Health and Social Services — 17 January 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2018-01-17
Quebec — Committees
D'entrée de jeu, nous souhaitons remercier la
Commission de la santé et des services sociaux de nous offrir l'occasion de
présenter le point de vue des établissements universitaires. Nous tenons en
particulier à remercier la ministre déléguée
à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux
Saines habitudes de vie, Mme Lucie Charlebois, d'avoir amorcé ce
processus et de nous y avoir conviés.
Dans le cadre
de consultations publiques portant sur l'encadrement du cannabis en prévision
de sa légalisation au Canada, les
chefs des établissements universitaires du Québec ont fait part de leur
position sur ce sujet à la ministre Charlebois
dans une lettre signée par le président du BCI, M. Michel Patry, datée du 12
septembre 2017. Ils y exprimaient plusieurs
appréhensions quant aux conséquences de la légalisation sur leur mission, leurs
usagers et leur personnel, et soulignaient qu'elle risquait de nuire à
leur mandat d'offrir un environnement sain aux étudiants et aux personnes qui y
travaillent.
Ceci étant
dit, les établissements accueillent néanmoins favorablement le projet de loi
n° 157 compte tenu des commentaires énoncés ci-dessus, qui sont
contenus aussi dans le mémoire déposé à la commission.
Nous
souhaitons également attirer l'attention de la commission sur la nécessité pour
les universités d'obtenir des règles claires de la part du gouvernement
quant à l'application éventuelle de cette loi, mais également des ressources financières et humaines pour en assurer son
application. Veuillez noter que le document que nous avons soumis à l'attention
des membres de la commission recueille l'avis de la grande majorité des
établissements universitaires québécois.
Alors, cela
étant dit, nous souhaitons maintenant porter à votre attention quelques
préoccupations et suggestions importantes
concernant ce projet de loi. Pour ma part, je céderai maintenant la parole à
mes collègues sur ces questions.
M. Beauregard (Robert) :
Merci, M. Bédard. Le principal
article du projet de loi qui suscite l'intérêt
des établissements universitaires est
l'article 12, qui édicte la Loi encadrant le cannabis. Donc, à moins d'avis
contraire, les références aux articles cités dans le mémoire concernent
ceux de cette Loi encadrant le cannabis.
établissements universitaires québécois ont accueilli avec appréhension le
projet de loi C-45 lorsqu'il a été déposé
à la Chambre des communes à Ottawa en avril 2017. Plusieurs raisons nous
poussaient à nous montrer défavorables à la légalisation du cannabis. Toute politique favorisant l'augmentation
de la consommation de cannabis par la population universitaire, qu'elle
ait lieu ou non sur les campus, est nécessairement contraire aux intérêts des
établissements.
D'une
part, les éléments de preuves scientifiques actuellement reconnus, soulignés
par l'Association médicale canadienne
dans le contexte des débats entourant ce projet de loi, démontrent que le
cannabis est nocif au développement du cerveau jusqu'à l'âge de 25 ans,
ce qui inclut une
partie très importante de la population étudiante
universitaire.
D'autre part, les établissements considèrent que
la légalisation va à l'encontre de leur mandat d'offrir un environnement sain
et sécuritaire aux étudiants et aux personnes qui y travaillent.
établissements universitaires du Québec sont donc d'avis que le statu quo
aurait été préférable. Nous avons dû
nous résoudre à ce que la légalisation du cannabis aille de l'avant dès le mois
de juillet prochain. Nous avons cependant formulé le souhait que le gouvernement du Québec propose un cadre
législatif à la fois clair et strict qui permettrait de limiter
l'exposition des étudiants et du personnel des universités au cannabis.
À la lecture
du projet de loi, nous pouvons affirmer que celui-ci apporte effectivement des
réponses satisfaisantes à nos
principales préoccupations en ce qui concerne la vente, la possession et la
consommation du cannabis ainsi que la culture
de la plante. De façon générale, nous accueillons favorablement les
dispositions pour lesquelles des orientations claires étaient attendues. Nous soulignons toutefois certaines questions
qui restent sans réponse et nous espérons que les règlements supplémentaires
seront adoptés d'ici juillet 2018.
À propos de
la possession du cannabis, le paragraphe 1° de l'article 7 de la Loi encadrant
le cannabis interdira à quiconque d'avoir en sa possession du cannabis dans les
établissements qui dispensent des services d'éducation pour tous les ordres d'enseignement qui précèdent le
niveau universitaire. C'est donc dire qu'il sera permis à une personne
majeure de posséder du cannabis lorsqu'elle se trouve dans un établissement
universitaire.
Cependant,
même si les étudiants et les membres du personnel des établissements
universitaires sont des adultes ayant
des droits spécifiés par le projet de loi en matière d'usage du cannabis, nous
pensons qu'il serait préférable d'y interdire la possession de la même manière que dans les établissements de tous les
autres ordres d'enseignement. Nous le demandons par souci d'uniformité et de clarté, mais aussi parce que plusieurs
universités ont des bâtiments dans lesquels les locaux sont mis à
la disposition des étudiants d'institutions d'enseignement collégial de façon
continue ou servent de services de garde.
Bien que le
paragraphe n° 1 interdise déjà la possession de cannabis dans les
bâtiments mis à la disposition de ces catégories
d'usagers, les adultes qui fréquentent les universités et qui auront du
cannabis en leur possession ne feront pas la distinction entre les bâtiments
universitaires où la possession est prohibée et ceux où elle ne l'est pas. Il
serait donc plus sécuritaire
d'inclure les bâtiments mis à la disposition des établissements universitaires
parmi ceux où la possession du cannabis
est interdite. Nous appréhendons également que le droit de posséder certaines
quantités de cannabis soit confondu avec le droit de le consommer.
D'autre part,
si le droit d'avoir du cannabis en sa possession en milieu universitaire était
maintenu, les établissements ne
s'attendent pas à pouvoir assurer un contrôle étroit des dispositions de
l'article 8 du projet de loi fédéral C-45, qui stipule que la quantité maximale de cannabis séché permise
dans un lieu public est fixée à 30 grammes. Nous n'avons pas les ressources pour effectuer le contrôle des
personnes ayant du cannabis en leur possession, encore moins pour mesurer le
poids de leurs effets, d'autant qu'il existe
six autres catégories de produits de cannabis dont le poids peut être converti
pour connaître leur équivalent en grammes de
cannabis séché. Bien sûr, cette faille dans le projet de légalisation découle
des propositions du gouvernement fédéral et non du projet de loi n° 157,
mais nous souhaitons attirer l'attention du gouvernement du Québec à ce sujet
puisqu'il pourrait être appelé à adopter des mesures en conséquence dans la Loi
encadrant le cannabis ou avec des règlements ultérieurs.
Nous
soulignons enfin que les dispositions sur la possession de cannabis sont
énoncées différemment de celles sur l'alcool.
L'article 91 de la
Loi sur les infractions en matière de boissons alcooliques
interdit de garder ou de posséder de l'alcool
au Québec, à l'exception de certains lieux ou contextes où cela est permis. En
revanche, l'article 7 de la Loi encadrant le cannabis énumère les lieux où la possession de cannabis est
interdite. Pour les gouvernements, la méthode d'interdiction par défaut, avec liste d'exception, qui est privilégiée
dans la
loi sur l'alcool offre des avantages à la prudence. On pense
qu'on devrait adopter une approche similaire pour le cannabis.
À propos de
la culture du cannabis, notre principale préoccupation concerne les résidences,
et nous sommes... Selon nous, l'interdiction évoquée dans le projet de loi,
sans équivoque et claire, règle directement la question de la culture de
la plante de cannabis dans les résidences universitaires. Donc, cela, pour
nous, est satisfaisant.
La vente des
produits du cannabis.
L'article 21 confie exclusivement la vente de cannabis à
la Société québécoise du cannabis,
une filiale de la Société des alcools du Québec. Nous sommes entièrement
d'accord avec cette mesure. Cela nous apparaît en effet comme le
meilleur moyen de contrôler l'accès au cannabis licite.
Nous devons
toutefois attirer l'attention du gouvernement sur l'absence de mesures
concernant la distribution gratuite
de cannabis.
L'article 462.1 du Code criminel précise que le fait de distribuer
une drogue illicite, que la distribution soit faite à
titre onéreux ou
non, est assimilé à vendre ladite substance. La vente de cannabis et,
conséquemment, sa distribution gratuite ne
seront plus interdites par le Code criminel dès lors qu'il sera légalisé.
Puisque la Loi encadrant le cannabis
restreindra la vente uniquement à la Société québécoise du cannabis, il serait
avisé de maintenir l'interdiction de
sa distribution gratuite par toute entreprise, association ou organisme. Nous
souhaitons par-dessus tout éviter que certains d'entre eux exploitent
cette faille pour donner au public des produits du cannabis.
Cette mesure
ne devrait toutefois pas être interprétée de manière à interdire en privé le
partage gratuit de cannabis entre consommateurs. Nous soulignons qu'en milieu
universitaire la question de la distribution gratuite ne posera pas de problème si le gouvernement accède à notre demande
d'y interdire la possession de la même façon que dans les établissements
des autres ordres d'enseignement.
En ce qui concerne la vente de cannabis par
Internet, nous sommes préoccupés par la question qui touche la livraison des colis qui contiendront des produits
du cannabis. Il faudrait éviter que les colis puissent être laissés dans un lieu public comme un édifice universitaire ou un hall
d'entrée d'une résidence étudiante. Les établissements devront alors devoir
adopter des règlements et des procédures qui viseraient à empêcher l'accès par
des tiers à ces colis. Nous recommandons que
le mode de livraison avec signature du client soit obligatoire suite aux achats
de cannabis par Internet afin d'éviter tout dépôt dans un endroit
accessible au public.
consommation et lieux d'usage. Les établissements universitaires appliquent la
Loi concernant la lutte contre le
tabagisme, qui interdit de fumer dans les campus. Cette interdiction s'applique
notamment à l'intérieur des bâtiments. Nous
nous attendions à ce que la Loi encadrant le cannabis soit aussi stricte en ce
qui concerne l'inhalation de cannabis dans
les lieux fermés.
Le paragraphe 2° de l'article 11 le confirme, il sera
interdit de fumer dans les locaux ou les bâtiments mis à la disposition d'un établissement
postsecondaire, ce qui répond exactement à nos attentes. Nous comprenons que
les résidences universitaires qui souhaitent aménager un tel espace ou
autoriser l'inhalation de cannabis dans les fumoirs existants ou répondant aux normes spécifiées pourront se prévaloir de ce
droit. Les résidences qui choisiront de ne pas le permettre devront donc
signifier aux résidents que le droit de fumer ne s'étend pas au cannabis.
ce qui concerne l'usage de fumer à l'extérieur, nous sommes satisfaits du
paragraphe 4° de l'article 15, qui stipule
que c'est interdit sur les terrains où sont situés les bâtiments mis à la
disposition d'un enseignement postsecondaire. Cependant, les universités
possèdent des terrains sur lesquels il ne se trouve aucun bâtiment. Il serait
préférable que les établissements puissent se prévaloir de la Loi encadrant le
cannabis pour interdire toute consommation de cannabis par inhalation sur l'ensemble
de leur campus.
établissements universitaires devront faire preuve de diligence
raisonnable en prenant des précautions nécessaires afin de prévenir la consommation de cannabis par inhalation dans les bâtiments et les zones où cet usage
est interdit. Les règlements
encadrant cette consommation seront donc pleinement compatibles avec la Loi
concernant la lutte contre le tabagisme,
que les établissements universitaires établissent déjà. Il
n'y aura donc pas lieu de faire de distinction entre les produits fumés.
Oui?
Président (M. Merlini) :
Malheureusement, le temps est écoulé pour la présentation de l'exposé. Nous allons
commencer immédiatement la période d'échange où je suis certain que vous pourrez
rajouter des points qui sont dans votre
discours, que vous vouliez présenter ce matin. Mme la ministre et députée de
Soulanges, vous commencez les échanges. Vous disposez de
15 minutes. À vous la parole.
Charlebois :
Merci, M. le Président. D'abord, saluer M. Allaire, M. Bédard et M.
Beauregard. Merci d'être venus nous
présenter vos réflexions. Je vais vous permettre de... Je vais essayer de vous
questionner sur les derniers pans de
votre mémoire. Comme ça, vous allez avoir la chance de nous signifier, quant au
financement... Je pense, c'est à peu
près ce qui restait, là, de ce que vous vouliez nous parler.
Mais,
d'abord, vous parlez de l'âge de consommation, et vous dire que ce qu'on vise
au Québec, ce n'est pas une augmentation
de la consommation du cannabis, mais plutôt ramener les gens qui sont déjà sur
un marché illicite sur un marché
licite. C'est-à-dire qu'on ne veut plus qu'ils consomment du crime organisé,
bref, et/ou de gens qui vendent des choses illégales. Et on n'a pas l'intention
de faire de la publicité. On n'a pas l'intention, bref, de mettre en place des
moyens qui vont nous permettre d'augmenter les ventes. Ce qu'on veut, c'est
vraiment encadrer ce qui existe déjà.
j'ai vu que vous parlez dans votre mémoire des environnements sains qui sont
déjà là, des milieux universitaires, tout
ça, et que vous auriez préféré le statu quo, si j'ai bien compris, là.
Peut-être que je suis allée trop vite dans ma réflexion. Alors, si
l'environnement est si sain que ça, comment expliquer que c'est 42 % de
l'entièreté des consommateurs québécois de cannabis qui ont entre 18 et 24 ans? C'est, la majorité, des
clientèles universitaires, entre vous et moi. Puis, pour avoir déjà parlé avec des gens qui sont dans le milieu
universitaire, ça arrive, là, dans les partys de début de session. Tu sais,
on ne se cachera pas, là, qu'il y a des petits joints qui se fument. C'est déjà
là, là.
M. Beauregard (Robert) : Oui, Mme la ministre, absolument, on fait les mêmes
constats et on en est désolés. Cependant,
si le niveau universitaire était traité comme les autres niveaux
d'enseignement, on aurait plus d'outils pour intervenir quand il y a des situations hors de contrôle qui se
produisent. Là, en ayant la permission, ça va être beaucoup plus compliqué pour nous de travailler pour
contrôler les débordements, les situations qui peuvent devenir dangereuses,
qui peuvent être compliquées à gérer. On est conscients qu'il y a utilisation...
Charlebois :
Ce que vous voulez dire, c'est l'interdiction de possession, n'est-ce pas?
M. Beauregard
(Robert) : Pardon?
Charlebois : Ce que vous voulez me dire, c'est
l'interdiction de possession, pas l'interdiction de consommation. C'est
déjà interdit sur les campus.
M. Beauregard (Robert) : Oui. Bien, que le niveau universitaire soit traité comme
le niveau collégial, c'est ça qu'on
demande. Pour nous, si ça était appliqué, ça nous simplifierait beaucoup l'application
des règlements qu'on a pour tenter d'assurer au maximum un environnement
d'études sain.
Charlebois : Ce que je crois, en ce moment, dans le projet
de loi, là, c'est qu'on a les mêmes règles concernant la possession tant
au collégial qu'à l'universitaire, mais il faut avoir 18 ans, effectivement.
Pour les
lieux de consommation, je veux juste vous rassurer, il est permis d'avoir des
fumoirs là où il y a de la recherche dans les universités. Ce n'est pas pour la
consommation de tous et chacun, là, c'est vraiment où sera fait de la recherche en lien avec la
consommation de cannabis, et c'est à l'article 14, je crois, si je ne me
trompe pas, oui, exactement : «Un
local où il est permis de fumer du cannabis à des fins de recherche peut être
aménagé dans un centre de recherche exploité
par un établissement de santé [...] un établissement d'enseignement collégial
ou universitaire.» C'est dans ce sens-là qu'il peut y avoir des fumoirs. Mais des fumoirs pour fumer du cannabis
autant que du tabac, c'est interdit dans ce qui est prescrit dans le
projet de loi. Ce n'est pas une loi encore. Elle n'est pas adoptée. On est
encore dans le processus d'amélioration.
Maintenant,
dans les résidences, ça, c'est différent, c'est un milieu de vie. Effectivement,
les personnes auront le droit de
consommer, selon le projet de loi n° 157, du cannabis dans leur résidence,
mais pas ailleurs, ni sur le terrain ni dans l'établissement. Je veux
vous entendre là-dessus. Vous êtes en accord avec cette prémisse?
M. Allaire (Sylvain) : Donc, au
niveau des résidences, effectivement, vous mentionnez qu'il est possible qu'il y ait consommation de cannabis. Présentement, dans bien des universités, avec la Loi du
tabac, présentement, il y a
interdiction de fumer, donc, au niveau du tabac. Les universités espéraient que, pour le cannabis, ça serait exactement les mêmes règles qui pourraient
être appliquées à ce moment-là.
Mme Charlebois :
O.K., de donner l'autorisation aux universités d'être plus restrictives que ce
que le projet de loi demande, c'est ça?
M. Allaire
(Sylvain) : Oui. Puis présentement les universités sont plus
restrictives dans certaines résidences où il y a présentement interdiction de fumer directement mentionnée dans
les baux de location. Donc, on voudrait appliquer les mêmes règles en ce
qui concerne le cannabis.
Mme Charlebois :
J'entends votre demande. J'aurai certainement des échanges avec ma collègue
ministre responsable de l'Enseignement
supérieur, mais aussi avec l'ensemble des députés, parce que je l'ai dit hier,
puis je ne sais pas si vous m'avez
entendue, mais, avec l'ensemble des députés du gouvernement, on va avoir des
discussions sur des possibles amendements, mais aussi avec les députés
de l'opposition parce que nous considérons tous que c'est un projet de loi assez important pour que nous
puissions travailler ensemble pour répondre au meilleur intérêt de l'ensemble
des Québécois. C'est sûr qu'on ne fera pas l'unanimité avec un projet de loi.
Il y en a toujours qui voudraient quelque chose de différent. Mais on va, en tout cas, répondre à la majorité des
Québécois. Puis ce qu'ils nous ont dit, les Québécois, en consultations préprojet de loi,
c'est : Soyez prudents, soyez plus restrictifs, puis révisez rapidement
votre loi pour qu'on puisse voir l'évolution de la légalisation, parce
que le cannabis, on l'a dit d'entrée de jeu, ce n'est pas un phénomène nouveau,
mais la légalisation en est un.
Et je profite de l'occasion pour inciter tout le
monde à ne plus appeler ça autrement que du cannabis non thérapeutique. Vous ne l'avez pas fait, là. Vous
n'avez pas appelé l'autre... Mais je le dis tout le temps quand j'ai une chance
parce que je trouve que l'autre mot qui est
utilisé souvent par le gouvernement fédéral amène à une banalisation, puis ce
n'est pas ça qu'on veut, ce n'est pas ça
qu'on souhaite. C'est un produit qu'il faut prendre le temps d'avoir beaucoup
de prévention, de l'information, de
l'éducation. Il faut signifier à l'ensemble de la population, pas juste aux
jeunes, là, c'est quoi, le cannabis,
quelles sont les conséquences possibles, quels sont les enjeux reliés à ça,
mais aussi qu'est-ce que c'est, une
consommation responsable. J'ai 58 ans puis j'en connais qui ont consommé
plus jeunes, puis qui en consomment encore, puis qui n'ont pas eu de conséquence fâcheuse. Mais il y en a d'autres
pour qui ça cause des problèmes. Alors, il faut au moins donner l'information puis savoir c'est quoi,
du cannabis, qu'est-ce qu'il y a dedans, c'est quoi, la teneur en THC,
c'est quoi, des cannabinoïdes, expliquer tout ça au monde.
Revenons aux
questionnements. «Consommation et lieux d'usage». Je veux vous rassurer aussi
quant à la livraison dans les
résidences. Non seulement il faudra qu'il y ait signature, mais il va falloir
fournir des pièces d'identité. Il va falloir que ça soit très, très rigoureux, et la Société québécoise du cannabis
va s'assurer de ça avec la SAQ. Et, comme vous le savez, on va profiter
de l'expertise de la SAQ pour faire la distribution du produit.
«Consommation et lieux d'usage». Oui, je vous en
ai parlé à l'article 14, que c'était uniforme partout, mais parlez-moi de ce que vouliez nous parler.
«Financement de la prévention et de la recherche en milieu universitaire». Vous
aviez... Je pense, c'est le bout qu'il vous
manquait à nous renseigner dans votre mémoire. Ça fait que je vous le laisse
nous l'exposer parce que je pense que c'est suffisamment important.
Puis je veux terminer... Je ne sais pas s'il
reste beaucoup de temps, M. le Président.
Le Président (M. Merlini) : Il
reste sept minutes, Mme la ministre.
Mme Charlebois :
Je veux aussi avoir un petit son de cloche de votre part. Hors milieu
universitaire, si on ne permet pas de
fumer le cannabis dans les résidences et dans les logements ailleurs dans le
Québec et si on l'enlève aussi dans
les milieux publics, où les gens vont consommer? Est-ce que c'est une façon de
faire l'interdiction de consommation du
cannabis? On fait-u indirectement ce qu'on n'est pas capables de faire
directement à cause de la légalisation avec C-45? Ça, c'est ma deuxième
question. Mais je vous laisse d'abord me parler du financement.
M. Beauregard
(Robert) : Oui. Donc,
à propos du financement de la recherche, étant donné qu'une forte proportion de la population étudiante des
établissements universitaires est âgée entre 18 et 25 ans, qui est un âge
critique, là, encore pour des
potentiels impacts sur la santé, nous croyons qu'il est essentiel que des
enveloppes soient octroyées pour financer les activités de
sensibilisation, de prévention, de sécurité et de réduction des impacts en
milieu universitaire. Les
établissements entendent donc mettre en place des programmes et des activités
correspondant aux orientations suivantes au cours des prochaines années : rappeler que, malgré la
légalisation du cannabis, plusieurs règles en encadrent et limitent l'usage au Québec et en milieu universitaire,
sensibiliser les étudiants et le personnel aux risques du cannabis et
promouvoir auprès d'eux une consommation responsable — donc,
on n'est pas dans la prohibition, mais dans la consommation responsable, la sensibilisation,
l'information — et
accompagner les personnes dépendantes. Donc, quand il y aura des
difficultés, des problèmes, avoir les outils pour les accompagner.
universités sont également à l'avant-garde de la recherche sur plusieurs
dimensions et domaines liés aux drogues en général et au cannabis en particulier. La légalisation du cannabis
présente une occasion sans précédent pour nos experts chercheurs de mener des projets de recherche sur
la consommation et ses impacts. Afin de ne pas rater l'occasion, il est primordial de consacrer des enveloppes à cette
recherche. Nous sommes donc satisfaits de constater que la Loi encadrant
le cannabis prévoit la constitution d'un fonds de prévention et de recherche en
matière de cannabis.
En réponse à
votre seconde question, on n'est pas dans la prohibition. On ne veut pas faire
indirectement ce qu'on cherche à faire dans la légalisation. Mais on
veut reconnaître que le milieu de l'éducation est un milieu qui a ses particularités. Et, pour nous, on mentionnait
l'approche du contrôle des boissons alcooliques. La consommation d'alcool
est permise, mais on mentionne qu'on
aimerait prendre une approche similaire, dans le contrôle du cannabis, qu'on
prend dans le contrôle de l'alcool,
entre autres. Tu sais, c'est interdit, mais on précise les endroits où c'est
permis, plutôt que de le permettre
puis après préciser là où c'est permis. C'est une approche inverse, mais, pour
nous... Dans le projet, on est plutôt
dans l'approche inverse de celle de l'alcool. On préférerait prendre celle de
l'alcool. Donc, il se consomme de l'alcool sur les campus, ne vous inquiétez pas, mais c'est interdit de consommer
de l'alcool dans les campus. Et c'est une approche similaire qu'on souhaite. C'est interdit, mais
après on vient préciser comment, par des règlements, c'est possible de le
faire. Et là il y a toutes sortes de
circonstances qui font qu'on consomme effectivement de l'alcool dans les
campus. Et donc le cannabis, on voudrait une approche similaire.
Donc, je
pense, ça permet d'illustrer ce qu'on recherche comme visée. Mais, pour nous,
l'idée de l'interdire a priori, considérant la nature du milieu, puis de sa
mission d'enseignement et de formation, puis les risques particuliers de cette population-là, puis après on peut le
permettre, dans des circonstances très précises, dans les bars, dans les
partys, et là on a des règlements
pour le faire avec des sanctions quand on déroge, etc., ça nous permet de
faciliter l'approche d'encadrement de la consommation à l'université.
Charlebois :
O.K. Je comprends mieux votre point de vue. Je veux aussi vous rassurer sur...
parce que vous avez parlé de
distribution gratuite de cannabis. Ça vous inquiète. Je veux juste vous dire
que, dans C-45, la distribution gratuite
est interdite. Or, la loi fédérale prévaut sur... Tu sais, c'est toujours le
plus rigoureux des deux qui prévaut, et, en ce sens-là, ce n'est pas
permis de faire de la distribution gratuite.
Combien il me reste de temps, M. le Président?
Le Président (M. Merlini) :
2 min 30 s.
Charlebois :
Eh mon Dieu! Ça passe vite. Est-ce que vous avez eu déjà des discussions avec
la ministre de l'Enseignement supérieur au sujet des lieux de
consommation, tout ça? Est-ce que vous avez déjà établi ou fait vos remarques
avec elle?
M. Bédard
(Claude) : Non, pas à ma connaissance. Alors, on a fait valoir notre
position, comme on l'a dit, là, dans une lettre qui vous a été adressée,
d'ailleurs, au mois de septembre, mais, à ma connaissance, il n'y a pas eu de
forum, là, où on a discuté, toutes les universités, avec le ministre
responsable, là, sur ce sujet encore.
Charlebois :
Bien, je vous invite à lui faire parvenir une lettre dans ce sens-là, le même
genre de projet de lettre que vous m'aviez fait, et on va faciliter les
discussions. C'est certain que je vais avoir des discussions avec elle
notamment pour les cégeps et les universités, mais j'aurai les mêmes
discussions avec mes collègues.
Maintenant, est-ce que vos étudiants ont pris
position? Est-ce qu'ils ont transmis des commentaires à l'effet... Est-ce que
leur position est la même que la vôtre?
M. Beauregard (Robert) : Pas à ma
connaissance. Moi, j'ai sondé... Hier, on a eu une rencontre avec notre fédération d'associations de campus de premier
cycle. On leur a posé la question. Ils nous ont dit que non, à ce moment-ci,
ils ne sont pas là dans leur réflexion.
Donc, on n'a pas pu avoir d'avis de leur part à propos de ça, en tout cas.
Puis, à ma connaissance, je n'ai pas entendu d'autre opinion, là,
divergente ou convergente.
Charlebois :
Vous corroborez un peu ma thèse que la légalisation va être un processus
évolutif. Donc, il va falloir
réviser la loi rapidement. Est-ce que vous considérez que, dans l'ensemble, le projet
de loi... Il y a-tu d'autres éléments sur
lesquels vous voudriez nous porter une attention et même des éléments qui ne
touchent pas nécessairement le monde
universitaire, mais qui par ricochet pourraient avoir... Est-ce qu'on continue
de faire de la prévention, par exemple? On commence à la fin du primaire, secondaire, au collégial, dans les
universités... Est-ce qu'on continue? Sous quelle forme vous voyez ça?
M. Beauregard (Robert) :
Absolument. Peut-être on peut donner l'exemple... À l'Université Laval, on a un
programme qui s'appelle Mon équilibre UL, où
on a des cours d'un crédit, où les étudiants s'inscrivent, qui traitent
plusieurs aspects
de la santé globale et de l'approche des études et de... bien, de la santé et
de la prévention, tant l'alimentation, l'activité
physique, la consommation de tabac, d'alcool, et de drogues, et de... donc,
toutes sortes d'aspects qui sont traités de façon assez formelle, et qui connaissent un grand succès. Aussi, on
traite de la procrastination, remettre ses devoirs à plus tard, toutes
sortes d'aspects de la vie universitaire.
Mais, pour
faire la promotion de saines habitudes de vie, c'est très important dans notre approche de développement durable mais dans un sens incluant des aspects
sociaux, des aspects de sensibilisation. Et la démarche de l'Alliance santé
Québec également va dans ce sens-là, plutôt que dans le curatif,
d'accentuer notre effort de prévention, de sensibilisation, de formation à un équilibre de vie. Donc, on n'est
pas dans le puritanisme, l'interdiction et dire : Il ne faut jamais
consommer de substances, pas de café,
parce qu'on n'est pas des amish. Mais
un équilibre de vie, c'est possible, et donc la consommation de cannabis
devrait se situer dans cette perspective-là. Et certainement qu'on va prendre
en charge...
Le Président (M. Merlini) : Mme la
ministre...
M. Beauregard (Robert) : ...des
campagnes à ce sujet-là.
Président (M. Merlini) : Malheureusement, Mme la ministre, le bloc de
temps est écoulé. Je dois maintenant aller du côté de l'opposition
officielle. M. le député de Labelle, vous disposez de neuf minutes. À vous la
parole.
M. Pagé :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour à tous et à toutes. Bienvenue chez vous,
à l'Assemblée nationale. Merci d'être avec nous et de nous apporter
votre réflexion.
Je ne pense
pas... parce que je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais avoir entendu une
chose qui, pour moi, me semblait fort importante, parce qu'on l'avait
entendue beaucoup lors des consultations, c'était la création d'un observatoire. Et certaines universités aussi nous
avaient dit : Nous avons des chaires de recherche qui pourraient
collaborer. Donc, notre position,
qu'on a mise en place, qu'on a présentée en septembre dernier, c'était la
création d'un observatoire et, je
pense que ça m'apparaît comme fort important, en collaboration avec des chaires
de recherche universitaires. Alors, pourriez-vous
nous dire si vous y tenez toujours? Parce qu'il y a des universités qui sont
venues nous en parler lors des consultations du mois d'août et septembre
dernier.
M. Bédard (Claude) : Oui,
absolument. Écoutez, les universités sont un réservoir important d'expertises,
de connaissances sur toutes les questions
qui sont reliées à l'usage des drogues, etc. Et puis moi, je pense que se
priver de ce trésor de connaissances,
qui est un bien public aussi, alors... Toutes les universités sont des
institutions publiques, au Québec, alors
on trouve que ce serait malheureux de passer sous silence ce que les
universités peuvent faire et contribuer dans une meilleure connaissance du phénomène et du contrôle. Alors, c'est pour ça
qu'on l'a mentionné aussi, en fin de mémoire, là, d'encourager la constitution d'un fonds qui
pourrait être, entre autres, alloué à la poursuite d'activités de recherche
avec ceux qui sont déjà en poste et qui font déjà ces activités dans nos
campus.
Beauregard (Robert) : L'idée
d'observatoire va un peu plus loin que simplement la recherche. C'est l'idée
de surveillance de l'évolution. On parle
d'aspect évolutif, dans l'implantation de la loi, donc un observatoire peut
permettre de mutualiser les efforts
de la recherche, puis de les rendre plus visibles, plus publics, et contribuer
mieux à l'évolution du contrôle et de la façon dont on encadre la
consommation du cannabis, je pense.
M. Pagé :
Je vous remercie de le rappeler parce que c'est un sujet, évidemment, qui n'est
pas abordé par tout le monde, mais qui est fort important, à mon avis,
pour qu'on puisse évoluer de la meilleure façon possible et avec les meilleures pratiques possibles aussi, selon ce
qu'on pourra constater au départ et dans quelques années. Alors, je pense
que nous, on va certainement se proposer de
faire ce genre d'amendement ou encore de proposition au gouvernement.
Je veux
revenir sur les lieux de consommation parce que c'est vrai que c'est compliqué.
On a beau dire : Ça va être
légal de consommer, mais, si on interdit partout, il faut quand même trouver
quelque part, hein? Et moi, j'ai été surpris de voir... quand je suis allé au Colorado, en 2016, j'ai passé trois,
quatre jours à me promener un peu partout dans les municipalités, et, à ma
grande surprise, à aucun endroit ça ne sentait le cannabis. Et, quand je me
suis posé la question, c'est qu'il y a
des endroits parfaitement désignés où on peut consommer. Entre autres, il y a un peu comme les «cigar lounges», là, des endroits où... bien, ça existe,
d'ailleurs, au Québec, où on peut aller consommer une cigarette ou
certains produits, mais pas pour le cannabis.
Sur les
campus universitaires et à certains endroits, je ne sais pas si c'est
à toutes les universités, mais il y a des bars.
Ça existe. Est-ce que vous imaginez qu'il pourrait y avoir un bar cannabis sur
des campus universitaires? Est-ce que cela pourrait exister? Évidemment,
ça serait interdit partout, sauf dans des endroits très, très contrôlés, spécifiques
et aménagés aussi en conséquence.
Beauregard (Robert) :
C'est un peu ce que j'avais en tête, tantôt, quand j'évoquais la façon dont on
contrôle la consommation d'alcool dans les universités. La consommation
d'alcool, de façon générique, est interdite dans les universités, mais il y a
des bars dans lesquels on peut consommer de l'alcool, ou des partys, et c'est
encadré par des règlements, dans chaque
université, où qu'ils définissent exactement le périmètre de ça. Et donc on
peut imaginer une situation similaire pour la consommation de cannabis,
effectivement. Je ne sais pas si vous avez plus de...
Allaire (Sylvain) : Moi, j'aurais peut-être une précision à apporter,
ou une inquiétude en même temps, c'est plus
au niveau des périodes d'ouverture de ces bars-là de cannabis, si vous voulez.
Dans les activités normales du quotidien, s'il y a une consommation, avec l'ensemble des activités sur un campus,
tout ce qui est règles de sécurité et de sûreté pourrait être remis en
péril s'il y a des consommations.
Je vous donne
simplement un exemple au hasard, peu importent les universités, mais, si nous
avons des étudiants ou encore du
personnel qui doivent opérer de la machinerie lourde, dans des sciences et
génie, ayant consommé, bien, je pense qu'on augmente le risque d'incident
ou d'accident. Donc, la période d'ouverture et le temps, pour moi, devient
quelque chose d'important pour les universités.
M. Pagé : Je pense qu'à
partir du moment où on se met d'accord sur un lieu de consommer, ensuite, c'est
l'encadrement de tout cela qui va en découler. Mais je pense qu'on recherche
les mêmes objectifs.
Toujours un
peu dans le même esprit, nous avons dit que nous allions plus loin que la
position gouvernementale, qui était
la suivante : nous, c'est interdiction partout où la cigarette et/où
l'alcool est interdit. Donc, dans les lieux publics, en ce qui nous concerne, c'était non, aucune
consommation, sauf les endroits qui pourraient être désignés et bien encadrés
par les municipalités.
Hier, nous sommes allés plus loin, en
disant : Cela devrait être fait, si jamais le gouvernement accepte, après consultation des établissements scolaires. Si nous
y allions de cette façon-là... Parce que vous demandez un droit de regard,
même un droit de réglementer, mais est-ce qu'on va donner un droit de
réglementer aux municipalités, aux campus universitaires, à tout le monde? Si
on allait avec ce que je viens de dire mais que ce règlement-là découlerait de
la municipalité après vous avoir consultés, est-ce que vous seriez à l'aise
avec cette formule, avec cette façon de faire?
M. Beauregard (Robert) : On
n'a pas discuté de ça, donc je suis un peu mal à l'aise de vous répondre.
M. Pagé : Ce n'est pas que je
voulais vous piéger.
Beauregard (Robert) :
Non, non, non, je comprends ça. Mais comme ça n'existait pas avant, là, il faut
imaginer toutes les situations. On est dans...
M. Pagé : ...droit nouveau,
hein?
M. Beauregard
(Robert) : Oui, c'est
ça. Donc, je suis un peu embêté de vous répondre. Juste redire qu'on souhaite
l'interdiction sur les campus, avec une
possibilité... une formule pour encadrer, effectivement, là où c'est possible.
Tu sais, dans notre esprit, dans les
bars où il y a possibilité de consommer de l'alcool, on n'a pas le droit de
fumer dans ces lieux-là. Donc, tu
sais, l'aspect fumer, pour nous, c'est un peu un analogue de toutes les lois et
règlements sur le tabagisme, puis l'aspect
intoxicant, pour nous, c'est un analogue de l'alcool, qui est une substance
permise mais encadrée. Et donc c'est nos
deux repères pour déterminer notre position. Donc, l'appareillage législatif et
réglementaire qui permet d'encadrer le droit de fumer et la consommation
d'alcool, pour nous, sont des balises quand même solides sur lesquelles
s'appuyer pour la suite des choses. Et donc
on souhaite un alignement du développement de l'appareillage légal et
réglementaire qui suive des principes
similaires. Donc, l'alcool, ça serait l'analogue. Donc, la façon dont on
réglemente la consommation d'alcool serait l'analogue pour contrôler la
consommation de cannabis sur les campus.
M. Pagé :
O.K. Je vois bien. Je sais qu'il ne me reste qu'une seule minute, le président
va me le dire très bientôt. Vous avez parlé de financement, mais
financement pour faire de la sensibilisation auprès des étudiants, du
personnel, accompagner le personnel ou encore
des étudiants qui pourraient avoir des problèmes de dépendance. Je vais vous
avouer que je suis inquiet et toujours
surpris de voir, à ce moment-ci, à quelques semaines, quelques mois de l'entrée
en vigueur de cette loi-ci et celle du fédéral, qu'on en soit encore à des
intentions et que tout ça ne soit pas clairement défini et mis en place.
Est-ce qu'il y a eu des contacts avec le ministère
de l'Éducation qui vous a dit : Prévoyez votre stratégie et donnez-nous la hauteur de vos demandes et de vos
besoins pour qu'on puisse être en action dès le mois de janvier? Est-ce que ce travail-là est fait? Est-ce que vous êtes
capables de nous fournir vos besoins de façon très claire à ce moment-ci? Puis ce n'est pas un
reproche que je vous fais, mais on sait depuis deux ans et demi que ça s'en
vient, le dépôt du projet de
loi au fédéral, et il a clairement donné ses indications au mois d'avril
l'année dernière.
Le Président (M. Merlini) : Une très
brève réponse, très, très brève.
Beauregard (Robert) : Comme M. Bédard mentionnait à la ministre
tantôt, on n'a pas eu d'échange avec le ministère de l'Éducation encore,
donc ça inclut sur ce sujet-là.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, M. le député de Labelle, pour ce bloc d'échange. Nous allons maintenant
du côté du deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de Repentigny, vous
disposez de six minutes. À vous la parole.
Lavallée : Merci. Merci
d'être là. Je vais commencer puis, après, je vais laisser la parole à mon
collègue. Je reviendrais sur votre principe de non-malfaisance. Oui,
dans la loi, on veut permettre la consommation de cette substance-là à partir de 18 ans, sous prétexte qu'on va enlever des
jeunes dans le milieu illicite, au niveau de la consommation. Et, si c'est ce critère-là qui nous
guide, on devrait permettre la consommation à partir à partir de 13, 14, 15 ans, 16 ans parce que les jeunes en
bas de 18 ans aussi consomment. Donc, si c'est ce critère-là qui devrait
nous guider, on devrait légaliser avant.
Nous,
on a fait le choix de plus promouvoir l'âge de 21 ans parce que, pour un gouvernement responsable, c'est d'envoyer
un signal fort qu'avant 21 ans on considère qu'il y a des dangers, que ce
n'est pas banal et qu'on doit peut-être
faire plus de prévention auprès de ces
jeunes-là, plutôt que de banaliser en
le permettant à partir de
18 ans. Et vous, vous parlez du principe de la non-malfaisance.
C'est la première fois que j'entendais ça. J'aimerais ça que vous en parliez.
M. Beauregard (Robert) : Bien, on
rappelle les connaissances qu'on a actuellement en santé, des dommages causés par la consommation de cette famille de
drogues là, on pense effectivement qu'il y a encore de la recherche à faire pour mieux mesurer. Ce n'est pas tout le monde qui va être affecté, ce n'est pas tout le monde qui va être
affecté de la schizophrénie parce
qu'il a consommé un joint entre 18 et 25 ans. Mais on pense qu'il y a encore
de la recherche à faire pour mieux comprendre ça avant d'ouvrir trop.
Pour
nous, le milieu universitaire étant un milieu où la clientèle se trouve en
majorité entre l'âge de 18 et 25 ans, à peu près 70 % de la
fréquentation est dans cette bracket-là, si on inclut l'université du troisième
âge puis toutes sortes de choses.
Bien, ça reste qu'on est dans une population particulièrement à risque. Donc, on demande
d'avoir une prudence peut-être un peu
plus grande que ce qui est prévu et
d'inclure le niveau universitaire dans les... de le traiter comme le milieu
collégial, finalement. Donc, dans le projet de loi actuel, c'est notre demande.
ne s'est pas prononcés sur l'âge de la légalisation. On a juste rappelé ce
qu'on connaît par la science. Et on n'est
pas le législateur, mais on a demandé que le niveau universitaire soit traité
comme le niveau collégial pour des raisons de prudence et pour donner les outils de mieux encadrer. Et comme j'ai
mentionné, dans les bars, probablement qu'il y aura une possibilité de faire
comme c'est le cas de l'alcool, mais ça nous donne plus de moyens pour mieux
encadrer, puis minimiser le risque, puis
faire mieux la prévention, faire mieux le travail qu'on a à faire pour assurer
un environnement sain d'étude
et de travail à l'université.
Lavallée : Donc, par prudence, on devrait être plus sévères au début,
quitte à s'ajuster en fonction des connaissances en établissant 21 ans
comme le... J'aime le principe que vous mettez dans votre mémoire, disant qu'on
devrait l'interdire partout sauf exception. Donc, c'est plus facile aussi à
gérer puis...
Lavallée : Comme l'alcool, effectivement.
M. Beauregard (Robert) : On pense que le
principe, la façon dont on traite l'alcool, c'est le bon principe pour traiter aussi cette substance-ci. On ne veut pas
revenir à la prohibition de l'alcool. Je pense qu'on a maturé par rapport à ça et je pense qu'on peut avoir une position mature par rapport à la
consommation du cannabis. Mais il faut avoir une certaine prudence puis il faut évoluer étape par étape. Mais la position
de principe qu'on énonce très clairement, c'est encore une fois de traiter le niveau
universitaire comme le niveau collégial, d'avoir le même niveau
de prudence au niveau universitaire
qu'on a au niveau collégial. C'est clairement notre demande ce matin.
Le Président (M.
Merlini) : M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Bonjour, messieurs, merci d'être présents aujourd'hui à l'Assemblée. Lorsque la Fédération des cégeps est
venue, elle nous a dit : Écoutez, nous, on souhaite que ce soit interdit sur les
campus collégiaux, mais on a une
certaine difficulté avec les résidences parce que, bon, là, on se
retrouve dans la chambre de la personne, la charte s'applique, tout ça, donc on exclurait les résidences. Est-ce
que c'est la même réalité pour les universités? Dans
le fond, l'interdiction du campus, sauf les résidences, on ferait une
exception?
M. Beauregard (Robert) : C'est clair que
la réalité des résidences est différente de celle de l'ensemble du campus,
puis c'est un milieu de vie. Mais la chambre
du résident puis les lieux publics dans les résidences, c'est des choses
différentes aussi. Il y a des cuisines collectives dans les résidences, il
y a des lieux de socialisation dans les résidences. Donc, la résidence, ce n'est pas que des chambres, ce n'est
pas qu'une suite de chambres. Puis c'est là qu'on tombe dans des zones
grises, dans les espaces publics, dans les résidences. Je ne sais pas si tu
veux aller plus loin.
Allaire (Sylvain) : Je
reprends de quoi qu'on a mentionné déjà. Dans les résidences, présentement, la majorité des baux de location, à part quelques
exceptions, et je parle pour Laval, présentement, c'est des baux où il est interdit de fumer. Donc, les personnes qui sont en
résidence, il y a déjà une interdiction de fumer. Et c'est pour ça qu'on
demandait que l'application pour le
cannabis consommé sous forme de combustion comme telle, on applique la même loi que celle du tabac pour les résidences.
Jolin-Barrette : Sur la
question de la possession, en fait... parce que, bien entendu, on peut interdire,
dans le fond, le fait de fumer le
cannabis, mais, sur la question de la possession, qu'est-ce qu'on fait, à
partir du moment où... Supposons qu'on interdit la possession de
cannabis sur le campus. Mais, dans sa résidence, comment on gère ça?
Beauregard (Robert) :
...la même règle qu'on applique pour la consommation d'alcool. Donc, les
résidents, dans leurs chambres,
peuvent consommer de l'alcool, ils peuvent posséder de l'alcool, mais, dans les
lieux publics, dans les résidences, ça se passe comment?
M. Allaire
(Sylvain) : En ce qui concerne présentement les lieux publics, pour le
tabac, dans les résidences comme telles, il n'y a pas de consommation à
l'intérieur des résidences.
Président (M. Merlini) :
Messieurs Claude Bédard, M. Robert Beauregard et M. Sylvain Allaire, représentant le Bureau de coopération
interuniversitaire, merci de votre présence ce matin et votre contribution aux
travaux de la commission.
Je suspends
nos travaux quelques instants et j'invite l'Ordre des pharmaciens du Québec à
prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 18)
Le Président (M. Merlini) : Nous
reprenons donc nos travaux. Nous avons le plaisir maintenant d'accueillir l'Ordre des pharmaciens du Québec.
Je ne crois pas que c'est votre première présence en commission parlementaire, alors vous
connaissez les habitudes. Vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Je
vous invite à présenter les gens qui vous accompagnent. Et ensuite, nous
procéderons aux échanges avec les membres de la commission. À vous la parole,
et bienvenue à la CSSS.
M. Bolduc
(Bertrand) : Merci, M. le Président. Mme la ministre, distingués
membres de la Commission de la santé
et des services sociaux, bonjour. Je désire d'abord vous remercier de
l'opportunité qui nous est offerte aujourd'hui de venir vous présenter nos réflexions sur le projet de loi n° 157,
un projet de loi d'une très grande importance, car il aura un impact
très concret sur la vie de nombreux Québécois.
Je suis
accompagné aujourd'hui de mes deux collègues, Manon Lambert, directrice
générale et secrétaire de l'ordre, ainsi que Mme Danielle Fagnan,
directrice des services professionnels.
Je pense que
vous êtes tous familiers avec le rôle des ordres professionnels. Donc, très
brièvement, l'Ordre des pharmaciens
du Québec a pour premier mandat la protection du public. Pour ce faire, nous
mettons en place des mécanismes d'admission,
d'inspection et d'enquête. Les pharmaciens doivent exercer en fonction des
standards de pratique développés par
l'ordre. Les 9 500 pharmaciens du Québec sont touchés, d'une façon ou
d'une autre, par l'un de nos mécanismes d'inspection au minimum une fois
tous les cinq ans. L'inspection est, d'ailleurs, au coeur de notre stratégie
pour assurer que les Québécois reçoivent des
services pharmaceutiques de très grande qualité, autant en établissement de
santé qu'en milieu communautaire.
Dans notre
mémoire tout comme dans nos discussions ici, nous ferons référence aux deux
types de cannabis, soit le cannabis utilisé à des fins non médicales et le
cannabis utilisé à des fins médicales. Vous comprendrez que la position
de l'ordre est très différente selon le type de cannabis auquel nous ferons
référence.
D'abord, débutons avec le cannabis utilisé à des
fins non médicales. De notre point de vue, il doit y avoir une interdiction
formelle concernant la production ou la vente de ce type de produit par un
pharmacien.
Bien que le projet de loi octroie le droit
exclusif de la vente de cannabis à des fins non médicales à la Société québécoise du cannabis, le gouvernement laisse une
porte ouverte au privé en permettant la création de projets pilotes dont les normes et obligations pourront différer
du cadre proposé dans la loi. Cette brèche doit, à même le projet de loi,
exclure spécifiquement toute possibilité de
vente de cannabis à des fins non médicales par un pharmacien, qu'il le fasse
dans sa pharmacie ou non.
Sur les plans
déontologique et éthique, il nous apparaîtrait hautement illogique qu'un
pharmacien puisse dispenser ou produire du cannabis à des fins non
médicales, sachant qu'il peut être nocif pour des clientèles à risque comme les
femmes enceintes ou les patients atteints de
troubles de santé mentale. La vente de ce produit, tout comme celle du tabac,
est totalement incompatible avec l'exercice
de la pharmacie. De plus, il doit y avoir une cohérence avec le cadre
législatif sur la vente du tabac, qui est formellement interdite non seulement
dans les pharmacies, mais aussi dans les boutiques ou les magasins
adjacents aux pharmacies.
Dans notre mémoire, nous vous demandons
d'apporter un changement à l'article 55 du projet de loi et nous recommandons que le gouvernement approuve
éventuellement des changements au code de déontologie du pharmacien de même qu'à la
Loi sur la pharmacie afin de
s'assurer que tout soit en place pour éviter une telle éventualité. Je vous
invite à vous référer aux recommandations 3, 4 et 5 de notre mémoire.
Maintenant, l'article 26 du projet de loi
prévoit que la Société québécoise du cannabis devra communiquer à l'acheteur des renseignements prescrits par
règlement du ministre. C'est, selon nous, une très bonne chose. Dans une
approche de réduction des méfaits,
nous recommandons que les possibles interactions médicamenteuses et les
contre-indications fassent
partie des renseignements transmis à la population.
Le cannabis peut interagir avec de nombreux médicaments.
Les employés
des succursales de la Société québécoise du cannabis devraient disposer d'un
outil de communication afin
d'informer les éventuels consommateurs quant aux risques d'interaction
médicamenteuse avec le cannabis. De plus, ces employés devraient suivre une formation de
base qui les sensibiliserait à ce sujet afin qu'ils puissent à leur tour le
faire avec les consommateurs. Sans en
faire des experts ou des pharmaciens, les employés de la société pourraient
référer la population à leurs pharmaciens en cas de questionnement.
Nous savons
que les gens qui consomment du cannabis sont à plus grand risque de psychose.
L'ordre souhaite que des corridors de
services soient prévus pour diriger les patients présentant des signes de
psychose ou ayant besoin de soutien
en toxicomanie. Sans la présence de tels corridors, les professionnels n'auront
d'autre choix que de référer ces patients à l'urgence... qui sont
d'ailleurs déjà assez occupées.
Par ailleurs, l'accès à ces services ne devrait pas requérir
une référence médicale. Dès que le besoin est détecté, que ça soit par un pharmacien, une infirmière d'Info-Santé
ou encore un employé de la Société
québécoise du cannabis, un
corridor donnant accès à une évaluation devrait être prévu afin de pouvoir
intervenir à temps.
Actuellement, pour avoir accès à un programme d'intervention pour un premier épisode
psychotique, les règles varient d'une
région à l'autre. Il faudrait éviter
que ce soit le cas lorsque le cannabis à des fins non médicales sera disponible
au Québec.
La lutte
contre le tabagisme encadre bien la promotion du tabac et l'usage qui peut en
être fait au Québec. L'ordre appuie
les dispositions interdisant la promotion du cannabis à des fins non médicales
et recommande que le projet de loi demeure
le plus restrictif possible en matière de publicité. Quant à l'emballage, le
gouvernement pourra édicter par règlement les normes s'y rattachant. Selon l'ordre, les dispositions sur le tabac
sont les normes minimales qui doivent s'appliquer, puisqu'elles font
l'objet d'un consensus social.
Je désire
conclure cette
partie en saluant la constitution d'un comité de vigilance. Nous
profitons de notre présence ici pour
souligner que l'expertise d'un pharmacien sera particulièrement pertinente sur
un tel comité en raison des enjeux grandissants relatifs aux drogues et
aux médicaments.
La crise des
opioïdes est un exemple où l'expertise des pharmaciens est cruciale. 72 %
des répondants à un sondage du Conseil interprofessionnel du Québec
mentionnent qu'ils ont recouru aux services d'un pharmacien au cours des deux dernières années, à égalité avec les
médecins, et ce, beaucoup plus qu'à tout autre professionnel de la santé. Comme
vous le savez, le pharmacien bénéficie d'une
disponibilité et d'un contact privilégié avec la population. Cela lui procure
un regard particulier sur l'évolution des
tendances, notamment en matière de consommation de drogues. Pour ces raisons,
l'ordre croit qu'un poste doit être dédié à un pharmacien au sein du comité de
vigilance.
Maintenant,
avant de conclure et de passer aux questions, permettez-moi de vous faire part
rapidement de notre position sur le cannabis utilisé à des fins
médicales.
L'ordre, via
ses instances officielles, a fait une longue réflexion sur la question de la
distribution du cannabis médical en
pharmacie. Notre position a évolué au cours des derniers mois. Notre conseil
d'administration a notamment rencontré Dr
Mark Ware, du Centre universitaire de santé McGill, qui est directeur général
du Consortium canadien pour l'investigation
des cannabinoïdes dans le cadre de cette réflexion. Nous en sommes venus à la
conclusion que, malgré le statut
particulier du cannabis médical, les patients qui l'utilisent ne sont pas
différents des utilisateurs de n'importe quel autre médicament. Ils devraient, en ce sens, pouvoir bénéficier de
l'expertise d'un professionnel de la santé pour en retirer le maximum
d'efficacité et de bénéfices en toute sécurité. Et c'est précisément le rôle du
pharmacien.
Je ne vous
apprendrai rien en vous mentionnant que les utilisateurs de cannabis médical
reçoivent actuellement le produit par
la poste ou, pire, de façon illicite. Ils ne bénéficient d'aucun suivi
particulier de la part du pharmacien, et parfois le pharmacien ne sait
pas que le patient l'utilise.
Intégrer le
pharmacien dans la chaîne de distribution permettrait notamment de s'assurer
que le produit apparaisse au dossier
électronique du patient et éventuellement au Dossier santé Québec. De plus,
ceci permettrait au pharmacien de
déterminer pour chaque patient si le cannabis peut interagir avec certains de
ses médicaments. Le pharmacien sensibiliserait
ses patients sur les effets secondaires et spécifierait les contre-indications.
Il pourrait aussi accompagner le patient en le conseillant, par exemple, sur la
meilleure façon pour lui de prendre son traitement. Bref, la protection
du patient ayant recours au cannabis médical est tributaire de cette
surveillance et d'un suivi clinique.
Néanmoins, ça
prend des conditions minimales pour la distribution en pharmacie : que le
produit soit approuvé par Santé
Canada ou qu'il soit disponible de façon encadrée et que l'utilisation se fasse
dans un projet de recherche encadré par un comité d'éthique comme celui
mis en place par le Collège des médecins.
Pour
terminer, l'article 51 du projet de loi prévoit la constitution du Fonds
de prévention et recherche en matière de
cannabis. Bien que l'actuel projet de loi encadre essentiellement l'utilisation
du cannabis à des fins non médicales, l'ordre recommande que le financement
puisse être aussi affecté à la recherche sur l'utilisation du cannabis à des
fins médicales. Un tel financement
permettrait d'améliorer les connaissances sur le produit, sur son utilisation.
Ces données seraient aussi fort utiles pour les professionnels de la
santé qui devront évaluer le besoin clinique et la pertinence de l'utilisation
de ce produit chez un patient donné.
Mmes, MM. les
parlementaires, l'essentiel de notre position sur le sujet vous a été présenté,
et nous sommes ouverts à vos questions. Merci.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. Bolduc, pour la
présentation de votre mémoire ce matin. Nous allons débuter les échanges avec la
partie gouvernementale. Mme la
ministre, députée de Soulanges, vous disposez de 15 minutes. À vous
la parole.
Charlebois :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, M. Bolduc, Mme Lambert et Mme
Fagnan — c'est
ça? — merci d'être là et de nous faire connaître
vos positions. C'est d'autant plus intéressant qu'hier on a reçu l'association
des pharmaciens indépendants. À plusieurs
égards, vos points de vue se ressemblent. J'imagine que vous avez discuté
ensemble, fort probablement. Maintenant, je vais discuter avec vous, du point de vue du cannabis thérapeutique d'abord, avant d'aller au non-thérapeutique.
Pour
ce qui est du cannabis thérapeutique, à ma connaissance, puis
hier ça a été discuté aussi, puis je veux valider avec vous si j'ai
compris les bonnes choses, c'est que le cannabis thérapeutique doit
absolument, un, être reconnu par Santé
Canada comme étant un médicament. Je ne sais pas si j'ai le bon mot. En tout
cas, sinon, même au Québec, on ne peut
rien faire, dans le sens où on ne peut pas... Mais, moi, là, où j'ai un
problème, c'est qu'il n'est pas reconnu comme médicament, mais, en même temps, il se vend du cannabis thérapeutique
approuvé par... là, je ne comprends pas. Il y a comme une incohérence
dans ma tête que je n'arrive pas à arrimer.
M. Bolduc (Bertrand) : Ça aurait été plus facile si le cannabis médical
aurait été approuvé comme un médicament comme tous les autres. Malheureusement, il n'a pas été approuvé par
Santé Canada, il a été approuvé par la Cour suprême du Canada. Alors, ce n'est pas tout à fait le
processus auquel on est habitués, et c'est pour cela qu'il n'est pas en
pharmacie présentement, et ça, ça fait quand même plusieurs années.
Évidemment,
ce produit-là n'est pas développé par le même système habituel, par les
compagnies pharmaceutiques qui font
des études cliniques et qui nous donnent des données probantes qui nous
permettent éventuellement de travailler avec une monographie de produits claire. C'est pour ça que les ordres de
pharmaciens, au Canada, ont toujours été contre la distribution en
pharmacie.
Maintenant,
notre position évolue parce que les connaissances évoluent également. Il y a
maintenant des données probantes,
quelques indications bien spécifiques qui montrent que les patients peuvent
bénéficier. Et le cannabis médical est
rarement un produit d'utilisation de première ligne. C'est souvent en deuxième,
et même troisième, ou quatrième ligne de traitement, donc présence
d'autres médicaments, donc problèmes potentiels d'interaction et de suivi.
Alors,
suite à ça, on se demande qu'est-ce qui est le mieux pour le patient. Est-ce
que c'est d'aller ailleurs, ou le recevoir
par la poste et ne pas avoir cette surveillance et ce suivi-là que le
pharmacien offre, ou de permettre en pharmacie, selon les conditions que nous avons exprimées, c'est-à-dire soit il est
approuvé par Santé Canada — et plusieurs compagnies se
dirigent dans cette direction-là — ou comme un produit de nature expérimentale,
si on veut, et là on le fait sous le chapeau d'un projet de recherche clinique qui est encadré par le Collège des
médecins également? Alors, à ces conditions-là, on pense qu'en
pharmacie, c'est le meilleur endroit pour le cannabis médical. Peut-être que
Manon veut rajouter.
Mme Lambert (Manon) : Alors, je dirais que ce qu'on suggère, c'est une ouverture prudente. On
sait que les promoteurs du marché
médical sont extrêmement agressifs. Dans leurs allégations d'efficacité, ça va
de A à Z et à double Z, ce qui n'est pas les connaissances qu'on a actuellement.
Donc, il y a essentiellement trois indications pour lesquelles, actuellement, le cannabis... il semble y avoir des
données probantes intéressantes, donc... Et, après discussions à Dr Ware
puis avec Santé Canada, il y a des
préoccupations, effectivement, qu'on ait des professionnels réglementés qui en
fassent la distribution pour...
professionnels réglementés par un code de déontologie, qui ne pourront pas
faire des allégations que c'est
efficace contre je ne sais pas quelle maladie. Mais donc les pharmaciens, avec
leur code de déontologie, bien, doivent se baser sur les données de la
science.
Comme
disait Bertrand, au départ, on était très frileux, parce que, quand la Cour
suprême a autorisé l'utilisation, il n'y
avait pas de mécanisme de réglementation fédérale. Maintenant, il y en a un.
Santé Canada a bonifié l'encadrement de
la production. Maintenant, on est relativement assurés de produits de qualité,
et les données de la science ont évolué.
Malgré ça, ce qu'on propose, c'est vraiment une ouverture très prudente.
Et d'ailleurs une de nos recommandations, c'est que peut-être l'usufruit de la vente de cannabis à des fins non
thérapeutiques, une
partie de la vente puisse être utilisée pour améliorer la recherche, pour qu'on puisse statuer une fois pour toutes sur
l'efficacité versus les risques de l'utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, et tout ça dans un contexte qu'on
connaît bien, dans un contexte scientifique, où on va aller chercher des données fortes et importantes,
et on n'exposera pas les patients à des risques inopportuns, parce qu'on
ne sait pas trop si effectivement c'est efficace ou pas puis parce qu'on ne connaît pas tant que ça les
risques, donc approche très prudente.
Charlebois :
J'aime ça vous entendre, parce qu'en
même temps c'est de l'information pour la population, ce que
vous venez de faire, là, parce qu'en
ce moment ce que j'ai entendu, c'est, premièrement, c'est qu'il y en a qui
s'automédicamentent, qui évaluent leur affaire eux autres mêmes, mais il
y en a d'autres pour qui... parce que ça m'a frappée
pendant les consultations, et puis, à un moment donné, je l'ai même dit
publiquement, ils n'avaient pas... on l'a dit hier, les médecins ne prescrivent pas beaucoup au Québec, pour ne pas
dire à peu près pas, de cannabis thérapeutique, mais les médicaments ailleurs... voyons, pas les pharmaciens, les
médecins ailleurs le font, et il y a un lobby qui dirige les gens vers
C'est
inquiétant dans le sens où j'entends votre recommandation, mais là je me
dis : En même temps, par téléphone, tu as une prescription d'un médecin qui ne te connaît pas, qui ne sait
pas les autres médicaments. Lui as-tu tout dit quand tu lui as parlé? Bref, j'invite la population à
beaucoup de prudence à travers ça. Une fois que je vous ai parlé de ça, parce
que ça, c'est le dossier du cannabis
thérapeutique... puis vous expliquez très bien le pourquoi il n'y a pas de
prescription au Québec. Ce n'est pas
juste le Collège des médecins qui l'interdit, c'est Santé Canada, c'est
les recherches qui doivent être poursuivies, etc.
Revenons
donc au cannabis non thérapeutique, puis je vous remercie d'utiliser ce
terme-là et de ne pas utiliser un
autre terme, parce que, pour moi, ça
part là la banalisation, c'est dans
l'utilisation des mots. Et je comprends que vous n'êtes pas d'accord
avec le projet pilote de cinq succursales autres que par la Société québécoise
du cannabis.
Mme Lambert (Manon) : En fait, on ne se prononce pas sur le reste du
secteur privé pour le non-thérapeutique. Par contre, nous, ce qu'on dit, c'est que les pharmacies devraient
d'emblée... les pharmacies ou les boutiques adjacentes aux pharmacies devraient d'emblée être exclues de
la possibilité d'avoir un projet pilote. Pour nous, c'est incompatible la vente, la production de cannabis à des fins non
thérapeutiques par un pharmacien, à l'instar du tabac, de la même façon
qu'on serait très inconfortables de vendre de l'alcool dans les boutiques
adjacentes.
Pour
nous, là, c'est un ensemble cohérent et c'est incompatible avec le rôle du
pharmacien. Comment un pharmacien
pourrait vendre du cannabis à un jeune qui est à risque éventuellement
d'épisodes psychotiques? Comment un pharmacien pourrait vendre du
cannabis à des fins récréatives à un patient pour lequel il pourrait y avoir
des interactions? Je dis «pourrait» parce
qu'on sait très bien que le cannabis peut avoir des interactions, mais comme
c'est illégal, on n'a pas de données
encore très formelles, et tout ça. Donc, on est à la recherche, nous, comme
professionnels de la santé, de
données solides qui vont nous donner... comme les médicaments, on sait que tu
entres en interaction avec tel médicament, tel médicament, puis tu fais
une surveillance et tout ça. On n'a pas ça avec le cannabis à des fins
récréatives. Donc, on ne veut pas mettre la population à risque dans nos
pharmacies.
Mme Charlebois :
Oui, puis c'est professionnel de votre part, parce qu'effectivement tous les
médicaments ont une interaction entre
eux, mais le cannabis en est une autre interaction possible. À la limite,
j'allais vous dire : Il y a même des vitamines que tu ne peux pas
jumeler avec certains médicaments. Bon, puis ça, c'est tout autre chose.
Vous
nous parlez de formation de base pour les travailleurs de la Société québécoise
du cannabis et vous nous exposez très
clairement la complexité de votre rôle et de votre profession. Qu'est-ce que
vous voudriez voir inclus? Parce que,
ça aussi, là, quand vous dites : Il va falloir qu'ils conseillent en
fonction de ce qu'ils prennent comme médicaments, ça commence à être
limite, là. C'est bien plus le rôle du pharmacien de faire ça que de nos
travailleurs en Société québécoise du cannabis, vous ne pensez pas?
M. Bolduc (Bertrand) : Oui et non, parce que, par exemple, à partir du
1er juillet 2018, il y a des gens qui vont pouvoir s'en
procurer et qui vont se lever le matin...
vous donne un exemple. Vous vous levez ce matin puis vous vous êtes fait mal
dans le dos. Vous allez dire : Bon,
bien, peut-être que ça m'aiderait. Alors, vous allez à une succursale de la
Société québécoise du cannabis et vous allez
dire : Bien, moi, j'ai mal dans le dos, je viens me chercher du cannabis.
Puis là il faut que les employés disent : Bien, si c'est pour un usage médical, et que tu as mal
dans le dos parce que... et que tu prends déjà d'autres médicaments pour ça,
il faudrait absolument que tu consultes ton pharmacien pour voir si c'est
approprié, idéalement avoir une prescription médicale pour ce genre de
traitement là.
veut éviter que les gens se dirigent vers les succursales pour l'usage médical
de ces produits-là. Et là je parle d'un
mal de dos, ça pourrait être un patient qui a le cancer, qui a des nausées à
cause de son traitement, ça pourrait être quelqu'un qui a de la sclérose en plaques, etc. Ces gens-là doivent être
suivis de façon médicale, prennent déjà plusieurs médicaments, et là on
arrive avec une option qui devient disponible de façon non médicale, mais...
Donc,
on veut que le personnel de vos succursales puisse être en mesure de
dire : Un instant, vous seriez mieux de... À partir de là, le patient ou la personne, le consommateur fera
son choix, mais au moins il y a une mise en garde, basée sur des
éléments probants, des éléments objectifs qui font en sorte que les gens
pourront dire : Ah! c'est vrai, peut-être que je devrais d'abord consulter
mon médecin et mon pharmacien et, par la suite, faire un choix suite à ça.
Charlebois : Oui, je comprends mieux, parce
qu'effectivement, tu sais, on ne peut pas devenir pharmacien avec une
formation de base pour travailleur en Société québécoise du cannabis.
Est-ce
que, comment vous dire ça... Dans les autres projets pilotes, est-ce qu'il y a
d'autres projets pilotes que vous voudriez voir? Outre la recherche, outre la
vente, que vous me dites ne pas être en accord, est-ce qu'il y a d'autres
projets pilotes qu'il pourrait être intéressant d'élaborer pour le gouvernement
du Québec?
M. Bolduc
(Bertrand) : On peut imaginer plusieurs choses. Par exemple, on a...
La douleur chronique est un grand problème,
hein, et ça nous occasionne des problèmes avec les opioïdes, là, et on essaie
du mieux qu'on peut, tant au niveau
des médecins et des pharmaciens, de bien contrôler l'utilisation de ces
produits-là. Ceci étant dit, l'utilisation du cannabis thérapeutique au niveau de la douleur chronique est une des
indications où il y a beaucoup de potentiel. Et des projets avec des
cliniques de la douleur, que ce soit dans nos centres universitaires ou
ailleurs, pourraient nous aider à aller chercher des données probantes, et là
on aurait encore plus de choses pour bien travailler avec les patients.
Donc,
la douleur chronique, des cliniques de la douleur, on aurait peut-être une
opportunité de développer des données qui nous permettraient de réduire
le risque des opioïdes et leur utilisation et d'aller vers des produits qui
sont efficaces et sécuritaires. Et ça, c'est
le genre de projets pilotes qui sont non liés à la distribution, qui sont liés
à l'utilisation médicale, qui pourraient être intéressants.
Charlebois : Il y a des gens, effectivement, qui nous ont
dit, quand ils sont venus en commission... puis je ne nommerai pas de maladie parce que je ne veux
pas que les gens pensent que j'adhère à toutes les philosophies, là, mais
il y a des maladies... Il y a un monsieur,
entre autres, qui nous a dit... depuis l'âge de neuf ans qu'il consommait, puis
lui, ça l'a aidé à survivre, mais
pour des raisons qui lui appartiennent. Puis il y en a d'autres, pour toutes
sortes de maladies, qui disaient,
pour leur enfant, c'était... Bon, je vous laisse ça comme ça, mais encore là,
je pense que la science doit faire son oeuvre. Vous avez tout à fait
raison.
Est-ce que vous vous êtes penchés sur
d'autres aspects du projet de loi? Exemple, les lieux de consommation, la possession, l'âge. Y a-tu d'autres sujets que
vous avez abordés avec l'ordre, avec votre conseil d'administration et/ou
vos pharmaciens?
Mme Lambert (Manon) : Bien, évidemment, la question des lieux, c'est un peu moins dans notre
expertise, dans notre champ de
pratique. L'âge, c'est bien certain qu'on invite les parlementaires à beaucoup
de prudence. On n'a pas statué, là,
sur un âge limite, mais les données, et c'est des données quand même assez
solides, les données nous indiquent que
la consommation chez les jeunes peut avoir un impact chez certains d'entre eux.
Encore là, on a possiblement besoin encore
de mieux qualifier quelles sont les clientèles à risque, mais c'est sûr que
tant que le cerveau n'est pas mature, on peut avoir des risques,
notamment, de premier épisode psychotique et problèmes d'apathie aussi,
éventuellement.
Donc,
on invite les parlementaires à la prudence. Est-ce que c'est 18, est-ce que
c'est 21, est-ce que c'est 25? On ne
s'est pas prononcés formellement. Chose certaine, il va falloir suivre
l'évolution de ce dossier-là, parce qu'il y a un risque non négligeable
qui est là. Puis le problème, c'est qu'on ne sait pas, à ce moment-ci... on ne
peut pas dire, le portrait-robot, même si on
commence à avoir certains critères, le portrait-robot de la personne qui va
avoir des problèmes, c'est ça qu'on devrait... Donc, dans ce cas-là, il
faut user de prudence.
Charlebois :
La science dit que c'est 25 ans où le cerveau cesse de se former.
Mme Lambert
(Manon) : Oui.
Charlebois :
Alors, c'est là qu'il faudrait mettre l'âge, selon vous. C'est ce que je
comprends. Mais qu'est-ce qu'on fait avec
les gens qui consomment dans l'illégalité des produits qui ne seront pas
homologués, je ne sais pas comment le dire, de qualité?
Mme Lambert (Manon) : Bien, c'est là qu'on dit : Il faut user de prudence. On n'a pas
dit : Il faut mettre l'âge à 25
ans. Il faut certainement mettre en place un système de veille qui va nous
aider à mieux caractériser ce risque-là, parce que, bon, ce n'est pas tous les jeunes de moins de 25 ans qui vont faire
un épisode psychotique en fumant un joint, là. On s'entend là-dessus.
contre, est-ce qu'on peut accumuler davantage de données? Et, dans notre
mémoire, on parle beaucoup aussi de
s'assurer de réduire les méfaits, c'est-à-dire les corridors de services,
s'assurer que, si on a les symptômes d'un premier épisode psychotique, bien, que nos pharmaciens
soient formés là-dessus, parce qu'ils voient la clientèle, que les professeurs,
les gens d'Info-Santé... et qu'on ait les ressources pour diriger rapidement
ces clientèles-là.
Donc,
on utilise, je dirais, un principe de précaution, parce que, vous avez tout à
fait raison, l'interdiction n'empêchera
pas ces jeunes-là de consommer. Donc, surveillance et surtout, peut-être,
information, promotion pour qu'on puisse arriver à une consommation le
plus responsable possible chez les catégories de clientèle à risque.
Le Président (M.
Merlini) : Merci. Ça met un terme à ce bloc d'échange avec le
gouvernement. Nous allons maintenant du côté
de l'opposition officielle. Le temps file. M. le député de Labelle, vous
disposez de neuf minutes. À vous la parole.
M. Pagé :
Oui, merci, M. le Président. Bon, beaucoup de choses fort intéressantes. Je
vous remercie.
Comme
j'ai dit aux gens hier, qui représentent l'association des pharmaciens du
Québec — je ne me
souviens pas exactement
l'appellation — c'est un
volet dont on n'a pas suffisamment parlé. Je pense qu'il va falloir s'organiser
pour que, dans le projet de loi, tout cela
soit inclus. On comprend les raisons pour lesquelles on n'en était pas encore
là, mais vos propos sont, pour moi, très, très importants.
Votre première
recommandation : «Que le gouvernement du Québec accompagne formellement
l'Ordre des pharmaciens du Québec
afin de faire la représentation requise pour qu'une modification au règlement fédéral soit portée, permettant aux pharmaciens la pratique privée.»
Bon, moi, je suis d'accord avec ça, mais, en même temps, je me dis, je pense qu'on pourra regarder avec la
partie gouvernementale, est-ce que nous sommes obligés d'aller demander à Ottawa ou
est-ce que nous sommes capables, à l'intérieur de notre réglementation, de nos pouvoirs législatifs, de le faire pour
que ce soit chez vous. Parce que,
nous, nous l'avons dit dès le départ que, pour des fins médicales, ça doit se
retrouver chez vous, parce que vous êtes les professionnels de la santé.
Alors, il n'y a aucune ambiguïté, hein? Je veux juste vous
rassurer à cet égard-là. Nous allons
collaborer avec le gouvernement afin de voir de quelle façon on pourrait
s'assurer qu'on puisse répondre positivement à votre première
recommandation.
recommandation 2, quand vous parlez de projets de recherche, effectivement, je
pense que c'est un volet qui est très
important pour... si je vais dans le sens de votre recommandation, le projet de
recherche sur l'efficacité, l'innocuité, les effets, bon... tout cela, mais je pense de façon beaucoup plus
large. Et, à cet égard-là, pour que l'on puisse prendre des bonnes décisions
dans l'avenir, vous étiez là tantôt avec les universitaires, nous avons aussi
demandé qu'il y ait aussi un observatoire
en collaboration avec les chaires de recherche universitaire. Présentement, on
a un comité consultatif, mais il va falloir l'alimenter, le comité
consultatif.
Est-ce
que vous croyez que c'est une bonne façon de faire de créer cet observatoire
qui avait d'ailleurs été demandé à
quelques occasions lors des consultations? On comprend que ce n'est pas tout le
monde qui est dans ce milieu-là qui va le demander, là, mais est-ce que
vous êtes d'accord avec cette proposition?
M. Bolduc (Bertrand) : Absolument.
Absolument.
Mme Lambert (Manon) : J'ajouterais par contre qu'un observatoire ne
nous donnera peut-être pas la profondeur des données probantes dont on a besoin. Je pense que ce n'est pas
mutuellement exclusif. Donc, il faut un observatoire, mais il faudrait davantage investir dans la
recherche carrément sur l'utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques. On
est contents actuellement. Ce qu'on
sait, c'est qu'il y a des compagnies pharmaceutiques qui ont commencé de la
recherche clinique qui est quand même
assez rigoureuse, hein? Faire des projets de recherche pour déterminer si c'est
efficace ou pas, si on est dans le cadre, là, de fabulations de
promoteurs ou si on est dans de l'efficacité réelle, ça demande des études
exigeantes. C'est des études coûteuses, puis on n'a pas vu beaucoup d'appétit
de l'industrie jusqu'à maintenant pour investir là-dedans.
C'est
pour ça qu'on se dit : Est-ce qu'on ne pourrait pas utiliser une
partie
des sommes pour pouvoir supporter et
soutenir cette recherche-là pour s'assurer qu'on fasse le point une fois pour
toutes sur les indications et le risque-bénéfice de l'utilisation du
cannabis à des fins thérapeutiques.
Pagé : Oui. Bien, en fait, c'est parce que nous sommes
justement d'accord avec cela que nous voulons aller de façon plus large et en périphérie avec cet
observatoire qui pourra également alimenter nos réflexions pour les différentes
prises de décision. Et je fais du pouce sur
ce que vous venez de dire. À partir du moment où on a des données probantes,
est-ce que vous croyez que... et qu'on le
considère comme un médicament, puis vous le dites, puis ce n'est peut-être pas
parfois en première ligne, mais dans
certains cas, effectivement, on a été témoin de gens qui nous ont confirmé que
c'était le médicament qui les aidait
vraiment. À partir de ce moment-là, devrait-on demander à ce qu'il soit
autorisé au remboursement de l'assurance médicaments comme les autres
médicaments?
Mme Lambert (Manon) : Bien, dans la mesure où effectivement on a un médicament... donc, la définition de médicament, c'est notamment un médicament qui
est autorisé par Santé Canada, ce qui n'est pas tout à fait le cas encore
pour le cannabis. Dans la mesure où il est
traité comme un médicament, oui, effectivement, éventuellement il faudra, pour s'assurer de l'accessibilité
économique des patients, il faudra le rembourser.
Maintenant,
il y a encore un petit peu de chemin avant de se rendre là, mais, oui, vous
avez totalement raison. On
ne l'a pas mis dans le mémoire actuellement, parce
qu'on ne voulait pas dire qu'il
fallait le faire actuellement, mais c'est des choses dont on a discuté à
l'interne chez nous.
M. Pagé : On en convient avec vous, je ne pense pas que ça va
être demain matin, mais on convient tous qu'on se rend de plus en plus compte que, pour une certaine clientèle, les
effets thérapeutiques sont probants, là. Et c'est la raison pour
laquelle je posais la question, mais il va falloir continuer à documenter. Je
suis d'accord avec vous.
Votre
recommandation 6, vous faites référence à l'achat par
Internet. Vous dites, ça devrait donc transiter chez vous, mais là je vais vous amener un petit peu plus loin, puis vous savez que j'en ai discuté avec vos collègues
d'hier. Nous, la vente en ligne, nous
disons oui, mais en autant que ça soit fait sur le site de la SQC et que la
personne aille chercher elle-même dans un point de chute quelconque.
comprend que, bon, il va y avoir 15 points de vente au cours de l'été,
mais le ministre des Finances a dit : Au final, ça sera 150, 200, 250,
nous ne le savons pas. Mais, même avec 150 ou 200, avec la grandeur du territoire
québécois, on sait qu'à
certains endroits, ça va être compliqué pour les gens de faire plusieurs
dizaines de kilomètres pour aller chercher.
Puis on ne veut pas que ça soit le facteur qui fasse la prévention quand il va
mettre ça dans la boîte aux lettres, parce
qu'il n'aura pas le temps de faire ça
puis il n'aura pas les compétences pour ça malgré tout le respect que j'ai pour
leur travail.
Cela dit, il
y a par contre des pharmacies un
peu partout à travers le Québec. Est-ce
que vous avez réfléchi? Est-ce que
vous seriez d'accord, si nous proposions que les points de chute dans
les endroits où il n'y a pas de... qu'il n'y aura pas de comptoir de la SQC, pourraient être chez
vous, juste pour que la personne aile le chercher chez vous moyennant un certain dédommagement? Pas pour en faire la
vente sur les étagères, là. Ce n'est pas ça, là, que je vous dis. Mais je sais
même qu'il y a des bureaux de poste dans plusieurs
pharmacies. Alors, est-ce qu'il pourrait y avoir un point chute qui pourrait être chez vous? D'une part,
symboliquement, c'est un peu plus fort que de recevoir ça dans sa boîte aux
lettres. La personne doit se
présenter. Donc, il y a un certain contrôle, et en même temps, quand la personne se présente et qu'elle a peut-être envie
d'avoir un peu d'information, je pense que c'est un peu plus l'endroit pour
avoir de l'information que si c'est carrément avec le facteur, là.
M. Bolduc
(Bertrand) : Oui. Bien, symboliquement, le message n'est pas très bon.
Alors, la réponse à votre question, c'est
non. Il y a des bureaux de poste partout au Québec, et présentement on ne
reçoit pas de caisse de la SAQ dans
les pharmacies où il n'y a pas de succursale de la SAQ. Alors, c'est le même
principe pour le cannabis non thérapeutique, c'est non à toute
distribution en pharmacie, directe ou indirecte. S'il y a un bureau de poste
dans une pharmacie, ça se peut, mais, à
partir de là, c'est un comptoir qui est complètement indépendant du laboratoire
en arrière. Et on ne sait pas ce
qu'il y a dans le paquet. Et les gens commandent tout ce qu'ils veulent par
Internet, et ils commandent peut-être même déjà des médicaments à
l'extérieur du Canada, et ça arrive au bureau de poste dans la pharmacie. Mais ça, pour nous, la réponse, c'est non. Le
cannabis non thérapeutique, sous toutes ses formes, ne doit pas être en
pharmacie. À partir de là, si le bureau de poste est là, bien là, ça...
M. Pagé :
Oui, allez-y.
Mme Lambert
(Manon) : J'ajouterais par
contre que là où on est ouvert, l'ordre, puis d'ailleurs on demande aussi
qu'il y ait des sommes qui puissent être
réservées pour la formation des professionnels, là où on est ouverts, nous,
c'est de... On
va inciter nos pharmaciens... Premièrement, on voudrait offrir de la formation
et on va inciter nos pharmaciens à ouvrir la discussion avec les personnes qui les consultent professionnellement, à
faire de la prévention, promotion, consommation responsable, s'assurer qu'effectivement, si on a des gens qui consomment
déjà des médicaments, s'assurer qu'ils vont travailler. Donc, non, on ne veut pas que nos pharmaciens soient
complètement, comment je dirais ça, absents du dossier du cannabis thérapeutique, mais on ne veut pas qu'ils
aient à décider entre : je donne ce produit-là à cette personne-là et
je pense professionnellement que je ne devrais pas le faire, là.
Président (M. Merlini) : Malheureusement, M. le député, le bloc
est terminé. Les échanges sont extraordinaires, mais le temps nous limite, malheureusement. M. le député de Borduas, vous avez un bloc d'échange de six minutes. À
vous la parole.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Mesdames monsieur, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission.
Dans un premier temps, je voudrais qu'on aille vers votre recommandation 8, au niveau du corridor de services. Vous dites, dans le fond, il faut donner accès aux soins de santé, aux
professionnels de la santé sans nécessairement être obligé d'aller voir le médecin pour être référé
dans le système. Comment ça pourrait prendre forme, là? Est-ce qu'il va
falloir réfléchir aussi avec le ministère de la Santé? Mais comment est-ce que
vous le voyez, ça?
Lambert (Manon) : Bien, dans
certaines régions, c'est déjà le cas, là. On n'est pas obligé de retourner le
patient à son médecin traitant, lorsqu'il en a un, hein, ça, c'est la première
question, pour que lui fasse une évaluation et dise : O.K., je donne un papier de référence, un peu comme une
référence à un spécialiste, je donne un papier de référence pour diriger cette personne-là vers les cliniques
de premier épisode où là tu as souvent des ressources spécialisées.
Alors, généralement, en médecine, ça fonctionne un peu comme ça,
quand tu veux référer à des ressources spécialisées, bien, ça prend une
consultation médicale.
Nous, ce
qu'on dit, c'est que, dans le contexte actuel, dans le contexte, évidemment, où on va libéraliser l'utilisation
du cannabis, où il y aura peut-être des
essais pour certaines personnes, bien, il ne faudrait pas que, parce que le
jeune, par exemple, n'a pas de
médecin de famille, qu'on doive l'envoyer à l'urgence pour avoir un papier pour
qu'éventuellement il soit référé. C'est une utilisation inappropriée des
ressources, puis on risque fort de perdre le patient entre les deux.
Ça fait que ce qu'on dit, c'est que, si... puis
ils n'ont pas travaillé avec les médecins psychiatres là-dedans. Si on avait un
peu des outils pour les pharmaciens avec certains signaux d'alarme — on le
fait déjà dans le cadre de la loi
n° 41 — certains
signaux d'alarme, par exemple, pour le pharmacien... mais ça pourrait être des
signaux d'alarme qui peuvent être
constatés par la population en général. On l'a avec les professeurs dans
certains centres. Bien, à ce moment-là, référence du pharmacien, il est évalué au... il est envoyé directement à
la clinique premier épisode, puis on n'a pas besoin d'avoir un intermédiaire entre les deux. Peut-être
que le pharmacien va se tromper, parce que ce n'est pas un spécialiste du diagnostic, mais, en même temps, peut-être
qu'il ne se trompera pas puis qu'on va avoir quelqu'un qui va avoir accès
rapidement à des services de qualité. C'est un peu dans ce sens-là.
Donc,
actuellement, il y a des régions où ça se passe comme ça puis il y a des
régions où ils demandent la référence médicale.
Nous, on dit : Ça devrait être uniforme au Québec, surtout à partir du
moment de la légalisation. On devrait pouvoir avoir accès beaucoup plus
librement à ces ressources-là.
Jolin-Barrette : Donc, au
niveau national, le chemin soit préétabli, si jamais il y a quelqu'un qui
rentre dans une pharmacie avec certains troubles de consommation, tout
ça, vous puissiez le diriger directement vers la clinique appropriée puis qu'il
soit pris en charge.
Lambert (Manon) : Pris en
charge, évalué, puis, comme je dis, peut-être que le pharmacien va se tromper, mais,
s'il ne se trompe pas, bien, on aura bien traité une personne.
Jolin-Barrette : Puis dans
les régions, actuellement, où ça existe, comment ça fonctionne? Est-ce que
c'est le pharmacien qui appelle la clinique puis qui dit : Voici,
ou il dit au patient : Je vous conseillerais d'aller à la clinique?
Lambert (Manon) : Actuellement, le pharmacien n'est pas très impliqué là-dedans, je vous dirais, parce que, bon, souvent, il y a une espèce de gêne pour
un professionnel de la santé de, comment je dirais ça, de discuter de consommation de drogues illicites, ou, en fait, il y a certainement une
gêne du patient de parler avec son pharmacien de consommation de drogues
illicites même si souvent on peut s'en douter. Mais, quand le patient ne nous
le dit pas officiellement puis qu'il ne veut
pas nous parler de ça, on ne peut pas... Ce qu'on dit par contre, c'est qu'à
partir du moment où ça va être légalisé, on pense que ça, cette gêne-là,
va tomber, puis là il va pouvoir y avoir de la discussion.
M. Jolin-Barrette : Sur la question
du financement des formations par les ordres professionnels, c'est quoi,
l'enveloppe que ça prendrait pour avoir le financement approprié à la hauteur
des formations que vous voulez offrir?
Mme Lambert
(Manon) : Bien, développer
une bonne formation, là, pour l'ensemble des membres, par exemple, une formation webinaire, là, ça coûte à peu près
100 000 $. Tu sais, c'est à peu près ça. Il faudrait... évidemment,
on parle de notre ordre, mais on
pense qu'il y a d'autres professionnels de la santé certainement qui vont être
impliqués. Donc, je pense que... puis
on peut travailler ensemble. On travaille de plus en plus ensemble, les ordres,
en interdisciplinarité. Donc, il pourrait peut-être y avoir quelque chose de développé de façon
coordonnée par plusieurs ordres, là. Ça ne serait pas des sommes hyperimportantes, puis on serait
assurés que tous les professionnels ont la même base au départ, là, sur
les grands enjeux, là.
M. Jolin-Barrette : Vous souhaitez
également un siège sur le comité de vigilance.
M. Bolduc (Bertrand) : Tout à fait.
Jolin-Barrette : Dans le
fond, il va y avoir un certain nombre de places limité, donc comment vous voyez
ça? Un pour les pharmaciens, un pour le domaine
de la santé également, les autres professionnels, ou vous êtes ouverts...
Bolduc (Bertrand) : ...la
vigie qui devrait se faire suite à la légalisation ou la distribution par la
société, il va y avoir des choses de
détectées ou détectables, et les pharmaciens ont un oeil un peu plus... je
dirais, assez aiguisé pour voir les
choses arriver. Évidemment,
j'ose imaginer qu'il y aura quelqu'un de la communauté médicale là, il va sans dire,
mais d'avoir un pharmacien qui a une
habitude de voir : Bien, ce genre de réaction là, c'est suite à la
consommation commune de x médicaments
et de cannabis... Donc, c'est ce genre de chose là, pour voir le genre de
comportement de la clientèle. Je pense qu'un pharmacien qui, déjà,
pratique, par exemple, là, au niveau des opioïdes de façon plus habituelle,
c'est quelqu'un qui peut voir des patterns, des comportements qui
pourraient inciter à la prudence et à peut-être mettre d'autres réglementations en place éventuellement.
Le Président (M. Merlini) : Ça met
un terme à ce bloc d'échange avec le deuxième groupe d'opposition.
Mme Fagnan, Mme Lambert et M. Bolduc,
représentant l'Ordre des pharmaciens du Québec, merci de votre présence. Merci
de votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends
donc nos travaux quelques instants et j'invite la Corporation des propriétaires
immobiliers du Québec à prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 1)
Président (M. Merlini) :
Nous reprenons donc nos travaux. Nous avons le plaisir maintenant
d'accueillir la Corporation des
propriétaires immobiliers du Québec, mieux connue sous son acronyme, la CORPIQ. Vous
avez 10 minutes pour faire votre présentation. Et je vous invite également
à présenter les gens qui vous accompagnent. Ensuite, nous procéderons aux
échanges avec les membres de la commission. La parole est à vous et bienvenue à
la CSSS.
Forest (Mylène) : Merci, M. le Président. Madame et messieurs, membres de la commission, Mme la ministre, bonjour. Mon nom est Mylène Forest. Je suis la présidente sortante du
conseil d'administration de la CORPIQ, qui regroupe actuellement 25 000 propriétaires et gestionnaires d'immeubles de toutes
tailles. Je suis accompagnée aujourd'hui de notre directeur
des affaires publiques, M. Hans Brouillette, ainsi que d'un propriétaire membre
de la CORPIQ qui a récemment
vécu une problématique au cannabis dans son immeuble.
Vous avez reçu notre mémoire, et, comme vous le
constatez, il appuie le projet de loi n° 157, qui vient éviter, à notre avis, des conséquences graves qui auraient
pu découler de la permissivité de la loi fédérale. Toutefois,
il y a souvent une différence entre la loi écrite et la réalité. Et,
bien que le projet de loi soit rassurant, il y a encore beaucoup de préoccupations
de la part des propriétaires et aussi de nos locataires non-fumeurs.
Pour vous en
parler et pour vous expliquer nos recommandations, je vais céder la parole à M. Hans Brouillette.
Brouillette (Hans) :
Bonjour. Le projet de loi n° 157 du gouvernement
du Québec reçoit l'appui général des
propriétaires de logements. L'interdiction
de produire du cannabis à des fins personnelles à domicile constitue la
meilleure solution et la meilleure approche pour le Québec, combinée à
la jurisprudence actuelle qui reconnaît le droit aux propriétaires d'interdire, dans leurs baux, de fumer. Bon, évidemment,
on pense que les moyens, du moins sur papier, sont là pour faire face à la nouvelle réalité. Toutefois,
beaucoup de problèmes sont à prévoir parce qu'il y a un
monde entre le texte de loi et les moyens concrets pour faire respecter la loi
et les règlements d'immeubles par les locataires.
On a sondé
nos membres, on les a consultés. Les trois quarts sont inquiets ou même très
inquiets face à la légalisation du
cannabis. Bien sûr, il y a plusieurs préoccupations comme le laisser-faire des autorités policières,
la lenteur du tribunal de la Régie du logement, qui constitue notre
recours en cas de problème, donc, pour les propriétaires d'immeubles, l'incohérence de certaines décisions des
régisseurs. Et, globalement, la déficience du système envoie le message
qu'on peut cultiver, on peut
consommer en toute impunité. Donc, c'est un problème de gestion important pour
les propriétaires de logements.
Dans un tel
contexte, évidemment, le laxisme, la déresponsabilisation et les
conflits potentiels, c'est sûr que la décision du gouvernement fédéral
de légaliser le cannabis suscite de vives réactions de la part de nos membres.
Et ça ne rendra évidemment pas plus tolérable la fumée
secondaire pour les locataires voisins qui tiennent à vivre dans un environnement
qui leur procure une pleine jouissance des lieux et leur permet de garder la
santé.
Bon, premier
point important, maintenir l'interdiction de cultiver du cannabis à
des fins personnelles. La CORPIQ a
fait savoir aux élus responsables du dossier au gouvernement fédéral qu'il n'y
avait aucune justification que la
culture de cannabis soit permise dans
les logements, alors que les consommateurs pourront s'approvisionner dans des
points de vente légaux ou même en
ligne, à plus forte raison quand... interdiction de cultiver, à plus forte
raison, quand l'habitation n'appartient pas à l'occupant.
Évidemment,
on pense tout de suite aux dommages aux logements et aux problèmes de
sécurité : humidité élevée, des
lampes chauffantes qui, dans des conditions dangereuses, alimentent, éclairent
les plants, également des modifications du système de ventilation. On pense aussi aux impacts financiers pour
les propriétaires, mais aussi pour les autres locataires de l'immeuble. On pense ici aux primes d'assurance
qui augmenteraient évidemment s'il y avait culture de cannabis, à la
difficulté de revendre aussi la propriété parce qu'on doit déclarer ce fait
important au moment de transiger.
On a un cas,
là, très récent. Donc, en 2017, un propriétaire de Lanaudière membre de la
CORPIQ qui était pris avec une situation où le locataire détenait un
certificat pour cultiver 25 plants dans son logement, la police a refusé d'intervenir, et il a dû contacter son assureur
pour se protéger. Il n'avait pas le choix de déclarer la situation, et
l'assureur lui a annoncé que les
primes allaient augmenter de 800 $ à 4 000 $. Alors, ça, ça a un
impact sur les loyers de l'ensemble de
l'immeuble, à moins, bien sûr, qu'il réussisse, dans le mois qui suit, à se
débarrasser des plants. Donc, les hausses de prime d'assurance sont
directement transférables aux locataires.
On pense
également, en termes de coûts, donc, à la perte de valeur aussi pour des
immeubles où de la culture de cannabis
se déroule. Bien sûr, il faut une meilleure protection des immeubles. On sait
que certaines provinces vont permettre la culture à domicile, mais la
juridiction est complètement différente. Les droits des propriétaires sont beaucoup
plus solides, et donc utiles, là, dans les
autres provinces qu'au Québec. Donc, première recommandation, et c'est dans ce
sens que va le projet de loi n° 157, qu'il soit interdit de cultiver du cannabis à
des fins personnelles tel que le prévoit, donc, le projet de loi.
Deuxième
point, permettre la modification des baux existants. Alors, on sait qu'évidemment
le taux de prévalence au tabac est un
peu plus élevé chez les jeunes et chez les personnes à faibles revenus, donc
des clientèles très présentes dans les
logements locatifs. Et on sait aussi par sondage que 40 % des propriétaires... ou même, je dirais,
40 % des propriétaires ont la
majorité de leurs baux qui permettent de fumer ou une totalité de leurs baux
qui permettent de fumer, et un autre
17 % aussi qui ont certains baux qui permettent de fumer. Donc, un
propriétaire sur deux a un ou des baux qui
permettent de fumer. Et donc la CORPIQ propose aussi à ses propriétaires, à ses
membres, dans une
annexe au bail, l'interdiction de fumer, donc de le
prévoir, là, à même le bail.
C'est
important. Il y a quand même beaucoup de gens qui fument. Il y a beaucoup plus
de gens qui ne fument pas également dans les logements. Le cannabis et
le tabac, en général, constituent une menace à l'obligation d'assurer la jouissance paisible des lieux. Ça, c'est une
obligation légale que les propriétaires ont. Ils doivent procurer, pendant toute
la durée du bail, jouissance paisible des
lieux au locataire. Ils ont une obligation de résultat. Si le locataire se
plaint de fumée, on doit agir. Et on
doit non seulement agir, mais on doit s'assurer qu'il y aura un résultat, à
défaut de quoi il peut y avoir même des diminutions de loyer.
Alors,
difficile, évidemment, de modifier un bail qui est déjà en vigueur. Ça, c'est
une grande difficulté parce qu'il faut
faire la preuve de dommages, donc, devant la Régie du logement. C'est
difficile, quoique, dans le cas évidemment de nouveaux baux, il est
relativement facile et reconnu par le tribunal que le propriétaire a le droit
de faire une telle modification.
Donc,
recommandation n° 2, qu'il soit réputé valide d'ajouter au bail une
interdiction de consommer du cannabis. On
parle ici des baux existants, au moment de l'entrée en vigueur de la loi, qui
permettraient déjà de fumer, donc qu'on puisse ajouter une clause interdisant spécifiquement de consommer du
cannabis. Et d'ailleurs le bail lui-même devrait comporter une case à cocher, s'il est permis de fumer ou non. C'est ce
qu'on avait déjà demandé, mais qu'on n'a toujours pas obtenu, de la part
de la Régie du logement.
Exercer un
contrôle plus efficace aussi. Donc, oui, on a la loi, mais on veut avoir, sur
le terrain, un contrôle plus efficace.
Et actuellement notre recours, qui est la Régie du logement, bien, c'est un
recours qui est très lent. La Régie du logement met des mois à entendre des
causes prioritaires ou urgentes. Et on comprend qu'avec 33 000 dossiers en
attente notre seul recours, là, il
est à peu près impossible à exercer dans des délais raisonnables pendant qu'on
a des plaintes de locataires contre la fumée secondaire.
On a des
décisions molles aussi du tribunal. En l'absence de précision dans le Code
civil, c'est des décisions qui vont dans un sens, des fois dans l'autre. Alors,
considérant les délais trop longs au niveau de la Régie du logement, bien,
il faudrait accélérer, par des mesures qui ont déjà été proposées... pour
améliorer la performance du tribunal.
On a aussi,
dans le projet de loi, des inquiétudes concernant le pouvoir des inspecteurs
d'entrer sans mandat dans des
logements où on soupçonne qu'il se fait de la culture de cannabis.
Actuellement, on ne voit pas ça. Donc, ça nous inquiète de savoir qu'on ne pourra pas faire des
inspections inopinées dans des logements où on soupçonne la culture de
cannabis.
On a
également des inquiétudes concernant le montant des amendes, qui nous apparaît
dérisoire par rapport aux avantages
que pourrait tirer un locataire de la culture de cannabis, que ce soit à des
fins personnelles ou même à des fins commerciales.
250 $, là, d'amende pour une première infraction, ça nous apparaît très,
très peu convaincant et très peu dissuasif.
Et également
la question du cannabis thérapeutique produit à domicile, c'est tout un volet
important. Les choses changent, là. À
partir du moment où le produit devient légal, on peut s'approvisionner dans des
points de vente ou même en ligne. On ne voit pas et on ne comprend pas pourquoi des logements
qui doivent servir de résidence devraient continuer de pouvoir être
utilisés pour cultiver du cannabis avec un permis. Alors, bien sûr, ça relève
de la loi fédérale. On le comprend. Mais, pour nous, ça demeure une aberration.
voilà. Donc, évidemment, on craint, bien sûr, le taux de prévalence au
cannabis, qu'il soit en hausse. Donc, c'est
très important de s'assurer qu'on mettra tous les efforts pour réduire la
consommation et contrôler la
consommation. Il en va de la santé de la société et du bien-être, dans
notre cas, pour ce dont on peut parler, de nos locataires. Merci.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. Brouillette, pour la présentation de
votre exposé.
Nous
allons débuter les échanges avec la
partie gouvernementale. Mme la ministre et députée de Soulanges, vous disposez de, devinez quoi,
15 minutes.
Charlebois : Merci, M. le Président. Alors, Mme Forest, M. Brouillette et M. Milot,
j'ai le goût de vous demander, d'entrée
de jeu... Parce que,
Mme Brouillette, vous avez fait... C'est
ça, hein? Je ne suis pas en train de
mêler les noms. Oui, c'est... Non, non, je les mélange.
Forest, vous avez indiqué d'entrée de
jeu que M. Milot, il était avec vous
puis qu'il avait vécu des désagréments concernant un de ses édifices ou
ses édifices, je ne le sais pas, là, un logement où il y a eu du cannabis thérapeutique, et on n'a pas entendu c'était quoi,
la problématique. Et moi, j'en ai parlé pendant les consultations, mais j'en ai parlé à
d'autres gens outre les consultations, parce
qu'évidemment je suis un petit peu identifiée celle à qui les gens, comme les députés de l'opposition, viennent se
confier, et certaines personnes m'ont dit... Puis je ne dis pas, là, que... Je
n'ai pas d'analyse scientifique, là, sur la quantité qu'ils m'ont dit d'une
telle affaire par rapport à telle autre affaire, là. Je ne suis pas en train de vous dire qu'il y a plus
de monde là qu'ailleurs. Mais il y en a qui m'ont dit : Franchement, là,
une quantité minime de plants ne peut
pas endommager un logement parce que
le taux d'humidité n'est pas suffisant, parce que... Je vous répète ce que j'ai entendu. Je n'ai aucune
expérience là-dedans.
Alors,
j'aimerais ça entendre M. Milot, à savoir qu'est-ce qui s'est passé dans son logement, et, de deux, savoir si vous avez beaucoup de cas comme son cas,
et à partir de quelle quantité ça arrive qu'il y a des problèmes.
Avez-vous des connaissances là-dessus? Puisque vous êtes les représentants des édifices à logements, vous devez entendre
parler régulièrement de cette problématique-là.
Milot (Patrick) : Bon, je
vais faire ça le plus bref possible. Pour commencer au début, au mois d'avril,
j'ai acheté, j'ai acquis un immeuble
à logements et j'ai fait le tour de mes locataires. Un de mes locataires m'a
fait rentrer, m'a mentionné que ses
disjoncteurs électriques commençaient à faire des «faux blacks», à disjoncter,
en fait. Donc, il m'a fait rentrer en
dedans, et j'ai pu constater qu'il avait des plants de marijuana, de cannabis,
carrément, en dedans, et il me demandait
de faire augmenter le système électrique pour augmenter ça. Là, moi, je fais
face à des plants de pot, carrément, et
je ne sais pas trop sur quel pied danser. Dans le fond, il me mentionne
que l'ancien propriétaire a fait venir la police, c'est déjà arrivé avec l'autre propriétaire
d'avant, et la police n'a rien pu faire parce qu'il a montré... Il
avait un papier médicinal comme quoi
qu'il avait le droit de faire pousser ses plants et il mentionnait que l'ancien
propriétaire avait eu une
amende.
Donc,
c'était à éviter pour moi. J'ai fait plusieurs appels. Je voulais savoir quels
étaient mes droits, quels étaient ses droits, savoir qu'est-ce que je
peux faire avec ça.
J'ai
appelé Santé Canada. Eux autres m'ont
indiqué de... m'ont référé, en fait, à leur site, m'ont dit d'aller voir
sur leur site, qu'ils ne pouvaient pas rien
faire pour moi, que ça existait, des documents légaux pour faire des
plantations.
J'ai appelé La Croix verte, qui était le fournisseur
de mon locataire, pour savoir un peu comment ça marchait. En fait, ils
m'ont indiqué comment ça marchait, des plantations, mais ils ne pouvaient pas
m'aider.
me suis rendu chez la police directement pour savoir s'ils pouvaient m'aider, qu'est-ce qu'on peut faire avec ça, et ils
m'ont indiqué que, s'il avait un
permis légal, ils ne peuvent pas m'aider puis ils ne peuvent pas rentrer en
dedans. Donc, je n'étais pas plus avancé.
J'ai
appelé à la Régie du logement. Je me suis dit : Eux autres, ils vont
peut-être m'aider dans le domaine. Ils m'ont dit que c'était un cas particulier, qu'ils ne pouvaient pas vraiment m'aider, qu'ils n'avaient pas vu ça, dans le fond, qu'on ne pouvait pas évincer quelqu'un s'il avait des documents
légaux.
Donc,
avec tout ça, j'ai appelé la CORPIQ pour venir en «backup», pour m'aider. Ils
m'ont indiqué de faire venir un pompier préventionniste pour venir constater vraiment
qu'est-ce qui se passe à l'intérieur.
Puis je leur réfère ça rapidement parce que, un, on s'entend qu'il y a un
danger pour le feu. On le voyait amplement que c'étaient des grosses lampes 1 000 watts puis qu'il y avait
beaucoup de chaleur. J'ai eu des plaintes d'autres locataires qui avaient peur
que justement ça pogne en feu puis
que la fumée... Eux autres, ils plantaient puis ils fumaient aussi. Donc, la
fumée du cannabis, ça rentrait dans
leurs logements et ils menaçaient de quitter aussi mes logements. Donc, j'ai eu
des plaintes de locataires.
Puis,
avec ça, bien, dans le fond, il y avait beaucoup d'humidité, beaucoup
d'humidité. Je voyais qu'il y avait des coulisses dans les fenêtres, carrément, puis les champignons qui
commençaient à pousser dans le coin
des fenêtres. Donc, il fallait que j'agisse vraiment rapidement.
En plus, avec tout
ça, j'ai eu une soumission pour une décontamination parce qu'il va falloir que
je fasse décontaminer mes affaires, un coup
que le locataire va être parti, pour la sécurité puis la santé de mes prochains
locataires. Et, pour refinancer ou
vendre mon logement, on s'entend qu'il faut que je fasse décontaminer, sinon il
n'y a aucun prêteur, aucune institution qui va vouloir prêter, dans le
fond, pour un financement.
Donc, avec tout ça, j'ai fait venir un
pompier préventionniste et il a constaté les lieux. Il a fait un rapport et il
a amené ça à la police. La
police — j'ai été
extrêmement chanceux dans mon cas à moi — a pu voir que, dans le fond, le permis n'était pas au nom, à l'adresse de mon
logement, mais était en changement d'adresse puisqu'il était nouvellement
locataire de mon immeuble. Donc, en ce
moment même, il n'avait pas le droit de faire pousser des plantations. Donc,
ils m'ont demandé... On a saisi les
plants, mais le problème n'était pas carrément réglé parce que lui, il pouvait
faire repousser des plants puis il ne me laissait pas rentrer. Ça fait que je
n'aurais jamais pu voir s'il en faisait pousser. Puis il fumait encore.
Donc,
je voulais l'évincement du locataire. J'ai demandé à la régie. Ils m'ont dit
que ça prenait de six mois à un an et même
plus pour évincer un locataire pour acte criminel, parce que c'est un acte
criminel qu'il a fait. Mais j'ai été encore une fois extrêmement chanceux parce qu'on commençait à mal s'entendre
puis il a arrêté de me payer. Il m'a dit que c'était son seul revenu, donc il ne pouvait plus me payer,
il a arrêté de me payer. Ça fait que j'ai demandé à la régie des conseils.
Ils m'ont dit : À la place de faire un dossier pour un dossier criminel qui
va...
Charlebois :
Juste une minute! Vous me dites que c'était son seul revenu. Il vendait du
cannabis?
M. Milot
(Patrick) : Il vendait du cannabis.
Charlebois : Ah! ce n'était pas pour sa propre consommation,
finalement, le thérapeutique, c'était, entre guillemets...
M. Milot
(Patrick) : Ça a de l'air qu'en fin de compte il en vendait aussi pour
son propre revenu.
Charlebois :
O.K., merci.
M. Milot
(Patrick) : Oui, c'est ça. Ça fait que...
Charlebois :
Combien il avait de plants?
Milot (Patrick) : Il en avait 11, 11 plants. Puis je voyais des
coulisses d'humidité. Vraiment, c'était flagrant puis ça commençait...
Donc,
où que j'en étais rendu avec ça, ça fait que, c'est ça, j'ai voulu le mettre
dehors, puis la Régie du logement m'a
dit : S'il ne te paie pas, tu devrais aller vers un non-paiement et non un
acte criminel parce que tu n'es pas sorti du bois avec un acte criminel. Ça fait que je suis allé vers un
non-paiement de dossier. Ça a pris un mois. On a eu une audience à la régie. Ils ont fait venir un avocat. Ils
m'ont poursuivi pour avoir enlevé des plants. Ça a été compliqué. On a remis
l'audience à la régie le mois plus tard. En
fin de compte, j'ai réussi à m'en sortir parce qu'ils ne se sont pas présentés.
Mais,
en conclusion, j'ai été vraiment chanceux du fait que l'adresse n'était pas
bonne et qu'ils ont arrêté de me payer,
sinon c'est sûr qu'ils seraient encore présentement là, et Dieu sait s'ils
auraient fait encore des plantations chez nous.
Charlebois :
Ça fait que les dommages, c'étaient les risques d'incendie, la moisissure
puis...
Milot (Patrick) : Moi, j'ai dû payer... Dans le fond, j'ai une
soumission à 8 000 $ pour décontaminer tout le logement.
Charlebois :
O.K. Alors, vous êtes en faveur du fait qu'on dise interdiction de...
M. Milot
(Patrick) : Vraiment.
Charlebois : Est-ce que vous avez fait, la CORPIQ, des
représentations au gouvernement fédéral concernant le cannabis
thérapeutique? Parce que vous savez que ça ne relève pas de nous, là.
Brouillette (Hans) : Bien oui, évidemment. On a rencontré les
autorités l'été dernier. Mais malheureusement aucun argument, aucune... une grande écoute, mais juste de l'écoute,
aucun argument. Nous, notre principal point, c'était le suivant : à partir
du moment où le produit devient légal et on peut s'approvisionner, mais pour
quelle raison on permettrait de cultiver dans des logements? Là, on ne parle
pas d'une maison qui appartient à l'occupant, là. On parle de logements
qui ne sont absolument pas prévus pour ça, même, dans certains cas, des vieux
logements.
Charlebois : En ce qui concerne le quatre plants qu'ils ont
mis, ici, au Québec, ce qu'on propose dans le projet de loi n° 157, c'est zéro plant. Ça fait que c'est notre
projet de loi qui prévaut. Bien, en tout cas, si la loi est adoptée. Là,
il parle du médicinal?
M. Brouillette
(Hans) : On félicite le... Oui, évidemment, on comprend que le
médicinal, ça peut être...
Charlebois :
Bien, je pense qu'il était rendu ailleurs. Vous n'étiez plus sur le médicinal,
je crois, hein?
Brouillette (Hans) : Écoutez, pour nous, là, que ça soit médicinal ou
non, la culture, ça a les mêmes conséquences.
Supposons qu'on prend le projet de loi fédéral puis on dit : On permet de
cultiver quatre plants, on sait très bien, puis ça, on l'a dit au gouvernement
fédéral, qu'il n'y en aura pas, de contrôle sur les quatre plants. Il faut
envoyer le message que c'est
interdit, que ça soit quatre, que ça soit 10. Celui qui va avoir la permission
de quatre, il va se rendre à 10 et à 20. Alors, pour nous, ça n'a pas sa
place à partir du moment où le produit est accessible autrement.
Charlebois :
Au renouvellement d'un bail, vous pouvez... Bien, même au premier bail, vous
pouvez interdire la consommation de tabac et de cannabis, fumé
évidemment. Au renouvellement aussi, j'imagine?
M. Brouillette (Hans) : Regardez, il
y a deux... Évidemment, un nouveau bail, ce n'est pas un problème. Au moment du renouvellement, on doit envoyer un avis
au locataire lui disant qu'on modifie une des conditions au bail, mais le locataire a le droit de refuser. Ça peut être pour le loyer, mais ça peut
être aussi pour des conditions du bail, il a le droit de refuser. À partir du moment où le locataire refuse, je ne peux pas, unilatéralement, modifier le bail. Donc, je vais devoir me rendre devant la Régie du
logement, démontrer les
inconvénients, et là ça va prendre... C'est des délais qui sont entre
six et neuf mois, là, d'attente, et c'est seulement qu'après la période de renouvellement
de baux.
Alors, nous, ce qu'on dit, ce qu'on propose, c'est que, dans le
cas des baux qui ont déjà été signés au moment où la loi est entrée en vigueur... Au départ, les gens
n'avaient pas besoin, les propriétaires n'avaient pas besoin d'interdire le
cannabis. C'est un produit déjà illégal. Au
moment de l'entrée en vigueur de la loi, on pourrait dire : Tous les baux
qui ont été signés avant peuvent être
modifiés unilatéralement par le propriétaire sur avis aux locataires. Donc, tu
n'avais pas le droit de fumer avant
du cannabis. Bien, on te demande de ne pas fumer non plus maintenant. On
modifie le bail, donc que ce soit
inopposable, que le locataire ne puisse pas s'opposer à cette interdiction-là.
On ne peut pas l'empêcher de fumer, mais on peut l'empêcher de fumer du
cannabis. Pour les autres baux qui interdisent déjà de fumer, bien, ça
continue.
Mme Charlebois :
Avez-vous vérifié le côté juridique de l'affaire?
M. Brouillette
(Hans) : Bien, nous, on y va avec la jurisprudence. Pour le moment, ce
qu'on voit, c'est que la Régie du
logement accepte de modifier des baux lorsqu'il y a un préjudice qui est
démontré. On a des cas, des gens que des cancers se sont déclarés, des problèmes d'emphysème, problèmes
respiratoires. La régie dit : Bon, bien, au moment de signer le bail, il n'y avait pas cette
condition-là. Là, un voisin, ou un propriétaire, ou une personne enceinte est à
risque, alors on va modifier le bail. Mais, attention! dans certains
cas, ça a conduit à des diminutions de loyer. Donc, très important... Mais ce
fardeau-là de démontrer le problème, c'est quand même long, là, en termes de
mois d'attente.
Mme Charlebois :
Que dites-vous à des gens qui disent : Si on ne peut pas fumer dans le
logement... S'il y a des amendements
qui sont proposés dans le projet de loi pour exclure la fumée de cannabis à
l'extérieur, où vont-ils pouvoir fumer?
M. Brouillette
(Hans) : Oui, c'est une question qu'on a entendue beaucoup dans les
médias dernièrement. En fait, nous,
on prend le problème exactement à l'inverse. Le logement d'une personne, son
habitation, est son dernier refuge. Si
je suis sur la rue, il y a de la pollution, il y a du bruit, il y a des
dangers. Au travail, je peux avoir un environnement malsain. Il peut y avoir des gens qui vont fumer,
effectivement, dans des lieux publics. Est-ce que je peux, au moins, dans
ma demeure, dans mon logement, dans mon
cocon, être protégé? Sinon, quoi, alors ça fume dans le logement d'à côté,
je prends ma chaise de jardin, ma couverture
et je vais m'installer dans le parc le temps qu'il ait fini de fumer? Ce n'est
pas réaliste. La plupart des locataires sont
non-fumeurs. On doit leur assurer un environnement sans fumée. C'est une obligation légale de
leur procurer pleine jouissance paisible des lieux.
Donc, c'est
important pour nous de ne pas faire en sorte que le locataire fumeur reste là pendant
15 ans et qu'à chaque année j'ai des nouveaux locataires qui quittent ou
même qui choisissent de ne pas louer parce qu'il y a des odeurs de
cannabis dans les corridors et dans les logements.
Mme Charlebois :
Dans le fond, ce que je vous entends dire, c'est que vous y allez sur le
principe de précaution de l'environnement des autres locataires.
M. Brouillette
(Hans) : Exactement. On a d'avance l'assurance que les locataires vont
se plaindre. Alors, on ne va pas
s'embarquer dans des problèmes où il va falloir diminuer le loyer, trouver des
solutions, aller se battre en cour contre le locataire fumeur. Si on
peut prévenir les problèmes, on va le faire. Si les gens ne collaborent pas
parce qu'ils ne respectent pas le règlement
de l'immeuble, on ira devant le tribunal, mais en dernier recours.
Permettez-nous d'interdire de fumer.
Je sais très bien... Et on est tout à fait d'accord avec les propriétaires qui
choisissent de permettre de fumer, hein? 40 % des propriétaires permettent de fumer dans la majorité de
leurs baux. C'est leur choix. Peut-être que les configurations des
immeubles, ou l'emplacement des balcons, ou le type de clientèle qu'ils ont ne
posent pas problème. Alors, on ne recommande
pas ça, nous, à nos propriétaires, mais on dit : Il faut avoir le choix et
la possibilité de protéger les non-fumeurs.
Mme Charlebois :
Est-ce que vous seriez à l'aise à ce que les gens consomment sur le terrain de
l'édifice à logements?
M. Brouillette
(Hans) : Nous, on ne veut pas, encore une fois, entrer dans ça.
Évidemment, vous avez des terrains où
il y a des balançoires pour les enfants. Puis vous avez des terrains où c'est à
peu près plus le stationnement, là, ça fait qu'il n'y a personne qui ne se tient là, qui prend du soleil sur le
terrain. Donc, je pense que ça va varier d'un endroit à l'autre. Ça peut même varier d'un
balcon à l'autre. Vous avez des balcons qui sont en aval du vent, où c'est sûr
que le locataire sur son balcon va
respirer la fumée secondaire, puis vous avez des balcons en amont du vent où il
n'y a aucun problème. Alors, on laisse les propriétaires gérer ces
aspects-là.
Président (M. Merlini) : Mme la ministre, je dois vous dire que votre temps est malheureusement écoulé à votre
bloc d'échange. Nous allons du côté de l'opposition officielle. M. le député de
Labelle, vous avez neuf minutes. À vous la parole.
M. Pagé :
Oui, merci, M. le Président. En fait, quand je vous entends, je me dis :
La journée où on va pouvoir consommer des produits dérivés en toute
sécurité, soit vaporiser ou encore manger des jujubes ou des muffins, je ne
pense pas que ça va causer de problème, là, j'imagine que vous ne vous
objecterez pas à cela. C'est bien cela?
M. Brouillette (Hans) : Exactement.
Alors, effectivement, on parle ici de fumée, hein, fumée secondaire, en particulier. Pour nous, ce n'est pas... on n'a jamais
eu de plainte relativement à la consommation de cannabis sous d'autres
formes, ça n'affecte en rien ni l'immeuble ni les voisins.
M. Pagé : Puis, en plus, je vais même tenter de vous
rassurer un peu, parce que la tendance mondiale des gens qui sont venus déposer des statistiques est vraiment à la baisse pour le cannabis consommé de façon brûlée,
là, ce qu'on appelle un joint,
comparativement à la hausse pour le cannabis consommé de façon vaporisée ou
encore ce qu'on appelle les jujubes,
les muffins, les galettes, et tout le reste. Donc, à terme, si cette tendance
continue, je pense que ça risque de régler en
partie le problème.
Bon, évidemment,