

dernier recours à l'acceptation d'un plan d'intervention obligatoire

assorti de pénalités sur les prestations de base est un non-sens. En s'appuyant

sur le chemin parcouru depuis 20 ans, la suite logique conduit plutôt à mieux garantir la couverture des besoins de

base dans une approche moins stigmatisante et à offrir séparément une

aide à la formation et à l'emploi de qualité.

«Dans ce

contexte, pour ceux et celles d'entre vous qui pensez toujours que l'approche

proposée par le ministère qui

conseille le ministre est viable, je me permets de vous soumettre quelques

pistes de réflexion, à la lumière de ce que j'ai entendu ces dernières

semaines — ça

vaut la peine de les entendre, ces pistes de solution.

«[Premièrement.] Il y a une pertinence à vouloir

aider des gens à s'en sortir, et notamment des jeunes au début de leur vie adulte, la question est comment.

Au cours des dernières semaines, j'ai pensé souvent à ces paroles d'une

femme de Rouyn à propos des vexations vécues dans les services d'aide aux

personnes : "[Il n']y a rien de pire que quelqu'un qui veut ton bien à ta place." La Loi visant à lutter

contre la pauvreté et l'exclusion sociale appelle à inclure les

personnes en situation de pauvreté dans les processus qui les concernent. Où

sont ici les études participatives et indépendantes

avec des personnes, dont des jeunes, qui pourraient éventuellement demander

l'aide sociale, pour savoir ce qui pourrait les aider et les soutenir

dans le contexte qui est le leur? Ces études montreraient peut-être aussi les problèmes de raisonnement qu'il y a à vouloir

augmenter la pression sur les premiers mois à l'aide sociale, vu que

c'est là que les chances statistiques de s'en sortir sont les plus grandes.

«[Deuxièmement.] Il y a une différence entre

réduire la pauvreté et réduire le nombre de personnes à l'aide sociale. Si le Québec et Terre-Neuve se démarquent

par rapport au reste du Canada par le fait de ne plus associer l'accès à

l'aide sociale à des mesures obligatoires,

quitte à avoir un peu plus de prestataires, ce peut être vu comme une qualité

et une innovation enviable et à imiter

plutôt que comme un défaut de système. Rendre possible d'accéder à un droit

dans la dignité, même si cela coûte

éventuellement un peu plus cher, est de l'ordre de la solidarité sociale et du

pas vers moins de pauvreté. Mieux vaut s'en honorer que s'en

défendre.

«[Troisièmement.] Il y a une logique à prendre

acte de l'esprit et de la lettre de lois fondamentales, même si elles n'ont pas juridiquement préséance sur le

présent projet de loi. C'est le cas de la Charte des droits et libertés de

la personne — à laquelle on référait il y a un

instant — et de la

Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Pourquoi

les diminuer comme si elles étaient sans valeur, comme on a pu l'entendre la

semaine dernière? En devant défendre cette

partie

du projet de loi n° 70, le ministre est mis en porte-à-faux par rapport au

fait qu'il est aussi le ministre responsable

de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Il ne peut

pas à la fois défendre l'esprit et la lettre de cette loi et le

programme Objectif emploi tel qu'il est amené [en tout cas] à le présenter.

«[Quatrièmement.] Il y a un problème éthique à

approcher comme une expérimentation sociale un nouveau programme comportant de

possibles effets dommageables sur des personnes. Il a été mentionné à quelques

reprises dans l'argumentaire ministériel que

le programme Objectif emploi pouvait être vu comme une expérimentation

sociale, dont les personnes visées constitueraient en quelque sorte le groupe

expérimental. Si une telle expérimentation était proposée dans une université,

elle ne passerait pas l'étape du comité d'éthique en raison des contraintes

imposées et dommages possibles aux conditions de vie des personnes.

«[Cinquièmement.]

Il y a un problème de justice à découvrir les protections de base quand on a

les moyens de faire autrement. En

2011, il manquait au Québec 3,6 milliards de dollars aux ménages les plus pauvres pour

qu'ils puissent couvrir leurs besoins au niveau de la mesure du panier

de consommation, ceci alors que le revenu disponible total était de 191 millions de dollars. De

2002 à 2011, en dollars constants de 2011, le revenu excédentaire [...] s'est

accru de plus que ce qu'il aurait

fallu pour couvrir les besoins de base de tout le monde. À la place, les

standards ont été rehaussés en haut

de l'échelle sociale et diminués en bas. Il y a là un problème de

distribution et de redistribution qui ne peut être résolu en mettant davantage de pression en bas

de l'échelle. Le programme Objectif emploi l'accentue en diminuant la garantie

de revenu à l'aide de dernier recours dans le déni évident de ce qu'il en coûte

pour vivre.

«[Sixièmement] — et ça achève, M. le Président — quand des préjugés sont en cause, les

décisions comportent un double

langage de type "je t'aide moi non plus" et des impacts qui se

cumulent dans les conditions de vie des personnes. On aperçoit cet

impact au Québec dans la différence de traitement chronique fait aux ménages de

personnes seules et/ou sans enfant jugées

aptes au travail. Les dispositions du projet de loi n° 70 qui mettent en

place le programme Objectif emploi sont porteuses de ce préjugé.»

Et je

terminerai par une septième remarque de Mme Labrie : «Si la cause profonde

du problème est systémique, elle ne

sera pas résolue en concentrant l'attention sur le comportement des personnes.

C'est le cas avec ce qui cause la pauvreté. C'est ce que dit la Loi

visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale dans son préambule et

la

Loi sur l'aide aux personnes et aux familles à son

article 2. Comme dans la

fable des animaux malades de la peste, accabler ceux et celles qui sont le plus en bas de l'échelle sociale ne réglera pas le

problème de l'échelle sociale. Or, l'essentiel du problème qui conduit

des personnes à demander l'aide sociale est là.»

Cela

constitue un fort bon résumé des propos qui ont été dits ici depuis des

semaines et des semaines, de tout ce que vous avez entendu aussi des

organisations proches des prestataires d'aide sociale. Je souhaite, encore une

fois, M. le ministre, que, si nous n'avons pas pu ébranler vos points de vue,

ces quelques lignes de Mme Labrie vous auront fait réfléchir plus avant à la catastrophe que pourrait annoncer l'adoption

de ce projet de loi là, qui n'a pas que des défauts, je ne veux pas dire

ça, il n'a pas que des défauts, mais il a celui, en tout cas, évident de priver

complètement de revenus un primodemandeur qui refuserait de participer au

programme Objectif emploi.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le député de Richelieu. Une réaction, M. le ministre?

Blais : Bien, moi, je pense que, malheureusement... le malheur, ce

serait de ne pas aller de l'avant, parce que, depuis cette loi-là, on

n'a pas progressé du tout, zéro, dans la lutte contre la pauvreté au Québec, et

il y a des sociétés qui ont progressé davantage que nous.

Ce dont on

parle ici, c'est des éléments de réciprocité qu'on retrouve dans toutes les démocraties

respectables dans le monde, hein, plus

égalitaristes, en passant, que le Québec, mais qui ont ajouté des éléments de

réciprocité. On a essayé de trouver

des formes de réciprocité qui convenaient à nos problèmes, donc à éviter

d'aller de bord en bord, mais de regarder des groupes, hein, qui sont

plus facilement mobilisables pour une sortie de la pauvreté.

Donc, je

pense qu'il faut progresser, tout le monde ici pense qu'il faut progresser dans

la lutte contre la pauvreté. Il faut trouver les bons moyens, cependant,

les moyens qui sont efficaces, qui pourraient donner des résultats. Ici, c'est 17 000 nouveaux demandeurs par année.

Là-dessus, il y a un certain nombre qui sortent de l'aide sociale sans qu'on

fasse quoi que ce soit, donc, on pourrait vous

donner les nombres, et on peut augmenter de façon importante,

probablement, avec ce type de mesure là, le nombre de personnes qui vont sortir

de l'aide sociale à court terme.

Donc, on est

vraiment dans le même esprit de lutter contre la pauvreté. Il s'agit de trouver

des moyens efficaces. Si le moyen

n'était pas efficace, vraisemblablement je le laisserais tomber, mais, quand je

regarde les pratiques partout dans le monde autour de ces enjeux-là,

puis quand je regarde ce que l'on propose comme mécanisme, là, il me semble

qu'à la fois ça ressemble beaucoup au Québec

dans sa façon de faire, beaucoup plus social-démocrate que les pays anglo-saxons,

par exemple, et, moi, j'en suis convaincu, on aura les résultats, là, probants,

là, assez rapidement.

Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. D'autres

réactions sur le... Oui, madame... M. le député de Richelieu, aviez-vous

terminé?

M. Rochon : Oui, j'avais une très

rapide sous-question. Comment, M. le Président, le ministre ne peut-il pas

cultiver de craintes — parce

que c'est surtout de ces gens-là que je lui parle, là... dont je lui

parle — à

propos des primodemandeurs qui refuseraient

de s'inscrire au programme Objectif emploi et qui seraient ainsi privés de tous

revenus?

M. Blais : Il faut faire attention.

Donc, on ne les prive pas de tous revenus, on les prive d'une

partie de leurs revenus, là. Ici, là — il ne faut pas que je me trompe — toujours dans les chiffres, là, c'est

224 $ ou 226 $, le montant maximal,

là. Je vais aller le chercher. C'est 224 $, pardon. Donc, le minimum, là,

qu'une personne qui ne veut absolument rien,

rien savoir, qui veut se débrouiller dans la vie seule, là, ce serait

502 $ donc, avec le crédit d'impôt de solidarité.

Ce qui arrive

dans les faits, là, très concrètement, c'est que les gens... il peut arriver

qu'il y a des gens qui ne veulent pas

être en relation avec le gouvernement parce qu'ils ont d'autres activités,

etc., ils ne veulent pas, disons, rencontrer des personnes, ils ne

veulent pas avoir d'aide, ça existe, ces gens-là vont sortir de l'aide sociale

simplement parce qu'ils vont aller, hein...

Il n'y a personne qui va rester là à dire : Bien, moi, j'ai 502 $ par

mois et je reste là. En tout cas, on ne voit pas ça. Alors, les gens vont aller chercher des revenus, vont sortir

carrément de l'aide sociale en disant : Écoutez, moi, je préfère,

compte tenu des possibilités d'emploi qui sont importantes — on

parle des gens qui sont aptes quand même au travail — des

possibilités d'emploi qui sont importantes en ce moment, je préfère sortir de

l'aide sociale, ne pas prendre ces montants-là, puis aller commencer...

recommencer ma vie.

personne, le cas dur, là, de quelqu'un qui, en plus d'avoir 502 $ par

mois, décide de n'avoir aucune contribution, aucun effort de travail,

qui veut se limiter à ça, bien, il faut vraiment le structurer dans notre

pensée pour imaginer cette personne-là. Et,

cette personne-là qui voudrait aller là-dedans, bon, on sait que c'est pour un

temps limité, c'est pour un an.

Ensuite, si vraiment son projet de vie... Ici, personne jusqu'ici n'a dit,

autour de la table, qu'il y avait des gens pour qui leurs projets de

vie, c'était de vivre à l'aide sociale. Je n'ai jamais entendu ça ici, hein? On

sait bien que l'aide sociale est une forme

de revenu minimum garanti qui est très stigmatisante, qui est très

marginalisante. Il y a des formes de revenu non garanti qui le sont

beaucoup moins. Donc, il n'y a personne, ici, je pense, qui a dit

jusqu'ici : Il y a des gens qui veulent vivre de l'aide sociale, puis qui se contentent de ça,

puis qui sont heureux, et c'est leurs projets de vie. Moi, je ne crois

pas ça. Il faut cependant offrir des possibilités aux gens de s'en sortir.

Le Président (M.

Cousineau) : Merci, M. le ministre. Est-ce qu'il y a d'autres

interventions? M. le député de Richelieu?

M. Rochon :

J'ai besoin de me faire préciser des choses par le ministre, là, parce que je

m'y perds. Primodemandeur, alors quelqu'un qui arrive pour la première

fois, là, au bureau de l'aide sociale, et qui requiert une prestation d'aide

sociale, et qui refuse de participer au programme Objectif emploi, il a ou il

n'a pas une prestation d'aide sociale?

Le Président (M.

Cousineau) : M. le ministre.

Blais : Bien, un primodemandeur qui arrive, donc il va être rencontré,

s'il refuse, s'il refuse, etc., à partir de... dans un certain nombre de mois, parce qu'on ne le fera pas

immédiatement, là... Premier mois, il refuse une rencontre, mais toute rencontre, il y a une première conséquence,

on en a déposé un tableau il y a quelque temps de ça, là, la conséquence,

si je me souviens bien, financière est de 56 $. J'y vais de mémoire, là.

C'est bien ça?

Blais : Oui? 56 $. Le mois suivant, si la personne dit :

Non, non, moi, vraiment, là, «give me the money», je ne veux vraiment pas, là, vous parler — parce qu'il s'agit de ça, hein, il s'agit

d'une rencontre de travail pour examiner ce que la personne veut — c'est 112 $. Le mois suivant, bon, ça pourrait aller jusqu'à

224 $, et ça s'arrête là. C'est les sommes qui sont déjà retirées des personnes qui ont commis

des fraudes à l'aide sociale. Ça existe

déjà, des gens qui vivent avec ces sommes-là, qui vont chercher des

revenus de travail par ailleurs pour améliorer leur sort.

Le Président (M.

Cousineau) : Oui. Mme la députée de Gouin. M. le député de Richelieu,

est-ce que vous aviez terminé? Parce qu'il vous reste encore un petit peu de

temps.

M. Rochon :

Oui, oui, ça va.

Le Président (M.

Cousineau) : D'accord. Mme la députée de Gouin, il vous reste

deux minutes.

Mme David

(Gouin) : Merci, M. le Président. Le ministre nous parle souvent de

pays sociaux-démocrates où il y a

certaines obligations liées à la réception d'un chèque, qui ne

s'appelle pas d'aide sociale, là, directement, mais... puis tout ça est évidemment très

complexe parce que, dans ces pays, par exemple les pays scandinaves, tout ce

qui s'appelle formation, stage en entreprise,

formation continue, c'est tout imbriqué, c'est beaucoup plus développé qu'ici, donc

on est complètement dans une autre situation, premièrement.

Deuxièmement,

dans un dossier fort intéressant publié dans L'Itinéraire le

15 mars dernier, on a des statistiques sur l'investissement en pourcentage du PIB dans l'aide sociale et là on

découvre que, justement dans les pays qu'on aime bien citer, l'investissement est bien plus élevé qu'au Québec :

Danemark, 30 % en pourcentage du PIB; France, 31 %; Suède,

28 %; Allemagne, 25 %; et, quand on arrive au Canada, on est à

17 % d'investissement, là, dans ce qu'on appelle l'aide sociale. Qu'est-ce que je veux dire par là, dans le temps qu'il

me reste? C'est que ça n'est pas tout de dire : Il y a des gens qui

sont mal pris, c'est important de les aider, c'est important de leur proposer

des projets de vie. Puis là je dirais même qu'Objectif emploi les encadre pas

mal, puis, en tout cas, on les tient serré, mettons. Mais il est où? Si le ministre me dit : Là, finalement, depuis

l'adoption de la loi contre la pauvreté et l'exclusion, on n'a pas fait

beaucoup de pas dans la lutte à la pauvreté, bien, je suis obligée de

lui dire que, depuis l'adoption de cette loi, c'est le Parti libéral qui a été

au pouvoir au Québec puis qui aurait pu s'en occuper, de la lutte à la

pauvreté, M. le Président. Je reviendrai.

Le Président (M.

Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin. C'est tout le

temps que vous aviez. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants? On arrive au

bout, là, pour l'ensemble du temps. M. le député de Saint-Jean, il vous reste

1 min 10 s.

Turcotte :

Parfait, je vais la prendre. Je veux juste comprendre. Le ministre vient de

mentionner qu'un primodemandeur qui

n'accepte pas d'embarquer dans le programme Objectif emploi, pour la première

sanction, ça sera comme le tableau

qu'il nous a présenté. Donc, la première sanction, ça sera de diminuer

l'allocation spéciale qu'il n'a pas parce

qu'il a refusé le programme. Donc, pour la première sanction, la personne

n'aura pas de sanction. Donc, le premier mois, ça lui donne 623 $

par mois. Pour la deuxième sanction, donc sûrement le deuxième mois, on va lui

diminuer de 56 $ son allocation de

base, ainsi de suite pour le tableau. Donc, si la personne accepte le programme

et qu'elle est absente pour

différentes raisons ou si la personne refuse et donc inévitablement est

absente, c'est la même chose. Est-ce que je comprends bien?

Blais : Dès qu'il y a un refus de participation, parce que la question

c'est peut-être un refus de participation, ou des manquements à un engagement qu'il avait pris, mais finalement ces

manquements-là s'additionnent, donc ça donne ces résultats-là.

Turcotte :

Donc, la seule différence, M. le Président...

Le Président (M. Cousineau) :

En conclusion, M. le député.

Turcotte : ...la

seule différence, donc quelqu'un qui accepte d'embarquer dans le programme va

avoir l'allocation spéciale jusqu'à tant

qu'elle cesse de participer au programme ou qu'elle fait preuve de manquements,

Le Président (M. Cousineau) :

Voilà, ça termine votre temps.

Turcotte : C'est ce

que je comprends.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le ministre, une réaction? Ça va?

Le Président (M. Cousineau) :

Très bien. Alors, est-ce qu'il y a d'autres intervenants concernant le sous-amendement déposé par Mme la députée de Gouin?

S'il n'y a pas d'autre intervenant, est-ce que le sous-amendement déposé

par Mme la députée de Gouin est adopté?

Turcotte : M. le

Président.

Le Président (M. Cousineau) :

Oui, M. le député de Saint-Jean.

Turcotte :

J'aimerais procéder au vote par appel nominal... bien, que si on pouvait...

Président (M. Cousineau) : Bien sûr. Alors donc, le

sous-amendement se lit comme suit : «Ni ne porte atteinte au droit à la dignité visé [par] l'article 4 de

cette même charte», à la suite de l'amendement déposé par M. le député

de Saint-Jean. Mme la secrétaire.

La Secrétaire : M. Turcotte

(Saint-Jean)?

Turcotte : Pour.

La Secrétaire : M. Rochon

(Richelieu)?

La Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?

Schneeberger :

Contre.

La Secrétaire : M. Blais

(Charlesbourg)?

La Secrétaire : Mme Sauvé

(Fabre)?

La Secrétaire : M. Drolet

(Jean-Lesage)?

La Secrétaire : Mme Simard

(Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?

La Secrétaire : M. Polo

(Laval-des-Rapides)?

La Secrétaire : M. Poëti

(Marguerite-Bourgeoys)?

Président (M. Cousineau) : Je m'abstiens.

La Secrétaire :

C'est rejeté.

Président (M. Cousineau) : Alors donc, le sous-amendement déposé par Mme la députée de Gouin est

rejeté. Nous revenons à l'amendement de M. le député de Saint-Jean, et, le

temps restant pour votre amendement, M. le député de Saint-Jean, il vous reste

1 min 5 s, Mme la députée de Gouin, il vous reste

7 min 50 s, et, M. le député de Richelieu, vous avez un beau

20 minutes. Alors, qui prend la parole? S'il n'y a pas d'intervenant, je

vais mettre... Oui, Mme la députée de Gouin.

Mme David

(Gouin) : M. le Président, donc, excusez-moi, là, je reviens sur l'amendement

qui nous parle de l'article 45. Moi, j'aimerais apporter à l'attention

des collègues, donc, de la commission et à l'attention du

ministre que j'ai pu mettre la main sur un texte publié dans la

revue Érudit , un

article d'Ysabel Provencher et Daniel Turcotte, où,

entre autres, on nous parle des raisons qui font que les gens abandonnent des programmes.

Parce que le ministre revient tout le temps là-dessus, hein,

c'est... Dans le fond, on va sanctionner des gens qui soit refusent carrément

de participer à des programmes ou des gens qui abandonnent des programmes

pour des raisons, en tout cas, qui nous paraissent... bien, qui nous paraissent, qui paraissent aux agents et

agentes comme des raisons qui sont non valables, mettons. Et, moi, ce

que je lis dans cet article-là,

c'est que, dans un peu plus de 40 %

des situations, l'abandon est attribuable à un motif qui ne relève pas de la personne elle-même, ce type d'abandon est

considéré comme non volontaire. Et là, dans 32 % des cas, par

exemple, on parle de problèmes de santé, on

parle de transférer à un autre programme, d'obtention d'un emploi, retour ou

poursuite des études, déménagement, décès,

accident de travail, etc. Donc, il y a déjà 40 % des situations, je pense

que le ministre en conviendra, où là

on voit bien que les personnes en cause ont été obligées d'arrêter le

programme. Alors, il en reste un 60 %.

Mais, dans le 60 % qui reste, dans le même article, on constate qu'il y a

un taux extrêmement élevé d'interruption dans certaines activités, en particulier la formation générale

secondaire, c'est-à-dire l'éducation des adultes, et là le taux

d'abandon dépasse, puis c'est vrai que c'est important, là, 71 %.

Mais,

moi, ce que j'aimerais demander au ministre, là... Parce que je vais arrêter de

lui parler de mon organisme, dans mon

comté, qui s'appelle Déclic puis qui est formidable, là, ça doit faire trois

fois que j'en parle, alors je vais essayer de ne pas me répéter, M. le

Président, mais je vais plutôt envoyer ma question au ministre... adresser ma

question au ministre, pardon : Si

71 % des gens abandonnent en cours de route la formation générale

secondaire, est-ce qu'il faut... de quelle façon faut-il réfléchir?

Est-ce qu'il faut se dire : Il y a vraiment 71 % des gens qui ne sont

pas sérieux, qui abandonnent en cours de

route, puis ça n'a pas de bon sens, puis il va falloir un petit peu, comme on

dit, serrer la vis, là, entre

guillemets? Ou alors il faudrait se demander : S'il y a plus des deux

tiers des gens qui abandonnent leur programme de formation générale secondaire, est-ce que ça se pourrait que ça soit

parce qu'elle n'est pas adaptée aux besoins de ces personnes? Il y a quelque chose qui ne fonctionne

pas. On ne peut pas traiter les problèmes de façon individuelle

lorsqu'ils sont systémiques. Un de mes collègues l'a dit, ça, tout à l'heure,

puis c'est tellement vrai : Quand un problème est un problème collectif, bien, il faut essayer d'en

trouver les causes et il faut le régler collectivement, pas en s'en prenant

aux personnes qui ont abandonné un

programme. Est-ce que ça se pourrait que la formation aux adultes, malgré ses

qualités, ne soit pas adaptée aux personnes

assistées sociales, puisque 71 % des gens abandonnent avant la fin? Est-ce

que ça se pourrait, là? Et c'est une question honnête que je pose au

ministre.

Le Président (M.

Cousineau) : M. le ministre.

Blais : Bien, c'est toujours possible, hein, que les choses ne soient

pas bien adaptées... que les formations ne soient pas bien adaptées. Dans le cas de l'étude, là, qui intéresse ma

collègue, là, il faut comprendre que ça portait sur... Donc, première chose, si les gens abandonnent pour

des bonnes raisons... Un problème de santé, c'est une bonne raison pour abandonner, il n'y a personne qui va les

poursuivre pour ça. Donc, c'est déjà prévu dans le programme que, si

vous avez des problèmes de santé, vous avez

des motifs valables, tout de suite, là, c'est reconnu. Et il y en a, des gens

qui ont des problèmes de santé ou

encore qui sont sous-diagnostiqués. On l'a déjà dit, ça, dès le départ. Donc,

tant mieux, parce que, comme ils rencontrent des gens, on pourra

davantage se rapprocher éventuellement d'un diagnostic, qui sait, puis

reconnaître la profondeur de leurs difficultés.

Mais

il reste qu'ici le traitement des données s'est fait sur un programme, qui est

MFOR, qui est un programme qui va

uniquement, là, vers la formation. Et il y a beaucoup de débats là-dessus,

parce qu'on sait bien que, même si on veut valoriser la formation... peut-être qu'elle n'est pas toujours adéquate,

mais il faut bien reconnaître que, des gens qui ont quitté l'école secondaire avec de très mauvaises

expériences, ce n'est pas toujours la meilleure façon de les réintégrer

que de les retourner à l'étude. On

souhaiterait tous qu'ils retournent aux études, mais parfois la meilleure

possibilité pour eux, c'est un retour

au travail, c'est de se trouver un travail ou faire un stage qui apporte une

certaine qualification mais qui n'est pas une formation comme telle.

Donc, MFOR, c'est un

programme unique, qui s'adressait à différentes clientèles, dont des personnes

qui étaient à l'aide sociale depuis un certain temps. Là, on est dans tout

autre chose, on est dans quelque chose de plus pointu, les premiers demandeurs, avec trois cheminements possibles — MFOR, c'est la même recette pour tout le

monde, c'est un retour en formation — donc la possibilité d'aller

vers l'emploi puis d'être appuyé vers la reprise d'emploi, la possibilité

d'aller vers des mesures de formation, et aussi en préemployabilité, ce que ne

reconnaît pas MFOR.

Alors,

je pense que notre recette, là, elle est beaucoup plus gagnante parce qu'elle

laisse beaucoup plus de possibilités,

hein, que ce que l'on offre avec MFOR et elle offre des possibilités à une

catégorie qui est en principe la plus facile à mobiliser.

Président (M. Cousineau) : Mme la députée de Gouin.

Mme David

(Gouin) : Merci, M. le Président. Je comprends ce que me dit le

ministre, mais, je suis désolée, il y a

quelque chose qui ne fonctionne pas, à mon humble avis. Je lis, dans la même

recherche, là, qui a été publiée, que, lorsqu'on parle de formation

universitaire et de formation technique collégiale, le taux de complétion est à

73 %. Autrement dit, plus on est

éduqué, plus le retour aux études fonctionne. C'est assez logique, d'ailleurs.

Et là le ministre me dit : Oui,

mais, bon, la formation générale, ce n'est peut-être pas la meilleure formule

pour tout le monde. Je lui soumets que, parmi les primodemandeurs, nous

aurons des adultes ayant probablement travaillé, ayant probablement perdu un

emploi, des gens peu scolarisés, généralement motivés, et, parmi ces gens-là,

il y en a un certain nombre qui voudra retourner à l'école ou qui voudra avoir

d'autres types de formation. Et le ministre nous dit : Il y a pas mal de

jeunes, hein sur 17 000 par année, il y

a 11 000 jeunes, dont un certain nombre viennent de familles à l'aide

sociale. Ces jeunes-là n'ont probablement pas, dans bien des cas, terminé

leur secondaire, en fait n'ont probablement pas de diplôme, ni le diplôme

d'études secondaires ni le diplôme d'études professionnelles. Ce sont ces

jeunes-là, qui effectivement ont souvent détesté l'école à s'en confesser,

qu'on va vouloir quand même essayer de ramener à l'école.

Parce

que, M. le Président, je soumets que, si on veut que les gens développent des

projets de vie, je ne suis pas certaine

qu'il y a un gros projet de vie, là, à 18, 19, 20 ans, d'avoir une petite

formation courte, là, dans quelque chose, s'en aller travailler au bout de six mois, donc on est sorti de l'aide

sociale, on n'est plus dans les statistiques, le gouvernement est

content, mais on n'a pas de qualification, là, très peu, minime, minime,

minime. Est-ce qu'on pourrait faire le pari pour

notre jeunesse d'avoir un diplôme d'études secondaires, minimalement, ou

diplôme d'études professionnelles? Pour la majorité, il y aura peut-être... dans certains cas, ce n'est pas

possible, j'en conviens très bien, mais pour la majorité, quand je vois qu'en Finlande le taux de diplomation au

secondaire est à 90 % ou 95 %, là, dans les temps requis, je me dis

qu'au Québec on pourrait franchement faire mieux que ce qu'on fait en ce

moment.

Alors,

moi, j'aimerais ça qu'on ait de l'ambition pour les jeunes qui s'inscrivent à

l'aide sociale. J'aimerais ça que la majorité, oui, retourne à l'école,

mais ça, M. le Président, ça veut dire : pas la formation générale aux

adultes, qui convient à un certain nombre de

gens mais pas toujours à ceux et celles qui effectivement ont décroché,

détestent l'école puis... Ce n'est

vraiment pas facile d'aller à l'école pour ceux et celles-là. Il faut investir

dans une formation adaptée. Alors, moi, je plaide que ça va être plus

gagnant que les sanctions qu'on veut imposer à ceux et celles qui, oui, vont

essayer d'aller à l'école avec un soutien moyen et qui vont abandonner en cours

de route.

Président (M. Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin. M.

le ministre, voulez-vous... Non? Ça va aller? Est-ce que... Oui, M. le

député de Richelieu. Vous avez 20 minutes.

M. Rochon :

Merci, M. le Président. Alors, je reviens, là, sur le thème qui a animé nos

derniers échanges, le ministre et moi, sur l'obligation du primodemandeur de

participer au programme Objectif emploi pour encaisser des prestations d'aide sociale. Ce fut toujours ma

compréhension. Et là, il y a un instant, j'ai entendu le ministre nier que

ce soit ça. Ce ne serait pas obligatoire de

participer au programme Objectif emploi pour un primodemandeur pour

obtenir des prestations. C'est bien ce que

vous m'avez dit tout à l'heure, M. le ministre? Est-ce que je comprends :

un primodemandeur n'a pas l'obligation de participer au programme

Objectif emploi pour que lui soit versé un chèque d'aide sociale?

Le Président (M.

Cousineau) : M. le ministre.

M. Blais :

Bien sûr, quelqu'un qui ne participerait pas du tout aurait droit à

l'assistance sociale, mais une assistance sociale qui est diminuée par rapport

à ceux qui participent.

M. Rochon :

J'ai donc du mal avec ce texte de l'article 83.1, qui se lit ainsi :

«Malgré les dispositions du

chapitre I,

toute personne visée par règlement qui aurait droit de bénéficier d'une

prestation en vertu du Programme d'aide sociale pour le mois qui suit sa

demande d'aide financière de dernier recours doit d'abord participer au

programme Objectif emploi.»

me semble dire exactement le contraire de ce que le ministre nous dit cet

après-midi. Et je ne suis pas le seul à le lire comme ça. Je vois le Barreau du Québec qui écrit : «Outre le

fait que le programme Objectif emploi soit obligatoire pour certains,

ils risquent également, contrairement à ceux qui ne participent pas au

programme, de perdre leur aide financière s'ils ne se conforment pas aux

exigences liées à leur participation. Il ne ressort pas clairement du projet de

loi que ces derniers demeurent admissibles à

une prestation d'aide sociale en vertu des dispositions du

chapitre I de

la

Loi sur l'aide aux personnes et aux familles, suite à un manquement au

programme Objectif emploi. Considérant que l'article 83.1,

alinéa deux — celui

que je viens de lire — proposé par le projet de loi reconnaît que ces personnes

auraient normalement droit à une prestation

d'aide sociale, il semble inéquitable que leur participation à ce programme les

prive d'un droit reconnu. Le projet de loi mériterait d'être plus clair à cet

égard.»

le mériterait, en effet, parce que... J'étais plutôt bon en français, là, puis

ce que je lis là, moi, c'est que, pour bénéficier du Programme d'aide

sociale pour le mois qui suit notre demande, il faut d'abord participer au

programme Objectif emploi. C'est écrit en

toutes lettres. Et le ministre me dit que non, me dit que ce n'est pas... on ne

doit pas d'abord participer, si on ne participe pas, on a quand même une

prestation d'aide sociale.

c'est amusant parce que... «c'est amusant», ce n'est pas amusant, ce qui se

passe là, mais j'ai toujours fait état de cette compréhension que j'avais qu'il n'y avait pas d'aide pour

quelqu'un primodemandeur qui refusait de s'inscrire au programme Objectif emploi, et jamais, jamais,

jamais le ministre ne m'a repris. Je ne comprends pas, là, ou il

m'écoutait distraitement ou encore les

choses sont en train de changer, il révise son projet de loi. Il faudrait qu'il

révise le texte alors, parce que, ce texte-là, ce n'est pas ce qu'il

dit, là.

Blais : Là, l'équivoque, je pense qu'il est facile à résoudre, là.

Puis il faut comprendre, là, le mémoire...

je pense que, la

partie du mémoire

que vous avez lue, là, les intentions réglementaires

n'étaient pas encore connues, là les intentions réglementaires sont

connues, là. Je vous ramène au cheminement qui est prévu, hein, donc sous

Objectif emploi. L'équivoque est au niveau

de l'expression «participant». Donc, tous les primodemandeurs seraient

considérés comme à l'intérieur du programme Objectif emploi. Je ne peux

pas sortir du programme Objectif emploi, hein? Je peux ne pas participer aux mesures ou participer aux mesures,

mais je suis à l'intérieur d'Objectif emploi. Par exemple, vous ne

pouvez pas dire : Moi, je ne veux pas

participer à Objectif emploi et je veux mon aide sociale. Je veux exactement le

montant d'aide sociale auquel ceux qui ne

sont pas des primodemandeurs ont droit. Ça, c'est exclu. Donc, ils sont... Vous

êtes à l'intérieur, toujours, d'Objectif emploi au moins pour

12 mois, hein? Et là on voit bien, là, dans le parcours, vous êtes

toujours à l'intérieur de ça. C'est ce qui

permet d'appliquer à la fois des bonifications et ce qui permet aussi

d'appliquer des sanctions.

Alors, que

vous participiez ou pas — c'est important — que vous participiez ou pas, vous êtes à

l'intérieur du programme Objectif emploi. Vous ne pouvez pas en être

exclu, parce que vous avez droit à des prestations.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le...

M. Rochon : J'ai l'impression que

plus le ministre s'explique, moins c'est clair. Il faut que vous soyez à l'intérieur du programme Objectif emploi que vous

participiez ou pas. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Un premier demandeur... Je ne fais pas exprès de ne

pas comprendre, là. C'est parce que j'ai toujours cru comprendre la même

chose, et jamais le ministre ne m'a dit que

je faisais fausse route, que, pour qu'un premier demandeur de prestations

d'aide sociale ait un chèque d'aide sociale,

il lui fallait participer au programme Objectif emploi. S'il refusait d'y

participer : pas un cent. C'était obligatoire.

Et c'est ce

que dit le texte, d'ailleurs. Il faisait bien de m'expliquer ça, parce que

c'est exactement ce que dit le texte :

«Toute personne visée par règlement qui aurait [le] droit de bénéficier d'une

prestation en vertu du Programme d'aide

sociale pour le mois qui suit sa demande d'aide financière de dernier recours

doit d'abord participer au programme Objectif emploi.» C'est ce que je

lis. C'est ce que le Barreau comprend, c'est ce que la Protectrice du citoyen

comprend. Là, il va falloir, je crois,

clarifier. Alors, si ce n'est pas ça, il va falloir clarifier le texte de l'article 83.1,

là, parce qu'il dit le contraire de ce que le ministre affirme cet

après-midi, là. Il me semble, en tout cas.

Blais : Bien, c'est assez clair, je n'ai jamais dit ici, une seule

fois, que quelqu'un se retrouverait sans aucune aide. Je n'ai jamais dit ça. Alors, regardez le parcours, il est assez

facile... Regardez le parcours, hein? Donc, le programme est obligatoire. On ne peut pas obliger quelqu'un

à participer s'il ne veut pas, à moins qu'on... Hein, on ne peut pas

obliger quelqu'un à participer s'il ne veut pas participer, mais il est

obligatoire. Vous êtes dans le parcours d'Objectif emploi nécessairement pendant 12 mois. Et, si vous voulez

savoir qu'est-ce qui va vous arriver, bien, regardez le cheminement selon... Selon le cheminement dans lequel vous

êtes, vous aurez des bonifications ou vous n'aurez pas de bonification.

Mais le programme est obligatoire.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le député de Richelieu.

Rochon : Alors, je reprends.

Je reprends. On ne peut obliger quelqu'un à participer au programme

Objectif emploi, mais ce programme est obligatoire.

M. Rochon : Alors, si... Oui?

M. Blais : Il est obligatoire au

sens où vous êtes nécessairement à l'intérieur de ce programme-là. Vous ne pouvez pas être, par exemple, à l'aide sociale.

Vous êtes dans le programme Objectif emploi. Il n'y a pas d'autre

statut, à moins que vous ayez une contrainte

ou quoi que ce soit. Mais, si vous êtes apte, il est obligatoire, et vous êtes

à l'intérieur du parcours qu'on a présenté il y a quelques semaines, là.

Rochon : Bon, bon, bon.

Voilà qui devient un petit peu plus clair. Donc, pour le premier demandeur, il

n'y a plus de prestation sociale, il y a les prestations du programme Objectif

emploi. C'est ça?

Rochon : Et donc on a le

choix d'adhérer ou de ne pas adhérer au programme Objectif emploi. Si on n'y

adhère pas, bien, on n'a pas un cent, puisqu'on n'adhère pas, on ne pose pas sa

candidature à ce programme.

Blais : On a le choix de réaliser des activités ou de ne pas les

réaliser. C'est ça, votre choix. Mais vous êtes dans Objectif emploi pendant 12 mois. Et, pendant cette période-là,

vous pouvez participer ou vous pourriez, hein, ne pas participer. Selon votre participation, vous aurez

droit à des bonifications. Si vous ne participez pas, vous aurez droit à

des réductions, mais on n'a jamais dit qu'il n'y aurait aucun montant, jamais,

jamais, jamais, hein? Donc, le minimum du minimum,

si vous ne participez pas, là, à Objectif emploi, que vous aurez par mois,

c'est 504 $ ou 502 $, là, je... 502 $, c'est dans notre

tableau, ici. Ça, c'est le minimum du minimum pour quelqu'un qui ne

participerait pas du tout.

Mais vous

êtes inscrit à Objectif emploi. Pourquoi? Parce que peut-être que vous avez

changé d'idée, peut-être que vous

avez décidé que, finalement, oui, ça vaut peut-être la peine de participer au

troisième mois, au quatrième mois. Et là vous acceptez de rencontrer un

agent d'aide sociale pour regarder exactement quels sont vos besoins, qu'est-ce

que vous aimeriez faire. Vous êtes réintégré à ce moment-là dans une

participation.

Le Président (M. Cousineau) :

Ça va, M. le député de Richelieu? Est-ce qu'il y a d'autres interventions

concernant l'amendement de M. le député de Saint-Jean? Alors, s'il n'y a pas

d'autre intervention, bien, nous allons mettre aux voix. Est-ce que l'amendement

déposé par M. le député de Saint-Jean, qui se lit comme suit : «Aucune

disposition du présent

chapitre ne peut avoir pour effet que la prestation

accordée à un participant ne lui assure pas le niveau de vie décent visé à

l'article 45 de la Charte des droits et libertés de la personne», alors

est-ce que cet... M. le député de Saint-Jean.

Turcotte : Merci,

M. le Président. J'aimerais, si c'est possible, procéder à un vote par appel

nominal.

Président (M. Cousineau) : Bien sûr. Alors, Mme la secrétaire,

vote par appel nominal sur l'amendement de M. le député de Saint-Jean.

La Secrétaire : M. Turcotte

(Saint-Jean)?

Turcotte : Pour.

La Secrétaire : M. Rochon

(Richelieu)?

La Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?

Schneeberger : ...

Le Président (M. Cousineau) :

Plus fort, s'il vous plaît.

Schneeberger :

Contre.

Le Président (M. Cousineau) :

D'accord.

La Secrétaire : M. Blais

(Charlesbourg)?

La Secrétaire : Mme Sauvé

(Fabre)?

La Secrétaire : M. Drolet

(Jean-Lesage)?

La Secrétaire : Mme Simard

(Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?

La Secrétaire : M. Polo

(Laval-des-Rapides)?

La Secrétaire : M. Poëti

(Marguerite-Bourgeoys)?

La Secrétaire :

C'est rejeté.

Le Président (M. Cousineau) :

Donc, l'amendement déposé par M. le député de Saint-Jean est rejeté. Nous

revenons à l'article 83.1, et je vous donne le temps restant pour les

parlementaires. Alors, sur l'article 83.1, M. le député de Saint-Jean, il

vous reste 2 min 40 s; M. le député de Richelieu, il vous reste

14 min 30 s; M. le député de Drummond—Bois-Francs, 14 min 45 s; et, Mme

la députée de Gouin, il vous reste 19 min 30 s. Donc, à qui la

parole? M. le député de Saint-Jean.

Turcotte :

Merci, M. le Président. J'aimerais déposer un amendement à l'article 83.1

de l'article 28 : Insérer, après le deuxième alinéa, l'alinéa

suivant :

«Le règlement, pris en vertu de l'alinéa 2,

doit faire l'objet d'une étude par la commission compétente de l'Assemblée

nationale, avant son adoption par le gouvernement, pour une durée minimale de

6 heures.»

Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Jean.

Alors, nous allons suspendre quelques instants, le temps de faire des copies de l'amendement que vous nous déposez et

les distribuer aux membres de la commission. Alors, on suspend.

(Suspension de la séance à 17 h 14)

Le Président (M. Cousineau) :

Alors, nous reprenons nos travaux. Donc, M. le député de Saint-Jean, votre amendement,

alors on vous laisse plaider.

Turcotte : Merci, M.

le Président. L'objectif de l'amendement, c'est de pouvoir étudier en commission

parlementaire, ici, à l'Assemblée nationale,

le règlement qui est prévu par cet article, mais aussi par différents

articles du projet de loi.

On a déposé... J'ai décidé de déposer cet

amendement parce que le ministre a encore mentionné, il y a de ça trois, quatre minutes à peine, une phrase qu'il a

répétée à quelques occasions, suite à l'intervention de mon collègue le député de Richelieu, qui citait un article... un

extrait du mémoire du Barreau du Québec, le ministre a mentionné :

Ça, ce mémoire-là, je l'ai lu — ou quelque chose comme ça — mais

ça a été écrit, présenté avant que nous déposions nos intentions

réglementaires.

Donc, moi, ce que je dis, M. le Président, c'est

que cette affirmation-là de la part du ministre confirme l'importance — et nous l'avions demandé dès le dépôt du

projet de loi à l'ancien ministre, l'actuel député de Louis-Hébert, et au ministre actuel — de connaître le règlement. Le ministre nous

a dit : Bon, je vais vous présenter quelques intentions

réglementaires quand on sera rendus à différents articles. Cette affirmation-là

du ministre sur le mémoire du Barreau confirme

l'importance, confirme l'importance de connaître le règlement ou les intentions

réglementaires du ministre pour bien

saisir le projet de loi ou, du moins, la teneur et l'ampleur du projet de loi.

On le voit avec le graphique, là, que... le tableau que le ministre nous a présenté il y a de ça quand même quelques

semaines, bon, toutes les étapes, le cheminement... même aujourd'hui, là, on apprend des nouvelles

choses, ou du moins le ministre n'avait pas été très explicite sur cette

question-là, parce qu'à plusieurs reprises nous avons mentionné cette

affirmation-là. Et c'est un peu paradoxal quand même, mon collègue l'a soulevé, mais on ne peut pas obliger

personne à participer à un programme qui, lui, est obligatoire, et donc, dans les faits, on peut se questionner

pourquoi ce programme est... Parce qu'il n'y a plus de nouveaux

demandeurs à l'aide sociale, ça n'existe

plus, l'aide sociale, pour un primodemandeur. Si la personne est considérée

automatiquement dans le programme Objectif emploi, ce n'est plus à l'aide sociale,

elle est dans le programme Objectif emploi.

Le ministre a aussi mentionné que la personne

peut reprendre les activités du programme Objectif emploi à différents moments

dans son parcours, dans son 12 mois, si elle souhaite. Donc, pour la

première année, là, le 12 premiers mois

que la personne n'est pas... n'embarque pas dans le programme Objectif emploi,

ne participe pas aux ateliers, ne s'inscrit pas dans aucun des trois

chemins, bien, elle est dans le programme Objectif emploi, mais elle ne participe pas. Donc, c'est ce que je comprends. Ça fait

qu'elle est à l'aide sociale, dans le programme Objectif emploi, mais elle ne participe pas au programme Objectif emploi

et elle a les sanctions, les conséquences financières qui en découlent.

existe déjà, ces sanctions-là, le ministre l'a mentionné, à l'aide sociale. Mais, au fond,

le ministre nous a aussi mentionné que, pour le ministère, pour le ministre ou pour les agents, il n'y avait

pas de possibilité d'obliger un nouveau demandeur d'assister à au moins une rencontre avec

un agent ou de pouvoir rencontrer quelqu'un, là, d'un centre local d'emploi, cette obligation-là n'existe pas dans la

loi. C'est ce que j'ai bien compris.

Donc, avec le

programme Objectif emploi, le ministre donne, si on peut dire, aux centres

locaux d'emploi les outils pour obliger la personne à assister à une rencontre

et de participer en fonction d'un des trois axes, sinon il y a sanction

financière sur son chèque d'aide sociale. Moi, c'est ce que je peux résumer

jusqu'à maintenant, là, avec les informations

que le ministre nous précise. Au fond, l'objectif, là, du... ce chapitre-là du

projet de loi, là, c'est principalement pour donner la possibilité aux

agents d'obliger un nouveau demandeur d'assister à une rencontre et de participer

à un parcours ou pas. Si elle ne participe

pas, si elle ne veut pas participer à une rencontre, bien, la personne sera

sanctionnée, mais elle va continuer de

recevoir son chèque d'aide sociale, mais amputé des montants des amendes, là,

consécutives, là, qui sont prévues, là, dans les

intentions réglementaires que nous avons eues de la part du ministre. C'est ce

que je comprends jusqu'à maintenant.

Le Président (M.

Cousineau) : M. le ministre.

M. Blais :

Oui. C'est tout à fait ça, oui.

Le Président (M.

Cousineau) : M. le député de Saint-Jean.

Turcotte : O.K.

Merci. Donc, M. le Président, à

plusieurs occasions le ministre a mentionné qu'il a fait, là, des rencontres, il a visité, il a été sur le

terrain rencontrer des agents, il a dit ça à plusieurs occasions. Il a parlé,

la semaine passée, bon, de ses visites à Rimouski. Notre collègue le

député de Rimouski aurait bien aimé, là, pouvoir inviter le ministre à son tour à d'autres rencontres. À un

moment donné, peut-être que leurs faire-part d'invitation vont se

croiser, ils vont pouvoir s'organiser une rencontre avec les

différentes personnes qu'il a été question. Mais une chose est certaine,

M. le Président, c'est que le ministre nous dit : Moi,

j'ai la conviction que c'est une bonne chose parce que c'est ce que...

les agents, là, dans les centres locaux

d'emploi, que j'ai rencontrés, là, ils ont déploré le fait qu'ils ne pouvaient

pas obliger ou contraindre les gens à une rencontre, les gens ne

pouvaient pas forcer les gens à participer à de tels programmes, même si

c'était bon pour eux. Il a mentionné ce genre de discours là à différents

moments.

Cependant, M. le

Président, suite à ces nombreuses

interventions du ministre, le 20 mai dernier le Syndicat de la fonction publique du Québec a émis un communiqué de presse, et je

vais citer quelques extraits, M. le

Président, importants pour étudier l'amendement que je dépose. Je

dois le rappeler, Syndicat de la fonction

publique qui n'a pu être

entendu en commission parlementaire, M. le

Président, malgré le dépôt d'une

motion de notre part pour qu'il puisse être entendu, le gouvernement a voté contre, le ministre a voté contre notre motion pour entendre le

Syndicat de la fonction publique, pour qu'il puisse venir s'exprimer sur le

projet de loi, qui auront à appliquer, eux, le projet de loi. Le ministre nous

dit qu'il a rencontré des agents dans les centres locaux d'emploi. Voici la

réponse du Syndicat de la fonction publique, M. le Président :

Syndicat de la fonction publique du Québec tient

à rectifier les faits quant à un supposé appui des agentes

et agents d'aide des centres locaux d'emploi

au projet de loi n° 70 sur l'aide sociale et à l'approche

coercitive du programme Objectif

emploi. En commission parlementaire, le ministre de l'Emploi et de la

Solidarité sociale [...] a affirmé à plusieurs reprises avoir rencontré

des agentes et [des] agents d'aide qui lui auraient exprimé être en accord avec

sa réforme.»

Ouvre les guillemets :

«"Aucune consultation en

bonne et due forme n'a été menée auprès des agentes et

agents d'aide dans les centres locaux d'emploi — là, eux le mentionnent : Il y a des limites à

la désinformation !", s'indigne le

vice-président et responsable de la défense des services publics [du] Syndicat de

la fonction publique, Patrick Audy. "Au

contraire, depuis plusieurs mois, les membres du syndicat nous interpellent en

grand nombre au sujet de la diminution de

l'accompagnement aux citoyens et le manque de personnel pour donner les

services dans les centres locaux d'emploi. Depuis six ans, le tiers des

effectifs a disparu des centres d'emploi. De plus en plus, le ministère se

déleste de ses responsabilités en matière de prestation de

services !", ajoute-t-il. "Avec la nouvelle entente signée par

le ministre, c'est toute la mise en oeuvre

auprès des jeunes du programme Objectif emploi qui est confiée à une fonction

publique parallèle. Et les agentes et agents

d'aide à l'emploi applaudiraient ce virage vers plus de sous-traitance?",

ironise M. Audy.

«Les affirmations

du ministre sont d'autant plus choquantes que le Syndicat de la fonction

publique du Québec, malgré ses demandes

répétées, n'a jamais été reçu en commission parlementaire pour témoigner du

vécu de ses membres au ministère du

Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale et de ses préoccupations à

l'égard de l'implantation d'un programme de "workfare", tel

qu'Objectif emploi. Le Syndicat de la fonction publique...»

Turcotte : Pardon?

Blais : ...du «workfare», quand même, là. Utiliser l'expression

«workfare» pour un programme comme Objectif

emploi, là, c'est tellement montrer tellement d'ignorance. Il ne faut pas

savoir ce que c'est que le «workfare».

Turcotte : Bien, M. le Président, moi...

Blais : Non, ce n'est pas mon collègue qui l'a utilisée, il lit une

lettre, là, bien sûr.

voix : Ce n'est pas M. le député de Saint-Jean qu'il traitait

d'ignorant...

Président (M. Cousineau) : Non, un instant! Faites attention,

on parle tous...

Président (M. Cousineau) : Un instant! C'est le président qui

parle, là, on parle tous en même temps. Alors, je vous

redonne la parole, M. le député de Saint-Jean, poursuivez.

Turcotte : Bien, moi, j'entends

le commentaire du ministre. Il est juste dommage qu'il me le dise à moi, mais il n'est pas capable de le

dire aux gens du Syndicat de la fonction publique en personne, ici, en

commission parlementaire. S'il les avait invités, il aurait pu leur

expliquer son point de vue, ce qu'il n'a pas voulu faire à plusieurs reprises.

Donc,

«le Syndicat de la fonction publique a même réclamé une rencontre avec le

ministre [...] pour éclaircir ses intentions quant au rôle

qui sera confié aux agentes et [aux] agents d'aide du ministère dans le cadre

du nouveau programme, mais n'a obtenu aucune réponse».

Bon. Peut-être, le ministre a

qualifié les gens du syndicat, peut-être que c'est parce qu'ils ne sont pas

assez intéressants ou ils n'ont pas la même opinion que le ministre, c'est

peut-être pour ça qu'il ne veut pas les rencontrer.

«Il est désolant que le ministre

refuse obstinément de considérer le point de vue du Syndicat de la fonction

publique et de la quasi-totalité des spécialistes et des groupes de la société

civile qui se sont exprimés sur le projet de loi

n° 70. "Le Syndicat de la fonction publique représente les

intervenants de première ligne [de] la prestation des services publics.

Si le ministre veut véritablement avoir un son de cloche du terrain, nous lui

suggérons d'accepter de nous rencontrer."»

Donc,

M. le Président, je crois que, bon, il faut l'expliquer, il faut le dire, les

gens du syndicat auront l'obligation de... eux aussi, hein, ce ne sera pas juste les

participants à Objectif emploi, les agents dans les centres locaux

d'emploi auront l'obligation d'appliquer le

programme Objectif emploi sans avoir eu l'occasion de donner leurs opinions. Et

on sait maintenant la véritable raison pourquoi le ministre ne veut pas les

entendre. Il les a qualifiés d'«ignorants». Donc, c'est peut-être la raison pourquoi il ne veut pas entendre les

représentants du Syndicat de la fonction publique, qui, je dois mentionner, M. le Président, dans les faits...

C'est quand même un manque de classe de la part du ministre responsable

de ces agences de centres locaux d'emploi de qualifier des agents de la

fonction publique d'«ignorants».

Ceci étant dit, M. le Président,

le Syndicat de la fonction publique n'est pas...

Le Président (M. Cousineau) :

M. le député de Saint-Jean, il faut faire attention pour ne pas provoquer des débats inutiles. Je comprends ce que vous voulez

dire, mais il faut faire attention de ne pas amener des propos qui

peuvent être blessants. Poursuivez.

Turcotte :

Mais je ne sais pas qui a tenu les propos les plus blessants ici, M. le

Président. Puis, dans les faits, le ministre n'a pas retiré ses propos

non plus, là, donc les propos demeurent encore.

M. Blais : Bien, écoutez, M. le

Président...

Le Président (M. Cousineau) :

M. le ministre.

Blais : ...peut-être qu'il faut faire attention quand on est en... Mon

collègue essaie, là, de m'inscrire, là, dans une polémique, hein? Je le dis souvent : C'est faire preuve

d'ignorance, mais malheureusement il y a beaucoup de gens au Québec, parfois, qui utilisent l'expression

«workfare», là, pour dire des choses qui n'ont mais aucun rapport avec

Objectif emploi.

Encore une

fois, le «workfare», c'est d'exiger une prestation de services en contrepartie...

un travail, pardon, en contrepartie

d'une prestation, donc, et vous n'êtes pas rémunéré pour ça. Dans Objectif

emploi, il n'y a rien comme ça. Donc,

c'est faire preuve d'ignorance d'associer Objectif emploi à du «workfare».

C'est tout. Je n'ai pas dit que le syndicat était ignorant en soi, mais

là-dessus, bien sûr, il y a une erreur assez grossière.

Président (M. Cousineau) : D'accord. Alors, merci, M. le

ministre. Poursuivez, M. le député de Saint-Jean.

Turcotte : Merci,

M. le Président. Visiblement, le Syndicat de la fonction publique du Québec

n'est pas le seul. On a aujourd'hui la

Coalition Interjeunes, qui regroupe six organismes nationaux représentant

300 organismes jeunesse, qui demande au

gouvernement de retourner à sa planche à dessin et de ne pas adopter le projet

de loi n° 70 dans la forme

actuelle, car, selon eux, la réforme de l'aide sociale n'est qu'une punition au

chèque qui coupera les ailes des jeunes.

On l'a

mentionné tantôt, le ministre l'a confirmé : le projet de loi n° 70,

donc le programme Objectif emploi, vise pratiquement... Le but premier, c'est de donner la possibilité aux

agents dans les centres locaux d'emploi de forcer, de contraindre les

primodemandeurs à faire une rencontre et à embarquer, là, dans un des trois

chemins. Qui, on doit le mentionner, M. le

Président, n'est pas une mauvaise chose, de pouvoir retourner aux études, de

pouvoir développer ses habilités sociales ou d'aller dans un processus

de recherche d'emploi. Mais, on l'a mentionné, comme ça touche principalement les jeunes... Parce que le ministre

et l'ancien ministre n'ont pas arrêté de mentionner que c'étaient les

jeunes, les jeunes, les jeunes. Donc, on a ciblé, le gouvernement a ciblé, là,

les jeunes et a décidé de mettre en place ce programme-là, qui n'est pas

mauvais en soi, mais c'est l'obligation et les sanctions qui en découlent.

Je peux

mentionner ici, M. le Président... citer Isabelle Gendreau, du Regroupement des

Auberges du coeur du Québec, qui mentionne qu'il n'y a pas de mesure

dans ce projet de loi. «Le projet de loi ne fait que placer dans un carcan des

jeunes en présumant qu'ils ne veulent pas apprendre, qu'ils ne veulent pas

travailler.»

Par la suite,

il est mentionné ici, dans l'article, là, de Sara Champagne, du journal La Presse :

«Dans [cette] dernière mouture qui a été présentée en commission

parlementaire, des pénalités sont prévues au programme Objectif emploi pouvant aller jusqu'à réduire à 400 $ par

mois le chèque d'aide sociale. Les organismes qui font front commun

estiment qu'au lieu d'adopter des mesures coercitives, le ministre de l'Emploi

[et de la Solidarité sociale] devrait tabler sur l'accompagnement à travers

divers programmes, et investir dans la prévention pour prévenir le décrochage.»

y a Danielle Goulet, du Regroupement des écoles de la rue accréditées du

Québec, qui mentionne : «"Il faut comprendre que les jeunes en difficulté ne décrochent pas parce qu'ils

n'aiment pas les mathématiques[...]. Parfois, les jeunes vivent entassés à quatre ou cinq dans un

petit logement. Quand il y a une chicane, un jeune peut se retrouver à

la rue. Ce n'est pas en coupant son chèque qu'on va [les] aider dans ses

aspirations."

«Selon Mme Gauthier, les programmes

communautaires existants en matière de soutien et de raccrochage scolaire ont

déjà [démontré] leur efficacité.»

Par la suite, il est mentionné : «On parle

de taux de réussite variant de 85 % à 110 %[...]. Plusieurs de ces regroupements n'ont toutefois pas d'entente avec

le gouvernement. Des projets ne sont pas reconnus. Il faudrait revoir

ces programmes. À l'heure actuelle, le gouvernement est en train de rater sa

cible.»

Et, bon, ils

mentionnent que le regroupement des organismes jeunesse du Québec «craint que

le projet de loi soit adopté sous le

bâillon». D'ailleurs, le ministre, d'emblée, dans les premières heures de

l'étude du projet de loi, avait déjà mentionné que le projet de loi

allait possiblement être adopté sous bâillon, donc les groupes peuvent s'en

inquiéter.

«Les organismes demandent au premier ministre de

rectifier la situation et d'assumer son rôle de responsable de la jeunesse.» On a eu cette discussion-là lors

de l'étude des crédits jeunesse, on a eu cette discussion-là lors de

l'étude des crédits d'emploi et solidarité sociale, M. le Président.

Mais tout ça

pour dire qu'il y a beaucoup de voix qui s'élèvent contre le projet de loi

n° 70, sur les sanctions, sur ce

qui se cache dans le règlement du gouvernement. Donc, moi, M. le Président, ce

que je crois, c'est qu'il serait sage et avisé d'avoir une véritable commission parlementaire. Nous pouvons

suspendre, là, pendant quelques heures, là, l'étude du projet de loi, le

temps d'étudier le règlement, et par la suite revenir à l'étude du projet de

loi. Parce que la plupart des éléments importants du projet de loi font

référence au règlement, et donc, sans connaître le règlement, nous ne pouvons

connaître l'ampleur du projet de loi. Et d'adopter le projet de loi sans avoir

eu un débat, et pas juste ici, les parlementaires,

là, mais il faut que les groupes puissent... entendre. Parce que, là, on reçoit

des documents, le ministre nous

dépose des tableaux ici et là, les groupes n'ont pas nécessairement accès à

toutes ces informations-là, la population n'y a pas accès.

Donc, moi, je crois, M. le Président, qu'il

serait plus sage, plus avisé, plus transparent, plus démocrate de la part du gouvernement, étant donné que c'est un

projet de loi qui va affecter la qualité de vie et la dignité des

personnes, on l'a mentionné dans le dernier amendement... je crois qu'il serait

plus sage et plus avisé que nous puissions tenir une telle commission parlementaire, compte tenu du fait que cet amendement

comme j'ai déposé, M. le Président, a été déposé lors de l'étude du

projet de loi n° 20, et le ministre de la Santé avait adopté cet

amendement. Donc, la question qui se pose,

c'est : Pourquoi le ministre de la Santé et des Services sociaux, dans le

projet de loi n° 20, accepte, en grand démocrate qu'il est, cet amendement-ci et que le ministre

actuel de l'Emploi et de la Solidarité sociale, qui a toujours été

gentleman, n'accepterait pas un tel amendement? Donc, M. le Président, la balle

est lancée.

Le Président (M. Cousineau) :

Vous êtes habile, M. le député de Saint-Jean.

Turcotte : Merci.

Le Président (M. Cousineau) :

M. le ministre.

M. Blais : Peut-être clarifier deux

choses importantes. Donc, bien sûr, Objectif emploi touche des personnes qui

sont plus fragiles, hein, donc, et c'est pour ça que nous, on a dit qu'on

allait déposer toujours nos intentions réglementaires

pour vraiment savoir où est-ce qu'on s'en va. On aurait pu ne pas le faire et

on l'a fait, on va continuer de le

faire,

article par article. Quand il y aura des intentions réglementaires qui

sont importantes, on va le faire. On l'a fait dans le cas de 83.1, on a

déposé, là, la liste des personnes qui étaient admissibles et des personnes qui

étaient exclues d'Objectif emploi. Ça a été

fait, là. Donc, on n'a pas du tout l'intention d'aller plus loin que le dépôt

de ces intentions réglementaires là. Ça permet, là, je pense, à la commission

de juger exactement de là où on veut aller.

Le Président (M. Cousineau) :

Merci, M. le ministre. M. le député de Saint-Jean, il vous reste

1 min 20 s.

Turcotte :

J'aimerais les conserver pour plus tard.

Président (M. Cousineau) : Oui. Alors, par alternance, M. le

député de Drummond—Bois-Francs.

Oui? Non?

Schneeberger : Pas

tout de suite.

Le Président (M. Cousineau) :

D'accord. Mme la députée de Gouin.

Mme David

(Gouin) : Merci, M. le Président. J'appuie évidemment l'amendement de

mon collègue le député de Saint-Jean

et je résumerais ma pensée, dans le fond, mais je vais quand même prendre mon

temps, en disant que, comme chacun

sait, la formule consacrée, hein, qui s'appelle le diable est dans les

détails — sans

vouloir n'offenser personne, c'est

une formule consacrée — bien, c'est ce qui justifie mon appui à l'amendement. Le

règlement, dans ce cas-ci, va être tellement important, tellement

important que ça me paraît impossible qu'on adopte ce projet de loi sans avoir

pris le temps nécessaire de discuter des règlements. On a pu le voir dans les

graphiques, par exemple, que le ministre nous a déposés jusqu'à présent, on en a eu, des questions, puis on n'a pas

fini d'en avoir. Donc, tout ça a trait aux règlements.

Il nous a, à un moment

donné, distribué un autre texte, un autre document, qu'on aura peut-être l'occasion

de regarder à un moment donné, qui est la liste des catégories de personnes, par

exemple, qui pourraient être exclues des

obligations du programme Objectif emploi. C'est extrêmement important,

là, moi, j'ai déjà des idées sur d'autres groupes de personnes qu'il faut absolument

exclure de cette liste, en fait peut-être qu'à la fin de la liste il n'y aura

plus tellement de monde, finalement, à qui on devra imposer des

sanctions, parce que, finalement, les gens, même qui sont des primodemandeurs, même

jeunes, vivent tellement toutes sortes de problèmes que, dans le fond, on va vraiment,

à un moment donné, se demander collectivement : Mais pourquoi,

grand Dieu, on veut imposer des sanctions à ces gens-là?

Donc, moi, je

considère que c'est extrêmement important de pouvoir débattre du règlement,

et il y a d'autres raisons que je vais maintenant souligner. Tout le problème des rapports entre ce

que j'appelle l'État, dans ce cas-ci le ministère Emploi, Solidarité sociale, ses agents, hein, toutes ses institutions, tout son rapport avec les organismes

communautaires, ça, là, il faut

que ça soit extrêmement clair dans le règlement. J'ai déjà

posé des questions au ministre là-dessus, dans

certains cas, pas dans tous, mais dans certains cas, les réponses m'ont

satisfaite, sauf que je souhaite voir ça par écrit dans un règlement

qu'on aura pu regarder et qu'on aura pu débattre. Par exemple, quand le ministre dit : Les organismes qui ne sont pas dans le même rapport avec le ministère...

Mettons, d'un côté, on a les carrefours jeunesse-emploi,

ça, c'est une chose, mais, par exemple, les auberges du coeur n'ont pas d'entente contractuelle avec les centres locaux d'emploi. Et donc, si un jeune qui est dans une

auberge du coeur fait une fugue, etc., non, l'auberge du coeur n'est pas tenue

de se rapporter, en bon québécois,

au centre local d'emploi, là, pour

faire ce que certains pourraient apparenter à une forme de délation,

puisque ça conduit à des sanctions. Bien, moi, je voudrais voir ça par écrit,

je voudrais voir le libellé puis je voudrais qu'on puisse en discuter.

Quand je vois

que 344 organismes jeunesse sont sortis aujourd'hui pour dire au

ministre : «Vous faites fausse route»,

on ne peut pas traiter ça à la légère. 344 organismes jeunesse, ce n'est

pas deux ou trois comme ça, au coin de la rue, 344, des gens qui travaillent en décrochage scolaire, soit avec des

jeunes encore à l'école ou avec des jeunes après l'école, les écoles de rue, les auberges du coeur justement, le ROCAJQ,

regroupement des organismes communautaires jeunesse, 344. Est-ce que

tous ces gens-là ont mal compris le projet de loi, ou bien... En fait, moi, je

ne pense pas, je pense qu'ils ont très bien

compris. Et ce que je pense, c'est qu'ils sont très inquiets de l'effet des

sanctions sur les jeunes, parce qu'on

parle beaucoup de jeunes ici, puis justement ces groupes-là s'occupent des

jeunes, ils sont inquiets des effets sur les jeunes et ils sont inquiets des effets du projet de loi en général

sur leur propre existence, sur leur manière de travailler, sur une

autonomie qui leur est très chère, parce que ça fait

partie de leur façon de

travailler.

Et ça, je

fais

partie des personnes ici — il y en a d'autres, il n'y a pas que

moi — qui

devraient être très bien placées pour comprendre qu'est-ce que c'est,

l'autonomie du mouvement communautaire, parce que c'est une des valeurs fondatrices, c'est de pouvoir décider, à partir

des besoins exprimés par la communauté, de la manière dont on travaille

avec les gens, dont on s'occupe, dans ce

cas-ci, des jeunes. Mais là on un projet de loi qui, dans son principe, a de la

valeur mais qui, dans son application

pratique, au niveau des sanctions, à mon humble avis, fait fausse route, mais

là je m'aperçois que ce n'est pas

seulement mon avis, ce n'est pas seulement l'avis de l'opposition officielle,

c'est l'avis de 344 organismes jeunesse.

Alors, de deux choses l'une, ou ils se trompent

tous, ils n'ont rien compris, ils pensent que c'est du «workfare», ou alors ils ont compris et ils ne sont pas d'accord.

Ils sont d'ailleurs

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCET 2016-05-24
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cet-41-1 journal-debats CET-160524
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier3d0679aea96eda8cd3071f004c1983f91c056315

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