CAT — 2 June 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CAT 2022-06-02
Quebec — Committees
(Onze heures cinquante-sept
minutes)
Présidente (Mme Boutin) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la
Commission d'aménagement du territoire ouverte. Je vous souhaite la bienvenue
et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques, ordinateurs inclus.
Alors, la commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 37, Loi modifiant diverses dispositions législatives principalement en
matière d'habitation.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Non, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Boutin) : Parfait.
Alors, nous débuterons ce matin avec les remarques préliminaires puis nous entendrons, par la suite, les organismes
suivants : la Fédération québécoise des municipalités et l'Union
des municipalités du Québec. Alors, j'inviterais
maintenant la... Mme la ministre des
Affaires municipales et de l'Habitation à faire vos remarques
préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes, et la parole est
à vous.
Mme Laforest : Oui, merci, Mme
la Présidente. Alors, bonjour, chers collègues. Nous débutons le dernier projet
de loi, projet de loi n° 37, pour adopter certaines mesures en habitation.
Alors, salutations à M. Châteauvert, salutations
à Mme Boisjoly et mes collègues également, qu'on... nous allons sûrement
travailler ensemble, là, pendant toute la semaine, très, très
intensivement.
Maintenant, le projet de loi n° 37 est
quand même essentiel, parce qu'on... quand je parlais des mesures que nous
allons travailler et étudier, on parle du droit de préemption dans les
municipalités et dans les MRC, ou régies intermunicipales,
ou Communauté métropolitaine de
Montréal, par exemple, et de Québec,
et aux sociétés de transport, on parle également de la clause F. On va
le... On va en discuter ensemble, on va regarder les possibilités.
On parle également d'obliger les OBNL en
habitation qui sont financés par des fonds publics à obtenir l'autorisation préalable de la ministre des Affaires municipales pour se départir de l'immeuble ou en changer
l'affectation puis, dans le cas des
coopératives d'habitation, celle également de la ministre des Affaires
municipales et de l'Habitation en plus de celle du ministre de
l'Économie et de l'Innovation pour protéger notre parc immobilier avec les
OBNL.
Alors, assujettir les OBNL en habitation,
évidemment, celles-ci auront des exigences en matière d'entretien et de
préservation, d'inspection de l'immeuble, et au même
titre que les coopératives
en habitation, alors on va aussi exiger une compensation financière aux
locataires de logements à loyer modeste dont les revenus augmentent au-delà des
seuils d'admissibilité pour ceux-ci.
Alors, ce que
je peux dire, en terminant, parce qu'on m'a dit d'y aller très, très, très
rapidement, je me dépêche encore, Mme la Présidente, le projet de loi
n° 37 arrive à la fin de quatre années, ou presque, après la session
parlementaire. Alors, je crois que ça devrait bien aller. Il y a des
dispositions importantes, on le sait très, très bien. Dû à la pandémie, les
familles ont quitté pour aller dans les régions, il faut offrir plus de
logements, il faut offrir plus de possibilités aux municipalités, dont le droit
de préemption. Alors, je crois que, tout le monde ensemble... pour le milieu
municipal, ce sera très, très positif, mais je crois qu'ensemble on va bien
l'étudier, bien l'adopter, je l'espère. Merci à mes collègues et bonjour à vous
tous. Merci.
Présidente (Mme Boutin) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Je céderais
maintenant la parole à Mme la députée de Vaudreuil, qui dispose de
quatre minutes.
Mme Nichols : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, bonjour, Mme la ministre. Bonjour, les collègues de
la
partie gouvernementale, mon collègue qui m'accompagne ainsi que les
oppositions et tout le personnel et les membres qui sont avec nous. Projet de
loi n° 37, on le sait, projet de loi n° 37,
disons, omnibus mais quand même moins gros que les autres, qu'on a déjà
travaillés ensemble, mais un omnibus tout de même puisqu'il y a une
partie
municipale, et ce pourquoi nous entendrons bientôt la FQM et l'UMQ, qui ont
évidemment un intérêt particulier pour ce fameux droit de préemption. Alors, je
le dis d'emblée, bonjour. Je ne vous ai pas salué, là, mais bonjour,
M. Châteauvert, bonjour. Bienvenu parmi nous.
Je le dis d'emblée et je
le réitère, comme ancienne mairesse, comme ancienne préfet, je reconnais que ce
droit de préemption est vraiment nécessaire pour l'ensemble des municipalités
du Québec, puis je comprends aussi, là,
l'importance d'adopter rapidement, là, le projet de loi n° 37 afin que nos
municipalités puissent en bénéficier, particulièrement, là, dans
l'environnement de la crise du logement qu'on est depuis les deux dernières
années, là.
Et même — je fais une parenthèse, là — je
pense que ça aurait été même bénéfique de l'avoir voilà deux ans, quand on l'a soulevé. Parce que, les
municipalités, vous êtes souvent la solution à plusieurs de nos problématiques,
vous êtes des gouvernements de proximité exceptionnels sur qui on peut compter,
puis évidemment, la FQM, l'UMQ, les regroupements, les associations, là, sont
souvent des partenaires qui nous guident, justement, quand on arrive dans des
projets de loi de la sorte.
Donc, je le dis, l'opposition officielle est en
faveur du projet de loi n° 37. On veut travailler promptement, rapidement.
On a été sollicités. On comprend toute l'importance de ce projet de loi là. Il
y a d'excellents articles dans ce projet de loi, la ministre en a parlé, ce
qu'on fait, entre autres, avec les fins de conventions pour les OBNL. On
reprend un peu ce qu'on avait fait avec les coopératives en 2016 — mon
collègue de Robert-Baldwin était venu légiférer — on le reprend pour les
OBNL. C'est une excellente clause. J'ajouterais même peut-être... et je le dis
d'avance, peut-être même une clause sur la rétroactivité qui pourrait permettre
à la ministre de regarder ce qu'il s'est passé dans les six derniers mois et
demander des enquêtes. Ça pourrait être intéressant aussi, quand on voit et on
constate ce qu'il s'est passé à Sherbrooke, à Richelieu. Ça pourrait être aussi
très, très, très intéressant.
La seule chose et le seul bémol de ce projet de
loi là, je l'ai mentionné à quelques reprises, je l'ai mentionné, entre autres,
là, ce matin dans un point de presse, c'est la clause F. La clause F qui passe
de... vous le savez, là, elle était prévue sur cinq ans puis c'est...
Peut-être, là, pour ceux qui nous écoutent puis qui ne le savent pas, là, mais
la clause F, c'est la clause qui, présentement, là, permet d'augmenter les
loyers de constructions neuves, là, sur une période de cinq ans. Puis ici, dans
le projet de loi, on vient le réduire à trois ans. Donc, j'ai déjà partagé mes
inquiétudes de le réduire à trois ans. En fait, je cherche, il vient d'où, le
trois ans. Je me demande qui a fait la recommandation.
On pourra, évidemment, là, entendre les différents groupes sur cette partie-là,
mais je pense qu'il y a un préjudice
énorme, tant pour les locataires que pour les locateurs, relativement à ce
délai qui est raccourci. Parce que je me dis : Qui pourrait assumer une hausse, qui était prévue sur cinq
ans, sur trois ans? Alors, évidemment, il y a différentes options pour
venir encadrer cette clause-là.
Mais c'est un projet de loi qui a été déposé
puis qu'on nous demande d'étudier dans 10 jours puis de l'adopter rapidement. Puis évidemment on a la
pression des municipalités. Puis moi, je veux le livrer aux
municipalités, alors ma proposition tient toujours afin de retirer la clause F
et d'adopter rapidement le projet de loi n° 37. Alors, voilà. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
beaucoup, Mme la députée. Je céderais maintenant la parole à M. le député de
Laurier-Dorion. Vous disposez d'une minute.
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Un projet de loi fort attendu qui arrive pas mal tard dans la
session, nous allons travailler excessivement vite pour faire en sorte que ce
projet de loi puisse être adopté. Évidemment, il y a de très belles avancées,
mais il en faudrait beaucoup plus. On va voir si la ministre est ouverte à
apporter des améliorations à ce qui est proposé dans le projet de loi
n° 37. Elle peut compter sur notre collaboration pour que ce projet de loi
soit adopté. Mais nous allons faire notre travail de parlementaires, nous
allons l'étudier attentivement, et évidemment je vais tenter de l'améliorer au
plus grand bénéfice du plus grand nombre dans la société québécoise. Merci.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
infiniment, M. le député de Laurion... Laurier-Dorion, excusez-moi. Pardon.
Bon, bien, je crois que cela met fin maintenant aux remarques préliminaires.
Nous allons maintenant débuter les auditions.
Alors, je souhaite la bienvenue aux représentants de la Fédération québécoise
des municipalités. Comme vous le savez déjà, vous disposez de 10 minutes,
après quoi nous allons passer une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous inviterais à vous présenter puis à procéder à votre exposé.
La parole est à vous.
Mme Boisjoly (Audrey) : Oui.
Donc, merci, Mme la Présidente. Mme la ministre, les membres de la commission.
Donc, je me présente, Audrey Boisjoly, je suis mairesse de la municipalité de
Saint-Félix-de-Valois, dans Lanaudière, et je suis également deuxième
vice-présidente de la Fédération québécoise des municipalités. Aujourd'hui, je
suis accompagnée de Pierre Châteauvert, qui est directeur des politiques à la
FQM.
Donc, vous savez
sûrement que la FQM regroupe, là, sur une base volontaire, plus de
1 000 membres, donc, dont la totalité des MRC du Québec, et est à ce
titre le porte-parole des régions. Donc, la FQM remercie les membres de la commission pour
leur invitation à venir commenter le projet de loi n° 37, qui est la Loi
modifiant diverses dispositions législatives principalement en matière
d'habitation.
De prime abord, vous
nous excuserez, là, pour la brève analyse que nous déposons aujourd'hui, mais
le court délai, là, accordé a rendu, là, bien sûr, impossible, là, toute
consultation auprès de nos membres. Le projet de loi a été déposé la semaine dernière, alors que nous étions,
là, tous réunis en assemblée des MRC et en conseil d'administration, puis nous avons été convoqués il y a
48 heures. Donc, nous espérons quand même que nos commentaires, là,
pourront alimenter vos travaux sur ce projet
de loi que, somme toute, nous accueillons globalement avec ouverture et
satisfaction.
Donc, le projet de
loi n° 37 porte sur l'habitation, mais ses implications dépassent
largement ce secteur d'activité. En effet, le projet de loi constitue, pour les
membres de la FQM, un geste fort en matière d'aménagement du territoire, et on s'en réjouit, bien sûr. Mais,
avant d'élaborer sur ce point, permettez-moi de reprendre les principaux
points du projet de loi et d'émettre quelques commentaires.
Donc, un premier
commentaire d'ordre plus général. Alors, le dépôt du projet de loi par la
ministre des Affaires municipales et de l'Habitation a été effectué à la suite,
là, d'un engagement qui a été pris par le premier ministre qui désirait
s'attaquer, là, au problème d'accès au logement au Québec. On le voit souvent
dans les médias, les grandes villes demandent des interventions et surtout de
l'argent pour résoudre les problèmes de pénurie concernant leurs territoires.
Les problèmes, bien sûr, sont réels et ils doivent être traités rapidement. La
ministre a, d'ailleurs, annoncé récemment des mesures, là, qui aideront en ce
sens.
Eh bien, pour les
régions, les problèmes sont aussi intenses, mais ils font moins les manchettes
nationales. Donc, si, en ville, l'accès au logement modique constitue un volet
majeur de la problématique, l'absence d'offre de logement est l'enjeu auquel
sont confrontées les régions du Québec. En effet, il n'est pas rare que les
problèmes d'accès à un logement constituent un frein à l'embauche d'une
personne dans nos communautés. Donc, que la problématique se situe au niveau du
logement abordable ou au prix du marché, le Québec doit s'attaquer à la pénurie
observée dans nos territoires.
Comme gouvernements
de proximité, plusieurs MRC ont retenu l'accès à la propriété et au logement
locatif comme un axe prioritaire d'intervention pour les prochaines années.
Certaines se sont dotées d'une politique, d'autres, d'une stratégie en matière
d'habitation, auxquels sont rattachés des outils d'accompagnement pour les
municipalités visant le développement d'une offre de logement pour soutenir
leurs entreprises dans leurs efforts d'attirer plus de travailleurs dans un
contexte de pénurie de main-d'oeuvre qui affecte toutes les régions du Québec.
En effet, la pénurie
de main-d'oeuvre a mis en évidence de façon encore plus sérieuse cette
problématique du manque de logements locatifs et de propriétés disponibles. Ce
manque d'offre en matière d'habitation a été accentué, au cours des dernières
années, notamment par le mouvement migratoire des populations des grands
centres vers les régions. Le mouvement, constaté dès 2009, s'est en plus
accentué avec l'arrivée de la pandémie et l'imposition du télétravail, en 2020.
D'ailleurs, l'Institut de statistique du Québec note même une amplification du
phénomène en 2020-2021, dans son plus récent bulletin sociodémographique qui a
paru en janvier 2022.
Les problèmes vécus
en région diffèrent, donc, de ceux des grandes villes. Nous avons besoin de
logements, de logements à prix abordables, et la mobilisation des ressources du
milieu, la responsabilisation des milieux et le moins d'embûches administratives
possible pour la réalisation des projets figurent au sommet des solutions, là,
que nous proposerons. D'ailleurs, la FQM publiera prochainement un document
d'orientation à ce sujet.
Au niveau du projet
de loi, donc au niveau des mesures pour contrer les hausses de loyer, le projet
de loi propose de ramener à trois ans l'exemption actuelle de cinq ans avant
qu'un recours en fixation de loyer puisse être entrepris, là, devant le TAL, à
l'égard d'un immeuble nouvellement bâti ou dont l'utilisation à des fins
locatives résulte d'un changement
d'affectation récent. Cette exemption avait été instaurée, là, il y a
maintenant plus de 40 ans, et la FQM est d'accord avec la
proposition de la ministre. Tout comme plusieurs groupes, nous croyons que
cette mesure peut contribuer à réduire la pression sur certaines hausses de
loyer.
La FQM est
particulièrement satisfaite à l'attention portée aux résidences pour les
personnes âgées par cette mesure. C'est
important de prendre soin de ces résidents, ces résidents qui sont souvent plus
vulnérables. Les coûts des services
offerts et les changements trop rapides observés dans plusieurs cas les placent
souvent dans des situations difficiles.
Par ailleurs, nous
soulignons aussi le manque de ressources en ce domaine, concernant nos
territoires. En effet, trop souvent, les personnes âgées doivent quitter leur
village, lorsqu'ils ne peuvent plus habiter dans leur maison, en raison de
l'absence de résidences conçues pour les recevoir ou l'absence de services à domicile.
Au niveau du maintien
du parc de logements à but non lucratif, donc, le projet de loi s'attaque à un
problème observé à quelques occasions ces dernières années. En effet, des
organismes à but non lucratif d'habitation ont voulu mettre en vente un ou des immeubles à des intérêts privés pour diverses
raisons, notamment pour régler des problèmes financiers. On a aussi vu
le conseil... qu'un conseil d'administration voulait simplement mettre fin aux
opérations de l'organisme et vendre les
édifices de l'organisation. Or, ces immeubles ont été financés par des fonds
publics, et toute transaction doit, donc, selon nous, être évaluée par
une instance publique. Donc, la FQM accueille avec intérêt le contenu du projet
de loi à ce chapitre, en confiant à la ministre la responsabilité d'autoriser
la transaction. Par contre, nous proposons que la ministre consulte la
municipalité concernée avant de rendre sa décision.
Les pouvoirs
d'acquisitions des municipalités. Donc, le projet de loi répond aussi à la demande
maintes fois répétée par nos membres. En effet, le droit de préemption
facilitera l'acquisition d'immeubles pour les destiner, notamment, à des fins
d'habitation. Pour les municipalités, il s'agira d'un outil important, si, bien
sûr, les ressources financières sont au rendez-vous. L'intérêt pour cette
mesure ne s'arrête toutefois pas au secteur du logement. Tel que rédigé dans le projet de loi, on comprend que le
nouveau pouvoir s'appliquerait à l'ensemble des domaines de compétence
municipale, ce qui constitue une excellente chose pour le monde municipal.
En effet, ce pouvoir
serait important pour toute municipalité qui désire aménager, par exemple, un
parc ou protéger un milieu naturel. Dans la mouvance des efforts qui sont
déployés pour instaurer une protection efficace des milieux humides, ce pouvoir
constituera un atout évident pour nos membres. En fait, plusieurs de nos
membres désirent protéger et valoriser des secteurs de leur territoire et
développent des projets en ce sens. Ils désirent à la fois faciliter l'accès à
la population à des territoires conservés et protégés et contribuer à la lutte
contre les changements climatiques. Ce droit
sera aussi important pour nos membres qui désirent remembrer, par exemple, des
terres agricoles, relancer des
productions et intervenir pour favoriser le développement de ces activités. En
fait, ce droit constituera un outil efficace pour réaliser des projets
encadrés par le schéma d'aménagement et de développement.
Donc, en terminant, vous aurez compris que nous
demandons aux membres de l'Assemblée nationale de procéder à l'adoption du
projet de loi avant la fin de la session parlementaire. Comme mentionné, ce
projet de loi constitue une avancée pour les municipalités, pour nos citoyens,
notamment, non seulement en matière d'habitation, mais aussi pour l'ensemble de
nos responsabilités. Donc, nous vous remercions pour votre attention, et nous
sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Présidente (Mme Boutin) : Merci infiniment. Nous allons maintenant débuter
la période d'échange. Mme la ministre, je vous céderais la parole. Vous
disposez de 17 minutes.
Mme Laforest : Oui. Alors,
bien, j'ai quelques questions. Je voudrais savoir, en premier, quand on parle
du délai de 60 jours pour le moment où
l'offre d'achat est déposée ou acceptée, je veux vous entendre, est-ce que
60 jours, pour vous, c'était un délai raisonnable?
Mme Boisjoly (Audrey) : Bien,
justement, on en discutait, Pierre Châteauvert et moi, tantôt, puis, dans le fond, on saisit, là, le projet de loi, puis ce
qu'on comprend, c'est que, finalement, c'est plus 120 jours. Pierre, peut-être,
là, tu pourrais expliciter un peu plus là-dessus. Mais donc le délai, là, pour
nous, après avoir fait nos recherches, là, on était d'accord, là, au niveau des
délais.
M. Châteauvert
(Pierre) : Effectivement. Merci beaucoup, Mme Boisjoly.
Bonjour, Mme la ministre, bonjour aux membres de la commission. Très
heureux d'être là. Effectivement, à la première lecture, on a... puis on en a
discuté avec les autorités, les gens au niveau du ministère, on disait que
60 jours, c'était plutôt... pas suffisant, ça risquait d'être... Mais,
quand on relit le projet de loi, en fait, c'est de 120 jours, c'est une
procédure de 120 jours qu'on va établir. Et, à ce moment-là, avec une
procédure bien organisée avec le ministère, des discussions, et tout ça, on
pense que le financement de l'opération, de l'acquisition sera possible.
Bon, une municipalité qui a des surplus, qui a à
sa disposition les liquidités nécessaires, ça ne posera pas de problème pour
faire les opérations nécessaires. Mais, dans ce qui est prévu au projet de loi,
tant modifiant la loi cités et villes que le Code municipal, on comprend qu'en
se parlant, que les communications soient efficaces entre le ministère et la
municipalité, le tout va pouvoir entrer, on pourra... ça pourra fonctionner.
Mais ça demandera discipline, puis ça, on est prêt à ça. Puis on va informer,
on va... je pense qu'avec le ministère on va être bon pour informer le monde
sur la procédure à suivre, et ça devrait fonctionner.
Mme Laforest : Je vais y aller
rapidement, je sais que je n'ai pas beaucoup de temps. Est-ce que vous avez consulté la ville de Montréal, par exemple, pour
avoir des exemples sur les avantages du droit de préemption et aussi
quels genres de projets vous pourriez... quels genres de projets sont demandés
dans les municipalités, en général, pour avoir
demandé le droit de préemption? C'est sûrement des projets en habitation, mais
est-ce qu'il y a d'autres projets aussi?
M. Châteauvert
(Pierre) : En fait, on n'a pas... on en a
discuté à travers les discussions générales de la ville de Montréal, mais
comme... Les délais, comme Mme Boisjoly le disait, effectivement, ça a été
court. Mais c'est à la lecture qu'on a regardé ça puis on s'est dit... parce
que c'est sur l'habitation, là, on a dit : Oh! ça s'adresse à l'ensemble des domaines de compétence municipale.
Mme Boisjoly a parlé des projets dans l'environnement, mais on pourrait parler des centres de la petite enfance.
Et ça, c'est quelque chose de majeur pour nous. Les établissements,
c'est une revendication. On y travaille depuis deux ans, trois ans. Et,
lorsque, bon, supposons, un terrain, un bâtiment... puis il faut établir puis
là il faut procéder.
On a proposé
au ministre de prendre en charge, dans nos villages, genre, d'héberger des...
en milieu familial, des services en milieu familial pour lui permettre
d'accueillir plus d'enfants sans nécessairement devenir... on parle du CPE. Donc, à ce moment-là, la municipalité
pourrait s'organiser pour livrer le service à sa population, qui est
absolument essentiel sur le territoire. Actuellement, les gens font des
dizaines de kilomètres pour aller... ma propre nièce... puis pour aller mener
leurs enfants le matin, le soir. Donc, ça va être un outil de plus. Puis, en
informant le monde, bien, je pense qu'on
peut générer des projets, puis ça va être quelque chose de bien utile puis bien
le fun, là, très, très efficace.
Mme Boisjoly (Audrey) : J'ajouterais
même, Mme la ministre, si je peux me permettre, que c'est intéressant parce
qu'on va pouvoir, tu sais, justement, les ajouter dans un outil planification
municipale, donc, pour prévoir, justement, si on veut, justement, comme
M. Châteauvert disait... si on veut installer un CPE à un endroit, si on
veut planifier de mettre un parc, que ce soit en matière d'habitation aussi.
Donc, ça va pouvoir s'inscrire dans tout ce processus de
planification là qu'on fait dans nos municipalités. Donc, ça devient un outil
drôlement intéressant, là, pour nos membres, pour les municipalités puis les
villes du Québec.
Mme Laforest : O.K., merci.
J'ai ensuite une dernière question : Est-ce que, dans les municipalités,
c'est arrivé quelquefois, vous êtes au
courant qu'il y a eu des ventes de... avec les OBNL? Est-ce qu'il y a des
municipalités qui ont déjà été approchées pour parler de certains OBNL qui
seraient à vendre, des immeubles en habitation et surtout celles avec des
aînés? Est-ce que vous êtes au courant, au Québec, de certaines municipalités
qui ont été approchées pour des ventes d'OBNL?
M. Châteauvert
(Pierre) : En fait, on a été approchés...
on a fait... on a su... on a été approché pour des OBNL qui voulaient vendre leur...
Donc, c'est pour ça que les dispositions sur le projet de loi sont bienvenues,
d'établir un certain contrôle et où est-ce que la municipalité n'était pas
d'accord, parce que c'est de l'argent public puis c'est des équipements
publics. Là, ici, on vient un peu encadrer la discussion. Parce
qu'effectivement, dans des cas, ça peut être justifié, mais il faut encadrer
ces opérations-là, ce qui n'était pas le cas. Donc, ce qui fait que, le projet
de loi, je pense qu'il est de bon aloi, à ce moment-là, puis il est important.
Oui, il y a des cas, effectivement, on a entendu parler de certains cas.
Mme Laforest : O.K. Bon, bien,
merci beaucoup.
Présidente (Mme Boutin) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Je céderais
maintenant la parole à Mme la députée de Vaudreuil, qui dispose de
11 minutes.
Mme Nichols : Parfait. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Rebonjour, M. Châteauvert, bonjour, Mme la
mairesse. J'espère que vous allez bien. Merci d'être parmi nous. On comprend
que le délai était un peu serré pour, entre autres, là, produire un mémoire.
Alors, on a bien écouté votre présentation. Nous aussi, c'était serré un peu,
là, je dois l'avouer, là, on est en période
intensive, à l'Assemblée nationale, donc on travaille fort pour nos
municipalités.
Relativement sur le droit de préemption, vous
l'avez entre autres, là, mentionné dans votre présentation, ça existe, là,
c'est déjà utilisé. Entre autres, la ville de Montréal l'utilise. Puis on le
sait, là, dans les congrès de la FQM, de l'UMQ, les municipalités nous le
disent : On le veut, nous aussi, on veut pouvoir faire des petits projets
dans nos municipalités. Est-ce que... Parce que vous avez sûrement regardé. La
ministre vous l'a demandé, là, est-ce que vous avez regardé comment c'est appliqué, là, entre autres à Montréal. Mais
je me demandais : Est-ce que... Parce qu'il y a des petites
municipalités puis il y a des villes, il y a des... puis ça va s'appliquer
partout pareil. Ça fait qu'est-ce que vous pensez qu'il y a des... certaines
plus petites municipalités pourraient avoir un obstacle ou ça
pourrait nuire? Est-ce que vous voyez des défis, des enjeux
en fonction de la taille de la municipalité? C'est pas mal ça, ma question.
Mme Boisjoly (Audrey) : Bien, à
vrai dire, pour l'instant, non, là. C'est sûr que, tu sais, comme on disait, on
a eu peu de temps, là, pour analyser le projet de loi, donc on n'a pas pu,
nécessairement, là, faire des appels ou voir ce qu'il se passe. Par exemple, tu
sais, il y avait Montréal qui avait la possibilité, le pouvoir de préemption.
Il y avait, comme on a souligné, là... au niveau du délai, au départ, là, qu'on
pensait qui était à 60 jours, qu'on aurait pu croire que c'est... pour les
plus petites municipalités, notamment, ça peut être serré. Mais là, après la
relecture, là, avec le 120 jours, c'est sûr que ça devient plus
facilitant. Sinon, Pierre, peut-être, la FQM, plus interne, si vous aviez...
M. Châteauvert
(Pierre) : Ça ne nous inquiète pas parce
que, quand il y a... On discute souvent avec les ministères sur la formation et
l'information. Vous savez, comme dans la nouvelle... sur l'éthique, là, le
nouveau code d'éthique, on a formé plus de 80 % des élus là-dedans, donc,
et ce, en l'espace de cinq mois. Ce qui fait que, s'il faut prévoir une
formation par rapport à ça, un accompagnement... Être membre de la FQM, c'est
un accès direct, il y a des heures pour services juridiques, pour
l'accompagnement. Donc, à ce moment-là, il s'agira de prendre les moyens pour
bien informer, bien accompagner le monde, et tout. S'il faut produire aussi un
guide, il n'y a aucun problème, on en fait régulièrement, de ce genre de guide.
Donc, ce n'est pas un problème. C'est un pouvoir, c'est comme dans tout nouveau pouvoir. Vous savez, on a cette
problématique-là, le ministère de l'Environnement qui modifie énormément
de règlements, ces temps-ci, à une vitesse incroyable, il y a des
problématiques, bien, on essaie d'accompagner au mieux notre monde, puis ça
fonctionne, habituellement.
Mme Nichols : Là, je... Puis je
le sais que vous allez accompagner les municipalités, puis là je parle pour la
FQM, là, je le sais que vous allez accompagner les municipalités, que ce soient
des petites municipalités ou des plus grosses municipalités, là, peu importe, là,
la population, là, en fonction du projet de la municipalité. On a parlé, là, de
projets en habitation. Est-ce qu'il y a d'autres projets, entre autres? Vous
avez parlé vite, vite, là, que c'était intéressant, entre autres, pour les
services de garde. Mais, à la FQM, qu'est-ce qu'on entend? Qu'est-ce qui
ressort beaucoup comme priorités de vouloir... en lien avec ce droit?
M. Châteauvert
(Pierre) : CPE, on l'a dit, mais on voit beaucoup de
municipalités, on l'a dit dans l'allocution, Mme Boisjoly l'a dit,
milieux... protection des milieux naturels, établissement de parcs, parcs
régionaux pour mettre des équipements,
remembrement de terres agricoles. Parce que, bon, on dit... on parle toujours
d'étalement urbain, tout ça, mais, quand on regarde même
autour de Montréal, il y a une progression, une augmentation de l'utilisation
de certains... des niveaux de terres
agricoles, et c'est beaucoup lié à l'activité... au développement de l'activité
économique autour de la MRC puis autour des municipalités locales. On le voit.
Et ça, ça va être des... Des fois, il faut intervenir dans la propriété même
pour relancer certaines opérations. Donc, ça, ça va être très intéressant. Des
fois, il faut... tu sais, pour mettre en place un marché public.
Quand on a parlé de ça... Parce qu'on l'a dit,
on n'a pas fait le tour. Habituellement, quand on a un projet de loi, on réunit
du monde. Puis il y a des mémoires, des fois, il y a plus que
100 personnes qui y ont participé, puis on a fait deux, trois appels,
puis, tout de suite, c'est venu. Puis on le sait, les gens sont très intéressés
pour... l'accès à la nature, protection. Et là on est en train de terminer la
cartographie des milieux humides. On voit l'intérêt tout de suite avec ce
projet... avec ça, là. Ça, ça va être majeur. Pour protéger certains milieux
humides, là, particulièrement sensibles, ça va être un outil intéressant, mais
tout ça, et ça, c'est important, encadré par le schéma d'aménagement. La compétence municipale, tu sais, on ne peut pas
faire n'importe quoi, c'est encadré, il y a un schéma d'aménagement,
puis ça va être encadré par rapport à ça.
Mme Nichols : Moi, je vous
entends bien. Ce que j'entends, à l'extérieur du monde municipal, quand on dit
qu'on va donner ce droit de préemption aux municipalités tel que demandé, les
gens disent : Oui, mais est-ce que ça va permettre à la municipalité de
bloquer des projets? Si un promoteur veut acheter un projet... un terrain, mais
que la ville... est-ce qu'on peut dire qu'elle pourrait grever d'un droit de
préemption un terrain? Est-ce que ça pourrait bloquer des projets, empêcher des
promoteurs d'avoir du financement, d'aller de l'avant? Est-ce que vous avez
entendu ce genre de questions là puis est-ce que vous avez peut-être une
réponse pour rassurer les gens?
Mme Boisjoly (Audrey) : Bien,
moi, je n'ai pas entendu nécessairement ce type de discours là. Puis, tu sais,
dans le fond, comme M. Châteauvert disait, tu sais, ça va tout être
encadré par le schéma aussi, donc il va quand même y avoir un respect au niveau
de la réglementation municipale qui doit être fait. Donc, de bloquer,
nécessairement, un projet... Puis ça va être annoncé avant, là, avec le
devoir... de ce qu'on comprend, avec le devoir de préemption. C'est que ça
n'arrive pas : dans 10 jours, j'annonce que je veux faire
l'acquisition du terrain puis que j'ai une priorité, là. Il y a quand même une
procédure qui vient avec ça. Donc, le promoteur, les gens vont être informés
aussi, donc ce n'est pas... Je ne pense pas qu'au contraire c'est mal vu. Je
pense, c'est un outil qui s'ajoute à nos outils de planification puis qui vont
permettre, justement, de mieux développer nos territoires puis de mieux prévoir
ce qui s'en vient, justement. Donc, non, au contraire, c'est très bien vu.
Puis, au niveau des promoteurs, moi, je n'ai pas
eu, là, aucun commentaire. Même dans ma municipalité, on a quand même beaucoup
de promoteurs ici, à Saint-Félix-de-Valois, puis moi, je n'ai pas eu aucun
commentaire par rapport à ce droit de préemption là.
Mme Nichols : Je vous
partageais, là, l'inquiétude qu'on entend en dehors des murs du municipal. Vous
pourrez faire des communications avec ça, si vous le voulez, pour rassurer les
citoyens.
J'ai une autre question aussi, en lien avec la
CMM. Parce qu'il y a des municipalités qui sont dans la CMM puis il y a des
municipalités qui sont hors CMM. Est-ce que le droit de préemption va s'exercer
de la même façon?
M. Châteauvert
(Pierre) : Ça, effectivement, c'est quelque chose... il va
falloir qu'il y ait une bonne discussion, CMM, CMQ aussi, c'est la même
chose à Québec.
Mme Nichols : Oui, CMM, CMQ.
Oui.
M. Châteauvert
(Pierre) : Effectivement, le niveau d'intervention, nous, on
pense que c'est la MRC, en fait, c'est au niveau... le territoire de la MRC,
puis la discussion doit se faire à ce niveau-là. Même, aussi, dans certains
secteurs, bien là, c'est plus dans le coin de Montréal, les sociétés de
transport, tout ce qui a rapport aux transports publics. Mais il faut que les
gens se parlent, là. Ce sont tous des gouvernements de proximité, il faut que
les gens se parlent puis arrivent à des consensus, là. Ça, c'est l'important.
Mais on ne pense pas qu'à ce moment-ci ça
soit un empêcheur. Parce que l'avancée, avec ça, c'est vraiment intéressant.
C'est pour ça qu'il ne faut pas... Tu sais, parce que chaque fois qu'il y a un changement, qu'il y a une
modification, il y a toujours plein de problèmes, vous le savez, vous êtes des législateurs, vous le savez, il y a
plein de monde qui communiquent avec vous. Mais on pense que ça, c'est intéressant au point où est-ce que, là, il faut le
faire, puis, après, bien, on essaiera de gérer. S'il y a des problèmes, on les
verra.
Mme Nichols : C'est ça. Bien,
c'est parce que les problèmes sont plus complexes, quand on est ... puis là je
le dis sans préjudice, là, mais, quand on fait
partie de la CMM ou la CMQ, là,
ce n'est pas la même chose. Puis souvent le processus est plus lourd, vous le
savez.
Vous avez parlé de la caractérisation des
milieux humides, là. Moi, je suis dans Vaudreuil-Soulanges, ça fait jaser, ça
fait jaser pas mal, là, la caractérisation des milieux humides, parce que la
CMM a évidemment un mot à dire, là. Je pense à Notre-Dame-de-l'Île-Perrot, qui
va devenir le poumon vert de Montréal, là, ou est déjà le poumon vert de
Montréal. Ça fait que c'est sûr qu'il va y avoir des obstacles, puis ça va être
peut-être plus compliqué, plus long. Puis je ne sais pas si... en tout cas, on
verra, nous, dans l'étude détaillée, si on peut prévoir quelque chose, là, à
cet effet-là, mais, si vous nous confirmez qu'entre autres, là, ça pourrait
peut-être être un enjeu, pour que toutes les municipalités aient le même droit
puis n'aient pas un préjudice relié à ça...
M. Châteauvert (Pierre) : C'est
rattaché à l'organisation du processus d'aménagement, qui est
l'aboutissement de plusieurs lois, aussi. Il y a quelques années, il y a eu
beaucoup de modifications, l'introduction... création de la CMM. Un moment
donné, souvenez-vous qu'il avait même été question de retirer le processus
d'aménagement aux MRC pour le confier à la CMM. Ça a fait une réaction. C'est
l'aboutissement de tout ça, là, aussi, à quelque part. On va enclencher un
processus, je pense, dans les prochaines années, de révision des processus
d'aménagement, puis c'est là que la discussion devrait avoir lieu, la grosse
discussion par rapport à tout ça, là.
Mme Nichols : Merci.
Il ne me reste pas beaucoup de temps, donc, en terminant, je pose une question
à Mme la mairesse. Saint-Félix-de-Valois, là, c'est pas mal beau, ça, il
y a même un beau club de golf, à Saint-Félix-de-Valois. Ce droit de préemption
là, vous allez vous en servir pour des projets en particulier?
Mme Boisjoly (Audrey) : On n'a
pas de club de golf, à Saint-Félix, mais il y en a un dans la municipalité un
peu plus au nord...
Mme Nichols : Ah! c'est
Saint-Jean-de-Matha.
Mme Boisjoly (Audrey) : Saint-Jean-de-Matha,
exactement.
Mme Nichols : Il est à
Saint-Jean-de-Matha, je m'excuse, je me suis mêlée. Vous avez raison. J'ai
pensé... Non, vous avez le Benny, vous, dans la courbe, à la place, hein?
Mme Boisjoly
(Audrey) : C'est ça. Là, là, vous vous replacez. Bien, tu
sais, nous, dans le fond, pour l'instant, c'est un nouveau pouvoir, donc
on va... nous aussi, là, je pense que les formations que M. Châteauvert
disait, par rapport à la FQM, je pense que ça va être intéressant de le suivre
pour savoir exactement, dans le concret, comment ça va pouvoir s'appliquer. Mais déjà on voit des opportunités, tu sais,
pour des projets, comme on disait, là, justement, des espaces verts. Tu
sais, quand on développe nos milieux de vie, bien, des espaces verts, on en a
besoin, des CPE, il y en a de besoin, au niveau du logement abordable aussi.
Donc, c'est certain... Bon, est-ce que ça va être demain qu'on va l'utiliser?
Peut-être pas. Mais, dans un avenir, je crois que ça va nous être utile, c'est
certain.
La Présidente (Mme Boutin) : ...
Mme Nichols : Oui,
30 secondes... 15 secondes? J'aurais voulu élaborer sur la clause F,
là, malgré que vous êtes les spécialistes du monde municipal. J'en ai
ambitionné, comme on dirait. Mais j'aurais aimé vous entendre sur la clause F,
du cinq à trois ans, voir... Avez-vous eu le temps de faire une étude sur le
cinq à trois ans, en oui ou non, une étude d'impact sur le cinq à trois, non?
M. Châteauvert
(Pierre) : Non. On a été...
Mme Boisjoly (Audrey) : En
48 heures, c'est plutôt difficile.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci.
On doit passer au prochain parlementaire. Malheureusement, on n'a pas beaucoup
de temps. Alors, je céderais la parole au député de Laurier-Dorion. Vous
disposez de 2 min 55 s.
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mme Boisjoly, M. Châteauvert. Merci d'être ici.
Je vais aller tout de suite sur le droit de
préemption. Et donc c'est une obligation qui peut être assez vaste. Vous avez
nommé différents éléments : CPE, espaces verts, etc. Mais on s'entend que
c'est beaucoup sur la question du logement, là, c'est dans ce secteur-là que la
pression s'exerce et que les municipalités ont un intérêt particulier, là. Moi,
j'aimerais savoir, là, si vous avez... demain matin, et ça se peut que le
projet de loi soit adopté très rapidement, là, ce droit de préemption là,
est-ce que cela vous permettra... Est-ce que vous avez les ressources
financières pour encourager la réalisation des logements avec le droit de
préemption, là? Parce que le droit de préemption, c'est comme un bout de
l'histoire. Il manque un autre bout, là, c'est la réalisation concrète. Est-ce
que vous avez les moyens, Mme Boisjoly,
par exemple, dans votre municipalité, d'accomplir, de réaliser, de construire
des logements, là?
Mme Boisjoly (Audrey) : Bien,
c'est sûr que, tu sais, le logement, c'est un enjeu prioritaire, là. Donc, oui,
on a les moyens, mais il faut aussi être accompagnés des organismes, par
exemple, qui font des projets comme ça. Puis je pense qu'en tout cas, du moins,
dans notre région, là, puis, même pour avoir parlé à d'autres collègues de d'autres régions, il y a des enjeux au niveau,
justement, de ces organismes-là, tu sais, du financement qu'ils ont,
aussi, mais aussi du nombre de personnel qu'ils ont pour livrer les projets
d'habitation. Nous, par exemple, c'est ce qu'on vit.
Donc, c'est sûr que ce sont de gros enjeux,
toujours, là, l'argent... Il y a quand même le projet, là, le Programme
d'habitation abordable, là, que Mme la ministre a lancé il y a quelques mois
déjà. Donc, c'est le genre de projet qui est intéressant. Je pense que nous, à
la FQM, là... D'ailleurs, tantôt, je parlais qu'on allait pondre un beau
document d'orientation au niveau du logement. On aura quand même des points
d'amélioration, là, à apporter par rapport au logement puis ce qui a été offert
notamment avec ce programme-là, parce qu'on trouve que c'est une belle avancée,
mais il y a des choses à améliorer.
Notamment,
au niveau de la lourdeur administrative, là, au niveau de la SHQ, c'est
souvent, là, décrié par nos membres, par les municipalités qui veulent faire
naître des projets dans leur milieu. Malheureusement, la lourdeur pour faire
ces projets-là, que ce soit pour les promoteurs privés, que ce soit pour les
organismes à but non lucratif, c'est toujours ce qui ressort. Donc, on aura des
propositions à faire. On espère avoir des oreilles attentives sur ces
propositions-là. Donc je ne sais pas si ça répond à votre question, M. le
député.
M. Fontecilla :
Je vais aller sur la clause F parce qu'il me reste très peu de temps.
Combien de temps?
La Présidente
(Mme Boutin) : ...
M. Fontecilla :
20 secondes? N'avez-vous pas l'impression que passer de cinq ans à
trois ans sur la clause F, c'est seulement diminuer la période où on peut faire
des abus concernant les augmentations des loyers?
Mme Boisjoly
(Audrey) : Bien, écoutez, nous, on pense que c'est un choix qui est
raisonnable, là, quand même. Il y avait une pression, là, au niveau des
locateurs qui disaient, bon, effectivement, que ça n'avait pas de sens, le cinq
ans. Donc, d'aller, de diminuer à trois ans, bon, est-ce que c'est le bon
nombre? On va le voir, je pense, avec le temps aussi, mais on comprend aussi
que, pour le propriétaire, il doit avoir un délai raisonnable, là, par exemple,
s'il doit réévaluer, avec la construction, comment ça a coûté, donc,
l'établissement, là, du prix du loyer. Donc, on comprend que c'est un
équilibre...
La Présidente
(Mme Boutin) : Je suis désolée de vous interrompre. Je vous ai
donné quand même un temps de réponse. Je vous remercie beaucoup pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je vais suspendre
quelques instants afin qu'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci
beaucoup. Je vous souhaite une excellente journée.
(Suspension de la séance à
12 h 34)
La Présidente
(Mme Boutin) : Bonjour. J'aimerais souhaiter la bienvenue aux
représentants de l'Union des municipalités du Québec. Je vous rappelle que...
Bon, je pense que ce n'est pas la première fois, là, que vous participez, là, à
des consultations particulières. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, après quoi on va passer à une période
d'échange. Donc, je vous inviterais à vous présenter et puis à débuter votre
exposé. Je vous cède la parole.
M. Tremblay
(Guillaume) :
Bien, bonjour à vous tous. Guillaume Tremblay,
deuxième vice-président de l'Union des municipalités du Québec et maire de
Mascouche.
M. Sabourin (Jean-François) :
Jean-François
Sabourin, conseiller aux politiques à l'Union des municipalités du
Québec.
M. Tremblay (Guillaume) :
Donc,
merci beaucoup. Mme la ministre des Affaires municipales et de
l'Habitation, Mme la présidente de la commission, Mmes et MM. les membres de la
commission, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre des
consultations sur le projet de loi n° 37, Loi
modifiant diverses dispositions législatives principalement en matière
d'habitation. Je suis accompagné, comme on vous a présenté, par
M. Jean-François Sabourin, qui est conseiller aux politiques. C'est à
titre de deuxième vice-président de l'UMQ et président du comité sur
l'habitation que je m'adresse à vous aujourd'hui.
D'abord,
j'aimerais vous rappeler que, depuis maintenant plus de 100 ans, l'UMQ
rassemble les gouvernements de proximité de toutes les régions du Québec
afin de mobiliser l'expertise municipale, accompagner ses membres dans
l'exercice de leurs compétences et valoriser la démocratie municipale. Nos
membres représentent plus de 85 % de la population du territoire du
Québec.
L'UMQ accueille
favorablement le projet de loi n° 37. Son adoption constituera une avancée
majeure pour le milieu municipal. Le droit
de préemption sera un ajout important au coffre à outils des municipalités en
termes de gestion foncière et aussi d'aménagement du territoire. Il
dotera les municipalités de l'agilité nécessaire pour relever les défis du XXIe siècle, que ce soit avec la
crise du logement, la protection du patrimoine, l'acquisition et la
protection des milieux naturels ou
l'implantation optimale d'équipements publics, et ce, dans une optique de
densification des territoires.
Ainsi, l'UMQ a
formulé deux recommandations qui se veulent constructives dans le but de
peaufiner le projet de loi, mais, juste
avant de vous les présenter, je veux vous parler de la principale préoccupation
des municipalités par rapport au
projet de loi. Pour nous, c'est essentiel que l'adoption se fasse rapidement,
et ce, pour plusieurs raisons. Nous sommes aux prises, comme vous le
savez, avec une crise du logement sans précédent. Nous devons multiplier nos actions en matière de lutte aux changements
climatiques, et enfin les effets des décisions prises en matière
d'urbanisme ne se feront sentir qu'après plusieurs années.
Donc,
plus on agit tardivement, plus les crises auxquelles nous sommes confrontés
s'aggravent. Chaque semaine, chaque mois compte. En agissant dès
maintenant, ce sont des ménages vulnérables qui passeront quelques mois de
moins dans un logement inadapté, ce seront des milieux naturels qui seront
préservés et des équipements collectifs, comme des piscines municipales, qui
pourront s'implanter dans des endroits mieux desservis en transport collectif
et actif. En plus, dans les derniers mois, plusieurs organismes possédant des
logements communautaires en sont arrivés à la fin de la convention qui assurait
la stabilité de leur modèle financier.
Ainsi, certains organismes craignent de devoir
vendre leur parc de logements, malgré leur volonté, alors que d'autres l'ont déjà fait dans des circonstances
nébuleuses. Avec la pénurie de logements qu'on vit au Québec en ce
moment, on ne peut pas se permettre de perdre un seul logement social ou
communautaire. C'est maintenant qu'on doit agir. L'été est un bon moment pour
faire des changements législatifs qui modifient les pouvoirs municipaux puisque
la majorité des permis en prévision de la saison de la construction ont déjà
été émis et plusieurs municipalités peuvent compter sur la présence de
stagiaires. Pour nous, la période estivale est idéale pour effectuer de tels
changements.
J'enchaîne tout de suite avec nos
recommandations. Notre première recommandation est de permettre aux
municipalités de faire part de leur intention d'exercer leur droit de
préemption au plus tard le 90e jour après que le propriétaire de l'immeuble a avisé la municipalité des conditions de la
vente. Pour le moment, seule la ville de Montréal possède le droit de
préemption, à l'exception des municipalités locales, qui peuvent exercer ce droit
uniquement au bénéfice d'un centre de services scolaire.
Si on regarde le cas de Montréal, on peut
constater que l'utilisation du droit de préemption à l'intérieur des
60 jours prévus à la charte de la ville est très complexe d'un point de
vue de la gestion municipale. L'acquisition d'immeubles peut avoir des
implications majeures à long terme sur l'évolution des territoires. C'est
important d'analyser toutes les options possibles autant en matière de finances
que d'urbanisme et cela peut prendre du temps, comme vous le savez si bien.
Donc, l'UMQ demande de permettre aux
municipalités de manifester leur intention dans un délai de 90 jours
plutôt que le délai de 60 jours tel qu'il est écrit présentement.
J'aimerais rappeler que c'est le délai présentement prévu pour l'exercice du
droit de préemption dans la
Loi sur l'instruction publique. Ainsi, nous
recommandons de... nous recommandons, pardonnez-moi, de généraliser ce même
délai.
Notre deuxième recommandation est davantage une
interrogation pour nous assurer que le texte de la loi ne permette pas de manoeuvre légale qui donne la
possibilité de se soustraire au droit de préemption municipal. L'UMQ se questionne quant à une éventuelle faille dans le
mécanisme de préemption actuellement prévu pour la ville de Montréal.
En effet, il est prévu que le droit de
préemption de la municipalité ne peut pas s'appliquer, et je cite, «à l'égard
d'une aliénation faite au bénéfice d'une personne qui est liée au propriétaire
au sens de la
Loi sur les impôts». Cette disposition est utile dans le sens
qu'elle cherche à éviter qu'une transaction à l'intérieur d'une même famille ou entre une même personne physique ou une
compagnie lui appartenant ne soit empêchée par l'utilisation du droit de
préemption.
Évidemment, nous ne pouvons qu'être en accord
avec l'esprit de cette disposition. Toutefois, il pourrait ouvrir la porte à
des manoeuvres qui donneraient l'occasion de contourner le droit de préemption.
Prenons, par exemple, le cas de deux entreprises. Il pourrait être possible de
créer une coentreprise, qu'on appelle couramment «joint venture», qui soit une
personne morale liée autant au propriétaire d'origine qu'à l'acheteur et qui
finirait par devenir, dans les faits et au
fil du temps, la propriété de l'acheteur véritable. Ainsi, nous demandons
simplement de nous assurer que cette possibilité soit prise en compte
dans la rédaction du projet de loi.
Pour terminer, nous sommes particulièrement
préoccupés par l'érosion du parc de logements financé collectivement par certains OBNL ou coopératives au bénéfice de fonds
publics. Heureusement, la vente de ces OBNL ou coopératives sera
désormais soumise à l'approbation de la ministre responsable de l'Habitation.
Par ce projet de loi, le gouvernement reconnaît l'importance de mieux encadrer
cette situation.
Plus généralement, nous sommes également très
préoccupés par la crise du logement. Ce sont les gouvernements de proximité qui
sont les premiers interpelés par la population lorsque celle-ci rencontre des
difficultés à se loger. Ils sont aussi les mieux placés pour identifier des
solutions aux besoins identifiés sur le terrain.
Au début 2022, l'UMQ a proposé plusieurs
actions pour faire face à la crise. Plusieurs d'entre elles ont été mises en
oeuvre par les gouvernements du Québec et du Canada. Le projet de loi
n° 37 répond à nos demandes au sujet du droit de préemption ou la vente de
logements sociaux ou communautaires. Il répond aussi au moins en
partie à notre
appel pour un meilleur encadrement du marché locatif privé.
En effet, le projet de loi comporte des
dispositions améliorant la protection des aînés contre les changements de vocation de leur logement et les variations
majeures de loyer. Il réduit aussi de cinq à trois ans la période
d'application de la clause F. Ce sont des actions complémentaires aux autres
actions entreprises par le gouvernement, par exemple, en ce qui concerne la
réalisation de logements sociaux déjà annoncés, mais non construits.
Nous pouvons toujours trouver des manières
d'aller plus loin pour mieux protéger les locataires, mais les mesures
proposées vont dans le bon sens. Elles permettront de soulager une
partie des
effets de la crise du logement. Il est certain qu'il faudra en faire plus pour
agir de manière durable sur le déficit structurel de logements, et ce, à tous
les niveaux de gouvernement. Nous devrons rétablir l'équilibre entre l'offre et
la demande des logements de qualité et abordables.
À la veille de la fin de la session
parlementaire et de la dissolution de la Chambre cet été, on ne peut pas se
permettre que cet important projet de loi reste au feuilleton. Le milieu
municipal veut continuer de s'engager pleinement pour s'attaquer à la crise,
mais, pour ce faire, nous avons besoin de votre aide. Je suis persuadé que les
parlementaires collaboreront pour adapter cette pièce législative dans les
prochains jours. Nous comptons sur vous. Et, pour finir, je souhaite vous réitérer
l'entière collaboration de l'UMQ. Nous sommes satisfaits du projet de loi
n° 37 et nous sommes prêts à travailler avec vous
pour la suite. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
beaucoup, M. le maire. Nous allons maintenant commencer la période d'échange
avec Mme la ministre. Vous disposez de sept minutes.
Mme Laforest : Oui, oui. Merci,
M. Tremblay, M. Sabourin. En fait, je vais y aller tout de suite avec
mes questions, parce que vous parlez que le... Pour la question du droit de
préemption, j'aimerais avoir des exemples. Par exemple, à Mascouche, est-ce que vous pouvez me donner des exemples?
Qu'est-ce que ça apporterait immédiatement? Ça, c'est ma première
question.
L'autre question, également, je voudrais avoir
des exemples, parce que, dans le projet de loi n° 49 qu'on a adopté
dernièrement avec, d'ailleurs, les collègues qui sont ici, on avait donné la
possibilité aux municipalités soit de faire un don de terrain, un crédit de
taxes, subvention pour faire lever des projets, par exemple, en habitation. Je
veux savoir si vous l'avez pratiquée ou si vous l'avez déjà utilisée, cette
nouvelle possibilité là. Ça, c'est ma dernière... ma deuxième question.
Puis, au niveau du délai, 60 jours,
90 jours, 120 jours, si on allait avec 60 jours, est-ce que vous
seriez quand même d'accord, si on gardait le 60 jours? Alors, voilà mes
trois questions.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Si vous permettez, je vais répondre à la première
question et je vais laisser les deux dernières questions à Jean-François, qui
est notre responsable au niveau technique à l'UMQ.
Pour la ville de Mascouche, clairement, sans
rentrer dans les détails, parce que vous comprenez qu'il y a des terrains qui
sont peut-être un peu plus sensibles... que je n'entrerai pas dans les détails
avec vous aujourd'hui, mais, pour vous donner des exemples plus que concrets,
par exemple, on va avoir des écoles bientôt à mettre de l'avant. Clairement, ce
droit, on a des terrains qu'on pourrait cibler, là, parce qu'une ville... on
planifie. Donc, c'est important de planifier d'avance.
Donc on pourrait commencer à cibler, parce
qu'une ville comme la nôtre, qui est en effervescence au niveau de la
démographie, bien, clairement, ça va nous permettre, justement, de planifier
puis de pouvoir penser d'avance où est-ce qu'on peut mettre nos écoles.
Quelquefois, c'est aussi au niveau de la santé qu'on a des demandes. Donc, on
peut travailler en collaboration, bien sûr. Puis, oui, ça peut être très utile
dans le cadre de projets où est-ce qu'on va vouloir mettre de l'habitation
abordable. Pour nous, clairement, ça va nous donner... Comme on dit, c'est une
boîte à outils, une ville, et ça va nous donner un outil de plus pour pouvoir,
justement, nous accompagner dans toute cette réalité qu'une ville vit au jour
le jour.
Maintenant, pour la deuxième, votre question sur
le 60 jours, moi, je peux juste vous dire que, présentement, puis je vais
laisser Jean-François terminer, si tu le veux, après, la seule ville qui a ce
droit-là, c'est la ville de Montréal, et la ville de Montréal fait partie, bien
sûr, de l'union, et les échos qu'on a, c'est que le 60 jours est très
rapide. Pourquoi on demande 90 jours, c'est que, vous savez, des fois, ça
peut être des terrains qui sont contaminés, bien, des terrains... Donc, une
ville, des fois, il faut faire des études de terrains. Il y a toute la question
aussi des... avec les notaires, là. Vous savez que, des fois, c'est lourd.
Donc, même quand c'est juste une question d'une
entente, là, on s'entend pour acheter un terrain, des fois, le 60 jours
qu'on demande, on est obligé de demander des délais supplémentaires. Donc, ça
fait
partie de nos vies. Donc, c'est pour ça que nous, on pense vraiment que
90 jours, ça pourrait nous aider, nous favoriser vraiment pour nous
assurer de ne pas acheter un terrain à la va-vite puis qu'après, à terme, bien,
ça soit une mauvaise décision parce que le terrain était contaminé. Donc, c'est
juste dans ce principe-là...
Jean-François, je peux te laisser la parole pour
continuer si tu le veux bien.
M. Sabourin
(Jean-François) : Absolument, puis juste mentionner aussi
qu'actuellement la
Loi sur l'instruction publique, le délai de
90 jours, là, pour le droit de préemption, pour l'exercice, là, pour
exactement ce même délai-là, donc, c'est la même logique, là, c'est bon. Dans
ce cas-là, on trouvait que c'était quand même intéressant d'utiliser ce
modèle-là parce que la seule ville qui a l'expérience disait... allait dans ce
sens-là également aussi. Donc, voilà.
Pour le p.l. n° 49, le projet de loi
n° 49, les nouveaux pouvoirs qui ont été octroyés en matière de programmes
d'habitation que les municipalités peuvent mettre en place, ce que je sais,
c'est qu'il y a beaucoup de municipalités, particulièrement en Gaspésie, qui
regardent ça en ce moment avec intérêt. C'est sûr que c'est un nouveau pouvoir,
mais je sais, pour... de source sûre, qu'il y a des gens qui regardent ça pour
mettre ça en place pour essayer d'appuyer la construction, là, appuyer le
marché privé, là, pour agir dans ce domaine-là. Notamment, le droit de
préemption permettrait de donner des terrains, par exemple, à des promoteurs
privés en échange de garanties d'abordabilité. Justement, ce qu'on a de besoin,
c'est de créer des logements en ce moment, de rétablir l'équilibre entre
l'offre et la demande, particulièrement en logement abordable et communautaire.
Bien, je pense que ça, ça peut être un outil, là, qui peut nous aider
davantage.
Mme Laforest : Mais est-ce que
vous avez des exemples? Est-ce que vous avez déjà eu des... commencé des
projets grâce au projet de loi n° 49?
M. Tremblay (Guillaume) : Là,
vous parlez localement, chez nous, non, clairement non.
Mme Laforest :
Mais des exemples avec d'autres municipalités...
M. Sabourin
(Jean-François) : Moi, je n'en ai pas. Je ne nommerai pas les
municipalités qui m'ont posé des questions sur l'application de ça.
Publiquement, je ne sais pas s'ils sont à l'aise, là, par rapport à ça. Il y a
tout un enjeu aussi avec le marché privé dans leurs régions, mais, oui, c'est
quelque chose qui est intéressant, là, quand même, du côté municipal. Il y a un
intérêt, là, ça, c'est sûr et certain, avec ce pouvoir-là.
M. Sabourin
(Jean-François) : Absolument.
La Présidente
(Mme Boutin) : Vous avez terminé, Mme la ministre?
Mme Laforest :
Oui. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Boutin) : Parfait. Je céderais maintenant la parole à la
députée de Vaudreuil, qui dispose de 11 minutes.
Mme Nichols :
Merci, Mme la Présidente. La question de Mme la ministre, elle était fort
pertinente, là. Le projet de loi n° 49, ça fait presque deux ans qu'il a
été adopté, puis on est venu donner des superbeaux pouvoirs aux villes, aux
municipalités, puis ce qu'on comprend, c'est que, bien, on n'en a pas... on n'a
pas d'exemple encore, là, d'endroit où ça a été utilisé.
Merci. Merci,
M. Tremblay, merci, M. Sabourin, là, d'être parmi nous aujourd'hui
pour représenter l'Union des municipalités du Québec. Merci de votre
présentation. Merci d'avoir complété un mémoire, là. Ce n'était pas évident. Je
sais que vous étiez serrés dans le temps. La FQM était là avant, puis eux aussi
ont invoqué, là, le court délai. Nous aussi, on l'invoque, les oppositions.
C'est compliqué de traiter... En fait, c'est... On en a fait beaucoup, là,
d'omnibus, là, mais la contrainte du temps comme ça, là, en fin de session...
En fin de session, c'est toujours un peu plus complexe parce qu'il y a aussi
les PLIP, mais, en fait, ça, c'est notre agenda à Québec.
Mais on comprend...
Puis on comprend toute l'importance qu'a, entre autres, le projet de loi
n° 37, l'intérêt que les municipalités portent, entre autres, pour le
droit de préemption. J'ai reçu beaucoup d'appels à cet effet-là. Beaucoup de
maires se sont manifestés en me rappelant, entre autres, l'importance du droit
de préemption. Donc, je vous confirme, M. Tremblay, que, oui, le message
s'est rendu, puis, oui, on la sent... on sent que vous le vouliez, puis on le
sait depuis le début.
Puis je le rappelle,
là, voilà deux ans, quand on est rentré dans la crise du logement, c'est une
des solutions qu'on avait proposées, de donner le droit de préemption aux
municipalités, parce que vous êtes des gouvernements de proximité. Vous
connaissez vos territoires puis vous l'avez dit dans votre exposé. La crise du
logement, vous êtes certainement au premier plan puis vous êtes ceux qui
viennent en aide, là, rapidement à votre... au bénéfice de votre population.
Vous avez les outils. Donc, je le réitère, vous l'avez compris, que je trouve
ça superimportant, le droit de préemption
puis je suis d'avis, là, qu'il faut livrer le projet de loi n° 37, là,
pour que les municipalités puissent en bénéficier.
On est d'accord aussi
avec les fins de conventions, les OBNL, que ça soit traité, même c'est
bénéfique que ça soit traité dans ce projet de loi là. Même... Puis là je
radote, là, pour ceux qui sont dans la salle, mais on l'a dit. Je ne sais pas
si vous avez entendu les représentations avant vous de la FQM, mais ce que je
disais à la FQM, tu sais, j'ai... On pourrait même regarder pour donner un
pouvoir supplémentaire à la ministre, qu'elle puisse revenir six mois en
arrière pour pouvoir ordonner des enquêtes sur Sherbrooke, Richelieu, tu sais,
des endroits comme ça où ça s'est drôlement
passé, ces fins de convention d'OBNL. On est d'accord avec vous aussi
relativement à la protection des aînés.
En gros, le projet de
loi n° 37, là, c'est des éléments, là, qu'on a portés à l'attention du
gouvernement dans les deux dernières années.
Donc, vous comprendrez qu'on est bien contents de venir — je
vais dire, patcher — patcher
ces besoins-là.
Il y a... Cependant, il
y a un gros, gros bémol, là, dans le projet de loi n° 37, puis je l'ai
soulevé, là, ce matin, en point de presse, mais j'en ai parlé aussi à
différents groupes sur le terrain pour prendre le pouls, c'est la clause F, la
clause F pour... la clause F, là, qui passe de cinq ans à trois ans. Vous le
savez, des constructions neuves... Puis vous le savez parce que je suis
certaine qu'il y a peut-être des citoyens dans vos municipalités qui vont vous
voir puis vous dire que ça n'a pas d'allure, mon bail a augmenté de 300 $
par mois pour la prochaine année, puis ils ne peuvent pas rien faire. Ils ne
peuvent pas aller devant le Tribunal administratif parce que la clause F
prévoit que, pour les cinq premières années, les nouvelles constructions, c'est
possible.
J'ai des questions
sur le droit de préemption, mais je vais commencer par la clause F. Le cinq ans
à trois ans, vous aviez dit que vous étiez en faveur, mais... puis je n'en
doute pas, là, que vous êtes en faveur, mais je comprends aussi l'intérêt, pour
le projet de loi, pour qu'il soit adopté rapidement. Ça fait que vous n'êtes
pas pour dire que vous êtes contre parce
qu'on veut l'adopter vite, mais, bon, avez-vous étudié cette clause-là, le cinq
ans à trois ans? Avez-vous évalué l'impact que ça pourrait avoir sur vos
citoyens? Parce que le propriétaire pouvait augmenter pendant cinq ans. Là, il
peut le faire pendant trois ans. Moi, ce que j'entends en dehors du monde
municipal, c'est qu'ils vont manger une méchante claque, là. Ils vont... Le
temps rétrécit, là. Je ne connais pas grand monde qui serait capable d'absorber
une augmentation sur trois ans au lieu de cinq. Est-ce que vous avez étudié,
consulté un avis relativement à ce délai?
M. Tremblay
(Guillaume) : Donc, si vous le permettez, je vais répondre à votre
question, mais je vais aussi répondre à votre premier préambule faisant suite
avec la discussion que vous aviez eue avec la ministre. Si vous le permettez,
je pense qu'il y a un autre...
Tantôt, vous
demandiez : Le projet de loi n° 49, est-ce qu'on l'avait utilisé?
Moi, je trouve ça important aussi de rapporter et puis de ramener ici la Loi
sur l'expropriation, à terme, là, parce que, par exemple, une ville comme la
ville de Mascouche, si, demain matin, on voudrait faire des logements
abordables, bien, il faut, d'abord et avant tout, être propriétaire de
terrains. Je ne peux pas, comme ville, donner le montant nécessairement que les
promoteurs, présentement, ils veulent, ou les gens, qu'ils veulent pour leur
terrain.
Donc, quand on va
revoir la
Loi sur l'expropriation, puis, ça, on voit ça d'un bon oeil, ce
changement-là, bien, ça va nous permettre, comme ville, d'être propriétaires
puis, après ça, de pouvoir appliquer peut-être le projet de loi n° 49 un
peu plus facilement. Maintenant que ça, c'est dit...
Mme Nichols :
Je vois le lien. C'est un bon lien.
M. Tremblay
(Guillaume) : Merci beaucoup. Je trouve ça important, parce qu'on veut
bien en faire, mais il faut bien avoir des terrains pour pouvoir en faire.
L'autre
chose, maintenant, pour votre autre question, clairement, on est très content.
Puis il y a une expression qui
dit : Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Donc, nous, on voit que...
On voit d'un bon oeil de passer de trois... de cinq à trois ans. Est-ce
que ça serait mieux d'être encore plus rapide? Je veux dire, à l'UMQ, on n'est
pas... Je veux dire, on n'a pas fait des études nécessairement approfondies
parce que le projet de loi vient juste d'être déposé ça ne fait pas longtemps.
Cependant, on sent que c'est dans la bonne direction. Est-ce que, dans une
autre mouture, on pourrait le voir un peu plus rapidement? Possiblement. Mais,
clairement, nous, on voit, de cinq à trois, que ça pourrait être quelque chose
d'intéressant. C'est mieux que qu'est-ce qu'on a présentement.
Mme Nichols :
Parfait. Qu'est-ce qui est intéressant dans le cinq à trois? Puis, je le
dis, là, de façon très neutre, là. Moi, là, je suis avocate de formation, j'ai
été mairesse, j'ai été préfète. Quand je vois le cinq à trois, là, je vois des
préjudices pour tout le monde. Ça fait que...
M. Tremblay
(Guillaume) : Bien, je vais vous donner un exemple.
Mme Nichols :
Ça fait que, moi, le cinq à trois, pour vrai, je ne le comprends pas, je ne
le sais même pas, il vient d'où. Je cherche qui l'a recommandé, le trois ans.
M. Tremblay
(Guillaume) : Je vous reviens...
Mme Nichols :
Moi, je pense que ça mérite plus de... en tout cas. Mais c'est mon avis,
là, moi, je pense que, tu sais, ça mérite qu'on étudie l'impact sur...
Puis je vais même
vous poser une sous-question : Est-ce que ça va régler la crise du
logement de passer de cinq à trois ans?
M. Tremblay
(Guillaume) : Donc, je ne pense pas que ça va être ce qui va régler la
crise du logement demain matin. Cependant, je peux vous donner un exemple dans
Lanaudière, donc un peu à côté de chez nous, à Saint-Calixte, puis il y avait
eu, d'ailleurs, des reportages dans Le Journal de Montréal , de mémoire.
Donc, il y avait des gens, après cinq...
bien, la dernière année, donc la cinquième année, ils ont eu des augmentations
phénoménales de leur logement. Est-ce que, donc, ça veut dire que les
logements qui ont entre trois, quatre puis cinq ans, bien, ils ne pourraient
plus avoir des augmentations de la sorte? Est-ce qu'on se sauve, certains de
notre population, à avoir des augmentations? Je pense qu'il faut voir les
choses dans son entièreté. Je pense que ça peut être très, très intéressant.
Est-ce qu'on pourrait
aller encore plus loin? La réponse, c'est oui. Mais, je veux dire, aujourd'hui,
on peut voir ça d'un bon oeil. Je ne sais pas, de votre côté,
M. Sabourin... si tu as quelque chose à rajouter, Jean-François?
M. Sabourin
(Jean-François) : Bien, simplement dire que, tu sais, ce genre de
relations là, par exemple, le Code civil, là, entre les propriétaires et
locataires, ce n'est pas l'expertise municipale, nécessairement. On est
interpelé par la population qui vit ça, c'est certain. Mais ce qui était
l'appel de nos membres, c'était à mieux encadrer le marché privé locatif de
manière générale, peu importe la manière de le faire. Pour nous, ça appartient
au gouvernement de définir, au législateur de définir aussi comment...
qu'est-ce qui est mesuré, qu'est-ce qui est nuancé. Mais ça prend une analyse
approfondie pour, justement, définir, mais on pense que ça a été fait avec ça
comme premier pas. Est-ce qu'on peut en faire plus, comme on mentionnait? Oui,
probablement, dans le futur. Mais, déjà, ça va dans le bon sens, pour ce qui
est de la mesure qui est prévue au projet de loi.
Mme Nichols :
Dans le bon sens. Quel bon sens?
M. Sabourin
(Jean-François) : Le sens d'encadrer le marché locatif en habitation
pour protéger les locataires. C'est notre orientation.
Mme Nichols : Mais
c'est parce qu'on ne les protège pas mieux de cinq à trois ans. La troisième
année... Bon. O.K.
clause F... c'est parce que vous avez dit : La clause F, ce n'est pas
nécessairement une expertise municipale,
mais on se permet de vous poser les questions parce qu'on vous demande de vous
prononcer, entre autres, sur la
clause F, parce que vous le faites aussi dans votre mémoire, vous vous
prononcez sur la clause F, ça fait qu'évidemment j'essaie de comprendre
qu'est-ce que vous trouvez de bon. Comme je disais préalablement, moi, je
trouve que c'est un énorme préjudice pour vos citoyens, vos locataires, qui, au
lieu d'avoir une hausse sur cinq ans, vont l'avoir en trois ans. Puis, même les
propriétaires, les méchants propriétaires, là, tu sais, c'est... je trouve que
ce n'est pas superbon non plus pour leur réputation, mais bon.
Droit de préemption,
je voulais savoir... À l'UMQ, bon, peut-être moins qu'à la FQM, mais il y a des
grandes municipalités, des plus petites municipalités, des villes. En fonction
de la population, est-ce que vous pensez que ça va être plus difficile pour
certaines d'exercer ce droit de préemption là? Puis je fais une sous-question.
Ceux qui sont membres CMM — il
y en a qui sont hors CMM aussi dans vos membres, CMM, CMQ — est-ce
que vous pensez qu'il va y avoir peut-être un déséquilibre de ceux qui pourront
l'exercer? Puis, peut-être, justement, qu'on pourrait le corriger dans le
projet de loi pour que tout le monde puisse avoir le même droit de
préemption...
M. Tremblay
(Guillaume) : Bien, merci beaucoup de votre question. Je suis aussi
président du comité au niveau de la CMM, là, sur l'habitation et la cohésion
sociale. On est en train d'adopter une politique de logement, justement, pour
l'ensemble du territoire de la CMM, et je peux vous dire une chose, le droit de
préemption faisait
partie de nos demandes. Donc, on est très heureux d'être ici
aujourd'hui, au nom de la CMM aussi, avec ce nouveau pouvoir qui est donné.
Bien, moi, je pense que ce pouvoir-là est donné aux villes. Chaque ville est
assez grand et grande pour décider, justement, des droits de préemption des
terrains qu'ils veulent cibler. Maintenant, ça va être chacune des villes qui
va l'appliquer.
La CMM aura aussi
un... pour ce que je comprends du projet de loi, aura aussi un pouvoir si jamais
ils ont des terrains qu'ils pourraient cibler. Mais on s'entend que c'est très
rare que la CMM, là, va aller jusqu'à aller chercher un terrain dans un secteur
en tant que tel.
Moi, j'aurais le
goût, madame, si j'ai le temps, là... puis je ne sais pas si j'ai le droit de
vous répondre à votre autre question que vous avez posée sur le trois, cinq
ans, si vous le permettez.
M. Tremblay
(Guillaume) : Donc, moi, ce que je comprends... Oh! Oui, je peux? O.K.
Donc, ce que je comprends, c'est que... Oh!
La Présidente
(Mme Boutin) : 38 secondes.
M. Tremblay
(Guillaume) : O.K. Donc, je vais y aller rapidement. Ce que je
comprends, vite, c'est que, présentement, les propriétaires ont le droit
d'augmenter les logements pendant cinq ans. Là, on va avoir le droit de
l'augmenter pendant trois ans. Donc, ça veut dire que les habitations, vraiment,
qui ont quatre puis cinq ans ne pourraient plus augmenter. Mais c'est ce que je
comprends.
Mme Nichols :
J'interviens rapidement parce qu'il doit me rester cinq secondes, mais le
coût de la nouvelle construction, là, il l'étalait sur cinq ans, là il va
l'étaler sur trois ans. Mettez ça dans votre... Réfléchissez.
M. Tremblay
(Guillaume) : Je vous entends. Je vous entends.
Mme Nichols :
Je vous lance ça comme ça. C'est pour ça que moi, je pense que ça prend une
étude, puis il faut la retirer du projet de loi pour aller vite.
La Présidente
(Mme Boutin) : Merci infiniment. C'est tout le temps qu'on avait
pour cet échange. Je céderais maintenant la parole à M. le député de
Laurier-Dorion. Et puis, si vous faites la demande ou on a une petite demande
pour donner le temps de la députée de Gaspé... si on a consentement, M. député
de Laurier-Dorion. Est-ce que j'aurais le consentement?
La Présidente
(Mme Boutin) : Par contre, j'aurais un autre consentement à vous
demander. Si on fait ça, ça serait de pouvoir dépasser de trois, quatre
minutes, maximum. Consentement? Parfait.
À vous la parole, M.
le Député de Laurier-Dorion. Vous avez 5 min 50 s.
M. Fontecilla :
Merci, Mme la Présidente. Merci, les collègues. Et bonjour,
M. Tremblay, M. Sabourin. Écoutez,
on va aller, justement, sur la question du droit de préemption, là. Vous dites
que c'est une demande historique. C'est tout à fait tout à fait vrai.
Nous aussi, on le propose depuis longtemps. Mais, en même temps, vous dites, et
je vous cite, dans le dernier paragraphe de votre mémoire : «Il faudra
toutefois en faire plus, collectivement et à
tous les niveaux de gouvernement, pour agir de manière durable sur le déficit
structurel en matière de logement...» Et, ceci étant dit, est-ce que
vous pensez, là, que le fait d'avoir le droit de préemption va vous permettre
de régler la crise du logement ou il
faudrait en faire plus? Et, s'il faut en faire plus, tel que vous le dites dans
votre mémoire, de quoi s'agit-il?
M. Tremblay
(Guillaume) : Bien, écoutez, rapidement, il est clair que le droit de
préemption ne va pas tout régler dans le domaine du logement. Cependant, comme
je disais tantôt à vos collègues, c'est comme une boîte à outils, nous, les
municipalités. Donc, on voit que ça nous donne un outil de plus dans notre
coffre pour, justement, nous donner...
Autre chose qu'on a
demandée, c'est le droit à l'expropriation. On est très heureux d'avoir entendu
le premier ministre à cet égard-là. On sent une volonté aussi de la part des
partis à l'Assemblée nationale.
Maintenant,
clairement, bien, il va falloir aller un peu plus loin au niveau du logement,
que ça soit avec bien sûr des logements... donner des logements... en annoncer
encore, je pense que c'est une réalité, hein? Vous savez, quand on en demandait... Si je retourne à mes
notes, là, la SHQ estimait à 37 000 ménages en attente de logement
social, ce n'est pas rien. Donc, je pense que ça va être vraiment important, au
cours des prochaines années, de continuer. Puis
il ne faut pas aussi... Ne sous-estimez jamais la vitesse que le marché est
capable de livrer, aussi, ces logements-là.
Donc, ça, c'est notre
réalité. Donc, il va falloir vraiment avoir des positions claires, au cours des
prochaines années, à cet égard-là. Autant, le marché, il va falloir qu'on soit
capable de livrer, il va falloir qu'il y ait des annonces. On voit de bons augures, cependant, là, tout le programme qui
a été annoncé par le gouvernement du Québec, le PHAQ. Donc, on est en
évaluation présentement. On voit qu'il y a plein de projets qui lèvent un peu
partout. Ça peut être intéressant. Donc, on essaie les choses différemment.
Puis, comme je disais
tantôt, on sentait la volonté, autant du gouvernement du Québec que du
gouvernement du Canada, d'aller de l'avant. Puis, collectivement, moi, je pense
qu'il faut se le dire, on a reconnu le problème aussi. Donc, tous les gens en
autorité, bien, on a été capable de dire : Il y a une crise de logement,
c'est notre réalité. Maintenant, bien, il va falloir... il faut l'attaquer.
Puis je pense qu'il y a des mesures qui ont été annoncées qui ont été très,
très, très intéressantes. Puis il pourrait y en avoir d'autres clairement au
cours des prochaines années.
M. Fontecilla :
Toujours dans le même sens, si vous exercez le droit de préemption, est-ce
que vous pensez que les municipalités ont
les moyens financiers pour aller au bout du processus et réellement construire
de l'habitation, en particulier du logement social?
M. Tremblay
(Guillaume) : Bien, oui, on a... ça va nous donner, comme je vous
disais tantôt, un autre outil dans notre... Puis, tu sais, est-ce que chaque
ville a une... Est-ce que toutes les villes vont vouloir faire du logement...
Vous savez que moi,
comme maire, je crois à l'autonomie municipale. Donc, si une ville décide d'en
avoir, bien, c'est sa responsabilité. Si elle décide d'investir, par exemple,
donner un terrain... on a aussi le pouvoir, maintenant, de donner certains
congés de taxation. Il y a plein de pouvoirs qu'on a.
Maintenant, bien, chaque
ville, chaque région va avoir des objectifs. Puis, au point de vue... Pour vous
parler de la CMM, bien, au point de vue de la CMM, on est en train, justement,
d'adopter une politique métropolitaine pour donner, justement, des initiatives
à l'ensemble des villes de la CMM. Bien, je pense que, le gouvernement du
Québec, on sent une volonté, justement, d'améliorer les choses, là, on la sent,
cette volonté-là.
M. Fontecilla : Les
OSBL, donc, le projet de loi n° 37 octroie à la ministre la possibilité de
refuser une transaction impliquant
des OSBL ayant été financés par de l'argent public. Est-ce que vous pensez que
ça règle le problème? Parce qu'un
OSBL peut être amené à vouloir vendre parce que, par exemple, il y a de bonnes
raisons : il faut investir de façon substantielle, ils n'ont pour
l'argent, il y a un problème de... ils peuvent faire faillite, etc., là. Une
fois que la ministre a dit non ou le ministre a dit non à une transaction,
est-ce que vous pensez que le problème s'arrête là? Est-ce qu'on devrait aller
plus loin, là, en termes de... pour assurer la viabilité financière des OSBL ou
du modèle d'OSBL?
M. Tremblay
(Guillaume) : Qu'est-ce que je comprends, c'est que, dans le projet de
loi, on va donner le pouvoir à la ministre de refuser une transaction. Donc, je
pense qu'une ministre ou un ministre, avant de prendre une décision, bien, va
aller à l'écoute de l'organisme. S'ils ont une réalité différente à... par
exemple, je vais vous donnez des villes, là, à Terrebonne versus à Laval parce
qu'il y a eu un cas exceptionnel, bien, je pense que la ministre ou le ministre
va être capable de prendre acte des raisons. Puis, si elle trouve que les
raisons sont valables, elle va pouvoir dire : O.K., c'est correct, je
laisse la transaction. Si elle trouve qu'elles ne sont pas valables...
qui est important, cependant, puis je suis sûr que vous allez être d'accord
avec moi, c'est qu'il ne faut pas perdre de logements pour nos citoyens, des logements à prix abordables. Donc,
je pense que chacun des OBNL va pouvoir se défendre ou, du moins,
expliquer à la ministre ou au ministre la raison pour laquelle ils ont décidé
de le vendre. Si la ministre ne trouve pas
ça valable, bien, elle va pouvoir appliquer son droit. Et je suis totalement d'accord
avec ce principe.
La Présidente
(Mme Boutin) : Malheureusement, c'est tout le temps qu'on avait.
Je suis désolée.
M. Fontecilla :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
infiniment à M. Tremblay et M. Sabourin pour votre belle
contribution à nos travaux.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à 14 h 30.
(Suspension de la séance à
13 h 12)
Présidente (Mme Boutin) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de l'aménagement du territoire reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques ainsi que les ordinateurs.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 37,
Loi modifiant diverses dispositions législatives principalement en matière
d'habitation.
Alors, cet
après-midi, nous allons entendre les personnes et les organismes
suivants : la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec,
le Réseau québécois des OSBL d'habitation, le Front d'action populaire en
réaménagement urbain conjointement avec le Regroupement des comités logement et
associations de locataires du Québec et le Réseau FADOQ.
Alors, sans plus tarder, j'inviterais...
j'aimerais souhaiter la bienvenue au représentant de la Corporation des
propriétaires immobiliers du Québec, M. Benoit Ste-Marie. Alors, comme
vous le savez, vous disposez de 10 minutes pour présenter et nous faire
votre exposé. Ensuite, on va procéder à une période d'échange avec les membres
de la commission. Alors, je vous céderais la parole.
M. Ste-Marie (Benoit) : Bonjour,
Mme la ministre, messieurs dames les députés et Mme la Présidente. Merci de
cette invitation. J'espère être en mesure de vous sensibiliser cet après-midi
sur les questions qui se posent et qui touchent l'habitation.
D'entrée de jeu, j'aimerais souligner que ce
projet de loi offre une réponse évidemment très limitée face aux besoins du
secteur locatif, qui désire ou qui demande à améliorer sa prestation en termes
de quantité et de qualité de logements au Québec. Bon, dans un premier temps,
je vais parler de la
section F et, dans un deuxième temps, de la préemption.
Je vais d'abord vous expliquer, en fait, la
raison d'être de la
section F, à savoir quelles étaient les intentions du
législateur il y a plusieurs années, je pense, il y a plus de 25 ans,
lorsque c'est apparu dans le bail. En fait, il y a trois éléments fondamentaux.
D'abord, la
section F est là comme contrepoids à
un risque très important qui existe pour construire du logement locatif,
c'est-à-dire le modèle d'affaires où les conditions pour construire du logement
locatif sont très, très difficiles. Si on compare avec le condo, par exemple,
comme tout le monde le sait, le condo est vendu sur plan avant. Donc, tous les
revenus sont avant de construire le projet, alors que, dans le secteur locatif,
les revenus sont étalés sur des dizaines d'années. Donc, c'est un modèle
beaucoup plus risqué et c'est pourquoi le législateur a dit : On va leur
donner cinq ans pour ajuster leurs loyers et pour aussi inciter, bien sûr,
l'investissement dans le secteur locatif, qui, je le répète, représente beaucoup
de risque.
Le deuxième
élément, et celui-là n'est pas très connu, je dirais, du public, et c'est
important que vous portiez... attention particulière, il s'agit des
coûts d'opération. Quand on construit un condominium, le constructeur, il a son
risque qui est celui de la construction. Il vend à un prix défini puis ensuite
il prend le risque de construire et d'assumer des coûts de construction qui
vont connecter avec les prix qu'il a vendus ses condos. C'est un risque qu'il
connaît puis c'est ce risque qu'il... Le risque des coûts d'opération, il ne le
prend pas. Ça, ça va... combien ça va coûter, gérer l'immeuble, gérer le
condominium par la suite, le fait qu'il y ait des occupants puis... et quels
seront les besoins d'entretien, par exemple, de cet immeuble-là, il n'en a pas,
d'idée, puis ce n'est pas lui qui va en avoir, des idées. Il laisse ça aux
occupants.
Donc, les occupants vont, eux, prendre le risque
plus d'ajuster, puis le terme est important, les frais de condo en conséquence.
Et, tous ici, vous savez que les gens qui ont acheté des condos, ils
disent : Au début, ça ne coûtait pas cher de frais de condo, mais, plus ça
va, plus ça coûte cher, et ils rajustent les frais de condos, et ils se rendent
compte qu'entretenir le terrain, le déneigement, tout coûte plus cher que
qu'est-ce qu'ils pensaient.
Or, c'est la même chose du côté locatif, sauf
que le promoteur, le propriétaire, le constructeur, c'est lui qui doit assumer
ce risque-là de comprendre, disons, sans avoir toutes les données, son coût
d'opération, quel sera-t-il. Puis je fais juste porter à votre attention que,
dans les constructions neuves, souvent, le chauffage est inclus, ou l'énergie,
et c'est un élément qui est très difficile à évaluer avant d'avoir cette
période qu'on appelle la période de stabilisation.
Dans le domaine de la construction, c'est quelque chose de connu, période de
stabilisation. Cette période de stabilisation là, pour connaître ses
coûts d'opération, en général, c'est de trois à cinq ans.
Donc, ce n'est pas pour rien que le législateur
est arrivé... dire cinq ans, parce que ça prend cinq ans entre, on va dire, les premières unités qui vont être
utilisées, puis les dernières louées, puis que le fait qu'on va avoir un, deux
hivers, un, deux étés, quelques 1er juillet qui vont être passés pour voir
c'est quoi, les coûts d'opération. Ça fait qu'il n'y a pas de hasard, là. Je
veux juste mentionner ça comme ça.
Le troisième élément, très important, c'est l'aspect
anticipation qui explique aussi pourquoi il y a cinq ans, puis il pourrait même en avoir plus, pour ajuster
le prix, c'est que les villes, quand elles se développent, elles disent :
On veut développer tel coin de la ville qui
a besoin d'amour, par exemple, où on va installer un hub de transport dans ce
coin-là. Il va y avoir un REM. Il va y avoir quelque chose qui va passer
là. Il va y avoir un golf, un terrain. On annonce qu'est-ce qu'il va arriver
plus tard, mais on donne tout de suite des permis pour que les gens
construisent, parce que c'est long, construire, et, par la suite, on va avoir
un aménagement urbain, on va avoir ce qu'on appelle un quartier, mais les premières unités qu'on va louer, il n'y a pas de
quartier encore. Souvent, on est devant une incertitude assez grande.
Donc,
il y a une très grande prise de risque pour encourager des constructeurs à
aller construire dans des endroits qui sont désirés, on va dire. Et donc cette
période-là, elle permet cette prise de risque là, de dire : Bien, je vais
pouvoir louer au montant, on va dire, moins cher au départ puis je vais pouvoir
l'ajuster par la suite.
Alors, les impacts de
passer de trois à cinq ans. Il est absolument certain que les constructeurs,
lorsqu'ils vont faire leurs études, vont pouvoir partir... vont devoir partir
en mettant le prix de location beaucoup plus élevé au départ, au risque de
prendre plus de temps à le remplir, mais ils ne vont pas prendre le risque de
partir trop bas leur prix, et ça, ça va faire... ça va avoir des impacts.
La deuxième chose,
c'est que, si, par exemple, on réduit la période, les hausses entre les
différentes années risquent d'être beaucoup
plus fortes dans un modèle trois ans que cinq ans. Donc, je pense, vous avez
tous compris, là, qu'en moyenne les trois premières années d'occupation,
donc, le locataire devrait payer en moyenne plus cher, c'est plate à dire, là,
mais ça aurait ça comme effet, plus cher en moyenne, selon nous, là, que le
modèle de cinq ans, qui permet un ajustement sur une plus longue période.
Je vais parler du
droit de préemption. Écoutez, je suis celui qui a accordé des entrevues à
Radio-Canada, notamment en Gaspésie, sur le fait que la crise actuelle qui
n'est pas normale... On s'entend, là, c'est du jamais-vu, un déplacement de
population comme ça. Il y a des besoins très importants de construire dans les
régions au Québec, dans les villes
régionales, et j'ai bien mentionné que c'est une opportunité assez
extraordinaire pour les villes régionales, une grande opportunité pour
revaloriser leurs centres-villes, revaloriser, en fait, ces municipalités-là ou
des secteurs de ces municipalités-là qui portent...
Puis je suis allé me
promener en Gaspésie, en passant, l'an dernier, très belle région, mais on
remarque, en se promenant, qu'il y a des traces d'un déclin qui a opéré, lui,
depuis 30 ans. On voit des immeubles, par exemple, en pas bonne condition
ou qui mériteraient d'être refaits. Donc, c'est le temps de les rénover, c'est
le temps de refaire une beauté à nos belles villes régionales. Elles sont déjà
belles, mais il y a toujours place à amélioration.
Et, comme le besoin
est assez criant, on comprend, on voit le sens du droit de préemption qui
apparaît puis qui permettrait à des villes d'agir puis de faire une planification,
on va dire, urbaine, là, qui s'impose, mais ce que je vous dis, c'est de faire
très, très attention, parce qu'il s'agit d'un pouvoir qui est demandé par les
villes qui peut être très pernicieux à moyen et long terme. Ça peut donner lieu
à des abus de pouvoir, et on ne veut pas ça au Québec. Alors, il se doit, ce
droit-là, d'être très, très bien encadré, et je ne suis pas certain... Je ne
suis pas un spécialiste non plus, mais je ne suis pas certain que le projet de
loi qui est devant nous nous le garantit.
Aussi, la mécanique
qui est proposée dans cette loi me semble à parfaire. Elle peut causer,
semble-t-il, potentiellement, des préjudices financiers, un genre de perte de
valeur à partir du moment où le droit est connu, le droit de préemption est
connu sur un immeuble en question. Donc, ça serait important que, pour aller
dans cette direction-là... que la mécanique, d'une part, soit bien définie et
que le droit qu'on donne aux villes soit, lui, encadré pour ne pas qu'il y ait
de dérives et pour ne pas qu'on vive, disons, des questions qu'on a déjà
connues dans d'autres secteurs, par exemple,
là, sur des questions de zonage ou des choses comme ça. Tu sais, il ne faut pas
aller dans cette...
La Présidente
(Mme Boutin) : Merci, M. Ste-Marie. Je dois malheureusement
mettre fin à votre allocution, mais vous aurez sans doute l'opportunité de
compléter puisque nous débutons la période d'échange, et nous allons débuter
avec Mme la ministre. Vous disposez de 17 min 30 s.
Mme Laforest :
Oui. Bonjour, M. Ste-Marie. Écoutez, je vais passer tout de suite mes
questions en rafale. On a eu une... on a
déjà des... quelques rencontres, là, depuis longtemps, depuis le début, même,
il n'y a pas longtemps. Là, vous
dites : Il y a... on doit calculer les coûts de construction, il
y a les coûts d'opération. Moi, présentement, en général, là, comment... dites-moi, là, pour les propriétaires,
là, pour fixer les loyers... tout de suite, comme ça, donnez-moi vos
outils que vous avez pour fixer le prix du loyer.
M. Ste-Marie
(Benoit) : Bien, c'est-à-dire que c'est une étude de marché, et cette
étude de marché là où la... Le focus sur le prix du loyer... Les constructeurs,
au départ, sont vraiment focussés sur la construction. Ils se disent :
L'aspect montant de loyers, on va le définir quand on aura toutes les pièces du
puzzle, parce qu'il en manque quand on construit. C'est très difficile de
savoir d'avance combien ça va coûter pour chauffer l'immeuble qui est là. Ça
fait que ce n'est vraiment pas une question facile à répondre. Ça fait que
cette démarche-là, de définition de prix, elle va arriver dans un processus qui
n'est pas le même que dans un condo au départ, un condo où il y a le site
Internet, puis tout ça. Or, le prix, comment ils font? Bien, ils vont... c'est
ce qui est difficile dans le cas d'un nouveau produit. Si je suis un produit
existant, je prends des comparables, j'essaie de voir un peu des appartements
comparables. Mais là je suis dans le neuf. Je suis dans un secteur qui est en
redéfinition. Fixer le prix, ce n'est pas facile.
Pour répondre à votre
question, il y a des firmes qui le font, les Altus de ce monde, où ils font
études de marché puis ils chargent les propriétaires pour ces études de marché
là pour savoir quel serait le prix potentiel du secteur selon telle, telle,
telle possibilité. Puis ils vont, en général, refaire ces études-là avec le
temps pour voir effectivement, compte tenu du projet... parce qu'il ne faut pas
se le cacher, entre le projet qui est annoncé et le projet qui est finalement
construit, il y a souvent des variantes, puis c'est ces variantes-là qui vont
définir... Parfois, la piscine prend le bord ou... tu sais, il y a des... selon
les coûts du projet. Donc, ce n'est pas facile, avant de le faire, de fixer le
prix. Ça se fait à la fin et, au mieux, par des firmes externes, sinon avec des
comparables, mais qui sont souvent boiteux dans le marché. C'est difficile de
fixer le prix.
Mme Laforest : Maintenant,
moi... Si on compare, admettons, un projet de condo... Alors, le promoteur à
son projet de condo et, quand le projet est
terminé, le promoteur vend les condos. Dites-moi... Ça veut dire que le
promoteur... Si on compare un peu, les promoteurs de condos devraient attendre
trois ans pour vendre au bon prix, ou cinq ans.
M. Ste-Marie (Benoit) : Non,
c'est parce que la différence, puis c'est là que c'est important, c'est que les
condos n'assument pas le risque, d'abord, financier.
D'abord, sur le financement, si je commence par
le financement, quand vous allez à la banque, là, puis vous construisez des
condos, ils vont vous demander... pas de problème, ils disent : Venez nous
voir, quand vous aurez 70 % des condos vendus, on va vous prêter... Là, je
comprends, tout l'argent est là. Donc, le risque, dans un condo, il n'y en a
pas beaucoup, et le... fixer le prix, on regarde combien ça va coûter pour
construire, mais immédiatement, là, dans les prochains temps, et toute la
question long terme, et c'est là qu'est toute l'importance ici, long terme, il
s'en fout complètement parce que ce long terme là, moyen, long terme, c'est les
occupants qui vont courir le risque.
En achetant le condo, après, on va savoir
combien ça coûte comme frais de condo. Puis, attention, les frais de condo, ce
n'est pas des 90 $ par mois, 400 $, 450 $ par mois. Ils ne le
savaient pas nécessairement quand ils ont acheté le condo. Ils se disent :
C'est du neuf, c'est du neuf, ça ne coûtera pas cher pour l'entretenir, tout
est neuf, tout est neuf. Attention, tout est neuf, il y a des frais d'entretien.
Mme Laforest : Oui, c'est bon.
Bien, je suis un peu au courant.
M. Ste-Marie (Benoit) : Vous
comprenez ce que je veux dire, c'est que l'arrimage entre les modèles
d'affaires... Dans le cas du locatif, les revenus sont après puis ils sont sur
du long terme. Donc, le danger, c'est qu'ils s'enferment dans les règles de la
régie et qu'à ce moment-là le projet ne devient pas rentable. Donc, il ne se
fera pas.
Mme Laforest : O.K. Bien, en
fait, qu'est-ce que... C'est quoi, votre proposition, vous? Parce qu'on le sait
très, très bien... Puis ça, c'est ma première question, parce qu'on le sait,
c'est une réglementation, c'est une règle qui est là depuis 1980. C'est sûr
qu'on est en 2022. On a des outils beaucoup plus rapides maintenant pour
calculer le risque ou encore, comme vous le mentionnez, les coûts de
construction, les coûts d'opération. Qu'est-ce que vous auriez à proposer? Ça,
c'est ma première question.
Et j'aimerais ça avoir votre opinion sur
pourquoi, depuis deux ans, on vit des hausses abusives. On le sait, là, puis là
vous allez me dire : On manque de logements, mais, nous, vous le savez,
là, on augmente l'offre. C'est sûr qu'on augmente l'offre. Mais, en même temps,
quelle serait votre réponse, à savoir pourquoi on a connu énormément de hausses
abusives. Et, l'autre chose, qu'est-ce que vous proposez?
M. Ste-Marie (Benoit) : Je ne
sais pas si j'aurai assez de temps, mais l'idée, c'est de dire... La
section F,
c'est comme une patch sur une plaie qui saigne. C'est quoi, cette plaie-là?
C'est un secteur, le locatif, qui n'est pas rentable. Donc, on est obligé,
parce qu'il n'est pas rentable, d'y aller avec des incitatifs comme ça. Et
aussi il est en concurrence, comme je vous l'ai expliqué, avec d'autres
secteurs de la construction, ça peut être le commercial, ça peut être d'autres
secteurs, et ça s'avère le mode de construction le plus compliqué et le plus
risqué. Donc, c'est pour ça que F est là. Si on pouvait s'en passer, on s'en
passerait, mais elle semble nécessaire, et on comprend que ça irrite, mais il y
a d'autres choses qui irritent dans l'immobilier. Puis, comme j'explique, la
rentabilité, comme telle, du secteur locatif... Je sais qu'on n'aime pas le mot
«rentabilité», mais il est nécessaire que ça soit plus rentable pour qu'il y
ait de la construction, plus de construction au Québec, qui manque de
logements.
Pour votre deuxième question, à savoir comment
ça se fait... je pense, c'est une bonne question, parce qu'effectivement on
n'avait jamais entendu parler de problématique, et vous avez remarqué que c'est
arrivé, les cas médiatisés, là, à Granby, à
Magog, Sainte-Marthe-sur-le-Lac, tous des endroits en région, alors que... et
avec, j'oserais dire, des constructeurs moins expérimentés, et on a
remarqué aussi que l'écart était réel. Il y avait un gros écart. Donc, ça veut
dire que ces loyers-là étaient très, très en bas du marché.
Et, en fait, ce qu'il s'est produit, c'est que
ces endroits-là... Le taux d'inoccupation qui, au Québec, historiquement, de toute l'histoire, là, du
Québec... Le taux d'inoccupation, c'est quelque chose qui bouge très
lentement. Ça va dans une direction. Il monte, il va redescendre, mais jamais
de façon saccadée. On voit venir l'affaire, mais, pendant la pandémie, du
jamais-vu, on est passé, dans des endroits où est-ce qu'il y avait de
l'équilibre ou un peu plus, un marché qu'on va dire confortable, à presque
zéro, à presque zéro de... Donc, ça, c'est quelque chose qui, historiquement,
n'est jamais arrivé, et là on l'a vécu, et c'est à cause de la pandémie. Il y a
eu un déplacement de population comme jamais dans l'histoire du Québec. Tout le
monde a bougé, là. Ça fait que ça, c'est quelque chose que... Là, je comprends,
on est très réactif.
Donc, je vais juste y aller avec un élément
fondamental qui est à comprendre, c'est que la
section F n'est pas complètement
libre. C'est-à-dire qu'il y a quand même une jurisprudence autour de la
section
F, et les propriétaires, quand ils augmentent le loyer, sont obligés de donner
la même augmentation à tout le monde. Ils ne peuvent pas viser un ou l'autre.
Donc, ça les force à augmenter tout le monde. Donc, la personne qui va... qui
devrait donner une augmentation qui fait en sorte que tout le... Ils ne peuvent
pas prendre le risque de donner une trop grosse augmentation, et c'est pour ça
que, dans les grands projets à Montréal, il n'y a jamais eu rien, parce qu'ils
y vont tranquillement, sur cinq ans. Or là, en région, ils ont... Vous avez
remarqué, d'ailleurs, dans les reportages, il y a des gens qui sont demeurés en
place. Ils ont dit : Nous, ça nous va, là, l'augmentation est terrible,
mais ça demeure encore un bon choix.
Donc, ce que je veux dire,
c'est qu'il n'y a pas de possibilité d'y aller d'une augmentation trop forte
parce qu'il va vider... Personne ne veut faire ça. L'autre chose, c'est que le
législateur, quand... et il y a une jurisprudence, quand il y a des
augmentations trop fortes, elles peuvent être régies par le TAL. Il y a eu des
cas.
Mme Laforest : Je comprends
très bien. Puis je comprends aussi... Au niveau de l'amortissement, ça, on le sait, que c'est très, très difficile sur
43 ans, même voire plus, puis la cession de bail, on en a parlé aussi, là,
le transfert du bail, mais, en même temps, si, admettons... On jase et
on parle. C'est important d'avoir votre opinion. Si, demain matin, on
dit : Ce n'est plus cinq ans, c'est trois ans, est-ce que vous pouvez me
dire si les promoteurs seraient quand même confortables... Parce qu'on parlait
du cinq ans. On parlait d'un an. On parlait de l'enlever. Si on reste sur le trois ans... Parce qu'on jasait aussi puis, quand
on avait nos rencontres, on regardait le rôle foncier qui est sur trois
ans. Donc, l'équilibre entre le cinq ans et un an, c'était trois ans. Qu'est-ce
que... Dites-moi, là, votre... la vérité, c'est quoi, votre réaction?
M. Ste-Marie (Benoit) : La
vérité, là, c'est que, dans le contexte actuel, c'est le pire moment pour
réfléchir à une affaire comme ça parce qu'il ne faut pas d'aucune façon enlever
quoi que ce soit actuellement à ce qui peut exister comme élan pour construire.
Il manque de logements. Donc, je veux dire, tout ce qui peut aider à faire
construire du logement locatif, il faut le faire. Quand on va dans l'autre
direction, ça veut dire que le gouvernement devra probablement subventionner
encore plus le logement locatif. Donc, c'est important parce que, oui, je
pense, ça fait une différence dans le risque que prend les gens de passer de
cinq à trois ans. Puis, malheureusement, si on pensait faire un gain côté
locataire, je pense qu'il ne s'avérera pas et probablement... Ça fait drôle à
dire, je sais que ça peut représenter... l'image de cinq à trois ans, mais
je pense que les locataires sont perdants dans l'histoire. Donc, ce n'est pas
l'instant... en tout cas, ce n'est pas le moment de changer ça.
Et là vous avez parlé de d'autres sujets, puis
je pense que c'est important, c'est de dire que l'habitation, là, c'est toute
une espèce de système, là, on va dire, interrelié avec toutes sortes de
composantes, et toutes ces composantes-là, on ne peut pas en enlever une sans
tout regarder, là, le fonctionnement de tout ça. Donc, ça, ça demande une
démarche impliquant l'ensemble des intervenants et l'ensemble de tout ce que
représente, je dirais, le projet de l'habitation puis d'en faire effectivement
un grand projet pour qu'il y ait plus de construction qui se fasse au niveau
privé puis que le parc de logements... on arrête de perdre aussi des logements
au Québec.
Pour répondre à votre question, je vous dirais,
moi, je comprends les intentions du gouvernement, puis ça a été dur de voir ça,
pour nous, hein, de voir des grosses augmentations, puis, tu sais, on est
déstabilisé un peu par ça, mais, je pense, ce n'est pas le moment de pointer la
section F qui, pour l'instant, m'apparaît très, très nécessaire pour qu'il y
ait des projets de production de logements.
Mme Laforest : C'est bon. Moi,
je vais juste terminer... parce que c'est sûr que, quand on parle que ça,
c'était instauré en 1980, 2022... Même les constructions sont plus rapides
aujourd'hui. Les prévisibilités, aussi, on est capable, en tout cas, selon moi,
de prévoir combien coûterait le logement par mois. Mais je vous comprends,
parce qu'on parle du terrain parfois non terminé, le stationnement qui
serait... qui n'est pas terminé, les coûts de chauffage, l'électricité, le déneigement. Tu sais, il y a des
aspects, c'est sûr, à considérer et à évaluer, mais, selon moi, sur trois
ans, le terrain est terminé, le déneigement est déjà déjà prévu, alors, les
coûts de chauffage également, mais je voulais vous entendre.
Je suis
persuadée que mes collègues ont plusieurs questions également. Alors, merci,
M. Ste-Marie. Ah! il y a peut-être le droit de préemption, j'avais
une question, si j'ai le temps, Mme la Présidente, parce que les municipalités
parlaient d'allonger le délai de 90 jours ou encore de 120 jours. Je
voulais savoir... Nous, c'était sur 60 jours, pour le droit de préemption
municipal, pour le délai de la conservation de la vente ou la préservation du
terrain, sur 60 jours. Qu'est-ce que vous en pensez, du 90 jours ou
120 jours?
M. Ste-Marie (Benoit) : Très
franchement, je n'ai pas vraiment de réponse à vous donner là-dessus. Le côté
droit de préemption, je n'ai pas... Je ne me suis pas penché énormément sur la
question. J'ai juste consulté rapidement des gens qui m'ont, disons, éclairé,
là, sur les remarques que j'ai faites par rapport à ce droit-là. Comme je dis,
c'est vraiment une question d'encadrement qui nous préoccupe. Pour ce qui est
de la mécanique, là, je ne pourrais pas répondre à votre question,
malheureusement.
Mme Laforest : O.K., merci.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Boutin) : Il
reste trois minutes à la
partie gouvernementale. Est-ce que...
Mme Laforest : Ah bien! Je peux
continuer. Est-ce que vous avez des questions... Bien, je vais continuer, parce
que, si... Puis là on est toujours dans l'hypothétique, si je peux dire, dans...
Si, admettons, on vous obligeait de prendre un délai respectable entre le zéro
et le cinq ans pour la clause F, quels sont les bons... le positif, les
avantages du nombre d'années que vous auriez choisies ou que vous aimeriez
choisir? Là, vous allez me dire cinq ans, je sais très bien.
M. Ste-Marie (Benoit) : Bien,
en fait, ce que je veux... vous sensibiliser aujourd'hui, c'est sur la
situation actuelle au Québec. Il manque de logement locatif, et, sans dire
qu'on est sur le bord d'un précipice, ça ressemble un peu
quand même à ça. Là, les coûts de construction n'ont pas augmenté, ils ont
explosé depuis deux ans, et rien ne nous laisse croire qu'ils vont baisser.
Vous savez ce qu'il se passe, l'inflation, tout ça, mais, particulièrement dans
le domaine de la construction, le coût des matériaux ne redescend pas, parce
que, quand il redescend, on dirait qu'il remonte, disons, deux mois plus tard.
Donc, on a... Puis on a un problème de
main-d'oeuvre, là. Donc, ça, ce que ça veut dire, c'est qu'aujourd'hui on est
devant un défi de construction au Québec pas juste dans le locatif, dans
presque tous les modèles d'habitation, mais particulièrement dans le locatif.
On se retrouve dans une situation où est-ce qu'il va falloir trouver une façon de
construire malgré ce que je viens de vous dire, avec le taux d'intérêt qui
augmente et toutes ces conditions-là. Donc, on est dans un... dans des... Les
lumières dans le tableau de bord, actuellement, sont à peu près toutes tournées
au rouge, là. Donc, on ne va pas en allumer une de plus, là. Je veux dire,
c'est... Il faut aider, il faut donner le plus de chance possible pour que des
projets voient le jour. Et le calcul qu'on va faire avant de se lancer dans les
projets va être beaucoup plus... Comment je vous dirais ça? La prise de risque
est devenue beaucoup plus importante. Est-ce qu'il y aura un arrêt? Est-ce
qu'on ne verra plus de grues? Non, on va encore en voir, mais sur des projets
qui ont déjà été annoncés, qui ont déjà entamé, disons, leurs phases. Mais, des
nouveaux projets, écoutez, j'ai fait le tour, là, depuis quelque temps, là, et
ce qu'on me dit, c'est qu'on est face à un mur, là, au niveau de la
construction. C'est très, très grave, qu'est-ce qu'il se passe.
Donc, je
comprends votre question par rapport à F, mais on n'est même plus à dire cinq
ans, deux ans, trois ans. Écoute, ne touchons pas à ça pour l'instant,
là, c'est ce que je suis après dire.
Mme Laforest : Juste quand
même... Puis je vais quand même, vous le savez très bien, je vais passer le
message, parce qu'on a donné toutes les possibilités, là, dans le projet de loi
n° 49 avec les municipalités, pour aider des projets.
Puis il y a également le Programme d'habitation abordable Québec,
300 millions, puis ça, ça va vraiment vous aider. Alors, prenez note que
ce programme-là, d'habitation abordable, on a quand même eu 102 projets
avec des promoteurs. Donc, c'est certain, je peux vous dire qu'il y a des
promoteurs encore aujourd'hui qui... des promoteurs qui veulent construire.
Alors, je crois que mon temps est terminé.
Alors, merci beaucoup, M. Ste-Marie. Très intéressant.
M. Ste-Marie (Benoit) : Merci.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Je céderais maintenant la parole au député de Viau.
Vous disposez de 11 min 40 s.
M. Benjamin : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Ste-Marie, pour votre présentation. J'ai une
première demande pour vous. Est-ce que vous allez être en mesure... Est-ce que
la CORPIQ pourra nous faire parvenir un mémoire? Parce qu'il me semble que vous
nous avez présenté, ici, quelques éléments de réflexion, il me semble, très
intéressants qui seront sûrement utiles en étude détaillée. Est-ce que vous
comptez nous faire parvenir un mémoire?
M. Ste-Marie (Benoit) : Je suis
en train d'écrire un mémoire actuellement pour la ville de Montréal, qui tient
une commission la semaine prochaine. Ça m'a pris tout mon temps et ça va me le
prendre encore parce qu'on n'a pas terminé. En passant, c'est une commission
qui vise à contrôler les loyers encore plus qu'ils le sont aujourd'hui et à
augmenter les coûts d'opération de tous les logements locatifs ou presque, tous
les logements locatifs à Montréal. Vous comprendrez que je m'affaire à essayer
de sensibiliser la ville à ne pas faire ça, et donc ça prend beaucoup, disons,
de mon temps.
M. Ste-Marie (Benoit) : Mais,
pour répondre à votre question, j'ai quand même un écrit devant moi. Je vais
essayer de faire quelque chose. Ça dépend, je vous dirais, des délais que vous
m'offrez, parce que j'avoue que j'arrive ici aujourd'hui suite à une demande
qui était faite avec des très, très courts délais, là.
M. Benjamin : Bien,
écoutez, effectivement, on est conscient du délai aussi, effectivement, que les
différents groupes ont eu pour préparer... pour
se préparer à cette commission. On est très conscient de cela. Mais, cependant,
si... j'apprécierais, dans la mesure du possible, aussitôt vous auriez quelque
chose, de le faire parvenir à la commission.
J'ai une première question pour vous,
M. Ste-Marie, parce que je n'ai que 11 minutes. Sur les plus de 30 000 membres de la CORPIQ, est-ce
que... Quel est le pourcentage de petits propriétaires sur vos
30 000 membres?
M. Ste-Marie (Benoit) : C'est
à l'image du Québec, environ 70 % de petits. Notre définition de petit,
c'est six unités de détention et moins, donc, le monde des plex, là, on peut
parler de ça, bien, 70 %. Et puis on a... on est vraiment représentatif de
tous les types, là, de segments, on va dire, de marchés dans la propriété. Il y
a de très, très grands propriétaires, d'autres qui... une organisation
familiale, par exemple, qui ont une cinquantaine, centaines de portes, puis il
y en a qui sont, comme vous le savez, là, des plus grands gestionnaires
immobiliers, oui.
M. Benjamin : Est-ce que vous
avez eu la chance, par rapport à ce projet de loi, de faire une analyse un peu
segmentée sur l'impact sur les petits propriétaires?
M. Ste-Marie
(Benoit) : Bien, sur les petits propriétaires, dans le cas de la
clause F, il faudrait que ces gens-là soient impliqués dans des projets de
construction, ce qui est beaucoup plus rare. Par contre, au niveau des
constructeurs, on a de plus en plus de constructeurs aussi opèrent, là, donc
qui demeurent gestionnaires de location. Mais, oui, j'ai parlé à plein de nos
membres qui sont impliqués au niveau de la construction et qui ne sont vraiment
pas enchantés de voir la conversation qu'on a aujourd'hui, oui.
M. Benjamin : Alors,
pouvez-vous peut-être élaborer un peu plus? Alors, quelles auraient été leurs
perspectives, leurs préférences à ce niveau-là?
M. Ste-Marie (Benoit) : Mais
c'est sûr que, quand on parle à une personne qui réalise un projet de construction, c'est tellement une aventure que, je
vous dirais, là, ça vaut la peine de parler à ces gens-là, parce qu'il y
a toute une image alentour d'un promoteur immobilier, que ce serait, comme,
wow! facile, tout ça, mais, quand ils nous racontent leur histoire puis tout ce
qui arrive pendant la construction, tout ce qui n'était prévu... puis on m'a
raconté toutes sortes de situations que, finalement, l'ascenseur va coûter
trois fois plus cher, toutes sortes de choses comme ça qui fait en sorte que
ces gens-là, ils se disent : Est-ce que le gouvernement puis est-ce que
les gens sont conscients des risques énormes qu'eux prennent pour en arriver,
en bout de ligne, à avoir vraiment besoin de ce levier-là pour se réajuster?
Puis j'ai eu toutes sortes d'exemples récemment,
là, des projets où est-ce que, quand ça a commencé, effectivement, il n'y avait
pas grand-chose alentour, puis là, bien, ils vivent dans la poussière pendant
cinq ans, puis tout ça, puis que c'est vraiment... ça prend du temps avant
qu'un projet...
J'ai quelque chose en tête, là, à Laval, par
exemple, où est-ce que c'est tout en développement alentour pendant cinq ans.
Comment voulez-vous... Eux autres m'ont dit, là : Comment est-ce possible
de même louer, disons... Pour augmenter les loyers à la valeur qui était prévue
dans leur plan, ça leur prend du temps. Ça fait que ce n'est pas si simple que
M. Benjamin : Voilà. Et
toujours sur l'enjeu, évidemment, des petits propriétaires, au niveau de la
clause F, M. Ste-Marie, le délai qui passerait de cinq à trois ans, est-ce
que vous êtes en mesure... avez-vous été en mesure d'évaluer les impacts sur
les locataires de constructions neuves là-dessus?
M. Ste-Marie (Benoit) : Comme
je vous le disais, là, pour les petits propriétaires, c'est sûr, eux ne sont
pas impliqués ou très, très peu, très rarement dans la construction. Donc, on
peut dire que la
section F n'a pas vraiment de lien avec ça, sauf les petits
projets qui sont rachetés à l'intérieur de périodes de cinq ans par des
propriétaires. Je pense que c'est le cas, là, dans certaines régions. Parce
qu'il y a des constructeurs qui, une fois terminé, vendent le projet parce
qu'ils ne veulent pas l'opérer, ils ne veulent pas, justement, prendre le
risque de gestion locative. Donc... Mais, pour les petits propriétaires, là,
franchement, peu concernés par ça, peut-être plus par le droit de préemption,
s'ils ont des immeubles, par exemple, dans un centre-ville ou, disons, qui
seraient visés par la ville... Donc, c'est plus les moyens, grands qui sont
capables de faire de la construction, parce que faire de la construction, comme
je le disais, ça prend tout un arsenal. Ce n'est pas facile.
M. Benjamin : Maintenant, sur
la clause F toujours, M. Ste-Marie, par rapport à ce délai, donc, cinq à
trois ans, est-ce que, selon vous, c'est un délai... Avez-vous pu parler à
certains de vos membres sur le fait que peut-être que ce délai-là pourrait
empirer la situation?
M. Ste-Marie (Benoit) : Ah oui!
C'est spontané. Les gens n'en reviennent pas. Ils disent : Ils ne peuvent
pas faire ça, dans le sens qu'ils sont accrochés sur le cinq ans, à dire que
c'est un peu comme une bouée de sauvetage dans un monde où tout a brassé au
cours des dernières années. Les projets de construction, là, qu'on a vu arriver
pendant la pandémie, ces gens-là ont vu
leurs coûts... même leur main-d'oeuvre disparaître, mais les coûts
augmenter, des matériaux qui n'arrivent pas,
des projets retardés, des coûts pour loger, à l'hôtel, des gens qui avaient
loué. Écoutez, là, eux autres viennent de passer à travers une période
qui est épouvantable puis qui n'est pas terminée, comme je l'expliquais tantôt.
Eux autres, là, ils sont à s'enlever des cheveux de sur la tête. Donc, ils se
disent : Écoutez, faites-nous pas ça. Donc, c'est certain qu'ils sont
très, très, très, disons, bouleversés, même, par ça.
M. Benjamin : Alors, la
position de la CORPIQ sur la clause F, est-ce que c'est une clause qui devait
être modifiée, ajustée? Quelle est votre position sur la clause F?
M. Ste-Marie (Benoit) : Bien,
je pense que j'ai été clair tantôt, c'est-à-dire que c'est sûr que, dans un
bail, ça apparaît comme un irritant. Il ne
faut pas se le cacher. Mais on est sincère à dire que la meilleure façon, ça
demeure tel qu'elle est là aujourd'hui,
c'est-à-dire cinq ans, puis que cette clause-là a sa raison d'être. Le
législateur qui a mis ça en place avait de bonnes raisons de le faire.
Ces raisons-là sont encore valables aujourd'hui. Donc, parfois, on veut
modifier, «tweaker», comme on dit, et on empire la situation, et c'est devant
ce contexte-là qu'on est aujourd'hui.
Comme je le disais, le contexte du Québec
d'aujourd'hui, s'il y a des pas à faire, ce n'est pas dans cette direction-là,
c'est plutôt dans la direction de stimuler, en fait, la construction. Mme la
ministre a parlé du projet PHAQ, que je connais très, très bien, mais il reste
que ce sont des ressources de l'État qu'on donne pour stimuler de la
construction dans le locatif. C'est un peu la preuve aussi que le modèle
d'affaires locatif privé est presque devenu impossible.
Donc, je veux dire, s'il faut toujours compter sur l'État, ce n'est pas évident
de faire en sorte qu'il y ait du logement pour tout le monde, au Québec, dans
toutes les régions.
M. Benjamin : M. Ste-Marie,
vous êtes au quotidien dans ce dossier-là. Est-ce que vous êtes au courant... Avez-vous pu avoir accès à des documents, des
analyses d'évaluation d'impacts de cette réduction de cinq à trois ans?
M. Ste-Marie (Benoit) : Non, à
part, je vous dirais, des conversations que j'ai eues avec autant, disons, des
gens qui sont du domaine que toutes sortes de spécialistes, disons, au niveau
juridique, là. C'est sûr que j'ai fait le tour pour bien comprendre ce dont je
vous informe. Et, très franchement, ça s'est toujours bien passé, là, avec F.
On n'en a vraiment jamais entendu parler avant. Et là il y a eu quelque chose
qui s'est cristallisé cet hiver alentour... disons, depuis deux ans, là, mais
c'est vraiment dû à un impact, je pense, sur les prix qu'a eu la pandémie. Il y
a quelque chose d'exceptionnel dans la situation qu'on a vue cet hiver, en tout
cas, je le souhaite, mais qui fait en sorte qu'on est dans une situation où les
impacts de F, si vous me demandez de regarder sur la période depuis qu'elle est
là, ce n'est que dans une pandémie qu'il y a eu des impacts ou qu'on a
encore... je dis «des impacts», mais dans des endroits, comme je dis, où est-ce
qu'on était dans... plus dans l'exception. Donc, si on le regarde,
historiquement, ce modèle-là, le cinq ans, on a eu une micropériode, qui est
celle de la pandémie, et on en comprend, on en comprend...
M. Benjamin : Si vous
permettez, je n'ai pas beaucoup de temps et j'ai plusieurs autres questions.
Sur le droit de... de préemption, pardon, vous avez dit, tout à l'heure, que ça
peut donner lieu à des abus de pouvoir. J'aimerais peut-être rapidement que...
Est-ce que vous avez un exemple en tête a nous apporter?
M. Ste-Marie (Benoit) : Je ne
veux pas y aller trop d'exemples, mais je pense que les gens sont en mesure de comprendre qu'à partir du moment où on cumule
un certain nombre de pouvoirs au niveau d'une ville il peut y avoir des
dangers. Donc, on peut penser à toutes sortes de situations.
Quand il y a des transactions immobilières dans
une ville, vous le savez, il y a un historique, là, je ne veux pas rentrer dans
les détails, mais il y a un historique. Apprenons, quand même, de cet
historique-là, parce que... puis là je me projette vraiment dans le futur, pas
dans le monde actuel, mais je fais juste dire : À moyen, long terme, il
peut y avoir, dans des municipalités, des gens qui sont là, au pouvoir, ou un
parti qui est là depuis très longtemps, c'est déjà arrivé au Québec, et qu'à ce
moment-là, en ayant ce pouvoir-là dans les mains, je suis capable de mettre une
pression sur les gens.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci,
M. Ste-Marie. Je suis désolée. Je vous ai déjà laissé quelques secondes de plus. Vous allez peut-être poursuivre,
de toute façon. Je laisserais la parol