Labour and the Economy — 21 September 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-09-21
Quebec — Committees
(Neuf
heures quarante-sept minutes)
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, bonjour. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 59, Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Boutin
(Jean-Talon) est remplacée par M. Bachand (Richmond); M. Jacques
(Mégantic), par M. Caron (Portneuf); Mme Richard (Duplessis) est
remplacée par M. Gaudreault (Jonquière).
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci. Je comprends que, pour toutes les mises
aux voix lors de cette séance-ci, la séance de la journée, vous voulez toujours
procéder par appel nominal. C'est bien ça? Parfait. Merci.
Ce matin, nous
poursuivons avec le sujet 6, Autres dispositions, obligations de
l'employeur. Lors de l'ajournement de nos travaux, la semaine passée, la commission
étudiait un amendement qui vise à ajouter le nouvel
article 143.1 au projet de loi, proposé par le ministre. Alors, est-ce
qu'il y a d'autres interventions sur cet amendement? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, tout le monde. Bon début de semaine, semaine
qui, à moins de surprises, à moins de mauvaises surprises, peut-être, verrait
la conclusion de cette fastidieuse étude détaillée. Alors, on verra bien
comment ça se passe aujourd'hui, demain et peut-être jeudi.
Avant de procéder,
Mme la Présidente, j'aimerais avoir une discussion avec le ministre à propos
des agences, donc je proposerais une suspension, à moins que quelqu'un d'autre
veuille intervenir, là.
Présidente (Mme IsaBelle) : ...député d'Hochelaga-Maisonneuve, à
parler plus fort, parce qu'on a difficilement entendu ici.
M. Leduc :
Ah bon! Alors, je vais parler plus fort. J'allais dire, Mme la Présidente, qu'à
moins que quelqu'un d'autre avait quelque chose à dire, moi, je demanderais une
suspension parce que j'aurais besoin de parler au ministre à propos de cet
article.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Parfait. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cet
amendement qui introduit le nouvel
article 143.1? Il n'y aurait pas d'autre
intervention?
Alors, nous allons
suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
9 h 49)
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, il y a eu un long échange entre le ministre et le député
d'Hochelaga-Maisonneuve. Qui veut donc intervenir? Alors, député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Merci, Mme la Présidente. Donc, toute la thématique des agences, c'est très
complexe, c'est à plusieurs niveaux. Il y a la loi, il y a la jurisprudence, il
y a l'interprétation, il y a la perception de ce qui est écrit. C'est une
demande que j'avais formulée au ministre, là, au tout début, là, des travaux,
avant même qu'on soit en étude détaillée ici, il fallait qu'on fasse de quoi
sur les agences. Je pense que le ministre m'a entendu, mais je ne sais pas si
la proposition qui est sur la table est la bonne. En fait, j'en doute, je
crains même des effets pervers. Je ne remets d'aucune manière en cause ses
intentions, au ministre. Je crains les effets pervers potentiels de son interprétation...
pas de son interprétation, mais de sa proposition.
Il faut analyser la proposition
du ministre, là, le 51.1.1, en lien avec ce qui est déjà dans la loi, à savoir
le 51.1, qui dit la chose suivante :
«La personne qui, sans être un employeur, utilise les services d'un travailleur aux fins de son établissement doit respecter les obligations
imposées à un employeur par la présente loi.» On avait l'intention, peut-être,
d'aller jouer là-dedans ou, du moins, on avait comme premier plan d'aller
jouer là-dedans, mais cet article-là de la loi,
de la LSST, n'est pas rouvert par un amendement du ministre.
On aurait voulu préciser
des mots, potentiellement, peut-être dire que, sans être un employeur, sans
être son employeur, il doit... plutôt, de dire : Il doit respecter les
obligations, il doit respecter toutes les obligations. Parce qu'il y a toute une
jurisprudence, là, qu'on résume souvent à l'arrêt Sobeys, qui vient préciser
une méthodologie, un test que les tribunaux peuvent utiliser pour essayer de
déterminer qui est le véritable employeur. On appelle ça, souvent, le test de
la gestion effective, qui, là, dans le réel, est l'employeur d'une personne,
d'un travailleur. Et c'est donc de cette manière-là qu'on donne ce rôle-là,
avec toutes les obligations qui en découlent, dans l'ensemble du droit du
travail.
Sauf qu'en matière de prévention, en matière de
santé-sécurité du travail, on n'a pas nécessairement avantage à vouloir trancher tout le temps. La prévention,
par définition, plus on en a, mieux c'est. Alors, plus il y a de
personnes qui sont responsables de la prévention de votre santé, de votre sécurité,
mieux c'est aussi. Alors, l'idée de vouloir trancher à tout prix l'employeur et
de délester en bonne
partie l'autre
partie de ses responsabilités n'était pas
une situation avec laquelle on était confortable. C'est ça qu'on veut changer.
L'article 51.1 de la loi actuelle n'a pas,
à mon avis, permis de faire en sorte que la prévention se fasse bien dans un
scénario où il y a une agence de location de personnel qui est présente.
Malheureusement, trop souvent, avec ce test-là, on peut en arriver à la conclusion
que c'est l'agence qui est responsable de la gestion effective. Et, au final...
toujours dans un scénario de prévention, c'est une drôle d'idée, parce que,
malgré que l'agence puisse être responsable de la paie, puisse être responsable
des outils de travail, de fournir de l'équipement de protection, au final, on
est toujours dans la bâtisse de l'employeur client, hein? Ça se fait toujours
chez lui, là, sinon on se demande ce que l'agence fait dans la vie.
Alors, c'est dans ce scénario-là, c'est dans
cette perspective-là que, nous, on aurait souhaité préciser 51.1. Puis, dans les échanges qu'on a eus à micro fermé,
puis là on peut les avoir à micro ouvert, il y a peut-être... peut-être que
c'est déjà ça que veut dire ou, du moins, que le ministre considère
que veut dire 51.1, à savoir qu'il peut y avoir des scénarios où est-ce
que l'entreprise cliente ainsi que l'entreprise d'agence se retrouvent
conjointement responsables, et ne vise pas, donc, à contourner ces
responsabilités, et à plutôt additionner les responsabilités. On pourrait peut-être
commencer, donc, à préciser ce que M. le ministre entend par la lecture
actuelle du 51.1.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, M. le ministre.
M. Boulet : Oui, merci. Oui,
écoutez, on a eu une intéressante discussion, puis effectivement, 51 est clair,
c'est l'employeur qui a des obligations, pas à l'égard de son travailleur, mais
du travailleur, puis des obligations qui sont très, très bien définies dans les
15 paragraphes de 51. Mais il doit, d'abord et avant tout, prendre les
moyens nécessaires pour assurer la santé, sécurité, intégrité physique de ses
travailleurs, et maintenant psychique.
Et 51.1 est
là pour celui qui, sans être l'employeur, la personne qui utilise, sans être un
employeur, les services d'un travailleur aux fins de son établissement.
Et donc ce que ça visait initialement... puis une des fins visées, ce qu'on m'expliquait tout à l'heure... quand ça a
été adopté, cet article-là, en 2009, si je me souviens bien, c'est qu'il y
avait aussi, puis il y a encore ça aujourd'hui, des entreprises clientes, qui ne sont pas des employeurs, qui
n'ont pas d'employé, qui n'ont pas de salarié et qui donnent à des
agences externes, et ces agences-là peuvent être des personnes qui, sans être un
employeur, utilisent aux fins de leurs établissements.
Donc, ça peut être le cas de cette personne-là.
Donc, l'entreprise cliente, qu'elle ait ou non... qu'elle soit ou non un employeur, elle est couverte soit par 51 ou
soit, l'agence, par 51.1. Donc, il y a une obligation de respecter, il
y a un devoir, en fait, de respecter les obligations à l'égard du travailleur.
M. Leduc : Ce qui peut parfois être
inquiétant, puis on l'a connu dans différents scénarios, là, on l'a connu dans
différentes jurisprudences, on l'a connu, en partie, avec le désastre dans les
CHSLD, en particulier le CHSLD Herron...
C'est ce flou-là, c'est la déresponsabilisation, c'est ce qu'on appelle
l'externalisation des risques qu'une entreprise peut vouloir faire
envers un service d'agence : Occupe-toi de tout ça, ça t'appartient.
Et là l'intervention du ministre, donc,
peut-être pour atterrir sur ce qui nous était proposé à 51.1.1, nous inquiète
parce que... puis, encore une fois, je ne vise pas l'intention du ministre. Je
pense qu'elle était la bonne, mais elle nous inquiète parce qu'on vient
quasiment donner un encouragement, en quelque sorte, en écrivant noir sur blanc dans la loi qu'il est possible de vouloir
aller faire ce test-là, ce test de Sobeys, là, la responsabilité effective, et
que ça pourrait encourager des entreprises clientes à le faire, à vouloir
dire : Ah oui! c'est vrai, je peux me déresponsabiliser des risques, moi.
Ah! bien, coudon, je vais l'essayer. Alors, ça, c'est inquiétant. Alors, dans
ce scénario-là, je pense que j'aime mieux ne pas avoir le 51.1.1 que de le
mettre.
Puis, encore une fois, ce n'est pas parce que le
ministre a des mauvaises intentions. Je sais qu'il travaille fort, avec la
CNESST, à essayer de faire un peu le ménage dans les agences. Il en reste
beaucoup, beaucoup à faire, mais, à la limite, ce qu'il nous propose, je trouve
qu'il y a des dangers. Il y a des dangers qui sont assez identifiables, puis,
dans l'absolu, je pense que ce serait mieux de ne pas l'avoir, le 51.1.1.
M. Boulet : J'ai bien compris. C'est
important de repréciser, puis je l'avais fait la semaine dernière, qu'une obligation
qui est prévue dans une loi d'ordre public comme la nôtre, ça ne peut pas faire
l'objet d'un transfert conventionnel. Le moyen pour respecter l'obligation
pourrait, ultimement...
On l'a proposé, cet amendement-là, à des fins
pédagogiques. Nous le croyons utile, mais je suis d'accord avec le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve,
il n'est pas nécessaire, puis, dans la mesure où il peut engendrer une certaine
confusion, ce qu'on va faire, c'est qu'on va retirer notre amendement,
simplement, Mme la Présidente.
Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait. Alors, avons-nous le consentement
pour retirer l'amendement à l'article 143.1?
Des voix :
Consentement.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Nous avons le consentement.
Alors, écoutez, nous
allons suspendre quelques instants pour mieux préciser la suite.
(Suspension de la séance à
10 h 31)
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, nous venons de recevoir un nouvel amendement, de la
part du ministre, introduisant un nouvel
article 143.1. Alors, M. le
ministre.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Donc, un peu plus tôt, on avait retiré 51.1.1 et
51.1.2. Évidemment, le 51.1.1 avec une connotation pédagogique, mais le 51.1.2,
il peut avoir toujours son utilité. Ça fait qu'on redépose un amendement qui
modifie, par l'insertion, après 51.1, du suivant... 51.1, puis c'était le
51.1.2. Donc, on dit :
«Est sans effet toute
clause d'un contrat ou d'une convention qui limite ou transfère les obligations
qui, en vertu de la présente loi, incombent à l'employeur qui loue ou prête les
services d'un travailleur à son emploi ou à la personne qui utilise ces
services.»
Donc, comme je
l'ai... C'est complet. Comme je l'ai souvent dit, c'est une loi qui est d'ordre
public. On ne peut pas y déroger conventionnellement. Ceci dit, la
jurisprudence confirme cependant que les moyens pour atteindre ces obligations-là
peuvent faire l'objet de conventions. Mais, voilà, avec 51.1 nouveau, ça
confirme la réalité que je viens d'exprimer. Donc, c'est simplement pour fin de
précision et clarté. Merci.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il des interventions à l'amendement déposé
par le ministre? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Oui. Merci, Mme la Présidente. En effet, on a roulé vite, tantôt, puis je pense
que celui-là... en tout cas, nous, on l'avait... on ne l'a pas discuté, là, à
micro ouvert puis on l'a peut-être un peu oublié aussi dans nos discussions à
micro fermé. Donc, je suis content qu'on le ramène, parce qu'il y a quand même,
en effet, une pertinence, là, comme le ministre vient de le mentionner. Donc,
on va être évidemment en faveur.
Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait, merci. Y a-t-il d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder
à la mise aux voix de l'amendement déposé... ou introduisant le nouvel article.
Le Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Le Secrétaire :
M. Bélanger (Orford)?
Le Secrétaire : M me Dansereau (Verchères)?
Dansereau :
Pour.
Le Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Le Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Le Secrétaire :
M. Leitão (Robert-Baldwin)?
Le Secrétaire :
M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
Le Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
Le Secrétaire : Et Mme
IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, l'amendement introduisant le nouvel
article 143.1 est adopté.
Donc, le nouvel
article est introduit. Nous poursuivons. Oui, député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : J'aimerais déposer un
nouvel article, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Un
nouvel amendement? Oui. Je pense que nous l'avons reçu, mais on doit avoir la
nouvelle numérotation. On va suspendre quelques instants pour s'assurer qu'on
l'a bien reçu.
La Présidente (Mme IsaBelle) : C'est
ça, il faut donc le renuméroter. Est-ce qu'il a été acheminé? Il a été
acheminé.
Alors, on va suspendre quelques instants,
rapidement.
(Suspension de la séance à 10 h 59)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, député d'Hochelaga-Maisonneuve,
nous avons reçu votre amendement. Alors, je vous invite à le lire, s'il
vous plaît.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Ça va comme suit :
L'article suivant est ajouté au projet de loi :
143.2. Cette loi est modifiée par l'insertion,
après l'article 51.2, du suivant :
«51.3. Tout employeur ou toute personne qui,
sans être son employeur, utilise les services d'un travailleur aux fins de son
établissement doit notamment :
«1° fournir le matériel, l'équipement, les
dispositifs et les vêtements de sécurité réglementaires à toute personne à qui
il permet l'accès du lieu de travail pour exécuter un travail;
«2° veiller à ce que toute personne admise dans
le lieu de travail pour exécuter un travail connaisse et utilise selon les modalités réglementaires le matériel,
l'équipement, les dispositifs et les vêtements de sécurité
réglementaires;
«3° porter à l'attention de toute personne
admise dans le lieu de travail pour exécuter un travail les risques connus ou
prévisibles auxquels sa santé et sa sécurité peuvent être exposées;
«4° informer adéquatement toute personne admise
dans le lieu de travail pour exécuter un travail des risques reliés à ce
travail et lui assurer la formation, l'entraînement et la supervision
appropriés afin de faire en sorte qu'elle ait l'habileté et les connaissances
requises pour l'accomplir de façon sécuritaire.»
Dans le fond, il y a déjà un article, qui est le
50, si je ne me trompe pas, de la loi, qui donne les obligations... plutôt le
51, c'est ça, qui donne les obligations générales à l'employeur, mais, de la
façon dont c'est écrit, puis ça fait un peu
le suivi de la discussion qu'on avait tantôt, 51.1 vient, en effet, essayer de
vouloir distribuer les responsabilités ou donner une personne qui est responsable
de manière ultime, dans une situation tripartite, entre une agence, une
entreprise cliente et un travailleur.
Mais, pour rédiger cet amendement-là, Mme la
Présidente, on s'est inspiré de ce qui existe dans le Code canadien du travail.
Et, dans le Code canadien du travail, il y a une disposition qui est vraiment
intéressante, puis je vais vous en lire un
extrait pour que vous compreniez la philosophie dans laquelle on approche le
ministre aujourd'hui. Alors, le Code canadien du travail va comme suit :
«125.1. Dans le cadre de l'obligation générale
définie à l'article 124, l'employeur est tenu, en ce qui concerne tout
lieu de travail placé sous son entière autorité ainsi que toute tâche accomplie
par un employé dans un lieu de travail ne relevant pas de son autorité, dans la
mesure où cette tâche, elle, en relève... » c'est un lieu de travail ne
relevant pas de son autorité, «dans la mesure où cette tâche, elle, en relève».
Et là il y a une série de points qu'il doit faire, dont notamment le l, «de
fournir le matériel, l'équipement, les dispositifs et les vêtements de sécurité
réglementaires à toute personne à qui il permet l'accès du lieu de travail».
Donc, c'est un peu la même chose que je disais
tantôt, en matière de santé et sécurité, on devrait chercher à donner le
maximum de protection, à éviter le plus possible ce que j'oserais appeler les
guéguerres de responsabilités et faire en sorte que ça soit clair et net qu'on
doit tous en être responsables, on doit tous en fournir, en particulier l'entreprise
cliente, l'entreprise chez qui on travaille physiquement. Parce que la
santé-sécurité, c'est beaucoup ça, c'est l'environnement physique qui peut
comporter une série de dangers.
Et donc c'est très clair, hein, «toute personne
à qui il permet l'accès du lieu de travail». Donc, on rentre dans la porte
d'une bâtisse, d'un établissement et, nonobstant notre statut, travailleur
autonome, travailleur d'agence, travailleur direct, bien, on a droit à une
série de considérations, des équipements et compagnie. Donc, c'est un peu comme ça qu'on a écrit
143.2, et qui vise vraiment, encore
une fois, à s'assurer que dans la... en matière de prévention, on additionne
plutôt que de chercher à soustraire. Voilà.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. M. le ministre.
M. Boulet : Merci. Je ne tiendrai
pas de propos, là, à l'égard du Code canadien du travail, mais, en matière de
santé-sécurité, je pense qu'on peut dire que notre
article 51, il est complet
en soi, puis nul besoin de s'inspirer du Code canadien du travail. Puis, quand
on additionne les obligations de 51, on arrive à des résultats minimalement
similaires et, je crois, même supérieurs.
Puis j'attire juste votre attention à 1°...
bien, d'abord, l'introduction de 51, «doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé-sécurité», puis
on dit s'assurer, à 1°,
«que les établissements pour lesquels il a autorité sont équipés et
aménagés de façon sécuritaire». À 4°, il doit aussi «contrôler la tenue des
lieux de travail — c'est
large, là — fournir des installations sanitaires, l'eau
potable, l'éclairage, l'aération, le chauffage convenable». Il n'y a pas
ça, il n'y a pas d'équivalent dans le Code canadien du travail.
Ça fait que je ne veux pas qu'on se mette à
faire comme du «cherry picking» dans le code canadien. On a un corpus en
santé-sécurité qui est tout à fait complet puis on parle même des lieux de
travail, de conditions hygiéniques. On parle des mesures de sécurité contre
l'incendie, on parle du matériel sécuritaire puis on parle d'informer
adéquatement le travailleur, puis au travailleur, puis c'est toujours le... tu
sais, le centre d'intérêt des obligations prévues à 51, c'est véritablement le
travailleur. Il ne faut pas oublier que lui aussi a des obligations réciproques
à 49. Voilà, c'est tout. Je comprends le point du collègue, mais je pense que
notre article, tel que libellé, répond bien à cette dynamique soulevée par le
collègue.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Dans le fond, tantôt, ce
qu'on cherchait à faire, c'était de jouer alentour, là, de la notion de la
distribution du test de gestion effective, alentour, là, de l'arrêt Sobeys puis
de la jurisprudence. Là, on essaie de sortir de cette guéguerre de... quasiment
de champs de compétence, en quelque sorte, pour reprendre un parallèle que nous
connaissons bien ici, et vraiment aller sur
le plancher des vaches. Parce que l'objectif, c'est de renforcer les
obligations qui, selon moi, selon nous, devraient incomber à l'entreprise
cliente, parce que tout le modèle d'affaires des agences est basé sur l'externalisation des risques :
Signez avec moi, et puis, moi, je
viens vous fournir la force de travail, vous n'avez plus besoin de vous occuper de ça, la santé-sécurité, c'est moi
qui gère ça. Mais ce n'est pas un modèle qui fonctionne, ni sur le fond,
ni sur la forme, parce qu'au final, là, l'entreprise cliente, on est chez elle.
C'est elle qui est propriétaire des installations, des machines, de
l'équipement. Ça devrait donc... elle qui doit être imputable, en quelque
sorte.
Alors, nous, ce qu'on vient dire à 143.2, c'est
dire : Dépassons cette idée-là, des champs de compétence, de qui est le responsable
ou pas, que ça soit clair que, quand on entre dans un lieu de travail... puis
c'est comme ça qu'on l'a libellé, entre autres, le 1°, «à qui il permet l'accès
au lieu de travail pour exécuter un travail». C'est qu'à quelque part on s'en
fout de ton statut. Autonome, agence, employeur, employé, quand tu rentres
physiquement dans un lieu de travail, l'employeur ou le propriétaire de la
bâtisse, finalement, là, l'entreprise doit te fournir du matériel, des mesures
de sécurité, etc.
Il y a un cas assez éclatant, là, qu'on nous a
soumis, qui date de 2017, là, il n'y a pas très longtemps, chez Tomra,
T-o-m-r-a, à Baie-d'Urfé : un travailleur d'agence meurt étranglé dans un
convoyeur. Parce que, lorsque les travailleurs de Tomra nettoient les machines,
la fin de semaine, les convoyeurs sont cadenassés, mais lors des nettoyages
effectués pendant la semaine par les travailleurs d'agence, des gens qui sont à
l'externe, qui peuvent être, de manière rotative, pas toujours les mêmes à chaque
semaine, les convoyeurs sont en mouvement, étrangement. Donc, on n'a pas la
même mesure de sécurité, physiquement, dans la même bâtisse, pour une même
tâche, quand c'est un travailleur d'agence que quand c'est un travailleur
maison, en quelque sorte, alors que c'était clair que... Dans le contrat, c'était Tomra... c'était
l'agence, pardon, qui forme, gère et supervise les travailleurs placés chez
Tomra, qui avait une petite formation, là, beaucoup trop courte, beaucoup trop
sommaire, et qui, avec quelques visites de courtoisie, là,
remplissait, selon l'agence, ses responsabilités.
Alors, c'est ce genre de situation là qu'on veut
éviter, c'est ce genre de fausse santé-sécurité... de faux sentiment de
santé-sécurité qu'on veut éviter avec notre amendement, et de clarifier, en
effet, que, peu importe qui rentre dans la bâtisse, peu importe qui traverse la
porte, moi, l'entreprise, là, qui gère cette bâtisse-là, je dois fournir un certain niveau de prévention, je dois faire un
effort, un certain niveau d'effort de prévention minimale. Et peu
importe, là, si le code canadien est écrit, ou complet, ou cohérent de telle ou
telle manière, ce concept d'à qui il permet l'accès au lieu peut très bien
s'imbriquer dans le droit québécois peut très bien s'imbriquer dans notre droit
du travail en matière de prévention, de santé-sécurité, pour additionner et non
chercher à soustraire une ou des parties.
M. Boulet : En fait, simplement dit,
on n'a pas besoin d'imbriquer ce qui est déjà dans l'article 51 puis on
réfère au même concept de lieu de travail, contrôler la tenue des lieux de
travail. Puis on va même plus loin : fournir des installations sanitaires,
eau potable, éclairage, aération, chauffage. C'est tout. On a véritablement une
loi qui, à mon avis, va au-delà de ce que le Code canadien du travail prescrit.
Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Parce qu'il y a des groupes qui proposaient d'aller encore beaucoup plus loin,
hein, que ce qu'on vous propose aujourd'hui, M. le ministre. Vous vous rappelez
le mémoire du... je pense que c'était le CTI, le centre des travailleurs
immigrants. Ils n'y allaient pas de main morte avec la question des agences.
Ils proposaient qu'on écrive dans la loi, là, clairement, l'interdiction de
recourir aux agences pour les travaux dangereux. Alors, ça aurait pas mal coupé l'herbe sous le pied de bien des
agences et bien des entreprises clientes qui cherchent, donc, à
bénéficier de ce concept de l'externalisation des risques. Ils proposaient
également d'interdire de recourir aux agences pour les postes permanents et
d'interdire qu'une entreprise puisse opérer recourant uniquement à des
travailleurs d'agence.
Alors, il y en avait qui voulaient aller, comme
je vous dis, beaucoup plus loin. Nous, ce qu'on vous propose aujourd'hui, je
considère quasiment que c'est quelque chose d'assez modéré, finalement, de
faire en sorte d'amener un concept, là, qui a quand même fait ses preuves en
droit fédéral puis qui s'applique, donc, sur le territoire du Québec, mais
quand on est sous juridiction fédérale. C'est, quand on permet l'accès à un
lieu de travail pour exécuter un travail... nonobstant si on est, en raison de
l'arrêt Sobeys, considéré comme l'employeur ou non, bien, quand on permet
l'accès au lieu de travail, à notre lieu de travail, on est responsable de
fournir le matériel pour poser des mesures de prévention, de la formation, etc.
Ça me semblerait la chose la plus complète à
faire en matière de prévention et nous assurant le plus de résultats possible,
parce que je sais que vous êtes dédié à essayer de policer le plus possible le
milieu des agences. C'est une vaste tâche
qui ne se fera pas en criant ciseau, qui va nécessiter des années et des années
de travail, qui, je pense, nécessiterait aussi une législation beaucoup
plus contraignante, et c'est un peu ce que je vous propose aujourd'hui.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention à l'amendement déposé par le
député d'Hochelaga-Maisonneuve, nous... Oui, pardon, député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui. En fait,
j'écoute l'échange entre le député d'Hochelaga-Maisonneuve et le ministre sur
son amendement. Moi, je voudrais connaître la situation actuelle, parce que ça
va me permettre...
Gaudreault : O.K. Ça va me
permettre de faire un bon choix, là, sur le vote sur cet amendement. Peut-être
que le ministre pourrait me répondre, là : Quelle est la situation
actuelle pour les travailleurs comme ceux qui sont soulevés par l'amendement du
député d'Hochelaga-Maisonneuve, donc, des travailleurs qui louent leurs
services mais qui sont des travailleurs étrangers, mais qui reviennent de façon
ponctuelle? Parce que je pense que, quand le député d'Hochelaga-Maisonneuve
parle de travailleurs étrangers, justement, ou de travailleurs avec des permis
de travail... J'aimerais que ça soit bien clair, c'est quoi, la responsabilité
d'un travailleur étranger qui vient, par exemple, à chaque année pour
travailler dans des champs et qui repart. Comment sa lésion professionnelle ou
son accident est traité dans le régime actuel?
M. Boulet : O.K. C'est un autre
sujet, mais ça me fait plaisir de répondre au questionnement du collègue de Jonquière. Vous savez que le gouvernement qui nous
a précédés a modifié quand même assez substantiellement la
Loi sur les
normes du travail, puis c'est une loi qui est entrée en vigueur le
12 juin 2018. Puis il y avait des dispositions, notamment, sur
les agences de recrutement des travailleurs étrangers temporaires, et on a
adopté, en vertu de ces dispositions-là, un
règlement sur les agences qui est entré en vigueur le
1er janvier 2020, et, dorénavant, les agences vont devoir
obtenir un permis de la CNESST avant de faire du recrutement puis du placement
de travailleurs étrangers temporaires.
Et ils doivent informer... puis nous autres, on
a formé une escouade à la CNESST pour s'assurer que le règlement est bien
respecté, mais les travailleurs étrangers temporaires, notamment dans le
secteur agricole, sont informés de leurs droits et obligations. Les contrats
qui sont intervenus entre eux sont déposés à la CNESST, et donc ils bénéficient des mêmes... je vous dirais, là,
en gros, là, des mêmes droits que les travailleurs québécois. Donc, ils
ont accès aux mêmes lois, au même régime en matière de santé et sécurité et ils
bénéficient, collègue... la question est intéressante
parce que... c'est important pour moi de le souligner, ils bénéficient des
avantages découlant des obligations qui incombent aux employeurs
québécois, donc ils bénéficient des mesures de prévention comme les
travailleurs québécois, dans les lieux de travail puis dans le respect des
obligations qui sont prévues dans nos lois au Québec.
M. Gaudreault : O.K. Donc, c'est un
peu pour ça que vous dites que, dans le fond, l'amendement du député
d'Hochelaga-Maisonneuve ne vient pas ajouter substantiellement sur ce qu'on a
déjà. C'est votre prétention.
M. Boulet : Bien, c'est ma
prétention, c'est ma conviction que notre loi en matière de santé et
sécurité... Je ne dirais pas : On n'a pas de leçon à recevoir, là, mais,
tu sais, je n'irais pas prendre un
article du Code canadien du travail qui
reprend substantiellement ce que nous avons dans 51, puis notre 51, il est
vraiment complet en soi, là.
M. Gaudreault : O.K. Ça va aller
pour l'instant, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, parfait. Y a-t-il d'autres interventions à l'amendement déposé par le
député d'Hochelaga-Maisonneuve? Sinon, nous allons procéder à la mise aux voix.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
Le Secrétaire :
M. Boulet (Trois-Rivières)?
Le Secrétaire :
M. Bélanger (Orford)?
Le Secrétaire :
M. Caron (Portneuf)?
Le Secrétaire :
Mme Dansereau (Verchères)?
Dansereau :
Contre.
Le Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Jeannotte : Contre.
Le Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Bachand :
Contre.
Le Secrétaire :
M. Leitão (Robert-Baldwin)?
Le Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
Gaudreault : Abstention.
La Secrétaire :
Et Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Nous allons maintenant
poursuivre avec un nouveau plan de travail qui nous a été déposé ce matin.
C'est bien cela, oui? Oui, bien, pour moi, il était ce matin, oui, mais peut-être
que ça fait... Il est daté du 17 septembre. Je veux être sûre qu'on l'a
tous reçu et j'ai besoin d'un consentement pour savoir si vous voulez qu'on
poursuive l'étude détaillée avec ce plan de travail, ou on s'entend immédiatement
que l'ordre des articles qui est présenté dans le plan risque d'être modifié, parce
que je ne veux pas avoir à revenir à chaque fois, là, pour le consentement, si
on modifie des blocs. Ça vous va?
Donc, on y va avec ce
nouveau de plan de travail du 17 septembre. Je comprends qu'on
commencerait par Autres dispositions, la page 4, à l'article 207.1.
C'est bien cela? M. le ministre.
M. Boulet :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Insérer, après l'article 207 du projet de
loi, le suivant :
207.1. Cette loi est
modifiée par l'insertion, après l'article 167, des suivants :
«167.1. La commission
peut mettre en place un programme de certification des employeurs en matière de
santé et de sécurité du travail afin de promouvoir la prise en charge de la
santé et de la sécurité dans les milieux de travail par ces derniers.
«À cette fin, la commission
détermine par règlement les cas, conditions et modalités de délivrance, de renouvellement,
de suspension et de révocation de la certification ainsi que les personnes ou
organismes habilités à procéder à la certification.
«167.2. La commission
peut octroyer un incitatif financier aux employeurs qui mettent en place des
mesures en vue de protéger la santé et assurer la sécurité et l'intégrité
physique des travailleurs.
«La commission
détermine par règlement la forme que peut prendre l'incitatif, ses modalités de
calcul et ses conditions et modalités d'octroi.» Explication. Bon, ça vise à
permettre à la commission de mettre en place un programme de certification en
matière de santé et sécurité. En fait, c'est un programme incitatif. Oui, il y
avait un groupe qui en avait fait référence, mais le but premier de notre projet
de loi, c'est d'accroître la prévention pour diminuer les accidents de travail,
diminuer non seulement la fréquence, mais la gravité, et ça, ça prend l'engagement
des employeurs. Et ça, c'est un incitatif qui, souhaitons-le, va permettre de
faire de la pédagogie puis faire la promotion de l'importance de la santé et
sécurité de nos travailleurs. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci, M. le ministre. Y a-t-il des
interventions? Oui, député de Robert-Baldwin.
M. Leitão :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, à mon tour aussi de dire que nous
sommes d'accord avec la proposition du ministre. Nous croyons que les incitatifs
positifs, c'est toujours important pour contribuer à changer les comportements.
Et donc c'est... je pense que c'est très utile. Juste une chose, il faudrait
s'assurer, et vous l'avez mentionné, s'assurer qu'il y ait un mécanisme de
suivi, parce que, très bien, on peut toujours prendre avantage de cet
incitatif-là et puis, plus tard, de faire un peu marche arrière, donc, de
s'assurer que cette certification est revue de façon régulière.
M. Boulet : Tout à fait. Bien
compris. Merci, collègue.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions?
Député de Jonquière, puis je reviendrai à vous, député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Gaudreault : Oui. Bon,
évidemment, moi, je suis toujours favorable à faire en sorte qu'on change les
pratiques en santé-sécurité au travail à long terme, que les employeurs, par
exemple, se responsabilisent pour changer les pratiques. Et, si la commission
peut devenir un, comment je pourrais dire, un effet de levier pour, justement, que
les employeurs se responsabilisent, je suis entièrement d'accord avec ça. Je
pense c'est une belle façon de le faire. Je pense également que l'incitatif
doit être utilisé, que c'est un bel outil pour faire en sorte que les
employeurs se responsabilisent.
Maintenant, j'ai quelques questions sur
l'incitatif. Est-ce que l'incitatif pourrait être sur le... à partir du taux de
cotisation applicable ou c'est un autre type d'incitatif que le ministre
entrevoit?
M. Boulet : Je ne veux pas
m'immiscer dans la forme que pourrait prendre l'incitatif, mais ça pourrait
être un rabais de cotisation. Il n'y a rien qui empêcherait que ça puisse
prendre cette forme-là. Puis la CNESST va s'assurer que ce ne soit pas de quoi
de purement temporaire, là, qu'il y ait une continuité dans l'application du
programme de certification, mais ça pourrait prendre cette forme-là, collègue.
Et, comme vous savez, c'est un régime où
100 % des cotisations sont assumées par les employeurs. Donc, la
commission s'assurera aussi de l'application équitable de ce programme-là, le
cas échéant.
M. Gaudreault : C'est parce que
moi, je veux juste m'assurer qu'on travaille correctement. Puis on a, dans
notre plan de travail, justement, prochainement, là, au point 6, les
autres dispositions. Il va y avoir un amendement sur le Règlement sur les taux
de cotisation, puis, si je regarde l'article 272.1 des règlements sur les
taux, on dit : Le taux de cotisation applicable à un employé, à la
personne visée à l'article 51 de la loi, est de 0,494 %, bon, etc.,
et le taux de cotisation applicable à un employeur est de 0,692 %. Moi, je
veux juste qu'on prévoie les coûts, entre guillemets. Est-ce qu'il faudra
envisager une modification de cet article-là pour tenir compte des incitatifs?
M. Boulet : Non, absolument pas, collègue,
puis c'est une bonne question, mais non, ce n'est pas absolument
envisagé puis ce n'est pas nécessaire de modifier ce règlement-là. Puis, tu
sais, c'est un incitatif. Il y en a qui vont le faire, il y en a qui ne le feront pas. C'est pour ça qu'on dit qu'il y
aura des conditions qui permettront aux employeurs de démontrer qu'ils
ont fait, ou ils ont mis en place, ou ils ont... C'est intéressant, en plus,
dans le sens que ça va forcer les entreprises à aller en dehors de la boîte
puis à démontrer que, des fois, tu peux t'inspirer de ce qui se fait dans un
pays étranger, en matière de prévention, puis, des fois, ça va amener, ça va
engendrer des nouvelles pratiques qui vont être bénéfiques pour l'ensemble du
régime de santé-sécurité. Mais la réponse, c'est non.
M. Gaudreault : O.K. Parce que
le règlement va être suffisamment large pour couvrir ça? Parce que, si le
ministre me dit : Oui, ça pourrait être un congé ou une réduction de
cotisations, il faut qu'on donne le pouvoir à la commission de le faire, là.
M. Boulet : Pardon, collègue?
M. Gaudreault : Je dis :
Je veux juste m'assurer qu'on a la bonne habilitation réglementaire pour le
faire, parce que, si le règlement dispose de
taux précis de cotisations... puis là le ministre a répondu à ma question
précédente en disant : Ça pourrait être un congé de cotisations ou une
réduction de cotisations. Il faut qu'on soit capable de le faire via les
règlements, là.
M. Boulet : En même temps, c'est
un incitatif financier, mais, oui, tout à fait, que... l'habilitation est très
claire à cet égard-là. Et ça me fait réaliser, quand je relis, collègue, je ne
sais pas, probablement qu'on peut le faire, de consentement... je réalise qu'on
a omis de mettre «intégrité physique», «psychique» aussi. Il faudrait le
rajouter. Si vous êtes d'accord, on le rajouterait, de consentement.
M. Gaudreault : Vous parlez
de...
M. Boulet : On enverrait la
nouvelle version avec le concept de «psychique».
M. Gaudreault : Sur le premier alinéa
de 167.1?
M. Boulet :
167.2, où on... tu sais, c'est toujours associé au mot «intégrité».
M. Gaudreault : «Intégrité
physique et psychique». Bien, moi, je n'ai pas de problème. Par consentement, là,
je ne sais pas si...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
O.K., on a le consentement qui... il va l'ajouter. Parfait. Alors, nous pouvons
continuer.
M. Gaudreault : Oui, O.K. Donc,
en tout cas, gardons un oeil, quand on va arriver au règlement, là, sur les
taux de cotisation. Moi, je veux vraiment avoir la garantie que le règlement va
permettre de faire cet incitatif.
M. Boulet : ...pas de problème,
collègue.
M. Gaudreault : Maintenant,
l'autre élément : Est-ce que le programme de certification... parce que,
dans le fond, le ministre fait référence à
ça, là, à 167.1 : «La commission peut mettre en place un programme de
certification». Est-ce que c'est un programme de certification qui est issu de
la CNESST elle-même ou est-ce qu'on prend en compte les certifications qui sont
déjà existantes? On sait qu'il y a des ISO, là, comme les normes ISO 45001,
etc. Donc, est-ce que les programmes de certification dont il est question,
c'est des programmes de certification issus de la CNESST ou c'est des
programmes de certification d'un autre corps, là, d'autres certifications
existantes?
M. Boulet : C'est des
programmes de certification issus de la CNESST, mais, en même temps, la CNESST
s'inspire des meilleures pratiques à l'échelle internationale. Donc, les ISO de
notre monde, auxquelles vous faites référence, font
partie et vont être
considérées dans les programmes de certification issus de la CNESST.
M. Gaudreault : O.K. Ça va
aller pour l'instant, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Alors, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
...suivi là-dessus, dans le fond, il n'y aura pas un congé de cotisation. On
parle de moduler, j'imagine, la cotisation?
M. Boulet : Non. Exact, non, il
n'est pas question de congé de cotisation puis il n'est pas question d'altérer
le règlement sur la cotisation. C'est un incitatif financier puis ce n'est
pas... Non.
M. Leduc : O.K. Donc, ce n'est
pas du tout... rapport avec la cotisation.
M. Leduc : Donc, c'est une
espèce de subvention, finalement, ou prime? C'est...
M. Boulet : Incitatif
financier. Ça peut prendre la forme d'une réduction de cotisation. Si tu as,
mettons, 10 000 $ à payer en cotisation, tu pourrais avoir... ton
incitatif pourrait s'exprimer en diminution à 9 500 $, tu sais, un
500 $ de cotisation en moins. C'est une des formes, mais je ne suis pas un
spécialiste en matière d'incitatifs financiers, là. Mais c'est la CNESST qui
aurait à le déterminer, là, mais le but étant de promouvoir, comme c'est bien
écrit, la prise en charge de la santé-sécurité par les milieux de travail.
M. Leduc : Parce que, si on prend
l'incitatif financier, il n'y a pas 150 000 solutions, soit on joue
dans votre cotisation, puis là, si on dit incitatif, on imagine que c'est à la
baisse, ou soit on vous donne une subvention directe ou un crédit d'impôt,
potentiellement, sur une autre... Ça fait que... mais le crédit d'impôt, ça ne
relève pas de la CNESST du tout. Ça fait que ça ne serait pas dans son pouvoir
réglementaire d'appliquer un crédit d'impôt, ça relèverait du ministère des
Finances.
M. Boulet : Ce ne serait pas un
crédit d'impôt, mais, en même temps, ça serait comme... oui, ça peut être comme une subvention, mais qui provient des
employeurs. C'est que, globalement, les employeurs paient les
cotisations, et ça prendrait la forme d'un incitatif qui provient de ces
cotisations-là.
M. Leduc : Sauf que, là, on ne veut
pas arriver dans un scénario où les employeurs s'autocongratulent, se trouvent
bien beaux puis bien fins puis se votent des congés de cotisations, mais... on
a un C.A. paritaire, ou presque paritaire, maintenant
qu'on a un vote prépondérant de la présidence, qui n'ira pas dans ces
modèles-là d'autocongratulation, on l'imagine.
M. Boulet : Absolument, totalement
d'accord avec vous. Le but, et le seul but, là, c'est que les employeurs se
prennent en main. On a répété constamment que la prévention était importante,
et c'est un ratio coût-bénéfice. Si tu investis et tu t'inspires des meilleures
pratiques à l'échelle internationale, tu vas en bénéficier. Et non seulement lui va en bénéficier, mais l'ensemble du régime va en
bénéficier, parce qu'on pense qu'ultimement ça va se traduire par une
diminution du nombre et de la gravité des accidents.
M. Leduc : Écoutez, il y a toujours
le principe de la carotte et du bâton. Sauf que, là, en CSST, on avait juste le
bâton. Si tu avais des multiples erreurs, des accidents sur ton lieu de
travail, tu avais une pénalité en fonction de ta cotisation, ce qui amenait
tout le débat sur la désimputation, mais ça, c'est une autre chose. Mais il n'y
avait pas l'inverse, il n'y avait pas le miroir de ça, il n'y avait pas une
carotte qui dit : Bravo! Ça fonctionne bien, chez vous, il n'y a pas
d'accident, on le voit que tu fais un beau travail de prévention. Tu participes
donc à éviter qu'il y ait des coûts en matière de réparation, bien, on te donne
une petite carotte, que tu peux avoir en matière, par exemple, de baisse de
cotisations.
M. Boulet : C'est votre façon de
l'exprimer, mais, sur le fond, je comprends bien ce que vous dites.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Y a-t-il d'autres... Oui, oui.
M. Leduc : Mme la Présidente, je ne
peux m'empêcher de soulever l'aspect du règlement. Vous le savez, mon petit
dada sur les règlements. «La commission détermine, par règlement, la forme...»
Encore une fois, c'est la même question que comme d'habitude : De quel
règlement on parle ici?
M. Boulet : ...pas le règlement
général sur les mécanismes de participation des travailleurs. C'est spécifique
à la certification.
Leduc : Est-ce que, selon
vous, ce règlement-là va être déterminé avant ou après celui sur les
mécanismes de prévention?
M. Boulet : Ah mon Dieu! Moi, je
vais laisser... Il n'y a pas de... On verra dans les dispositions transitoires,
là, mais je n'ai pas de délai en tête.
M. Leduc : Parce que la liste des
devoirs de la commission, là, du C.A., sur les règlements, elle est assez
lourde, là. On en a parlé à de multiples reprises.
M. Boulet : ...c'est quand même un
pouvoir discrétionnaire, là. Ça fait que, tu sais, la commission va
déterminer... puis c'est le C.A. qui va, ultimement, décider si c'est opportun.
Parce qu'encore une fois, quand on prévoit, dans une loi, que la commission
«peut», ce n'est pas la commission «doit».
M. Leduc : Oui, je comprends, mais
c'est parce qu'ici on leur donne des devoirs, là, à la commission, là, de la
CNESST, au C.A., puis on l'a fait à plusieurs reprises, à plusieurs égards. Là,
moi, la question que je veux vous poser, c'est que, dans les devoirs qu'on
donne à la commission, notamment sur l'aspect réglementaire, puis la pile est
assez élevée, est-ce que, selon vous, la commission devrait commencer par son
premier devoir, qui serait celui de faire le règlement sur les préventions...
M. Boulet : Absolument. Oui, parce
que celui-là, il y a une date. On parle de trois ans, alors que, celui-là, il
n'y a pas de date. Ça fait que celui qui a une date, c'est un impératif puis
c'est la priorité.
M. Leduc : En haut de la pile.
Celui-là, il est en bas, il est plus loin. On ne sait pas trop où exactement,
mais il va être en bas.
M. Boulet : Tout à fait.
M. Leduc : ...dans le grand tableau,
avec tous les règlements?
M. Boulet : Bien, moi aussi, je
l'attends, mais il est prêt. Il est prêt.
M. Leduc : Mais c'est parce que la
commission achève, là, hein? Ça fait que...
M. Boulet : Bien oui. Non, non,
mais, quand on sera rendus aux transitoires, vous allez l'avoir d'avance, oui.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Y a-t-il d'autres interventions? Alors, s'il n'y a pas d'autre
intervention... Je tiens à préciser qu'on a déjà reçu, là, le petit changement
avec l'ajout, «psychique». Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous
allons procéder à la mise aux voix de l'amendement introduisant
l'article 207.1.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Le Secrétaire :
M. Bélanger (Orford)?
Le Secrétaire : M. Caron
(Portneuf)?
Le Secrétaire :
Mme Dansereau (Verchères)?
Dansereau : Pour.
Le Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Le Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Le Secrétaire :
M. Leitão (Robert-Baldwin)?
Le Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
Le Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
Le Secrétaire : Et
Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, le nouvel
article 207.1 est adopté ou est introduit.
Nous poursuivons maintenant avec la section...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Je
viens d'accrocher le micro... à la
section 5, si c'est bien ça,
Prévention; 5.1, Mécanismes de prévention; 5.1.1, Application dans les
établissements, Programmes de prévention, avec l'article 146, qui avait
été suspendu. Alors, est-ce qu'on a votre accord pour revenir à cet article? Est-ce
que nous avons votre accord pour revenir à cet article? Merci. M. le député.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Pardon?
M. Leduc : Je suis un peu confus
avec le plan...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui.
Alors, c'est ça, alors, nous revenons... Si vous voulez aller à la page 2
du plan, la
section 5, Prévention. Nous allons faire toute la
section 5, de ce que j'ai compris.
M. Leduc : On revient dans...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Non,
non, non, prenez le plan du 17 septembre, le plan du...
M. Leduc : Non, mais tantôt, on a
soumis un nouveau plan de travail.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Celui
du 17 septembre. Dans ce plan-là, allez à la page 2; 5, Prévention;
5.1, Mécanismes de prévention.
Leduc : Oui, ça, j'ai bien
compris, mais c'est parce que je pensais qu'on... en tout cas, bref, qu'on finissait le nouvel ordre.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Non, et là on y va avec l'article, si je suis bien...
Mais, si vous voulez une suspension, on peut la prendre, là, si vous voulez
être sûr de...
M. Leduc : Parce que, là, on n'a pas
les mêmes dates...
M. Boulet : ...Alexandre, la loi
santé-sécurité, puis là c'est un
article qui concerne, notamment, le
multiétablissement. Ça fait que, là, on s'en va dans les articles qui ont été
suspendus dans la loi santé-sécurité et qui avaient un impact sur les
multiétablissements.
M. Leduc : Moi, ce n'est pas tellement
ça, le problème... que je veux juste être certain qu'on a le bon plan de ce qui
s'en vient, parce que, là, on jongle encore à l'intérieur du même plan, là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 34)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, j'ai obtenu votre consentement pour revenir à l'article 146, qui
avait été suspendu au mois d'août, et j'inviterais M. le ministre... Dans l'article 146,
il y avait l'article 58.1, qui avait été comme l'étude de cet article-là,
qui avait été suspendu. Je vous inviterais à le lire, s'il vous plaît.
M. Boulet : Oui, merci. Donc :
«58.1.
Malgré l'article 58, l'employeur qui emploie des travailleurs dans
plus d'un établissement où s'exercent des activités de même nature peut
élaborer et mettre en application un seul programme de prévention pour une
partie ou la totalité de ces établissements. Ce programme de prévention doit
tenir compte de l'ensemble des activités
exercées dans ces établissements et s'appliquer pour une période d'au moins
trois ans.
«Lorsque
l'employeur cesse de mettre en application le programme de prévention prévu au
premier alinéa, il doit, sans délai,
mettre en application un programme de prévention propre à chaque établissement
conformément à l'article 58.»
Donc, l'explication. Bon, vous savez qu'à 58 on
avait adopté les programmes de prévention, qui s'appliquent dans tous les secteurs
d'activité. Maintenant, c'est la possibilité... puis c'est le premier article,
après ça, ça va être beaucoup des corollaires, là, mais la possibilité, donc,
pour un employeur de faire un programme de prévention multiétablissement. Puis
le critère, le critère prépondérant, en fait, le critère fondamental, c'est que
ce soient des activités de même nature plutôt que celui des mêmes activités. Ce
n'est pas les mêmes activités, c'est les activités de même nature. Donc, ça
implique des activités identiques, alors qu'il peut y avoir certaines activités
différentes au sein des établissements.
Le programme
de prévention devra tenir compte des particularités, en termes d'activité, de
tous les établissements et devra s'appliquer pour une période d'au moins
trois ans. Ça s'harmonise, là, avec le délai pour la transmission des priorités
d'action à la commission, proposé par l'article 60, qui devra se faire
tous les trois ans. Alors, voilà, et j'aurais un amendement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Je vous invite à le lire, puisqu'il est déjà sur le Greffier.
M. Boulet : Oui. Et puis cet
amendement-là fait suite, bien sûr, aux consultations particulières, aux
discussions, aux échanges qu'on a eus avec des groupes et avec des collègues
des partis d'opposition.
À l'article 58.1 de la
Loi sur la santé et
la sécurité du travail, proposé par l'article 146 du projet de loi :
1° insérer,
dans le premier alinéa et après «totalité de ces établissements», «, lequel
doit également couvrir les établissements
groupant moins de 20 travailleurs. L'employeur doit au préalable s'assurer
que les fonctions prévues aux articles 78
et 90 peuvent être exercées
adéquatement, notamment eu égard à la distance entre les établissements
visés»;
2° ajouter, à la fin, les alinéas
suivants :
«Si la commission le juge opportun pour protéger
la santé ou assurer la sécurité et l'intégrité physique ou psychique des
travailleurs, elle peut exiger que l'employeur élabore et mette en application,
dans le délai qu'elle fixe, un programme de prévention propre à chaque établissement
qu'elle désigne.
«Aux fins de déterminer si les activités
exercées dans un établissement sont de même nature, l'exécution de fonctions
comparables par les travailleurs et les conditions d'exercice de celles-ci
doivent notamment être prises en considération.»
Explication. Donc, on prévoit que l'employeur
doit également couvrir les établissements de moins de 20 travailleurs,
quand il choisit d'élaborer et de mettre en oeuvre un programme de prévention,
pour une
partie ou la totalité des établissements où s'exercent, bien sûr, des
activités de même nature. Puis ça prévoit aussi que l'employeur doit s'assurer que les fonctions des membres d'un comité de
santé et sécurité, ainsi que celles d'un représentant en santé et en
sécurité puissent adéquatement être exercées dans le cadre d'un tel
regroupement, notamment eu égard à la distance. Cet amendement précise que la
commission peut, dans certaines circonstances, exiger un programme de
prévention propre à chaque établissement qu'elle désigne, même si l'employeur
avait mis en place un programme de prévention pour plusieurs établissements.
Donc,
encore une fois, si on revient à la base, là, tu sais, c'est un employeur qui a
trois, quatre établissements, puis c'est des
activités de même nature. On dit : Plutôt que de multiplier les programmes
et les comités, bien là, à ce moment-là, on en fait un, encore une fois,
quand c'est des activités de même nature. Puis on prévoit maintenant, avec
l'amendement, qu'il faut tenir compte de la distance, puis bien sûr que, si la commission
le juge opportun, elle peut exiger que l'employeur élabore et mette en
application un programme de prévention propre à chaque établissement.
Donc,
on ne veut pas que ça se fasse au détriment de la qualité et de la quantité des
mesures de prévention en santé et
sécurité du travail. Donc, c'est vraiment l'article de base, là, pour le
multiétablissements. Voilà, Mme la Présidente.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, député d'Hochelaga-Maisonneuve, vous avez demandé la parole.
M. Leduc :
...qu'on avait suspendu il y a déjà plusieurs semaines, puis, le
multiétablissements, on en a parlé en long et en large. De tous les irritants
du projet de loi initial, je pense que c'est un des plus gros. À chaque fois
qu'il y a avait une communication des travailleurs et travailleuses, sur la
question du projet de loi du ministre, la question du multiétablissement
revenait systématiquement. C'est un peu un des derniers gros qui restent. C'est
un problème, cette notion-là du multiétablissements, puis pas un problème de fond,
je dirais, mais plus un problème de forme. Parce que l'idée de vouloir
regrouper des programmes de prévention, dans un établissement... une
entreprise, pardon, qui possède plusieurs établissements, ce n'est pas, en soi,
une mauvaise idée. La question, c'est de l'imposer, puis toute la philosophie
du droit du travail, en matière de santé-sécurité, repose sur le paritarisme,
qu'il faut que ça soit des décisions conjointes.
Et là, de voir
arriver le ministre avec une telle proposition du multiétablissements, qui
serait appliquée de manière unilatérale par l'employeur, c'est vraiment quelque
chose qui est irrecevable, à mon avis, parce que... et ça ne respecte pas le paritarisme, et ça ne respecte
pas ce que le conseil consultatif du travail et de la main-d'oeuvre lui-même
proposait. Le ministre a répété, ad nauseam, qu'il se fiait essentiellement sur
l'avis du CCTM pour dire... Je ne sortirai pas toutes les fois où il l'a
mentionné, comme argument, pour refuser des amendements que je lui
proposais : Non, non, non, ce n'est pas ce que le CCTM a dit, non, non,
non, le CCTM, ce n'est pas son orientation, on ne peut pas aller là, ce n'est
pas ce que le CCTM propose. Il le prenait, quelque part... puis je le
caricature quasiment, mais il le prenait comme parole d'Évangile, et c'était
vraiment fondamental de respecter l'avis du CCTM.
Bon,
bien, allons voir ce que le CCTM nous dit en matière de multiétablissements. Il
dit les choses suivantes : «Les
parties considèrent, entre autres, les critères suivants pour mettre sur pied
un programme de prévention multiétablissements : établissements du
même type, conditions de travail similaires, travail de même nature.» Bon, ça, ça va, grosso modo, avec l'article du
ministre. C'est là, après, que ça se gâte. «Les conditions pour mettre sur
pied un programme de prévention
multiétablissements sont les suivantes : l'étendue doit être négociée et
toutes les parties locales doivent
donner leur accord, à défaut de quoi l'établissement ne peut faire
partie du
regroupement...» «Toutes les parties locales doivent donner leur
accord», pourquoi cette recommandation du CCTM n'est pas reprise par le
ministre?
M. Boulet :
Écoutez, l'approche multiétablissements, il faut revenir à la base, hein, on
donne à l'employeur la responsabilité du programme de prévention. Il faut
certainement... Tu sais, il y a plein d'exemples où tu peux être... Tu peux avoir une usine de transformation,
un siège social puis un centre d'entreposage, c'est trois
établissements, mais ce n'est pas des activités de même nature. Il faut revenir
à la base, c'est... Il faut être efficace, il faut s'assurer... Puis je le sais
qu'il n'y avait pas de consensus là-dessus, mais il n'y avait pas de consensus
non plus pour les en bas de 20, puis, malgré ce consensus-là, il y aura quand
même des plans d'action puis des agents de liaison.
Mais le multiétablissements,
ça n'empêche pas non plus, ça n'interdit pas qu'il y en ait plus, qu'il y ait
d'autres programmes de prévention ou d'autres comités. C'est possible de le
faire. Ceci dit, moi, je suis hypersensible
à... il faut véritablement que ce soit de même nature, là. Tu fais le même,
même type de travail, puis on a rajouté, dans les amendements, que ça va
devoir tenir compte de fonctions qui sont comparables, puis des conditions
d'exercice de ces fonctions-là, puis que la commission... le cas échéant, une
des parties peut demander à la commission d'en rajouter un, si c'est utile.
Puis le critère de distance est aussi considéré.
Je pense que c'est
une question d'imputabilité de l'employeur. Je pense que c'est aussi à
l'avantage de l'efficacité de la mise en application des programmes de
prévention. Puis c'est un concept qui va, à mon avis, nous permettre
d'atteindre des objectifs, maintenant, dans tous les secteurs d'activité économique.
M. Leduc :
Le ministre ne répond pas à ma question. Pourquoi ce consensus du CCTM? Puis
c'est... en effet, ce n'est pas toutes les choses qui font consensus, ça, c'est
vrai, mais pourquoi celui-là ne fait pas son affaire? «Toutes les parties
locales doivent donner leur accord». Qu'on en fasse, du multiétablissements,
mais que tout le monde soit d'accord pour en faire. Pourquoi, ça, ça ne peut
pas fonctionner?
M. Boulet :
En fait, le CCTM, ce n'est pas... En fait, ce qu'il disait, c'est qu'il
recommandait le déploiement de cette approche-là sur entente entre les parties,
mais ce que nous devons compléter, dans ce raisonnement-là, c'est que ça relève
de la responsabilité de l'employeur d'établir les programmes de prévention, de
s'assurer de leur mise en application. On a tellement parlé d'imputabilité, et
cette possibilité-là va générer des retombées, à mon avis, positives, parce qu'on parle de deux
établissements qui font exactement la même affaire. Puis ça va éviter de
l'iniquité, ça va éviter de l'écart dans
l'application. Ça va permettre que le programme de prévention couvre les deux
établissements de façon totalement identique. Pour moi, c'est une question
d'équité et d'efficacité aussi.
Leduc : Je reviens avec l'exemple du Code canadien du travail, parce
qu'il existe une disposition intéressante, dans le Code canadien du travail, en
matière de multiétablissements, qui vise à créer une... je pourrais l'appeler une forme de comité coordonnateur. Donc,
il vise à harmoniser, le plus possible, les programmes de prévention, ce
qui n'est pas une mauvaise chose, mais il ne vient pas disposer des programmes
de prévention dans chacun des établissements, il se rajoute. Alors, chaque établissement
a son programme de prévention, et se rajoute par-dessus ça un comité qui peut,
en fait, superviser puis harmoniser. Tant mieux, plus on parle de prévention,
plus j'embarque.
Sauf que, là, on
remplace le comité... le programme de prévention d'un établissement local d'un
employeur par un truc qui va être fait en haut, là, de la pyramide. Moi, ça
m'inquiète parce que ça enfreint deux philosophies de la santé-sécurité au travail. La première, c'est le paritarisme, comme
je l'ai expliqué tantôt. Une décision, un programme, n'importe quelle
mesure a beaucoup plus de chance de fonctionner, si elle est appliquée de
manière paritaire.
Puis l'autre, c'est
la proximité. Le deuxième concept, c'est la proximité. Pour faire de la vraie
prévention, là, il faut se promener, il faut aller voir, il faut marcher, il
faut savoir s'il y a un fil qui dépasse à tel coin de l'usine, s'il y a telle
machine qui est mal cadenassée. On ne peut pas faire ce travail-là de
précision, de connaissance fine du terrain avec une organisation pyramidale,
pour reprendre l'image que j'entendais parfois dans des rassemblements syndicaux, avec des comités en haut d'une tour,
avec des croissants, qui vont déterminer comment organiser la prévention
dans nos établissements. Ça ne peut pas fonctionner, ce n'est pas du tout ça,
la philosophie. La philosophie de la prévention, c'est le plancher, les bottes
dans le lieu de travail, puis qui fait la tournée, puis qui connaît son monde,
puis qui connaît les écueils. Comment ça va vraiment percoler, ça, dans une
mégasuperstructure?
M. Boulet :
Bien, ce n'est pas une mégasuperstructure. Encore une fois, c'est des établissements
qui relèvent d'un même employeur, où il y a des activités de même nature. Ce n'est
pas une multiplication. Puis vous faites référence à la coordination. S'il y a
un comité multiétablissement, il va s'assurer de coordonner, il va s'assurer
que les mesures soient équitables, mises en application de façon uniforme et va
s'assurer de cette harmonie-là.
Moi, au contraire,
j'y vois, quand vous référez à un bureau coordonnateur... je pense que ce n'est
pas opportun de multiplier les structures. Je pense que c'est une unicité, dans
l'application, qui va générer de l'efficacité dans les résultats. Je le répète,
c'est de même nature. Pourquoi multiplier, en de multiples exemplaires, ce qui
peut s'appliquer de manière cohérente et unie? Puis c'est simplement ce qui
nous guide dans l'adoption de cette approche multiétablissements là.
Et je réitère, parce
que c'est superimportant pour moi de dire que, le cas échéant, la commission
peut dire... Tu sais, on demande à la commission de dire : Multiétablissements,
ça ne marche pas, un, ce n'est pas des activités de même nature; deux, ça peut
être une distance qui fait en sorte que c'est moins facile d'application; ou
trois, parce que, dans les conditions d'exercice, même si c'est des fonctions
comparables, il y a des distinctions. La commission a le pouvoir de dire :
Moi, j'en rajoute. Et la commission a cette discrétion-là qui, ultimement,
relève du Tribunal administratif du travail. Ça fait qu'on ne veut pas
sacrifier, on veut, au contraire, s'assurer d'une saine gestion et une saine
application des programmes de prévention.
M. Leduc : Tout
le fardeau sur les épaules des travailleurs de vouloir défaire ce qui, à mon
avis, est une mauvaise idée, l'imposition du multiétablissements, si vous pensez
tellement que c'est une bonne idée, si les patrons pensent tellement que c'est
une bonne idée, pourquoi vous n'inversez pas le fardeau? Pourquoi ce n'est pas
les patrons qui pourraient aller à la CNESST pour appliquer un
multiétablissements?
M. Boulet :
Non, il le considère. Il a des critères à respecter. Le critère fondamental,
c'est des activités de même nature. C'est lui qui est imputable. Il me semble
que c'est normal que le pouvoir décisionnel revienne à la
partie qui est
imputable, donc qui est responsable du programme de prévention. Puis ça... on
voit que, dans sa mise en application, ça se fait de façon paritaire, mais je
pense que c'est tout à fait justifié que l'employeur qui a plusieurs
établissements où il y a des activités de même nature ait la décision de
déterminer s'il peut y aller avec l'approche multiétablissements.
Ceci dit, je le
répète, qu'on soit en milieu syndiqué ou non syndiqué, on peut faire une
demande à la commission, puis elle va rendre une décision qui va permettre
d'assurer, de contrôler les décisions peut-être pas compatibles avec les
critères qu'un employeur pourrait prendre.
M. Leduc :
Encore une fois, vous venez judiciariser quelque chose qui ne devrait pas
l'être. Ça devrait être une décision paritaire de fonctionner comme ça de
manière multiétablissement. Puis là vous dites : Bien, si vous n'êtes pas
contents de vous le faire imposer, bien, allez-y, à la cour, allez-y, à la
commission, puis il va y avoir une audience, puis les deux vont présenter leurs
arguments, puis quelqu'un va trancher, puis là, après ça, ça va pouvoir monter
au TAT, mais vous...
On a eu tellement un
long débat sur les processus judiciaires en santé et sécurité. Les tribunaux
sont engorgés, il y a des longs délais. Ça n'a pas de bon sens comme c'est
long, puis tout le monde a dit : Il faut qu'on travaille là-dessus puis
qu'on... Puis là vous rajoutez un truc nouveau, là, vous rajoutez une nouvelle
possibilité de contester quelque chose, alors que ça serait si simple de respecter
le consensus du CCTM puis de dire que, si on trouve opportun de faire un
multiétablissements, il faut qu'on ait l'accord de tout le monde. Ça a bien
plus de chances de fonctionner et ça a bien plus de chances de s'éviter de la
judiciarisation.
M. Boulet : Puis vous savez que
c'est un de mes points sensibles. D'ailleurs, on a fait, avec le projet de loi,
selon moi, une importante déjudiciarisation en permettant l'option entre la
révision administrative puis le Tribunal administratif du travail, parce
que, ça, c'était vraiment
important, la révision administrative. Vous vous souvenez, il y en a qui
voulait qu'on élimine complètement ce palier décisionnel là, alors que, là, on donne
l'option à une des deux parties dans certains cas. Moi, pour moi, c'est
un gros, gros effort de déjudiciarisation.
Ceci dit, ce
n'est pas parce qu'on vit du paritarisme que ça empêche que les parties
aient une mésentente, mais le syndicat ou le travailleur qui demande à la commission
de rajouter une structure de prévention ou une structure de
participation, bien, c'est l'exercice de son droit. Ça se judiciarisera si les
parties ne sont pas d'accord, parce que j'ose croire
que, dans la pratique, ça va se discuter. Puis moi, comme conseiller syndical,
je me vois bien en discuter avec un employeur
ou, comme conseiller patronal, en discuter avec le syndicat. Écoutez,
ça, c'est véritablement des activités de même nature, puis, pour des raisons d'harmonie, d'équité et
d'efficacité, on va faire un programme qui s'applique à tous nos établissements
pour éviter de la confusion, tu sais, parce que souvent vous référez à l'aspect
confusion. Moi, je pense que ça va permettre de se démêler puis d'assurer une
meilleure cohésion dans l'application. C'est mon approche.
Puis le Comité consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre, vous avez raison, il y a des fois qu'on est allés au-delà des
consensus puis que c'était une
partie qui était plus fermement opposée,
d'autres fois, c'est l'inverse. Il y
a des fois qu'on n'a pas respecté des
consensus puis il y a des fois qu'on a eu à faire un arbitrage parce qu'il n'y avait pas de consensus. Je pense qu'on a un peu de tout,
mais, dans le multiétablissements, s'il n'y a pas eu de consensus, c'est parce qu'il y avait une
partie qui le souhaitait puis l'autre ne le souhaitait pas,
puis c'est ça, les absences de consensus.
Mais, je le répète, je demeure convaincu qu'avec
les barrières additionnelles que nous avons ajoutées dans notre amendement, il
n'y a pas de risque. Selon moi, il n'y en avait pas initialement, parce qu'on
prévoyait des activités de même nature. À chaque fois que j'ai discuté avec des
représentants, tant d'employeurs que de syndicats, à chaque fois, ils
disaient : Le multiétablissements... donc, Jean, tu as un entrepôt, tu as
un siège social puis tu as une usine d'opération, donc ça n'a pas... Non, non,
non. Non, il ne faut pas qu'il y ait de la confusion. C'est pour ça que c'est écrit clairement, noir sur blanc, qu'il faut
que ce soit des activités de même nature, donc véritablement la même
chose.
M. Leduc : D'accord, mais, même si
c'est deux entrepôts qui ne sont pas trop loin l'un de l'autre, pourquoi il
faudrait nécessairement qu'ils aient le même programme de prévention?
M. Boulet : C'est beaucoup plus
simple puis c'est beaucoup plus équitable.
M. Leduc : Bien, plus simple pour
l'employeur, mais pas nécessairement plus efficace pour le travailleur.
Boulet : Bien, c'est lui qui est imputable. Puis, tu sais, il n'y a
rien qui l'empêchera de dire :
C'est des activités de même nature,
mais moi, j'en fais deux, pour les raisons x, y ou z, les conditions
d'exercice, ou le type des fonctions, ou la nature des opérations. Il
n'y a rien qui l'empêche, mais il peut le faire s'il considère que c'est des activités
de même nature et c'est bénéfique.
Il ne faut pas oublier, collègue, qu'il y a quand
même les dispositions pénales statutaires. Tu sais, on réfère souvent à 236,
237. Là, on a revalorisé les amendes. Il y a des amendes sévères, là. Tu es
imputable. Câline! Qu'on te laisse la possibilité de déterminer que ça se fait
de manière à s'appliquer dans plusieurs établissements où il y a des activités
de même nature, ce n'est pas pour prendre un raccourci, c'est au contraire pour
mieux te permettre, plus aisément, plus harmonieusement, de respecter tes obligations.
M. Leduc : Moi, ce que je ne
comprends pas, M. le ministre, c'est que, vraiment, là, les patrons nous ont
dit, à travers le CCTM, que ce n'est pas ça qu'ils recherchaient, qu'ils
recherchaient que toutes les parties locales doivent donner leur accord.
Moi, ce que je crains, là, avec votre
approche... Il y a deux niveaux. Dans le secteur privé, qui est déjà dans les
secteurs prioritaires — je
pense, entre autres, aux usines, par exemple, de métallurgie ou les mines — où il
y a déjà beaucoup des programmes de prévention qui existent, je crains que
l'employeur se serve de cette nouvelle disposition et en fasse une arme de négociation,
qu'à la prochaine négo ils approchent la table de négos puis disent : Ah! bien, maintenant, je ne suis plus obligé d'en faire un par établissement, je veux faire un seul programme de prévention multiétablissements, que le syndicat
ne veule rien savoir pour les raisons évidentes que je vous ai mentionnées,
puis que ça devienne un élément de discussion, puis un élément de négo, puis
que le syndicat qui voudrait garder son comité de santé et sécurité puis son programme
de prévention dans son établissement doive concéder sur d'autres choses. Ça
fait que, ça, je trouve ça vraiment pas correct, d'utiliser le
multiétablissements, éventuellement, comme arme de négociation par rapport à
d'autres éléments, parce que, d'après moi, la prévention, ça ne se négocie pas.
Puis l'autre aspect que je ne trouve vraiment
pas correct, c'est l'État employeur. Puis ça, ça n'a jamais été mentionné très
clairement puis ça n'a jamais été assumé non plus très clairement par vos collègues
de la Santé puis de l'Éducation, mais moi, ça me semble évident que ça grouille
et que ça grenouille dans ces deux ministères-là puis que c'est l'État
employeur qui décide de piler sur le consensus du CCTM. C'est l'État employeur,
là, avec ses CIUSSS, ses CISSS, ses centres de services scolaires, qui n'a jamais
eu de programme de prévention, qui n'ont jamais rien fait en matière de
prévention puis que, là, se réveillent dans quelques mois avec une nouvelle obligation,
il était temps, puis là ils ont poigné la chienne. Puis là ils ont dit :
Woups! Aïe! Là, s'il faut commencer à faire un programme de prévention par
école, par CLSC, par CHSLD, par hôpitaux... Mon Dieu! Mon Dieu! On n'a jamais
rien fait de ça. Ça ne marchera jamais. On panique. Et puis, là, la panique a
percolé probablement jusqu'au Conseil des ministres, puis ils ont dit : On
ne peut pas faire ça. Alors, on va imposer un beau comité en haut d'une tour
avec les croissants qui va faire des rencontres pour l'ensemble de notre
secteur.
Peut-être que, dans le cas
d'un CIUSSS, comme vous le disiez tantôt, vu qu'il y a des différentes natures,
CHSLD, maisons de jeunes, hôpitaux, ça, il peut y avoir des différences.
Prenons l'exemple des centres de services scolaires. Une école, c'est toujours
bien une école. Puis il y en a des dizaines, des écoles, dans un centre de
services scolaire. Puis là on va être en
train de dire que, oui, dans un centre de services scolaire, il peut y avoir un
seul programme de prévention pour
l'ensemble des écoles, nonobstant écoles primaires, écoles secondaires, écoles
professionnelles... Puis, même à
l'intérieur de différentes écoles primaires, il peut y avoir des variations
tellement différentes d'un milieu à l'autre.
Je trouve que ce n'est pas supersérieux de la
part de l'État comme employeur de se ranger derrière cette idée du
multiétablissements imposé alors qu'ils doivent faire l'exemple avec cette
nouvelle responsabilité là qu'il n'a jamais faite. Il doit faire l'exemple de
l'application et là il s'en lave les mains en disant : Ouf! au moins, là,
je ne suis pas obligé de faire la grosse, je
ne suis pas obligé de faire la totale, je peux y aller avec un petit comité
multiétablissements, là, puis on va voir ce que ça donne.
Boulet : C'est sûr que le présenter de façon réductrice comme vous le
faites, c'est une chose, mais deux points. Si on regarde le secteur minier, dans des conventions collectives, c'est
négociable. Ce n'est pas parce que l'employeur peut qu'il ne peut pas
négocier, ce n'est pas parce que l'employeur peut qu'il ne peut pas même
décider de sa propre initiative. Il est imputable. Je vais tout le temps
revenir à ça. C'est normal qu'il puisse prendre cette décision-là. Il sait qu'il a des obligations à remplir puis il
sait le meilleur corridor qu'il peut emprunter pour respecter ses
obligations.
Puis est-ce que c'est donner un rapport de force
à un employeur? J'ai toujours dit qu'en santé et sécurité il n'y a pas de
compromis à faire. Puis, si ce n'est pas respectueux des critères que nous
avons même rajoutés, le syndicat peut dire... même, il peut dire : On va
demander à la commission. Puis juste de savoir, de la part d'un employeur, que
cette hypothèse-là est possible, ça diminue considérablement ce que vous
pensez... vous pouvez penser comme étant un pouvoir de négociation additionnel.
L'État employeur... Je vais me contenter de dire
que je suis vraiment désolé que, dans les secteurs où l'État est employeur,
notamment la santé, l'éducation puis les services sociaux, actuellement, dans
l'état du droit, il n'y a rien. Il n'y a rien. Ça fait que je me dis : Ce
n'est pas un petit comité à bric-à-brac, puis ce n'est pas parce que c'est un
CISSS ou un CIUSSS que ce n'est pas... c'est tous des établissements où ils
font des activités de même nature. Ça va être à interpréter, mais ce n'est pas
des activités de même nature. Si c'est des personnes aînées d'un côté, puis
c'est des psychiatrisés, puis si c'est des enfants, ou si c'est des centres de
jour, tu sais, ce n'est pas des activités de même nature. Ça fait qu'à ce
moment-là les obligations inhérentes qu'on a déjà adoptées vont devoir être
respectées.
Ça fait que c'est sûr que je ne veux pas
embarquer dans la dynamique : Ils ne font rien. Je peux certainement dire,
cependant, qu'en vertu du régime législatif québécois il n'y a aucune
obligation. Et ça, là-dessus, on se rejoint, puis je pense que, depuis le début
de l'étude détaillée, on contribue, tout le monde ensemble, à faire en sorte
que ce ne soit plus comme ça.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Député d'Hochelaga-Maisonneuve, donnez-vous la chance au député de Jonquière
de prendre la parole?
M. Leduc : ...puis après ça, oui, ça
me ferait plaisir.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait.
M. Leduc : Si M. le ministre m'avait
approché... nous avait approchés en nous disant : Bien, il y a un programme... il y a un problème d'applicabilité
pour l'État employeur, c'est trop gros, tout d'un coup, je vous
demanderais d'appliquer le
multiétablissements pour une séance... pas une séance, mais un délai de trois,
quatre, cinq ans, le temps de laisser le temps à ce que ça s'installe
tranquillement, que les dirigeants des centres de services scolaires puis des CIUSSS commencent à comprendre leur nouvelle
imposition, puis qu'après ça, après, mettons, un cinq ans, là, on
s'assure que chaque établissement en ait un ou qu'il y ait des ententes à un
endroit ou à un autre de multiétablissement, comme le propose le CCTM... parce
qu'encore une fois, répétons-le, on n'est pas contre dans l'absolu, le concept
de multiétablissements, on est contre qu'il soit imposé.
Mais, s'il m'avait approché en me disant :
Écoute, on va mettre un multiétablissements obligatoire, là... parce que, là,
ça commence «rough» pour l'État employeur, cinq ans là-dessus, puis, après
ça, on le rend en effet conditionnel à l'approbation des deux parties, j'aurais
réfléchi. Je me serais dit : Bon, c'est peut-être quelque chose qui est
dans la mesure du raisonnable, c'est une grosse croûte à manger. Mais là ce
n'est pas ça qu'on a devant nous. Là, c'est une imposition mur à mur, et on
pitche ça dans la cour de la CNESST.
Pourquoi ne
pas aborder peut-être une espèce de compromis, M. le ministre, où on aurait le
multiétablissements, en effet, imposé, mais maximum pour un prochain cinq ans,
puis qu'après ça ça devienne ce que le CCTM réclame, à savoir les deux parties
qui adhèrent?
M. Boulet : Mais simplement pour
rassurer, là, quant au délai, évidemment, le multiétablissements, ça fait
partie du règlement sur la prévention, donc ça va entrer en vigueur quand le
règlement adopté par le C.A. de la CNESST va entrer en vigueur. Donc, ce n'est
pas demain matin. Il y aura... Tu sais, vous parliez d'un an, deux ans, trois
ans, là, mais ça va vraisemblablement être un délai suffisant pour s'assurer
que ce soit bien respecté.
M. Leduc : ...intérimaire?
M. Leduc :
Ça ferait mon affaire, mais je ne suis pas sûr que c'est ça que le ministre
voulait dire.
M. Boulet :
Désolé, hein? Oui, il y en a un dans l'intérimaire.
M. Leduc :
...le faire préciser.
M. Boulet :
Oui, tout à fait.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, on donne la parole au député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Merci, Mme la Présidente. On parle beaucoup de
parité, alors que c'est justement important aussi de prévoir la parité dans la
répartition des droits de parole.
Là, on est vraiment
sur un point... c'est la pierre d'angle, là, c'est le fondement même du projet
de loi. Puis on est comme dans le dernier droit, je dirais. Puis, en fin de
semaine, on a eu des articles, en tout cas, j'espère, qui préoccupent le
ministre, parce que, que ce soit d'un côté ou de l'autre, il y a de plus en
plus de rejets du projet de loi. Par exemple, l'article de La Presse
qui nous dit que patrons et syndicats rejettent le projet de loi n° 59,
que ce soit du côté du Conseil du patronat qui s'est dit fortement déçu, que ce
soit de la FTQ-Construction également, de son côté, que ce soit la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante. Alors, on peut dire que le
gouvernement a réussi à faire l'unanimité, mais contre lui, sur ce projet de
loi. Même chose du côté de la CSD, qui appelle au rejet du projet de loi
n° 59.
Et là on arrive dans
un point tournant sur l'enjeu du multiétablissements. On en a déjà parlé ici,
et moi, ça ne me rentre pas dans la tête qu'on contourne, par le projet de loi,
par l'article 58.1, malgré l'amendement — j'avais beaucoup d'espoir sur
l'amendement — qu'on
contourne le fondement même du régime de santé et sécurité au travail au Québec
depuis une quarantaine d'années qui est le paritarisme. Je ne comprends pas ça.
J'ai eu des discussions, comme tout le monde ici, avec des partenaires
syndicaux, des partenaires du côté des employeurs sur la question du
multiétablissements. Il y a des pour, il y a des contre, il y a le secteur
privé, il y a le secteur public, mais on ne peut pas faire l'économie du
paritarisme dans une mesure aussi importante que le multiétablissements. On ne
peut pas faire ça. Et moi, je le dis, c'est incontournable, c'est non
négociable. Si on croit à la santé-sécurité au travail, si on croit que la
meilleure façon de protéger la santé-sécurité de nos travailleurs et de nos
travailleuses, c'est de faire en sorte que ça soit un engagement collectif,
collectif au sens du rôle des employeurs mais aussi du rôle des syndicats,
bien, on ne peut pas mettre de côté le paritarisme dans une mesure aussi
extraordinaire que de faire du multiétablissements. Alors, on ne peut pas
donner des pouvoirs exorbitants à un employeur dans un contexte comme celui-là.
Alors, moi, je
m'attendais à ce que l'amendement, puis là, quand je le lis, évidemment,
on n'est pas du tout dans cet univers-là, que l'amendement vienne inclure
cette dimension du paritarisme, alors que la première ligne, là, de la phrase de l'article 58.1 ne change
pas parce qu'on continue de dire : «Malgré l'article 58, l'employeur
qui emploie des travailleurs dans plus d'un établissement», etc. Alors,
ça, c'est le premier élément, paritarisme non négociable.
Deuxième élément,
puis là on va en jaser longtemps parce que je vais vouloir que le ministre me
donne des exemples, c'est quoi, ça, les activités de même nature? Alors, il va
falloir qu'on définisse ça. Qui va définir c'est quoi, une activité de même nature, et sur la base de quel critère? J'ai déjà eu
l'occasion d'en parler ici, moi, en faisant référence à des usines dans
ma circonscription de... chez Rio Tinto, qui produit de l'aluminium, bien, les
activités portuaires à La Baie, les activités ferroviaires du Chemin de fer
Roberval—Saguenay,
les activités de transformation de la
bauxite en alumine, les salles de cuve, les fonderies et l'expédition, oui, ça
contribue tous à produire de l'aluminium, mais ce ne sont pas des activités de même nature. Puis ce n'est pas vrai
que ce soit juste l'employeur qui pourra décider s'il y a un
multiétablissement.
Alors, je sais que le
ministre va me dire : Non, non, non, les activités comme Rio Tinto, c'est
bien trop vaste puis c'est vrai que le débardeur au port, ce n'est pas la même
chose que le cheminot sur le chemin de fer puis le cuviste dans les salles de
cuve. Mais qui va le déterminer, ça? Qui va déterminer la nature?
Puis le troisième
élément absolument incontournable, c'est le rôle du représentant en santé et
sécurité, qui va se retrouver à couvrir plusieurs établissements, à marcher,
c'est le cas de le dire, dans plusieurs lieux. Alors, il va falloir aussi
revoir le rôle du représentant en santé et sécurité.
Donc, moi, c'est mes
premières remarques à cet égard, et j'en informe, évidemment, la commission,
mais particulièrement le ministre là-dessus. C'est la pierre d'angle, c'est le
fondement, en tout cas, d'une grande réforme amenée par le ministre par le projet
de loi n° 59. Puis ce n'est pas vrai que, par une dimension qu'on appelle
le multiétablissements, on va venir écarter la valeur fondamentale de notre
régime depuis 40 ans en cette matière qui est le paritarisme.
M. Boulet :
Merci. C'est un bon commentaire. Si vous me permettez, collègue de Jonquière,
je veux juste apporter une précision au
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve. Pour les secteurs 1 et 2, où il y a déjà des
mécanismes, ils sont protégés, tu sais, qu'il n'y aura pas de
multiétablissement pendant la période intérimaire. C'est à ça que je faisais
référence. On se comprend? O.K. Parfait.
paritarisme, collègue de Jonquière, j'y crois foncièrement, puis, pour moi, ce
n'est pas irréconciliable avec l'approche
multiétablissements, au contraire. À quelque part, même le paritarisme fait en
sorte qu'il y a un partage de responsabilités. Tu sais, tu ne peux pas
dire : On fait tout, les mains collées l'une sur l'autre. On s'assure de
bien se comprendre, de se respecter et de se partager parfois des
responsabilités. Les gens le font en couple, le font dans des situations
quotidiennes de la vie courante, vous le savez. Donc, pour moi, de dire
«multiétablissements», ce n'est pas du tout incompatible avec le paritarisme.
Deuxièmement... puis
le paritarisme peut amener des désaccords. On l'a vu au Comité consultatif du
travail et de la main-d'oeuvre, on le voit parfois entre partis politiques, sur
des questions cruciales, il y a des désaccords. Je pense qu'en général
les politiciens ici, à Québec, réalisent qu'ils ont beaucoup plus d'intérêts
communs que d'intérêts divergents, puis ça... en général, moi, je ressens
beaucoup d'humanité puis de volonté de s'assurer qu'on améliore les choses puis
je le sens de tous les partis confondus.
L'autre point central
que vous soulevez, c'est : C'est quoi, des activités de même nature? Bon,
non seulement je l'ai expliqué, mais en plus, dans l'amendement, on fait
référence à des fonctions comparables, puis on réfère même aux conditions
d'exercice, puis on réfère même à la distance. C'est sûr qu'ultimement, au-delà
de tous les critères qu'on pourrait imaginer, est-ce que ça assure bien la
protection de la santé-sécurité des travailleurs? Puis c'est sûr qu'une
fonderie ce n'est pas la même affaire qu'une usine d'électrolyse puis ce n'est
pas... je veux dire, ce n'est pas des activités de même nature. Puis je prends
souvent l'exemple classique, tu peux avoir un entrepôt, puis un bureau, puis des
opérations, puis ce n'est pas des activités de même nature. Ça fait que tu ne
peux pas faire du multiétablissements, si c'est réparti, que ce soit dans la
même ville ou des villes différentes.
pense que le collègue de Jonquière sait que c'est des termes qui sont clairs.
«Activités de même nature», ça peut...
quand on est confrontés à des faits, on le sait très bien, parce qu'on a
pratiqué dans des contextes contradictoires, confrontés à certains
faits, que ça peut mener à des interprétations qui se débattent, mais ça peut
arriver, puis souhaitons que ça arrive le
moins possible, mais il n'y a rien qui empêche la commission
de dire : Là, dans ce cas-là, ce n'est pas, par exemple, des activités de même nature, ce n'est pas, par exemple, des conditions d'exercice qui sont similaires.
pense qu'il faut y aller avec le gros bon sens puis le pragmatisme. Si c'est la
même game, là, si c'est le même enjeu
de santé-sécurité, je pense que c'est sain que ce soit appliqué à plusieurs établissements, deux, quatre ou six établissements. Je pense que ça va favoriser, encore une fois, une meilleure
application. Puis, je le répète, c'est l'employeur qui a plusieurs établissements
qui est imputable, qui est redevable, qui doit s'assurer que ce soit mis en application.
Puis moi, ça
m'apparaît beaucoup plus être une affaire de gros bon sens puis de gestion
saine dans des secteurs d'activité où je rappellerais au collègue de Jonquière
qu'il avait zéro. Il y a zéro, actuellement, et on fait un immense pas en avant
parce qu'on prévoit dorénavant, avec les articles qu'on a adoptés, des
programmes de prévention, des volets santé, des comités de santé et sécurité,
des représentants. En bas de 20, c'est des plans d'action puis des agents de
liaison. On avait ça seulement dans deux secteurs à prépondérance masculine
puis maintenant on a ça dans tous les
secteurs d'activité. Et notamment, vous le savez, l'économie s'est tellement
tertiarisée depuis 1979 et 1985 que
ça s'impose d'élargir l'application non seulement des mécanismes de prévention,
mais aussi de participation des travailleurs. Et on le fait de façon
souple et respectueuse de l'organisation terrain des employeurs.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Député
d'Hochelaga-Maisonneuve. Non, pardon, député de Jonquière. Oui, oui.
M. Gaudreault :
Bien, c'est ça, je pense qu'on en a parlé tout à l'heure, puis le député
d'Hochelaga-Maisonneuve en a fait mention
aussi dans son intervention, il faut quand même tenir compte des recommandations
du CCTM. Et, je pense, c'est la
recommandation 12 qui dit que «l'instauration d'un programme de prévention
multiétablissement est conditionnelle à l'accord de toutes les parties
locales. Sans l'accord d'un établissement, celui-ci ne peut faire
partie du programme de prévention
multiétablissements.» Ensuite, la recommandation 12, toujours : «Tous
les mécanismes de prévention doivent être inclus dans le regroupement
multiétablissements.»
Le Comité consultatif
du travail et de la main-d'oeuvre est lui-même, par ses recommandations, par
son rapport, profondément préoccupé par l'accord des parties. L'accord des
parties. Quand on parle d'accord des parties, ça veut dire le paritarisme, de
tenir compte du travail paritaire, des comités paritaires, du rôle des
représentants des travailleurs, mais aussi, évidemment, le rôle de l'employeur.
Et le ministre me
disait, dans sa réponse, que... en tout cas, je ne le cite pas nécessairement
aux mots, là, mais l'idée, c'est que le paritarisme n'était pas exclu de
l'article 58.1 et du projet de loi n° 59. Mais c'est parce que ça
n'apparaît pas dans le projet de loi. Ça n'apparaît pas. Je veux dire, dans
l'article 58.1, là, et, je le répète, je m'attendais à voir un
amendement qui allait en tenir compte, on dit que l'employeur peut
élaborer et mettre en application un programme multiétablissements. Alors, ça,
ce n'est certainement pas paritaire, là.
Donc, je vous vois
hocher de tête, Mme la Présidente, probablement pour me dire que la guillotine
du temps m'est tombée sur la langue.
Présidente (Mme IsaBelle) : C'est-à-dire, compte tenu de l'heure,
il est déjà... il est 10 heures... 12 h 30, pardon, alors nous
allons suspendre pour l'heure du dîner. Alors, merci à tous et à toutes. Je
vous souhaite un bon dîner.
(Suspension de la séance à
12 h 30)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Rebonjour, tout le monde. Nous poursuivons l'étude détaillée. La
Commission de l'économie et du travail reprend ses travaux.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 59, Loi modernisant le régime de santé et de sécurité
du travail.
Lors de la suspension de nos travaux, cet
avant-midi, nous en étions à l'étude de l'article 146, ou à l'amendement
de l'article 146, et la parole était au député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Alors, comme je le disais avant la suspension des travaux, moi, je
suis extrêmement préoccupé par le multiétablissements. Je suis surtout extrêmement
préoccupé par la définition qui sera donnée également à la nature, donc, quand
on dit «des activités de même nature».
Par ailleurs, je suis aussi très préoccupé par
la parité. Et, comme je le disais avant la suspension des travaux, le paritarisme est à la base de notre régime de
santé-sécurité au travail, et pourtant il n'apparaît pas dans
l'article 58.1. Alors, moi, je reviens à la charge, Mme la Présidente.
Est-ce que le ministre ne trouve... ne trouve-t-il pas qu'on devrait prévoir
des conditions de paritarisme dans le processus conduisant à un statut
multiétablissements pour les programmes de prévention? Est-ce que le ministre
ne serait pas prêt à faire un amendement à son amendement pour avoir ce paritarisme dans la détermination, je
dirais, là, des programmes de prévention à
titre de multiétablissements
et... ou, à tout le moins, de le baliser dans certaines conditions, pour faire
en sorte que les représentants des travailleurs puissent avoir leur mot à dire?
Parce que la seule chose qui doit nous
préoccuper ici... je sais que c'est ça, dans l'esprit du ministre aussi, je le sais tout
à fait que c'est la santé-sécurité
des travailleurs, mais j'ai peur qu'on s'y prenne de la mauvaise façon.
J'ai peur qu'on s'y prenne de la mauvaise
façon, j'ai peur que de ne pas tenir compte de la parité au sein des... c'est-à-dire à l'intérieur du processus
vers le multiétablissements, que ça brise la confiance dans les autres endroits
où il y a cette parité. J'ai peur que ça fasse en sorte qu'il y ait des abus de
la part de certains employeurs.
Alors, dans l'esprit du paritarisme, dans
l'esprit des recommandations du comité de la main-d'oeuvre, est-ce que le ministre
ne pourrait pas, minimalement, ouvrir la porte pour une forme de paritarisme
dans le processus enclenché par le 58.1?
La Présidente (Mme IsaBelle) : M. le
ministre.
M. Boulet : Merci. Ça me permet de
constater la profonde affection pour... le collègue de Jonquière pour le
paritarisme, affection que je partage. Et c'est une autre des raisons pour
lesquelles j'invoque, d'ailleurs, le consensus du Comité consultatif du travail
et de la main-d'oeuvre sur la responsabilité de l'employeur quant aux
programmes de prévention. Donc, ça, c'était
consensuel. Donc, ça, ça découlait du paritarisme qui est exercé au comité
consultatif. Il n'y avait pas... Je rappellerai au collègue de Jonquière, il
n'y avait pas de consensus, à ce même comité là, sur les représentants en
santé-sécurité, puis, malgré ça, on en a maintenant partout en haut de 20 puis,
partout en bas de 20, on a des agents de liaison. Il n'y avait pas de consensus
en bas... non plus, en bas de 20, puis nous, on a fait des plans d'action puis
des agents de liaison.
Je veux juste dire au collègue, pour le rassurer
de nouveau, avant que l'employeur mette en place un mécanisme
multiétablissements, on écrivait les conditions. Un, il faut qu'il s'assure que
les activités soient de même nature. Deux, il faut
aussi qu'il intègre... parce que ça, c'est particulièrement intéressant, il faut qu'il intègre les établissements de moins
de 20 travailleurs. Puis enfin, il faut qu'il s'assure que les comités et
les représentants puissent, puis là c'est
dans notre libellé, puissent exercer adéquatement leurs fonctions. Ça fait que ça implique, notamment,
de se déplacer sur les lieux de travail, pour analyser les risques, les
inspections, les enquêtes, et autres, de leurs fonctions.
Puis, dernier point, je veux redire au collègue
de Jonquière que ça me préoccupait au point où on s'est dit : Il faut
rajouter le pouvoir de la commission d'ajouter, le cas échéant, si les
conditions ne sont pas respectées... Puis la commission procéderait par un
simple avis de correction, un avis de correction qui pourrait... qui constitue
une décision, qui peut faire l'objet d'une
contestation, mais ultimement le Tribunal
administratif du travail pourrait
trancher.
Mais je pense que le but ultime qu'on partage,
c'est la protection des travailleurs, puis on va l'atteindre plus... Puis là
j'ai partagé votre affection profonde pour le paritarisme et je vous demande de
partager ma conviction profonde sur la plus grande efficacité des mécanismes
multiétablissement, particulièrement quand c'est de même... des activités de
même nature.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Député de Jonquière.
M. Gaudreault : Merci, Mme la
Présidente. On avance, parce que je pense qu'on est capables d'établir, entre
nous, des points communs, ce qu'on partage, ce que nous partageons comme
préoccupations, comme valeurs. Il nous reste à nous entendre sur la manière d'y
arriver.
On va essayer de le
prendre sous l'angle des problèmes concrets. S'il n'y a pas de paritarisme,
dans la détermination du multiétablissements, qu'est-ce qui va arriver si les
établissements n'ont pas les mêmes centrales syndicales qui les représentent?
Est-ce qu'à ce moment-là ça ne donne pas un pouvoir disproportionné à
l'employeur de mettre en compétition, au fond, des associations accréditées qui
seraient différentes d'un établissement à l'autre? Est-ce
qu'on ne devrait pas trouver une manière d'éviter ce piège ou ce... comment je
pourrais dire, cette espèce de dommage collatéral relié à sa mesure de
multiétablissements?
M. Boulet :
Si vous permettez, on va suspendre deux minutes, parce qu'il y a un
article que
j'ai en tête, qui va venir un peu plus loin, qui interpelle ce sujet-là plus spécifiquement,
mais je n'ai pas tous les articles devant moi. Ça fait que, si vous permettez, Mme
la Présidente...
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Oui. Alors, nous demandons une suspension, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à
15 h 24)
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, M. le ministre, je pense que vous avez trouvé la
réponse. Alors, à vous la parole.
M. Boulet :
Donc, pour répondre à la question, ça réfère véritablement aux règles de
désignation, et là je vous réfère à l'article 72 de la loi santé-sécurité.
Puis, quand il y a plusieurs associations accréditées qui représentent l'ensemble des travailleurs, elles peuvent,
par entente, désigner les représentants des travailleurs. Si elles ne s'entendent pas, la désignation est déterminée selon les
modalités déterminées par règlement. C'est ce qui s'appliquerait, collègue.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres... Oui, député de Jonquière.
Gaudreault : Bon, l'article 72 : Les représentants des travailleurs
au sein du comité sont désignés parmi les travailleurs de l'établissement. Lorsque
plusieurs associations accréditées représentent l'ensemble des travailleurs de l'établissement,
elles peuvent, par entente, désigner les représentants des travailleurs. Mais
ça ne répond pas à la question, là. Je veux dire, ça reste qu'un employeur
pourrait se servir de son pouvoir, en vertu de l'article 58.1, de
décréter, on va dire ça de même, le multiétablissements, alors qu'il peut y
avoir plusieurs associations accréditées dans ces établissements. Alors...
M. Boulet :
...il y a 72 puis il y a l'article 68.2, là, quand... pour l'ensemble des établissements,
quand il y a un comité, mettons, multiétablissements. Évidemment, les parties
peuvent s'entendre pour rajouter des comités additionnels,
mais on mentionne aussi clairement que «les dispositions du présent chapitre, notamment
72, s'appliquent aux comités de santé-sécurité additionnels, compte tenu
des adaptations nécessaires.
Donc, ça réfère plus précisément
à 72, où là ils seraient désignés, par entente, entre les associations
accréditées... collègue, juste vous dire, actuellement, on est sur le programme
de prévention, mais on va arriver au comité de santé-sécurité, mais je trouvais
que la question méritait quand même d'être discutée.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Est-ce qu'il... Y a-t-il d'autres interventions?
Gaudreault : Est-ce que le ministre peut nous redire les secteurs
prioritaires, là, qui seront touchés par l'article 58.1, sa liste des
secteurs prioritaires?
M. Boulet :
La liste des secteurs...
Gaudreault : Vous nous avez mentionné, avant de suspendre...
M. Boulet :
...les secteurs qui sont touchés par 58.1. Est-ce que c'est la question que
vous me posez?
Gaudreault : Oui. Mais c'est parce qu'il y avait un bout, je pense,
avant la suspension, que vous avez mentionné, avec les dispositions
transitoires, là, ce qui viendra.
M. Boulet :
Pour le régime intérimaire? Bien, pour le régime intérimaire, ce qu'on va éventuellement
discuter, c'est le maintien du Règlement sur les comités de santé et sécurité
et sur les représentants en santé et sécurité pour les secteurs prioritaires, 1
et 2, là.
Gaudreault : O.K. Est-ce que, dans son esprit, l'usine de l'aluminerie
Rio Tinto d'Alma, c'est des activités de même nature que l'usine de Rio Tinto
d'Arvida?
M. Boulet : ...laquelle autre usine?
M. Boulet : Arvida et...
M. Boulet : Mon souvenir, c'est non.
Je pense que ce n'est pas les mêmes technologies, ce n'est pas des activités de
même nature, pris dans son sens assez strict. Mais, encore une fois, vous savez
que j'ai travaillé pour cette entreprise-là, comme jeune avocat en relations de
travail puis en santé et sécurité, ça fait que...
M. Gaudreault : C'est pour ça que je
vous en parle. Vous êtes encore un jeune avocat.
M. Boulet : ...malheureusement.
M. Gaudreault : Un jeune ministre,
pardon.
M. Boulet : Mais c'est une usine que
je connais bien. Puis là je ne peux pas voir comment les opérations ont évolué.
Ça serait un petit peu présomptueux de ma part de me prononcer à savoir si
c'est des activités de même nature, mais je serais porté à vous dire non.
M. Gaudreault : O.K. Bien, c'est sûr
qu'il y a des différences technologiques quant aux cuves, là, les précuites...
Oui, allez-y.
M. Boulet : Donc, la liste des
questions pour savoir... parce qu'on a rajouté les fonctions comparables. Donc,
l'employeur devra analyser ses activités puis poser les questions
suivantes, on est habitués de poser des questions : Est-ce que le
procédé de fabrication est semblable? Est-ce que les équipements utilisés sont
les mêmes ou sont opérés de façon similaire? Est-ce que la technologie
impliquée dans les activités est semblable? Est-ce que l'organisation du
travail est similaire? Est-ce que le type de clientèle est comparable? Est-ce
que les services offerts sont similaires? Est-ce que les lieux de travail sont
semblables? Est-ce que l'aménagement des lieux offre des conditions d'exercice
du travail similaires? Donc, c'est le type de questions qu'il faut poser.
Évidemment, si vous alliez devant un... C'est ça.
Gaudreault : O.K. Mais là c'est très important. Cette liste, c'est
pour déterminer la même nature, c'est ça?
M. Boulet : Bien, c'est ce qu'on
doit prendre en considération pour voir si c'est des fonctions comparables, là,
si c'est des... qui nous permettent de déterminer si c'est des activités de
même nature.
M. Gaudreault : O.K. Et ça sort
d'où, cette liste-là? C'est quoi, la source?
M. Boulet : ...vraiment des exemples
que nous avons faits pour se préparer à notre étude détaillée. C'est vraiment à
titre de guide, là, mais c'est vraiment en équipe qu'on a travaillé, à la
CNESST, pour essayer de donner des outils, qui vont être utilisés, d'ailleurs, quand
ce sera mis en application.
M. Gaudreault : O.K., mais admettons
qu'il y avait quoi, six, sept questions, peut-être, de mémoire, là...
M. Gaudreault : ...à peu près, on
tire la ligne où pour savoir si c'est de même nature ou non? Est-ce qu'il faut
avoir répondu positivement, disons, à quatre questions sur sept, ou à deux
questions sur six, ou...
Boulet : Non, on ne veut pas
que ce soit trop limitatif, là. Quand on dit «des activités de même nature»,
ce à quoi on a référé, c'est aussi les fonctions comparables, les conditions
d'exercice. On a référé aux critères de distance.
Ultimement, ce qui est prépondérant, c'est pour
permettre de bien faire le travail puis de bien assurer la protection des
travailleurs, là. On n'embarquera pas... ça ne m'apparaît pas opportun
d'embarquer dans un exercice qui viendrait rendre la notion d'«activités de
même nature» trop restrictive, trop limitée. Je pense qu'il faut se fier à un
guide général.
M. Gaudreault : ...en vertu du
dernier paragraphe de l'amendement du ministre, là, «aux fins de déterminer si
des activités exercées dans un établissement sont de même nature», le test, ce
sera de répondre à ces questions-là. C'est ce que je comprends?
M. Gaudreault : O.K., mais il y a
quand même une dose de, comment je pourrais dire, d'interprétation.
M. Boulet :
...assurer que les CSS... mais là on est au PP, là, que les CSS et les RSS, là,
les comités de santé-sécurité et représentants santé-sécurité puissent exercer
leurs fonctions adéquatement. C'est vraiment le critère, mais, pour les
activités de même nature, vous avez raison, c'est l'exécution de fonctions
comparables et les conditions d'exercice qui doivent, puis je le répète, notamment,
être prises en considération. Ça fait que ce n'est pas limitatif.
M. Gaudreault : Mais pourquoi, ces
questions-là, on ne pourrait pas les intégrer dans la loi?
Gaudreault : Pourquoi, ces
questions-là que vous avez posées, on ne pourrait pas les intégrer dans la loi
sous forme de critères, faire une énumération en disant «notamment», et là
la série de questions que vous avez soulevées?
M. Boulet : Bien, c'est parce
qu'«activités de même nature», c'est un concept quand même assez englobant,
assez précis, assez clair. On a travaillé fort pour trouver un concept qui est
aussi précis. Puis, suite à des discussions, suite à ce qu'on a entendu lors
des consultations particulières, on a ajouté l'exécution des fonctions
comparables, puis les conditions d'exercice, puis même, avec des collègues des
partis d'opposition, «qui doivent notamment être prises en considération». Je
pense qu'il ne faille pas enfermer la discrétion de la commission, le cas
échéant.
Et, je le répète, il y a quand même eu un
consensus sur l'imputabilité de l'employeur pour le programme de prévention.
Donc, laissons-le analyser en fonction de ce qui... Moi, je les ai données, là,
les questions, là, entre autres, là, puis à micro ouvert. Ça fait que, je
pense, c'est des guides qui vont permettre non seulement d'interpréter, mais
surtout d'appliquer, mais mettre dans la loi tout un cheminement... Il faut que
tu te poses les questions suivantes... Je pense que ça va être plus le rôle
d'un conseiller ou d'un avocat quand il va parler avec son client. Des activités de même nature, ça réfère... puis notamment,
le ministre a référé aux fonctions, puis ça s'analyse en
fonction des cas par cas.
M. Gaudreault : O.K. Bon, je suis
d'accord, là, pour dire que ça peut s'analyser par du cas par cas, mais, quand
on fait de la loi, là, de la législation, le cas par cas, j'ai plutôt tendance
à vouloir le baliser comme il faut.
M. Boulet : Ce qu'on pourra faire, collègue,
c'est que... s'assurer que la CNESST élabore un guide clair pour bien assurer
que ce soit bien compris, ce que ça veut dire, et que ce soit appliqué avec
fluidité. Et ça, on va s'assurer qu'il y ait
un guide. Puis la CNESST, les questions que je vous ai posées, c'est dans un
contexte d'élaboration, puis ce n'est pas fini, là, mais c'est un
exercice qui est en cours d'exécution.
M. Gaudreault : Mme la Présidente,
je ne sais pas si on pourrait obtenir une petite suspension, parce que j'aurais
besoin de réfléchir à la suite des réjouissances.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Est-ce qu'on peut, avant, voir s'il y avait d'autres députés qui voulaient
prendre la parole? Est-ce que le...
M. Gaudreault : Bien, c'est parce
que, si la suspension conduit à ce qu'on dépose un amendement... je ne voudrais
pas me faire «scooper» par un autre député qui va déposer un amendement avant
moi.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Ah!
d'accord. Alors, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 38)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous avons reçu un sous-amendement de la part du député de Jonquière.
Alors, je vous invite à lire votre sous-amendement à l'article 146.
M. Gaudreault : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Alors, c'est un sous-amendement à l'article 146 qui introduit l'article 58.1
de la
Loi sur la santé et sécurité du travail.
Insérer, à la fin du dernier alinéa, proposé par
le paragraphe 2° de l'amendement à l'article 58.1 de la
Loi sur la santé
et la sécurité du travail, proposé par l'article 146 du projet de loi,
«L'employeur tient compte du guide d'application en cette matière élaboré par
la commission et publié sur son site Internet.»
Alors, c'est, dans le fond, un amendement, Mme
la Présidente, qui reprend ce que le ministre m'a dit dans notre échange
précédent, parce que, pour moi, c'était très important de définir ou, en tout
cas, au moins d'encadrer, d'essayer de définir un peu plus ce que sont les
activités de même nature.
Le ministre nous a lu, tout à l'heure, une série
de questions, par exemple, dont devrait compte la commission, quand ça vient le
temps de déterminer si c'est une activité de même nature ou pas. Alors, il nous
a dit : Je suis même prêt à aller faire en sorte que la commission élabore
un guide clair en cette matière. Donc, c'est comme ça qu'on se retrouve à avoir
cet amendement : «L'employeur tient compte du guide d'application en cette
matière élaboré par la commission et publié sur son site
Internet.» Donc, ça force la commission à faire un guide et à le rendre public
sur son site Internet.
Mais, Mme la Présidente, évidemment, c'est moi
qui fais la proposition de sous-amendement, je suis d'accord, et je le porte,
et je vais voter pour mon propre sous-amendement, évidemment, mais vous
comprenez que moi, idéalement, j'aurais voulu que ça soit en tenant compte de
la parité, hein? On en a parlé amplement, dans cette commission, donc, d'avoir
un processus paritaire pour déterminer le multiétablissement. Je sens que le
ministre ne souhaite pas aller là. Donc, à défaut de ça, bien, je rédige le
sous-amendement en disant : «L'employeur tient compte du guide
d'application en cette matière...» Alors, l'employeur devra tenir compte du
guide d'application qui sera élaboré par la commission.
Mais, quand on dit «élaboré par la
commission»... puis j'aimerais ça que le ministre nous explique un petit peu le
processus à l'interne, là. «Élaboré par la commission», ça veut dire que
ça passe, à un moment donné, dans les processus de la commission, ça passe par
le conseil d'administration de la commission qui, lui, est composé de façon
paritaire. Donc, on vient baliser, ou encadrer, ou on vient, d'une certaine
manière, réduire la marge de manoeuvre, entièrement discrétionnaire, de
l'employeur. Alors, moi, c'est comme ça que je l'interprète.
Maintenant, j'invite les collègues, évidemment,
à voter pour ce sous-amendement.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions au sous-amendement? Donc, s'il n'y a pas
d'autre intervention au sous-amendement, nous allons procéder à la mise aux
voix.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Gaudreault (Jonquière)?
Le Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
Le Secrétaire : M. Bélanger
(Orford)?
Le Secrétaire : M. Caron
(Portneuf)?
Le Secrétaire : Mme Dansereau
(Verchères)?
Dansereau : Pour.
Le Secrétaire : Mme Jeannotte
(Labelle)?
Le Secrétaire : M. Bachand
(Richmond)?
Le Secrétaire : M. Leitão
(Robert-Baldwin)?
Le Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
Le Secrétaire : Et Mme IsaBelle
(Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, le sous-amendement à l'article 146 est adopté. Nous poursuivons donc maintenant avec l'amendement à l'article 146. Y a-t-il d'autres
interventions? Député de
Robert-Baldwin.
M. Leitão : Bien, merci. Merci, Mme
la Présidente. Alors, bien, un peu essayer d'expliquer pourquoi je me suis
abstenu. J'ai suivi, avec attention, la discussion, depuis ce matin, entre M.
le ministre et les deux collègues, député de Jonquière, député d'Hochelaga-Maisonneuve,
sur l'article 146 et surtout, donc, l'amendement apporté par M. le
ministre à 58.1. Cet amendement-là est le fruit d'une réflexion par M. le
ministre et son équipe, puisqu'on avait suspendu cet article-là, donc une réflexion sur la
meilleure façon d'incorporer les différents commentaires qui avaient été
amenés en commission parlementaire et par les représentations des autres... des
différents groupes.
D'une façon générale, nous sommes d'accord avec
l'amendement du ministre et nous allons probablement voter pour. Cependant,
nous pensons aussi que... et c'est pour ça que je m'étais abstenu auparavant,
nous pensons aussi que cet article-là pourrait être un peu plus... comment je
dirais ça, un peu plus simple. C'est peut-être un peu... On ajoute un peu de
complexité qui, à notre avis, peut avoir une influence sur les activités des
entreprises en termes de productivité.
Ce que je veux dire, là, le point que j'aimerais
faire... et on avait pensé déposer un sous-amendement, mais je pense
que ce n'est peut-être pas la meilleure chose à faire, mais j'aimerais quand même
le mentionner, c'est que, quand on
dit, dans l'article 58.1, que «l'employeur qui emploie les travailleurs dans plus d'un établissement peut élaborer un programme où s'exerce des
activités de même nature...» Alors, nous pensons que c'est peut-être un peu
redondant d'ajouter cette phrase, «où s'exercent des activités de même nature».
La discussion qu'on a eue, ce matin, une assez
longue discussion entre le ministre et surtout le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve,
on est souvent revenus sur la définition d'activités de même nature. Donc, je
comprends très bien le point que le ministre a fait, mais, justement,
je pense qu'on aurait pu s'éviter toute une série de
discussions, si on avait tout simplement enlevé cette référence aux activités
de même nature. Ça aurait été, à mon avis, plus simple, pour une entreprise, juste de dire que l'employeur qui emploie des travailleurs dans plus d'un établissement peut élaborer et mettre en application un
seul programme de prévention. Je pense, ça aurait été plus simple, ça aurait
contribué à une plus grande fluidité. Et, les grandes entreprises, dans tous
les cas, ou les employeurs qui ont plusieurs établissements, je pense qu'ils
pourraient se conformer à la loi de façon plus efficace.
Donc, c'est ça, ce qu'on avait en tête. Comme
j'ai dit tantôt, je ne pense pas que ça soit nécessairement utile de déposer un amendement ou un sous-amendement là-dessus, mais j'aimerais que ce soit clair que... Donc, peut-être, on se situe un peu de l'autre côté des propos, qui ont été élaborés jusqu'à
maintenant, sur cet article-là. Nous, au contraire, on pense que ça
serait plus utile de favoriser un peu plus la flexibilité des entreprises.
Voilà.
M. Boulet : Merci. Je comprends et
je respecte le point de vue. Donc, c'est comme, à peu près, enlever «activités
de même nature». C'est sûr que ça conférerait une flexibilité additionnelle aux
employeurs d'établir des mécanismes de prévention et de participation au
multiétablissements. En même temps, je pense que c'est un sain compromis, puis,
tu sais, ça permet d'éviter qu'une usine de production puis un centre de
production d'un centre administratif soient considérés comme ouvrant la porte à
des mécanismes multiétablissements.
Puis, tu sais, on s'était fait, quand même, un
certain nombre d'exemples, là, puis je pense qu'«activités de même nature»... Avec le guide administratif, qui va être élaboré par la
commission, comme l'a suggéré le collègue de Jonquière, je pense qu'on a
un bon entonnoir pour permettre que ce soit utilisé de façon à ne pas atteindre
les objectifs. Je pense qu'on en a suffisamment parlé pour s'assurer que ça
respecte ce que nous voulons faire.
Puis on a
parlé du secteur minier, puis, tu sais, même moi, pour moi, une activité... une
mine à ciel ouvert, ce n'est pas la
même affaire qu'une mine souterraine. Ce n'est pas des activités de même
nature, puis mine, transport ferroviaire, production, puis centre
administratif, puis centre de distribution, puis un magasin, puis un centre
sportif, puis une bibliothèque. Je pense,
collègue, ceci dit avec respect, oui, vous êtes dans l'autre direction,
complètement, puis je n'ai pas vu hocher
de la tête ni le collègue de Jonquière ni le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, mais j'ai essayé d'être attentif. Beaucoup
de respect, puis je pense que ça démontre qu'on a quand même
une voie qui est acceptable. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui.
Député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Et c'est un peu pour ça
que je me suis abstenu sur le sous-amendement du collègue de Jonquière, parce
que je pense qu'on est en train de peut-être... de complexifier les choses,
mais je comprends très bien votre point. Et, comme je vous ai dit déjà, je
pense que c'est... bon, écoutez, il n'y a rien, dans la vie, qui est parfait,
c'est... si on vise la perfection, on n'arrivera jamais. Donc, il faut aussi
faire non seulement ce qui est parfait, l'idéal, mais de... ce qui est
pragmatique aussi. Donc, nous sommes prêts à vivre avec l'amendement que vous
avez déposé, mais nous aurions souhaité qu'il soit un peu plus flexible. Mais,
écoutez, on ne va pas étirer ça plus que ça. Voilà.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Leduc : Allons dans des
exemples d'application, parce que le... dans le fond, le diable est dans les
détails. Et puis moi, je me suis déjà, donc, longuement exprimé sur mon
irritation quant à ce concept de multiétablissement unilatéral. Ce n'est évidemment pas une unilatéralité qui est proposée
du côté syndical, mais bien du côté patronal, ce qui m'embête, je l'ai
dit de long en large, tantôt. Mais bon, là, concentrons-nous sur son
applicabilité pour essayer de cerner vraiment la portée de l'amendement du
ministre, parce que, là, il nous propose de passer par un autre chemin, qui est
celui de, potentiellement, défaire le multiétablissements via la CNESST, en
vertu d'une série de critères qu'il nous a énumérés tantôt. Là, il y aura un
guide aussi qui sera publié. C'est bien.
J'ai cité précédemment, là, avant le dîner,
l'exemple des écoles. J'aimerais ça l'entendre là-dessus, M. le ministre, parce que «de même nature», est-ce
que... Dans un centre de services scolaire, il y a grosso modo trois types
d'écoles, peut-être un peu plus, là, je ne suis pas un expert dans le système
d'éducation, mais il y a, minimalement, des écoles professionnelles, des
écoles primaires, des écoles secondaires, qui relèvent d'une commission
scolaire... d'un centre de services scolaire, pardon. Est-ce que ces trois
types d'écoles là sont, selon le ministre, de différente nature?
M. Boulet :
Bien, les centres de services scolaires puis les écoles, ce n'est pas des
activités de même nature. Quant à savoir, une école primaire et secondaire,
c'est difficile pour moi de me prononcer, là, tu sais, sans un examen attentif
de tous les faits.
Tout à
l'heure, j'ai élaboré une série de questions puis j'ai donné, quand même, un
certain nombre d'exemples, là, pour les mines. Tu sais, je peux même en
rajouter, là, dans celles que j'avais. Tu sais, si c'est des minéraux différents qui utilisent les mêmes techniques
d'extraction, à mon avis, c'est des activités de même nature. Des
minéraux différents qui n'utilisent pas les mêmes techniques d'extraction, non,
parce que, là, c'est les conditions d'exercice, puis ce n'est pas des fonctions
comparables.
La mine à ciel ouvert versus une mine
souterraine, je l'ai mentionné, l'exploitation d'une mine et transport
ferroviaire, c'est non. Un centre de distribution puis un magasin, c'est non.
Un hôpital général et un hôpital de soins psychiatriques, c'est non. Ça, je
l'avais mentionné aussi. Des hôpitaux g