Labour and the Economy — 20 February 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2024-02-20
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de
l'économie et du travail ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 42, Loi visant à prévenir et à combattre
le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de
travail.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Martel (Nicolet-Bécancour) est remplacé par Mme Poulet (Laporte); M. Tremblay (Dubuc) est remplacé
par Mme Mallette (Huntingdon); Mme Cadet (Bourassa-Sauvé) est
remplacée par M. Morin (Acadie); et Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey)
est remplacée par Mme Caron (La Pinière).
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Lors de l'ajournement de nos travaux de
jeudi dernier, selon notre plan de travail, nous étions au sujet n° 3 portant sur la
Loi sur les normes du travail. Plus
précisément, le député d'Hochelaga-Maisonneuve venait de déposer un amendement
visant à introduire l'article 17.1. Le ministre avait fait ses commentaires,
mais je demanderais au député d'Hochelaga-Maisonneuve de relire l'article 17.1
afin que ceux qui nous suivent, qui suivent nos travaux puissent savoir de quoi
on parle ce matin.
Leduc : Bien sûr. Avec plaisir, Mme la Présidente.
Bonjour, d'ailleurs. Bon début de semaine à tout le monde.
17.1. Insérer, après l'article 17 du projet de
loi, le suivant :
17.1.
L'article 79.7 de cette loi est modifié
par l'ajout, à la fin, de l'alinéa suivant :
«En cas d'absence à la suite d'une situation de
violence conjugale ou de violence à caractère sexuel au sens de la
Loi sur la
santé et la sécurité du travail, les dix premières journées sont rémunérées,
sans égard à la durée du service continu.»
Je peux peut-être... Voulez-vous que je le
réexplique un peu, tant qu'à y être, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Allez-y.
M. Leduc : Dans le fond, dans la
révision de la
Loi sur les normes du travail de 2017‑2018, il y avait eu tout
un débat, toute une discussion nationale à l'effet de rajouter des congés dans
les normes du travail, évidemment, les normes
du travail s'appliquant aux gens qui n'ont pas de convention collective ou qui
en ont une, puis c'est au moins la... c'est au moins ça, là, qui est son
contenu. Et on avait rajouté des congés, pour un total de 10, puis il y avait
eu, donc, une deuxième bataille qui
disait : Il faut que ces congés-là soient rémunérés. Puis, à l'époque, ma
formation politique, les mouvements sociaux, populaires et syndicaux
disaient qu'il fallait que les 10 journées soient rémunérées. C'était ça,
la demande, qui n'avait pas été complètement entendue. Il n'y avait que deux
journées qui avaient été rémunérées. C'est ce qui est dans la loi actuellement.
Moi, je ne reviens pas avec la demande originale
mais avec une variation sur le même thème, qu'on pourrait dire, qui dit qu'on pourrait demander que les 10
journées, ce soit pour tout le monde. C'est un peu notre vision
générale, à Québec solidaire. Mais, dans le cas de l'étude de ce projet de loi
là qui se concentre sur la question de la violence au travail, qui se concentre
sur la question du harcèlement psychologique et sexuel, bien, on se dit :
Au moins, pour ces personnes-là qui vivent
de la violence conjugale, qui vivent des violences à caractère sexuel, cette
idée-là que les 10 congés qui sont disponibles puissent être des congés
rémunérés, c'est ce qu'on met au jeu. Ça ne coûterait pas une fortune. Ça s'appliquerait uniquement aux personnes qui
sont dans cette situation-là. Parce que je vous répète, encore une fois,
que c'était réclamé pour tout le monde, pour
les situations de conciliation travail-famille, etc., mais là on y va
vraiment juste sur la question de la violence, la violence à caractère sexuel.
Puis je vous dirais qu'en plus, quand on vit
cette violence-là, ce que la littérature nous dit, c'est que c'est un choc,
hein, c'est un choc difficile, c'est un choc émotif. Ça peut prendre un certain
temps à s'en... juste à se remettre, à
retomber sur ses pieds puis pouvoir continuer à vivre de manière générale. Et
la question de prendre suffisamment de temps pour se ressaisir, en ce
moment, est un luxe que ce n'est pas tout le monde qui peut s'offrir. Si on vit
au salaire minimum, si on vit à temps
partiel... si on travaille à temps partiel, plutôt, ce n'est pas quelque chose
qui est facile d'envisager, de
dire : Oui, oui, c'est bon, je vais avoir besoin de cinq, six, huit,
10 jours pour me remettre sur pied puis retourner au travail. Si on
n'a pas les moyens avec la hausse du coût de la vie actuelle, avec l'explosion
des coûts des logements, des loyers, bien, ce n'est pas de trop,
10 journées payées, ce n'est pas trop.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vais céder maintenant la parole au député
d'Acadie.
Morin : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, tout le monde.
J'écoute mon collègue le député d'Hochelaga-Maisonneuve avec intérêt.
Maintenant, est-ce qu'on a une idée du coût? Est-ce que ce sont les employeurs
qui vont avoir à le payer? Puis est-ce qu'on
a exploré d'autres moyens de compenser ou d'offrir une compensation pour les
gens qui sont victimes de ces comportements-là qui sont totalement inexcusables
et qu'il faut dénoncer?
La Présidente (Mme D'Amours) : D'autres
interventions? M. le ministre.
M. Boulet : Bien, moi, j'ai fait mes
commentaires. Quant au coût, 227,4 millions annuellement pour ajouter cinq journées rémunérées, pour les employeurs,
alors qu'il y a un régime social, il y a des indemnités qui sont
prévues, notamment dans la
Loi sur
l'indemnisation des victimes d'actes criminels... J'ai beaucoup de respect pour
la demande, ceci dit, mais mes commentaires ont été faits de manière
complète. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. D'autres commentaires? M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Leduc : J'aimerais relancer le ministre sur le chiffre
qu'il vient de nous donner. C'est un chiffre pour l'ensemble des
salariés?
M. Boulet : C'est un chiffre pour
l'ajout de cinq. Parce que vous demandez 10. Il pourrait y en avoir deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, 10,
dépendamment de... Donc, c'est une évaluation du coût de cinq congés
rémunérés pour les employeurs au Québec.
M. Leduc : Mais des cinq autres
journées rémunérées pour l'ensemble des salariés. Parce que ce n'est pas ça qui
est au jeu en ce moment.
M. Boulet : Pour les employeurs.
M. Leduc : Relisez bien l'amendement
que je vous soumets, là.
M. Boulet : Non, non, non. J'ai bien
dit : Cinq jours rémunérés, pour les employeurs, ce que ça représente.
C'est sûr qu'il peut y avoir foule d'hypothèses.
M. Leduc : On se comprend mal.
M. Leduc : On se comprend mal. Vous,
vous me dites ce que ça représente, cinq jours, pour les employeurs. Je
l'entends. Mais est-ce que je comprends de votre chiffre... C'est pour tous les
salariés qui y auraient droit.
M. Leduc : Ce n'est ça que je vous
soumets.
M. Boulet : Ah! tout à fait. Non,
j'ai bien compris.
M. Leduc : Donc, le chiffre que vous
nous soumettez n'est pas le bon par rapport à l'amendement que je vous soumets.
M. Boulet : Je ne veux pas faire de
lien entre l'amendement et le coût. Je dis simplement ce que ça peut impliquer
comme fardeau financier pour les employeurs. Je n'ai pas dit 10 puis... mais,
oui, pour l'ensemble des employeurs, ce que des congés rémunérés peuvent
représenter en termes financiers.
Leduc : Mais là on parle des pommes et des oranges, là.
Vous me dites : 250 millions annuellement, pour les employeurs, pour cinq congés pour l'ensemble des
salariés. Moi, je vous dis : On devrait se concentrer, à ce
moment-ci, seulement sur les cas d'absence à la suite de violence conjugale et
de violence à caractère sexuel. Ça doit être une fraction de ça, là.
Boulet : Mais j'ai compris. En même temps, n'oubliez pas de
tenir compte de la prévalence du phénomène, hein, puis des statistiques provenant de l'enquête sur les inconduites
sexuelles de la Statistique Canada, du ministère du Travail. Mais par ailleurs
j'ai répondu avec d'autres articles de la
Loi sur les normes du travail et
d'autres régimes, notamment, découlant de
l'application de la
Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Mais je comprends très bien que ce que... le lien auquel vous faites
référence. Ce n'est pas nécessairement 225 millions. Il faudrait que ce
soit analysé au cas par cas.
Leduc : Bien, c'est sûr que ce n'est pas... Si, les cinq journées pour
tout le monde, vous estimez ça à 250 millions, puis moi, je vous soumets
que c'est pour les personnes victimes de violence à caractère sexuel, c'est sûr
que ce n'est pas ça. C'est sûr que c'est une fraction de ça.
M. Boulet : Bien
compris.
M. Leduc :
On s'entend là-dessus.
M. Boulet :
Je suis d'accord. Quelle est la fraction, je ne suis pas en mesure de le
déterminer.
M. Leduc : Bien
là, moi non plus, on s'entend, mais on...
M. Boulet : C'est
tellement hypothétique. Mais vous avez raison.
M. Leduc : ...on se comprend là-dessus. Vous évoquez cinq
journées. Vous l'avez... Moi, j'essaie de comprendre pourquoi vous avez
calculé cinq journées.
M. Boulet : Bien, vous le savez, déjà, depuis le 12 juin 2018,
il y a deux journées rémunérées. Et donc on a utilisé l'hypothèse des
deux jours rémunérés et de son impact, et on a considéré ce que cinq jours
rémunérés pouvaient représenter.
M. Leduc : Donc,
si vous avez fait ce calcul-là, c'est que vous avez jonglé avec l'idée, un
certain temps, de le mettre dans votre projet de loi. Ce n'est pas un... C'est
rare qu'on investit du temps et de l'énergie pour faire ce genre de calcul là
juste pour le plaisir.
M. Boulet : Non.
Vous savez que ce n'est pas la première fois qu'on discute de cette demande-là,
M. mon collègue. Vous le savez très bien. Donc, l'argumentaire est préparé
depuis un certain temps.
M. Leduc : Donc,
si vous l'avez évalué, pourquoi vous ne l'avez pas gardé dans votre projet de
loi?
M. Boulet : Bien,
parce que ce n'est pas un projet de loi qui vise... tu sais, c'est... à réparer
les torts causés par une meilleure cohésion
des recours, par une diminution des risques de victimisation secondaire, par
une réparation des torts en tenant compte de la réalité de chaque
personne, et c'est ça que vise le projet de loi. Ce n'est pas un projet de loi
qui concerne la rémunération de congés additionnels.
M. Leduc : Oui,
mais, dans un projet de loi comme ça, vous touchez à toutes sortes d'affaires.
Vous touchez aux clauses d'amnistie, vous touchez à plein d'affaires, puis
c'est normal. Là, vous me dites : Celle-là, elle est de trop. Bien, moi, à
la limite, j'aurais pu plaider qu'il y en a plein d'autres, dans votre projet
de loi, qui est de trop. Ça devient un éditorial que vous faites, là. Ce n'est
pas comme un...
M. Boulet : Je
comprends. Je n'ai plus d'autre commentaire, Mme la Présidente.
M. Leduc : Parce qu'il y a... il y a plusieurs mémoires, là,
qui font référence explicitement à cette demande-là, notamment du côté
syndical, la plupart... en fait, pas mal toutes les centrales qui sont venues
ici nous parler, là, FTQ, CSN, CSQ. Il y a celui de la CSD aussi qu'on n'a pas
eu l'occasion d'entendre, malheureusement, mais qui l'ont explicitement mentionné.
Je vous lis juste un passage, justement, celui de la CSD, qui dit : «Une
telle proposition est essentielle, car la
capacité de maintenir le lien d'emploi et une source de revenus est cruciale
pour que la victime puisse se libérer de sa situation de violence et de
lui donner le temps de restructurer son quotidien. Ces 10 jours d'absence
rémunérés permettraient aussi à la personne de ne pas être exposée à la
violence dont elle est victime dans son milieu de travail et de prévenir des
conséquences encore plus désolantes pour celle-ci.»
M. Boulet : Bien, je n'ai pas de commentaire particulier, sauf
de vous rappeler ce que j'ai mentionné lors de notre dernière journée d'étude détaillée, que ça ne fait
pas
partie du rapport du comité des trois expertes. Me Laflamme,
Me Cox, Me Gesualdi-Fecteau ne nous ont pas fait une recommandation
de cette nature-là.
je vous rappellerai qu'il y a une loi toute récente qui a été adoptée en 2021
sur l'indemnisation des victimes d'actes
criminels. On a une structure. On a un réseau social. On a, dans la loi que
nous allons éventuellement adopter, un écosystème
qui va permettre non seulement d'accompagner, d'aider, mais de s'assurer qu'il
y ait une juste compensation. Puis il y a même la possibilité d'obtenir
des dommages punitifs, là. C'est un
article à venir, là. Mais je pense que le
projet de loi forme un tout cohérent. Et je reviens sur le comité d'expertes,
qui a été notre principal guide dans ce... dans l'élaboration du projet de loi.
M. Leduc : ...M. le ministre, mais le rapport de Me Cox et
consorts ne traitait pas des clauses d'amnistie non plus.
Boulet : Non, tout à fait, mais ça, ça s'imposait
socialement. C'était devenu un impératif social. D'ailleurs, on l'a
adopté, puis j'en suis extrêmement fier, à l'unanimité ici.
M. Leduc : Donc,
l'insuffisance des congés prévus aux normes du travail, ça, ça ne s'impose pas.
M. Boulet : Non. Ça a été revu au
mois de juin 2018 puis ça a été analysé. Il y a eu deux nouvelles journées
complètement rémunérées. Ne négligez pas le 26 semaines où le lien d'emploi est
protégé. Ne négligez pas la loi, l'IVAC. Ne négligez par les impacts financiers
et... En fait, je pense avoir complété l'ensemble des commentaires que je
pouvais faire.
Leduc : Bien, écoutez, peut-être une dernière chose, Mme
la Présidente. C'est que, visiblement, il n'y a pas de consensus, là. J'ai, comme je vous disais,
plusieurs mémoires qui réclament. Parce que, des fois, le ministre me
dit : Ah! mais là personne n'en a parlé dans les audiences. Bien là, j'en
ai plusieurs, mémoires, qui disent : Il faut rajouter des éléments. On nous dit : Ah! ce n'était
pas dans le rapport Cox, mais les clauses d'amnistie non plus, puis
pourtant on en a débattu en long et en large hier. Puis c'est une bonne idée,
là, qu'on ait joué dans les clauses d'amnistie. Ça fait que j'avoue... j'avoue
être un peu surpris de... je dirais, le... la conviction du ministre que l'état
actuel convient, l'état actuel des choses convient. Moi, je trouve, ça ne
convient pas du tout.
J'aurais pu
arriver pour dire : On ouvre les valves, 10 jours pour tout le monde.
J'ai essayé une voie de passage, un compromis de cibler seulement les
personnes en violence conjugale et violence à caractère sexuel.
Peut-être une
dernière tentative, Mme la ministre. Je ne sais pas si c'est le 10 qui est de
trop. Si on disait juste cinq jours, juste pour les personnes en
situation de violence conjugale, est-ce que ce serait un compromis intéressant?
Boulet : Il y a deux jours qui ont été ajoutés en 2018.
Donc, mes commentaires s'appliquent à ce que vous venez de proposer.
M. Leduc : C'est beau, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres commentaires sur le 17.1? Je vais le mettre aux voix. Est-ce que le...
M. Leduc : ...par appel nominal,
s'il vous plaît.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
La Secrétaire : Mme Mallette
(Huntingdon)?
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Secrétaire : Mme Boivin Roy
(Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : M. Morin
(Acadie)?
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
Secrétaire : Mme D'Amours (Mirabel)?
La Présidente (Mme D'Amours) : Abstention.
Donc, l'article est rejeté. Nous poursuivons maintenant, selon l'entente,
à l'article 21, s'il vous plaît. M. le ministre.
M. Boulet : Oui.
Merci, Mme la Présidente.
L'article 122 de cette loi est modifié par
l'insertion, après le paragraphe 2° du premier alinéa, du paragraphe suivant :
«2.1°
pour le motif que la personne [...] lui a fait un signalement concernant une
conduite de harcèlement psychologique commise envers une autre personne
ou a collaboré au traitement d'un signalement ou d'une plainte portant sur une
telle conduite;».
Commentaire.
Donc, on a ajoute, on en avait parlé fréquemment, à l'article 122
concernant l'interdiction d'exercer des mesures de représailles. Puis ça
protège, évidemment, la personne salariée qui effectue un signalement pour une conduite de harcèlement commise envers une autre
personne salariée ou qui collabore au traitement d'un signalement ou
d'une plainte portant sur une telle conduite. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Commentaires sur l'article? M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente. Alors, j'aurais quelques
questions pour vous, M. le ministre. En fait, que doit comporter un
signalement? Je comprends que c'est un... c'est un ajout à l'article 122
de la
Loi sur les normes du travail, qui traite de congédiement interdit, mais alors
qu'est-ce que... Comment ça doit être fait? Comment procéder? Parce qu'évidemment... Ma compréhension, c'est
que, compte tenu du signalement qui pourrait être fait, on veut
s'assurer que la personne qui en est victime ne subira pas de représailles ou
de congédiement interdit. Donc, ce que j'essaie de voir avec vous, c'est :
Est-ce qu'il y a une façon simple, bien... bien décrite, de procéder pour
s'assurer, évidemment, que la victime n'en subira pas un préjudice?
Et on en a... on en a
parlé précédemment avec les différentes définitions, mais, si mon souvenir est
bon, l'Association nationale Femmes et droit
se demandait si ça allait couvrir les violences à caractère sexuel. Je
comprends que vous faites une référence à
harcèlement psychologique puis qu'on est dans la
Loi sur les normes du travail,
mais est-ce que c'est... est-ce que
c'est très... est-ce que c'est très clair? Et qu'est-ce qui arrive si, par
exemple, des victimes entament des
recours en vertu d'autres lois? Est-ce que... est-ce que, donc, elles vont
pouvoir quand même faire un signalement? Est-ce que ça inclut, comme je
le soulignais, les violences à caractère sexuel? Je pense que ça mérite une
discussion pour que ce soit bien clair pour tout le monde. Merci, madame.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. M. le ministre.
M. Boulet : Oui. En fait, très, très simplement, c'est un
article assez standard. À l'article 122 de la
Loi sur les normes du travail, on indique
une liste de comportements qui sont prohibés... qui sont protégés, en fait, et
ici on vient protéger un nouveau
comportement, c'est-à-dire celui de signaler ou de participer à un signalement,
contre des mesures de représailles.
Et on est, effectivement, dans la Loi
sur les normes du travail, et c'est
le harcèlement psychologique, et ça comprend lorsque... une telle
conduite, lorsqu'elle se manifeste par de telles paroles, de tels actes ou de
tels gestes à caractère sexuel. Donc, c'est bien couvert.
Ceci
dit, pour le bénéfice de mon collègue, le contenu minimal, là, l'article qu'on
a adopté va permettre de... à la personne qui est victime d'être aidée,
puis accompagnée, puis de rencontrer... on a rajouté la personne qui va voir à
l'application de la politique, et elle sera guidée quant à la façon de faire
son signalement et la suite qui y sera donnée.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...M. le député. Mme la députée...
Mme Caron : Merci, Mme la Présidente. Alors, bonjour à tout le
monde. Je voulais... Je reviens avec le chèque emploi-service, que
j'avais mentionné au départ, parce que, dans les obligations, même existantes,
dans la
Loi sur les normes du travail, et y compris, évidemment, l'ajout d'aujourd'hui,
c'est très difficile d'application pour les personnes qui... les employés, une trentaine de... une
trentaine de mille employés, en vertu du chèque emploi-service, qui
sont des personnes... principalement des personnes vulnérables, des
femmes immigrantes qui ne connaissent pas tous leurs droits. Et aussi les
employeurs sont les usagers ou bien, quand l'usager est inapte, c'est sa
personne proche aidante.
Et puis il y a un
rapport de recherche qui a été fait, en novembre dernier, qui disait que même
les obligations actuelles, par exemple, de
rendre disponible une politique de prévention du harcèlement psychologique et
de traitement des plaintes... que
c'est... ce n'est pas... selon les témoignages des intervenants sur le terrain,
ce n'est pas mis en place, ce n'est pas respecté dans le cas du chèque
emploi-service. On comprend... on comprend la difficulté.
Alors,
la question que je vous soumets, c'est : Comment... comment vous comptez
faire pour que dorénavant ça fonctionne,
que ce soit possible de... que les employeurs usagers mettent en application la
loi et que les 30 quelques mille préposés qui travaillent en vertu de ce
programme-là aient la même protection que d'autres employés salariés?
Boulet : Je suis bien sensible à ce que vous soulevez. Et,
si vous permettez, on va en discuter quand on sera rendus à la
Loi sur
les accidents de travail, qui est le régime d'indemnisation. Puis là on est en
train de préparer une fiche pour vous alimenter sur tout l'environnement
relatif au chèque emploi-service. Mais on va vous revenir avec ça, Mme la
députée.
La Présidente (Mme D'Amours) : Y
a-t-il d'autres interventions? Mme la députée.
Caron : Bien, d'accord. Je vous remercie. Et puis je
voulais... Je ne sais pas si c'est un rapport de recherche auquel vous avez... vous avez accès, qui,
vraiment, fait un travail assez exhaustif sur le chèque emploi-service, et
autres, par des professeurs. Si jamais vous... votre équipe ne l'a pas, je
pourrais le transmettre.
M. Boulet : Ah! tout à fait. Bien,
avec plaisir. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Député
d'Hochelaga-Maisonneuve, la parole est à vous.
Leduc : Oui. Merci. Question rapide, M. le ministre. Je
suis content de ce rajout-là. C'est une bonne... bonne nouvelle. Puis, honnêtement, je pensais que
c'était déjà le cas, ça fait que... Bien, enfin, on découvre, des fois :
Ah oui! ce n'est pas prévu, ces affaires-là. Bon, tant mieux. Ça fait
que, là, on le fait. Bonne nouvelle.
Est-ce que, quelque
part, il est prévu quelque chose pour soutenir, lorsque le besoin se fait
sentir, les personnes qui vont,
justement, signaler un cas de harcèlement de d'autres personnes? Parce que ça
peut être... Il peut y avoir une forme
de traumatisme aussi pour le signaleur ou la signaleuse, je ne sais pas si
c'est ça, le terme exact, là, mais quand on constate quelque chose puis
qu'on décide d'aller voir son employeur pour dire : Je dois signaler
quelque chose. Il peut y avoir une forme de traumatisme aussi. Qu'est-ce qui
est prévu dans ces cas-là?
Boulet : Ah mon Dieu! Bien, la personne qui va recevoir le
signaleur ou la signaleuse ou qui va collaborer à un signalement va s'assurer... bien, tu sais, elle
va avoir les connaissances, là. Elle est formée pour orienter la
personne vers une mesure qui correspond à sa
situation. Donc, s'il y a des dommages psychologiques, oui, elle sera référée,
tu sais. Puis souvent il y a des
programmes d'aide aux employés, là. Mais, oui, tout à fait, vous avez raison,
il faut s'assurer non seulement que la personne signale, mais qu'elle
bénéficie d'un accompagnement. Puis ça, ça va être prévu dans la politique,
hein?
Leduc : ...pour le bénéfice des gens qui nous écoutent, ce
n'est pas... La personne qui est victime, évidemment, de harcèlement,
elle a nécessairement accès à tout ça. C'est normal. C'est prévu. Mais, si
nous, on constate quelque chose puis qu'on a assez de courage pour aller voir
son employeur puis le signaler, on est susceptibles aussi de se faire offrir
des mesures d'aide.
M. Boulet : Totalement. La personne
qui collabore au signalement... Puis je réfère souvent à l'importance d'intégrer dans les milieux de travail une culture
de signalement. Et ce n'est pas seulement que la personne qui est
victime, mais la personne qui est témoin ou qui constate un cas de violence à
caractère sexuel, notamment.
Leduc : Est-ce que la littérature a, comme, une position?
Parce que, des fois, il y a... J'avais lu des trucs qui disaient : Il faut laisser la victime faire
le chemin de la dénonciation versus : Là, il faut que toute forme de
harcèlement cesse immédiatement. Ça fait comme deux pôles qui n'étaient pas
toujours faciles à conjuguer. Vous, vous dites qu'il faut qu'on développe la
culture du signalement, puis je l'entends, puis je suis assez d'accord, mais...
M. Boulet : Oui, bien, c'est parce
qu'il y a une obligation déjà, dans la
Loi sur les normes du travail, d'avoir une... maintenant, une politique claire et de
prise en charge. Et il faut que tu préviennes et, quand tu sais, il faut que
tu corriges. C'est le terme qui est utilisé dans la loi. Ça fait qu'à partir du
moment où tu sais il faut que tu prennes les mesures, comme employeur, pour que
ça cesse, le harcèlement.
M. Leduc : Je comprends. Et, pour
être bien clair, si la personne qui fait le signalement a accès à une mesure
d'accompagnement, ce n'est pas une mesure qui est prévue dans les normes du
travail. Ça va dépendre, au cas par cas, de l'employeur...
M. Boulet : Bien oui, bien oui.
M. Leduc : ...s'il y a un programme
d'accès à l'employé. S'il n'y en a pas, j'imagine, ça va être une espèce...
M. Boulet : Bien, dans sa politique,
oui.
M. Leduc : Dans sa politique.
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Leduc :
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions pour l'article 21? Est-ce que l'article 21 est
adopté?
Présidente (Mme D'Amours) : Adopté. Nous passons maintenant à
l'article 22. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
L'article 123.3 de cette loi est modifié par l'insertion,
après le deuxième alinéa, du suivant :
«La personne
nommée en vertu du premier alinéa peut mettre fin à la médiation si elle
estime, compte tenu des circonstances, que son intervention n'est pas
utile ou indiquée; elle en avise alors par écrit les parties.»
Commentaire. Cette modification prévoit que le
médiateur nommé dans le cadre d'un recours à l'encontre d'une pratique interdite peut mettre fin à la médiation lorsqu'il estime
que son intervention n'est pas utile ou indiquée. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Commentaires? M. le député d'Acadie.
Morin : Merci, Mme la Présidente. Alors, dans le cadre de
la médiation, on est toujours dans la
Loi sur les normes du travail, ça,
donc, inclut les violences à caractère sexuel. Est-ce que vous prévoyez un
mécanisme qui ferait en sorte que la victime pourrait être accompagnée?
Puis, l'autre chose également, il ne faudrait
pas qu'il y ait une des deux parties qui se ramasse seule ou qui soit
abandonnée dans le cadre de l'échec de la médiation. On ne veut pas non plus
que les gens, après ça, soient découragés à
continuer avec leurs plaintes. Et c'est d'ailleurs, dans le mémoire de la Fédération étudiante collégiale du Québec,
des éléments qui ont été identifiés, notamment. Donc, j'aimerais vous entendre
là-dessus, M. le ministre, pour savoir comment ça va fonctionner
exactement.
Boulet : Bon, c'est relativement simple, hein, puis ça
confirme l'état du droit, collègue. En fait, le médiateur a ce
pouvoir-là en vertu du Code de procédure civile si les circonstances le
justifient. Généralement, c'est quand il y a de l'hostilité, et ça existe dans
des cas de harcèlement et de violence ou ça existe dans les cas où le rapport
de force est déséquilibré, puis c'est prévu, donc, à 614 du Code de procédure
civile. Et le libellé proposé est totalement analogue à celui qu'on retrouve à
la
Loi sur la Commission municipale.
Ceci dit, les
médiateurs offrent systématiquement la possibilité d'avoir une conférence
préparatoire individuelle. Puis il ne
faut pas oublier qu'ils ont suivi une formation en matière de violence à
caractère sexuel. Ça fait que c'est vraiment un
article qui s'impose par
lui-même et qui confirme l'état du droit et de la législation en matière de
médiation.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...d'autres...
Oui, M. le député d'Acadie.
Morin : Merci, Mme la Présidente. Oui, bien,
effectivement, c'est sûr que, dans le Code de procédure civile... D'ailleurs, c'est encouragé. J'ai participé à
plusieurs travaux en commission parlementaire avec le ministre de la
Justice pour améliorer l'efficacité de la justice. On a suggéré de la
médiation. Ça existe, évidemment, bien sûr, à la Cour des petites créances. On
veut que la justice soit accessible. Puis le Code de procédure civile règle un
ensemble de situations qui s'appliquent à l'ensemble du droit, et des recours,
et des litiges au Québec.
Maintenant,
ici, c'est un peu particulier parce que... Dans le cadre de ces plaintes-là,
particulièrement dans les violences à caractère sexuel, bien, moi, je
veux juste m'assurer que, dans un cas où le médiateur déciderait de mettre fin puis qu'il avise les parties par écrit... que
la victime ne va pas se ramasser toute seule, qu'il n'y aura pas de suivi,
puis qu'après ça, bien, elle va être
découragée de poursuivre les recours qu'elle peut avoir, puis ma... ce qui...
évidemment, ce qui peut arriver dans des recours plus généraux en vertu du Code
de procédure civile ou devant la Cour des petites créances, mais l'émotivité, la gravité, l'impact, l'impact psychologique
n'est pas le même. Et c'est juste ça que je veux m'assurer. Je comprends
que ça fait
partie de... puis c'est utilisé dans d'autres lois, ça, c'est
certain, mais je veux juste m'assurer que, dans un cas comme ça, la victime ne
va pas se ramasser seule puis que, là, elle sera... elle va être découragée de
poursuivre ses recours.
M. Boulet : ...je vous l'assure. Les
médiateurs sont formés. Ils vont offrir aussi la possibilité de bénéficier
d'une conférence préparatoire individuelle. Donc, les médiateurs sont des êtres
humains formés et qui ont l'habitude de cas qui sont délicats au plan humain.
Ça fait que, oui, je vous assure absolument que les personnes ne seront pas
laissées à elles-mêmes, là.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. D'autres interventions sur
l'article 22? Est-ce que l'article 22 est adopté?
La Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté.
L'article 23... M. le député.
M. Morin : À 22.1, j'aimerais
déposer... bien, en fait, c'est un nouvel
article 22.1.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M. Morin : J'aimerais déposer un
amendement, et je pense qu'on vous l'avait déjà envoyé, en ce qui a trait au délai et à la connaissance du préjudice pour
être capable de déposer une plainte. Donc, je ne sais pas si vous
l'avez.
Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce que tout le monde l'a reçu ou si vous désirez
avoir un temps pour... Vous l'avez reçu, tout le monde? Donc, M. le
député d'Acadie, si vous voulez bien nous en faire la lecture.
Morin : Oui. Alors, voilà, donc, au fond, c'est,
article 22.1 : Insérer, après l'article 22 du projet de loi, le
suivant :
22.1
L'article 123.7 de cette loi est
modifié par le remplacement des mots «dernière manifestation de cette conduite»
par «connaissance du préjudice subi par cette conduite».
L'article modifié se lirait comme suit :
«123.7. Toute
plainte relative à une conduite de harcèlement psychologique doit être déposée
dans les deux ans de la connaissance du préjudice subi par cette
conduite.»
Et je pense qu'avec cet amendement-là ça nous
permettrait de couvrir un plus grand nombre de situations et surtout de s'assurer... Puis on en a parlé aussi
brièvement, Mme la Présidente, la semaine dernière avec M. le ministre,
ça permet, dans certains cas, d'élargir, bien sûr, le délai de deux ans, mais
ça permet surtout de ne pas oublier personne.
Il y a des... il y a des... Il y a des victimes
qui, à cause de la violence à caractère sexuel, vont subir un choc post-traumatique, ne pourront pas travailler, dans
certains cas, ne pourront pas non plus identifier d'une façon spécifique
le fait pour lequel elles ne sont plus
capables de travailler ou qu'elles subissent une détresse psychologique. Le
diagnostic peut venir, des fois, plus de
deux ans après mais peut être relié à un événement qui est survenu dans le
milieu de travail. Et, si mon
souvenir est bon, ça a été reconnu par différents experts. Je vais référer...
C'est... Dans le rapport des experts, je crois, c'était la recommandation 11, puis il y a aussi, dans le
mémoire de l'UTTAM, une recommandation à cet effet-là, ce qui fait que
ça permettrait d'élargir le volet pour s'assurer qu'on n'oublie personne et
qu'une victime pourrait être en mesure, évidemment, de déposer une plainte.
Donc, ça permettrait, donc, de faire en sorte que toutes les victimes
pourraient témoigner. Je ne sais pas si on a le mémoire ici.
M. Morin : OK. Donc, dans la LATMP,
il y avait une référence aussi à ça. Donc, ça permettrait à toutes ces victimes-là de ne pas vivre une situation où on
l'empêcherait. Puis là, bien évidemment, si le délai est dépassé,
évidemment, on peut toujours demander une
extension au tribunal, c'est ma compréhension de la loi, sauf que ça oblige la
victime à s'adresser au tribunal. Ça
l'oblige à démontrer encore une fois qu'il y a des motifs pour lesquels le
délai a été dépassé.
Et malheureusement ces situations-là arrivent
dans le milieu de travail. Il y a des... il y a des gens qui vivent des
situations de stress qui font en sorte qu'elles ne peuvent pas travailler. Puis
il y en a même qui vont subir, comme je le soulignais précédemment, un choc
post-traumatique qui fait en sorte que le délai peut s'écouler puis que ça peut
être même long avant d'avoir véritablement un diagnostic.
Donc, en proposant cet amendement-là, je ne
pense pas que ça aurait pour impact... ou avoir un gros impact sur l'ensemble
des procédures, mais ça permettrait surtout de ne pas échapper personne puis ça
permettrait aussi une certaine flexibilité pour les victimes plutôt que de leur
demander de s'adresser au tribunal si jamais le délai était expiré. Donc, c'est
l'objectif visé par cet amendement. Je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le ministre, commentaires?
Boulet : Oui. Je comprends et je respecte l'objectif. Ceci
dit, trois éléments. N'oubliez pas que le gouvernement qui nous a
précédés, en 2018, a fait une réforme en profondeur de la
Loi sur les normes du
travail. Alors que c'était un délai de 90 jours, c'est maintenant de deux
ans de la dernière manifestation. Et ça, c'était acclamé comme étant un délai
totalement respectueux de la capacité de la personne de s'exprimer et de faire
une plainte, un recours en réclamation pour être indemnisée.
Deuxièmement, «de la connaissance du préjudice»,
il y a un fardeau de preuve qui serait extrêmement complexe à surmonter. Et la
connaissance du préjudice ouvre la porte à la preuve d'éléments totalement
subjectifs et non objectivables par l'employeur.
Enfin, troisième point, c'est... il y a des
décisions du Tribunal administratif du travail, puis je pense que vous en avez
fait état, collègue, qui permettent d'être relevé du défaut de respecter le
deux ans de la dernière manifestation de la conduite de harcèlement quand la
personne soumet un motif raisonnable.
Ceci dit, je
suis... Et je pense que les acteurs patronaux qui nous écoutent sont
suffisamment préoccupés par la longueur
du délai sans en rajouter. Et, encore une fois, ça impliquerait l'ajout
d'éléments extrêmement complexes à mettre en preuve. Merci, Mme la Présidente. Mais je comprends l'objectif puis
je le respecte, là, mais on ne peut pas aller là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Acadie.
Morin : Oui. Je vous remercie, Mme la Présidente. Bien, je
vous dirai que, pour avoir moi-même discuté avec certains acteurs du monde
patronal, oui, ça peut allonger le délai, mais je pense que c'est quelque chose
qui... qui peut... qui peut se faire.
Maintenant,
en ce qui a trait au fardeau, bien, c'est vrai que ça demande un certain
fardeau, mais, de toute façon, ma compréhension, puis vous lui avez fait
référence, M. le ministre, si la victime s'adresse au tribunal pour être relevée d'avoir dépassé le défaut, elle va avoir
aussi une preuve à faire, le tribunal ne va pas... ne va pas l'accorder
juste... juste comme ça, là, sauf que ça va
obliger la victime à se présenter au tribunal. Donc, c'est des coûts, des
frais, du délai. Puis il me semble
qu'avec cette façon de procéder ça permettrait, dans certaines circonstances,
de simplifier les choses puis de permettre de procéder plus rapidement,
d'où le dépôt de cet amendement. Merci.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. D'autres commentaires sur
l'article 21... pardon, 22.1? Je vais la mettre aux voix. Est-ce
que l'article 22.1 est...
M. Morin : ...nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme D'Amours) : Bien
sûr, M. le député. Un vote par appel nominal. Mme la secrétaire, s'il vous
plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
La Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
La Secrétaire : Mme Mallette
(Huntingdon)?
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Secrétaire : Mme Boivin Roy
(Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire : Mme D'Amours
(Mirabel)?
Présidente (Mme D'Amours) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté. Nous
poursuivons à l'article 23. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
L'article 123.10 de cette loi est modifié par le
remplacement, dans le deuxième alinéa, de
«Le troisième alinéa de l'article 123.3 s'applique» par «Les troisième et
quatrième alinéas de l'article 123.3 s'appliquent».
Commentaire. Bon, c'est simplement une
modification de concordance avec l'article 22 du projet de loi. Donc, pure
concordance. Merci.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Des interventions sur
l'article 23? M. le député d'Acadie.
M. Morin : ...merci, Mme la Présidente. Donc, à 123.10, je
voulais simplement m'assurer que, dans un cas où c'est une victime...
qu'elle pourra être représentée puis que la commission pourra offrir à la
victime de la représenter, parce que je comprends l'importance de la médiation,
sauf que, surtout dans des cas de dossiers de harcèlement psychologique ou de
violence à caractère sexuel, il ne faudrait pas se retrouver dans une situation
où la victime se ramasse seule dans un processus de médiation.
L'article,
présentement, dit : «La Commission peut en tout temps, au cours de
l'enquête et avec l'accord des parties,
demander au ministre de nommer une personne pour entreprendre avec elles une
médiation. La Commission peut, sur demande de la personne salariée, l'assister
et la conseiller pendant la médiation.» Mais c'est un «peut».
«Le troisième alinéa
[...] s'applique à la médiation prévue au premier alinéa.»
Donc, je pense que
c'est particulièrement important, dans des cas de harcèlement psychologique
puis de harcèlement à caractère sexuel, que
la commission offre. Donc, à mon avis, ça ne devrait pas être un «peut», ça
devrait être un «doit» pour ces
circonstances-là, pour s'assurer que, dans le processus... Parce qu'on en a
parlé à quelques reprises, Mme la Présidente, pendant la durée des
travaux et de l'étude
article par article, c'est sûr qu'il y a des grandes entreprises où c'est plus facile pour des gens
d'avoir quelqu'un avec eux, d'être représentés, mais cette loi-là va
s'appliquer à l'ensemble des employeurs. Donc, je voudrais juste m'assurer que
la victime ne se ramassera pas dans une situation où elle sera seule.
Et j'aurai un
amendement à proposer pour cet article-là afin de s'assurer que la commission
devra offrir au salarié de le représenter
pendant la médiation. Je comprends l'importance de la médiation. Ça permet
parfois de simplifier, même souvent de simplifier le débat, d'accélérer
le débat. Puis, dans des cas comme ça, bien évidemment, plus les procédures
traînent, pire c'est. On est d'accord. Mais je pense que ça devrait être un
«doit» et non pas un «peut».
je ne sais pas si vous avez reçu l'amendement sur Greffier, mais ça s'en vient
vers chez vous. Puis j'aimerais, bien, évidemment, profiter de
l'occasion pour avoir des réactions de M. le ministre à ce sujet-là. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le ministre.
M. Boulet : En fait, je n'en ai pas, mais je respecte votre
volonté de faire un amendement. Mais on peut en discuter, là, plutôt que de débattre un amendement, là. Mais
c'est prévu. Puis on ne discute pas du... de la substance de 123.10.
C'est simplement, 23, une concordance. Donc... Et effectivement la
commission... En fait, il faut que la personne le demande, puis la commission peut l'assister, puis ça comprend le
cheminement, puis le processus, puis l'accompagnement. En même temps, la
personne peut ne pas vouloir. Ça fait qu'il n'y a pas de... il n'y a pas
d'obligation ou... de la commission. C'est à la discrétion de la personne.
Parfois,
la personne est syndiquée puis elle est accompagnée par un conseiller syndical.
Parfois, elle décide, dans un contexte non syndiqué, dans un contexte de
rapport individuel de travail, d'être accompagnée par une personne de sa
famille, une personne qui est formée en droit, une personne qui est formée en
semblable matière, là, parce qu'il n'y a pas
que les avocats. Et donc il y a une panoplie d'intervenants. Puis, bon, vous
avez vu avec la CNESST, tout le monde est formé. Il y a des
intervenants, il y a des conseillers en réadaptation, il y a Juripop. Ça fait
que, tu sais, il n'y a pas d'obligation. C'est aussi tenant compte de la
volonté.
Puis on a la ceinture
et les bretelles, là. On vient d'adopter un article. Quand le médiateur
considère qu'il y a un déséquilibre de rapport de force, quand le médiateur
considère qu'il y a de l'hostilité... C'est tellement adapté à la réalité de chaque cas. C'est pour ça qu'il n'y a
pas d'impératif de faire... d'emprunter un chemin plutôt qu'un autre,
là, en termes de représentation. Alors,
c'est ce que j'aurais à dire. Et ce seront les mêmes... ce seront les mêmes
commentaires que je ferai sur votre amendement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que vous avez reçu, Mme la secrétaire, l'amendement? On va le mettre sur
écran. Est-ce que vous désirez avoir un certain temps pour... C'est sur
Greffier. Donc, M. le député d'Acadie, vous pouvez lire votre amendement.
M. Morin : Oui.
Alors,
article 23,
article 123.10 de la
Loi sur les normes du travail :
L'article 23 du projet de loi est modifié par l'insertion, à la fin, de
l'alinéa suivant :
L'article 123.10
de cette loi est également modifié par l'ajout, à la fin du premier alinéa,
de «En matière de harcèlement
psychologique à caractère sexuel, la Commission doit offrir au salarié de le
représenter pendant la médiation».
L'article
modifié se lirait comme suit : «La commission peut en tout temps, au cours
de l'enquête et avec l'accord des
parties, demander au ministre de nommer une personne pour entreprendre avec
elles une médiation. La Commission peut, sur demande de la personne
salariée, l'assister et la conseiller pendant la médiation. En matière de
harcèlement psychologique à caractère sexuel, la Commission doit offrir au
salarié de le représenter pendant la médiation.»
permettez-moi, Mme la Présidente... En fait, l'objectif poursuivi ici, et aussi
pour répondre à l'argumentaire de M.
le ministre, c'est que la commission doit offrir aux salariés. Donc,
l'amendement ne vise pas à faire en sorte que la commission va devoir, dans tous les cas, accompagner le salarié, parce
que, comme M. le ministre disait, dans certains cas, effectivement, la
personne peut déjà être représentée, peut avoir un délégué, un représentant
syndical, peut avoir un avocat, ou autres,
bon, mais ce que je veux m'assurer, c'est que, dans les cas de harcèlement
psychologique à caractère sexuel, il n'y a personne qui va être oublié.
En fait,
c'est la même logique que l'amendement précédent. C'est que, dans ces
situations-là, compte tenu, souvent,
de l'impact, dans tous les cas... de l'impact sur la victime, c'est, donc, de
s'assurer qu'elle ne sera pas laissée à elle-même. Évidemment, si la personne a déjà quelqu'un, elle a juste à dire à la
commission : Non, non, ça va, écoutez, moi je suis bien représentée,
il n'y a pas de souci. Mais ce que je ne veux pas, dans le cas de gens qui sont
seuls, c'est que la commission, à un
moment donné, n'ait pas cette obligation d'offrir, et donc, là, il y a
quelqu'un qui se ramasse pas de représentation puis, évidemment, qui vit une situation qui est particulièrement
traumatisante. Alors, c'est l'objectif visé par l'amendement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Commentaires
sur l'amendement? S'il n'y a pas de commentaire, je vais mettre aux voix
l'amendement. Est-ce que l'amendement de...
M. Morin : ...demander un vote par
appel nominal.
Présidente (Mme D'Amours) : Oui, bien sûr. Mme la secrétaire, un vote par
appel nominal, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
La Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
La Secrétaire : Mme Mallette
(Huntingdon)?
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Secrétaire : Mme Boivin Roy
(Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire : Mme D'Amours
(Mirabel)?
La Présidente (Mme D'Amours) : Abstention.
Donc, l'amendement est rejeté. Nous revenons à l'article 23. Est-ce que
j'ai des commentaires pour l'article 23? Mme la députée de La Pinière,
la parole est à vous.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, la question que je vais poser avec l'article 23
tel quel : Est-ce qu'un employé, justement, du chèque emploi-service
pourrait demander à la commission de l'assister et la conseiller pendant la
médiation ou est-ce que c'est une information qui va venir plus tard dans...
M. Boulet : On va en discuter plus
tard et... Oui, tout à fait.
Mme Caron : Et, la fiche dont vous
avez... que vous avez mentionnée...
M. Boulet : Ah! tout à fait.
Mme Caron : ...est-ce qu'on va
l'avoir dans le courant de la semaine, pendant l'étude du projet?
M. Boulet : Ah!
bien oui, bien sûr.
Boulet : Oui, oui, puis j'aimerais ça demain, là. On sera
rendus, vraisemblablement, aux articles de la
Loi sur les accidents de travail et maladies professionnelles
puis on pourra... Je vais sûrement vous faire une présentation là-dessus.
M. Boulet : Avec plaisir.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. D'autres interventions sur le 23...
l'article 23? Est-ce que l'article 23 est adopté?
Présidente (Mme D'Amours) : Adopté. Maintenant, nous allons à
l'article 26. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
L'article 125 de cette loi est modifié par le remplacement,
dans le premier alinéa, de «Les deuxième et troisième» par «Les deuxième,
troisième et quatrième».
Commentaire. Pure modification de concordance,
là. C'est le recours à l'encontre d'un congédiement fait sans cause juste et
suffisante. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Interventions sur la... sur
l'article 26? M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Juste nous expliquer un
peu plus la nature de la concordance.
Boulet : Ah mon Dieu! Avant, c'étaient les deuxième et
troisième, maintenant c'est les deuxième, troisième et quatrième alinéas de 123.3. Donc, 123.3, vous
me faites faire votre travail, là, hein, c'est l'information
confidentielle.
M. Leduc : C'est ce qu'on a rajouté
plus tôt.
M. Boulet : Exact. C'est simplement
de la concordance.
Présidente (Mme D'Amours) : D'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre
intervention, je vais mettre aux voix l'article 26. Est-ce qu'il
est adopté?
La Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
Nous revenons à l'article 24, tel que le plan accepté.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
L'article 123.15 de cette loi est modifié :
1° par la suppression, dans le paragraphe 4°, de
«punitifs et»;
2° par l'ajout, après le paragraphe 4°, du
suivant :
«4.1° ordonner à l'employeur de verser à la
personne salariée des dommages et intérêts punitifs;».
Commentaire. Bon, on en a parlé, on en a
débattu, c'est pour permettre au Tribunal administratif du travail d'accorder des dommages et intérêts punitifs
malgré que la personne salariée soit victime d'une lésion
professionnelle découlant du harcèlement psychologique ou lorsqu'elle l'estime
probable. Donc, sans faire l'historique, là, je pense qu'on en a parlé
fréquemment. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Interventions sur l'article 24? M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Donc, je comprends, M. le ministre, qu'à 123.15, dans les décisions, notamment, que le tribunal peut rendre,
vous allez enlever «punitifs» à 4°, mais que vous allez rajouter un 4.1° où,
là, le tribunal pourrait ordonner à l'employeur de verser à la personne
salariée des dommages et intérêts punitifs.
Maintenant,
dans 4°, je comprends que les dommages moraux vont rester. Et, quand on va voir
après, à 123.16, donc, dans le cas
des lésions professionnelles, je comprends que le tribunal, éventuellement,
pourrait toujours ordonner des dommages punitifs, parce que 123.16
réfère à 4° et non pas à 4.1°.
M. Boulet : Excusez, je n'ai pas
compris votre dernière phrase.
Morin : OK. Je comprends que ce que vous voulez faire à
123.15, c'est enlever de 4° des dommages et intérêts punitifs, mais vous laissez les dommages moraux,
et que vous voulez rajouter, à 4.1°, «ordonner à l'employeur de verser à la personne salariée
des dommages et intérêts punitifs». Donc, vous voulez en faire un item à part,
puis j'aimerais ça également qu'on
puisse discuter pourquoi, mais, quand on regarde, après, 123.16, au niveau des
lésions professionnelles, le tribunal administratif, en application de
123.15, pourra ordonner des dommages moraux, mais il va pouvoir aussi ordonner
des dommages punitifs, parce que 123.16 ne fait pas référence à 4.1° mais
uniquement à 4°.
M. Boulet : Oui. Bon, peut-être un
peu d'historique, là, que j'ai déjà fait, là, c'est un régime d'indemnisation sans égard à la faute, celui prévu en matière
d'accidents de travail, maladies professionnelles. Donc, les indemnités,
avant l'adoption de la loi, il y avait des recours, des poursuites en
responsabilité. Maintenant, il n'y en a plus. C'est une indemnisation sans égard
à la faute.
Puis ici ce
qu'on vient distinguer, c'est qu'en matière de harcèlement il y aura
possibilité, au Tribunal
administratif du travail, d'ordonner le paiement de dommages et intérêts
punitifs, mais c'est quand il y a une atteinte malveillante, là, c'est
quand il y a une atteinte illicite, abusive et inacceptable. Donc, ça, ça porte
atteinte à l'immunité, au principe d'immunité, qui est véritablement
fondamental tant pour les employeurs que pour les travailleurs et les
syndicats. Et donc ça, c'est une brèche qui
vient mettre l'accent sur l'importance de bien compenser la personne qui est
victime. Et donc il y a l'aspect punitif qui est prévu, notamment, avec
la nouvelle formulation.
Présidente (Mme D'Amours) : D'autres interventions? M. le député d'Acadie? M.
le député d'Hochelaga-Maisonneuve, ça va? Donc, l'article 24 est-il
adopté?
La Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
Nous avons reçu, sur... du député d'Hochelaga-Maisonneuve, un ajout de
l'article 24.1, un amendement, si vous voulez bien nous en faire la
lecture.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Insérer, après l'article 24 du projet de loi, le suivant :
24.1. Remplacer l'article 123.16 de cette loi
par le suivant :
«123.16. Les
paragraphes 2° et 4° de l'article 123.15 ne s'appliquent pas pour une période
au cours de laquelle le salarié reçoit l'indemnité de remplacement du
revenu au sens de l'article 44 de la
Loi sur les accidents du travail et les
maladies professionnelles.»
Et «le
paragraphe 6° de l'article 123.15 ne s'applique pas pour une période au cours
de laquelle le salarié reçoit l'assistance médicale au sens de l'article
189 de la
Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles».
Courte explication, Mme la Présidente. C'est le
fameux dossier du 123.16 qui a été abordé, là, abondamment autant par les
groupes syndicaux que les expertes. Je vais... Je me réfère surtout au groupe
des expertes. Puis M. le ministre se rappellera que, quand je leur ai posé la
question de c'était quoi, leurs trois priorités, celle-là est sortie, hein? Et
c'est un problème de... comment je dirais ça, de concordance entre la
Loi sur
les normes du travail puis la
Loi sur les accidents de travail et maladies
professionnelles.
Les expertes
disent la chose suivante. La perte de confiance, parfois, dans le système est générée
par plusieurs situations, notamment
par celle... quand il y a plus qu'un recours qui peut s'appliquer à une
situation, elles utilisent l'expression... en particulier pour les personnes
non syndiquées, qui n'ont pas nécessairement les services de conseil
d'un syndicat. «Une personne non syndiquée
voit son recours échouer simplement parce qu'elle a cogné à la mauvaise
porte.»
«Or — là, je cite le mémoire des expertes à la
page 16 —
le recours exclusif en cas d'incapacité médicale est le dépôt d'une réclamation
pour lésion professionnelle en vertu de la LATMP. Dans les cas où il n'est pas
clair si l'atteinte se situe au niveau de la dignité de la personne ou si
celle-ci a touché aussi à sa santé, l'omission de déposer une réclamation pour lésion professionnelle peut
signifier que la personne victime ne pourra recevoir une indemnisation pour sa perte salariale, ses dommages moraux et
punitifs ni pour le soutien psychologique que son état a nécessité. Pour
les personnes non syndiquées qui ne bénéficient pas de conseils juridiques au
moment des faits, cela peut créer des situations de perte de droits, et une
telle situation est profondément injuste pour les personnes victimes.
«De plus, l'article 123.16, LNT, prévoit
que la règle de l'exclusivité de la réclamation pour lésion professionnelle
s'applique pour la période de la lésion. Les tribunaux ont interprété cette
expression comme pouvant débuter avant que
l'état d'incapacité médicale ne survienne et s'étirant après le retour au
travail. Il s'agit de règles juridiques d'une complexité inouïe.»
Je vous
épargne le reste de l'explication. Je pense que M. le ministre est au courant
de cet enjeu-là. Il a été en... Il a été, comme je vous dis, cité
abondamment dans les mémoires. C'était, je pense, de mémoire, la priorité
numéro un des expertes, qui disaient : Il faut qu'on corrige 123.16, c'est
une complexité inutile et improductive dans le domaine des droits du travail.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Acadie, vous avez demandé la parole.
Morin : Oui. Merci, Mme la Présidente. En fait,
effectivement, comme le souligne le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve,
effectivement, c'est dans le... c'est une recommandation importante des
expertes. Et ça permettrait également de
simplifier les différents... les différents recours. Donc, je pense que ce
serait bénéfique pour l'ensemble des gens qui doivent se... qui vont se
prévaloir éventuellement de ces recours. Je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Des interventions? M. le ministre.
Boulet : Bien, rapidement, en fait, il faut simplement
rappeler que les recours sont dans deux lois distinctes, hein? La Loi
sur les normes du travail permet de
faire une plainte pour contester le harcèlement, alors que la
Loi sur
les accidents de travail, c'est une réclamation pour obtenir une indemnité de
remplacement de revenu. Donc, c'est deux corridors
distincts. Et ce n'est pas opportun, ici, de dire : Ça, ça ne s'applique
pas, le TAT n'a pas à respecter ou n'a pas à appliquer tel et tel
paragraphe de 123.15, parce que le TAT, s'il estime probable, et on le verra
plus loin, là, que... Tu sais, ça, c'était
l'objet de la recommandation, que, si le TAT estime probable qu'il y ait une
lésion professionnelle, il va référer à la CNESST, et la recommandation
était à l'effet que le délai commence à courir à partir de ce moment où le TAT
décide que c'est probablement une lésion professionnelle et qu'il réserve sa
décision. C'est comme ça que la recommandation a été formulée. Ça fait qu'il
faut vraiment tenir compte de l'exclusivité, là, des deux recours. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Leduc : ...je relis la recommandation n° 9, là, du mémoire des expertes, qui dit : «Le comité exhorte — le
mot est bien choisi en plus, "exhorte" — le
ministre à prévoir dans le projet de loi n° 42 la modification de
l'article 123.16 de la LNT afin de
déclarer simplement qu'il ne peut y avoir de double indemnisation, comme nous
l'avons recommandé dans notre rapport.» C'est pas mal ça, la
recommandation.
Après ça, Mme
la Présidente, moi, j'ai écrit un
article avec ma collègue au meilleur de nos
connaissances. Si le ministre est d'accord avec l'objectif puis qu'il a
une réécriture à me suggérer...
M. Boulet : On va en voir. On va y
revenir plus tard.
Leduc : ...moi, je suis prêt à suspendre, là, puis qu'on
en discute, là. Est-ce que ce serait une idée, de suspendre quelques
instants, peut-être, M. le ministre, pour qu'on en discute?
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
ministre.
M. Boulet : Oui, on peut suspendre
deux minutes. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suspends les travaux quelques minutes, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 10 h 45)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Nous étions à l'amendement proposant
l'article 24.1. Est-ce qu'il y a des commentaires?
M. Leduc : Bien, je peux peut-être
relancer un peu, là. Dans le fond, on vient d'avoir une discussion un peu à micro fermé avec M. le ministre, à savoir :
Est-ce que c'est le bon chemin pour atteindre le même objectif? Je...
Moi, je suis tout à fait disponible et
disposé, en fait, pour potentiellement retirer mon amendement si le ministre
nous explique qu'il y a un chemin différent qui atteindrait le même
objectif. Peut-être qu'il pourrait nous expliquer un peu ce qu'il a en tête.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le ministre.
Boulet : Oui. Je vais y aller assez simplement, là, parce
que c'est quand même assez technique. Ce qui est important, c'est que la personne soit dûment indemnisée. Puis, si on
prend l'hypothèse de la personne qui fait une plainte en vertu de la Loi
sur les normes du travail en matière de harcèlement psychologique, incluant le
harcèlement sexuel, et que cette personne-là se retrouve au Tribunal
administratif du travail, qui estime probable... et ça, on va faire un amendement, je pense, c'est à l'article 11, pour
les... la
Loi sur les accidents de travail, maladies professionnelles, et
qu'elle réserve sa décision, la personne va être accompagnée pour faire une
réclamation, pour obtenir une indemnité de remplacement
de revenu à la CNESST. Sa réclamation va être traitée de manière prioritaire,
avec des personnes qui sont des
agents d'indemnisation qui ont reçu la formation, et elle va recevoir la pleine
indemnité de remplacement de revenu. Et le délai va commencer à courir à
partir du moment où la... le Tribunal administratif du travail va estimer
probable que c'est une lésion professionnelle. Donc, essentiellement, ça va
répondre à la volonté du collègue, là, de s'assurer que la personne ne soit pas
pénalisée.
Leduc : Donc, si je comprends bien, une personne qui vit
une situation, là, de violence, qui n'est pas... qui ne sait pas... qui ne connaît pas les fins détails de
la loi, bien sûr, elle dit : Bon, je fais une plainte en normes du
travail, la plainte est reçue, elle
est traitée, mais là c'est où, exactement, que vous dites qu'il faut venir
corriger la situation? C'est quand c'est rendu au TAT? C'est le TAT qui
redirige à la CNESST en disant : Je constate que vous auriez pu ou vous
auriez dû réclamer en vertu de la LATMP?
M. Leduc :
Mais elle fait ce constat-là d'elle-même, le TAT.
M. Boulet : Ah! tout à fait. Elle estime probable, c'est le
concept qui est utilisé, que c'est une lésion professionnelle, donc, soit un accident de travail ou une maladie
professionnelle. Et évidemment les juges du Tribunal administratif du travail sont confrontés à ce type de décision là
fréquemment. Et la personne peut faire une réclamation pour obtenir une pleine indemnisation et le
remplacement de son revenu. Et le délai de deux ans commence... va commencer à courir à partir de ce moment-là, et ce
qui est extrêmement bénéfique, là. Donc, ça va éviter qu'une personne
soit pénalisée ou perde un droit à une indemnité.
M. Leduc : Mais,
le TAT, vous dites qu'il va... Est-ce que je comprends ou je devine que vous
êtes moins réceptif à mon chemin, à 123.16, parce qu'il indique un chemin au
TAT? Vous aimez moins ça qu'on contraigne un peu le TAT dans son
interprétation.
M. Boulet : Moi, j'appellerais ça, là, à ma manière, là, un
accompagnement ultime provenant du tribunal qui rend la décision finale, qui est le Tribunal administratif du travail, qui vient dire à la personne qui ne le sait pas,
ou qui ne l'a pas appris, ou qui n'a pas été conseillée en ce
sens-là : C'est une lésion professionnelle, et donc fais une réclamation
pour obtenir toutes les indemnités auxquelles tu as droit en vertu de la Loi
sur les accidents de travail, maladies professionnelles.
Et le délai, même si on est trois ans plus tard, commence à courir à partir de
ce moment-là. Je pense que c'est une... une barrière véritablement
ultime qui permet de s'assurer que la personne ne perde aucun droit à aucune
indemnité auquel elle a droit.
M. Leduc : Quand
vous dites : Le délai commence à ce moment-là... Le délai commence au
moment où le tribunal a fait cette analyse-là.
M. Boulet : Oui,
tout à fait.
M. Leduc : Puis, dans ce cas-là, c'est une décision qu'il
rend, le tribunal, en disant : Je te dirige vers la CNESST ou je te
permets d'aller à la CNESST.
M. Boulet :
Absolument. Bien, en fait, réserve sa décision... estime probable, et donc
réserve sa décision, et dit à la
personne : C'est une lésion professionnelle, selon toute probabilité,
selon la balance des probabilités qui est le fardeau de la preuve. Et
donc la personne, évidemment, a le choix, mais, si elle veut obtenir une pleine
indemnisation, elle fait sa réclamation à la CNESST.
M. Leduc : Puis
est-ce qu'à ce moment-là il va pouvoir y avoir un arrérage des réclamations?
M. Boulet : Ah!
tout à fait, tout à fait. Absolument.
M. Leduc : Mais
arrérages au moment de la lésion.
M. Boulet : Oui, parce que le délai commence à courir à partir
de ce moment-là. Évidemment, le reste est une question de preuve, avec
les facilitateurs de preuve que sont les présomptions, mais, oui, tout à fait.
L'indemnité ne commence pas à courir à partir du moment où tu fais ta
réclamation, là.
M. Leduc : Mais
au moment de la lésion.
M. Leduc : Puis
ça, c'est très clair pour vous.
M. Boulet : Tout
à fait.
M. Leduc : Bon,
Mme la Présidente, au regard des explications, bien, je proposerais de retirer
mon 123.16, mais, avec l'accord du ministre, je le garderais en réserve, puis,
quand je verrai son amendement, rendu plus tard, à la LATMP, on en discutera.
Leduc : Si jamais pour x, y
raison, il ne me convient pas, j'assume qu'il me permettra de revenir avec
123.16 à ce moment-là, même si on ne sera plus dans la section... Alors, dans le
fond, je demande un peu son accord préventif à ce que je puisse
éventuellement redéposer cet amendement-là lorsqu'on aura discuté du sien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Maintenant,
vous faites le retrait de votre amendement. J'ai...
M. Leduc : Je
veux juste être certain que j'ai l'accord du ministre.
M. Boulet : Oui, absolument.
M. Leduc : OK. Parfait. Dans ce
cas-là, il n'y a pas de problème. Je vais le retirer, puis on en rediscutera
plus tard, à la...
Présidente (Mme D'Amours) : J'ai besoin du consentement de tout le monde pour
le retrait de l'amendement 24.1. Consentement? Merci. Donc, nous sommes
maintenant rendus à l'article 25. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci,
Mme la Présidente. 25. Cette loi est modifiée par l'insertion, après
l'article 123.16, du suivant :
«123.17. Lorsqu'un règlement intervient à la
suite d'une plainte relative à une conduite de harcèlement psychologique, les parties concernées par cette
plainte s'engagent à préserver la confidentialité de ce qui a été dit,
écrit ou fait dans le cours du processus de
ce règlement. Les parties peuvent toutefois convenir de la levée de cette
obligation de confidentialité, auquel cas elles doivent le préciser dans
leur entente visant un tel règlement, et y indiquer le moment où la levée de
cette obligation prend effet.»
Commentaire.
Donc, c'est, évidemment, compatible avec l'objectif de la
recommandation 71 du comité. Donc, on applique le principe de confidentialité. Puis les parties peuvent
convenir aussi de la levée de ce principe, à la condition, là, de l'indiquer
expressément dans l'entente. Alors, voilà. C'est tout, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Oui. Merci. Merci,
Mme la Présidente. Alors, je comprends que c'est un ajout. Je comprends
également qu'il peut être important de s'engager à ce que... lorsqu'il y a un
règlement, à ce qu'un volet soit gardé confidentiel. Maintenant, l'ajout,
l'article n'inclut pas de paramètre ou de... ou de critère. Et est-ce qu'on parle,
à ce moment-là, d'une levée totale,
partielle? Puis quelles sont... quelles sont les garanties que la victime va
avoir? En fait, comment ça va
s'articuler pour s'assurer que, si, par exemple, il y a un élément de
confidentialité qui englobe l'entente, elle,
évidemment, ne sera pas défavorisée par un tel... une telle entente de
confidentialité? Et je vais... Et c'est important parce que c'est un
ajout.
Et là je dois vous souligner qu'il y a plusieurs
groupes qui... en fait, qui ont écrit, qui ont écrit là-dessus avec différentes... différentes optiques, notamment,
Juripop. Puis je comprends que M. le ministre nous a dit, dans le cadre
des travaux de la commission, comment, bon,
Juripop avait... avait contribué puis va peut-être continuer à contribuer à
aider, évidemment, les victimes. Juripop est
d'avis que le projet de loi doit s'attaquer aux clauses de confidentialité
excessives ou ambiguës qui dépassent la
protection des intérêts légitimes de l'employeur et qui compromettent le
rétablissement des personnes
victimes. Puis ça, je pense que c'est... c'est deux éléments importants sur
lesquels il faut... il faut s'attarder.
Puis ça revient un peu à ce que je disais en
introduction, c'est-à-dire que... Quels vont être les mécanismes, quelles vont être les garanties qui vont faire en
sorte que la victime ne se trouverait pas désavantagée et qui se
ramasserait, finalement, dans une situation où, à cause de l'entente de
confidentialité... Évidemment, la victime va être obligée de s'y conformer.
Donc, ça pourrait nuire à son... à son rétablissement.
permettez-moi, permettez-moi de citer, pour les gens qui nous écoutent,
certains éléments que l'on retrouve dans
le mémoire de Juripop. On dit... Évidemment, on qualifie la portée. On
dit : «Les clauses de confidentialité ne devraient pas avoir une
portée excessive. Elles devraient se limiter à protéger des détails spécifiques
du règlement et ne pas restreindre la
capacité de la personne victime de discuter ou de divulguer des informations
générales sur les violences vécues, notamment avec leurs proches.» Et
là, dans l'article, il n'y a pas de qualification, il n'y a aucun critère.
Alors, ça, c'est un élément qui est important puis qui a été souligné par
Juripop.
Bon, évidemment, là, on dit : «La durée de
la validité des clauses de confidentialité devrait être raisonnable et
proportionnelle à la nature de l'incident. Les parties peuvent convenir d'une
période spécifique pendant laquelle la confidentialité s'applique.» Il devrait
y avoir, à mon avis, comme le... comme le souligne Juripop... Puis là, bien, ce
n'est pas prévu.
«Les clauses
de confidentialité ne devraient pas empêcher la personne victime de partager
les détails des violences subies ou
des conditions de règlement lorsqu'elle consulte un professionnel de la santé
ou des services sociaux, un conseiller juridique»
ou même, ici, on parle d'un conseiller financier. «Des exceptions devraient
être explicitement prévues pour garantir
que la confidentialité ne compromet pas la recherche de soins, de conseils juridiques
ou de conseils financiers.»
Puis je pense
que ce volet-là est particulièrement important, parce qu'évidemment, une fois
que les deux parties vont avoir signé l'entente, bien évidemment, ils
vont vouloir s'y conformer.
Puis je me
mets aussi dans la position du professionnel de la santé qui reçoit une victime
puis que, là, il commence à parler
avec la victime. La victime dit : Oui, mais j'ai... j'ai signé une entente
de confidentialité. Puis là, bien évidemment, le professionnel de la
santé ou le conseiller juridique ne veut surtout pas lui conseiller de ne pas
respecter l'entente de confidentialité, sauf que, d'un autre côté, si l'entente
de confidentialité, c'est tellement blindé que la victime ne peut pas vraiment
lui parler, bien là, ça devient hyper, hypercompliqué.
Puis Juripop
parle aussi du langage clair. Et ça, ça a toujours été une préoccupation tout à
fait légitime de la part de Juripop. Et puis j'en ai moi-même aussi
parlé à plusieurs reprises quand on a étudié différents... différents projets de loi, notamment dans le domaine de la justice. C'est toute
la question du langage clair, parce qu'on sait que parfois il y a des clauses
d'un règlement qui sont à peu près tout sauf être rédigées dans un langage
clair. Et donc, pour la victime ou pour les
autres personnes qui vont avoir à lire ou à interpréter la clause, ce n'est,
évidemment, pas simple. Puis personne...
personne ne veut commettre d'erreur. Et, comme le dit Juripop, les termes et
conditions ne devraient pas induire la
personne victime en erreur quant à ses droits ou à ses obligations. Puis ça, je
pense qu'aussi c'est... c'est fondamental.
Ça fait que
je comprends... je comprends ce que recherchent M. le ministre et le
gouvernement avec l'article 25 et l'ajout de 123.17, mais je
pense... je pense sincèrement qu'il y aurait lieu... qu'il y aurait lieu de
dialoguer davantage là-dessus pour s'assurer
que l'objectif recherché va être véritablement atteint et que ça ne portera pas
préjudice à personne.
D'ailleurs... D'ailleurs, Juripop recommande que
les personnes victimes, quand vient le temps, évidemment, de négocier ou de
signer de telles clauses, aient un accès gratuit à des conseils juridiques. Là,
il n'y a rien qui le prévoit dans la loi. Et évidemment ça permettrait aux
personnes victimes de bien comprendre toutes les obligations de
confidentialité, finalement, comprendre ce en quoi elles s'engagent, parce qu'une
fois que c'est signé, bien là, il est trop tard.
Juripop,
d'ailleurs, a des... a des recommandations : «Remplacer l'article 25
du projet de loi instaurant l'article 123.17
de la
Loi sur les normes du travail par une disposition comportant des limites claires
quant aux éléments essentiels des clauses de confidentialité, soit la
portée et la durée, ou même prévoir certaines exceptions pour le recours à des professionnels», évidemment, que ce
soit rédigé en langage clair puis de donner accès à des conseils juridiques
pour la négociation des ententes de ces
règlements hors cour pour ne pas que la victime se ramasse dans une
situation où elle va signer un document,
elle va devoir, évidemment, s'y conformer, et qu'elle n'aura pas totalement eu
l'opportunité d'évaluer toutes les
conséquences juridiques d'un tel... de la signature d'un tel document. C'est...
c'est particulièrement intéressant. Puis je prends du temps parce que
ça, ça peut avoir un impact important.
Puis Juripop n'est pas le seul organisme qui a soulevé
les difficultés reliées à la clause de confidentialité. Et je fais référence,
entre autres, au mémoire de l'Ordre des conseillers en ressources humaines
agréés, qui sont quand même des spécialistes dans ce domaine-là. Et on nous
dit, à la page 17 de leur mémoire : «La mesure vise à donner suite à la préoccupation soulevée dans le rapport
final du comité d'expertes mandaté pour analyser les recours en matière
de harcèlement sexuel et d'agressions à caractère sexuel en milieu de travail,
notamment la possibilité de laisser perdurer des risques dans les milieux de
travail.» Bon, ça, on peut le comprendre. D'ailleurs, c'est ce... c'est ce que
dit les... l'Ordre des conseillers. Ils comprennent cette préoccupation-là,
sauf qu'ils sont à nouveau préoccupés par la rédaction de 123.17 et par le fait
que cet
article est très large.
Donc, d'une certaine façon, ça pourrait
permettre aussi la levée de la confidentialité pour tout ce qui a été dit,
écrit ou fait dans le cours d'un processus de règlement. Ça pourrait même
inclure des informations partagées lors de l'enquête
ou durant la médiation. Donc, ce volet-là devrait peut-être être plus protégé,
cependant, cependant, il faudrait s'assurer
de trouver un équilibre pour faire en sorte que la victime, elle, pourra quand
même utiliser certains... certains de ces renseignements pour obtenir,
éventuellement, un suivi ou des soins. Donc, évidemment, on parle ici... on
parle ici d'un équilibre. Je mentionne les deux, parce que ce souci d'équilibre
est toujours... est toujours hyperimportant. Puis l'article en parle d'une
façon large, mais on ne semble pas atteindre... atteindre l'équilibre.
Permettez-moi
de référer aussi à la Fédération
étudiante collégiale du Québec, à la
page 6 de leur mémoire, qui parle aussi de l'enjeu de la
confidentialité, qui est un élément qui est soulevé. On dit ici : «Ça
peut, dans certains cas, obliger la victime
à se taire, et donc ne pas être capable de divulguer, entre autres à d'autres
personnes victimes, ce qu'elle a vécu.» On dit ici, dans leur
mémoire : «Depuis deux ans, il est possible de constater que différents
gouvernements provinciaux sont intervenus
afin de limiter l'utilisation de clauses de non-divulgation.» Donc, ce qu'ils
recommandent, finalement, c'est que le
gouvernement du Québec reconnaisse le caractère vulnérable de la population
étudiante, c'est de ça dont on parle
ici, quant aux violences à caractère sexuel et au harcèlement psychologique,
notamment en raison du lien d'autorité
qui l'unit avec le personnel de l'établissement, et que, donc, ce soit encadré
avec plus de paramètres, de critères.
Et j'attire
votre attention aussi sur... M. le ministre, sur le mémoire du Barreau du Québec, qui dit, en référence à l'article 25 , une obligation de
confidentialité aux parties à tout règlement, donc : «Sans égard au choix
fait par le législateur de prévoir l'inclusion systématique d'une obligation de
confidentialité, nous jugeons important qu'il soit précisé qu'une telle
obligation ne peut contrevenir aux règles relatives aux contrats contenues au Code
civil du Québec — évidemment — notamment celles qui prévoient qu'un contrat ne
peut avoir une cause ou un objet contraire à l'ordre public et
évidemment que l'on ne peut transiger sur des questions qui intéressent l'ordre
public.»
Le Barreau
ajoute : «Ainsi, on ne peut empêcher toute
partie à un règlement de faire
un signalement aux autorités concernées, que ce soit, notamment, la
police, si certains événements font référence à des actes criminels ou à des
infractions, ou encore à un ordre professionnel en ce qui a trait aux
obligations déontologiques.»
Le Barreau reconnaît que, dans certaines
circonstances, ces clauses-là peuvent s'avérer appropriées, j'en suis, et équitables, mais c'est toujours une question
d'équilibre entre ce que l'employeur veut obtenir puis la victime. Et
d'ailleurs le Barreau le souligne, il faut faire attention au recours abusif à
de telles dispositions, comme, notamment, bâillonner une victime. Il y a
d'autres provinces qui ont légiféré là-dessus, et le Barreau invitait le
législateur à demeurer vigilant et à prévoir des mesures de suivi, ce qui est
une bonne chose, pour l'utilisation des clauses de confidentialité.
Donc, je tenais à prendre... à prendre quelques
minutes et à le souligner, parce que je comprends pourquoi cet ajout-là se trouve au projet de loi, mais moi, je
veux m'assurer, puis ça fait toujours
partie de la trame, bien, logique,
quand j'ai proposé des amendements tout à
l'heure, m'assurer que les victimes, dans un cas comme ça, ne seront pas
muselées. Il n'y a pas véritablement de paramètre. Je pense que ce serait une
bonne chose qu'il y en ait, puis faire en sorte qu'évidemment il n'y a aucune
de ces clauses-là qui puisse aller contre l'ordre public ou qui puisse, par
exemple, empêcher de faire des signalements
ou encore empêcher la victime de pouvoir utiliser certains des renseignements
pour obtenir un
traitement puis s'en sortir éventuellement. Je comprends qu'il y a certains
éléments qui sont nécessaires, c'est ce que nous disait l'ordre des
professionnels en ressources humaines, il y a certains renseignements,
peut-être, pour permettre aux parties de
s'exprimer clairement, qui pourraient rester confidentiels, mais je veux juste
m'assurer, dans un cas comme ça, que la victime, elle, n'en souffrira
pas. Puis ce que je constate à la lecture de l'article, c'est qu'il y a
plusieurs éléments qui sont absents, d'ailleurs, qui ont été soulevés par
différents groupes.
Donc, je tenais à mettre ça en perspective, puis
voir, finalement, quelle est l'ouverture de M. le ministre pour bonifier cette
disposition-là, puis s'assurer, avec ce qui a été dit en commission
parlementaire, s'assurer qu'il y a un équilibre,
tout en maintenant une certaine confidentialité entre ce que recherche
l'employeur et ce que recherche la victime. Je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le ministre, commentaires?
M. Boulet : Merci, collègue. Il
n'y a pas que des recommandations à connotation législative, il y a beaucoup de
recommandations à connotation administrative qui vont faire en sorte que la
personne ne sera pas muselée, que les paramètres sont bien établis. Et l'ordre
public s'impose, la prévalence des lois d'ordre public. S'il y a une infraction
criminelle, bien sûr, elle sera dénoncée,
mais les recommandations administratives, CNESST... le Tribunal administratif du travail, je l'ai
déjà présenté, mais la CNESST, notamment, après enquête, va accompagner la
personne aussi dans la rédaction de la clause de confidentialité. Ça fait que
ça va être fait simplement pour assurer un rapport de force qui est convenable.
Puis on s'est
inspirés de l'article 4 du Code
de procédure civile, qui reprend
exactement le même libellé, préserver la
confidentialité de ce qui est dit, écrit ou fait dans le cours du processus. Et
ça, ça m'apparaît fondamental. Mais plus on va dans les détails... Le
diable s'y retrouverait.
Je pense que ce qui est important, c'est de
reconnaître non seulement la confidentialité, les parties auront à déterminer
les paramètres ou le champ d'application de la confidentialité, et la
possibilité pour les parties de lever cette confidentialité-là.
Et, dans les recommandations administratives,
collègue, il y a aussi, bien sûr, la CNESST qui va informer la personne que ça ne s'applique qu'à la cause qui la
concerne. Donc, ça ne l'empêche pas de faire un autre signalement si
c'est des faits qui sont parallèles, là.
Donc, je pense qu'il faut faire confiance aux
êtres humains qui vont appliquer ce projet de loi là. Il faut faire confiance à
la qualité de l'accompagnement qui sera consenti par la CNESST. Puis, ceci dit,
le libellé est tout à fait compatible avec
le libellé de l'article 4, qui est fondamental, là, du Code de procédure
civile. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres commentaires sur l'article 25? Vous voulez continuer? Allez-y, M.
le député d'Acadie.
M. Morin : Bien,
merci, Mme la Présidente. Écoutez, j'ai... j'ai écouté attentivement la réponse
de M. le ministre. Je comprends qu'il y aura des éléments administratifs
qui pourront venir encadrer, mais un élément administratif, ce n'est pas la
loi. Et là on a la chance, dans le cadre de ce projet de loi là, de venir
légiférer, réglementer pour encadrer une pratique. Quand j'écoute ou que je lis
ce que dit le Barreau, quand même une grande expérience dans le domaine des
commentaires sur les projets de loi, Juripop et les conseillers en ressources
humaines agréés, il me semble que cet article-là pourrait être bonifié et faire
en sorte que ce soit plus clair pour l'ensemble des parties.
J'espère que la CNESST, parce que j'ai écouté ce
que disait M. le ministre, pourra conseiller, puis pourra conseiller tout le
monde. J'espère que la CNESST ont le personnel pour conseiller tout le monde
aussi, là, parce qu'évidemment ça demande un
accompagnement, ça demande du temps. Moi, aujourd'hui, là, comme législateur,
je ne peux pas évaluer ça. Cependant, si on ajoute, dans la disposition,
certains éléments qui va venir encadrer la pratique, je pense que ça pourrait
être bénéfique. Je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
C'est un débat intéressant, la question des clauses de confidentialité. Puis je
comprends que le ministre a fait un copier-coller d'un autre
article du Code
civil, si j'ai bien compris.
M. Boulet : Code de procédure civile.
M. Leduc : Code de procédure civile.
Sauf que, là, dans la situation des victimes de harcèlement, je pense qu'il y a... il y a une différence, quand même, de
réalité, et elle est la... elle est à deux niveaux, à mon avis. La
première, c'est : Qui doit avoir, en quelque sorte, la primauté de la
confidentialité? Puis la façon dont l'article est écrit, c'est que c'est les
deux parties qui doivent consentir et convenir de la levée de la
confidentialité. Donc, il y a un double droit de veto. Dès qu'il y a une des
deux parties qui ne veut pas lever la confidentialité, c'est maintenu. Or,
plusieurs groupes, plusieurs organismes, notamment Cox et consorts, ont
dit : Ça devrait être la victime qui a ce droit de veto là, autrement on
donne une espèce d'outil de protection, d'autoprotection à l'harceleur.
En parallèle, la FTQ propose quelque chose
d'intéressant. Dans son mémoire, elle dit comment... elle dit : La clause
telle quelle ne permettra pas de faire une bonne prévention dans les milieux de
travail, notamment parce qu'on n'aura pas nécessairement identifié les risques
et les mesures nécessaires à la prévention dans le cadre de cette entente-là. Et eux disent : On devrait l'inclure
automatiquement. Toute entente, tout règlement qui inclut une entente de confidentialité devrait nécessairement avoir
identification des risques et les mesures nécessaires à la prévention,
puis ce, nonobstant si la victime est encore
au travail dans cette entreprise-là ou pas, pour éviter des situations où
est-ce qu'on règle, entre
parenthèses, à l'amiable, puis qu'on fait juste balayer sous le tapis le
problème, puis qu'on continue presque comme si de rien n'était.
Moi, j'ai
vécu quand même quelques années dans le milieu du travail, puis il y a
différentes situations que j'ai vues.
J'ai vu des situations où est-ce qu'il y avait, en effet, une confidentialité
de fait, où que ça ne s'était presque pas su, ce qui s'était passé, puis
j'ai vu d'autres milieux où, l'humain étant un humain, ça jase, ça jase, ça
jase puis ça... tout le monde finit par savoir ce qui s'est passé puis à peu
près savoir c'est quoi, la fin de l'histoire de cette histoire-là, justement.
Comment on fait, donc, pour faire de la bonne prévention si on ne contraint pas
les parties à trouver, comme le propose la FTQ, l'identification du risque puis
les mesures proposées?
Boulet : Je comprends les points soulevés, mais, en même
temps, il ne faut pas isoler cet article-là et considérer qu'il est, en
soi, déterminant en matière de prévention et de protection de la personne
victime. C'est l'ensemble des dispositions législatives et administratives. Et
je ne crois pas qu'il faille complexifier ce qui se dit de manière claire. Puis
la confidentialité, elle est extrêmement importante. Il faut en déterminer les
tenants et aboutissants, et la levée de la confidentialité, c'est les parties
qui auront à la déterminer.
Ce que je
pourrais peut-être ajouter, là, si... le collègue de l'Acadie, si vous étiez
d'accord... Moi, dans la deuxième, là, quand j'essaie de comprendre ce
que vous me mentionnez, quand on dit : «Les parties peuvent toutefois
convenir de la levée de cette obligation de
confidentialité, auquel cas elles doivent», on pourrait dire «et préciser les
éléments qui en font l'objet» pour donner une valeur pédagogique
additionnelle, là, pour faire comprendre aux parties qu'elles peuvent
déterminer ce qui en fait l'objet de la confidentialité ou de la levée de
l'obligation de confidentialité. Et ça, pour
moi, c'est une orientation, collègue, que... Je pourrais vous soumettre un
amendement, bien simplement, pour qu'on puisse confirmer cet article-là et qu'il ait, moi, je pense, là, une
connotation pédagogique complémentaire, si ça vous va, là.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : S'il est prêt, déposez-le
puis... Oui, ça m'intéresse.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Oui. Alors, oui,
effectivement, je pense que ce serait... ce serait une façon de bonifier
puis... Puis je rappelle également le rapport des expertes, puis ça fait le
lien aussi avec ce que soulignait le collègue député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Il ne faudrait pas non plus que ça puisse compromettre la prévention et les
risques de violence à caractère sexuel, donc...
M. Morin : Donc, je vous entends
très bien, M. le ministre. Je vous... je vous remercie de l'accueil que vous
faites à ma... à ma proposition puis de mon questionnement, finalement. Puis,
si, effectivement, on pouvait travailler sur certaines façons, comme ça nous a
été suggéré, d'ailleurs, dans différents mémoires, à qualifier certains
éléments, que ce soit pour des fins de traitements médicaux, conseillers
juridiques, prévention du harcèlement dans le milieu de travail, je pense que
ça pourrait bonifier cet article-là, et insérer différents... différents
paramètres qui aideraient tout le monde, finalement.
Boulet : OK. Moi, ça me... ça m'irait. Puis on pourrait
procéder au vote. Mais est-ce que l'amendement est...
Présidente (Mme D'Amours) : Je vais suspendre les travaux quelques minutes, le
temps que M. le ministre prépare son amendement.
(Suspension de la séance à 11 h 30)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je demanderais au ministre de bien vouloir faire la
lecture de son amendement à l'article 25, s'il vous plaît.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Donc,
article 25,
article 123.17 de la Loi
sur les normes du travail : Remplacer la dernière phrase de
l'article 123.17 de la
Loi sur les normes du travail, proposé par
l'article 25 du projet de loi, par la
suivante : «Les parties peuvent toutefois, par entente écrite, convenir de
la levée de cette obligation de confidentialité, auquel cas elles doivent y
préciser les éléments qui en font l'objet et y indiquer le moment où elle prend
effet.» Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Commentaires? M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
...merci. C'est une avancée. Ça
vient un peu, dans le fond, sous-entendre que ce n'est pas obligé d'être
le contenu complet qui est nécessairement
confidentiel de facto. Cela dit, j'aimerais juste vous relancer, M. le
ministre, sur quand... Vous maintenez le
«les parties». Pour vous, c'est essentiel que ce soient les deux parties qui
conviennent. Pourquoi?
M. Boulet :
Totalement.
M. Leduc :
Pourquoi ça ne pourrait pas juste être la victime?
M. Boulet :
Bien, parce que c'est une convention. C'est la liberté contractuelle des
parties qui s'exprime. C'est... On appelle
ça des obligations synallagmatiques, là, réciproques, tant d'un côté que de
l'autre. Il se pourrait qu'une
partie le veuille et l'autre ne le
veuille pas. La victime peut ne pas le vouloir. Et c'est sûr que ce n'est pas
parfait, mais c'est une règle qui est à la
base de nos façons de contracter. Puis, dans nos autres lois, la levée d'une
obligation de confidentialité de cette nature-là impose la rencontre des
volontés des deux parties.
M. Leduc :
...de dire à la victime :
C'est vous qui avez le pouvoir unique de lever la confidentialité, ce n'est
pas un instrument intéressant, ça, dans... dans la réparation.
M. Boulet :
Non. Là, c'est là qu'on vient créer un déséquilibre dans le rapport de
force qui est à la base de la rencontre des
volontés. C'est la liberté contractuelle. Puis il y a des cas où ça pourrait
avoir des effets tout à fait indésirables.
M. Boulet : Bien, je... Si... Bien,
ça dépend des cas. C'est vraiment du cas par cas, là. Puis je ne veux pas
entrer dans le détail de certains cas, là,
mais c'est... ça m'apparaît important de prévoir que ça peut être levé si les
deux parties sont d'accord.
M. Leduc :
Parce que, justement...
M. Boulet : Puis ça n'empêche pas,
comme je vous disais, la... le droit de la personne de signaler autre
chose. Puis ça me permet de redire que, dès
qu'il y a enquête de la CNESST, il y a un accompagnement aussi dans la
rédaction et, avec ce qu'on vient de
rajouter comme précision, les tenants et aboutissants... ou les paramètres de
ce qui est confidentiel et les
tenants et aboutissants de ce qui peut être levé. Je pense que ça vise,
essentiellement, à protéger, notamment, la victime. Et l'employeur a
aussi des droits dans des contextes comme celui-là, là. C'est des droits et des
obligations respectifs. Mais, ultimement, ça vise à protéger... Puis j'ai des
cas en tête, là, mais... puis des cas qui ont été publics, là, où ça requiert
véritablement la volonté des deux parties.
M. Leduc :
...un employeur, c'est dans les scénarios où ce serait une personne cadre,
par exemple, qui aurait été le harceleur? Parce que, si ce n'est pas... si ce
n'est pas comme un cadre...
M. Boulet :
Bien, je ne veux pas embarquer dans des exemples, mais en fait ne pas
prévoir la rencontre des deux volontés, ça
pourrait même empêcher des règlements puis ça pourrait causer une
judiciarisation accrue, une intrusion dans la vie privée puis des
problématiques de victimisation secondaire. Je pense que c'est important. Puis,
bon, c'est un principe de droit qui m'apparaît crucial à maintenir, là, que ça
requiert la volonté des deux parties.
M. Leduc : Bien,
encore une fois, M. le ministre, on... comme je vous le disais tantôt, on...
avec ce projet de loi là, on joue un peu, des fois, sur les lignes de limite du
droit.
M. Boulet : Vous
avez raison.
M. Leduc : Tu
sais, on a eu tout un débat sur les clauses d'amnistie, et autres, que je...
que je salue, d'ailleurs, c'était un débat intéressant, mais on jouait un peu,
là, sur les frontières des limites du droit. Je pense qu'on est tout à fait
libres de le faire sur ce scénario-là aussi. Je comprends que vous avez fait
votre lit sur ce dossier-là.
Je vous amène
peut-être sur l'autre aspect de mon argumentaire précédent, à savoir prévoir,
dans les règlements, l'identification des risques et des mesures de prévention,
parce que ce n'est pas... ce n'est pas le cas en ce moment puis ça devrait
l'être.
M. Boulet : Bien, ce n'est pas
exclu, mais, en même temps, il ne faut pas multiplier les documents qui comprennent les risques. L'identification, après
ça, c'est comment les contrôler, ces risques-là, comment les éliminer.
Il y a les... Il y a
la politique de prévention qui le dit clairement, politique que nous avons
adoptée, qui varie tellement d'une situation
à l'autre. Il y a le programme de prévention ou le plan d'action qui est dans
le... la Loi modernisant le régime de santé
et sécurité. Et, en indiquant ici en plus les éléments qui en font l'objet,
s'il y a un risque qu'on a... qui s'est révélé, là, peut-être que vous faites référence à ça, un risque qui s'est révélé
par des circonstances particulières et que ça puisse être inclus dans
l'entente, là... Mais je n'ai pas d'exemple spécifique là-dessus, là. Mais il
n'y a rien qui empêche de le faire, mais on ne prévoira pas dans une loi quand,
en plus, dans l'entente de confidentialité ou dans l'entente de levée de la
confidentialité, il faut identifier les risques, là, si... si j'ai bien
compris, là.
Leduc : ...un accident de travail, on fait un bilan de
l'accident. On dit ce qui s'est passé et, nécessairement, on identifie
les risques puis les mesures de prévention pour qu'il y ait un acquis, il y ait
un legs, en quelque sorte, positif de
l'accident, là, puis qu'on dise : Bon, bien, ça nous sert à réfléchir à
comment faire pour que ça ne se reproduise pas. Bien là, on dirait qu'on
n'a pas ce même réflexe là pour le harcèlement psychologique.
M. Boulet : Mais c'est intéressant
ce que vous dites. Mais le but de l'entente est d'assurer la confidentialité.
Les risques, c'est le but d'une politique ou d'un programme, de les identifier.
Et, vous m'aviez posé la question, la politique
n'est pas coulée dans le béton. Elle doit être adaptée de manière continue.
Puis, quand il y a un des paragraphes où on dit qu'il faut identifier les risques, bien, il faut les mettre à
jour aussi, ces risques-là, si c'est ce que vous souhaitiez m'entendre dire. Moi, ça fait
partie de ce que le
projet de loi demande de faire. Donc, s'il y a un risque nouveau qui est
révélé par une situation particulière qui
fait l'objet d'une entente de confidentialité, bien, il faut, en vertu du
contenu minimal de la politique de prévention, la mettre à jour et
s'assurer que ce risque-là y apparaisse.
M. Leduc : ...pour le faire si c'est
confidentiel?
Boulet : Bien, c'est... c'est là que les parties auront à
le déterminer puis s'il y a la levée de la confidentialité. Si les
parties conviennent que ce risque-là doit être... Puis je n'ai pas d'exemple
précis, là, mais ça doit être un risque psychosocial.
Si elles conviennent que ça demeure confidentiel pour une période de temps et
qu'après ça elles conviennent que ce
soit levé, l'important pour moi, c'est que ça devrait alimenter ou enrichir la
politique de prévention qui contient les risques.
Leduc : Je vais donner un... quelque chose que j'ai vu,
malheureusement, dans le passé, un cadre qui... qui a des comportements limites, puis qu'à un moment
donné il franchit la limite, puis quelqu'un se plaint, puis que, là,
comme c'est limite, la
partie syndicale dit : Oui, peut-être qu'on ne
gagnera pas devant le tribunal, ce dossier-là, ça fait qu'on est peut-être mieux d'avoir un règlement. La victime est d'accord,
puis là la victime prend le chèque du règlement, ça vient souvent avec
le chèque, puis décide juste de changer de milieu de travail. Elle quitte
l'entreprise. Bien, le cadre harceleur, il
est toujours là et il constitue toujours un risque, mais, vu qu'il y a une
entente de confidentialité puis qu'il y
a un chèque, l'employeur a tout le loisir de dire : Je mets ça sous le
tapis, puis on continue comme si de rien n'était. Or, ce n'est pas une
façon saine... Ce n'est pas une bonne pratique, une bonne gestion des
ressources humaines puis une bonne gestion des risques de santé et sécurité de
faire ça, mais je l'ai vu souvent. Puis je trouve que la proposition de la FTQ
nous aiderait à éviter ces scénarios-là.
Boulet : Moi, je réitère qu'il ne faut pas prendre cet
article-là de manière isolée. Puis, je répète, l'accompagnement dont la victime va pouvoir bénéficier de la
CNESST, la formation obligatoire des arbitres, des juges, des
conciliateurs, de tous les intervenants...
Et je ne veux pas embarquer dans des exemples, là, d'abus ou de
déraisonnabilité. Mais les cas d'abus et de déraisonnabilité peuvent
faire l'objet d'autres sanctions, mais, tu sais, ce n'est pas... ce n'est pas
le but visé, là. Il y a des recours. Il y a des amendes, d'ailleurs, dont on va
augmenter considérablement le montant. Donc, il ne faut pas, par un projet de
loi qui assure une meilleure prévention, une meilleure correction, laisser
place à des... à des situations comme celle que vous révélez, là, tu sais. Puis
je sais à quoi la FTQ faisait référence, là, mais ce n'est pas ce qui est visé,
M. Leduc : ...vraiment de penser,
là, qu'est-ce qui motiverait un employeur dont un employé... ça peut-être...
pas nécessairement un cadre, mais, des fois, ça arrive souvent que c'est un
cadre qui est en situation d'autorité, puis qu'il
fasse... puis il vit cette situation-là, puis que l'employé harcelé prend le
chèque, puis décide de s'en aller travailler ailleurs, puis de changer de vie, là, de changer de milieu de travail.
C'est quoi, la motivation de l'employeur de rouvrir ce dossier-là puis de commencer... Tu sais, je veux
dire, si, lui... si, lui, la personne a signé le chèque puis elle est partie,
lui, il a fini ce dossier-là puis il passe à un autre appel, là.
M. Boulet : Bon, je vais le résumer
en une phrase. Le règlement n'exempte pas un employeur du respect de ses
obligations, tant en vertu du projet de loi dont nous discutons actuellement
que de toutes les lois en matière de travail
et les lois du Québec. Donc, il n'est pas... Ce n'est pas parce qu'il y a un
règlement avec une quittance transaction que c'est fini. Tu ne peux pas faire des règlements pour te soustraire à
des obligations, par ailleurs, qui sont prévues dans des lois d'ordre
public. Merci.
La Présidente
(Mme D'Amours) : ...interventions sur l'amendement? Monsieur... Mme
la députée de La Pinière, la parole est à vous.
Caron : Merci, Mme la Présidente. Alors, simplement pour
clarifier, peut-être, pour les personnes qui nous écoutent, on comprend que, lorsqu'il y a un
règlement, le... l'entente de confidentialité prévaut. Les deux parties y
sont tenues. À la base, c'est ça. Et ce qu'on vient ajouter, c'est que, s'il y
a une entente, les deux parties conviennent de lever cette entente de confidentialité. Là, ça pourrait être levé, et
puis à la condition qu'on précise, les éléments de... qu'on veut lever
dans la confidentialité, quand ça commence. Et puis, puisque c'est une
convention, si la victime ne veut pas que ce
soit levé, elle ne signe pas la convention. Mais ça peut être aussi l'inverse.
Ça pourrait aussi être l'employeur qui ne veut pas signer la... qui ne
veut pas lever la confidentialité, dans les deux cas.
M. Boulet : Vous avez parfaitement
raison.
Mme Caron : OK. Merci pour... Juste
précision.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député de l'Acadie.
Morin : Merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. le
ministre, pour votre... votre amendement. Maintenant, est-ce que ce
serait approprié, et je vous pose la question ouvertement, de... Quand vous
dites : Préciser des éléments qui en font l'objet, d'en indiquer
quelques-uns... Bien, je fais référence au mémoire de Juripop, notamment, pour
la recherche de soins, de conseils juridiques, de conseils financiers, parce
que ça permettrait, entre autres, d'indiquer clairement
la volonté du législateur. Et, en l'ajoutant, donc, ça permet aussi à la... à
la victime qui va signer cette clause de confidentialité là d'avoir une indication claire, entre autres, pas
uniquement, mais, entre autres, sur les éléments dont elle pourra parler. Donc, ça permet aussi de bien
l'informer. Donc, ça, c'est un... c'est un élément que je veux vous
soumettre.
Je peux comprendre que, dans certains cas...
Puis là, bien, ça vient préciser, parce qu'au départ l'ajout ne parlait pas si
c'était une confidentialité totale ou partielle, puis, comme le disait l'Ordre
des conseillers en ressources humaines, il y
a peut-être des éléments que les parties veulent garder confidentiels. Il y a
peut-être, des fois, des témoins ou des victimes, peut-être moins la
victime, mais certains témoins qui vont vouloir parler à condition que ça reste
confidentiel. Donc, ça, il faut prévoir ça
également, je le comprends très bien, mais venir établir certains... certains
paramètres.
Puis l'autre question que j'ai, parce que vous
nous avez dit, M. le ministre, qu'il n'y avait pas de souci, la victime allait être accompagnée, notamment, la
CNESST, etc., mais, pratiquement, dans le concret, dans la vie de tous
les jours, comment ça va se faire? Puis quel
va être le plan qui va être mis en place pour le gouvernement... par le
gouvernement pour s'assurer que ça va se faire? Je vous remercie.
M. Boulet : Bon, le premier... Quand
on dit : Les éléments qui en font l'objet, c'est de manière générale mais non limitative. Si on met des éléments, on risque
d'en exclure et on risque d'avoir une application ou une interprétation
qui est chaotique. Donc, il faut laisser place aux parties de déterminer les éléments
qui feront l'objet de l'entente.
Deuxièmement,
c'est sûr que le déploiement, puis je vais redire l'importance de la formation,
de la sensibilisation puis de
l'information... Puis le plan, les... concernant la CNESST, il a été annoncé au
mois de septembre l'année dernière. Je pense, c'est près de... 90 %
des recommandations du rapport du comité d'expertes ont été mises en
application par la CNESST. Puis le TAT... Je pourrai relire, quand on sera
rendus aux articles d'indemnisation, le plan, mais ça va passer beaucoup par
formation, information, sensibilisation sur les mythes, sur les stéréotypes,
sur les conduites à caractère sexuel. Et c'est comme ça que ce sera mis en
application.
Puis moi, je
suis totalement confiant que les objectifs de la loi vont être respectés et
rencontrés, et avec les amendes additionnelles. Puis on n'est tellement
pas dans une perspective coercitive à la CNESST. On veut d'abord influencer, convaincre, et après ça contraindre. Puis c'est
par la contrainte qu'il y a des recours puis il y a des amendes, mais il y
a énormément de travail de pédagogie qui est
fait par vous, par toutes les personnes qui travaillent à la CNESST.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions sur l'amendement? Je vais le mettre aux voix. Est-ce que
l'amendement du ministre, de l'article 25, est adopté?
Présidente (Mme D'Amours) : Nous revenons à l'article 25 tel qu'amendé.
Est-ce qu'il y a des commentaires? M. le ministre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Personne
n'a des commentaires sur l'article 25 tel qu'amendé?
La Présidente (Mme D'Amours) :
Parfait. Un vote par appel nominal. Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Mme Tremblay (Hull)?
La Secrétaire :
Mme Mallette (Huntingdon)?
La Secrétaire :
M. Dufour (Abitibi-Est)?
La Secrétaire :
Mme Poulet (Laporte)?
La Secrétaire :
Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
La Secrétaire :
M. Morin (Acadie)?
La Secrétaire :
Mme Caron (La Pinière)?
La Secrétaire :
M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire :
Mme D'Amours (Mirabel)?
La Présidente (Mme D'Amours) : Abstention.
Donc, l'article 25, tel qu'amendé, est adopté. Nous poursuivons
maintenant, M. le ministre, avec l'article 27, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci, Mme la Présidente.
L'article 140 de cette loi est modifié par l'insertion, dans le
paragraphe 6° et après «des articles», de «81.19, 81.20,».
Commentaire. Bon,
c'est une modification de concordance avec l'article 28 du projet de loi
puis c'est retirer les articles relatifs à
ce qui nous concerne, en matière de harcèlement, de la disposition pénale
générale. Et on va voir, avec l'article 28, le montant des amendes.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Commentaires sur l'article 27? Est-ce que
l'article 27 est adopté?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Adopté. Maintenant, l'article 28. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci.
L'article 140.1 de cette loi est
modifié par l'insertion, après «des articles», de «81.19, 81.20,».
Commentaire. L'ajout
à cet
article des dispositions relatives aux obligations concernant... vise à
prévoir, là, l'amende plus sévère. Et, voilà, c'est tout. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Est-ce qu'il y a des interventions sur l'article 28?
Oui, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, la parole est à vous.
M. Leduc : Peut-être
juste nous expliquer, là, qu'est-ce qu'on change plus précisément.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le...
M. Boulet : C'est pour être cohérents avec les amendes plus
élevées. Évidemment, ça respecte le corpus législatif québécois que nous
avions pour les contraventions aux dispositions de la loi encadrant le travail
des enfants puis les dispositions concernant
l'obligation de détenir un permis pour les agences de placement puis les
agences de recrutement de
travailleurs étrangers temporaires. Donc, je suis bien content et... de cette
amende-là plus élevée, de ces amendes-là plus élevées, dans le cas
présent.
M. Leduc : Donc,
parce qu'on a relevé les amendes sur la
loi sur le travail des enfants.
Boulet : Travail des enfants, obligation de détenir un
permis, puis là c'est le harcèlement, ici, qui nous concerne.
M. Leduc : Et là on décide de
rehausser ça.
M. Leduc : Juste à cause de... que
ce soient les deux autres?
M. Boulet : Non, non, non, pas juste
à cause de ça. Parce qu'on donne une valeur plus importante à la contravention
aux dispositions dans cette matière-là que le montant des amendes est rehaussé.
Leduc : Bien, le montant que vous décidez de rehausser,
lui, se compare ou... C'est-tu exactement le même?
M. Boulet : C'est le même... la même
affaire.
M. Leduc : Il n'aurait pas pu être
plus élevé...
M. Boulet : Non. Ça, c'est...
M. Leduc : ...ou, là, il y aurait eu
un enjeu de concordance?
M. Boulet : C'est... Oui,
concordance, cohésion. Et ça, c'est le groupe du ministère de la Justice qui
s'assure de la cohésion et de la concordance.
M. Leduc : Bien, pourquoi on
recherche nécessairement une cohésion entre un montant pour harcèlement
psychologique, permis de travail puis travail des enfants?
M. Boulet : Bon, on en a déjà parlé,
là. Ça dépend de la gravité de l'infraction. On analyse la nature de
l'infraction, sa gravité et sa correspondance ou sa corrélation avec le montant
de l'amende en tenant compte de l'ensemble des lois du Québec.
M. Leduc : Mais ce que je veux dire,
c'est que, si on avait augmenté plus haut le travail des enfants, là, on
augmenterait plus haut aussi celui sur le harcèlement psychologique.
M. Boulet : Bien, on a adopté le
montant des amendes qu'on avait, les plus élevées, pour les contraventions à
l'obligation de détenir un permis d'agence de placement ou de recrutement des
travailleurs étrangers temporaires. On l'avait fait comme ça, souvenez-vous,
pour la loi encadrant le travail des enfants. Ça fait qu'il n'y a pas
20 niveaux d'amende, là. C'est monté au niveau supérieur quant au quantum
des amendes.
Leduc : Puis il n'est pas possible d'avoir des
dispositions qui feraient que ça s'augmenterait automatiquement avec le temps. Je trouve toujours ça un peu bête
qu'à chaque cinq, 10 ans on va retourner y modifier le montant des amendes.
M. Boulet : Je comprends.
M. Leduc : C'est comme ça.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Alors, brièvement, M. le ministre, je comprends que 140.1 de la Loi
sur les normes du travail vise des amendes plus élevées et que, par votre
amendement, vous allez inclure les droits de la personne salariée. Donc, toute
personne salariée a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique, avec des devoirs de l'employeur.
Donc, si la personne salariée se retrouvait dans un milieu où il y a du harcèlement, donc, à ce moment-là, l'employeur
pourrait être poursuivi, et les amendes qui pourraient être... lui être
imposées vont, donc, être plus élevées, et elles vont se retrouver à
140.1. Et ce serait la même chose pour 81.20 quant à l'ajout, dans des
conventions collectives, de certains éléments. C'est bien ça?
M. Boulet : Oui, je suis d'accord,
mais évidemment c'est toujours sous réserve de la preuve faite, là. Mais, oui,
je comprends et je suis d'accord.
Morin : Oui, oui, effectivement. Bon, il s'agit d'une infraction.
Donc, à un moment donné, il y a un poursuivant
qui va devoir faire une preuve, là, devant un tribunal. C'est sûr, là. En
matière pénale, en plus, ça va être hors de tout doute raisonnable. Ça, c'est clair. Mais ce que je comprends,
c'est que vous voulez vous assurer que ce dont on a parlé, c'est-à-dire exemption de harcèlement
psychologique, inclusion dans des conventions collectives, dorénavant,
ça va être régi par 140.1. Et donc, s'il y a
une... évidemment, une condamnation, le tribunal pourra imposer une peine plus
sévère.
M. Boulet : Tout
à fait, tout à fait.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...d'autres interventions? Est-ce que l'article 28
est adopté?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Adopté. Nous poursuivons maintenant sur le sujet 4,
Loi visant à assurer la protection des stagiaires en milieu de travail, à
l'article 29. M. le ministre, si vous voulez bien nous en faire la
lecture, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci.
L'article 19 de la Loi visant à assurer la protection des stagiaires
en milieu de travail (chapitre P-39.3) est modifié :
par l'insertion, dans le deuxième alinéa et après «pour prévenir le harcèlement
psychologique», de «provenant de toute personne»;
par le remplacement, dans le troisième alinéa, de «du harcèlement psychologique
et de traitement des plaintes» par «et de prise en charge des situations
de harcèlement psychologique».
Commentaire.
Modification de concordance avec l'article 19 et compatible avec l'état du
droit. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député de l'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Merci. Merci, Mme la Présidente. Donc, je
comprends que cette loi-là vise à assurer la protection des stagiaires
en milieu de travail. Donc, vous avez fait référence à des éléments de
concordance, mais, pour les fins de ceux qui
nous écoutent, M. le ministre, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce
que vous voulez obtenir puis surtout éviter,
puis nous assurer, finalement, que la protection des stagiaires en milieu de
travail va faire en sorte qu'ils ne pourront pas faire l'objet de
harcèlement psychologique? Puis, si c'est le cas, bien, évidemment, ils auront
des recours.
M. Boulet : Bien, absolument. En fait, puis on a travaillé
ensemble, le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve et moi, ensemble, il y a
190 000 stagiaires, au Québec, qui ne bénéficiaient d'aucune
protection légale pour des normes qui sont prévues dans la
Loi sur les normes,
les congés, les absences pour des raisons familiales, et autres, et, en matière
de harcèlement psychologique ou sexuel, qui ne bénéficiaient pas de protection
non plus à l'égard des mesures de représailles, les sanctions administratives,
les congédiements. C'était une avancée considérable, là. On n'en parle pas si
souvent, mais c'est important d'en faire la promotion, que les stagiaires sont
protégés.
les trois articles de la
loi sur les stagiaires que nous venons amender, c'est,
essentiellement, de s'assurer que, dans les politiques... En fait, tout
ce qu'on fait dans notre projet de loi concerne aussi les stagiaires. Donc,
dans la politique de prévention et de prise en charge, les stagiaires y soient
concernés, qu'ils puissent bénéficier des services, puis de la prévention,
puis, on va voir, pour le signalement, puis pour la médiation. En fait, ce que
nous avons dans notre projet de loi va permettre d'assurer un meilleur filet de
protection pour les stagiaires.
M. Morin : Et
donc je comprends que les stagiaires bénéficieront, finalement, de la même
protection que n'importe quel autre travailleur au Québec.
M. Boulet : Tout
à fait, tout à fait. C'est trois articles de concordance.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, la question des stagiaires, c'est... évidemment, je
ne suis pas contre, mais ça me fait penser à une question : Sous quel
régime sont protégés les gardiennes, gardiens ou gardiennes d'enfants? Est-ce
qu'il existe un régime de protection pour elles? Tu sais, si on... Et je fais
référence à une jeune fille ou un jeune homme de 13, 14 ans qui va garder
des enfants pendant une soirée ou une journée chez des voisins, ou tout ça. Est-ce que... Si ces jeunes-là sont... sont
victimes d'une... d'une violence à caractère sexuel ou harcèlement psychologique, est-ce qu'il y a un régime qui
les... qui le protège? Parce qu'on comprend que ce n'est pas celui-ci,
M. Boulet : Minimalement, non, ce
n'est pas visé ici, là, mais, dans la
Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels, violence conjugale, familiale
ou à connotation sexuelle, oui, il y a un régime social. Puis je pense
que mon collègue de la Justice a raison d'en être fier.
Ça a été adopté en 2021 avec votre collaboration. Et donc il y a des indemnités, il y a des mesures de réparation qui
permettraient à la jeune gardienne d'enfants de pouvoir en bénéficier,
Présidente (Mme D'Amours) :
D'autres interventions sur l'article 29? Est-ce que l'article 29 est
adopté?
La Présidente (Mme D'Amours) :
L'article 30.
M. le ministre, s'il vous plaît.
Boulet : Merci.
L'article 20 de cette loi est
modifié par l'insertion, dans le paragraphe 5° du premier alinéa et
après «aux paragraphes», de «2.1°,».
Commentaire. Concordance.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...interventions?
Est-ce que l'article 30 est adopté?
La Présidente (Mme D'Amours) :
L'article 31.
M. le ministre, s'il vous plaît.
Boulet : Merci.
L'article 22 de cette loi est
modifié par l'insertion, après le deuxième alinéa, du suivant :
«La personne nommée en vertu du premier alinéa
peut mettre fin à la médiation si elle estime, compte tenu des circonstances,
que son intervention n'est pas utile ou indiquée; elle en avise alors par écrit
les parties.»
Commentaire.
Une autre concordance, là, puis c'est une discussion que nous avons eue un peu
plus tôt. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Commentaires sur la... Oui, M. le député de l'Acadie.
Morin : Juste brièvement, donc, dans la pratique, je
comprends que... Un stagiaire en milieu de travail pourrait,
effectivement, se prévaloir de cette disposition-là ou c'est la personne nommée
qui va être chargée de présider à la médiation qui peut mettre fin à la
médiation?
M. Boulet : ...c'est la personne
nommée qui peut, effectivement, mettre fin à la médiation.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions? Est-ce que l'article 31 est adopté?
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
passons maintenant au sujet 5,
Loi sur le statut professionnel des
artistes en arts visuels, du cinéma, du disque, de la littérature, des métiers
d'art et de la scène, et nous serions à l'article 39. M. le ministre, si
vous voulez bien nous en faire la lecture, s'il vous plaît.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Donc, c'est trois articles de concordance.
L'article 43 de la
Loi sur le statut
professionnel des artistes des arts visuels, du cinéma, du disque, de la
littérature, des métiers d'art et de la scène est modifié, dans le deuxième
alinéa :
1° par l'insertion, après «pour prévenir le
harcèlement psychologique», de «provenant de toute personne»;
2° par le remplacement de «du harcèlement psychologique
et de traitement des plaintes, incluant entre autres un volet concernant les
conduites qui se manifestent par des paroles, des actes ou des gestes à
caractère sexuel» par «et de prise en charge des situations de harcèlement
psychologique conformément à l'article 81.19 de la
Loi sur les normes du
travail (chapitre N-1.1)».
Commentaire. Donc, concordance. Puis, juste
pour information additionnelle, cette loi-là, elle reproduit actuellement les
dispositions de la LNT, la
Loi sur les normes, relatives au harcèlement
psychologique, celles visant les obligations de l'employeur, la politique de
prévention, traitement des plaintes, le délai. Donc, c'est des... C'est
purement des modifications de concordance. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. Commentaires, interventions? Oui, Mme la
députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. J'aurais simplement une question. Dans le domaine du cinéma, par
exemple, c'est souvent des personnes de l'étranger qui viennent et qui
utilisent les studios, par exemple, studios MELS à Montréal. Comment ça... la
loi s'applique pour... que ce soient des artistes qui sont victimes ou... avec
les... leurs
supérieurs ou... Donc, s'il y a des gens de l'extérieur qui utilisent les
studios, est-ce que ça s'applique à eux... ou, s'il y a des...
évidemment, des Québécois qui travaillent avec eux, comment ça va fonctionner?
Boulet : Bien, sous réserve, là, mais, dans le champ
d'application de la
Loi sur les accidents de travail, maladies
professionnelles, si tu es un employeur soumis à la loi et qu'il y a des
personnes de l'étranger qui viennent travailler ici, elles peuvent bénéficier,
en cas d'accident de travail ou maladie professionnelle, de l'indemnisation
versée par la CNESST, tout à fait.
Mme Caron : Et, si l'employeur est
de l'étranger mais vient ici louer des locaux pour faire filmer le... et qu'il
a des employés québécois, par exemple, à ce moment-là, est-ce qu'ils sont
protégés aussi?
Boulet : Je vous dirais oui, mais en... sous réserve, là,
des circonstances spécifiques, mais on n'est pas dans le cadre de cet
article-là, là. Mais c'est des questions plus générales. Il faudrait revenir au
champ d'application de la loi. Mais la personne qui est victime, qui est au
Québec, qui est un travailleur au sens de la loi... Et l'employeur est soumis
aux obligations qui sont prévues dans la loi.
Mme Caron : D'accord. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député de l'Acadie.
Morin : Oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, sur la
même... sur la même lancée,