CRC — 26 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-09-26
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante-neuf
minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la commission est réunie afin de
poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027 .
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Alors, Mmes les élues, bienvenue. Ce matin, nous allons
entendre les groupes suivants : Le Québec c'est nous aussi, que je
constate... dont je constate la présence devant moi, École Québec et le Centre
multiethnique de Québec.
Je souhaite donc rappeler au public qu'il est
toujours possible de commenter ce mandat et de... et que la consultation en ligne sur le cahier de consultation
se terminera le 28 septembre, qui est, qui est... qui est dans deux
jours. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à vous rendre sur notre site Web
afin de remplir le questionnaire à l'adresse assnat.qc.ca/immigration.
Je souhaite donc la bienvenue à nos... à nos
gens ce matin, qui proviennent de Québec, c'est à nous. Madame, messieurs, je
vais vous demander, dans un premier temps, de vous présenter. Vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, vos commentaires, vos
recommandations. Ensuite, nous allons échanger avec les parlementaires. Alors,
le temps est à vous.
Mme Launay (Claire) : Merci, Mme la
Présidente. Merci à tous les membres de la commission de nous recevoir
aujourd'hui. Mon nom est Claire Launay. Je suis la présidente de l'organisme Le
Québec c'est nous aussi. Donc, je suis Française d'origine. Je suis arrivée au
Québec en 2011. J'ai fait mes études au Québec, et je suis passée par le PEQ — Diplômés
pour obtenir la résidence permanente en 2018, et aujourd'hui je suis citoyenne
canadienne. Je suis accompagnée de...
M. Fotso
(Hippolyte Mbogne) : Bonjour et merci. Je suis Hippolyte Mbogne Fotso.
Je suis d'origine camerounaise. Je
suis membre du pôle recherche du Québec c'est nous aussi, rescapé du PEQ 2019,
avant la réforme. Et
aujourd'hui je suis résident permanent au Québec et je suis enseignant.
Mme Launay (Claire) : Donc, un petit
mot sur notre organisation avant de commencer. Le Québec c'est nous aussi,
c'est un organisme à but non lucratif qui a été fondé en 2020 pour la défense
des droits et des conditions de vie des
personnes immigrantes au Québec. Ça a vraiment été créé dans la foulée de la
réforme du PEQ de mars 2020. L'idée était vraiment de porter la voix des
personnes immigrantes dans la place publique, parce qu'on s'est souvent rendu
compte qu'on parlait de nous, mais sans nous. Donc, nous, on voulait vraiment
prendre cet espace-là pour s'assurer que nous étions entendus dans la prise de
décision sur des mesures qui nous concernent directement.
Au fil du
temps, nous avons élargi l'étendue de nos luttes pour représenter vraiment
l'ensemble des personnes immigrantes au Québec. Donc, ça comprend à la
fois les travailleurs qualifiés du Québec, les personnes réfugiées, les
personnes qui vivent la réunification familiale ou encore les personnes sans
statut.
Donc, on est
très heureux d'être là aujourd'hui. Ça fait depuis trois ans qu'on demande une
discussion profonde sur le système d'immigration au Québec, au-delà des grands
titres des journaux, toujours sur les seuils. Donc, aujourd'hui, on va
vous parler de quelques recommandations. Notre mémoire en contenait 21. Donc,
on pourra répondre à toutes les questions que vous aurez sur celles-ci. Pour la
présentation, je vais me focaliser sur quatre ou cinq d'entre elles.
Dans un premier temps, dans le contexte de la
planification de l'immigration au Québec, on parle toujours uniquement de
l'immigration permanente dans les seuils, donc, vraiment les admissions de
résidence permanente. Pourtant, depuis
quelques années, on a remarqué un basculement dans les populations immigrantes
au Québec et dans le reste du Canada
aussi, d'ailleurs, avec une augmentation très importante de l'immigration
temporaire. Donc, pour nous, pour vraiment planifier une immigration
dans son ensemble et qui représente un portrait fidèle de la situation, ça prend une planification de l'immigration temporaire aussi,
le but étant de pouvoir prévoir quels genres de services ces personnes-là
vont... de quels genres de services ces personnes-là vont avoir besoin en
termes de logement, de francisation, de
santé et d'éducation, mais aussi d'éviter l'établissement d'une société un peu
parallèle, en fait, d'immigration temporaire. On a vu qu'en 2023 il y
avait plus de 350 000 immigrants temporaires qui vivaient au Québec.
Là, il y a quelques
semaines, les Nations unies ont sorti un rapport qui montrait qu'il y avait des
formes d'esclavagisme moderne dans le Programme des travailleurs étrangers
temporaires, pas seulement au Québec, mais ça comprenait le Québec aussi. Donc,
nous, on... on sonne l'alarme sur vraiment le besoin de planifier correctement
cette immigration. Notre but, ce n'est pas forcément de la réduire, mais c'est
juste de la prévoir correctement pour que ces personnes-là aient des conditions
de vie dignes.
Ensuite, on voudrait
vous parler de solidarité internationale. C'est un pan du cahier consultation
qu'on a trouvé qui était peu abordé. Mme la ministre, vous parliez de l'immigration
comme un Y, avec deux branches, l'une étant la main-d'oeuvre et l'économie, et
l'autre, la langue française et la francisation, deux branches avec lesquelles,
somme toute, nous sommes assez d'accord, mais nous pensons qu'il manque une
branche vraiment importante sur la solidarité internationale.
On sait qu'il y a une
volonté du peuple québécois de faire sa part. On l'a vu, au moment de la guerre
en Ukraine, que de nombreuses personnes se sont mobilisées. Le Québec a été
capable d'accueillir un grand nombre d'immigrants ukrainiens dans l'urgence.
Donc, on sait que le Québec peut continuer à faire sa part. Et, de ce point de
vue là, une de nos recommandations, en fait, vient comme un peu retourner une
des orientations du gouvernement, puisque, dans le cahier de consultation, il
était question d'augmenter la part de la sélection... la part des personnes sélectionnées par le Québec dans les seuils du
Québec, mais en fait ce que ça revient à faire, ça veut dire diminuer la part
des personnes non sélectionnées, c'est-à-dire les réfugiés reconnus sur place
et les personnes de la réunification familiale.
Nous,
on recommande vraiment de ne pas baisser la part de ces... de ces catégories
d'immigration, particulièrement dans un contexte où les inventaires sont
extrêmement élevés pour ces catégories d'immigration. Donc, les délais d'attente sont déjà de deux à trois ans pour la
réunification familiale et de plusieurs années, de plus de 10 ans, par
exemple, pour les réfugiés. On pense que c'est des situations qui... qui
n'ont pas lieu d'être au Québec, particulièrement dans la mesure où il n'y a
pas vraiment de critère de sélection du Québec. Donc, la seule raison pour
laquelle ces personnes-là n'obtiennent pas
la résidence permanente, c'est parce qu'il y a des seuils, justement, des
limites d'admission par an pour ces
catégories. Donc, on... on met en alerte, disons, le gouvernement sur la possibilité
de réduire davantage la part de cette immigration-là dans l'immigration
au total.
Par ailleurs, on
voudrait attirer votre attention sur un autre élément du cahier de consultation
qu'on n'a pas... on n'a pas vu, malheureusement, c'est toute la question de la
régularisation des personnes sans statut. Donc, on sait qu'un programme de
régularisation est en élaboration au gouvernement fédéral en ce moment, et
depuis plusieurs mois maintenant. Nous,
déjà, on voudrait s'assurer que le Québec... que les personnes qui sont dans
cette situation-là et qui habitent au
Québec vont pouvoir être éligibles à ce programme et, de ce fait, que ce soit
prévu dans la planification de
l'immigration. Pour l'instant, il n'y a aucune ligne qui est prévue pour ce
programme-là. Donc, si le gouvernement fédéral va de l'avant avec cette
proposition, on a peur que ce soit compliqué pour le Québec d'embarquer, parce
que ça n'a pas été prévu. Donc, de façon
générale, on encourage vraiment à penser l'immigration de façon... de façon
large, de penser à toutes les
catégories pour ne rien oublier et prévoir de façon plus exacte l'immigration
des trois prochaines années.
Un bon point, entre
guillemets, enfin, vraiment un point positif qu'on a vu du Québec ces derniers
mois et qui était dans le cahier de consultation, c'était la volonté du Québec,
du gouvernement de défendre les personnes qu'il sélectionne, notamment dans le
cas des étudiants africains. On a vu qu'il y a des taux de refus de visa qui
sont très importants au niveau d'Ottawa. Sachez que notre organisation a
témoigné à la Chambre des communes à ce sujet-là. Donc, c'est un sujet qui nous
tient beaucoup à coeur aussi. On salue le gouvernement pour les gestes qu'il
pose à cet égard. On pense qu'on peut aller encore peut-être un petit peu plus
loin et que le gouvernement du Québec pourrait demander à Ottawa de retirer le
critère de la double intention comme motif de refus dans l'octroi des visas. On
pense que le Québec a vraiment un leadership à jouer à cet endroit-là, et, de façon
générale, de montrer aux immigrants qu'il
sélectionne qu'il a à coeur qu'ils arrivent au Québec et qu'ils s'établissent
de façon digne et dans des conditions correctes.
la même manière, nous, on propose la création d'un guichet unique. Là, c'est
une idée un petit peu ambitieuse, mais
on pense que, vraiment, le système d'immigration — nous, on en parle, on l'a vécu — c'est
un labyrinthe à naviguer, les deux paliers de gouvernement avec les
différents enjeux, les lois qui changent, les critères qui changent. Des crises arrivent, qui font bouger les
inventaires d'un côté ou d'un autre à Ottawa. Si le Québec a réellement à coeur
de faire venir ce monde-là et de... et de
les laisser s'établir, dans le cas des demandes de résidence permanente, on
pense qu'il y aurait vraiment un intérêt à ce que le gouvernement mette
en place, en collaboration avec le gouvernement fédéral, un système unique de demande
de résidence temporaire et permanente pour faciliter vraiment la tâche des immigrants, et que, même, les immigrants se
sentent appuyés par le gouvernement du Québec dans tout ce processus-là.
Enfin, une de nos
recommandations... Donc, vraiment, quand il est question des seuils, c'est
vraiment de se baser sur le solde migratoire qu'on prévoit dans les prochaines
années. On a vu que... Vous l'avez peut-être vu dans notre mémoire, le solde
migratoire, ces dernières années, a vraiment augmenté de façon importante, bien
au-delà des admissions de résidence permanente. Donc, d'après nous, le... la
métrique des admissions n'est plus une métrique... en fait, ce n'est pas... ce n'est plus la métrique la plus pertinente
pour vraiment faire une planification de l'immigration. D'après nous,
les admissions, donc, les seuils devraient... devraient être proportionnels,
d'une certaine manière, avec le solde
migratoire pour qu'on se retrouve avec une immigration qui est principalement
permanente et ensuite temporaire, et non l'inverse.
Pour terminer, on salue vraiment
l'ouverture du gouvernement qu'on a vue dans les deux dernières semaines au
cours des consultations. On a déjà collaboré avec le ministère par le passé.
C'est vraiment en tant que collaborateurs qu'on vient aujourd'hui. On
vient avec... avec notre vécu mais aussi avec notre expertise de personnes
immigrantes qui ont vécu le système. Donc, on répondra avec... à vos questions
avec plaisir. Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors,
nous allons débuter les... l'échange avec les parlementaires. Je vais commencer
avec l'aile gouvernementale pour une période de 16 min 30 s. Le
micro est à vous.
Fréchette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, bon début de
dernière semaine de commission à tous. Merci. Merci d'être là. C'est très
apprécié. Merci de partager à la fois votre expérience, votre vision, votre
expertise, parce que, manifestement, vous êtes engagés à plein dans cette
volonté de porter les demandes en lien avec l'immigration. Donc, merci d'avoir
pris part à cet exercice.
Alors,
j'aurais quelques commentaires avant de lancer quelques... quelques questions.
D'une part, pour rebondir sur une des
choses que vous avez abordées, c'est le critère de la double intention qui pose
un enjeu. Effectivement, c'est notre lecture également que ce critère de
la double intention génère, en fait, un haut taux de refus, particulièrement
pour les étudiants africains francophones, ce qui a un impact considérable sur
nos établissements d'enseignement, particulièrement en région, parce que
plusieurs reposent sur l'arrivée de ces étudiants étrangers pour le maintien
d'un certain nombre de programmes.
Alors, au cours de
mes réunions de travail, au cours des derniers mois, avec mon homologue au
fédéral, bien, on a, effectivement, demandé le retrait de ce critère de la
double intention. Ça nous apparaît être une mesure qui n'est pas aidante, parce
que ça met dans... les personnes immigrantes dans une situation un peu de
dilemme. Alors, voilà, on va voir de quelle
manière le fédéral réagit, mais cette demande-là, donc, elle a été... elle a
été portée à l'attention du gouvernement canadien.
rapport à votre recommandation n° 10, c'est à la page 11 de votre
mémoire, bon, vous suggérez d'exempter de test de français les personnes
diplômées des programmes francophones ou ayant validé des études secondaires ou
postsecondaires en français. Alors, bien,
simplement pour souligner qu'en réalité, là, les étudiants diplômés des programmes
francophones au Québec ou en mesure de nous montrer qu'ils ont suivi trois
années d'études en français à l'étranger n'auront pas à passer à travers un
test de français, sauf si un doute est semé au sein du ministère par rapport à
un dossier, une personne en particulier. Là, on se réserve la possibilité de
faire faire un examen de français, mais ce ne sera pas d'office une étape à
traverser, parce que, pour nous, bien, vous comprendrez que, c'est ça, là, le
fait d'avoir eu un diplôme en français est suffisant. Mais ça se pourrait que
certains dossiers génèrent quand même une volonté d'aller creuser un peu plus
davantage le dossier.
Autre commentaire, à
la page 6, vous indiquez que le gouvernement du Québec devrait davantage
porter son attention sur la connaissance du
français dans l'immigration temporaire, puisqu'elle est faible et que cette
immigration est en hausse. Bon, à ce sujet-là, j'aimerais, d'une part,
rappeler qu'il y a presque 60 % des immigrants temporaires qui connaissent
le français. Donc, c'est juste pour dire qu'on n'est pas à la case départ. On
n'est pas à un niveau près du zéro. Au
contraire, il y a une majorité des immigrants temporaires qui parlent français.
Donc, bonne nouvelle. Et par ailleurs on a été le gouvernement qui a
rendu accessibles les mesures de francisation aux immigrants temporaires. Ça, c'est un pas important. Alors, j'en entends
qui... qui se préoccupent, là, de la situation pour les travailleurs
temporaires. Eh bien, nous, on a pris
action en rendant, donc, accessibles ces cours de francisation avec Francisation Québec. C'est également confirmé. Et pratiquement la moitié de nos
apprenants sont des immigrants temporaires. Donc, les gens répondent à l'appel,
même s'il y a une majorité de gens qui, déjà, parlent français. Donc, une
excellente nouvelle.
Et non seulement on a
rendu les cours accessibles, mais en plus on a offert des allocations à une
bonne part d'entre eux, des allocations financières pour faire en sorte que les
cours de français ne soient pas en compétition avec l'emploi, avec le revenu de
travail. Donc, il y a des allocations financières qui sont disponibles pour ces
personnes.
Alors, on est très
contents de la réponse que les personnes immigrantes temporaires ont eue face à
notre appel, parce que c'est pratiquement un
appel qu'on a lancé avec nos réformes, en mai dernier, pour la... l'immigration
économique. Donc, les gens sont au rendez-vous.
va s'assurer, donc, de mettre les bouchées doubles pour répondre à cette
demande en termes de francisation, mais je vous dirais qu'on est le
gouvernement qui a pris action en lien avec cette nécessité de faire en sorte
de transmettre la connaissance du français chez les immigrants
temporaires.
Ensuite, à la
page 12, là, je vais y aller avec une question, donc, bien vous... En
fait, à la page 12, vous soulevez un
enjeu, là, de passage du statut de temporaire au permanent pour certaines
catégories de travailleurs étrangers temporaires et vous proposez, en
fait, l'ajout de professions de compétences intermédiaires, de niveau FEER 4,
au Programme de l'expérience québécoise.
Bien, comme vous
savez, on a annoncé, donc, en mai dernier, là, une réforme du programme PRTQ.
On va le transformer, donc, en Programme de sélection des travailleurs qualifiés. Et, dans cette réforme, il y a le développement,
la création d'une passerelle pour des travailleurs étrangers temporaires, ce
qui est difficile d'accès, là, pour l'instant, dans le système actuel,
d'accéder à la résidence permanente quand on est travailleur étranger
temporaire avec des compétences manuelles ou
intermédiaires. Donc, on a développé ce volet 2 spécifiquement pour ce
type de travailleurs.
Donc, bien,
j'aimerais savoir si, pour vous, la création de ce volet 2 au sein du Programme
de sélection des travailleurs qualifiés... si ça répond à une
partie des demandes que vous
portez pour rendre plus accessible la... le statut permanent des
travailleurs temporaires. Et puis, bien, est-ce qu'il y a des éléments, dans le
fond, qui seraient à considérer pour bonifier ce programme pour les
travailleurs temporaires?
Mme Launay
(Claire) : Merci. Je veux juste revenir sur quelques-uns de vos
points, notamment sur la connaissance du français pour les immigrants
temporaires, juste pour clarifier que, nous, notre demande, ce n'est pas que
l'immigration temporaire devrait systématiquement parler français en arrivant
au Québec. On soulignait plutôt le fait que l'immigration permanente est de
plus en plus francophone. Ça... On va déjà dans le bon sens. L'immigration
temporaire, elle, a augmenté, notamment, parce que le gouvernement a mis en
place des mesures pour l'augmenter. Donc,
c'était plus de rétablir une espèce d'équilibre et de rappeler qu'on ne peut
pas à la fois augmenter l'immigration temporaire
de façon importante et ensuite la blâmer pour peut-être un supposé déclin du
français. Donc, on voulait juste remettre un petit peu de nuances à cet
endroit-là.
On souligne,
d'ailleurs, les efforts qui ont été faits par rapport à Francisation Québec.
C'est quelque chose qu'on... un projet qu'on
accueille de façon tout à fait positive. Justement, comme vous disiez, la
demande a été importante, ce qui
prouve qu'il y a une grande volonté des immigrants, autant temporaires que
permanents, d'apprendre le français. Nous, on n'est pas très surpris, on
le savait, mais on pense qu'on va dans la bonne direction avec ça.
Pour ce qui est du
PEQ, donc, nous, c'est ça, on recommandait l'inclusion de... des catégories
FEER 4 dans le PEQ — Travailleurs.
En fait, pour nous, le programme... le PSTQ et le PEQ, c'est des programmes qui
ont des visées différentes et qui sont complémentaires. Donc, disons, le
problème que nous, on voit avec l'exclusion des FEER 4 dans le PEQ, c'est que... Le PEQ permet une espèce de
garantie, en fait. On sait que, si on remplit les critères du PEQ, on
aura accès à la résidence permanente. Puis ça, pour une personne immigrante qui
a déjà, comme... qui s'est complètement déracinée et qui est arrivée au Québec,
de savoir qu'il y a un programme qui... qui lui garantit une stabilité et une
sortie des permis de travail fermés, notamment, c'est quelque chose qui est
très rassurant et qui motive, à mon avis, les personnes immigrantes à vouloir
s'intégrer au Québec et à vouloir y rester.
Dans le cas du PSTQ,
oui, ces professions-là sont incluses, mais ces personnes-là se retrouvent
comme dans un bassin. Donc, deux sélections.
Peut-être qu'ils vont être sélectionnés, peut-être pas, donc, et après, donc...
ou alors, le temps qu'elles soient sélectionnées, ces personnes-là
doivent rester sur des permis de travail fermés. Pour nous, ce n'est pas des
situations qui sont idéales, particulièrement dans un contexte où on a une
pénurie de main-d'oeuvre. Il y a des besoins
en région. Il y a beaucoup de personnes qui ont... de professions FEER 4
qui se trouvent en région. On trouve qu'il y a une opportunité manquée,
à cet endroit-là, de ne pas les inclure dans le PEQ pour un... En fait, pour nous, on le voit comme un incitatif de
régionalisation aussi. On le voit, que les personnes vont avoir envie de
s'établir en région dans ces... dans
ces emplois-là s'il y a une garantie de stabilité en termes d'accès à la
résidence permanente, ce que le PSTQ ne permet pas complètement.
Mme Fréchette :
Je vois. Bien, merci. Merci pour ces précisions. Je vous amène sur un autre
sujet. Mme la Présidente, il me reste combien de temps?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : 7 min 44 s.
Mme Fréchette :
Sept minutes. Oh là là là! Je vais... OK. Vous recommandez de travailler
avec les ordres professionnels pour s'assurer que le Québec reste compétitif.
Bon, le ministère, en fait, a déjà priorisé, là, un certain nombre de
professions de l'Opération main-d'oeuvre, par exemple, en génie, en
technologies de l'information, en santé,
pour améliorer la reconnaissance des qualifications professionnelles. On a
d'ailleurs, là, un plan aussi qui a été adopté, un plan sur deux ans qui inclut des aides financières spéciales pour les
moments de formation prescrite par des organismes de régulation. On a
bonifié aussi Accompagnement Québec.
Alors, je voulais
savoir, en fait, de votre côté, qu'est-ce que vous verriez. Est-ce que vous
verriez d'autres professions ou secteurs qui devraient être visés le plus tôt
possible par le ministère lorsque la reconnaissance des compétences est
prescrite et incontournable?
Mme Launay
(Claire) : Bien, en fait, nous, ce qu'on... ce qu'on voit... Donc, on
a 54, c'est ça, professions réglementées. Ce qu'on voudrait, ce serait vraiment
un cadre, un peu, qui est valable pour tous. On sait que, bien sûr, chaque profession va avoir ses spécificités, mais
l'idée étant d'avoir un cadre auquel les ordres doivent se plier, en tout cas,
pour les personnes immigrantes, pour faciliter la compréhension de tout le
système, pour les personnes immigrantes, pour les ordres. On voit qu'il y a des incompréhensions, toujours du
côté des employeurs, de différents... de différents côtés. Donc, c'est
vraiment... C'est une simplification qu'on propose.
Tant mieux si on a
déjà des programmes qui vont dans cette direction-là. On pense qu'on peut
toujours en faire plus. Je pense, notamment, au milieu de la santé. Ça reste
toujours un enjeu de faire reconnaître les acquis des médecins, des psychiatres
formés à l'étranger.
Est-ce que tu as
d'autres choses à ajouter, Hippolyte?
M. Fotso (Hippolyte
Mbogne) : ...je voudrais... Merci, Claire. Merci de me... de me passer
la parole. Je voudrais compléter qu'il s'agit là du volet intégration du
ministère de l'Immigration, du volet intégration, parce que, lorsqu'on arrive
ici... Lorsque des immigrants arrivent ici avec un certain bagage, avec
certaines compétences, parfois... Et, comme Claire l'a dit, nous avons
54 professions réglementées au Québec, 46 ordres professionnels.
Donc, nous pensons qu'il est important qu'il y ait un cadre universel de reconnaissance
des acquis.
Nous nous rendons compte qu'actuellement le
gouvernement fait beaucoup dans des domaines qui n'ont pas eu de réforme depuis un certain temps : la
santé, l'éducation, la construction. Nous pensons que, lorsqu'on... lorsqu'on
pense, lorsqu'on conçoit ces réformes-là, il faut intégrer également un élément
de reconnaissance des acquis pour les travailleurs immigrants qui arrivent, de
sorte que le parcours ne soit plus très complexe comme ce l'est aujourd'hui.
Nous sommes là dans le volet
intégration. C'est important qu'il y ait un cadre qui corresponde à toutes les
professions réglementées et à tout le reste. Donc, c'est ce que je voudrais
ajouter.
Mme Fréchette : D'accord. Merci. Mme
la Présidente, je vais céder la parole à des collègues.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la
ministre. Alors, je me tourne du côté de la députée de Vimont. Il vous
reste 4 min 32 s.
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci à vous
trois de vous être déplacés. Toujours agréable d'accueillir les gens en
présentiel.
J'aimerais vous ramener à la page 7 de
votre mémoire, où vous appuyez, notamment, la mise en place de Francisation Québec tout en faisant valoir les
difficultés rencontrées, donc, par les personnes immigrantes qui souhaitent
participer, donc, aux cours de... aux cours
de français. Au-delà de l'aspect financier, qu'est-ce que vous pourriez nous
suggérer pour, justement, améliorer notre offre de services?
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : Merci.
Le Québec c'est nous aussi appuie déjà, premièrement, l'initiative de
Francisation Québec, cela a été dit par notre présidente Claire, mais nous
pensons que... Oui. Vous ne souhaitez pas que l'on revienne sur l'aspect
financier, mais nous recommandons une augmentation, tout simplement, parce que
les familles immigrantes ont des besoins qui correspondent également... qui
sont également frappés par l'inflation, qui
sont frappés par les prix des services de garde, etc. Donc, nous pensons que
revaloriser l'aide financière va placer la francisation en tête de liste de priorités de ces familles-là, par
rapport, par exemple, à la recherche d'heures supplémentaires, etc.
Nous pensons également que le site Internet de
Francisation Québec... Je ne sais pas... Nous avons, pour le site Internet, le
français et l'anglais, mais peut-être que, pour ces personnes qui arrivent, qui
souhaitent apprendre le français mais qui n'ont pas encore la connaissance de
la langue immédiatement... peut-être, pour ces personnes-là, il est préférable
d'avoir d'autres langues. C'est possible sur le site de Francisation Québec.
Je pense aussi que beaucoup de personnes...
beaucoup de personnes immigrantes qui arrivent n'ont pas les compétences technologiques nécessaires pour procéder
à une inscription sur Francisation Québec, surtout qu'actuellement, dans
les centres de services, il n'y a plus d'inscription en présentiel,
d'inscription physique.
Mme Schmaltz : ...site Internet, Mme
la ministre, elle pourra me corriger, mais on a quand même des petites capsules
qui sont... qui sont faites en d'autres langues...
Mme Schmaltz : ...c'est ça,
l'espagnol, justement, pour aider les gens à se diriger, là, plus facilement.
Donc, ce n'est pas uniquement français. On a quand même, justement, réfléchi
pour accompagner des... les gens, là, qui ne parlaient pas le français. Donc,
je ne sais pas si vous le saviez, là, mais... C'est ça, c'était juste une
petite parenthèse là-dessus.
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : ...mais
je voudrais ajouter que, comme je vous le disais, beaucoup n'ont pas les
compétences technologiques pour procéder à une inscription sur Internet. Nous
avons affaire à des personnes qui, parfois, ont de la peine à rédiger un simple
courriel. Donc...
Mme Schmaltz : ...comme solution,
justement, pour ces... pour ces gens?
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : Je
pense que, pour un temps, pour un temps, il aurait été peut-être plus efficace
de conserver la possibilité des inscriptions dans les centres de services
scolaires, dans les centres de cours, dans les centres communautaires, de sorte
que... Parce que, lorsque la personne arrive dans un centre communautaire ou
dans un centre de services, elle a la possibilité d'exprimer ses difficultés à
quelqu'un d'autre. Elle a la possibilité de
réagir à chaque fois, de rebondir. Et je pense qu'une inscription... On aurait
pu laisser encore, pendant une période, une période transitoire, avec
des inscriptions dans les centres de services.
Mme Schmaltz : D'accord. Si...
Mme Launay (Claire) : ...d'ajouter
un point aussi.
Mme Schmaltz : Oui, oui, allez-y.
Mme Launay (Claire) : Pour nous, la
francisation, ça... ça s'inscrit dans un projet d'intégration qui est beaucoup plus large. On pense, notamment, aux
personnes en région. Il y a des personnes dont les permis de conduite ne sont pas reconnus, par exemple, au Québec.
Donc, juste pour se rendre aux cours de francisation, il y a des enjeux.
Pour
nous, en fait, pour faciliter l'intégration, et donc la francisation des
personnes immigrantes, ça prend des mesures structurantes en termes de
garderies, d'éducation, de santé, de transport en commun, de logement, parce qu'une personne qui va devoir payer le loyer, qui veut faire
de la francisation à temps plein, qui a des enfants à nourrir ou à garder, ça ne marche... Pour l'instant, le système n'est
pas vraiment fait pour que ça fonctionne. Puis c'est... c'est bien
au-delà de ce que le ministère de l'Immigration peut faire, là, je l'entends,
c'est une collaboration interministérielle
qui est nécessaire, mais on encourage le gouvernement, justement, à aller dans
cette direction, regarder l'enjeu de façon plus holistique.
Schmaltz : ...ministère de la Famille, notamment, là, il y a des
projets pilotes, justement, pour intégrer les haltes-garderies pour les
personnes, là, qui désirent se franciser. Donc, il y a quand même des pas en
avant qui se font pour répondre, justement, à ce que vous mentionnez.
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : Et
puis tout en encourageant la francisation en entreprise... Ah! c'est terminé?
Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...le temps est terminé pour cette portion de discussion.
Merci beaucoup, mesdames. Je me tourne du côté de l'opposition officielle pour
une période de 12 min 23 s. Le député de Nelligan va prendre la
parole.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Bon début de semaine à tous... à tous les collègues, une
troisième semaine de consultations.
Je vais prendre
quelques secondes pour vous remercier. Ce n'est pas la première fois qu'on voit
l'organisme. Je vous salue. Vous faites un excellent travail de terrain. Je me
rappelle, à l'époque, du PEQ et la naissance d'un mouvement. Et je suis très
content de recevoir, au parlement du Québec, un rescapé du PEQ qui contribue,
avec son expertise, avec des collègues à
lui, à enrichir le débat sur l'immigration. Vous êtes l'exemple parfait d'une
intégration réussie. Venir en commission parlementaire, participer au
débat, c'est noble. Bravo! Merci.
Je vais aller...
J'ai... Il y a tellement de choses dans votre mémoire. Je vais commencer par la
réunification familiale. On sait comment ça marche à Ottawa. Une fois, on
arrive au seuil que le Québec veut, on arrête. Pour les gens qui nous suivent, parfois, on oublie que, derrière, il y a des
familles déchirées, il y a des conjoints et des conjointes séparés, et
parfois des histoires d'horreur. Si vous voulez résumer un peu le côté humain
derrière... Les chiffres, on les connaît. On sait que... On sait... on sait le
nombre. Mais je ne veux pas parler de nombre. Je veux parler de cas, de vies
humaines aujourd'hui. Pouvez-vous nous éclairer?
Mme Launay
(Claire) : Merci pour votre question. Bien, pour les histoires
humaines, il n'y en a pas beaucoup qui sont heureuses en termes de
réunification familiale ces derniers temps. Nous, en fait, notre mouvement se
fait contacter régulièrement par des personnes, justement, qui souhaitent se
mobiliser, qui souhaitent que leurs... leurs enjeux soient entendus. Donc, on
s'est fait contacter, dans les derniers mois, justement, par plusieurs
personnes qui étaient dans... dans des situations de réunification familiale et
qui vivaient des situations vraiment difficiles, notamment, donc, à essayer de
parrainer leurs conjoints ou leurs conjointes. On a entendu, la semaine
dernière, il me semble, à l'Assemblée nationale, là, une de ces personnes-là
qui a été forcée d'avorter parce qu'elle ne savait pas quand est-ce que son
mari pourrait, effectivement, se rendre au Québec. Et donc elle était terrifiée
à l'idée de donner naissance seule au Québec et de possiblement commencer à
élever son enfant seule.
On a des histoires
aussi... Tous ces groupes-là se sont beaucoup mobilisés. C'est beaucoup de
femmes, d'ailleurs, je tiens à le préciser.
Et elles... elles notent vraiment l'impact sur la santé mentale que cette
attente a sur elles, donc, vraiment, des gens qui perdent leurs cheveux,
qui perdent le sommeil parce qu'elles ne savent pas quand est-ce qu'elles vont
pouvoir retrouver leurs familles.
Je sais que vous
voulez des histoires humaines, mais j'en profite pour quand même vous préciser
notre recommandation à cet égard. Les seuils du Québec en réunification
familiale sont autour de 10 000, alors qu'on a plus de 30 000
dossiers encore dans l'inventaire. Il y a des...
M. Derraji : Prenez... prenez le temps. Moi, j'ai... Si
c'est... aujourd'hui, on règle juste cette histoire, je vais être très heureux.
Moi, j'ai tout mon temps pour vous, là.
Mme Launay
(Claire) : Bien, nous aussi, on serait heureux.
M. Derraji : Prenez
le temps. Prenez le temps, parce que vous êtes en train de dire des choses
extrêmement importantes. L'inventaire est de combien, s'il vous plaît?
Mme Launay (Claire) : Alors, donnez-moi une
seconde, je les ai notés. L'inventaire en réunification familiale, nous,
le dernier chiffre qu'on a, c'était 36 800, alors qu'on a un seuil de
10 600.
M. Derraji : Excellent.
Excellent. Une étape à la fois. On a deux scénarios. On a deux scénarios
aujourd'hui sur la table — je
ne vais pas parler des immigrants temporaires, on va s'éparpiller — 50 000
ou 60 000. Rien que pour la
réunification familiale, c'est le double. C'est le double si on veut respecter
les seuils de cette année. Techniquement, aujourd'hui, quelqu'un qui fait une demande de parrainage, femme ou
homme, conjoint ou conjointe, si on suit la logique, doit attendre jusqu'à trois ans. Ça veut dire que
tout est prêt, la personne ne verra pas son conjoint ni dans la prochaine
année, ni la deuxième année, ni la troisième année. Est-ce que j'ai bien
compris?
Mme Launay
(Claire) : Oui, c'est ça. Donc, c'est de deux... deux à trois ans,
comparé au reste du Canada, où, vraiment, l'attente est d'un an. En fait, la
seule raison pour lesquelles... pour laquelle l'attente est plus longue au
Québec, c'est vraiment les seuils que se fixe le Québec. Je reviens un petit
peu sur mon point que j'ai mentionné dans
mon propos préliminaire, mais c'est une sélection sur laquelle le Québec n'a
pas vraiment de critère. Donc, ce n'est pas comme si c'était le... ces personnes-là ne rencontrent pas des
critères, donc c'est pour ça qu'elles ne peuvent pas rentrer au Québec. C'est juste qu'elles ne rentrent pas
dans le chiffre de cette année-là. Donc là, on parle vraiment, d'après nous,
d'une vision de l'immigration qui sort complètement l'humain du système.
Nous, on veut
rappeler que ce sont... c'est ça, c'est des familles, c'est des enfants, des
conjoints, des parents parfois. En plus, quand il s'agit de personnes qui ont
besoin de visa pour venir au Canada, on a d'autres enjeux qui viennent...
qui viennent s'ajouter à cela à Ottawa, ce
qui rend extrêmement difficile pour ces personnes-là de juste se voir, et
encore plus de construire une famille ou un projet de vie. On a entendu qu'il y
avait des personnes québécoises qui envisageaient de quitter le Québec pour avoir une chance d'être
avec leurs conjoints. Là, on marche... on marche un petit peu sur la tête
dans ce sens-là.
M. Derraji : Et, quand on parle de
régionalisation et on parle d'ancrage dans les régions, la plus belle chose, c'est permettre à la personne d'avoir un membre de
sa famille, peu importe, conjoint ou conjointe, avec elle ou lui dans une région. Et c'est de là votre recommandation.
Ce que vous proposez aujourd'hui au gouvernement, «que le gouvernement
du Québec demande à Ottawa de traiter de manière exceptionnelle», moi, je
dirais que l'inventaire doit être à zéro. C'est inacceptable, laisser des
personnes séparées. C'est inacceptable qu'à l'extérieur du Québec les gens
peuvent se réunir très rapidement, et, au Québec, ça prend tant de temps.
Première remarque.
Deuxième, vous demandez aujourd'hui, de manière
très claire, que, la réunification familiale, on l'enlève des seuils. Ça veut dire 50 000, 60 000,
faites ce que vous voulez avec, mais ne mettez pas dedans la réunification
familiale. Est-ce que j'ai bien compris?
Mme Launay (Claire) : Oui, c'est
exactement ça. En fait, à court terme, on demande à ce que, vraiment, l'inventaire au complet soit traité, parce que,
deux à trois ans d'attente, on juge que ce n'est pas acceptable, en ce moment,
pour les familles québécoises.
Et, à moyen
terme, en fait, comme on l'a vu, le gouvernement propose des façons de faire
différentes, là. C'est... Puis on est... on est ouverts à ça. Notamment,
dans l'établissement des seuils, on voit que le PEQ — Diplômés...
les personnes qui passent par ce volet-là ne
seraient pas incluses dans les seuils. On pense que c'est la bonne voie à
suivre, pour les personnes de la réunification familiale, que ce soient
des admissions en continu en dehors des seuils.
M. Derraji : Oui. Je vous remercie
pour ce volet, parce que mon bureau de comté est... reçoit beaucoup de messages, des cas que c'est inacceptable. Je vous
le dis. Si, autour de la table, il y a une réelle volonté pour la
régionalisation et pour garder nos personnes dans les régions, ça
commence par une réunification familiale. Je ne veux pas que les gens quittent
le Québec pour aller dans une autre province canadienne pour rencontrer leurs
âmes soeurs. Le Québec et, je pense, même,
le gouvernement n'a rien à faire dans... dans les relations entre les
personnes. La personne a fait son choix d'avoir son conjoint à
l'extérieur. On doit tout faire pour faciliter leur arrivée.
Donc, moi, je vous appuie dans cette
recommandation et j'espère que le gouvernement va tout faire, parce que...
Encore une fois, je ne veux pas qu'on parle des chiffres. C'est des êtres
humains. C'est des histoires d'amour que le Québec est en train de briser,
malheureusement, parce qu'attendre trois ans, avorter, entendre, en commission parlementaire, je sais que la personne était là,
dire que le choix qu'elle avait, c'est avorter, parce qu'ils ne voient plus la lumière
au bout du tunnel, ça rajoute un peu à ce qu'on a entendu sur les immigrants
temporaires, malheureusement, le rapport du rapporteur des Nations unies. Je
n'ai jamais pensé qu'un jour on sera là.
Page 12, un autre excellent point que je
vous permets de... si vous le permettez, d'élaborer un peu plus, c'est par rapport au PEQ — Travailleurs étrangers temporaires. Là, vous dites
que vous voulez inclure, dans les professions éligibles, les professions de FEER. Vous pouvez expliquer, pour les gens
qui nous écoutent? Moi, je sais c'est quoi, 4. Et vous demandez : Exiger une expérience de travail d'un an à temps
plein ou 2 580 heures, mais ce que vous suggérez aussi, c'est
que ce soit du temps plein ou temps partiel. C'est qu'au bout de la ligne on ne
pénalise pas ceux et celles qui choisissent de travailler à temps partiel et
que, si, avec un cumul, on arrive au nombre demandé... qu'on leur permette
d'utiliser le PEQ — Travailleurs.
Vous voulez élaborer?
Mme Launay
(Claire) : Oui, tout à fait. Bien, pour ce qui est de
l'inclusion des catégories d'emploi FEER 4, en fait, c'est revenir
vraiment à une version du PEQ préréforme de mars 2020, donc, qui incluait
toutes les catégories d'emploi. Donc, tant qu'une personne accumulait le temps
d'expérience professionnelle requis, cette personne-là avait accès... avait une
voie d'accès vers la résidence permanente à travers le Programme de
l'expérience québécoise. Donc, nous, on veut s'assurer que, quelle que soit la
catégorie d'emploi, ces personnes-là ont... y ont accès.
Ça part aussi juste d'un... en fait, juste de
deux constats. Déjà, on garde en tête que, pour nous, tout... on a besoin de
tout le monde. Il n'y a pas de catégories d'emploi dont on a besoin moins que
d'autres, particulièrement en ce moment. Donc, on trouve ça un petit peu
particulier d'exclure une catégorie d'emploi de cette voie rapide vers la
résidence permanente. Et, comme je le disais tout à l'heure à Mme la ministre,
on sait qu'il y a un grand nombre des personnes, dans ces catégories d'emploi
là, qui se dirigent vers les régions. Donc, ça vient compléter notre... nos
recommandations de régionalisation pour inciter des personnes à choisir les régions,
particulièrement dans ces emplois-là, s'il y a des voies d'accès vers la
résidence permanente.
Pour
ce qui est de l'accumulation d'expérience de travail à temps plein et à temps
partiel, pour nous, c'est une question de bon sens. Le marché du travail est en
constante évolution. Ce n'est plus pareil, ce n'est plus pareil qu'avant. Il y
a des personnes qui accumulent des expériences, plusieurs expériences à temps
partiel ou des... une expérience à temps partiel sur plus longtemps pendant
qu'elles se... elles se consacrent à d'autres projets. On ne pense pas que ces personnes-là devraient être
pénalisées... ou encore des personnes qui doivent composer avec de la garde d'enfant,
par exemple. On veut être sûrs que, tant qu'une personne a accumulé l'expérience
professionnelle requise... qu'elle ait accès au PEQ.
M. Derraji : L'autre
point, on l'a beaucoup dit dans le passé, c'est que le problème, c'est les
voisins. À Gatineau, traverser à Ottawa,
c'est fini, ces histoires du PEQ et de... et avoir la résidence permanente en
quelques mois. Pensez-vous que c'est une menace pour les futurs
travailleurs au Québec qui voient une complexité au niveau des procédures, et
ils décident de quitter le Québec pour avoir la RP très rapidement à
l'extérieur du Québec?
Mme Launay (Claire) : Oui, c'est vrai. C'est un
enjeu de compétitivité, effectivement, parce que... particulièrement
parce qu'en ce moment, depuis plusieurs années maintenant, le gouvernement
fédéral propose des programmes d'immigration
très... très attractifs qui facilitent l'accès à la résidence permanente. Donc,
pour que le Québec continue d'être attractif et compétitif vis-à-vis du reste
du Canada, on pense que c'est... c'est la bonne marche à suivre.
M. Derraji : Dans
votre mémoire, vous... vous avez dit que le portrait est incomplet, de cette
consultation, parce qu'on n'inclut pas les immigrants temporaires. Je tiens à
vous le dire, je l'appuie. J'ai moi-même déposé un projet de loi, au mois de
mai, pour avoir le portrait global. Malheureusement, les deux scénarios
n'incluent pas les temporaires. Pourquoi, selon vous, le portrait que nous
sommes en train de faire est incomplet?
Mme Launay
(Claire) : Je ne peux pas répondre à la place... à la place du
gouvernement, mais c'est sûr que, pour nous, l'inclusion des temporaires... En
fait, dans le portrait actuel de l'immigration, c'est faire une planification
qui est incomplète et qui va mener à des erreurs de planification si on
n'inclut pas l'immigration temporaire. Quand on pense à, par exemple... Je
reviens à la régionalisation, mais amener une cinquantaine de travailleurs, par
exemple, en Gaspésie, ça ne marche que si c'est planifié avec les villes, avec
les centres communautaires, pour être... pour s'assurer qu'il y ait une offre
de logement, de santé, d'éducation. Toujours la même chose, mais s'assurer que
ces personnes-là ne vont pas juste boucher un trou en termes de travail mais
vraiment vont pouvoir s'intégrer quelque part.
Si on ne planifie pas cette immigration temporaire et qu'on continue de la
regarder augmenter, on va se retrouver dans des situations où on fait
venir du monde et on n'a nulle part où les loger.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, cette autre... cette
autre période étant terminée, je me tourne
du côté du député de Saint-Henri—Sainte-Anne, de la deuxième opposition, 4 min 8 s. Le micro est
à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. C'est
toujours un immense plaisir de vous revoir. Merci pour votre travail. Merci pour ce que Le Québec c'est nous aussi fait.
Vraiment, continuez cette belle bataille, continuez ce beau périple, vraiment.
question rapide. On parle de sélectionner, hein, la part du Québec qu'il
sélectionne, la part qu'Ottawa sélectionne. Qu'est-ce que ça veut dire,
vraiment, sélectionner, dans le cadre familial? Est-ce qu'Ottawa, vraiment,
sélectionne votre conjoint, votre enfant?
Mme Launay
(Claire) : Bien, nous, pour nous, c'est vraiment une question de droit
humanitaire. Donc, non, il n'y a pas vraiment d'enjeu de sélection. C'est des
personnes qui ont... qui ont le droit d'être au Canada en vertu de la famille
qu'ils ont déjà dans le pays, donc, en l'occurrence, au Canada ou au Québec.
M. Cliche-Rivard : Donc, quand on met en
dualité ce que le Québec sélectionne puis ce que le fédéral sélectionne,
est-ce qu'on parle vraiment d'une sélection fédérale dans la catégorie
familiale?
Mme Launay
(Claire) : On parle plus de cible, en fait, plutôt que de sélection
vraiment, parce que les critères ne sont pas du tout les mêmes que, par
exemple, pour une immigration économique, où, là, il y a une réelle sélection. On choisit, dans un bassin de
personnes, un certain nombre de personnes qu'on souhaite faire venir ou rester
de façon permanente.
Cliche-Rivard : Parce que le fédéral n'a pas vraiment son mot à dire
sur qui vous fréquentez ou sur vos enfants, on s'entend.
Mme Launay
(Claire) : Normalement, non.
M. Cliche-Rivard : Normalement, non.
Donc, quand même à considérer, parce qu'on les met beaucoup en dualité, augmenter la part du Québec dans sa
sélection, mais, de l'autre côté, ce n'est pas une sélection qui est fédérale
vraiment. Donc, je pense qu'il faut revenir à ça.
Vous
dites : Traiter les inventaires au complet dans le familial. Vous le
dites. Votre mémoire date du début août, si
je ne me... si je ne me trompe pas. Fin août, Le Devoir a sorti des chiffres dans deux autres catégories,
en refuge et en humanitaire. Donc, je me permets de vous poser la
question : Devant l'arriéré dans les autres catégories, est-ce que vous maintenez cette position-là, ou est-ce
que vous avez cette position-là pour le refuge et l'humanitaire seulement,
qu'il faut vider les inventaires exceptionnellement, ou si ça devrait
simplement se faire en familial?
Mme Launay (Claire) : Je... mes collègues
rapidement, mais, oui, je pense que... Effectivement, nous, on demande à ce que les inventaires soient vidés dans toutes
les catégories, donc, de personnes qui ne sont pas sélectionnées par le Québec. Donc, ça comprend, effectivement, les
réfugiés, les catégories autres d'immigration, notamment humanitaire. En fait,
pour nous, ces seuils-là, c'est vraiment... c'est juste des chiffres. Ces
personnes habitent déjà au Québec, en fait.
Cliche-Rivard : Ils travaillent déjà.
Mme Launay
(Claire) : Ils travaillent déjà, donc, et vont probablement
participer, si elles ne sont pas encore francophones, à Francisation Québec.
Donc, on ne voit pas pourquoi les empêcher d'accéder à un statut permanent
serait bénéfique ni pour eux ni pour le Québec, en fait.
M. Cliche-Rivard : Parce que, là, on l'a vu,
on peut monter dans des délais, dans l'humanitaire, jusqu'à 25 ans, avec
l'arriéré actuel, arriéré qui continue, là, de facto, parce qu'on en traite
seulement 450 ou on va en donner à peu près 450 annuellement. Cet arriéré-là va monter à beaucoup plus, et donc on
va, quoi, se retrouver avec un délai de traitement de 50 ans dans une
catégorie. Ça n'a pas de sens. On est d'accord.
Vous dites :
Rétablir un certain équilibre migratoire. On a à peu près combien de
temporaires, en ce moment, grosso modo?
Mme Launay (Claire) : Bien, les derniers
chiffres qu'on avait, c'était 350 000 qui habitent actuellement au Québec.
Cliche-Rivard : Et, dans la planification, dans le scénario, il y a
combien de places dans l'économique?
Mme Launay
(Claire) : Dans l'économique, ça doit être 40 000. C'est ça?
Cliche-Rivard : Entre 30 000 et 40 000, autour de ça,
disons.
Mme Launay
(Claire) : C'est ça, oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, ça fait, quoi, maximum, une personne sur 10 de temporaires qui
auront la chance... maximum, hein, parce qu'il y a le bassin qui est
ouvert à l'ensemble de la planète. Donc, il y a beaucoup plus de gens que les simples temporaires qui vont
appliquer dans le bassin du PSTQ, et donc, à l'immense maximum, seulement
qu'un temporaire sur 10 environ va avoir l'accès ou la chance de pouvoir
pérenniser son statut au Canada.
Mme Launay (Claire) : C'est à peu près ça,
sachant que... Même dans le cahier de consultation, c'est précisé qu'en
fait, maintenant, la vaste majorité des personnes qui obtiennent la résidence
permanente avaient déjà un statut temporaire avant. Donc, je pense qu'on ne
peut plus vraiment parler... On ne peut plus vraiment dire que, ah! les immigrants temporaires sont voués à partir. C'est
de moins en moins vrai. Puis d'ailleurs on le voit avec l'augmentation
du solde migratoire. Ce n'est pas juste le nombre de personnes... d'immigrants
temporaires qui sont au Québec, c'est qu'il
y en a beaucoup moins qui partent aussi. Puis nous, on trouve que c'est
vraiment positif. On ne veut pas qu'il y ait moins d'immigrants
nécessairement. On veut juste le planifier correctement.
M. Cliche-Rivard : C'est
le temps que j'avais. Un énorme merci pour votre travail puis merci de votre
présence aujourd'hui.
Mme Launay
(Claire) : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, à mon tour, je vous remercie pour l'apport à nos
travaux. Je vous souhaite une excellente journée.
Et je suspends les
travaux, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 44)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons,
donc, École Québec avec ses quatre représentants. Madame et messieurs,
bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens. Vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, mais je vais d'abord vous... vous demander de vous
présenter, et ensuite nous allons procéder à la période d'échange. Le temps est
à vous.
M. Boire
(Serge) : Merci, Mme la Présidente. Mme la ministre, membres de la
commission, merci de nous recevoir et de nous donner l'opportunité de présenter
notre point de vue et nos recommandations à la commission dans le cadre de ce
processus démocratique.
Je m'appelle Serge
Boire. Je suis directeur général d'École Québec depuis 2018. Et auparavant,
depuis 2010, j'ai eu le bonheur d'enseigner
le français québécois, notre culture, notre histoire, nos expressions, nos
valeurs communes à plus d'un millier de Brésiliennes et Brésiliens de l'École
Québec de Rio de Janeiro. Je remercie aussi les personnes qui sont à mes
côtés aujourd'hui, qui ont tenu à s'adresser à vous pour partager le lien qui
les unit avec École Québec. Et je les laisse se présenter.
M. Bertrand
(Michel) : ...mon nom est Michel Bertrand. J'ai le privilège d'être le
vice-président Ressources humaines chez Biscuits Leclerc ici, à Saint-Augustin.
Biscuits Leclerc fait
affaire avec École Québec pour la francisation et la certification en français
de nos employés et futurs employés depuis déjà plusieurs années mais surtout
depuis le début 2022. Ce que nous apprécions des services de l'École Québec,
c'est la flexibilité du service qu'on a. On travaille avec un entrepreneur. On
a des affinités. On a un service rapide qui est agile. Et nos employés sont en
mesure d'apprendre le français vraiment rapidement,
ce qui est vraiment un gros plus quand vient le temps de l'intégration sur nos
planchers de production, ou dans nos ateliers de maintenance, ou dans
nos différents bureaux.
On... Le fait qu'ils
puissent apprendre le français en même temps qu'ils apprennent notre culture,
c'est fantastique. Quand on a des... un employé qui arrive puis qui dit :
Elle est où, la meilleure poutine à Saint-Augustin? C'est... c'est le fun à entendre. Un employé qui aurait suivi sa
francisation à l'Alliance française, probablement, demanderait où est le
meilleur jambon beurre à Saint-Augustin, puis personne ne comprendrait. Donc,
pour nous, c'est vraiment important, ce déclic-là, la connexion. C'est...
L'intégration est toujours plus rapide.
Également, avec École
Québec, on a accès à un suivi très, très dynamique sur l'avancement et la
motivation des employés, des futurs employés. Donc, pour nous, là, c'est
rassurant de pouvoir compter sur un partenaire comme École Québec pour une...
qui est une institution qui, vraiment... qui, vraiment, présente bien l'image
du Québec, qui fait en sorte que le choc
culturel est toujours moindre. Nos employés peuvent être francisés par des gens
qui connaissent bien le Québec. Puis ce n'est pas des étrangers, c'est
des gens qui connaissent bien le Québec. Ils sont en mesure de vraiment
faciliter la transition. Donc, connaître le Québec, la culture, la réalité du
marché du travail, les préparer en conséquence,
donc, l'expérience migratoire devient automatiquement beaucoup plus humaine.
Et, chez nous, c'est une valeur importante.
Donc, on valorise
autant l'apport du travailleur à notre société qu'à Biscuits Leclerc. Et, à ce
niveau-là, c'est vraiment un privilège
d'avoir eu à travailler avec École Québec pour amener nos futurs Québécois,
parce qu'ils sont en démarche pour avoir leur résidence permanente.
Donc, merci de m'accorder un peu de temps pour pouvoir partager notre
expérience.
M. Ayub de Oliveira (Victor) : Bonjour.
Mon nom, c'est Victor. Je vous parle en tant que directeur technique
chez NovAxis Solutions et en tant qu'ex-élève d'École Québec. Je suis ici pour
vous partager l'importance qu'École Québec a eue dans mon parcours
d'immigration et l'importance qu'elle a toujours pour NovAxis Solutions et ses
partenaires.
Il y a plus de 10 ans, j'étais dans les souliers
des candidats que nous, on recrute aujourd'hui au Brésil. À l'époque,
j'ai étudié le français à l'École Québec, à São Paulo, ma ville natale, et j'ai
rêvé d'être recruté pour immigrer au Québec.
Ma présence ici vous démontre que j'ai réussi mon projet d'immigration mais
surtout mon intégration au marché du travail et à la société québécoise.
C'est en entrant dans le processus d'embauche et ensuite en arrivant au Québec en 2013 que j'ai constaté... le coffre à outils
que m'avait donné École Québec était complet. Ça a été facilitant. J'avais
les repères et je n'ai presque pas subi de choc culturel. J'ai ensuite
rencontré l'amour ici avec une Québécoise pure laine, comme on dit. Vanessa et
moi, on est ensemble depuis sept ans et, dans les prochains jours, on va avoir
notre premier bébé, que c'est un mélange de samba à la sirop d'érable, je
dirais.
C'est pour toutes ces
raisons et mon histoire de succès que l'entreprise pour laquelle je travaille
confie à École Québec tous les candidats que nous recrutons en technologies de
l'information. Merci pour votre attention.
Mme Santos Lanza
Moura (Lucianna) : Bonjour. Je m'appelle Lucianna. J'ai parcouru le
même parcours que mon collègue à mes côtés, mais je suis infirmière clinicienne
depuis 15 ans au Brésil. Et j'ai étudié à l'École Québec quand même et
j'ai appris beaucoup de choses sur Québec. Je suis recrutée pour le CHU de
Québec en 2021. Je suis à Québec, ça fait un an. En septembre de 2022, je suis
arrivée ici. Je travaille actuellement à L'Hôtel-Dieu de Québec. J'attends mon résultat de l'examen de
l'ordre, que j'ai fait le 18 dernier, et cela me permettra de pouvoir occuper
mes fonctions d'infirmière de façon autonome dans cette belle ville où je
souhaite contribuer à son essor comme nouvelle Québécoise. C'est ça que je
voudrais. Merci beaucoup.
M. Boire (Serge) :
Merci, Lucianna. Je voudrais juste porter à votre attention qu'elle a terminé à
8 heures ce matin. On a changé son
chiffre. Alors, elle était de soir, et là... Alors, elle... elle était déjà
inquiète de son niveau de français et de son niveau de stress, mais je
pense qu'on peut lui pardonner. Alors, voilà.
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : ...oui,
c'est ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...ici, là, il n'y a pas de problème.
M. Boire (Serge) : Voilà.
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : Merci
beaucoup.
M. Boire (Serge) : Mme la
Présidente, Mme la ministre, depuis le début de vos travaux, vous avez entendu
plusieurs groupes qui vous ont parlé des enjeux de fond soulevés par la
planification de l'immigration au Québec. Notre
présence ici aujourd'hui vise à partager notre expérience du terrain. Vous
l'avez vu un peu avec les témoignages ici. Nous sommes au début de la chaîne de l'immigration et de la
francisation, ce qui nous donne une autre perspective pour vous proposer
des pistes pour bonifier les processus.
École Québec est l'une des rares institutions de
francisation 100 % québécoise à l'étranger. Depuis 2006, pas moins de 4 000 Brésiliennes et
Brésiliens ont été québécisés chez nous, dans nos écoles de São Paulo et de Rio
de Janeiro. Maintenant, on est en ligne, donc on est accessibles partout
dans le monde. Notre institution a développé sa propre méthode de francisation, créée pour outiller des travailleurs et des
étudiants étrangers à être fonctionnels pour occuper un poste en demande
au Québec, et ce, en 10 mois seulement.
École Québec ne se prononcera pas sur le nombre
d'immigrants qui devraient être accueillis par le Québec. Ce n'est pas notre
rôle, sinon que de vous féliciter pour la création de Francisation Québec, qui
est une chose qu'on réclame depuis environ 10 ans et qu'on trouve qui est
une excellente idée. Il était temps que le Québec se dote de son propre service de francisation. Nous croyons
cependant que, peu importe le chiffre qui sera déterminé au terme de ces
consultations, notre institution est un outil qui devrait être offert dans le
bouquet des écoles partenaires en francisation à l'étranger afin
d'atteindre les cibles qui font l'objet du débat actuel.
Les solutions proposées par les acteurs du
milieu depuis le début des travaux pointent presque toujours vers le
recrutement dans des pays francophones parce qu'on constate, dans le format
actuel, que la francisation prend trop de
temps. Or, il y a quelques jours, les médias signalaient que l'Organisation mondiale de la santé a lancé un cri d'alarme et met en garde les pays
industrialisés contre les dommages qu'ils font subir à de nombreux pays
d'Afrique en venant leur retirer des professionnels de la santé dans des
secteurs en pénurie... qui sont déjà en pénurie dans leurs propres pays.
École Québec a démontré son efficacité en
francisation d'infirmières, entre autres, mais de toutes les professions dont on
a besoin, et nous croyons qu'il est possible d'être encore plus efficaces pour
amener plus rapidement au Québec des professionnels de la santé qui maîtrisent
le français. Je vous explique comment.
La formation des infirmières brésiliennes est
très semblable à celle des infirmières québécoises. D'ailleurs, le Brésil est le deuxième bassin de prédilection pour
le Québec dans ce secteur après la France. Mais leur possibilité d'être
embauchées au Québec est limitée par les critères du ministère de l'Immigration
et de Recrutement Santé Québec. Pour espérer
être convoquée en entrevue, une infirmière brésilienne, actuellement, doit
avoir atteint le niveau 8, donc, le niveau 2 de... du cadre européen.
Pour atteindre ce niveau, une infirmière doit prendre le tiers ou le quart de
son chèque de paie actuel et se lancer à l'aveuglette dans sa francisation, à
coups de deux ou trois soirs par semaine, en espérant qu'au terme de cela
Recrutement Santé Québec la convoque en entrevue. C'est une profession de foi
que peu d'infirmières brésiliennes font,
sachant qu'il y a de nombreux autres pays qui rencontrent les candidats en
entrevue à l'aide d'un interprète, l'Australie, l'Allemagne, les
Pays-Bas, pour ne nommer que ceux-là.
Nous avons actuellement dans nos listes environ
200 infirmières qui sont intéressées par le Québec mais qui n'ont pas le niveau de français requis ni même
l'argent pour étudier. En maintenant le critère du niveau 8 pour l'entrevue,
plusieurs vont faire ce que plusieurs autres ont fait au cours des dernières
années et accepter les offres alléchantes des pays concurrents. Je ne vais pas
continuer parce que je vois que le temps... le temps passe, là, mais je vais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : La ministre accepte de prendre un peu de son temps, si vous
voulez continuer.
M. Boire (Serge) : Oui, je peux...
je peux...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
M. Boire (Serge) : À l'École Québec,
nous répétons depuis 10 ans qu'on ne devrait pas exiger un niveau si élevé
pour convoquer des candidats en entrevue. Nous disons même que l'on ne devrait
pas fixer d'exigence de maîtrise du français
pour l'entrevue afin de permettre à tous ceux et celles qui sont intéressés par
le Québec de... qu'ils puissent poser
leur candidature et permettre aux employeurs, à Recrutement Santé Québec, de
découvrir la personne qui est devant eux.
Et, avec
notre méthode, si on fait une espèce de contrat conditionnel à l'atteinte
d'un... d'un niveau de français, bien,
on se retrouve à rencontrer des gens qui vont être des perles rares, qu'on va
identifier et qu'on va dire : Écoutez, si vous étudiez, vous arrivez au niveau B2,
nous, en 10 mois, on est capables de les franciser. On peut rouler les
deux processus en même temps, c'est-à-dire que la francisation peut se
faire en même temps que le début de la paperasse. Alors, c'est un peu l'approche qu'on a avec Biscuits
Leclerc et avec la majorité de nos partenaires. C'est une approche qu'on
appelle l'approche proactive, c'est-à-dire
de ne pas limiter le niveau de français pour l'entrevue d'embauche. On voit ça par
la suite.
Donc, nous voulons également porter à votre
attention le fait que les élèves d'École Québec ne peuvent pas bénéficier d'un
remboursement de leurs frais parce que l'école n'est pas une institution
reconnue par le ministère de l'Immigration. Les seules institutions que
reconnaît le ministère, depuis 25 ans au moins, sont des... sont des
institutions qui doivent être des organismes à but non lucratif. Un simple coup
d'oeil à la liste des partenaires sur le site
Internet du gouvernement du Québec permet de constater que la très vaste
majorité des institutions reconnues sont des écoles de francisation comme les Alliances françaises, qui
enseignent le français européen à nos futurs immigrants, aucune école
québécoise. À notre avis, cette situation prive un très grand nombre de
candidats potentiels de la possibilité d'atteindre les niveaux de français
requis par le gouvernement dans un court laps de temps, sans parler du fait
qu'ils vont apprendre un français européen, alors que nous, on est vraiment
spécifiques au Québec.
Comme vous avez pu le voir dans notre mémoire, à
École Québec, un élève peut atteindre le niveau 8 de l'échelle québécoise
en 10 mois, alors qu'il faudra deux ans et demi pour atteindre le même
niveau à un élève inscrit à l'Alliance
française de São Paulo, par exemple. Nous recommandons donc que le critère qui
exige qu'une institution d'enseignement
reconnue soit un OBNL soit retiré pour permettre à des institutions comme la
nôtre de joindre le bouquet d'offres disponibles en francisation à
l'étranger.
En terminant, nous voulons porter à votre attention...
porter votre attention sur un dernier point souligné dans notre mémoire, la
traduction du site Web du ministère de l'Immigration en portugais et en
espagnol. C'est un aspect qui vous semblera
peut-être très terre-à-terre, mais notre expérience démontre que c'est un frein
pour percer un marché de dizaines de
millions de travailleurs potentiels qui pourraient avoir envie de poursuivre
leur carrière au Québec en français.
Chaque jour, nos employés au service à la
clientèle reçoivent des appels de travailleurs qui ont vu nos campagnes
publicitaires payantes de promotion. On fait la promotion du Québec à tous les
mois de façon payante sur les réseaux sociaux. On s'est rendu compte que ça ne
nous donnait rien de faire la promotion d'un cours de français quand la
majorité des gens à l'extérieur des frontières du Québec ne savent pas que le
Québec existe. Alors, il faut d'abord commencer par faire la promotion du
Québec, des opportunités, de comment on est fantastiques. Et, une fois qu'on
attire ces gens-là, ils viennent à nous, sauf qu'ils ne trouvent pas
l'information en portugais ou en espagnol. Alors, nous, le service à la
clientèle de notre école se retrouve à avoir en moyenne 400... entre 300
et 400 demandes par mois de gens qui veulent savoir comment ça fonctionne.
Alors, on se retrouve à prendre les informations sur le... sur le site et à les
traduire.
Alors, en gros, ça conclut notre présentation
pour le moment. Je vous remercie de votre attention.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, je me tourne rapidement du
côté de la banquette ministérielle pour une période d'un petit peu moins de...
ah! 13 min 9 s. La parole est à vous.
Mme Fréchette : Excellent. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. (S'exprime en portugais). Il y a longtemps que
j'ai eu des notions de portugais, mais je n'ai pas tout perdu.
M. Boire (Serge) : Bien, vous les
avez bien, oui.
Mme Fréchette : Bien, je vous
remercie d'être ici, avec des témoins, en plus, des gens qui ont traversé votre
parcours, le parcours que vous offrez, ou encore des utilisateurs comme vous,
M. Bertrand. Donc, un grand merci d'avoir rassemblé ces gens puis un grand
merci pour vous être déplacés aussi au Québec, parce que vous auriez été un des premiers candidats pour la visioconférence,
je dirais, mais, non, vous êtes ici. Donc, c'est grandement apprécié.
M. Boire (Serge) : Bien, ça vous
démontre à quel point... On veut vous remercier pour l'invitation, mais ça vous
démontre à quel point la question nous tient à coeur. Votre invitation est...
nous a tenu à coeur au point où on voulait être ici présents pour en discuter.
Mme Fréchette : Bien, merci. C'est
grandement apprécié. Je sais également que les équipes du ministère, du MIFI,
en fait, sont en contact avec vous pour discuter, là, d'un partenariat avec
vous. Alors, je vois d'une manière positive, là, les possibilités de
collaboration avec École Québec. Donc, à suivre. J'ai hâte d'en entendre
parler.
Le premier... Ma première question, en fait,
porterait sur, bien, vos méthodes d'apprentissage, parce que vous nous
indiquez, là, dans le mémoire, que, quand vous comparez les niveaux atteints,
après 10 mois de cours, par vos élèves
versus ceux des élèves de l'Alliance française au Brésil... que c'est... c'est
très différent. Donc, j'aimerais que vous nous parliez de votre méthode.
En quoi est-ce qu'elle se distingue? Et qu'est-ce qui vous permet d'être plus
rapides?
M. Boire (Serge) : Mme la ministre,
en 2018, au moment où... je me souviens très bien, M. Legault était en
campagne électorale, et j'étais ici, au Québec. Et on était en rencontre avec
des gens de la francisation du ministère de l'Immigration et on nous avait...
on se rendait compte qu'il n'y avait pas de méthode d'enseignement du français québécois. Ça n'existait pas, hein, avant, Par ici ,
là. Alors, il y a... Maintenant, il y a Par ici et il y a notre méthode.
Et on s'est rendu compte qu'on a tous les deux créé ça en même temps sans se
parler.
Mais nous, ce qu'on a fait... Mon partenaire
d'affaires est un Brésilien qui est une sommité en enseignement du français
langue seconde. Alors, on a pris l'expérience de nos élèves, depuis 2006, qui
ont immigré au Québec et on a fait la liste des choses qui a été difficile pour
eux au niveau de l'intégration. Qu'est-ce que vous aviez besoin d'avoir? J'ai pris mon parcours à moi, de
Québécois qui est arrivé au Brésil il y a... en 2010, ça fait 13 ans.
Qu'est-ce que j'ai eu comme choc culturel? Et on a monté une méthode
dont l'objectif était clair.
On n'arrivera jamais... On a pris la grille de
l'échelle québécoise, ce qui doit être inclus dans chacun des niveaux, mais il a fallu faire des choix, parce
que... Devant l'urgence de la crise de la main-d'oeuvre, on s'est dit : Il
faut outiller des gens qui vont être en mesure d'aller occuper un poste
ou étudier, mais il va falloir faire des choix. Et c'est pour ça que, chez
nous, la méthode qu'on a mise, elle est spécifique à quelqu'un qui a besoin
d'aller travailler ou étudier. On... Et
ils... Il y a des choses qu'ils n'apprendront pas, mais qu'on s'est dit :
Une fois qu'ils sont dans un... dans un... dans une situation d'immersion, ça
se règle assez rapidement. Et c'est pour ça qu'on a une différence entre
les... C'est qu'à un moment donné il faut faire des choix : Ça, on le
laisse de côté parce qu'on a une urgence de franciser quelqu'un, parce qu'il
faut qu'il soit au Québec hier. C'est un peu ça.
Fréchette : D'accord. Bon, côté francisation, là, nous, on
essaie d'adapter notre offre. Francisation
Québec, ça va être notre bateau amiral pour, donc, toutes les mesures
d'apprentissage du français avec... en lien avec le gouvernement et nos
partenaires. Comme vous savez, là, on a des missions de recrutement
international, et, pour nous, bien, tous les
pays à la fois francophones et francotropes, donc, dont l'Amérique latine, sont
d'une grande importance pour la suite des choses, pour faire en sorte de
bien faire connaître le français aussi au sein du bassin des personnes
immigrantes.
Là, vous, dans l'orientation 1, vous
suggérez, en fait, qu'il y ait des bourses qui soient offertes, octroyées, des
bourses de 25 %, 50 % ou 75 %, pour que les personnes aient
davantage de la capacité financière. J'aimerais que vous me parliez un peu de
la mécanique, là, que vous verriez à établir autour de ces bourses-là, comment
est-ce que ça s'appliquerait, à quel moment est-ce qu'elles seraient octroyées.
Comment fonctionnerait, là, la mécanique de remboursement? Parce que... Est-ce
que ce serait au début ou à la fin? Et de quelle manière on pourrait s'assurer
que ça remplisse l'objectif souhaité?
M. Boire (Serge) : Je vous remercie
de la question. On a... Bon, on avait déjà commencé ça depuis plusieurs années
avec des entreprises privées, mais, depuis 2021, on a eu droit à des
bourses discrétionnaires du ministère des Relations internationales et de la
Francophonie. Donc, on est actuellement avec ce ministère-là dans des bourses
qui francisent exclusivement des infirmières.
Et ce qu'on s'est rendu compte au cours des
15 dernières années, c'est qu'il ne faut absolument pas donner une bourse
de 100 %. Il faut que chaque candidat sente un peu le poids, dans sa
poche, de son... de sa... de... une contribution financière. Mais il faut les
aider, parce que les salaires, en Amérique latine, et j'inclus le Brésil et
tous les pays qui sont là, sont trois à quatre fois moins chers... moins
élevés qu'ici, alors que le coût de la vie est similaire à ce qu'on vit ici.
Alors, imaginez-vous que... Quand je disais, un peu plus tôt... Pour une
infirmière qui décide de payer sa propre francisation, c'est le tiers ou le
quart de son salaire qu'elle passe là-dedans en ne sachant même pas si, au
final, elle va être appelée par Recrutement Santé Québec.
Alors, ce que nous, on propose, c'est :
Abaissons les exigences de l'entrevue d'embauche, allons... ouvrons la porte à
tous les talents qui sont disponibles, avec un interprète qu'on fournit chaque
fois, allons identifier qui nous intéresse,
et, quand cette personne-là est intéressante, c'est là qu'on lui fait une offre
de bourse en fonction de ses capacités. C'est pour ça qu'on dit
25 %, 50 %, 75 %, 85 %. Mais aidons-la au moment où... Et
ce que... Qu'est-ce qu'on fait en faisant ça? On lui tatoue la fleur de lys sur
la joue, là, un peu, parce qu'elle va voir que c'est vrai, c'est vrai que le
Québec a un intérêt pour moi, et il a un intérêt au point où il va participer
financièrement dans ma participation. Et nous,
à l'école, on voit... on voit l'intérêt de cette personne-là. Le sérieux
qu'elle met... pardon, dans sa francisation change complètement. C'est
un peu ça, l'idée.
Mme Fréchette : Merci. Dernier
sujet, pour ma part, là, que je voudrais aborder, c'est la régionalisation.
Vous savez qu'on a la volonté, là, d'accroître l'immigration primaire en
région, faire en sorte que les gens, d'entrée de
jeu, aillent s'établir en région. Dans quelle mesure est-ce que vous contribuez
à ça ou vous êtes en mesure de le faire, de contribuer à mieux faire
connaître les opportunités qui s'offrent en région, la diversité aussi et la
qualité de vie qu'on y... qu'on y retrouve?
M. Boire (Serge) : Ah! on le fait
déjà. J'aurais dû apporter une... des... quelques copies du livre pour que vous voyiez comment on a québécisé tout ça. Je
veux dire, toutes les régions sont présentes. On leur apprend comment... c'est
quoi, un trois et demie, comment louer un trois et demie. Nos salles de classe,
dans chacune de nos écoles, s'appellent le Saguenay, Montréal, Québec,
Trois-Rivières. Chacune de nos salles de classe a la photo de la région en question. Alors, entrer à l'École Québec de São
Paulo, de Rio de Janeiro, c'est entrer au Québec. Alors, ils savent déjà que
les régions existent. Quand c'est le moment des missions de recrutement avec Québec International, qui
est un de nos plus vieux partenaires, depuis 2008, ils savent déjà
que... Et ce n'est pas juste Montréal, Québec, au contraire.
Et je vous dirais que ceux qui veulent aller
étudier ont déjà bien compris qu'il fallait sortir des grands... des grands
centres. On leur explique qu'il faut... il faut sortir des grands centres,
qu'il faut aller en région. On a un élève, actuellement,
qui est à Saguenay, qui a réussi toutes les bourses. Il a réussi à obtenir
toutes les bourses de mérite, et tout ça. Il
étudie en... il étudie en soudure pour... et c'est un... c'est un technicien
naval. Alors, on a plusieurs élèves qui sont déjà un peu partout, étendus au Québec. Et ça fait partie, de toute
façon, de notre méthodologie d'enseignement. Ils sont très conscients
des régions du Québec.
Mme Fréchette : Et vous gardez ce
réseau actif.
M. Boire (Serge) : Tout à fait, tout
à fait.
Mme Fréchette : Excellent. Bien,
«obrigada».
M. Boire (Serge) : «De nada.»
Mme Fréchette : Mme la Présidente,
je vais laisser la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je vous ferai rajouter quelques villes dans
la circonscription des Plaines. Vous allez voir, c'est...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je me tourne maintenant du côté de la députée de Vimont. Il
reste 4 min 35 s.
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup
de votre... notamment vos témoignages. Et vous, vous semblez être un
formidable ambassadeur du Québec au Brésil.
M. Boire (Serge) : C'est... Oui,
bien, je...
Mme Schmaltz : C'est vraiment... En
tout cas, on le sent à travers... à travers vos propos.
M. Boire (Serge) : Je suis... Merci.
Mme Schmaltz : Je voudrais revenir
sur la question de la flexibilité des cours de francisation. Vous savez que
nous travaillons à franciser dans le milieu du travail, notamment, avec la
francisation sur les lieux du travail. On développe aussi un axe famille,
c'est-à-dire de franciser les tout-petits et, par extension, les parents. Donc,
c'est une façon aussi d'amener les gens à se franciser par le biais, parfois,
des enfants. Puis on sait que les enfants, bien, c'est des formidables éponges,
aussi, d'apprentissage.
En fait, je voulais voir un petit peu avec vous,
pensez-vous que cette façon de faire... Est-ce que c'est prometteur dans
l'intégration, cette façon de franciser, ces nouvelles façons? Parce qu'outre
l'axe familial on a aussi des ententes avec le ministère de la Famille pour
pouvoir ouvrir à proximité des garderies, des haltes-garderies, justement, pour
aider nos personnes immigrantes à se franciser dans... plus facilement, surtout
quand ils sont... quand ils ont des jeunes enfants. J'aimerais un petit peu vous
entendre là-dessus.
M. Boire (Serge) : Bien, écoutez,
nous, ce qu'on s'est rendu compte... Mais je vais laisser mes Brésiliens vous répondre, parce que je pense que c'est plus
pertinent de la part de leur bouche que de la mienne, mais, en 15 ans,
nous, ce qu'on s'est rendu compte, clairement, c'est que, dans un projet
d'immigration, on ne peut pas que franciser la personne qui va poser sa
candidature, et il faut inclure le conjoint. Et ça, c'est fondamental, parce
que tous les cas de gens qu'on a vus, qui sont arrivés au Québec, qui ont
occupé un poste et qui sont revenus au Brésil, ce sont ceux où le conjoint n'était pas francisé. Ça, c'est
clair, c'est limpide. Tu sais, on peut le... mettre du crayon jaune là-dessus.
Alors, nous, quand ils arrivent chez nous, on leur... on leur fait bien
comprendre ça, au point où l'école, même, va leur donner un rabais. On est...
Parce qu'on sait que ça ne fonctionnera pas si le conjoint n'est pas francisé.
Mme Schmaltz : ...franciser le
couple?
M. Boire (Serge) : On francise le
couple.
Mme Schmaltz : OK. D'accord.
M. Boire (Serge) : Oui. On a... on a
monté, depuis 10 ans, des forfaits avec des gros spéciaux. Je... Tu sais,
je ne suis pas un capitaliste, moi, madame, hein, on ne fait pas beaucoup de
profits chez nous. On le fait parce qu'on y croit. Je veux dire, vous me disiez
que j'étais un ambassadeur, mais j'y crois vraiment. J'ai... Je suis un ancien
journaliste qui a découvert l'enseignement du français en 2018... en 2010
et j'en ai fait une deuxième profession parce que j'y crois fondamentalement et
aussi parce que je crois exactement ce que le premier ministre disait au mois de mai. À partir du Brésil, on voyait... on voyait bien que
le problème que... auquel fait face le Québec, ce n'est plus le Canada anglais,
c'est nous-mêmes qui ne fait plus d'enfants, c'est... alors, que la solution
passe par l'immigration. Et ça, moi, je m'en suis rendu compte il y a
longtemps, en voyant ça de loin. Alors, ça explique la motivation.
Mais, en même temps,
pour revenir à votre question, pour ce qui est des enfants, je pense que c'est
un... c'est sûrement un plus, mais je ne sais pas si...
M. Ayub de
Oliveira (Victor) : Bon, je vais parler pour mon expérience. Je pense
que, les couples, venir franciser, ça aide énormément de... Avec mes
expériences, le monde qui... comme Serge a bien dit, qui n'a pas fonctionné, le
projet d'immigration, aussi à cause que leurs conjoints ou le conjoint n'a...
n'a pas été francisé.
Par contre, les
enfants, c'est comme connu que les enfants, comme vous avez bien dit, sont des
éponges. Donc, arrivés au Québec, sans aucun mot en français, ils absorbent
tellement. Et effectivement ils aident les parents à... vous devez parler comme
ça, pas comme ça, parce qu'ils ont... Vraiment, là, ils arrivent à un point
d'expérience du français extrêmement vite, beaucoup plus vite que les parents.
Par contre, l'arrivée
d'une personne, du couple, avec ou pas d'enfant, que les deux n'aient pas au
moins la connaissance du français, ça fait, permets-moi de dire... sans aucun
chiffre pour m'épauler, mais permets-moi de dire que ça fait beaucoup de monde
qui vont dire qu'ils préfèrent aller à Montréal parce qu'ils se débrouillent en
anglais. Je suis vraiment désolé, mais je
pense qu'aller en région il faut se dire que le couple doit savoir c'est quoi.
Au contraire, l'intégration est difficile.
J'ai vécu moi-même
une immigration où moi, j'étais plus francisé que ma conjointe. Son parcours
d'immigration n'était pas le même. On vient du même foyer. Et je me demande, à
ce moment-là, comment on peut aller en
région. C'est dans cette optique que je dis que j'ai eu la chance, dans mon
expérience, de passer par École Québec. Quand je suis arrivé à Québec, j'avais
beaucoup plus des nuances québécoises pour que mon intégration soit beaucoup
plus simple. Ma conjointe...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter. Malheureusement, je vous
arrête. Je vous ai laissé comme un petit peu continuer, mais on va poursuivre
la discussion. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, 12 min 23 s. La
parole est à vous, M. le député.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Merci pour votre présence. Merci à vous... à vous quatre,
surtout pour vous, faire... faire le voyage. J'ai lu votre lettre, et
rassurez-moi que... En fait, votre demande, c'est que vous voulez devenir
partenaire du MIFI.
M. Boire
(Serge) : Bien, en fait, on demande au gouvernement de se... de revoir
ce critère-là. Bien sûr qu'on veut devenir partenaire, parce que, oui, ça,
on...
M. Derraji : OK.
Oui. Vous êtes une institution privée.
M. Boire
(Serge) : Tout à fait.
M. Derraji : Privée,
donc, une compagnie incorporée.
M. Boire
(Serge) : Limitée.
M. Boire
(Serge) : Oui, oui.
M. Derraji : Limitée. OK. Limitée. Avec des actionnaires ou
partenaires? J'ai vu, vous... vous avez des associés.
M. Boire
(Serge) : Oui, deux actionnaires, moi et un Brésilien.
M. Derraji : Deux associés.
M. Boire
(Serge) : Oui.
M. Derraji : Les
sièges, vos sièges sont deux au Brésil. Vous avez...
M. Boire
(Serge) : Oui.
M. Derraji : Au
Québec, il n'y a... il n'y a pas...
M. Boire
(Serge) : Au Québec, on a... on a, avec NovAxis, une entente où on
partage des locaux, mais l'entreprise n'est pas encore créée, justement, parce
qu'on se dit : Est-ce qu'il faudra devenir un organisme à but non
lucratif? Et ça, on avait évalué ça avec le ministère, mais il semblerait que,
même si on faisait ça, ça... on nous disait que ce n'est pas possible. Alors,
on verra. Voilà.
M. Derraji : OK.
Parce que je veux juste comprendre un peu la formule que vous faites. Donc, une
entreprise incorporée au Brésil, et, au Québec, il n'y a pas de
structure.
M. Boire
(Serge) : Pour le moment, non.
M. Derraji :
Pour le moment.
M. Boire
(Serge) : Mais c'est une question de deux jours, là, pour régler
M. Derraji : Et aussi, au Québec, vous êtes sur la voie
d'incorporer une entreprise limitée, c'est ce que j'ai bien compris, une
entreprise...
M. Boire
(Serge) : En fait, la loi fonctionne de la sorte. Je me suis informé
au Registraire des entreprises. Je... On peut prendre École Québec au Brésil et
prendre l'institution, l'enregistrer au registraire et en faire une entité
québécoise.
M. Derraji : Une
entité québécoise privée aussi.
M. Boire
(Serge) : Oui, voilà.
M. Derraji : OK. Bon, là, j'ai compris. Merci beaucoup. Ça
facilite la tâche pour la suite. Ce que vous voulez, c'est qu'au Brésil le MIFI puisse reconnaître
votre école comme partenaire. Ça veut dire offrir des cours de francisation
et, bien entendu, permettre à ces élèves qui
choisissent le français, s'ils veulent venir au Québec, à avoir accès, bien
entendu, à toute la panoplie de services qu'on offre ici. Est-ce que
c'est ça, votre souhait aussi?
M. Boire
(Serge) : Bien, nos... Les élèves de l'École Québec, une fois qu'ils
arrivent au Québec, ils ont droit à la
francisation, comme tout le monde. Là où on trouve que ce n'est pas juste,
c'est que, comme on n'est pas un partenaire officiel du ministère de
l'Immigration, seuls les partenaires de les ministères... du ministère de
l'Immigration... Les élèves qui ont étudié,
par exemple, dans des Alliances françaises, comme ils sont partenaires,
ceux-là, en arrivant au Québec, peuvent demander un remboursement de
1 800 $ de leur francisation, alors que mes élèves qui étudient à
l'École Québec, qui vont investir de
l'argent de la même manière, arrivent au Québec et n'ont pas le droit parce que
l'École Québec n'est pas reconnue.
je vous dirais que ce que ça... Nous, je vais vous dire, monsieur, la
reconnaissance, là, en quelque part, on se reconnaît nous-mêmes. On sait
ce qu'on fait. La seule chose qu'on demande, c'est : Est-ce qu'on peut
avoir l'équité là-dedans? Parce qu'on est en
compétition, finalement, avec des institutions françaises qui n'enseignent
absolument rien du Québec, et nos élèves arrivent au Québec et n'ont pas
droit aux mêmes bénéfices que ceux qui ont étudié dans des institutions
françaises. C'est un peu ça.
M. Derraji : Et je le vois. Non, mais c'est très clair. C'est
pour cela que vous... Parce que je pense que l'essence même de votre
présence aujourd'hui en commission : Allô, on existe, on est privé, on
n'est pas OBNL, le ministère... le ministère ne veut pas travailler avec nous,
mais on existe, on veut qu'il travaille avec nous.
comble, c'est que, dans la page 11, vous présentez un tableau comparatif
qui explique très bien l'exagération des
coûts, si je peux dire «exagération de coûts», mais vous avez le droit de parler
de votre concurrent. Alliance française au Brésil, total,
6 511 $; École Québec, 3 454 $.
j'étais en train de réfléchir à l'histoire de l'infirmière qui voulait venir au
Québec et que c'est le un tiers de son salaire, et elle veut tout payer de ses
poches. Mais, venir au Québec, elle ne sait pas si elle va passer l'entrevue.
Elle va passer un test qui est fait en France, pas au Québec, et par la suite
elle va perdre tout son argent. Est-ce que j'ai bien résumé la situation?
M. Boire
(Serge) : C'est un... c'est un peu ça. Mais, en même temps, nous, ce
qu'on dit, c'est que ce n'est pas une
question de... ce n'est pas une question, présentement, de parti politique. Je
voudrais rappeler à tout le monde autour de la table que ça fait au
moins 25 ans que c'est comme ça, peu importent les partis qui se sont
succédé. Alors, ce n'est pas... Nous, on a
commencé en 2008 à... des discussions avec le ministère de l'Immigration
et on s'est fait toujours répéter la même chose : Écoutez, on est
des fonctionnaires, il y a un critère, puis nous, on doit... on doit le respecter. Alors, nous, notre présence ici
aujourd'hui, c'est vous mettre au fait de ce qui se passe, et à vous, maintenant,
de voir si tout ça fait du sens. À notre avis, ça ne fait pas de sens.
M. Derraji : Oui,
bien, je tiens juste à préciser que les questions, ce n'est pas... ce n'est pas
pour... parti ou pas parti politique. La question, c'est pour comprendre votre
modèle d'affaires. C'est vous...
M. Boire
(Serge) : Non, bien sûr, bien sûr, bien sûr, mais je pense que ça...
Oui.
M. Derraji : Bien, c'est vous qui mentionnez le parti. Moi, je
mentionne un fait. Le fait, il est le suivant, c'est qu'il y a Francisation Québec. Tout le monde a
misé sur Francisation Québec. C'est une plateforme que vous-mêmes, vous
saluez.
M. Boire (Serge) :
Oui, tout à fait. Oui, tout à fait.
M. Derraji : Et elle est ouverte,
ouverte à tout le monde.
Derraji : Oui. Je vais... J'aimerais bien vous entendre sur
les pays francotropes. Vous avez vu et suivi le débat. Pour un ancien
journaliste, je pense que c'est quelque chose que vous suivez de près. Qu'en
dites-vous, quand on dit qu'on va juste
cibler les pays francophones, la portion qu'on doit prendre par rapport aux
pays francotropes ou francophiles? Comment vous vous situez dans ce
débat?
M. Boire (Serge) : Bien, merci pour
la question, parce que c'est... Ça fait l'objet de ce que je disais un peu plus
tôt. C'est que, comme, peut-être, on ne savait pas qu'on existait, je vais oser
dire ça, puis qu'on a développé cette méthode-là, où on appelle ça du
recrutement proactif, hein, ce que j'ai expliqué un peu tout à l'heure, si on
abaisse nos critères au niveau des exigences du français pour l'entrevue
d'embauche, je ne crois pas qu'il faille s'en aller uniquement dans les pays
francophones, parce que, si on met 10 mois à franciser quelqu'un, c'est le
même temps que ça prend environ pour la
paperasse et tout le processus, alors, ce n'est plus une... ce n'est plus un
problème, on n'a... particulièrement
dans les pays latino-américains, qui ont une facilité d'apprendre le français
parce que, bon, le latin... c'est une
langue latine. On n'a plus d'obstacle, et ça nous permet d'avoir accès à tous
les candidats qui sont excellents.
Présentement, depuis des années, la façon dont
on fonctionne, c'est qu'on va accepter en entrevue seulement ceux qui ont appris le français. Ce n'est pas tous
les talents du monde, ça. On se prive du 95 % des meilleurs talents à
cause des exigences au niveau de
l'entrevue d'embauche. Et là les entreprises se retrouvent dans des missions de
recrutement où ils sont en guerre un
contre l'autre pour un candidat fantastique qui a le niveau de français au
moment de l'embauche, mais ils oublient qu'au moment de l'embauche, là, il ne
sera pas arrivé au Québec tout de suite. Il va arriver dans 10 mois,
dans un an. C'est le temps que j'ai
besoin, moi, pour le franciser. Alors, je pense qu'il faut juste revoir notre
approche, être un peu plus créatifs, et là je pense qu'on aura accès au
monde entier.
Derraji : Oui, mais, quand vous dites «créativité», ça veut
dire que... baisser les exigences en français au T1, dans le genre...
l'année 1, et que... permettre à ces candidats de suivre des cours de
francisation.
M. Boire (Serge) : Tout à fait,
c'est-à-dire... Parce que, là, je veux que ce soit clair, je suis tout à fait
d'accord avec les niveaux de français qu'on exige pour venir au Québec, hein?
Je dis même que, les infirmières, ici, on l'a... nous, on l'a élevé nous-mêmes.
On avait mis ça au niveau 8, et ils sont rendus au niveau 10, parce
qu'on les accompagne jusqu'au Québec, et on va revoir leurs feedbacks, et on...
ils sont... on s'est rendu compte que ce n'était pas suffisant. Ça prenait le
niveau 10. Ils parlent... Ils sont avec des patients, alors...
M. Derraji : Oui. J'aimerais...
j'aimerais vous entendre aussi sur le test, le test en français. Je ne sais pas
si vous avez suivi...
M. Boire (Serge) : Bien sûr.
M. Derraji : ...un peu ce qui se
passe, ce qui s'est passé aussi. Pensez-vous qu'on doit continuer à orchestrer
un test fait en France?
M. Boire (Serge) : Bien non, bien
sûr, bien sûr. Bien sûr que non. Nous, d'ailleurs, on est partenaire avec... on
a quelques contrats avec le ministère de l'Immigration, mais au niveau de
l'interprétation et du test des niveaux des
candidats. Par exemple, là, il y a une mission Québec... Journées Québec
Brésil au mois de novembre, il y en a une au Mexique. C'est nous qui a
reçu le contrat encore cette année de fournir des interprètes entre les
employeurs et les candidats. Donc, ce sont nos enseignants qui s'occupent de ce
lien-là pour être certains que la communication est fluide. Et on va aussi tester les niveaux des candidats que les
entreprises sont intéressées à avoir en entrevue pour dire à l'entreprise : Écoutez, c'est ça, son niveau
réel, hein? Parce qu'entre ce qu'ils disent et la réalité il y a souvent un
pont.
Alors, pour
répondre à votre question, c'est évident que nous, on ne trouve pas non plus
que c'est acceptable que tout ce qui a rapport au français québécois
soit encore fait à Paris.
M. Derraji : Oui. Dernière question,
dernière question. Vous dites : Créer un site national où les employeurs
eux-mêmes pourraient afficher des postes disponibles. Pourquoi? Vous pensez que
ça manque à la structure actuelle?
M. Boire (Serge) : Bien, nous, on
est toujours en mode recrutement, parce que, je l'expliquais un peu plus... un peu plus tôt, le gouvernement du Québec, Québec
International, Montréal International
n'ont pas de budget payant
pour faire la promotion du Québec. C'est nous qui le font, en tout cas, en
Amérique latine. Depuis des années, on prend de notre propre argent et on fait
découvrir le Québec, et c'est comme ça qu'on réussit à attirer des candidats
qui vont comprendre que, s'ils veulent aller au Québec, il faut qu'ils
apprennent le français.
Maintenant, un des outils qui nous permettrait
davantage d'attirer des candidats intéressants, c'est si on avait une banque,
un site qui permettrait à ces gens-là de voir qu'on ne fait pas juste dire
qu'il y a des emplois pour le dire. Il y en a, des
emplois. Ils sont disponibles. Ils sont là. Et ce serait... Si c'était possible
de créer une banque comme ça qui est
actualisée, ça permettrait à tous les candidats, même si on n'est pas en
mission de recrutement, de savoir quels sont les postes disponibles, et
qu'ils puissent poser leur candidature eux-mêmes aussi, directement.
M. Derraji : Merci
à vous.
M. Boire
(Serge) : Merci à vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
je passe la parole maintenant à la députée de Chomedey pour
2 min 7 s.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est tellement intéressant, vous écouter. C'est vraiment
différent sur tous les autres groupes qu'on
a écoutés à date. Et puis, vraiment, j'apprécie le fait que vous avez pensé à
aller ailleurs et franciser, mais en québécois. C'est beau, c'est beau,
entendre ça.
Moi aussi, je suis
immigrante, de longue date. Je suis venue avec mes parents, et puis mes parents
ne parlaient le français, mais mon père avait un contrat... pas un contrat,
mais il avait un emploi qui l'attendait. Quel est votre... Je sais que vous... pour vous, c'est important, la francisation
avant d'arriver, mais quelle est votre opinion pour ceux qui n'ont pas
le choix mais qui aimeraient arriver ici sans être francisés d'abord?
M. Boire
(Serge) : Est-ce qu'il y a quelqu'un qui aimerait... Parce que je
pense que, venant de leur...
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : ...c'est
difficile. Nous qui sommes déjà francisés, c'est un parcours difficile.
J'imagine, qu'ils arrivent sans français, c'est... C'est non, si je peux dire
ça, c'est non, parce que c'est... Comme mon
collègue a dit... Moi, j'ai fait la francisation avant d'arriver ici, mais mon
conjoint, il ne fait pas. Et notre processus,
c'est difficile au début, parce qu'on doit comprendre l'accent québécois en
plus et on a toute la responsabilité de
parler pour notre conjoint, de faire des choses, de l'intégrer, je parle pour
mon conjoint, et c'est une responsabilité énorme.
M. Boire
(Serge) : Ça crée des tensions aussi.
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : Oui.
Moi, ils m'intégraient aussi au milieu de travail. C'est difficile quand
même.
M. Ayub de
Oliveira (Victor) : Juste pour... si je peux prendre la parole, si
vous me permettez...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...imparti
à l'opposition est terminé, mais il reste quand même une dernière
portion d'échange avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
4 min 8 s. Le temps est à vous.
Cliche-Rivard : Merci. Je voulais juste être certain de bien
comprendre. Vos élèves arrivent ici avec la résidence ou avec un permis de
travail fermé?
M. Boire (Serge) : Avec un permis de
travail. Ça dépend. Ça peut être des temporaires, ça peut être... Bien, je vais
laisser... Michel.
M. Bertrand
(Michel) : Ça va être des permis de travail ouverts ou fermés.
M. Cliche-Rivard : Ok. Donc, il n'y a
personne qui est présélectionné, là, qui arrive directement avec la résidence permanente.
Vous n'avez pas ça dans votre bassin, non?
M. Bertrand
(Michel) : Non.
Cliche-Rivard : Parfait. Vous parlez, donc, que vous vous destinez à
un niveau de français, là, dans... aux
examens, mais, avec l'examen français, vous n'avez pas le choix, donc, votre
cursus doit nécessairement être influencé en vertu du test. Vous n'avez
comme pas le choix de les préparer à cet examen-là.
M. Boire (Serge) : Oui. On le fait au moment...
On n'a pas... On ne prend pas ça en compte dans notre matériel, mais on
a des sessions préparatoires au test, où, là, on les remplit d'audios de la
France.
Cliche-Rivard : OK. C'est quoi, la spécificité? C'est quoi, la
différence, vraiment?
M. Boire
(Serge) : Bien, il y a plusieurs expressions, il y a plusieurs, bon...
Et je pense que c'est un fait connu que ce n'est pas facile, même pour un
Québécois, de passer ce test-là. Alors, on essaie de faire tout ce qu'on peut pour les franciser, les européaniser au
moment du test, mais c'est... Bon, hein, on s'entend, c'est quand même une
incongruité qui devrait être réglée.
M. Cliche-Rivard :
Parce qu'on l'a dit, bon, ça fait longtemps que c'est ça. Moi, je pense que
ça se travaille. Mais c'est difficile quand
même à comprendre, à quel point cette langue-là ou... en tout cas, vous l'avez
dit, là, on... vous québécisez, là, à quel point c'est différent puis à
quel point, finalement, on pousse des gens vers une francisation qui n'est pas
du tout adaptée à notre réalité québécoise. Je veux dire, vous qui l'enseignez
sur le terrain... puis on n'a pas beaucoup de
temps, tu sais, mais j'aimerais ça, vraiment, que vous nous le fassiez sentir
ou comprendre, cette différence-là, à quel point c'est vraiment le jour
et la nuit.
M. Boire
(Serge) :
Bien, ce l'est. Et, je veux dire, on en parlait en
déjeunant ce matin, et elle me dit : Écoute, Serge, je suis arrivée
à Montréal, je comprenais tout parce que j'ai étudié à l'École Québec, puis là
je suis arrivée à Québec, je ne comprenais plus rien. Alors, juste un accent
différent d'une ville... Et je vous dirais que, si nous, on avait à se
spécialiser, il faudrait aller chercher l'accent bleuet, il faudrait prendre
tous les accents régionaux et les intégrer dans notre méthodologie, parce que,
même ça, on n'est pas...
Alors, imaginez quand ils sortent d'une alliance
française, où on parle le français européen. Même si on met dans une alliance française une méthodologie
québécoise, le professeur qui est là, il est européen et il parle de croissants
comme ça. Alors, ça ne donne rien quand on
arrive au Québec comme ça, hein? Mais c'est un peu ça. C'est un peu ça.
Mme Santos
Lanza Moura (Lucianna) :
J'ai découvri le Québec à travers École Québec.
C'est ça. Ma vie...
M. Cliche-Rivard :
...pas
avant ça?
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) :
Non, non, jamais. Et, si je peux dire une chose, c'est que j'ai fait
français à une autre école, mais je suis arrivée au niveau B2 quand j'ai
étudié à l'École Québec. Et j'ai fait le test de connaissance de français
québécois et j'ai réussi le niveau B2.
M. Cliche-Rivard :
Est-ce que
vous, vous remarquez ou vous frappez... il y a des échecs qui ne devraient pas
arriver? Est-ce que vous le voyez, ça, dans le sens où ils sont vraiment
meilleurs que ce que le papier va dire?
M. Boire
(Serge) :
Bien sûr, bien sûr, mais je vous dirais que,
sans... sans être revanchard, notre taux d'échec est très, très, très bas.
Cliche-Rivard :
Je comprends. Mais vous pouvez, donc, avec cette
expertise-là, constater qu'on perd des talents francophones qui sont...
M. Boire (Serge) : Tout à fait, tout
à fait. Tout à fait, oui. Et c'est un débat qui dure depuis trop longtemps, qui
dure depuis trop longtemps.
M. Cliche-Rivard :
Et qu'il
faut... Il faut le régler. En terminant, volonté d'expansion... Vous me parlez
beaucoup du Brésil, tant mieux. Vous avez dit que vous êtes en ligne. Mais une
École Québec ailleurs, c'est dans les plans?
M. Boire (Serge) : Oui, bien,
écoutez, moi, je vous disais tout à l'heure que je ne suis absolument pas un
capitaliste et un... Quand j'ai entendu le projet Francisation Québec, je me
disais qu'à un moment donné il faudrait peut-être qu'on se parle, parce que le
Québec a besoin, pour assurer son avenir linguistique, son avenir culturel, de
se doter de son propre service de francisation. Et, nous, je pense qu'on a fait
un très bon bout de chemin dans ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Merci beaucoup. Le temps est malheureusement épuisé.
Il me reste à vous souhaiter un bon dîner, peut-être une petite poutine ici,
dans la ville de Québec...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...oui, et vous... oui, des crottes de fromage, et
vous remercier pour l'apport à nos travaux. Merci beaucoup.
Alors, nous allons suspendre quelques instants,
le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 11 h 33)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc le Centre multiethnique de
Québec. Mesdames monsieur, bienvenue. Alors, vous allez disposer d'une période
de 10 minutes pour vous présenter et ensuite procéder à votre exposé. Nous
allons par la suite échanger avec les parlementaires. Le temps débute
maintenant.
Mme Battisti (Natacha) :
Merci
beaucoup. Bonjour. Est-ce que vous m'entendez bien? Je vais monter le ton, là, mais... Bonjour. Merci, Mme la Présidente,
de nous accueillir. Merci aussi à Mme Fréchette, la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, et distingués
députés. Merci de nous accueillir aujourd'hui et de cette belle invitation de
partager notre expertise aujourd'hui.
Je me
présente. Je suis Natacha Battisti, directrice générale du Centre multiethnique
de Québec et de ses habitations. Et je laisse mes collègues se
présenter.
M. Gorman
(Richard J.) :
Richard Gorman, président du conseil
d'administration du Centre multiethnique de Québec et des Habitations du
Centre multiethnique de Québec et, soit dit en passant, personne immigrante.
Lechaume (Aline) :
Bonjour. Aline Lechaume, professeure et chercheure
à l'Université Laval et collaboratrice, donc, avec le Centre
multiethnique.
Mme Battisti (Natacha) :
Donc,
aujourd'hui, le Centre multiethnique est un organisme communautaire autonome
qui réalise l'accueil et l'installation des nouveaux arrivants dans la ville de
Québec. Nous célébrons nos 65 ans en
2024, alors nous pouvons confirmer que l'organisme a atteint une maturité dans
l'expertise d'accueil et d'accompagnement pour les personnes
immigrantes.
De plus, en 2015, nous les... en 2015, les
Habitations du Centre multiethnique de Québec a vu le jour, et les
habitations... une mission complémentaire au Centre multiethnique et qui est
celui des hébergements temporaires et d'appartements aux nouveaux réfugiés. Le
Centre multiethnique et les Habitations du Centre multiethnique de Québec ont des financements distincts mais
assurent une complémentarité de services afin de bien soutenir les personnes
immigrantes.
Notre expertise est dans l'accueil et dans
l'accompagnement dès l'arrivée pour plus de 2 500 personnes par année. Sur ce nombre, nous aidons 308 personnes
réfugiées, 500 demandeurs d'asile et plus de 1 700 personnes qui
sont issues de la catégorie d'immigration économique, travailleurs
temporaires, étudiante et réunification familiale. Et le Centre multiethnique
emploie 65 personnes et les habitations, 10 personnes.
À la lecture de la planification, nous
comprenons les enjeux des deux paliers de gouvernement. Comme organisme
d'accueil et d'installation, nous sommes ici pour vous partager nos enjeux sur
le terrain et de bonifier, bien sûr, les processus avec vous.
Un élément
qui est essentiel pour aider les personnes immigrantes est un continuum de
services, une trajectoire coordonnée pour favoriser la complémentarité des
partenaires de proximité. Nous devons avoir une vision commune, une
force de travail complémentaire, car un seul organisme comme nous ne peut pas
soutenir tous les besoins.
Le CMQ reconnaît l'importance de l'amélioration
apportée aux mesures de francisation, salue les projets pilotes et les ajouts en interventions de proximité, par exemple, les
intervenants associés à la protection de la jeunesse. Cependant, les organismes
communautaires assument plusieurs actions sur le terrain pour soutenir la
continuité des services à la
clientèle lors de situations complexes, et ainsi nous surchargeons le
personnel, qui sont à bout de souffle. Le but est d'éviter un glissement des
personnes immigrantes vers un statut précaire et même vers l'itinérance.
Le Centre multiethnique de Québec cherche de
nouveaux fonds, soit par des fondations, afin d'arrondir son financement et de soutenir davantage les
personnes. Nous vous proposons cinq recommandations. M. Richard Gorman vous
présente la première.
M. Gorman
(Richard J.) :
C'est notre première recommandation dans notre
mémoire. Le Centre multiethnique de
Québec recommande au gouvernement de poursuivre l'engagement humanitaire du
Québec par l'accueil de personnes réfugiées,
en augmentant progressivement, à l'instar des autres catégories d'immigration,
les cibles pour les prochaines années. Le maintien, voire l'augmentation
des cibles en matière d'immigration humanitaire, quoique ne faisant pas l'objet
de la consultation, a des répercussions importantes sur les objectifs énumérés
dans le cahier de consultation.
La mobilisation des acteurs autour des défis
accompagnant l'intégration des réfugiés a permis de mettre en oeuvre des
initiatives et de développer des pratiques innovantes pouvant servir de modèle
de soutien à l'intégration pour l'ensemble des populations immigrantes sur le
territoire du Québec. L'accueil d'une masse critique de réfugiés pris en charge par l'État et autres personnes
ayant besoin d'une protection internationale permet d'assurer la pérennité
des organismes voués à l'accueil des
personnes immigrantes, comme le Centre multiethnique de Québec, permettant de
développer et de maintenir une expertise solide et durable en matière de
francisation, d'accompagnement psychosocial, d'insertion en emploi et
d'intégration à la société.
Toutefois,
afin d'atteindre les objectifs du gouvernement en matière de francisation et de
maintenir son autonomie de
planification de l'immigration, l'augmentation des cibles pour l'immigration
humanitaire ne devrait pas déplacer ni restreindre l'immigration de
personnes des autres catégories, et notamment des travailleurs qualifiés.
Et finalement il convient de souligner que la
majorité des personnes réfugiées, une fois passée une certaine période
d'adaptation, contribuent de façon importante à l'économie et à la société
québécoise.
Mme Battisti (Natacha) :
recommandation 2. Notre organisme participe à collaborer à plusieurs
projets de recherche. Nous constatons que la
discrimination et les préjugés ont refait surface depuis la pandémie.
Maintenant, la situation économique
stigmatise les mauvaises pratiques. Ici, je pense à certains propriétaires qui
refusent des logements aux réfugiés car ils n'ont
pas de crédit. Nous entendons encore des commentaires négatifs en lien avec des
personnes d'origine africaine ou des femmes portant le voile.
Tous les acteurs
doivent réfléchir à mettre en place un milieu de vie accueillant afin de
construire des liens, mettre en place... excusez, des liens entre tous les
citoyens et de briser les préjugés pour construire un premier lien. Une société, une ville accueillante devient
attractive si elle assure un vivre-ensemble dans une sécurité pour tous et pour
tous les citoyens qui désirent y collaborer.
Nous recommandons
aussi de travailler en concertation pour assurer une régionalisation
structurée, planifiée et au profit d'une intégration réussie. Le MIFI doit
assurer une collaboration entre les différents ministères pour créer des ponts et ainsi contribuer ensemble à la mise
en place de solutions. La régionalisation des personnes immigrantes est
une avenue enviable et viable si l'arrimage est structuré et concerté auprès
des partenaires de la communauté.
Actuellement, le
Centre multiethnique et le CIUSSS de la Capitale-Nationale travaillent ensemble
sur des plans d'intervention pour suivre des
situations complexes en lien avec des familles immigrantes. Parfois, nous
pouvons être six à 12 partenaires autour de la table lors de
situations, de cas complexes. Tout en respectant nos mandats et en partageant
les pratiques, nous arrivons à cheminer avec la famille et à faire vivre des
réussites. Il ne faut pas avoir peur de sortir de nos mandats, car toutes les
situations que nous... Nous rencontrons, à travers ces situations-là, toujours
des angles morts qui ne sont pas couverts par le biais de nos services
existants, mais le lien de confiance que nous créons avec nos partenaires nous
permet d'assurer, un certain temps, tous les services pour aider cette famille.
Ainsi, la mise sur
pied d'un comité structurant assure la continuité des services en alliance avec
le rôle des partenaires, tout en respectant l'expertise de tous. Aline va vous
parler de la quatrième recommandation.
Mme Lechaume
(Aline) :
Bien que la consultation porte sur l'immigration
permanente, nous souhaitons rappeler que, dans le système actuel, la grande
majorité des personnes qui obtiennent la résidence permanente ont eu auparavant un statut temporaire — des
demandeurs d'asile, des travailleurs temporaires, des étudiants internationaux.
Ces statuts temporaires sont tous à risque de précarisation, dans la mesure où
ils peuvent prendre fin et être perdus. La multiplication des statuts
temporaires et le caractère aléatoire des délais dans les processus et
certaines décisions contribuent à la précarité des trajectoires de ces
personnes.
pas être admissible ou encore être admissible mais ne pas avoir effectivement
accès, ce qui est notamment parfois
le cas en région, à des services d'accompagnement, même pour un simple
formulaire, à des services d'hébergement en cas de dénuement ou d'abus,
aux soins, à des services de garde, aux services juridiques, à la francisation,
à des conditions de travail décentes
fragilise les personnes, vulnérabilise leurs parcours et accroît les risques de
discrimination et de précarité à court, à moyen et à long terme.
Il y aurait donc
lieu, et cela constitue la quatrième recommandation du Centre multiethnique,
d'instaurer des processus plus clairs, plus simples, plus directs et plus
rapides afin de permettre aux personnes à statut précaire et aux organismes qui
les accompagnent de sécuriser leurs parcours, d'être considérés avec plus
d'humanité.
M. Gorman (Richard
J.) :
Et finalement le Centre multiethnique de Québec invite le
ministère à reconnaître les besoins des
organismes communautaires en octroyant une augmentation des financements et en
soutenant les initiatives régionales.
Le financement actuel
du MIFI nous permet d'accueillir des centaines de personnes par année.
Cependant, ce financement est souvent lié à des quotas ou des cibles par
catégorie des immigrants desservis, ce qui restreint notre capacité de servir
les nouveaux arrivants en fonction de leurs besoins et non pas de leurs profils
ou de leurs statuts migratoires. Un financement stable, durable et flexible des
organismes d'accueil des nouveaux arrivants favorise le maintien des ressources, le développement de l'expertise et la capacité
d'accueil nécessaires pour intégrer une population immigrante
grandissante tout en protégeant le tissu social et la langue française au
Québec.
Mme Battisti
(Natacha) :
Nous vous remercions de votre écoute et de votre
ouverture à la réalité que nous vivons et
que les gens vivent aussi dès leur arrivée. Et ce que nous voulons vous dire,
c'est que tout le monde, actuellement, qui arrive en ce moment, au
niveau des personnes immigrantes, désire vraiment s'impliquer et être une
société... s'impliquer dans notre société et de vouloir collaborer à... vous
l'avez vu tout à l'heure avec les gens, à être aussi des partenaires avec nous
pour pouvoir assurer l'intégration de ces personnes-là. Voilà.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup pour cette présentation.
On va donc entamer la période d'échange avec les parlementaires pour une
période de 15 min 48 s. Mme la ministre, le micro est à vous.
Fréchette :
Merci, Mme la Présidente. Bien, merci à vous trois,
merci à Mme Battisti, d'être présents parmi nous pour contribuer aux
échanges, à la réflexion collective que l'on tient.
J'ai eu le grand
plaisir d'aller visiter le Centre multiethnique, également la portion les
Habitations du Centre multiethnique. Donc, ça a été très inspirant. Et j'ai
fait de très belles rencontres, d'ailleurs, dont je garde un très vif souvenir.
Je voulais vous remercier d'agir comme mandataire du MIFI pour l'accueil des
réfugiés pris en charge par l'État. C'est un
travail précieux que vous faites, de grande importance, que je valorise
énormément. Donc, un grand merci pour votre engagement. Je sais que
c'est un engagement qui dépasse largement le 9 à 5 habituel et, pour ça,
je vous en remercie, parce que je sais que les personnes immigrantes sont entre
bonnes mains quand elles arrivent chez vous. Merci pour ça.
Je commencerais par un
petit commentaire sur un commentaire, en fait, que vous faites en page 8
dans le cahier de consultation. En fait,
vous notez que, notre cahier de consultation, il y a l'absence d'orientation
portant sur la lutte contre l'intolérance, la discrimination et le
racisme.
Donc, je
voulais simplement rappeler que, bien, le gouvernement est fort actif en ce
domaine-là, mais à travers des canaux distincts de celui du document de
consultation pour la commission parlementaire. Il y a notamment, bon... On fait en sorte de mettre en oeuvre les
recommandations, là, du rapport du Groupe d'action contre le racisme, intitulé
Le racisme au Québec : tolérance zéro . Donc, il y a une action en
ce sens-là. Il y a également 22 projets contre le racisme et les
discriminations qui sont financés par le PAC, le Programme d'appui aux
collectivités, donc, de notre ministère.
Puis il y a également 183 ententes en vigueur actuellement, dans le cadre
du PAC, qui permettent de financer des
projets puis des activités en lien avec cet objectif-là. Donc, pour vous dire
que, même si ce n'est pas clairement mis en lumière, là, dans le
document de consultation, il y a beaucoup de choses qui se font en parallèle.
Pour une première question, je vous amènerais à
la page 9. Vous recommandez de travailler en concertation afin d'assurer une régionalisation structurée et
planifiée au profit, donc, d'un processus d'intégration réussi. Qu'est-ce que vous entendez par «un processus et une
régionalisation structurés et planifiés»? Comment ça se traduit dans les faits,
sur la base de votre perspective?
Battisti (Natacha) :
Je vais commencer, puis, si Aline... si tu vois
des actions... Parce qu'on est sur des actions communes. De notre côté, l'ayant
vécu, je ne vous le cacherai pas, dans les dernières années, on a déjà
travaillé sur certains projets avec le ministère pour assumer sur le
terrain certaines actions. Alors, c'est d'avoir vraiment...
Puis là je vais le dire comme ça, nous, on est
sur le terrain davantage. Alors, à ce niveau-là, c'est vraiment de partir... Je
donne l'exemple qu'il y a eu des comités, avec le ministère de l'Immigration,
sur... la piste de solution sur les
logements. Dans les deux dernières années, il y a eu des comités de travail qui
se sont faits à partir des organismes terrain.
Le ministère a mis en place un comité avec une personne qui pouvait superviser
le comité, arriver avec des pistes de
solution à partir du terrain, et par la suite nous, on pouvait travailler avec
nos partenaires sur l'arrimage de certaines solutions.
Et on voit, par exemple, dans le comité de
travail sur le logement, qu'il y a des éléments qui devaient partir du
ministère de l'Immigration pour avoir soit des lettres de recommandation pour
amener au propriétaire, de faire comprendre c'est quoi, le... la vie réelle
d'un réfugié qui arrive des camps de réfugiés, diminuer les attentes par
rapport à cette solution. Et, quand on a cette porte d'entrée là avec le
propriétaire, quand on peut amener une lettre, alors là, sur le terrain, on peut travailler sur des comités par
secteur. Alors, il faut vraiment avoir une stratégie commune.
Puis, quand je nomme ça, je reviens sur un
projet pilote qu'on travaille, sur la régionalisation, où, depuis plus d'un an,
il y a un comité de travail. Et on part d'une vision du ministère, mais par la
suite on met à contribution les actions des partenaires associés. Ça n'empêche
pas qu'il y a des embûches, des enjeux transversaux, mais c'est vraiment dans l'esprit de vouloir, déjà en amont,
travailler sur les enjeux transversaux. Et le fait qu'on travaille,
exemple, avec le CIUSSS de... On travaille avec le CIUSSS de la
Capitale-Nationale, la Clinique santé des réfugiés. Il y a des solutions aussi
qui peuvent partir de d'autres secteurs, donc, de la santé, mais on s'arrime
avec eux aussi.
Et là on sort de nos mandats, mais qu'on voit
une stratégie commune. Il y a des actions qui doivent se faire, puis là je vais
recouper... de se faire des ponts entre les différents ministères. Et je pense
que c'est à ce niveau-là que ça devient important. Quand on parle d'une vision
concertée, c'est qu'il faut que ça parte aussi des autres partenaires associés
que vous côtoyez sur vos tables ministérielles, parce que l'enjeu de
l'immigration, c'est un enjeu, vous le savez,
transversal dans les différents volets, que ce soit le logement, que ce soit la
santé, que ce soit le service de garde. On a des projets, nous, sur la petite enfance. Puis ça fait des années
qu'on travaille sur la petite enfance. On est reconnus sur...
22 partenaires sur le terrain. Je demande au ministère de nous aider au
financement, mais je dois me tourner vers le ministère de la Famille.
Alors, ces enjeux-là, pour nous, il est réel.
C'est un enjeu réel. Alors, c'est là que je me... je nomme la vision concertée,
parce que, je l'ai vu, ça se fait, ça se passe réellement. Mais, quand on va se
soucier des différents défis que nous avons, ça devient important, sur le
terrain, d'avoir une vision commune, et assurément avec la ville aussi, parce qu'il y a une action... Même si vous parlez
du programme PAC, je suis tout à fait d'accord, mais il y a des choses
qui ne sont pas reliées nécessairement à tous les organismes sur le terrain.
Aline.
Mme Fréchette :
Merci.
Mme Battisti (Natacha) :
excusez, je ne veux pas prendre plus de temps.
Mme Fréchette :
Voulez-vous
compléter?