Institutions — 10 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-04-10
Quebec — Committees
(Onze
heures vingt-cinq minutes)
Président (M. Marsan) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission des institutions
ouverte et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
commission est réunie afin de poursuivre la consultation générale et les
auditions publiques sur le rapport de la
Commission d'accès à l'information Technologies et vie privée à l'heure des
choix de société .
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le Président. M. McKay
(Repentigny) remplace M. Cardin (Sherbrooke); M. Trudel (Saint-Maurice)
remplace M. Ferland (Ungava); Mme de Santis (Bourassa-Sauvé) remplace M. Poëti
(Marguerite-Bourgeoys); et M. Dubé (Lévis)
remplace M. Duchesneau (Saint-Jérôme).
Le Président (M.
Marsan) : Je vous remercie. Aujourd'hui,
nous allons entendre cinq organismes. Nous commençons
ce matin par recevoir le Syndicat canadien de la fonction publique. M. Ranger,
je vous demanderais de vous présenter,
de présenter la personne qui vous accompagne, et vous disposez d'une dizaine de
minutes pour faire votre exposé.
Ranger (Marc) :
Oui. Bonjour. Bonjour, tout le monde. Marc Ranger, donc, directeur adjoint au
SCFP depuis tout
récemment, responsable, entre autres, du secteur municipal. Et, juste avant,
pendant cinq ans, j'ai été négociateur en chef chez les cols bleus de
Montréal, jusqu'à il y a un mois et demi. Je suis accompagné de Danielle Lamy,
qui a travaillé à la préparation du mémoire,
qui est conseillère au Service juridique du SCFP et dont c'est un de ses
dossiers. Ça nous fait plaisir d'être ici.
Mme Lamy
(Danielle) : Je commence?
Le Président (M.
Marsan) : Allez-y, Mme Lamy.
Mme Lamy
(Danielle) : Je suis prête.
Le Président (M.
Marsan) : Mme Lamy.
Mme Lamy
(Danielle) : Merci. Alors, bonjour.
Merci de nous avoir invités à exposer notre point de vue sur cette question-là.
Alors,
une brève présentation. Le Syndicat canadien de la fonction publique représente
plus de 110 000 travailleurs et travailleuses québécois, notamment dans le
secteur public, parapublic et privé. La majorité de nos membres oeuvrent
dans le secteur public, notamment dans les
municipalités, le transport collectif, l'énergie, le syndicat d'Hydro-Québec,
l'éducation dans les commissions scolaires, la santé, les affaires sociales.
Compte
tenu de nos engagements envers nos travailleurs, c'est sûr que toute la
question des organismes publics, c'est une
question qui est très importante, puis, quotidiennement, on a à travailler avec
la Loi d'accès, avec l'accès à l'information pour la défense de nos membres,
autant que pour la protection des renseignements personnels ou de la vie privée
de nos membres dans leur quotidien au travail.
Pour représenter nos
membres, nos syndicats, nous avons besoin des informations détenues par les
ministères et les sociétés d'État dans les
dossiers, que ce soit la rémunération, l'équité salariale, dans les relations
de travail, autant aussi dans des
questions moins habituelles, dans les questions de harcèlement psychologique,
où on doit toucher toute la question de la protection des renseignements
personnels, accès à des rapports.
Règle
générale, comme vous avez vu dans notre mémoire, on accueille favorablement les
recommandations qui ont été faites dans le rapport quinquennal de 2011.
Nous souhaitons toutefois apporter à la Commission des institutions un éclairage différent sur certains points afin de
permettre aux parlementaires de compléter leur réflexion sur les
modifications suggérées à la loi. Nous n'aborderons
pas tout notre mémoire, compte tenu du temps qui nous est imparti, on va
aborder... j'aborderai trois questions :
la notion de gouvernement ouvert, qui — j'ai
lu les libellés d'hier — a été une question qui intéressait la
commission, assujettir davantage d'organismes à la Loi d'accès et, très
brièvement, les failles de sécurité.
la question du gouvernement ouvert, on ne répétera jamais assez — je vous ai entendu le dire hier aussi — que l'accès à l'information
est au coeur de la vie démocratique. Nous accueillons donc favorablement la
recommandation de la
tenue d'une consultation publique sur l'instauration d'un modèle québécois de
gouvernement ouvert. Nous croyons, comme d'autres interlocuteurs, qu'une
divulgation proactive, incluant davantage de documents que ce qui est
actuellement prévu au Règlement de la diffusion de l'information et sur la protection
des renseignements personnels, favoriserait aussi la démocratie. Nous sommes
dans une ère de transparence et nous nous en réjouissons.
Cette
mesure aurait l'avantage de régler certaines problématiques d'accès vécues par
les syndicats et les journalistes en éliminant
la possibilité, pour l'administration publique, de mettre en place des
tactiques d'obstruction. Dans notre pratique, nous avons constaté qu'il est
ardu d'obtenir les documents ou l'information demandés par les représentants syndicaux. Nos demandes sont refusées par les
responsables d'accès, qui bloquent nos demandes à l'avance et attendent
que nous soyons en contestation devant la
commission pour nous transmettre les informations. Ce que ça fait, c'est que
ça augmente les délais, surcharge la Commission d'accès. Pour avoir traité
personnellement plusieurs dossiers avec des organismes
publics, les renseignements que nous voulions avoir, nous les avions à la
veille de l'audition ou avec l'aide du médiateur.
Ce délai-là, qui est beaucoup trop long pour nous dans l'exercice de notre
travail, pourrait être évité via les modifications législatives vers le
gouvernement ouvert.
L'autre point qu'on
désire aborder, c'est assujettir davantage d'organismes à la
Loi sur l'accès.
Tel que nous l'avions exprimé dans notre mémoire en 2005, il nous semble tout à
fait approprié d'assujettir à la Loi d'accès les organismes publics actuellement exemptés ainsi que ceux dont le fonds
social est détenu à plus de 50 % de l'État. Pour nous, il est inconcevable que le public ne puisse
avoir l'information provenant des filiales, par exemple, d'Investissement
Québec, qui sont sous le contrôle du gouvernement québécois.
Bien que ces
recommandations constituent un important pas dans la bonne direction, le SCFP
estime qu'elles ne vont pas assez loin. Nous croyons, dans le contexte actuel,
que les organismes à but non lucratif et les partenariats public-privé
devraient être assujettis à la loi.
Dans
sa présentation devant la commission hier, le président nous disait, en réponse
à les questions de l'opposition, que, «depuis la rédaction de ce rapport, d'autres
idées nous viennent». Il répondait à une question par rapport au
capital-actions. Nous sommes d'accord avec
cette idée, et c'est pourquoi nous croyons que les organismes à but non
lucratif, qui sont généralement mis
sur pied par des organismes municipaux, doivent être assujettis à la loi. Les
conseils d'administration de ces
organismes-là sont composés souvent de représentants des municipalités, élus ou
cadres, et des dirigeantsd'entreprises
privées. Ces OSBL gèrent des activités ou des bâtiments à caractère
public : arénas, centres sportifs, complexes culturels, parcs. Ils
sont construits grâce aux emprunts garantis par l'État, par les municipalités,
et les villes souvent s'engagent, la plupart du temps, à louer les
installations au profit des citoyens pour une durée et un coût déterminés.
vocation de ces OSBL est donc avant tout publique, mais leur gestion est
privée, ce qui fait que les contribuables n'ont
habituellement pas accès à l'ensemble de leurs états financiers, même si la
ville assume une grande part de risque. En
fait, les demandes d'accès dans les OSBL rattachés au secteur public se soldent
souvent par des refus, puisque l'organisme
n'est pas assujetti à la loi. Nous réussissons parfois à avoir l'information
quand l'OSBL transmet l'information aux
municipalités, via la municipalité, mais l'OSBL ne transmet pas l'ensemble de
ses informations, ou si le gouvernement décide que cet OSBL là fera
partie du paramètre comptable de la
municipalité. À notre avis, tous les OSBL qui bénéficient d'un soutien
financier municipal devraient être assujettis aux mêmes critères et offrir une
transparence.
Pour les membres du
SCFP, un amendement législatif devrait également être envisagé pour favoriser
la transparence des contrats en partenariat
public-privé. De plus, plusieurs contrats de ces partenariats public-privé sont
faits pour des infrastructures majeures, pour des... publiques.
pratique veut que les entreprises privées s'associent pour former un consortium
ou encore un OSBL, le cas échéant, qui sera l'interlocuteur de l'organisme
public dans les PPP. Syndicalement parlant, ce n'est pas un secret pour personne, ça fait des années qu'on combat la
notion du partenariat public-privé, pour des raisons... nous croyons que
ça doit rester public, mais, avec ce qu'on entend dans les médias, à la
commission Charbonneau ou ailleurs, je pense que notre lutte n'est pas vaine et
que notre intuition était la bonne — je vais nous envoyer
quelques fleurs, si vous me le permettez. Des fois, on fait des bons coups.
Pour financer le projet, je ne vous apprendrai rien aujourd'hui, l'entité privée contracte ensuite un prêt, que le
partenaire privé s'engage à rembourser à 100 %.
Malgré cet important
engagement financier de l'État, la
Loi sur l'accès
ne permet pas d'obtenir de renseignements précis sur les PPP, même avant leur
mise en place, puisqu'ils s'impliquent à
des... puisque ça implique des entités privées. Ces derniers font un écran à la
transparence exigée des administrations publiques, ce qui est, pour nous, un
non-sens.
Ainsi,
l'état des résultats d'un PPP est inaccessible aux citoyens, alors que les
gouvernements se sont engagés à y consacrer
des sommes colossales. Cette situation constitue un accroc très important au
principe de transparence, de reddition de comptes et d'imputabilité de l'État,
qui a été maintes fois dénoncé.
Il ne faut pas oublier
que le fait qu'un consortium privé soit à l'origine de l'emprunt contracté par
le PPP permet aussi à l'organisme public
partenaire de contourner ses propres mécanismes réglementaires visant à assurer
la bonne gestion des fonds publics.
Tous ces faits
militent en faveur de l'ajustement des groupes formés pour réaliser les travaux
d'infrastructure en PPP à la Loi de l'accès
et que la loi s'applique à des… que la loi, pardon, s'applique comme pour un
organisme privé.
En terminant, j'ai
quelques mots à dire sur la question des failles de sécurité, qui ont été aussi
traitées. Nous sommes en accord avec la position prise par la commission sur la
question des failles de sécurité. Pour avoir assisté à plusieurs rencontres,
colloques sur la question de la protection des renseignements personnels, il y
a lieu d'intervenir sur cette question-là.
syndicats, qui représentent près de 40 % des travailleurs québécois,
devraient aussi être informés de toute faille
de sécurité reliée au milieu de travail, qu'elle provienne de l'employeur ou l'un
de ses fournisseurs ou sous-traitants. Les syndicats sont
les meilleurs interlocuteurs pour discuter collectivement des droits
individuels, ils ont le devoir de représenter
tous les membres, en vertu du Code de travail, et de les tenir dans le noir par
rapport aux failles de sécurité aurait pour conséquence de les empêcher
de remplir leurs obligations. Merci.
Président (M. Marsan) : Juste sur le temps. Et je vous remercie beaucoup, Mme Lamy, M. Ranger. Nous allons immédiatement commencer la période d'échange,
et je vais donner la parole à M. le ministre des Institutions démocratiques. M.
le ministre.
Drainville :
Merci beaucoup à vous deux. Comme on a un peu moins de temps que prévu, on va
essayer de couvrir
le maximum de thèmes possible. D'abord, vous êtes d'accord avec l'élargissement
du Règlement sur la diffusion, qu'il
s'applique donc aux organismes publics. Donc, vous êtes favorables à ce que l'application
du règlement s'applique dorénavant aux municipalités, où vous êtes très
présents, vous avez pris la peine de le préciser.
Qu'est-ce
que vous répondez aux municipalités qui disent : Écoutez, on n'a pas les
moyens, là, surtout dans les petites
municipalités, on n'a pas les moyens de gérer les contraintes puis les
responsabilités, le travail supplémentaire qui vient avec la gestion de ce
règlement-là, là?
Lamy (Danielle) :
Bien, je vous dirais que le temps qu'ils mettent à faire l'obstruction pour
bloquer, avec les responsables d'accès, l'information
qu'on leur demande, à gérer ces demandes d'accès là, qui sont abondantes, déjà
ils récupéreraient une
partie de fonds et de temps pour...
Une voix : Du temps-personne.
Lamy (Danielle) :
...du temps-personne pour gérer cette notion-là, ce qui n'est pas… ce qui
paraît un peu farfelu mais qui est quand même intéressant. Et je pense que d'y aller
de façon proactive serait beaucoup plus efficace et permettrait...
éviterait les allées et venues avec les fonctionnaires, éviterait les allées et
venues avec les élus. Donc, je pense que c'est une fausse réponse des municipalités.
Drainville : Par
ailleurs, vous demandez d'élargir la portée du règlement pour y inclure plus de documents. Vous pensez à quoi, par exemple?
Lamy (Danielle) :
Sincèrement, de façon très précise, c'est plutôt difficile pour moi d'y
répondre, parce que je ne suis pas dans les dossiers bien précis, mais toutes les notions de
rémunération, tout ce qui est question de clientèle, toutes les questions de contrat devraient être
disponibles d'entrée de jeu. Certains organismes le font déjà. La
diffusion, par exemple, de la rémunération des hauts dirigeants, ils le font de
façon proactive sans que ça soit obligatoire. Donc, d'uniformiser les pratiques
de certains organismes ou ministères qui sont déjà plus ouverts que d'autres.
Ranger (Marc) :
Peut-être un exemple très court là-dessus. On a des obligations en matière d'équité salariale, puis actuellement, dans bien des dossiers, on a
de la difficulté à aller chercher toute l'information pour d'autres groupes,
donc, comparables, des groupes au sein de la même entreprise, des informations,
pas nominatives mais de rémunération, au sein même du...
Drainville : De la même municipalité?
M. Ranger
(Marc) : ...de la même municipalité,
du même employeur, même société d'État, et on n'est pas capables d'avoir ces renseignements-là, c'est très complexe. Ça fait que
c'est dans ce sens-là, on voudrait élargir la porte.
Drainville :
O.K. Vous connaissez bien l'article 128 de la
Loi sur le Barreau, qui
oblige quelqu'un qui va en révision d'une
décision de la Commission d'accès d'être représenté par un avocat. Est-ce que
vous souhaitez qu'un amendement soit apporté à la
Loi sur le Barreau pour
permettre à un citoyen de se représenter lui-même lorsqu'il va en révision?
Mme Lamy
(Danielle) : Oui. C'est ce qu'on a
mis dans notre mémoire. Puis on est en accord avec... que les représentations
soient faites auprès de la
Loi sur le Barreau, parce que le citoyen peut être,
chez nous, un membre, un représentant syndical qui a une bonne expertise du
dossier qu'il aura à mener, qui est aussi... qu'il soit aussi pertinent qu'il
puisse se présenter devant la commission et que ça facilite l'accès.
Le Président (M.
Marsan) : M. Ranger.
M. Ranger
(Marc) : Oui. Puis, si je peux
ajouter là-dessus, on le vit concrètement sur le terrain — je pense à la ville de
Montréal, entre autres — le syndicat, des travailleurs, depuis des années, où c'est rendu
tellement complexe, où... parce qu'il y a 19 façons de faire, 19 arrondissements,
et de l'obstruction systématique, puis, à un moment donné, ça devient très, très lourd pour être capable de
les... donc, d'avoir des avocats qui vont les représenter. On n'a pas
nécessairement les ressources pour chacune des demandes. Depuis quelques
années, c'est plus de 500 demandes qui ont été faites, d'accès à l'information,
juste pour le Syndicat des cols bleus de la ville de Montréal, avoir accès à
des contrats, parce qu'on le disait depuis quelques
années, des dépassements de coûts incroyables, on voulait vérifier des choses,
et puis ça devenait...
Quand Danielle disait
tantôt : Est-ce que les municipalités ont les moyens? Ils ont les moyens
de faire de l'obstruction systématique. Pas toutes, parce qu'il y en a qui
collaborent bien, mais il y en a qui ont les moyens de faire de l'obstruction systématique, d'étendre les délais et de faire en
sorte d'entraîner énormément de coûts. Ça fait que, ça aussi, on
souhaite, nous, que nos gens puissent faire des représentations sans que ça soit
des avocats nécessairement.
Drainville :
Mais laissez-moi faire l'avocat du diable, M. Ranger, puis prenez-le pas mal,
là, je vous pose la question en tout respect, là, mais le SCFP a quand même un bon service
juridique, vous avez les moyens de vous payer des avocats, qu'est-ce que
ça changerait, pour vous, que votre membre, votre col bleu, par exemple, puisse
se représenter lui-même, dans la mesure où vous avez les moyens de lui offrir
un avocat?
Ranger (Marc) :
Bien, je veux dire, puis prenez-le pas mal non plus, M. le ministre, mais il y
a un peu de légende
urbaine sur le fait que, les syndicats, mon Dieu! c'est des ressources qui sont
illimitées. On a nos gens… Comme le Syndicat
des cols bleus de Montréal a évidemment ses propres ressources, mais
multipliez... regardez juste le dossier, là, de la ville de Montréal, avec les demandes qui ont été faites, est-ce
que vous pensez qu'à chacune des demandes, quand on veut fouiller… On a déjà des gens qui sont libérés
pour tenter de regarder au niveau des contrats. S'il fallait que, pour chacune des demandes qu'on ait faites, on ait été
obligés de fournir un service juridique — on a trois avocats au
SCFP — ils seraient juste à temps plein
là-dessus, et juste à la ville de Montréal, juste à la ville de Montréal. Ça
fait qu'on n'a pas de ressources illimitées. Puis nos ressources, en principe,
sont là pour défendre nos membres, pas pour multiplier les procédures
juridiques.
Mme Lamy
(Danielle) : Puis, bien humblement,
souvent c'est les représentants syndicaux qui montent les dossiers pour les
avocats, qui prennent le dossier à la fin pour aller devant les représentants.
Drainville : Ça fait que les
représentants syndicaux connaissent bien le dossier.
Mme Lamy
(Danielle) : ...ils sont bien équipés
puis ils connaissent les dossiers puis connaissent la loi, parce qu'ils sont
dédiés à ce sujet-là.
Drainville : Puis vous êtes
consciente du fait... conscient, consciente que, si jamais on allait dans cette
direction-là pour une organisation syndicale, ce serait difficile de ne pas y
aller pour, par exemple, les entreprises?
Mme Lamy
(Danielle) : Ah, oui, oui, il n'y a
pas...
Drainville : Vous êtes à l'aise avec
Mme Lamy
(Danielle) : Oui, tout à fait.
Drainville :
Très bien. Bon, j'ai pris note... on a pris note de votre proposition, là, sur
les OSBL, dis-je bien, dans lesquels des
municipalités deviennent actionnaires, dans le fond, avec, parfois... bien,
dans le cas des PPP, c'est carrément des
entreprises. Le secret commercial, donc, pour vous, ce n'est pas un argument,
là. L'idée de dire : Écoutez, c'est des entreprises privées qui
sont partenaires, soit dans un projet en tandem avec une municipalité, à l'intérieur
d'un OSBL ou encore à l'intérieur d'un
projet de PPP, puis donc l'entreprise ou l'entrepreneur ne souhaitera pas que
ses affaires privées... les affaires de son
entreprise, les chiffres de son entreprise soient dévoilés publiquement, et
donc ça ne devrait pas être
accessible, ça, par l'entremise de la Loi d'accès, c'est... pour vous, il n'y a
pas… il n'y a aucune
exception possible à cette règle-là?
Mme Lamy
(Danielle) : Bien sincèrement, compte
tenu de la nature de la consultation et que c'était sur un rapport quinquennal
et non un projet de loi spécifique, on n'a pas analysé en détail tout le
mécanisme, mais, pour nous, il est clair que
toutes ces organisations qui sont créées soit en OSBL ou en consortium, O.K.,
alors que ce sont des services
publics, doivent être assujetties à la loi. La loi prévoit déjà des exceptions,
des exceptions à l'accès pour toutes sortes
de sujets. Donc, ces organismes-là seront assujettis au même principe d'exceptions
prévues à la loi, le cas échéant. Si c'est pour nuire… je n'ai pas le
détail exact de la loi par cœur, mais pour nuire aux affaires, c'est déjà prévu
dans la loi. Mais, au moins, l'organisme
sera assujetti à la loi, puis, si on est en désaccord avec cet organisme-là,
bien, ce sera à la Commission d'accès à déterminer, effectivement, si c'en
est ou si ça n'en est pas.
Drainville : Donc… Oui?
M. Ranger
(Marc) : Pouvez-vous me permettre…
parce que, quand on parle de secret commercial, ces organismes sans but
lucratif là viennent offrir des services que la municipalité offrait déjà. C'est
déjà du financement qui provient de la
ville, essentiellement, complètement. On a toutes les misères du monde à avoir
des renseignements. Quand on gratte
un peu, on s'aperçoit, comme à Montréal ou à Saint-Léonard, la SODEM, qu'il y a
des gens au conseil d'administration qui font
partie de firmes comme
Dunton Rainville, par exemple; ça fait qu'on trouve qu'il y a des liens qui sont un peu incestueux, puis on pense qu'il
devrait y avoir beaucoup de transparence de ce côté-là. On ne croit pas qu'il
devrait y avoir de secret commercial de ce côté-là, au contraire, on pourrait
peut-être découvrir des choses intéressantes.
Drainville : C'est
bien noté. 67.1, vous souhaitez, donc, un amendement à la loi pour faire en
sorte que les organismes publics soient
obligés, dans le fond, de communiquer des renseignements lorsque la preuve est
faite que ces renseignements-là sont nécessaires à l'application d'une
convention collective. Donc, je…
Mme Lamy
(Danielle) : Oui, c'est déjà dans
le... oui, excusez.
Drainville : Je
résume bien en disant que, dans le fond, vous souhaiteriez remplacer le terme
«peut» par le terme «doit», hein? C'est exact?
Mme Lamy
(Danielle) : Oui. Et puis on souhaite
aussi, comme mon confrère en a parlé, sur les notions d'équité salariale...
Cette prémisse-là, elle est déjà dans la loi. Mais on a accès à ces
informations-là si ça regarde les membres que nous représentons. En matière de
rémunération, en matière d'équité salariale, on a souvent besoin d'information sur les autres groupes dans l'organisation,
que ça soit les cadres ou un groupe que le syndicat nereprésenterait pas, notamment en équité salariale,
pour pouvoir vérifier, comparer, et on n'a pas accès à ces
informations-là. Alors, on souhaite... Puis la même chose tout ce qui est pour
le Programme d'accès à l'égalité, on doit travailler avec d'autres groupes,
dans l'organisme public, que nous ne représentons pas. Quand on représente...
Drainville : …on vous refuse les
documents en disant : Ce sont des documents...
Mme Lamy
(Danielle) : Oui. Bien oui, on n'a
pas accès.
Drainville : ...ce sont des
renseignements personnels...
Mme Lamy
(Danielle) : Oui, c'est ça.
Drainville : ...parce que c'est
nominatif, notamment.
Mme Lamy
(Danielle) : Exact. C'est ça.
Drainville : O.K. Par ailleurs, vous
dites... vous demandez d'avoir accès à tout dossier d'un membre du personnel
impliqué dans une situation de harcèlement, incluant les renseignements
personnels qui sont fournis par des tiers et
présents dans le dossier, et ceci, lorsque les informations sont nécessaires à
la représentation syndicale. Vous comprenez
que, dans ces renseignements personnels là, il y a parfois des témoignages qui
ont été donnés par des collègues de
travail. Notamment, il pourrait y avoir, même, des témoins, par exemple, qui
corroborent la plainte qui a été déposée. Et là, si vous allez chercher ça, il y a... Vous ne craignez pas, par
exemple, que cette information-là, éventuellement, soit ébruitée puis
que... enfin il y a un risque de représailles à un moment donné si cette
information-là est mal gérée. La personne
qui a donné un témoignage, par exemple, au représentant syndical pour
dire : Effectivement, je l'ai vu, bon, mais, si jamais la personne qui est accusée, par
exemple, de harcèlement sexuel apprend... sait qui a témoigné dans la
cause, cette personne-là qui l'a fait en se faisant promettre toute
confidentialité : Fais-toi-z-en pas, on va te protéger, il ne t'arrivera
rien, puis elle se retrouve finalement avec des représailles... Vous répondez
quoi à cet argument-là?
Lamy (Danielle) :
Que c'est un leurre, parce que, de toute façon, on va y avoir accès un jour ou l'autre. Parce que,
quand on fait une plainte de harcèlement psychologique... C'est l'employeur qui
a l'obligation de fournir un milieu exempt de harcèlement psychologique.
Quand un salarié fait une plainte, il peut le faire par une plainte interne ou
par l'arbitrage de grief prévu au Code du
travail et à sa convention collective. Alors, on va se retrouver en arbitrage
de grief parce que… Bon, moi, que mon
salarié a fait une plainte de harcèlement psychologique, pour préparer mon
dossier, comme procureur, je vais
faire une demande à l'organisme de me donner copie de son rapport d'enquête qu'il
aura fait. Il va m'en donner une partie, il va avoir caviardé une autre
partie, pour les motifs que vous venez de nous soumettre. On va se retrouver
six mois plus tard en arbitrage de grief. Pour faire la preuve qu'il y aura eu
ou qu'il n'y aura pas eu de harcèlement psychologique, il devra me fournir le
rapport. Alors, c'est un jeu de chat et de souris.
Donc,
ce qu'on demande, c'est qu'il y ait une meilleure intégration des deux
politiques, parce qu'en bout de piste on
obtient toujours copie de l'intégrité... de l'intégralité du rapport si l'organisation
décide de s'en servir.
Drainville : O.K. Il me reste
seulement une minute, malheureusement. Vous avez parlé tout à l'heure de médiation. Parlez-moi de votre expérience,
rapidement, avec la médiation; on s'entend, la médiation de la
Commission d'accès, là, oui.
Mme Lamy
(Danielle) : Bien, d'entrée de jeu,
je suis une fervente de la médiation en général devant tous les tribunaux administratifs. Donc, je suis une
adepte. Et je pense que c'est pour éviter des coûts, pour éviter des
conflits, pour éviter de travailler en...
M. Drainville : Est-ce que vous souhaiteriez qu'elle
soit obligatoire, la médiation? Actuellement, il y a trois cas sur 10 où la médiation est refusée par... bien, si je
comprends bien, par la
partie plaignante, là, par le demandeur.
Mme Lamy (Danielle) : Pour faire la médiation, il faut être
d'accord, il faut avoir une volonté de le faire. Je vous répondrai par une
question : Est-ce que d'obliger cette médiation-là ne va pas faire en
sorte qu'on va mettre un mécanisme en
place… Les deux groupes vont se retrouver face à face, mais, si un ne veut pas
faire de la médiation, si un ne veut pas concilier, l'exercice va être inutile.
Alors, je pense que, la médiation, il faut que ça soit consensuel et volontaire
pour que ça fonctionne. Une meilleure promotion, l'encourager, mettre en place,
je pense que ça, c'est très intéressant. Et puis mon expérience personnelle, c'est
que j'ai pu, à l'aide du médiateur, obtenir des informations que je n'aurais
pas eues avec le responsable d'accès, le cas échéant.
Drainville : Donc, ça a bien
fonctionné pour vous.
Lamy (Danielle) : Oui.
Drainville : Merci beaucoup.
Le Président (M. Marsan) : Merci, M. le ministre. Nous allons
poursuivre avec l'opposition officielle, et je
vais donner la parole à Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : Merci, M. le Président. Bonjour,
merci d'être là. J'aimerais d'abord aborder les
commentaires que vous avez faits sur les
failles de sécurité. Vous recommandez que tout organisme ou toute entreprise où
se produit une faille de sécurité informatique devrait en aviser la
Commission d'accès et les personnes affectées. On va faire avec plusieurs questions. Ma première question, c'est :
Est-ce que vous préconisez que la Commission d'accès soit d'abord avisée et qu'elle décide ensuite s'il y a lieu d'aviser
les individus dont les renseignements personnels ont été compromis, ou
qu'elle, la commission, soit chargée d'aviser directement?
Lamy (Danielle) : J'ai de la
difficulté... bien, à comprendre votre question. Nous, on est d'accord avec la
recommandation de la Commission d'accès.
de Santis : Mais, vous, est-ce que
vous prévoyez que c'est la commission qui devrait...
Lamy (Danielle) : ...être responsable
d'avertir les...
de Santis : ...les individus, ou c'est
les personnes, ou...
Lamy (Danielle) : Je pense que ça
pourrait être un rôle de la commission.
Mme de Santis : Ça pourrait... O.K. Dans un deuxième
temps, en Californie, on a légiféré pour que toute entreprise ou tout
organisme public où s'est produit une faille de sécurité, un, on avise chacun
des individus concernés, deux, on assume les coûts, les dépenses liés
aux mesures nécessaires pour se prémunir ou pour contrer le vol d'identité. Par
exemple, les frais encourus pour obtenir des
rapports des agences de crédit comme Equifax ou pour se faire émettre de
nouvelles cartes ou autres documents sont à la charge de l'entreprise. Qu'en
pensez-vous, de ce modèle?
Mme Lamy (Danielle) : C'est un modèle intéressant. J'avoue
de ne pas avoir analysé ce modèle-là spécifiquement, mais effectivement,
compte tenu que, la personne qui est victime de cette faille de sécurité, il
peut y avoir des conséquences importantes dans sa vie personnelle, d'avoir
un support de l'organisation, ça...
Mme de Santis : En plus, en Californie, c'est
obligatoire d'aviser les individus touchés à chaque fois maintenant, à chaque fois qu'il y a un bris de
confidentialité. On a remarqué qu'à cause de ça il y a maintenant une
lassitude, que c'est devenu routinier, que
le public est moins sensibilisé, est moins mobilisé, parce que, chaque fois qu'il
y a une faille, c'est rapporté.
Avez-vous des commentaires à ce sujet? Pensez-vous qu'on pourrait en arriver au
point où le public se dit : Ah, encore une fois! il n'y a rien à
faire, on va juste vivre avec? Un peu comme les alertes au métro.
Mme Lamy (Danielle) : ...au métro, je ne suis pas la bonne
personne pour répondre à cette question-là.
Mais, non, je ne pense pas, je pense que l'information... la faille de sécurité
doit être...
de Santis : Mais de toute faille, ou
est-ce qu'il y a un niveau, quand ça peut vraiment atteindre la personne d'une
façon importante?
Lamy (Danielle) : Que ça atteigne la
personne de façon importante, qui sommes-nous pour juger ici, comme tel?
Ranger (Marc) : Mais peut-être... On
n'avait pas réfléchi à cette question-là, mais c'est sûr que je pense que ça prendrait des balises, parce que sinon il y
a le risque que vous dites, qu'à ce moment-là le moindre geste devient ou peut être interprété comme une faille de
sécurité. Qu'il y ait des balises mais que l'entreprise demeure responsable,
bien, ça l'obligerait justement à s'assurer que ses systèmes sont sécuritaires.
de Santis : Et, dans la
section de
votre mémoire, vous demandez qu'en cas de faille de sécurité les syndicats soient aussi avisés. J'imagine que ce
serait dans le cas où un employeur perdrait des données personnelles à
ses employés syndiqués. Quel rôle pourrait
alors jouer le syndicat pour aider ses membres victimes de bris de
confidentialité? Avez-vous des exemples concrets de mesures qu'un syndicat
pourrait mettre de l'avant? Comment, en pratique, cela pourrait aider les
membres d'un syndicat? J'aimerais avoir un peu de...
M. Ranger (Marc) : Je répondrais très simplement :
C'est que le syndicat, dans son rôle, va intervenir au nom de la collectivité.
Donc, plutôt... Puis pour l'entreprise aussi; on pense que la mesure qu'on
propose est logique et rationnelle aussi
pour l'entreprise. Au lieu d'avoir à négocier, entre guillemets, avec plein d'interventions
auprès de… près d'employés, tu as un
interlocuteur qui, lui, est capable de s'asseoir avec l'employeur puis de
trouver de quelle façon on peut corriger le tir puis aider l'employeur,
hein? Comme on disait tantôt, on n'est pas toujours là pour aider à tourner en
rond, au contraire. Donc, on pense qu'on peut être l'interlocuteur dans ce
cas-là.
de Santis : Mais il y a beaucoup de
renseignements personnels dont vous n'avez pas accès. Et, des renseignements personnels, la règle générale, c'est
que ce n'est pas disponible pour donner à d'autres, à des tiers, sauf
avec le consentement de la personne
concernée. Alors, comment vous réagissez à ce principe de base? Et est-ce que
ce n'est pas important pour vos membres aussi que peut-être ils ne
veulent pas que vous sachiez tout sur eux?
Mme Lamy (Danielle) : Bien, vous avez en
partie raison.
Mais c'est la même chose que quand on représente
un salarié qui a un problème d'assurance
maladie ou d'assurance santé : on n'a pas automatiquement accès à ces
informations-là. Mais c'est sûr que,
de façon générale, pour le principe, comment organiser l'information, la
divulgation avec les salariés, comment aborder les salariés sur cette
question-là, on est les meilleurs interlocuteurs. On peut donner un coup de main sur cette question-là. Après coup, si le
salarié veut qu'on pousse plus loin notre représentation, ça sera à lui à
nous donner l'autorisation, comme il le fait, presque systématiquement, quand
on aborde les questions où on n'a pas accès automatiquement aux renseignements
personnels. Alors, ça sera à nous à mettre en place ces mécanismes-là pour mieux supporter nos membres. Parce que, de faire
comme mon collègue l'a dit, de faire des relations de travail ou d'aborder
ça, on est... on peut être aidants, on peut
éviter des dérapages, on peut mettre en place des mécanismes avec l'employeur
pour que ça soit plus favorable pour nos salariés, bien entendu. C'est l'intérêt
qu'on défend.
M. Ranger (Marc) : Ça fait que, pour être clairs, on ne
veut pas avoir accès à de l'information qu'on
n'aurait pas accès autrement. C'est plus sur la nature de la faille, l'intervention.
Mme de Santis : O.K., sur la nature, pas sur les
renseignements personnels. O.K., parfait. Alors, je vais laisser la parole à ma collègue. J'ai d'autres questions
si le temps, il reste.
Président (M. Marsan) : Mme la
députée de l'Acadie.
St-Pierre : Merci. Alors, bienvenue à
cette commission parlementaire qui est passionnante. On a commencé nos travaux,
et je dois dire que, depuis le début, c'est très intéressant d'entendre les
différentes personnes qui viennent nous parler d'accès à l'information.
Vous avez un discours aussi qui prône l'ouverture,
l'élargissement. Le ministre a annoncé son intention. C'est sûr qu'on parle
du rapport quinquennal, mais on... La loi a 30 ans quand même, et tout le
monde comprend qu'il faut rajeunir cette loi et il faut lui donner un
nouveau souffle. Vous parlez d'élargir la loi aux organismes publics qui ne
sont pas assujettis, également aux OSBL, les organismes sans but lucratif. Vous
parlez également de toute la question des municipalités.
Vous dites qu'il faut plus de transparence, et je vous cite en disant… Vous
avez dit : On pourrait découvrir des
choses intéressantes. Vous avez 110 000 membres, travailleurs et
travailleuses. Vous gérez des cotisations syndicales quand même
importantes. Est-ce qu'à votre avis la loi devrait également toucher et s'appliquer
aux syndicats, aux centrales syndicales?
Ranger (Marc) : C'est une très bonne
question, mais on a déjà dans le Code du travail où les états financiers des syndicats sont accessibles à l'ensemble
de nos membres. Il y a deux débats là-dedans, parce que le fédéral a déjà déposé une
loi sur la transparence, mais je
pense qu'ils ont d'autres objectifs que juste les renseignements
financiers des syndicats. Mais on a déjà des dispositions dans nos statuts et
règlements, le Code du travail le prévoit, où on est obligés à la transparence.
St-Pierre : Ça, c'est sur les
questions d'argent, mais, si ce sont d'autres questions, sur des questions
stratégiques ou des questions d'enjeu politique ou des questions qui touchent
comment vous envisagez certains enjeux ou
pas, est-ce qu'à ce moment-là la question devrait aussi... la loi devrait aussi
s'appliquer aux syndicats? Parce qu'on parle évidemment... il y a les
questions d'argent, bien sûr, les états financiers, c'est une chose, mais les
autres domaines dans lesquels vous agissez.
M. Ranger (Marc) : Bien, je dirais, la mission d'un
syndicat, elle est très claire, hein? Contrairement à, parfois, certains
organismes ou quand on parle de secret commercial, de secrets commerciaux,
nous, c'est la défense des intérêts de
nos membres, la défense des conditions de travail. Ça fait que je pense qu'on n'a
pas le même débat, de nous assujettir aux mêmes obligations alors que ce
n'est pas du tout le même débat. La mission d'un syndicat, elle est connue, la
cotisation, elle est fixée, et c'est la négociation collective. Puis, l'obligation
de représentation, Dieu sait que, depuis 10 ans,
elle s'est... oui, je m'écarte un peu, mais elle s'est élargie largement, notre
obligation. On en a beaucoup sur le dos, on en a en masse sur le dos. Ça
fait que...
St-Pierre : ...par exemple, si une
personne qui cotise, un syndiqué veut avoir accès à une étude, un document, une
analyse, ce que vous faites, c'est toujours disponible? Par exemple, si vous
agissez dans un conflit ou dans un enjeu politique de façon très pointue,
est-ce que ça, c'est disponible? Est-ce que les syndiqués connaissent
exactement ce que vous faites avec leurs cotisations?
Ranger (Marc) : Absolument. Absolument.
À chaque assemblée générale de nos syndicats, ils doivent produire états financiers, rapports. Les gens
peuvent demander à voir tel ou tel renseignement, avoir accès à telle ou
telle étude. De ce côté-là, auprès de nos membres, on rencontre ces obligations-là.
St-Pierre : Et si c'est le citoyen...
un citoyen ordinaire?
Ranger (Marc) : Bien là, à ce
moment-là, il faudrait voir, parce que je ne pense pas que ce soit le but du
projet de loi. Mais ce serait quoi? La chasse aux sorcières, de l'élargir à l'ensemble
de la société.
Mme Lamy (Danielle) : Ça reste un organisme privé, et on n'a
pas de fonds publics. Donc, on est ici pour
étudier les organismes publics. Notre
financement est essentiellement... Nos revenus sont essentiellement ceux
provenant des primes que nos... pas des primes mais des cotisations que
nos membres nous donnent. Donc, on est essentiellement un organisme privé.
On est excessivement redevables à nos
membres, mon collègue l'a dit. On a nos assemblées générales, on a des conseils généraux,
on a des congrès, nos congrès — les
journalistes sont souvent invités aux grandes
manifestations — qui ont lieu quand
même à tous les deux ans, où là on doit rendre compte à nos membres. Et c'est là
aussi qu'est établi notre plan d'action,
notre stratégie pour quels seront... Quand on dit… quand j'ai dit que la lutte
aux PPP était une de nos préoccupations, on n'a pas pris ça dans une
boîte à chaussures. C'est nos membres qui nous ont donné ce mandat-là en
congrès, de faire cette lutte-là. Et puis, après, on le fait avec les moyens et
avec les élus qu'on a.
Donc, on est une organisation qui est ouverte
à ses membres. Est-ce que de donner toute cette information-là... On n'a pas de fonds publics. Donc, on ne va pas être
assujettis à une loi qui est là pour de la transparence, compte tenu des fonds
publics. Mais je pense qu'on est assez transparents comme tel. Je pense que
vous pouvez trouver toutes nos données salariales sur l'Internet, si vous vous
forcez un peu aussi.
M. Ranger (Marc) : Je pense que je ferais une
distinction entre SODEM qui va recevoir 16 millions de dollars d'argent public pour opérer des parcs puis du
travail qui normalement est fait par des gens qui sont payés par les services
publics versus un syndicat qui défend l'intérêt de ses membres. Il y a d'autres
questions à se poser, là. Mais je peux vous rassurer que Dunton Rainville ne
siège pas sur nos conseils.
Président (M. Marsan) : En terminant.
Mme de Santis : Alors, je vois qu'une de vos
recommandations, c'est que le législateur devrait mettre sur pied un programme de sensibilisation de la population en
général et non seulement les jeunes. J'aimerais comprendre qu'est-ce que vous voulez dire par ça, qu'est-ce
que vous avez en tête. Et en plus j'aimerais savoir si vous, chez vous,
vous avez des programmes de sensibilisation vis-à-vis vos membres, parce qu'il
y a des questions de renseignements personnels qui touchent vos membres et que
c'est important qu'eux soient au courant de leurs droits.
M. Ranger (Marc) : Ça fait déjà deux ans qu'on a
sensibilisé nos membres. Avec la montée des médias sociaux... Puis on a énormément de problèmes aussi, dans
nos rangs, de surveillance électronique, de plus en plus — parce que c'est la fin de
notre mémoire aussi. Donc, on a sensibilisé nos gens. Il y a des campagnes qui
se font — notre
prochain congrès d'ailleurs se fait aussi sur ce thème-là — pour sensibiliser l'importance de la protection des
renseignements personnels quand on va sur le Net, quand on se sert de Facebook ,
etc., dans un contexte de travail aussi, où on doit avoir une certaine retenue.
Ça fait que le travail auprès de nos membres,
il est fait. Maintenant, au niveau de la population, ça, je vais laisser Danielle, au niveau du mémoire.
Lamy (Danielle) : Pour compléter, aux
membres, vous avez...
Président (M. Marsan) : En terminant.
Lamy (Danielle) : En terminant, oui.
On a énormément de... On a été happés, comme l'ensemble de la population, des
organisations, sur ce phénomène des médias sociaux. Et c'est sûr qu'on constate
dans nos rangs que les jeunes vont beaucoup utiliser les
médias sociaux différemment des personnes âgées. Alors, oui, on sensibilise nos
membres. J'ai le mandat. Moi-même, je me promène à travers les congrès de
secteur; j'y serai encore, dans le secteur des
communications, en fin de semaine pour faire de la formation sur qu'est-ce que
c'est, les médias sociaux, comment faire la protection des
renseignements personnels puis quel est l'état du droit sur cette question-là.
Alors, on sensibilise nos membres.
Et ce qu'on voulait dire, c'est que, si le
mémoire semblait cibler très rapidement les jeunes… On entendait, dans la lecture, «les jeunes à l'école»; je pense que les
jeunes salariés devraient être aussi sensibilisés à cette question-là. C'est ça qu'on voulait aborder, qu'il ne fallait
pas s'arrêter aux jeunes qui sont encore dans les institutions scolaires.
On a des salariés qui rentrent dans nos organisations qui sont aussi très
jeunes, qui ont besoin de formation.
Président (M. Marsan) : Merci. Nous
allons poursuivre avec le deuxième groupe d'opposition, et je vais donner la
parole à M. le député de Lévis.
Dubé : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, bienvenue encore une fois ce matin. Vous représentez quand
même un très bon groupe de personnes. Et, si je résume un peu la position du
rapport quinquennal, qui dit qu'on devrait,
entre autres, considérer peut-être une réforme de la CAI, avec un gouvernement
ouvert, parce que c'est une des
pressions… Là, je fais le lien avec ce que vous venez de dire, je
note que, dans votre mémoire, vous appuyez une des trois
recommandations, c'est-à-dire, à la page 19, là, la
recommandation 11, qui dit que vous avez... à la page 11, pardon, où vous dites que vous aimeriez un débat.
Mais je trouve ça un petit peu timide, si vous me permettez, parce que vous êtes un... Déjà, je trouve que la CAI est un
peu timide par rapport au gouvernement ouvert. Alors, vous l'êtes en... parce que vous appuyez une des recommandations; l'autre,
c'est un peu plus délicat. En fait, ma question, c'est — j'essaie de faire le lien avec votre point sur les
partenariats privés : Il y a-tu quelque chose qui vous inquiète dans le
gouvernement ouvert, par rapport à vos membres?
Et j'aimerais peut-être — parce que je n'ai pas beaucoup de temps — terminer en disant : Vous savez, dans la transparence du
gouvernement ouvert, la transparence, c'est une chose, mais vous avez entendu
aussi les autres intervenants qui parlent du bloc de collaboration et de
participation, parce qu'un gouvernement ouvert, c'est du data, mais il faut qu'on ait des gens qui viennent faire ce data-là
ou le mettre en ligne, etc. Est-ce que c'est ça qui vous inquiète, de...
que ça aurait un impact sur vos membres, qui ferait ce travail-là, etc.? J'essaie
juste de voir un peu pourquoi vous êtes un peu timides dans votre
recommandation du gouvernement ouvert.
Mme Lamy (Danielle) : C'est peut-être une question de
rédaction, parce que, dans notre opinion, on n'est pas timides du tout sur cette question-là. D'ailleurs, ce
qu'on dit dans notre page 3...
Dubé : En fait, ce que je veux, c'est
que vous précisiez votre pensée.
Mme Lamy (Danielle) : Oui, c'est ça, là. On disait qu'on
est en faveur des recommandations contenues,
donc sur l'ensemble. On a ciblé celles qui étaient plus spécifiques à notre
réalité comme organisation syndicale dans notre mémoire. Donc, on n'est pas du tout inquiets. Puis je pourrais vous dire
un peu : Si plus de datas, comme vous me dites, sont disponibles,
nous, on est en faveur sur cette question-là.
Dubé : Si vous me permettez, je ne
veux pas vous interrompre…
Lamy (Danielle) : Oui, allez-y.
Dubé : ...parce qu'il me reste encore
30 secondes, je vais vous dire ce qui m'inquiète, puis je voulais bien
comprendre votre position. Ce qu'on voit beaucoup dans le gouvernement ouvert…
En ce moment, c'est que toute l'informatique se fait beaucoup à l'intérieur du
gouvernement pour certaines choses, O.K.? Et, si on s'en va vers un gouvernement ouvert, un des principes de ça, c'est
que souvent la programmation se fait à l'extérieur. On l'a vu, on met du
data, mais on demande aux gens de... C'est ça que je voulais comprendre, parce
que, si vous êtes inquiets que la programmation
se fasse à l'extérieur, je voulais être certain que je comprenais bien votre
inquiétude. Mais ce n'est pas ça?
Lamy (Danielle) : Non.
Dubé : Ce n'est pas ça du tout. O.K.
Ça clarifie ma position. Merci beaucoup.
Président (M. Marsan) : Alors, je
vous remercie, Mme Lamy, M. Ranger. Merci beaucoup.
Lamy (Danielle) : C'est nous qui vous
remercions.
Président (M. Marsan) : Je vais
inviter maintenant les représentants de l'Association des archivistes du Québec
à venir prendre place et je vais suspendre quelques instants.
(Suspension
de la séance à 12 h 7)
Président (M. Marsan) : Alors, nous reprenons. La commission reprend ses travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association des archivistes du
Québec. M. Couture, je vous demanderais de vous présenter et de présenter
les personnes qui vous accompagnent. Et vous disposez d'une dizaine de minutes
pour nous présenter votre point de vue. La parole est à vous.
Couture (Carol) :
Merci. M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les élus, je voudrais d'abord vous remercier d'avoir accepté de nous recevoir dans le
cadre de cette consultation. Les personnes qui m'accompagnent sont Yan
Senneville, archiviste et greffier adjoint de la ville de Sainte-Adèle et
responsable du Comité des affaires professionnelles
de l'Association des archivistes du Québec, et M. Michel Lévesque,
responsable du Service de la gestion intégrée
des documents chez le Directeur général des élections du Québec. Je profite de
l'occasion pour les remercier, eux et Mme Diane Baillargeon, qui n'a
pu se joindre à nous, directrice de la Division de la gestion des documents et
des archives de l'Université de Montréal, je
les remercie pour la rédaction et la préparation du mémoire. Nous
accompagne aussi Mme Andrée Gingras, directrice générale de l'Association des
archivistes du Québec.
D'entrée
de jeu, j'attire votre attention sur le fait que plusieurs sujets traités dans
le rapport rejoignent précisément les valeurs mises de l'avant par l'Association des
archivistes du Québec, que nous représentons, qu'on pense au principe de
libre consentement, à la diffusion proactive de l'information ainsi qu'à la
sensible gestion des renseignements personnels.
Voilà tous des facteurs essentiels à la démocratie et à la vie citoyenne, qui
sont au coeur même des actions de notre association. Et, qui plus est, l'Association
des archivistes du Québec est une habituée de la participation aux travaux de
la commission, puisqu'elle est intervenue à toutes les consultations en ce
domaine.
L'Association
des archivistes du Québec existe depuis 1967 et regroupe plus de
650 personnes qui travaillent dans des organismes publics et privés et qui sont
garantes d'une gestion efficace et ordonnée de l'ensemble des documents
qui forment leurs archives. L'AAQ représente donc la grande majorité des
archivistes qui oeuvrent au Québec et dans la communauté francophone du Canada.
Elle est active dans un vaste réseau de services d'archives aux plans national
et international en participant aux activités du Conseil canadien des archives
et du Conseil international des archives.
Depuis bientôt
50 ans, l'AAQ participe, à la mesure de ses moyens et dans la limite de
ses compétences, au maintien de la
démocratie en faisant en sorte que les droits du citoyen soient respectés en
matière d'accès aux documents et de protection des renseignements
personnels, car, ne l'oublions pas — et j'insiste sur ce point — on peut accéder à l'information
à la seule condition que les documents qui la contiennent aient été traités,
organisés et surtout conservés. Et, de la même façon, pour bien protéger
les renseignements personnels, encore faut-il les connaître, savoir pourquoi et
comment ils ont été recueillis et constitués, et bien sûr pouvoir les retrouver
rapidement. Sans ces conditions, qui constituent l'essentiel des préoccupations
de l'archiviste, on peut se demander comment une loi régissant l'accès à l'information
et la protection des renseignements personnels pourrait être applicable et
appliquée.
C'est
précisément ce qui justifie l'intervention de l'AAQ, qui souhaite participer
ainsi à l'amélioration des lois qui touchent ces
domaines d'activité. Pour se faire, elle veille à l'intégrité des documents qui
forment les archives et promeut la transparence des organismes publics et
privés par une saine gestion des archives et de l'information qu'elles
contiennent.
MM. Lévesque et
Senneville, je vous laisse la parole pour présenter le mémoire. Michel.
Lévesque (Michel) : Oui. Donc, rapidement, concernant la protection des renseignements
personnels — on va y aller par les
parties du rapport, finalement — donc on appuie effectivement le principe de
simplification des politiques de
confidentialité par des versions condensées, parce qu'en plus d'informer
facilement sur la finalité de la collecte et l'utilisation des renseignements
personnels ces versions devraient aussi, également, informer sur l'élimination confidentielle des renseignements personnels selon
les règles établies par un calendrier de conservation pour les
organismes publics, ou par des règlements
fixés par le gouvernement, ou les calendriers de conservation dans certains
organismes privés, en ayant soin par contre
de préciser, là, que, comme archivistes, c'est sûr qu'on voit aussi à garder
des informations confidentielles qui auraient un intérêt historique. On
comprend qu'après évaluation il pourrait y avoir un certain nombre de
renseignements personnels qui sont gardés de façon historique, mais il faut
comprendre qu'ils ne sont pas nécessairement accessibles ad vitam aeternam, là.
L'utilisation de
pictogrammes nous semble aussi une excellente idée, c'est-à-dire qu'un
pictogramme, ça informe bien, c'est moderne
et ça sensibilise bien. Et nous, on préconise aussi un pictogramme, bien sûr,
sur la destruction des renseignements
personnels, donc qui pourrait tout de suite attirer l'attention sur : oui,
il y a une préoccupation là-dessus.
Il est nécessaire
aussi, pour nous, de faire des représentations auprès des entreprises et
organismes étrangers pour qu'elles se
conforment aux lois québécoises sur l'accès et la protection des renseignements
personnels. Du moins, elles aussi, qu'ils
aient l'utilisation de pictogrammes dans leur propre politique de diffusion ou
de cueillette d'informations.
Nous
croyons que la commission doit continuer à jouer son excellent rôle pédagogique
en suggérant des modèles de pratique justement
condensés, dans lesquels ils identifieraient les éléments principaux qui
devraient faire
partie de ces politiques.
Une absence dans le rapport : avec l'évolution
technologique, l'utilisation des diverses formes de média, dont les médias sociaux particulièrement, l'évanescence
des formats et des supports des documents, une redéfinition de la notion de fichiers de renseignements personnels ainsi que
des précisions sur leur contenu s'imposent. Parce qu'il y a comme un flou par rapport à cette notion-là, et on
pense que, là, ce serait le temps de profiter d'une future modification
à la loi pour travailler là-dessus.
Concernant
les natifs du numérique, bien, nous sommes d'avis, effectivement, que des
politiques justement condensées et des
pictogrammes qui font jeunes pourraient effectivement être des moyens
privilégiés pour faire comprendre facilement
aux jeunes l'étendue de la divulgation, de l'utilisation mais aussi de l'entreposage
dans la sphère mondiale de leur
information confidentielle. Parce que, des fois, on l'oublie, là, ça se... c'est
dans le monde entier, là, que c'est diffusé.
Encore ici, la commission, en collaboration
avec le milieu scolaire — elle le fait déjà — mais aussi
communautaire, les regroupements communautaires pourraient être mis de la
partie, ainsi que le milieu parental, pour continuer à jouer justement un rôle
de chiens de garde pour accompagner les jeunes citoyens par rapport à cette
divulgation.
Concernant
la déclaration des failles de sécurité, on appuie effectivement la déclaration
obligatoire des failles de sécurité auprès
de la Commission d'accès, mais on comprend que, dans le rapport, il semble y
avoir une ambiguïté à savoir qui doit
le faire. Nous, on pense que la commission doit être informée mais que les
organismes qui constatent des failles
de sécurité doivent aussi informer les citoyens visés. C'est-à-dire, donc, la
commission est informée, elle pourra toujours,
elle-même, si l'organisme ne le fait pas suffisamment, informer de la faille,
mais l'organisme a une responsabilité aussi d'informer, parce qu'il s'agit
de renseignements personnels. On n'est pas sur n'importe quoi, là, on est sur
des renseignements personnels d'individus. Et la commission doit rendre
disponibles des modèles de procédure en cas de failles de sécurité, pas laisser
les organismes tout seuls, les accompagner aussi via des modèles.
Senneville (Yan) : En deux minutes.
Président (M. Marsan) : Oui, M.
Senneville.
M. Senneville (Yan) : M. Senneville, oui. La seconde
partie
du rapport aborde des questions qui sont
importantes concernant la divulgation et la diffusion proactive de l'information,
notamment par le Règlement sur la diffusion puis
les données ouvertes. L'AAQ se questionne sur l'application du règlement :
Devrait-elle être élargie à tous les organismes ou modulée par secteurs d'activité? Sur quelles bases prendre cette
décision? Il eût été utile d'avoir un rapport... que le rapport fasse un
bilan et une rétrospective, avec statistiques à l'appui, de l'application du
règlement à des organismes présentement
assujettis, un bilan qui aurait éclairé le législateur et la commission sur les
portées, sur les bénéfices réels, sur les coûts, sur l'amélioration
possible. Nous croyons qu'en l'absence d'un tel bilan l'application étendue aux
autres organismes serait prématurée.
Ensuite,
la commission propose l'utilisation des données ouvertes pour les organismes
publics. Cette avenue permettrait-elle une
véritable transparence de nos gouvernements? Un véritable débat est ouvert et
il sera intéressant. Le rapport dresse un portrait éloquent de certains
États ayant utilisé ce mode de diffusion proactive, mais qu'en est-il au Québec? Inévitablement, les décisions doivent être
prises dans le meilleur intérêt des citoyens, de la démocratie et de la
transparence, mais interrogeons-nous sur la pérennité et la conservation de ces
données sur le long terme. Pensons au patrimoine
documentaire en données ouvertes. Quelles informations sont réellement utiles
au public? Toutes? Dressons donc certaines balises pour mieux aborder
cette question.
C'est pour ces raisons que l'AAQ propose que
des tables de travail multidisciplinaires, où l'archiviste y serait un acteur prépondérant, soient créées pour encadrer
la gestion des données ouvertes. Le mandat, entre autres, serait l'analyse des
répercussions dans une perspective archivistique et patrimoniale.
conclusion, le rapport apporte un éclairage nouveau et essentiel sur des
problématiques très récemment soulevées,
mais qu'en est-il de la notion de fichiers électroniques? L'AAQ aurait trouvé
approprié que le rapport propose l'examen
des deux lois actuelles en lien avec les notions spécifiques de documents
technologiques, entre autres fichiers, bases de données, blogues,
courriels, etc. Comment le législateur entrevoit ces nouveaux vecteurs de l'information?
Il nous semble d'autant plus d'actualité de vérifier si cette loi, vieille de
30 ans, demeure appropriée au contexte du XXIe siècle, où les technologies
évoluent rapidement, où l'information se propage à grande échelle et où sa
gestion doit être rigoureusement adaptée. Nous vous remercions.
Président (M. Marsan) : M. le
ministre, la parole est à vous.
Drainville : Alors, nous aussi, on
est limités dans le temps, donc j'y vais sans hésiter, sans autre forme de
procès, là. L'extension, d'abord, à l'application du Règlement sur la
diffusion, vous, vous dites : Pas tout de suite; faisons d'abord le bilan du règlement tel qu'il a été appliqué jusqu'à
maintenant aux organismes et aux ministères, mais on ne veut pas l'étendre tout de suite, par
exemple, aux municipalités, au réseau scolaire, au réseau de la santé. On
veut d'abord faire un bilan. Pourquoi est-ce
que vous jugez que ce bilan-là doit d'abord être fait avant qu'on envisage l'extension?
M. Senneville (Yan) : Ça nous permettrait d'avoir... Est-ce
qu'il y a eu diminution systématique des
demandes d'accès à l'information? Est-ce que les documents qui sont cités dans
le règlement sont les bons documents? Est-ce qu'on
ne pourrait pas y apporter certaines modifications, certaines améliorations,
validées en fonction des secteurs? Les municipalités
n'ont pas nécessairement... les trois, quatre premiers, mais par la suite
peut-être qu'on pourrait du moins s'assurer d'avoir une idée un peu plus
claire sur le travail qui a été fait depuis trois, quatre ans, là, avec l'adoption
du règlement. Donc, ça nous permettrait justement, c'est ça, de... Michel.
M. Drainville : Mais, dans une perspective de
gouvernement ouvert, vous admettrez que c'est difficile à justifier qu'on n'étende pas l'application du Règlement de
diffusion proactif, là.
M. Senneville (Yan) : Ça pourrait faire
partie des tables
de travail, justement, donc de voir, en collaboration avec les données
ouvertes et les règlements : Est-ce que le règlement est encore justifié
si on ouvre les données systématiquement? Donc, c'est là où on parle
peut-être d'améliorations.
Drainville : Ah, oui! O.K., je
comprends ce que vous voulez dire.
Senneville (Yan) : Ça fait que, dans
le fond, on parle...
M. Drainville : Donc, vous dites : Si on... Oui.
O.K. Si on oblige les organismes à dévoiler de façon proactive les données sur les sites Internet, par exemple,
des différents ministères et organismes, à ce moment-là...
Senneville (Yan) : ...que l'organigramme
va s'y retrouver.
Drainville : ...la divulgation
obligatoire devient un peu redondante.
Senneville (Yan) : Exact.
Drainville : Intéressant. Vous alliez
ajouter?
M. Lévesque (Michel) : Non. C'est qu'il y a...
Effectivement, le règlement, quand même, statue sur différents documents,
mais il y a des zones un peu plus faibles, si je prends études, rapports, recherche,
qui pourraient être... qui auraient avantage à être définis, mieux
définis. Ça irait dans le sens justement... On n'est pas... On préconise un gouvernement ouvert, effectivement, et la
diffusion, mais il y a diffusion et diffusion. Et j'insiste aussi sur le
respect des renseignements personnels
via cette diffusion, via le gouvernement ouvert; on peut comprendre qu'on peut
diffuser certaines données qui pourraient conduire à trouver des
renseignements personnels par la bande. Et, ça aussi, il faut l'analyser.
M. Drainville : On pourrait faire l'un et l'autre. On
pourrait faire l'un et l'autre. On pourrait resserrer et évaluer ce qui a déjà été fait sans nous empêcher d'étendre
l'application du règlement.
M. Couture (Carol) : Exactement. La réflexion sur le
règlement n'est pas contradictoire par rapport au gouvernement ouvert. C'est pour peut-être mieux l'installer, avoir plus
de données, pouvoir nuancer ces propos-là.
M. Drainville : Bon, vous savez que le Règlement de
diffusion prévoit le document... de documents,
notamment de documents, sur le site Internet
de chacun des ministères, organismes qui est assujetti au règlement. Comment
est-ce que vous évaluez les plans d'archivage
de ces différents documents qui servent d'encadrement, si vous me permettez
le mot, à ces différents sites Internet là?
C'est quoi, l'évaluation que vous faites? Trouvez-vous que ces sites-là font le
travail? Les sites Internet, là, sur lesquels il faut déposer les documents qui
sont demandés par le Règlement de diffusion, est-ce qu'ils sont bien faits?
Puis est-ce que le plan d'archivage qui sous-tend le site Internet est bien
fait?
M. Lévesque (Michel) : Je pourrais répondre en partie. C'est-à-dire
que, oui, je pense que la diffusion sur les sites Internet est intéressante. Le plan d'archivage,
c'est une autre histoire. Je pense qu'il pourrait y avoir un
renforcement sur l'application de règles de conservation, sur l'information qui
y est mise, à savoir : Est-ce que tout doit y résider ad vitam aeternam, ou soit, à partir de certaines
balises, on peut retirer des informations qui sont devenues désuètes,
ou...
Drainville : À partir d'un certain temps,
par exemple.
Lévesque (Michel) : Mais à partir d'un
certain temps. Parce que…
Drainville : Puis on fait quoi avec
cette information-là qu'on retire, à ce moment-là?
M. Lévesque (Michel) : Bien, il faut comprendre que les
organismes se sont... ont des calendriers de
conservation, qu'ils visent l'ensemble des documents et même ceux qui sont
placés, de toute façon, sur les sites Internet. Ça fait que, donc, on assimile la durée de temps où ces documents-là doivent y
résider en fonction de la même durée que je les ai dans... sur les sites propres, informatiques, de l'organisme.
Donc, on peut appliquer les mêmes durées de conservation par rapport à
certaines informations, et cette information-là qui est retirée par la suite,
bien, si elle n'a pas un intérêt historique, elle est carrément
détruite, comme dans toute pratique archivistique.
Drainville : Mais ça, vous êtes d'accord
avec ça.
Lévesque (Michel) : Ah, bien oui!
Mais il y a aussi, par contre, des informations qui peuvent être jugées d'intérêt
historique qui continuent ou à résider sur le site Web ou qui continuent à
résider dans un autre espace accessible à la population.
Drainville : Oui, O.K. Ça marche.
Couture (Carol) :
Ce à quoi il faudra faire attention, et c'est la grande problématique du
numérique par rapport au traditionnel papier, c'est qu'on s'imagine, et on se le fait
dire : Il n'y a plus de problème, on va tout garder. Mais tout garder, ça ne règle rien, là. Tout garder, c'est
la pire décision à prendre. Il faut évaluer et savoir qu'est-ce qu'on
garde et pendant combien de temps on le garde. Et cette problématique-là, elle
est aussi applicable, et je dirais même plus applicable sur le numérique que
sur le papier. Parce que, si on ne le fait pas au départ, on ne sera jamais
capables par la suite de rattraper cette réalité-là.
Drainville : Et
l'autre chose qu'on oublie très souvent, c'est qu'on pense qu'une fois que c'est
numérisé c'est bon pour l'éternité. Ce n'est
absolument pas vrai.
M. Couture
(Carol) : C'est le contraire, c'est
le contraire.
Drainville : C'est très important de
le dire. Moi, j'ai découvert ça récemment, moi. Les cassettes de mes reportages
numérisées duraient moins longtemps que les cassettes sur ruban.
M. Couture
(Carol) : En fait, là, le papier, là,
ce que j'ai là-dessus, c'est plus certain de conservation que ce que j'ai là-dedans.
Drainville : De passer au travers du
temps, exactement. Ça, c'est...
M. Couture
(Carol) : Tout à fait, tout à fait.
Alors, c'est pour ça que, toute la question de ce qu'on retrouve sur le Web, il faut d'abord évaluer cette
information-là et il faut décider, comme on le faisait pour le papier, qu'est-ce
qu'on fait avec l'information.
Drainville :
Très bien. Est-ce qu'il serait préférable, plutôt que de… J'en reviens toujours
au Règlement de diffusion — puis encore une fois je n'ai pas
beaucoup de temps — est-ce qu'il serait préférable de garder l'application du règlement telle quelle, où chaque
ministère, organisme doit déposer sur son site Internet les infos, ou est-ce qu'on
ne devrait pas envisager la possibilité de tout centraliser sur un site
Internet?
M. Couture
(Carol) : Moi, je ne peux pas
répondre à ça.
Drainville : Pourquoi?
M. Couture
(Carol) : Bien, parce que c'est... L'idéal,
l'idéal au plan de la conservation et des normes de conservation, c'est de tout
mettre au même endroit. Mais la problématique, c'est que, là, on va créer un
besoin qui, actuellement, est partagé par plusieurs institutions, et là c'est à
l'appareil gouvernemental à prendre la décision. Mais c'est sûr qu'au plan de
la conservation...
Drainville : La centralisation…
Couture (Carol) :
…la centralisation est plus facile. Mais c'est un discours qui n'est pas simple
à tenir, là.
Drainville : D'accord.
Couture (Carol) :
Je vous garantis que, quand vous allez arriver dans un ministère avec cette
question-là, c'est très sensible. Très
sensible.
Drainville : Notamment chez les
archivistes.
Lévesque (Michel) : Oui. Mais je pense qu'il y aurait quand même une problématique de
gestion en arrière, de toute façon. Les
ministères, dans la mesure où ils gèrent bien et dans la mesure où ils ont une gestion
intégrée des documents, vont être en mesure
de bien gérer cette information-là. Le centraliser, vous allez avoir besoin d'une
équipe qui va être aussi dédiée à la gestion de ces informations-là. Et l'information,
on le sait, vous le savez, elle circule terriblement vite, elle doit être
traitée de façon très rapide. Et il y a quand même des spécialistes, dans les
ministères et les organismes, qui font ce travail-là. Je pense qu'il devrait y
avoir une concertation plus évidente avec...
M. Lévesque
(Michel) : Voilà.
Drainville :
Oui. O.K. On est d'accord qu'on est dans un débat un peu philosophique. Chaque
formule a ses forces et ses faiblesses. On ne
va pas régler ça aujourd'hui.
Par ailleurs, vous proposez d'augmenter les délais
de traitement pour le traitement des demandes à 20 jours ouvrables de même que limiter l'ajout des motifs
de restriction à caractère facultatif. Vous proposez d'augmenter les
délais de traitement pour le traitement des demandes à 20 jours ouvrables plutôt
que 20 jours de calendrier, hein, c'est ça?
Lévesque (Michel) : Oui.
M. Drainville : Parce que vous trouvez que, de toute
façon, plus souvent qu'autrement, c'est 20 plus 10, ça fait que, tant qu'à faire 20 plus 10, ajustons-nous,
en résumé, là?
Lévesque (Michel) : Mais il faut
faire attention. Je suis même substitut, moi, en accès à l'information au
Directeur général des élections. Ça fait qu'en ce sens beaucoup de demandes
sont complétées en delà d'une, deux, trois,
quatre journées quand elles sont précises, mais il y a des demandes d'accès à l'information
qui sont parfois difficiles, pour lesquelles ça prend des renseignements
supplémentaires, pour lesquelles des fois il faut faire appel aux tiers. Et donc il y a toute une problématique qui fait en
sorte que, quand on a à gérer une demande d'accès à l'information,
certaines se répondent très rapidement, d'autres
peuvent effectivement demander beaucoup plus de temps pour qu'on puisse y
répondre.
L'information, en plus, qu'on doit trouver,
elle est sous différentes formes maintenant. Elle n'est pas uniquement sous forme papier comme on était habitués. Elle
est aussi dans des banques de données, elle est aussi sur des sites
électroniques, etc. Et donc ça devient beaucoup plus complexe...
Drainville : Donc, ça prend plus de
temps.
Lévesque (Michel) : Et donc ça prend
plus de temps.
M. Drainville : Parfait. Là, il y a un thème très
important que vous abordez, puis je pense que vous êtes les seuls à l'aborder, là, vous dites qu'il faut mieux définir
la notion de fichiers de renseignements personnels pour y inclure les documents technologiques et vous dites qu'il faut
pour ça s'inspirer de la Loi concernant le cadre juridique des
technologies de l'information. Là, vous devez en quelques minutes nous dire
pourquoi il faut aller là, là, parce que je pense qu'il n'y a pas personne d'autre
qui nous suggère... qui nous fait cette suggestion-là, là. Mais c'est quoi, les
avantages d'introduire la notion de documents technologiques dans la Loi d'accès?
M. Lévesque (Michel) : Bien, elle est déjà introduite par la
définition que donne la
loi sur le cadre juridique des technologies de l'information, parce qu'elle redéfinit
le mot «documents» et...
Drainville : Là, vous voulez l'étendre
à la Loi d'accès?
Lévesque (Michel) : On l'étend à la
Loi d'accès parce que la Loi d'accès parle de documents. Mais on comprend aussi que, «documents», la
loi sur le
cadre juridique assimile aussi à des documents les banques de données et
donc, aussi, les rapports informatiques provenant de ces banques de données là.
Si on lit et si on regarde certaines descriptions
de fichiers de renseignements personnels, au moment où on se parle on va parler
d'information, mais on ne parlera pas nécessairement toujours où réside
cette information. Et c'est important aussi de spécifier où réside cette
information-là, qui y a accès, quelles sont les mesures de protection qu'on a
associées à ces différents...
M. Drainville : Êtes-vous en train de nous dire qu'il
y a des documents qui n'existent que sur support
numérique, et donc une application restrictive de la Loi d'accès pourrait
amener certaines personnes à penser que ces documents numériques ne sont pas
assujettis à la Loi d'accès, et donc il faudrait le préciser, c'est ça, en
résumé, là?
Lévesque (Michel) : Oui.
M. Couture (Carol) : D'une part, et, d'autre part, quand
on parle de banque de données, c'est que, dans la banque de données, vous pouvez créer des documents qui n'existent pas.
Le lien qu'on peut établir entre différentes données dans une banque de
données, on va créer de la nouvelle information.
Drainville : De là l'importance d'avoir
une politique de données ouvertes.
Couture (Carol) : Exactement, oui.
Mais en même temps il faut que ça soit balisé et encadré.
Drainville : Pour les renseignements
personnels.
M. Couture (Carol) : Exactement. Parce que, là, vous
pouvez... Tout est possible, là, dans une base de données.
Drainville : Bien sûr. Puis ça, c'est
complexe, ça, là?
Couture (Carol) : C'est très
complexe.
Drainville : Comment est-ce que tu
fais le tri, comment est-ce que tu atteins le juste équilibre entre la libération des banques de données et la protection
des renseignements personnels que pourraient contenir ces banques de
données, ça, c'est très, très, très complexe, là. Puis c'est vous qui feriez ça,
éventuellement, là, c'est les archivistes qui vont gérer ça, là.
Couture (Carol) :
Non, ce n'est pas les archivistes qui vont... Les archivistes vont gérer le
résultat, mais les archivistes vont avoir
besoin des spécialistes du traitement de cette information-là.
Drainville :
Mais qui va trier l'information? C'est qui qui fait ça dans une fonction
publique? Qui va prendre les banques de
données puis qui va dire : Non, non, ça, on ne peut pas, ça, c'est... on
ne peut pas, ça? Ce n'est pas les archivistes?
Lévesque (Michel) : Bien, en fait, les responsables de sécurité de l'information, entre
autres. Les responsables de sécurité de l'information
dans les ministères et organismes doivent veiller, effectivement, à protéger
des actifs informationnels qui contiennent, entre autres, des renseignements
personnels. Donc, leur rôle, c'est d'aller constater, même dans les différents champs d'information, lesquels devraient être
protégés, lesquels n'ont pas besoin d'être protégés.
Drainville : C'est un travail
gigantesque…
M. Lévesque
(Michel) : Ah, bien oui!
Drainville : Gigantesque.
M. Lévesque
(Michel) : Oui, mais...
M. Couture
(Carol) : Mais on le faisait avec le
papier, M. le ministre.
M. Lévesque
(Michel) : Voilà!
Couture (Carol) :
Les gens s'imaginent que le papier, ça se fait tout seul. C'est un travail
gigantesque aussi, mais on a mis en place des balises qui nous permettent de savoir que,
tel type de document, on le garde pendant tant de temps, puis après ça
on peut l'éliminer ou le conserver de façon permanente.
Drainville : Dans le fond, c'est la
version électronique du caviardage qu'il va falloir créer, notamment...
M. Couture
(Carol) : Oui, oui.
Drainville : Notamment, pour protéger
les renseignements, hein? C'est un peu ça, hein?
M. Lévesque
(Michel) : Dans un sens, oui.
M. Couture
(Carol) : Mais l'archiviste n'est pas
le seul à pouvoir faire cette intervention-là, c'est le sens de mon
intervention, c'est qu'il a besoin du responsable de la sécurité de l'information.
Il faut qu'il y ait un travail de collaboration entre les deux, sinon ça ne
sera pas possible.
Drainville :
O.K. Je pense qu'il me reste deux minutes, là. Sur la question des failles de
sécurité, vous dites qu'il s'avère nécessaire
d'étendre l'obligation de dévoiler un incident de sécurité non seulement aux
organismes publics et aux entreprises privées, mais il faut également étendre
cette obligation de dévoiler un incident de sécurité à leurs fournisseurs et à
leurs sous-traitants. Visiblement, vous avez en tête des exemples, là, il y a
une raison pour laquelle vous suggérez ça, là.
M. Lévesque
(Michel) : Bien, c'est-à-dire, le
sous... si un organisme fait affaire avec un sous-traitant... L'interprétation, c'est : si l'organisme fait
affaire avec un sous-traitant, et le sous-traitant a une faille de sécurité, ça
fait partie... ça doit faire
partie d'une
divulgation, là, à la commission et aux citoyens concernés. C'est dans ce
sens-là, notre préoccupation. Quand
on l'étend aux fournisseurs et aux sous-traitants, c'est ceux qui font affaire
avec, effectivement, l'organisme, là, c'est-à-dire, je ne sais pas,
moi...
Couture (Carol) :
Il ne faut pas qu'on se décharge de la responsabilité en disant : Ça a été
fait par quelqu'un d'autre ailleurs, à l'extérieur.
Donc, il faut que la responsabilité suive l'opération qui a été faite, sinon on
n'est pas plus avancés.
Drainville : Donc, ce que vous dites,
c'est un argument de cohérence.
Des voix : Oui. Tout à fait.
M. Drainville : C'est ça. Vous dites, dans le
fond : À partir du moment où on permet à l'État de faire affaire avec des fournisseurs ou des sous-traitants, si on
garantit le principe du dévoilement obligatoire d'un incident de sécurité ou
encore si on oblige que la personne touchée, concernée ou les personnes
touchées par cet incident-là doivent être informées, il ne faut pas que ça s'applique
seulement aux organismes et aux entreprises, il faut que ça s'applique
également à ceux et celles avec lesquels ils font affaire.
Lévesque (Michel) : Exact. Exact. Dans les politiques de sécurité, c'est souvent, de toute
façon, maintenant, je dis bien maintenant, vu
d'assujettir les sous-traitants, entre autres, et les fournisseurs à la même
obligation de divulgation.
Drainville :
O.K. Il me reste 20 secondes, là, mais je note que vous êtes quand même…
pour en revenir à la question des données ouvertes,
vous êtes favorables à l'ouverture des données publiques. Ça, c'est un
principe... Même si vous mesurez très bien les difficultés que ça implique, le
principe, vous y êtes favorables.
Des voix : C'est ça. Tout à fait.
Drainville : O.K. Monsieur, vous
souhaitiez intervenir tout à l'heure. Malheureusement...
Drainville : Ça va? On a répondu aux
questions en discutant. Bien, très bien, c'est très utile, votre intervention.
Je vous remercie beaucoup.
Président (M. Marsan) : Merci, M. le ministre. Nous poursuivons avec l'opposition officielle,
et je vais donner la parole à Mme la députée
de Bourassa-Sauvé.
Mme de
Santis : Merci beaucoup, M. le
Président. Oui, c'est très utile. Il y a beaucoup de choses auxquelles vous nous faites réfléchir qu'aucune autre
présentation... personne qui est venue devant nous n'a fait. Donc, c'est
très, très important.
J'aimerais
regarder la page 9 de votre mémoire, vous abordez la notion de données
ouvertes, et vous identifiez plusieurs sujets qui devraient être abordés, et
vous soulevez nombre de questions. Une de ces questions est formulée de
la façon suivante, et je cite : «Que
faire de l'information historique, doit-elle être incluse ou non?» Pour moi, c'était
une surprise de lire ça. Pourquoi ne devrait-on pas nécessairement inclure l'information
historique dans des démarches d'un gouvernement ouvert, de données ouvertes?
M. Couture
(Carol) : Bien, j'imagine, on a posé
la… on a répondu en posant la question.
Lévesque (Michel) : Oui, c'est-à-dire, comme archivistes, on est, bien entendu, préoccupés
par la conservation de données historiques. On comprend qu'il y aura des... il y a des
producteurs de données qui vont permettre de rendre accessibles leurs données, données qui,
préalablement, n'étaient peut-être pas rendues accessibles mais qu'ils avaient
une obligation d'évaluer et de déterminer si
elles étaient ou non historiques. On veut que le principe continue. C'est-à-dire
que, si une... presque à forcer certains
utilisateurs de données ouvertes d'avoir une préoccupation, eux aussi, par
rapport aux travaux qu'ils vont faire avec ces données-là, de conserver ce qui
sera aussi historique.
Donc, à la fois les
producteurs qui rentrent des données ouvertes doivent faire un principe d'évaluation,
de conservation de données historiques pour
ne pas les perdre, mais les gens qui vont utiliser ces données-là. S'ils les
utilisent de la même fin pour laquelle elles étaient utilisées, ça va, mais, s'ils
les utilisent différemment pour produire d'autres documents ou d'autres
données, bien, qu'ils aient aussi une préoccupation de conservation de données
historiques et que ça soit public. Et, que
ça soit des organismes publics ou que ça soit des organismes privés, ils ont tous
et ils doivent tous, comme entités québécoises, d'avoir une
préoccupation pour l'histoire du Québec.
Mme de
Santis : Maintenant, je suis un peu
perdue avec votre explication. Et en plus les données vont être accessibles à tout le monde à travers la planète.
Ce n'est pas seulement les gens du Québec, O.K., pas seulement les
citoyens ou les résidents, c'est tout le monde. Je ne suis pas sûre que j'aie
compris votre réponse.
Lévesque (Michel) : C'est évident que je n'ai pas... on n'a pas de prise sur les organismes
étrangers. Ça, je vous l'accorde, là. Ça
dépend des organismes. Si je prends des organismes français, ils ont une
législation archivistique et une
préoccupation archivistique qui existent depuis longtemps. Mais, si je prends
au Québec, je pense qu'on est capables, pour les organismes québécois, d'aller
jusqu'à, effectivement, leur conseiller d'avoir une préoccupation historique des données et des productions qu'ils peuvent
faire de ces données ouvertes... avec ces données ouvertes. Je prends
comme exemple, là, l'utilisation que fait la
ville de Montréal, c'est-à-dire les personnes qui ont pris les données ouvertes
pour pouvoir renseigner les gens à Montréal
sur l'utilisation du métro, des autobus, etc. La production elle-même, en
arrière de ça, elle a un caractère historique. Il faut conserver des éléments
de cette production-là pour savoir dans 100 ans que, oui, il y a un organisme qui faisait ça avec ça. C'est dans ce sens-là.
Mais je n'irai pas jusqu'à imposer ça. Ce n'est pas ça qu'on
préconise...
Couture (Carol) : En fait, si vous
permettez, je pense que le mot clé, c'est «l'amont».
M. Couture
(Carol) : «L'amont».
Mme de
Santis : «L'amont».
Couture (Carol) :
Le problème, actuellement, qu'on rencontre souvent dans les organismes publics
et ailleurs, c'est
qu'on se préoccupe de la valeur des archives de témoignages, des archives qu'on
dit historiques, on s'en préoccupe quand
plus personne ne s'y intéresse. Ce qu'on veut faire, ce qu'on propose, c'est de
toujours se soucier que la décision, et la sensibilisation, doit se faire en amont, c'est-à-dire au moment où l'information
est gérée par l'organisme créateur. Et c'est
dans ce sens-là qu'on dit que ces gens-là doivent participer avec nous, ils
doivent être sensibilisés à l'importance d'un certain nombre d'informations
qu'ils vont acquérir ou qui ont déjà une valeur de témoignage, une valeur
historique. Et c'est pour ça que je
disais : Le mot clé, c'est «l'amont». On veut insister pour bien montrer
que c'est en amont, souvent, que les décisions doivent se prendre, et
non pas d'être contents de ne conserver que ce que finalement le hasard nous a
permis de conserver.
de Santis : Je
pose une deuxième question, celle-ci, c'est sur les politiques de
confidentialité. Vous semblez être d'accord qu'il devrait y avoir une politique
condensée et une politique plus en détail. Est-ce que vous ne trouvez
pas que ça, c'est un peu dangereux? Je suis
tout à fait d'accord que, la politique de confidentialité qu'on retrouve
maintenant sur les sites, personne ne
les comprend. Mais, si je vais cliquer que je suis d'accord sur une politique
condensée, en tant qu'avocate, je
peux vous dire que, dans la politique détaillée… Il peut y avoir beaucoup de
choses qui ne sont pas dans la politique condensée dont je ne vais
jamais connaître parce que je n'ai pas vu la version détaillée. Vous ne croyez
pas que ça devrait être… une politique, ça
devrait être clair et ça devrait peut-être avoir des termes qui sont les mêmes
pour tout le monde... pas les mêmes termes, mais que ce soit standard,
la formule à laquelle on va dire oui ou non? J'attends votre réaction.
M. Lévesque
(Michel) : Mais la recommandation va
dans ce sens-là. La recommandation, c'est que nous, on confie le besoin à la Commission d'accès de déterminer quels sont les
éléments essentiels pour une version... pour une politique condensée, parce qu'on comprend aussi que l'humain, il est
humain, hein, tout lire une politique qui pourrait représenter des milliers de… quelques... beaucoup
de paragraphes, le faire en condenser, mais le condenser doit référer à
ce qui est essentiel, que l'individu comprenne pour qu'il puisse effectivement
dire : Oui, je consens.
de Santis :
Alors, pourquoi avoir un qui est détaillé? Parce que, si ça contient des termes
et des conditions qui sont différents...
M. Lévesque
(Michel) : Pour moi, si je prends mon
exemple, moi, je peux, oui, vouloir aller lire quelque chose de supplémentaire par rapport à ce qu'on me dit, pourquoi pas? Une
politique condensée, c'est ça, il y aurait toujours des hyperliens pour conduire à la politique complète,
pour renseigner davantage, mais les éléments essentiels seraient là. Et c'est là-dessus que nous, on trouve que c'est...
que la commission doit travailler si elle veut des politiques
condensées.
de Santis : Une
de vos recommandations, c'est que vous êtes d'accord qu'on nomme quelqu'un qui sera responsable des
renseignements confidentiels dans le privé, mais vous dites que cette personne
devrait être un professionnel plutôt
qu'un cadre. Pourquoi? Vous êtes le seul à dire ça. Ou est-ce que ça devrait
être un cadre qui est un professionnel, un professionnel qui est un
cadre?
M. Lévesque
(Michel) : Parce que, dans le secteur
privé, ça ne veut pas dire nécessairement que tous les organismes du secteur
privé pourraient avoir, effectivement... ou pourraient désigner un cadre qui
doit répondre aux demandes d'accès, on comprend. Ça fait que donc ça pourrait
être une tâche assez lourde et donc... Et de nommer un cadre… Parfois, certains professionnels... ou des professionnels en
situation de gestion, qui n'ont pas le statut de cadre, peuvent très bien satisfaire au besoin de
répondre... c'est-à-dire d'appliquer la
Loi sur l'accès. Et donc il y a une
certaine souplesse qui pourrait être envisageable.
on l'a vu même, pour certains organismes publics, que, des fois, nommer un
cadre ou quelqu'un de la haute fonction dans l'organisme…
la personne peut être nommée, mais on comprend que ce n'est pas nécessairement
elle qui fait le travail. Et donc, pour simplifier un peu la question d'exécuter
les tâches, bien, il faut trouver une personne qui va être en mesure de pouvoir le faire, et donc il pourrait y avoir
une souplesse. On ne dit pas qu'ils n'ont pas à nommer un cadre, mais ils pourraient effectivement avoir
une liberté de nommer la personne la plus susceptible de remplir cette condition. Pensons à quelqu'un qui travaille
au niveau des ressources humaines dans une entreprise privée, quand on sait très bien que, pour la protection des
renseignements personnels, c'est là où il y en a beaucoup, bien, ça pourrait
être quelqu'un de ce service-là qui a à appliquer la loi.
Mme de
Santis : La commission, déjà, prévoit
que la personne qui serait responsable peut déléguer cette fonction-là à quelqu'un
d'autre. Mais je veux laisser la parole à ma collègue.
Président (M. Marsan) : Mme la
députée de l'Acadie, la parole est à vous.
St-Pierre : En fait, on mesure l'ampleur
de la tâche avec vous ce matin, là.
Lorsqu'on
regarde les archives traditionnelles, on sait que... on les voit physiquement, ça
existe, il y a des lieux de conservation qu'on
connaît bien, puis les mesures de sécurité sont là, puis tout est là pour
conserver. Est-ce que… et le ministre a un
peu abordé cette question-là : Comment on voit l'avenir dans 10 ans,
20 ans, 30 ans, 100 ans? Comment on va s'assurer qu'il n'y ait pas de virus, que les technologies se
suivent? Moi, je suis un peu inquiète qu'on n'ait plus le support
papier — je suis peut-être
traditionnelle puis un peu vieille, là — qu'il n'y ait pas quelque chose... une copie de sécurité, comme on
dit.
M. Couture
(Carol) : Bien, en fait, c'est que...
On est très contents...
St-Pierre : Ça ne vous angoisse pas,
M. Couture
(Carol) : On est très contents que
vous partagiez notre angoisse...
Mme St-Pierre : Ah! O.K. Je suis une angoissée de nature.
Couture (Carol) :
...parce que c'est effectivement angoissant. Mais en même temps il y a deux
façons de voir les choses, ou on panique et on se dit : C'est tellement compliqué
et tellement grand comme question qu'on attend puis on va voir qu'est-ce
qui va arriver, ou encore on s'y met tout de suite.
Il ne faut jamais
oublier que ce qu'on a actuellement comme archives papier, c'est rarement des
choses qu'on a évaluées. Maintenant, on le sait, on les évalue, mais, quand
vous allez dans une exposition et vous voyez un beau document du Moyen Âge, vous êtes très content de le voir, mais souvent
ce n'est pas... il n'y a personne qui a décidé que ce document-là était conservé, c'est le hasard. Il
n'y a pas eu de feu, il n'y a pas eu d'inondation, heureusement : on
a hérité de ce document-là. Il n'a pas été
évalué au départ, et probablement que, s'il y avait eu évaluation comme on
fait maintenant, ce n'est pas le document qu'on aurait conservé.
Avec
le numérique, c'est la même chose, mais la problématique est multipliée par 10,
dans le sens qu'actuellement il n'y a personne qui peut nous garantir que le
support numérique est une conservation pendant tant de temps. Ce
support-là n'a pas été créé pour des fins de
conservation, il a été créé pour des fins de diffusion, et on se pose encore la
question par rapport à la conservation; et les archivistes sont les
premiers à poser cette question-là et à rendre bien mal à l'aise un bon paquet
d'informaticiens, entre autres, parce qu'on ne s'était pas posé cette
question-là.
c'est pour ça que je reviens à votre question. Vous avez raison d'être
angoissée, d'être inquiète. Nous, on l'est
aussi, mais on prend en main le problème. Et c'est la question qui est posée actuellement
en archivistique partout dans le monde : Qu'est-ce qu'on fait avec l'information
numérique? Le numérique... Qu'on numérise... On prend un document, on le numérise, ce n'est pas trop
problématique, parce qu'on ne prend même pas le risque, souvent, d'éliminer
l'original, on garde les deux. Mais, le né numérique, là on a un beau problème.
Une voix : C'est quoi, ça?
Couture (Carol) :
Le né numérique, c'est que l'original est là-dedans. Je ne suis pas passé par
le papier avant. Alors, si vous allez dans les grands ministères, maintenant on ne passe
même plus par le papier, on travaille avec du né numérique, c'est-à-dire
que l'information, dès le départ, est sur des supports pour lesquels on ne peut
pas garantir la conservation, d'une part.
Et, d'autre part, on parlait des banques de données tout à l'heure, c'est qu'à
l'intérieur de ces informations-là
vous pouvez recréer tout plein de nouvelles informations tout simplement en
jumelant ces informations-là et en
leur faisant dire autre chose que ce pour quoi elle a été créée. Alors, vous
voyez que c'est un problème important, là.
Mais,
si les gens — et je termine là-dessus — si les gens du Moyen Âge avaient
eu cette inquiétude-là, probablement qu'ils n'auraient
jamais bougé non plus. On continue à fonctionner et on se dit : On va
trouver les solutions. Il faut les trouver, les solutions.
St-Pierre : Bon,
vous dites que c'est un enjeu partout dans le monde, c'est sûr que ça n'existe
pas juste au Québec, partout dans le monde.
Mais comment on réagit dans le monde? Est-ce qu'il y en a qui sont plus avancés
que nous? Où est-ce qu'on devrait aller
chercher les modèles? Par exemple, est-ce qu'il y a des modèles aux États-Unis,
au ministère... au Département de la défense?
M. Couture
(Carol) : On est toujours tenté de
regarder ailleurs, voir qu'est-ce qui se passe. Il y a beaucoup d'expériences qui se sont faites, et le pays qui
est avancé à ce niveau-là, c'est l'Australie. Mais, de ce côté-là, encore
une fois, il y a beaucoup d'expériences qui
ont été faites, mais les résultats probants sont encore sous étude. Et c'est
pour ça que la comparaison que je fais toujours avec tout le monde, c'est
de dire : On est dans une course d'automobiles, on est tous sur la ligne de départ et présentement on
rince nos moteurs en se disant : Il faut partir en même temps, et qui va
arriver le premier? Mais il n'y a personne
qui a la solution actuellement. J'aimerais ça vous dire qu'on a une solution,
il n'yen a pas, il n'y a personne...
Qu'on aille à Bibliothèque et Archives Canada, qu'on aille aux États-Unis, qu'on
aille en France, qu'on aille en Angleterre, tout le monde se pose la
même question. Et, dans tous les congrès, dans tous les colloques, on se pose cette question-là et on travaille à trouver des
solutions, mais on ne les a pas encore complètement.
De la même façon que,
quand on avait le pauvre papier et qu'on a découvert le microfilm, qui nous permettait d'assurer une conservation pendant
400 années si on avait des bonnes méthodes de conservation, ça a pris du
temps avant qu'on trouve le microfilm, et il y a du...
St-Pierre : ...les machines sont
vieilles, puis il ne s'en fait plus, non plus, là.
Couture (Carol) : Exactement, c'est
Le Président (M. Marsan) : Ça termine les discussions que nous
avons avec l'opposition officielle. Nous
allons poursuivre avec le deuxième groupe d'opposition, et je vais donner la
parole à M. le député de Lévis.
M. Dubé : Merci, M. le Président. Et j'aimerais
remercier le ministre de cette initiative que nous avons depuis quelques jours,
parce que plus j'écoute les participants comme vous aujourd'hui, plus le
rapport quinquennal qui a été déposé
en 2011, qu'on discute en 2013… — il est déjà presque passé date, puis je le dis avec
beaucoup d'humour, là. Parce que non
seulement, vous l'avez bien dit, c'est un défi technologique important — puis on est supposés parler beaucoup de la commission d'accès à l'informatique, mais je le dis par un
jeu de mots, Commission d'accès àl'information — mais, en fait, ce que vous nous dites, puis ce que bien
des gens avant nous nous ont dit dans les
derniers jours, c'est qu'on est en train de
parler beaucoup qu'est-ce qu'on va faire avec le gouvernement ouvert, qui va
décider de bien des choses qu'on va faire dans la Commission d'accès à l'information.
Alors,
moi, parce que je n'ai pas beaucoup de temps, là, j'aimerais vous dire... Je
suis allé voir, là, dans votre mémoire, puis vous parlez justement du
portail... gouvernement du Québec.qc.ca. Avez-vous été impliqués là-dedans en tant qu'archivistes? Parce que, tantôt, ça, ça
m'a intéressé beaucoup, vous avez dit : Il n'y a pas juste les
informaticiens, il y a la question des
archivistes. Est-ce que vous avez travaillé sur ce portail-là, dans... au niveau
des données? Parce que moi, je peux
vous dire, je m'en sers beaucoup, quand je veux aller voir les états
financiers, pour voir s'ils ont été publiés, parce que je mets beaucoup de pression sur le gouvernement à sortir ça
régulièrement. Donc, je vais... parce que c'est long à arriver. Est-ce
que vous avez été impliqués dans ce portail-là du gouvernement, à date?
Dubé : Non, c'est... Excusez-moi, M.
le Président, je voulais...
Lévesque (Michel) : Non.
Dubé : Vous n'avez pas été...
Lévesque (Michel) : À ma
connaissance, non, nous n'avons pas été impliqués dans la constitution du
portail en tant que tel.
Dubé : Et est-ce que... Oui, allez-y.
Couture (Carol) : Si je peux me
permettre, c'est le problème de l'amont dont je parlais tout à l'heure. C'est
que, nous...
Dubé : Et puis ce n'est pas un
reproche, là, c'est parce que j'ai trouvé intéressant que vous dites : Il
faut trouver la façon, on est à la ligne de
départ, on est en train de rincer nos moteurs, mais en même temps il y a des
initiatives qui ont été faites, qui ont été commencées par l'autre
gouvernement. C'est sûr que ça ne va pas assez vite, mais je salue l'initiative
qui est faite en ce moment. Mais moi, je vous dis : Il ne faut pas juste
en parler théoriquement, mais il faut aller
voir qu'est-ce qui se fait aujourd'hui, et ça serait, il me semble, bien… je ne
sais pas ça serait quoi, votre rôle, mais que vous soyez impliqués déjà
dans des choses qui sont concrètes puis qui sont là. Elles ne sont pas
parfaites, mais elles sont là.
M. Lévesque (Michel) : Dans le passé, on avait fait aux
représentants du gouvernement, oui, une telle
revendication : d'être présents dans le développement, effectivement, du
portail gouvernemental. Mais, au moment où on se parle, nous ne sommes pas
impliqués dans ce développement.
M. Couture (Carol) : Et, en terminant là-dessus, vous avez
une institution, Bibliothèque et Archives
nationales du Québec, qui est très bien équipée pour ça, donc là je reprends le
chapeau que je ne porte plus, mais vous n'êtes pas désarmés devant cette
réalité-là.
M. Dubé : Bien non, au contraire. C'est pour
ça... Je suis content que vous fassiez ce commentaire-là. Puis je pense que vous le faites positivement...
Couture (Carol) : Tout à fait. Tout à
fait.
M. Dubé : ...puis c'est pour ça que je le note pour le ministre puis
pour le gouvernement, parce que...
M. Couture (Carol) : Mais, encore une fois, j'insiste, j'insiste
sur l'amont. Et vous l'avez bien fait, et Mme St-Pierre l'a bien fait aussi. C'est qu'il faut se
préoccuper... Il ne faut pas attendre que les informations n'aient plus de valeur ou ne
soient plus utilisées. C'est au moment où on les crée. Et, quand on parle du né
numérique, si on ne le fait pas au moment de la création, on ne le fera
jamais. Alors qu'avec le papier on réussissait à rattraper la réalité, avec le
numérique, on ne peut pas rattraper la réalité.
Dubé : J'aimerais ça... C'est parce
que je ne sais pas s'il me reste deux secondes, là, M. le Président...
voix : ...consentement.
Président (M. Marsan) : Vous avez le
consentement.
M. Dubé : …mais j'aimerais ça que vous alliez voir,
juste pour informer notre ministre, puis le
gouvernement, puis tout ce groupe-ci, si on
a le temps, allez voir donnees.québec.ca juste pour voir, parce que... En tout
cas, je pense qu'il y a eu des bonnes
choses qui ont été faites là-dedans, ça serait le fun d'avoir vos commentaires
là-dessus, parce que... En tout cas, on n'est pas à zéro, mais je pense
qu'on peut rattraper….
Couture (Carol) : Si je peux me
permettre, là, j'étais...
Dubé : Vous êtes là pour ça.
Couture (Carol) : Jusqu'à tout
dernièrement, j'étais responsable des archives au niveau de la direction générale des archives à Bibliothèque et Archives
nationales du Québec, et ce que je veux vous dire, c'est que vous n'êtes
pas sans moyen, là, vous avez une
institution qui est très bien placée pour s'occuper de tout ça, et qui se pose
déjà tout à fait ces questions-là, et
qui a les outils pour arriver à régler cette situation-là, mais, encore une
fois, en prenant le problème en amont et
non pas en aval. Ça a toujours été ça, la grande question, le grand problème
archivistique, autant avec le papier qu'avec le numérique, on a toujours
pris le problème en aval, alors que c'est en amont qu'il faut se poser ces
questions-là.
je terminerai là-dessus, avec le numérique, le né numérique, avec les
métadonnées, si vous allez mettre les bonnes métadonnées au moment où vous
créez l'information, dès ce moment-là vous allez décider de ce que vous
conservez, pendant combien de temps vous le conservez et qu'est-ce que vous
faites avec l'information après.
M. Dubé : Si vous permettez — j'ai fini, M. le Président, c'est promis — puis non seulement vous dites ça, mais, le faire dans le
né numérique, vous devez décider ce qui est personnel qui ne devra jamais être
communiqué puis ce qui peut être communiqué. Cette décision-là se prend
à ce moment-là. Puis on vient de régler une catégorie qui, après ça, ira à
la Commission d'accès à l'information, hein?
Président (M. Marsan) : …sur
consentement, vous voulez avoir le mot de la fin, M. Lévesque, là?
Lévesque (Michel) : C'est qu'il y a
une question importante que Carol n'a pas soulevée, c'est-à-dire la question des formats. Le format de l'information
est, d'après moi, plus important encore que la question du support de l'information.
Et moi, je suis allé voir le portail gouvernemental et je peux vous assurer qu'il
y a toute une réflexion à faire sur la
question des formats, parce que le gouvernement ouvert dit bien qu'il faut
diffuser des données ouvertes dans un format exploitable, mais, pour l'archiviste,
le format exploitable, il faut qu'il soit pérenne. Et travailler sur des formats pérennes, c'est toute une problématique en
soi. Un document txt, ou un document en PDF, ou un document en tel
format, on comprend que c'est comme ça qu'on peut l'utiliser. Et je peux vous
assurer qu'en consultant le portail gouvernemental il y aura, en amont, quand
on fait l'évaluation, peut-être des problèmes pour le futur.
Le Président (M. Marsan) : Alors, merci, Mme Gingras,
M. Senneville, M. Couture, M. Lévesque. Je remercie l'Association des archivistes du Québec de sa
contribution.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures. Vous pouvez laisser vos effets ici, on me dit que ça va être sous clé. Alors, bon appétit.
(Suspension
de la séance à 12 h 58)
Le Président (M. Marsan) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux, et je demande
à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
Nous allons poursuivre, sans plus tarder, la
consultation générale et les auditions publiques sur le rapport de la Commission d'accès à
l'information Technologies et vie privée à l'heure des choix de société .
Je souhaite la bienvenue à Culture Montréal. Mme Lépine, je vous
demanderais d'abord de vous présenter. Vous disposez ensuite d'une dizaine de
minutes pour nous présenter votre point de vue. La parole est à vous.
Mme Lépine
(Marie-Claude) : Parfait. Bien,
bonjour tout le monde. Je suis Marie-Claude Lépine. Je suis la directrice des
communications de Culture Montréal. Je représente notre grosse équipe de huit
personnes.
Culture Montréal a été
fondé en 2002. Pour ceux qui ne connaissent pas l'organisation, c'est un
mouvement citoyen non partisan qui milite
pour positionner les arts et la culture comme moteurs de développement
montréalais dans l'ensemble de ses
quartiers Donc, notre mouvement compte près de 1 000 membres qui sont
de provenance du secteur des arts,
évidemment, de la culture, des affaires, du développement communautaire, de l'éducation
et de l'administration publique.
Et, comme on est une
équipe de huit personnes, bien, pour nourrir notre action, notre réflexion, on
s'adjoint du travail de comité d'experts qui
sont des bénévoles, et chacun de ces comités-là sont présidés par un membre de
notre conseil d'administration. Donc, l'essentiel de nos activités sont la
recherche, l'analyse, l'information, la concertation et la mobilisation, et, en termes de mobilisation, un de nos enjeux
transversaux, justement, est la participation citoyenne. C'est ce qui
transparaît dans toutes nos actions, et c'est en suivant cet axe-là qu'on a
décidé de prendre position en déposant un mémoire à la commission.
Donc, nous croyons que
le gouvernement et les autres instances décisionnelles doivent consulter,
écouter les citoyens dans les prises de
décision… pour les prises de décision, et on travaille pour que soient engagés
davantage tous les acteurs, y
compris, évidemment, le milieu culturel et artistique, dans ces processus. Pour
nous, tant le développement que le rayonnement de Montréal mais aussi du
Québec dépendent de cet ancrage et de ce sentiment d'appartenance là qui va se
développer chez les citoyens.
Donc,
on a souhaité intervenir sur l'accès aux documents publics, en se concentrant
sur la
partie 2 du rapport de la commission, en déposant le mémoire que je vous
présente aujourd'hui. Je m'excuse d'avance parce que je fais beaucoup de
lecture, parce que la personne avec qui je devais coprésenter est absente
aujourd'hui. Donc, voilà, je vous prie de m'excuser à l'avance.
Alors,
nous vivons dans une époque plus interactive que jamais grâce aux technologies
de l'information, Internet, qui permettent la
diffusion d'une quantité d'informations qui ne cesse d'augmenter, et le
mouvement des données ouvertes s'accélère à
une vitesse grand V. Depuis quelques années, plusieurs pays, comme le
Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande,
les États-Unis, ont décidé d'emprunter cette voie et d'adopter des politiques
de données ouvertes pour changer la culture du pouvoir, c'est-à-dire
réduire l'écart entre les citoyens et les administrateurs publics en termes d'accès
à l'information.
Culture Montréal, on croit que l'accès aux documents publics constitue un
fondement essentiel de toute société
démocratique et que la qualité de cet accès a un impact majeur sur la
participation des citoyens à la vie publique et démocratique. Nous croyons aussi qu'il devient impératif de repenser et
de rehausser la qualité de l'accès aux documents publics puisque le
numérique ouvre toute grande la porte à des façons de faire plus performantes,
plus transparentes, dans une perspective d'information mais, aussi et surtout,
je dirais, de communication réelle avec le citoyen.
Donc, les organismes
publics doivent s'ajuster, se réinventer pour répondre à ces nouveaux besoins
et aller au-delà de la simple prestation de
services ou de diffusion d'information en ligne. Il nous apparaît notamment
essentiel d'augmenter la quantité d'informations disponibles et de faciliter l'accès
à cette information, y compris aux données brutes — et
je reviendrai un petit peu plus tard — afin d'ouvrir, encore une fois,
un véritable dialogue avec le citoyen. Et,
pour nous, ce sont tous les organismes publics qui doivent être interpellés sur
cet enjeu. Donc, les autres organismes publics qui sont actuellement exclus du
Règlement sur la diffusion, comme les municipalités, par exemple, doivent, pour
nous, participer pleinement à cet effort de transparence.
conséquence, Culture Montréal appuie la commission quant aux modifications
proposées dans la
partie 2 et plus précisément les recommandations 12, 13 et 14.
Donc, je ne sais pas si vous souhaitez que je les lise ou on... Je les
résume.
fait, la recommandation 12 : «La commission recommande que l'application
du Règlement sur la diffusion soit élargie aux
organismes publics actuellement exemptés.»
13 : «La commission recommande que les organismes publics soient
assujettis à un régime élargi d'ouverture des
données publiques qui permette l'accès libre à l'ensemble de l'information
gouvernementale utile aux citoyens.» J'y reviendrai un petit peu plus tard
aussi pour le détailler.
la recommandation 14 : On recommande «qu'un débat public regroupant l'ensemble
des partenaires,parlementaires, citoyens, associations, experts, soit instauré afin d'établir
un modèle pour l'ouverture du gouvernement québécois fondé sur la
participation et la collaboration».
Donc,
à Culture Montréal, nous affirmons, à l'instar du mouvement Québec ouvert mais
aussi d'autres acteurs publics comme le regroupement
Accès civique, le Living Lab de Montréal et quelques CDEC, les corporations de
développement économique communautaire de la région, que le Québec devrait se
doter d'une politique de données ouvertes
afin de maximiser les bénéfices engendrés pour le… par le partage, pardon, d'information
avec tous les acteurs de la société. Le Québec s'inscrirait alors, selon
nous, dans une démarche de transparence et de participation citoyenne,
rejoignant ainsi les rangs des Nations unies et de plus en plus de gouvernements
dans le monde.
de plus, au moment où on connaît une crise de confiance assez énorme et sans
précédent envers nos institutions
démocratiques, l'amélioration de l'accès aux documents publics permettrait,
selon nous, de reconstruire, entre autres, la
confiance citoyenne envers ces institutions, d'assurer l'intégrité de ces
dernières mais aussi le bon fonctionnement général de notre système
politique.
Pour
nous, adopter une politique de données ouvertes ne signifie pas seulement s'inscrire
dans une démarche de transparence. Il faut
aller un peu au-delà de ça.
Et le principal problème
reste l'absence de diffusion de données brutes. Par exemple, à ce jour, il est impossible d'accéder
aux investissements détaillés des municipalités du Québec en culture. Par
exemple, le rapport de l'Observatoire de
la culture et des communications du Québec met Montréal et Québec dans la même
catégorie, alors qu'on sait très bien que
les deux villes sont fort différentes en matière de dépenses culturelles. Autre
exemple : les budgets gouvernementaux qui sont toujours présentés
aux citoyens de façon interprétée. Pas d'accès aux données brutes signifie qu'il
n'y a pas d'autre interprétation possible de la part d'experts ou de
journalistes.
Par ailleurs, on croit que, quand les données
brutes des organismes publics seront rendues disponibles, avec des outils
technologiques, bien sûr, pour faciliter leur interprétation, il y aura un
mouvement de créativité et d'innovation qui verra le jour aussi, qui sera favorisé. Et on croit que ces données
doivent être offertes, si ce n'est pas gratuitement, à un coût de reproduction raisonnable, sous une licence qui
permettrait leur réutilisation et le redistribution, incluant le
croisement avec d'autres ensembles de données.
Pour Culture Montréal, il est crucial de
mettre sur pied des mécanismes qui permettront une meilleure collaboration entre les organismes publics et la société
civile pour encourager véritablement une appropriation de l'information par les citoyens et, conséquemment, une participation
accrue à la vie démocratique. J'avais un exemple à vous donner : la
ville de Montréal, via son portail, MaMairie.ca ,
qui permet de suivre les actions des élus municipaux, a commencé à
suivre le mouvement des données ouvertes. Il s'agit là pour nous d'une
initiative intéressante.
Mais il reste encore beaucoup à faire pour
permettre un accès libre à l'ensemble de l'information municipale, et j'insiste sur le terme «utile aux citoyens». À l'instar
du directeur général du mouvement Nord Ouvert, M. McKinney, nous croyons que, quand les citoyens vont
participer réellement aux prises de décision, et de façon active, que ce soit
à la mairie ou aux autres paliers du
gouvernement, nos élus vont prendre de meilleures décisions, nos villes, notre
province seront plus sûres, plus saines, plus intelligentes, plus agréables.
En ce sens, on souhaite rappeler combien il
est important d'encourager les citoyens à s'intéresser et à participer aux activités de leur gouvernement. Et on croit
qu'en permettant de mieux connaître les dessous de leurs villes et de leur province… on croit qu'on peut amener le citoyen à
se réapproprier ces villes et cette province et à mieux les vivre. Les données ouvertes, selon nous, offrent la
possibilité de développer de nouveaux services, d'améliorer la vie des
citoyens et de faire en sorte que le gouvernement et la société en général
fonctionnent mieux.
Président (M. Marsan) : Merci. M. le
ministre des Institutions démocratiques, la parole est à vous.
M. Drainville : Merci beaucoup, M. le Président. Vous
dites que vous êtes d'accord avec la position de
Québec ouvert pour que le Québec se dote d'un politique sur les données
ouvertes, une politique d'«open data», comme on dit, afin, dites-vous, de maximiser les bénéfices pouvant être engendrés
par le partage d'information avec tous les acteurs de la société.
Donnez-nous des exemples concrets de ces bénéfices-là auxquels vous pensez.
Mme Lépine (Marie-Claude) : Oui, bien, j'ai sorti des exemples de
ce qui se faisait à l'international, puis
après ça j'ai recentré un petit peu sur ce qui pourrait voir le jour peut-être
plus localement ou sur l'ensemble du territoire du Québec. Un exemple que je pourrais vous donner, bien, écoutez, chez nos
voisins du Sud, aux États-Unis, au Texas, en Californie, la diffusion d'information sur l'attribution des contrats
publics a permis des économies au final… parce que les citoyens qui… en analysant des données ouvertes
brutes, en les utilisant via des outils qui étaient déjà créés pour
permettre un peu, je dirais, la
vulgarisation de ces données, ils ont pu remarquer qu'il y avait des contrats
qui avaient été attribués par erreur en double, en triple, et, au final,
le resserrement de ces contrats publics là a permis d'économiser, en six mois,
20 millions de dollars, donc a permis à ces États-là de regagner
20 millions de dollars.
Drainville : ...les États du Texas,
dites-vous...
Lépine (Marie-Claude) : Du Texas et
de la Californie.
Drainville : Et 20 millions, c'est
pour les deux États?
Lépine (Marie-Claude) : Oui. Au
total, cumulatif.
Drainville : Vous dites
20 millions d'économies sur six mois, hein?
Lépine (Marie-Claude) : En six mois.
Oui.
Drainville : Ça, c'est sur...
Lépine (Marie-Claude) : C'est quand
même assez intéressant.
Drainville : Des contrats dans quel
domaine, des contrats routiers, ça?
Mme Lépine (Marie-Claude) : Oui, c'est des contrats, en fait,
surtout sur le système de transport . C'est sûr qu'on s'est aperçu que, les données ouvertes, les
bénéfices qui sont envisagés pour l'instant, c'est essentiellement au niveau du transport, que ce soit, bon, au niveau des contrats
publics d'aménagement des transports mais aussi de développement de
transport en commun.
Mais les exemples que j'aimerais vous donner aussi montrent
que ça peut s'appliquer, là, ça peut servir à
d'autres domaines. Peut-être juste un autre exemple, au niveau du transport, d'appropriation
citoyenne qui a permis quelque chose de
très, très intéressant, cette fois-ci c'est à Rennes, en France, ce sont
deux... — pardon, je cherche mes notes. Voici, donc deux développeurs qui ont décidé de mettre en
commun leurs connaissances de la cartographie en ligne, parce qu'il y avait des... la municipalité avait rendu
disponibles les lieux où les trottoirs étaient surbaissés, où il y avait des
pistes cyclables, etc., donc ces deux
développeurs-là, en s'appropriant ces données-là, en faisant certains
croisements, ont décidé de créer un projet pouvant aider les citoyens
handicapés ou avec mobilité réduite à générer des itinéraires adaptés. Ce
programme-là s'appelle handimap. Donc, c'est une application très concrète et
vraiment très utile pour cette société en général, mais pour une couche d'usagers,
si on veut, encore... en plus particulier.
Drainville : ...des trajets, par
exemple, pour personnes qui se déplacent en fauteuil roulant...
Mme Lépine (Marie-Claude) : Oui, exactement.
Drainville : ...pour qu'elles
sachent...
Mme Lépine
(Marie-Claude) : …un peu...
Drainville : ...par quel chemin
passer pour pouvoir avoir accès à des trottoirs...
Mme Lépine
(Marie-Claude) : …surbaissés ou...
Drainville : ...qui sont à hauteur de
la rue, là.
Mme Lépine
(Marie-Claude) : Par exemple, moi, je
me rends d'un point A à un point B, mais c'est quoi, le meilleur moyen pour m'y
rendre? Bien, c'est un peu comme, par exemple, la STM fait en nous proposant
des trajets. Bien, c'est un peu la même chose mais vraiment pour les personnes
à mobilité réduite.
Drainville : Et ça, vous dites, c'est
à Reims?
Mme Lépine
(Marie-Claude) : À Rennes.
Drainville : À Rennes. Très bien.
Mme Lépine
(Marie-Claude) : À Rennes, oui; c'est
mon accent, pardon.
Lépine (Marie-Claude) : À Rennes. Il y avait une autre initiative qu'on trouvait intéressante
aussi, aux États-Unis,
en 2008, en fait c'est toute, là, la notion de participation citoyenne via des
concours et des hackethons, donc des marathons de hackers, si on veut,
pour s'approprier les données ouvertes. Je ne sais pas où exactement, par
contre, aux États-Unis, pardon, je n'ai pas
cette information-là, mais, en 2008, il y a un concours qui s'appelle Apps
for Democracy qui a été
lancé. Le gouvernement offrait 50 000 $ aux meilleures applications
qui seraient développées par les citoyens et pour les citoyens, et, comme résultat, il y a près d'une cinquantaine d'applications
pour iPhone, pour Facebook , pour le Web qui ont été développées,
avec une valeur estimée de 3 millions de dollars pour l'économie locale.
Plus
près de nous, en fait, puis plus près du milieu des arts et la culture, au
niveau patrimonial, à Culture Montréal, on a
identifié qu'une ouverture plus large des données pourrait aider les citoyens d'abord
à mieux connaître leur patrimoine, à mieux comprendre certains projets
immobiliers et, par exemple, à être mieux sensibilisés aux enjeux de rénovation du patrimoine bâti, plutôt que d'être
tentés d'encourager, par exemple, des démolitions, faisant place à du
neuf, comme on voit actuellement à Montréal
dans le boom de condos immobiliers qui se construisent. Et on pensait aussi,
en parallèle, à un organisme avec qui on
travaille de très près, Héritage Montréal, qui a fait paraître tout
dernièrement une liste des sites
patrimoniaux menacés de destruction, de disparition. Donc, avec cette notion de
patrimoine là, on pense que ça serait, par exemple, un enjeu qui
pourrait intéresser les citoyens puis par lequel ils pourraient vraiment
prendre la parole et intervenir.
une autre utilisation, peut-être, d'appropriation citoyenne de créativité, un
peu en parallèle avec le projet dont je vous parlais, handimap : la création de
parcours. La ville de Montréal travaille présentement avec Culture
Montréal puis avec d'autres acteurs de la société civile sur le développement
de promenades urbaines. Donc, on veut se rendre d'un point A à un point B, donc, oui, on veut le chemin le plus
court, le plus sûr. Mais pourquoi pas le plus agréable aussi? Donc,
pourquoi ne pas penser à l'intégration de l'art public dans ces trajets?
Pourquoi ne pas proposer aux citoyens de faire eux-mêmes leurs trajets?
On sait très bien... On observe... Par
exemple, il y a un trajet qui a été donné par une ville, ou par une municipalité, ou par
une province, d'un point A à un point B, mais on se rend compte, en l'observant
physiquement, que ce trajet-là n'est
pas pris, puisque les piétons passent dans un parc, par exemple, puis on voit l'usure,
on voit leurs traces de pas, donc on voit
que c'est le chemin un peu naturel. Donc, si on avait accès à des données pour
permettre un peu d'amalgamer tout ça puis de créer des parcours vraiment utiles,
vraiment utilisés aussi par les citoyens, on pense que c'est un autre
exemple d'utilisation qui puisse être faite.
Drainville : Vous insistez beaucoup
sur la participation citoyenne. Expliquez-nous un peu en quoi une politique de données ouvertes ou un accès plus
facile à des données brutes facilite le dialogue, le rapprochement...
enfin le dialogue avec les citoyens, le rapprochement entre l'administration
publique, le gouvernement, l'État au sens large et les citoyens eux-mêmes.
Mme Lépine (Marie-Claude) : Bien, ça touche la question de
gouvernance aussi. À Culture Montréal, on est
beaucoup pour le modèle inversé de ce qu'on a vu dans les dernières années, c'est-à-dire
vraiment de partir du bas vers le haut. Donc, cette notion de participation
citoyenne, elle est là. C'est-à-dire qu'en permettant aux gens… Si je prends particulièrement l'exemple de
Montréal — parce que notre action, à Culture Montréal, elle est centrée sur
leterritoire
montréalais, mais ça peut s'appliquer à d'autres échelles également — si
on permet aux citoyens de s'approprier leur ville, donc de participer, en utilisant les
données ouvertes, à la création que ce soit de parcours mais que ce soit
aussi… par e