Culture and Education — 22 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)

CCE 2013-03-22

Quebec — Committees

Culture and Education — 22 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)

CCE 2013-03-22

Quebec — Committees

(Neuf

heures trente-trois minutes)

La Présidente (Mme

Vien) : Alors, bon matin, mesdames et

messieurs. Je constate le quorum. Alors, nous sommes prêts à débuter cette

séance de la Commission de la culture et de l'éducation. Évidemment, comme

toujours, je vous demande de bien vouloir éteindre vos appareils électroniques

et en particulier la sonnerie de votre cellulaire.

Le mandat de la

commission, je vous le rappelle, est de poursuivre les auditions publiques dans

le cadre de la consultation générale sur le

projet de loi n° 14. C'est la loi qui modifie la Charte de la langue

française, la Charte des droits et libertés de la personne et d'autres

dispositions législatives.

Mme la secrétaire,

avez-vous des remplacements?

Secrétaire :

Oui, Mme la Présidente. M. Kelley (Jacques-Cartier) remplace

Mme Charbonneau (Mille-Îles) et

Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger)

remplace M. Sklavounos (Laurier-Dorion).

Présidente (Mme Vien) : Je vous remercie. Alors, pour ce qui est de l'ordre du jour, aujourd'hui,

nous siégeons en avant-midi. Nous entendrons : l'Association pour le soutien et l'usage

de la langue française; le Mouvement Lanaudière français, conjointement avec la

section Pierre-Le-Gardeur de la Société

Saint-Jean-Baptiste de Montréal; et, finalement, le Regroupement des

organismes en francisation.

Alors, nous sommes

prêts à reconnaître le premier groupe qui est devant nous. Bonjour à tous et,

madame, bonjour, bienvenue dans votre

Assemblée nationale. Vous aurez 10 minutes pour nous faire part de vos

réflexions des tenants et aboutissants de votre mémoire. Alors, je cède

la parole à M. Bernier?

M. Bernier

(Gaston) : ...comme dit San-Antonio.

Présidente (Mme Vien) : Bonjour, M. Bernier, bienvenue. Alors, peut-être nous présenter

les gens qui vous accompagnent, et

présentez-nous votre mémoire.

Bernier (Gaston) :

Oui. Mme la Présidente, Mme la ministre, MM. et Mmes les commissaires, alors,

il nous fait bien plaisir d'être ici ce matin.

Alors, c'est le jeu démocratique. Vous savez, quand on parle de la langue, c'est

la démocratie portée à son extrême parce qu'en parlant nous votons

continuellement sur l'utilisation des mots.

Alors,

je demande aux personnes qui m'accompagnent de se présenter rapidement. On dit

son nom et puis on dit un peu ce qu'on est. À

droite.

Lavigne (Jean-Guy) : Jean-Guy Lavigne. Dans le passé, j'ai été secrétaire de la commission d'enquête sur la situation de la langue française au Québec, ensuite

directeur général de la Régie de la langue française, et ensuite vice-président directeur général de l'Office de la

langue française puis président-directeur général de la Société générale

du cinéma. C'est des dossiers, là, qui

concernent... où on était concernés par ou bien la mise en route ou l'application

des lois linguistiques.

M. Bernier

(Gaston) : On va l'arrêter, sans ça,

il va nous dire qu'est-ce qu'il gagnait. Mme Vachon. Euh! Pardon. Oui.

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Pierrette Vachon-L'Heureux. Moi, je suis linguiste,

aménagiste, terminologue. Vous voyez que c'est

le domaine de la langue. Quand la charte est arrivée, moi, je me suis

précipitée à l'Office québécois de la langue

française, qui était à l'époque Office de la langue française, tout simplement,

et j'y suis restée 30 ans. Donc, c'est le dossier de la qualité de la

langue qui m'a occupée pendant tout ce temps.

M. Bernier

(Gaston) : Et à l'extrême gauche.

M. Bélanger (Alain) : Bonjour. Alain Bélanger. Moi, je suis

membre du conseil d'administration de l'ASULF depuis quelques années déjà. J'ai fait ma carrière

au gouvernement du Québec comme gestionnaire, donc je suis peut-être le moins spécialiste de cette table, mais je ne suis pas le

moins intéressé par la qualité de la langue, ayant oeuvré au gouvernement du

Québec toute ma carrière. Merci.

M. Bernier (Gaston) : Alors, vous voyez, je suis le profane

du groupe. Et, derrière moi, il y a Marcel

Fourcaudot aussi, qui est un ancien de la Commission de toponymie du Québec.

Voilà.

Alors,

je dirai quelques mots, d'abord, de la l'ASULF. L'ASULF est une association,

bien sûr, qui s'occupe uniquement des mots. C'est un peu... On fait un peu le

travail de Don Quichotte. On se bat pour l'utilisation de mots plutôt que d'autres. Par exemple, je commence par

deux exemples que je viens d'entendre ici, que nous avons en horreur et que nous combattons, «bon matin» et puis «je

reconnais», alors pour dire, bien, «je donne la parole à» et puis

«bon...» pour «bonjour». Alors, ce sont... Dans le cas de «je reconnais», ça

vient de l'anglais uniquement...

Présidente (Mme Vien) : ...

Bernier (Gaston) : Hein? Mais, «bon

matin»...

Présidente (Mme Vien) : Et les deux,

c'est moi!

M. Bernier (Gaston) : Mais vous avez... Oui, mais vous avez

quand même de bonnes excuses parce que, bon, les mots sont formés de mots français, l'expression

est formée de mots français, mais ça nous vient de l'anglais.

Normalement, en français, on dit «bonjour». Mais, habituellement, on ne donne

pas, comme ça, de leçons à des personnes, on le fait quand c'est la langue

publique.

Alors, l'ASULF a été mise sur pied en 1986. L'association

compte environ 300, 400 membres, et, bien sûr,

nous sommes appuyés, nous avons l'appui de l'Office

de la langue française ou du Conseil supérieur de la langue pour faire

le travail que nous faisons. Depuis le

début, bon, nous avons eu des succès : par exemple, nous avons réussi à

faire remplacer «rapport d'impôt» par

«déclaration de revenus». Nous avons combattu beaucoup de «places», de fausses

«places», si vous voulez, dans le sens de «centre commercial» ou dans le

sens de «complexe d'habitation». Bon, alors, nous avons aussi connu, je ne dirais pas des échecs, mais il y a beaucoup de thèmes

qui reviennent encore que nous combattons, mais on n'a pas réussi à

faire changer les choses. Nous publions un bulletin trimestriel que nous vous

acheminons, bon, sous forme électronique depuis quelque temps et nous avons un

site Internet que nous tenons à jour du mieux que nous pouvons.

Alors, je vous ai dit tout à l'heure, bien,

que l'association s'intéresse uniquement à la qualité de la langue, alors cela va vous

distraire un peu je ne dirai pas des obsessions, mais des préoccupations dont

on vous a fait part depuis deux semaines. Alors, habituellement, on s'intéresse

de beaucoup... davantage aux questions de statut de la langue, au rayonnement

de la langue, au pouvoir d'intégration des immigrés ou des immigrants. Alors,

pour nous, c'est un problème tout à fait différent, c'est qualité uniquement.

Alors, qu'est-ce que c'est que la qualité de

la langue? Bon, je ne ferai pas de définition savante de tout ça, comme je vous ai dit,

moi, je suis un profane, alors... mais, pour nous, c'est une question de

pratique. Alors, il s'agit d'enlever le plus de verrues, de scories

possible à la langue des Québécois. Bon.

Maintenant,

la qualité de la langue et le statut, c'est un vieux couple, si vous voulez,

qui vit ensemble depuis 1800, mais c'est un couple qui ne dort pas aux mêmes

heures ou qui ne travaille pas aux mêmes heures, hein? Il y a eu des hauts et

des bas là-dedans, des préoccupations différentes selon les époques.

Au départ, si vous pensez à 1792, bien sûr,

les questions qui ont été débattues à l'Assemblée législative, c'était une question de

statut. Mais tôt, vers 1840, 1850, alors est apparue... ou sont apparues des

préoccupations de qualité. Alors là, ce sont les gens qui notaient qu'il y avait une grande différence entre le

langage des Québécois et le langage des Français. Et, au début du XXe siècle, oui, vers 1900, bien là il

y a eu le, comment on l'appelle... la Société du bon parler français

qui, elle, faisait le même travail. Elle s'intéressait avant tout à la qualité

de la langue. Bon, dans les années 60, quand on a mis sur pied l'office, même là, au départ, la qualité de la langue a été

l'obsession, si vous voulez, de l'organisme. Mais, petit à petit, les problèmes de statut ont rogné, si

vous voulez, ont monopolisé l'attention, et, bon, on s'est intéressé

davantage au statut depuis ce temps-là.

Mais les deux notions doivent aller main dans

la main, c'est-à-dire qu'on doit jeter un regard d'ensemble, à la fois sur le statut

et sur la qualité. Si on n'a pas la qualité, on se bat inutilement en voulant

améliorer le statut. Et, pour nous de l'ASULF, si on veut favoriser la

qualité de la langue, il est difficile, si vous voulez... On s'appuie sur un

fond... sur des sables mouvants, si vous

voulez, si le statut n'est pas là et qu'on veut défendre la qualité de la

langue française ici si elle n'a pas d'avenir, si elle n'est pas une

langue de plein emploi. Alors, voilà, en gros, ma petite présentation rapide.

Essentiellement, l'ASULF présente quatre

propositions à la commission et aux parlementaires. D'abord, nous aimerions que le

projet de loi ou, je ne sais pas, un autre instrument juridique comporte une

définition pragmatique, pratique de

ce qu'est la qualité de la langue. Alors, je ne demanderais pas à l'office de

faire une définition théorique. Je sais bien qu'il y a des débats et il

y a même des gens qui disent : Bien non, définir la qualité de la langue,

c'est impossible. Mais, nous, ce que nous souhaitons, c'est qu'il y ait des

indications qui permettent, en fait, de cerner la notion.

Alors,

dans le mémoire que nous avons fait, le texte se lit ainsi pour définir ce qu'est

la qualité : Un texte est écrit en français lorsqu'il est conforme au code

orthographique, grammatical, syntaxique ou lexical contenu dans les grammaires

françaises courantes et les dictionnaires généraux de langue française.

Alors, c'est une

définition, vous allez... très pragmatique. Ce n'est pas savant, mais ça

pourrait aider les défenseurs de la qualité de la langue à s'appuyer sur

quelque chose de solide, sur un socle certain, parce que, quand on défend la qualité de

la langue, bien sûr, il faut réussir à s'appuyer sur des spécialistes, donc

souvent c'est l'office, souvent c'est les auteurs de dictionnaires, que

ce soit le Robert ou des dictionnaires normatifs.

Deuxième

recommandation, nous aimerions que l'Office de la langue française ait plus de

poids, si vous voulez, dans l'ensemble des

structures de l'État, alors que ce soit au niveau de la fonction publique, au

niveau des villes, des villages, au niveau des commissions scolaires ou

conseils scolaires, au niveau aussi du réseau de la santé. Et cette

influence-là pourrait prendre trois formes. Ça, nous en faisons allusion dans

le mémoire.

D'abord,

qu'on intègre... qu'on essaie d'intégrer des jurisconsultes au sein du comité

de législation, du comité qui rédige les lois, les projets de loi à l'Assemblée

nationale, enfin, ou plutôt... je crois que ça relève du ministère de la

Justice.

Ensuite,

deuxième chose, que l'office remette en place les réseaux langagiers qui ont

existé il y a 20 ans maintenant, mais pendant une période de trois ans ou quatre

ans. Alors, le Réseau des langagiers contribuait à sensibiliser la

fonction publique à la qualité de la langue.

La Présidente (Mme

Vien) : Merci, cher monsieur. Je vais

vous inviter à procéder maintenant à une période d'échange avec les

parlementaires, puisque votre dix minutes est maintenant écoulé.

Bernier (Gaston) :

Alors, je m'excuse. Vous voyez, quand je dis que je suis un profane, je suis un profane aussi en paroles, donc je ne compte pas mes mots.

La Présidente (Mme

Vien) : Il n'y a pas d'offense.

Alors, je cède la parole à Mme la ministre.

De Courcy : Sur

le temps que nous avons pour vous poser des questions, est-ce qu'il vous reste beaucoup de choses que vous auriez aimé partager avec

nous?

M. Bernier

(Gaston) : Bien, rapidement...

Mme De

Courcy : Allez-y donc.

Bernier (Gaston) :

Là, je vous parlais de la présence de l'office. La troisième recommandation

était que l'office puisse faire des campagnes publicitaires pour faire évoluer la mentalité

des Québécois face à la langue et à la qualité de la langue, et puis, en

dernier lieu, je revenais sur... nous revenions sur la formule de nomination de

la haute autorité, de la directrice générale ou du P.D.G. de l'office. Alors,

voilà. Je pense que c'est l'essentiel.

De Courcy :

Bien, d'abord, j'aimerais vous remercier pour votre contribution. Un petit

vendredi matin, venir à Québec nous présenter

vos réflexions auxquelles j'accorde beaucoup d'importance. Je vous félicite.

Même si ça fait plusieurs années, vous avez

reçu, en 2003, un prix décerné, hein, par le Conseil supérieur de la langue

française. Alors, votre contribution

a été reconnue par un conseil prestigieux du Québec. Mes félicitations! Et je

vois que, depuis ce temps-là, vous n'avez pas lâché prise, là. Vous

continuez votre travail.

M. Bernier

(Gaston) : Et, même, on s'améliore.

Des voix :

Ha, ha, ha!

Mme De

Courcy : Bien, tant mieux. Tant

mieux. Écoutez, j'ai été... Vous m'intriguez avec le Réseau des langagiers. Honnêtement, je ne sais pas ce que c'est.

Peut-être qu'autour de la table les gens le connaissent, mais moi, je ne

le connais pas.

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Moi, ça me ferait plaisir de vous expliquer ce qu'a été

cette aventure. Ça s'est produit au tournant des années 1980. Alors, on cherchait une façon

d'améliorer le français de l'Administration et on se disait, un peu à la suite des réflexions de notre

ami Jean-Claude Corbeil, qui nous avait précédé à l'office, qu'en fait

les gens qui se sentent responsables de la

qualité de la langue dans notre Administration, ce sont les gens des

communications. Alors, nous avons travaillé

à essayer de rassembler, dans chacun des ministères et des organismes, une

personne cadre, hautement placée,

responsable du dossier, et un directeur des communications, ou même un

linguiste ou un traducteur, une traductrice,

quelqu'un qui travaillait les textes dans le milieu de l'organisme ou du

ministère. Et, avec ces deux personnes, nous avions déjà, selon la loi, un réseau, qu'on appelait réseau des

mandataires, qui réunissait les personnes officiellement responsables du

dossier de la langue, des relations avec l'office, et nous avons fait, en

parallèle, ce que l'on a appelé le réseau des langagiers et des langagières de

l'Administration.

Alors, moi, je les réunissais à tous les semestres, et là

je leur permettais ainsi de savoir quelles étaient les sources dont ils disposaient, quels services l'office

pouvait leur rendre, quelle coopération nous avions avec les autres pays

francophones, toutes sortes de moyens que les pauvres réviseurs, réviseuses,

dans les ministères, qui sont absolument écrasés par le poids du travail, n'avaient

absolument pas le temps de découvrir. Et ç'a été extrêmement apprécié,

évidemment. Ces gens n'avaient que du bonbon, hein, à prendre de ce que l'office

leur offrait, et c'était toujours satisfaisant

du point de vue de l'office aussi, puisque mes collègues professionnels avaient

l'occasion, là, de faire valoir les travaux,

les recherches, les trésors qu'il y avait dans la banque de terminologie,

toutes sortes de publications,particulièrement

pointues dans tel ou tel domaine, les moyens aussi, de diffusion, l'activité

qui se passait dans nos universités, bref, tout cet univers qui pouvait nourrir l'activité de la

langagière ou du langagier perdu dans son ministère ou son organisme.

De Courcy :

Souvent, il faut savoir d'où on vient pour savoir où on va. Aujourd'hui, ce

type de réseau là, souvent, dans les grandes organisations publiques, on va appeler ça des

communautés d'apprentissage. Souvent, on va les appeler de cette

manière-là.

votre connaissance, chère madame, ces réseaux-là ont été démantelés, ou

abandonnés, ou changés à peu près à quel

moment et pour quelles raisons?

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Démantelés en 1991. Là, il y a eu des coupures. Et alors

le matin tragique est arrivé où on a décidé de

couper dans les programmes de l'office, et on a coupé surtout du côté des

activités des linguistes et des

terminologues puisque — c'est un peu ce que le président

expliquait — il y a des priorités,

politiquement, plus sensibles que la qualité de la langue, hélas!

De Courcy :

Merci. Mes collègues, je suis certaine, veulent vous parler, alors je vais leur

céder un peu de ce temps-là. Je vous

recontacterai très certainement, l'association. Il y a un certain nombre de

choses que je n'ai pas eu l'occasion, là, de

pouvoir vous parler, notamment la langue publique dans les médias, comment vous

pourriez imaginer que l'on puisse travailler à son amélioration ou à son

maintien. Mais ne me répondez pas parce que, sinon, vous allez gober tout ce

temps-là, et mes collègues ont besoin de vous parler. Et je vous recontacterai

avec grand plaisir.

Mme Vachon-L'Heureux

(Pierrette) : D'accord. Parfait. Très

bien. Ça

tombe bien.

La Présidente (Mme

Vien) : M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.

M. Breton : Bonjour, messieurs. Bonjour, madame. Je suis très heureux

de pouvoir être ici avec vous à cette commission

parlementaire sur le projet de loi n° 14. Je voudrais commencer par

saluer, parce que j'ai un sentiment que peut-être il écoute ce qui est train de se passer... C'est M. Jean-Claude

Corbeil, Jean-Claude Corbeil que je connais depuis une trentaine d'années.

Et, dans l'intérêt, comme vous dites, d'une claire transparence, je peux même

vous dire que ça a été mon ancien beau-père.

Breton : Oui.

Oui, c'est ça. Mais, bref, j'ai énormément de respect pour le travail que cet

homme-là a fait pour le Québec, pour le

français au Québec. Et, vous savez, je trouve très intéressant l'angle que vous

abordez, et ça m'a amené à une réflexion sur laquelle j'aimerais vous entendre.

J'ai

un sentiment que vous avez dû écouter dans les médias ce qui est arrivé l'an

dernier avec le printemps érable. Et ce que j'ai trouvé assez intéressant, c'est de

voir de jeunes étudiants du cégep ou d'université s'exprimer dans les

médias dans un français, ma foi, fort éloquent, de grande qualité, et, au même

moment, dans les médias sociaux, on voyait très souvent un français, comment

dirais-je, de qualité beaucoup moindre.

je me rappelle que les gens de ma génération, de la génération précédente,

avions une moins grande qualité d'expression

de français parlé, mais il me semble que le français écrit était meilleur. C'est

comme s'il y avait une espèce d'inversion.

Je veux dire, alors qu'on écrit moins bien le français, et spécialement avec

cette mode-là d'aller de plus en plus

rapidement et d'écrire avec les abréviations... Et ce n'est pas juste en

français, d'ailleurs, c'est en anglais et dans d'autres langues, où on

est rendus avec trois petites lettres pour faire une longue phrase.

Bref,

j'aimerais avoir votre son de cloche sur cette espèce de phénomène qui se passe

où il semble que les jeunes qui sont au cégep ou à l'université semblent mieux

maîtriser le français, même, que les médias parfois, mais que, d'un

autre côté, au niveau du français écrit, ça semble se détériorer.

Bernier (Gaston) :

Alors, je peux dire quelques mots. Mais j'ai observé comme vous la qualité du français des porte-parole, bon, qui étaient toujours sur

la sellette ou qui étaient en vedette. Maintenant, je pense qu'il est tôt

pour essayer de cerner ce phénomène, d'expliquer pourquoi ces gens-là avaient

une langue tout à fait correcte et... par rapport à d'autres groupes qui ont un

français relâché. Alors, je ne sais pas si... Peut-être que Mme Vachon...

Mme Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Bien, moi, je voudrais dire qu'il ne

faut pas généraliser, hein? Évidemment, les leaders nous ont assez épatés, parce qu'on

pense toujours... le pis que pendre, hein, des étudiants, on s'imagine

qu'il n'y en a pas, des brillants et des gens qui maîtrisent tout à fait leur

langue. Et moi, j'ai trouvé ça très rassurant et très agréable. Maintenant, ce

n'est pas le cas de tout le monde, évidemment, alors il faut faire attention à

ce côté-là.

côté de la nouvelle écriture... Moi, j'appelle ça la nouvelle écriture, cette

tentation de l'abréviation puis de jouer avec toutes sortes de choses. C'est l'effet de la

technologie, et, moi, ça ne m'inquiète pas beaucoup parce que je trouve

qu'il y a beaucoup de ludique dans tout ça,

hein, de jeu sur les signes, les signifiants, les sons, toutes sortes d'histoires.

Et, comme vous le disiez si bien, ça se passe dans toutes les langues,

hein? On dirait que c'est une nouvelle découverte que les gens font avec ce genre d'écriture. Même que moi,

je suis d'un naturel optimiste — c'est peut-être pour ça que je suis encore à l'ASULF — alors, je trouve que c'est là aussi quelque chose

aussi de fort intéressant, parce qu'on retrouve des poèmes, on retrouve toutes sortes de jeux sur la langue, les gens ne

finissent plus de s'expédier par courriel toutes sortes de jeux linguistiques. Alors, je trouve qu'il

y a du pour, il y a du contre, hein? Moi, je trouve qu'au fond

finalement il faut peut-être se réjouir que c'est l'occasion pour les gens d'utiliser

leur langue, hein, de toutes sortes de façons, mais au moins de l'utiliser.

Alors, ce côté-là ne me semble pas particulièrement inquiétant.

M. Breton : Il reste combien de temps?

La Présidente (Mme

Vien) : 12 minutes à peu près.

Breton : Bref,

de façon générale, j'aimerais avoir votre impression, votre point de vue sur le

projet de loi n° 14, sur le projet

de

loi sur le français. Est-ce que vous avez des réflexions? Est-ce que vous

aimeriez faire part de ce que vous pensez du projet de loi n° 14?

M. Bernier

(Gaston) : Bien, je pense que je vais

demander à mon collègue de droite de vous répondre.

Lavigne (Jean-Guy) : Bien, il faut comprendre que ce qui nous réunit, ce qui nous réunit,

nous, les membres de l'ASULF, c'est la qualité de la langue. Le projet porte, pour l'essentiel,

sur le statut de la langue française, et ça, on pourrait en discuter

dans un autre cadre, mais nous, on s'intéresse principalement à la qualité, et,

de ce point de vue là, il y a peut-être des choses qu'on pourrait ajouter au

projet de loi.

Lavigne (Jean-Guy) : Par exemple, l'État québécois pourrait jouer un rôle plus important

pour les modèles linguistiques. Par exemple, pourquoi est-ce que les hauts fonctionnaires

du gouvernement du Québec — je l'ai été — les

sous-ministres, sous-ministres adjoints, présidents d'organismes, présidentes,

et les professionnels, même les professionnels au service de l'État... Pourquoi

est-ce qu'on ne serait pas très exigeants vis-à-vis eux? Surtout je

pense à ceux qui sont de langue maternelle française. Il s'agit de ne pas faire

porter aux autres le poids de la qualité de la langue, mais à ceux d'abord dont

le français est la langue maternelle.

Alors,

si l'État était plus exigeant dans le choix de ses cadres professionnels, il

pourrait y avoir un impact important, parce que les modèles, les gens qui prennent la

parole, les fonctionnaires qu'on voit, qui parlent à leurs

fonctionnaires, il faudrait que ce soit... dans les ministères, il y a des gens

qui... que le français ne soit pas, d'abord, une langue de spécialité. C'est beau qu'on ait des réviseurs, qu'on

ait des conseillers dans les ministères, mais il faut que ça vienne des gens eux-mêmes. Il ne faut pas s'en remettre au

personnel clérical, aux secrétaires ou autres personnes à l'emploi. Il

faut faire porter le poids de la qualité du

français aux plus instruits et ceux qui sont les mieux payés, disons-le

carrément. Alors, c'est un exemple de chose.

pourrait aussi... si vous me le demandez, j'ai été dans le domaine du cinéma.

Si le cinéma québécois occupe une place bien

plus importante qu'il occupait dans le passé, et c'est tant mieux, même si la

dernière année n'a pas été, au guichet, la

meilleure année... Quand même, il y en aura d'autres, bonnes années, parce que

le talent est là, les moyens sont là,

mais je... Montréalais, j'habite le centre-ville de Montréal, je constate qu'au

Québec il est difficile de voir des films en langue française qui viennent de l'extérieur du Québec. Pourtant, il s'en

fait. La France est un grand pays producteur de films. Elle a été pionnière, la France, dans le cinéma. Alors, le cinéma

français n'est pas répandu au Québec. J'habite au centre-ville de

Montréal, je vais chez Renaud-Bray, j'ai de la difficulté à trouver des

ouvrages en langue française. Alors, si on

se coupe toujours davantage de la réalité, du français international, des

autres sources de notre langue, nous en serons plus pauvres. Alors, il

faudrait trouver le moyen d'encourager, justement, la diffusion de ces ouvrages

et de ces films, par exemple.

La Présidente (Mme

Vien) : Oui, monsieur, en n'oubliant

pas que votre collègue a une question à poser.

Breton : Oui.

Très, très rapidement, vous venez de toucher un point sensible pour moi. Moi

qui est député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, j'ai été outré à plusieurs reprises de me

retrouver devant le cinéma Quartier latin et de voir, sur 12 ou 14 salles, 90 % des salles occupées par

des films américains traduits en français. Et ça, je dois vous avouer

que, quand on s'appelle le cinéma Quartier latin, je trouve qu'il y a là un

problème. Je vous remercie. Je vais laisser la parole à mon collègue de

Saint-Hyacinthe.

Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente, mes collègues. Bon vendredi

matin. Cela me fait plaisir de vous voir ici ce matin. Bonjour à vous. Je vous félicite,

premièrement, pour... Ça fait quand même

27 ans cette année que l'association

existe. Je vous félicite pour les préoccupations que vous avez pour la qualité

de la langue française au Québec. Et je

pense qu'on n'a pas assez, peut-être pas assez justement de préoccupations

vis-à-vis la qualité de notre langue.

Et c'est la qualité de notre langue qui va faire en sorte, peut-être, qu'on va

avoir moins de préoccupations vis-à-vis l'utilisation de la langue, soit

parlée au travail ou dans nos communications régulières.

Vous mentionnez, à la

fin de votre mémoire, puis ça, je trouve ça intéressant : «...il importe

que la notion de qualité de la langue

devienne un objectif stratégique de l'État québécois au même

titre que l'est

son statut. On devra viser les deux

cibles d'un même regard. Qu'on se rappelle la mise en garde de Fernand Dumont — que je vais citer : "...si nous ne pouvons pas faire un effort collectif de restauration de la langue, on

aura beau dresser des barrières tout autour, on ne sera pas beaucoup

plus avancés."» Ça, c'est en septembre 1996 qu'il a mentionné ça.

Alors,

je vais vous poser la question, j'aimerais vous entendre sur la qualité de

notre langue : Quels sont, selon vous,

les principaux obstacles qui se dressent vis-à-vis l'amélioration du français

au Québec?

Mme Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Moi, je voudrais intervenir tout de

suite pour dire que, moi, mon sentiment,c'est que l'influence de l'anglais est le facteur

que l'on doit cibler. Nous avons une sorte d'appropriation de l'anglais

qui nous est très particulière, c'est-à-dire

qu'on devient un peu blasés, et on ne sait plus comment se défendre de l'appropriation

qui se fait de mots anglais sans qu'on s'en

rende compte, ou presque. C'est-à-dire qu'il y a d'abord, dans notre

population, une ignorance de l'anglais qui

fait qu'il est très difficile de percevoir un anglicisme. Alors, un anglicisme

syntaxique se glisse, on ne le

reconnaît même pas, on ne sait pas. On le véhicule, on ne sait pas. Donc, ça

demande un effort de connaissance de l'anglais pour savoir l'influence

que l'anglais exerce sur notre langue.

Ensuite, il y a aussi

socialement une sorte d'acceptation de plus en plus grande qui se glisse parmi

nous. Par exemple, maintenant, on entend

régulièrement les gens dire : Ah! J'ai dealé ça, et c'était très bien. Et

on ne s'aperçoit même plus qu'on a

utilisé là un mot qui n'est pas le mot français. Il y a aussi l'inverse de ça

qui est que, par snobisme, on accuse

souvent les Français français d'être snobs de ce côté-là, mais on le devient

aussi très souvent quand on écoute, dans

les médias, des gens qui disent : Ah! Oui, bien, c'était... c'était un

flash-back, hein? Oui, oui, c'était un flash-back. Alors, au lieu de chercher le mot français qui est

là, qui circule, on accorde une sorte d'intérêt, hein, je dirais, à

utiliser ce mot anglais.

Parce

qu'il ne faut pas se le cacher, au Québec — moi, je suis Franco-Ontarienne,

alors j'ai un regard peut-être un petit peu différent — je

trouve que c'est malheureux, quand on a le plaisir, la joie de pouvoir vivre

dans un milieufrançais, de trouver qu'on s'exprime de façon plus intéressante quand on

a le mot anglais sur le bout de la langue. Donc, moi, c'est ce côté-là qui m'inquiète beaucoup. Et je crois que c'est un

des facteurs vraiment qui caractérisent ce problème que l'on voit dans

la qualité de notre langue.

Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci beaucoup. Comment expliquez-vous d'abord... vous

parlez de donner le mot exact, là, «flash-back«, mais que notre mère patrie, la France, se

spécialise dans l'utilisation de mots ou d'anglicismes dans son... même dans le dictionnaire ou dans...

qu'elle fait reconnaître des mots? Alors, comment pouvez-vous... que,

nous, ici, on puisse contrer ce genre d'utilisation de mots, d'anglicismes, là?

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Je pense que notre perception est tout à fait différente

de la perception française. La perception

française, d'abord leur relation avec l'Amérique, hein, est

extraordinaire : ce qui vient de l'Amérique,

c'est fantastique. Et ensuite il n'y a aucune insécurité linguistique en

France. Ça, c'est très différent de nous. Nous, nous sommes au courant, nous savons où nous vivons et nous

connaissons le danger, alors que la France est tout à fait installée

dans une culture qui, au contraire, les conduit vers une sorte, je dirais, de

procédé ludique qui consiste à montrer qu'on peut aussi prononcer quelques mots

anglais, américains — pour eux, c'est

toujours américain — et

ça fait bien. Donc, c'est un snobisme dont on doit se garder, nous, parce que,

pour nous, c'est catastrophique, ce genre d'attitude.

Bernier (Gaston) :

Et on pourrait peut-être ajouter que les mots anglais qu'utilisent les

Français, disons, par snobisme, sont moins... ont un effet moins délétère que souvent nos

anglicismes impossibles à identifier. Même, je ne sais pas, je dis... Même nous qui défendons la qualité

de la langue, nous nous surprenons souvent à dire : «Gardez la

ligne» quand on répond au téléphone ou «T'es

demandé au téléphone», donc, le passif est aussi imposé par l'anglais ou

inspiré par l'anglais. Donc, ça, ce sont des anglicismes ou mots... des

calques, si vous voulez, qui sont impossibles à identifier. Donc, c'est

beaucoup plus dangereux que le mot «look» en France ou, je ne sais pas, d'autres

mots de même nature.

M. Pelletier

(Saint-Hyacinthe) : Est-ce qu'il

reste... Merci. Est-ce qu'il reste du temps, Mme la...

La Présidente (Mme

Vien) : Bien, absolument. Une minute.

Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Une minute. O.K. J'aimerais vous entendre sur la

recommandation que vous faites... concernant aussi les rapports des...

dans votre... les rapports des assemblées générales des syndicats ou des

choses comme ça. J'aimerais vous entendre un

peu plus là-dessus. Alors, je vous laisse le temps de répondre : la

modification qu'il faudrait faire au projet de loi.

Bernier (Gaston) :

Alors, si... Il y a M. Auclair, le président fondateur de l'ASULF, qui est venu témoigner il y a

quelques jours, une semaine, je pense, et qui, lui, a fait porter son mémoire

de citoyen sur deux points, dont celui-là précisément. Alors, moi, à

titre de président de l'ASULF, bon, bien sûr que j'entérine tout à fait la

recommandation de M. Auclair, qui disait : Bien, il faudrait que les

syndicats non seulement... En fait qu'on n'ouvre pas la porte aux syndicats qu'on

leur laisse le choix de publier des choses en anglais uniquement, à moins qu'un

syndiqué demande d'avoir le texte en

français. Bon, alors... Mais ça, il y a eu entente entre nous. Lui tapait sur

ce clou-là et nous, bien, il nous laissait la porte pour d'autres

points.

La Présidente (Mme

Vien) : Alors, moi, je suis la

gardienne du temps, la préfète de discipline, alors...

Bernier (Gaston) : J'ai bien averti

mes coéquipiers que c'était votre travail.

Présidente (Mme Vien) : Oui, vous êtes bien gentil. Mais je suis bien d'adon, comme on dit dans Bellechasse. Alors, M. le député de Jacques-Cartier, pour

un temps de 21 min 47 s à l'opposition officielle.

Kelley : Merci

beaucoup, Mme la Présidente. Et, à mon tour, bienvenue et merci beaucoup. Comme député qui est ici

depuis quelques années maintenant, j'ai souvent reçu les courriels de votre

association. J'aime les personnes qui sont ambitieuses et moi, modestement, j'espère qu'on peut comprendre nos

projets de loi. Des personnes qui viennent ici plaider qu'il faut être dans une bonne qualité de

français, c'est encore plus ambitieux que moi. Mais bravo parce que je

pense que c'est... Et je pense que les deux

vont ensemble, blague à part. Vraiment, la qualité de la langue peut-être peut rendre nos projets de loi un

petit peu plus visibles. Comme quelqu'un qui a présenté certains projets de

loi, à l'Assemblée nationale, je comprends que ce n'est pas toujours

évident, parce que les juristes ont dit que je prends le mot d'un autre projet

de loi existant et une jurisprudence, alors,

le mot a un certain sens précis, alors il faut toujours l'utiliser, malgré le

fait que personne ne le comprend.

Alors, il y a des traditions comme ça aussi qui rendent d'écrire nos projets de

loi un petit peu facile, et il faut

laisser une certaine ambiguïté pour nos avocats, comme ça, ils peuvent

pratiquer leur métier aussi. Mais ça, c'est un autre enjeu pour un autre

moment.

deuxièmement je comprends l'influence de l'anglais sur la langue française,

mais, surtout pour la communauté anglo-québécoise, ça va dans l'autre sens aussi

et... Mon épouse vient de Vancouver, et je me rappelle la journée que j'étais

dans la rue à Vancouver et j'ai demandé à

quelqu'un où est le dépanneur le plus près : Where's the closest

dépanneur? Parce que l'anglais a

«convenience store», ou, parfois même, on utilise la marque 7-11, ou Becker's,

ou les autres, parce qu'on n'a pas un

mot comme «dépanneur». Quand on dit le mot «dépanneur», on voit les chips, les

caisses de bière, et tout le reste. Ça nous précise qu'est-ce qu'on

cherche. En anglais, on n'a pas vraiment le même mot précis. Alors, il y a des influences dans les deux sens aussi. Je suis

très sensible de l'influence internationale de la langue anglaise un

petit peu partout. À Paris, à Bangkok, n'importe

où dans le monde, on va le voir, mais c'est une influence réelle, mais je veux

juste dire que ça va dans les deux sens,

surtout pour la communauté anglo-québécoise, qui souvent utilise des mots de

français sans être vraiment sensible. Mais ça, c'est mes deux commentaires.

Mais

ma question, je vais voler la question de la ministre, parce que ça m'intrigue

au niveau de la qualité du français dans nos

médias. Parce qu'on a la liberté de la presse, alors, comme gouvernement, il

faut être très prudents dans nos relations avec les médias, mais, quand on

pense que c'est vraiment, là...

Moi, j'ai

une certaine sensibilité à ça, comme ancien ministre des Affaires autochtones,

que la radio communautaire, ici, il y a un

moyen très tangible pour le gouvernement de soutenir les langues autochtones au

Québec. Moi, je pense, la radio communautaire — je pense aux 14 villages nordiques, au Grand Nord

québécois — avec des subventions

relativement modestes, on peut faire énormément de choses pour l'inuktitut.

Alors, dans le même sens — sans dire aux journalistes quoi faire, parce que ce n'est

jamais une bonne idée — qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer la qualité du français dans nos journaux, à

la télévision et dans les médias émergents et les technologies émergentes?

Bernier (Gaston) :

Alors, je peux dire quelques mots mais on peut me... compléter aussi.

Actuellement, en fait hier même, l'ASULF a lancé une campagne précisément auprès des

journalistes, bon, des médias locaux, mais aussi des médias... les quotidiens importants du Québec. Qu'est-ce

qu'on leur dit? On leur dit : Bien, quand vous utilisez un mot anglais, essayez donc de trouver l'équivalent

français, ne donnez pas la manchette ou une promotion, si vous voulez, à

un anglicisme, donc vérifiez. Mais ça, vous avez raison, en fait, on ne peut

pas imposer, en fait, aux journalistes, aux médias d'utiliser un mot en

particulier ou une expression en particulier. Mais ça, ça relève aussi des

campagnes publicitaires. Il faut

sensibiliser les gens, leur donner, en fait, le sens de la fierté de la langue

et puis les convaincre aussi : Utilisez

ces mots-là. C'est en les utilisant nous-mêmes, vous-mêmes que les journalistes

vont finir par utiliser les mots français.

Rappelez-vous, récemment, on a parlé de «move over law», la «move over law»,

puis ça a été utilisé dans les manchettes des journaux. Maintenant, qu'est-ce

qu'on voit? Corridor de sécurité. Bon, alors... Et les exemples sont nombreux

comme ça. Il faut commencer par utiliser les bons mots, et d'autres vont le

faire. Alors, il y avait... Alors, on répète ce qu'on entend, on écrit ce qu'on

lit, donc il faut commencer quelque part.

Lavigne (Jean-Guy) : Peut-être vous signaler aussi qu'un de nos membres, M. Raymond Gagné,

de Montréal, fait,

depuis une dizaine d'années, 250 interventions par année auprès des médias pour

faire des suggestions, corriger les erreurs,

et vous seriez surpris de voir l'impact qu'a l'influence d'un citoyen, d'un...

Il reçoit beaucoup de correspondance, on

lui répond et, généralement, les journalistes sont heureux qu'on leur signale

ce problème-là. Il y a aussi monsieur... notre président fondateur dont

on a parlé tantôt, M. Jean-Paul Auclair, qui intervient pratiquement tous

les jours pour la langue de l'affichage public. Il y a des copies qui sortent

qui sont envoyées aux médias. Alors, avec des moyens très modestes, un

budget... des bouts de chandelles, notre association a un impact, je dirais,

important parce qu'il y a des citoyens qui s'intéressent à la qualité de la

langue.

Mme Vachon-L'Heureux

(Pierrette) : J'ajouterais peut-être

qu'en fait nous sommes... nous travaillons en complémentarité

avec l'office. L'Office québécois de la langue française a essayé — moi,

j'ai vu ça dans les derniers 20 ans — de temps à autre de développer une ligne spéciale

consacrée aux médias, selon les moments où il y a plus de personnes, des

ressources humaines ou plus d'argent, un peu plus de temps qu'on peut

consacrer. Parce que, notre président le

rappelait tout à l'heure, on vit en couple avec le statut. Alors, quand le

statut requiert beaucoup de ressources, et de temps, et d'argent, c'est la qualité qui

faiblit. On a vu ça à l'office, le système que l'office avait mis en place,

qui était un système de consultation, c'est-à-dire

d'assistance linguistique, a eu tellement de succès qu'on l'a fermé. On

l'a complètement fermé. Ensuite, on s'est

dits : Qu'est-ce qu'on va faire? On a dit : On va tarifer. Alors,

tarifer, ça a coupé de trois quarts.

Alors, c'est... il y avait tellement de besoins de ce côté-là, de consultation

et d'assistance linguistique, que c'est

difficile pour l'office de satisfaire à ce besoin. Par contre, on a

peut-exagéré en diminuant l'intervention de l'office dans ce domaine. Moi, je dirais qu'à chaque fois

que l'office a offert un soutien aux médias, ça a été... débordement.

Alors, il n'en tient qu'à nous de consacrer

plus de ressources, plus d'efforts, plus d'argent, finalement, à ce service qui

est extrêmement important, puisque c'est la langue des médias, vraiment,

qui donne l'exemple, là.

M. Kelley : Merci beaucoup.

La Présidente (Mme

Vien) : M. le député de LaFontaine.

Tanguay : Merci

beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour. Merci beaucoup d'être là. Merci, M.

Bernier, pour votre passion que vous savez

très bien communiquer. Merci, Mme Vachon-L'Heureux, pour votre présence et

votre éclairage, M. Lavigne et M. Bélanger. Merci beaucoup d'avoir déposé ce

mémoire qui nous amène, ce matin, sur une réflexion,

une réflexion, je vous dirais, plus large sur l'avenir de notre langue, du

français, une réflexion sur sa qualité, et je pense que c'est tout à fait non seulement

sain mais nécessaire d'avoir cette réflexion-là... en amont, je crois, de ce

qui pourrait être, de ce qui pourrait résulter en des initiatives et une action

gouvernementale.

vous, je crois, à juste titre, avez soulevé un exemple très tangible lorsque

vous parliez de petites expressions, mais qui, néanmoins, par leur utilisation, par la

fréquence de leur utilisation, deviennent peu à peu

partie de notre

langue, et il s'agit peut-être d'impropriétés

par rapport à notre langue. Vous avez cité l'exemple de «rapport d'impôt»

désormais changé pour «déclaration de

revenus», et, en ce sens-là, dans ce débat-ci, je lisais, à l'intérieur d'un

mémoire, l'expression «stopper», nous

devions «stopper»... Alors, j'avais été moi-même... j'avais marqué une pause à

la lecture de ce mot-là à l'intérieur d'un mémoire dans le cadre de nos

travaux sur le projet de loi n° 14.

J'aimerais

vous faire part, et c'est à... toujours à

titre introductif, et, si ça vous

inspire un commentaire, je vous en prie, allez-y, sinon, je pourrai y aller à une

question un peu plus précise, parce que j'ai quelques questions, mais je

lisais, durant la période des fêtes — c'est

un sujet qui me passionne — ...je réécoutais une entrevue — c'est-à-dire que j'écoutais,

dans mon cas, je ne l'avais pas écoutée à sa première diffusion en décembre

1960 — que Jean-Marc Léger accordait à Mme Judith Jasmin. Jean-Marc Léger, pas le

sondeur, mais, évidemment, l'écrivain journaliste québécois et

défenseur... grand défenseur de la langue

française. Et il disait ceci — décembre 1960 : J'estime qu'il

nous reste peut-être 10 ou 15 ans si nous

voulons faire un effort sérieux pour restaurer la langue française et,

conséquemment, la sauver. Sinon, elle deviendra

une sorte de patois dont nous aurons honte, une petite langue familiale et à

saveur folklorique qui ne servira plus vraiment comme véhicule de pensée

chez nous. Fin de la citation.

Alors, cette citation

peut nous inspirer plusieurs commentaires par rapport au fait que nous devons

toujours et nous demeurerons toujours

vigilants, c'est une nécessité, et... Mais, néanmoins, je partage votre

optimisme, Mme Vachon-L'Heureux. Nous

devons toujours demeurer vigilants, mais nous devons, je crois, axer notre

action sur les outils, sur les façons,

sur les moyens qui vont nous permettre de préserver et même de bonifier la

qualité de la langue écrite et parlée.

Alors,

c'était mon introduction. Je ne sais pas si elle vous inspire un commentaire,

sinon j'aurais une question plus précise. Oui.

Bernier (Gaston) :

En ce qui a trait à votre observation... En fait, d'abord, elle a été faite en

1960, et, après 1960, bien sûr qu'on a... D'abord, le Québec, ça s'est, je dirais,

structuré, s'est donné un État plus fort que, je ne sais pas, à l'époque des années 1950. Alors, dans les

observations, bon, ça, c'est peut-être... ce n'est pas de la linguistique,

mais je pense que c'est de la sociolinguistique, on dit toujours... Ça, j'ai

observé... Laponce, un professeur de Vancouver, bien sûr qui est d'origine française mais qui a fait carrière à

Vancouver, dit toujours : Le sort du français est aussi lié à la

présence d'un État. Alors, bien sûr que je ne veux pas tomber dans le canal

politique ici, ou dans le sentier politique, dire :

Il nous fait l'indépendance, il nous fait la souveraineté, mais ce qui est sûr,

c'est qu'il faut que le Québec se structure. Je pense que là je dis un

mot prudent. Mais je pense que l'observation de Jean-Marc Léger, bien sûr,

était valable, mais ça nous inspire un sentier à suivre.

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Et peut-être ajouter que cette structuration, elle a

quand même donné lieu à l'institution qu'est l'office,

la commission, le conseil... On en a fait, de la structuration à partir de

1960. Mais ce qu'il faut faire, c'est continuer

et soutenir. Et parfois c'est moins emballant, parce qu'on devient blasé. Et, à

mon avis, il faut profiter de toutes ces occasions où le réveil s'impose.

Lavigne (Jean-Guy) : Oui, évidemment, il y a eu aussi... Il y a eu le changement

linguistique intervenu dans les années 60, 70, la prise en charge par l'État...

la mise de ressources de l'État... L'Office de la langue française a

déjà compté 405 employés permanents. Alors,

entre ce que Léger avait dit en 60... Il y a eu évidemment des

transformations, il y a eu... Notre peuple aussi est plus instruit qu'il n'était

dans le passé, ça, on peut en convenir, encore qu'il reste beaucoup à faire.

Tanguay : Mme la Présidente, avec

votre permission, il y a un commentaire de Mme Vachon-L'Heureux qui a

piqué ma curiosité. Évidemment, je partage votre optimisme, mais... Vous disiez

que vous n'étiez pas tellement inquiète par rapport, entre autres, à l'impact négatif que pourraient

avoir — et je paraphrase, là — les nouvellestechnologies, alors

que, comme réflexe, on pourrait avoir le réflexe... Et on voit, à certaines

occasions, des personnes un peu plus

jeunes discuter entre elles dans un langage codé, réduit, simplifié, L-O-L, qui

non seulement se traduit dans les nouvelles

technologies, que ça soit sur Twitter pour ne pas le nommer, Facebook

ou dans les communicationsinstantanées...

Donc, ça, ce n'est pas un élément, et j'aimerais vous entendre là-dessus— comment

pourrais-je bienvous comprendre? — qui vous préoccupe. Vous

demeurez optimiste. Mais n'avons-nous pas, nous, une obligation, je crois, de s'y

intéresser parce qu'il pourrait avoir un impact? Et comment s'y

intéresser — là serait la grande question — pour ne pas laisser

entièrement ces abréviations devenir à toutes fins pratiques un langage courant

pour peut-être une génération qui s'en vient?

Mme Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Je vous dirais que, moi, ce qui m'inquiète

beaucoup plus dans tout cet univers de la nouvelle technologie, c'est de

réussir à faire travailler les gens avec des logiciels en français. C'est

beaucoup plus ça que l'impact que ça a sur le style de la correspondance ou

même les habitudes d'abréviation.

Vous savez, les habitudes d'abréviation, c'est

quelque chose de courant dans toutes les langues. On tourne les mots à l'envers,

avec le verlan en France, on coupe, on «déje», «petit-déje», trucs comme ça. C'est

pour ça que ça, ça m'inquiète beaucoup

moins que le fait qu'on n'arrive pas à faire dire aux gens autre chose que

«pèse sur enter» et «pèse sur delete». Ça, ça m'inquiète. Parce que là c'est

une porte d'entrée d'un vocabulaire très, très courant qui est tout à fait tiré

de l'anglais. Et je ne sais pas si vous remarquez, mais c'est quand même un

effort de la part de nos jeunes pour arriver à passer aux termes français.

Donc, dans ce sens-là, moi, c'est plutôt cet

aspect-là qui m'inquiéterait. Du côté de jouer avec la langue, écrire la langue, couper les mots, tout ça, non, pas

vraiment. Non.

Tanguay : Et vous parliez un peu plus

tôt de l'importance de remettre sur pied le réseau des langagiers et

langagières de l'Administration. En 2013, si vous aviez à en orchestrer le

déploiement, quelle serait votre vision?

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Eh

bien, moi, je trouve que ça a été un instrument qui, en quatre, cinq ans, a donné des résultats extraordinaires et

qu'on a sacrifié. Et moi, je trouve que, dans l'administration publique,

il faut que quelqu'un, dans le milieu,

inspire les autres. Et c'est un peu dans ce sens-là que je trouve que cette

structure en réseau permet à l'office

de faire profiter l'Administration de son travail qu'elle fait, des

connaissances qu'elle accumule, des outils qu'elle développe.

À quoi ça sert d'avoir une banque de

terminologie extraordinaire si on n'arrive pas à faire en sorte que, dans tel organisme, les gens

s'en servent, connaissent, savent qu'ils doivent aller regarder? Ils doivent

vérifier leur terminologie. Ils

doivent faire profiter l'office de leurs connaissances à eux. C'est un réseau,

hein? Normalement, l'office doit pouvoir profiter de beaucoup de choses qui sont réparties chez les spécialistes

dans les ministères et les organismes, et nous avons toute la peine du monde à aller chercher cette

richesse-là pour en faire profiter les autres. C'est ça, un réseau, hein, et

je trouve malheureux qu'ayant tout ça on ne s'en serve pas.

C'est pour ça que j'ai trouvé que cette

expérience de réseau avait enrichi nos fonctionnaires dans les ministères autant que l'organisme

qu'est l'office en... qui essaie d'organiser ce partage, cet échange. Donc, c'est

pour ça que je trouve que c'est une

activité qui ne coûte pas très cher. C'est malheureux, c'est arrivé à un moment

où on coupe et, quand on coupe, hein,

même si c'est 5 000 $, on coupe. Alors, on coupe, on coupe, on coupe

et, des fois, on ne se rend pas compte de l'influence que ça a, des

répercussions incroyables, hein? Alors, c'est dans ce sens-là que je trouve que

c'est un bon moyen qui serait peut-être à réutiliser.

Lavigne (Jean-Guy) : Et les coupures

pratiquées à l'Office de la langue française ont été le cas de tous les gouvernements au cours des 25 dernières

années. Tous les gouvernements qui sont passés ont coupé les budgets et

le nombre d'employés de l'Office de la langue française. Tout le monde y a

sacrifié...

Alors, peut-être que le temps est venu de

revoir... Parce que l'office a fait dans le passé aussi, signalons-le, des travaux

terminologiques de très grande qualité, qui ont obtenu une certaine diffusion

mais qui devraient... parce que je songe

à la banque de terminologie du Québec, mais cette terminologie-là mériterait d'être

diffusée encore davantage, surtout dans les entreprises, les petites. On

en parle souvent, là, c'est une façon, là, par le vocabulaire... Et ça, ça va

être négligé. Ça va être négligé,

croyez-moi. On ne pense pas à ça. On pense à une intervention sur le statut, je

n'en parlerai pas ce matin, mais on oublie trop souvent la nécessité d'avoir

les termes, de diffuser cette terminologie.

Tanguay : Et... Oui, allez-y, madame.

Mme Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Je voudrais ajouter peut-être qu'il y

a encore beaucoup de travail à faire pour que cette terminologie technique que nous

avons rassemblée et qui nous a, en fait, coûté cher, et en heures de

travail et en sous, que nous avons rassemblée dans l'espoir d'en faire profiter

le Québec, elle n'est pas encore rendue dans la formation technique, au ministère de l'Éducation et dans nos écoles. Et

ça, c'est vraiment une problématique à laquelle il faudra s'attaquer,

mais ça prend énormément de volonté. Là, on parle d'une volonté politique,

hein, d'accord avec le monde de l'éducation et avec, évidemment, le ministère

de l'Éducation pour s'attaquer à la formation technique.

Alors, on voit qu'il y a beaucoup de travail

à faire, tout simplement pour tirer profit de richesses que l'on a en ce moment dans nos mains.

M. Tanguay : Tout à fait, et ce déploiement-là est

d'autant plus important que c'est un travail continu, dans la mesure où les

domaines techniques, que l'on passe de l'environnement pour aller dans le

domaine financier, de nouvelles expressions,

de nouveaux... Ne serait-ce que les produits financiers, on appelle ça des

produits financiers, des «subprime»... On en a entendu parler en 2008‑2009,

et c'était dans les pages de nos quotidiens. Cette vigilance-là... On disait,

quoi, Pascal avait tout le savoir, mais, en 2012‑2013, c'est impossible, et

nous devons demeurer vigilants en ce sens-là.

Je vous remercie

beaucoup, beaucoup pour votre temps et je vais céder la parole à ma collègue du

deuxième groupe d'opposition. Merci.

La Présidente (Mme Vien) : Bien. Mme la députée de Montarville,

le temps qui vous est réservé est de 5 min 27 s.

Mme Roy

(Montarville) : Parfait. Merci. Merci

à vous, Mme la Présidente. Bonjour à tous...

La Présidente (Mme Vien) : Oui, oui, 5 min 27 s,

mais elle les trouve importante, les 27 secondes, Mme la collègue.

Mme Roy

(Montarville) : Oui, oui, oui. Ayant

peu de temps à la deuxième opposition, tout est important, le temps est

important. Merci, madame, merci, messieurs, de vous êtes joints à nous ce

matin. Merci pour le mémoire, que j'ai lu,

et je comprends très bien que votre préoccupation principale, c'est la qualité

de la langue française. Je partage cette préoccupation avec vous. J'ai

passé ma vie dans les médias électroniques et je peux vous dire que toute aide

est la bienvenue en ce qui a trait à la qualité de la langue française. J'en

aurais long à vous raconter.

Bref,

ce que je veux savoir, c'est : Vous qui êtes des experts de la langue, qui

avez connu l'office de l'intérieur, qui la défendez toujours, comment est-ce qu'on fait

aujourd'hui, en 2013, pour valoriser et aussi — valoriser — améliorer la qualité de la langue française au Québec? Par

où doit-on commencer?

M. Bernier

(Gaston) : Je ne sais pas.

Des voix :

Ha, ha, ha!

Mme Roy

(Montarville) : Mais c'est le défi,

hein? C'est le défi.

M. Bernier (Gaston) : Non, mais...

Mme Vachon-L'Heureux

(Pierrette) : J'aurais tendance à

dire : Par la fierté.

Bernier (Gaston) :

Oui, oui. Bien, c'est ça. Alors, j'ai dit : Je ne sais pas, mais c'était l'accroche,

si vous voulez. Non, mais il faut commencer par, bien sûr, la fierté. Ce que j'ai appelé

essayer d'influencer les attitudes et les motivations des gens, faire

que la langue française soit une langue dans le vent. Bon. Alors, je laisse la

parole à Mme Vachon.

Vachon-L'Heureux (Pierrette) : Non, je parlais de fierté parce que moi, je me suis

souvent fait dire, dans les salons du livre ou alors les salons des

professions, les endroits comme ça, où l'office avait des stands pour

proposer ses ouvrages... Je me suis souvent

fait dire par des gens du terrain : Faites donc en sorte que les gens

soient fiers, c'est-à-dire une sorte de motivation très personnelle, en

fait d'attachement à la langue.

Et, à force de s'intéresser

au fait qu'on ne connaît pas l'anglais, les enfants ne réussissent pas parce qu'ils

ne peuvent pas sortir du Québec, il faut les

envoyer à l'école... On est rendus qu'on voudrait les envoyer à l'école

anglaise pendant toute leur scolarité. On

dirait qu'on a comme un petit peu oublié cette époque du bon parler français,

et du bon accent, et du bon mot, et

tout. Donc, je pense qu'il y a du travail à faire sur ce côté-là, là,

psychologique de la fierté, de pouvoir s'assumer, et être au premier

rang, et avoir la certitude qu'on se défend, et qu'on a droit de se défendre,

et qu'on fait bien de se défendre.

Et peut-être aussi que

le fait qu'il y a eu une sorte de discussion autour de la norme : Est-ce

qu'on doit parler français français comme les Français ou est-ce qu'on doit s'éloigner

et parler très, très, très québécois?, ceci nous a beaucoup occupés et parfois nous distrait un peu de ce que l'on peut

appeler une fierté d'une langue un peu entre les deux, quoi, que l'on

dit de bon usage, quelque chose comme ça. Moi, je crois que ça nous a peut-être

un peu détournés de ça depuis une vingtaine

d'années, cette recherche de la norme différente et essayer de se centrer sur

un français standard, comme on dit.

Roy (Montarville) : Et croyez-vous, dans la même veine, justement, pour valoriser la langue française, qu'il faille

aussi faire des efforts au niveau de l'éducation, au niveau des enfants en très

bas âge? Est-ce qu'il manque quelque chose à cet égard?

Mme Vachon-L'Heureux

(Pierrette) : Ah! L'éducation.

Jean-Guy.

Lavigne (Jean-Guy) : Le recrutement, vous savez... Le recrutement, là, m'apparaît

fondamental. Je sais qu'il y a des examens de

français que doivent réussir les... ce qu'on appelait les instituteurs

autrefois, les professeurs... je n'aime pas le mot, qui m'apparaît trop général, mais les gens qui... les

hommes et les femmes qui enseignent au primaire et au secondaire. On pourrait voir si les examens de

français qu'ils doivent réussir, ils sont suffisants. Parce qu'il m'arrive

d'écouter, à la télévision, à la radio, des

enseignants qui viennent intervenir, et je suis, des fois, surpris de voir le

niveau très moyen de la langue de certaines personnes. Il y en a qui sont

excellents, là. Bon, bravo! Mais pourquoi l'État n'en profiterait-il pas pour recruter les meilleurs, véritablement, par des

examens, par exemple, pour l'enseignement du français, des examens à l'université qui seraient encore

plus importants, plus, disons, sérieux que ceux qu'on a présentement? L'État

peut faire énormément de choses. Et ça ne

fera pas de bruit, mais ça va créer... il va y avoir des résultats. Mais c'est

très difficile de faire bouger cette machine-là. C'est très difficile.

Roy (Montarville) : ...m'intéresse beaucoup. Est-ce que vous seriez en faveur... ou verriez

d'un bon oeil le fait d'augmenter les critères

pour être admis, justement, à la fonction d'enseignant, au bac en enseignement?

M. Lavigne

(Jean-Guy) : Je le crois. Et le

salaire qui va avec. Comment se fait-il que nos instituteurs, nos enseignants, nos professeurs sont payés moins cher

que nos policiers ou nos pompiers? On peut se poser la question. Enfin,

poser la question, je pense, c'est y répondre.

Roy (Montarville) : Je suis tout à fait d'accord avec vous, et, à la Coalition avenir

Québec aussi, on est d'accord avec vous à cet

égard-là. Je vous remercie infiniment.

La Présidente (Mme

Vien) : Messieurs, madame, merci de

votre contribution. Ça a été très apprécié. Bonne continuation et bonne journée.

Merci.

Alors, je suspends

quelques instants, le temps que l'autre groupe prenne place.

(Suspension de la séance à

10 h 35)

La Présidente (Mme

Vien) : Alors, c'est dans la joie et

l'allégresse que nous reprenons nos travaux. Et nous avons l'honneur de

recevoir, ce matin, le Mouvement Lanaudière français et

section Pierre-Le-Gardeur

de la Société Saint-Jean-Baptiste de

Montréal. Messieurs, bienvenue. Et vous aurez 10 minutes pour nous faire

part de vos réflexions et de l'essentiel

de votre mémoire; après quoi, donc, comme toujours s'ensuivent des discussions

entre vous et les parlementaires. Alors, qui est le porte-parole?

M. Jalette

(Jocelyn) : Nous deux, mais lui

commence, moi, je termine.

La Présidente (Mme

Vien) : M. Durand?

M. Durand

(Jean-Pierre) : Oui.

La Présidente (Mme

Vien) : M. Durand, bienvenue.

Bonjour.

M. Durand

(Jean-Pierre) : Bonjour.

Présidente (Mme Vien) : Et peut-être nous présenter rapidement les gens qui vous accompagnent

et vous pourrez y aller tout de go après.

M. Durand

(Jean-Pierre) : Pour les noms, ça va

aller pour... C'est Jocelyn Jalette, qui est à...

M. Jalette

(Jocelyn) : Je suis le président du

Mouvement Lanaudière français.

M. Durand (Jean-Pierre) : ...qui est à ma gauche.

M. Barthe

(François) : François Barthe,

vice-président.

La Présidente (Mme

Vien) : M. Barthe.

M. Durand

(Jean-Pierre) : Et monsieur...

M. Richard

(Claude) : Claude Richard.

Durand (Jean-Pierre) : ...Claude

Richard, à ma droite.

Présidente (Mme Vien) : Merci, M. Richard. Alors, c'est pour bien identifier vos noms pour la télévision. Je vous en prie, monsieur, allez-y.

M. Durand

(Jean-Pierre) : Bon, je vais être

bref, puis, comme je dis, mon collègue va poursuivre après. D'abord... On m'entend

bien, oui?

La Présidente (Mme

Vien) : Bien sûr.

Durand (Jean-Pierre) : Juste pour dire une chose que tout le monde connaît, le français est

minoritaire sur le continent nord-américain,

et je pense que la question du français, de plus en plus, il y a des problèmes

au niveau de sa défense, de sa survie, de sa

pérennité, et c'est pour ça que cette loi-là est... C'est important de faire

quelque chose de ce côté-là. Par contre, l'anglais... Comme tantôt

quelqu'un parlait de l'inuktitut. Ce n'est pas l'inuktitut ou les langues amérindiennes qui risquent de menacer le français,

mais c'est plutôt l'hégémonisme d'une langue, qui est l'anglais, sur l'échelle

du continent, et on a vu qu'à l'échelle du continent, avec toutes les lois qu'il

y a eu dans le reste du Canada, aux États-Unis où il y avait des francophones,

partout le français a diminué et a perdu sa place. Donc, il ne faut pas que

cette chose-là arrive ici même, au Québec.

Nous

sommes d'accord avec l'ensemble des modifications proposées, quoique nous

émettions des réserves sur certains articles qu'on retrouve à la fin, en

annexe du mémoire. Nous voyons particulièrement d'un bon oeil l'extension

de la Charte de la langue française aux entreprises comptant entre 26 et

49 employés, le resserrement des exigences du bilinguisme au niveau des

emplois ainsi que l'inclusion des droits linguistiques dans la Charte des

droits et libertés.

Nous déplorons

cependant grandement l'absence de mesures pour supprimer les écoles passerelles

et pour étendre l'application de la

loi 101 au niveau collégial. Ce sont des mesures énergiques qui auraient

illustré la volonté du gouvernement

de raffermir les positions du français au Québec. Nous formulons également

certaines propositions en vue : d'améliorer

l'affichage en français; de restreindre les programmes d'anglais intensif en

sixième année du primaire; de mieux

intégrer les immigrants; de contrer l'omniprésence de l'anglais dans la musique

d'ambiance des établissements commerciaux; et d'introduire des quotas de

chansons françaises dans les programmes de radio anglophones.

Nous

souhaitons que le gouvernement agisse avec vigueur pour promouvoir le français

à l'intérieur des limites constitutionnelles

actuelles et qu'il tâche de repousser ces limites afin d'avoir plus de marge de

manoeuvre pour faire véritablement du français la langue commune au Québec. On

s'entend que ce n'est pas contre l'anglais, l'anglais comme langue de culture, bon, le bilinguisme individuel, mais plutôt de

faire en sorte que le français soit la véritable langue officielle et commune du Québec, qui soit... pour

l'ensemble des Québécois. Puis, bon, il y a plusieurs choses que je

pourrais dire, mais... je vais laisser mon collègue poursuivre, mais juste pour

dire, c'est que, concernant l'intégration des

immigrants, on peut dire qu'il y a beaucoup de choses qu'il reste à faire. Moi,

il y a deux jours, j'assistais à une conférence de Mme Tania Longpré, qui est prof en francisation à Montréal, et qui

nous racontait à quel point... les lacunes au niveau de l'intégration

des immigrants, la francisation, les heures qu'on coupe, qui ne sont pas

suffisantes, le fait qu'on ne tienne pas

compte que des gens qui viennent de l'étranger, par exemple quand leur langue,

c'est le mandarin, le chinois, bien,

ça prend plus de temps pour se franciser, or on ne leur donne pas cette

chance-là. Qui plus est, le danger aussi, c'est que l'anglais, malheureusement, ici, est sur un pied d'égalité avec le

français, alors que ça ne devrait pas être le cas. Quand on parle d'une langue commune, d'une langue de...

ça ne devrait être que le français. Et maintenant, quand on exige pour des emplois, même des emplois de plongeurs, le

bilinguisme, on demande à ce que les personnes parlent l'anglais, c'est

des choses qui sont complètement inadmissibles et loufoques.

Puis, comme je disais, l'exemple, c'est : tout ce

qui est arrivé dans le reste du Canada devrait nous inquiéter, puis on devrait voir que, si on ne prend pas les mesures

pour le Québec dans les années à venir, bien, ce n'est pas mêlant, on va se

retrouver dans l'anglicisation de... parce que le bilinguisme mène seulement à

l'anglicisation. Comme on dit, deux langues

sur le même pied, ça ne peut pas exister. Il y en a toujours une qui a une

suprématie sur l'autre, et, comme l'anglais est une langue hégémonique à

l'échelle du continent et, même, je dirais, à l'échelle mondiale, raison de

plus pour éviter cette situation-là puis de proclamer le français comme langue

commune et officielle.

La Présidente (Mme

Vien) : Merci, monsieur.

M. Jalette (Jocelyn) : Merci. Alors, écoutez, ce qui est le

plus important à retenir, ce que, nous, ce sur quoi on voulait insister, c'est

qu'il faut être conscients d'une chose : on peut sortir toutes les

statistiques qu'on veut, mais, étant donné que notre taux de fécondité

baisse depuis de nombreuses décennies, l'immigration qui vient nous rejoindre,

il y a un grand défi avec elle : il

faut être capables de l'intégrer. Premièrement, il faut savoir ce que ça veut

dire, intégrer. Est-ce qu'on demande simplement à l'immigrant de parler

un peu le français et d'être capable de nous dire, dans un dépanneur chinois, que ça coûte 5,95 $? Ce n'est

pas que ça, de s'intégrer. Moi, la question principale... C'est déjà un

pas de parler un français minimal, mais

après, l'autre étape, c'est de savoir quelle est la langue de culture d'intégration

de cette personne. Est-ce que le matin elle

va... ce nouvel arrivant, est-ce qu'il va lire simplement The Gazette ,

il ne va jamais ouvrir une télé francophone, il ne va jamais aller voir

un film québécois, il n'a aucune idée de ce que c'est, la culture québécoise? J'en ai rencontré dans des écoles, des

jeunes qui n'ont aucune idée de qui peut être Patrick Huard ou d'autres vedettes québécoises très, très connues. Alors,

ça, c'est une étape importante dans l'intégration, et le chiffre à retenir,

c'est que, si on n'est pas capables d'aller chercher 90 % des nouveaux

arrivants, de les intégrer à notre culture... ce qui ne veut

pas dire qu'ils n'apportent pas leur part à notre culture, mais, entre les deux

cultures influentes au Québec, soit anglophone

ou francophone, celle qui doit prédominer, c'est celle qui... c'est le

français, évidemment. Alors, si on n'est pas capables d'aller chercher

90 % des immigrants, on ne fait que décroître, en termes de proportion, au

Québec. Les derniers chiffres nous l'ont montré : on est en bas de

80 % de langue maternelle au Québec, Montréal est en bas de 50 %, ça

diminue toujours.

Alors, ça, c'est la grande

question : Comment relever ce défi-là? Et ce défi-là, à notre avis, on ne

peut pas le relever simplement avec la bonne entente, l'esprit passe-partout : on est

tous des petits amis, et aimez-nous, on va vous aimer. Il faut aussi

être coercitif. Il faut donc avoir des lois claires, précises, que tout le

monde va devoir respecter. Et donc le projet de loi n° 14 est un pas

dans cette direction-là. Mais il y a évidemment des lacunes, mais on comprend

aussi évidemment qu'il y a une situation de

gouvernement minoritaire. Mais ça n'empêche pas que le projet de loi, pour

nous, aurait pu être, dès le départ, plus fort quand même pour justement

pouvoir faire la pédagogie de ce que ça prend pour protéger le français.

Et j'aimerais rappeler qu'en 1977, quand on a

adopté la première loi 101, ça ne s'est pas fait dans l'harmonie, ça ne s'est

pas fait dans la joie. L'opposition était... On nous promettait tous les cataclysmes

du monde, comme on le fait un peu encore

aujourd'hui. Et pourtant, 35 ans plus tard, la plupart des partis, ceux d'opposition,

le Parti libéral et compagnie, qui ont voté contre en 1977, ont quand

même... vont reconnaître aujourd'hui, je pense, que la loi 101 a eu un apport

bénéfique pour le français aujourd'hui.

Alors, c'est pour ça qu'à notre avis on est à

une autre étape où il faut renforcer la loi. Il faut boucher les trous qui ont été amenés par

l'affaiblissement à cause de divers jugements de la Cour suprême, et de la

Constitution de 1982, et tout ça, bon, bref, je résume, donc on veut

évidemment que le projet de loi soit maintenu dans son intégralité et, si

possible, il soit renforcé. Voilà. Je vous remercie de votre attention.

Présidente (Mme Vien) : C'est moi qui

vous remercie. Ça complète votre présentation, messieurs?

La Présidente (Mme Vien) : Bien. Alors, nous allons aller

maintenant du côté de... pardon, du

gouvernement du Québec, avec un échange donc avec la ministre dès maintenant.

Mme De Courcy : Je vous remercie d'avoir pris la

peine de nous transmettre vos préoccupations. Je

comprends que votre engagement personnel est très important autour de la

langue, compte tenu de l'organisation à laquelle vous appartenez, mais aussi

plus personnellement, là. Ça se sent à l'écriture du mémoire. J'ai donc bien lu, bien

compris ce que vous mettez de l'avant.

Je vous inviterais, par ailleurs, en

ce qui concerne la portion plus immigration que vous touchez, d'aller vers le site du ministère de

l'Immigration, qui donne les 18 mesures complémentaires au projet de loi, ce

qui vous permettra de mettre en

perspective le projet de loi n° 14 avec le complément de ces mesures.

Et, s'il y a lieu, après que vous ayez pu prendre connaissance de ces mesures en immigration, si

vous désirez avoir des renseignements complémentaires, bien, contactez

le ministère de l'Immigration, là, il pourra vous... on pourra vous répondre

avec grand plaisir. Est-ce qu'on a à notre portée l'adresse Internet?

De Courcy : La Direction des

communications va vous donner l'adresse du MICC. Il me fera plaisir

éventuellement qu'un membre de mon cabinet puisse échanger avec vous sur ces

mesures. Je vous remercie.

Présidente (Mme Vien) : Oui. M. le

député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.

M. Breton : Merci, Mme la Présidente. Bonjour,

messieurs. Merci de votre présence. Merci de votre mémoire. Il y a

beaucoup d'aspects sur le projet de loi n° 14 que vous appuyez,

certains où vous dites qu'on devrait aller un peu plus loin. Vous avez parlé, dans votre mémoire, de l'absence

de mesures suffisantes pour supprimer les écoles passerelles. Quelles

sont les mesures que vous envisageriez?

Jalette (Jocelyn) : ...la clause

«nonobstant», point final.

Breton : Point final. O.K. C'est

simple. C'est clair.

M. Jalette (Jocelyn) : Il ne faut pas se gêner d'utiliser la

clause «nonobstant». Il faut se rappeler que ce n'est pas quelque chose d'antidémocratique — ça a été instauré dans la législation parce qu'on ne voulait

pas laisser aux seuls juges de décider d'une

loi, si elle était bonne ou pas — et que les députés, les élus du peuple donc, avaient, avec

la clause «nonobstant», le pouvoir de

dire : Nous, en tant qu'élus, nous considérons que, pour cette

considération, on a à... Les élus, vous avez

à protéger, dans le fond, l'intérêt collectif, et donc vous êtes seuls à

pouvoir juger de ce que c'est, au-delà des lois... plutôt, la pensée qui

tend... sous-tend une loi, un projet, que ça peut être bénéfique justement de

dire : Non, le jugement de la Cour

suprême ou... Peut-être que ça ne correspond pas à la loi dans la précision que

les avocats vont en sortir, des

détails, mais la clause «nonobstant» permet justement d'outrepasser ça, et c'est

tout à fait légal. La démocratie doit être plus forte que le législatif.

... Pas le législatif...

Richard (Claude) : Il faut rappeler

aussi qu'en 2002 la loi n° 14... la loi n° 104, pardon, avait réglé

cette question des écoles passerelles et que cette loi-là avait fait l'unanimité

de l'Assemblée nationale. Je pense qu'il faut revenir à cette loi-là, puis, si

ça prend la clause «nonobstant» pour la faire appliquer, bien, recourons-y.

Mme De

Courcy : Juste...

La Présidente (Mme

Vien) : Mme la ministre.

De Courcy : C'est

simplement, puis avec tout le respect que je vous dois... Et je sais que c'est

un dossier très

complexe, la question des écoles passerelles, et vous avez raison d'évoquer,

monsieur, la loi n° 104, qui avait fait l'objet d'unanimité à l'Assemblée nationale, et tout le monde croyait que

c'était possible de cette manière-là, malheureusement, vous connaissez

la suite.

Par ailleurs, ce que

vous avez comme croyance, à savoir que la clause «nonobstant» réglerait la

chose... Malheureusement, l'article 23 de la

Charte canadienne n'est pas soumis à la clause «nonobstant». Ça ne serait pas

possible de le faire par cette voie-là. Je vous avoue que les juristes de tous

les gouvernements, de tous les gouvernements, ont tenté d'aller voir qu'est-ce

qui se passait par cette voie-là, et malheureusement ce n'est pas possible.

Pour votre gouverne,

et, si vous voulez en savoir plus long, je vous invite à suivre les débats de l'Assemblée

nationale, probablement d'ici la fin juin, où il y aura des éléments qui

toucheront les écoles passerelles, tel que je l'ai annoncé, qui permettront

probablement de vous convaincre du bien-fondé de ce que je vous affirme

présentement.

La Présidente (Mme

Vien) : M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.

M. Breton : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Il y a aussi que vous

semblez avoir une certaine réticence à renforcer

l'enseignement de l'anglais langue seconde. Moi, je vais vous dire, comme je l'ai

dit lors de cette commission, moi et

à peu près 95 % de mes amis, qui sommes de Montréal, sommes tous allés à l'école

française, l'école francophone, et,

contrairement à ce que disait le député de LaFontaine hier, où il disait que,

dans le fond, je n'avais pas eu de formation particulière, en fait, j'ai

eu des cours d'anglais à l'école, et j'ai appris l'anglais, je parle très bien

anglais, comme à peu près tous mes amis, et

je dois vous avouer que je considère l'apprentissage d'une deuxième et d'une

troisième langue comme un atout.

Donc,

j'aimerais ça que vous m'expliquiez pourquoi vous n'êtes pas favorable à l'apprentissage

d'une deuxième ou d'une troisième langue. Ou

est-ce que c'est moi qui ai mal compris?

Jalette (Jocelyn) : Je pense que vous avez mal compris. On n'est pas contre l'apprentissage

d'une deuxième ou d'une troisième langue. On est contre la politique du mur-à-mur, c'est-à-dire

que... Écoutez, ça, ça a été écrit, premièrement, avant que, justement, votre gouvernement sursoie à

une l'obligation unilatérale, mur à mur, dans toutes les commissions scolaires, d'appliquer justement l'enseignement de

l'anglais en sixième année pendant six mois. Ça, c'est la première

chose.

Il faut voir les

réalités différentes selon les régions. Je pense qu'à Montréal, pour justement

faire beaucoup d'animation dans les écoles,

le problème, ce n'est pas l'apprentissage de l'anglais, c'est l'apprentissage

du français dans certaines écoles où les classes sont majoritairement

des Néo-Québécois. Moi, j'ai vu, dans la commission scolaire de Montréal, des

classes où la langue de communications — une école francophone — c'était l'anglais. La commission scolaire

de Montréal a même été obligée de... je

pense, c'est une sorte de règlement, je ne sais pas s'il est appliqué, mais on a réfléchi à imposer justement l'obligation de se

parler en français entre eux. Alors, il faut voir les contextes différents

selon les écoles. La question là-dedans, c'est de rendre... obliger tout le

monde...

Tout

le monde n'a pas les mêmes capacités. C'est comme si je vous disais : Tout

le monde doit être aussi bon en mathématiques, en musique, en français que son

voisin. Alors, demander à tous les étudiants, sans égard à leur capacité

déjà de base, d'être bons en français, en

géographie, en mathématiques, de... Nous, en sixième année, on va compresser

tout ça. La même matière qu'on voit normalement en 10 mois, on va la voir en

cinq mois, puis le reste vous allez faire de l'anglais

pendant cinq autres mois. Le rendre obligatoire à tout le monde, c'est ça

contre quoi on est, c'est-à-dire qu'on l'offre, c'est une chose, à ceux

qui ont les capacités, ceux qui le veulent, que ce soit offert, il n'y a pas de

problème avec ça, c'est le côté obligatoire, mur à mur contre lequel on en a.

M. Breton : O.K., merci.

La Présidente (Mme

Vien) : M. le député de

Saint-Hyacinthe.

M. Pelletier

(Saint-Hyacinthe) : Combien de temps,

Mme la Présidente?

La Présidente (Mme

Vien) : C'est à peu près 13 minutes.

Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Ah! C'est

bien. Merci. Dans votre mémoire... Je vous salue tous, là, les quatre. Vous avez M. Durand, M. Richard, M.

Jalette et M. Barthe. Je vous salue d'avoir pris la peine au moins de

présenter votre mémoire, puis de venir nous rencontrer, puis d'expliquer votre

position. Vous formulez dans votre... Dans le résumé,

vous formulez certaines propositions en vue d'améliorer l'affichage du

français, de restreindre les programmes d'anglais intensif en sixième

année, de mieux intégrer les immigrants. Mais je pense qu'il y a déjà des

choses qui ont été

faites, qui sont entreprises justement à travers les ministères pour ces... là.

Vous parlez, là, de l'omniprésence de l'anglais dans la musique d'ambiance des établissements commerciaux puis d'introduire

des quotas de chansons françaises dans les programmations des radios

anglophones.

Maintenant, vous savez quand même qu'au

niveau des communications c'est le CRTC qui gère les, on peut dire, niveaux d'écoute

dans les radios francophones et anglophones. On impose 65 % au niveau

francophone, je pense, et puis, au

niveau des anglophones, je ne connais pas la base, là, s'il y a un minimum

obligatoire. Mais vous savez que c'est des choses qui pourraient être améliorées. Mais comment vous verriez que ça

pourrait se développer dans le futur? Quelle est l'approche qu'on devrait prendre avec le fédéral, justement, le CRTC,

pour permettre justement d'augmenter l'écoute francophone et le faire aussi dans les endroits commerciaux? Comment on

peut s'implanter dans les endroits commerciaux pour exiger plus de musique francophone, si ce n'est que moi, quand je

vais dans un restaurant ou que je vais dans une boîte où la musique ne

me satisfait pas, soit que je le demande ou que je quitte puis je dis :

Bien, je n'y retournerai plus, alors il perd de la clientèle? Mais comment vous

voyez ça, cette...

Durand (Jean-Pierre) : Je pense

que... Moi, j'ai l'impression que, de toute façon, le gouvernement doit

légiférer dans une situation comme ça. Parce que c'est certain que l'anglais,

comme je disais, dans le continent nord-américain,

a un pouvoir d'attraction qui est bien... qui est au-delà, qui est beaucoup

plus fort que le français, et c'est normal, comme je dis. C'est pour ça

que tantôt je faisais allusion, moi, sans peut-être l'avoir nommé, à Claude

Hagège, le linguiste français, qui a abordé

cette question-là que deux langues, on ne peut pas... il n'a pas dit ça dans

ces termes-là, mais qu'on ne peut pas

mettre deux langues sur un pied d'égalité parce que c'est... En fait, si on met

les deux... on met une langue qui a les deux pieds sur la même langue.

En tout cas, bref, ça ne se peut pas, là, il y a toujours une langue qui est minoritaire, la langue minoritaire au

Canada... parce qu'on vit au Canada. Même si on est au Québec, la

situation politique est celle-ci : on

est au Canada, et, au Canada, c'est le français qui est minoritaire. Donc, c'est

le français qui doit être protégé.

Et, au Québec, c'est le foyer où le français est en majorité mais, comme je

dis, dans un contexte de minorité, donc

on n'a pas le choix de prendre les mesures, de légiférer pour faire du français

parlé à la radio, n'importe quoi... Bien, des mesures peuvent être prises au Québec pour demander que le français

soit davantage diffusé sur les ondes, n'importe où, puis... C'est ça, prendre un pouvoir sur Ottawa. Ottawa ne peut pas

dicter ça parce que, comme je dis, le Canada est un pays où l'anglais est majoritaire. Ça fait qu'on ne peut pas... on n'aura jamais raison. En

plus, on ne représente pas un pourcentage de la population tel pour... On l'a vu,

là, à Ottawa, ce n'est pas... on est loin d'être majoritaires, lesfrancophones, à l'intérieur du Canada. Donc, pour cette

raison-là, c'est au Québec à prendre les devants puis à prendre les

mesures pour être plus coercitifs, plus de législation, puis tout ça, puis ça,

avec l'appui des partis d'opposition, je veux

dire, c'est une question de... c'est un devoir national pour éviter que le

français diminue, comme j'ai dit. Dans l'échelle du pays, là, c'est de l'histoire,

ça, ce n'est pas des choses... Dans les livres d'histoire, on raconte que, dans

l'Ouest canadien, en Ontario, tout ça, il y

avait beaucoup plus de francophones, puis aujourd'hui ça se réduit comme une

peau de chagrin, on ne peut plus... La

difficulté de travailler là-bas en français, ça... il n'y en a presque pas, les

mariages mixtes font que les gens adoptent l'anglais, puis etc., puis,

chaque année, les francos hors Québec diminuent.

Ça fait que c'est un message que ça nous

envoie, qu'on devrait être en mesure de lire que, si on ne prend pas les mesures ici pour protéger le français, bien, je veux

dire, avant longtemps, on va devenir comme l'Ouest canadien. Puis là je parle

en connaissance de cause, toute ma famille vient du Manitoba, de ces places-là,

puis aujourd'hui il n'y a plus personne qui

parle français, plus personne qui parle français là-bas, ils sont passés à l'anglais.

C'est la réalité. Et c'est la réalité

qui va nous atteindre si on ne prend pas des moyens coercitifs. On n'a pas le

choix d'utiliser la loi. Quand on n'a pas le nombre, si on ne prend pas

la loi, il ne faut pas s'imaginer que la majorité va prendre en

considération... Comme j'ai dit, dans l'échelle

du Canada, les francos... le Québec représente de moins en moins un

pourcentage important, donc il ne faut pas s'attendre à des miracles qui nous

viennent d'Ottawa. Donc, c'est à Québec à prendre les moyens.

Jalette (Jocelyn) : On demeure

conscients que la compétence est au fédéral. Alors, nous, ce qu'on parle, c'est

au niveau de l'idéal, évidemment, comment le faire. On ne dit pas que c'est

facile. Alors, soit on peut réclamer d'avoir

la compétence, soit rapatrier au provincial, ça serait l'idéal; évidemment, une

autre des solutions, c'est de faire l'indépendance,

mais on n'en est pas encore très, très proches. Mais, nous, ce qu'on dit dans

le mémoire, c'estqu'ultimement,

idéalement, ce qu'il faudrait, c'est avoir cette compétence-là, parce que ça

fait

partie de la culture, et que, si on ne le fait pas, si on ne l'obtient

pas, bien, ce ne sont que des reculs vers quoi on s'en va.

Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci.

Ça me va.

Présidente (Mme Vien) : Ça va?

Richard (Claude) : En ce qui concerne

la musique d'ambiance, il y a vraiment un problème, là. On se présente dans n'importe quel restaurant, puis c'est

de la musique en anglais à 90 %. Il y a vraiment des choses à

faire. Il y a des pressions individuelles

qui peuvent être faites, comme le disait M. le député, mais je pense qu'il faut

aller au-delà. Moi, je verrais très

bien que le gouvernement fasse une campagne publicitaire à la radio pour

inciter les gens à réclamer leur droit... à réclamer du français un peu

partout.

y a eu une campagne, il n'y a pas longtemps, qui demandait aux commerçants d'acheter

des génériques en français à leur raison

sociale. Bien, pourquoi ne pas s'adresser aussi au grand public, leur

dire : Bien, vous avez une langue, faites-la respecter? Quand vous allez au restaurant, c'est normal que

vous vous détendiez dans une musique qui reproduit votre langue.

Présidente (Mme Vien) : Ça complète

de votre côté. Alors, je cède maintenant la parole au porte-parole, justement,

de l'opposition officielle pour une période de 20 min 30 s. M.

le député de LaFontaine.

M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. D'abord et avant tout,

merci beaucoup à vous d'être ici présents ce

matin. Merci d'avoir rédigé le mémoire. Ce faisant, vous participez directement

à la démocratie québécoise, à éclairer nos travaux, à éclairer nos

opinions également, et, en ce sens-là, bien, je vous lève mon chapeau et je

vous remercie, MM. Durand, Richard, Jalette et Barthe, pour votre présence.

Nous

avons eu l'occasion, notamment, d'entendre les représentants du Mouvement

national des Québécoises et des Québécois, et,

sans vouloir travestir leurs propositions, il y avait néanmoins là un constat à

l'effet qu'il y avait une demande accrue en

matière d'apprentissage de l'anglais chez les parents, notamment. Donc, il y

avait ce constat-là, il y avait une demande accrue. Et, en ce sens-là,

moi, comme père de famille, aussi, mes deux filles sont de langue maternelle

française, et leur capacité, j'ose l'espérer, de pouvoir parler un jour un très

bon anglais également pour leur ouvrir les horizons... je serais le plus

heureux des parents, notamment sur cet aspect-là.

J'aimerais

donc vous entendre quant à l'équilibre que vous proposez. J'aimerais bien vous

comprendre là-dessus quant à l'importance, oui... De un, qualité du français, on vient d'en

parler longuement, et c'était extrêmement intéressant de part et d'autre,

j'en suis convaincu, des parlementaires ici qui avons écouté les représentants

de l'ASULF. Qualité du français, de un. De

deux, également, aussi, qualité de l'anglais, et comment on peut atteindre cet

objectif-là, comment on peut mesurer

les résultats. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus. Et je ne crois pas

percevoir de votre part que c'est une fin de non-recevoir quant à ce

questionnement-là, quant à oui, qualité du français, mais également

préoccupation par rapport à une capacité de parler minimalement un bon anglais

et de bien l'écrire également.

M. Jalette (Jocelyn) : Le grand défi pour le Québec, le grand défi pour le

Québec, si on veut que la langue française soit la langue commune à tous, c'est

de répondre à une question : Est-ce que ne pas connaître le français au

Québec est un handicap plus grand que de ne pas connaître l'anglais au Québec?

C'est une question majeure. Et présentement on a des immigrants qui arrivent au

Québec, qui sont maghrébins, qui sont francophones au départ, qui arrivent ici et qui se heurtent, à Montréal

surtout, au fait que, s'ils ne connaissent pas l'anglais, on ne les embauche

pas. Nous, ce qu'on dit... Et, après ça, la

question de la connaissance de l'anglais, pour nous, c'est un choix individuel.

Qu'une personne décide que, pour elle, dans

son choix de carrière, où elle veut aller, elle a besoin de l'anglais, elle va

suivre des cours pour... On va lui

offrir, si c'est possible, des cours pour améliorer son français, mais c'est

aussi son choix individuel, c'est aussi à elle à faire la démarche.

Alors,

pour nous, c'est important que la question principale, ce soit que la

connaissance du français soit... devienne la

langue commune pour tous. Pour nous, ce n'est pas deux choses opposées, sauf

que la question, justement, de l'apprentissage

du français doit être la première question à se poser. Est-ce qu'on est

capables présentement de dire à un immigrant

qui arrive ici : La première chose que tu dois savoir, c'est de parler le

français, et ça, ça va t'ouvrir des portes? Parce que, si on en arrive

au point où ne pas connaître l'anglais, ça lui ferme toutes les mêmes portes, c'est

là qu'on va avoir un grand problème de...

Ce n'est pas tout le

monde qui a les mêmes capacités, ce n'est pas tout le monde qui a les mêmes

capacités d'apprendre une autre langue. Il ne faut pas croire qu'on est tous

pareils. Tout le monde n'a pas les mêmes capacités en mathématiques, en

histoire, en géographie, en n'importe quoi. Je ne vois pas pourquoi ce serait

la même chose en anglais. Il y a des gens qui n'ont pas la capacité de parler l'anglais

comme les autres, aussi bien que les autres. Parce qu'encore là faut-il définir

ce que c'est de bien parler l'anglais. Déjà, présentement, on a un problème où

on dit que 50 %... Il y a un taux de 50 % d'analphabétisme au Québec,

c'est quand même énorme. C'est sûr qu'il y a des degrés là-dedans : ça va de un peu à énormément et pas du tout d'alphabétisme.

Mais 50 % d'analphabètes au Québec, c'est le premier défi à

relever. C'est le premier défi à améliorer la question du français.

Pour

le reste, il ne faut pas s'inquiéter pour la vitalité de l'anglais. On est en

Amérique du Nord, ça se fait tout seul. On est envahis par l'anglais. Il n'y a aucun

problème; l'anglais va s'apprendre par ceux qui ont le temps pour l'apprendre,

qui veulent l'apprendre. Ce n'est pas là-dessus qu'il faut travailler, il faut

travailler pour l'amélioration du français. Je ne sais pas si mes collègues

veulent ajouter quelque chose.

Durand (Jean-Pierre) : Oui, peut-être, j'aimerais ajouter quelque chose. C'est que, justement,

je pense qu'il ne faut pas mettre peut-être...

j'appelle ça, moi, des fois un complexe de colonisé, mettre l'anglais sur un

piédestal puis en faire une matière

importante : Si on n'a pas l'anglais, on est dépourvus, on est... Ça, c'est... Je trouve que c'est un peu bête, un peu... ce n'est pas correct de penser les

choses comme ça.

donne un exemple. Moi-même, je viens de... mon mariage avec une anglophone qui

vient de l'Ontario, qui a appris le français à

l'âge de 18 ans parce qu'elle a vécu toute sa vie en Ontario. Et tous mes

neveux et nièces sont de l'Ontario. Par

exemple, personne ne parle le français. On va les voir 10, 15 fois par année,

ils viennent nous voir, on fait des

voyages à Pâques puis, la semaine prochaine, on va passer tout notre temps dans

la région de Belleville; personne ne parle

le français. Mes enfants vivent au Québec, ils sont allés à l'école

francophone, bien sûr, à tous les niveaux, puis ils parlent tous... «ils

parlent tous», j'en ai seulement deux, mais mes petits-enfants aussi. Ils parlent

l'anglais et le français mieux que tous les autres. Et, quand ils vont voir

leurs cousins en Ontario, c'est en anglais que ça se passe parce qu'ils

ne savent pas un traître mot là-bas en français.

Maintenant,

la preuve que ce n'est pas si important que ça, ils ne sont pas idiots, mes

neveux puis nièces qui ne parlent pas

français parce qu'ils vivent en Ontario. Donc, si un jeune Québécois ne

parle... ne serait pas parfaitement bilingue,

en quoi c'est important? Ce n'est pas ça qui est important. C'est une langue...

L'anglais, c'est bien. On n'a rien contre l'anglais, l'apprentissage de l'anglais

comme une langue de culture, n'importe quoi. Puis même d'autres langues là. Cessons de ne faire que de l'anglais; il y a

de l'espagnol, il y a des choses comme ça. Pour le commerce

international, ce serait peut-être bien qu'au Québec on ait d'autres langues qu'uniquement

l'anglais comme langue seconde, qu'on développe

l'apprentissage de l'espagnol, puis des choses comme ça. C'est important.

Peut-être même le russe, etc. Donc, ce n'est pas ça, la question, c'est

que c'est le français qui est menacé. Puis le français est menacé. Les jeunes,

les adolescents, ils connaissent des

chansons anglophones dans leur environnement sonore, n'importe quoi, ils

peuvent... ils vont vous dire ce que telle chanteuse peut chanter, les

paroles une par une. Ils sont... Leur français... Leur anglais est nettement

mieux que n'est le français des Ontariens, des jeunes Ontariens de leur âge ou

des jeunes Manitobains ou des jeunes Albertains. Puis ils ne sont pas plus

idiots. Je ne suis pas en train de prétendre que les jeunes de là-bas, parce qu'ils

ne sont pas bilingues, sont idiots. Ils ne sont pas idiots, puis personne ne

dirait ça ici.

Donc, en quoi c'est absolument essentiel tout

d'un coup, comme tout à l'anglais, cet... Comme je dis, ce côté-là, j'appelle ça,

moi, une sorte de complexe de colonisé de faire de l'anglais la matière à

mettre sur un piédestal. Il y a des matières

comme la musique, les arts, les mathématiques, il y a d'autres... il y a l'histoire

qui n'est pas assez enseignée au Québec,

il y a beaucoup de choses comme ça. L'anglais, c'est une matière comme les

autres. Mais la langue nationale du Québec,

la langue officielle, la langue commune, doit être le français. Dans n'importe

quel pays normal... Au Danemark, c'est

le danois; en Italie, c'est l'italien. Comme on dit, à Rome, fais comme les

Romains. Mais ici ça devrait être la même chose, c'est le français. Ça n'a rien d'hostile à l'anglais comme langue

de culture, comme langue seconde, comme langue d'apprentissage. Le pape

parle peut-être 15 langues, puis personne... c'est merveilleux. C'est

merveilleux. Mais tout le monde ne peut pas parler 15 langues ni tout le

monde ne devrait pas avoir besoin de deux langues parce que ça ne peut pas

fonctionner longtemps.

Et, juste pour finir, je parlais du linguiste

français Claude Hagège, deux langues comme ça longtemps, celle... il yen a une qui va

toujours dominer sur l'autre, et c'est celle qui est la plus forte, qui est la

plus forte. Et, en Amérique du Nord, bien,

vous le savez c'est quelle langue qui est la plus forte. Donc, c'est le

français qui est vraiment menacé et pas l'anglais.

Jalette (Jocelyn) : Je vais vous

donner un exemple justement sur le fait que deux langues ne peuvent pas vivre sur un même espace. Vous

savez, la Belgique, c'est un pays tout petit mais qui peut se comparer un peu au Canada dans le sens où il y a deux

langues officielles : il y a le français et il y a le flamand. La

capitale... Chacun a son territoire,

là, tu sais, et chacun vit dans sa langue, seulement en français d'un côté et

seulement en flamand de l'autre côté,

sauf pour la capitale, Bruxelles, qui a un statut particulier. Et là-bas c'est

le libre choix à Bruxelles, c'est la

capitale. Au début du XXe siècle, Bruxelles était majoritairement flamande et

aujourd'hui, évidemment, elle est à 85 %

francophone.

La logique, c'est quoi? C'est que tous les

immigrants qui sont arrivés à Bruxelles, ils ont tous appris le français. C'est

logique. Voyons donc! On serait... on ferait la même chose. Tu as le choix

entre apprendre une langue qui est le français,

qui est parlé par 220 millions de personnes, ou le flamand qui est parlé par

10 millions de personnes. Alors, c'est quoi, le choix? Le choix

logique, c'est ça. Si Montréal en vient à être comme ça, où présentement on a

un libre choix entre les deux langues, bien, c'est l'anglais qui progresse, ce

n'est pas le français. Et, lorsqu'on va perdre Montréal, on va louisianiser le

Québec.

Présidente (Mme Vien) : M. Barthe,

vous êtes très discret, mais moi, j'ai vu qu'à quelques reprises vous demandiez

la parole. Alors, je vous la donne.

M. Barthe (François) : Je suis d'accord avec une bonne part

des propos de mes collègues, évidemment, vous

en conviendrez, mais je voudrais revenir à

ce que M. le député de LaFontaine mentionnait en introduction à sa question.

Dans le fond, personnellement, je pense qu'il

y a une demande qui est légitime de la part des parents d'apprendre une

seconde ou une tierce langue, que ce soit l'anglais, l'espagnol ou quelque

autre langue, mais l'anglais, c'est évidemment bien important dans le contexte

québécois et dans le contexte mondial actuel.

M. le député de LaFontaine nous demandait qu'est-ce

qu'on peut faire, par contre, là, pour tenir

compte de ce besoin-là dans le contexte. Je

pense qu'il y a des choses qu'on fait qui sont déjà bien. Je pense qu'il y a

des choses qu'on fait qui sont excessives, par contre. Je peux vous dire

des choses qu'on fait. M. le député de Sainte-Marie nous mentionnait que lui, il a appris son anglais très

bien dans les écoles du Québec, francophones. Ce fut mon cas aussi, vous

savez, pas dans la région de Montréal, moi,

c'était dans la région de Québec, et je parle très bien l'anglais aujourd'hui,

il n'y a aucun problème. Il y a moyen de le faire avec ce qu'on avait

antérieurement, c'était bon. Il y a moyen, par exemple, d'améliorer ça en

améliorant la qualité de l'enseignement. Il y a toutes sortes de méthodes

pédagogiques qui pourraient nous permettre d'arriver à des objectifs de ce

style-là.

Un exemple, par contre, où on en fait trop,

je crois, puis ça m'apparaît fort important. Je travaille actuellement dans les

écoles primaires, et c'est au niveau d'avoir introduit l'anglais, les cours d'anglais,

dès la première année de l'école primaire, où là, avant même que les

enfants puissent bien connaître les bases de leur langue maternelle, ils

doivent apprendre deux codes linguistiques en même temps, puis ça, ça pose

certains problèmes dans beaucoup de milieux où... dont la connaissance du

français est moins développée. Alors, il peut y avoir des problèmes de ce

côté-là.

Ça fait que moi, je pense que, si on voudrait

regarder sous ces aspects-là... Je pense que les demandes des parents sont légitimes.

Il y a des temps pour ça. Je suis d'accord avec le fait qu'on ait retiré l'anglais

intensif en sixième année, mur à mur,

comme le disait mon collègue plus tôt. C'était, à mon avis, très excessif.

Cependant, de le laisser, dans certains milieux où est-ce que les jeunes sont capables de

suivre le rythme, comme ce l'était, là, tout récemment, là, donc des

classes d'anglais intensif dans les... spécifiques pour des élèves qui n'ont

pas de difficulté dans d'autres matières, ça va bien. Donc, ça, c'est des bonnes choses, puis il y a peut-être des choses

comme... de ce niveau-là qui pourraient être faites de façon plus précise pour répondre aux besoins de la

population québécoise sans tomber dans le bain anglophone majeur, parce qu'il y a vraiment des périls pour la langue

française au Québec, puis je pense que c'est de se mettre des oeillères

si on ne veut pas les voir. Il y a de sérieux périls.

Je voudrais rajouter une chose, Mme la Présidente,

si j'ai encore un petit peu de temps, puis ça relève... ça déborde la question de

M. le député de LaFontaine, mais c'est vraiment... Dans l'article 1 de la

Charte de la langue française, on dit que

le français, c'est la langue officielle du Québec. Ce n'est pas très clair,

même dans le projet de loi n° 14, la distinction entre... parce qu'on parle de langue commune, si

on lit le deuxième paragraphe du préambule, on voit que ça définit, là,

les institutions, la langue de travail, la langue de l'enseignement, etc. Donc,

c'est comme très clair qu'il y a une volonté que le français soit la langue

commune au Québec. Mais, dans ce qu'on vit sur le terrain, partout, on a

beaucoup plus l'impression que ce que le

gouvernement... les gouvernements, dont le gouvernement actuel, veulent, c'est

que le français soit la langue prédominante au Québec. Puis, moi, ça ne

m'apparaît pas être l'esprit de la Charte de langue française et ça m'apparaît

en deçà des besoins de la collectivité québécoise pour la survie de cette collectivité-là

à long terme.

Alors, je rejoins beaucoup des propos de mes

prédécesseurs, là. Je pense qu'il y a une réflexion de fond à faire par rapport à la

survie de la langue française et je pense qu'il faut adopter clairement le

principe de la langue commune, le définir,

pour éviter la confusion avec français, langue prédominante au Québec. C'est

français, langue commune. Moi, c'est ce que j'avais d'essentiel à vous

dire.

M. Tanguay : Mme la Présidente... et, sur cette

lancée, M. Barthe, vous venez de nous dire qu'il faudrait, donc, aller un peu plus loin que français, langue

prédominante. Je vous réfère au blogue du 19 janvier 2013 du ministre responsable de la métropole qui affirmait :

Les Anglo-Montréalais sont massivement devenus bilingues depuis un peu

plus d'une génération. Ils voient autour d'eux, notamment à Montréal, une

majorité de jeunes francophones bilingues. Fin de la citation.

Alors, toujours à la lumière, M. Barthe, de

votre affirmation à l'effet qu'on devrait aller au-delà... plus loin que la langue

prédominante, comment recevez-vous cet extrait du blogue du ministre

responsable de la métropole? Et, également, à la lumière de ses commentaires, où il avait affirmé qu'à la STM...

«STM, are you listening?», l'avez-vous... vous savez ce à quoi je fais référence, devait offrir... avoir

une capacité d'offrir des services en anglais. Comment, vous, percevez-vous

ces affirmations, ces constats du ministre responsable de la métropole, et

diriez-vous, selon votre logique, qu'il s'agit de dérive ou d'un double

discours, là?

M. Barthe (François) : Bien, je crois que M. le ministre est

dans l'erreur jusqu'à un certain point, dans le

sens que le... Il est vrai, je crois, qu'une

bonne

partie de la communauté anglophone du Québec est bilingue, parle bien le

français, donc je pense que ça justifie tout simplement le fait qu'effectivement

on a besoin du français, langue commune, parce que, pour acheter un billet de

métro, que le gars s'appelle John Smith ou qu'il s'appelle François Barthe, il

va être capable de faire sa demande en français au guichet du métro de

Montréal. Donc, je ne vois pas la nécessité à ce niveau-là de faire ce genre de

choses là.

Donc, je pense que les Anglo-Québécois, la

minorité historique, pour la plupart s'intègrent... ont bien... ceux, en tout cas, du moins, une bonne

partie de ceux qui sont

restés, là, après la première élection du Parti québécois, s'intègrent bien

dans la communauté, puis une bonne part parle le français. Où le problème se

pose pour le français, langue prédominante

plutôt que le français, langue commune, c'est pour une bonne

partie de la

population francophone du Québec et pour la quasi-totalité de la

population allophone du Québec, les gens qui arrivent de l'immigration. Là, on

leur envoie un message ambigu puis un

message complexe. C'est ça que j'aurais envie de vous dire. Moi, je pense que

M. le ministre, malgré toutes ses belles qualités, malgré qu'on l'appuie sur

toutes sortes d'autres points de vue, sur ce point-là, je pense qu'il

était dans l'erreur.

Tanguay : Pas d'autre question, Mme

la Présidente.

M. Durand (Jean-Pierre) : D'ailleurs, il devrait aller visiter

à Toronto... comprendrait peut-être mieux puis

il écrirait mieux, des choses plus

intelligentes dans son blogue. Parce que ça, dans le fond, ça n'avait pas de

sens, qu'est-ce qu'il a dit là-dessus, le ministre Lisée. C'est de lui

dont on parle.

M. Richard (Claude) : Je pense aussi que ça ne correspond

pas à la vision qu'avait Camille Laurin quand il

a fait adopter la loi 101 en 1977. On se souvient que Camille Laurin voulait

faire du Québec une terre aussi française que l'Ontario

est anglaise. Alors, si on se met à faire des passe-droits un petit peu partout

puis à accorder aux anglophones tout ce qu'ils demandent, on n'arrivera

pas à l'objectif de Camille Laurin, je pense.

M. Durand (Jean-Pierre) : Quand j'avais 16 ans, 17 ans, j'étais

étudiant au cégep, je suis allé à New York, je

suis allé à des places comme ça, puis inquiétez-vous pas, je prenais le métro

pareil, puis il n'y a personne qui me servait en français, puis je n'avais

aucun problème. Je pense que c'est le lot de tous les touristes qui viennent ici. Ils réussissent toujours à trouver quelque

chose. Je ne vois pas pourquoi... Encore une fois, le bilinguisme, c'est

un leurre, c'est une... Le bilinguisme, ça conduit à l'anglicisation du Québec,

point à la ligne. C'est ça qui est important à retenir.

Puis, comme je vous dis, on a l'exemple

du reste du Canada. Si on veut savoir qu'est-ce qui nous attend, on

regarde qu'est-ce qui se passe dans les autres provinces. Puis, M. Lisée, qu'il

aille à Toronto.

Présidente (Mme Vien) : Merci

beaucoup, messieurs. Alors, allons maintenant du côté de la deuxième opposition

avec la députée de Montarville. Je sais que vous aimez bien avoir le temps que

vous avez : 5 min 10 s.

Mme Roy (Montarville) : Oui. Merci beaucoup. Merci beaucoup,

messieurs. Merci pour votre mémoire que j'ai pris soin de lire. J'aimerais vous entendre...

Vous écrivez précisément, dans le mémoire, je vous cite : «...l'apprentissage

de l'anglais dès la première année du

primaire est une aberration.» C'est le mot que vous employez. Alors, j'aimerais

qu'on en discute, parce qu'il est de commune

renommée, tous les scientifiques vous diront... et les pédagogues vous diront

que plus un enfant est jeune, plus il aura de facilité à apprendre une autre

langue, ne serait-ce que connaître quelques mots. Vous ne croyez pas qu'il faudrait profiter de cet avantage qu'ont les

jeunes enfants pour faire en sorte que nos enfants aient tous les outils possibles pour devenir de

meilleurs Québécois, mieux armés, mieux équipés pour faire face à l'avenir?

M. Jalette (Jocelyn) : Est-ce qu'un bon Québécois, justement, ne devrait pas,

au départ, avoir un grand vocabulaire, être capable de

bien s'exprimer en français, tout d'abord, avoir une bonne syntaxe, alors que

présentement le résultat del'école aujourd'hui, c'est qu'il y a 50 % des

gens au Québec qui sont analphabètes, avec plus ou moins un degré

différent? Nous, ce qu'on dit simplement, c'est qu'au contraire il ne faut pas

envoyer un message double.

Prenez un immigrant, là. Il y a des écoles à

Montréal où la majorité, la très grande majorité... Moi, comme blanc, là, quand j'allais

faire des animations, j'étais la minorité visible et donc, ces gens-là, quand

ils arrivent... ces enfants-là, quand ils

arrivent au Québec, si, dès le départ, on leur envoie des cours d'anglais, on

met l'anglais sur un même pied d'égalité que le français.

Mme Roy (Montarville) : Je ne parle pas des immigrants ici.

Je parle de tous les enfants québécois, de tout

le monde dans toutes les régions.

Jalette (Jocelyn) : Oui, mais,

justement, ça fait

partie du tout.

Mme Roy (Montarville) : Est-ce qu'on ne pourrait pas profiter

de l'avantage du fait que, justement, ces

petits cerveaux ont une facilité à apprendre et en profiter en bas âge? C'est

là-dessus que je voulais vous entendre.

M. Durand (Jean-Pierre) : Les avis sont quand même partagés. Je

comprends qu'au Québec il y a une sorte de

lobby pour pousser l'apprentissage de l'anglais, parce que, comme je dis, on en

fait... on met ça sur un piédestal, mais il y a des gens qui ne pensent pas

tout à fait la même chose. Dans certains pays, en Europe, notamment, dans l'ex-Yougoslavie, il y a beaucoup de gens qui se

sont penchés sur la question de ça, l'apprentissage en très jeune âge,

puis il y a des gens pour contredire cette chose-là.

En même temps, je m'excuse d'insister. Je

vous suggère vraiment d'aller lire les documents — ça

se retrouve facilement — de

Claude Hagège, un historien, puis il dit : Dans un contexte où... Encore

une fois, dans un contexte comme le Québec, ce

n'est pas le même contexte qu'en France, les apprentissages d'une seconde

langue ou d'une troisième langue, ce n'est

pas pareil. Selon le contexte... Il faut voir le contexte nord‑américain. C'est

là qu'il y a un danger réel. Je comprends

ce que vous dites, mais, comme je dis, il faut... Comme je dis, il y a des

écoles de pensée qui vont dans un sens, mais vous pouvez en trouver d'autres

qui vont dans un autre sens, que de façon... trop tôt, ça peut être néfaste, n'importe quoi. Ça peut donner lieu à un charabia

total. Moi, des enfants qui parlent une phrase en français, un mot en français, un mot en anglais, n'importe quoi, si c'est

un charabia comme ça, ce n'est pas l'idéal de... Comme le groupe Radio

Radio, des trucs comme ça, là, parler fluide dans les deux langues comme Elvis

Gratton, moi, ce n'est pas une idée que je me fais de la génération qui s'en

vient.

Roy (Montarville) : Je comprends

votre point de vue.

M. Jalette (Jocelyn) : Ça fait qu'il faut faire attention de

dire qu'ils apprennent jeunes. Oui, ils apprennent plein de choses jeunes,

mais encore une fois, en quoi c'est si important de mettre l'anglais sur un

piédestal par rapport à d'autres matières?

Moi, que les enfants apprennent la musique, qu'ils apprennent d'autres matières

que se développer, n'importe quoi... Comme je vous dis, pensez-vous que

les jeunes Albertains qui ne sont pas francophones, qui ne parlent pas le

français, sont plus idiots, ils ont un retard intellectuel par rapport aux

jeunes Québécois? Pas du tout. Puis ils n'apprennent pas l'anglais là-bas.

Roy (Montarville) : Vous parlez de

piédestal. Je ne parle pas de piédestal, je parle d'outils qu'on donne à nos

enfants.

M. Durand (Jean-Pierre) : ...mais donnons-leur des outils pour

d'autres matières. Cessons de mettre l'anglais

sur un piédestal. Comme j'ai dit, ils ne sont pas idiots, les autres dans les

autres provinces, à moins que vous pensiez une chose... que les autres

provinces, eux autres, parce qu'ils connaissent juste l'anglais, quelque part,

ils ont comme des lacunes par rapport à nos jeunes Québécois.

Mme Roy

(Montarville) : Non, non, ça, je ne

le... Non, pas du tout.

Durand (Jean-Pierre) : Non, vous ne

le pensez pas. Donc, à ce moment-là, c'est quoi, le problème de si insister

parce qu'au Québec il faut avoir l'anglais? Parce que c'est la langue

hégémonique à l'échelle mondiale, à l'échelle du continent?

Mme Roy

(Montarville) : Non, pas du tout.

M. Durand

(Jean-Pierre) : Je peux comprendre.

Mme Roy

(Montarville) : C'est à peu près la

langue la plus pratique, cependant, au monde, là.

Durand (Jean-Pierre) : ...la diversité culturelle, pas seulement l'anglais. Défendre la

diversité culturelle, c'est d'empêcher... c'est

de défendre toutes les langues contre l'hégémonie d'une seule. Or, l'hégémonie

d'une seule, actuellement, c'est l'anglais.

Vous n'avez pas... Ça, je pense que personne... On va sur Internet, on le sait

tout de suite, l'anglais est omniprésent. Donc, je ne suis pas contre l'anglais,

mais arrêtons d'en faire, comme je dis... Ça me sert... Il faudrait relire Portrait

d'un colonisé, d'Albert Memmi.

La Présidente (Mme

Vien) : M. Durand. Mme la députée.

Mme Roy

(Montarville) : C'est déjà écoulé.

Bien, je...

La Présidente (Mme

Vien) : Non, non, non. Je vous

redonne la parole.

Roy (Montarville) : Ah! O.K. Il reste quelques secondes à peine et vous me citez des

historiens et moi, je vous cite des

pédagogues. Cela dit, on n'est pas là pour faire une chicane, vous appelez ça

«de lobby», là.

Roy (Montarville) : Mais je vous réfère également à des études sur le site du ministère de

l'Éducation du Québec, qui nous disent que les enfants apprennent plus facilement les

langues étant plus jeunes. C'était seulement mon point. Je disais :

Pourquoi ne pas profiter de cet avantage?

La Présidente (Mme

Vien) : C'est terminé, Mme la

députée. Je suis désolée. Je suis désolée.

Mme Roy

(Montarville) : Merci à vous,

messieurs.

La Présidente (Mme

Vien) : Merci beaucoup à vous quatre

de vous être déplacés ce matin. Je suspends les travaux, le temps que notre

troisième groupe s'installe. Merci.

(Suspension de la séance à

11 h 25)

La Présidente (Mme

Vien) : Merci. Alors, nous reprenons

nos travaux pour la dernière séquence de cet avant-midi prévue avec des

représentants du Regroupement des organismes en francisation du Québec.

Bienvenue à vous quatre dans votre Assemblée nationale. On est très heureux de

vous accueillir. Vous aurez un temps de 10 minutes pour présenter votre

mémoire, après quoi il y aura des échanges entre vous et les parlementaires.

Alors, je ne sais pas

qui est le porte-parole désigné pour se présenter lui-même ou elle-même et

ensuite nous présenter ses compagnons et ses compagnes. Madame.

Aleksanian (Anait) : Je vais présenter mes collègues. Mon nom, c'est Anait Aleksanian. Je

suis la directrice du CACI, Centre d'appui aux

communautés immigrantes, un organisme qui est situé dans Bordeaux-Cartierville.

Et je suis aujourd'hui ici à

titre de vice-présidente du Regroupement des

organismes en francisation du Québec.

Je vais vous présenter...

En fait, je vais laisser se présenter mes collègues. Georgina?

Kokoun (Georgina) : Moi, je suis Georgina Kokoun. Je suis la coordonnatrice du

regroupement. Voilà.

La Présidente (Mme

Vien) : Merci.

M. Le Clerc

(Roger) : Alors, Roger Le Clerc.

Je suis membre du conseil d'administration du regroupement et directeur d'un

organisme communautaire qui fait de la francisation.

Présidente (Mme Vien) : Merci.

M. Altamirano

(Pablo) : Mon nom, c'est Pablo

Altamirano. Je suis directeur d'ALAC et membre du conseil d'administration

aussi du ROFQ, un organisme qui fait l'accueil, l'établissement, la

francisation et l'employabilité pour les personnes immigrantes.

La Présidente (Mme

Vien) : Je vous remercie. On est

maintenant prêts à vous entendre.

Kokoun (Georgina) : Bien, on va d'abord... Je sais que vous avez déjà appris... vous vous

êtes informés de ce que le regroupement fait. Ça fait depuis 95 qu'on existe, et puis,

bien, on est là pour promouvoir et défendre les intérêts des immigrants, des personnes immigrantes via les

organismes. Donc, notre objectif, c'est de favoriser la communication et

l'échange pour discuter des problèmes que

vivent les personnes immigrantes dans leur intégration linguistique.

Donc, dans ce sens, on est 57 organismes,

dont 17 dans les régions. Et puis, bien, monsieur... et Mme Anait va vous

présenter à peu près des parties de ce que vivent les personnes immigrantes.

Aleksanian (Anait) : Peut-être que je vais commencer alors par l'affirmation essentielle que

le français est la langue commune au Québec et un outil évident pour la cohésion

sociale. Les organismes qui font

partie du regroupement de

57 organismes, ils adhèrent à la mission de la francisation, évidemment.

Puis nous sommes fiers à être les acteurs importants au niveau de l'intégration

sociolinguistique des personnes immigrantes, les nouveaux arrivants, dans la

société d'accueil.

En fait, il y a plus

que la moitié des nouveaux arrivants au Québec qui ne connaissent pas le

français et sont francisés par le milieu

communautaire. C'est à peu près 12 000 personnes par année qui sont

francisées dans le milieu communautaire, dans les organismes

multiservices. Et ça, ça fait

partie d'un atout important qui est offert par

les organismes communautaires. C'est-à-dire, les nouveaux arrivants, quand ils

s'inscrivent à un cours de français temps plein

ou temps partiel — il faut dire qu'essentiellement

c'est des cours temps partiel qui sont offerts par les organismes communautaires — ils

ont accès à une panoplie de services dans le milieu communautaire, un continuum

de services qui est assuré pour les nouveaux arrivants, et c'est extrêmement sécurisant

pour les nouveaux arrivants, se sentir accompagnés dans leurs démarches

d'intégration socioéconomique dans la société d'accueil.

Évidemment, ils

commencent par les cours de français, mais ils savent qu'ils peuvent laisser

leurs enfants dans la garderie dans l'organisme,

qu'ils peuvent rencontrer n'importe quand nos intervenants sociaux et nos

conseillers en emploi pour suivre toutes les démarches d'intégration liées au

logement, l'inscription des enfants à l'école, à tous les papiers d'immigration et puis évidemment un

soutien socioprofessionnel. Donc, on essaie à développer les services

sur mesure, de multiples services pour

assurer un continuum de services pour les nouveaux arrivants puis ne pas les

laisser tomber avec... après, mettons, une étape de francisation uniquement.

M. Altamirano

(Pablo) : J'aimerais vous entretenir

par rapport à un problème majeur qui touche la plupart... ou une grosse

partie

de personnes qui viennent se franciser dans nos organismes. Comme disait ma

collègue, plus de 12 000 personnes passent par nos services année après

année. Nous donnons un service d'accueil, d'établissement, d'accompagnement à

tous ces gens-là.

gens-là passent des mois, sinon des années, à suivre des cours de français,

jour après jour, à temps partiel ou à temps

complet. Ces gens-là finissent leur francisation. Plusieurs de nos organismes

les prennent en charge pour leur donner les éléments de base qui correspondent

à son intégration socioéconomique dans la société québécoise. Ces gens-là font un effort extraordinaire pour

apprendre le français. La plupart d'entre eux, c'est des allophones,

quelques anglophones, dépendant de quels pays ils viennent. Mais ces gens-là,

ils passent des mois, des années, comme je dis, des heures, des journées

entières à se franciser.

jour venu de chercher... commencer les démarches d'employabilité, il y a un mur

qui se lève souvent devant eux et qui est très difficile à traverser. La plupart

d'entre eux... beaucoup d'entre eux, quand ils cherchent un emploi, peu

importe le domaine, on trouve que les offres d'emploi, souvent c'est marqué

«bilinguisme exigé», et ça crée un problème. «Anglais,

un atout», ce n'est pas mieux. Le problème, c'est que plusieurs de ces

personnes-là sont venues au Québec en fonction justement de son fait

français. Je ne parle pas de ceux qui viennent déjà francisés, je parle de ceux

qui sont en processus de francisation.

quand on travaille sur l'ensemble du domaine, quand on parle d'intégration,

quand on parle d'insertion dans la société

québécoise, l'emploi, ça devient le point central. On a déjà passé à travers la

francisation et là on trouve qu'il y a une

autre barrière. Est-ce qu'on devrait exiger aux personnes immigrantes

allophones recommencer une anglicisation suite à sa francisation pour se

trouver un emploi qui... peut-être dans 10 ans? C'est un obstacle majeur, et

nous voulions vous rapporter cet élément-là comme étant un obstacle énorme.

de ce côté-là, oui, on est contents de savoir qu'il pourrait y avoir, dans la

loi, la possibilité de ne pas exiger ce

bilinguisme-là où ce n'est pas nécessaire. On n'est pas contre le fait que

certaines entreprises, oui, ont besoin de l'anglais.

Ça, parfois, on peut le voir très clairement. Mais souvent... ou trop souvent l'exigence

est mur à mur. Et, quand c'est mur à mur, évidemment, on ne peut pas s'étonner

que le taux de chômage chez les personnes immigrantes soit beaucoup plus élevé

que pour les membres de la société d'accueil.

Encore

davantage, on pose des questions : Comment ça se fait que les Maghrébins,

tout en parlant français, aujourd'hui ont rejoint le taux de chômage de la

communauté noire qui était déjà le plus élevé autour de 25 % et 28 %? Donc, c'est à ces questions, c'est à

ces problèmes-là qu'on veut s'attarder, et justement on est là pour

représenter non pas nos organismes, mais surtout ces

gens-là qui sont en processus et qui nous réclament jour après jour : Je

suis venu au Québec, je parle français, je

me suis francisé, et mon problème, c'est que je ne trouve pas d'emploi parce

que je ne parle pas anglais.

Donc, il ne faut pas s'étonner, parfois,

quand des personnes immigrantes suivent des cours d'anglais durant les vacances d'été. Il y a des gens qui sont en emploi le

matin, en francisation l'après-midi puis en anglicisation le soir. Est-il

nécessaire de demander un effort si grand à ces personnes qui sont venues au

Québec? C'est un point que je voulais développer. Merci.

Présidente (Mme Vien) : M. Le Clerc.

Le Clerc (Roger) : Oui. Très...

Comment avez-vous su?

voix : Ha, ha, ha!

M. Le Clerc (Roger) : Très brièvement, oui, très

brièvement, je voudrais aborder la question de l'intégration et de la

régionalisation, qui sont deux phénomènes importants. Pour nous, la langue

française, c'est la langue commune, mais,

dans nos organismes communautaires, comme l'expliquait un peu Anait, la langue

française est un outil, aussi un outil d'intégration. La façon qu'on

travaille avec les personnes qui viennent chez nous, c'est de leur souligner

que la

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCCE 2013-03-22
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cce-40-1 journal-debats CCE-130322
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier469b64d4d4174a7274d9133140d4b6c6a84439d0

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