CAT — 27 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2016-09-27
Quebec — Committees
Pour la première fois de l'histoire du Québec, un
projet de loi viendrait reconnaître qu'une municipalité a des caractéristiques qui lui sont propres et qu'une
municipalité, ce n'est pas un employeur comme les autres. Une municipalité
ne doit pas être vue notamment comme une
entreprise privée. Ainsi, les processus doivent tenir compte de ces caractéristiques dans un contexte où les élus sont
redevables devant l'ensemble des citoyens et notamment leurs contribuables, et, à ce titre, ils doivent bien
entendu prendre en compte la capacité fiscale des citoyens, la capacité de
payer des citoyens.
Et donc le projet de loi n° 110 vise à
assurer un équilibre, un équilibre entre deux principes qui sont tous deux fondamentaux : d'une part, le droit des
travailleurs à des conditions de travail justes et raisonnables et au respect de leur droit d'association et de négociation
collective, et, d'autre part, qu'un employeur municipal qui est redevable
auprès de sa population a ses
caractéristiques propres qui commandent une gestion efficace et efficiente des
ressources financières destinées à la prestation des services publics. Nous
proposons donc de nouvelles dispositions législatives tout en continuant
d'accorder la priorité au processus de négociation entre les municipalités et
leurs employés.
Cela étant dit, M. le Président, j'aimerais
signaler qu'on a été à l'écoute des groupes lors des consultations particulières et on a entendu un certain nombre de
propositions qui nous ont été faites. Et très certainement nous aurons nous-mêmes des propositions à faire suite à ces
consultations et toujours ce dans l'optique de prioriser la conclusion d'une
entente négociée par les parties, et c'est
dans cet esprit que nous déposerons certains amendements. Certaines
dispositions du projet de loi
n° 110 sont propres aux policiers et aux pompiers, d'autres, aux autres
catégories de salariés, alors que d'autres sont communes à tous les
salariés.
Alors, si je
commence par les dispositions qui sont communes aux deux catégories de
salariés, le projet de loi, comme
vous le savez, propose entre autres un délai minimal de 120 jours de
négociation avant que l'on puisse recourir à l'intervention d'un tiers. Après cette période, si les parties
n'arrivent toujours pas à une entente, il deviendrait obligatoire de s'inscrire à une étape
de médiation. Le projet de loi propose également de prolonger la durée minimale
des conventions collectives dans le secteur municipal en les faisant
passer de trois à cinq ans.
Maintenant,
en ce qui concerne les policiers et les pompiers, qui, je vous le rappelle, n'ont
pas le droit de grève, le projet de
loi propose, en cas d'échec de la médiation, de recourir à un conseil de
règlement des différends qui serait constitué
de trois experts nommés par le gouvernement. La décision du conseil devra être
rendue selon l'équité et la bonne conscience à partir de la preuve
recueillie. Elle devra tenir compte également de la situation financière et
fiscale de la municipalité et de l'impact sur ses contribuables.
Parmi
les dispositions qui s'appliquent aux autres catégories de salariés, sachant
que ceux-ci peuvent toujours se
prévaloir de leur droit de grève, le projet de loi prévoit, en cas d'échec de
la médiation, la possibilité pour les parties de poursuivre la négociation jusqu'à la conclusion d'une entente ou de
demander conjointement que leurs différends soient soumis à l'arbitrage, comme le permet actuellement
le Code du travail. Cet arbitre devrait tenir compte, dans sa décision, des mêmes critères que ceux proposés pour le
conseil de règlement des différends. Précisons en outre qu'un mécanisme additionnel est prévu. En effet, à la demande de
l'une ou l'autre des parties, et ce, à l'occasion, lorsqu'on rencontre des
circonstances exceptionnelles qui doivent
être motivées, le ministre pourrait nommer un mandataire spécial pour la durée
qu'il déterminerait et qu'il pourrait prolonger.
Voilà donc, M. le
Président, globalement, un survol des principales dispositions contenues dans
le projet de loi n° 110. S'il est adopté, le projet de loi viendrait
reconnaître pour la première fois de l'histoire du Québec qu'une municipalité a des caractéristiques uniques et
qu'ainsi elle ne doit pas être vue comme une entreprise privée. Ainsi, les
processus devraient tenir compte de ces caractéristiques dans un contexte où
les élus sont redevables devant l'ensemble des citoyens, notamment des
contribuables.
Cela
étant dit, j'espère que nous aurons des échanges constructifs lors de l'étude
détaillée afin que l'on puisse mener à bien l'adoption de ce projet de
loi. Merci.
Président (M. Auger) : Merci, M. le ministre. Nous allons poursuivre
avec le porte-parole de l'opposition officielle pour 20 minutes
également pour ses remarques préliminaires. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le
Président. Permettez-moi aussi de
vous saluer. On a passé beaucoup de temps ensemble
à la session du printemps, et, à voir le menu législatif de l'automne, nous
allons être souvent ensemble. D'ailleurs, j'aimerais
proposer qu'on se mette ensemble pour un club social, qu'on commence à ramasser
des sous, parce qu'on va être
souvent ensemble. Ça fait qu'on
pourra aller dîner et faire avancer nos différents travaux. Je voudrais
souligner aussi mes collègues du
gouvernement, les gens de la deuxième opposition, mais aussi les personnes
présentes ici à la commission et
aussi à la télévision, puisqu'effectivement ce projet de loi a fait couler
beaucoup d'encre. Et j'ai entre les mains l'ensemble de la rétro, de l'information qui m'a été remise
par rapport au projet de loi n° 110. Donc, effectivement, on est dans le
coeur même aujourd'hui du projet de loi, c'est-à-dire l'étude détaillée.
D'entrée
de jeu, je vais vous dire, M. le Président, que j'aurai une motion préliminaire
à déposer. Mais juste avant, j'aimerais
expliquer quel genre de travail on va faire dans cette commission. Tout
d'abord, M. le Président, on va faire une
opposition constructive parce que, pour nous, c'est majeur, ce que nous sommes
en train d'étudier. Nous sommes en train de modifier le Code du travail,
et j'invite d'ailleurs tous mes collègues du gouvernement d'être attentifs et
de participer avec nous aux discussions,
puisqu'ils auront un impact majeur sur les futures relations de travail au
Québec, dont notamment celles dans le secteur municipal.
Pourquoi
je dis ça? Parce qu'en commission parlementaire, M. le Président, nous avons
entendu plusieurs positions qui
étaient opposées, aux extrémités même, de part et d'autre, de différents
groupes. Certains groupes nous ont dit qu'on n'allait pas assez loin, d'autres nous ont dit qu'on allait trop loin,
d'où l'importance pour nous aujourd'hui de trouver cette voie de passage qui va nous permettre de sortir
gagnant-gagnant de ce projet de loi. Et je le dis et je le répète :
96,6 % de nos conventions
collectives se règlent sans conflit et sans arrêt de travail, alors que le
ministère cible une cible à 95 % comme étant un indicateur de
performance.
Alors, nous sommes
ici pour légiférer pour le 4 %. Alors, la véritable question qu'on
a : De quel déséquilibre parle-t-on?
Qu'est-ce qui est déraisonnable présentement? Adopté tel quel, le projet de loi
va apporter un déséquilibre dans nos
relations industrielles. Les villes ne sont pas des entreprises, M. le
Président. On est d'accord, mais le droit du travail n'en fait pas de distinction. Le droit du travail
fait distinction sur des juridictions qui sont fédérales ou provinciales, mais
ne fait pas de distinction sur le droit
municipal. Alors, on est devant nous aujourd'hui dans un projet de loi qui va
faire cette distinction-là, et c'est
d'autant plus important d'apporter la lumière pour s'assurer que ce qu'on va
faire va respecter les droits des parties.
Nous
allons tenter à chaque fois, par des amendements, de ramener les affaires municipales
au ministère du Travail. Les
fonctions et les pouvoirs du ministère responsable du travail sont entre autres
de favoriser l'établissement ou le maintien de relations harmonieuses entre les employeurs et les salariés ou les
associations qui les représentent et d'adapter les régimes de relations de travail et les normes du travail à
l'évolution des besoins des personnes, du marché du travail et de l'économie.
C'est ce dernier qui a développé une
expertise pour offrir un cadre aux relations de travail et choisir les
personnes aptes à intervenir et décider, lorsque nécessaire, du résultat
des négociations. Ce ministère a pour mission d'assurer ainsi la protection du
droit d'association en offrant un processus équilibré, indépendant de toute
partie intéressée et où les travailleurs ont
le sentiment de pouvoir influencer sur le sort de leurs négociations. M. le
Président, le Code du travail existe
depuis 1964. Il n'est pas parfait, mais notre prétention est la suivante, c'est
qu'il apporte un sain équilibre entre les parties, et ses règles ont été
connues et acceptées de tous.
L'autre
enjeu, c'est l'apparence de conflit d'intérêts qu'on peut voir apparaître à
l'intérieur de ce projet de loi là. On
semble vouloir s'approprier, au ministère des Affaires municipales, une
certaine
partie du Code du travail.
Le ministère aura de nouvelles responsabilités, pourra
procéder à des nominations sur le conseil des différends, le mandataire spécial
lui fera rapport. Bref, pour nous, il est
important et nécessaire de poser les bonnes questions et d'obtenir des
précisions, et on aura des amendements, assurément, pour s'assurer de
bien répondre aux enjeux pour lesquels nous faisons face.
Et j'aimerais
le rappeler, le ministère des
Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, son objectif, c'est
de soutenir les villes dans leurs projets.
Sa mission est d'orienter vers l'administration et le développement des
municipalités, des régions et de la
métropole en favorisant une approche durable et intégrée pour les citoyens. Les
villes, lorsqu'elles s'adressent au
ministère pour obtenir des changements législatifs, plus des compétences, plus
de nouvelles réglementations... on ne
peut ignorer ce lien entre le ministère et les villes, qui est, je vous dirais,
assez de proximité. Alors, pour nous et pour ma formation politique, ça
va être important de faire mieux pour les villes, mais aussi pour les salariés.
Ce qu'il faut
éviter de faire, M. le Président, c'est de créer un nouveau droit, de réformer
l'ensemble des relations de travail pour un 4 % qui, malheureusement,
doivent utiliser des moyens de pression pour arriver à une entente négociée.
Il ne faut pas créer un système parallèle et
exclusif pour les employés municipaux, les pompiers, les policiers, cols bleus,
cols blancs. Bref, M. le Président, le
projet de loi n° 110 n'est pas la réponse à donner pour améliorer la
négociation de conventions collectives, c'est plutôt une solution à un
engagement du gouvernement en échange d'une contrepartie beaucoup moins généreuse pour les villes et les
municipalités. Et c'est important, M. le Président, et on se l'est fait dire
lors de la commission lorsqu'on a entendu
certains groupes, et, en ce cas-ci, je vais vous parler de la FQM, qui nous dit que la réalité qui a été
décrite n'est pas tout à fait celle dont laquelle les municipalités de la FQM
font face.
On a parlé beaucoup
de disparité salariale, M. le
Président, mais ce que la FQM nous
dit, c'est que cette disparité, elle
est moindre que celle des grandes municipalités. Mieux encore, la FQM nous dit qu'environ 35 % des municipalités et 40 % des MRC membres de la FQM sont liées
par une convention collective. C'est donc une minorité des membres qui sont directement touchés par les dispositions
contenues dans le projet de loi. Et, par ailleurs, 80 % des municipalités et 90 % des MRC liées par