Health and Social Services — 29 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-05-29
Quebec — Committees
(Onze heures trente-six minutes)
Le Président (M. Morin) : Bonjour,
tout le monde. Comme nous avons quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des services sociaux
ouverte. Et, comme à l'habitude, vérifiez vos téléphones cellulaires,
car la sonnerie nous dérange en commission.
La commission est réunie ce matin afin de
procéder à des consultations particulières sur le projet de règles abrogeant la
disposition qui prohibe la vente, le service et la consommation de boissons
alcooliques à l'intérieur des aires de jeux.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, aucun remplacement.
Le Président (M. Morin) : Donc, ça
va bien, les gens de la commission sont tous là.
Ce matin, nous entendons les représentants de
Loto-Québec, mais, avant de débuter, je sais que nous avons discuté ici, en commission, de procéder à l'étape
des remarques préliminaires. Je suis donc prêt à entendre un
représentant du groupe parlementaire formant le gouvernement, dont Mme la
députée de Sainte-Rose, vice-présidente de cette commission. Mme la députée,
vous disposez d'un maximum de six minutes pour vos remarques
préliminaires.
Proulx : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, ça me fait plaisir de saluer mes collègues membres
de la commission et, bien sûr, de souhaiter la bienvenue à nos invités,
M. Bibeau et les personnes qui l'accompagnent.
Alors, j'ai
donc, en effet, quelques remarques préliminaires concernant le mandat de la
commission aujourd'hui. Créée en 1969 afin d'implanter une loterie
publique, on sait que Loto-Québec a diversifié ses activités au fil des ans. Aujourd'hui, en plus des loteries, Loto-Québec
exploite notamment quatre casinos, un réseau d'appareils de loterie
vidéo et un site de jeu en ligne.
contribution de Loto-Québec à l'activité économique est considérable. Je vous
rappelle, par exemple, qu'en 2012‑2013, les achats en biens et services
de Loto-Québec auprès d'entreprises en affaires au Québec ont totalisé 347 millions de dollars et que la société
verse aussi, à plus de 6 000 employés, plus de 425 millions en
salaires et avantages sociaux. En
plus de soustraire la population à l'offre de jeu illégale, l'intervention de
Loto-Québec contribue de façon importante au financement de l'ensemble
des services publics offerts aux Québécois.
Loto-Québec
verse 100 % de son bénéfice net au gouvernement en dividendes.
La société
participe également au financement de missions spécifiques de l'État dans
les domaines de l'action communautaire autonome, de l'aide aux aînés en perte d'autonomie et du jeu pathologique.
En 2011‑2012, ce sont 1,3 milliard de dollars qui ont été
versés au profit de la collectivité,
dont 1,2 milliard en dividendes. Or, le dividende versé par Loto-Québec
diminue constamment depuis le niveau de 1,5 milliard observé en 2005‑2006.
Depuis sa création, le défi de Loto-Québec
consiste à réaliser ses objectifs commerciaux tout en réduisant au minimum les effets néfastes du jeu sur la santé
publique. La capacité de Loto-Québec d'assumer son rôle dépendessentiellement de l'attraction que suscite son
offre de jeu sur la clientèle. Cette attraction ne devrait cependant pas
être excessive et créer des problèmes de
santé publique. Par conséquent, l'attraction des joueurs vers les jeux de Loto-Québec
s'effectue dans le respect rigoureux d'un ensemble de règles relatives à la
façon d'offrir ses jeux.
Le pouvoir
d'attraction de Loto-Québec doit cependant lui permettre de susciter l'intérêt
des Québécois en général et, plus particulièrement, de la clientèle
attirée par l'offre de jeu des juridictions limitrophes et des sites illégaux
non sécuritaires.
Or, l'analyse des données présentées dans les
enquêtes sur les habitudes de jeu de 2002 et de 2009 montre un déplacement des
dépenses de la population adulte des jeux de hasard et d'argent offerts par
Loto-Québec vers le jeu illégal. En 2009, le
poids relatif des dépenses de jeu à Loto-Québec était de 68 %
comparativement à près de 83 % en 2002. En parallèle, les Québécois
ont augmenté de 17 % à près de 32 % leur part dans le jeu illégal et
non étatisé. La tendance que l'on détecte de ces estimations est non équivoque.
La part relative des jeux qui ne sont pas offerts par Loto-Québec ne cesse d'augmenter.
À
titre
d'exemple, en ce qui concerne le jeu en ligne, il est estimé que les dépenses
de jeu des Québécois totalisent un
minimum de 100 millions de dollars par année, dont 30 millions de
dollars sur Espacejeux . Ça signifie donc qu'il y a plus de
70 millions de dollars qui sont dépensés chaque année sur des sites
illégaux. Chaque année, Loto-Québec déploie des efforts importants de mise en marché
pour canaliser les joueurs vers le jeu légal et reconquérir la clientèle
perdue au bénéfice d'autres juridictions et de sites illégaux.
Ces efforts
se sont notamment traduits par des investissements importants dans les casinos
d'État afin de les rendre comparables
à ceux des autres juridictions. Ainsi, à l'automne 2013, le Casino de Montréal
aura bénéficié d'investissements majeurs totalisant 306 millions de
dollars. Au Casino du Lac-Leamy, la revitalisation des installations amorcée à
l'automne 2012 permettra également d'accroître la qualité du service à la
clientèle; 50 millions de dollars y seront investis. À Mont-Tremblant, le casino achevé en 2009 accueille
maintenant plus de 500 000 visiteurs annuellement, dont environ 10 % proviennent de l'extérieur du
Québec. Il importe de rappeler ici, devant cette commission, que ces
projets avaient été approuvés sous l'ancien gouvernement. Celui-ci comprenait
alors, tout comme nous, l'importance de maintenir
la capacité d'attraction des casinos d'État. Pour les régions qui les
accueillent, les casinos d'État représentent des joyaux dans leur offre touristique. L'activité économique générée
par leur présence participe également au mieux-être des Québécois.
Plusieurs associations et regroupements de gens
d'affaires ont signifié leur appui au projet de modifications réglementaires et
souhaitent sensibiliser les parlementaires à l'importance d'y donner suite. Les
arguments qu'ils invoquent sont simples et vrais. Ils veulent que les casinos
continuent de contribuer au développement touristique et économique de leurs
régions. Au nombre de ceux-ci, on compte notamment la Chambre de commerce de
Charlevoix, Tourisme Charlevoix, Tourisme Mont-Tremblant, L'Office des congrès
et du tourisme du Grand Montréal, Tourisme Outaouais,
la Chambre de commerce de Gatineau, le professeur émérite de la Chaire de
tourisme Transat de l'UQAM, M. Michel
Arseneault, et la ville de Gatineau, dont le maire mentionne d'ailleurs que
permettre la consommation d'alcool dans
l'espace jeux assurera un meilleur positionnement du Casino du Lac-Leamy face à
ses concurrents directs que sont les casinos ontariens, qui ont cette
possibilité, d'autant que le gouvernement ontarien envisage l'implantation d'un
autre casino à Ottawa. Les touristes souhaitent retrouver, dans les casinos du
Québec, le même service que dans le reste du Canada et dans le reste du monde.
Je conclus, M. le Président. Derrière ces
regroupements et associations se trouvent des gens d'affaires qui prennent des risques, paient des salaires,
collectent des taxes et paient des impôts. J'ajoute à ces appuis celui de tous
les membres du conseil d'administration de
Loto-Québec. Notre point de vue est donc qu'il devrait être permis, à l'instar
de toutes les autres juridictions en Amérique du Nord, de vendre, de servir et
de consommer de l'alcool dans les aires de jeux des casinos du Québec.
Merci, M. le
Président, et il me fait plaisir de déposer la lettre d'appui signée par les
membres de la direction et du conseil d'administration de Loto-Québec.
Président (M. Morin) :
Est-ce qu'on accepte le dépôt? Oui? Merci, Mme la députée de Sainte-Rose. Je
suis prêt maintenant à reconnaître la personne responsable de l'opposition
officielle en la personne de M. le député de Jean-Talon. Vous avez
six minutes, mon cher monsieur.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Merci, M. le Président. C'est ce que nous
déplorons, M. le Président, on a un discours seulement économique. Jamais il n'a été parlé des personnes qui
pouvaient être atteintes par des problèmes de jeu et des problèmes d'alcool. La première raison pour
laquelle on va abolir ce règlement qui interdit la boisson... la
consommation de boissons alcooliques à l'intérieur des aires de jeux est tout
simplement une commande de 40 millions de dollars supplémentaires pour
Loto-Québec, et c'est ce que nous déplorons, M. le Président. Ils n'ont pas
pris d'avis au niveau de la santé publique, n'ont pas tenu compte également des
différents groupes qui ont à traiter ces gens. Et tous savent — et
c'est reconnu dans plusieurs études — qu'il
y a un risque important lorsqu'on combine l'alcool avec le jeu : ça
augmente la consommation au niveau du jeu et ça augmente la consommation au
niveau de l'alcool.
Moins de
1 % des gens ont une grande vulnérabilité, mais il y a d'autres groupes
également qui, sans dire que c'est des grands vulnérables, vont
consommer plus d'alcool et à ce moment-là vont jouer plus, donc ça va apporter multiples problèmes. Premier problème, au niveau
de l'individu : on les ancre encore plus dans leur problématique de
jeu et d'alcool. Deuxième problème, au
niveau de la famille : pour chaque personne qui a des problèmes de jeu, il
y a au moins cinq à six personnes qui sont atteintes — on
parle des conjoints, on parle des enfants, on parle des parents — donc
c'est un problème social qui se développe.
Et, oui, nous sommes pour un jeu responsable
mais limité. Le Québec, déjà, est un des endroits au monde où est-ce qu'il y a le moins de consommation au
niveau du jeu en termes de grands problèmes de société tout simplement
parce que nous avions établi une politique responsable de limiter, de voir qui
sont les gens très à risque et d'éviter qu'ils viennent au niveau du casino.
M. le
Président, ce que nous reprochons, c'est que la décision a été seulement
économique. Habituellement, lorsque le gouvernement prend une décision
aussi importante, il sollicite la Santé publique pour avoir un avis pour voir
les impacts et les conséquences. Dans ce cas-ci, peut-être qu'il y a eu des
études, mais il semblerait qu'elles sont non disponibles, et nous ne savons
même pas si les études existent.
Donc, M. le
Président, nous croyons que le ministre de la Santé et des Services sociaux, la
ministre déléguée aux Services
sociaux, n'ont pas joué leur rôle, n'ont pas joué leur rôle d'équilibrer la
position des usagers qui sont les plus vulnérables versus une position
qui est seulement économique.
Aujourd'hui, M. le Président, nous
allons commencer à entendre les différents groupes. Nous avons hâte de
savoir qu'est-ce qui va être dit. Nous allons avoir des gens qui vont être en
faveur de cette décision et des gens qui vont être en opposition avec cette
décision. Nous nous mettons en mode écoute, mais déjà je peux vous dire, M. le
Président : Nous regrettons énormément
que le gouvernement n'ait pas consulté les instances de la santé. Et également
notre rôle, en tant qu'opposition,
est de protéger, dans un premier temps, les plus vulnérables. Oui, pour le côté
économique, mais pas au détriment des personnes qui sont les plus à
risque. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Morin) : M. le député de Jean-Talon, merci. J'invite
maintenant la députée de Groulx… Je veux vous entendre. Vous avez trois
minutes. Oui, c'est ça.
Daneault : Merci, M. le Président. Alors, je suis heureuse d'être avec
vous aujourd'hui, justement, pour discuter
des décisions qui ont été prises quant à permettre l'alcool dans les aires de
jeux. Évidemment, on connaît bien la
réputation de Loto-Québec, qui est une société d'État, effectivement, qui est
florissante puis qui a... mais dont une grande proportion de ses revenus — il ne
faut pas l'oublier — provient
des Québécois. Alors, on se doit, avant de permettre
une telle politique, de regarder ce qui se fait et, en élus responsables, de
regarder aussi les impacts au niveau de la santé publique. Et ça fait 30 ans que le Québec a résisté à cette
tendance lourde d'offrir de l'alcool aux gens qui sont aux tables de jeu. Parce qu'il y a une raison pour
laquelle on a résisté autant d'années, c'est qu'on connaît très bien l'effet
pervers de l'alcool, même aux gens qui ne
souffrent pas... Ceux qui souffrent déjà d'une dépendance au jeu, on sait
qu'ils sont... c'est propice à en développer une deuxième, dont la
dépendance à l'alcool.
Mais, même chez les
consommateurs irréguliers, l'alcool affecte le comportement en diminuant le
niveau d'activité du cortex cérébral, les processus relatifs à la pensée se
font alors de façon désorganisée. Selon une étude de 1987, par les docteurs... un taux de 0,05 d'alcool dans le sang suffirait
à diminuer le niveau d'attention, à altérer le jugement et à désinhiber. Donc, l'alcool peut agir à deux
niveaux sur le jeu : en désinhibant le consommateur, l'alcool libère
l'individu de ses contraintes sociales et
financières, ce qui lui permet de parier plus qu'il ne serait prudent de le
faire; l'effet de l'alcool sur les facultés cognitives rend plus
probables les paris qui n'optimisent pas les chances de gains du joueur, ainsi,
dans ces paris imprudents, il est plus vraisemblable que le consommateur perde.
Alors, ces études-là
sont connues depuis bien des années. Je pense qu'on ne peut pas permettre l'autorisation
d'alcool dans les aires de jeux sans regarder cet aspect. Nous sommes des élus
et nous devons être responsables de protéger
la population. Et je pense qu'effectivement l'objectif du 40 millions, si
on est à 40 millions près, il y a des façons peut-être plus appropriées de le faire ailleurs
que de permettre l'alcool dans les aires de jeux sans se soucier de la
santé publique et sans se soucier du problème de codépendance qui peut exister
chez les joueurs pathologiques.
Alors,
évidemment, on est ici pour entendre tous les partis, autant ceux qui sont
favorables à cette mesure-là que ceux qui ne le seront pas, mais je
pense qu'on se doit, comme élus responsables, de prendre des décisions qui vont
au-delà d'une situation financière. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Morin) : Mme la députée de Groulx, vous avez entré dans le
temps de trois minutes. Bravo!
Daneault : Je m'en viens bonne.
Le Président (M.
Morin) : Nous allons maintenant débuter les auditions. M. Bibeau,
bonjour, bon matin. Et j'aimerais que vous présentiez les personnes qui vous
accompagnent, et vous avez 10 minutes pour nous exposer votre point de vue
là-dessus.
M. Bibeau
(Gérard) : Merci beaucoup, M. le Président, Mmes et MM. les députés.
Je suis accompagné aujourd'hui de M. Jean Royer, qui est le premier
vice-président et chef de l'exploitation à Loto-Québec, Mme Lynne Roiter,
qui est la secrétaire générale et la vice-présidente à la direction juridique,
et Mme Guylaine Rioux, qui est la vice-présidente au jeu responsable chez
Loto-Québec.
Donc,
merci de nous permettre d'être présents aujourd'hui. Nous pourrons vous
expliquer les raisons qui nous ont motivés à demander au gouvernement
une modification réglementaire pour permettre la consommation d'alcool dans les
aires de jeux de nos casinos.
Je vais d'abord vous
dresser un bref historique. En septembre 2010, le précédent gouvernement a
adopté la planification stratégique 2010‑2013
de Loto-Québec. Cette planification s'articule autour de trois grandes
orientations, soit de canaliser l'offre de
jeux de hasard et d'argent dans les circuits contrôlés, encadrer efficacement à
la consommation des jeux de hasard et d'argent et bien sûr accroître l'efficacité
et la performance globale de la société.
est clairement indiqué, dans ce document, que l'objectif de Loto-Québec est de
mettre de l'avant une offre qui est à la fois légale et compétitive. J'insiste
là-dessus : une offre qui est légale et compétitive. En effet, pour
remplir notre mandat, on doit proposer à nos
clients une expérience aussi bonne que celle de la concurrence, voire plus.
C'est un principe qui est vrai pour
nous et pour toute entreprise commerciale, et c'est d'autant plus nécessaire
que la compétition augmente sans cesse.
Notre concurrence a longtemps été
concentrée à Atlantic City, mais il y a maintenant des casinos en Ontario,
dans le Maine, dans le Connecticut, dans l'État de New York. Seulement, dans
l'État de New York, les revenus du jeu ont augmenté de 600 millions la
dernière année, de 2011 à 2012. Vous savez peut-être que les casinos canadiens
sont visités, en moyenne, par 25 % à
28 % de leur population adulte locale; aux États-Unis, c'est 32 %. Au
Québec, le taux est passé de 21 % en 2007 à 17 % dans les
dernières années. Chaque point de pourcentage équivaut à des revenus de
23 millions de dollars. La différence est énorme.
Pourtant,
les Québécois ne jouent pas moins qu'avant, loin de là. En effet, on estime que
les Québécois dépensent 42 millions
de dollars par année au racino de Rideau Carleton, à Ottawa, pour un chiffre
d'affaires de 150 millions, donc 42 millions. Dans le cas du
casino d'Akwesasne, les Québécois y jouent environ pour 10 millions par
année, environ 10 % de leurs revenus. Ces deux établissements sont nos
deux plus proches concurrents, mais on compte aujourd'hui 80 maisons de jeu à quelques heures de route de
Montréal. C'est six fois plus qu'il y a 20 ans. Le fait est qu'aujourd'hui,
en 2013, des Québécois peuvent consommer de l'alcool en jouant au black-jack ou
aux machines à sous, mais chez nos concurrents.
Cette montée de la
concurrence explique en
partie la tendance à la baisse de l'achalandage. L'autre
facteur est le cadre réglementaire entourant
l'offre de nos nouveaux produits. Jusqu'à tout récemment, pour offrir un
nouveau jeu de table, Loto-Québec devait aller chercher l'autorisation du
Conseil des ministres. Les autres, eux, pouvaient offrir rapidement et régulièrement des nouveaux jeux.
Dans le même sens, une nouvelle machine à sous devait être certifiée par
le laboratoire d'expertise judiciaire, qui se spécialise plutôt dans les
autopsies et les analyses d'ADN. Cette incapacité à renouveler adéquatement nos produits, jumelée à une concurrence plus
forte que jamais, a donc fait baisser l'achalandage. C'est pour arrêter
ça que le gouvernement précédent, appuyé de l'opposition officielle, a modifié
certaines mesures réglementaires et
législatives. Nous pouvons maintenant suivre le rythme et offrir, nous aussi,
les nouveautés que nos clients voient ailleurs. C'est un pas dans la
bonne direction, et il faut continuer.
Au-delà
du cadre réglementaire, il y a aussi nos établissements. La norme, dans
l'industrie, c'est de rénover nos casinos à tous les sept ans. Le projet
du bassin Peel était une façon de renouveler notre offre; son abandon n'a fait que retarder la rénovation du Casino de Montréal.
C'est ce qui explique que, dans les dernières années, nous avons fait des investissements majeurs pour rendre nos
casinos plus attrayants : à Montréal, c'est 305 millions qui ont été
investis; un chantier de 50 millions
qui est actuellement en cours au Casino du Lac-Leamy; Charlevoix et
Mont-Tremblant ont aussi eu droit à des améliorations. La fin des
travaux approche à Montréal. Nous avons dit au gouvernement qu'avec les
rénovations bientôt complétées et les nouvelles mesures, ça nous permettrait de
remettre 40 millions de dollars de plus en dividendes cette année et
70 millions l'an prochain.
Pour atteindre nos
objectifs financiers et augmenter le nombre de visiteurs, nous comptons sur
trois points : une meilleure expérience
pour les clients, ça inclut l'alcool, mais nous voulons surtout
offrir un produit qui se distingue notamment par l'utilisation du
multimédia, une meilleure expérience, donc, de la publicité aussi pour inciter
les gens à visiter leurs casinos et une bonne gestion des dépenses.
L'alcool, c'est une
mesure parmi les autres. Nous vendons de l'alcool dans nos bars et nos
restaurants depuis 20 ans. Ce n'est
rien de nouveau, nous avons une longue expérience en la matière. Partout en
Amérique — sauf
dans les aires de jeux des casinos de
Loto-Québec — le
jeu et l'alcool cohabitent. Serions-nous les seuls à voir un problème?
Il semble que oui. Serions-nous les seuls à être incapables de gérer la
cohabitation? La réponse est non.
je dirais même que Loto-Québec est particulièrement bien placée pour s'assurer
que le jeu reste un jeu en offrant à
ses clients un environnement qui est sécuritaire. En effet, nous avons
plusieurs mesures en place pour éviter les abus : tous nos employés
sur le plancher sont formés pour repérer les personnes qui sont à risque et
agir en conséquence, nos employés qui
servent de l'alcool suivent la formation Action Service de l'ITHQ et
d'Éduc'alcool. Attention! Il ne faut pas confondre consommation d'alcool
et abus d'alcool. De la même façon, le jeu n'est pas synonyme de jeu excessif.
Ces nuances sont importantes. Pour une personne qui n'est pas familière avec l'univers
des casinos, ne pas pouvoir prendre d'alcool
dans les aires de jeux peut être vu positivement, mais cette interdiction ne
répond pas aux exigences de nos
clients. Ils sont nombreux : 15 000 par jour à Montréal seulement.
Nos clients s'attendent à ce qu'on leur offre un environnement de jeu
concurrentiel, et aujourd'hui ça inclut de pouvoir prendre un verre en s'amusant.
Les modifications
demandées sont nécessaires et conformes au mandat exposé dans notre plan
stratégique 2010‑2013, soit mettre de l'avant une offre à la fois
légale et compétitive. Loto-Québec gère l'offre de jeu dans l'ordre et
la mesure. Nous appliquons nos principes de commercialisation responsable.
Notre engagement est indéniable.
Parlons
de certaines mesures dans nos casinos : nous ne faisons aucun crédit,
l'entrée est strictement interdite aux moins
de 18 ans, chacun de nos casinos compte un espace dédié à la prévention du
jeu excessif, les clients qui le souhaitent peuvent s'autoexclure de nos
casinos, tous les employés suivent un atelier sur le jeu pathologique et la
procédure à suivre en cas de détresse, des comités de vigilance sont aussi en
place. Plus récemment, nous avons créé une vice-présidence dédiée au jeu responsable. Elle s'assure que nous ayons les
meilleures pratiques du domaine dans toutes nos sphères d'activité. La gestion responsable de nos produits et activités
nous a permis d'avoir la plus haute distinction en jeu responsable décernée
par la World Lottery Association. Nos mesures ont été étudiées par un panel
indépendant d'experts internationaux.
M. le Président, pour
conclure, notre requête s'appuie sur ces constats : au Canada, ce sont les
Québécois qui dépensent le moins en jeux de hasard et d'argent; pour les
dépenses en casinos, les Québécois arrivent septièmes sur neuf; les études
scientifiques de 1996, 2002 et 2009 montrent que le taux de joueurs
problématiques est stable au Québec et parmi les plus bas au pays.
concurrence de nos casinos se multiplie. Loto-Québec doit réagir pour que son
offre reste compétitive. Les Québécois
ont délaissé nos casinos pour aller jouer en Ontario et aux États-Unis. Nos
casinos ont des mesures éprouvées pour éviter les dérapages. Notre personnel est
qualifié et adéquatement formé. Nous vendons de l'alcool depuis 20 ans.
Loto-Québec a toujours géré l'ensemble de ses activités de façon responsable.
Le gouvernement a déjà fait un pas en modernisant le cadre réglementaire de nos
casinos. Pour notre part, dans nos casinos, on est en train de renouveler les infrastructures et l'offre de jeu, et
maintenant nous devons ajuster cette offre à la réalité nord-américaine, tout
ça, M. le Président, dans le but
d'offrir un environnement qui est concurrentiel, nous permettant d'attirer une
nouvelle clientèle. Merci, M. le Président.
Président (M. Morin) :
Merci, M. Bibeau. Vous aussi, vous avez respecté le temps, donc bravo.
Maintenant, nous débutons les échanges. Je vous rappelle que le gouvernement a
22 minutes; l'opposition, 22; et la deuxième opposition, vous avez un beau
six minutes, chère madame. Donc, j'invite maintenant Mme la députée de Masson à
débuter cet échange.
Gadoury-Hamelin : Merci, M.
le Président. Bonjour, M. Bibeau, bonjour à toutes les personnes qui
vous accompagnent. Heureuse que vous soyez
ici ce matin pour nous expliquer en détail ce que… les enjeux et les
impacts que pourraient comporter, là, les changements que vous proposez.
Dans un
premier temps, on voit aussi, dans la documentation que vous nous avez fournie
et dans laquelle a été déposée votre
demande tout à l'heure, on voit qu'il y avait quand même un glissement, au
niveau des revenus des casinos, qui
était amorcé depuis un certain temps. Vous nous dites dans votre lettre que
c'était dans le but d'endiguer ce glissement-là que le gouvernement précédent
avait appuyé... de l'opposition officielle avait modifié certaines
mesures de réglementation et de législation
dans ce sens-là. Vous nous dites que c'était un premier pas dans la bonne
direction, mais que là on est rendus à une autre étape du processus
parce que le glissement s'accentue.
Alors,
pouvez-vous nous dire quelles étaient, à ce moment-là, les mesures
réglementaires et législatives qui avaient été mises en place, là, par
le précédent gouvernement pour vous aider, justement, à éviter, là, ce
glissement-là?
M. Bibeau (Gérard) : O.K. Comme j'ai
parlé un petit peu, là, dans ma présentation, un des règlements qui a été changé, c'est toute l'approbation de nos
différents jeux. Tu sais, notre clientèle qui vient chez nous, dans nos
casinos, ils aiment ça. Les gens s'amusent,
les gens connaissent les jeux, les gens connaissent la compétition. Donc, les
gens suivent le marché, donc sont intéressés à avoir les jeux. Puis,
quand ils ne les ont pas, bien, ils nous filent entre les mains, puis la
compétition est quand même plus proche qu'on pense. Donc, ils filent ailleurs.
Donc, une des
choses qui a été discutée avec le gouvernement à cette époque-là, c'est de
changer la réglementation pour nous
permettre de s'ajuster rapidement à la compétition. Notre réglementation nous
obligeait à se faire approuver par le centre de... Comment qu'on l'appelle
déjà?
M. Bibeau
(Gérard) : Le centre... le
laboratoire d'expertise, que je parlais, là, tout à l'heure. Là, il y avait un
certain délai à ce moment-là. Là, les gens... ça a été changé, puis l'approbation
est beaucoup plus rapide.
Ensuite de
ça, un autre exemple, je vous dirais, c'est toute la question, là, de... toute
la question, là, du jeu en ligne peut-être, toute la question du jeu en
ligne, où les gens jouaient énormément. Au niveau du jeu en ligne, il existait 2 000 sites illégaux. Notre clientèle avait
accès à tous ces sites-là, des centaines de millions nous filaient entre
les mains. La réglementation a été changée pour nous autoriser, pour
autoriser Loto-Québec aussi à offrir un jeu en ligne.
Donc, on a notre site, et les Québécois peuvent
jouer sur les sites de Loto-Québec. C'est peut-être quelques exemples.
Gadoury-Hamelin : O.K.
Merci. Il y avait aussi... Là, vous nous proposez... vous proposez au
gouvernement une augmentation du bénéfice, là, des casinos du Québec de
40 millions pour l'année financière 2013‑2014 et de 70 millions pour
l'année suivante.
Comme groupe
parlementaire, nous, le Parti québécois, c'est sûr qu'on a toujours défendu le
principe que les jeux de hasard et d'argent au Québec doivent demeurer
et doivent être exploités de façon responsable. Je pense qu'on l'a démontré.
Puis ça signifie aussi que toutes les mesures doivent être prises afin d'assurer
que les risques associés au jeu soient minimisés autant que possible.
On sait aussi que Loto-Québec a reçu, en 2012,
pour une deuxième fois consécutive, le plus haut niveau de certification
internationale en matière de jeu responsable de la World Lottery Association,
qui est le niveau 4, qui semble être quand
même un niveau très, très intéressant. Donc, pour atteindre ce niveau de
certification, qui est une forme un
peu ISO, nous comprenons que Loto-Québec a démontré qu'elle intégrait ses
activités quotidiennes aux sept principes du jeu responsable. En augmentant les bénéfices nets de la Société des
casinos du Québec, j'aimerais savoir si vous remettez en cause toute
cette dimension-là au sein des casinos du Québec.
Le Président (M. Morin) : M. Bibeau.
M. Bibeau (Gérard) : Merci beaucoup.
Donc, à la question bien précise, c'est sûr que non. C'est sûr que non. Je vais
m'expliquer là-dessus. On ne remettra jamais ces principes-là, tout ce qui a
été acquis… On va continuer toujours d'être
très actifs dans ce domaine-là. Je vais vous expliquer ce qu'on fait puis
qu'est-ce qu'on va continuer à faire. Je pense que c'est très important
que ça soit connu.
D'abord,
je vous parlerais peut-être de l'alcool, O.K.? Il y a une association, au
Canada, qui s'appelle la Canadian Responsible Gambling Council. Bon. C'est
canadien. C'est bien sûr que c'est dans notre milieu. On a eu des discussions récemment avec ces gens-là, avec
le Dr Jon Kelly, qui est le directeur. Concernant l'alcool sur les aires
de jeu, de façon précise, il nous dit par
écrit que l'alcool dans les aires de jeu versus pas d'alcool dans les aires de
jeu, ce n'est pas ça, la question. La
vraie question qu'il faut se poser, c'est la gestion responsable de l'alcool. À
titre d'exemple, il nous dit : Est-ce que les employés ont reçu des
instructions claires sur comment intervenir auprès de nos clients qui
démontrent des signes d'intoxication? Est-ce que les clients intoxiqués peuvent
jouer? Est-ce que l'alcool est servi gratuitement?
Est-ce que les employés qui servent l'alcool ont reçu une formation appropriée,
etc.? Le genre de questions qu'il
faut se poser. Nous, c'est là-dedans qu'on se situe au niveau de la prévention,
puis on est très fiers, comme je vous dis, de qu'est-ce qu'on fait.
vous donne des exemples plus précis concernant l'alcool, pour vous expliquer
comment ça fonctionne dans nos casinos.
D'abord, quelqu'un qui arrive chez nous, qui semble être intoxiqué par
l'alcool, première chose, il ne rentre pas, il est interdit tout de suite en rentrant, il n'a pas la chance de
rentrer dans notre casino. C'est sûr, là, qu'il faut le voir, il faut le détecter, là, mais il ne rentre pas dans
notre casino. Un coup à l'intérieur de notre casino, il y a toute une
panoplie de mesures pour détecter les gens qui peuvent avoir une problématique
d'alcool, puis on intervient. Juste au Casino de Montréal, il y a 5 millions de visiteurs par année, au Casino de
Montréal. On a relevé, l'an passé, 306 incidents qui étaient reliés à
des personnes intoxiquées. Pour 55 de ces incidents, l'accès du visiteur a été
refusé dès l'entrée au casino. Les autres, ça s'est passé à l'intérieur.
Pour
mieux vous permettre de comprendre notre intervention, je vais vous donner des
exemples très précis. Je vais vous en donner deux. Par exemple, un
client intoxiqué joue à une table. Il est détecté par nos employés. Un agent de
sécurité est appelé sur les lieux. Il
rencontre le client. On lui demande de passer un alcotest. Le client accepte de
passer l'alcotest. Finalement, le client
échoue à l'alcotest. Il est invité à sortir du casino. Bien sûr, sa sortie est
aussi importante pour nous autres. Le client quitte en autobus. Jamais
on ne l'aurait laissé partir avec son auto.
autre, un client intoxiqué refuse de quitter en taxi, ou service de
raccompagnement, ou encore en autobus. On a carrément appelé la police, qui est venue sur les lieux, qui a réglé
la situation. Je vais vous faire grâce, là, des 250 autres interventions
qui ont eu lieu, juste vous dire qu'on prend vraiment les moyens pour
identifier les clients qui sont en état
d'ébriété, puis s'assurer qu'ils quittent l'établissement en toute sécurité.
Puis, quand on a des problèmes qui sont un petit peu plus graves, on a aussi une ligne de... un service de première
ligne avec La Maison Jean Lapointe. S'il y a des problèmes qui se
pointent, sérieux, il y a des gens qui sont en disponibilité 24 heures sur 24,
sept jours par semaine, à qui on va faire appel.
D'autres exemples de
notre programme au niveau du jeu responsable. On a été les premiers en Amérique
à avoir un programme d'auto-exclusion. Ça,
c'est des joueurs qui ont des problèmes, qui, après être conscientisés, se
retirent complètement. Ça peut être de trois
mois jusqu'à cinq ans, l'auto-exclusion. Tu ne peux pas révoquer ça. On a eu,
juste l'an dernier, 1 500 contrats
d'auto-exclusion qui ont été signés. Actuellement, on en a 5 200 qui sont
en vigueur. Il faut tout l'appliquer.
C'est quand même quelque chose à appliquer, des contrats d'auto-exclusion. On a
la reconnaissance, là, des plaques
d'immatriculation, nos agents aussi sont formés pour détecter les gens, là, via
la surveillance par caméra. On a eu plus de 6 000 repérages juste l'an
passé, des gens qui étaient auto-exclus qui essayaient de se présenter au
casino, qu'on a bloqués là-dessus.
a des comités de vigilance. C'est important, un comité de vigilance… Parce que
je parle des gens auto-exclus, mais le comité de vigilance, c'est un
peu... C'est un peu récent, nous autres, chez nous, c'est depuis 2011 que c'est
en application. C'est des gens de l'interne,
de nos casinos, qui sont dans un comité où ils peuvent voir quelqu'un qui
a une problématique de jeu, d'alcool ou de quoi que ce soit, qui a une
problématique, et on se donne le pouvoir d'exclure complètement le joueur de notre casino. Tu sais, on dit : C'est
notre casino, on est chez nous, à notre casino, on laisse jouer les gens avec qui on veut jouer, et tu ne
peux pas jouer si on ne veut pas te laisser jouer. Donc, on surveille les
gens qui ont une problématique, puis ils
peuvent être retirés du casino. C'est sûr qu'on fait ça correctement. C'est sûr
qu'on est en lien avec différents organismes qui nous aident à prendre ces
personnes en charge puis tout ça, puis ces gens-là essaient de faire comprendre au joueur de s'auto-exclure puis de suivre
des programmes pour s'en sortir. Mais, même si le joueur refuse, nous, on a le pouvoir de dire : Tu es exclu de
nos casinos, et on le fait. C'est quand même une mesure qui est quand
même importante.
a aussi ce qu'on appelle les chaînes d'entraide. Ça, c'est tout notre service
qu'on a, de première ligne, de gestion de crise. On fait ça avec les
agences de santé et services sociaux de Montréal, de l'Outaouais,
Capitale-Nationale, de Québec, les organismes communautaires, dont La Maison
Jean Lapointe, le Centre de crise 24/7, gestion Génésis, CSSS des Sommets. Tous les employés qui sont sur
les aires de jeu sont formés là-dedans pour appliquer cette fameuse chaîne d'entraide. On a des ateliers de
sensibilisation sur le jeu problématique. Tous nos employés... Même moi, j'ai
suivi ce cours-là, un cours de trois heures. Ensuite de ça, on a des ateliers d'intervention
de crise, pour certaines personnes dans nos casinos, par exemple, les
infirmières, les agents de sécurité qui doivent agir. Bon, différentes
choses : des bornes interactives, les
centres de hasard qu'on a dans nos casinos. On a un site Web sur les
problématiques de jeu. Vous avez vu,
ce printemps, on a fait une campagne nationale de publicité concernant la
prévention, pour expliquer aux gens que c'est toujours le hasard qui
décide, tu ne peux pas contrôler la machine, c'est du hasard, donc les
sensibiliser. On n'a aucun crédit. Les 18 ans et moins sont interdits.
Franchement,
on fait un gros travail au niveau de la gestion responsable. Je vous dirais que
ça nous démarque. On est une société
d'État, on prend ça extrêmement au sérieux. Donc, peut-être ça pourrait faire
le tour, puis on est très fiers de faire ces choses-là, puis on est
toujours prêts à s'améliorer. On regarde toujours les situations, et on s'améliore
toujours, puis on va continuer dans ce sens-là.
Gadoury-Hamelin : Donc, vous
dites que vous avez des ententes avec des organismes. Vous dites aussi que l'alcool est présent au casino, c'est juste
qu'il n'est pas dans l'aire de jeu. Ça serait la différence. Donc, si vous
parlez de gestion responsable envers la
clientèle, vous allez impliquer cette nouvelle dimension là de l'alcool,
j'imagine, dans vos procédures. Vous avez sûrement songé à ça jusqu'à
maintenant.
M. Bibeau (Gérard) : Exactement.
Comme vous le dites, l'alcool est présent dans nos casinos depuis le tout début. Depuis 20 ans, on a de l'alcool dans nos
casinos, les gens peuvent boire dans nos restaurants, les gens peuvent
boire dans nos bars. Ce n'est pas gratuit,
tu paies, les prix sont compétitifs, puis nos bars, là, il y en a plusieurs, bars,
là. On ne les a pas isolés, on ne les
a pas cachés. Les bars sont là, là. On peut avoir un bar, puis tu fais 10 pieds
puis tu es rendu dans l'aire de jeu,
là. C'est ça, la réalité, là, dans un casino : tu fais 10 pieds puis tu es
rendu dans ton aire de jeu. Là, la personne va pouvoir être dans son aire de jeu puis commander une consommation et
la prendre tout simplement, là, en jouant, ce qu'il ne pouvait pas faire
avant. C'est ça, la différence.
Là, nous autres, ça change, bien sûr, l'organisation,
là, interne. On va avoir beaucoup plus de gens qui vont être sur le terrain,
qui vont travailler au niveau de l'alcool. Avant ça, nos serveurs, bien, ils
fournissaient le café, ils fournissaient les
jus, ils fournissaient de la liqueur, tout ça. Là, ils vont fournir de
l'alcool. Il va y avoir encore tout ça, mais ça va être juste à côté, on
va avoir un petit système, là, pour ces choses-là. Mais nos gens vont être plus
près de l'action, si on veut, nos serveurs.
Tous ces
gens-là, c'est nos yeux, c'est nos oreilles. Ils vont servir les choses, ils
vont détecter puis ils vont appliquer les
moyens que je vous dis. Parce que tout l'enjeu est là, il faut les détecter,
là. On n'est pas parfaits, mais il faut les détecter, il faut voir puis
agir surtout. Tu sais, je vous ai montré, ce n'est pas juste de la prévention
qu'on fait, on a aussi les moyens de
l'appliquer, notre prévention. Ça, c'est important. Ça, c'est important. Faire
juste des beaux programmes de prévention puis ne pas les appliquer… Là,
ça va nous... on l'applique puis on va avoir encore plus de moyens pour l'appliquer
puis surveiller les gens qui ont des problèmes d'intoxication.
Mme Gadoury-Hamelin : Merci.
Le Président (M. Morin) : Mme la
députée de Sainte-Rose, vous voulez intervenir? Allez-y.
Mme Proulx : Merci, M. le Président.
M. Bibeau, vous nous avez indiqué, dans votre présentation, que le précédent gouvernement a autorisé formellement, en
fait, votre planification stratégique dans laquelle il était clairement indiqué que l'objectif de Loto-Québec est de
mettre de l'avant une offre à la fois légale et compétitive. Je comprends
aussi que ce principe-là s'est matérialisé
par une série d'autorisations du précédent gouvernement qui vous a permis
d'être plus compétitifs. Je constate
que c'est d'ailleurs dans ce cadre-là que le précédent gouvernement vous a
autorisés à opérer un site de jeu en ligne, et ce, malgré l'opposition
des 18 directions de santé publique.
Étant donné
que cette activité de jeu en ligne se fait à domicile, sans aucun contrôle, y
compris sur la consommation d'alcool,
j'aimerais ça que vous nous indiquiez quel a été le processus d'approbation
suivi sous l'ancien gouvernement, de façon à pouvoir offrir des jeux sur
Internet.
Le Président (M. Morin) : M. Bibeau.
M. Bibeau (Gérard) : Merci. Écoutez,
à notre connaissance, je vous dirais que c'est exactement le même processus qui
a été suivi dans les deux cas, autant pour le jeu Internet que pour l'alcool
dans les aires de jeu, puis je vous dirais
aussi que c'est exactement le même raisonnement, le même mode décisionnel que
les deux gouvernements ont appliqué, et je m'explique… je m'explique
là-dessus.
Les deux
gouvernements ont pris des décisions pour canaliser — nous autres, on appelle ça de même dans
notre jargon — le
jeu. Il faut que les gens qui décident de jouer, les Québécois qui veulent
jouer, jouent au Québec, le plus possible en tout cas. Avec le jeu Internet, la
problématique, c'était quoi? Des sites, il y en a partout, il y en a
2 000, accessibles dans les maisons. Tout le monde ont accès à ça. Nous,
on n'avait pas de site Internet, on n'était pas là. Notre job, c'est d'abord de le canaliser. Canaliser, ça veut dire au
moins l'offrir, avoir la possibilité. Donc, le gouvernement nous a
autorisés à offrir un site Internet qui était... pour qu'on soit légal puis qu'on
soit aussi compétitif. C'est le même raisonnement pour l'alcool.
Comme je vous disais tout à l'heure, notre
problématique, c'est que notre clientèle diminue dans nos casinos. Sauf que les Québécois ne diminuent pas, eux, de
jouer. Ils vont jouer ailleurs. J'ai donné des exemples tout à l'heure, plus précis, concernant deux casinos, hein? Il y
en a d'autres, on pourrait parler de Las Vegas aussi, on pourrait parler
de bien des choses. Les Québécois continuent à jouer. Ils délaissent nos
casinos, et une des raisons pourquoi qu'ils les délaissent, l'alcool est un
facteur. Mais c'en est un. Ça nous est demandé régulièrement.
Donc, c'est
pour ça qu'on a demandé au gouvernement de modifier la réglementation, pour
nous permettre de vendre de l'alcool dans les aires de jeu. Donc, c'est
une demande. Effectivement, on n'a pas... à notre connaissance, les directeurs
de santé publique n'ont pas été consultés au niveau d'Internet. C'est venu par
après dans le processus réglementaire, avec
la prépublication puis toutes ces choses-là, comme actuellement où le règlement
a été prépublié, les gens font les
commentaires. Ça semble être le processus, là, habituel, donc c'est la même
chose. À ce moment-là, le ministre des Finances de l'époque, quand les
directeurs de santé publique ont réagi...
M. Bibeau
(Gérard) : Comment?
Le Président (M. Morin) : Est-ce que
vous avez terminé, M. Bibeau?
M. Bibeau (Gérard) : Non, non, non.
Le Président (M. Morin) : O.K.
Allez.
M. Bibeau
(Gérard) : Une petite
gorgée. Le ministre des Finances a tout simplement dit que les directeurs
de santé publique faisaient leur travail,
puis soulevaient les inquiétudes, puis tout ça, puis il a rappelé le
pourcentage, là, de joueurs qui ont
des problématiques, des choses du genre, là. Puis il y a plusieurs personnes, à
ce moment-là, qui s'étaient opposées, comme ça se passe aujourd'hui.
Je vous dirais qu'à notre connaissance c'est la
même histoire qui se répète, là, de A à Z. C'est ce qu'on peut comprendre.
Le Président (M. Morin) : Oui, Mme
la députée de Sainte-Rose.
Proulx : Oui. J'aurais... En
fait, suite à ce que vous dites, en termes d'encadrement et de contrôle, est-ce
que vous diriez que vous pouvez offrir un
meilleur encadrement et contrôle auprès des joueurs dans les casinos
comparativement aux joueurs en ligne? Quelles sont... Est-ce qu'il y a des
mesures de contrôle pour... par rapport à l'avènement du jeu pathologique avec
des joueurs en ligne? Et comment on peut les encadrer comparativement aux
personnes qui sont sur place, dans les casinos?
Le Président (M. Morin) : M. Bibeau,
vous avez deux minutes.
M. Bibeau
(Gérard) : Deux minutes,
O.K. Donc, rapidement, juste la question... On est présents dans nos
casinos. Notre joueur est là; nous, on est là, on voit, on fait agir, on a
plein de moyens de prévention, on peut sortir les gens, on peut les exclure,
tout ce que je vous ai expliqué tout à l'heure. Une question physique d'abord.
Internet, ce
n'est pas physique. On a plein de moyens de prévention qu'on a pris, là, sur
notre site Internet. On est, encore une fois, ce qu'il y a de mieux.
Quand on se compare mondialement, c'est ce qu'il y a de mieux sur notre site Internet, mais on n'est pas présents quand même,
là. On n'est pas présents, on fait ce qu'on peut là-dedans. C'est sûr
que ce n'est pas aussi efficace, par exemple, que dans nos casinos.
Le Président (M. Morin) : Mme la
députée de Sainte-Rose, vous avez une autre question?
Proulx : Oui. En conclusion,
je sais qu'il ne nous reste pas grand temps, mais j'aimerais ça que vous
nous parliez, d'après vous... que vous voyez
votre clientèle tous les jours dans les casinos, et je vais vous dire la
perception que moi, j'ai de la clientèle qui
va dans les casinos. C'est des gens qui vont là par loisir. Est-ce que c'est
massivement des gens qui ont une
problématique de jeu, qui ont un problème d'alcool qui vont dans les casinos ou
si ce n'est pas des autobus de retraités qui veulent avoir un loisir
intéressant, des gens qui vont là avec des amis pour passer une soirée
agréable? C'est quoi votre perception de la clientèle que vous avez dans les
casinos?
Le Président (M. Morin) :
40 secondes, M. Bibeau.
M. Bibeau
(Gérard) : C'est sûr que la
majorité des gens qui viennent chez nous, là, n'ont pas de problématique
de jeu, là. Je pense, les statistiques, on les connaît, là, c'est moins de
1 % qui ont des problématiques de jeu. Donc, on a au moins 99 % qui n'ont pas de problématique. C'est des gens qui
viennent là pour s'amuser, pour se désennuyer. Ils aiment le jeu, ils aiment jouer aux cartes, viennent
jouer aux machines à sous, ils aiment les spectacles, avoir du plaisir.
C'est ça qu'on voit dans nos casinos puis dans les casinos du monde entier.
Le Président (M. Morin) : M. Bibeau,
merci beaucoup. Le temps étant écoulé, on vous remercie pour votre
présentation. Merci d'être là, Mme Roiter, Dr Rioux et M. Royer... oups. Ah,
oui! Excusez, là, j'étais trop d'avance, je voulais m'en aller, moi, là.
Le Président (M. Morin) : Allez-y,
M. le député de Jean-Talon. Je m'excuse.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Merci, M.
le Président. Puis il faut toujours entendre l'autre côté de la médaille.
Le Président (M. Morin) : Ah, oui!
Je suis d'accord avec vous.
M. Bolduc
(Jean-Talon) : Ce serait
bien important. Bonjour, M. Bibeau et les gens qui accompagnent, M.
Royer, qu'on a déjà eu l'occasion de travailler quelques dossiers ensemble. D'ailleurs,
premièrement, là, je veux féliciter Loto-Québec, qui est une organisation de très
haute qualité, qui a toujours pris ses responsabilités. Et, si, au Québec,
on a un aussi bas taux de gens qui sont des joueurs, je dirais, qui exagèrent
au niveau du jeu, c'est définitivement parce qu'il y a eu des politiques qui
ont été mises en place puis qu'il y a une surveillance.
Sauf quelques exceptions, presque tous
reconnaissent que le jeu fait
partie de notre société et que d'avoir du jeu
responsable, c'est acceptable. Également, tous reconnaissent que le
gouvernement, en s'impliquant, souvent va réussir à faire un meilleur contrôle
et diminuer les abus.
Puis notre
propos n'est pas là, puis je suis content que vous ayez tout expliqué toutes
les mesures qui ont été mises en place, que nous avons soutenues et que
nous voulons continuer à soutenir, dont, entre autres, la rénovation des casinos pour améliorer l'expérience des gens. On
veut également être concurrentiels. Ça, je pense que c'est un élément.
Donc, il y a
beaucoup d'arguments auxquels on adhère. L'argument où on a plus de difficulté,
une fois qu'on a fait tout ça, c'est
la problématique consommation alcool avec le jeu à proximité, c'est-à-dire que
les gens sont dans l'espace de jeu,
consomment puis... Deux niveaux de problématique. Le premier, les joueurs
excessifs, qui, eux autres, avec la consommation
d'alcool, n'additionnent pas le risque mais le multiplient. Donc, ça peut
amener des plus grands problèmes pour
cette clientèle. Également, les joueurs habituels, qui ne sont pas
nécessairement des joueurs excessifs, qui, avec la consommation d'alcool,
va faire qu'ils vont jouer plus, vont consommer plus, et puis ça peut amener
des problèmes.
Dans ce
dossier-là, ce qui est un peu le reproche qui est fait, c'est d'abord à cause
de ces deux facteurs de risque médicaux, hein, qui est l'abus, la
dépendance au niveau du jeu et également la consommation d'alcool. Il n'y a pas
eu d'avis de demandé à la Santé publique, et c'est ce qu'on déplore. On aurait
dû avoir un avis de la Santé publique.
De même, le gouvernement et Loto-Québec étant
responsables, une attitude responsable, est-ce que c'est une mesure qu'on aurait pu se passer et mettre en
place toutes les autres mesures, sauf celle-là, faire différent des autres,
même si les autres décident de le faire, et accepter que, oui, il va y avoir
moins de profits, mais, par contre, on va avoir une attitude responsable? Moi,
je pense qu'au niveau moral ça aurait été plus acceptable.
Donc, ma
question, après ce préambule : Avez-vous eu vent qu'il y a eu des avis au
niveau de la Santé publique, même si vous avez donné la réponse? Et
pourquoi, selon vous, ces avis n'ont pas été demandés?
Le Président (M. Morin) : M. Bibeau.
M. Bibeau
(Gérard) : Écoutez, comme je
l'ai expliqué tout à l'heure à une question sur comment ça se passait
auparavant, ça semble être la façon de faire habituelle. En tout cas, j'ai
donné l'exemple du jeu Internet, c'est comme ça
que ça s'était passé. Loto-Québec avait eu une discussion avec le gouvernement,
il y avait un processus qui s'était mis en marche, décision au Conseil des ministres, prépublication de règlements,
puis, à ce moment-là, Santé publique intervient, là, dans les
discussions puis tout ça. Écoutez, je ne peux pas vous dire... c'est de même
que ça se passait par le passé puis c'est de même que ça s'est fait encore.
Mais, comme
je vous disais, tu sais, concernant l'alcool dans les aires de jeu, non
seulement, ailleurs, c'est de même
que ça se passe... ça se passe vraiment partout comme ça. On est vraiment,
vraiment les seuls à être de même. Mais, vous avez vu nos chiffres, comme je vous disais, on a passé de 21 %
à 17 % en l'espace de cinq ans. Donc, on dégringole. Ça, c'est une chose, ça, dégringoler. Si les gens
arrêtaient de jouer, c'est une chose, mais les gens n'arrêtent pas de
jouer, les gens vont ailleurs, ils vont à Akwesasne, ils vont à Rideau Hall...
pas Rideau Hall, excusez, au casino, là, d'Ottawa.
Le Président (M. Morin) : Vous êtes
pardonné. Le président... tantôt, là.
M. Bibeau
(Gérard) : Exactement. Donc,
les gens vont à l'extérieur, ils vont aux États-Unis, ils vont à
Atlantic City, ils vont dans l'État de New York, ils continuent à aller à Las
Vegas. On me disait, Atlantic City, je crois, c'est deux autobus par jour, deux autobus par jour qui partent de Montréal
pour aller à Atlantic City. Les Québécois continuent de jouer et ils ne
jouent pas chez nous.
Puis dans mon
exposé, tout à l'heure, il y a une chose que je pense que j'essayais de donner,
en tout cas, qui est d'une croyance
profonde qu'on a à Loto-Québec, on pense qu'on peut faire la différence dans
nos casinos, parce qu'on est
présents, parce qu'on peut intervenir auprès des gens qui ont des problèmes.
Quand ils sont à Atlantic City, quand ils sont à Akwesasne, regardez, c'est
les mêmes Québécois qui sont là-bas, qui sont exposés à de l'alcool, qui sont
exposés à différentes choses, que souvent
l'alcool, il est gratuit. Je pense que de l'alcool gratuit, c'est quelque
chose, ça. Nous autres, on n'est pas
là-dedans, pas du tout. Puis les Québécois qui sont là-bas, bien… je pense
qu'on est meilleurs qu'à Akwesasne, je
peux vous dire ça, en termes de moyens de prévention, là, O.K.? On est
meilleurs, on est très bons, on est très sérieux.
C'est une
société d'État, Loto-Québec. La dernière chose qu'on veut, là, c'est que, nous
autres, quelqu'un parte du casino, là, puis qu'il y ait une
problématique, hein, qu'il parte, par exemple, en état d'ébriété, qu'il ait des
accidents ou tout ça. On n'est pas dans
cette game-là, mais je vous dis qu'on peut intervenir quand les gens sont chez
nous. Quand les gens sont ailleurs,
on ne peut pas intervenir. Les gens reviennent le soir, les mêmes personnes
reviennent, ça demeure des Québécois,
ils reviennent ici, et là ceux qui ont dégagé des problématiques, bien, regardez,
ils sont dans notre système. Puis c'est
le ministère de la Santé puis c'est toutes nos organisations qui doivent
supporter le coût des problèmes qui peuvent se dégager, qu'on n'a aucun
contrôle. C'est ça, nous, qui nous anime, c'est ça qui nous anime vraiment, c'est
ça qui fait la différence. Donc, il faut qu'ils jouent chez nous le plus
possible.
Puis l'alcool, là-dedans, bien,
écoutez, c'est une demande. On se le fait dire. J'étais à l'émission de M.
Arcand à Montréal, tu sais, puis je suis le
président de Loto-Québec, la pire affaire qu'il nous dit, c'est : Vos
casinos sont plates. C'est ça qu'ils
nous disent : Vos casinos sont plates. Bien, on a travaillé bien fort pour
qu'ils soient moins plates, ça va arriver
cette année. Puis la question de l'alcool juste sur les aires de jeu — comme
je vous ai dit, tu peux prendre un verre d'alcool à 10 pieds de ta machine à sous, là, tu vas pouvoir la prendre
en jouant à ta machine à sous — c'est
ça qui fait... C'est ça qu'on demande, puis on ne croit pas que les gens
vont avoir des problèmes de jeu supplémentaires.
Le Président (M.
Morin) : Oui, Mme la députée de...
Mme Vallée :
Merci. Gatineau.
Le Président (M.
Morin) : Gatineau.
Mme Vallée : Merci, M. le Président. Alors, M. Bibeau, je vous écoutais… je vous
écoute faire la comparaison avec
Akwesasne, je ne suis pas certaine qu'on doive nécessairement s'inspirer des
mauvaises pratiques qui sont connues ailleurs.
Je pense que, justement, c'est une société d'État, et on devrait, nous, mettre
en oeuvre les meilleures pratiques.
Vous
avez mentionné que vous travaillez, entre autres, avec le Canadian Responsible
Gambling association ou... problem, que vous avez mis en place un
certain nombre de mesures dans un contexte bien précis où le jeu n'est pas permis... la consommation de boisson n'est pas
permise dans les aires de jeu. Maintenant, dans le contexte où vous vous
apprêtez à changer de façon substantielle la
donne dans les casinos du Québec, qu'est-ce que vous avez mis en place? Qu'est-ce qui sera mis en place et quelles seront
les sommes qui seront accordées ou attitrées à cette particularité-là?
Parce qu'on le sait qu'il va y en avoir, des
impacts. On n'aura pas... On a des groupes qui nous ont déjà déposé des
mémoires, mais on sait qu'à partir du moment
où on joue, on a notre verre de boisson, les gens qui ont déjà une
problématique risquent d'augmenter cette... Cette problématique-là
risque d'augmenter. Donc, évidemment, on se questionne parce qu'on a peu de réponses. Qu'est-ce qui a été mis en place?
Comment vous allez gérer ça? De quelle façon vous allez travailler avec,
entre autres, et on l'espère, le ministère de la Santé et des Services sociaux?
Le Président (M.
Morin) : M. Bibeau.
M. Bibeau (Gérard) : Oui, il y a des études, là, concernant l'association, là, entre la
consommation excessive d'alcool puis les problèmes de jeu. C'est sûr
qu'il y en a. On les connaît, on en est tout à fait conscient, ça nous
préoccupe, et c'est pour ça qu'on fait tout ce qu'on fait dans nos casinos
depuis plusieurs années, puis on continue de s'améliorer là-dessus.
Tout à l'heure, j'ai
fait la nomenclature des principales mesures de prévention qu'on a dans nos
casinos. J'ai essayé aussi de vous démontrer
qu'on a la capacité de les appliquer. Ça, c'est important. Ça serait... Tu
sais, faire des règles puis ne pas les appliquer, c'est facile. Non
seulement on fait des règles, on peut les appliquer, on les applique.
Plus
particulièrement, quand vous nous demandez : Maintenant qu'on va mettre de
l'alcool dans les aires de jeu, quelle
différence ça fait pour nous?, nous autres, ça demeure que c'est de l'alcool,
puis je vous dis qu'on a énormément d'expérience
au niveau de la gestion de l'alcool. J'expliquais, nous autres, quelqu'un qui
arrive chez nous, qui débarque du
taxi, qui arrive… qui semble avoir une problématique d'alcool, fini, il n'entre
même pas. Et ça, on le fait, là, on le fait. Un coup qu'il est entré dans notre casino, il peut aller au restaurant,
il peut prendre du vin, il peut en prendre beaucoup, il peut aller au bar, il peut en prendre beaucoup. Il
y a une problématique d'alcool? On est habitués de gérer avec ça. Là, la
différence, c'est qu'il va pouvoir la
prendre à son aire de jeu. C'est ça, la différence. Pour nous autres, ça
demeure quand même la même problématique, c'est la problématique d'alcool.
Il faut détecter les gens qui ont une problématique, il faut avoir des yeux
partout, les détecter puis agir.
Tout
à l'heure, j'expliquais que là, maintenant, ça va être nos serveurs qui vont
donner de l'alcool, donc ils vont être encore plus près du joueur. Il n'ira
pas prendre d'alcool dans un bar, à un endroit, puis il va se ramasser dans l'aire
de jeu. Ça va être le serveur qui va être là, il va être près de la personne,
il va le voir agir, il va se faire commander régulièrement.
Donc, il va le voir. Il va le voir, il va le détecter. Ça, c'est bien
important. Puis, à partir du moment où est-ce qu'il est détecté, là, on
a toute une chaîne, nous, qui se met en marche pour s'assurer que la personne
qui a une problématique, qui a une intoxication, qu'on puisse agir, de l'arrêter
de jouer, même de le sortir de notre casino. Ça, on le fait, c'est de même qu'on est organisés. On va avoir plus d'yeux,
plus de détection pour s'assurer que ces gens-là n'aient pas de problème
d'alcool en jouant. Puis ça, c'est important pour nous autres.
Le Président (M.
Morin) : Est-ce que vous y retournez, Mme la députée de Gatineau?
Mme Vallée : Vous dites : Plus d'yeux, plus de détection. Donc, est-ce qu'il y
a des embauches additionnelles?
M. Bibeau
(Gérard) : Non. C'est nos gens qui... On a toute une réorganisation,
là, qui se fait actuellement, parce
que, comme je vous disais, là, il y a des gens, nous autres, qui servent du
café, de la liqueur, des jus, etc. Il y a toute
une organisation qui doit se mettre en place justement pour offrir le service
de boisson aux tables. Donc, tout va se faire, là, avec le même
personnel. Il va y avoir des mouvements, mais ça va être le même nombre de personnel là-dessus.
Le Président (M. Morin) : Ça va? On a un nouvel arrivant autour de la
table, et c'est le député de Marguerite-Bourgeoys, qui vous demande la
permission de poser une question. Est-ce que j'ai votre consentement? M. le
député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Poëti :
Merci, M. le Président. Je suis désolé, je travaille sur une autre commission
également. J'ai une préoccupation de
sécurité publique, je suis porte-parole en matière de sécurité publique. Vous
avez abordé la question de l'alcool
et de la sécurité. Vous savez qu'au Québec les deux premières causes de décès
au volant sont la vitesse et l'alcool. C'est reconnu depuis toujours.
Donc, je sais que vous le savez, mais je tiens à vous le souligner parce que le
lien entre sécurité publique et l'alcool est non seulement intimement relié,
mais c'est les premières causes de décès.
Vous avez dit :
On va agir. Alors, vous avez dit : On ne laisse pas quelqu'un entrer qui
aurait une apparence d'alcool. À
titre d'exemple, l'année passée, vous en avez
refusé combien?
M. Bibeau
(Gérard) : 55 au Casino de Montréal seulement.
M. Poëti :
55 au Casino de Montréal. C'est la même chose dans les autres casinos, parce
qu'on comprend que ça va s'appliquer partout. Combien vous avez d'espaces
de stationnement possibles au casino?
M. Bibeau
(Gérard) : 2 200.
M. Poëti :
Si un individu ou une personne qui a consommé, qui aurait échappé aux serveurs,
et qui a trop consommé, et qui s'en va vers
sa voiture pour quitter le casino — 2 200, on peut comprendre que c'est une
possibilité — de
quelle façon vous pouvez intervenir pour
l'empêcher... Vous avez dit : On va intervenir. Est-ce que ça va aller
jusqu'à l'empêcher d'embarquer dans son véhicule et de quitter?
M. Bibeau (Gérard) : Oui. Écoutez, on a une panoplie de moyens. Comme vous savez, au casino,
quand vous entrez là, vous êtes vus à
peu près en tout temps. On a des caméras partout. Bon. Donc, on suit nos gens.
Si on détecte quelqu'un comme ça, qui semble avoir une problématique, on
peut le détecter... nos agents de sécurité sont là, on surveille, on va
intervenir auprès de la personne.
Écoutez,
on m'a même conté des exemples où, si vous... tu sais, vous... les gens qui
connaissent la sécurité, des fois...
Des fois, les gens ne veulent pas toujours collaborer. On va loin, on va loin
là-dedans. On m'a même conté, une fois,
justement, quelqu'un ne voulait pas nous donner ses clés, et puis il a fini par
embarquer dans son auto, puis, regardez, là, les agents de sécurité ont
pris d'autres autos de sécurité puis ils lui ont carrément barré la route en
auto pour l'empêcher de sortir.
Nous
autres, on ne veut tellement pas que ça arrive, ces choses-là. D'ailleurs, il
n'y a pas beaucoup de choses... En
tout cas, à ma connaissance, on n'en a pas échappé beaucoup, des gens qui
partent du casino en état d'ébriété puis que... Ce n'est pas arrivé
souvent, en tout cas, puis on ne le souhaite pas. On n'est pas parfaits, là, on
n'est pas parfaits, mais on va jusqu'à
barrer l'accès en automobile par nos agents de sécurité. Les gens qui ne
veulent pas nous donner leurs clés,
qui ne veulent pas partir en autobus, ne veulent pas partir en taxi, qui ne
veulent pas se faire accompagner, on appelle la police. Et on le fait.
Ce n'est pas des voeux, on le fait, on appelle la police puis on intervient
là-dessus.
M. Poëti :
Donc, vous l'avez fait déjà, appeler la police pour empêcher quelqu'un de
partir du casino?
M. Bibeau
(Gérard) : Oui.
M. Poëti :
Et, dans les directives de vos employés, ils doivent le faire?
M. Bibeau
(Gérard) : Oui.
M. Poëti :
D'accord. Dernière question. On interpelle souvent le privé sur la formation
des serveurs, la formation responsable.
On a voulu déposer un projet de loi cette année — à ce jour, il n'a pas été appelé — qui
obligeait la formation responsable, donc un cours de formation pour
justement gérer une personne qui a les facultés affaiblies. Est-ce que vos
serveurs et les gens qui sont reliés au service d'alcool vont tous avoir cette
formation-là?
M. Bibeau (Gérard) : Exactement, tout le monde va être formé par Educ'alcool. Il y a l'ITHQ,
nous autres, qui donne de ces cours
de formation là, puis il y a différents cours. Ces gens-là vont avoir la meilleure
des formations. Tout le monde va être
formé là-dessus, comme nos serveurs actuellement dans les bars et dans les
restaurants. Même chose pour nos agents de sécurité, même chose pour nos
infirmières. Mais il y a différents degrés de formation, tout dépendant de
comment tu es proche du client.
M. Poëti :
Parfait. Donc, en terminant, je comprends, juste pour vraiment que ça soit
clair pour tout le monde, qu'une
personne qui quitterait avec des apparences de facultés affaiblies, vos gens,
vos agents de sécurité, bien qu'ils ne soient
pas des agents de la paix, vont intervenir physiquement, en ce sens que, si la
personne ne veut pas répondre au fait qu'on l'invite à prendre un taxi
ou quitter, vont intervenir physiquement pour l'empêcher de quitter le casino.
M. Bibeau (Gérard) : Oui.
Poëti : Merci beaucoup d'avoir répondu à ma question.
Le Président (M.
Morin) : Merci, M. le député de Marguerite-Bourgeoys. Maintenant, je
crois que Mme la députée de Bourassa-Sauvé veut intervenir.
Mme de
Santis : Merci beaucoup, monsieur...
Le Président (M.
Morin) : Vous avez la parole, madame.
Mme de Santis : Merci, M. le Président. Merci. Je veux vous féliciter pour ce que vous
avez mis en place pour que nous ayons
un des plus bas taux de personnes qui sont compulsives au jeu. Mais j'ai
quelques questions. Est-ce qu'avoir l'alcool aux aires de jeu, c'est d'encourager
de nouvelles personnes de venir vous visiter ou c'est pour que les gens qui
sont déjà des joueurs jouent plus?
M. Bibeau (Gérard) : La réponse, c'est : On veut attirer de nouveaux joueurs. Ça, c'est
la réponse. Ce n'est pas que nos
joueurs boivent plus, c'est pour attirer des nouveaux joueurs. Et tout notre
plan au complet pour pouvoir livrer ou pouvoir augmenter notre dividende
de 40 millions, tout ça, c'est basé pour retrouver d'abord une clientèle
qu'on a perdue au cours des cinq dernières
années. C'est ça qui est visé. C'est pour ça qu'on a fait la rénovation de tous
nos casinos, 350 millions qu'on
a investis là-dedans. C'est pour ça qu'on améliore notre expérience de jeu,
parce que les gens viennent s'amuser
chez nous, ils aiment jouer, s'amuser. On va avoir du multimédia. Ça, c'est un
des points qui va nous démarquer, qu'on
pense que les gens vont aimer. Ensuite de ça, l'alcool, bien, veux veux pas, ça
fait partie... l'alcool sur les aires de jeu, c'est une demande, là, de nos clients. On va faire aussi de la
publicité. On veut d'abord ramener notre monde chez nous, donc des
nouveaux clients. Puis l'expérience de jeu, l'alcool, ça fait
partie des
demandes. On a vraiment vérifié ces choses-là.
Mme de Santis : Mais vous comprenez aussi que, quand les personnes boivent, ils sont
plus aptes à jouer, les... Ça, c'est
déjà démontré. Donc, ça va aussi encourager des gens qui jouent déjà chez les
casinos au Québec de jouer plus.
Mais
je veux aller à une autre question. Ici, dans ce que j'ai... je viens de
recevoir aujourd'hui, on dit qu'en tenant compte de la fin imminente des travaux du casino de Montréal Loto-Québec
a convenu avec le gouvernement de remettre 40 millions de plus en
dividendes cette année à 70 millions l'an prochain. Quelle
partie de ces
40 ou 60 millions de dollars ne serait
pas là s'il n'y avait pas d'alcool dans les aires de jeu? Parce que vous venez
de dépenser un argent fou pour rendre tout ça beaucoup plus sexy pour le
joueur. Alors, à quel pourcentage va vous amener l'alcool dans les aires de
jeu?
M. Bibeau (Gérard) : La manière qu'on fait notre calcul dans les discussions qu'on a eues
pour faire notre budget, comme je
vous ai dit tout à l'heure, nous autres, chaque pourcentage de point de
fréquentation, ça équivaut à 23 millions, O.K., de revenus. Et,
pratiquement, ces niveaux-là, c'est pratiquement du bénéfice. Donc, le
40 millions, c'est un deux points de
pourcentage. On était, en 2007, à 21 %. On était à 21 %. Là, on est
actuellement à 17 %. Ce qu'on veut, avec toute la préparation qu'on a faite depuis plusieurs années, y
compris la réglementation de l'alcool dans les aires de jeu, on souhaite, pour la prochaine année, on y
croit vraiment, de réussir à remonter de 2 %. Ce n'est même pas
revenir au niveau qu'on était en 2007, juste
revenir à 2 %. Et ce qu'on vise encore une fois, c'est de rapatrier nos
clients qu'on a perdus qui continuent à jouer. C'est ce qu'on vise. C'est
un tout. C'est un tout. Ça, là, le 40 millions, c'est de même qu'on l'évalue.
Puis comment qu'on réussit, c'est un tout.
Mme de
Santis : Mais, s'il n'y avait pas l'alcool aux aires de jeu, vous n'allez
pas rencontrer les 40 millions, les 70 millions?
M. Bibeau
(Gérard) : Regardez, je n'ai pas les chiffres là-dessus. C'est
vraiment, là, c'est tout un... c'est un ensemble de choses qui fait qu'on va
réussir à rapatrier notre clientèle qu'on a perdue.
Mme de
Santis : Mais est-ce que les...
Le Président (M.
Morin) : Oui, allez. Vous avez quelques secondes.
Mme de Santis : O.K. Est-ce que les 40 millions, 70 millions incluent le
chiffre d'affaires pour la vente de l'alcool?
M. Bibeau
(Gérard) : Ça inclut tout.
Mme de Santis : Ça inclut la vente d'alcool aussi? Ce n'est pas seulement les personnes
qui vont venir jouer.
M. Bibeau
(Gérard) : Oui, oui.
Mme de
Santis : À quel pourcentage est la vente d'alcool?
Bibeau (Gérard) : Non,
regardez, je n'ai pas le pourcentage. C'est vraiment mon 2 % du taux de
fréquentation avec toute l'expérience de
jeu, tous les nouveaux casinos, l'alcool, la publicité. On veut que nos clients
reviennent. On veut augmenter de 2 % notre taux de fréquentation. C'est
ça qu'est notre objectif. C'est de même qu'on le calcule, c'est de même qu'on a
évalué à 40 millions qu'on travaille pour livrer la marchandise.
Mais, dans le 40 millions aussi, ça inclut
toute la question de la gestion de nos dépenses, là, hein? Il y a eu la loi
n° 100, le gouvernement nous demande d'avoir une gestion des dépenses
extrêmement rigoureuse. Ça aussi, ça fait partie...
Le Président (M. Morin) : ...parce
que votre temps est terminé, là. C'est-à-dire le temps de la députée de l'opposition. Mme la députée de Groulx, vous avez
six minutes. M. Bibeau, compte tenu qu'elle a six minutes, raccourcir
vos réponses, peut-être. Allez, madame.
Daneault : Merci, M. le
Président. Merci, M. Bibeau, d'être présent. Si je comprends bien votre
intervention, dans le fond, cette mesure-là,
elle a été mise en place pour pallier à la baisse d'achalandage. J'imagine
qu'il y a eu une baisse de revenus
substantielle suite à la baisse d'achalandage où on a eu une hausse de revenus
parce qu'on a permis le casino en ligne. Et est-ce que cette baisse d'achalandage
là ne s'est pas retrouvée dans le casino en ligne?
M. Bibeau (Gérard) : Écoutez, dans
nos casinos, il y a eu une baisse d'achalandage, oui. Ça a donné une baisse de
revenus, bien sûr...
Mme Daneault : ...globale de revenus
ou on parle seulement de...
M. Bibeau (Gérard) : Je parle de
casinos, là. Là, je parle de casinos.
Mme Daneault : Est-ce qu'on inclut
casinos en ligne?
M. Bibeau
(Gérard) : Non, pas encore.
Pas encore. Je vais y arriver. Donc, dans nos casinos, les revenus ont
baissé parce que le taux de fréquentation a
diminué. Je peux vous dire, depuis plusieurs années, une façon qu'on a pallié à
la diminution de notre bénéfice, ça a été
vraiment, là, de faire des réorganisations, de gérer la dépense de façon
importante.
Actuellement, ce qu'on fait dans nos casinos, on
a le budget base zéro qu'on appelle pour...
Daneault : ...uniquement.
C'est parce que je n'ai pas beaucoup de temps puis je voudrais vraiment
avoir une réponse précise. Est-ce que les revenus ont augmenté ou ont diminué
en ajoutant le casino en ligne?
M. Bibeau (Gérard) : Le casino en
ligne... Le jeu sur Internet, actuellement, on a 30 millions de revenus
supplémentaires pour le jeu en ligne.
Mme Daneault : La baisse d'achalandage
dont vous mentionnez a donné une baisse de revenus de combien?
Le Président (M. Morin) : M. Royer.
M. Royer (Jean) : Pour répondre à
votre question, Dr Daneault... Mme la députée, l'augmentation des revenus
provenant de l'activité en ligne est infiniment inférieure à la diminution des
revenus des casinos terrestres.
Mme Daneault : De combien?
M. Royer (Jean) : Bien, ça se joue, en termes... Parce qu'il faut
comprendre que, dans un casino, chaque client n'est pas égal. Ce n'est pas un client qui donne nécessairement le même
revenu, là. Une
partie de nos clients, nous savons… Les clients qui
étaient plutôt des clients, là, porteurs sont maintenant des clients de
casinos, mais des casinos... mais terrestres,
dans l'État de New York, en Ontario. Ça, nous le savons. Tandis que ce qui se
dessine, à l'heure actuelle, sur les jeux en ligne, ce sont d'autres
jeux, et c'est une clientèle qui est différente. Donc, ce n'est pas
nécessairement des vases communicants.
Le Président (M. Morin) : Mme la
députée de Groulx.
Mme Daneault : Est-ce que ça serait
possible d'obtenir les documents et avec les revenus de Loto-Québec avec le
casino en ligne versus le Casino de Montréal? Juste si c'est possible d'obtenir
ça. O.K. Merci.
Deuxièmement,
est-ce que Loto-Québec n'a pas choisi la voie de la facilité en proposant de
permettre l'alcool dans les aires de
jeu, alors que, depuis 30 ans, on l'a interdit? Il y a une raison pour laquelle
on l'a interdit depuis 30 ans. Et on a mentionné aujourd'hui le fait que
les joueurs pathologiques pouvaient aussi avoir une codépendance de jeu aussi
et de dépendance à l'alcool. Ça, on est conscients de ça.
Mais que
répondez-vous aujourd'hui aux études qui ont bien démontré que seulement
0,05 % d'alcool dans le sang... Alors
là, on ne parle pas de joueurs pathologiques, on parle de votre clientèle, de
la majorité de votre clientèle qui se présente chez vous, et, on le
sait, de plus en plus, la clientèle, ce sont nos aînés qui sont à la retraite,
nos jeunes retraités
qui vont au casino s'amuser. Alors, que répondez-vous à cette clientèle-là,
alors qu'on sait que 0,05 % d'alcool dans le sang prolonge la session de jeu, accentue la prise de risque et
amplifie les pertes financières? Alors, comment, de façon responsable... On sait très bien que cette
clientèle-là, qui est prisonnière, là, qui est dans le casino, à qui on va
offrir de l'alcool et qui, avec 0,05 %, peut causer des effets aussi
néfastes pour la santé en plus des joueurs... de créer une codépendance chez
les joueurs pathologiques. Alors, pourquoi pensez-vous que, depuis 30 ans au
Québec, on a eu des prix, on a eu des
renommées? Parce qu'on est intervenus, entre autres, à ce niveau-là. On s'est
battu. Et, vous le savez comme moi, dans les casinos à l'étranger, où
non seulement on sert de l'alcool, on la donne gratuitement parce qu'il y a un retour sur l'investissement, on le sait
très bien. Ces études-là sont démontrées depuis — je peux vous en sortir, là, j'en ai une et une autre — depuis les années 90. Alors, pourquoi
aujourd'hui Loto-Québec n'est pas capable de poursuivre dans sa mission
de protection du public?
Le Président (M.
Morin) : Vous avez 30 secondes, M. Bibeau.
M. Bibeau (Gérard) : Bien, je vais... Bien, écoutez, je vais vous dire que, d'abord, on
poursuit dans notre mission de la
protection du public. De l'alcool, ça fait 20 ans qu'on en a dans nos casinos,
on en a dans nos bars. Les gens peuvent boire. On est considérés parmi
les meilleurs, c'est un des endroits les mieux contrôlés, c'est un des...
M. Bibeau
(Gérard) : Oui. Mais, en 1993, on était les seuls casinos, les autres
casinos étaient très loin. Là, il y en a
partout. Nos Québécois ont accès aux autres casinos et ils vont dans les autres
casinos, ils prennent de l'alcool gratuit dans les autres casinos. Puis je pense qu'on est meilleurs pour les
contrôler. Je pense que, moi, ma job, c'est pas mal plus important de faire jouer les Québécois qui veulent
jouer dans nos casinos, dans un milieu contrôlé, où, justement, on prend
des moyens de prévention et on est capables d'intervenir avec nos partenaires
justement de la Santé, du ministère de la Santé, pour trouver des solutions.
Et, s'il y a des problématiques particulières qui se dégagent à l'avenir dans
ce dossier-là, c'est clair qu'on va prendre
d'autres moyens pour améliorer la chose. On n'est pas rendus là pour rien; on
est reconnus, on va continuer. Et c'est
important qu'on la fasse, notre job, qui est de justement canaliser le jeu des
Québécois chez nous, dans nos casinos à nous autres.
Le Président (M. Morin) : Merci, M. Royer, dans cet élan passionné. Donc,
comme, tout à l'heure, je me suis pratiqué, je vous remercie beaucoup,
Dre Rioux, Mme Roiter et M. Royer. Merci de cet échange. Et je remercie les
membres de cette commission pour leurs questions très pertinentes. Donc, bon
retour à la maison.
Je suspends jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 53)
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous plaît!
commission reprend ses travaux.
Je vous rappelle que
nous sommes réunis afin de procéder à des consultations particulières sur le
projet de règles abrogeant la disposition
qui prohibe la vente, le service et la consommation de boissons alcooliques à
l'intérieur des aires de jeux.
Alors,
collègues, cet après-midi, nous entendons les représentants de l'Association
des centres en réadaptation en dépendance
du Québec, l'Association des centres de traitement des dépendances du Québec et
le Centre Dollard-Cormier.
Alors, M. Soucy, Mme
Lecomte, bienvenue à notre commission. Vous avez 10 minutes pour faire
votre présentation, suivie d'un échange avec les membres de la commission. Et,
collègues, je vous rappelle que le groupe formant le gouvernement ont
22 minutes pour l'échange avec nos invités; l'opposition officielle,
20 minutes...
Le Président (M.
Bergman) : ...22 minutes, et le deuxième groupe d'opposition,
cinq minutes.
Alors, pour les fins
de transcription, si vous pouvez donner votre nom et votre
titre avant de
commencer avec certainement votre autre collègue... Alors, bienvenue.
M. Soucy (Claude) : Merci, M. le Président. Mmes, MM. les députés, je suis Claude Soucy, président
du conseil d'administration de l'Association des centres de réadaptation
en dépendance du Québec et président du conseil d'administration du Centre de réadaptation de Québec. Je suis accompagné
de Mme France Lecomte, qui est la directrice des services à la clientèle
au Centre de dépendance de Montréal, Institut universitaire en dépendance.
L'Association des centres de réadaptation en
dépendance du Québec remercie les membres de la commission de lui permettre de
présenter son avis et ses recommandations dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de règles abrogeant la
disposition qui prohibe la vente, le service et la consommation de boissons
alcooliques à l'intérieur des aires de jeux.
Je souhaite
d'abord rappeler que l'Association des centres de réadaptation en dépendance du
Québec regroupe tous les établissements publics ayant une mission de
centre de réadaptation en dépendance. Ce sont les centres de réadaptation en
dépendance qui, au Québec, assument 90 % de l'offre de service faite aux
joueurs pathologiques.
Alors qu'une large proportion de la population
du Québec joue aux jeux de hasard et d'argent, un très petit pourcentage d'entre elles développera, au cours de
sa vie, un problème de jeu pathologique. En 2002, le taux de prévalence du jeu pathologique au Québec était de l'ordre de
0,8 %. Les études plus récentes menées par Louise Nadeau et Sylvia Kairouz indiquent que ce taux se situe aujourd'hui
autour de 0,7 %. Ainsi donc, la très grande majorité des Québécois jouent aux jeux de hasard et d'argent sans
développer de dépendance ou de problèmes particuliers. À cela il faut
ajouter qu'un peu plus de 1 % de la population est considéré à risque de
développer un problème de dépendance au jeu. Bien que cette population de joueurs à risque demeure
actuellement mal connue et que la littérature soit encore peu éclairante sur
leurs motivations, nous savons que certains facteurs engendrent un risque pour
les gens de développer un problème de jeu ou, à l'inverse, les protègent contre
un tel sort.
Le Québec, à
cet égard, se compare de façon très avantageuse par rapport aux autres
provinces canadiennes et par rapport
à d'autres pays. La proportion de joueurs pathologiques semble s'être
stabilisée au cours des dernières années. Les centres de réadaptation en dépendance ont même enregistré une légère
baisse de fréquentation des joueurspathologiques
dans leurs services. Nous attribuons ces résultats au fait que le Québec a su
adopter, au fil du temps, un certain nombre de mesures de protection du
jeu à risque, faisant plutôt la promotion du jeu responsable.
Dans le cadre du programme expérimental sur le
jeu pathologique du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, les données provenant des sites
expérimentaux indiquent que les usagers des services de traitement se
composent principalement d'hommes dans une proportion des deux tiers, de
personnes âgées entre 35 et 54 ans, de personnes veuves, séparées ou divorcées
et d'individus possédant une scolarité de niveau secondaire ou moindre. Les joueurs pathologiques présentent de hauts niveaux
de comorbidité. La concomitance de problèmes de santé mentale est importante et il existe une forte association
entre une participation problématique au jeu et l'abus ou la dépendance à
des substances telles que l'alcool, la drogue et le tabac. Les résultats de
certaines études suggèrent un effet d'interaction entre les problématiques
liées au jeu et à l'alcool.
Ajoutons que
le ministère de la Santé et des Services sociaux a confié aux centres de
réadaptation en dépendance du Québec
la responsabilité d'offrir des services de traitement aux joueurs
pathologiques. Ainsi, 90 % de l'offre de service faite à ces
personnes est assumée par nos membres.
Une catégorie de joueurs dits à risque,
représentant un peu plus de 1 % de la population, ne reçoit, à l'heure actuelle, aucun service spécifique lié à leurs
problèmes de jeu. Il serait sans doute souhaitable que cette catégorie de
joueurs bénéficie de programmes d'intervention mieux adaptés à leurs
situations.
Le Québec a mis en place, au fil du temps, un
certain nombre de mesures qui agissent comme des facteurs de protection du jeu
à risque ou du jeu problématique. De notre point de vue, ces facteurs de
protection expliquent sans doute en
partie les faibles taux de prévalence du
jeu pathologique au Québec.
Mentionnons
parmi ceux-là : la concentration des aires de jeux dans les salons de jeu
ou les casinos et, par le fait même,
la diminution de l'offre de jeu dans les bars où se trouvent les appareils de
loterie vidéo; le fait que ces aires de jeux soient encadrées et réglementées par l'État; et le fait que des
mesures d'auto-exclusion ainsi que des mesures de gestion de crise aient
été mises en place dans ces aires de jeux afin de prévenir les problèmes
associés au jeu pathologique.
Il en est
ainsi des règles qui prohibent la vente, le service et la consommation de
boissons alcooliques à l'intérieur des
aires de jeux. On sait que l'alcool agit comme un désinhibiteur qui,
généralement, augmente la prise de risque chez le joueur compulsif. Plusieurs études ont démontré
que l'association de l'alcool et du jeu pouvait conduire à des pertes de
contrôle. L'obligation pour le joueur de devoir quitter l'aire de jeux pour
consommer des boissons alcooliques agit souvent comme un frein et constitue,
par le fait même, une mesure de protection du jeu à risque.
Ainsi, la décision d'abroger la disposition
prohibant la vente, le service et la consommation de boissons alcooliques à
l'intérieur des aires de jeux peut conduire certains joueurs ayant des
comportements problématiques à augmenter la prise de risque et la perte de
contrôle. Nous sommes particulièrement préoccupés par la tranche de 2 % de la population qui, soit en tant que joueurs à
risque, soit en tant que joueurs pathologiques, est susceptible de
développer des problèmes encore plus importants.
Une fois ces
mises en garde faites et dans la mesure où le gouvernement maintient sa
décision, l'Association des centres de réadaptation en dépendance du
Québec souhaite formuler quatre recommandations.
Considérant qu'il n'existe au Québec aucune
instance chargée d'observer les taux de prévalence du jeu à risque et du jeu pathologique parmi la population,
l'association recommande de confier à l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux le mandat de
mettre en place un observatoire de manière à exercer une meilleure
surveillance des comportements à risque ou des problématiques en lien avec les
jeux de hasard et d'argent.
Plus particulièrement concernant le changement
réglementaire proposé et considérant que près de 2 % de la population
présente déjà une relation problématique avec le jeu, l'association recommande
la création d'un groupe d'experts
indépendants afin d'évaluer et de faire le suivi de ce changement réglementaire
sur une période suffisamment longue, de manière à en évaluer les impacts
sur les habitudes de jeu des Québécois.
Aussi, si les
prétentions du ministre des Finances à l'effet que la levée de la prohibition
de la vente, du service et de la consommation d'alcool dans les aires de
jeux sont susceptibles de générer 40 millions de dollars de revenus supplémentaires à l'État, l'association recommande
qu'une
partie de cette somme soit investie dans le développement de nouveaux services ou de
programmes d'intervention pour la population des joueurs à risque, qui
représente un peu plus de 1 % de la population du Québec et pour
laquelle il n'existe, à l'heure actuelle, aucun service spécifique.
Enfin,
considérant que les centres de réadaptation en dépendance du Québec sont déjà
responsables de 90 % de l'offre
de service faite aux joueurs pathologiques au Québec, qu'ils ont, depuis 10
ans, développé une expertise spécifique dans le traitement du jeu pathologique, l'association recommande que le
gouvernement leur confie la responsabilité de développer, dans chacune des régions du Québec, un programme
d'intervention spécifique pour les joueurs dits à risque.
En terminant,
nous espérons que les commentaires de l'association seront utiles aux membres
de la commission et qu'ils
permettront au gouvernement de prendre les meilleures décisions dans un souci
de promotion du jeu responsable et de protection des plus vulnérables de
notre société.
Nous vous remercions de votre attention et
sommes maintenant prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M. Bergman) : M.
Soucy, merci pour votre présentation. Maintenant, le groupe formant le
gouvernement, pour une période de 22 minutes. M. le député d'Argenteuil.
M. Richer : Merci, M. le Président.
Bonjour.
M. Richer : Merci d'être là pour
nous éclairer dans la démarche que nous allons faire, qui nous amènera à une
prise de décision.
Alors, si je
comprends, vos organismes accompagnent les joueurs pathologiques qui tentent de
s'en sortir. Donc, ces organismes
apprennent l'histoire de chaque joueur qui se présente et sont à même de mieux
comprendre comment s'est développé ce problème de jeu.
Alors, ma
question, M. le Président, c'est : Selon l'expérience des organismes, ces
derniers peuvent-ils nous dire si l'essentiel des joueurs compulsifs ont
des habitudes de jeu généralement liées aux appareils de loterie vidéo dans les bars ou des habitudes qui seraient liées aux
casinos? Alors, est-ce qu'on peut nous expliquer aussi les étapes qui
mènent généralement à cette problématique de jeu compulsif?
Lecomte (France) : Alors, je
pense que la majorité... Je pense qu'on l'a dit : Dans la vie de l'association,
la majorité des personnes utilisent le jeu de façon adéquate, mais il y a
1,7 % de la population qui développe une problématique
de jeu. Beaucoup de ces personnes-là ont de la difficulté avec les appareils de
loterie vidéo, mais il y en a une forte proportion aussi qui présente
des difficultés dans le casino. Puis, dans le casino, il y a aussi des
appareils de loterie vidéo. Il y a des aires de jeux, des tables de jeu, mais
il y a aussi des appareils de loterie vidéo.
Comment se
développe une dépendance? Bien, une dépendance, il y a trois facteurs
importants : il y a l'individu, le
contexte et le jeu — et on
appelle ça, dans le réseau de la dépendance, la loi de l'effet — et c'est ces trois facteurs-là qui font qu'une personne développe une dépendance.
Ce n'est pas seulement le jeu, c'est qui elle est comme individu, quels sont ses facteurs de risque et ses facteurs de
protection, elle vit avec qui, et c'est quoi, son contexte de vie pour
qu'une personne développe une dépendance.
Puis c'est un
petit peu sournois, hein? On commence doucement à jouer. On pense qu'on va se
refaire. On continue à jouer, on perd des sous. Mais il y a une
distorsion cognitive : on est convaincus, dans notre tête, que la machine
ou la table de jeu va nous remettre l'argent qu'on a perdu, et c'est vraiment
une distorsion cognitive.
Le Président (M. Bergman) : M. le
député d'Argenteuil.
M. Richer : Oui, M. le Président.
Une toute petite question puis une suivante. Vous avez parlé, madame, de
1,7 % de la population.
Mme Lecomte (France) : Oui.
M. Richer : 1,7 % de la
population globale ou 1,7 % des joueurs?
Mme Lecomte (France) : 1,7 % de
la population en général.
Mme Lecomte (France) : Oui.
M. Richer : D'accord. Alors, on s'entend,
M. le Président, oui?
Le Président (M. Bergman) : Ça va.
M. Richer : Le risque des jeux, il y
a sûrement un lien aussi avec l'évolution du jeu au Québec. Je veux dire,
depuis 1992, la situation a changé considérablement. Je constate, en regardant
certains documents, que, depuis 1992, il y a
eu 16 décisions ou décrets qui sont venus modifier en ajoutant, après le
Casino de Montréal, le Casino de Charlevoix, le Casino du Lac-Leamy, et, sur ces 16 projets de
loi là, il y en a 12 qui sont venus du gouvernement libéral et quatre du
gouvernement du Parti québécois. Et, dans
les 12 du Parti libéral, il y a l'implantation du jeu en ligne, et c'est là-dessus
que j'aimerais vous entendre un petit peu
parce que, dans les trois facteurs de risque que vous avez mentionnés — l'individu,
le contexte, et le jeu — on
les trouve très bien aussi dans les jeux en ligne qui, à mon avis, sont à
risque parce qu'il n'y a aucune surveillance. Comparativement aux casinos, si
on en venait à permettre la vente d'alcool, on est dans un lieu où il y a un
encadrement systématique.
Alors, est-ce
que cette dépendance et ce risque de combinaison alcool et jeu, qui n'est pas
souhaitable, est-ce qu'elle ne risque pas plus de développer de la
dépendance dans les jeux en ligne où l'individu est seul à lui-même et donc
rencontre très bien les trois critères que vous avez mentionnés par rapport à l'encadrement
possible au casino?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Lecomte (France) : Oui. Il y
a deux questions dans votre... que vous m'adressez. La première est en
regard des jeux en ligne. Effectivement,
dans les jeux en ligne, la personne est seule puis elle joue en ligne. Alors,
oui, il y aurait lieu de regarder, puis ça pourrait faire état d'un
autre avis de quels seraient les facteurs de protection qu'on pourrait mettre
pour faire en sorte d'encadrer les jeux en ligne.
L'objectif de
notre présentation aujourd'hui, c'était de regarder la consommation d'alcool
dans les aires de jeux. On sait que
l'alcool, c'est un produit qui est un dépresseur, donc qui désinhibe, qui amène
le joueur à... ça augmente la prise
de risque, l'alcool, et ça fait en sorte d'augmenter la perte de contrôle. Le
produit même, l'alcool, favorise ça. Ce que les joueurs nous disent...
Puis on va le présenter, le point de vue des joueurs, à 5 heures, avec le
Centre Dollard-Cormier… Puis je vais y aller
un petit peu, là. Ce que les joueurs nous disent, c'est : À partir du
moment où ils doivent quitter leur
appareil de loterie vidéo ou la table de jeu, bien, c'est une façon de cesser
le cycle de cette dépendance-là et de pouvoir se reprendre en main et de
regarder qu'est-ce que j'ai perdu, quels sont les objectifs que je me suis
fixés puis est-ce que je ne devrais pas retourner à la maison.
C'est la même chose pour le tabac. Quand on a
enlevé... Quand on a fait l'interdiction de fumer dans les bars, où il y avait
des appareils de loterie vidéo, bien, les clients nous le disaient : Je
quitte la machine, la même chose… Le parallèle avec la table de jeu : Je
quitte la table de jeu, et, quand je suis dehors et que je fume ou quand je
vais me chercher un verre d'alcool — on peut faire le même parallèle — c'est là que je reprends le contrôle de ma
situation et de ma problématique. C'est là que je fais un temps d'arrêt
et que je brise ce cycle-là.
Le Président (M. Bergman) : M. le
député d'Argenteuil.
Richer : Une petite
dernière, M. le Président. Je reviens à ma première question dans la différence
entre les loteries vidéo dans les
bars et les habitudes au casino. Est-ce qu'il y a des... Est-ce qu'on connaît
une proportion reliant un à l'autre, et est-ce qu'il y a des études qui
viennent démontrer cette proportion-là?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Bien,
peut-être qu'on va attendre la présentation de Brigitte à 5 heures, puis
que Brigitte va être mieux à même de répondre à cette question-là en regard des
appareils de loterie vidéo et des tables, là, parce qu'elle est vraiment
concentrée sur les joueurs.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Masson.
Mme Gadoury-Hamelin : Oui. Bonjour.
Mme Lecomte (France) : Bonjour.
Gadoury-Hamelin : Merci d'être là, de nous apporter votre éclairage
dans le processus que nous avons entrepris ce matin.
Mme Lecomte (France) : Merci.
Gadoury-Hamelin : Ce matin,
on a eu les gens de Loto-Québec, qui nous ont présenté le portrait aussi
de la situation, du glissement, hein, de la
clientèle qui délaisse les casinos officiels pour aller vers des casinos à
l'extérieur. La concurrence est vive et, à
cet endroit-là, l'alcool est permis aux tables de jeu; donc, de tout, là aussi,
ce qui nous amène, devant aussi cette commission-là, à regarder cette
avenue-là pour les Québécois parce qu'on est bien conscients aussi qu'à Loto-Québec aussi les revenus de Loto-Québec
servent à la population du Québec et, si cette avenue-là, on la laisse
glisser aussi, alors là, à ce moment-là, ces gens-là, on n'a pas de contrôle,
mais ils vont aller consommer ailleurs.
Finalement,
là, ce que j'essaie de dire, c'est que... mon impression, puis vous êtes là
pour nous le dire, les gens qui ont
des dépendances par rapport au jeu ou quels que soient d'autres types de
dépendances, ce n'est pas nous qui vont les empêcher. Ce qu'on souhaiterait faire dans les casinos, c'est d'avoir un
certain contrôle pour pouvoir les aider au moment où ils ont besoin,
parce qu'ils sont à vue puis ils sont encadrés avec des outils, là; c'est un
peu ça. Parce que ce qu'on constate, c'est que les gens vont jouer ailleurs, et
puis tout ça.
Bon, ceci étant dit, vous êtes
habilités à transiger avec les gens qui ont des dépendances. On sait que le
problème du jeu pathologique... on nous a
dit aussi, ce matin, que ce n'était pas l'ensemble des joueurs qui avait une
pathologie par rapport au jeu. Présentement, on identifie ça à 0,7 %, mais
il y a quand même... Donc, ça demande une vigilance constante pour être en
mesure de bien les identifier puis d'être capable de leur apporter une aide.
Dans
ce sens-là, vous, qui êtes les témoins, souvent, de ces situations-là,
pouvez-vous nous dire à quel moment il est
plus efficace d'agir, d'intervenir en amont au niveau de la sensibilisation ou
au niveau… De par votre expérience, là, qu'est-ce qui pourrait faire qu'on pourrait réduire, là, les problèmes
de dépendance chez les gens, là, au niveau du jeu?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte
(France) : Je pense qu'il y a plusieurs facteurs qui peuvent aider la
réduction, mais ce sont des facteurs de protection
qui aident le plus à la réduction des problématiques à risque et des
problématiques pathologiques. Et, les
facteurs de protection, il faut les regarder sur une étude longitudinale, il ne
faut pas mettre un facteur de protection puis penser qu'immédiatement ce
facteur de protection là va donner un résultat. Si on regarde le tabac, c'est
sur plus de 10 ans qu'on obtient des
résultats parce qu'on a mis des facteurs de protection. Alors, c'est pareil
pour le jeu. Je pense qu'il faut
faire la promotion du jeu responsable, il faut avoir des aires de jeux qui sont
sécuritaires. Je ne pense pas qu'on doit offrir l'alcool dans les aires
de jeux, c'est un facteur de risque plus important.
L'autre
élément, c'est que nous avons fait le choix, au Québec, d'avoir des casinos
d'État, et ces casinos d'État là doivent
avoir une préoccupation pour la clientèle qui est vulnérable et qui présente un
problème de jeu pathologique ou de comportement
à risque et qui se retrouve aux tables de jeu ou en arrière des appareils de
loterie vidéo. Et je comprends que
Loto-Québec dit qu'il pense récupérer 40 millions, mais ce
40 millions là, il va venir pas seulement de la consommation d'alcool, il va venir des mises plus importantes
que les joueurs pathologiques vont faire aux tables de jeu et il va
venir sur la durée plus longue où ils vont rester aux tables de jeu puisqu'ils
n'auront pas besoin de sortir de la table de jeu pour avoir un verre d'alcool.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Masson.
Mme Gadoury-Hamelin : Bien, ce matin, ce qu'on avait entendu, c'était… Je ne veux pas dire
qu'il n'y a pas du tout, là, de ce
que vous dites, mais ce qu'on a entendu plus, c'est que le pourcentage de
joueurs au Québec se maintient, même s'accentue, mais qu'il n'est plus
dans les casinos de Loto-Québec; il est ailleurs, il est dans les 80 autres
endroits autour.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Ce que vous me dites, c'est que les joueurs
pathologiques utilisent les casinos autres que les casinos d'État ou les
appareils de loterie vidéo qui sont autres que les appareils de loterie vidéo
de l'État. Je pense qu'effectivement il y a un pourcentage qui glisse. Je ne
pense pas que c'est seulement l'alcool qui est le seul facteur déterminant pour que ces gens-là se retrouvent; il
y a d'autres facteurs. Puis il faudrait évaluer, chez ces joueurs-là,
quels sont les facteurs qui font qu'ils vont vers ces sites qui ne sont pas les
sites encadrés par l'État. Mais je ne pense pas que c'est seulement l'alcool qui est un facteur, c'est un des facteurs.
Je ne nie pas que ça peut être un facteur, mais ce n'est pas le seul
facteur.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin : Est-ce que vous avez une idée des autres facteurs
qui pourraient être...
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Écoutez, il peut y avoir une multitude de
facteurs, qui peut être la proximité, quelque chose de l'ordre de la proximité, quelque chose du fait que ce n'est pas
un casino d'État et que moi, j'aime mieux aller jouer dans un casino qui
n'est pas d'État, qui est moins encadré, moins soutenant, où il n'y a peut-être
pas d'auto-exclusion, alors, ou moi, je veux
aller dans ce type de casino là. Mais je pense qu'on aurait avantage à faire
une recherche puis à aller voir quels
sont ces facteurs-là qui incitent ces joueurs-là à quitter le casino puis à
aller vers un autre site de jeu.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Masson.
Mme Gadoury-Hamelin : Vous nous avez dit aussi, dans vos commentaires, que les casinos de
l'État justement avaient des outils
pour bien identifier puis pour bien supporter. Je pense que vous avez des liens
avec. Vous ne pensez pas que ce serait mieux justement que les gens se
retrouvent dans nos casinos à nous, les casinos de l'État, plutôt que de se
retrouver dans des casinos illicites?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Tout à fait.
Je pense qu'on aurait avantage à ramener les joueurs, mais je ne suis pas
certaine que c'est en donnant l'alcool aux aires de jeux qu'on va ramener les
joueurs nécessairement. Je pense qu'on aurait avantage à regarder c'est quoi, les facteurs, puis à aller
interviewer ces gens-là. Je ne suis pas certaine que c'est en donnant
accès à de l'alcool qu'ils vont nécessairement revenir vers les casinos d'État.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Masson.
Gadoury-Hamelin : Bien, de
toute façon, vous, quand vous dites : Donner l'alcool, on ne donnerait
pas l'alcool, là, elle serait…
Mme Lecomte (France) : Non, je
comprends très bien, là, mais...
Des voix : Ha, ha, ha!
Mme Gadoury-Hamelin : O.K., c'est
bon. Parce que vous savez qu'il y a des endroits où, carrément, elle est
donnée, hein?
Mme Lecomte (France) : Oui, où c'est
gratuit. Non, je le sais...
Mme Gadoury-Hamelin : Ça, ça peut
être un incitatif.
Mme Lecomte (France) : Non, non. Je
me suis mal exprimée, là, je...
Mme Gadoury-Hamelin : O.K. Non, je
voulais juste être certaine.
Mme Lecomte (France) : ...permettre
aux gens d'acheter de l'alcool et de le consommer directement à la table de
jeu.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Sainte-Rose.
Proulx : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour. Je reviens sur ce que vous dites. En fait, vous
dites qu'il n'y a pas d'étude
spécifique, là, qui démontre que le fait de servir, de permettre l'alcool aux
tables de jeu est un facteur qui inciterait les gens à revenir vers les
casinos d'État. Mais, à ce moment-là, est-ce que c'est démontré, finalement,
cette relation problématique entre la consommation d'alcool aux tables de jeu
et le jeu pathologique?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Lecomte (France) : Ce qui
est démontré, c'est qu'il y a une relation de cause à effet entre la
consommation d'alcool et le jeu. On sait
que, chez les joueurs pathologiques, il y en a une forte proportion qui ont aussi
des problématiques d'alcool. Donc, il
y a une relation, il y a une interaction entre le fait de jouer et de consommer
de l'alcool qui accentue la problématique
de jeu, parce que la personne, en consommant de l'alcool, elle se met plus à
risque. C'est un facteur de risque
supplémentaire, l'alcool. C'est un dépresseur qui amène les gens à prendre une
plus grande prise de risque. C'est comme
la conduite automobile : quand on consomme de l'alcool, on a une prise de
risque plus importante dans la conduite automobile. Alors, le même
parallèle se fait avec le jeu.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Sainte-Rose.
Proulx : Oui. Et cette
association entre l'alcool et le jeu, dont on parle, là, est-ce que — à ce moment-là, je reviens un petit peu avec ce que ma collègue vous
proposait — ce ne
serait pas plus responsable pour un gouvernement de mettre en place des mesures qui vont favoriser le jeu dans un endroit
où ce sera mieux réglementé? Et, pour éviter que les joueurs, surtout les joueurs pathologiques, qui peuvent développer
une dépendance ou qui peuvent, bon, finalement, avoir une problématique
assez sérieuse, est-ce que ce n'est pas plus responsable de nous assurer de les
canaliser et de faire en sorte qu'ils
viennent jouer le plus possible dans un endroit réglementé, où, je souligne
aussi, 99 % de la clientèle n'est pas... ne sont pas des joueurs
pathologiques?
Donc, il y a
une expérience, disons, de loisir et une expérience comme aller souper dans un
restaurant et prendre une bouteille de vin, où il y a toujours un niveau
de responsabilité de l'individu, et ce n'est pas parce qu'on est dans un restaurant et qu'on consomme de l'alcool qu'on
a un problème d'alcool, au même
titre que ce n'est pas parce qu'on est
dans un casino et qu'on prend une consommation à une table de jeu qu'on a un
problème d'alcool ou qu'on est un joueur pathologique. À ce moment-là, mais
compte tenu qu'on sait que ça existe, le jeu pathologique, pour une faible
proportion quand même de la clientèle des casinos, est-ce qu'on ne devrait pas
tout mettre en place pour nous assurer de leur permettre de jouer dans un
encadrement le plus sécuritaire possible?
Le Président (M. Bergman) : M.
Soucy.
M. Soucy
(Claude) : Oui, c'est sûr
que, comme association, on va toujours favoriser que ce jeu-là se fasse...
que les jeux de hasard se fassent dans un environnement qui est le plus
encadré, le plus légal possible. Ça, je pense que, comme association, on a une position assez claire
là-dessus. Par contre, je pense qu'il ne faut pas mettre en opposition
ce fait-là et le facteur bien connu de
l'interaction alcool et jeu, que Mme Lecomte a décrit, là. Puis je pense que,
lorsqu'on fait référence à des études
récentes, entre autres de Mme Nadeau, où on voit qu'il y a 50 % des
joueurs pathologiques qui ont aussi
des problèmes de consommation d'alcool, je me dis : On peut se poser quand
même des questions, là, sur l'orientation de la mesure qui est proposée.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Sainte-Rose.
Proulx : Oui. J'aimerais
revenir sur une proposition que vous faites dans votre mémoire, dans le
document que vous nous avez déposé. Dans vos recommandations, vous souhaitez,
si le gouvernement allait de l'avant avec la réglementation, la modification
réglementaire, de mettre en place un comité de suivi.
J'aimerais ça
que vous m'expliquiez un peu plus votre vision de ça. Qu'est-ce que vous
souhaiteriez que ce comité de suivi
fasse? Est-ce que ce serait d'évaluer véritablement l'impact de cette réglementation,
j'imagine, à différents niveaux, autant
du point de vue de l'individu, du point de vue de la prévalence du jeu
pathologique que du point de vue, peut-être, de l'augmentation de la
clientèle et des revenus de Loto-Québec? Comment vous voyez ça, ce comité de
suivi?
Le Président (M. Bergman) : M.
Soucy.
M. Soucy
(Claude) : Je pense qu'il y
a deux ordres de préoccupations dans nos recommandations, une première qui vise à s'assurer qu'au Québec on ait un
observatoire sous la responsabilité de l'Institut national d'excellence en
santé, par exemple, et que cet
observatoire-là assure une certaine vigie sur le phénomène, sur le problème des
comportements à risque liés au jeu. Je pense
que, comme Mme Lecomte le disait, c'est que la littérature et la recherche sur
ces éléments-là n'est pas autant
développée, par exemple, que dans le secteur de l'alcool ou dans le secteur des
drogues. Donc, je pense que ça assurerait une certaine vigie et
améliorer la connaissance.
Plus spécifiquement, la deuxième recommandation,
ce qu'on dit, c'est que, s'il y a un changement apporté au règlement, ce qu'on souhaiterait, c'est qu'il y
ait un comité d'experts indépendants. Il existe des organismes qui
peuvent faire ce type d'évaluation là, entre
autres on pense à des équipes de l'ENAP ou d'autres organismes, mais qui
pourraient faire une évaluation, une équipe
d'experts indépendants qui pourraient faire une évaluation et le suivi des
impacts sur les joueurs, mais peut-être aussi sur le suivi de l'impact
financier dont on parle, entre autres, là, dans le...
Le Président (M. Bergman) : Il vous
reste une minute.
Proulx : Une minute? Bien,
juste en une minute, en quelques secondes, est-ce que vous pouvez nous
parler un petit peu de la relation que vous avez
avec Loto-Québec? Est-ce qu'il arrive que Loto-Québec vous réfère des
clients? Comment... Est-ce que vous... Oui, est-ce que vous travaillez avec
Loto-Québec, en fait?
Lecomte (France) : On n'a
pas d'entente de services avec Loto-Québec, mais, oui, dans le cadre de...
ils vont référer de la clientèle. Ils nous
connaissent comme centre de traitement puis, oui, ils vont, dans les situations
où ils font intervenir l'intervention
de crise… Alors, oui, on a de la clientèle qui nous parvient des aires de jeu
du casino, que ce soient les tables ou les appareils de loterie vidéo.
Mais on n'a pas d'entente spécifique avec Loto-Québec.
Le Président (M. Bergman) : Alors,
ceci met fin au bloc du gouvernement. Pour l'opposition officielle, pour une…
22 minutes, Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Merci, M. le Président.
Alors, bonjour. Bienvenue. Merci de participer à ces consultations.
On a entendu
Loto-Québec, les gens de Loto-Québec, un peu plus tôt aujourd'hui, qui nous
expliquaient qu'ils avaient mis en
place une série de mesures, en fait, qui sont mises en place en fonction de ce
qui existe actuellement. On a compris
qu'il n'y a rien qui sera mis en place afin de pallier peut-être aux nouveaux
besoins qui résulteront des changements proposés.
Mais
j'aimerais vous entendre : Est-ce que, selon votre expertise, selon les
gens que vous croisez, la clientèle que vous croisez, est-ce que, si le gouvernement devait aller de l'avant
avec cette modification-là au règlement, des mesures additionnelles
devraient être mises en place à l'intérieur des casinos? Parce que, je
comprends, vous parlez de l'observatoire. Ça, c'est une chose. Mais
concrètement, pour l'aide directe à la clientèle à risque, un observatoire, concrètement, là, au jour le... au quotidien, ça
ne pourra pas les... on ne pourra pas les accompagner, ça ne les aidera
pas, ça ne viendra pas tenter de les sortir d'une situation.
Quelles seraient les mesures qui pourraient être
mises en place, les mesures additionnelles qui devraient, pas pourraient, qui
devraient être mises en place pour venir pallier aux conséquences qui seront
directement en lien avec cette décision-là?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Vous me
demandez, advenant que le règlement passe et qu'on va de l'avant pour permettre la consommation d'alcool dans les aires
de jeu, quels seraient les éléments qui pourraient être mis en place.
Écoutez, je pense qu'il va falloir développer des outils de dépistage
extrêmement importants pour être capable de dépister ces
gens-là qui vont être en consommation d'alcool et dans un cycle important relié
à leur problématique de jeu pathologique,
parce qu'ils ne se retirent pas de leur cycle, ne se retirent pas de leur aire
de jeu pour aller se chercher et se payer une consommation.
Alors,
vraiment, il va falloir qu'il y ait du dépistage très spécifique qui soit
développé pour détecter ces gens-là et leur offrir une alternative, je
dirais. Mais c'est beaucoup des outils de dépistage, là, de surveillance et de
dépistage dans les aires de jeu.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Gatineau.
Mme Vallée : Loto-Québec, M. Bibeau
nous disait : Nos serveurs ont suivi une formation, une formation de trois heures, alors ils sont capables de détecter
et de dépister toutes les problématiques à l'intérieur du casino.
Croyez-vous que des serveurs, avec tout le
respect que je peux avoir pour les gens qui travaillent dans les casinos…
Est-ce que quelqu'un qui travaille au
bar a les compétences requises pour dépister les problématiques ou les
comportements à risque?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Lecomte (France) : Plus on
fait le choix d'augmenter les facteurs de risque, plus ça nécessite une
expertise chez les gens pour dépister. Et c'est vers ça qu'on va, là, on
augmente les facteurs de risque, alors je... Est-ce que les serveurs ont
suffisamment de formation pour dépister? J'en douterais. Je me permettrais d'en
douter.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Gatineau.
Vallée : Quel serait, à
votre avis, le profil des gens qui devraient être formés, qui devraient être
appelés à intervenir dans les casinos?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Lecomte (France) : Vous me
demandez un profil pour intervenir dans les casinos, dans des
situations... pour prévenir. Parce que, dans une situation de crise, il y a une
intervention, dans le casino, qui est faite puis il y a des professionnels qui
se déplacent quand il y a une situation de crise. Vous me demandez plus pour
prévenir. Bien, je pense qu'il faut que ce
soient des intervenants cliniques, il faut qu'il y ait plus d'intervenants
cliniques disponibles dans les
casinos pour être capables d'observer ces gens-là. Et des cliniciens, là, je
parle de gens qui ont une formation clinique.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Gatineau.
Vallée : Ce sera ma dernière
question, je sais que mes collègues ont des questions. Donc, le fait d'avoir
un infirmier ou une infirmière par casino
pendant les heures d'ouverture, comme on nous l'expliquait comme étant un
moyen extraordinaire pour prévenir les dérapages, est-ce que c'est suffisant, à
votre avis?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Je ne pense
pas que ce soit suffisant pour prévenir les dérapages, surtout si on augmente
les facteurs de risque.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de
Santis : Merci, M. le
Président. Est-ce que vous savez c'est quoi, le taux des joueurs pathologiques
en Ontario, par exemple, ou dans les Maritimes?
Mme Lecomte (France) : Le taux de
joueurs pathologiques est sensiblement le même en Ontario ou dans d'autres pays
comme la France. On obtient tous des taux de joueurs pathologiques qui se
situent autour du 0,7 %, 0,8 % de
la population générale, et les taux de joueurs à comportement à risque sont
aussi autour du 1 %, 1,2 %. Donc, on peut dire qu'en moyenne
il y a à peu près 2 % de la population qui présente une problématique de
jeu. Et il y a, en Angleterre, où le taux
est un petit peu plus élevé, et… En Angleterre, ils attribuent ce taux plus
élevé aux paris sportifs qui sont...
où cette culture-là adhère bien aux paris sportifs. Alors, il y a un taux un
petit peu plus élevé en Angleterre, mais on est tous autour du même
taux.
Le Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de
Santis : Alors, je me pose
la question : Si l'alcool est vendu dans les aires de jeu ailleurs que le
Québec, et le taux des joueurs pathologiques, c'est semblable, comment vous
expliquez cela?
Mme Lecomte
(France) : Bien, je pense qu'il faut dire que les recherches dans le
jeu, ce sont des jeunes recherches. Ce n'est
pas un domaine, le jeu, qui a été... où il y a eu beaucoup de recherches si on
compare avec d'autres dépendances. Alors, on a un
historique de recherche qui est beaucoup plus récente en jeu qu'on l'a dans d'autres
dépendances comme...
Nous,
ce qu'on dit, c'est : Il faut mettre autour du joueur des facteurs de
protection puis il faut faire des études longitudinales pour être capable de voir l'impact de nos mesures de
protection sur le taux de prévalence. Et, au Québec, on est le seul au monde où on a une offre de service
qui est gratuite pour les joueurs pathologiques — ça n'existe pas nulle part dans le monde — et on
a beaucoup de facteurs de protection qu'on met en place par rapport à d'autres
endroits. Mais on ne peut pas, en ce moment,
compte tenu que les recherches sont récentes, vérifier l'impact de nos facteurs
de protection immédiatement. Si on regarde le tabac, c'est sur une période de
10 ans que ça a donné des résultats sur les facteurs, sur le taux de prévalence. Alors, il faut maintenir les
facteurs de protection, faire de la recherche et voir l'impact sur les
taux de prévalence.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de
Santis : O.K., parce que, quand je lisais votre présentation, je me
demandais c'est quoi, l'aspect scientifique
derrière les déclarations qui sont faites. J'ai commencé un doctorat en
biochimie, ça explique un peu pourquoi je poserais ces questions-là. Par exemple, quand vous dites que
l'obligation pour le joueur de devoir quitter l'aire de jeux pour consommer les boissons alcooliques, que cela
agit souvent comme un frein, est-ce que ça, c'est une déclaration qui est faite parce que ça semble quelque chose qui
est évident ou parce qu'il y a des études scientifiques qui le
démontrent?
Mme Lecomte
(France) : Il y a des études scientifiques. Maintenant, je ne serais
pas à même de vous dire est-ce qu'il y a une
étude scientifique qui a démontré ça, mais les joueurs nous le disent, et il y
a des déclarations des joueurs qui
nous le disent. Ils nous disent que, quand ils doivent aller dehors fumer une
cigarette ou s'ils ont à aller se chercher un verre d'alcool au bar, que
ça brise leur cycle et que ça permet de reprendre contrôle. Et ça, les joueurs
nous le disent.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de
Santis : Comment est-ce que le taux de 0,7 % ou 1 % a été
calculé? Comment vous êtes arrivés à ces chiffres-là?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte
(France) : Bien, c'est calculé à partir de recherches qui ont été
faites par Mme Louise Nadeau et Sylvia
Kairouz, qui ont travaillé sur les taux de prévalence. Alors, elles ont... Je
ne pourrais pas rentrer dans le spécifique
de ces recherches-là, mais c'est deux grandes chercheuses au Québec qui se
penchent... Mme Nadeau, depuis des années, sur les problématiques de
dépendances et Mme Kairouz principalement sur les problématiques de jeu. Et
elles font des études pour être capables de déterminer le taux de prévalence,
comme on le détermine pour l'alcool, comme on le détermine pour d'autres
produits.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : Je pose cette question, parce que, quand j'étais sur le Net — tout le monde va sur le Net — ce
n'était pas Wikipédia … puis j'étais
sur le Net, j'ai trouvé d'autres études, j'ai trouvé des études Smart et
Ferris, etc., et, eux, c'était par des appels téléphoniques. Alors, je
me dis : Comment ça peut être valable?
Mme Lecomte
(France) : Les taux de prévalence?
Mme de Santis : Non, non, quand des études sont faites par appels téléphoniques de
2 000 personnes. Alors, je me dis : Est-ce que c'est
scientifique?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte
(France) : Bien, c'est difficile pour moi de répondre à cette
question-là, là, n'étant pas une chercheure.
Je suis une clinicienne de formation. Mais ces études-là, si elles
déterminent... si elles permettent de déterminer des taux de prévalence, c'est qu'elles sont vraiment déterminées par des
critères scientifiques très précis. Et, oui, des fois, au téléphone, ça
peut donner des résultats extrêmement positifs aussi, parce qu'il y a des
critères très précis qui sont en lien avec les résultats de ces appels
téléphoniques là.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : Une dernière question. Je ne sais pas comment les gens font pour aller
jouer sur le Net, mais je présume que c'est assez facile et qu'ils le
font à partir de leur chez-eux. Et l'alcool, c'est tout à fait... je veux dire,
c'est facilement accessible à l'intérieur d'une maison.
Est-ce
qu'il y a des études qui ont été faites là-dessus dont vous pouvez être au
courant? Et est-ce que vous voyez que
vraiment, si l'alcool est vendu dans une aire de jeux, ça change beaucoup pour
celui qui est un joueur pathologique? Parce
que le joueur pathologique, je présume, va aussi jouer à l'intérieur de son
chez-lui. Il n'y a aucune raison d'aller au casino pour le faire, il va jouer chez lui. Alors,
chez lui, il n'est pas du tout protégé. Et donc, si on impose ça aux
casinos, qu'est-ce qu'on réussit vraiment à faire?
Mme Lecomte
(France) : Bien, je pense...
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lecomte.
Mme Lecomte (France) : Excusez-moi, je parle trop vite. Je pense qu'on
ne peut pas réglementer la vie privée des gens, hein? Les gens sont dans
leur maison, et, oui, il y a des facteurs de risque importants, mais on ne peut
pas réglementer. On peut faire du dépistage,
on peut faire de la promotion du jeu responsable pour ces gens-là, on peut
leur offrir une offre de service quand ils
vont venir nous voir, on peut faire beaucoup de choses. Mais, dans les aires de
jeu d'un casino d'État, je pense qu'on a une
responsabilité à l'égard des joueurs pathologiques qui sont présents et de
leur grande vulnérabilité. Et on a à se
questionner si on ajoute un facteur de risque ou si on maintient les facteurs
de risque qui sont là, parce qu'il y