House Proceedings — 18 March 1992 (34th Legislature, 1st Session)
1992-03-18
Quebec — Debates (Hansard)
Journal des débats (Hansard) of the National Assembly
Version finale
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34 th Legislature, 1 st Session
(November 28, 1989 au March 18, 1992)
Wednesday, March 18, 1992 - Vol. 31 N° 185
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Journal des débats
(Dix heures sept minutes)
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Mesdames et messieurs les
députés, si vous voulez vous asseoir, s'il vous plaît!
Affaires inscrites par les députés de
l'Opposition
Motion proposant que l'Assemblée
réaffirme la position du gouvernement
à l'effet de négocier à deux, et
non à onze, avec le gouvernement
canadien tout projet d'entente
constitutionnelle
En ce mercredi, 18 mars 1992, nous entreprenons les travaux de
l'Assemblée, à l'étape des affaires du jour et à
l'article 40 de notre feuilleton. Aux affaires inscrites par les
députés de l'Opposition, M. le whip de l'Opposition officielle et
député de Lac-Saint-Jean présente la motion suivante:
«Que l'Assemblée nationale réaffirme la position du
gouvernement exprimée solennellement par le premier ministre à
l'occasion d'un message à la population, le 23 juin 1990, à
l'effet de négocier dorénavant à 2 et non à 11,
avec le gouvernement canadien tout projet d'entente
constitutionnelle.»
Alors, avant que le débat sur cette motion du whip de
l'Opposition officielle ne s'engage, je vous informe de la répartition
du temps de parole établie pour la discussion de ladite motion. Mise
à
part la réplique de 10 minutes accordée à
l'auteur de la motion, à savoir le député de
Lac-Saint-Jean, et les 10 minutes allouées à l'ensemble des
députés indépendants, les deux groupes parlementaires se
partageront également la période consacrée à ce
débat. Dans ce cadre, les interventions sont limitées à
une durée de 30 minutes chacune.
Je veux également vous rappeler qu'il a été convenu
que la motion sera en discussion pour un seul mercredi et, comme cette entente
est en dérogation à la règle habituelle voulant que les
motions du mercredi s'échelonnent sur deux mercredis, je comprends, M.
le leader ajoint, que vous souhaiteriez qu'on en fasse un ordre de la
Chambre.
M. Johnson: En effet, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, ce sera le cas. Je
suis prêt, à partir de maintenant, à reconnaître le
premier intervenant, à savoir M. le député de
Lac-Saint-Jean et whip de l'Opposition officielle.
M. Jacques Brassard
M. Brassard: Merci, M. le Président. On me permettra
d'abord un peu d'histoire, probablement par déformation professionnelle,
sur le dossier constitutionnel, très rapidement, pour rappeler à
cette Chambre qu'au cours des 30 dernières années il y a eu trois
rondes de négociations constitutionnelles et que ces trois rondes ont
toutes échoué: la première, la plus lointaine, c'est celle
de 1968-1971 qui s'est soldée par l'échec de la conférence
de Victoria, on s'en rappellera, et où le premier ministre actuel
était à ce moment-là aux commandes. Il amorçait son
premier mandat comme premier ministre. Ça a été
l'échec encore une fois par incompréhension, le Québec
misant surtout sur le partage des compétences et le reste du Canada
étant préoccupé par d'autres sujets comme le rapatriement
de la Constitution, la réforme du Sénat, une charte des droits
qui était un peu l'obsession du premier ministre fédéral
d'alors, M. Trudeau.
Deuxième ronde, 1980-1981, celle qui a suivi le
référendum de 1980. Ça, c'a été pire encore
que la première. Un échec pour ce qui concerne le Québec,
bien sûr, puisqu'on se rappellera du coup de force de l'époque,
où l'on a, évidemment, fait fi des revendications et des
exigences du Québec et où on a procédé à des
changements majeurs à la Constitution canadienne en plus du
rapatriement, sans le consentement, sans l'assentiment du Québec. Cela a
donné lieu, d'ailleurs, à une motion quasi unanime ici, à
l'Assemblée nationale, condamnant ce procédé puisqu'on
réduisait, sans son consentement, les pouvoirs mêmes de
l'Assemblée nationale. Donc, deuxième ronde, échec.
Troisième ronde, 1987-1990. C'est la ronde qui porte sur ce qu'on
a appelé l'accord du lac Meech. Ça aussi, ça s'est
terminé - je n'ai pas besoin de vous le rappeler, c'est encore plus
récent - par un échec. Pourtant, le Québec avait
formulé ses demandes les plus modestes, cinq conditions très,
très modestes, selon les termes mêmes du premier ministre, mais,
malgré cela, le Canada anglais, l'opinion publique du Canada anglais
majoritairement a rejeté ces exigences, ces conditions modestes
demandées par le Québec et deux premiers ministres ont, en
quelque sorte, reflété cette opinion publique majoritaire et ont
fait échouer le processus.
Trois rondes constitutionnelles de négociations
constitutionnelles au cours des 30 dernières années. Trois
échecs, M. le Président. Les causes de ces échecs, bien
sûr, on peut accuser, à juste titre, le mode de
négociations. Je pense que, quand on réunit autour d'une table 11
représentants de 11 gouvernements, dont 10 représentent l'une des
deux nations, celle qui est majoritaire au Canada, et 1 seul de ces 11
gouvernements
représente l'autre nation, la nation québécoise,
c'est évident que la position du Québec est ce qu'on pourrait
appeler une position de faiblesse, d'une certaine façon, une position
constante de faiblesse puisqu'il n'y a qu'un seul gouvernement parmi 11 qui
représente l'une des deux nations, la nation
québécoise.
Donc, le mode de négociations, sans doute, explique largement
l'échec de ces trois rondes de négociations. Mais je pense que la
vraie raison ou la vraie cause de l'échec également se retrouve,
encore une fois, je me répète, mais ça me semble
essentiel, fondamental, la vraie cause de l'échec se retrouve dans ce
que le rapport Bélanger-Campeau appelait «le choc des visions, des
aspirations et des identités nationales».
Je me permets une citation, M. le Président, qui résume
bien cette cause de l'échec des négociations constitutionnelles
au Canada et au Québec. Je cite: «Mais une lecture historique de
l'expérience du fédéralisme canadien nous force à
reconnaître une antinomie entre la tendance à la centralisation et
à l'uniformisation du régime canadien, d'une part, et, d'autre
part, la volonté sans cesse grandissante du Québec d'affirmer son
autonomie et sa spécificité et d'être pleinement
maître de ses décisions et des choix qui le concernent. Telle est
donc là, fondamentalement, la raison première de l'impasse
actuelle.» M. le Président, je n'ai pas indiqué la source
de cette citation pour un peu m'amuser, d'une certaine façon. Il ne
s'agit pas du livre blanc du Parti québécois de 1980, il ne
s'agit pas du programme du Parti québécois, il s'agit du
«Québec libre de ses choix», communément
appelé le rapport Allaire. C'est là la façon dont, dans le
rapport Allaire, on explique l'impasse actuelle. Ça me semblait
important de le citer.
Mais je pourrais, également, citer le rapport
Bélanger-Campeau qui est aussi très clair, très lumineux
à ce sujet-là. On retrouve ce paragraphe dans
Bélanger-Campeau: «Après 25 ans de discussions
constitutionnelles, deux commissions d'enquête instituées par le
gouvernement fédéral, des modifications constitutionnelles
majeures apportées en 1982, sans le consentement du Québec, et,
enfin, l'échec d'une entreprise constitutionnelle qui abordait pour la
première fois, dans la perspective du Québec, la dimension
politique du problème québécois, il est légitime de
s'interroger, à tout le moins, sur la capacité du reste du Canada
d'accéder à des choix qui répondent vraiment aux besoins,
aspirations et visions propres au Québec. De tels choix ont
été jusqu'ici perçus ou traités comme
inconciliables avec d'autres besoins, aspirations et visions présents au
Canada ou incompatibles avec le bon fonctionnement de la
Fédération canadienne.» Rapport
Bélanger-Campeau.
Alors, M. le Président, je pense qu'il était important de
faire ce bref retour historique pour, à la fois, mesurer l'ampleur des
échecs dans les négociations constitutionnelles et essayer aussi
d'en percevoir et d'en identifier les causes véritables.
Voyons maintenant si les choses ont vraiment changé, s'il y a
vraiment eu évolution de la réalité. D'abord, prenons le
cas de cette conférence qui a eu lieu jeudi dernier, à Ottawa,
regroupant a la fois des premiers ministres et des ministres responsables du
dossier constitutionnel. Quelle conclusion, quelle leçon en tirer?
Premièrement, il apparaît évident que le rapport
Beaudoin-Dobbie a été carrément et définitivement
mis au rancart. Fini! Terminé! On n'en parle plus. Son existence a
été brève; il n'a pas réussi à atteindre
l'âge de la majorité. C'est un enfant mort-né. Remarquez
que je ne verserai pas de pleurs sur ce décès, compte tenu
évidemment de l'opinion que j'en avais, et de l'opinion que
l'Assemblée nationale en avait aussi; je fais référence au
vote de la semaine dernière à l'Assemblée nationale. Bon.
Mais c'est quand même un constat qu'il faut faire: la mise au rancart du
rapport Beaudoin-Dobbie. Enterrement de première classe.
Deuxièmement, ce qu'on a constaté également
à l'occasion de cette conférence des premiers ministres, tenue
à Ottawa jeudi dernier, c'est un refus très clair, très
net de toute forme de statut particulier qu'on pourrait octroyer au
Québec. Je pense qu'il faut décoder les choses telles qu'elles
sont. Il est clair qu'on est prêt maintenant, au Canada anglais, à
reconnaître de façon très symbolique le Québec comme
société distincte. Oui, mais à condition, donc, que ce ne
soit plus tout simplement qu'un ornement constitutionnel, mais sans pouvoirs.
Sans pouvoirs. Clyde Wells a répété sa position tout
récemment; on voyait ça dans les journaux d'aujourd'hui ou
d'hier: «Clyde Wells dit oui à la société distincte,
mais sans pouvoirs différents au Québec». Donc, que ce ne
soit qu'un simple bibelot constitutionnel.
Mais ce qui est aussi évidemment très important, c'est que
plusieurs premiers ministres ont exprimé de façon très
nette leur refus d'accorder au Québec des compétences exclusives
ou des pouvoirs particuliers, cela au nom, disaient-ils, ont-ils
répété, de l'égalité des provinces et aussi
parce qu'ils souhaitent un gouvernement central fort. Pour l'Alberta et pour
Terre-Neuve, c'est on ne peut plus clair, mais pour d'autres provinces aussi,
je pense au Manitoba et à la Colombie-Britannique, il est évident
que, pour elles, le principe de l'égalité des provinces est un
principe fondamental qui ne doit être violé d'aucune façon
ni sous quelque forme que ce soit et, donc, par conséquent, on en tire,
on déduit, à partir de ce principe-là, qu'on ne peut
accepter quelque forme que ce soit de statut particulier au Québec et,
aussi, qu'on ne peut pas accepter l'octroi d'un droit de veto pour le
Québec à partir de ce principe-là de
légalité des provinces. Alors, il n'y a pas de changement sur ce
plan. Il n'y a aucun progrès
qu'on a pu constater à cette conférence de jeudi
dernier.
(10 h 20)
On a cependant constaté une chose, c'est que c'est le premier
ministre de l'Ontario, Bob Rae, qui a pris les commandes de l'appareil. Il a
éjecté le pilote, Joe Clark, il l'a repoussé dans la
carlingue, en arrière, il a pris les commandes de l'appareil. Bob Rae.
Et c'est lui qui a imposé à la fois la forme des
négociations. Il a dit: C'est comme ça que ça va se passer
désormais, les provinces vont être là, on va former des
comités, quatre comités de fonctionnaires, et on va amorcer les
négociations et les pourparlers et c'est nous qui allons décider.
En plus, il a imposé son calendrier. Il a dit: Ça ne sera pas
avril, ça va être la fin mai. Et là, Clyde Wells dit que,
fin mai, c'est un peu tôt aussi. Alors, ce n'est pas sûr que
ça demeure fin mai. Mais, manifestement, jeudi dernier,
l'élément déterminant, l'élément, je dirais,
le plus important de cette conférence, c'est l'arrivée sur
l'avant-scène de Bob Rae, le premier ministre de l'Ontario, qui a
carrément écarté Joe Clark du dossier.
En plus, ce même Bob Rae a exigé et a obtenu que la table
constitutionnelle soit élargie. Il y en avait 11 avant. Il trouve que ce
n'était pas assez, il en fallait plus, le menu était assez
chargé pour qu'il y en ait plus, tout le monde pouvait y trouver
à manger, on ajoute du monde. Alors, on a ajouté les deux
gouvernements territoriaux et on a ajouté les quatre
représentants des grandes associations autochtones du Canada, de sorte
qu'on se retrouve 16, 17 si le Québec se retrouvait, comme gouvernement,
à cette table. Donc, on est passé de 11 à 16. Ça ne
marchait déjà pas bien à 11, ça n'a jamais
réussi à 11, imaginez-vous comment ça va se passer
à 16! C'est ce que Lise Bissonnette a appelé, à juste
titre, «une belle recette pour l'enlisement». C'est
carrément... On ajoute un étage de plus à la tour de Babel
qui existait déjà. On trouve qu'elle n'est pas assez haute - un
autre étage! - accentuant ainsi la confusion des langues et des esprits.
Voilà ce qui s'est passé, M. le Président, à cette
conférence de jeudi dernier.
Évidemment, ça a créé des mécontents,
des frustrés. On a vu, hier, la Fédération des
francophones hors Québec qui a dit: Écoutez, nous, on est 900 000
ou près de 1 000 000; pourquoi ne serait-on pas à la table?
pourquoi n'aurait-on pas un siège? les autochtones qui sont moins que
nous en ont quatre; pourquoi pas nous? Clark leur a fermé la porte au
nez. Il a dit: Non, non, il n'en est pas question. Mais c'est évident
qu'en élargissant la table on suscite des mécontentements et des
revendications. Alors, la thérapie de groupe est en route, mais
ça va ressembler beaucoup à de la cacophonie.
Deuxièmement, M. le Président, en fin de semaine
dernière, il y avait la conférence sur les autochtones, sur la
question autochtone, qui s'est déroulée à Ottawa. Je vous
signale d'abord et je vous rappelle que les autochtones avaient d'abord
refusé ce genre de conférence. Ils avaient d'abord dit non;
ensuite, ils se sont ravisés, ils ont exigé avoir leur propre
conférence. Clark a cédé et ça a eu lieu en fin de
semaine dernière.
Il ressort clairement de cette conférence que la question
autochtone est devenue au Canada la priorité no 1 sur le plan
constitutionnel dans le cadre de la présente ronde de
négociations, cette ronde Canada qui est en cours. C'est clair, c'est
évident, la priorité no 1 à l'agenda constitutionnel,
maintenant, au Canada, c'est la question autochtone. Il y a une sorte de vague
de sentimentalisme qui déferle actuellement au Canada anglais, une
espèce de grande bouffée de romantisme à l'égard
des autochtones, à l'égard des communautés autochtones.
Comme je le mentionnais à un journaliste récemment, ça
fait maintenant, au Canada anglais, bon chic, bon genre de considérer
avec beaucoup d'intérêt, d'émotion, les revendications des
communautés autochtones. Il y a donc une disposition d'esprit qui fait
en sorte qu'au Canada anglais, actuellement, on trouve toujours, ou à
peu près tout le temps, très équitable, très juste,
très justifiable à peu près n'importe quelle revendication
formulée par les autochtones. La moindre phrase qui est
proférée par l'un ou l'autre des leaders autochtones est
considérée un peu comme une révélation divine,
parole d'évangile, et il faut, évidemment, y accéder sans
plus de réserve.
Alors, évidemment, avec un tel état d'esprit, c'est clair
que la question autochtone est devenue la priorité constitutionnelle no
1 au Canada anglais, ce qui faisait dire à Ghislain Dufour qui a
participé à toutes les conférences - c'est un peu curieux
quand même que ce soit le Québécois qui ait
été le plus en vue à l'occasion de toutes ces
conférences, c'est le président du Conseil du patronat, enfin,
Ghislain Dufour qui disait: Écoutez, on a commencé le processus
avec la question du Québec en tête de liste et, après
ça, c'était la réforme du Sénat et la question
autochtone. Là, on est rendu que c'est complètement
inversé. C'est la question autochtone qui est en tête de liste, la
réforme du Sénat et la question du Québec est à peu
près évacuée ou, tout au plus, elle est inscrite
maintenant à varia, divers de l'agenda. C'est ça qui s'est
passé, finalement, et c'est ce qui a été confirmé,
en fin de semaine dernière, à la conférence sur la
question autochtone.
Le Canada est maintenant disposé à reconnaître un
droit inhérent à l'autonomie gouvernementale. Je ne sais pas si
ça suppose qu'il y ait un droit transcendant aussi à l'autonomie
gouvernementale, s'il y a son pendant, mais, en tout cas, un droit
inhérent à l'autonomie gouvernementale aux nations autochtones
sans trop savoir, d'ailleurs, ce que ça implique concrète-
ment, sauf qu'il y a peut-être lieu de s'inquiéter, mais
ça paraîtrait mal de s'inquiéter. Mme Bissonnette
s'inquiétait, elle, en tout cas, hier, en disant qu'il s'agit quand
même d'un gouvernement à fondement racial, d'un gouvernement
fondé sur le droit du sang. Est-ce que c'est vraiment souhaitable
d'arriver jusque-là? Enfin, c'est ce que réclament, ce que
revendiquent les leaders autochtones, mais c'est quand même un concept
vague, flou, assez nébuleux, qui génère beaucoup de
confusion parce que c'est clair qu'une fois qu'on a admis le principe, qu'on
essaie de le cerner, de le définir, bien, là, les contradictions
apparaissent, les divergences d'opinions apparaissent aussi. Alors, on n'est
pas sorti de l'auberge en ce qui concerne la définition du droit
à l'autonomie gouvernementale pour lesdits autochtones, mais c'est,
évidemment, la priorité du Canada anglais.
À partir de ce moment-là, les revendications du
Québec sont reléguées à l'arrière-plan des
enjeux constitutionnels. À partir de ce moment-la, qu'est-ce qui se
passe? Bien, là, on commence à multiplier les appels pressants
aussi bien chez les premiers ministres, Joe Clark, que chez les autochtones, au
Québec, pour qu'ils reviennent à la table qui serait maintenant
une table à 17 et non plus une table à 11. Alors, là,
c'est les appels pressants. Hier, là, c'était quasiment
indécent; M. Ovide Mercredi qui s'est fait flatteur, flagorneur à
l'égard du premier ministre du Québec pour l'inciter à
retourner à la table. Le sauveur du Canada, disait-il, vous êtes
le sauveur du Canada, vous êtes le seul capable de sauver le Canada. On
était dans la flagornerie la plus basse, mais ça s'ajoutait aux
appels pressants de Bob Rae, de Clyde Wells, d'à peu près tous
les premiers ministres, y compris Joe Clark, évidemment, qui disait au
Québec: Revenez, nous vous en prions. Revenez vite à la table
pour poursuivre cette ronde constitutionnelle.
Eh bien, M. le Président, je pense que le premier ministre du
Québec doit résister au chant des sirènes qui nous
arrivent du Canada anglais pour plusieurs raisons que je voudrais essayer
d'énumérer rapidement.
D'abord, premièrement, le gouvernement fédéral et
le Canada anglais n'ont aucune proposition sérieuse à soumettre
au Québec, susceptible de satisfaire les revendications,
particulièrement en regard du partage des compétences. Les
propositions fédérales, aussi bien que le rapport
Beaudoin-Dobbie, sont maintenant déjà des documents historiques,
des documents d'archives et tout au plus destinées à la
récupération et au recyclage du papier usagé. Je pense
qu'il n'y a pas eu progrès à ce niveau-là.
Donc, il n'y a aucune raison, sur ce plan-là, pour que le
Québec retourne à la table des négociations, d'autant
plus, M. le Président, je le dis, qu'on se retrouve avec un gouvernement
fédéral qui manifeste la pire des hypocrisies que j'aie vues
depuis bien longtemps. Il y a comme une fourberie, là, qu'on doit
constater actuellement du côté d'Ottawa. Et Joe Clark joue le
personnage de Tartuffe de façon exemplaire. Pendant qu'avec des airs
contrits il demande au Québec de revenir à la table, pendant
qu'avec des propos mielleux il affirme qu'il est tout disposé a prendre
en considération les aspirations et les revendications du Québec,
en même temps que Joe Clark joue au Tartuffe, en même temps ses
propres collègues, celui des Communications, celui de l'Environnement
sont en train de faire adopter par le Parlement fédéral des lois
qui expriment de façon tout à fait extraordinaire le
fédéralisme dominateur que condamnait récemment le premier
ministre du Québec.
Parce qu'il faut le faire! Joe Clark, lui, joue le rôle du
Tartuffe dans tout ça. Il y a l'expression d'une hypocrisie
incommensurable dans ce qui se passe présentement à Ottawa: Oui,
on est prêts à reconnaître vos aspirations. Oui, on est
prêts à une vaste décentralisation des pouvoirs. Et, en
même temps, le rouleau compresseur de la centralisation est en marche
à toute vapeur à Ottawa. Et on en parlait hier en cette Chambre
avec la
loi sur l'environnement, l'évaluation environnementale.
Même le ministre de l'Environnement du Québec, M. Paradis,
dénonçait avec vigueur ce projet de loi carrément
centralisateur où le gouvernement fédéral
s'ingérerait dans des domaines de juridiction québécoise.
Même chose avec la
loi sur les communications, exactement la même
chose. Là, vraiment, il faut, je pense, prendre conscience de cette
opération hypocrite du gouvernement fédéral et du
rôle de Tartuffe que joue dans cette opération le ministre
responsable du dossier, Joe Clark. (10 h 30)
Deuxième raison de ne pas participer, de ne pas répondre
à ces appels pressants, c'est qu'en élargissant le nombre des
intervenants à 16 et à 17, évidemment, si le gouvernement
du Québec s'y retrouvait, non seulement d'abord Ottawa abandonne son
leadership, toute sa capacité d'initiative, mais en plus, comme le
disait Lise Bissonnette et je la citais tantôt, il met en place tous les
ingrédients d'une recette pour l'enlisement, en reportant la date des
offres, le dépôt des offres à fin mai et peut-être
plus tard. Et, en faisant en sorte que maintenant on se retrouve 16 autour de
la table, c'est évident, c'est manifeste qu'on s'en va directement vers
le cul-de-sac.
M. le Président, autre raison qui m'apparaît esentielle. En
retournant à la table, sans aucun gain à l'égard de ses
revendications légitimes, le Québec serait appelé à
contribuer et à participer, à mettre l'épaule à la
roue, particulièrement à l'égard de la reconnaissance d'un
droit inhérent à l'autonomie gouvernementale des autochtones, qui
occupe désormais le premier rang du hit parade constitutionnel au
Canada. Et là, vrai-
ment, je pense qu'il faut dénoncer cela. J'écoutais, en
fin de semaine, les leaders autochtones, à la fois mielleux et
provocateurs. Ça alternait. Matthew Coon Come, le Cri, était
plutôt du genre provocateur. Mercredi, il a continué, lui,
plutôt le genre flagorneur, flatteur.
Mais il fallait voir ces messieurs inviter le Québec à
revenir s'asseoir à la table. Pas pour régler la question du
Québec, non non, non, non, non, pour régler la question
autochtone. Moi, ma grand-mère avait une expression tout à fait
savoureuse pour parler de ça. Elle disait de quelqu'un, dans ce
temps-là, qu'il était effronté comme un boeuf maigre. Un
boeuf maigre, c'est très effronté, M. le Président.
Ça saute le clos, ça va dans le champ du voisin, ça
fréquente les vaches du voisin. C'est très effronté, un
boeuf maigre. Mais là vraiment, il faut être effronté comme
un boeuf maigre pour dire des choses pareilles: Écoutez donc, venez, le
Québec, venez à la table, revenez à la table. Ah oui?
Pourquoi? Vous êtes prêts maintenant à régler la
question du Québec? Non non, non non, régler la question
autochtone. Là, je me retiens, M. le Président, je me retiens
parce que là, il y a des limites à l'effronterie. Et je pense que
la réponse du Québec est tout à fait pertinente de dire
non au retour à la table au moment même où la question du
Québec n'est plus à l'agenda, n'est plus à l'ordre du
jour. C'est la question autochtone qui est à l'ordre du jour.
Je ne veux pas dire par là que la question autochtone ne
mérite pas d'être réglée. Ce n'est pas ça que
je veux dire, comprenons-nous bien, mais je veux dire que la question du
Québec, elle, elle ne l'est pas, réglée. On a
essayé de la régler avec Meech, on n'a pas réussi. Et
là, tout d'un coup, ce n'est plus important de la régler. On
l'évacué du décor, on l'évacué du paysage,
on en ressort une autre, et celle-là, ça devient la
priorité qu'on essaie de régler maintenant. M. le
Président, je dirais également qu'en retournant à la
table, le Québec affaiblirait son pouvoir de négociation en
reconnaissant à nouveau un processus de révision
constitutionnelle que le premier ministre a condamné, a jugé tout
à fait discrédité.
Alors, M. le Président, je pense qu'il y a là un
piège dans lequel le gouvernement québécois ne doit pas
tomber. Et là-dessus, je me permettrais une digression, M. le
Président. J'écoutais, pas plus tard qu'aujourd'hui, un
commentaire à la radio, où on disait que l'Opposition officielle,
le Parti québécois, s'apprêtait a piéger le
gouvernement avec une motion. J'ai été complètement
renversé d'entendre ça. Le piège, M. le Président,
il n'est pas à l'Assemblée nationale, il est là-bas,
à Ottawa. La chausse-trappe, elle est là-bas. Le piège
n'est pas ici. Qu'est-ce que c'est que cette histoire-là, de
prétendre ou d'affirmer ou de conclure que l'Opposition officielle
essaie de piéger le gouvernement? Ce n'est pas l'Opposition officielle
qui essaie de piéger le gouverne- ment, c'est tout le Canada anglais,
c'est les premiers ministres des provinces, c'est Joe Clark, c'est les leaders
autochtones qui essaient de piéger le gouvernement en lui demandant de
revenir à la table, en l'invitant à revenir à la table. Le
piège n'est pas ici, je regrette, M. le Président. C'est en
retournant là-bas, en retournant à la table que le gouvernement
serait piégé, ce n'est pas en adoptant la motion
présentée par l'Opposition officielle, qui rejoint, qui reprend,
essentiellement, la position adoptée par le gouvernement et par le
premier ministre le 23 juin 1990. On reprend la position du gouvernement.
Où est le piège? Il n'est pas ici, le piège, il est
là-bas. Il est à Ottawa, le piège.
Le Bloc québécois a parfaitement raison: En retournant
à la table de négociation, le Québec deviendrait le bouc
émissaire idéal, parce que c'est loin d'être sûr que
ça va marcher, leurs négociations sur l'autonomie
gouvernementale; c'est loin d'être sûr que ça va aboutir au
succès. Mais, si le Québec revenait, alors voilà,
là, on aurait le bouc émissaire idéal. «Bouc
émissaire demandé», le Québec répond
parfaitement aux normes. Là, il reviendrait. Si ça
échouait - c'est fort possible que ça échoue sur cette
question-là, on voit que la confusion est apparue partout - alors
là, le Québec étant de nouveau à la table, on
aurait: Regardez, c'est lui, c'est sa faute; ça ne marche pas, c'est sa
faute, c'est la faute du Québec. Le bouc émissaire idéal!
Je pense qu'on doit être conscient de ça et refuser de participer
à cette opération, surtout quand on sait qu'on va devenir le bouc
émissaire rêvé qui manque et dont on a besoin
là-bas. C'est pour ça qu'on fait des appels tellement pressants
au gouvernement du Québec de réintégrer la table, c'est
parce qu'il manque un bouc émissaire et le Québec jouerait
très bien ce rôle-là.
Alors, M. le Président, je pense qu'il est essentiel que le
gouvernement québécois, comme l'a rappelé, d'ailleurs, le
premier ministre, M. Bourassa, lundi de cette semaine, sur les ondes de
Télémédia, et je cite: «On n'a pas l'intention de
changer d'attitude; on n'a pas l'intention, dis-je, de changer d'attitude sur
la participation du Québec aux négociations à 11 ou
à 17. La décision de juin 1990 de ne pas participer au niveau
politique est maintenue. On ne peut pas dire que les discussions
effectuées à date ont permis de dégager des progrès
importants.» Fin de la citation. (10 h 40)
Je me permets, M. le Président, de rappeler le discours solennel
prononcé par le premier ministre, le 23 juin 1990, à la suite de
l'échec de l'accord du lac Meech, et je cite M. le premier ministre:
«Le processus de révision constitutionnelle existant au Canada est
discrédité. Le gouvernement du Québec n'accepte pas de
retourner à la table de négociation sur le plan constitutionnel.
Pas question de discuter de la réforme du Sénat, pas question de
discuter de
la clause Canada et, malheureusement - écoutez bien - pas
question de discuter, également, de la réforme constitutionnelle
qui pourrait impliquer les Amérindiens. Comment voulez-vous que
j'accepte de retourner à la table constitutionnelle alors que j'ai
refusé de le faire en 1986, avant le début des
négociations sur l'accord du lac Meech? Comment pourrais-je y retourner
maintenant que les accords ont été rejetés après
avoir été ratifiés? En outre, c'est la position de mon
gouvernement de négocier dorénavant à 2 et non à 11
avec le gouvernement canadien.» Fin de la citation, M. le
Président.
Le jugement et la position apparaissent encore aujourd'hui tout à
fait pertinents et fondés; j'ai essayé de le démontrer. Le
premier ministre du Québec doit donc résister aux appels
répétés du Canada anglais de retourner à la table
de négociation, maintenant à 17, et, par cette motion
présentée par l'Opposition officielle, le premier ministre du
Québec peut, a l'occasion de réaffirmer de façon
officielle et non pas uniquement sur les ondes d'une station de radio,
même si ça a son importance, mais de réaffirmer de
façon officielle la politique de son gouvernement de ne plus participer
à des négociations constitutionnelles à 11 ou à 17,
surtout dans un contexte où aucun progrès n'a été
réalisé, mais, au contraire, où les revendications des
autochtones ont relégué la question du Québec en
arrière-plan pendant que les provinces du Canada anglais sont absolument
incapables de s'entendre entre elles sur des questions majeures comme la
formule d'amendement, la réforme du Sénat, le partage des
pouvoirs et l'union économique. Mais il y a une dynamique de groupe,
là, qui est enclenchée de leur côté et qui n'est
peut-être pas mauvaise en soi.
Mais, par cette motion que nous présentons, M. le
Président, qui devrait, à mon avis, être adoptée par
les deux grands partis politiques représentés à
l'Assemblée nationale - et, encore une fois, je répète que
notre intention n'est certainement pas de prendre au piège le
gouvernement, le piège étant ailleurs, le piège
étant dans l'acceptation de participer, de répondre positivement
aux appels venant d'Ottawa; c'est là qu'est le piège vraiment -
par cette motion adoptée, je l'espère, par les deux grands partis
politiques, pour reprendre les propos du premier ministre lui-même, le 23
juin 1990, «le Québec démontrerait qu'il est toujours plus
fort quand il est uni». Merci, M. le Président.
Une voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Lac-Saint-Jean. Toujours sur cette motion du
député de Lac-Saint-Jean et whip de l'Opposition officielle, je
cède maintenant la parole à M. le ministre de la Justice et
délégué aux Affaires intergouvernementales
canadiennes.
M. Gil Rémillard
M. Rémillard: Merci, M. le Président. M. le
Président, j'ai eu l'occasion mercredi dernier, en cette Chambre,
d'exprimer les réserves que nous avons en ce qui regarde le rapport
Beaudoin-Dobbie sur le renouvellement de la Fédération
canadienne. Depuis la dernière semaine, donc à l'intérieur
d'une semaine, M. le Président, le dossier constitutionnel a encore
beaucoup évolué. Il a évolué sur deux aspects
principaux: tout d'abord, en ce qui regarde le processus qu'on entend
maintenant suivre et, ensuite, en ce qui regarde le nombre de membres à
la table de discussions constitutionnelles.
En ce qui regarde tout d'abord, M. le Président, le processus,
rappelons-nous qu'au mois de septembre dernier le gouvernement
fédéral déposait des propositions de réforme en
profondeur de la Fédération canadienne. C'était
présenté comme des propositions, non pas comme des offres, mais
des propositions qui, à la suite de certaines discussions qui avaient eu
lieu depuis l'échec de Meech, devaient, selon le gouvernement
fédéral, nous amener à une nouvelle entente qui se situe
dans un «round» Canada pour l'ensemble de la
Fédération canadienne. On se souvient que nous avons
étudié ce document, ces propositions fédérales en
commission parlementaire, la commission qui est responsable, qui est
chargée d'étudier les offres, et la conclusion a
été que ces propositions étaient nettement insuffisantes,
et un comité mixte a été formé, comité
présidé par le professeur Gérald Beaudoin, par le
sénateur Gérald Beaudoin, et par Mme la députée
Dobbie, un comité mixte Sénat-Chambre des communes, qui a rendu
son rapport, donc, il y a quelques jours. Et nous avons dit à quel
point, entre autres en ce qui regarde le partage des compétences
législatives, ce rapport est nettement insuffisant.
On nous avait informés, M. le Président, qu'il y aurait
une motion ou une résolution, une étape, disons, qui devait
être discutée à la Chambre des communes
fédérale pour qu'on puisse se référer à des
grands principes, les principales données qu'on entendait, au niveau du
gouvernement fédéral, inclure dans les offres qu'on voulait
présenter au Québec. On nous avait dit: Probablement avant
Pâques, peut-être après Pâques, on est en train
d'évaluer toutes les possibilités, mais il y aura ce document, il
y aura cette motion, cette résolution qu'on débattra à la
Chambre des communes et qui nous permettra, donc, d'exprimer très
clairement les principaux principes, les principales données qui
devraient nous amener, à la suite donc des commentaires que nous avons
reçus sur le rapport Beaudoin-Dobbie, à établir des offres
pour le gouvernement, pour le Québec, pour renouveler donc la
Fédération canadienne.
L'objectif d'un tel processus, M. le Président, d'avoir une telle
motion, c'était de pouvoir
avoir un consensus, d'avoir même le consentement des trois grands
partis représentés à la Chambre des communes - les
conservateurs, les libéraux et les néo-démocrates - que
ces trois grands partis puissent se prononcer sur les principaux
éléments qu'on doit retrouver dans une proposition de
réforme du fédéralisme canadien pour répondre aux
objectifs légitimes du Québec. C'est un objectif que nous
considérons comme très important parce qu'il est, à notre
avis, extrêmement important que l'on puisse avoir, au niveau des grands
partis politiques fédéraux, cette unanimité quant aux
principaux éléments qu'on doit retrouver dans les offres qu'on
pourrait nous faire.
M. le Président, lorsqu'on regarde le rapport du comité
Beaudoin-Dobbie, il faut se rendre compte qu'il y a là des dissidences
majeures en ce qui regarde certains des aspects les plus importants que nous
devons discuter quant à cette réforme constitutionnelle. Je pense
au partage des compétences législatives, je pense à la
réforme du Sénat, où vous avez une dissidence majeure du
Parti libéral fédéral quant aux pouvoirs qu'on dort donner
à un nouveau Sénat. Il est important que l'on puisse avoir, donc,
un consensus au niveau du Parlement canadien.
M. le Président, cette étape, elle disparaît. Elle
disparaît, et on nous informe maintenant, à la suite de cette
rencontre de jeudi dernier entre les ministres responsables du dossier
constitutionnel, à la suite aussi de la conférence sur les
autochtones de la fin de semaine dernière, que le processus est
changé et qu'il y aura quatre, ou peut-être plus, groupes de
travail qui seront créés. Le premier ministre de l'Ontario, M.
Rae, propose quatre groupes de travail, mais on dit: Peut-être bien qu'il
faudrait en avoir plus que quatre. On créera aussi des comités
techniques. On aura aussi d'autres réunions pour les ministres
responsables de ce dossier constitutionnel. Bref, M. le Président, un
nouveau processus. On ne connaît pas exactement tous les aspects de ce
nouveau processus. Combien y aura-t-il de groupes de travail? Quels seront les
sujets qui seront étudiés par ces groupes de travail? Quel sera
le rôle des comités techniques? Combien y aura-t-il de
réunions de ministres responsables du dossier constitutionnel? Mais on
nous dit que tout ça devrait amener le gouvernement
fédéral et les autres provinces à faire des offres au
Québec vers la fin du mois de mai.
M. le Président, ça signifie une chose pour nous.
Ça signifie que le processus ou que l'échéancier
établi dans la loi 150 est respecté. Ça signifie, M. le
Président, qu'on se rend compte que cet échéancier de la
loi 150 doit être respecté pour le bien du Québec et pour
le bien de l'ensemble du Canada. (10 h 50)
M. le Président, il apparaît de plus en plus évident
que pour les Québécois comme aussi pour l'ensemble des Canadiens,
il est important qu'on règle, une fois pour toutes, ce problème
constitutionnel. Lorsqu'on voit les problèmes économiques que
nous avons, il est important qu'on puisse régler ce problème
constitutionnel et qu'ensemble on travaille à trouver des solutions aux
problèmes économiques. Bien sûr qu'il y a cette relation
directe entre la Constitution et l'économie, et ce que nous recherchons,
c'est un fédéralisme plus efficace, capable de nous donner des
outils pour relever ce défi économique, défi, maintenant,
même au niveau international par la mondialisation des économies.
Mais, M. le Président, cet échéancier de la loi 150, ce
n'est pas une épée de Damoclès sur la tête du reste
du Canada. C'est un élément qui nous permet de travailler
ensemble et de pouvoir trouver une solution. L'objectif du gouvernement est
toujours d'avoir les offres les plus susceptibles de permettre au Québec
d'exprimer ce qu'il est, de pouvoir nous permettre d'être un partenaire
à part entière dans cette Fédération et de
permettre au Canada d'exprimer pleinement ce qu'il est comme pays, qu'il prenne
sa place sur la scène internationale, qu'il puisse refléter sa
réalité, sociale, politique et économique.
Donc, M. le Président, le nouveau processus qui est mis en place
peut être un processus qui apportera des résultats
intéressants, peut-être bien. Il y a beaucoup de questions,
beaucoup d'ambiguïtés qui se posent présentement. Mais il y
a toujours cette possibilité que ça aboutisse, finalement,
à des offres acceptables pour le Québec. Dans la mesure où
ces offres nous arrivent à la fin mai, il sera toujours possible
à la commission parlementaire qui est responsable du dossier
constitutionnel en ce qui regarde les offres qui pourraient nous arriver du
gouvernement fédéral et des autres provinces, il sera toujours
possible à cette commission de les étudier, de faire rapport, et,
comme Parti libéral dont le gouvernement est issu, il y aura un
congrès où on discutera de ces offres et des décisions
seront prises en toute démocratie.
M. le Président, en conclusion, en fonction de ce premier aspect
qui est très important, en ce qui regarde le processus et qui est
changé, il s'agit de changements majeurs, substantiels, mais,
malgré les questions et les ambiguïtés que nous pouvons
avoir, il demeure qu'on respecte l'échéancier de la loi 150.
L'autre aspect qui est changé, qui est aussi un aspect
très important et, je dirais même, fondamental, c'est le nombre de
partenaires assis à la table de discussions constitutionnelles. M. le
Président, depuis que le Canada existe comme Fédération,
depuis 1867, dans toutes les discussions de relations
fédérales-provinciales, on s'est toujours
référé aux institutions politiques gouvernementales qui
existent de par le texte même de la Constitution canadienne,
c'est-à-dire 10 provinces et le gouvernement fédéral.
Selon la formule d'amendement que nous avons dans la Loi constitutionnelle de
1982, cette formule
d'amendement se réfère à des gouvernements, se
réfère à des Assemblées législatives qui
doivent voter une résolution pour accepter un amendement
constitutionnel, un changement à la Constitution. Elle se
réfère à un Parlement canadien, Chambre des communes,
Sénat, qui doivent accepter, eux aussi, une résolution pour
changer la Constitution. C'est donc dire que les partenaires, les partenaires
politiques de la Fédération, c'est 10 provinces et le
gouvernement fédéral, le Parlement canadien.
M. le Président, ça vient de changer. Ça vient de
changer, et toute cette tradition suivie depuis 1867 est changée. Pour
la première fois dans un processus de discussions constitutionnelles, on
ajoute, premièrement, deux gouvernements territoriaux,
c'est-à-dire le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest et le
gouvernement du Yukon. Ce sont des gouvernements, mais des gouvernements
administratifs qui dépendent d'Ottawa. Le Yukon et les Territoires du
Nord-Ouest ne sont pas des provinces canadiennes. Ils pourraient
peut-être le devenir, mais ils ne le sont pas et leurs gouvernements sont
là pour administrer, sous la gouverne du gouvernement
fédéral, le territoire du Yukon et les territoires qu'on appelle
les Territoires du Nord-Ouest canadien. M. le Président, on a
décidé que le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest seront
représentés à la table des discussions constitutionnelles,
de plein droit, au même
titre que les gouvernements des autres provinces.
On vient d'ajouter aussi, M. le Président, qu'il y aura quatre
représentants des nations autochtones, quatre représentants qui
seront là, à la table des discussions constitutionnelles, pour
discuter de la réforme de la Constitution.
M. le Président, c'est un élément qui est nouveau.
Nous étions 11 à la table; nous serons 17. Il y a, là
encore, des questions, des ambiguïtés qui se posent. Par exemple,
je voyais M. Benoît Bouchard, ministre de la Santé, qui disait, je
crois que c'était hier ou même lundi peut-être: Bien, on
verra. Les autochtones devraient se prononcer sur des questions qui sont
reliées à leur statut. Est-ce que c'est ça qui est
prévu ou si on veut que les autochtones puissent se prononcer sur tous
les sujets de la réforme constitutionnelle? C'est une question qu'on
peut se poser, M. le Président.
M. le Président, le Québec a toujours été un
des alliés les plus sûrs des peuples autochtones, et notre
histoire est là pour le démontrer. D'une façon plus
précise, rappelons-nous la Convention de la Baie James en 1975. M. le
Président, quand cette entente a été signée en
1975, cette entente a été reconnue comme un modèle
à suivre, non seulement au Québec et au Canada, mais un
modèle à suivre partout au monde. Souvenons-nous, M. le
Président, qu'à ce moment-là, aux Nations Unies, on avait
fait de cette entente le modèle à suivre pour tous les groupes
autochtones au monde. On disait: Voici ce qu'un gouvernement, le gouvernement
du Québec, vient de réaliser avec ses autochtones. Il vient de
reconnaître leurs droits ancestraux. Il vient leur donner la
possibilité d'avoir des gouvernements autonomes d'une certaine
dimension. Il leur donne la possibilité de se développer en
fonction de leurs coutumes, de leurs traditions, mais aussi de profiter des
avantages d'une vie moderne: services publics, hôpitaux, éducation
et tout ce qui peut se référer aux conditions matérielles
de vie qui font en sorte que les autochtones peuvent profiter eux aussi de
services publics de grande qualité.
M. le Président, ce qui était un modèle en 1975 et
qui a été suivi par, entre autres, nos voisins américains
en 1978 et en 1981, avec des ententes qu'ils ont négociées avec
leurs autochtones, qui ont suivi ce que nous avons fait dans l'entente de la
Baie James de 1975, ce dossier a évolué et il évolue
toujours, M. le Président. Nous avons toujours des
éléments à mettre en place pour compléter cette
entente de 1975. Pour ma part, comme ministre de la Justice, lors du dernier
Sommet de la justice qui a eu lieu au mois de février dernier, il y a
à peine quelques semaines, nous avons fait une discussion avec tous les
groupes autochtones autour de la table et nous avons fait un consensus quant
à l'administration de la justice, au Québec, pour respecter les
droits, les coutumes, les traditions des autochtones. Il n'est pas question, M.
le Président, de créer deux systèmes de droit; un seul
système de droit, mais à l'intérieur de ce système
de droit, la possibilité d'administrer la justice respectant les
coutumes, les traditions, la façon de vivre de nos autochtones. (11
M. le Président, on a réussi, autour de la table, à
établir un consensus fort, un consensus qui marque une étape pour
l'administration de la justice, et je suis convaincu qu'on a là aussi un
modèle qu'on peut suivre dans bien d'autres secteurs d'activité
de notre société.
M. le Président, ce que je veux dire, c'est que le Québec
l'a exprimé à plusieurs reprises dans les dernières
années: Cette Assemblée, l'Assemblée nationale du
Québec a exprimé solennellement à plusieurs reprises
qu'elle reconnaissait le droit des autochtones à un gouvernement
autonome, dans le cadre d'ententes négociées avec les
autochtones, dans le cadre du respect des lois du gouvernement du
Québec. Elle reconnaissait ce droit des autochtones à un
gouvernement autonome. Et nous le mentionnons, nous le confirmons toujours. Mon
collègue responsable du dossier autochtone l'a mentionné à
plusieurs reprises. Nous sommes prêts à y travailler.
Toute cette négociation constitutionnelle, tout ce processus
constitutionnel actuellement, il a son origine en 1981-1982, et ça, il
ne faut pas l'oublier, parce qu'on semble l'avoir oublié. On semble
avoir oublié que ce que nous avons voulu
faire avec l'entente du lac Meech, c'est de corriger l'injustice qui
avait été faite au Québec en 1982 par le rapatriement de
la Constitution. Ce que nous avons essayé de faire, c'est de
compléter cette Loi constitutionnelle de 1982. Tout n'était pas
mauvais dans cette Loi constitutionnelle de 1982. Entre autres, la Charte des
droits qui était là. On n'est pas contre une charte des droits,
M. le Président, mais il reste quand même qu'on a enlevé au
Québec son droit de veto. Et ce qu'on a voulu récupérer
avec l'entente du lac Meech, ce que nous voulons récupérer, parce
que c'est un outil essentiel pour le Québec, c'est ce droit de veto, ce
droit de pouvoir consentir à tout changement aux pouvoirs, aux
privilèges, aux juridictions que nous avons comme société,
que nous avons aussi au niveau de l'Assemblée nationale.
Mais, M. le Président, en 1982, lorsque le Québec
n'était pas
partie aux négociations constitutionnelles, on a
reconnu les droits des autochtones. Dans la Charte des droits, à
l'article 25, on a reconnu le fait que «la présente Charte
garantit certains droits et libertés, ne porte pas atteinte aux droits
ou libertés ances-traux issus de traités ou autres des peuples
autochtones du Canada». Et, là, on cite ces traités. On a
même ajouté l'article 35, toujours dans cette Loi
constitutionnelle de 1982, où on reconnaît les autochtones comme
des peuples. On dit: «Le droit des peuples autochtones du Canada».
On reconnaît leurs droits existants ances-traux ou issus de
traités.
M. le Président, en 1981-1982, les autochtones ont
été reconnus. On a reconnu leurs droits. Dans la Charte des
droits, on a mentionné que cette Charte devait s'appliquer en respect
avec leurs droits, leurs coutumes, leurs traditions. Malheureusement pour le
Québec, il n'y avait rien. Parce qu'il y avait quelque chose pour les
autochtones, il y avait quelque chose pour toutes les autres provinces
canadiennes, mais, pour le Québec, malheureusement, tout ce qu'il y
avait, c'est la perte du droit de veto.
M. le Président, ce que nous avons voulu faire avec l'entente du
lac Meech, c'est de récupérer ce droit de veto, donner au
Québec les garanties qu'il va pouvoir exprimer ce qu'il est pleinement
dans la Fédération canadienne et qu'il va jouer son rôle de
partenaire à part entière dans cette Fédération
canadienne. C'étaient cinq conditions que nous avions, M. le
Président. Les cinq conditions les plus raisonnables jamais
demandées par un gouvernement du Québec. Nous voulions partir de
ces cinq conditions et construire ensuite une réforme constitutionnelle
substantielle, capable de donner au fédéralisme canadien une
vigueur nouvelle, un souffle nouveau pour faire face au défi tellement
important que nous avons ici, au Canada, oui, mais sur la scène
internationale aussi, comme pays, pour prendre notre place sur le plan
économique, notamment.
M. le Président, n'oublions pas que cette ronde constitutionnelle
que nous avons présentement a donc pour origine l'échec de
l'entente du lac Meech, qui était là pour réparer
l'injustice de 1981-1982 avec le rapatriement et pour compléter
1981-1982. À la suite de l'échec de l'entente du lac Meech, on a
dit: C'est épouvantable. C'est une entente qui a été
négociée, qui a été faite d'une façon
confidentielle, en catimini. Le peuple a été mis de
côté. Ce sont les politiciens qui ont réglé cette
entente entre eux. On ne fera plus ça. On va avoir maintenant de grandes
discussions publiques et, surtout, on ne fera plus une ronde constitutionnelle
seulement pour le Québec. On va trouver des solutions pour tous les
partenaires fédéraux, pour toutes les provinces, et on va trouver
des solutions à tous nos problèmes au niveau de la
Fédération canadienne. Nous, tout simplement, on a dit:
Très bien. Vous voulez faire une ronde Canada? C'est très bien,
faites-la. C'est faux de dire que l'entente du lac Meech a été
faite en vase clos. C'est faux, M. le Président, parce qu'il n'y a pas
une entente constitutionnelle, dans toute l'histoire du Canada, qui a
été autant discutée ouvertement dans des commissions
parlementaires au niveau de toutes les provinces, au niveau du Parlement
canadien et de la Chambre des communes et du Sénat. Des commissions
parlementaires qui ont duré deux semaines, trois semaines, un mois,
même un mois et demi.
Le gouvernement de l'Ontario qui a produit, même, un rapport
substantiel, très bien fait. M. le Président, il n'y a pas une
entente constitutionnelle qui a été autant discutée. C'est
faux de dire que Meech a été une entente qui a été
rédigée en catimini par les politiciens sans que le peuple soit
impliqué. C'est complètement faux. Mais, M. le Président,
on nous dit: II faut maintenant une ronde Canada. Bon, c'est très bien.
Mais il demeure, M. le Président, que l'opération est
considérable: changement du partage des compétences
législatives, changement des institutions, droits des autochtones, et
tout ça, M. le Président, en fonction d'un
échéancier qui a été déterminé par la
loi 150 et qu'on doit respecter.
M. le Président, c'est à la suite de l'échec du lac
Meech que, le 23 juin 1990, le premier ministre du Québec, M. Bourassa,
disait que l'échec de Meech était l'échec d'un
système. L'échec d'une négociation qui s'était
faite, en dernier, avec 10 autres partenaires fédéraux du
Québec et des premiers ministres qui ont refusé d'honorer leur
propre signature, des législatures qui avaient voté une
résolution et qui sont revenues sur leur décision pour voter une
autre résolution pour annuler la première. En conclusion, le
premier ministre disait: Nous ne participerons plus aux tables de
négociation constitutionnelle. Nous allons discuter avec le gouvernement
fédéral. Nous allons discuter avec les autres provinces, mais on
ne retournera plus dans ces réunions qu'on appelle
multilatérales,
impliquant toutes les parties.
M. le Président, est-ce que les choses ont changé au point
où on devrait revenir sur cette décision? M. le Président,
avec les changements que nous venons d'avoir dans les derniers jours, avec
l'évolution du dossier, on ne voit rien qui devrait nous amener à
changer l'attitude du gouvernement du Québec. C'est une attitude qui est
dictée en fonction des intérêts supérieurs du
Québec. Toutes les décisions du gouvernement en ce qui regarde la
participation aux conférences fédérales-provinciales se
réfèrent, premièrement, à ce critère,
à ce principe du respect des intérêts supérieurs du
M. le Président, dans les circonstances, on ne voit pas pourquoi
ce qui a été décidé par le chef du gouvernement, le
23 juin 1990, n'aurait pas maintenant son application. M. le Président,
certains nous disent: Les absents ont toujours tort. M. le Président,
imaginons-nous, quelques instants seulement, quelle aurait été la
situation si le Québec avait été présent jeudi
dernier? Est-ce que ça aurait changé les choses, M. le
Président? Non, absolument pas. Absolument pas. Je dois dire, je le
répète, que ce nouveau processus qui a été mis en
place avec les groupes de travail, les comités techniques, les
réunions de ministres, dans la mesure où on nous dit que
ça pourrait aboutir à des offres liant et le gouvernement
fédéral et les provinces à la fin mai, eh bien, tant
mieux. Tant mieux s'ils pensent arriver à ça. (11 h 10)
Mais, M. le Président, les ambiguïtés, les questions
que nous avons ne nous amènent pas, pour le moment, à
évaluer ce dossier de façon à nous dire: Très bien,
on devrait retourner à la table de discussions constitutionnelles. La
position du gouvernement est toujours la même et la position du
gouvernement n'a pas de raison d'être modifiée. Jeudi dernier,
nous avions deux fonctionnaires qui étaient là sur le plan
strictement technique, qui étaient des observateurs techniques. Le
Québec ne participait pas; il y avait des observateurs techniques. La
chaise du Québec était vide, mais il y avait des observateurs
techniques qui étaient là pour donner des informations techniques
et nous informer.
D'autre part, M. le Président, si nous ne sommes pas à la
table de négociations multilatérales avec les autres provinces et
les nouveaux membres à cette table, ça ne signifie pas que nous
ne sommes pas actifs. Nous rencontrons plusieurs gouvernements des autres
provinces. Le premier ministre est en contact constant avec les autres premiers
ministres. J'ai eu l'occasion - au niveau des fonctionnaires, c'est la
même chose - encore dernièrement, vendredi dernier, de rencontrer
M. Horsman, le ministre des Relations fédérales-provinciales de
l'Alberta; je rencontrais, il n'y a pas encore tellement longtemps, il y a
quelques jours, M. Sihota de la Colombie-Britannique; les fonctionnaires
rencontrent régulière- ment des fonctionnaires des autres
provinces et du gouvernement fédéral. Nous sommes actifs, oui.
Nous avons un objectif, M. le Président, comme gouvernement, c'est
d'avoir un fédéralisme profondément renouvelé. Nous
voulons qu'il y ait des offres capables de permettre au Québec
d'exprimer pleinement ce qu'il est comme société distincte, mais
aussi comme partenaire à part entière de cette
Fédération canadienne. Nous voulons un fédéralisme
efficace. Dans cette perspective-là, je le répète, dans
les circonstances, on ne voit pas comment on en arriverait à changer la
politique du gouvernement exprimée par le premier ministre, M. Bourassa,
le 23 juin 1990.
M. le Président, en terminant, vous me permettrez de souligner la
mémoire d'un grand Québécois, d'un grand Canadien, Roger
Lemelin. Je souligne la mémoire de Roger Lemelin en conclusion de ces
remarques que je viens de faire sur le débat constitutionnel. Roger
Lemelin était pour moi et pour ma femme Marie un grand ami. J'offre mes
condoléances à sa femme, à sa famille, à ses amis.
J'ai eu l'occasion de le rencontrer dans les derniers jours, de le rencontrer
lorsqu'il a eu cette nouvelle des médecins, qu'il était atteint
de ce cancer. Nous avons eu à discuter ensemble beaucoup du
Québec, du Canada. Roger m'a donné un message très clair
de détermination, d'ouverture, un message de confiance.
M. le Président, un grand Canadien, un grand
Québécois et, je devrais dire, avant tout, un grand humaniste
nous a quittés, mais il nous laisse un esprit par son oeuvre
littéraire, par son action. Il nous laisse un message qui, pour moi, est
un message de confiance; un message de confiance en nous comme
Québécoises, comme Québécois, en nous comme
Canadiens, comme Canadiennes, le message de nous dire: Trouvons quelque
part la
raison qui va nous permettre d'atteindre cet objectif que nous avons et qui
nous permettra d'exprimer pleinement ce que nous sommes comme
Québécois, comme Québécoises à
l'intérieur d'une Fédération canadienne renouvelée,
profondément renouvelée.
Motion d'amendement
M. le Président, donc, en terminant, vous me permettrez de
présenter un amendement à la motion qui est déposée
aujourd'hui. La proposition d'amendement serait la suivante: Que la motion en
discussion soit amendée, premièrement, en remplaçant, dans
la première ligne, le mot «réaffirme» par les mots
«, dans les circonstances actuelles, appuie»; 2° en
retranchant, dans la quatrième ligne, après le mot
«onze», la virgule; 3° en remplaçant, dans la
cinquième ligne, le mot «canadien» par le mot
«fédéral»; 4° en remplaçant, dans la
cinquième ligne, les mots «tout projet d'entente
constitutionnelle» par les mots «le renouvellement du
fédéralisme canadien».
M. le Président, la motion telle qu'amendée se lirait
ainsi: «Que l'Assemblée nationale, dans les circonstances
actuelles, appuie la position du gouvernement exprimée solennellement
par le premier ministre à l'occasion d'un message à la
population, le 23 juin 1990, à l'effet de négocier
dorénavant à deux et non à onze avec le gouvernement
fédéral le renouvellement du fédéralisme
canadien.»
Le Vice-Président (M. Lefebvre): L'amendement est
M. Rémillard: Voilà, M. le Président,
l'amendement que je dépose.
Une voix: Très bien.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre. Je
souhaiterais entendre les leaders des deux formations sur la
recevabilité des amendements déposés par M. le ministre.
M. le leader adjoint du gouvernement.
Débat sur la recevabilité M. Daniel
M. Johnson: Oui, M. le Président. Sur la
recevabilité, nous sommes persuadés, évidemment, que nous
respectons l'article 197 du règlement, la jurisprudence et la doctrine
qui s'y rapportent. D'abord, quant au texte, je le rappelle, «les
amendements doivent concerner le même sujet que la motion et ne peuvent
aller à rencontre de son principe. Ils ne visent qu'à retrancher,
à ajouter ou à remplacer des mots.»
À l'égard de la doctrine, des rappels habituels nous
amènent à citer Erskine May qui dit, et je cite: «Le but
d'un amendement peut être d'apporter un tel changement dans une question
qu'elle soit acceptée par ceux qui, sans ce changement, devraient voter
contre.» On ajoute dans «Parliamentary Practice», toujours
sous la plume d'Erskine May: «To modify a question in such a way as to
increase its acceptability and to present to the House a different proposition
as an alternative to the original question.»
À l'égard de la jurisprudence, de nombreuses
décisions ont été rendues à cet égard, M. le
Président, toujours dans le sens exprimé par la doctrine. Notre
recueil est rempli d'exemples et, plus récemment, trois autres
décisions se sont inscrites dans ce courant majoritaire que j'illustre.
D'abord, le 22 mars 1990, votre collègue, le vice-président
Bissonnet, sur la motion proposant des amendements à la motion de
l'Opposition qui portait sur le sentiment antifrancophone qui existait au
Canada, selon eux. Le 4 avril 1990, une autre décision dans le
même sens, de M. le vice-président Cannon, sur la motion
d'amendement du ministre délégué aux Affaires interna-
tionales canadiennes. Le 7 novembre 1990, décision de M. le
vice-président, vous-même, M. le Président, sur la
recevabilité de la motion d'amendement du député de
Saint-Hyacinthe. Et j'ajouterais la décision du 27 novembre 1991,
toujours une de vos décisions, M. le Président, sur la
recevabilité de la motion d'amendement du ministre
délégué aux Affaires intergouvernementales
canadiennes.
Dans les deux premières décisions, on peut lire que
«la motion d'amendement - je cite - peut avoir pour objet d'apporter des
changements même importants qui permettent un débat plus large ou
encore qui permettent à un plus grand nombre d'y adhérer.»
Nous lisons, dans celle du 4 avril 1990, je cite: «En
résumé, pourvu que l'amendement touche à la même
question, on peut apporter à cette question toutes les retouches.»
Dans celle du 7 novembre 1990, je cite: «Alors, l'amendement vise
à rallier un plus grand nombre de parlementaires à la motion
principale. L'amendement proposé n'écarte pas la motion
principale.» Finalement, dans la décision du 27 novembre dernier:
«L'amendement proposé - peut-on lire - par le ministre tient
compte de ces deux idées maîtresses en ajoutant, illustrant ou
précisant ces idées. Le but d'un amendement n'est pas de viser
à dire la même chose avec d'autres mots, c'est-à-dire
rechercher à remplacer des mots par des synonymes. Amender, c'est
modifier, rendre plus acceptable une proposition, sans toutefois en
altérer le principe ou en changer le sens ou la nature. Si
l'Assemblée n'a pas cette compétence d'empêcher, elle peut
sûrement se manifester d'une certaine façon, exprimer cette
opposition ou s'objecter. Le but recherché apparaît le même;
c'est seulement la manière de le dire qui diffère.»
Je vous demande donc, M. le Président, à la lumière
de ces arguments, de déclarer recevable l'amendement du ministre. (11 h
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Sur la
recevabilité, M. le député de Lac-Saint-Jean et whip de
l'Opposition officielle.
M. Jacques Brassard
M. Brassard: Oui, M. le Président, très
brièvement. À mon humble point de vue, cet amendement n'est pas
recevable parce qu'il a pour effet de dénaturer, de façon
substantielle, l'essence même de la motion que j'ai
présentée, particulièrement le premier
élément de l'amendement où l'on remplace
«réaffirme» par «appui dans les circonstances
actuelles».
Voici, M. le Président. Il me semble, et non seulement il me
semble, mais je pense que l'engagement pris par le premier ministre, le 23 juin
1990, n'était d'aucune façon lié aux circonstances.
D'aucune façon n'était lié aux circonstances et... Au
contraire, il avait condamné le mode de négociations à 11
comme étant
carrément complètement discrédité,
dévalorisé. C'est le mode de négociations comme tel qu'il
fallait rejeter, quelles que soient les circonstances. Quelles que que soient
les circonstances! Là, évidemment, l'amendement introduit par le
ministre nous laisse croire que, si les circonstances changent - et Joe Clark
se tue à affirmer, à Ottawa, que les circonstances ne sont plus
les mêmes, que les circonstances changent - donc, si les circonstances
changent, eh bien, la condamnation du mode de négociations pourrait
être retirée. Là, le mode de négociations à
11, et maintenant peut-être à 17, retrouverait toute sa valeur,
deviendrait excellent, très efficace. Pourquoi faisait-on
référence, nous, dans notre motion, à cet engagement
très clair, très limpide qu'a pris le premier ministre, le 23
juin 1990? C'est justement parce que c'était un jugement sans appel.
C'était une condamnation sans appel qui n'avait rien à voir avec
les circonstances de l'époque ou les circonstances qui vont suivre.
Donc, relier la motion, je dirais, à une dimension temporelle ou
événementielle m'apparaît avoir pour effet de
dénaturer la substance même de la motion. C'est pourquoi, surtout
le premier élément, je le considère, à mon avis,
comme irrecevable, et je vous prie de le déclarer comme tel.
Quant au reste, on remplace «gouvernement canadien» par
«gouvernement fédéral». On a mis «gouvernement
canadien», nous, parce que c'est ça que le premier ministre a dit,
le 23 juin. Il a parlé du gouvernement canadien. Évidemment, en
tant qu'amendement, ça m'apparaît difficile de dire que c'est
irrecevable, mais on a mis «gouvernement canadien» parce que c'est
exactement l'expression qu'a utilisée le premier ministre, le 23 juin
1990. Ça ne concernait pas uniquement le renouvellement du
fédéralisme, cette condamnation du mode de négociations,
ça concernait tout projet d'entente constitutionnelle. Tout amendement
à caractère constitutionnel, même mineur, devait passer par
la négociation bilatérale avec le gouvernement
fédéral et non pas uniquement, comme le veut le ministre, le
projet de renouvellement du fédéralisme. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le whip de
l'Opposition officielle. Je vais prendre en délibéré,
quelques minutes, la recevabilité de la motion. Je suspends donc les
travaux quelques minutes. Je vais vous revenir le plus rapidement possible pour
rendre ma décision sur la recevabilité.
M. Brassard: On pourrait peut-être continuer le
Le Vice-Président (M. Lefebvre): On va suspendre quelques
minutes, M. le whip.
(Suspension de la séance à 11 h 24)
(Reprise à 11 h 30)
Reprise du débat sur la motion
principale
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Nous reprenons le
débat avec l'intervention du député de
Pointe-aux-Trembles. Je serai remplacé par mon collègue, le
député de Jeanne-Mance, ce qui me permettra de
délibérer sur la question de la recevabilité de la motion
d'amendement.
M. le député de Pointe-aux-Trembles.
M. Michel Bourdon
M. Bourdon: M. le Président, la semaine dernière,
cette Chambre a adopté, avec l'accord des deux grands partis
représentés dans cette Chambre, un désaveu de la
proposition Beaudoin-Dobbie qui venait du fédéral. Ça nous
met dans une situation où cette Chambre dit clairement que ce que les
trois grands partis fédéraux ont élaboré en
matière constitutionnelle ne peut, d'aucune façon, convenir au
Il y a des gens que de telles positions bipartisanes étonnent ou
scandalisent. Je pense qu'il faut expliquer que la question de l'avenir du
Québec concerne tous les Québécois et qu'il est normal
qu'à l'occasion les deux grands partis s'entendent, dans
l'intérêt du Québec, dans l'intérêt des
Québécoises et des Québécois, sur des
éléments de cette question constitutionnelle.
Ce matin, il s'agit d'être conséquent avec le discours tenu
par le premier ministre après l'échec du lac Meech. Le discours
du premier ministre du Québec était clair: Essayer de
régler à 11 le retour du Québec dans la Constitution de
1981-1982 n'était pas possible. Le premier ministre disait clairement
que, pour le Québec, il n'était pas question de retourner
s'asseoir à une table où on serait 1 sur 11. Depuis ce
temps-là, M. le Président, la situation a changé, mais
dans le sens d'aller vers le pire, le pire dans le sens que le
fédéral, avec les 9 autres provinces, a décidé
qu'on ajoutait des joueurs à la table, ces joueurs étant les 2
territoires, c'est-à-dire le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest,
plus 4 sièges pour les associations représentant les autochtones
du Canada.
Donc, M. le Président, la table à 11 qui semblait
inacceptable pour le premier ministre du Québec, c'est devenu une table
à 17, à 16, pour l'instant, mais où on multiplie les
appels pour que le premier ministre du Québec retourne pour être,
d'une certaine façon, au banc des accusés à l'égard
des droits des autochtones. Je pense que, dans le processus constitutionnel, ce
qui commence à impatienter et même à exacerber les
Québécoises et les Québécois, c'est la façon
dont les 9 provinces et le fédéral veulent noyer le poisson. On
ne peut pas appeler autrement ce procédé qui consiste à
dire qu'en tête de liste des questions à discuter, il y a les
droits des autochtones et non pas la place du Québec et
que, deuxièmement, la réforme du Sénat est le
deuxième grand sujet. Tant qu'à faire, M. le Président, on
en a ajouté d'autres. On a ajouté la charte sociale qui vient du
premier ministre de l'Ontario qui est en train de jouer, dans ces pourparlers
constitutionnels, le même rôle qu'un autre nouveau venu dans le cas
du lac Meech, M. McKenna, du Nouveau-Brunswick, qui est arrivé avec ses
Donc, M. le Président, en somme, le message est le suivant: On
veut bien parler des droits des autochtones, on veut bien parler de la
réforme du Sénat, on veut parler de la charte sociale; la
dernière chose dont on veut parler, c'est du Québec. Alors, je
pense que la motion de notre parti ce matin vient à point nommé
dire: Non, il n'est pas question que le premier ministre du Québec aille
humilier la population du Québec en se retrouvant dans un panel, dans
une instance où le Québec, au lieu d'être 1 sur 11 - on
sait l'humiliation que ça a été dans l'accord du lac Meech
- serait, là, 1 sur 17 et, qu'on le veuille ou non, un peu au banc des
accusés, on demanderait - et c'est récemment qu'on a dit
ça - est-ce que le Québec est prêt à faire quelque
chose pour que les 4 porte-parole des autochtones retirent leur nouvelle
demande - qu'ils n'avaient plus, mais qu'ils recommencent à avoir - soit
de les reconnaître comme société distincte?
M. le Président, je pense qu'il y a là quelque chose
d'irréel, de faux et de fou dans ce qui nous est proposé.
À cet égard, M. le Président, je voudrais dire qu'à
mon point de vue les hommes et les femmes politiques du Canada anglais sont
bien obligés, notamment, de tenir compte du sondage Gallup d'il y a deux
semaines où on posait la question au Canada anglais: Est-ce que, pour
garder le Québec dans la Confédération, vous seriez
prêts à ce que le Québec obtienne plus de pouvoirs? La
réponse, M. le Président, à 92 % a été non.
Alors, trouvez-moi une femme ou un homme politique qui puisse ne pas tenir
compte de l'opinion de 92 % de la population qu'il représente.
Ça, ça amène M. Joe Clark, par exemple, à venir
dire - ce qui est tout à fait sot - à Anjou, en plus de
ça, en plein est de Montréal: Beaudoin-Dobbie, c'est l'offre la
plus extraordinaire jamais faite au Québec depuis 125 ans. Ça a
mis le professeur Léon Dion en colère, et avec raison. Voyons
donc! On nous offre moins qu'en septembre et ce serait supposé
être exaltant. Et, là, la démarche qui nous est
suggérée, au gouvernement du Québec qui a rejeté
clairement, par une déclaration solennelle de son premier ministre,
l'idée d'aller négocier à 11, on dit: Vous n'aimiez pas
ça à 11 et, là, on vous supplie de venir le faire à
M. le Président, juste un exemple de comment le milieu politique
du Canada anglais est décroché de la réalité, c'est
l'insistance à parler de la réforme du Sénat. Le
Québec, faut-il le rappeler, a déjà eu l'équivalent
du Sénat non élu qu'on a à Ottawa. Ça s'appelait le
Conseil législatif et on l'a aboli, au Québec, en 1968. Ça
fait maintenant 24 ans. Il y a déjà eu deux Chambres dans ce
Parlement: une Chambre élue et une Chambre non élue. La Chambre
non élue a disparu et les Québécois ne l'ont pas
pleurée parce que ça faisait offense à notre sens
démocratique. C'est devenu le salon rouge où on fait parfois des
réceptions et où des commissions parlementaires - je pense
à Bélanger-Campeau -siègent à l'occasion.
Donc, on nous propose, au fédéral, de parler du
Sénat, de parler des autochtones, de parler de charte sociale, de parler
de n'importe quoi, sauf de l'avenir du Québec. En bref, M. le
Président, je pense que la même chose se présente
maintenant, qui se présentait lors de l'accord du lac Meech,
c'est-à-dire que le premier ministre du Québec doit tenir bon
dans sa décision de ne pas aller faire humilier le Québec dans un
vaudeville comme celui qui prévaut à Ottawa au sujet de la
Constitution. Merci.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Pointe-aux-Trembles. Sur cette même motion, je
reconnais M. le député de Vimont. M. le député de
Vimont, vous avez la parole.
M. Benoît Fradet
M. Fradet: Merci, M. le Président. Ça me fait
plaisir d'intervenir sur cette motion aujourd'hui, mais je me pose de
sérieuses questions sur l'honnêteté intellectuelle et
politique des gens d'en face, du Parti québécois. J'ai entendu le
député de Lac-Saint-Jean dire tout à l'heure que cette
motion amendée était irrecevable parce qu'elle précise
qu'il faut tenir compte des circonstances. Encore une preuve, M. le
Président, que le PQ est incapable de tenir compte des circonstances et
qu'il est incapable de tenir compte de la réalité. Et ça,
je pense que c'est important. J'ai l'impression de revoir le film «II
danse avec les loups». C'est ce que ça me donne un petit peu comme
impression.
J'ai aussi l'impression que le Parti québécois n'a pas lu
les journaux d'hier - il nous arrive avec une motion aujourd'hui, mais il n'a
pas lu les journaux d'hier, et je pense que c'était clair La position du
premier ministre Robert Bourassa était très claire en ce qui a
trait aux négociations constitutionnelles. Je pense que c'était
à la une de tous les journaux. Dans La Presse, par exemple:
«Bourassa: pas question de négocier à onze». Dans
Le Soleil: «Bourassa n'entend pas céder». Dans The
Gazette: «Bourassa rejects calls to return to table». Je pense
que c'est clair. M. Bourassa a toujours été très clair et,
aujourd'hui, le Parti québécois nous arrive avec une motion pour
réaffirmer ça. (11 h 40)
Ça donne quoi, M. le Président, d'avoir une
motion à toutes les semaines? On en a connu une la semaine
dernière. Aujourd'hui, le Parti québécois nous arrive avec
une motion sur les négociations bilatérales sur le renouvellement
du fédéralisme, de la Constitution, et l'article 1 du programme
du Parti québécois, c'est l'indépendance. Quelle
crédibilité pouvons-nous donner au Parti québécois
sur cette motion quand l'article 1 du programme de son propre parti est
l'indépendance du Québec, la sécession? Ça, je
pense que ça fait
partie des questions que je me pose sur la motion que
présente le Parti québécois aujourd'hui. Il veut
défendre la position qu'a tenue le gouvernement du Québec quand,
lui, sa propre position, en tout cas, à mon avis, elle n'est même
pas claire. Le PQ n'est surtout pas crédible avec cette motion, surtout
dans le contexte où il propose, dans cette motion, de continuer des
négociations bilatérales sur le renouvellement de la
Constitution.
Le PQ ne veut pas de projet d'entente constitutionnelle. Il faut se
poser la question: Pourquoi propose-t-il ça aujourd'hui? Peut-être
parce qu'il veut faire de la fiction politique? Peut-être parce que le
Cyrano du Lac-Saint-Jean avait le goût d'une autre etite pièce
théâtrale aujourd'hui. Peut-être que c'est pour
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le
Des voix: Oh! Oh!
M. Fradet: Peut-être que...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le
député! je vous demanderais de retirer vos paroles à
l'endroit du député de lac-saint-jean, immédiatement.
M. Fradet: Je retire mes paroles, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Très bien, vous
pouvez poursuivre.
M. Fradet: J'ai l'impression que le PQ ne sait plus où
donner de la tête. Après avoir voté contre la loi 150,
après avoir sorti avec fracas de la commission sur les offres
constitutionnelles ne voulant plus étudier les propositions,
aujourd'hui, je pense qu'il est difficile de trouver honnête la motion du
Parti québécois. Il est difficile à suivre et même,
M. le Président, dans Le Soleil du 22 février dernier, on
disait: «Et si le PQ manquait d'idées...» Je pourrais
peut-être citer quelques passages de cet article-la signé par
Raymond Giroux: «En pleine crise constitutionnelle - et ça, c'est
les propos du chef de l'Opposition - il déplore une carence dangereuse
de son parti; le brassage d'idées fait défaut.» On en a une
preuve aujourd'hui. Il déclarait aussi que la souveraineté,
coûte que coûte, même si les Québécois
décidaient finalement d'accepter les offres fédérales, et
une malsaine indifférence volontaire envers les revendications
autochtones... Et, aujourd'hui, on voit un autre coup de pied aux
revendications autochtones. «Le PQ ne lève pas» - c'est
écrit dans l'article, M. le Président. «Quand un parti -
comme le Parti québécois - compte sur le défilé de
la Saint-Jean-Baptiste pour influencer le premier ministre, c'est que quelque
chose ne tourne pas rond.» Et ça, c'est écrit dans un
editorial du Soleil, M. le Président, signé de Raymond
Alors, ce sont toutes ces questions-là qui font qu'aujourd'hui je
me pose... Quand un parti politique ne sait plus où donner de la
tête, quand un parti politique ne sait plus quoi faire pour attirer
l'attention, quand un parti politique est rendu à faire de la fiction
politique et quand un parti politique comme le Parti québécois
manque carrément d'idées, qu'est-ce qu'il fait, M. le
Président? Il dépose une motion à l'Assemblée
nationale. Et c'est ce qu'il a fait aujourd'hui. Et à cause de tout
ça, M. le Président, je me pose toujours des questions sur
l'honnêteté du Parti québécois dans la
démarche qu'il entreprend aujourd'hui.
En terminant, je voudrais juste peut-être revenir sur cette motion
et dire que j'appuie la motion telle qu'amendée par le ministre des
affaires intergouvernementales. J'appuie mon premier ministre, M. Bourassa,
dans sa démarche. Je pense que c'était clair. Il faut se souvenir
pourquoi on ne renégocie plus à 11. Il faut se souvenir de ce qui
s'est passé dans l'accord du lac Meech. Il faut se souvenir qu'on a
discrédité le processus d'amendement constitutionnel et surtout
les rencontres constitutionnelles à 11. Et, aujourd'hui, je suis
convaincu qu'il faut maintenir notre position face à ça.
Le premier ministre l'a fait. Le gouvernement l'a fait. Et je ne vois
pas du tout, M. le Président, l'opportunité du Parti
québécois, et plus particulièrement du
député de Lac-Saint-Jean, de déposer une motion comme
celle-là à l'Assemblée nationale aujourd'hui. Je peux vous
dire que j'ai toujours été d'accord avec ce que mon premier
ministre a fait. Je vais continuer de travailler avec lui et, en équipe,
je suis convaincu qu'on va passer à travers cette période
très difficile face au dossier constitutionnel. Et gardons toujours
à l'esprit que le premier ministre du Québec défend les
intérêts supérieurs des Québécoises et des
Québécois. Il défend l'intérêt
économique et l'intégrité économique du
Québec. Nous serons derrière lui dans tout le dossier
constitutionnel. Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Vimont de votre intervention. Sur cette même
motion, M. le député de D'Arcy-McGee. M. le
M. Robert Libman
M. Libman: Merci beaucoup, M. le Président. Notre
formation politique rejette catégoriquement la motion de ce matin,
même la motion amendée, car nous croyons qu'elle est destructive,
irréfléchie et nous croyons qu'elle ébranle le processus
de renouvellement de la Constitution.
M. le Président, notre parti frissonne quand nous entendons des
gens comme Ovide Mercredi, hier, dire que le premier ministre du Québec
est le dernier espoir du fédéralisme, le seul qui pourrait sauver
le pays. Si tel est le cas, M. le Président, il doit alors cesser de
jouer ce jeu dangereux qui consiste à laisser le reste du Canada devenir
ce qui satisferait le gouvernement du Québec.
Bill 150 is clear. It sets up a dynamic whereby Québec is
awaiting an offer. Yet, it never says what type of offer would be acceptable to
the Government of Québec. It is extremely difficult, M. le
Président, for the rest of Canada to read Quebec's smoke signals. Does
the Premier believe that the rest of Canada are mind readers? We have to ask
the question: How in the world can anyone negotiate a deal if they are not
there at the table negotiating? It is senseless to think that any good deal can
be worked out, that any deal in anyone's best interest can be reached, any
agreement, if one side is simply not at the negotiating table.
That empty chair at the constitutional conference, that ever present
empty chair sends out a very nasty and a very dangerous signal to the rest of
Canada. It hardens the resolve instead of stimulating an atmosphere of
compromise which is much needed for us to arrive at a deal that is in
everyone's best interest.
We also have to recognize that it is difficult enough for Quebeckers
themselves to decode the Premier of Québec who seems to be a federalist
on Tuesday, a sovereignist on Wednesday, he is undecided on Thursday. This is
not good for Canada. We have to stop playing these games and there is
absolutely no way for the rest of Canada to understand or to arrive at a deal
if this ridiculousness continues. We have to stop bowing to the pressure of the
sovereignists. The Premier's reflexive, poorly thought out announcement of this
boycott in June of 1990 is making a mockery of constitutional reform. It may
have sounded strong and firm and timely back in June 1990, but, now, it is
starting to haunt the process. It is a very silly game that he is playing, in
which the people of Québec lose out.
And we also have to recognize that the context itself for affirming the
boycott in June 1990 is tainted. Throwing all the blame on the rest of Canada
for the failure of Meech Lake ignores one of the events that damaged the Meech
Lake Accord more than anything else, and that was the Québec
Government's decision to override a Supreme Court decision in December of 1988
protecting freedom of expression. This decision inflicted greater damage upon
the Meech Lake Accord than anything else, than any other circumstance. This
decision by the Government of Québec broke the trust that was developing
in the rest of Canada.
En terminant, M. le Président, s'il est vrai que le premier choix
de notre premier ministre est de garder le Québec au sein du Canada, il
doit être prêt à faire ce qui est dans les meilleurs
intérêts du Canada et du Québec, et cela veut dire
s'asseoir à cette table. S'il est vrai que le premier choix de notre
premier ministre est de garder le Québec au sein du Canada, s'il
s'intéresse vraiment aux meilleurs intérêts du
Québec et du Canada, il doit oublier cette fierté artificielle et
ignorer la pression des souverainistes. Les souverainistes ne seront jamais
satisfaits, peu importe ce que le gouvernement négocie. Alors, cela
étant compris, il vaut mieux faire monter la pression sanguine des
souverainistes aujourd'hui que plus tard, alors que le contexte pourrait
être beaucoup plus fragile. Les souverainistes vont ramasser tous ces
votes hebdomadaires pour pouvoir encore mieux coincer le premier ministre. Nous
demandons au premier ministre, aujourd'hui, d'ignorer ce vote, d'être
ferme et de retourner à la table pour négocier, et de ne pas
faire attention à ceux qui veulent démolir, qui ne peuvent
même pas défendre la faisabilité de leur propre option.
This boycott may very well play into the hands of nationalist circles,
for those who revel in turning their backs on the enemy, but if Québec
continues to stay away from the discussion, letting others define the public
debate, it will severely jeopardize any successful deal. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de D'Arcy-McGee, de votre intervention. Sur cette
même motion, je reconnais maintenant M. le vice-président de la
commission du budget et de l'administration et député de La
Prairie. M. le député. (11 h 50)
M. Denis Lazure
M. Lazure: Merci, M. le Président. Il est bon,
peut-être, de rappeler le texte de cette motion qui est très
simple, présentée par notre whip en chef et député
de Lac-Saint-Jean. Elle se lit comme suit: «Que l'Assemblée
nationale réaffirme la position du gouvernement exprimée
solennellement par le premier ministre à l'occasion d'un message
à la population, le 23 juin 1990, à l'effet de négocier
dorénavant à 2 et non à 11 avec le gouvernement canadien
tout projet d'entente constitutionnelle.»
C'est simple, l'objet de cette motion, M. le Président; dans
l'esprit de l'Opposition, c'est
d'offrir notre appui au gouvernement du Québec pour qu'il
maintienne cette position. Au moment où le gouvernement
fédéral crée de la confusion, avec toutes les
contradictions dans son comportement vis-à-vis des provinces et
vis-à-vis du Québec en particulier, il est important que la
position du Québec demeure claire: le Québec, y compris le
gouvernement Bourassa, a défini bien clairement ce qu'il attendait du
gouvernement fédéral. Le Parti québécois l'a fait
aussi de façon encore plus claire, plus éclatante. Mais, M. le
Président, c'est au gouvernement fédéral de dire ce que le
Canada veut offrir au Québec. Le Québec a dit ce qu'il voulait et
il faut absolument que le premier ministre résiste à la tentation
de retourner à la table, non plus des 11, mais des 17. Non seulement il
avait raison de refuser de retourner a la table des 11, mais, M. le
Président, ce serait catastrophique s'il retournait à la table
Le gouvernement fédéral, en paroles, prétend
vouloir décentraliser surtout en faveur du Québec pour
répondre à ses revendications traditionnelles depuis des
générations. Je voyais une annonce tantôt dans le
parlement, M. le Président, où le ministre Loiselle, du
fédéral, s'en vient cette semaine prononcer une conférence
sur la décentralisation. C'est une farce, M. le Président! Le
même ministre Loiselle s'apprête à voter ces jours-ci un
projet de loi, le projet de loi C-13, qui va permettre au gouvernement
fédéral de s'ingérer dans les compétences du
Québec en matière d'environnement. Et qui dit matière
d'environnement dit matière de développement économique
aussi bien, parce que, avec ce projet de loi odieux, le fédéral,
à cause du pouvoir de dépenser qu'il a dans tous les champs qu'on
peut imaginer, s'il finance une PME, par exemple, au Québec, il pourra
dire: Moi, puisque je finance cette PME, je vais envoyer mon agence
d'évaluation environnementale.
Il n'y a pas de fin, M. le Président, à tel point que le
ministre de l'Environnement - et je dois le féliciter au passage pour sa
prise de position - a appuyé une motion que j'ai présentée
hier soir à la commission de l'aménagement et des
équipements et cette commission parlementaire, en séance
régulière, a approuvé à l'unanimité une
motion qui désapprouve le geste que le gouvernement
fédéral s'apprête à poser, M. le Président.
Alors, de la même façon que les parlementaires du Québec
qui sont soucieux de l'environnement et du développement
économique du Québec ont fait front commun pour résister
à cette ingérence du fédéral, M. le
Président, nous demandons aujourd'hui, par cette motion, que le
gouvernement Bourassa maintienne sa position. Il n'y a rien de nouveau et, s'il
y a quelque chose, il a encore plus raison de maintenir sa position parce qu'il
y a plus de confusion, il y a plus de contradiction du côté du
gouvernement fédéral.
Encore aujourd'hui, un quotidien titre: «Ottawa envahit tous les
champs de compétence provinciale.» Je viens de parler de
l'environnement. On peut parler de l'éducation. Il n'y a pas si
longtemps, le fédéral, pour la première fois, posait un
geste officiel qui vient en complète contradiction avec l'Acte de
l'Amérique du Nord britannique qui identifie la province comme
étant la responsable du champ de l'éducation. Ils ont fait la
même chose en télécommunications. Ils ont fait la
même chose au développement régional. M. le
Président, on a de moins en moins de raisons d'aller s'asseoir à
une table de 11 ou de 17 qui est devenue un cirque tout à fait
inacceptable, et la population en a assez. La population a le désir de
se prononcer le plus tôt possible sur l'avenir du Québec.
M. le Président, ces contradictions du gouvernement
fédéral, il serait temps que des députés du
Québec, notamment du parti ministériel, les députés
conservateurs du Québec - je pense à des Loiselle, à des
Suzanne Duplessis, à des Jean-Pierre Blackburn, Benoît Bouchard et
Marcel Masse - qui, à tout bout de champ, disent: Oui, oui, oui, nous
allons surveiller les intérêts du Québec, faites-nous
confiance... Mais, M. le Président, les actes ne suivent pas les paroles
et le projet de loi C-13 qu'ils sont sur le point d'adopter à Ottawa est
le pire exemple d'ingérence dans le domaine d'une compétence que
le Québec a toujours exercée. Le journal de ce matin dit ceci:
«Le gouvernement Mulroney est en train d'envahir, par la voie
législative, appuyé par son pouvoir de dépenser, tous les
champs reconnus de compétence provinciale depuis 1867». Et
ça, c'est une dénonciation faite non pas par un péquiste,
M. le Président, mais par le député de Brome-Missisquoi et
ministre de l'Environnement. Il est cité au texte ici et, encore une
fois, il faut reconnaître qu'il a eu le courage de dénoncer
vigoureusement, suite aux questions que je lui ai posées hier à
l'Assemblée nationale, cette tentative du fédéral.
Alors, nous disons, M. le Président, au gouvernement du
Québec: Demeurez sur votre position, ne vous laissez pas prendre dans un
piège préparé autant par les autorités
fédérales que par les autorités de l'Ontario et les chefs
des premières nations. De toute évidence, tout ce beau monde veut
attirer le Québec à la table de négociation et
répéter le même stratagème, le même
mécanisme qu'en 1981-1982, d'où le Québec se retirait
perdant.
M. le Président, en terminant, j'espère que cette
Assemblée va appuyer à l'unanimité, peut-être
à l'exception de deux ou trois députés, mais à
l'unanimité presque, cette proposition qui n'est, au fond, qu'un appui,
qu'un support pour les lignes de conduite déjà établies
par le gouvernement Bourassa depuis un an et demi. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de La Prairie. Avant de reconnaître le
prochain intervenant, je vais rendre ma décision...
M. Jolivet: M. le Président...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Oui, M. le
député de Laviolette.
M. Jolivet: ...vous me permettrez de prendre quelques instants de
répit pour demander à notre collègue qui est responsable,
qui est en réunion, de venir prendre place ici.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Dans les circonstances,
je vais reconnaître immédiatement le prochain député
qui veut intervenir, ce qui permettra au whip de l'Opposition officielle de se
rendre à l'Assemblée. Mme la députée de Vimont.
Mme Pelchat: Je ne veux pas vous corriger, M. le
Président, mais...
Une voix: Vachon, Vachon, Vachon. Mme Christiane Pelchat
Mme Pelchat: ...mon comté, c'est toujours le comté
de Vachon. Merci, M. le Président. Je dois vous dire que c'est avec joie
que j'interviens sur la motion présentée par l'Opposition
officielle et amendée par le ministre responsable, M. Gil
Rémillard. C'est assez rare, M. le Président, qu'on a l'occasion
de dire qu'un député ministériel est fier d'intervenir sur
la motion du mercredi qui est normalement toujours présentée par
l'Opposition officielle. Mais lorsque, comme vient de le dire le
député de La Prairie, il s'agit d'une motion de confiance au
premier ministre du Québec, je pense qu'il faut se joindre à ces
gens et accepter la fatalité, c'est-à-dire le bon travail du
premier ministre du Québec.
Mais pourquoi, M. le Président, le premier ministre n'a-t-il pas
changé de position depuis juin 1990? Pourquoi, pour le premier ministre
du Québec, il est important de ne pas retourner à la table de
négociation, comme il l'avait clairement dit en 1990 lorsque, suite
à l'accord du lac Meech, il disait: Comment voulez vous que j'accepte de
retourner à la table constitutionnelle alors que j'ai refusé de
le faire en 1986 avant le début des négociations sur l'accord du
lac Meech? Comment pourrais-je y retourner maintenant que les accords ont
été rejetés après avoir été
ratifiés? En outre, c'est la position de mon gouvernement de
négocier dorénavant à 2 et non à 11. Pourquoi ce
n'est pas changé, M. le Président? C'est parce qu'il n'y a rien
qui a changé depuis 1990, depuis juin 1990. Il n'y a aucun
élément nouveau qui justifierait la présence du
gouvernement du Québec à la table constitutionnelle. (12
Force est de constater, M. le Président, que les progrès
importants que l'on souhaitait et que l'on souhaite toujours - je pense que le
ministre responsable l'a bien démontré tout à l'heure - ne
se sont pas concrétisés. Le gouvernement a mis sur pied, suite
à ce rejet, la commission Bélan-ger-Campeau. Et les conclusions
de la commission Bélanger-Campeau se retrouvent intégralement
dans la loi 150 qui a été adoptée à cette
Assemblée et qui nous suggère de former deux commissions
parlementaires, ce que le gouvernement a fait. Et nous sommes en plein dans ce
processus.
Je vous rappellerais, M. le Président, si vous me permettez, une
citation du rapport Bélanger-Campeau qui suggérait au
gouvernement la création de ces deux commissions. Une tentative ultime
de renouvellement du fédéralisme n'a de sens que dans la mesure
où le Canada et les autres provinces sont disposés à y
participer effectivement. En ce sens, il leur appartient de faire
connaître au Québec la teneur d'arrangements éventuels
auxquels ils consentiraient à s'engager. C'est ça, la base
fondamentale de l'argumentation du premier ministre et du gouvernement du
Québec. Nous attendons des offres du gouvernement fédéral.
Nous n'avons pas ces offres. Semble-t-il qu'elles viendront fin mai. Pour
l'instant, il n'y a pas lieu que le premier ministre retourne s'asseoir
à la table constitutionnelle.
C'est la raison pour laquelle le premier ministre a
réaffirmé, le 16 mars dernier, c'est-à-dire lundi dernier,
sur les ondes de Télémédia, qu'il n'était
absolument pas question de retourner. Et ce n'est pas nouveau et le premier
ministre est tout à fait cohérent et il reste ferme sur sa
position de 1990. Les journaux du lendemain titraient d'ailleurs, et c'est
très éloquent: «Bourassa refuse de retourner à la
table constitutionnelle. Bourasse résiste à l'appel de Clark.
Toujours pas question de participer à une négociation à
11, à 15 ou à 17. Bourassa n'entend pas céder».
Et, M. le Président, le premier ministre ajoutait, lors de cette
entrevue: «La loi 150 qui a été adoptée et que l'on
doit respecter dit qu'après des décennies de propositions
constitutionnelles, nous croyons que c'est au tour de nos partenaires canadiens
de nous faire des propositions, étant donné que ça n'a pas
fonctionné».
Alors, M. le Président, il n'y a rien de nouveau sous le soleil,
rien non plus de la part du fédéral, mais la position du
Québec demeure inchangée. Le message du premier ministre n'a pas
changé depuis le 23 juin 1990. Il est toujours le même. Il l'a
réaffirmé le 16 mars 1992, c'est-à-dire il y a quelques
jours. Ce message, il est clair. Il est: Oui au fédéralisme
profondément renouvelé, oui à des discussions sur une base
bilatérale, oui à une obligation de résultats et
l'échéance demeure la même, celle de la loi 150.
M. le Président, le Québec ne ferme pas les
portes mais, dorénavant, il contrôle la circulation de
l'air, si vous me permettez l'expression. Il ne se fera plus emporter par un
courant d'air et, dorénavant, le Québec n'ouvrira qu'une porte
à la fois, que ce soit avec le fédéral ou que ce soit avec
chacune des provinces.
Il y a cependant un élément nouveau qui est accessoire,
qui n'est pas un élément principal, mais qu'il est quand
même important de signaler, c'est la confiance
réitérée du Parti québécois dans le
gouvernement du Québec. Et certains diront que je fais preuve de
naïveté. Peut-être, mais j'aime croire que ces gens-là
font preuve de bonne foi. On ne peut pas toujours faire des procès
d'intention, surtout des procès de mauvaise intention.
Quant à moi, M. le Président, c'est ça qui a
changé. Mais, en fait, c'a commencé avec 1990 lorsque M. le chef
de l'Opposition officielle témoignait d'une très forte
solidarité au premier ministre du Québec. Et le premier ministre
l'avait signalé en disant: «Je profite de l'occasion pour
remercier M. Jacques Parizeau de la manifestation de solidarité dont il
a fait preuve hier soir. Le Québec est toujours plus fort quand il est
Quant à moi, la motion du PQ n'est rien d'autre qu'un aveu que le
Québec est bien dirigé et je remercie les gens du Parti
québécois de cette reconnaissance. C'est une véritable
déclaration du PQ à l'effet que notre premier ministre prend les
bonnes décisions, réaffirmées,
réitérées, entre autres, par le député de La
Prairie. C'est ni plus ni moins, M. le Président, qu'un vote de
confiance à l'égard du gouvernement du Parti libéral. Il
faut comprendre que notre premier ministre mérite la confiance du parti
ministériel, de toute la population, ça va de soi, mais il
mérite même la reconnaissance du Parti québécois qui
est un fait assez inusité. M. le Président, je peux vous dire que
cela est une grande preuve de la lucidité du premier ministre du
Québec et du gouvernement du Québec.
Je terminerai, M. le Président, en vous disant que, telle
qu'amendée, je voterai en faveur de cette motion. Il est très
réconfortant de penser que le Parti québécois
considère que le réalisme, le calme et la lucidité du
premier ministre du Québec, M. Robert Bourassa, sont encore la meilleure
garantie du Québec. Je trouve que c'est une profession de foi à
l'égard du premier ministre du Québec et je la partage.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, Mme la
députée de Vachon.
Décision du président sur la
recevabilité de la motion d'amendement
Je vais maintenant rendre ma décision sur la recevabilité
de la motion d'amendement du ministre de la Justice.
Alors, le premier élément de la motion d'amendement, soit
le remplacement du mot «réaffirme» par les mots «dans
les circonstances actuelles, appuie» vient modifier, peut-être
atténuer la motion principale, mais ne vient pas la contredire ni la
dénaturer. La jurisprudence de notre Assemblée, de même que
la doctrine, a consacré à plusieurs reprises qu'est recevable un
amendement qui pourrait atténuer la portée d'une motion
principale sans la contredire. Cet élément de l'amendement
proposé ne me semble qu'un accessoire à la proposition
principale. Cet élément ne va sûrement pas à
rencontre du principe de ladite motion principale.
Quant à la dernière
partie de l'amendement, soit le
remplacement des mots «tout projet d'entente constitutionnelle» par
les mots «le renouvellement du fédéralisme canadien»,
cette dernière
partie de l'amendement vient situer le cadre dans lequel
les discussions dont on parle ont lieu. Encore là, cette
partie de
l'amendement n'écarte pas et ne nie pas la motion principale. Pour ces
motifs, je déclare la motion d'amendement proposée par le
ministre de la Justice et délégué aux Affaires
intergouvernementales canadiennes recevable.
Je vais maintenant reconnaître le député de
Westmount, en vous rappelant, M. le député de Westmount, que vous
disposez d'une période maximale de cinq minutes.
Reprise du débat sur la motion amendée
M. Richard B. Holden
M. Holden: Thank you, Mr. Speaker. Mr. Speaker, I can support the
amended motion because I understand the reasons why the Premier made his
statement on June 23rd and I do not blame him for making that statement. I
think it must be intolerable to negotiate with somebody like Clyde Wells, but I
certainly do not blame the Premier for not wanting to go back to the table
which now has a cast of hundreds around it, if you count all the hangers-on,
the advisors and the four members of the Native groups.
I do not blame the Premier for not going back there, but I do think that
he should send a more impressive team up to the meetings, not that I do not
think that Mme Wilhelmy, Mr. Tremblay and Mr. Rivest are impressive people,
but, politically speaking, I think the Premier should send the Minister of
Intergovernmental Affairs up there. I think he should send the Minister of
Public Security up there. The Minister of Public Security has a great following
in the rest of Canada, he is very very well looked upon. And, I think, on
occasion, he should send the Minister responsible for Native Affairs up there
because the rest of the country does not understand the fact that nobody who
can speak for the Government is at these meetings. It is
all very well to have high level civil servants there, but nobody is
there who can speak for the Government, even on an unofficial basis at these
meetings.
So, while I can support the motion that the Premier should not go up
there to this tower of Babel, I think that some of the ministers should go and
I hope the Premier will arrange that on some occasions. I do not think that all
these ministers should attend especially the minor meetings. I do not think
they are important, but the major meetings, with the Premiers or other
ministers should be attended by our high level ministers. As I say, I can
support this motion as amended and I think the Premier is perfectly justified
in doing what he is doing for the present time. Thank you, Mr. Speaker. (12 h
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Westmount. Sur la même motion, je cède
maintenant la parole à M. le député de Verdun. Je vous
rappelle, M. le député de Verdun, que vous disposez d'une
période maximale de sept minutes.
M. Henri-François Gautrin
M. Gautrin: Je vous remercie, M. le Président. Je vais
intervenir sur deux niveaux: premier niveau, l'importance de l'amendement et
pourquoi la résolution telle qu'amendée devient une
résolution sur laquelle nous, du côté ministériel,
nous allons voter en faveur. Deuxième niveau, je voudrais intervenir sur
le fond de la question. Le fond de la question reste le principe
réaffirmé par le premier ministre du Québec, M. Robert
Bourassa, qu'il ne participera pas à des négociations à
11, pas plus qu'à des négociations à 17. Donc, deux
niveaux de mon intervention.
Première question, l'amendement. L'amendement vient ici utiliser
le terme «appuie» plutôt que «réaffirme».
Il est important, à l'heure actuelle, de bien comprendre la
différence. Il est important ici que cette Assemblée laisse au
premier ministre, au gouvernement, la totale liberté dans sa
décision et la manière de mener les négociations. Nous ne
voulons pas, à l'heure actuelle, comme Assemblée, gêner
celui qui, d'une manière magnifique, de main de maître, est en
train de jouer cette difficile
partie d'échecs dans laquelle on cherche
à obtenir des offres acceptables pour le Québec, dans le
renouvellement du fédéralisme. Il ne s'agit pas de n'avoir qu'un
joueur; il ne s'agit pas de gêner à l'heure actuelle celui qui
gouverne le bateau; au contraire, nous devons tous ici l'appuyer dans ses
démarches et l'appuyer dans ce qu'il a déjà
affirmé: Qu'il ne participera pas à des négociations
à 11 ou à 17, mais lui laisser sa totale marge de manoeuvre,
parce qu'il a démontré d'une manière sans équivoque
qu'il est à la gouverne du bateau du Québec et qu'il va nous
amener réellement vers notre but très clair, à savoir
d'obtenir des offres acceptables pour le Québec et le renouvellement du
fédéralisme.
Donc, M. le Président, appui de cette Assemblée au premier
ministre qui cherche, et c'est le deuxième élément de
l'amendement, le renouvellement du fédéralisme canadien. Il est
très clair de savoir quel est notre objectif. Nous ne faisons pas
n'importe quoi, pas tout pacte constitutionnel. Notre objectif, c'est d'avoir
des offres acceptables pour le Québec. L'objectif du premier ministre
est très clair, c'est dans l'amendement. Ça vient rendre
l'amendement acceptable pour le parti ministériel, le troisième
élément de l'amendement. Dans les circonstances actuelles, il ne
faut pas qu'on se lie d'une manière indélébile. Le premier
ministre reste le maître de la stratégie. Aujourd'hui, la
stratégie, et je vais l'expliquer dans un instant, implique qu'il ne
faut pas participer à ces conférences à 11 ou à 17
ou à 150. La stratégie implique ça, mais il ne faut pas se
lier et c'est ce que la résolution vient dire très clairement:
Que, dans les circonstances actuelles, il est important de maintenir le cap, de
maintenir la décision, de maintenir ce vers quoi nous allons, ces
renouvellements du fédéralisme canadien, mais nous ne pouvons pas
participer dans des négociations à 11 ou à 17.
Deuxième élément, pourquoi, dans le fond, à
l'heure actuelle - et je pense qu'il est important de pouvoir répondre
aussi aux arguments du député de D'Arcy-McGee - pourquoi,
à l'heure actuelle, dit-il ne pas participer à ces
négociations constitutionnelles? Pour répondre à cette
question, on doit avoir un critère. Et le critère, c'est le
critère d'efficacité. Qu'est-ce qui est le plus efficace pour
atteindre notre but? Quelle est la démarche la plus efficace pour
permettre réellement au Québec d'obtenir les offres
substantielles, les offres de renouvellement du fédéralisme en
profondeur que tous ici, du moins du coté ministériel, nous
voulons avoir?
Nous pensons - et M. Bourassa l'a moult fois réaffirmé et
nous le pensons ici dans une totale unanimité, du côté de
l'aile ministérielle - nous pensons que participer à ces
négociations constitutionnelles, où les positions se figent
devant les caméras de télévision, ne fait pas avancer le
dossier actuellement. Les négociations, qui ont été
pendant trois ans, qui sont arrivées à l'échec du lac
Meech, ont clairement démontré que, devant les caméras de
télévision, avec ce qu'on appelle les négociations
constitutionnelles à 11, avec les 11 premiers ministres - maintenant, on
ajoute les 2 territoires du Nord-Ouest, les 4 représentants des peuples
autochtones - ceci ne permet pas réellement de faire avancer le
dossier.
C'est ça, la question de fond. Ceci ne permet pas de faire
réellement avancer le dossier. Alors, M. le Président,
strictement dans un objectif d'efficacité, pour permettre au
Québec d'avoir les meilleures offres possible, le
premier ministre l'a réaffirmé il y a peu de temps, il est
important pour le Québec de ne pas participer à ces
négociations à 11 parce qu'elles n'amènent rien. Cela ne
veut pas dire que, pour nous et pour le côté ministériel,
l'objectif fondamental, l'objectif de fond ne reste pas quand même
d'avoir ces offres acceptables.
En conclusion, M. le Président, je pense qu'on peut dire que la
motion, telle qu'amendée, devient une motion qui est tout à fait
acceptable et nécessaire pour ce côté de la Chambre. Elle
est acceptable parce qu'elle fait confiance au premier ministre du
Québec dans la stratégie qu'il a mise sur pied. Elle
réaffirme son total soutien au premier ministre du Québec, M.
Robert Bourassa, et, de ce côté-là, cette motion, sans lui
lier les mains, lui donne ce vote de confiance envers le premier ministre.
M. le Président, je reste profondément convaincu que cette
stratégie va nous permettre d'obtenir, dans les délais
raisonnables, les offres de renouvellement en profondeur du
fédéralisme canadien que nous attendons tous. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Verdun. Votre intervention met fin au débat,
sauf quant à la réplique de l'auteur de la motion, à
savoir M. le député de Lac-Saint-Jean et whip de l'Opposition
officielle. Je vous rappelle, M. le député, que vous disposez,
pour votre réplique, d'une période maximale de dix minutes.
M. Jacques Brassard (réplique) Motion de
sous-amendement
M. Brassard: M. le Président, avant de procéder
à ma réplique, je voudrais quand même déposer un
sous-amendement, qui se lirait comme suit: Que l'amendement
présenté soit sous-amendé en remplaçant, dans
l'avant-dernière ligne du paragraphe d, le mot «le» par le
mot «tout». Ce qui fait que le dernier amendement se lirait comme
suit: «...dorénavant à deux et non à onze avec le
gouvernement fédéral tout renouvellement du
fédéralisme canadien.»
Ceci étant dit, M. le Président, je...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Un instant.
M. Brassard: Oui.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Votre sous-amendement est
déposé, M. le whip de l'Opposition officielle. Est-ce que M. le
leader adjoint du gouvernement, vous désirez intervenir sur la
recevabilité du sous-amendement? Si oui, je vous invite à le
faire rapidement, je n'ai pas l'intention de rendre la décision
immédiatement. On terminera le débat avec la réplique de
l'au- teur de la motion. La décision, quant à la
recevabilité, sera rendue probablement cet après-midi, avant
qu'on procède au vote sur la motion. Allez-y, M. le leader adjoint du
gouvernement. L'un ou l'autre, M. le ministre.
M. Rémillard: Oui, M. le Président. Le
sous-amendement change l'amendement que nous avons proposé. J'ai bien
mentionné - et mes collègues qui sont intervenus en cette Chambre
l'ont bien mentionné - que l'objectif du gouvernement est toujours
d'avoir les offres les plus substantielles pour la réforme du
fédéralisme canadien en profondeur. L'objectif du gouvernement,
c'est de réformer le fédéralisme canadien. Par
conséquent, M. le Président, notre amendement est clair et il se
réfère au renouvellement du fédéralisme canadien,
non pas à tout...
M. Chevrette: Question de règlement. M.
Rémillard: ...renouvellement du...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Un instant, M. le
ministre.
M. Rémillard: ...fédéralisme canadien.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Un instant, M. le
ministre. M. le leader de l'Opposition officielle.
M. Chevrette: On n'est pas au stade de débattre le
bien-fondé de son amendement, on est au stade de savoir si c'est
recevable ou pas, l'amendement déposé. Le ministre n'a pas
répondu et je pense que l'amendement doit être jugé
recevable. (12 h 20)
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Non, un instant, un
instant! Je suis à écouter l'argumentation du parti
ministériel sur la recevabilité du sous-amendement qui a
été soumis par votre collègue, le whip en chef de
l'Opposition officielle. J'écoute, pour le moment, le ministre de la
Justice et je vous écouterai à votre tour.
M. Rémillard: M. le Président, je vais le dire
très clairement, à mon sens, ce n'est pas recevable parce que
ça dénature l'amendement qu'on a proposé et ça
dénature aussi l'ensemble de la motion qui est présentée.
Pour nous, il s'agit de se référer, essentiellement, au
renouvellement du fédéralisme canadien et non pas à tout
renouvellement de fédéralisme canadien. Il me semble, M. le
Président, que c'est clair qu'un tel sous-amendement vient changer,
vient dénaturer l'amendement que nous avons proposé et qui a
été jugé recevable par vous, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre.
Sur la recevabilité du sous-amendement du whip de l'Opposition
officielle...
M. Chevrette: Je voudrais remercier...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): ...M. le leader de
l'Opposition officielle.
M. Chevrette: ...très sincèrement le ministre
délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes qui
vient de faire la preuve quel'amen-dement est tout à fait recevable
parce que lui-même a changé les mots qui dénaturaient la
proposition principale. Si vous deviez vous rendre à son argumentation,
M. le Président, en disant que ça dénature, prima facie,
à première vue, à sa face même, vous auriez
accepté quelque chose qui dénaturait et vous refuseriez un
amendement à la motion qui dit «toute forme de renouvellement du
fédéralisme doit faire l'objet d'une négociation
bilatérale et non pas à 11».
Le ministre lui-même a changé des mots. Remarquez son
amendement, retournez à son amendement, M. le Président: En
remplaçant, dans la cinquième ligne, les mots «tout projet
d'entente». Il a enlevé ça, il a enlevé les mots
«tout projet d'entente» et, là, il nous reprocherait de
remplacer «le» par le mot «tout». C'est tout à
fait admissible dans nos règles. Il n'a pas plaidé du tout sur le
droit; au contraire, il a contribué à vous faire rendre une
décision dans les meilleurs délais, comme quoi c'est acceptable.
Je l'en remercie beaucoup.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, ça va.
Allez-y, M. le whip, avec votre réplique.
M. Brassard: M. le Président, on s'y attendait un peu que
le gouvernement, par la voix du ministre, apporte des amendements qui,
évidemment, nuancent, apportent des nuances ou introduisent du
clair-obscur dans une motion qui, pourtant, était très claire,
très limpide, très transparente, puisqu'elle faisait
référence, qu'elle rappelait une position adoptée de
façon solennelle par le premier ministre le 23 juin 1990, et dont les
phrases mêmes qu'il a prononcées se retrouvent dans la motion que
j'ai présentée. Alors, c'était donc clair, la motion.
Mais, évidemment, comme à son habitude, le gouvernement a
tenté d'introduire, par des amendements, des nuances, et je dois dire,
M. le Président, que je le déplore, je le regrette vivement. La
motion aurait été plus limpide si on l'avait laissée telle
qu'elle. Est-ce que ça détruit ou est-ce que ça
anéantit le sens de la motion que j'ai présentée? Bien,
vous l'avez dit vous-même dans vos remarques concernant la
recevabilité des am