Institutions — 13 May 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2021-05-13
Quebec — Committees
(Onze
heures trente minutes)
Le Président (M. Bachand) : Alors, bonjour. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte. Avant de débuter les travaux de la commission, je
vous rappelle que le port du masque de procédure est obligatoire en tout temps,
hormis au moment de prendre la parole dans le cadre de nos travaux.
La commission est réunie
afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 64, Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection
des renseignements personnels.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements, s'il vous plaît?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme D'Amours (Mirabel) est remplacée par M. Lefebvre (Arthabaska);
Mme Lavallée (Repentigny), par M. Provençal (Beauce-Nord); M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee), par M. Barrette (La Pinière); M. Zanetti
(Jean-Lesage), par M. Nadeau-Dubois (Gouin); et Mme Hivon (Joliette),
par M. Ouellet (René-Lévesque).
Le Président (M. Bachand) : Merci. Je vous rappelle qu'il avait été convenu de
suspendre l'étude des amendements visant à introduire l'article 36.1
proposé par le ministre. Nous avions également suspendu les articles 78
à 85 inclusivement, 93 et 96 du projet de loi.
Lors de l'ajournement
de nos travaux hier, nos discussions portaient sur l'amendement proposé par le député
de Gouin à l'article 99. Y a-t-il des interventions? M. le député de Gouin,
je vous rappelle qu'il vous reste un peu moins de cinq minutes. Merci.
Nadeau-Dubois : Je vais donc reprendre du début tout ce que j'ai dit
hier. Non...
Nadeau-Dubois : En
cinq minutes, mais non... bien, c'est un débat puis c'est une conversation
intéressante. La question ici, c'est celle du profilage commercial à
partir de données biométriques. Est-ce que ça devrait être possible avec le consentement
des gens? Puis j'ai ressorti deux contributions qui nous ont été faites,
d'abord par la Commission d'éthique en science et en technologie, puis ensuite
par la Ligue des droits et libertés, qui se sont prononcées sur cette question-là,
la question du consentement, qui, je pense, intéresse le ministre.
Donc,
à la page 7 de la Commission de l'éthique en science et technologie, puis
ce n'est pas une sous-branche de Québec solidaire, c'est une institution indépendante qui se pose ces questions-là pour le gouvernement du Québec, la
commission a écrit ceci : «On ne peut pas raisonnablement s'attendre à ce
que les individus soient totalement responsables de leur vie privée et des
données qu'ils transmettent. En tant que consommateurs, notamment, ils sont
constamment sollicités pour donner leur consentement sur divers sujets. Le
consommateur responsable idéal irait lire attentivement tous ses contrats,
toutes les conditions d'utilisation des plateformes, logiciels ou objets
numériques qu'il utilise et comprendre tous les termes énoncés et tous les
énoncés contenus dans ces politiques.
«Cet idéal de la
consommation responsable est inefficace et difficilement atteignable. Les
consommateurs n'ont pas tous les mêmes connaissances techniques pour lire et
comprendre les conditions d'utilisation détaillées.» Je saute un bout.
«En ce sens, la
protection de la vie privée devrait aussi passer par un encadrement des usages
acceptables en amont — en
amont du consentement, donc — par les autorités publiques. Par exemple,
on peut saluer l'insertion dans la
Loi sur la protection des renseignements
personnels, de l'article 9.1, selon lequel "une personne qui exploite
une entreprise et qui recueille des renseignements personnels en offrant un
produit..."»
En fait, c'est
l'article 9.1 qu'on a modifié et qu'on vient... où on a changé «activer»
par «désactiver». Ça, c'est un bon exemple d'où le consentement est limité,
parce que là le législateur vient dire : On va vous paramétrer le
consentement à l'intérieur de certaines balises, celui que les fonctions
doivent être désactivées plutôt qu'activées.
la commission termine son plaidoyer avec la phrase suivante : «Ainsi,
par-delà le consentement et la responsabilité
individuelle, il s'avère judicieux de renforcer la responsabilité des institutions
étatiques et des compagnies pour diminuer d'entrée de jeu les risques de
préjudices difficiles à réparer.»
Donc,
c'est un argument... L'argument de la commission, c'est le même que moi hier,
exprimé plus simplement et sans doute
plus élégamment, c'est-à-dire que le consentement ne peut pas faire foi de tout
et que les autorités publiques peuvent et doivent, dans certaines
circonstances, en amont du consentement individuel, affirmer que certains choix
ne sont pas possibles, que certaines choses ne sont pas acceptables en regard
du bien commun.
C'est ce
qu'on fait constamment dans une société de droit, une société libérale, que
d'encadrer puis de limiter le consentement seulement dans certaines
circonstances puis sur certains enjeux. Je ne demande pas au ministre de faire quelque chose qui
est étranger à l'esprit des lois qu'on vote au Québec, c'est quelque chose
qu'on fait régulièrement. Nous ne sommes pas dans une société, mettons,
de type libertarienne où la responsabilité individuelle fait foi de tout. On
met tout le temps communément plein de balises au consentement individuel.
La Ligue des droits
et libertés fait un argument similaire. La ligue dit : «Le consentement
libre suppose que le refus de fournir des renseignements personnels non
essentiels n'entraînera aucun préjudice. Le projet de loi n'offre aucune
garantie à cet égard.» Et ça, c'est vrai dans plein de situations, parce que,
et là la ligue poursuit, «s'il refuse — le consommateur — de
fournir l'information, il n'aura pas le service, il devra déposer une plainte à
la CAI et possiblement attendre plusieurs années avant d'être entendu».
Donc,
on est dans une situation où il va se développer, dans les prochaines années,
toute une série de pratiques, dans le privé et dans le public, où on va
solliciter de plus en plus le consentement des gens pour que les gens de
plus en plus donnent ou cèdent leurs données personnelles. Et, de plus en plus,
ça va être la condition à l'utilisation d'un service. C'est le cas dans le cas
de Gmail, de Facebook, de Google. Ce sera le cas, sans doute, avec des données biométriques. C'est la raison pour laquelle je
dépose cet amendement, pour qu'on dise que, même avec le consentement,
on juge, au Québec, que ce n'est pas une pratique commerciale acceptable.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Interventions? M. le
ministre, s'il vous plaît.
Caire : Oui, absolument, M. le Président. Je dois dire
d'entrée de jeu qu'on a eu plusieurs belles
et bonnes discussions extrêmement intéressantes. Et celle-ci, à mon avis, s'inscrit
dans les plus intéressantes que j'ai eues avec mon collègue de Gouin. Et
je le dis sans flagornerie, c'est vraiment une très belle discussion.
Et on touche, M. le
Président... je pense qu'on touche à un élément essentiel, c'est-à-dire la
valeur du consentement, parce que, dans notre société
de droit, le consentement est un élément fondamental, c'est un des piliers
sur lesquels repose notre société de droit. Et pourquoi je dis ça, M. le Président? Parce que je comprends les limites qu'on veut... je ne dirais pas
imposer parce que ce n'est pas le bon terme. On veut circonscrire le consentement dans un paramètre raisonnable, et c'est tout à fait légitime.
Ceci étant dit, M. le
Président, ce faisant, il faut être très conscient qu'on vient en même temps
affaiblir un des piliers de notre société
de droit et de notre société démocratique. Donc, il faut le faire, oui, parce
que, de penser que consentement libre et éclairé absolu existe, effectivement,
je m'inscris dans la logique du député de Gouin, même si je ne suis pas prêt à
aller jusque lui, où souhaite aller... effectivement c'est utopique. À
l'inverse, de ramener la force du consentement au plus petit dénominateur
commun, ça, pour moi, c'est d'aller à l'autre extrême, c'est de l'affaiblir à
un point où on lui enlève pratiquement toute valeur.
Donc, ce qu'il faut
faire, puis je sais que le député de Gouin recherche ça aussi, c'est de trouver
l'équilibre. Où est le point de rupture? À
quel moment le consentement libre et éclairé n'existe plus? Et quelle
démarche doit faire l'individu, quelle responsabilité l'individu doit-il
prendre pour se mettre dans une situation où son consentement se fait vraiment
de façon libre et éclairée? Et quelle est l'espèce de zone d'ombre qu'on est
prêts à accepter entre le consentement libre et éclairé absolu puis le moment
où le consentement libre et éclairé est une utopie?
Et, M. le Président,
je pense que le projet de loi n° 64 nous fait faire un pas en avant
extrêmement important en matière de
consentement, d'une part parce qu'on vient paramétrer de façon très claire à
quel moment le consentement est
requis. On vient aussi établir des barèmes. Et, dans ce sens-là, moi, je
m'inscris dans ce qui a été lu par mon collègue soit par le comité
d'éthique soit par la Commission des droits de la personne, à savoir qu'il y a
des démarches à faire de la part de l'individu mais aussi de la part des
sociétés, qu'elles soient publiques ou privées, pour s'assurer d'entrer dans cette zone où le consentement libre et
éclairé est aussi valide que possible et pour renforcer ce pilier-là plutôt que
de l'affaiblir.
on a eu ces discussions-là avec le député de Gouin, avec le député de
La Pinière aussi, le député de LaFontaine. On a tous en tête des
exemples de ces contrats de consentement qui sont pratiquement des proses à
n'en plus finir puis on sait très bien quel est l'objectif de ça. Donc, ça, on
vient s'attaquer à ça dans le projet de loi. On vient s'assurer aussi que le
consentement n'est pas noyé dans un nombre incalculable de demandes de
consentement de façon à ce que ça devient
une espèce de réflexe que de consentir sans vraiment prendre le temps de lire.
Parce que, comme j'ai dit hier, quand
on veut cacher une aiguille, on la met dans une botte de foin, et c'est une
tactique qui existe dans différents domaines. Alors, ça aussi, on vient
circonscrire ça.
Parce que l'objectif
du législateur... il me semble, puis là je donne une opinion qui est toute
personnelle, l'objectif du législateur devra toujours... de s'assurer que c'est
le consentement qui prime. Et pourquoi? Et c'est un peu ce que je disais hier à mon collègue de Gouin, parce qu'ultimement,
et là ramenons ça au sujet qui nous préoccupe, ultimement, les
renseignements personnels qui sont les miens sont les miens, mes marqueurs
biométriques, ça m'appartient. Et moi, j'ai beaucoup d'a priori, puis je ne dis
pas qu'il ne faut pas le faire, puis je ne dis pas que cette règle-là ne
souffre pas d'exception, il n'y a aucune règle qui souffre d'exception, mais
c'est l'exception, ce n'est pas la règle. Et de limiter le droit des gens à
disposer de ce qui leur appartient, on doit le faire sur des motifs qui sont
extrêmement sérieux, extrêmement sérieux.
Puis j'avais la même
réflexion sur la discussion qu'on a eue sur le consentement des parents à
l'utilisation de renseignements personnels des enfants, puis je ne dis pas
qu'il ne faut pas le faire. Mon collègue m'a parlé de la loi 101, qui était un projet collectif, qui
était la survie de la langue française, de la nation québécoise en tant que
nation francophone. Bon. Cet objectif collectif là transcende-t-il le
droit des parents de choisir dans quelle langue? Oui.
Maintenant, est-ce qu'il faut compenser les
parents en offrant un enseignement d'une langue seconde d'une grande qualité?
Oui. Alors, il y a tout un jeu qui se fait quand on enlève un droit pour
préserver un autre droit. Tout ce grand argumentaire là,
et les collègues excuseront peut-être les détours que je prends, pour dire que
je ne crois pas ici que nous soyons dans ce type de grands enjeux de société
où, comme individu, on doit me priver de mon droit de décider si, oui ou non, quelqu'un peut se servir d'informations que je voudrai
lui donner, qu'elles soient biométriques ou autres, que je le fais de
façon consensuelle et que je le fais de façon libre et éclairée parce qu'il
m'aura avisé des finalités pour lesquelles il me demande ces informations-là.
Est-ce qu'on est dans un de ces grands enjeux de
société, qui existent, qui sont bien réels, là? Je ne le dis pas pour
ridiculiser le discours de mon collègue, au contraire, il amène des arguments
qui sont très pertinents, mais moi, je
pense, et je fais la balance des inconvénients, puis j'ai eu, hier, l'occasion
de réfléchir aux discussions qu'on a eues avec le collègue, la balance des inconvénients, à mon avis, penche sur
le fait que, de ce côté-ci, le consentement peut, oui, se donner de façon libre et éclairée. Et on
est dans une zone où on se substitue à la décision de l'individu sur des choses
qui le concernent, lui, et je ne pense pas qu'on devrait faire ça.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions sur l'amendement du député de Gouin? S'il n'y a pas
d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Mme la
secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Nadeau-Dubois (Gouin)?
M. Nadeau-Dubois : Pour.
La Secrétaire : M. Caire
(La Peltrie)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) :
Contre.
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
M. Tanguay : Abstention.
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) :
Abstention. Donc, l'amendement est rejeté. Merci. Donc, on revient à
l'article 99. Essentiellement, on était au bloc 8.1. M. le
député de Gouin, s'il vous plaît, oui.
M. Nadeau-Dubois : Juste pour
conclure sur notre échange. Le ministre a dit un truc, je pense, important. Il
a dit : Est-ce que ça fait
partie des... avec la... Il a repris la
comparaison que j'ai moi-même faite hier sur la loi 101, que j'ai utilisée
comme exemple d'un moment où, collectivement, on juge qu'il y a une valeur
commune, un élément du bien commun, dans ce
cas-ci le français, qui doit prendre le pas sur les choix individuels des
individus. Puis je prenais cet
exemple-là pour montrer à quel point c'est plus commun qu'on le croit, les
moments où on fait ça dans une société de droit.
Il dit : Tu sais, est-ce que c'est vraiment
un enjeu de société de la même amplitude, de la même ampleur? C'est-tu aussi
déterminant, tu sais, pour le bien commun, pour l'avenir du Québec? Moi, je lui
soumets que oui. Pas d'un point de vue
identitaire ou de la culture, bien sûr, mais je pense qu'il faut réaliser
qu'est en train de se mettre en place une nouvelle... des nouvelles modalités
dans l'économie capitaliste, des nouvelles
manières de générer du profit qui reposent sur la collecte massive de
données personnelles.
Il y a des
chercheurs, aux États-Unis, qui parlent dorénavant de ce qu'eux appellent le
capitalisme de surveillance, c'est-à-dire des nouvelles modalités de développement
du capitalisme en vertu desquelles la donnée personnelle devient une ressource économique au même titre, par exemple, que les
ressources naturelles, donc une ressource qui est extraite par certaines
entreprises sur la base de laquelle on fait ensuite du profit. Tout comme une
entreprise minière extrait une ressource, le
minerai, le traite puis génère un profit. Puis, comme société, bien, on a mis
plein de règles pour encadrer l'extraction du minerai ou des ressources
naturelles. Vous ne pouvez en collecter plus que tant, vous ne pouvez pas...
Vous devez payer un certain prix pour ce que vous collectez, c'est le concept
de redevance minière. Et on met même des règles sur ce que les entreprises ont
le droit de faire avec. Et on pourrait même être plus exigeant et exiger qu'il
y ait une plus grande part de transformation au Québec. Bon, voilà.
Le parallèle avec la donnée personnelle est
intéressant parce que les données personnelles sont en train de devenir une
ressource économique à partir desquelles on génère du profit. Donc, c'est un
modèle d'affaires qui existe, qui est en train de se généraliser, qui se
généralise très vite et qui est en train de sortir simplement du domaine des
services numériques, hein? C'est parce que, quand là je parle comme ça, les
gens, spontanément, vont se dire : Oh! oui, il parle de Facebook et de
Google. C'est vrai, mais c'est un modèle économique qui est en train de se
généraliser à beaucoup d'autres domaines de la vie. Je donnais des exemples en
matière de crédit, en matière de logement, en matière d'emploi également. C'est
un domaine... C'est un modèle d'affaires, disons-le comme ça, qui est en train
de se généraliser.
Dans ce contexte-là, oui,
moi, je pense que le débat de société sur : Qu'est-ce que les entreprises
extractives de données personnelles devraient avoir le droit d'extraire? Dans
quelles modalités elles doivent pouvoir le faire? Et j'espère qu'un jour on
arrivera au prochain débat qui est : À quel prix? En ce moment, les
données personnelles sont gratuites, donc les entreprises qui collectent les
données, puis le meilleur exemple, c'est Facebook et Google, ne paient pas pour
l'obtention d'une matière première à partir de laquelle pourtant ils génèrent
un profit. Donc, j'espère qu'un jour on arrivera à ce suivant... ce qui est,
selon moi, le suivant débat, c'est-à-dire : Est-ce que c'est une ressource
qui devrait être gratuite? Ce n'est pas l'objet du projet de loi n° 64. Mais
tout ça pour dire qu'il y a là un débat de société qui, selon moi, oui, est
majeur, c'est-à-dire : Comment les États de droit, comment les démocraties
vont encadrer cette nouvelle forme économique, ce nouveau type de capitalisme,
ce nouveau... ou, on pourrait... pour prendre un langage plus banal, on
pourrait dire, ce nouveau modèle d'affaires, tout simplement? Comment les
démocraties, donc, vont prendre en charge ce modèle-là? Quelles balises elles
vont installer pour protéger le bien commun et pour protéger les gens contre
l'exploitation?
Puis ça, c'est le type d'adaptation et de
réforme que les démocraties ont dû faire à de nombreuses reprises depuis la
moitié, disons, du XIXe siècle, depuis l'apparition des premières formes
d'économie capitaliste. Quand le capitalisme naît en Angleterre, là, il ne
vient à l'idée de personne qu'il faudrait empêcher les gens de travailler.
Donc, l'idée même d'une journée maximale de nombre d'heures de travail, quand
c'est revendiqué, au départ, par le mouvement ouvrier, c'est vu par les
entreprises comme quelque chose de complètement ridicule. En vertu de quel
argument? En vertu de l'argument du consentement.
Les économistes
libéraux, à ce moment-là, disent : Bien, voyons donc, le contrat de
travail, c'est un contrat libre, basé sur le consentement éclairé. Si le
salarié décide de travailler 14 heures, 15 heures, 16 heures par
jour, c'est son consentement libre. Si le
parent décide de consentir à ce que son enfant de huit ans travaille dans une
shop de charbon, c'est son
consentement libre. C'est des contractants libres, l'employeur et l'employé, et
il y a un prix qui est payé. Le prix, c'est quoi? C'est le salaire. Le
prix du contrat, c'est le salaire.
Et donc, à ce moment-là, quand le mouvement
ouvrier commence à se mobiliser pour dire : Un instant, là, ce n'est pas un jeu à somme nulle ici, le
consentement, il n'est pas éclairé, pas tout le temps, puis il n'est pas libre...
Pourquoi? Parce qu'il y a une asymétrie de pouvoir entre l'employeur et
l'employé qui fait en sorte que le consentement est biaisé. Quand ça commence, ces revendications-là, là, la réaction de
plusieurs économistes puis des entreprises elles-mêmes, évidemment, à
l'époque, c'est de dire : Wo, wo, wo! Vous êtes en train d'empêcher des
gens de contracter librement entre eux.
Évidemment, aujourd'hui, plus d'un siècle plus
tard, on regarde ça puis on se dit : Bien, voyons donc, on sait bien
qu'entre un grand employeur puis des employés sans le sou, qui n'ont que leur
force de travail à vendre à l'employeur... Aujourd'hui, ça nous apparaît
absurde comme raisonnement, parce qu'aujourd'hui on le constate, que le
consentement, il n'est pas libre, puis que, s'il n'y a pas de loi du travail
pour dire : Attention, il y a un nombre d'heures maximum, il y a des
balises, il y a des choses auxquelles vous ne pouvez pas consentir. Vous ne
pouvez pas consentir à faire travailler votre enfant de huit ans dans n'importe
quel domaine de l'économie.
Aujourd'hui, ça nous apparaît raisonnable
d'avoir mis toutes ces balises-là puis c'est même quelque chose que jamais
personne, même les partisans, mettons, d'une droite économique les plus
radicaux... bien, il y a toujours des fous, là, ça fait qu'il y en a qui vont
jusque-là, mais personne de raisonnable ne va jusqu'à dire qu'au nom du libre arbitre il faudrait abolir tout ça, parce
que ces balises-là aujourd'hui, qui sont pourtant des infractions au principe
de consentement puis de libre... au principe, disons, contractualiste de base,
toutes ces balises-là aujourd'hui, qui sont pourtant des infractions au
principe de consentement puis de libre... au principe, disons, contractualiste
de base, toutes ces balises-là, toutes ces limites-là aujourd'hui nous
apparaissent banales et raisonnables.
Je pense que... et ça, ça a été une adaptation
que... Toute l'apparition des droits sociaux puis du droit du travail, c'est toute une réaction à la logique
strictement libérale du contrat en disant : Non, non, non, il y a
de l'asymétrie de pouvoir. Donc, il faut instaurer tout un appareil de législation
sociale pour l'encadrer puis s'assurer de rééquilibrer le contrat, de rééquilibrer le rapport de force, puis que le consentement soit réellement libre et
éclairé, puis que, quand les gens
entrent dans un contrat de travail, bien, il y ait assez de normes puis de
règle pour que, comme société, au-delà de
ce que veulent les individus, on s'assure qu'il y a un jeu qui est plus
égalitaire. Ça, c'est une adaptation que les démocraties ont faite dans
les premières décennies de naissance du capitalisme.
On a fait le même genre ensuite... les
démocraties ont fait le même parcours, quand il est venu question des
ressources naturelles, où on s'est dit : Wo! Un instant, c'est une
propriété commune, les ressources naturelles, c'est des ressources à partir
desquelles on génère du profit, il faut mettre des règles. Mon analyse de la
situation, dans laquelle l'ensemble des démocraties se trouvent en ce moment,
pas juste au Québec, c'est dans une situation semblable,
similaire de pivot où il y a des nouvelles pratiques économiques qui
apparaissent, des pratiques économiques basées sur l'extraction des données
personnelles. Elles ne sont pas, quant à moi, en soi, moralement condamnables.
Ce n'est pas ce que je dis, mais c'est les
nouvelles pratiques économiques à l'aune desquelles tout notre appareil de
droit est périmé à peu près partout.
Là, on commence à le moderniser avec le projet
de loi n° 64. C'est un pas vers l'avant. Je promets au ministre que je vais le dire à chaque étape de
l'adoption du projet de loi, mais c'est un début dans ce vaste chantier que
vont devoir entamer les démocraties partout pour instaurer l'équivalent d'un
nouveau droit du travail mais qui ne sera pas un droit du travail, qui va être
un droit de la vie privée puis un droit des données personnelles. Moi, je pense
qu'on est au début de ce parcours-là. Et la
question du consentement, elle va toujours revenir, parce qu'on va toujours
être pris dans le dilemme dans lequel on a
été pris, le ministre et moi, dans les dernières heures de commission, c'est-à-dire jusqu'à quel point, en vertu du
consentement... En fait, je le formulerais de manière différente. Qu'est-ce
qu'on doit permettre en vertu du consentement puis qu'est-ce qu'on doit
interdire en vertu du consentement?
Donc, le dilemme
qu'on vient de trancher là, ça n'a pas été tranché de la manière que je
l'aurais souhaité, mais on l'a tranché, il
va revenir constamment, puis pas juste dans le projet de loi n° 64. Ça va
être un des dilemmes social et politique qui va être un fil conducteur
des débats dans les démocraties dans les prochaines décennies.
Ça fait que d'où le
dépôt de mon amendement tantôt, défunt amendement, et d'où, je pense, l'intérêt
de poursuivre la réflexion puis l'intérêt, de ne pas... je pense, de ne pas
penser que c'est un enjeu qui est secondaire ou qui n'a pas la même amplitude
qu'a pu l'avoir l'avenir du français au Québec. Pour moi, on est dans une situation
pivot, socialement, où il faut choisir quel type d'appareillage juridique on
met en place pour encadrer des nouvelles pratiques économiques qui, selon moi,
rendent, à plusieurs égards puis dans plusieurs moments, le consentement... je
ne dirais pas factice, là, parce que c'est trop fort, mais fragile, extrêmement
fragile.
Et une des raisons pour
laquelle ce consentement est fragile, là, c'est l'asymétrie de pouvoir et
l'asymétrie informationnelle, l'asymétrie d'information que les gens... dans
laquelle les gens se retrouvent quand ils contractent avec un Facebook, un Google, un Amazon, et toutes les autres entreprises
du genre qui verront le jour dans les prochaines années. Le principe du
contrat libre, là, puis du consentement, là, il est basé sur une certaine forme
d'égalité entre les contractants. Je soumets que, dans le cas des données
personnelles, il y a souvent une asymétrie telle entre les deux parties qu'on
est très loin d'une situation où on peut parler d'un consentement libre et
éclairé. Je pense que c'est une vision
idéalisée de ce qui se passe réellement socialement. Je pense que, socialement,
il y a des rapports de force puis un contexte social qui fait en sorte que ce
consentement-là, pas tout le temps, pas sur tout, dans certains moments
spécifiques, il est très, très, très fragile.
Donc, c'est pour ça
que j'ai déposé l'amendement qui est maintenant battu. Je voulais juste finir
avec ça pour lancer la réflexion puis pour inviter le ministre aussi à
continuer à réfléchir à cette question-là, parce que, selon moi, c'est un enjeu
qui va être... qui va continuer de nous suivre ici, au Parlement du Québec,
puis dans à peu près tous les Parlements dans les prochaines années.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Interventions? M. le
ministre.
Caire :
Oui, merci, M. le Président. Bien, je ne veux pas... peut-être être un peu plus
succinct, mais, ceci étant, le député de Gouin, puis il a raison, là, fait une
mise en place du consentement dans l'histoire des économies capitalistes. Je pourrais... Et je vous ferai
grâce de mon analyse de l'évolution du communisme, et du socialisme, et des
économies dirigées, qui ont probablement conduit certaines sociétés à adopter
des chartes des droits et libertés et à légiférer sur la protection des droits
individuels, toujours dans la recherche de cet équilibre entre le bien-être
collectif et le bien-être des individus.
Il y a une chose qui
m'apparaît aussi être évidente puis qui me semble un peu occultée dans le
débat, et je le redis, c'est que nos sociétés
démocratiques, les sociétés vraiment démocratiques basent toute leur structure politique
sur le choix libre et éclairé. On choisit nos dirigeants. Alors, on part
du principe que, ce choix-là, on le fait de façon libre et éclairée. Est-ce que
c'est toujours le cas? Je ne veux pas m'avancer sur ce terrain-là, parce que je
le sens un peu mou, mais est-ce que
tous les électeurs, au Québec, lorsqu'ils se présentent dans l'urne, sont dans une
position pour faire un choix libre et éclairé de qui seront les dirigeants? Je
pose la question, mais est-ce
qu'on remet en question
le droit de vote parce qu'on se dit : Est-ce que ce
droit-là a été vraiment exercé d'une façon libre et éclairée? Est-ce que le
citoyen versus l'offre politique est dans une situation d'égalité? Bon.
Donc, on présume, dans ce cas-là, que c'est le cas.
Puis je ramène aussi
le débat à un autre principe qui est important puis qui m'apparaît être
occulté, c'est le droit des individus à
disposer d'eux-mêmes. Ici, on parle... Est-ce qu'un citoyen pourrait, oui ou
non, consentir à l'utilisation de ses informations biométriques? Bien,
moi, je pense que c'est le droit de l'individu à décider pour lui-même si, oui ou non, il souhaite qu'on fasse ça. J'entends les
arguments de mon collègue de Gouin puis, là-dessus, je lui donne raison.
Dans l'univers numérique récent, est-ce que ça s'est fait dans le respect d'une
certaine éthique, dans le respect d'une situation où les gens sont en position
de le faire de façon libre et éclairée? Non, bien sûr que non. C'est la raison
pour laquelle on dépose le projet de loi n° 64. C'est la raison pour
laquelle, j'espère, nous allons l'adopter. Et c'est la raison pour laquelle il
y a des mesures là-dedans, puis je pense que le collègue de Gouin, comme les
autres collègues le reconnaissent, qui sont assez musclées quand même. Et c'est
ce qu'on souhaite, on souhaite envoyer un message très clair qu'il y avait un vide
juridique.
Je conviens d'entrée
de jeu avec mon collègue que l'entreprise privée, notamment, a pu opérer d'une
certaine façon parce qu'il y avait un vide juridique qui lui permettait de le
faire. Je pense, essentiellement, que ce que nous souhaitons faire, c'est non
pas que le modèle d'affaires dont il parle ne puisse plus se déployer, je pense
que le modèle d'affaires dont il parle, il
doit pouvoir se déployer, mais il doit pouvoir se déployer à visière levée,
avec certaines contraintes, avec certaines limitations aussi.
Parce que... puis là
je m'en vais dans mon dada à moi, parce qu'on est dans un univers qui a des
règles qui sont très différentes. L'univers numérique, c'est un univers en soi,
puis ça nous amène dans un contexte qui est extrêmement,
extrêmement différent. Et c'est toute la différence, M. le Président, entre ce
qu'on appelle les technologies de l'information, qui, dans le fond, sont
un support informatique à ce qu'on fait, et l'univers numérique, qui est un
univers qui ouvre un monde incroyable de possibilités, mais qui n'est pas sans
danger. Il n'est pas sans danger, clairement. Je le sais, mon collègue le sait,
les collègues, on l'a tous dit. Et, oui, cet univers-là doit faire l'objet
d'une loi, d'une réglementation, parce qu'il y a des vides juridiques, puis ces
vides juridiques là causent ou permettent de causer des préjudices, notamment
aux individus qui gravitent dans cet univers-là.
Mais je pense que
celui-là, comme notre univers physique, doit reposer sur certains principes. Et
un de ces principes-là qui... pour moi, il est fondamental, avec ses
limitations, j'en conviens, avec ses lacunes, j'en conviens, mais il est
fondamental. La notion de consentement, c'est une notion, pour moi, collègue,
qui est fondamentale. Je ne le dis pas naïvement, je ne le dis pas candidement,
je ne le dis pas en pensant que c'est la panacée, qu'il n'y a pas de lacune,
qu'il n'y a pas de faille puis qu'il n'y a pas des choses qui doivent être
faites, puis qu'il n'y a pas des moments où, effectivement, le consentement
doit être sinon substitué, minimalement encadré. J'en conviens, mais, lorsqu'on
le fait, il faut toujours le faire avec une extrême prudence, une extrême
prudence. Ce n'est pas quelque chose de banal ou ce n'est pas quelque chose
qu'on peut faire à la légère, ni même lorsqu'on substitue le droit, donc la
loi, aux droits des individus. Puis on va le faire, c'est normal. Dans une
société démocratique, dans une société collective, il y a des moments où le
bien collectif prime sur le bien des individus, c'est clair. Mais, lorsqu'on
prive un individu de ses droits, il faut le faire avec une extrême prudence,
une extrême prudence. Ce n'est pas quelque chose qu'on fait à la légère.
Puis je veux être très clair, là, je ne dis pas
que mon collègue est en train de faire ça, pas du tout, j'entends de son
discours qu'il a une réflexion éclairée et de longue date sur le sujet, puis je
ne partage pas tous ses points de vue. Mais, sur cette question-là, je pense
qu'il faut toujours, toujours, toujours être extrêmement prudent.
Et on est dans un cas de figure où, à mon avis,
le bien collectif ne justifierait pas qu'on prive l'individu de son
consentement et de son droit à décider pour lui-même. Je pense qu'on est dans
ce cas de figure là et c'est pour cette raison-là que je n'irai pas aussi loin
que le collègue le souhaiterait, contrairement à ce que j'ai annoncé sur
l'autre amendement qu'il a déposé, sur l'article précédent, pour lequel j'ai
dit : Effectivement, je pense qu'il amène des points qui sont intéressants
puis qui méritent réflexion.
Et réflexion il y aura, parce que sachez que ce
n'étaient pas juste des mesures dilatoires. Il y aura réflexion. Les équipes
vont être au travail pour qu'on réfléchisse à cette question-là, qu'on arrive
avec des propositions. Puis j'ai entendu que le collègue avait un intérêt à
travailler avec nous, donc je le tiendrai au courant des prochaines démarches
pour qu'il puisse participer à la réflexion. Parce que, ça aussi, c'est un
enjeu qui est important et pour lequel effectivement on doit, je pense, prendre
le temps de réfléchir. Parce que, le collègue le dit souvent, cette loi-là, on
ne l'adopte pas pour les trois prochaines semaines, peut-être plus pour
les 30 prochaines années. En tout cas, je ne peux pas présumer de ce que
les futures législations québécoises feront, là, mais présumons.
Mais je voulais juste préciser au collègue que
j'entendais ses arguments puis je ne conteste pas le bien-fondé. Mais sur cette
question-là, précise, lui et moi, on n'en arrive pas à la même conclusion.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Interventions? M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Je vais jouer le
mauvais tour que le député de La Pinière a joué hier au ministre. Je vais faire
un petit pas de côté puis je vais lui poser une question. Est-il... puis je
l'invite à répondre comme il a répondu hier au député de La Pinière. Est-ce que
le ministre appuie la formule Rand dans le mouvement syndical?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Caire : Eh, boboy! On dit qu'il faut tourner sa langue
sept fois dans sa bouche. Est-ce que j'appuie la formule Rand? Si
le collègue a lu mes écrits du passé, je pense qu'il va trouver sa réponse.
M. Nadeau-Dubois : Mais quel est son
écrit du présent sur la question?
Caire : Mon écrit du présent, c'est que je suis membre
d'un gouvernement qui ne s'est pas prononcé sur la question, et, avant
d'exprimer une opinion dont je sais qu'elle pourrait être traduite par l'opinion
du gouvernement, j'aurai des
discussions avec mes collègues.
M. Nadeau-Dubois : Parce qu'on est
exactement sur le sujet, là, celui du consentement. En vertu de la formule Rand, de l'accréditation obligatoire, même
les gens qui ne signent pas une carte d'une organisation syndicale en
sont réputés membres, si 50 % de l'unité d'accréditation, du milieu de
travail, pour ne parler pas en langage du vilain syndicaliste que je suis, sont
membres du syndicat.
Ça, c'est un super bel exemple où, là, le
consentement, là, le droit à disposer de soi-même, il est supplanté. Puis c'est
une décision collective démocratique qu'on a prise, de faire supplanter le
droit collectif à la représentation syndicale... en fait, à faire supplanter le
droit individuel à choisir d'être membre ou non d'un syndicat par le droit
collectif à la représentation syndicale puis la négociation collective. On est
exactement dans une situation où, comme société démocratique libérale de
droit — on
n'est pas dans un régime d'économie dirigée, là, pas du tout — on
dit aux gens : Même si vous ne voulez pas être membres du syndicat, vous
êtes membres quand même, le syndicat vous représente quand même, puis vous
payez quand même votre cotisation. Pourquoi? Parce que le droit collectif à la
représentation est plus fort que le droit individuel de signer ou non une carte
de syndicat. Puis ça, c'est un choix qu'on a
fait au Québec et qui explique pourquoi le Québec est une des sociétés les plus
justes en Amérique du Nord. Alors...
Caire : C'est un
choix qu'on a fait au Québec, ça, je ne suis pas sûr, là.
M. Nadeau-Dubois : Bien, c'est une
loi qui a été votée au Québec qui permet ça.
Caire :
Puis une décision de la cour qui a amené un comportement.
M. Nadeau-Dubois : Oui, oui, mais,
je veux dire, ça a été... je veux dire, c'est une décision démocratique de la société
québécoise.
Caire : Je serais curieux de... on parle pour parler, là,
je serais curieux de soumettre ça à un référendum, là, voir
ce que le peuple en pense vraiment,
là. Je serais assez curieux de voir
ça. Je serais assez curieux de voir le résultat
de ça.
M. Nadeau-Dubois : Bien, je pense
qu'on pourrait repasser plusieurs décisions historiques sous référendum et
regarder qu'est-ce que le peuple en pense. Donc, personnellement, je suis dans
une formation politique qui propose notamment de rendre ça possible à
beaucoup... de manière beaucoup plus large qu'en ce moment. En ce moment, ce
n'est pas possible. Dans le programme de mon parti, c'est écrit qu'on devrait
pouvoir faire ça.
Mais je ferme la parenthèse pour dire que
l'hésitation du ministre à me répondre avec enthousiasme indique quand même qu'on est vraiment, là, au coeur du
débat sur la question du consentement, tu sais, parce que ça, c'est un...
Caire : Oui. Bien,
là-dessus, je...
M. Nadeau-Dubois : Quand le ministre
me parlait du droit à disposer de soi-même, ça m'est venu spontanément comme exemple,
parce que c'est vraiment un bel exemple où c'est un choix de société, où on dit
qu'il y a un droit collectif, celui à la représentation puis à la négociation collective,
qui supplante le droit individuel de choisir son syndicat. Bien sûr, ce n'est pas autoritaire. Il y a un vote, il
faut qu'il y ait 50 % plus un des gens. S'il y a 50 % plus un
des gens, ça engage tout le monde. Donc, on peut arrêter la réflexion ici, mais
je trouve que c'est un intéressant parallèle à faire avec le débat qui nous
occupe dans le cadre de cet article.
Caire : Mais mon
hésitation à répondre, elle est beaucoup plus guidée par le fait que, de un, on
n'est pas sur le projet de loi n° 64. On est sur un
débat qui pourrait être beaucoup plus large et dont je sais très bien que ma
réponse engage le gouvernement du premier ministre. Et je n'ai pas... ça fera
partie des réflexions qu'on aura peut-être un jour et des discussions qu'on
aura peut-être un jour. Mais, pour l'instant, sur la notion du consentement...
Puis le collègue, en fait, ne dit pas quelque
chose qui est contraire à ce que je dis, dans le sens où le droit individuel,
je n'ai pas dit qu'il ne pouvait pas être balisé et je n'ai pas dit que le
droit individuel ne pouvait pas être subordonné dans certaines circonstances à
un droit collectif. Bon, est-ce que cet exemple-là, est-ce qu'il y a matière à
discussion? Là n'est pas mon point. Ce que je dis, ce que je répète, c'est que
le droit individuel... On a adopté une charte des droits et libertés, on devait
penser aussi, collectivement, que la liberté individuelle était quelque chose
d'extrêmement important parce qu'on en a fait même une charte et on l'a
constitutionnalisée. Je veux dire, le droit des individus, la protection du
droit des individus a été enchâssé dans la loi des lois, la
loi sur laquelle
toutes les lois reposent, qui est la Constitution.
Alors, à ce que mon collègue dit, je
rétorque : Il a raison, mais je pense que j'ai raison aussi en disant que
le droit des individus à disposer d'eux-mêmes, puis là je ne veux pas repartir
sur un autre débat où on reconnaît le droit des personnes à disposer
d'eux-mêmes, à disposer de leur corps, à disposer de... je veux dire, c'est
fondamental, là. Alors, si on touche à ça, je pense qu'il faut le faire pour
des raisons qui... Puis c'est là où j'apporte une nuance à ce que le collègue
dit. Je ne dis pas que ça n'existe pas puis je ne dis pas qu'il n'y a aucun cas
où ça peut se justifier, je dis : Quand on le fait, si on doit le faire,
ça doit être pour des raisons d'intérêts supérieurs aux intérêts des individus.
Et là ce
qu'on dit, parce que là je vais ramener ça à l'amendement, puis qui est quand
même l'origine du débat, là, ce qu'on dit, c'est : Est-ce que quelqu'un, quand il
donne son consentement pour qu'on utilise ses informations biométriques
à des fins de profilage de publicité, est-ce que ça, ça sert... est-ce que
l'interdire sert l'intérêt de la collectivité et que c'est un intérêt tellement
majeur qu'il faut subordonner le droit de l'individu à disposer de son corps à
cette question-là? C'est là-dessus où je dis au collègue : Non, pour moi,
non, on n'est pas là, là. On n'est pas dans ces grands enjeux de société là où,
si moi, vous me dites : Bien, écoute, j'aimerais me servir de telles,
telles, telles informations pour t'envoyer
une publicité qui est ciblée, je m'excuse, mais j'ai de la difficulté à mettre
ça au rang des grands enjeux de société. C'était ça qui était mon point.
Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions? On est sur le bloc 8.2 pour l'instant. M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Je ne peux pas
m'empêcher, M. le Président, de mettre mon grain de sel, mais ça va vraiment être un grain, par exemple. La formule Rand
ne donne pas un droit, c'est une obligation qui découle d'un choix politique.
Ce n'est pas dans la charte, là, ça, là.
Caire : Non. Il a raison. Je suis obligé de lui donner
raison, ce qui est fondamentalement contre nature, mais bon.
M. Nadeau-Dubois : Oui, c'est ça,
mais ce que je veux dire, c'est qu'on retire, on vient baliser. Tu sais, en Europe, il y a des régimes de droit du travail où
l'accréditation obligatoire n'existe pas et donc où, sur un même milieu
de travail, il y a des gens qui sont syndiqués, pas syndiqués, où il y a même
plusieurs organisations syndicales de représentées. Ça fait qu'il y a une... Tu
sais, c'était juste un exemple pour illustrer le fait que c'est une situation
où, collectivement, il y a un choix de fait, un choix
politique, en effet, un choix politique démocratique, de faire primer une valeur,
celle de la possibilité pour les salariés de négocier leurs conditions de
travail à une autre valeur qui serait la liberté strictement individuelle de
choisir son organisation syndicale.
M. Barrette : Mais ce n'est pas
un... grain de sel, M. le Président, je ne continuerai pas, là, puis ce n'est
pas... D'ailleurs, j'ai bien apprécié qu'il ait utilisé mon subterfuge. C'était
très bon, d'ailleurs, vraiment, mais la Cour suprême a statué sur le droit à la
négociation collective, mais la Cour suprême, en faisant ça, n'a pas dit que la
formule Rand était un droit, là.
M. Nadeau-Dubois : Non, non, mais je
n'ai pas dit que la formule Rand est un droit. J'ai dit que c'était un
choix politique où il y a une hiérarchie comme entre deux valeurs. Voilà.
Caire : Bon, c'est
assez, là, le petit...
M. Barrette : C'était amusant, M. le
Président. C'était vraiment très intéressant.
M. Nadeau-Dubois : Je suis d'accord.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Alors donc, on continue...
M. Nadeau-Dubois : Et j'ai failli
ouvrir un autre débat sur la question du droit à disposer de son corps, qui
pourrait être celui sur la prostitution.
M. Barrette : Ah! ça, c'est
intéressant.
M. Nadeau-Dubois : Parce que ça,
c'est une autre situation où, comme société, il y a eu un choix. On peut être
en accord ou en désaccord, de dire : Ce n'est pas possible de disposer de
son corps de cette façon-là. Mais ça, ce serait vraiment toute une aventure que
d'entrer dans ce débat-là. Alors, on n'ouvrira pas.
Caire : En fait,
c'est inexact, M. le député. La prostitution n'est pas...
M. Nadeau-Dubois : Mais je veux
juste... c'est juste que, plus on parle, plus il me vient d'exemples où...
Caire : Mais la
prostitution n'est pas illégale, là.
M. Nadeau-Dubois : ...plus il me
vient d'exemples où...
Caire : La
prostitution n'est pas illégale.
M. Nadeau-Dubois : Mais il y a
plusieurs endroits où ce l'est, là. Ce que je veux dire, c'est...
Caire : La
sollicitation est illégale, mais pas la prostitution.
M. Barrette : Ça, c'est un autre
choix politique.
M. Nadeau-Dubois : Ça, c'est un
autre choix politique.
Caire : Je suis
d'accord.
M. Nadeau-Dubois : Et il y a plein
de sociétés libérales...
Caire : Non, non,
mais, quand on parle de disposer de son corps, personne n'interdit quelqu'un...
la prostitution n'est pas interdite.
M. Nadeau-Dubois : Mais le ministre
consent que ça a été le cas pendant longtemps, là. C'est ça que je veux dire.
Et donc il y a plein de précédents partout.
Caire : Non, mais
je voulais faire un genre de grain de sel au député de La Pinière, là.
M. Nadeau-Dubois : Ce que je veux
dire, c'est que...
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît!
M. Nadeau-Dubois :
...tout ça est une grande digression pour faire la démonstration qu'il y a de
multiples choix que nous faisons comme
société, où nous entravons, parce qu'on juge que c'est nécessaire
pour le bien commun, le consentement strictement individuel.
Caire : Non, mais
on est dans de grands enjeux de société, là. On n'est pas dans : Je peux-tu
fournir des informations pour de la publicité?
Nadeau-Dubois : J'ai fait
tantôt une longue intervention pour défendre l'idée selon laquelle l'apparition
de nouvelles pratiques économiques d'extraction massive de données, ça
constitue, selon moi, un tel enjeu de société.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur le
bloc 8.1? Alors, on pourra peut-être aller au bloc 8.2.
Interventions, s'il vous plaît? Comme je vous dis, c'est juste une méthode de
travail. On peut revenir, il n'y a pas de souci. S'il n'y a pas d'intervention
pour l'instant, on pourrait aller à 8.3, et je crois que le ministre a un
amendement.
Caire : Bien, oui,
M. le Président, vous avez tout à fait raison. Excusez-moi. Je suis encore
absorbé dans nos débats, fort intéressants,
soit dit en passant. Je comprends qu'on n'aura pas la palme de l'intérêt public
aujourd'hui, mais, ceci étant, je
considère que les débats que nous avons en cette commission sont des enjeux de
société fondamentaux. C'est mon commentaire éditorial du jour, M. le
Président.
Donc :
Insérer, dans l'article 8.3 de la
Loi sur la protection des renseignements
personnels dans le secteur privé proposé par l'article 99 du projet
de loi et après «utilisation», «et à leur communication».
Donc, M. le Président, cette modification vise à
assurer la cohérence avec un amendement proposé à l'article 8 de la
Loi sur la protection des renseignements
personnels dans le secteur privé. Une personne qui fournit ses renseignements personnels, notamment après avoir
été informée des fins auxquelles ces renseignements sont recueillis et du nom
des tiers à qui seront communiqués les renseignements pour atteindre ces fins,
consent à leur utilisation et à leur communication pour ces fins. Donc,
c'est un amendement de concordance.
Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas d'intervention sur l'amendement, nous
allons procéder à sa mise aux voix. Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois : Juste un instant,
M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Oui.
M. Nadeau-Dubois : ...parce que mon
écran est en arrière, ici, là. Donc, on vient ajouter, après «utilisation», «et
à leur communication» à 8.3, c'est bien ça?
Caire : Oui, c'est ça, parce qu'on a déjà
statué à 8 qu'on pouvait utiliser des tiers. Donc, si on utilise les tiers,
encore faut-il pouvoir leur communiquer.
Nadeau-Dubois : Et juste
qu'on me rappelle la disposition qu'on a adoptée hier, quand il y a
consentement pour communication. On a amendé également pour préciser que
les fins de cette communication-là...
Caire : Bien, pour
lesquelles je les utilise puis à qui je pourrais les fournir éventuellement.
M. Nadeau-Dubois : Et dans quelles
fins?
Caire : Oui, c'est ça, et à quelles fins je les recueille
puis, pour ces fins-là, à qui je pourrais les communiquer. C'est là où on parlait d'une... dans le cas
d'un... Vous allez chez un concessionnaire automobile, bien, il est possible
que...
M. Nadeau-Dubois : Oui, c'est ça.
C'est cet amendement-là. Oui, oui, oui.
Caire : Mais sauf
qu'il faut que je puisse lui communiquer, puis que, là, il y a comme quelque
chose qui ne marche pas dans l'article. Parce qu'il faut préciser aussi que c'est la
communication, parce qu'il ne peut pas y avoir utilisation s'il n'y a
pas de communication. C'est comme impossible.
M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Donc, nous allons procéder à sa mise aux voix, pardon. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Caire (La Peltrie)?
La Secrétaire :
Pour les membres du groupe parlementaire formant le gouvernement,
M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire :
M. Nadeau-Dubois (Gouin)?
Nadeau-Dubois : Pour.
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) : Abstention. Merci. Donc, c'est adopté.
On revient à
l'article 99 dans son...
Le Président (M. Bachand) : ...dans son ensemble. Alors, est-ce qu'il y
aurait d'autres interventions? M. le député de LaFontaine, s'il vous
plaît.
Tanguay : Je vais faire envoyer... Bon, 99, est-ce que c'est
prospectif uniquement, autrement dit, à la date d'entrée en vigueur de
la loi ou, pour les bases de données actuelles, ça pourrait être fait
proactivement?
Caire :
Bien, comme on parle de recueillir des renseignements, si le renseignement est
déjà dans la base de données...
M. Tanguay :
Parce que c'est important, la réponse du ministre...
Caire : Bien, je vais... Oui. Non, je comprends, mais je
vais juste m'assurer avec... C'est une bonne question.
M. Tanguay :
...pour que les entreprises sachent comment se gouverner, là.
Caire :
Oui, oui, absolument. Mais instinctivement, je me dirais, tu sais, la personne
qui recueille des renseignements auprès de
la personne concernée, si j'ai déjà le renseignement, donc, je ne le recueille
pas, donc, je ne suis pas couvert par l'article qui dit que c'est au moment de
les recueillir que j'ai l'obligation de faire ce que je dois faire.
M. Tanguay :
Ou si, dans ma relation d'affaires, je demande une petite mise à jour, je
demande un renouvellement de contrat, j'aurais besoin, pour pouvoir
mieux vous servir, de vous demander tel petit renseignement périphérique, est-ce que...
Autrement dit, s'il ne se passe rien, est-ce que
je ne fais rien ou je dois faire quelque
chose? De un. Et, de deux, si je
redemande un petit renseignement pour compléter le dossier, est-ce que,
là, j'embarque pour dire : O.K., là, mets-toi à jour dans le consentement?
Caire :
Bien, oui. Oui, parce que, dans le fond, on ne spécifie pas...
M. Tanguay :
Oui à quoi?
Caire :
...si, quand vous recueillez des renseignements, vous le faites pour des fins
de mise à jour d'un dossier ou pour des fins de constitution d'un dossier.
Donc, j'interprète en disant : Bien, au moment où je recueille le
renseignement, je dois vous dire pourquoi je le veux, pourquoi... qu'est-ce que
j'utilise comme moyen et comment. Oui, tout à fait, oui.
M. Tanguay :
Pour l'ensemble de l'oeuvre.
Caire :
Oui. Bien, en fait, là, on parle de 8, mais mettons qu'on va à 8.1, où on a
parlé des moyens technologiques, donc, ça,
c'est... Vous devez... Parce qu'il faut comprendre que, quand j'utilise un
moyen technologique, le service
s'arrête au moment où vous mettez fin à la transaction. Donc, quand vous
revenez, c'est comme une nouvelle... c'est
une nouvelle utilisation. Donc là, 8.1 va s'appliquer, à savoir que je devrai
mettre mon service dans l'état le plus sécuritaire qu'il est possible.
Mais c'est pour ça
que, 8 et 8.1, je vous donne des réponses qui sont un peu différentes, parce
que, dans le cas de 8, on parle d'au moment
où je recueille l'information. Donc, si j'ai déjà l'information, bien, c'est
sûr que, tu sais, je ne vais pas
refaire le tour de mes banques d'information, rappeler les gens, leur
dire : Bien, écoutez, j'ai collecté, l'année passée, certaines
informations, voici pourquoi je l'ai fait. Puis, tu sais, on comprend que ça,
ça serait déraisonnable, à mon humble avis.
Par contre, quand on dit
«en plus des informations devant être fournies à l'article 8, la personne
qui recueille des renseignements personnels auprès d'une personne concernée
ayant recours à une technologie», donc là, quand j'ai recours à la technologie, bien, ça, c'est comme une nouvelle
transaction. Donc, si je vous recontacte ou si j'utilise cette technologie-là, à toutes les fois que je
l'utilise, je dois m'assurer qu'elle est dans l'état le plus sécuritaire
possible, parce que ça, c'est indépendant du fait que, oui, j'ai déjà
recueilli des informations sur vous en me servant de cette technologie-là.
Donc, je ne peux pas rétroagir. Mais quand je le refais, là, je dois m'assurer
de respecter 8.1, parce que c'est comme une
nouvelle transaction à chaque fois, alors que vos informations personnelles que
j'ai déjà, bien là, je ne peux pas donner l'obligation aux entreprises
de refaire le tour de tous leurs clients pour se conformer à 8 pour de
l'information qu'ils ont déjà.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine?
M. Tanguay : Est-ce que
c'est la... Oui, c'est ça. Donc, à 8, là, j'en suis à 8, puis je comprends 8.1,
parce que, technologiquement, ça va embarquer, là, même si c'est...
Caire : C'est ça. C'est
M. Tanguay : Mais 8...
Donc, ce que je comprends, là, si on résume, c'est que je n'ai pas... un peu
comme le débat qui a déjà été fait pour les projets, ça va être pour les
nouveaux projets. On ne demande pas aux entreprises...
Caire : Pour les
nouvelles fois où vous allez recueillir des informations.
M. Tanguay : C'est ça.
Alors, on ne reviendra pas dire : Bon, bien, on a une banque de données,
on n'a pas à leur parler, mais là on va tout leur demander à matin, là, le consentement
pour ce qu'on a déjà, alors qu'on ne leur a rien demandé de plus depuis l'entrée
en vigueur de la loi. Il n'y a pas de...
M. Tanguay : O.K. 8,
c'est peut-être marqué... 8, est-ce qu'il touche lorsque l'on collecte des
informations pour le tiers? Parce qu'on dit : «La personne qui recueille
des renseignements personnels doit...» Est-ce que 8 couvre le cas de la personne
qui collecterait de l'information pour le bénéfice d'un tiers?
Caire : O.K. Si je
reprends mon exemple du concessionnaire, vous voulez dire?
M. Tanguay : Je n'étais
pas là pour le concessionnaire.
Caire : O.K. Bien,
en fait, c'est, dans le fond...
M. Tanguay : J'étais là
pour l'agent de voyage puis pour le Sephora, le maquillage.
Caire : Oui, oui,
oui. C'est vrai, hein, on est vraiment diversifiés dans nos exemples, par
exemple. On ne peut pas dire qu'on est banals à cette commission parlementaire
Mais, en fait, quand vous collectez les
informations puis que vous les transmettez à un tiers, le tiers, vous devez lui
donner l'origine de l'information, d'où est-ce que j'ai pris l'information.
Alors, quand vous... Mettons, je collecte vos informations personnelles, là, je
dois répondre aux dispositions de 8. Bon, je vous dis pourquoi je fais ça, comment je fais ça, qu'est-ce que vous devez faire pour retirer votre consentement. Puis je dois
vous aviser, si je fais affaire avec
un tiers, quel est ce tiers, à qui je vais transmettre vos informations. Puis,
quand je transmets les informations au
tiers en question, je dois lui dire c'est quoi, la source de l'information qu'il a en sa possession, de sorte que, si on lui demande :
Bien, tu as pris ça où, il est capable de le dire.
M. Tanguay : Puis est-ce
que — je
trouve ça intéressant — l'entité...
mettons que c'est des personnes morales, là, l'entité qui collectait l'information, exemple... parce
que, vous savez, c'est des entités
distinctes, là. La dernière, j'ai acheté une voiture, le vendeur n'était
pas... l'avant-dernière fois, le vendeur n'était pas la même personne morale
qui finançait la voiture. Alors, tous les
renseignements... je reprends votre exemple, là. Alors, ils ont transféré le dossier...
Caire : C'est ça.
M. Tanguay : Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est : entre
la compagnie A qui me vend l'auto et la compagnie B qui me finance... il y a
des obligations pour B de se faire assurer que ce que A a ramassé. Ça s'est
fait selon les règles de l'art, j'imagine, entre eux deux, là.
Caire : Bien, il
n'a pas d'obligation...
M. Tanguay : Parce que, est-ce
que B pourrait profiter du fruit de l'arbre empoisonné, si d'aventure...
Caire : Non, non, non. Non, il est obligé de respecter les
fins pour lesquelles...
M. Tanguay :
Ça fait qu'il faut qu'il soit proactif puis dire : O.K. Ah! merci... Tu
peux-tu juste me dire la preuve que le consentement a été donné pour tout ça,
là? Parce que moi, j'ouvre le dossier, là. Puis souvent, c'est des entités
liées, mais c'est des...
Caire :
Oui. Il est-tu obligé? Bien, dans la communication de l'information, il est-tu
obligé de fournir une preuve de consentement? Ce n'est pas précisé. La loi ne
l'oblige pas à faire ça, elle l'oblige à dire...
M. Tanguay :
Non, parce que c'est...
Caire : Ce que la loi l'oblige... bien, en fait,
l'amendement qu'on a adopté, c'est de dire où est-ce qu'il a pris...
c'est qui, sa source d'information. Ça, il est obligé de...
M. Tanguay :
Pour B, là.
M. Tanguay :
Parce que moi, je veux savoir, s'il y a une fuite puis c'est mon dossier, puis
le dossier de milliers d'autres, j'ai un recours contre A, mais est-ce que j'ai
un recours contre B aussi? Parce qu'il n'a pas...
Caire :
Si la source...
M. Tanguay :
...parce qu'il n'a pas été proactif.
Caire :
Mais la fuite, elle vient de A ou de B?
M. Tanguay :
Peu importe. Moi, j'ai donné mon information, j'ai acheté l'auto, puis j'ai
tout donné, là, mon information à A, puis j'ai accepté de contracter avec B.
Mais finalement, il y a des fuites d'information. Celui qui a collecté, c'est A, je vais poursuivre A, mais
j'aurai un débat en cour contre B. Est-ce que B a agi comme une personne
normalement prudente et diligente? Quand elle a reçu tout ça de A, elle
s'est-tu... O.K., tu peux-tu me certifier que tu as respecté la loi, puis
est-ce que ça va jusqu'à demander la preuve de ça? Puis là on parle de
compagnies liées, mais ça peut ne pas être des compagnies liées, là.
Caire :
C'est parce qu'on a étudié les articles qui fixaient les conditions pour
lesquelles je pouvais transmettre des
renseignements personnels sans le consentement de l'individu, là. On a étudié
ça précédemment. Donc, ces conditions-là, évidemment, doivent être
respectées.
M. Tanguay :
Et est-ce que B a une obligation proactive, justement, de constater que le
consentement... ou il peut se fier...
Caire :
Pas à ma connaissance, mais je vais demander à maître...
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Non, il n'y a rien de...
Caire :
Non, il n'y a pas de... Alors, ma connaissance était bonne. Il n'y a rien qui
dit : Tu dois... Avant d'accepter des informations, tu dois t'assurer que
le consentement a été donné.
M. Tanguay :
Parce que vous...
Caire :
Bien, dans le fond, c'est qu'on présume... on doit présumer que la loi a été
respectée. Donc, la loi t'oblige à avoir le consentement pour recueillir des
informations. La loi... Tu sais, je vous dirais... puis peut-être que mon exemple
n'est pas bon, là, je m'aventure à la pratique illégale du droit. J'aime
tellement l'expression du député de La Pinière, mais c'est le fun, parce
que j'ai l'immunité parlementaire, donc je peux le faire. Mais, tu sais, quand
je m'en vais dans un magasin, que je
consomme un produit, bien, je présume que
le magasin a payé les taxes, qu'il collecte la TPS, qu'il collecte la
TVQ...
M. Tanguay :
Oui, là, on est ailleurs, là.
Caire :
...puis qu'il l'a acquis de façon légale, puis qu'il a payé ses factures.
M. Tanguay :
Mais là je n'ai pas d'intérêt juridique. C'est ça, la grosse distinction.
Caire : Non, non,
je comprends, mais ce que je veux dire, c'est qu'on présume... j'imagine, il y a
une présomption que l'individu qui...
oui, la personne, donc, morale ou physique a respecté la loi et qu'elle fait ce
qu'elle fait de façon légitime.
M. Tanguay :
Oui, sauf que, là, je n'ai pas intérêt juridique. Moi, je ne peux pas, demain
matin, poursuivre une compagnie, parce qu'elle n'a pas payé ses taxes. Le juge
va me regarder, il va dire : Hors de ma vue. Je n'ai pas l'intérêt juridique pour être le prince sur son
cheval blanc puis dire : Moi, à matin, je poursuis tous ceux qui n'ont pas
payé leurs taxes. Ils ont commis une faute, il y a
un lien causal puis il y a une perte, mais je n'ai pas d'intérêt juridique.
Si c'est mon information, ils ont tout sur moi et que, là, je vois que ça passe
de A à B, à C, à D, là, j'ai un intérêt juridique même d'aller chercher le Z,
en Espagne, j'ai un intérêt juridique de le poursuivre parce que j'ai de quoi à
défendre puis j'ai eu un dommage.
Mon point. Pourquoi je dis ça? C'est que ce qui
me fascine en lisant ça, là, c'est qu'on essaie d'endiguer, comme législateurs, l'utilisation des données.
Puis des données, ça va être plus qu'hier moins que demain, puis l'utilisation, ça va être encore plus
qu'hier puis moins que demain, l'utilisation de ces données-là. Puis c'est
comme A vient me voir, je lui donne toutes
mes données. Et j'ai toujours la présomption, puis c'est ça, la vraie vie, là,
que ce que A a collecté, ça va aller à B, ça va aller à F, ça va aller à
G. Puis on le voit, là, je veux dire, le dossier de la famille, on a vu, là,
les renseignements, la fuite qui a eu lieu, là. Puis là, hier, avec l'article
de Thomas Gerbet on voit que c'est allé à d'autres compagnies, d'autres
entités. Vous allez dire : Oui, mais ils ont commis une faute, ou quoi que
ce soit. Oui, mais le parent qui a son dossier avec son enfant, là, les noms de
compagnie... puis je ne dis pas qu'elles sont fautives, je ne suis pas en train
d'accuser personne, papi, papa, mais je te donne ça comme exemple, aurait un
intérêt juridique à aller rechercher, pourrait demander une injonction pour
dire : Telle compagnie, là, que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam, là, je n'ai aucune relation avec elle,
j'ai un intérêt juridique pour aller dire : Moi, là, injonction... Je veux
que tu me dises si tu as mes renseignements, je veux que tu me donnes la
preuve que ça a été fait selon les règles de l'art, papi, papa.
Mon point, là, c'est : Est-ce qu'on n'a pas
une belle occasion... puis assurons-nous, puis peut-être que ça existe déjà,
que quand ça se communique de un à l'autre, puis c'est ça qui arrive dans la
vraie vie, là, qu'il y ait des obligations proactives pour qu'eux soient
informés, de dire : Drapeau jaune, là, renseignez-vous sur ce que vous
avez puis assurez-vous, parce que vous êtes au bat, puis vous avez une
responsabilité. Puis même la Commission d'accès à l'information peut aller vous
taper sur les doigts parce que vous n'avez pas été assez proactifs.
Puis oui, mais en vertu de quoi? Moi,
je pouvais me fier? C'est juste ça que je ne veux pas me faire répondre. Je
pouvais me fier que A, il l'a fait de façon légale. Là, je suis rendu à
G. Je veux que la CAI, elle dise : Non, non, non, mais toi, as-tu posé la
question? Caveat emptor, l'acheteur doit se renseigner. Bien, M. le Président,
j'ai acheté la maison, puis quand j'ai déménagé, j'ai ouvert le garde-robe, il
y avait une infestation de fourmis. Ça ne te tentait pas de visiter la maison
puis d'ouvrir la porte du garde-robe? Bien, retourne chez vous. Vous n'avez pas
d'intérêt, ce n'est pas un vice caché. Vous comprenez?
Ça fait que je veux juste m'assurer, là... parce
qu'une information, quand on la donne, on le dit souvent, c'est comme un texto.
On envoie un texto, puis, une fois que vous avez envoyé un texto, là, ça ne
vous appartient plus. Puis peut-être
que, le lendemain matin, il y a 112 personnes qui l'ont. Et : Ah! je
vais faire un «recall», ils ne l'ont pas vu. Non, non, oublie ça. Oublie
ça. Qu'est-ce qui pourrait me rassurer là-dessus?
Le Président
(M. Bachand) : Consentement pour...
Vous voulez parler à Me Miville-Deschênes?
Le Président
(M. Bachand) : Consentement? Me Miville-Deschênes,
s'il vous plaît.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, une fois que le renseignement a été communiqué, bon, vous êtes informé,
là, lors de la première collecte, à qui ça va être communiqué puis à quelles
fins. Puis une fois qu'il est communiqué, évidemment, l'entreprise qui reçoit
et détient ce renseignement-là est automatiquement assujettie, là, à l'ensemble de la loi. Donc, elle est responsable
des renseignements personnels qu'elle détient, elle doit avoir les mesures
de protection, elle ne peut pas communiquer,
etc. Ça fait qu'elle, elle devient automatiquement responsable également
parce qu'elle les détient. Puis du moment
qu'elle les détient, vous avez un droit d'accès aussi, etc. Toute la loi
s'applique. Donc, si l'entreprise, la
troisième ou quatrième entreprise ne, comment dire, ne protège pas bien les
renseignements ou les communique sans autorisation légale, bien là, elle
va être responsable. Puis effectivement, la CAI peut intervenir, puis vous
auriez un recours, là, s'il y a une faute avérée. Donc, il y a ça.
Deuxième aspect, c'est sûr que, le consentement,
on ne précise pas que l'entreprise doit s'assurer que le consentement est là.
Je sais que, tu sais, il y a différents fonctionnements. Il y a des ententes
entre deux entreprises dans lesquelles c'est clair que l'entreprise qui transmet
doit s'assurer d'obtenir le consentement. Donc, tu sais, il y a différentes
sortes de pratiques, là, mais effectivement, il n'y a pas...
M. Tanguay : Bien, c'est
important, ce que vous dites là. Parce que serait-ce suffisant pour une compagnie,
parce que là je me mets dans le siège de la compagnie H, serait-ce
suffisant pour la compagnie de mettre, dans son contrat-cadre avec la
compagnie A, de dire : Bien, vous nous faites la représentation dans
le contrat que vous aller signer, là, que vous avez collecté selon les règles
de l'art et respecté toutes vos obligations? Est-ce que, pour moi,
compagnie H, c'est suffisant? Puis quand quelqu'un va venir de plaindre,
va me faire une injonction puis que la CAI va
débarquer, je vais dire : Bien, regardez, mon contrat disait... puis il a
fait la représentation qu'il respectait la loi. Puis vous n'avez rien
fait d'autre? Bien, non, j'ai signé le contrat, ça fait qu'allez jouer
ailleurs. Il peut-tu dire à la CAI : Allez jouer ailleurs?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Bien, dans
ce cas-là, je pense que c'est la compagnie qui a communiqué sans droit
qui est la première responsable, là.
M. Tanguay :
La A? La A?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Oui.
M. Tanguay :
Puis la H est correcte? Moi, je me suis fié à lui. Ne devrait-on pas être
proactif? Autrement dit, câline, ça a l'air
d'un fruit d'arbre empoisonné, cette affaire-là, mais j'ai mon contrat. Vous
comprenez mon affaire? À un moment donné, aveuglement volontaire, c'est
trop fort, mais, à un moment donné, il y a toujours entre gris clair et gris foncé, comme chantait Jean-Jacques
Goldman, très belle chanson, puis, je veux juste m'assurer, parce qu'on est là,
là. Puis encore une fois, moi, ce n'est pas tellement... Je vais le dire de
même, ce n'est pas tellement dans ma relation avec
A qui commence, qui dure puis qui finit, dossiers des parents, listes
d'attente, places services de garde, c'est dans ce qui est en arrière du
décor, là. C'est comme un iceberg, là, horizontal, là. Est-ce que c'est
suffisant?
Caire : Bien, si
je peux me permettre, là, il y a quand
même... Je veux dire, en fait, les informations qui sont communiquées, c'est
pour servir les fins pour lesquelles elles ont été collectées, et on ne
communique que les informations qui sont nécessaires à atteindre la
finalité. Donc, tu sais, c'est quand même paramétré, là.
partir de là... puis on reprend notre exemple du concessionnaire automobile.J'ai vendu une
voiture, le client veut la faire financer, j'envoie ça à la compagnie
qui finance ou l'institution financière qui finance. Je lui donne strictement
les informations qui sont nécessaires au financement de l'automobile. Bien, les
chances sont bonnes que l'institution financière ait besoin de transiger avec
l'individu qui fait l'acquisition en question, et donc là il y aura... Tu sais, il y a quand même... Ça m'apparaît
être un cycle qui devient un peu compliqué pour dire : Je suis une entreprise douteuse qui a collecté de façon
douteuse des informations, qui vous les transmets en disant : Bien, non,
non, tout est beau, tout est légitime. Je
veux dire, je comprends. Je comprends ce que le député de LaFontaine
dit puis j'essaie de voir dans quel
scénario je pourrais me ramasser, moi, comme tiers, avec des informations qui ont été collectées illégitimement, je...
M. Tanguay :
Oui. Bien, moi, je pense aux compagnies, là, qui sont dans l'article de Thomas
Gerbet. Encore une fois, je ne suis au courant de rien, je ne les accuse pas,
mais il y a des questionnements qui se posent. Est-ce que — puis
là on ne parle plus de 88 000 parents, on parle d'un demi-million,
500 000 dossiers, donc des vieux dossiers — ils
auraient accès à ça? Je parle au conditionnel. Je ne suis pas au courant puis
je n'accuse personne. Mais peut-être, c'est une hypothèse, qu'ils
n'avaient pas d'affaire à avoir ça. Mon point, d'où vient mon questionnement,
les premiers mots de l'article 8 : La personne qui recueille des renseignements
personnels auprès... doit. Parfait, A.
Mais moi, est-ce que
j'ai H, K, Z? Est-ce qu'eux peuvent dire, dans leur contrat avec A :
J'espère que tu respectes la loi, et tu me représentes, que tu respectes toute
la loi, puis tu signes ça. Tu es au bat. Parfait. Moi, on va venir me chercher.
Quand on va venir me chercher, si jamais j'ai eu accès à l'information, en
toute bonne foi, puis je n'avais pas d'affaire à l'avoir, l'information, je me
suis fié aux représentations de A aussi, par rapport à la nature du dossier,
puis tout ça, quelle est mon, puis c'est un autre exemple, quelle est mon
obligation d'être proactif puis de dire à A,
vous comprenez : Toi, tu me donnes 500 000 dossiers de
Québécois, Québécoises, quelle est mon obligation? Vous allez me dire :
O.K., mais O.K., ces renseignements-là, tu les as obtenus légalement? Oui.
Parfait. O.K. je prends ça puis na, na, na.
M. Caire :
Non, mais...
M. Tanguay :
Mais je veux juste terminer. Mais quelle est mon obligation? Puis je pense qu'à
un moment donné il faut que je me questionne
un petit peu, caveat emptor. O.K., puis tout ça, ça a été collecté quand, où,
comment puis dans quel but? Je dois quand même être proactif, là.
M. Caire :
Oui, mais c'est là où je fais une nuance, parce qu'avec l'exemple que le député
amène, c'est que les renseignements me sont transmis pour une fin. Tu sais,
demain matin, là, quelqu'un vous arrive, puis il vous donne... Tiens, voici...
M. Caire :
...500 000 dossiers. Bien, je ne t'ai rien demandé, moi, là, là. Pourquoi
tu me donnes ça?
M. Tanguay :
Non, mais je suis un fournisseur.
Caire :
Tu sais, moi, je...
M. Tanguay :
Je vais faire ce qu'on me demande, puis on peut me demander quelque chose pas
rapport. On peut me demander :
J'aimerais ça que tu me fasses avec ça, là... Oui, oui, ça va coûter
55 000 $, c'est dans deux mois, mais je voudrais que tu me
fasses une analyse par rapport à quelque chose de pas rapport. Moi, je reçois
ça. Parfait. Aïe! j'ai une grosse responsabilité. Moi, j'ai un contrat de deux
pages, j'ai un PO, un «purchase order», un bon de commande, pardonnez-moi, en
ce jour solennel.
M. Tanguay : Bien, le
«ouin» n'est pas diable mieux. Ouin, la qualité du français...
M. Caire : En
tout cas, ouin...
M. Tanguay : Oui. Vous
comprenez que je ne peux pas m'aveugler volontairement.
M. Caire : Oui,
oui. Non, je comprends, mais c'est parce qu'en même temps... Puis prenons
l'exemple de : Moi, je suis une entreprise qui constitue des listes
d'informations, puis je les vends, ce qui peut être une activité très légitime
dans la mesure où ceux qui se retrouvent sur cette liste-là ont donné leur
consentement. Puis, mettons, c'est l'exemple le plus proche de ce que le
collègue de LaFontaine amène, là, qui me vient à l'esprit... Puis moi, je me
revire vers des clients qui font du télémarketing, puis qui m'achètent ces
listes-là, puis je leur dis : Voici la liste, elle a été constituée à
partir de gens qui m'ont donné leur consentement.
M. Tanguay : Puis je
veux que vous me donniez tel traitement, telle analyse.
M. Caire : Oui,
mais, en même temps, tu sais, quelle garantie je peux lui demander, dans le
sens où je ne rappellerai pas chaque individu? Comprenez-vous ce que je veux
dire? C'est...
M. Tanguay : Mais vous
êtes-vous... Moi, je suis sur la commission, là, je veux savoir jusqu'à quel
point vous avez été cowboy. Vous êtes le sous-traitant K. La compagnie A a
500 000 dossiers. Reprenons cet exemple-là parce qu'il est très
parlant puis il est assez tangible. La compagnie K, qui reçoit de A, la
coopérative, qui a une banque de données de 500 000 dossiers de
Québécois, Québécoises... Puis c'est des vieilles données, depuis 2013, le
fichier existe depuis 2013. Puis, bon an mal an, on dit qu'il y a un «roll
over», là, de peut-être un 88 000, là, il y a du monde qui rentre, il y en
a qui sort, moins que ça, par contre. 500 000. Moi, on me dit : Je te
donne ça, là. Je t'ai téléversé ça. Wow! Aïe! j'en ai de l'information, là.
J'aimerais que tu me fasses, sais-tu, telle analyse par rapport aux, je dis
n'importe quoi, là, par rapport aux habitudes... par rapport aux habitudes de
consommation ou par rapport à l'alimentation des jeunes. J'aimerais ça que tu
couples ces données-là, peu importe. Moi, je vais dire : O.K. Moi, je peux
te faire ça dans un mois. Je vais te livrer ça, je vais te charger
25 000 $. Voici le bon de commande. Parfait, petit contrat,
excellent. Moi, je le fais. J'ai tout ça. Vous comprenez?
M. Caire : Je
comprends. C'est juste que, dans cette lignée-là, je me dis... Oui, je
comprends, mais, outre présumer que l'entreprise avec qui je fais affaire...
Puis, bon, j'imagine, puis là, là encore, je ne me risquerai pas une deuxième
fois dans la pratique illégale du droit, là, mais je présume que, tu sais, si
tu travailles avec un individu un peu louche qui ne se présente pas puis...
M. Tanguay : Non, mais
sans être louche...
Caire : Tu sais, tu
as... Mais, si tu fais affaire avec une corporation qui est reconnue, une
entreprise qui a pignon sur rue, qui est
enregistrée à l'AMF, qui a son numéro d'entreprise du Québec puis qui te
fournit des renseignements, je pense que tu peux présumer qu'elle a
recueilli ces renseignements-là dans le respect de la loi.
M. Tanguay : Bien, je ne
suis pas sûr que ça va être une défense suffisante de dire : La personne
qui m'a donné le contrat, Commission d'accès à l'information, elle ressemblait
plus à Peter Pan qu'à Capitaine Crochet, là.
M. Caire : Oui,
je comprends, mais...
M. Tanguay : Je ne peux
pas me fier à...
M. Caire : Mais,
M. le député... Mais tu veux lui demander quoi comme...
M. Tanguay : Bien, c'est
ça, ma question.
M. Caire : Tu
sais, tu veux lui demander quoi comme consentement?
M. Tanguay : C'est ça,
ma question.
M. Caire :
Tu sais, c'est ça, l'affaire, c'est que... parce que moi, je t'arrive, puis
l'exemple est superbon, là, j'ai 500 000 noms à te
fournir.
M. Tanguay : Puis Dieu
sait qu'il y en a plus qu'une qui l'a eue, là, la banque de données, là. Wow!
M. Caire : Oui,
puis, tu sais, depuis 2013, là, j'ai 500 000 noms à te donner.
M. Tanguay :
Puis fais-moi ça, fais-moi l'analyse.
M. Caire :
Fais-moi ça. Mais l'entreprise, là, qui se dit... Le tiers qui reçoit ça, on
lui demande quoi comme validation?
M. Tanguay : J'aimerais
ça qu'on lui demande minimalement quelque chose pour ne pas que...
Caire : Oui, mais
c'est parce que...
M. Tanguay : Pour que peut-être
il se dise : O.K. Non, je me dois... parce qu'à un moment donné, c'est ça,
à un moment donné, la compagnie doit se
dire : Bien, je me dois... Je considère que c'est un peu cowboy et je me
dois de refuser votre demande de contrat.
M. Caire : Non,
je comprends. Mais ce que je veux dire, c'est qu'une fois qu'on a dit ça, puis
je comprends l'intention, là, je comprends l'intention, mais une fois qu'on a
dit ça puis une fois que vous nous dites, M. le député, qu'écrit dans le contrat, ça ne vous apparaît pas suffisant, si tant est
que vous pensez que... Mais, tu sais, en même temps, l'autre
alternative, c'est de prendre les 500 000 noms, de les ramener puis
dire... tu sais...
M. Tanguay : Non.
L'alternative... On peut-tu ajouter un paragraphe à quelque part, un
article
qui dit que la personne qui se voit confier les renseignements personnels par
un tiers et collectés par ce tiers-là — là, j'y vais, là, ad lib,
là — doit
s'assurer, dans la mesure du raisonnable, que l'information qui lui est soumise
ou communiquée a été collectée de façon à respecter la présente loi. Qu'on le
dise dans la loi puis que je... puis qu'après ça la CAI fasse des directives,
là, pour ventiler ça.
M. Caire : Oui,
je comprends, mais j'essaie de voir, là.
M. Tanguay : À moins que
vous disiez...
Caire : Parce que,
mettons, on le met dans la loi, puis je ne suis pas... je ne suis pas hostile,
là, j'essaie juste de voir. O.K., mettons
qu'on lui donne cette obligation légale là... Dans le quotidien, là, demain
matin, pour l'entreprise, puis là parlons de nos entreprises
québécoises, là, qui sont des petites ou des moyennes entreprises, qui n'ont
pas nécessairement un service juridique, qui n'ont pas nécessairement une DRH,
bon, comment je fais, là? Tu sais, moi, je suis... On est un petit groupe, on
fait du télémarketing. On se part. O.K. Mais comment je fais pour m'assurer que
la liste que tu m'as... puis à part faire affaire avec une entreprise comme je
dis... Parce que moi, je pense qu'il y a des vérifications quand même qui sont
minimales. C'est sûr que, tu sais, si tu l'achètes au coin de la rue d'un
monsieur qui avait juste un paletot pour
seul vêtement, qui a ouvert ça puis qui t'a sorti une liste, la présomption que
ce n'est pas tout à fait légal, elle est bonne. Mais, tu sais...
M. Tanguay : Mais il y a
des crimes de col blanc, aussi, là.
M. Caire : Oui,
oui, c'est ça que je dis. C'est pour ça que je dis, une fois que moi, j'ai fait
affaire avec l'entreprise XY inc., que cette entreprise-là, elle a un numéro
d'entreprise au Québec, qu'elle m'a vendu ça, facture, TPS, TVQ, bien, TVQ, TPS, puis moi, j'ai payé le montant, puis c'est un
fournisseur avec qui je fais affaire depuis déjà un certain temps, moi, je ne
veux juste pas me ramasser dans une situation où on impose un fardeau. Puis je
comprends la préoccupation. Encore,
je le dis, là, je ne suis pas... je ne suis pas hostile à ce qu'il y ait des
dispositions dans la loi qui disent :
Bien, tu sais, tu as un minimum de vérification à faire, mais je veux juste
qu'on pense aussi que ce minimum-là, c'est
quoi, ça impose quoi comme fardeau administratif à l'entreprise pour quel
résultat. Quels sont les... Concrètement, là, c'est quoi, les moyens que
j'ai? À part de faire affaire avec une entreprise légale, c'est quoi, tu
sais...
M. Tanguay :
L'obligation de se renseigner minimalement. Puis effectivement je ne mettrais
pas dans la loi, si c'est un contrat de tel type, il faut qu'il pose telle,
telle question, puis, après ces cinq questions-là, c'est correct. Si c'est un
contrat d'un autre type, il faut qu'il pose ces 11 questions là. Non, mais
quelque part... puis je suis surpris que ce n'est pas prévu dans la loi, juste
un article, là, qui le dise clairement, que vous, fournisseur de services
analytiques de bases de données, exemple, je prends cet exemple-là, mais ce
n'est pas juste ça, le tiers qui se voit confier des renseignements personnels
doit, dans la mesure du raisonnable, s'assurer que l'information est collectée
et utilisée en respect des impératifs de la présente loi.
Une fois que j'ai dit ça, c'est dans la mesure
de la personne normalement prudente et diligente, j'ai une obligation qui est
nommée dans la loi. Et ça, c'est du cas par cas. Autrement dit, ma compagnie,
pour reprendre le guichet, là, d'enfance... le guichet de coopération enfance
parent, là, que la personne qui se voit confier ça fasse un petit peu plus que
juste mettre la clause 38, une ligne, ou la clause 12, une ligne qui
dit que nous prenons pour acquis, et vous nous représentez que vous avez
collecté l'information.
Ça peut peut-être être juste ça, mais, au moins,
que ça soit un questionnement, parce que la CAI, quand elle va débarquer, elle
va dire : Que c'est que vous avez fait pour atteindre votre obligation
raisonnable de... Si je ne l'ai pas dans la loi, là, il pourrait y avoir un
débat. Il me semble, je le mettrais, puis là on pourrait me dire : Oui,
mais il va sans dire. Je suis certain que nos juristes
vont dire : Il va sans dire, il va sans dire. Mais, à un moment donné, en
le disant, ça va mieux aussi, là, et je le mettrais dans la loi.
Puis je suis un peu surpris que ça n'en soit pas
déjà là. Peut-être pas à 99, puis je ne veux pas en faire un enjeu à 99, mais
gardons ça en tête, parce que je vous le dis, là, le risque, là, ce n'est pas
tellement dans ma relation avec A. Mais A, là, que c'est qu'il fait avec ça?
M. Caire : Oui,
oui, je comprends.
M. Tanguay : Puis, je
veux dire, il y a-tu du monde plus de bonne foi que le registre, là, la
coopérative sans but lucratif qui, depuis 2013, collectait ça? Là, on se rend
compte que ce n'était pas 88 000, c'était 500 000 puis que c'est
parti ailleurs. Bon, je mettrais quelque chose, bien simple.
Le Président
(M. Bachand) : M. le ministre.
Caire : Est-ce
qu'on peut suspendre juste deux petites minutes? Je vais essayer de trouver
un... Parce que, là, on est à 99. Donc, si c'est là, le meilleur endroit, je ne
sais pas, je vais voir parce que...
Le Président
(M. Bachand) : Ça va?
Alors, on va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
Le Président
(M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Caire : Oui.
Bien, brièvement, j'ai entendu la préoccupation du député de LaFontaine, puis,
en consultant les juristes, on ne voit pas vraiment... De façon réaliste, on ne
voit pas d'amendement qu'on pourrait apporter pour rajouter une couche de sécurité qui irait dans le sens de ce que le
député de LaFontaine amène, sinon en disant que, bien, l'article... Me
Miville-Deschênes me disait :
L'article 18.3 couvre le fournir des
informations à un tiers et des obligations,
plus, évidemment, la restriction du fait que tu ne dois transmettre que les
informations qui sont nécessaires à la finalité pour laquelle...
Donc, dans le contexte actuel, on est d'avis
qu'on répond quand même aux préoccupations du collègue de LaFontaine.
M. Tanguay : ...18.3.
C'est 8.3.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : ...18.3, c'est les exigences lors d'une communication
dans le cadre d'un contrat de service.
M. Caire : Ce
serait le 107 de la présente loi.
M. Tanguay : Oui, oui.
«Une personne qui exploite une entreprise peut, sans le consentement de la
personne concernée, communiquer un
renseignement personnel à toute personne ou à tout organisme [...] à l'exercice
d'un mandat.»
Donc : «Une personne qui exploite une entreprise
peut, sans le consentement de la personne concernée, communiquer un
renseignement personnel à toute personne...»
Mais 18.3, c'est le cas où une personne qui
exploite une entreprise a collecté, en tout respect de 8 puis pour desservir la
relation pour laquelle...
Caire : Ça reste la
personne qui a collecté.
M. Tanguay : O.K. Mais
la personne qui reçoit, là, le récepteur, là, le bénéficiaire, le
«recipient»...
M. Caire : Oui.
B, appelons-le B.
M. Tanguay : B. Mais moi, j'aime bien mon exemple de H, K, J, Z, là, parce que
souvent, là, ce n'est pas A, B.
M. Caire : Oui,
oui, oui.
M. Tanguay :
Ce n'est pas Gérard Auto, puis Crédit Ginette, là, tu sais. A et B, je veux
dire, ils sont dans la même roulotte, là. C'est souvent des tiers bien, bien
loin.
pense qu'on pourrait ajouter... puis peut-être Me Miville-Deschênes
pourrait me l'indiquer, y a-tu un
article dans la loi actuelle ou dans
le projet de loi n° 64, qui nous parle, sujet, verbe, complément : le
sujet, c'est le tiers qui reçoit des renseignements personnels, sujet; verbe,
doit être proactif; complément, concernant la réception de ces données-là.
Alors, je ne peux pas me dire : Bah! Bien, moi, je présume que tout le
monde, il est beau, tout le monde, il est fin. Y a-tu quelque chose où le
sujet, une phrase à quelque part, où le sujet, c'est ma compagnie K qui reçoit l'information, bien, elle, elle a telle
obligation? Autrement dit, si j'avais à rédiger un amendement, puis je
pense qu'on va s'enligner là-dessus, ce serait que le tiers, à la
collecte des renseignements, qui reçoit lesdits renseignements personnels,
doit, de manière raisonnable, s'assurer que les impératifs de la présente loi
ont été respectés.
Donc,
à lire que consentement, na, na, na, dans la mesure raisonnable, je ne
suis pas en train de dire comment... donc, à lire que le
consentement a été fait et que ce pour quoi... et c'est ça mon point, là. Et
que, notamment dans les obligations où le consentement a été reçu... mais que
ce pour quoi on me donne l'information... Oui,
O.K. 500 000 dossiers de Québécois, Québécoises? Tu as ramassé ça
pour quoi? Bien, c'est parce qu'ils s'étaient inscrits sur le registre pour avoir une place en service de garde. O.K.
Puis là tu me demandes une analyse d'impact sur leur consommation du
yogourt? Tu comprends?
Président (M. Bachand) : Me Miville-Deschênes.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien, en fait, il y a peut-être deux endroits, là. L'obligation principale
des tiers, bien, une des obligations, c'est quand ils reçoivent des renseignements, ils doivent s'assurer que ces renseignements-là sont nécessaires. Donc, ils ne peuvent pas juste recevoir,
mettons, des dossiers, puis ne pas se questionner sur est-ce que j'ai besoin de
ces dossiers-là, que ce soit en fonction d'un consentement qu'ils ont reçu ou, justement,
d'un contrat de service. Donc, ils doivent s'assurer, minimalement, de la nécessité
des renseignements qui reçoivent.
M. Tanguay :
Où ça, c'est marqué?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : C'est l'article 5, là...
M. Tanguay :
L'article 5.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : ...qu'on a modifié par l'article 97, qui est
une règle usuelle qui met quand même un certain fardeau sur celui qui reçoit de
s'assurer de la nécessité des renseignements.
M. Tanguay :
L'article 5 à 97 : «La personne qui recueille des renseignements
personnels sur autrui ne doit recueillir que les renseignements nécessaires...»
O.K. ça, je le sais. Ça, c'est A. Ça, c'est...
M. Caire :
Ce n'est pas nécessaire. Ce que je comprends, c'est que B devient celui qui
recueille dans l'exécution du mandat. Donc,
reprenons notre exemple du concessionnaire. Je vous vends une automobile,
M. le député. Vous la faites financer. Vous allez chez
une institution financière. Je prends les informations qui sont nécessaires à
la transaction. Je les envoie à B. Alors, B,
de ce fait, recueille des informations. Il devient celui qui recueille des informations, même du fait que je lui
envoie. Donc, à partir de là, il tombe sous le coup de la personne
qui recueille des renseignements personnels sur autrui.
M. Tanguay : O.K. Dans notre définition de la chaîne de la vie, là,
des renseignements personnels, la première étape, là, c'est quoi le mot?
C'est-tu «cueillette d'information»? C'est-tu «recueillette d'information»? C'est quoi, le mot?
M. Caire :
Bien, en fait, ce n'est pas une chaîne, c'est une... Je vais appeler ça une
transaction. Ce n'est peut-être pas la définition, mais c'est une transaction à
chaque fois. Donc, vous achetez une automobile. Je collecte des informations.
Vous me donnez des informations, je les recueille.
M. Tanguay :
Mon point...
M. Caire : J'ai besoin de faire affaire avec une entreprise
qui finance. Je fournis des informations, l'entreprise recueille. Cette entreprise-là a un
sous-traitant X, parce qu'elle assure des prêts. L'entreprise qui fait le
financement se retourne vers l'assureur du prêt. Donc, l'assureur du
prêt devient une entreprise qui recueille.
M. Tanguay :
Dans tous les cas...
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Désolé, M. le député de LaFontaine.
Alors, compte tenu de
l'heure, je suspends les travaux jusqu'à 14 heures. Merci beaucoup. À
tantôt.
(Suspension de la séance à
13 heures)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des institutions reprend ses travaux.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 64, Loi modernisant des
dispositions législatives en matière de protection des renseignements
personnels.
Lors de la suspension de nos travaux, cet avant-midi,
nous étions rendus à l'étude de l'article 99 amendé. Interventions? M. le
député de LaFontaine.
M. Tanguay : ...pensais que
vous aviez une annonce à faire.
Caire : J'avais pas
mal conclu sur ce que j'avais à dire là-dessus.
M. Tanguay : Ah! on pourrait-tu demander à Me
Miville-Deschênes de nous faire une sorte de présentation, là, entre
autres, quant à l'impact mutuel de l'article 5 et de l'article 7, qui
feraient le travail, semble-t-il?
Caire : Oui, avec
plaisir, on peut lui demander. Est-ce qu'il va réussir, ça, c'est autre chose.
M. Tanguay : Si ça lui tente.
Président (M. Bachand) :
Merci. Me Miville-Deschênes, et peut-être baisser votre micro aussi pour être sûr
qu'on vous entende bien. Me Miville-Deschênes.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, oui, juste pour exposer un peu l'effet des deux articles. Lors d'une communication de l'entreprise A, qui est collectée auprès de la personne
concernée, à l'entreprise B, bien, évidemment, l'entreprise A et B sont soumises à
l'article 5, qui fait qu'ils doivent s'assurer que les renseignements sont
nécessaires aux motifs, ou au contrat de service, ou aux fins pour lesquelles
ils les recueillent.
Puis l'article 7, en fait, c'est un
article
qui met une obligation sur l'entreprise B, c'est-à-dire sur l'entreprise qui
n'a pas recueilli les renseignements directement auprès de la personne, mais
auprès d'un tiers, c'est-à-dire, dans ce cas-là, d'une autre entreprise. Puis,
dans ce cas-là, l'obligation de l'entreprise, en fait, c'est d'indiquer la
source du renseignement pour que, notamment
en cas de demande d'accès de la personne, bien, que la personne concernée sache,
le renseignement que détient l'entreprise B, il vient d'où, il l'a collecté
auprès de qui. Donc, c'est un peu les effets de l'article.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : O.K. Donc, dans
la compréhension que l'on doit avoir, là, à l'article 5, «la personne qui
recueille des renseignements personnels», pour que ce soit clair, quand on dit
«la personne qui recueille», ici, on couvre A, qui va venir me voir, moi, comme
consommateur, puis qui va dire : O.K., parfait, on va faire tel contrat,
j'ai besoin d'avoir ça, ça, ça de vos renseignements. Consentez-vous? Je
consens. Parfait. Il constitue un dossier sur moi. A, c'est du un pour un,
c'est une relation directe. Ça, 5, «la personne qui recueille des
renseignements personnels», A, évidemment, il est couvert là-dessus.
Est-ce qu'également la compagnie... pas B, là,
je vais loin, là, la compagnie Z qui, finalement... puis Z, elle pourrait avoir
passé par D puis A. Est-ce que D et Z sont aussi couverts dans la notion de «la
personne qui recueille des renseignements personnels»? Oui? O.K.
Le Président (M.
Bachand) : ...Me Miville-Deschênes, oui.
M. Tanguay : Bien, on
pourrait peut-être demander le consentement pour que le ministre puisse prendre
la parole? Me Miville-Deschênes va dire : Pas de consentement. Non...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Me Miville-Deschênes...
Caire : Me
Miville-Deschênes, y a-t-il consentement?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Consentement.
M. Tanguay : Il y a
consentement.
Caire : J'ai eu
peur, là. Bien, en fait, c'est que chaque...
M. Tanguay : C'est oui?
Caire : Oui, c'est
oui, parce que chaque transaction nous met dans une situation où il y a une
source et quelqu'un qui recueille. Donc, même si l'information que l'entreprise
A transmet à l'entreprise B... même si c'est A qui l'a
recueillie après la source initiale qui est la personne elle-même, ça ne change
rien au fait que, du moment où je l'envoie de A à B, B devient la personne qui
recueille. Et, si B envoie ça à C... parce que, là, comme on le disait, je suis
un prêteur, je fais affaire avec un assureur de prêt, donc lui, il a besoin
d'avoir les informations pour assurer le prêt. Bien, parfait. B, qui envoie les
informations à C, bien, C devient la personne qui recueille, la personne étant toujours l'entité juridique. Donc, si vous êtes
une entreprise enregistrée, c'est l'individu; si vous êtes une corporation,
c'est la personne juridique.
M. Tanguay : Mais l'acte
de signer un contrat... Moi, je suis D. L'acte de signer un contrat avec A...
Parfait, puis là A m'envoie la banque des 500 000, je suis en train de recueillir.
Caire : Vous
devenez la personne qui recueille, exactement.
M. Tanguay : Oui. Ça
fait que, là, j'ai une obligation. Puis ça, c'est important, ce qu'on va dire
là, c'est là la conclusion finale, je dois, à ce moment-là, être proactif parce
que je me trouve à être appliqué... À l'article 5, là, «la personne qui
recueille», je suis D, je reçois, pouf, trois CD ou peu importe, là, des clés
USB de 500 000 dossiers, là, il faut que j'allume, que je dise :
Ce n'est peut-être pas moi qui ai pogné le... qui ai demandé le consentement,
ce n'est pas moi qui étais A, mais là je recueille l'information, il faut que
je m'assure que tout est correct.
Caire : Donc, en
vertu de 5, vous avez l'obligation de ne recueillir que les renseignements dont
vous avez besoin. Et, en vertu de 7, vous avez aussi l'obligation de
dire : Bien, c'est qui, ta source? Donc, moi, là, B, je recueille des
informations, donc je deviens la personne qui recueille. Mais, initialement, tu
as pris ça où? Tu les as prises où, tes
informations? Donc, ça, ça va un peu dans le sens de ce que vous nous avez dit,
parce que : «La personne qui recueille des renseignements auprès
d'une autre personne qui exploite une entreprise doit, à la demande de la
personne concernée, informer celle-ci de la source de ces renseignements.»
M. Tanguay : Ça fait que ça,
c'est D. C'est D.
Caire : Donc, les
5 000, là, les 5 000... les 500 000, excusez, tu les as pris où?
C'est quoi, ta source?
M. Tanguay : Puis ça, c'est D
qui pose la question à A.
Caire : C'est ça.
M. Tanguay : C'est ça, hein? O.K.
Quand on dit... est-ce que c'est synonyme? «Ces renseignements doivent être — à
5 — recueillis
par des moyens licites.» Ça, ça englobe nécessairement... Vous allez me dire,
oui ou non : Ces renseignements doivent être recueillis de manière à ce
que tous les impératifs de la présente loi soient respectés?
Caire : Oui, parce
que «licites» veut dire «légaux», donc «dans le respect de».
M. Tanguay :
Oui, mais licite et illicite, des fois, c'est : ne doit pas être fait en
infraction criminelle, ou pénale, ou quoi que ce soit. Mais là ça peut être
juste : Il faut que tu t'assures que tous les impératifs de la présente
loi sont...
Caire : Respectés.
M. Tanguay : ...respectés?
Oui?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Oui, tous les impératifs légaux, incluant la présente loi.
M. Tanguay : C'est ça. Puis
7, puis on va finir là-dessus : «La personne qui constitue un dossier sur autrui...»
Le fait pour moi, là, de me faire envoyer... je suis D, de me faire envoyer la
clé USB, puis j'ai les 500 000 dossiers,
le fait... puis de mettre ça sur mon serveur, pouf, je rentre dans la
définition d'avoir constitué un dossier.
Caire : Bien, c'est
une notion qu'on est en train d'évacuer par les amendements. C'est pour ça que
je vous invite à aller à 7, mais 7 de
l'article 98, parce que, justement, on essaie d'évacuer cette notion-là de
dossier. Puis ça, on l'a fait de façon récurrente, donc... Mais, sur le
fond...
M. Tanguay : On le couvre.
Caire :
...on le couvre, oui. C'est juste que la notion de dossier nous ramène à
quelque chose de papier. Ça fait qu'on essaie de...
M. Tanguay : Non, c'est ça,
c'est ça, c'est ça. Ça fait qu'il faut que ce soit plus large que ça.
Caire : C'est ça.
M. Tanguay :
Ça fait qu'on le couvre. Ça fait que moi, je n'ai pas... puis je n'ai même pas
constitué le dossier. Autrement dit, le dossier était constitué, il était sur
la clé, puis je l'ai mis sur mon «laptop», j'ai constitué un dossier. Ce n'est
pas la façon de le dire, mais j'ai constitué un dossier.
Caire :
C'est ça. Non, non, mais c'est ça, et vous avez les obligations en vertu du
nouveau 5 et du nouveau 7.
M. Tanguay : O.K. Alors là,
en conclusion, M. le Président, puis le ministre pourra confirmer, l'intention
du législateur, une fois qu'on a tout dit
ça, puis qu'on comprend, puis que je comprends, là, c'est que l'intention du
législateur, c'est que les compagnies tierces, là, les D, les K, les Z,
bien, attelez-vous, puis posez les bonnes questions, puis assurez-vous...
Caire : Bien, ils
ne peuvent pas se fermer les yeux.
M. Tanguay : Vous êtes au
bat, là.
Caire :
Ils ne peuvent pas se fermer les yeux, tu sais. C'est sûr que, tu sais, comme
le député de LaFontaine le disait, il y a un minimum de vérifications à
faire. Puis les données qu'on recueille, bien, il faut que tu ne recueilles que ce dont tu as besoin. Ça fait que, si tu as plus que ce dont tu as besoin, tu ne peux pas les collecter,
tu ne devrais pas les accepter.
M. Tanguay : Puis, si on vous
demande plus que ce pourquoi l'objectif était au départ, quand on a demandé les
renseignements aux 500 000, si on vous demande de faire autre chose que
ça, une étude sur la consommation de yogourt, vous devez dire : Non, moi,
je ne fais pas ça?
Caire : Vous devez
dire non parce que vous devez utiliser les renseignements personnels pour les
seules fins pour lesquelles ils ont été recueillis et pour lesquelles le consentement
a été donné. Donc, aussitôt que vous dérogez de la fin pour lesquelles ça a été
recueilli, vous ne pouvez pas vous servir de ces renseignements-là.
M. Tanguay : Donc, il peut y
avoir des recours en responsabilité civile et il y a des pénalités qui arriment
tout ça, là. Si je ne respecte pas... c'est
écrit à quelque part, si je ne respecte pas 5 et 7, il va y avoir des pénalités
salées?
Caire : Oui, parce
qu'on a adopté, précédemment, un
article qui dit qu'une utilisation non
autorisée de la loi constitue un incident de sécurité. Puis, à partir de là, on
s'en va vers les articles, plus loin, où là on a les sanctions pécuniaires administratives,
donc, dans le cas où on n'est pas dans une intention. Sinon, on s'en va dans le
pénal, puis là, bien, les sanctions encourues sont sévères, je pense.
M. Tanguay : O.K. Ça me va,
M. le Président, merci beaucoup.
Président (M. Bachand) :
Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'article 99 amendé? Donc,
nous allons procéder à sa mise aux voix. Mme la secrétaire, s'il vous
plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Caire (La Peltrie)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) : Pour.
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) :
Abstention. Donc, l'article 99, tel qu'amendé, est adopté. Merci. M. le
ministre, s'il vous plaît.
Caire : M. le
Président, avant d'en faire la lecture, et je ne veux pas, évidemment,
enfreindre le règlement, mais nous avions une demande du député de Gouin
qui nécessiterait peut-être, pour la bonne avancée de nos travaux, que nous suspendions l'étude de
l'article 100. Et, avec le consentement des collègues, j'irais à
l'article 101 qui, je pense, lui,
ne fait pas l'objet d'une requête particulière. Donc, on pourrait passer à
l'article 101, avec le consentement puis le consentement explicite
et implicite, là, je porte mes yeux... 101. O.K. Donc, à 101, on pourrait,
avec le consentement des collègues...
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a
consentement pour suspendre 100, l'article 100? Consentement. Donc,
M. le ministre, s'il vous plaît.
Caire :
Alors, l'article 101 se lit comme suit :
L'article 11 de
cette loi est modifié :
1° par le
remplacement de «dossiers» par «renseignements personnels»;
2° par l'ajout, à la
fin, de l'alinéa suivant :
«Les renseignements
utilisés pour prendre une telle décision sont conservés pendant au moins un an
suivant la décision.»
Donc, M. le Président,
l'article 11 de la
Loi sur la protection des renseignements personnels
dans le secteur privé est modifié en raison
de la suppression, par le projet de
loi, de la plupart des occurrences de la notion de dossier dans cette
loi. Il est également modifié afin de prévoir que les renseignements personnels
utilisés pour prendre une décision relative à la personne concernée sont
conservés pendant au moins un an suivant la décision, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine,
s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Là, on a un délai, on ajoute un délai d'un an : «Les renseignements
utilisés pour prendre une telle décision
sont conservés pendant au moins un an suivant la décision.» Parce que, ça, on
veut permettre à la personne qui désire contester la décision d'avoir
accès à la preuve, là.
Caire :
À l'information sur laquelle a été basée la décision.
M. Tanguay :
Pas dire : Bien là, moi, j'ai décidé ça puis je l'ai détruit. Alors, c'est
clair que le recours, le un an... parce que le recours en droit civil,
normalement, c'est trois ans. Là, on a mis un an. Est-ce que c'est parce qu'il
y a une prescription d'un an avec la Commission d'accès à l'information? D'où
vient le un an?
Président (M. Bachand) : Me Miville-Deschênes.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien là, je la cherche. C'était la recommandation
de la commission, un an, là. Il
faudrait que je vérifie pour les raisons précises. On avait donné suite, de
mémoire, à la recommandation puis...
M. Tanguay :
Parce que, là, vous comprenez que c'est un peu... Tu sais, être législateur,
c'est faire des arbitrages puis, tu
sais, trouver un équilibre. On dit, dans le cycle de vie, qu'aussitôt que ce
pour quoi l'information a été recueillie, l'objectif est atteint et complété,
vous devez détruire. À un moment donné, on va parler que vous devez détruire.
Caire :
Absolument.
M. Tanguay :
Alors, il y a «tu dois détruire» puis il y a «tu ne dois pas détruire». Donc,
est-ce à dire qu'à la fin d'un cycle de vie,
si tant est que mon cycle de vie est arrivé deux mois après la décision,
techniquement, je devrais détruire, le lendemain du deux mois, mais
techniquement, je vais garder ça? Je ne le détruirai pas pendant un autre
10 mois. C'est ça qu'il faut comprendre?
Caire :
Bien, en fait, ce que je comprends, c'est que... Puis là je vais laisser... En
même temps, je vais vous jaser ça, puis Me Miville-Deschênes va faire les
recherches appropriées, hein? Là, il le...
M. Tanguay :
Ça fait qu'on va avoir... durant l'intermède, la réponse se recherche... se
cherche.
Caire :
Voilà! Non, mais, en fait, c'est que l'idée étant que, quand je prends une
décision ou lorsque je suis... lorsqu'une décision est rendue, il y a une
possibilité de prendre des recours, quels qu'ils soient. Ces recours-là doivent
être basés sur les informations qui ont amené la décision...
M. Tanguay :
La preuve.
Caire :
...la preuve. Et donc, si la finalité de la... La finalité de la collecte ne
peut pas être exclusivement la décision, du fait que j'ai un recours, parce que
sinon, effectivement, je suis dans l'obligation de détruire la preuve. Donc,
ça, ça ne tient pas. Donc, la fin est accomplie lorsque le délai est terminé,
puis là, après ça, bien, détruis-la parce que, là, il n'y a plus de recours.
M. Tanguay :
Est-ce qu'on parle d'un délai... Allons-y. Le délai, plus loin, quel est le
délai? Est-ce que c'est marqué à quelque part sur votre point :
Sous réserve de l'article 11, dans les
meilleurs délais, doit être détruite l'information?
Est-ce qu'il y a quelque chose de même qui existe?
Caire : Bien là,
je vais... comme l'a dit Me Miville-Deschênes, c'était une recommandation de la Commission
d'accès à l'information. Donc, je ne pense pas qu'on parle d'un recours en
vertu du Code civil. J'ai l'impression qu'on est plus sur des actions qui
pourraient être prises par la Commission d'accès à l'information.
M. Tanguay :
Je pense qu'il est prêt, là.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, en fait, il y a deux choses. Effectivement, le délai d'un an, l'objectif
principal de la commission, c'est que ce n'est pas tant le recours civil, c'est
un délai pour demander accès aux renseignements, parce qu'une fois que le citoyen
les a reçus, bien, il peut les
conserver aussi longtemps qu'il veut.
M. Tanguay : Excusez-moi.
Vous dites : Le délai...
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien, le délai d'un an... Je n'ai pas trouvé d'explication pour le un
an de la commission, donner suite à la recommandation, j'ai regardé le rapport
quinquennal, je n'ai pas vu de raisonnement pour
justifier le un an. Par contre, je pense qu'il n'y a pas nécessairement
de lien à faire avec le délai, comment on dit là, dans le Code civil...
M. Tanguay : La prescription.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : ...de la prescription. Parce que l'objectif est surtout de
laisser un délai, à la personne concernée, de demander accès à ses renseignements
personnels, de dire : Vous avez pris une décision, O.K., je veux consulter les renseignements personnels. Il y a accès puis là, suite à ça, il peut les
garder aussi longtemps qu'il
veut, le citoyen concerné.
M. Tanguay : Ce n'est pas
lié... autrement dit, ma question était que ce n'était pas lié à un recours
judiciaire de la Commission d'accès à l'information, qui doit s'exécuter dans
l'année de... Non? Il n'y a pas de lien, là?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Non, non,
le citoyen peut demander... Il n'y a pas de lien avec un
délai de recours devant...
M. Tanguay : Puis, de toute
façon, c'est de la connaissance des faits, ça fait que ça pourrait être dans
10 ans, si la commission
vient de l'apprendre, le un an serait... O.K. Je comprends. Et,
deuxième volet, si vous êtes là-dessus...
parce que je vous ai laissé dire une chose, il y avait une deuxième chose. Oui?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Le deuxième volet, c'était par rapport au délai de destruction?
M. Tanguay : Oui, c'est ça.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, le délai de destruction, il n'y a pas de délai précis dans la loi. C'est
lorsque les fins sont accomplies. Donc, une entreprise pourrait... évidemment,
doit respecter le délai minimum d'un an,
lorsque c'est un renseignement qui a servi à prendre une décision. Mais il
pourrait le conserver plus longtemps,
en fonction de son calendrier de conservation ou s'il juge que les fins ne sont
pas accomplies. Mais il n'y a pas de délai précis, là. Donc, vraiment, le
minimum, c'est un an pour ce genre de renseignement là, puis, par la suite,
bien, il doit être conservé, là... il doit être détruit au plus tard quand les
fins sont accomplies.
M. Tanguay : Et il va sans
dire que cette destruction-là pourra se faire en temps opportun, sous réserve
de l'article 11?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
C'est ça, exact.
M. Tanguay : Il va sans dire
ou on va le dire à quelque part?
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Pour l'instant, il va sans dire. C'est l'article 23 qui prévoit le
délai de destruction puis...
M. Tanguay : Ah!
l'article 23.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Oui, l'article 23 du projet de...
M. Tanguay : De la loi? Du
projet de loi?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
...de la loi modifiée par 111 du projet de loi. Oh! une petite minute.
Caire : On a le
temps d'y penser.
M. Tanguay : Non, mais on
peut-tu? On va y aller, voir, juste...
Caire : À 111? Bien
sûr.
M. Tanguay :
111 : «Toute personne qui exploite une entreprise et qui utilise des
renseignements [...] doit s'identifier...» Destruction, à 23, et... ou
anonymisation. On a vu ça dans le public. «Lorsque les fins auxquelles un renseignement personnel a été recueilli ou utilisé
sont accomplies, la personne qui exploite une entreprise doit le détruire
ou l'anonymiser, sous réserve d'un délai de conservation prévu par une loi.»
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Voilà. Finalement, il ne va pas sans dire, on le dit.
Caire : Alors,
c'est clair.
M. Tanguay : Puis pourquoi ça
a pris 10 minutes pour avoir la réponse?
Caire : Bien, parce
qu'on attend Gabriel.
M. Tanguay : Vous allez
dire : Parce qu'on y va à votre rythme, monsieur?
Caire : ...met
toujours ça sur le dos des absents. Ils ont toujours tort.
Le Président (M.
Bachand) : Mais en passant, M. le ministre, on n'est pas
supposé de souligner l'absence d'un membre.
Caire : Non, bien
non, bien non, bien non. Non, mais je n'ai pas... C'est bien trop vrai.
M. Tanguay :
Il file cheap, là. On avait-tu... Les organismes publics, ils avaient-tu ce
délai-là d'un an? Peut-être que j'ai manqué une bonne émission, là.
Caire : Bien, à ma
connaissance...
M. Tanguay : Parce qu'elles
doivent détruire, hein?
M. Tanguay : Ou anonymiser,
on l'a vu, anonymiser.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Oui, oui.
Caire : Bien,
lorsque les fins pour lesquelles, na, na, na, là... mais il n'y avait pas...
Cette notion-là, moi, je ne me souviens pas de l'avoir vue pour le public.
M. Tanguay : Parce qu'a
fortiori, je vous dis, de la preuve, il faudrait qu'elle soit préservée aussi
pour des décisions d'organismes publics.
Caire : Oui, mais
ce que je comprends, c'est que ce n'est pas conservé dans une notion de preuve.
C'est conservé dans une notion de dire : Si tant est que le citoyen veut
avoir accès à l'information... C'est plus dans une perspective de service que
judiciaire.
M. Tanguay :
Oui. Bien, ça, je trouve ça bien, mais ça serait bon qu'on l'ait aussi au
public, il me semble. Que l'organisme
public qui a rendu sa décision... parce que l'organisme public a une obligation
pas moins forte de détruire, quand l'objet est rempli.
M. Tanguay : Ou moins forte?
Caire : Oui. Je
pense que oui. Oui parce que...
M. Tanguay : Oh! il a des
plis dans le front, maître.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Ça, c'est l'âge, là, ce n'est pas l'émotion.
M. Tanguay : Ah! non, non,
mais il y en a qui sont plus profonds que...
Caire : Non, mais
il a toujours... je veux dire, c'est une permission ouverte. Si je dis
n'importe quoi... d'intervenir. Mais, tu sais, il lève le doigt, puis, même, je
vous dirais qu'il prend du pic, hein, tranquillement pas vite. Je suis à veille
de ne plus avoir le droit de m'exprimer, moi.
Tanguay : C'est ça, mais il a consenti ouvert, tantôt.
Caire :
Bien, non, je ne pense pas que c'était ouvert...
M. Tanguay :
C'était une fois?
Caire :
Oui, c'est ça. Là, pour tout de suite, c'est beau, mais...
M. Tanguay :
Mais qu'en dites-vous, maître?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien là, je regardais, parce qu'il y a d'autres lois, comme la
Loi sur la
justice administrative, quand il y a des décisions qui sont prises à l'égard
d'un administré, mais, pour l'instant, les dispositions sur la destruction sont
les mêmes, c'est-à-dire qu'on doit détruire lorsque les fins sont accomplies.
Dans le secteur
public, c'est sous réserve de la
Loi sur les archives, qui, justement... Les
organismes publics, eux, ils n'établissent
pas, généralement, eux-mêmes leurs... Bien, ils établissent leurs calendriers
de conservation, mais il y a des...
les archives nationales, BANQ a des standards, puis, des fois, selon le type
d'organisme public, ils valident les calendriers de conservation, à
savoir combien de temps chacun des renseignements est conservé. Donc...
M. Tanguay :
Et ça, ça s'applique à tous les organismes publics visés par le projet de loi
n° 64, les archives?
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien, la
Loi sur les archives a
différents niveaux d'intervention en fonction... si c'est un ministère, si
c'est une société d'État, donc je n'oserais pas vous répondre n'importe quoi rapidement, mais probablement qu'elle ne
s'applique pas à tous, tous les organismes, parce qu'il y a des paramunicipaux,
là, qui sont visés par la
Loi sur l'accès, mais elle s'applique à une
partie
d'entre eux.
M. Tanguay :
Est-ce qu'on peut... On ne réglera pas ça, là, mais pourriez-vous nous revenir,
s'il vous plaît, avec cette analyse-là
faite? On va être en circonscription pendant une semaine. Si, au retour, la
première occasion qu'on aura... Si on
peut vérifier ça, quel est... Y a-t-il des délais minimums? Parce que le droit,
pour un citoyen, d'avoir accès, dans l'année, à ce que l'information ne
soit pas détruite, j'aimerais ça aussi que ça soit à quelque part. Peut-être
que c'est prévu. Donc, juste vérifier si c'est prévu à quelque part, parce que
je ne peux pas croire, moi, que ça va être détruire ou anonymiser, à la fin,
pour l'organisme public, un mois, deux semaines... Si c'est le cas, cette
soupape-là pourrait...
Caire :
Bien, on pourrait mettre la même disposition.
M. Tanguay :
Si on peut juste vérifier puis nous revenir, s'il vous plaît.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Oui, certainement.
Le Président
(M. Bachand) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions
sur l'article 101? Ça va? Alors, nous allons procéder à sa mise aux voix.
Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Caire (La Peltrie)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Le Président (M. Bachand) : Abstention. Donc, l'article 101 est adopté.
Merci. M. le ministre, s'il vous plaît.
Caire :
M. le Président, l'article 102 se lit comme suit : Les
articles 12 à 14 de cette loi sont remplacés par les suivants :
Alors,
article 12 : «Un renseignement personnel ne peut être utilisé au sein
de l'entreprise qu'aux fins pour lesquelles il a été recueilli, à moins du
consentement de la personne concernée. Ce consentement doit être manifesté de
façon expresse dès qu'il s'agit d'un renseignement personnel sensible.
«Un renseignement personnel peut toutefois être
utilisé à une autre fin sans le consentement de la personne concernée dans les
seuls cas suivants :
lorsque son utilisation est à des fins compatibles avec celles pour lesquelles
il a été recueilli;
«2° lorsque son
utilisation est manifestement au bénéfice de la personne concernée;
«3° lorsque son
utilisation est nécessaire à des fins d'étude, de recherche ou de production
statistique et qu'il est dépersonnalisé.
«Pour
qu'une fin soit compatible au sens du paragraphe 1° du deuxième alinéa, il
doit y avoir un lien pertinent et direct avec les fins auxquelles le
renseignement a été recueilli. Toutefois, ne peut être considérée comme une fin
compatible à la prospection commerciale ou philanthropique.
«Pour l'application
de la présente loi, un renseignement personnel est :
«1° dépersonnalisé
lorsque ce renseignement ne permet plus d'identifier directement la personne
concernée;
sensible lorsque, de par sa nature ou en raison du contexte de son utilisation
ou de sa communication, il suscite un haut degré d'attente raisonnable
en matière de vie privée.»
Article 12.1 :
«Toute personne qui exploite une entreprise et qui utilise des renseignements
personnels afin que soit rendue une décision
fondée exclusivement sur un traitement automatisé de ceux-ci doit, au moment de
la décision ou avant, en informer la personne concernée.
«Elle doit aussi, à
la demande de la personne concernée, l'informer :
«1° des
renseignements personnels utilisés pour prendre la décision;
«2° des raisons,
ainsi que des principaux facteurs et paramètres, ayant mené à la décision;
«3° de son droit de
faire rectifier les renseignements personnels utilisés pour prendre la
décision.
«Il doit être donné à
la personne concernée l'occasion de présenter des observations à un membre du
personnel de l'entreprise en mesure de réviser la décision.»
Article 13 :
«Nul ne peut communiquer à un tiers les renseignements personnels qu'il détient
sur autrui, à moins que la personne concernée [n'y ait...] n'y consente — pardon — ou
que la présente loi ne le prévoie.
consentement doit être manifesté de façon expresse dès qu'il s'agit d'un
renseignement personnel sensible.»
«14.
Un consentement prévu à la présente loi doit être manifeste, libre, éclairé et
être donné à des fins spécifiques. Il
est demandé à chacune de ces fins, en termes simples et clairs, distinctement
de toute autre information communiquée à la personne concernée. Lorsque
celle-ci le requiert, il lui est prêté assistance afin de l'aider à comprendre
la portée du consentement demandé.
consentement du mineur de moins de 14 ans est donné par le titulaire de
l'autorité parentale. Le consentement du mineur de 14 ans et plus
est donné par le mineur ou par le titulaire de l'autorité parentale.
«Le consentement ne
vaut que pour la durée nécessaire à la réalisation des fins auxquelles il a été
demandé.
«Un consentement qui
n'est pas donné conformément à la présente loi est sans effet.»
Donc,
cet
article remplace les articles 12 à 14 de la
Loi sur la protection des
renseignements personnels dans le secteur privé.
Cet
article prévoit
que le consentement à l'utilisation d'un renseignement personnel à des fins
autres que celles pour lesquelles il a été recueilli doit être manifesté de
façon expresse par la personne concernée dès qu'il s'agit d'un renseignement personnel
sensible. Il précise aussi les cas où une entreprise peut utiliser un
renseignement personnel à des fins autres q