CRC — 24 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CRC 2021-11-24
Quebec — Committees
Nous sommes d'avis que le ministère assure un
certain contrôle des milieux de garde. Personne ne peut être contre la vertu de
la santé et la sécurité des enfants. Par contre, il est alarmant de savoir que
des centaines de bons milieux fermeront pour un entêtement administratif. Ils
refusent la subordination d'un bureau coordonnateur, mais offrent ce service
essentiel à un grand nombre de familles québécoises tout en respectant la Loi
sur les services de garde. Un simple enjeu administratif mettra des familles
sans ressources, sans soutien, et ce, avant le quatre ans de transition
annoncé. À quoi bon continuer si elles savent que, d'ici quatre ans, elles
devront se réorienter?
Il est grand temps de travailler tous ensemble,
car nous avons le même objectif. Le ministère doit assurer la pérennité de son
réseau en gardant la plus grande majorité des éducatrices en poste. Pour ce
faire, nous recommandons que le ministre implante un permis pour la garde en
milieu familial non subventionné, que ce permis soit émis directement par le
ministère de la Famille aux éducatrices et que celles-ci aient la possibilité
de poursuivre leur travail et ainsi éviter l'hécatombe des fermetures sans en
calculer l'impact. Ce permis permettrait de connaître où sont ces milieux, d'en
connaître les éducatrices et ainsi reconnaître qu'ils existent bel et bien. La
garde dite non reconnue disparaîtrait, et le ministère serait en mesure
d'intervenir auprès d'elles.
Si nous regardons le réseau des services de
garde éducatifs à l'enfance depuis sa création, nous sommes forcés de constater
que l'exode des éducatrices était prévisible. Nous sommes conscients que nous
avons un travail rigoureux à faire, mais il faut faire vite, le temps presse.
Jamais le réseau n'a connu de moments aussi angoissants qu'actuellement. Bien
que le réseau en entier et ceux qui gravitent autour de ce réseau tentent de
sauver les meubles, nous devons nous rendre à l'évidence que le travail
administratif est si lourd pour nos éducatrices que la passion pour la
petite-enfance devient, quant à elle, secondaire. Les charges de travail sont
de plus en plus lourdes, et le statut de travailleur autonome, de moins en
moins présent.
Les allègements réglementaires dans le projet n° 1 ne changent en rien la charge de travail quotidienne
qu'exercent nos éducatrices. Les éducatrices actuellement non reconnues sortent
à 54 % du réseau des services de garde. Ces femmes ont pris la décision de
se tourner vers la garde non reconnue parce qu'elles n'en pouvaient plus
d'exercer pleinement leurs fonctions auprès des enfants. Nous leur avons
demandé clairement les raisons qui mèneront à fermer leurs portes plutôt que de
se tourner vers la garde reconnue par un BC. La lecture des témoignages fut
bouleversante. Plusieurs éducatrices refusent de retourner vers les BC parce
qu'elles ont vécu des événements qui ont mené à des formes d'angoisse au quotidien.
Les BC sont la raison de leur sortie du réseau. Elles se sont tournées vers le
réseau non reconnu pour ne plus vivre avec cette angoisse et l'impression
d'être constamment surveillées par un organisme qui devrait être là pour les
supporter.
Lors du dépôt du projet de loi n° 124, en
2005, les CPE se sont vus privés de leur mandat de coordonnateur de la garde en milieu familial. Nous sommes passés
de 884 CPE à 161 bureaux coordonnateurs. En 2021, nous faisons
la même demande. Si le ministère n'est pas
en mesure d'offrir la reconnaissance par lui-même, qu'il se dote d'un
système autre que les BC pour le faire.
Déjà, à l'époque, l'AEMFQ demandait au gouvernement
du Québec de ne pas passer par un tiers. Les problématiques encourues, encore aujourd'hui,
existaient déjà face à l'ancêtre des BC, des CPE.
Nous n'inventons pas une nouvelle problématique.
Le réseau en milieu familial a toujours eu ce sentiment d'infériorité vis-à-vis
la subordination mise en place par le MFA. Il ne s'agit pas d'un nouvel enjeu.
Nous demandons au ministre la même chose,
que ces femmes travailleuses autonomes conservent leur statut de
travailleuses autonome et que le ministère fasse lui-même son travail de
reconnaissance auprès des milieux familiaux.
Nous croyons pertinent que le gouvernement du
Québec enraie la problématique de la subordination en mandatant un tiers non
titulaire de permis à la vérification des milieux familiaux et que cette entité
soit administrée par le ministère de la Famille. Des coûts seront bien
évidemment à prévoir, mais le coût sur la société et les familles du Québec de
voir disparaître des milliers de places qui gravitent autour de son réseau
seront catastrophiques pour la pérennité du réseau et l'économie.
Nous sommes conscientes que le statu quo est
impossible. Nous sommes d'avis que le ministère a un travail à faire pour
encadrer les milieux de garde du Québec. Des milliers de parents ne peuvent
actuellement retourner travailler faute de place, il serait dramatique que des
milliers d'autres parents s'ajoutent au 37 000 déjà en attente.
Nous saluons que le ministre de la Famille
prenne l'initiative de rapatrier le guichet 0-5 ans vers le gouvernement
et que celui-ci soit géré par les autorités compétentes. Et surtout il faut se
rappeler que le modèle a amené le déclin du réseau actuel et que le conserver
n'est pas un gage pour l'avenir. Travaillons ensemble dans ce dossier et
reprenons les rênes qui ont été délaissées aux BC. Pardon.
Lorsque les parents visitent des milieux
familiaux, ils regardent plusieurs aspects : l'état des lieux, les outils
mis en place, le coût, etc., mais ils choisissent avant tout l'humain derrière
le service, l'éducatrice devant eux. Ils ne demanderont pas si un bureau
coordonnateur a donné une contravention dans les six derniers mois parce
que le parc d'un poupon n'était pas identifié, par exemple.
Nous avons vu, depuis 2017, des parents préférer
choisir des milieux de garde illégaux à défaut de ne pas avoir de service de
garde du tout. Choisir de faire manger son enfant en allant le porter dans un
milieu médiocre ou ne pas pouvoir aller travailler et avoir un enfant qui ne
mange pas? C'est malheureux, mais les milliers de fermetures nous mènent à ce
type de réalité chez les familles québécoises, un grand pas derrière lorsque
l'on regarde les raisons de la création du réseau.
Le présent projet de loi, qui vise d'offrir une
place à tous les tout-petits du Québec, pourrait déclencher l'inverse si nous
ne prenons pas le temps de nous assurer que les femmes non reconnues deviennent
régies par le ministère de la Famille sans bureau coordonnateur,
du moins sans la subordination d'un détenteur de permis. Il s'agit du plus
grand chantier annoncé depuis la création du réseau, et nous croyons fermement
qu'il ne faut pas avoir la prétention de faire plus mais avoir l'idéologie de
faire mieux.
Dans le projet de loi présent, nous voulons
également rappeler et mettre en lumière au ministre que l'article 2 des
lois et services de garde éducatifs sera modifié. Cette modification ne
permettra plus aux éducatrices en milieu familial d'accueillir des enfants
d'âge scolaire. Des centaines de milieux de garde non reconnus offrent ce type
de service les matin, midi et soir, sans compter que les parents choisissent ce
type de milieu pour leurs enfants l'été plutôt
que d'obtenir les services d'un camp de jour. Ces enfants, pour la plupart, ont
fréquenté le même service de garde de leur naissance jusqu'à l'âge de
12 ans. Ces services comblent un besoin que la garde en milieu familial
reconnue actuellement ne peut combler. Des parents du réseau de la santé ayant
des horaires atypiques se tournent également vers ce type de service étant
donné leurs horaires sur rotation. Il s'agit d'un besoin bien particulier que
le réseau ne peut se permettre de perdre.
En conclusion, nous sommes d'avis que le
chantier actuel a raison d'être et que nous devons une fois pour toutes régler
la quiétude sociale de nos éducatrices. Celles-ci sont prêtes à collaborer avec
le ministère de la Famille. Elles sont pour la sécurité des tout petits du Québec.
Elles croient que leur contribution au réseau doit être acceptée. Elles sont
déterminées à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que le ministre
entende leur voix. Reconnues par le MFA, oui, par un bureau coordonnateur, non.
C'est tout.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous pour
16 min 30 s.
M. Lacombe : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bonjour, Mme Forget Bélec. C'est un plaisir de vous revoir.
On a déjà eu l'occasion de travailler ensemble sur certains éléments et on aura
aussi l'occasion de continuer le travail parce qu'évidemment on souhaite
bénéficier de votre connaissance du terrain, notamment dans tout le travail
qu'on aura à faire, et vous avez d'ailleurs déjà reçu cette invitation à
travailler avec nous pour, notamment, les allègements
réglementaires et aussi dans le cadre du comité de travail qu'on aura avec les
bureaux coordonnateurs, les RSG
aussi, pour arriver vraiment à la meilleure solution possible. Donc, je voulais
saluer votre collaboration là-dessus.
Peut-être quelques points rapidement. Bien,
d'abord, vous l'avez effleuré, je voulais peut-être évacuer un sujet rapidement, le rapatriement de La
Place 0-5, du guichet unique, donc d'inscription des enfants vers le
gouvernement. Vous êtes favorable à ça. Vous êtes d'accord avec cette idée-là.
Mme Forget Bélec (Sophy) : Oui,
exactement, M. le ministre.
M. Lacombe : Pour quelle
raison?
Mme Forget Bélec (Sophy) :
Parce que, présentement, c'est géré par un organisme privé. Donc, le ministre
n'a pas nécessairement accès aux données qui sont présentes sur ce guichet, et,
pour nous, c'est incroyable que le ministère n'est pas en mesure de faire
lui-même son travail.
M. Lacombe : D'accord. Une
question de principe aussi peut-être, vous... évidemment, vous représentez des personnes, vous parlez au nom de gens qui offrent
de la garde actuellement qui est non reconnue et qui, donc, par
définition, est non subventionnée aussi. On sait que la pression actuellement
pour offrir des places subventionnées elle est très grande. Majoritairement,
c'est ce que les parents souhaitent, une place à 8,50 $. Qu'est-ce qui
pousse vos membres à vouloir tout de même offrir ces places-là, qui sont non
subventionnées, plutôt que de répondre à ce souhait que les parents ont d'avoir
une place à contribution réduite?
Mme Forget Bélec (Sophy) :
Actuellement, je vous dirais que le bureau coordonnateur est vraiment le gros du problème, et ensuite la syndicalisation par
bureau coordonnateur. Lorsqu'il y a subvention, il y a syndicalisation,
et les femmes la refusent d'emblée. Donc, c'est vraiment la plus grosse
partie
du problème, et le bureau coordonnateur et la syndicalisation.
M. Lacombe : Puis, sur les bureaux
coordonnateurs, j'aimerais peut-être que vous élaboriez un peu votre position,
parce que je comprends que, dans votre esprit, là, on sent vraiment que vous
n'avez aucun désir, là, de collaborer, je vous le dis bien franchement, là, on
sent très bien ça, que vous n'avez pas envie de collaborer avec les bureaux
coordonnateurs, et on comprend — je vous laisserai peut-être donner plus
de détails — que
vous avez vos raisons. En même temps, ce qu'on propose aussi, c'est de se
donner des outils pour intervenir auprès des bureaux coordonnateurs puis venir
normaliser certaines pratiques, venir en changer certaines, s'assurer qu'il y
ait aussi une certaine forme d'uniformité à travers le réseau, à travers les
161 bureaux coordonnateurs.
Est-ce que, d'abord, vous pourriez nous dire
quels sont les enjeux principaux que vous vivez avec les bureaux coordonnateurs
puis ensuite, en complément, nous dire... Est-ce que ce qu'on propose, donc,
les pouvoirs qu'on se donne auprès des bureaux coordonnateurs, ne vient pas
répondre à ces appréhensions-là que vous avez?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Oui. Les
lois et règlements sont interprétés selon les bureaux coordonnateurs. Donc, vous n'aurez pas la même réglementation à
Montréal qu'à Trois-Rivières. C'est une grande, grande problématique. Hier, j'entendais le
CQCPE qui disait qu'il y avait de la désinformation au sujet de leurs bureaux
coordonnateurs. Écoutez, c'est les femmes qui vivent ces situations-là
qui nous contactent puis qui nous disent : Je veux sortir du réseau. Ces
femmes-là, si on prend l'article de... règlement, assurer la santé et la
sécurité des enfants, c'est interprété à toutes les sauces dans les bureaux
coordonnateurs, que ce soit un pommier qui perd des pommes, où il y a une
contravention, que ce soit...
Il y a des exceptions. C'est certain qu'il y a
des bons bureaux coordonnateurs, je ne le cacherai pas. Par contre, ils ne sont
pas tous uniformes au niveau de la qualité et ils n'ont pas le rôle de soutien
aux RSG. C'est plutôt l'inverse qu'elles se sentent. Donc, ça, c'est vraiment
la plus grosse problématique, M. le ministre, c'est qu'il y a des éducatrices qui se sentent inférieures aux bureaux
coordonnateurs, contrairement à l'inverse, où le bureau coordonnateur
devrait appartenir aux RSG. Donc, ça, c'est vraiment le plus gros du problème.
Nous avons également des bureaux coordonnateurs qui répandent des informations vraiment
différentes d'un endroit à l'autre. J'ai fait le test moi-même et j'ai eu
161 réponses différentes à la même question. Donc, c'est vraiment... Que
le ministre se donne des outils pour pouvoir intervenir, c'est une chose, mais
il faut les mettre en place et les appliquer, et, selon nous, si le ministère
n'a pas la main sur les bureaux coordonnateurs, ça va être impossible à faire.
Donc, tu sais, c'est vraiment la même problématique qu'il y a 25 ans.
Lacombe : Mme la Présidente,
peut-être que je laisserais ma collègue
de Bellechasse poser une question aussi.
Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Merci beaucoup. Mme la
députée de Bellechasse, à vous la parole.
Lachance : Merci, Mme la Présidente. D'abord, permettez-moi de vous remercier d'être là,
Mme Sophy Forget Bélec, contente de pouvoir discuter avec vous. Puis je
voudrais un peu reprendre à partir... parce que je sens aussi beaucoup vos
appréhensions face aux bureaux coordonnateurs, et, dans un même esprit, je me
questionne, parce que, bon, là, vous avez
parlé de la disparité entre les bureaux coordonnateurs à votre question
éloquente 161 fois posée, 161 réponses différentes. Mais qu'est-ce
qui pourrait faire en sorte que le ministère, en étant le mandataire, si on
veut, de votre... Si on répondait à votre demande, comment ça pourrait être
différent? Parce que le ministère pourrait aussi occasionner ce genre de
frictions qu'on sent, non?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Je ne
pense pas que...
Mme Lachance : Pourquoi ce serait
différent avec le ministère directement, en passant directement par le
ministère?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Parce que
le ministère aurait des instructions claires envers ses employés, ce qui n'est
pas actuellement le cas sur les bureaux coordonnateurs. On a 161 OSBL qui
gèrent de façon différente leur organisme et qui ensuite découlent vers les
RSG. Le ministère, en étant
partie prenante de la réglementation, le fait
appliquer à la lettre. Nous, on le vit déjà en garde non reconnue. Lorsque le
ministère se déplace chez une PNR, elles vivent toutes la même visite. Il n'y a
pas de différence de Montréal à Trois-Rivières, les informations sont les mêmes
et les visites se passent de la même façon.
Mme Lachance : Quand je regarde un
petit peu plus loin dans votre mémoire, à la page 8, vous faites mention
que, si le ministère n'était pas en mesure d'offrir la reconnaissance par
lui-même, qu'il se dote d'un système autre que les bureaux coordonnateurs.
Quand on parle d'un système, on parle de quoi? D'une entité distincte qui
serait autre que les bureaux coordonnateurs. Mais l'enjeu n'est pas le même?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Bien, en
fait, en ayant une entité distincte, le ministère aurait l'emprise sur cette
entité-là, un peu comme les centres de services en éducation. Le centre de
services à Montréal va avoir la même réglementation que le centre de services à
Trois-Rivières. Donc, nous, c'est ce qu'on demande au ministère, c'est
d'avoir... s'il ne veut pas utiliser les bureaux coordonnateurs, qu'on utilise
une entité qui lui appartient et qui gérera ces visites-là.
Mme Lachance : Et, si on voulait
travailler avec les bureaux coordonnateurs, comment ça devrait se faire pour
que ce soit acceptable?
Mme Forget Bélec (Sophy) : C'est une
très bonne question. Les bureaux coordonnateurs actuellement ont mauvaise
presse, et il n'en tient qu'à eux d'avoir eu cette presse-là, parce que les
éducatrices ne sont pas sorties du réseau
pour rien et elles ne se retrouvent pas en garde non reconnue pour rien. Donc,
nous, ce qu'on croit, c'est que... Oui, je parlais dans... j'entendais hier la favorisation... de faire une
belle campagne. C'est le système en entier qui doit être revu. Lorsqu'un bureau coordonnateur arrive chez
une dame et qu'il gère à sa manière parce que, cette journée-là, c'est comme ça que ça se passe, c'est aberrant, et les
éducatrices n'ont aucune confiance aux bureaux coordonnateurs. Donc, c'est
vraiment... Si on utilise les bureaux coordonnateurs, je ne peux pas vous garantir
que les femmes vont se faire reconnaître.
Mme Lachance : Écoutez, j'entends le
ministre, je pense qu'il veut poursuivre. Alors, je lui laisse la parole.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. M. le ministre, à vous la parole.
M. Lacombe : Oui. Je ne sais pas
trop s'il faut s'adresser à vous ou si on peut directement aller dans le sujet.
La Présidente (Mme D'Amours) : Bien,
en fait, je vais juste vous dire, c'est juste pour la technique, pour les
caméras...
M. Lacombe : Oui, je comprends bien,
je comprends bien.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...pour donner le temps aux techniciens de donner le bon micro et la bonne
caméra pour l'interlocuteur. Ça fait que, donc, voilà.
M. Lacombe : Je me tournerai vers
vous. Aucun, aucun souci, Mme la Présidente. Bien, en...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
Une voix : Mais je vous entendais, M.
le ministre.
M. Lacombe : Mais... Oui, mais, en
fait, c'est parce que cette question-là, elle est importante, là, elle est très
importante. Statuons tout de suite sur quelque chose. À mon sens, c'est clair,
et là corrigez-moi, là, parce que, là, on le dit publiquement, mais, à mon
sens, c'est clair que vous êtes en faveur de l'intégration des gens qui offrent
de la garde non reconnue dans le réseau des
services de garde éducatifs à l'enfance. Donc, sur le principe, vous êtes
d'accord.
Mme Forget Bélec (Sophy) : Oui. La recommandation 1,
M. le ministre, vous demande de reconnaître ces femmes-là sans bureau
coordonnateur par le ministère de la Famille.
M. Lacombe : Bien, je suis très,
très, très heureux de vous entendre dire ça, parce que vous faites ma journée,
là. C'est important, ce que vous dites, parce que, bon, vous connaissez mon
avis sur cette question-là, je pense qu'il y a un très, très large consensus au
Québec et je trouve ça... c'est tout à votre honneur, là, que vous ayez aussi cet
intérêt-là de joindre le réseau.
Je comprends par ailleurs que la façon dont on
va le faire, c'est ce qui vous préoccupe, parce que vous ne souhaitez pas avoir
affaire aux bureaux coordonnateurs, étant donné la relation passée qui, selon
ce que vous nous dites, n'a pas toujours été facile. C'est ce que je comprends?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Oui, effectivement,
M. le ministre.
M. Lacombe : En même temps, et c'est
là que je dis que c'est important de se poser la question, la bonne foi se présume.
Et on a une opportunité, en ce moment, de repartir sur de nouvelles bases,
parce que je fais le même constat que vous, dans certains cas il y a des
éléments qui ne fonctionnent pas avec les bureaux coordonnateurs. Et, je le dis en tout respect, ils font au quotidien
un travail qui est très, très exigeant, mais eux-mêmes, je pense,
constatent qu'ils peuvent s'améliorer et ils ont cette volonté-là de
s'améliorer. On travaille avec eux pour y arriver et on va se donner des outils
également pour y arriver. Donc, pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas présumer
de leur bonne foi et se dire que... plutôt que de se doter d'un autre type de services
de garde, de mettre sur pied une autre structure avec des règles différentes,
qu'on puisse utiliser ce véhicule-là, qui sera modifié, qui sera amélioré, les
bureaux coordonnateurs, pour être capable de peut-être moins jouer à la police
avec vous? Eux-mêmes disent : Il faut sortir de ce rôle-là de contrôleurs puis, en l'exerçant toujours, miser
davantage sur l'accompagnement puis la qualité. Est-ce qu'on ne pourrait
pas présumer de leur bonne foi?
Mme Forget Bélec (Sophy) : On
pourrait présumer de leur bonne foi, mais les 16 dernières années ont
enlevé la confiance aux RSG qui ont quitté le réseau, et c'est vraiment là où
je demande au gouvernement et à vous, M. le ministre... C'est que ces femmes-là
ne veulent pas réintégrer le réseau qu'elles ont quitté. Lorsque l'on claque la
porte à un employeur, c'est très, très rare qu'on va y retourner sous prétexte
qu'il a changé d'attitude. On va retourner s'il a changé de vocation, si
l'employeur n'est plus le même. Donc, moi, ce que je vous propose, c'est qu'on
réintègre le réseau, oui, mais d'une façon différente si on ne veut pas perdre
ces milieux de qualité là.
M. Lacombe : Mais, en
même temps, il y a
des gens qui changent, là, tu sais, il
y a des structures qui
changent, là. Je suis sûr que vous connaissez des couples, hein, qui se sont
séparés, qui sont revenus ensemble. Et ça ne finit pas toujours bien, mais
parfois ça finit bien, là, puis les gens sont capables de se donner une
deuxième chance quand ils ont véritablement changé. Est-ce que... encore une
fois, si on travaille ensemble... Parce que la clé, je pense, elle est là,
c'est le travail de collaboration. Si on travaille ensemble, comme on est en
train de le faire... Parce qu'on a mis en place des comités où vous allez avoir
une place, je me suis assuré de ça, parce que, si on veut régler le problème,
il faut s'assurer que les gens qui ont vécu le problème viennent nous dire
exactement comment on peut y arriver. Mais, si on travaille ensemble à faire
ça, puis à se donner les bons outils, puis à faire les bonnes modifications,
celles qu'on doit faire dans les bureaux coordonnateurs, est-ce qu'on n'est pas
capables d'y arriver? Parce que...
Je vous donne un autre
exemple. Vous dites : Il y en a 161. Il faut absolument que ça soit le
ministère... 161 bureaux coordonnateurs. Donc, il faut que ce soit le
ministère, parce que, là, ce n'est pas appliqué partout pareil. Mais, en même
temps, des installations, par exemple, de garde au Québec, on en a 3 500,
et la loi, elle est appliquée partout pareil, les inspecteurs du ministère...
Tu sais, vous comprenez ce que je veux dire? Ce n'est pas en soi un frein à ce
qu'il puisse y avoir une uniformité, là, le nombre de bureaux coordonnateurs,
tout va dépendre de ce qu'on va leur demander.
Mme Forget Bélec (Sophy) :
Bien, en fait, c'est plutôt là où moi, je suis inquiète. Qu'est-ce que vous
allez leur demander? Parce que, dans le présent projet de loi, tout ce qu'on
voit, c'est des sanctions et des démarches administratives où vous allez avoir
un peu plus de contrôle, mais le conseil d'administration va encore fonctionner
de la même manière. J'ai des femmes qui ont quitté le réseau il y a cinq, six,
10 ans et qui ne veulent pas... elles n'ont pas déménagé et elles ont peur
de retourner dans leur bureau coordonnateur. On parle de femmes qui ont
vraiment des angoisses diagnostiquées par des médecins suite à leur sortie du
réseau. Donc, ces femmes-là, là, pour les convaincre de retourner vers un BC,
là, je ne sais pas quels pieds et les mains vous allez devoir faire. Donc, on
va perdre de la qualité et de l'expertise parce qu'on refuse de retourner vers
ces conseils d'administration là.
M. Lacombe : Mais, si on se
base sur des faits... Là, je comprends qu'il y a quelque chose d'émotif
là-dedans, là, on n'aime pas les bureaux coordonnateurs, on ne veut pas faire
affaire avec eux parce qu'on a de la rancoeur puis de l'amertume, des critiques
à leur égard. C'est un peu ce que je comprends. Là, que ce soit justifié ou
pas, je ne vais pas juger de ça, mais je constate, là, qu'il y a comme ce
sentiment-là. Mais, si on se base sur des faits, je vous avoue que j'ai de la difficulté
à voir comment un inspecteur du ministère de la Famille pourrait être plus
objectif dans son travail, s'il travaille avec une grille objective, qu'une
agente, par exemple, d'un bureau coordonnateur qui travaillerait aussi avec une
grille objective qui serait élaborée, par exemple, en collaboration avec le ministère
qui pourrait — et
je ne dis pas que ce sera le cas, on travaillera ensemble — mais
qui pourrait, par exemple, là, c'est une possibilité, être prescrite par le ministère.
Donc, j'essaie de voir, autrement que la façon
dont on a... les appeler puis autrement de qui est en haut de son chèque de
paie, il reste que... Si c'est la même grille à la fin et si c'est une personne
de la région qui débarque, quelle est la différence?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Le ministère
de la Famille a un droit de regard sur son employé, ce que vous n'avez pas actuellement
envers les employés des bureaux coordonnateurs. Donc, que l'agente pédagogique,
ou l'agente de soutien, ou l'agente de conformité ne fasse pas bien son travail
en ce moment au bureau coordonnateur, M. le ministre, vous n'êtes pas informé
de ça, donc, et c'est vraiment là la différence. Lorsqu'un inspecteur du ministère
de la Famille se déplace chez nos éducatrices, le ministère, s'il a une
plainte, elle est faite directement à celui-ci, tandis que, si j'ai une plainte
au bureau coordonnateur, généralement, les éducatrices ne feront pas de... ne
déposeront pas de plainte contre leur bureau coordonnateur, qui reviendra dans
trois mois, contrairement au vérificateur du ministère de la Famille.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Je vais céder la parole maintenant à la députée de Bellechasse pour une
minute.
Mme Lachance : Merci, Mme la
Présidente. Ce que vous venez de dire me parle beaucoup, dans le sens où vous
identifiez une problématique avec les bureaux coordonnateurs qui est très
éloquente. Néanmoins, quand on vous lit un petit peu plus loin, vous parlez
aussi de la charge quotidienne des éducatrices, et là peut-être qu'il y a un
rôle de collaboration, parce que vous l'avez nommé précédemment dans votre
exposé, que le bureau coordonnateur devrait
être là pour vous soutenir. Est-ce que ça, c'est possible? Est-ce que vous
voyez ça comme une action possible, ce rôle de soutien là, si on parle,
évidemment, avec M. le ministre, d'une organisation qui s'y prête?
Mme Forget Bélec (Sophy) : O.K. Dans
le travail administratif — excusez-moi,
c'est à la page 8 — je
ne parle pas de travail de soutien des bureaux coordonnateurs, je dis que la
charge administrative des règlements et des lois, actuellement, elle est trop
lourde. Je vous ai donné également l'exemple du parc des poupons, avec...
numéroté... En milieu familial, on a la même réglementation qu'en CPE lorsqu'on
est reconnu. Et, bien évidemment, si on n'a qu'un seul poupon, d'écrire son nom
dessus, c'est...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions, désolée. Nous allons passer
maintenant la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis. La parole est à vous,
madame.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mme Forget Bélec, un plaisir d'échanger avec
vous aujourd'hui. Combien de membres avez-vous dans l'AQMFEP?
Mme Forget Bélec (Sophy) : 618.
Mme Maccarone : 618. O.K. Je
veux mieux comprendre. Selon vous, parmi, là, vos 618 membres... Parce
qu'on a jasé un peu de l'analyse d'impact réglementaire qui a été déposée, puis
je fais référence à la page, encore, 51. Selon vous, est-ce
que l'estimation est fiable quand on dit qu'il y a 8 687 PNR, et de
ça, avec l'implémentation du projet de loi n° 1, il y aura
2 954 PNR qui vont quitter le réseau? Parce que vous, vous représentez
618 membres, alors c'est peut-être un... même pas 10 %, là.
Mme Forget Bélec (Sophy) : On
ne peut pas... Je ne peux pas vous répondre, parce que le ministère ne...
Mme Maccarone : J'ai
l'impression que je ne suis pas chanceuse, Mme la Présidente. Chaque fois que
j'ai des échanges, quelque chose arrive.
Une voix : Parce que vous êtes
électrique, Mme la députée.
Mme Maccarone : Merci. Je
prends le compliment.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vais suspendre les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 46)
La Présidente (Mme D'Amours) :
...travaux. Donc, je vais céder la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je vais juste répéter un peu l'angle dont on discutait avant
la rupture de communication, ce qu'on... Je voulais avoir votre avis en ce qui
concerne les constats de l'analyse d'impact réglementaire, parce que vous
représentez à peu près 8 % des PNR sur le réseau. Alors, ce que je veux
mieux comprendre, c'est, selon vous... À l'intérieur de l'analyse de l'impact réglementaire,
on dit qu'il y a... avoir à peu près un tiers des PNR qui quitteront le réseau,
qui représente quand même 17 000 enfants. Ça fait que vous, vous ne
pouvez pas nous dire si cette estimation est fiable. Mais qu'est-ce que vous
pouvez nous dire puis qu'on peut faire pour
éviter d'aggraver le problème de pénurie de places dans l'effet que l'impact réglementaire, c'est un fait, puis il y aura vraiment un tiers des PNR qui
vont quitter le réseau?
Mme Forget Bélec (Sophy) :
Honnêtement, moi, je ne crois pas au... un tiers seulement. Lorsqu'on sonde à
plus grande échelle chez les membres de l'AQMFEP et qu'on atteint 1 000, 1 500 personnes,
on atteint le chiffre de 85,7 % de fermetures par un bureau coordonnateur
si le projet de loi passe actuellement. Donc, lorsque les femmes sur le terrain
nous... discutent avec nous, elles n'ont vraiment rien contre des lois, des règlements
logiques, là, on sait qu'il y a des allègements
réglementaires qui s'en viennent. De suivre la santé et la
sécurité des enfants, que le ministère se déplace chez elles, ce n'est vraiment pas... le bât qui blesse n'est pas
là. Le bât qui blesse, c'est vraiment la coordination qui... on va utiliser pour
faire ces vérifications-là où le bât blesse. Donc, si on disait demain matin
que le ministère de la Famille ouvre un nouvel outil qu'il gère entièrement
lui-même, probablement que les femmes donneraient bonne foi au ministère et seraient reconnues, peut-être,
subventionnées ou non, là. Donc, nous, c'est vraiment là où le bât
blesse.
En 2017, lors de la réglementation, l'analyse
d'impact réglementaire, on estimait à 90 % de reconnaissance, et, si on
regarde les chiffres, les fermetures en garde reconnue ont découlé, on parle
d'exode vers la garde non reconnue. Donc, on ne peut pas vraiment se fier,
parce qu'on ne connaît pas ces femmes-là. Lorsque je dis qu'on ne les connaît
pas, bien, évidemment, je n'inclus pas les membres de l'AQMFEP parce que nous,
on les connaît, on connaît leurs demandes, on connaît leurs revendications.
Maccarone : O.K. Je
veux être transparente avec vous, je veux juste vous poser une question
directement. Tu sais, je sais que ce n'est
pas facile. Quand on parle de la réputation, des fois, dans le réseau des PNR,
tu sais, il y a une raison pour laquelle on veut avoir une
réglementation, qu'on veut avoir un suivi, parce qu'on veut s'assurer de la sécurité de nos enfants, on veut avoir un réseau
de qualité. Je pense que c'est le but
de ce projet de loi. Alors, qu'est-ce que vous pouvez nous dire comme
recommandation suite à l'adoption éventuelle, potentielle de ce projet de loi
puis un impact dans le réseau? Qu'est-ce qu'on peut faire pour assurer la
qualité dans les PNR? Parce que c'est ça, le bémol, je pense, à quelque part,
les gens ont des craintes.
J'ai lu votre mémoire, puis, comme... je
comprends ce que vous dites en ce qui concerne : on peut faire une trace
entre les PNR puis Revenu Québec, par exemple, parce que les gens paient des
impôts. Mais on va dire les vraies choses,
ce n'est pas tout le monde, ce n'est pas tout le monde, c'est difficile à
gérer. Alors, selon vous, qu'est-ce qu'on peut faire pour assurer la
qualité dans le réseau? Parce qu'on parle quand même de nos enfants puis on
veut les protéger, puis je pense que, vous aussi, c'est ça que vous voulez
aussi pour votre réseau.
Mme Forget Bélec (Sophy) : Oui, effectivement,
je ne défends pas la garde illégale ou la garde médiocre. Actuellement, j'ai
des éducatrices qui mettent déjà en place un programme éducatif, qui font des
dossiers de l'enfant. Pas parce qu'elles sortent du
réseau de garde reconnu qu'elles ne deviennent pas bonnes. Donc, ces
éducatrices-là ont continué de travailler de la même façon. Donc, ici, c'est
pour éviter un bureau coordonnateur, donc pas que les éducatrices aient une
problématique à faire cette réglementation au niveau de la qualité, également
pour que le ministère soit au courant de la qualité qu'elles offrent et du
programme éducatif qu'elles mettent en place.
Par contre, je comprends que c'est un gros
travail pour le ministère de la Famille, et c'est la raison pour laquelle on
demande une autre entité, parce que c'est impossible pour le ministère d'avoir
des agents pédagogiques pour le territoire au complet qu'est le Québec. Donc,
c'est vraiment une problématique qu'on comprend. Mais, bien évidemment, la
santé, la sécurité et la qualité de nos milieux, pour moi, c'est primordial.
Mme Maccarone : Je vous entends. Je
veux être réaliste aussi, pratico-pratique. Sur le terrain, nous vivons une
pénurie de main-d'oeuvre très importante dans la province, puis, tu sais, dans
le fond, d'avoir des inspecteurs, je pense qu'il faut aussi penser à comment ça
va se réaliser sur le terrain. On peut bien dire qu'on veut avoir tellement
d'inspecteurs, on veut changer le modèle, mais je présume que vous êtes d'avis
qu'il faut trouver quand même un mi-chemin. Là, on parle de peut-être une
transition de 48 mois. Que pensez-vous de cette transition? Est-ce que...
Parce qu'on a entendu des groupes qui ont dit que ce n'est pas assez long, ou
c'est assez long, ou ce n'est pas assez long, ou c'est trop long. Ça va créer quand
même des difficultés dans le réseau. Selon vous, pratico-pratique, sur le
terrain, est-ce que la transition est bonne? Est-ce que le temps pour faire la
transition, ça va fonctionner? Parce que, comme je dis, moi, j'ai quand même
des craintes en ce qui concerne les visites d'inspecteurs. Puis je rajoute à ma
question, Mme Forget Bélec. C'est... Aussi, si, mettons, vous dites...
Bien, regarde... répondre... la question, puis là je vais renchérir sur votre
réponse.
Mme Forget Bélec (Sophy) : O.K.
Donc, je réponds à votre question. Donc, je comprends que ça prend les inspecteurs, là. Je m'excuse, j'ai perdu le fil un
petit peu. Je comprends également qu'on est en pénurie de main-d'oeuvre puis que ça va être difficile à mettre en place, je le comprends
parfaitement. Par
contre, on n'est pas en moyens, au
Québec actuellement, de perdre ces places-là, donc, et c'est vraiment de
trouver un consensus pour qu'on arrive à s'entendre.
Pour ce qui est du quatre ans, donc pour
répondre à votre question pour le quatre ans, je crois pertinemment que les
fermetures ont déjà commencé. Lors du dépôt du projet de loi, les éducatrices
espéraient ne pas avoir de bureaux coordonnateurs, et les... il y a déjà des
milieux de garde qui ont déjà commencé. Je ne crois pas que les femmes attendent
quatre ans. Même si on leur disait : dans 36 mois ou dans deux ans, celles
qui vont avoir à fermer vont fermer leurs portes, et, étant donné la pénurie
actuelle d'emplois... de travailleurs partout au Québec, elles n'auront pas de difficulté
à se réorienter, et c'est bien là la problématique, c'est que c'est les parents
actuels qui vont vivre cette crise-là, et non dans quatre ans, lorsque ce sera
en cours.
Mme Maccarone : Ça fait que... Puis
vous, vous pensez que, selon vos 618 membres, elles seront à l'aise d'être
soumises à des visites du ministère, comme c'est le cas actuellement dans le
milieu des régies accréditées par les bureaux coordinateurs?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Les
éducatrices que je représente ne veulent pas d'un bureau coordonnateur, mais
elles sont prêtes à se... Je n'aime pas le mot «soumettre». Elles sont prêtes à
respecter des règles du ministère de la Famille et à être régies par celui-ci.
Mme Maccarone : O.K. Ça fait que, dans
le fond, on est à l'aise d'être assujetti à des visites d'inspecteurs. Est-ce
que vous êtes aussi à l'aise avec des sanctions pénales? Parce que ça aussi,
c'est une question qui se fait poser. Parce que, dans l'éventualité qu'on ait quand
même des réseaux qui ne respectent pas les critères, qui ne respectent pas les
normes, est-ce que vous êtes aussi à l'aise que ce serait quand même un pouvoir
du ministre de s'assurer de la qualité dans le réseau?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Oui, exactement.
L'article 6.2 des règlements des services de garde éducatifs à l'enfance, les
éducatrices, qu'elles soient PNR ou qu'elles soient reconnues, sont toutes les
deux incluses dans cet
article de loi là, donc elles ont déjà des sanctions
possibles. On a vu des cas dans les médias dernièrement où le ministère
n'a pas pu intervenir, et, pour moi, c'est aberrant. Donc, j'espère que le ministère
aura un levier supplémentaire pour pouvoir faire fermer ces milieux-là. Jamais
on n'a été contre les sanctions pour les femmes qui utilisaient la force, ou
peu importe, avec les enfants que... elles ne fassent pas leur travail pour les
bonnes raisons.
Maccarone : Savez-vous que,
dans... parmi vos membres... Comme j'ai dit, je sais que c'est quand même une petite portion des PNR, mais
avez-vous quand même des statistiques en ce qui concerne le nombre d'enfants
ayant des besoins particuliers ou handicapés qui fréquentent votre réseau?
Mme Forget Bélec (Sophy) : Non, on
n'a pas de statistiques. Par contre, je peux vous dire qu'on est un petit peu
pris dans la même situation que les installations privées, donc on se tourne
vers les CIUSSS, les CSSS, etc.
Mme Maccarone : Ça fait que
vous, vous aimerez aussi, lors d'une transition dans le réseau, d'avoir accès
aux subventions pour s'assurer que ces enfants peuvent aussi avoir... puis être
des bénéficiaires des services, puis de s'assurer leur potentiel lors de
l'éventuelle transition du réseau de services de garde jusqu'au réseau
scolaire?
Mme Forget Bélec (Sophy) : En fait, nos éducatrices ne veulent pas être
subventionnées, donc j'imagine qu'elles voudraient que ce soient les parents qui aient accès aux ressources
financières pour que leurs enfants aient les services actuels.
Mme Maccarone :
O.K. Parce que j'avoue... Peut-être que vous n'êtes pas au courant, mais
j'avais déposé un mandat d'initiative en ce qui concerne l'exclusion des
enfants ayant des besoins particuliers et handicapés, puis je pense que tout le
réseau devrait mettre la main dans la pâte pour s'assurer la réussite de ces
enfants puis l'inclusion de ces enfants, ça va être très important. Merci
beaucoup pour votre intervention avec nous aujourd'hui.
Mme Forget Bélec
(Sophy) : Merci à vous.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, merci beaucoup. Maintenant, je vais céder la parole
à la députée de Sherbrooke pour 2 min 45 s.
Mme Labrie :
Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme Forget Bélec, pour votre
présentation. J'ai une question pour vous. J'ai bien entendu qu'il y a une
volonté de ne pas intégrer un bureau coordonnateur, mais j'aimerais comprendre mieux la volonté de ne pas
être subventionné. Parce que vous nous dites dans le fond que vous
voulez un permis du ministère, je comprends bien, mais pourquoi, pas de subventions?
Mme Forget
Bélec (Sophy) : Oui. Par exemple — merci,
Mme la députée de Sherbrooke — si on allait vers un réseau
reconnu d'éducatrices non... avec un permis du ministère de la Famille — on
fait, on met une image — les
éducatrices n'auraient pas accès à la
subvention. Mais, si elles voulaient la subvention, elles ont l'obligation
syndicale, et c'est vraiment là où le bât
blesse avec la subvention, les éducatrices n'en veulent pas, elles ne veulent
pas avoir l'obligation syndicale. Et, si jamais elles ont l'obligation
syndicale, elles veulent décider, choisir avec qui elles peuvent être syndiquées, et c'est vraiment... Là où ça se
corse, c'est que les éducatrices, lorsqu'elles sont avec un bureau
coordonnateur... Le bureau coordonnateur a
voté à plus de 50 %, la majorité, un syndicat : FIPEQ. Les
éducatrices n'auront pas le choix d'être avec la FIPEQ, donc elles
n'auront pas le choix individuel du syndicat qu'elles choisissent lorsqu'elles
sont subventionnées, ça va vraiment par
territoire. Et c'est vraiment la problématique, là, des femmes qui ont été
reconnues subventionnées qui sortent du réseau : on a
les bureaux coordonnateurs et la syndicalisation qui vient avec la subvention.
Mme Labrie :
Donc, l'irritant, ce n'est pas nécessairement d'avoir un revenu qui va être
balisé avec les modalités de la subvention, c'est vraiment l'obligation
syndicale, l'irritant?
Mme Forget
Bélec (Sophy) : Oui, exactement. Certaines femmes préfèrent choisir
leur salaire, mais ce n'est pas vraiment l'entièreté, c'est vraiment
l'obligation syndicale qui vient avec.
Mme Labrie :
Est-ce que vous pensez qu'il y a une façon de contourner cet enjeu-là pour
s'assurer que les milieux qui sont reconnus
soient subventionnés? Parce que c'est quand
même ça, le besoin qui est exprimé
par les parents.
Mme Forget Bélec
(Sophy) : J'ai fait la demande au ministre dans les trois dernières
années de défaire cette loi-là, qui a passé devant un juge, et d'offrir la
syndicalisation obligatoire ou non, donc que les femmes soient syndiquées si
elles le veulent ou pas, malgré la subvention.
Mme Labrie :
O.K. Donc, c'est la seule piste de solution que vous voyez là-dessus? O.K. Puis
est-ce que, si on incluait dans le projet de loi des modalités pour rendre
publics, par exemple, les résultats des évaluations de qualité, les rendre
accessibles aux parents, est-ce que vous auriez de l'ouverture à ça?
Mme Forget Bélec
(Sophy) : En 2017, on proposait que les parents évaluent leur service
de garde et l'envoient au ministère, donc on ne peut pas être contre ça.
Mme Labrie :
Parfait. Je vous remercie.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup.
Mme Forget Bélec
(Sophy) : Merci à vous.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, je vous remercie pour votre contribution,
Mme Forget Bélec, et nous suspendons nos travaux quelques instants pour
accueillir nos prochains témoins.
(Suspension de la séance à
12 h 10)
La Présidente (Mme D'Amours) :
Alors, nous reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue au Vérificateur
général du Québec, Mme Christine Roy, Janique Lambert, Émilie Peter. Donc,
chères invitées, je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après
quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à procéder à votre exposé.
La parole est à vous.
Mme Roy (Christine) : Merci.
Mme la Présidente, Mme la vice-présidente, M. le ministre de la
Famille, Mmes et MM. les membres de la commission, en tant que
sous-vérificatrice générale, je vous remercie d'offrir au Vérificateur général
du Québec la chance d'exprimer ses commentaires et de répondre à vos questions
sur le projet de loi n° 1. Pour l'occasion, Mme Janique Lambert,
Commissaire au développement durable, et Mme Émilie Peter, conseillère en
pratiques d'audit de performance, m'accompagnent. Nos commentaires sont basés
sur les travaux que nous avons effectués dans le passé, notamment sur notre
rapport sur l'accessibilité aux services de garde éducatifs à l'enfance déposé
en 2020.
D'entrée de jeu, nous constatons que le projet
de loi comporte des propositions importantes qui visent à répondre à des
recommandations que nous avons formulées dans ce rapport. Toutefois, nous
désirons attirer votre attention sur certains aspects qui comportent des
risques quant à l'atteinte des grands objectifs de la loi au
chapitre de la
qualité des services de garde, de l'égalité des chances des enfants et d'une offre
de services qui tienne compte des besoins des parents. J'ai regroupé ces
aspects en trois volets.
Au
chapitre de l'accessibilité, notre rapport
faisait état de nombreuses lacunes en lien avec l'encadrement des services de
garde. Or, bien que nous tenions à souligner que cet encadrement ne doit pas
surcharger démesurément les services de garde ou les activités du ministère, il
doit toutefois permettre de résoudre les problématiques que nous avons constatées, soit notamment la
sous-représentativité des enfants issus de familles à faible revenu dans les
centres de la petite enfance de Laval et de
Montréal, les taux de placement plus faibles des enfants ayant des besoins
particuliers ou dont les parents souhaitent
un horaire de garde atypique, le cumul des critères d'admission pouvant réduire
l'accessibilité à certains services de garde
et l'absence d'encadrement des politiques d'admission des services de garde par
le ministère.
Le projet de loi prévoit notamment que les
conditions et les modalités entourant l'inscription d'un enfant au guichet
unique, l'appariement d'un enfant avec un prestataire de services de garde
ainsi que les critères et les priorités d'admission des enfants seront fixés
par règlement. Il prévoit également que la politique d'admission de certains services
de garde devra répondre à des exigences réglementaires. Ces dispositions, dans
la mesure où elles seront mises en place adéquatement, représentent une grande
avancée. Toutefois, le contenu du ou des règlements qui définira les exigences
sera déterminant pour assurer l'égalité des chances des enfants d'accéder à des
services qui répondent à leurs besoins et à ceux de leurs parents. Or, ce
contenu n'est pas soumis à la présente consultation, par conséquent nous ne
pouvons pas valider si ces modalités permettront d'atteindre l'objectif
souhaité.
Voici également six éléments qui pourraient
nuire à l'atteinte des objectifs de la loi.
Premièrement, le nouvel encadrement visant
l'utilisation du guichet unique est tributaire de l'obligation légale par les prestataires des services de garde
qui y sont soumis de combler toutes leurs places par le biais de ce
guichet. Or, lors de notre dernier audit, nous avons relevé qu'entre septembre
2018 et novembre 2019 environ 30 000 enfants avaient obtenu une place
sans être inscrits au guichet. Comme nous le recommandions dans notre rapport,
il sera donc important que le ministère s'assure que les services de garde
recourent exclusivement aux inscriptions portées au guichet unique pour combler
leurs places.
Deuxièment, un prestataire de services de garde
qui sera soumis par règlement à des critères et à des priorités d'admission
spécifiques pourra, s'il le désire, refuser d'accueillir un enfant qui lui est
référé, et ce, aux seules conditions d'en
aviser l'administrateur du guichet et de son parent et d'indiquer par écrit aux
parents les motifs justifiant son refus. Tout en ne voulant pas alourdir
excessivement les processus, nous croyons que ce droit de refus comporte tout
de même le risque de contrecarrer les autres dispositions visant à encadrer
l'attribution des places disponibles.
Troisièmement, puisque les politiques
d'admission des services de garde devront conditionner l'appariement des
enfants avec ces services, il sera nécessaire de s'assurer que ces politiques
seront conformes aux exigences qui seront fixées par règlement pour les milieux
qui y sont assujettis.
Quatrièmement, nous avions soulevé dans notre
rapport que le ministère n'obtenait aucune information sur les expulsions
d'enfants et n'exerçait aucun contrôle à cet égard, sauf sur la base de
plaintes. Dans un contexte où le ministère encadrera la priorisation des
enfants pour l'accès à certains milieux de garde, nous croyons qu'il sera plus
que jamais nécessaire qu'il soit informé des expulsions afin de s'assurer que
ce mécanisme n'est pas utilisé de manière abusive.
Cinquièmement,
selon le projet de loi, les enfants qui vivent dans des contextes de précarité
socioéconomique seront priorisés dans les politiques d'admission de certains
prestataires de garde. Or, il sera non seulement nécessaire d'obtenir
l'information permettant d'identifier les enfants qui vivent dans de tels
contextes, mais il faudra également s'assurer que cette information est fiable,
par souci d'équité.
Sixièmement,
il n'y a aucune mention dans le projet de loi des autres enfants vulnérables,
notamment ceux ayant des besoins particuliers. D'autres mesures ou
dispositions seront donc nécessaires afin d'obtenir une meilleure représentation de ces enfants dans les services de
garde reconnus. De plus, il y a actuellement des protocoles d'entente
entre le réseau de la santé et certains
services de garde afin de faciliter l'accès à des enfants vulnérables, par
exemple ceux qui présentent un handicap ou qui sont exposés à une
situation de violence. Nous nous questionnons sur le mécanisme qui permettra
d'assurer une place à ces enfants lors de l'élaboration des nouvelles modalités
réglementaires.
En ce qui concerne la création de places, nos
travaux d'audit nous ont amenés à constater des retards importants dans la
création de places en service de garde ainsi que des lacunes dans les données
utilisées par le ministère pour déterminer les besoins
des familles. Certains articles du projet de loi visent, selon le ministère, à
accélérer la création de places. Nous ne pouvons qu'accueillir favorablement
cette volonté d'efficience. Cependant, en
l'absence notamment du rôle systématique des comités consultatifs pour l'octroi
des places, il sera plus que jamais nécessaire que le choix des projets
soit effectué sur la base d'une analyse rigoureuse et de critères objectifs. Il
faut éviter que le processus d'attribution des places fasse en sorte que des
projets dont la qualité est jugée insatisfaisante soient retenus, comme nous
l'avons constaté lors d'un audit réalisé en 2011.
L'analyse des besoins devra être tout aussi
rigoureuse. Il faut s'assurer, comme nous le recommandions dans notre dernier
rapport, que la stratégie de déploiement du réseau sera revue afin de permettre
à l'offre de services de répondre aux besoins des familles dans toutes les
régions. Ainsi, au-delà du projet de loi, la façon dont la loi et ses
règlements seront appliqués sera tout aussi importante.
Par ailleurs, le droit des enfants de choisir le
prestataire de services de garde, actuellement mentionné à l'article 1 de
la loi, n'apparaît plus dans le projet de loi. Or, nous avons constaté, lors de
notre audit, que les parents de
9 000 enfants qui fréquentaient un service de garde non subventionné
étaient en attente d'une place subventionnée. Je m'interroge donc sur
l'impact de cette modification quant à la possibilité pour un enfant de
fréquenter un service de garde tout en restant sur la liste d'attente du
guichet afin d'accéder éventuellement à un service qui répondrait davantage à
ses besoins ou à ceux de ses parents.
Finalement, la qualité des services se trouve au
coeur même de la
Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance. Je vais
donc également m'attarder sur quatre éléments relevés à ce sujet.
Premièrement, les nouvelles dispositions qui
limitent la prestation de services de garde dans les milieux familiaux non
reconnus pourraient faire en sorte qu'une grande
partie d'entre eux intègrent
le réseau des services de garde reconnus. Il s'agit d'un pas vers un accès à
des services plus encadrés. Toutefois, pour que la mesure soit efficace, elle devra aller de pair avec une
surveillance adéquate et régulière de ces milieux par les bureaux
coordinateurs. Or, cette surveillance, la création
de nouvelles places ainsi que la mise en place d'installations temporaires
pourraient poser des défis de main-d'oeuvre en accentuant le niveau de
surveillance requis dans l'ensemble du réseau.
Deuxièmement, l'uniformisation des pratiques des
bureaux coordonnateurs répond à un constat que nous avons formulé en 2011 afin
de s'assurer de l'amélioration de leurs pratiques. Il faudra toutefois que les
instructions qui leur seront fournies permettent d'atteindre l'objectif.
Troisièmement, je m'interroge sur la proposition
de retirer les articles 6.1 et 6.2 de la loi actuelle, qui énoncent les
conditions de base à respecter pour les milieux non reconnus qui, sous
certaines conditions, pourront continuer d'exister, comme l'obligation d'aviser
les parents que le service n'est pas assujetti à la surveillance d'un bureau
coordonnateur, celle de détenir un certificat de secourisme et une attestation
d'absence d'empêchement ou encore l'interdiction d'appliquer des mesures
dégradantes ou abusives.
Enfin, quatrièmement, au-delà de ce projet de
loi, un enjeu demeure, l'embauche d'éducatrices et d'éducateurs qualifiés en
nombre suffisant pour pouvoir suffire à la demande. Dans notre rapport, nous
avons soulevé le fait que l'exigence réglementaire quant au ratio de personnes
qualifiées n'était pas toujours respectée, particulièrement dans les garderies
non subventionnées. Pourtant, selon le ministère, l'un des facteurs qui
contribuent à assurer la qualité des services est l'embauche de personnel
qualifié. Il sera donc important que la réglementation concernant les
modifications proposées au sujet de la qualification des personnes travaillant
dans le réseau soit élaborée sur la base d'une analyse rigoureuse permettant le
maintien de cette qualité.
conclusion, nous accueillons favorablement la volonté du gouvernement de
répondre aux recommandations que nous avons formulées en 2020 avec ce
projet de loi. Toutefois, de nombreuses modalités doivent être fixées par
règlement. Ainsi, nous invitons le gouvernement à faire preuve de la plus
grande prudence lorsque viendra le temps d'élaborer ses règlements pour
s'assurer d'atteindre les objectifs de la
loi sur les services éducatifs à
l'enfance tout en permettant que la nouvelle réglementation soit mise en place
dans un délai raisonnable. Il sera également tout aussi essentiel de veiller à
ce que les processus et les contrôles pour assurer une application adéquate de
la loi et de ses règlements soient mis en place et exercés en temps opportun,
et ce, sans alourdir indûment les processus. Je vous remercie de votre
attention, et c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Lacombe : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bonjour à vous trois. C'est un plaisir de pouvoir échanger avec
vous, d'autant plus que vos remarques, bien sûr, et tout le travail que vous
avez fait dans les dernières années ont été précieux dans l'élaboration de tout
ce qu'on a mis sur pied, puis vous pouvez être certaines, toutes les trois et l'ensemble,
là, de l'équipe de la Protectrice du citoyen, que, pour nous, c'était... en
fait, le Vérificateur général, pardon, que, pour nous, c'était vraiment une
priorité de venir régler certains des éléments, là, ou, en fait, la plupart des
éléments que vous avez montrés du doigt.
Peut-être d'abord je
commencerais par vous parler du processus, parce que c'est clair qu'actuellement
le processus, il est lourd. Vous avez vu notre volonté de se détacher des
comités consultatifs sur l'offre, les CCO sur le terrain, qui, bien honnêtement,
venaient de façon importante alourdir le processus. On se rappelle que ces
comités-là ont été mis en place à la suite de pratiques, là, qui, évidemment,
étaient illégales à l'époque, donc pour qu'il y ait un bras de distance, là, entre le politique et l'attribution des places. Est-ce que...
Et d'ailleurs, là, le rapport, effectivement, de l'automne 2011 auquel vous avez fait
référence est assez éloquent à ce sujet-là. Vous disiez : «Le processus d'attribution des 18 000 nouvelles
places à contribution réduite instauré par le ministère en 2008 n'a pas permis
d'accorder des places à des projets de qualité comme il l'a défini.» Un
peu plus loin, vous disiez : «Une grande place a donc été laissée à la
subjectivité», et, honnêtement, le pourcentage, là, des projets qui passaient
le test était assez alarmant, là. Donc, vous avez bien établi ça avec beaucoup
de justesse.
Mais la question que
je me pose... Évidemment, les temps ont changé, là, on n'est plus à cette
époque-là, on a le désir d'aller plus rapidement pour bien servir les parents
et les tout-petits. Je comprends votre préoccupation à l'effet que les critères
sur lesquels on doit se baser doivent être clairs, doivent être précis, doivent
être transparents. Mais, au-delà de dire ça, est-ce que vous avez peut-être des
éléments plus précis à nous identifier sur lesquels on devrait vraiment se
baser? Parce que ce qu'on veut, c'est que ça se fasse de la façon la plus
transparente possible, qu'il n'y ait pas d'ingérence politique indue, mais, en
même temps, on veut que le ministère de la Famille fasse le travail qu'il doit
faire, qu'il est capable de faire sans avoir recours, là, à des comités
consultatifs sur le terrain qui viennent alourdir souvent le processus. Donc,
est-ce que vous avez des points plus précis que vous aimeriez nous souligner
sur lesquels on doit être vigilants?
Mme Roy (Christine) :
Bien, en fait, ce qu'on se rend compte, même...
M. Lacombe :
On vous entend bien.
Mme Roy
(Christine) : Vous m'entendez bien? O.K., c'est bien. En fait, là, ce
qu'on se rend compte même aujourd'hui, parfois, c'est que, des fois, les
critères, quand ils sont élaborés dans une grille, ne sont pas suffisamment
détaillés, peuvent être flous. Donc, on peut se rendre compte que deux équipes
qui vont examiner un paquet de dossiers, comme on dit, bien, ne feront peut-être
pas la même recommandation que l'équipe d'à côté qui aurait eu des dossiers
semblables. Donc, il faut que les grilles soient suffisamment précises pour
assurer, dans le fond, une évaluation objective qui soit la même, dans le fond,
que ce soit une personne qui la fasse ou la personne d'à côté.
Deuxièmement, ce
qu'on constate encore aujourd'hui souvent dans des dossiers, c'est que la
décision d'octroyer soit une subvention, par exemple... On vient de déposer un
rapport ce matin, d'ailleurs. Dans le fond, mettons
que c'est un octroi de subvention, bien, est-ce
que c'est le meilleur projet à
prioriser? Souvent, la documentation dans les dossiers, quand on vient
faire nos audits, n'est pas suffisante, n'est pas là pour nous permettre de
conclure que, oui, en fait, le ministère en question a pris la bonne décision.
Ça fait que ce que je
vous dirais, c'est vraiment de vous assurer d'avoir des grilles qui sont
claires, qui ne sont pas sujettes à interprétation, de faire de la formation pour que tout
le monde comprenne les grilles
adéquatement. Premièrement, il faut s'assurer d'avoir les bons critères dans
les grilles aussi pour atteindre l'objectif, qu'est-ce qu'il est important
d'avoir pour s'assurer que le projet soit de qualité, mais aussi de bien
documenter tout ça, d'avoir les pièces qui permettent de répondre à ça si on
vient vérifier les dossiers puis qu'on dit : Bien, pourquoi ce projet-là a
été choisi plutôt qu'un autre? Donc, c'est ce que je vous dirais.
Lacombe : Lorsque... Bien,
c'est intéressant. Lorsque les
projets... Lorsque la recommandation, favorable ou défavorable, au sujet
des projets qui étaient soumis venait du terrain... C'est encore le cas, là. La
loi... Le projet de loi, il n'est pas adopté, mais, étant donné que ça vient du
terrain, il y a, dans les comités consultatifs, des gens qui représentent les services de garde. Donc, il y a
des intérêts qui sont là, qui sont des intérêts corporatifs, là, c'est-à-dire,
il y a des représentants des CPE, des garderies privées, et ce qu'on nous dit
parfois, c'est que, bon, il peut y avoir du corporatisme et que ça peut, dans
certains cas, nuire au processus.
Est-ce que vous
pensez que, dans un nouveau modèle où c'est le ministère qui fait l'évaluation
des projets uniquement, il faudrait se distancer de cette pratique-là ou, au
contraire, selon vous, il faudrait peut-être avoir quand même des gens qui représentent les services de
garde? Parce que je vous avoue bien franchement, à mon sens, j'y vois
d'une certaine façon un conflit d'intérêts. Mais je me demandais quel était
votre avis là-dessus.
Mme Roy
(Christine) : En fait, on ne l'a pas regardé sous cet angle-là parce
que d'avoir l'opinion des milieux, ça peut effectivement avoir un certain angle
sur cet aspect-là, mais ça peut aussi permettre de bien comprendre les besoins. Ça fait que ça vous appartient, ce choix-là.
Nous, tout ce qu'on veut dire, c'est : Il faut qu'il y ait à tout
le moins un mécanisme pour encadrer le choix des projets. Donc, si ces choix-là
sont faits par le ministère, bien, le ministère va devoir se mettre en place un
mécanisme sérieux pour montrer pourquoi il a choisi un projet plutôt qu'un
autre. Et c'est ça, vraiment, qui est important pour nous, de s'assurer que,
dans le fond, les meilleurs projets sont vraiment, réellement choisis puis que
ça suit un processus rigoureux. Et actuellement ce qu'on voit, c'est que ce
processus-là repose actuellement sur une analyse d'une équipe, elle ne repose
pas sur la perception d'une seule personne, là, il y a plus qu'une personne,
et, bon, ils regardent les projets, ils font des recommandations.
Donc... Et, si, là,
la recommandation n'est pas reconnue, bien, on s'attend aussi à ce qu'il y ait
une justification qui soit mise au dossier pour justifier ces choix-là. Mais...
M. Lacombe : Je comprends bien, d'accord. Je vais laisser... Est-ce que
vous vouliez compléter ou vous êtes correcte?
Mme Roy
(Christine) : Non, ça va.
M. Lacombe : O.K., super. Je vais
laisser ma collègue vous poser une question puis je vais revenir après, s'il
nous reste du temps.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M.
le ministre. Je cède maintenant
la parole à la députée de Bellechasse.
Lachance : Merci, Mme la Présidente. Merci, M. le ministre. Bonjour,
mesdames, merci d'être là. Je voudrais revenir un petit peu dans votre mémoire
ou, en fait, dans ce que vous avez mentionné au volet 3, la qualité des
services. Vous mentionnez qu'une des dispositions... vous êtes favorables à une
disposition, celle qui permet d'intégrer... celle qui permet aux services en
milieux familiaux non reconnus d'intégrer le réseau des services de garde
reconnus. Je veux vous entendre sur ce sujet-là et je veux aussi aller un petit
peu plus loin, parce que vous dites : «Toutefois, pour que la mesure soit
efficace, elle devra aller de pair avec une surveillance adéquate et régulière
de ces milieux par les bureaux coordonnateurs.» Donc, je sais que vous êtes...
vous avez déjà bien étudié la question et j'aimerais vous entendre sur ce
point-là, s'il vous plaît.
Mme Roy
(Christine) : Bien, dans le fond, notre propos vient du fait que la
loi veut assurer une qualité de services, un encadrement en termes de sécurité,
en termes de développement de l'enfant. Donc, nous, on voit quand même d'un bon
oeil que des milieux qui sont non reconnus, donc moins assujettis à certaines
réglementations venant de la loi, puissent intégrer le réseau de milieux
familiaux reconnus. Donc, dans ce contexte-là, c'est pour ça qu'on dit qu'on
est favorables à ce qu'il y ait un meilleur encadrement pour les enfants.
Par contre, ces
personnes-là, dans le fond, vont devoir, hein, changer un peu leurs façons de
faire ou se soumettre à une réglementation pour laquelle elles n'étaient pas
habituées. Donc, je m'attends quand même à ce que les bureaux coordonnateurs
aient un rôle de surveiller si ça se passe bien puis, à la limite, si les gens
ont besoin d'accompagnement, qu'un
accompagnement soit offert à ces milieux-là pour faire la transition et arriver
au but escompté, là, à la fin, le but qu'on recherche, là, d'avoir un
meilleur encadrement de ces milieux-là au bénéfice de l'enfant.
Lachance : Donc, vous voyez le rôle du bureau coordonnateur
favorablement, mais, qui plus est, vous pensez que le bureau coordonnateur
pourrait aussi avoir un rôle de soutien ou devrait?
Mme Roy
(Christine) : Bien, je ne sais pas si c'est le bureau coordonnateur
qui doit faire le soutien ou c'est d'autres ressources qui devront mettre...
être mises en place. Ça fait qu'ici on parlait vraiment d'un rôle de
surveillance. Mais probablement que, lorsqu'il va faire son rôle de
surveillance, il peut détecter que le milieu a besoin de soutien, et là ça... il faudra voir quel acteur est le mieux
placé pour offrir ce soutien-là, mais c'est possible que certaines
personnes aient besoin de soutien pour être... y arriver, dans le fond, là.
Donc, je n'ai pas d'exemple précis à vous donner ce matin, mais je peux
présumer que c'est quand même un changement important pour ces milieux-là.
Lachance : Avez-vous... Voulez-vous reprendre la parole, M. le
ministre?
M. Lacombe :
Bien, après vous.
Lachance : Bien, je la reprendrai peut-être. Je vois que vous avez...
M. Lacombe :
O.K. Bien, est-ce que...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vais maintenant céder la parole au ministre.
M. Lacombe :
J'aimerais rapidement... Parce que ça me préoccupe quand même, là. Vous nous
dites, dans ce que vous nous avez présenté, que vous vous interrogez sur la
proposition de retirer les articles 6.1 et 6.2 de la loi actuelle. Donc, on comprend que c'est les
conditions de base qui étaient... qui étaient donc... voyons, le mot
m'échappe, là, mais qui étaient demandées, là, qui étaient... auxquelles
devaient se soumettre —
bon, disons ça comme ça —
les personnes qui offrent de la garde non
reconnue. Mais, du moment où on leur dit que, sur une période de quatre
années, elles doivent intégrer le réseau, ce type de garde là n'existera plus.
Mais vous dites : On devrait quand même garder ça pour les exceptions qui
vont demeurer, parce qu'on va quand même tolérer certains cas d'exception. Je
vous avoue que je suis un peu étonné, préoccupé, puis j'aimerais peut-être voir
le fond de votre pensée là-dessus, parce que
l'intention derrière ce qu'on propose, c'est de permettre, par exemple, à notre
voisine de garder nos deux enfants. Par exemple, si, je ne sais pas, une journée, le service de garde est fermé,
par exemple en milieu familial et que, bon, nous, on ne peut pas prendre
congé, on envoie les deux enfants se faire garder pour la journée chez la
voisine, il y a un échange d'argent, il y a une rémunération. Évidemment, on ne
veut pas que cette personne-là soit tenue d'avoir un certificat de secourisme,
une absence d'empêchement, etc., on souhaite s'en remettre, là, au bon jugement
des parents qui vont décider s'ils confient
leurs enfants pour la journée à la voisine. En même temps, on ne souhaite pas
que ça produise un modèle où c'est un
emploi, là, où la personne reçoit des enfants de familles différentes chaque
jour et qu'elle vit de ça.
Donc, on a été assez
prudents dans la façon dont on a présenté ça. Le fond de votre pensée
là-dessus? Est-ce que c'est peut-être une erreur, là, d'interprétation, on
s'est mal compris, ou vous souhaitez vraiment garder ça, même pour la voisine?
Mme Roy (Christine) : Bien,
premièrement, c'était une protection en attendant que les services non reconnus soient complètement intégrés. La deuxième
chose, c'est qu'il y a quand même la permission pour deux enfants. Donc, on pourrait confier les enfants, par exemple deux enfants
d'une même famille, à un service de garde qui a déjà ses propres enfants aussi
à s'occuper, puis qui n'en veut pas plus que ça, et qu'on ne connaît pas du
tout en contexte de pénurie. Donc, on disait... C'était plus un questionnement
qu'on avait à se dire : Est-ce que ça vaut vraiment la peine d'enlever ces
articles-là, qui sont quand même des éléments assez de base, là, étant donné...
Premièrement, juste d'aviser les parents que ce n'est pas assujetti à la
surveillance d'un bureau coordonnateur, parce que... Est-ce que c'est tout le
monde dans la population qui est bien informé de tout ça?
Donc, c'est dans ce contexte-là qu'on se
demandait : Bien, est-ce que vraiment toutes les exceptions... Parce qu'on
comprend qu'ici on ne vise pas des cas ad hoc où on a besoin que quelqu'un nous
dépanne, mais des cas où on envoie vraiment
certains enfants dans des milieux de garde. Est-ce que ce n'est pas pertinent
de garder ces éléments-là? Donc,
c'est vraiment un questionnement qu'on soulevait, à savoir la raison, dans le
fond, du retrait de ces deux articles-là.
M. Lacombe : Je comprends. Bon, on
tiendra compte de vos commentaires. Mais, je vous rassure, là, l'idée, c'est
simplement de se garder une porte de sortie pour ne pas non plus venir, là,
faire de la microgestion dans le quotidien des parents, leur laisser quand même
une certaine porte de sortie avec de la flexibilité, mais tout en contrôlant la
qualité. Donc, je comprends votre préoccupation, puis on en tiendra compte.
Est-ce qu'il nous reste du temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) :
Trois minutes.
M. Lacombe : Trois minutes. Je
pense que la députée de Bellechasse voulait intervenir.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Bellechasse.
Lachance : Merci, Mme la Présidente. Dans un autre ordre d'idées, je
vous ai lues, et vous mentionnez, en ce
qui a trait à la liste d'attente, que c'est important que la liste d'attente
fasse foi du rang des enfants pour avoir accès au service de garde, mais
vous émettez aussi un questionnement quant à la possibilité d'un enfant de
demeurer sur la liste d'attente. Pouvez-vous développer puis m'expliquer un
petit peu en quoi... comment vous voyez ça, comment ça peut s'articuler, selon
vous?
Mme Roy (Christine) : Bien, en fait,
c'est... ce que vous me parlez, dans le fond, c'est qu'on a vu qu'à
l'article 1... que le droit de choisir des parents était enlevé. Donc, ça
nous a questionnées à savoir : Est-ce que ça veut dire que, dans le fond,
ce choix-là n'est plus possible? Parce qu'on retrouve un article, un peu plus
loin, qui dit que le parent peut refuser une place, mais on n'a pas retrouvé
d'article qui pouvait mentionner que le parent peut choisir. Et, nous, ce qu'on
a vu lors de notre audit, c'est qu'il y avait quand même plusieurs parents qui
souhaitaient, malgré qu'ils avaient déjà un milieu de garde, pouvoir changer de
milieu, si c'était possible, souvent pour des milieux subventionnés, parce que,
pour certains, ça fait quand même une différence financière dans leur
quotidien, et on voyait aussi, là, qu'il y avait des enfants qui étaient...
dont les parents étaient sur l'aide sociale, et qui étaient dans les milieux
non subventionnés, puis qui, à ce moment-là, n'étaient pas en mesure d'avoir
l'aide du ministère, qui, elle, est octroyée seulement quand le milieu est
subventionné. Donc, ce qu'on voyait, c'est qu'il y avait certains besoins à
avoir... des parents à avoir le choix de demeurer sur le guichet, et on avait
l'impression, là, de... que peut-être, là, ce retrait-là pouvait rétrécir ce
pouvoir-là pour les parents.
Mme Lachance : Je... Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, merci. M. le ministre.
M. Lacombe : Il me reste quelques
secondes, j'imagine.
La Présidente (Mme D'Amours) :
54 secondes.
M. Lacombe : C'est ça. Bien, peut-être
juste parce que la précision, elle est importante, et je l'ai faite aussi à un
autre groupe, loin de nous, très, très loin de nous l'idée de vouloir puis
d'avoir l'intention de venir retirer ce choix-là des parents, ce droit-là de
choisir. Je vous dirais que c'est peut-être une erreur d'interprétation. Je
l'ai dit à un autre groupe, là, si on doit faire un amendement pour que ce soit
plus clair, on le fera. Mais l'idée derrière ça, c'était de le retirer, effectivement,
de l'article 1, parce qu'évidemment, bon, on s'est penchés sur la loi puis
sur la logique aussi qui découle de tout ça, et, à notre sens, c'était peut-être
plus logique d'amener ce droit-là puis de le détailler peut-être plus
précisément à 59.4, 59.11.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Lacombe : Donc, on est bien
conscients de ça. Mais ce n'est pas l'intention.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M. le ministre. Maintenant, je cède la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis.
Maccarone : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Un plaisir d'échanger
avec vous, mesdames, aujourd'hui, surtout que j'ai pu assister à votre
intervention aux commissions de la CAP en septembre. Alors, je suis bien
contente de lire vos notes puis vos recommandations.
Et j'ai été aussi
contente d'entendre l'échange que vous avez eu avec le ministre en ce qui
concerne l'octroi des projets, de prioriser des bons projets, et de vous
entendre dire aussi que, quand même, c'est quelque chose qui perdure, parce que
je sais que, depuis les trois dernières années, c'est quand même 32 % des
projets qui ont été octroyés par le gouvernement caquiste qui ont été évalués à
«moyen», «faible», et même certains n'avaient aucune évaluation. J'ai quand
même une grille que les gens peuvent trouver sur le site Web du ministère,
plusieurs projets qui sont évalués «faible», «faible», «faible». Si vous
voulez, Mme la Présidente, on peut même déposer le document. Mais il
y en a vraiment plusieurs qui ont une identification de «faible», «moyen» ou,
comme j'ai dit, pas évalués. Alors, vous avez parlé de... Ça va être
important, parce qu'on voit que, comme je dis, dernièrement, c'est quand même
un problème à régler. Puis on parle aussi de 9 000 places, hein, ça
fait que c'est quand même très important.
Vous parlez d'une
grille qui ne devrait pas être sujette à l'interprétation puis que ça doit être
bien documenté. Est-ce que ça, c'est quelque chose dont vous pouvez contribuer
à l'élaboration de... le développement de cette grille, puis c'est qui qui devrait la mettre ensemble? Parce que, je pense, ce
qui est important, c'est de voir aussi une certaine neutralité, c'est ça qui est souhaité. Alors,
comment faire ceci d'une façon... pour le bien-être du public? Puis est-ce
qu'on devrait, mettons, là, faire une mise à
jour à chaque trois mois, à chaque six mois? Que devons-nous faire pour
s'assurer qu'il y a quand même une transparence pour les parents qui veulent
aussi voir si leur installation rejoint les critères?
Mme Roy
(Christine) : En fait, le rôle du Vérificateur général ne peut pas
être de faire la grille, parce qu'on peut se devoir de l'auditer dans un second
temps, donc on s'auditerait soi-même. Donc, ça, ça nous est interdit, là, avec
nos normes professionnelles, de préparer quelque chose qu'on pourrait devoir
auditer par la suite.
Mais je vous dirais
que l'important pour le ministère, c'est de faire une grille qui peut perdurer
dans le temps puis, oui, de l'ajuster s'il y a des nouveaux événements. S'il y
a des... on se rend compte que, finalement, ça n'a pas atteint les objectifs
avec ces critères-là, il faudra effectivement les revoir en cours de route.
Mais c'est vraiment de s'assurer que la grille comporte les éléments essentiels
pour assurer une qualité et aussi qu'elle est bien claire et bien comprise des
personnes qui vont l'utiliser pour s'assurer que, lorsqu'elle est complétée
puis qu'on justifie un projet, ça soit fait correctement. Et ça, bien, c'est
quelque chose qu'après, dans un audit, nous, on peut aller voir. Donc, c'est un
peu comme ça, là, qu'on intervient.
Mme Maccarone :
Merci pour la précision. Évidemment, j'ai été contente de voir les
recommandations en ce qui concerne les enfants ayant un besoin particulier et
handicapés, parce que j'ai aussi lu le document qui a été produit puis je pense
qu'on est tous d'avis que ça va être important de trouver un accès. Mais, pour
moi, je rêve d'avoir un accès universel pour ces enfants qui sont souvent
exclus, hein, parce que, sur la page 6 de votre témoignage, vous dites que
«le droit de refus comporte tout de même un risque de contrecarrer les autres
dispositions visant à l'encadrer, l'attribution des places disponibles.»
Actuellement, c'est un seuil de 15 % dans les CPE pour l'accès des enfants
ayant des besoins particuliers. Pensez-vous que ça, c'est quelque chose que
nous devons revoir? Que pouvons-nous faire? Parce que je comprends qu'il y a
aussi des choses qui vont se faire par règlement. Mais, à l'intérieur de cette
loi, avez-vous des recommandations en ce qui concerne l'accès pour ces enfants,
souvent, qui sont vulnérables, puis leurs familles sont vulnérables aussi,
puis, souvent, il y a une expulsion?
Je continue pendant
que vous pensez à votre réponse, parce qu'aussi vous parlez qu'on n'a aucune information
en ce qui concerne la tabulation de combien d'enfants, on a zéro, zéro donnée
pour établir combien d'enfants n'ont pas accès à ce réseau ou qui sont exclus.
Alors, que pouvons-nous faire pour s'assurer qu'on a un accès universel puis
aussi qu'on ne fait pas de discrimination envers ces enfants puis leur famille?
Mme Roy
(Christine) : En fait, c'est sûr qu'autant pour le droit de refus que
le droit d'expulsion, nous, on a présumé que, si c'était là, c'est que, probablement,
et dans certains cas plus particuliers, ça peut devoir arriver dans la vie
normale. Par contre, notre crainte, c'est que ça soit utilisé à des fins non
adéquates. Donc, à notre avis, ça prend...
Si le droit de refus, par exemple, n'est pas encadré par certains critères, ça, c'est...
il y a une possibilité, mais...
Parce que nous, on n'est jamais là pour donner le moyen. Mais, si ce n'est pas
ça, ça peut être une surveillance de... Il y en a-tu beaucoup, des refus? Est-ce
qu'il semble y avoir des gens qui utilisent ça à outrance? Est-ce que ça va faire... ça fait en sorte qu'on n'atteint pas les
objectifs et que les enfants qu'on voulait prioriser, finalement, ce n'est
pas eux qui se retrouvent sur les places? Donc, ça prend à tout le moins une
reddition de comptes qui soit examinée par le ministère pour s'assurer que ces
cas-là ne créent pas, là, d'effets, là, qui ne sont pas désirables, là, dans le
cadre de la loi, là, puis de protéger nos enfants, puis de donner une égalité
des chances à des enfants qui ont peut-être un petit peu plus de difficulté à
se trouver des places.
Puis c'est sûr que,
là, on voit que, dans le projet de loi, les enfants avec... en précarité
socioéconomique vont être priorisés. Donc, ça, on verra de quelle façon dans le
règlement, mais on a vu, là, qu'il n'y avait pas nécessairement de mention à
cet effet-là pour les autres enfants vulnérables. Donc, on avait un petit
questionnement là-dessus : Est-ce que c'est peut-être dans les modalités
qu'on va les voir apparaître? Mais, à tout le moins, il faut s'assurer que leur représentation redevienne à un
niveau semblable à l'ensemble des autres enfants. C'est un peu, là, ce qui nous préoccupe puis c'est un peu la même chose
aussi pour les protocoles... les enfants sous protocole d'entente, là.
Mme Maccarone : Je partage la préoccupation.
Je ne peux pas vous dire le nombre de parents qui me contactent personnellement parce que leur enfant n'a pas eu droit à l'accès
dans le réseau de services de garde
éducatifs, peu importe le réseau, peu importe si c'est
CPE ou ailleurs, faute d'une ouverture, peut-être, ou parce qu'il y a des
critères qui sont en place puis il y a quand même des règlements qui donnent la
permission aux installations d'avoir un droit de refus, même quand la
famille... puis ils sont allés pour trouver aussi des partenariats avec les
services de santé et services sociaux. C'est désolant. Ça fait que... Est-ce
que vous serez d'avis que ce serait bien, peut-être bien vu de votre part si le gouvernement procède avec
un mandat d'initiative, par exemple, pour étudier et chiffrer le nombre
d'enfants qui n'ont pas accès ou le nombre d'enfants qui fréquentent
actuellement le réseau? On a posé la question à plusieurs reprises auprès des
gens qui sont venus témoigner, personne ne sait combien d'enfants fréquentent
le réseau, qui ont un besoin particulier ou un handicap. Alors, selon vous,
est-ce que ça, c'est quelque chose que nous devons faire pour avoir un meilleur
portrait pour venir aider ces enfants?
Mme Roy (Christine) : Bien,
dans le fond, c'est sûr que, lorsqu'on veut s'assurer de régler une situation,
c'est toujours important d'avoir une image juste de la situation. Donc, c'est
certain qu'en tant que comptables, souvent, c'est la première chose qu'on fait,
de s'assurer d'avoir les données pour poser le bon diagnostic. Ça fait qu'on ne peut pas être contre se donner les moyens
d'avoir l'information nécessaire pour prendre les bonnes décisions, là.
Ça revient ensuite à se poser la question : Quelle information est
nécessaire? Quelle est la bonne information pour ne pas alourdir puis aller
chercher toutes sortes d'informations, mais à chercher la bonne information?
Mme Maccarone : Puis est-ce que
ça devrait être, selon vous, le ministère qui gère les expulsions ou les refus
d'accès? Parce que, présentement, on sait qu'il n'y a personne à part de leur
réseau qui peut dire oui ou non. Mais est-ce que ça, ça devrait être quelque
chose qui est surveillé par le ministère en place?
Mme Roy
(Christine) : Bien, le
ministère, à ma compréhension, il est responsable de s'assurer que
l'application de la loi. Donc, je pense qu'il souhaite que les objectifs de la
loi soient atteints. Donc, ça peut être quelque chose de haut niveau, là, qui
peut être fait au niveau du ministère, donc c'est une surveillance de haut
niveau, puis on est rendu là. Mais ce qu'on disait dans notre rapport, c'est
qu'effectivement, là, le ministère aurait pu... à obtenir un petit peu plus de
redditions de comptes pour les expulsions. Donc, ça, on réitère ce besoin-là et
on pense qu'une reddition de comptes aussi sur les droits de refus pourrait
être importante.
Mme Maccarone :
J'aimerais vous entendre, avec le peu de temps qu'il me reste, en ce qui
concerne le personnel qualifié...
vous faites mention dans votre exposé. J'aimerais avoir votre avis, parce que
la question de ratio... éducatrices qualifiées, je pense qu'elle en est
une qui est très importante. C'est... Le ratio qui est supposé d'être en place,
c'est deux tiers, alors deux sur trois devront être des éducatrices qualifiées,
et... non qualifiée. Mais le ministre a abaissé ça à un tiers, qu'on a cru être une mesure temporaire, mais le ministre
lui-même a dit qu'il n'y a rien de plus permanent que ce qui est temporaire.
Alors, ce que j'aimerais savoir : Selon vous, est-ce que ça ne va pas continuer
à baisser la qualité de services dans le réseau? Puis devons-nous peut-être
revoir aussi ce ratio?
Mme Roy (Christine) : En fait, nous,
on n'a pas fait de travaux pour des... pour voir c'est quoi, le ratio idéal
puis qu'est-ce qu'on veut atteindre aussi en termes de qualité, là. Donc, je ne
suis pas vraiment en mesure de répondre à votre question. Ce que je vous
dirais, c'est que c'est certain que, si on prend des décisions, elles doivent être basées sur quelque chose de concret.
Donc, si on bouge un ratio, bien, on imagine qu'il y a une analyse de faite.
Oui?
La Présidente (Mme D'Amours) :
Désolée, madame, c'est tout le temps que nous avions. Je dois donner la parole maintenant
à la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. La première question que je veux vous poser, c'est sur l'obligation
de recourir exclusivement aux inscriptions qui sont sur le guichet unique.
C'était déjà une obligation dans la loi, là, vous nous dites qu'il va falloir
s'assurer que ce soit vraiment fait. Est-ce que vous pensez qu'on va devoir
prévoir des pénalités, par exemple, en cas de non-respect de cette obligation-là?
Mme Roy (Christine) : Je crois que,
dans le projet de loi, c'est déjà prévu, là, si je ne m'abuse. Mais, dans le
fond, c'est... il faut effectivement trouver un mécanisme. Le moyen appartient
au gouvernement, il peut y avoir plusieurs moyens. Mais ce qui est important,
c'est que les gens adhèrent au guichet, parce que tout ce qui est proposé dans
le projet de loi n° 1 en termes d'appariement, en termes de prioriser des
enfants qui ont certaines difficultés, bien, ça ne fonctionne que si la
personne est dans le guichet. Donc, il faut amener les gens à entrer dans le
guichet. Bien, lorsqu'on a fait notre audit, il y en avait encore beaucoup qui
n'y étaient pas. Je comprends que c'était une implantation progressive, mais là
il va falloir réitérer, là, parce que la loi, c'est une chose, mais après il
faut s'assurer qu'elle soit appliquée sur le terrain pour atteindre les
objectifs escomptés.
Mme Roy (Christine) : Donc, c'est un
des moyens que le gouvernement peut se donner.
Mme Labrie : Un des objectifs qu'on
partage, c'est de faciliter l'accès aux places en CPE, notamment des enfants en
milieu défavorisé, des places subventionnées, en tout cas. Il y a un groupe qui
est venu ici qui nous a recommandé
d'étendre la gratuité de l'accès aux services au-delà des familles prestataires
d'aide sociale, par exemple en ciblant un seuil de revenu familial en
dessous duquel ce serait gratuit. Comment vous accueillez cette proposition-là?
Mme Roy (Christine) : Bien, pour
nous, ça, c'est vraiment une décision politique de modalité fiscale, de
tarification pour laquelle le Vérificateur général ne se prononce pas, hein,
parce que la... dans le fond, ça, on finance ça versus d'autres choses. On
en... laisse ça au législateur. Ce qu'on voit, par contre, ce que je pourrais
vous dire, c'est que c'est certain que les enfants qui ont des besoins plus
particuliers ou les gens qui sont sur l'aide sociale, bien, écoutez, on voit
quand même que ça a un effet pour eux de ne pas avoir accès à des milieux
subventionnés, là. Donc, c'est sûr que la tarification selon le revenu, comme
on le voit dans notre rapport, bien, elle arrive à différents scénarios selon
le revenu familial, puis, dans certains cas, certains... pour certains, c'est
plus facile que d'autres. Mais ça demeure un choix, là.
Labrie : Parce que vous
aviez quand même nommé dans... vous aviez quand même
remarqué qu'il y avait une sous-représentation des enfants issus de
milieux défavorisés, là, dans le réseau subventionné.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
Mme Roy (Christine) : Tout à fait,
là, tout à fait.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Mme Roy, je suis désolée encore une fois, gardienne du temps.
Je dois,
avant de céder la parole à la députée de Joliette, avoir le consentement des
membres de cette commission pour poursuivre au-delà de l'heure prévue.
Est-ce que j'ai votre consentement? Merci. Donc, je cède maintenant la parole à
la députée de Joliette.
Hivon : Oui.
Bonjour, merci beaucoup pour votre présentation. Je voudrais poursuivre sur la
question de la qualité. Donc, c'est le dernier aspect que vous abordez. Vous
n'avez pas eu le temps de terminer sur la question de la formation des
éducatrices, le ratio, donc je vous laisserais le temps de terminer là-dessus.
L'autre question sur laquelle je veux vous amener, c'est... Traditionnellement,
il y avait au moins 85 % de nouvelles places en installation qui devaient
être développées en CPE. Est-ce que vous pensez que c'est une règle qui devrait
être conservée, là, en termes de qualité? Puis, dernier élément, à la
page 9, vous l'abordez brièvement, c'est la question des comités
consultatifs. Est-ce que vous avez un point de vue, à savoir si on devrait les garder
dans l'état où ils étaient à l'heure actuelle ou si on les centralise
davantage, comme le propose le ministre?
Mme Roy (Christine) : Donc, pour les
personnes qualifiées, dans le fond, ce qu'on dit, c'est qu'on s'était donné
de... ratios, puis les ratios n'étaient pas respectés, O.K.? Donc, ce qu'on
dit, c'est que, là, il va y avoir des embauches à faire, sûrement. S'il y a des
nouvelles places de créées, il va y avoir des besoins additionnels, puis là il
ne faut pas que ça s'accentue. C'est important de respecter les ratios qui sont
décidés, puisque c'est un des éléments qui contribuent à la qualité des services
de garde. Est-ce que le ratio doit être plus haut, plus bas? On n'a pas fait
d'étude pour voir l'impact d'une diminution. J'imagine que, si on propose une diminution
du ratio, c'est basé sur des analyses rigoureuses qui marquent... qui vont
aller démontrer que ça va permettre quand même d'atteindre les objectifs
de l'objet de la loi, qui est à l'article 1, donc de s'assurer de la
sécurité et de la qualité des services, etc. Mais nous, on n'a pas
regardé ça spécifiquement. Mais ce qu'on se dit, c'est qu'il faut que le gouvernement
décide c'est quoi, le ratio qui permet
d'atteindre ces objectifs-là, et ensuite de s'assurer qu'il est respecté,
et ça, c'est très important, là, parce que, si on a déterminé un ratio,
il faut qu'on le voie sur le terrain, ce ratio-là.
Hivon : O.K. Mes
deux autres éléments, c'étaient la cible du 85 % de nouvelles places en
installation en CPE puis les changements pour les comités consultatifs.
Mme Roy (Christine) : Bien, pour le
85 %, ça non plus, on n'a pas regardé la base de ça puis est-ce que ça
devrait être remis, parce que, nous, dans le fond, ce qui nous intéresse quand
on regarde ça, c'est de s'assurer que, peu importe le milieu dans lequel
l'enfant va se retrouver, il va avoir un milieu de services de garde de
qualité. Donc, il faut que les actions soient prises pour que tous les milieux
offrent ce milieu de qualité là. Là, ce qu'on avait vu dans les garderies non
subventionnées, c'était là où il y avait le moins d'éducatrices qualifiées.
Bien, ça, ça nous préoccupait. Donc, il faut amener les milieux à offrir un
milieu de qualité suffisant à tous égards, mais le choix de la structure,
est-ce que ça devrait être plus de CPE ou moins, je ne suis pas en mesure de
vous répondre, là. On avait vu une étude,
là, qui a été citée dans notre
partie sur le développement durable, mais, suite
à ça, on n'a pas fait nécessairement plus de travaux, là, nous, de notre
côté, pour l'ensemble des milieux de garde puis les comparer entre eux, puis je
pense que ça devient un choix de qu'est-ce que vous voulez vous doter comme
réseau.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment. C'est tout le temps que nous avions. Donc, je vous remercie pour
votre contribution à nos travaux, Mmes Peter, Roy et Lambert.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 58)
La Présidente (Mme
D'Amours) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Nous poursuivons les auditions publiques
dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 1, Loi modifiant la
Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance
afin d'améliorer l'accessibilité au réseau des services de garde éducatifs à
l'enfance et de compléter son développement.
après-midi, nous entendrons la Fédération de la santé et des services sociaux conjointement avec la Confédération des syndicats
nationaux, la Fédération québécoise de l'autisme, Valorisons ma profession et Ma
Place au travail.
Je souhaite donc la
bienvenue à Mme Longchamps et Mme Lelièvre. Je vous rappelle, mesdames, que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons
à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à procéder à votre exposé. À vous la parole.
Mme Lelièvre
(Katia) : Merci beaucoup. Je me présente : je m'appelle Katia
Lelièvre, je suis la troisième vice-présidente à la CSN et je suis accompagnée
par Lucie Longchamps, qui est vice-présidente à la Fédération de la santé et
des services sociaux. La CSN est une centrale syndicale composée de près de 1 500 syndicats
qui regroupent 320 000 travailleuses et travailleurs, alors que la
Fédération de la santé et des services sociaux est la Fédération de la CSN qui représente les travailleuses des CPE et des
responsables en service de garde. Elle regroupe plus de
10 000 travailleuses syndiquées dans les CPE et environ
3 000 responsables de service de garde en milieu familial.
J'aimerais tout
d'abord souligner la présence à l'extérieur ce matin des travailleuses en CPE
syndiquées à la CSN, qui étaient en grève et qui sont encore en grève, qui ont
manifesté devant l'Assemblée nationale, et j'aimerais insister sur le fait
qu'il n'y aura aucun développement du réseau des CPE et des RSG qui pourra être
fait sans elles. Nous voulons aussi
souligner le travail du ministère de la Famille, qui a présenté dans son projet
de loi plusieurs éléments intéressants
avec lesquels nous sommes d'accord. Mais, comme le temps nous manque, nous
allons, dans la présentation, nous concentrer sur ce qui nous apparaît
manquant ou à améliorer.
Le gouvernement
reconnaît qu'il manque au moins 37 000 places en service de garde
éducatif à l'enfance pour répondre aux
besoins des enfants et des parents. Ce déficit est énorme et constitue une
crise sociale et économique. Lorsqu'il n'y a pas de place pour leur
enfant, les parents sont... souvent, bien souvent la mère, doivent retarder
leur retour sur le marché du travail. Ça fait reculer l'égalité des chances
pour les femmes sur le marché de l'emploi et ça prive le Québec de
travailleuses en pleine pénurie de main-d'oeuvre. Des milliers d'enfants n'ont
pas accès à des services, ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur leur
parcours scolaire.
Par ce projet de loi,
le ministère de la Famille démontre sa volonté de développer un grand nombre de
nouvelles places, ce que nous saluons, mais il faut se demander si toutes les
places à développer sont équivalentes ou s'il faut accorder une priorité à un
modèle de services pour en assurer la qualité. Nous croyons que toutes les
places ne sont pas équivalentes. Plusieurs études ont démontré que les CPE sont
un gage de qualité pour le développement des
enfants. La comparaison entre les services offerts en CPE et ceux dans les
garderies subventionnées ou non subventionnées avantage toujours les
CPE. Pour les services de garde en milieu familial, la comparaison entre les
milieux reconnus et non reconnus est simple : seules les RSG reconnues ont
des exigences de qualité à rencontrer et reçoivent
des visites de vérification de conformité à l'improviste. Cette qualité du
modèle CPE-RSG est reconnue aussi par les
parents, car ils disent préférer obtenir une place pour leur enfant en CPE ou
en milieu familial lorsqu'ils sont sondés.
Le deuxième
article
du projet de loi reconnaît le droit de l'enfant à recevoir un service de
qualité de sa naissance à son admission à l'école. Mais le gouvernement se
garde une porte ouverte en spécifiant que ce droit s'exerce en tenant compte de
la disponibilité de l'organisation et des ressources des prestataires de services
de garde. Nous aurions souhaité que le droit des enfants à avoir un service de
garde éducatif à l'enfance de qualité soit reconnu sans condition, comme dans
le système scolaire.
Pour compléter le
déploiement du réseau des services de garde éducatifs à l'enfance, le projet de
loi propose de donner plus de pouvoirs au ministre pour déterminer les besoins
des communautés et participer au financement et à la planification des projets.
Pour assurer la qualité des services, nous souhaitons que le ministre ne puisse
financer et participer qu'au développement des CPE.
Il ne suffit pas de
développer de nouvelles places, il faut aussi pérenniser celles qui existent.
Plusieurs de nos membres constatent de grandes difficultés à maintenir des
finances viables pour les petits établissements et dans les régions plus
éloignées des grands centres. La CSN suggère un financement plancher pour
permettre aux plus petites communautés de développer des modèles qui répondent
à leurs besoins. Les établissements dans les grands centres comme Montréal ont
de la difficulté à acheter ou même à louer des locaux à cause de la flambée des
prix de l'immobilier. Un ajustement du financement des locaux devra être effectué.
a perdu un temps précieux, et l'État, par le ministère de l'Éducation, a
engagé des sommes importantes pour ouvrir
des maternelles quatre ans. Force est de constater aujourd'hui que le développement de ces classes n'a pas libéré beaucoup de
places et a coûté très cher aux contribuables, avec des coûts de fonctionnement
plus onéreux qu'en service de garde.
Les services promis
ne sont pas non plus au rendez-vous. Depuis des années, les gouvernements ont
posé des gestes qui ont fragilisé le réseau des CPE et du milieu familial au
profit des garderies à but lucratif. Le fait de hausser le crédit d'impôt
remboursable pour des frais de garde d'enfant favorisera encore une fois le
modèle privé et lucratif, ce que nous déplorons.
Nous
souhaitons que le gouvernement profite de la mise en place de son grand
chantier et du transfert fédéral de
6 milliards de dollars pour faire un choix clair et stratégique pour le
modèle de service de garde éducatif à l'enfance garant de qualité et ainsi assurer le développement du plein potentiel des enfants, les CPE et les gardes en milieu
familial.
Mme Longchamps
(Lucie) : Je poursuivrais. Puis, peu importe le temps alloué, vous le
savez, la Fédération de la santé de la CSN, on est toujours disponibles pour
poursuivre nos échanges, répondre à vos questions, même si le temps de la commission
ne nous le permet pas aujourd'hui. Puis moi, je vais tenter de vous éclairer
sur quelques segments du mémoire que l'on a déposé, je pense que ce sera peut-être
plus clair, puis, comme je suis une femme qui provient du terrain, peut-être
que j'aurai quelques exemples qui pourront nourrir mon propos.
Donc, la facilité à
l'accès, qui est un sujet important. On salue l'arrêt de la modulation des
tarifs. Quoiqu'on a entendu des associations
ou des regroupements qui en nomment le contraire, nous, on est fort heureux que
la modulation des tarifs ait cessé. C'était une injustice qui était
faite pour le réseau des services de garde à contribution réduite.
Le premier moyen puis
l'accès est, bien entendu, le guichet. On a toujours été un peu frileux à sa
mise en place. Là, on ne... voit qu'il y a
eu quelques erreurs, quelques ratés. On est quand même contents que le
gouvernement reprenne le guichet unique. On ne dit pas que c'est une mauvaise
chose, mais il devra être plus convivial. Les parents devront comprendre un peu
plus comment... comment... comment ça se comporte, ce fameux guichet là, parce
que, là, ils ont l'impression que, quand ils s'y inscrivent, ils regardent une
liste, puis ça, ça va être leur rang. Ce n'est pas tout à fait comme ça que ça se
passe dans la vraie vie. Donc, il y a beaucoup de parents qui sont mécontents inutilement
parce que ce n'est pas clair. Dans ce guichet-là, on comprend que vous voulez
mettre certains repères puis certains critères, on peut comprendre. Par contre,
on va vous inviter à conserver la fratrie et le droit aux travailleuses en CPE
à prioriser dans le CPE où elles travaillent et à ne pas se... parce qu'on
aurait un double problème si elles ne peuvent pas y amener leurs propres
enfants.
Bien entendu, les
enfants doivent demeurer toujours le coeur de nos choix. Donc, on est en... on
trouve également qu'au Québec, hormis le projet de loi n° 1, on devrait se
doter d'une politique facilitant la conciliation travail-famille, parce qu'en
services éducatifs c'est complexe quand tu ne connais pas ton horaire à cinq
jours dans... à l'avance et quand tu peux être n'importe quand appelé à faire
du temps supplémentaire.
Puis ça m'amène à
vous parler de la garde atypique. On peut comprendre que certains parents
peuvent en demander. Moi, personnellement, les endroits où j'ai vu, ça n'avait
pas de grand succès, parce qu'on peut difficilement
aller porter un enfant de nuit dans un milieu qui n'est pas le sien. Ça fait
qu'on ne croit pas que ce soit la... que ce devrait être un
développement très grand, la garde atypique. On pense plutôt qu'on devrait
opter, au Québec, pour une politique facilitant la conciliation travail-famille
puis aider les employeurs à y accéder.
La qualité des
services. Comme vous l'a dit ma collègue Mme Lelièvre, nous, on va prioriser la
conversion en CPE puis en milieux familiaux régis. On se réjouit de l'annonce
pour les PNR. Quatre ans, c'est par contre un peu long pour que ces femmes-là y
aient accès, et ce qu'elles nous mettent de l'avant, l'annonce de possibles
fermetures... Moi, ce que j'en vois sur le
terrain, c'est que je pense qu'elles devront s'adapter, mais c'est peu
probable, parce que d'un autre souffle elles nomment qu'elles font tout
ce qu'il faut autant que si elles étaient régies. Donc, moi, je pense qu'en
moins de temps que quatre ans, elles pourraient facilement accéder à...
s'affilier à un bureau coordonnateur.
Un coup que je vous
ai dit ça... Mais les frais de service de garde ne devraient pas être un frein
pour les parents du Québec, tous les enfants devraient avoir accès à un service
de qualité à contribution réduite. On croit tous à l'égalité des chances, je pense que tout le monde est, ici... croit à
ça, et on y croit avec conviction. Depuis longtemps, le réseau des
services de garde au Québec devrait être au même échelon que ce qui se passe en
milieu scolaire, donc accès gratuit ou à peu près, parce qu'on comprend que...
les services de garde scolaires, il y a quand même le repas. Mais tous les
enfants du Québec devraient y avoir accès, devraient avoir accès à un service
de garde de qualité. On devrait les
converser en CPE et en milieux familiaux régis et subventionnés et on devrait
s'assurer que la formation est au
rendez-vous. Là, on a connu avec la pandémie le 1-3, on reviendra après un
certain délai, quand les mesures sanitaires seront levées, à 2-3. Nous,
on souhaite un 3-3. On comprend que, présentement, c'est complexe avec la
pénurie de main-d'oeuvre, mais l'objectif, pour la Fédération de la santé et la
CSN, demeure le même, toutes les éducatrices en service de garde au Québec
devraient être formées, comme tous les enseignants dans les milieux scolaires
devraient avoir le bac à l'enseignement. On voit qu'il y a des pratiques
contraires, et tout le monde s'en désole. On devrait s'en désoler tout autant
pour les services de garde éducatifs.
Une fois cela dit,
bien entendu, ça prendra la valorisation, parce qu'il y a des petits bouts qui
nous manquent. On comprend qu'il y a une volonté, mais on devra être encore
plus audacieux, plus... pousser plus fort. Je ne vous donnerais pas d'idées,
parce que, là, je n'en aurais pas à brûle-pourpoint comme ça, mais je pense
qu'on va devoir pousser un peu plus fort pour revaloriser notre réseau, puis
vous comprenez que je vais vous faire un petit crochet avec la négociation,
parce qu'un milieu bien payé, un milieu bien formé, c'est un milieu mieux
valorisé.
Puis il est grand
temps que les CPE aient le financement auquel — ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : En terminant, madame, il vous reste cinq secondes.
Mme Longchamps
(Lucie) : ...ah! mon Dieu — financement auquel vous avez
droit. Arrêtez le 80 % de places présence. Puis j'aurai plaisir probablement
à répondre à vos questions. Voilà.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup.
Mme Longchamps (Lucie) : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous pour
16 min 30 s
M. Lacombe : Bonjour à vous
deux... plaisir d'échanger avec vous. Mme Longchamps, ça faisait un petit
moment qu'on s'était... qu'on n'avait pas eu l'occasion de discuter ensemble.
On a eu de bonnes discussions dans les dernières années, ça a toujours été
productif, donc je suis sûr que ce le sera encore une fois. J'y vais en rafale
parce qu'il y a quand même quelques points que je voulais... dont je voulais
discuter avec vous.
Vous dites qu'à l'article 2 vous auriez
souhaité que le droit des enfants d'avoir une place soit reconnu sans
condition. Je vous avoue, j'ai la même préoccupation, j'ai le même souhait sur
le fond. Par contre, on se bute au fait que, contrairement au réseau scolaire,
notre réseau n'est pas géré par l'État. Notamment, on a, bon, les CPE, qui sont
gérés par les communautés, on a des
entreprises aussi, mais on a un pan du réseau qui est beaucoup plus fragile, et
vous êtes bien placée pour le savoir parce que vous-même, vous avez exercé ce
métier-là, on a beaucoup de responsables de service de garde en milieu
familial.
Donc, la question que je vous pose, c'est :
À votre sens, là, quand vous regardez ça... Parce que, nous, ce qu'on propose,
c'est de dire : On se donne une obligation de moyens, comme gouvernement,
si le projet de loi était adopté, de
toujours développer. Ça, c'est historique, là, on n'a jamais fait ça, aucun
gouvernement ne l'a fait. Nous, on se dit...
on s'oblige à développer lorsqu'il y a un manque de places dans un territoire.
Mais, si on consacre le droit de la même façon qu'on le fait... Moi, je
pense que la façon qu'on propose, c'est une façon qui est adaptée à notre
réseau pour respecter son autonomie. Mais,
si on veut le faire de la même façon que dans le réseau de l'éducation, qui est
différent, est-ce que ça ne viendrait pas, à votre sens, compromettre
l'existence des RSG, par exemple? Parce que qu'est-ce qu'on fait s'il y a une
poignée de RSG qui décident d'arrêter d'offrir leurs services, que les enfants
se retrouvent sans place? Comment le gouvernement fait pour garantir à ce
moment-là une place à ces enfants-là?
Mme Longchamps (Lucie) : Écoutez,
elle est complexe, votre question. Par contre, je pense qu'on devra s'attarder
puis peut-être faire des travaux à l'extérieur de la commission aujourd'hui,
parce que je comprends que j'ai manqué un peu de temps pour vous parler de tout
ce dont j'aurais voulu.
M. Lacombe : Mais on peut prendre du
temps pour ça, parce que, là, je sens que ça va être un sujet important dans le
cadre de l'étude de ce projet de loi là.
Mme Longchamps (Lucie) : On va en
prendre, assurément. Je ne vois pas les RSG en péril, mais je pense qu'on doit
faire en sorte que l'enfant... Tous les parents du Québec ne devraient pas
avoir à se demander après neuf mois de grossesse puis le congé parental :
Quand est-ce que j'aurai accès aux services de garde? Ça devrait être un choix,
comme... Quand on va inscrire son enfant, à l'aube de ses cinq ans, à l'école,
est-ce qu'on se demande : Est-ce qu'il a une place dans ma... Non, tu y
vas, tu l'inscris, puis il a une classe. Ça devrait être le même processus, et
les choix devraient être pour le parent autant en milieu familial régi
subventionné qu'en centre de la petite enfance, parce que, pour nous, c'est ces
deux modèles-là. La qualité y est, les études l'ont démontré, puis, pour nous,
il n'est pas vrai, bien que je sais que certaines associations... tu sais, ils
disent qu'il y a la qualité dans les services de garde privés, ce n'est pas ce
que les études démontrent.
Moi, je ne vois pas pourquoi ça mettrait en
péril le modèle des responsables de service de garde. Il faudra, bien entendu,
qu'il y ait un arrimage, il faudra qu'il y ait des discussions. Mais je ne vois
pas pourquoi ça mettrait en péril ce réseau-là si tout... Le parent,
présentement, a toujours le choix.
M. Lacombe : Oui. Mais moi, je suis
d'accord avec vous sur l'objectif, je vous le dis, là, sans détour, je suis
d'accord avec l'objectif. C'est ce à quoi on veut s'obliger comme gouvernement,
offrir une place à chaque enfant, et, lorsqu'il y a un territoire qui devient
en déficit, on s'oblige — il
n'y a pas beaucoup de ministères qui ont ça, là — à développer et on
aura les moyens nécessaires pour le faire.
Mais je vous repose la question : Qu'est-ce
qu'on fait pour assurer le droit que vous proposez, que le Parti libéral aussi
propose, avec lequel je suis d'accord, disons, sur le fond? Mais, dans la
réalité, là, ça voudrait dire qu'il faut que ce soit le gouvernement qui opère
le réseau. Ça veut dire qu'il faut assurer suffisamment de places en
installation pour que, lorsqu'il y a des RSG qui ferment, les parents puissent
se retourner vers une installation. Donc, vous comprenez ce que ça veut dire,
ça veut dire ouvrir des CPE dans des communautés où il y a déjà pourtant des
RSG qui sont là qui offrent des places en quantité suffisante. Est-ce qu'il n'y
a pas là un risque? Et, sinon, qu'est-ce qu'on
fait, lorsqu'il y a des RSG qui ferment, pour respecter le droit que vous
proposez des enfants d'avoir une place?
Mme Longchamps (Lucie) : Bien,
je vous dirai que les RSG cesseront de fermer quand les relations, entre autres,
avec les bureaux coordonnateurs seront plus harmonieuses, ce que, quand même,
votre projet de loi propose, parce qu'elles ont quitté en masse par le manque
de rémunération puis par des difficultés relationnelles avec les bureaux
coordonnateurs. Là, on comprend que, dans ce projet de loi là, vous nous
apportez l'harmonisation des pratiques, vous
nous apportez que les bureaux coordonnateurs retrouvent leur fonction
originelle, qui devrait être d'être un
soutien et non un but presque punitif auquel... Les dernières années, les
bureaux coordonnateurs étaient vus comme, entre guillemets, comme des policiers de la réglementation. On comprend qu'on veut leur donner leurs lettres de noblesse,
on comprend qu'on veut les ramener à ce qu'ils étaient auparavant, et, quand ce
sera comme ça, les RSG vont cesser de quitter. Elles quittent parce que c'est
invivable, elles quittent parce qu'elles n'étaient pas bien rémunérées.
M. Lacombe :
Je comprends.
Mme Longchamps (Lucie) : Là, on a eu
des conditions qui vont faire en sorte qu'elles fermeront moins rapidement,
puis les relations avec les bureaux coordonnateurs devraient être aidantes.
M. Lacombe : Donc, on va se
donner les outils, et d'ailleurs je pense que vous êtes bien, bien heureuses,
là, de la conclusion de la dernière entente collective avec les RSG où on offre
30 % de bonification de la subvention. Donc, ça, je pense que ça va aider.
Effectivement, on va aussi travailler pour améliorer le quotidien avec les
bureaux coordonnateurs. Mais, si le gouvernement se donne une obligation
légale, vous comprenez qu'on ne peut pas juste se fier sur une impression qu'on
pense que les RSG vont être là, on doit prendre les moyens légaux pour
s'assurer que le droit des parents va être
respecté, le droit des enfants va être respecté si on met ça tel quel dans la
loi de la même façon qu'on le fait en
éducation. Notre réseau, il n'est pas pareil comme celui de l'éducation, il est
géré par la communauté, par des OBNL, par des entreprises ou des
services qui sont offerts par ailleurs par des travailleuses autonomes.
Donc, je répète ma question : Si, pour
plein de bonnes raisons qui leur appartiennent, il y a des RSG qui décident de
fermer leurs portes, avec ce que vous proposez, comment on vient assurer ce
droit-là que vous proposez?
Mme Longchamps (Lucie) : En
toute transparence...
M. Lacombe : Parce que moi, je
suis embêté, là.
Mme Longchamps (Lucie) : Je le
suis tout autant, M. Lacombe. Moi, ce que je vous dis, c'est que les
enfants ont le droit, au Québec... Puis je comprends qu'on ne réglera pas tous,
ici en quelques minutes, les problèmes qu'on a sur la tête depuis plus de
20 ans. Mais, moi, ce que je veux vous dire, c'est que tous les enfants
ont le droit à une place à contribution
réduite. Donc, transformons les services de garde, présentement, en centres de
la petite enfance, en milieux familiaux régis, amenons les PNR dans le
réseau — ça,
enfin, enfin, on y a accès — abolissons
la ligne... Parce que ça, c'est quelque chose... c'est un élément qui est hors
sujet, mais que je voulais vous placer : la ligne fixe de téléphone, vous
ne l'avez pas mise...
M. Lacombe : On va l'enlever.
Mme Longchamps
(Lucie) : Bon, là, vous devez enlever ça. C'est obsolète, cette
histoire-là. Ça, ça offusque les RSG.
Puis, si vous croyez que c'est pour les fermer, bien, on va s'asseoir puis on
va travailler là-dessus, M. Lacombe.
M. Lacombe : Oui, mais je reviens...
Mme Longchamps (Lucie) : Mais je
pense que tous les enfants, au Québec, ont droit à une place.
M. Lacombe : Et là je sais que je
suis insistant, là, mais c'est parce que c'est important, vous mettez ça, là,
dans votre mémoire, puis le Parti libéral propose ça aussi, et ça va faire
l'objet de discussions importantes. Puis la loi,
le projet de loi, il faut l'adopter. En tout cas,
je veux qu'on l'adopte, puis je pense que c'est partagé, une fois qu'on
y aura amené des améliorations. Donc là, on se penche là-dessus en ce moment.
Moi, ce que je propose avec cette obligation de
moyens de créer des places, je pense que c'est la façon, à l'image de notre
réseau, qui est différent de l'éducation, c'est notre façon à nous d'assurer ce
droit-là, de le concrétiser. Je vous dirais que l'AQCPE est pas mal dans le
même état d'esprit. Ils nous demandent, bon, de préciser certaines choses, mais elle est pas mal dans cet
état d'esprit là. Parce que moi, je ne veux pas que ça soit le gouvernement
qui gère ça, je veux que ça continue d'être géré par la communauté, les CPE.
Mais, si on a une obligation... Et je veux qu'il y ait des RSG qui continuent
d'exister. Mais, si on se donne cette obligation légale là, pareille comme en éducation, même si ce n'est pas le même réseau,
parce que, bon, on se dit : Bien, on va faire pareil comme en
éducation, ce serait mal adapté puis ça nous obligerait à prendre des moyens
qui feraient fermer des RSG ou, si on ne fait rien, à se mettre à risque, parce
que comment on va assurer ce droit-là?
Donc, je vais revirer ma question : Est-ce
que vous pensez que ce qu'on propose, ça peut effectivement... on peut convenir
que c'est la façon, dans notre réseau, d'assurer le droit des enfants d'avoir
une place en respectant l'autonomie des services de garde sur le terrain?
Mme Longchamps (Lucie) : Puis, de
mon côté, je vais essayer de vous le formuler autrement. Pour nous, se donner
les moyens, il manquait une force. Ce que l'on veut, c'est que ça soit un peu
plus fort puis qu'on soit assuré qu'il y aura suffisamment de places pour tout
le monde, puis je vous ai donné le milieu de garde scolaire en exemple. Je ne
vous ai pas dit de transformer tous les CPE puis les RSG en milieux de garde
scolaire, mais je vous ai donné l'exemple du parent qui, à l'aube des cinq ans
de son propre enfant, n'avait pas à se questionner, puis c'est ce que je
souhaitais pour les services de garde au Québec.
M. Lacombe :
Mais donc l'article où on dit : on s'oblige, comme gouvernement, c'est du
jamais vu, là, on s'oblige, même le Parti québécois, là, n'avait pas eu cette
idée-là. Mais nous, on se dit : On va s'obliger, comme État, là, à
développer des places lorsqu'il en manquera, on a cette obligation légale là.
Et ça, ça va nous permettre d'avoir une obligation de moyens qui va garantir une place, à terme, à
chaque enfant. Oui, bien sûr, parfois, il va y avoir un délai d'attente,
là, parce qu'il faut mettre les choses en branle. Mais c'est le meilleur
compromis qu'on a pour faire vivre le droit des enfants d'avoir une place dans
notre réseau, parce que notre réseau, il est différent de celui de l'éducation.
Vous n'êtes pas d'accord avec ça?
Mme Longchamps
(Lucie) : Oui, il est différent. Mais, moi, ce que je veux m'assurer,
c'est que votre moyen soit suffisamment fort et franc pour que tous les parents
du Québec cessent de s'inquiéter : Aurai-je une place à contribution
réduite ou pas?
M. Lacombe :
Bien, s'obliger à développer, est-ce que c'est assez fort pour vous dans la
loi? S'obliger, dans la loi, à développer des places lorsqu'il en manque,
c'est... qu'est-ce qui pourrait être plus fort que ça?
Mme Longchamps
(Lucie) : Je ne le sais pas, M. Lacombe. Dites-moi-le.
M. Lacombe :
O.K. Donc, je comprends que vous n'avez pas une meilleure idée que la mienne.
Non, mais je la dis en tout respect, parce que...
Mme Longchamps
(Lucie) : Là, vous me faites... tentez de me faire dire des affaires.
C'est filmé, ce que vous dites, là.
M. Lacombe :
Non, non, mais je suis d'accord sur l'objectif de fond. Mais, vous voyez, je
trouve que c'est assez éloquent, parce que vous-même qui êtes dans le réseau,
là, puis qui y réfléchissez, vous avez de la difficulté à concevoir comment on
pourrait arriver avec une meilleure... Puis je ne le fais pas pour vous mettre
dans l'embarras, là, je le fais parce que ça va être un point crucial de ce projet
de loi là et je sais, là, que mon collègue d'en face va...
Mme Longchamps
(Lucie) : Il attend, là.
M. Lacombe :
...va me suivre avec ça, puis c'est correct, parce que moi aussi, je veux qu'on
aille au bout de la question. Mais je veux m'assurer que, s'il y a des bonnes
idées, il faut qu'on les prenne en considération. Mais là je comprends que,
pour vous, l'idée, c'est d'avoir un signal fort...
Mme Longchamps
(Lucie) : Oui.
Lacombe : ...qu'on va faire
ce qu'il faut. Moi, je pense que ce signal-là, c'est de s'obliger pour la
première fois de l'histoire du réseau à
développer des places quand il en manque. Le gouvernement aurait une obligation légale.
Mme Longchamps
(Lucie) : Et c'est peut-être moi qui n'ai pas utilisé les bons mots.
Mais ce que je veux, c'est que le moyen soit fort, soit franc, soit clair et
que tous les parents du Québec aient, d'ici les prochaines années... puis qu'on
ne se mette pas un échéancier dans 10 ans, puis que tous les parents du Québec
aient droit à une place à contribution réduite à 8,50 $.
M. Lacombe :
Bon, bien, je pense qu'on est d'accord, là, je pense qu'on est d'accord. À
contribution...
Mme Longchamps
(Lucie) : À contribution réduite...
M. Lacombe :
À contribution réduite. Bon, O.K.
Mme Longchamps
(Lucie) : ...à contribution réduite.
M. Lacombe :
D'accord. Bien, on est d'accord sur... en tout cas, je pense, sur le mécanisme,
là. Mais il faut juste bien réaliser, c'est ça, que, si on veut copier
l'éducation, il y a des risques, là, parce qu