Culture and Education — 28 September 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2021-09-28
Quebec — Committees
Nos recommandations et nos observations
porteront principalement sur deux volets : le droit professionnel et le
droit des contrats. Ces dernières sont émises, je tiens à le préciser, dans
l'objectif d'atteindre un équilibre entre la protection du français et la
sauvegarde des droits individuels qui s'exercent à travers notre système de
justice, notamment dans la pratique quotidienne des notaires.
Afin d'atteindre ces objectifs de protection et
de valorisation du français, le projet de loi n° 96 comporte plusieurs
dispositions ayant un impact considérable sur le droit professionnel. Ainsi, la
chambre voit d'un bon oeil ces dispositions qui, globalement, visent à améliorer
les compétences en français des professionnels en donnant les outils
nécessaires aux instances des ordres pour y parvenir. On pense, par exemple, à
la possibilité d'imposer des stages et des cours de perfectionnement aux
membres n'ayant pas une connaissance suffisante du français pour l'exercice de
leurs fonctions.
La nouvelle marge de manoeuvre qu'offre le
projet de loi aux ordres professionnels trouve particulièrement écho au sein de
la pratique notariale. En effet, en raison de son statut d'officier public et
parce qu'il est délégataire d'une parcelle des pouvoirs de l'État, le notaire
exerce une charge publique. Dans l'exercice de ses fonctions, il va sans dire
qu'une très grande connaissance de la langue officielle du Québec est
nécessaire, notamment dans la rédaction d'actes authentiques et afin de bien
informer les parties de leurs droits et leurs obligations pour qu'elles
puissent donner un consentement éclairé.
La chambre accueille très positivement la
modification de l'article 35 de la charte, qui permettra désormais à notre ordre professionnel de faire la preuve qu'un
candidat à l'exercice de la profession ne détient pas les connaissances suffisantes de la langue française pour
exercer le notariat. La modification proposée par le projet de loi constitue
une avancée importante dans ce domaine, et la Chambre des notaires s'en
réjouit.
Par ailleurs, et considérant l'importance du
français dans l'exercice de la profession notariale et le fait que les notaires
assument une charge publique, la chambre aimerait obtenir la discrétion
nécessaire pour établir ses propres critères et modalités de vérification, tout
comme c'est déjà le cas pour les organismes de l'administration. De cette
façon, l'ordre, en collaboration avec l'Office des professions du Québec,
l'Office québécois de la langue française et le commissaire aux admissions,
pourrait véritablement s'assurer de la bonne maîtrise de la langue française
par ses membres.
La chambre soutient qu'une grande maîtrise du
français est indispensable à l'exercice de la profession de notaire. Toutefois,
la chambre se questionne si le fait de ne pas maintenir une connaissance
suffisante de la langue officielle par un professionnel devrait être considéré
comme étant un acte dérogatoire à la dignité de la profession.
En effet, bien qu'elle comprenne l'objectif visé
par cet article, la chambre croit que le moyen de l'atteindre passe plutôt par
des mesures d'accompagnement qui auraient l'effet concret d'améliorer la
maîtrise du français par le professionnel plutôt que par des mesures
coercitives et punitives qui, selon nous, n'atteindraient pas les résultats
escomptés.
Le p.l. n° 96 vient aussi modifier l'article 32
de la charte afin d'obliger les ordres professionnels à utiliser uniquement le
français dans leurs communications orales et écrites aux membres. Pour votre information,
la chambre remplit déjà cette exigence en communiquant exclusivement en
français dans les documents d'information destinés à nos membres. Le
législateur a délégué aux ordres professionnels des pouvoirs de limiter
l'exercice ou d'imposer des mesures envers leurs membres pour la protection du
public. Lorsqu'une instance de l'ordre agit dans ce cadre, la décision rendue
doit pouvoir encore être rédigée en anglais, si nécessaire, si le membre est
plus à l'aise dans cette langue. En effet, le professionnel doit être en mesure
de bien comprendre les motifs de la décision rendue. Il en va ici du respect,
de principes de justice naturelle, un des fondements de notre système
juridique. Il serait donc important que les modifications projetées à l'article 32
de la charte ne soient pas interprétées comme limitant les principes de justice
naturelle.
Enfin, et
pour clore nos commentaires sur le droit professionnel, la chambre
rappelle le caractère fondamental du secret professionnel du notaire et
tient à s'assurer que le p.l. n° 96 ne viendra en aucun temps le
compromettre.
La seconde
partie de notre mémoire porte sur
l'impact qu'auront les dispositions du p.l. n° 96 sur le droit des contrats au Québec. Ainsi, la chambre a
analysé le projet de loi sous la loupe des notaires praticiens afin de
déterminer de quelle façon il modifiera les pratiques en cours. Ce
faisant, nous avons constaté que certains articles du projet de loi allaient nécessairement
se buter à des réalités juridiques s'ils demeurent inchangés.
La chambre estime que sa recommandation la plus importante
à ce sujet concerne la publicité des droits. En effet, les notaires doivent
quotidiennement publier des droits au Registre foncier, le plus souvent, dans
le cadre de transactions immobilières.
Or, le p.l. n° 96 vient modifier le
droit actuel en mentionnant que les réquisitions d'inscription, ce qui est
publié au registre, doivent être rédigées exclusivement en français. De plus,
ces réquisitions doivent être présentées, accompagnées
de documents qui, s'ils sont rédigés dans une langue autre que le français,
doivent en plus être accompagnés d'une traduction vidimée au Québec.
La mise en oeuvre de ces modifications
entraînera inévitablement des impacts majeurs, non seulement dans la pratique des notaires, mais aussi pour leurs
clients, et même pour le bon déroulement des transactions immobilières,
partout au Québec.
Pour bien comprendre les problématiques
anticipées, prenons l'exemple d'une vente d'immeuble. Cette vente doit être
inscrite au Registre foncier pour que les droits qu'elle contient produisent
tous ces effets, notamment pour être opposables aux tiers, c'est-à-dire faire
en sorte que personne ne puisse venir contester le type de propriété de l'acheteur. La publication d'une vente
immobilière est donc une étape capitale dans le cheminement d'une transaction
immobilière au Québec.
Or, le projet de loi vient mentionner que la
réquisition d'inscription d'un droit immobilier doit être rédigée exclusivement
en français. Cette situation entraîne des problèmes importants. Tout d'abord,
l'acte de vente qui est rédigé en anglais ne pourra être publié tel quel au Registre
foncier. Le notaire devra rédiger en plus un
sommaire en français de l'acte et
l'accompagner d'une copie et d'une traduction en français. Par conséquent, il y
aurait dépôt de trois documents au lieu d'un
seul, comme c'est le cas aujourd'hui. Cela entraînera inévitablement des coûts supplémentaires pour les parties pour la préparation du
sommaire par le
notaire, ainsi que pour la traduction de l'acte.
Un autre problème est la traduction vidimée de
l'acte notarié devant être déposée au Registre foncier. Cette traduction ne pourra pas être équivalente à une
copie conforme de l'acte authentique, laquelle doit être une reproduction
fidèle du contenu de l'acte et ne peut être
délivrée que par le notaire. Sa valeur ne pouvant être authentique, la personne
qui consulterait cette traduction au Registre foncier ne pourrait prétendre
consulter une copie conforme à l'original.
L'autre problème concerne les délais de
publication. Actuellement, le délai pour la transmission de l'acte au Registre
foncier est très rapide, souvent dans les heures suivant la clôture de l'acte.
Avec les changements proposés, les délais pour la traduction de l'acte et la
préparation du
sommaire s'ajouteront, créant ainsi une augmentation
substantielle du délai pour le dépôt à la publication. Ces délais ont des
conséquences importantes.
Tout d'abord, le notaire doit attendre que
l'acte soit publié pour remettre l'argent au client. Donc, le vendeur devra peut-être
attendre plusieurs jours pour obtenir l'argent de la vente de sa maison.
Sachant que le vendeur utilise souvent l'argent du prix de vente de sa maison
pour financer l'achat d'une autre résidence, les délais en question retarderont
en cascade les transactions immobilières subséquentes.
Considérant
les conséquences importantes de ces modifications, la chambre recommande donc
au législateur de retirer les articles 124, 125, 126 et 196 du projet de
loi et de ne pas intervenir en matière de publicité des droits.
En terminant, la
chambre rappelle qu'elle demeure disponible afin de travailler étroitement avec
l'ensemble des parties prenantes dans ce dossier et soyez assuré, M. le
ministre, de notre entière collaboration pour la suite des travaux entourant le
projet de loi n° 96. Alors, je vous remercie de votre attention.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, Me Potvin. Donc, vous avez
pris une trentaine de secondes supplémentaires qui seront retranchées,
offertes gracieusement par le ministre. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. Je souhaite vous souhaiter une bonne semaine,
Mme la Présidente, qui sera chargée. Me Potvin, Me Vermette,
bonjour. Merci de votre présence en commission parlementaire.
Vous l'avez dit
d'entrée de jeu et vous le dites dans votre mémoire, la Chambre des notaires et
les notaires, depuis 400 ans, au
Québec, en Amérique du Nord, ce sont des gens qui, continuellement, ont tenu la
présence du français dans les documents officiels, hein? On se souvient,
au fil des années, qui était présent, qui est resté sur le territoire québécois
suite à la guerre de la Conquête, notamment les notaires. Et c'est ce qui a
permis d'assurer, notamment, une histoire, un historique à la nation
québécoise.
Cette identité
particulière là, vous en faites mention, vous dites : Nous sommes pour le
caractère distinct du Québec, et notamment,
ce caractère distinct du Québec passe par la langue française. Vous faites
référence également, dans votre mémoire, à votre déception suite à
l'accord du lac Meech, la non-ratification. Et vous dites : La chambre a
toujours pris une position qui se dit nationaliste pour faire en sorte de
défendre la langue française. Et donc, vous comprenez
toute l'importance de protéger la langue publique, la langue commune, la langue
officielle du Québec, à la fois dans ce que constitue le Québec au sein,
notamment, de la fédération canadienne, mais aussi au sein des documents
officiels. Donc, est-ce que je résume bien votre propos?
Mme Potvin
(Hélène) : Tout à fait. Tout à fait. La Chambre des notaires... vous
savez, les notaires font
partie de la spécificité du droit civil. Donc, nous
sommes la seule province au Canada où le droit civil est présent. Alors... et les notaires font
partie intégrante du
concept de droit civil. Donc, effectivement, nous avons toujours... nous
nous sommes sentis vraiment
partie de cette
société distincte là et nous en faisons la promotion depuis, effectivement,
le début de la colonie.
Jolin-Barrette : O.K. Un notaire, là, si je ne me trompe pas, c'est un
officier public, hein? Puis vous avez un rôle particulier aussi, dans ce que le
notaire fait, ça a un caractère officiel aussi dans les documents que vous faites.
Donc, souvent, la publication ou les actes que vous faites sont à caractère
public et officiel. Donc, moi, je vois un petit peu un lien avec la langue
officielle du Québec. Comment vous voyez ça?
Mme Potvin
(Hélène) : Mais, écoutez, le notaire, comme vous dites, est un
officier public, donc tire ses pouvoirs de l'État en rendant authentiques les
documents, donc ayant... ce qui permet d'avoir une valeur aussi forte qu'un
document qui émane du gouvernement. Alors, pour nous, c'est important,
effectivement, que le notaire puisse encore mieux maîtriser la langue française
pour jouer son rôle, jouer encore mieux son rôle d'officier public et vraiment
de protéger et de valoriser la langue française.
Jolin-Barrette : Donc, dans certains cas, un document authentique fait
par le notaire, c'est l'équivalent d'un document de l'État. Ça a le même
caractère exécutoire et fondamental?
Mme Potvin
(Hélène) : Tout à fait.
Jolin-Barrette : O.K. J'aimerais ça qu'on aborde la question de
l'article 35 du projet de loi relativement aux ordres professionnels. Et
actuellement, la façon dont la Charte de la langue française était effectuée,
il y avait une présomption irréfragable de la connaissance du français pour les
membres, avec certains critères.
Bon, qu'est-ce que ça
signifie, une «présomption irréfragable»? Pour les non-initiés, c'est une
présomption qui ne peut pas être repoussée.
Donc, autant dire que le ciel est bleu puis l'enfer est rouge, si on résume ça
comme ça.
Jolin-Barrette : C'est une blague, c'est une blague.
Jolin-Barrette : Pas tant que ça, là, mais je vous taquine. Je vous
taquine.
M. Jolin-Barrette :
Alors, Mme la Présidente, un peu de sérieux.
Des voix : Ha, ha, ha!
Présidente (Mme Thériault) : C'est vous qui avez déclenché ça, M. le
ministre.
Jolin-Barrette : Je sais que ça fait plaisir au député de
La Pinière. Alors, ma question plus fondamentale, le fait d'enlever la
présomption irréfragable, ça va permettre aux ordres professionnels de vérifier
véritablement et de s'assurer du maintien de
la connaissance de leurs membres de pouvoir s'exprimer et de travailler en
français. Pourquoi c'est important pour la Chambre des notaires?
Mme Potvin
(Hélène) : Présentement, le texte actuel, comme vous l'avez si bien
expliqué, donc, démontrait une présomption
où, dès qu'on a un secondaire III... Donc, on a étudié en français, on a
un secondaire III, nous sommes réputés avoir la connaissance
requise de la langue française.
Donc, pour nous, les
modifications, ça va nous permettre de démontrer que ce n'est pas le cas, même
si on a ces études-là. Donc, on est capable de démontrer que ce n'est pas le
cas et on va pouvoir imposer des cours de perfectionnement, des cours
complémentaires, donc, pour améliorer la qualité du français du notaire. Donc,
ça, c'est très, très bien.
Et nous, on va plus
loin en demandant que l'on puisse établir, nous-mêmes, nos critères et les
modalités, en collaboration avec les autres instances, pour vraiment, vraiment
ajouter des compétences supplémentaires au notaire, parce que le français, pour
les notaires, c'est un instrument de travail très important. Donc, on utilise
le français pour démontrer la volonté des parties, pour l'exprimer, pour la
préciser, pour la nuancer. Donc, l'importance d'une très, très bonne
connaissance est très importante. Alors donc, nous, on voit d'un très, très bon
oeil, comme je le disais en entrée de jeu, cette modification-là, mais on
aimerait quand même avoir des outils supplémentaires pour pouvoir s'assurer que
nos membres ont une connaissance et une maîtrise importante de la langue française.
M. Jolin-Barrette : Je veux qu'on reste sur ce sujet-là, parce que, si on l'image, là,
dans le fond, les notaires, dans un premier temps, c'est des officiers
publics, mais également... et ils sont membres de l'ordre professionnel, donc
de la Chambre des notaires. Quelle est l'importance pour un professionnel, pour
un membre d'un ordre professionnel, d'être capable de communiquer avec un
client, avec un citoyen ou une citoyenne québécoise en français? Pourquoi cette
importance-là d'avoir une obligation pour les membres des ordres professionnels
d'être capables, tout au long de leur carrière, de communiquer avec le public
en français?
Mme Potvin
(Hélène) : Écoutez, le notaire vient... travaille avec, il vient expliquer,
il doit s'assurer d'avoir un consentement des parties, donc d'être bien capable
d'expliquer les droits, les obligations à ses clients. Donc, c'est vraiment fondamental
qu'il puisse s'exprimer, donc, tant à l'oral qu'à l'écrit, alors avec un français
qui lui permette vraiment de bien comprendre, de bien expliquer la situation et
de bien recevoir le consentement des parties qui sont impliquées dans ces
transactions.
Jolin-Barrette : Et là, dans votre proposition de mémoire, vous
proposez d'avoir des pouvoirs supplémentaires plus loin que ce qui est prévu
dans le projet de loi n° 96. Pourquoi? Est-ce qu'au cours des années, vous avez constaté certaines situations? Pourquoi
est-ce que vous voulez qu'on renforce le projet de
loi sur ce volet-là?
Mme Potvin
(Hélène) : Effectivement, nos inspecteurs nous rapportent que
certaines... qu'il existe certaines problématiques chez nos membres, donc une
qualité qui n'est pas toujours à la hauteur de ce qu'on pourrait s'attendre. Et
on a aussi... on a mis en annexe, là, certaines statistiques à notre mémoire
qui vient démontrer qu'il peut y avoir des lacunes auprès de certains membres.
Donc, c'est pour
cette raison-là qu'on aimerait avoir des outils supplémentaires pour pouvoir
hausser, si c'est nécessaire, les
compétences par rapport à d'autres ordres professionnels qui n'auraient pas les
mêmes besoins que nous.
Jolin-Barrette : O.K. Vous avez abordé, tout à l'heure, en fin de
discussion, les effets du projet de loi, notamment sur les transactions
immobilières et sur l'inscription au Registre foncier.
Je vais vous donner
un cas d'exemple. Je souhaite acquérir une propriété au centre-ville de
Montréal. La propriété que je souhaite acquérir, c'est une copropriété dans une
tour à condo. L'ensemble du développement immobilier s'est fait en anglais.
J'arrive chez le notaire, le vendeur veut que la... Dans le fond, j'arrive chez
le notaire, mais la transaction, bien, le projet de contrat d'acte de vente est
en anglais, la déclaration de copropriété en anglais. Est-ce que, dans un État
de langue française comme le Québec, on ne devrait pas faire en sorte que le
citoyen puisse avoir accès à ces documents-là en français au niveau de la
déclaration de copropriété, au niveau de l'acte de vente également, sans qu'il
y ait un débalancement entre les parties? Parce que, vous savez, le marché
immobilier peut être en effervescence.
Alors, je vais vous
vendre en anglais la déclaration de copropriété, et même les citoyens peuvent
ne pas comprendre ce qui est indiqué dans la déclaration de copropriété. Et,
au-delà de ça, lorsque je consulte le Registre foncier actuellement, la
publication peut être uniquement en anglais. Et là le citoyen qui va sur un
registre de l'État, donc le Registre
foncier, constate que des documents officiels qui affirment justement la chaîne
de
titre et la possession aux yeux des tiers est uniquement dans une
autre langue que la langue officielle. Vous ne trouvez pas là qu'il y a un
enjeu, pour les Québécois et Québécoises, de pouvoir comprendre, de pouvoir
connaître et de pouvoir prendre les décisions éclairées à ce niveau-là?
Potvin (Hélène) : Dans l'exemple que vous évoquez, c'est certain qu'il
ne pourra pas avoir... ça ne corrigera pas
le passé. Donc, si vous achetez aujourd'hui un immeuble dans une tour à condo,
les documents, s'ils sont déjà en
anglais, vont rester en anglais. Donc, ce que vous pourriez exiger,
effectivement, c'est la copie de votre contrat en français.
Par contre, nous, ce
qu'on travaille surtout, ce qu'on recommande surtout, c'est de ne pas toucher à
la publicité des droits, donc ne pas... parce que ça va vraiment causer des
problèmes au niveau des délais et des coûts comme je l'expliquais
sommairement.
Alors, c'est certain que, pour nous, il y a peut-être d'autres façons de faire,
mais nous, on recommande vraiment, pour
l'instant, de ne pas toucher à le... aux articles, pardon, sur la publicité des
droits.
M. Jolin-Barrette : Ça, je comprends sur la mécanique, mais, sur le fond... Je veux vous entendre sur le fond. Quand
j'achète un condo à Montréal, est-ce que la déclaration de copropriété qui
devrait m'être soumise et l'acte de vente... que j'aie la possibilité de
contracter en français?
Mme Potvin
(Hélène) : Écoutez, je vous laisse le soin de faire... de débattre là-dessus.
Et puis nous, on... je crois que ce n'est pas notre rôle, à la Chambre des
notaires, de déterminer si tous les actes devraient être en français.
Jolin-Barrette : Juste une dernière question avant de céder la parole.
Pensez-vous que ça arrive, dans certains bureaux de notaires, particulièrement
à Montréal, qu'il y a une déclaration de copropriété en anglais, un acte de vente en anglais, puis que la personne ne
comprend pas tous les tenants et aboutissants de la déclaration de copropriété
parce que la personne qui fait l'acquisition de la copropriété divise, elle ne
parle pas anglais? Pensez-vous que ça arrive, ça, des gens unilingues
francophones qui achètent un condo puis qui ne comprennent pas ce qui est écrit
dans la déclaration de copropriété?
Mme Potvin
(Hélène) : Bien, en théorie, le rôle du notaire est d'expliquer les
contrats, de s'assurer que la personne connaît bien les obligations, les
restrictions qui sont dans la déclaration de copropriété. Alors, j'ose croire
que la personne comprend bien ce qu'elle signe avant de signer les contrats.
Jolin-Barrette : Je vous remercie.
Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le député de Chapleau, il
vous reste un peu plus de trois minutes à l'échange.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Me Potvin, Me Vermette,
merci beaucoup d'être ici avec nous ce matin, merci de votre présentation.
Vous disiez
d'ailleurs, le notaire comme officier public, le notaire comme ayant une
délégation parcellaire, dans le fond, de l'État, en quelque sorte. Vous avez
utilisé ces mots-là. Vous-mêmes, à l'ordre... à la Chambre des notaires, vous
faites preuve d'exemplarité dans vos communications avec vos membres.
J'aimerais peut-être
revenir, justement, sur l'idée du Registre foncier qui est assez essentiel en
droit immobilier, là, vous en conviendrez, également la publicité des droits.
C'est quand même une portion de l'État, il y a des documents officiels qui sont
publiés là. Vous parlez de délais, de coûts supplémentaires en lien avec,
notamment, peut-être une traduction de ces éléments-là. Mais justement, dans la
foulée d'exemplarité que, justement, la Chambre des notaires se donne et a voulu se donner depuis le début de la
colonie, on en parlait, ça ne serait pas nécessairement... Ne serait-ce
pas un pas, justement, à faire également au Registre foncier, qu'il y ait la
possibilité que ce soit aussi en français, au-delà des coûts et des délais?
Mme Potvin
(Hélène) : Mais, écoutez, il faut... Nous, on a rédigé notre mémoire
sous la loupe des notaires praticiens.
Alors, effectivement, ce qu'on va constater, c'est une augmentation des coûts.
Il va y avoir nécessairement,
donc, une problématique dans les
transactions en cascades où on va devoir préparer... prendre du temps pour
préparer un
sommaire de l'acte, préparer une traduction du français.
Alors
donc, comment ça va se passer dans la réalité sur le terrain? Alors, c'est sûr
qu'il y a des conséquences, il y a des conséquences économiques et il y
a des conséquences également à... Ce qu'on souhaite, c'est que tous les
citoyens soient traités également aussi. Donc, il ne faudra pas oublier que le
notaire va devoir expliquer à son client qui souhaite faire un contrat
anglophone qu'il aura des délais supplémentaires et des coûts supplémentaires.
Alors, ça peut être problématique au niveau de la mise en oeuvre, là, du projet
de loi.
M. Lévesque
(Chapleau) : Au-delà de ça, au-delà du client, il y a aussi... On peut
consulter le Registre foncier? Il est possible... La population en général peut
consulter le Registre foncier? Oui. O.K. et donc...
La Présidente (Mme
Thériault) : Je m'excuse, M. le ministre a un questionnement, M. le
député.
Jolin-Barrette : Sur cette question-là... parce que vous dites,
Me Potvin, que ça va être plus compliqué puis
c'est plus complexe. Je comprends que ça va être plus complexe pour le notaire
parce qu'il va avoir plus d'actes à rédiger,
sauf que, pour le public, le fait que les actes soient en français, ça va être
pas mal plus simple de comprendre.
Est-ce que je comprends que, pour le notaire, ça
complexifie les délais, ça complexifie le travail qu'il va avoir à faire, mais,
pour le public, il va avoir accès en français, désormais, aux copies?
Mme Potvin
(Hélène) : Oui. Il va y avoir, effectivement, un délai supplémentaire,
mais effectivement les documents seront en français pour ceux qui sont plus à
l'aise en français. Mais il y a quand même des Québécois qui sont plus à l'aise
dans la langue anglaise, donc qui doivent aussi avoir accès à ces documents-là
dans leur langue si eux-mêmes sont parties à l'acte.
Jolin-Barrette : Effectivement, et le projet de loi n'empêche pas que ceux-ci aient accès à des
documents en anglais dans leur langue
et qu'ils puissent signer leur copie, leur transaction, leur contrat dans leur
langue, en anglais.
Mme Potvin (Hélène) : Oui. Il ne
faut pas oublier aussi que la traduction française, donc, ne pourra pas nécessairement
être faite par le notaire. Donc, il va peut-être falloir prendre un tiers et,
si le contrat a une centaine de pages, bien, il faut quand même calculer
qu'il va y avoir des délais et des coûts.
Présidente (Mme Thériault) :
Et je dois mettre fin à l'échange, malheureusement. Donc, Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys, la parole est à vous pour votre
11 min 20 s.
Mme David : Merci beaucoup. Vous
avez passé du beau ciel bleu du ministre à peut-être, je n'espère pas, l'enfer
de mes questions, et ça ne sera pas l'enfer parce que j'ai beaucoup apprécié
votre mémoire. Je l'ai trouvé fort intéressant.
J'ai, moi aussi, évidemment, appris un nouveau
mot, le mot «irréfragable» qui veut dire, dans le fond, qu'on ne peut pas
contredire, c'est irrécusable. Puis là je me demandais si ça ne revenait pas à
votre proposition d'enlever le mot «réputé», parce qu'en droit c'est un mot extrêmement
puissant, et donc «irrécusable», «irréfutable», etc., on ne peut pas contredire
par «présumer». Donc, ça me semble quelque chose de très important parce que
vous parlez beaucoup de l'importance du français. Ça peut être... En fait, non,
vous parlez de l'importance de très bien maîtriser la langue de votre client.
Dans le fond, c'est ça que vous dites, parce que ça peut être très bien
maîtrisé, la langue anglaise, si vous avez
un client anglais. D'ailleurs, je vais revenir là-dessus tout à l'heure. Mais parlons d'une majorité qui sont probablement vos clients
francophones, j'ai beaucoup aimé votre introduction sur la qualité du français.
Alors, une fois qu'on a dit ça, vous dites effectivement :
Admettons que la qualité du français n'est pas au niveau que ça devrait être
parce que vous jouez constamment avec le détail des mots dans les contrats, là,
dans... Et je n'ai pas fait souvent affaire avec un notaire, mais les quelques
fois, effectivement, il faut que vous soyez très, très pertinents. Et donc, si je
comprends bien, vous n'aimez pas le mot «réputé», il est enlevé dans la
suggestion du projet de loi, mais vous, vous mettriez «présumé», alors que le ministre
enlève complètement cette référence-là.
Alors, expliquez-moi pourquoi vous voudriez
remettre le mot «présumé», qui est moins lourd en termes de conséquences et qui
vous permet, et là je réponds à votre place, de pouvoir aller au maintien
de la langue. Parce que ce n'est pas tout, une fois... c'était ça, le projet de
loi actuel, tu es réputé un jour, tu es donc francisé toujours. C'est ça que ça
veut dire. Là, vous voulez «présumé», puis on va aller vérifier.
Alors, j'ai
deux questions, ça va aller plus vite. C'est : Pourquoi
«présumé»? Parlez-nous de ça. Et deuxièmement,
comment... Vous êtes un ordre professionnel dont la qualité du français est
très importante, la qualité de la langue, donc il n'y a rien qui est dit. J'ai
demandé à la présidente de l'OQLF, ce n'est pas encore clair, la réponse.
Comment vous allez maintenir le niveau de français, cinq ans, 10 ans,
15 ans, 25 ans, 30 ans après? Comment vous voyez ça?
Mme Potvin (Hélène) : Alors, vous
avez... Merci pour votre question. Effectivement, vous avez raison, donc, le projet de loi utilise le mot «doit».
Alors donc, juste pour souci de cohérence avec les lois qui sont en vigueur,
on suggère d'utiliser «présumé», donc, qui
effectivement, comme vous le disiez, là, constitue une preuve qui peut être
contredite. Alors donc, on va s'assurer
comme ça qu'on peut démontrer le contraire pour démontrer qu'un de nos membres
n'a pas les connaissances requises. Alors, je crois que ça, vous aviez bien,
bien résumé.
Quant à l'autre question qui était de...
Mme Potvin (Hélène) : ...maintenir,
oui, pardon. Alors donc, nos membres font l'objet d'inspections à des
fréquences régulières. Alors, nous, nos inspecteurs vont dans les bureaux de
notaires, vérifient les dossiers, vérifient les
contrats, vérifient si les règles sont respectées. Alors donc, il y aura un
volet où l'inspecteur pourra vérifier la qualité du français, donc, avec
des outils qu'il aura pour le vérifier. Et donc nous, c'est qu'on veut avoir...
donc être capables de dire, même si un notaire est notaire... est membre de
l'ordre depuis 10 ans, donc il ne maîtrise pas suffisamment le français,
et qu'on puisse maintenant l'obliger à suivre des cours de perfectionnement.
Mme David : Donc, vous êtes plus
précise que la présidente de l'OQLF. Et moi, j'ai été inspectrice de mon ordre
dans un temps ancien, et vous me confirmez que c'est l'inspecteur, qui est toujours
un membre de l'ordre, un notaire nommé inspecteur pour un an,
deux ans, trois ans, qui va avoir la compétence pour évaluer la
compétence langagière. Moi, j'aurais été bien mal prise d'évaluer la compétence
langagière de mes collègues.
Mme Potvin (Hélène) : Bien, c'est-à-dire
qu'on va développer des outils avec l'OQLF et l'Office des professions pour effectivement
avoir des outils qui seront justes, qui seront équitables et qui pourront être
expliqués facilement aux notaires. Et il y a le volet... il n'y a pas simplement
les inspecteurs aussi, il ne faut pas oublier qu'on a nos candidats à la profession, donc qui ne sont pas
avec les inspecteurs, donc qui vont faire l'objet d'autres vérifications
au départ.
Mme David : J'ai hâte de voir ça,
pour tous les ordres professionnels, de transformer les inspecteurs en
évaluateurs de langage. J'ai vraiment hâte.
Mme Potvin (Hélène) : Ce n'est pas
notre intention, mais il faut y avoir des outils précis.
Mme David : ...il va falloir
maintenir la compétence, que vous en fassiez la démonstration, alors ça va être
de toute beauté.
Maintenant, si la personne refuse de... le
notaire refuse de prendre un client pour cause de langue, et vous dites à quel point la langue est importante,
c'est... et ça, moi, quand je l'ai lu, j'ai trouvé ça très, très sévère l'article 35.1,
que ça devient un acte dérogatoire à la dignité de la profession.
Vous en parlez, page 26, vous dites :
«La chambre note aussi qu'un manquement au premier alinéa de
l'article 35.1 devient également un acte dérogatoire.» Est-ce qu'on sait
ce que c'est, ça, l'acte dérogatoire à la dignité de la profession? C'est la
collusion, la corruption, c'est l'abus de pouvoir, relation sexuelle avec un
patient, etc. C'est énorme. Ça ne peut pas
être plus grave comme geste. Donc, ça serait ça dont serait accusé le notaire
qui refuse de donner un service dans sa langue, dans une autre langue,
en français. Or, vous dites que la compétence en français est extrêmement importante pour le rapport avec un client. Si le notaire
est anglophone et que son client est francophone, et qu'il est inquiet,
et qu'il dit : Non, je pense que c'est trop sophistiqué, je vais te
référer à un collègue francophone, il peut être accusé d'acte dérogatoire, si
je comprends bien.
Mme Potvin
(Hélène) : Bien, c'est pour ça que nous, on suggère de ne pas mettre
cette disposition-là dans cette...
Mme David :
...mais vous êtes d'accord avec ma façon de le présenter, de dire : Ça
pourrait être une accusation d'acte dérogatoire, et donc vous allez
aller vers votre syndic, puis là la machine s'enclenche à l'accusation, là.
Mme Potvin (Hélène) : Nous, ce qu'on
trouve, c'est que ça ne viendra pas améliorer le français. Même si on a une
amende, même si on a une suspension, ça ne viendra pas corriger le problème.
Alors, c'est pour ça qu'on veut vraiment travailler sur les mesures
d'accompagnement, de perfectionnement du membre pour que ça soit vraiment
positif, qu'il s'améliore et qu'on vienne vraiment régler son problème et
non...
Mme David : Excusez-moi, parce qu'on
n'a pas trop de temps, je vais passer la parole à mon collègue. Je peux
conclure que la référence au Code des professions, à l'article je ne sais plus
quoi, mais qui est mentionné à l'article 35.1 du projet de loi, est nettement
excessif et disproportionné par rapport à l'accusation — je
n'aime pas ce mot-là trop, trop — mais à l'accusation de préférer référer
un collègue.
Mme Potvin (Hélène) : Surtout que
nous, on ne trouve pas que ça va atteindre les résultats qu'on souhaite. C'est
dans ce sens-là.
Mme David : Merci beaucoup. Mon
collègue.
Présidente (Mme Thériault) :
M. le collègue de D'Arcy-McGee, vous avez à peine trois minutes, question,
réponse.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Mes Potvin et Vermette, pour votre présentation, et pour
votre rappel de votre rôle en tant qu'officier public d'exemplarité. C'est
noté, et compris, et très important.
Vous parlez, aux pages 26 jusqu'à 30 de
votre mémoire, des pouvoirs d'inspection, d'enquête de l'Office québécois de la
langue française, et je vous cite à la fin : «Bref, devant les termes de
l'article 175 — qui
a trait à ça — il
y a lieu de se poser la question de savoir si un inspecteur ou un enquêteur de
l'OQLF pourrait exiger d'un syndic d'un
ordre professionnel la communication d'un renseignement ou d'un document
contenu à son dossier d'enquête sachant que toute atteinte à la
confidentialité de ce dossier pourrait nuire à l'objectif de la protection du
public, soit le mandat premier de tout ordre professionnel.»
Ce qui m'amène à deux questions. Dans un premier
temps, de votre avis professionnel, cette disposition, si ce n'était pas à
l'abri des deux chartes des droits et libertés par l'imposition proposée mur à
mur de la clause dérogatoire, est-ce que, de votre avis, cet
article serait
très vulnérable aux contestations judiciaires? Et dans un deuxième temps, est-ce
que, de votre avis, ces pouvoirs, en quelque part exceptionnels, s'avèrent
nécessaires?
Mme Potvin (Hélène) : Je rappelais
d'emblée que le secret professionnel du notaire est un enjeu très, très
important. Donc, nous sommes un ardent défenseur, à la Chambre des notaires, du
secret professionnel pour que le public, le client du notaire, puisse vraiment
expliquer toutes les informations, lui donner toutes les informations en
sachant que cette information-là est protégée.
La même chose du côté de notre syndic, on veut
que la population, les clients puissent vraiment bien exprimer et tout dévoiler
au syndic sans faire l'objet de... sans être obligés... sans avoir peur,
finalement, que les informations soient dévoilées. Alors
donc, c'est une préoccupation que nous avons, comment ces droits-là des
inspecteurs, des enquêteurs seront mis en oeuvre sur le terrain, donc quel
est... dans quel cadre ils vont le demander. Alors, c'est dans ce cadre-là, nos
préoccupations.
M. Birnbaum : Et, de votre lecture,
est-ce que l'imposition de la clause dérogatoire serait nécessaire pour
protéger cet
article tel qu'il est rédigé actuellement?
La Présidente (Mme Thériault) : En
20 secondes.
Mme Potvin (Hélène) : Écoutez, on va
laisser, je pense, les spécialistes des chartes s'exprimer là-dessus.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? Merci. Donc, nous allons aller maintenant du côté de la députée de Mercier.
Vous avez 2 min 50 s.
Mme Ghazal : Merci. Merci pour votre
présentation. Moi aussi, je m'intéresse à la question du secret professionnel
des notaires que... vous dites qu'en fait le sort du secret professionnel, qui
est très important, est remis en question par les dispositions qui donnent des
pouvoirs d'inspection à l'OQLF. J'aimerais que vous en parliez un peu plus.
Puis comment est-ce que vous voyez le rôle de l'OQLF avec les notaires?
M. Vermette (Michel) : Bien, je
pense que, comme l'a dit la présidente, il ne faut pas oublier que des
constitutionnalistes se pencheront probablement là-dessus, mais c'est qu'on
voulait poser des questions. Est-ce que vraiment... La Chambre a investi
beaucoup, et il y a eu deux litiges importants qui ont été jusqu'en Cour
suprême, avec la Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada et
la Chambre elle-même. Il y a des décisions de 2015
et 2016 qui ont été rendues en matière de secret professionnel. Et ici on se
demande si, nonobstant l'article 214, là, qui disons... que met de
côté ou déroge à la charte canadienne et à la charte québécoise, on se demande,
si l'article 7 qui parle de justice fondamentale, l'article 8 qui
traite des fouilles, des perquisitions et des saisies abusives, si, à un moment
donné, nonobstant la prise de position dans le projet de loi n° 96, des
gens ne pourraient pas prétendre que ces droits fondamentaux ou ce droit
fondamental qu'est le secret professionnel n'est pas antérieur aux chartes et
qu'à ce moment-là, en vertu d'une... on a appelé ça une constitution non
écrite, là, il y aurait, à ce moment-là, risque que, nonobstant l'article 214,
les dispositions qui traitent, 174 et 175, là, qui traitent de la possibilité
pour l'Office des professions d'accéder aux dossiers des notaires, etc., soient
jugées inconstitutionnelles? C'est plus des questions qu'on pose. On a des inquiétudes à ce niveau-là et, à ce moment-là, on voulait quand même sensibiliser, vous
sensibiliser tous à ces réflexions qu'on a eues sur le sujet.
Mme Ghazal : Je comprends donc qu'il
y a un risque, mais vous ne dites pas que vous seriez contre totalement. C'est
juste qu'il y a un risque, atteinte aux droits de la charte des droits et
libertés.
Vermette (Michel) : Puis,
comme l'a mentionné la présidente, il
y a aussi un arrêt important,
Pharmascience, qu'on a cité, là, qui
traite des pouvoirs des syndics d'aller chez les notaires, où... dans le cas,
c'étaient des pharmaciens, et il y a toujours, à ce moment-là, ce
pouvoir du syndic sur lequel on se pose des questions.
Mme Ghazal : Très bien. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Je dois mettre fin à l'échange. Donc, je vais du côté du député de Matane-Matapédia
pour votre 2 min 50 s.
M. Bérubé : Bonjour. Vous êtes ici
pour plaider pour vos membres qui n'ont pas une connaissance suffisante du
français. Nous, au Parti québécois, on considère que les officiers de l'État
doivent fournir des services publics aux citoyens en français et de ne pas le
faire, c'est grave. C'est notre prétention, c'est même une conviction assez
sincère, je peux vous le dire. Ma question : Combien de vos membres sont
unilingues anglais et n'ont pas une connaissance suffisante du français?
Mme Potvin (Hélène) : Alors, on n'a
pas de statistiques, parce que, nous, il y a une présomption, donc ils sont tout
de suite réputés connaître le français. Alors donc, on n'a pas à le mesurer.
M. Bérubé : C'est assez incroyable.
Vous me permettrez d'être étonné que vous veniez faire une telle présentation
sans connaître l'état des lieux. Est-ce que votre mémoire sert à défendre
cinq membres, 10 membres, et c'est pour ça qu'on devrait changer la
loi présentée par le gouvernement? Ça m'apparaît, pour le moins, insuffisant.
Et j'aurais aimé avoir des statistiques, parce que, quand on veut changer une
loi ou quand on veut présenter des amendements, ça doit s'appuyer sur quelque
chose d'assez significatif.
Vous avez parlé tantôt de règles pour
accompagner les notaires. Le Québec, sa langue officielle c'est le français
depuis un bon moment. La loi 101 a été adoptée en 1977. Qu'est-ce que ça
va prendre de plus pour convaincre les
notaires qui pratiquent au Québec d'avoir une connaissance suffisante du
français? Je suis non seulement surpris, mais je suis étonné, puis voire
même irrité d'apprendre ça.
Mme Potvin (Hélène) : Je
vous rappelle que la Chambre des notaires n'est pas là pour défendre ses
membres, mais défend la protection du public. Alors donc, les notaires
sont... fournissent des services à des clients et la chambre vient...
M. Bérubé :
...bien d'accord. Alors, à ce moment-là, je préférerais qu'un citoyen, un
client vienne nous dire qu'il veut être servi en anglais, que la Chambre des
notaires ait à le faire. C'est ma perception.
Sur votre site
Internet, présentement, vous relayez des offres d'emploi où on demande une
connaissance avancée de l'anglais oral et écrit. Quand je vois ça, je me dis
que c'est une discrimination à l'embauche dans certains cas. Est-ce que vous
avez une réflexion là-dessus aussi?
Mme Potvin
(Hélène) : Bien, il faut que certains emplois, donc, on ait une
connaissance suffisante de l'anglais pour communiquer avec les membres. Je ne
sais à quelle annonce que vous faites référence.
M. Bérubé :
Je ne veux pas accabler le cabinet que je viens de voir, mais je peux vous en
sortir plusieurs sur votre site Internet, et vous avez choisi de les partager.
Alors, ça fait
partie de ce qui existe présentement comme offres d'emploi au Québec. Alors, un notaire
diplômé au Québec qui n'aurait pas une connaissance avancée de l'anglais
oral et écrit serait discriminé à l'embauche chez un de vos membres.
Mme Potvin
(Hélène) : Mais ça dépend c'est quoi ses fonctions, là. Alors, je ne
peux pas vous répondre.
M. Bérubé :
Un notaire qui pratique au Québec.
Mme Potvin
(Hélène) : Bien, vous savez, les notaires pratiquent dans différentes
régions avec différentes clientèles. Certains ont des clientèles très
internationales. Alors donc, il y a toutes sortes de situations.
M. Bérubé :
...on ne retiendra pas vos propositions.
La Présidente (Mme
Thériault) : Il n'y a plus de temps à l'échange. Donc, Me Potvin,
Me Vermette, merci de votre participation en commission parlementaire.
Nous allons suspendre
quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 32)
La Présidente (Mme
Thériault) : Nous reprenons nos travaux. Donc, nous recevons maintenant
la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal,
donc Mme Marie-Anne Alepin, la présidente générale. Donc, vous avez une
dizaine de minutes pour nous faire votre présentation, donc, si vous
voulez nous présenter la personne qui vous accompagne, et la parole est à vous.
Mme Alepin (Marie-Anne) : Merci
beaucoup. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes
et MM. les députés, bonjour et
merci de nous avoir invitées ici, à la commission, pour témoigner sur le projet
de loi n° 96. Je m'appelle Marie-Anne Alepin, je suis présidente générale
de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, et je suis également comédienne,
productrice et réalisatrice. Et je suis accompagnée de Anne Michèle Meggs,
membre également du Conseil général de la
Société Saint-Jean-Baptiste. Elle a été directrice de la planification au ministère de l'Immigration du Québec, et directrice de recherche à l'OQLF, et
directrice de cabinet du ministre des Affaires francophones de l'Ontario.
Alors, le mémoire que
nous vous déposons intègre notre perspective historique et contemporaine. Comme
vous savez, notre organisation existe depuis
1834. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ne jaugera pas la valeur
de ce projet de loi seulement à l'aune de ses propres ambitions, mais avec un
objectif plus large, celui d'assurer la pérennité de la langue française en
Amérique.
Avant de débuter,
nous aimerions saluer le travail colossal accompli dans ce projet de loi par le
ministre Jolin-Barrette et son équipe, qui compose de grandes avancées, comme
la création d'un poste de commissaire à la langue française qui va relever
directement de l'Assemblée nationale ou la création d'un ministère de la langue
française. Cependant, vous comprendrez que notre rôle à nous, ici, n'est pas de
venir souligner nécessairement tous les points forts, mais de tenter de vous
convaincre que le projet de loi est encore insuffisant pour garantir la
pérennité de la langue française.
La langue française
est ce qui nous rassemble. Et je pense qu'il est juste de dire que nous avons
tous ici le même objectif, hein : défendre et préserver la
vitalité et la pérennité de la langue
française. C'est un très bon point de
départ, je trouve.
En 1977,
grâce au travail de Camille Laurin et de ses collègues, le gouvernement du Québec adopte une politique ambitieuse en matière
de droits linguistiques, de langue de législation, d'administration, de
travail, d'enseignement, j'en passe. La Charte de la langue française fait alors du français
la seule langue commune du Québec, mais, au fil des années, comme vous le savez, de nombreuses contestations judiciaires
sont venues l'affaiblir. Mais son plus grand ennemi demeure encore
l'attrait que l'anglais exerce de plus en plus comme langue d'ascension
sociale, un attrait qui ne cesse de s'accroître avec la mondialisation.
L'environnement linguistique
québécois s'anglicise à vitesse grand V, et c'est devenu perceptible au jour le
jour par les citoyens. Ne pelletons pas, s'il vous plaît, le problème dans la
cour de la prochaine génération. Transmettons-leur plutôt l'amour que nous
portons à notre langue. Ce serait là le plus beau des cadeaux à leur offrir.
Pensons aussi à nos petits-enfants, qui, si les choses continuent ainsi, en
arriveront à ne plus comprendre un fichtre mot en français, car ils seront bien
plus d'angle de «talker» en anglais.
Le processus est déjà
enclenché. Il n'y a qu'à écouter nos adolescents pour constater l'emprise qu'a
l'anglais sur leur vocabulaire. C'est indéniable. Si nous voulons respecter également
nos ancêtres, qui se sont battus pour défendre le français, si nous voulons
nous respecter nous-mêmes, nous devons sans plus tarder lui redonner toute l'importance
qu'il mérite, et, pour ça, il faut travailler tous et toutes en équipe.
Pour contrer ce
recul, il est possible que le gouvernement doive nous ébranler, et ça prend
parfois des petites révolutions pour faire de grands changements. Il ne faut
pas penser en termes de politiques à court terme, et nous constatons, oui,
qu'il y a de belles avancées dans le projet de loi.
contre, plusieurs mesures d'exception viennent saper tout ça. Ainsi, nous avons
entendu ici, à la commission, que certains craignaient que la paix
linguistique des dernières années ne soit ébranlée par ce projet de loi.
Pendant cette paix, l'anglais faisait toute
une remontée. J'ai aussi entendu en commission que la loi est consensuelle.
Nous vous demandons officiellement de
faire plutôt la meilleure loi possible, et oser un peu plus, par exemple,
étendre les dispositifs de la Charte de la langue française aux cégeps.
Est-ce que la
situation du français au Québec est raisonnable? À Montréal, vous connaissez
tous et toutes la réponse. Nous croyons
alors qu'une réforme dite raisonnable, comme le mentionnait notre premier
ministre... je ne pense pas que c'est raisonnable. Nous sommes tous
capables de faire mieux. Une réforme de notre Charte de la langue française, c'est un moment crucial pour travailler tous ensemble sur la pérennité du français,
et c'est à vous, les décideurs, de faire ce que doit.
Dans
ce mémoire, nous revenons brièvement sur quelques mémoires que nous avons déjà
produits pour l'Assemblée nationale.
C'est troublant, parce qu'en les relisant, nous avons constaté que nous aurions
pu vous remettre, aujourd'hui, quelques-uns de ces mêmes mémoires, à
quelques passages près, tellement la situation est demeurée inchangée, et les
mêmes problèmes sont soulevés.
Nous vous proposons aujourd'hui
plusieurs recommandations. Nous avons aussi beaucoup de questions, mais la
Société Saint-Jean-Baptiste se porte volontaire pour poursuivre le débat avec
vous, parce qu'on le sait qu'en 45 minutes on va seulement effleurer.
Donc, nous souhaitons
une politique linguistique plus large afin d'inclure d'autres aspects qui ne
font pas
partie de cette loi.
Camille Laurin disait à l'époque que la loi qu'il a présentée n'était
qu'un départ et que ça prenait d'autres mesures pour pallier au recul du
français.
C'est
un projet de loi ambitieux, et les progrès sont réels en matière
de langue du travail, de langue de la justice, de langue de l'administration
ou des organismes publics, mais nous avons néanmoins certaines préoccupations
et avons des réserves, quelques réserves, au sujet des initiatives qui touchent
la francisation.
Enfin, la société
propose principalement au gouvernement du Québec d'aller plus loin dans trois
secteurs pour assurer la pérennité de notre nation en matière d'immigration, de
langue d'enseignement et de culture.
Nous savons tous
qu'un meilleur contrôle en immigration serait l'idéal pour protéger la langue
française, et, pour nous, le gouvernement ne se sert pas suffisamment des
pouvoirs existants dans ce domaine. Il est, en effet, plus important de
sélectionner en grande majorité des individus maîtrisant déjà le français que
de débattre de volume et de catégories.
Nous expliquons dans
notre mémoire que l'État doit être plus vigilant et exercer davantage le contrôle
sur l'immigration temporaire. Par exemple,
le projet de loi n° 96 ne doit plus permettre aux personnes détenant un
permis de séjour temporaire de
contourner l'esprit de la loi 101 et d'envoyer leurs enfants dans les
écoles anglophones publiques.
Nous demandons aussi
que les dispositions similaires à celles de la loi 101 soient appliquées
au cégep. Et aussi le surfinancement des institutions universitaires
anglophones nous apparaît également incompatible avec les objectifs affichés du
projet de loi n° 96.
Nous
disons également que le gouvernement doit investir massivement en matière de
promotion de la culture. Nous aurons
beau un jour avoir la plus belle loi du monde et avoir un succès avec sa mise
en application, nous sommes peu nombreux en Amérique du Nord à parler le
français, et il est fort difficile de se mesurer à la culture anglophone
américaine dominante. Il faut investir en culture, oui, mais il faudra bien
éventuellement contrôler les ondes sur notre territoire. Le problème du respect
des quotas dans les radios d'ici est loin d'être nouveau, vous le savez. Nous
sommes heureux de constater que vous introduisez, dans le projet de loi, le
fait que la musique en français devrait être prioritaire dans les lieux qui
relèvent de l'administration. Mais qu'en est-il des lieux publics comme les
centres commerciaux, par exemple?
Pour terminer, nous
ne pourrons jamais, mais jamais nous accomplir collectivement tant que nos élus
seront soumis à la supervision et à la gouvernance d'une autre nation. Il y a un
gouvernement de trop. Si nous étions vraiment maîtres chez nous, on ne serait
pas tous ici à discuter de virgules ou de changement de mots pour préciser un
article de loi afin de préserver la langue officielle de notre nation. Il me
semble que le rêve de toute nation est d'être libre et indépendante. Je suis
certaine qu'il y en a quand même plusieurs ici qui rêvent de voir un Québec
maître de son destin.
Nous croyons que les
mesures annoncées dans le projet de loi n° 96, bien qu'appréciables, sont
insuffisantes et nous réaffirmons que l'indépendance du Québec incarne une voie
viable et pérenne en ce qui a trait à la protection du français sur notre
territoire.
Et je voudrais terminer par ces quelques lignes
puisqu'il me reste une minute : Et c'est en renforçant notre amour de la
langue française, en la valorisant, en la parlant mieux, en l'écrivant mieux,
et surtout en s'occupant de l'inacceptable
pourcentage de 53 %
d'analphabètes au Québec que nous consoliderons notre société en français.
Merci pour votre attention.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, Mme Alepin, pour votre
présentation. Sans plus tarder, je vais aller au bloc d'échange avec le
ministre. Vous avez 17 minutes, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Merci, Mme
la Présidente, Mme Alepin, Mme Meggs. Bonjour, merci d'être en commission
parlementaire aujourd'hui et de venir présenter le mémoire de la Société
Saint-Jean-Baptiste.
Écoutez, on est au début de la deuxième semaine
et, bon, on a entendu plusieurs témoignages la semaine dernière. Et notamment, on a eu l'OQLF qui a publié une étude l'an
passé, je crois, ou cette année, il y en a eu plusieurs, notamment sur
le fait d'exiger à l'embauche la connaissance d'une autre langue, dans une
proportion, à Montréal, de 63 %. On a eu également des gens qui sont venus
nous dire que, bien, la langue maternelle à la maison déclinait. On a eu le
démographe Sabourin qui est venu, on a parlé également de l'exemplarité de
l'État, et le groupe qui vous suit va certainement nous en parler également.
D'un autre
côté, on a certains groupes qui ont de la difficulté ou, en fait, qui nous
disent : Le déclin du français, ce n'est pas avéré, on n'a pas de
démonstration, ou ça n'existe pas. Alors, comment vous réagissez à cela, de se faire
dire que c'est peut-être un mythe, le déclin du français au Québec, et ce n'est
pas démontré?
Mme Alepin (Marie-Anne) : Bien, je
vais répondre à votre question, après, je vais passer la parole à ma collègue.
Bien, le déclin est perceptible vraiment chez M., Mme Tout-le-monde. Je veux dire, tout le monde a vu l'enquête, le bureau d'enquête du Journal de
Montréal , par exemple. Je veux dire, c'est perceptible quand on va à Montréal.
Je veux dire, on se fait servir une fois sur deux en anglais, il y en a beaucoup
qui ne parlent pas français.
Mais ce qui est pire dans tout ça, c'est que, si
on regarde même la dernière étude de l'OQLF, je pense, c'est la quinquennale,
qui est sur la culture, et qui est sur les jeunes, à savoir qu'est-ce qu'ils
consomment comme culture, est-ce que c'est
en français, est-ce que c'est en anglais, il y a un schisme énorme. Je n'ai pas
les chiffres, je pourrais aller vous
les trouver, là, le temps que quelqu'un d'autre discute, mais il y a un schisme
énorme. Il y a un désintérêt déjà en partant. Donc, qu'on dise que le
français ne recule pas, c'est plutôt ça qui est un mythe.
Mme Meggs (Anne Michèle) : Moi, le
point que la société essaie de faire passer, c'est qu'une politique efficace se
base sur les recherches scientifiques, pas sur les anecdotes. C'est bien
tentant, là, les anecdotes peuvent être très utiles pour expliquer les
résultats d'une recherche, mais on a chacun notre histoire personnelle, et des
amis qu'on a, puis des situations qu'on a vues. Baser une politique publique
là-dessus est moins utile.
Ce que
j'ajouterais, c'est qu'en plus la recherche scientifique pour... avoir la
confiance de l'État et la confiance dans la recherche, d'être autonome.
Donc, on mentionne dans notre rapport, un peu comme M. Sabourin et, je
pense, même M. Lacroix, là, que ce ne serait pas mauvais que la fonction
de la recherche soit sous la responsabilité, disons, du commissaire. L'office,
on l'explique dans le mémoire, là... C'est bien tentant, là, quand on relève
d'un ministre et d'un cabinet, là, de vouloir plaire le ministre et le cabinet.
Ça va, c'est en
partie la fonction de l'administration, mais ce n'est pas tout
ce que l'administration a à faire.
Et le dernier point que je ferais, c'est que,
malheureusement, on le mentionne un peu aussi dans le mémoire, les données de
l'immigration et de linguistique, la plupart sont dépendantes du fédéral. On a
des... Le recensement est fédéral. Dans la constitution, c'est fédéral, et ça
veut dire qu'ils posent des questions en fonction des politiques fédérales. On ne peut pas... c'est très difficile de faire ajouter des questions que nous
autres, on aimerait peut-être savoir, comme... plutôt que le transfert
linguistique de première génération, le transfert linguistique de deuxième
génération. Ça pourrait être intéressant, mais ce n'est pas une statistique que
StatCan va sortir régulièrement.
Donc, ça, c'est un problème et c'est clair que
les éléments, là, que vous avez souligné, comme l'exigence de l'anglais à
l'embauche... Écoutez, il y a bien des employeurs qui n'exigent même pas le
français à l'embauche, mais beaucoup
d'immigrants temporaires en particulier, là, qui arrivent puis il n'y a aucune
exigence linguistique, on le souligne aussi. Et donc c'est une
obligation, pour les fins d'inclusion, que ce soit des personnes qui ne parlent
ni le français ni l'anglais ou que ce soit pour inclure tous et toutes les
Québécoises et tous les Québécois, peu importe la langue d'origine, y inclut l'anglais, de participer
pleinement à la société québécoise dans la langue commune. Donc, c'est un peu
l'approche que la société aborde.
M. Jolin-Barrette : Peut-être une
question et une sous-question, là, Mme Meggs, là, en lien de ce que vous venez
de dire. Dans le fond, les indicateurs linguistiques, ce qui est important pour
la société, c'est l'indépendance, notamment,
rattachée aux indicateurs linguistiques. Donc, vous nous invitez à envoyer la
recherche sur ces indicateurs-là du côté du commissaire à la langue.
Actuellement, ce qu'on a prévu, c'est que les indicateurs allaient être
développés avec l'approbation du commissaire
à la langue. Donc, ça allait être l'OQLF qui allait mener la recherche, mais
que ça allait être conjointement
décidé avec le commissaire à la langue. Donc, vous nous invitez à envoyer ça au
commissaire à la langue.
J'aimerais ça vous
entendre, parce que vous dites : Dans les dossiers linguistiques, le fait
que ça relève de l'OQLF, bien, l'administration, le politique et le cabinet
peuvent s'en mêler. Est-ce que vous pouvez détailler davantage là-dessus? Parce
que, publiquement, on l'a étayé. Il y a des études de l'OQLF qui ont été
cachées pendant des années et des années. C'est ma collègue la ministre de la
Culture actuelle qui a rendu publiques ces études-là. Est-ce que vous avez une
expérience? Vous avez travaillé à l'OQLF à l'époque. Pouvez-vous nous en parler
de ça?
Mme Meggs
(Anne Michèle) : Mais pas à cette époque-là, mais plus récemment. Ce
n'est pas les indicateurs comme tels,
ce n'est pas des résultats comme tels, c'est l'interprétation des résultats. Et
la tendance, souvent, c'était de... quand on a vu et préparé un rapport,
que soit regardé si les résultats n'étaient pas aussi positifs qu'on aurait
voulu ou si on... que, bon, bien, est-ce que vous avez analysé ceci? Allez
chercher un échantillonnage de ça.
C'est de cette manière-là qu'ils essayaient de tirer
des études, les résultats voulus, et c'est beaucoup de travail de retravailler et retravailler des études pour essayer qu'elles
soient un peu moins négatives. Disons, là, les choses, les vraies
affaires. Et donc ce n'est pas strictement de quels indicateurs, ce qui est
très important, puis on n'en a quasiment pas en francisation du tout, et ça,
c'est très complexe, mais les indicateurs qui sont utilisés par le fédéral et
même le... et on est pris avec le recensement, même l'ISQ est pris avec le
recensement.
Jolin-Barrette : Dans le projet de loi, ce qu'on fait, c'est qu'à l'article 145 on vient confier une
responsabilité à l'Institut de la statistique du Québec d'aider le suivi de la
situation linguistique du Québec, dont les indicateurs de l'usage du français
dans la sphère publique par la population québécoise. Mais je comprends que
vous voulez qu'on confie davantage de rôles à l'institut du Québec en matière
de français.
Je vais juste vous poser une question sur un
autre sujet, parce que, par la suite, je vais laisser le député de
Sainte-Rose... du temps au député de Sainte-Rose. C'est sur la question des
séjours temporaires, là. Dans votre mémoire, là, vous nous invitez...
Actuellement, ce que la Charte de la langue française fait, c'est qu'on peut
envoyer les enfants à l'école anglaise avec renouvellement, donc il n'y a pas
de limite. Ce qu'on fait avec le projet de loi, c'est que, pour les travailleurs étrangers temporaires, on met une
limite de trois ans, et, par la suite, ils doivent intégrer le
réseau francophone. Vous, vous nous invitez à retirer cette disposition-là puis
à dire : Tous les temporaires, les enfants doivent aller à l'école en
français.
Mme Meggs (Anne Michèle) : Oui.
Bien, c'est l'esprit de la charte originale que les personnes qui arrivent
ici... Et on le fait parce qu'on regarde les tendances en matière d'immigration
temporaire, et les tendances sont importantes, très importantes. Quand la
charte a été élaborée au début, temporaire, c'était temporaire.
Maintenant, tout est mis en place pour
encourager les temporaires de rester, mais leur arrivée, les conditions d'embauche, et tout ça, sont faites
essentiellement... Les conditions de tous ces programmes d'immigration
temporaire relèvent du fédéral. On pourrait faire un peu plus, on
suggère certaines suggestions, mais la question... Et on l'a remarqué que, pour
la plupart des temporaires dans le projet de loi n° 96, ils ne pourraient
pas renouveler après trois ans. Ça, on l'a remarqué, sauf que, si un
enfant s'inscrit à partir de deuxième année primaire, forcément, il va avoir
fait la majeure
partie de son primaire au Québec. Et dès que ses parents
deviennent citoyens ou l'enfant... normalement, tu sais, ils deviennent ayants
droit et ils vont pouvoir envoyer ses... toute sa progéniture dans les écoles
anglaises. Même le...
Il y a un point intéressant dans notre mémoire,
où on avait indiqué que la Société Saint-Jean-Baptiste, à cette table-ci, en
1977, là, avait même des réserves sur l'idée en soi de permettre des enfants,
quelque enfant que ce soit, à continuer dans les... à s'inscrire dans les
écoles anglaises, disant qu'on va le tolérer comme mesure temporaire sujette à
révision, si ces dispositions nuisent en quoi que ce soit au développement et
au rayonnement du français au Québec ou à l'intégration de la minorité
anglophone à la vie communautaire du Québec. Donc, l'objectif, dès ce
moment-là, de la société était d'intégrer tout le monde, y inclus les
anglophones.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie. Je...
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Oui, Mme Alepin.
M. Jolin-Barrette : Je vais
peut-être céder la parole. Allez-y.
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, Mme Alepin, allez-y.
Mme Alepin (Marie-Anne) : Juste
rajouter. J'aime ça aussi poser des questions à savoir est-ce que c'est normal,
quand on a des nouveaux Québécois qui arrivent ou, en fait, des immigrants qui
arrivent, puis ils s'en vont... C'est des francophones, mais ils préfèrent envoyer leurs enfants à Montréal
dans une école en anglais, pour apprendre l'anglais. Mais après, ce qui se passe aussi, c'est qu'on développe la
culture. Et puis vous savez comment c'est difficile, en ce moment, par
rapport à notre positionnement en Amérique du Nord.
Donc, ça développe tout une nouvelle perspective
où ces personnes-là s'en vont directement dans la culture anglophone. Donc,
moi, je pense, quand on les accueille, il faut les accueillir aussi avec notre
langue commune.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Donc, M. le député de Sainte-Rose, il vous reste 4 min 45 s à
l'échange.
M. Skeete :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup pour votre présence aujourd'hui.
Je suis assez ravi d'entendre le mot «cadeau» quand on parle de la langue
française. J'ai perdu ma mère très jeune, puis le plus beau cadeau qu'elle m'a fait, c'est la langue française. Alors, assez d'accord avec vous. Ça me permet non seulement de m'épanouir au Québec mais ça permet aussi une compréhension plus
subtile de la culture québécoise qu'on perd si on n'est pas adéquatement...
on ne baigne pas adéquatement dans la langue.
J'aimerais vous
entendre parce que vous avez piqué ma curiosité, un peu comme le ministre, sur
le commissaire indépendant. On le sait, là, le... En tout cas, une des plus
grosses demande que je reçois, moi, en tant que
responsable de la communauté d'expression anglaise, c'est de dépolitiser la langue.
Je vous entends un peu dans le même
écho, là, de dire : Enlevons la politique de ça et arrivons à des vraies données par des
personnes indépendantes. Vous avez parlé aussi de statistiques qui
viennent du recensement fédéral, assez intéressant aussi. C'est comme si on
s'approprie une
partie de l'immigration, on s'approprie une
partie de la
culture au Québec, une représentation à l'étranger. Ça fait que le Québec, déjà,
prend beaucoup de place, mais ce que j'entends de vous, c'est que peut-être
qu'il faudrait prendre une place aussi, côté statistiques, de se donner ce
pouvoir-là de poser les questions qu'on veut.
Mais, pour nous
ramener dans la réalité d'aujourd'hui, le gouvernement fédéral se sert beaucoup
de ce qu'on appelle «première langue officielle parlée», le fameux p.l.o.p. Et
il y a des chercheurs qui tentent de nous dire que le français n'est pas en
déclin, qui utilisent cette donnée-là pour dire : Bien, non, en fait, ce
n'est pas une variable. Je serais curieux de vous entendre là-dessus.
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Oui. C'est complexe, le domaine des données linguistiques.
Mais c'est un peu le propos de la société par rapport à des données
indépendantes, et le fait que le recensement de n'importe quelle nation va
contenir des questions qui vont leur permettre de mieux avoir des informations
utiles pour le type de politique publique qu'ils veulent mettre en place. Et la
politique publique du gouvernement canadien est l'anglais et le français et, surtout,
tu sais, des services en français à l'extérieur du Québec, et anglais ici,
donc. Et, puisque la population francophone hors Québec est en diminution, et
ils veulent quand même justifier des services en français au Canada anglais,
ils gonflent, dans un sens, avec cet indicateur-là... Tant mieux pour nos
collègues, là, ou nos compatriotes francophones hors Québec, mais ça veut dire
qu'ils incluent plusieurs différentes réponses, à différentes questions, dans
un même... pour créer un indicateur composite, qu'on dirait qu'ils gonflent les
chiffres, dans un sens... bien, gonflent... tu sais, c'est-à-dire que ça sert,
c'est utile pour eux autres, là, de leur point de vue de leur politique
publique. Mais c'est... Et il est important que le Québec soit capable de poser
les questions qui sont pertinentes pour notre politique linguistique.
M. Skeete :
Si je comprends bien, le gouvernement fédéral, dans le but d'assurer une
vitalité communautaire de la langue française extra Québec, pose des questions
qui ont comme effet d'augmenter le nombre... ou, du moins, de favoriser
l'inclusion d'un plus grand nombre de personnes de la minorité francophone.
C'est quoi, l'impact de ça, au Québec?
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Bien, ça fait la même chose pour la minorité anglophone.
M. Skeete :
Je comprends.
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Bien, elles sont équitables. C'est une politique
symétrique, bien, jusqu'à tout récemment, là, où apparemment qu'ils ont voulu
bouger...
M. Skeete :
Bien, ça, c'est un bon point, parce que vous dites que cette question-là vient
d'une philosophie d'égalité symétrique des langues. Là, on reconnaît un
changement...
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Québec et hors Québec.
M. Skeete :
Oui, et là on reconnaît un changement, de la part du gouvernement fédéral, où
est-ce qu'on reconnaît l'asymétrie.
Mme Meggs (Anne
Michèle) : On verra. Bien, il y a eu des élections entre-temps. Là, le
projet de loi est tombé. On verra. Et même
avec le projet de loi qu'ils avaient, ça n'a pas été mis en place. On ne sait
pas qu'est-ce que ça va donner. Ça me surprendrait bien gros, parce
que...
La Présidente (Mme
Thériault) : Et je dois mettre fin à l'échange, malheureusement,
désolée.
M. Skeete :
Merci beaucoup.
Présidente (Mme Thériault) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys,
pour votre bloc de 11 min 20 s.
Mme David :
Merci beaucoup. Bonjour, mesdames, bienvenue, pour une ixième fois, sûrement.
Ce n'est pas la première fois que vous venez, dans une commission
parlementaire, parler de langue, en particulier.
En 2002, il y a eu la fameuse loi n° 104,
sous le PQ, qui a remanié, justement, ces fameux pouvoirs de faire de la
recherche, et que c'est passé du Conseil supérieur de la langue française à
l'OQLF, qui a pris encore plus de pouvoirs. J'en ai parlé
souvent, à l'étude des crédits, avec le ministre. Et puis là le conseil
supérieur a dépéri, dépéri, dépéri. Finalement, il est transféré au
commissaire. Mais on ne touche toujours pas à l'OQLF pour le pouvoir de la
recherche, et, pour moi, c'est comme une sorte de point d'interrogation.
Faire de la
recherche, vous le savez, hein, faire de la recherche, ça veut dire connaître
les outils de recherche, connaître les indicateurs. Moi, j'aurais pensé, parce
qu'on prône, depuis longtemps, la création d'un commissaire à la langue française... moi, je me serais imaginé,
automatiquement, que la recherche allait là, ça... Un centre de recherche,
faire de la recherche, là, vous le savez, ce n'est pas rien, ça prend beaucoup,
beaucoup de compétences.
Alors, moi, je me
demandais si... parce que vous avez dit : Ça devrait aller au Commissaire
à la langue française. J'aurais le goût de poser la question au ministre, mais,
comme je ne peux pas, je vous la pose à vous : Pourquoi vous pensez que ça
reste encore à l'OQLF, en plus d'étendre les pouvoirs à plein, plein de choses,
pour l'opérationnalisation des mesures du p.l. n° 96?
Mais la recherche, c'est comme un autre volet.
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Je voudrais juste répondre en une phrase. Bien,
justement, pour garantir la pérennité et la vitalité de la langue française, il
ne faut pas que ça reste au sein d'un parti politique. Il faut dépasser tout
ça, il ne faut pas qu'il y ait d'emprise et de mainmise. Mais je vous...
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Oui, non, c'est... Écoutez, le projet de loi fait énormément
de changements dans beaucoup de différents domaines. Est-ce que c'est un
élément qui n'a pas été priorisé? Je ne peux pas répondre pour le ministre.
Mais ce que je dirais, c'est que soit le commissaire ou même l'ISQ est quand
même sous le ministre des Finances. Je ne pense pas que c'est le cas avec Statistique
Canada, je pense que ça relève du Parlement. Et donc, l'objectif, c'est de...
Ceci étant dit, je
pourrais ajouter, là, qu'il y a beaucoup de données qui, peu importe l'instance
qui va s'en servir, viennent des données
administratives, donc toutes les données sur la sélection et... sélection,
voire les admissions, mais ça, c'est... sélection des immigrants, ça
vient des données administratives. Les écoles, toutes nos données sur
l'enseignement, et tout ça, en général, on peut mieux se fier sur ça. Et
l'instance qui va être responsable de la recherche va être dépendante quand
même des données qui viennent de différents ministères.
Mme David :
On se comprend, on se comprend. Mais, enfin, l'idée du commissaire... Il y
avait une autre idée aussi que nous avions
soumise dans nos 27 propositions, c'est que l'OQLF... et vous faites
référence à la dépendance-indépendance... on proposait un conseil
d'administration. Il n'y a pas de conseil d'administration à l'OQLF. Quelque chose qui rend plus de
transparence, d'imputabilité, qui se sépare un peu du gouvernement. Avez-vous
une opinion là-dessus?
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Je pense que la société serait d'accord que... tout ce
qu'on peut faire pour rendre les fonctions de l'office le plus indépendant
possible. On mentionne dans notre rapport aussi, là, la question des plaintes, parce que les plaintes et même les
enquêtes pourraient arriver auprès des entreprises qui sont névralgiques.
Et, tu sais, on essaie de donner une
subvention pour encourager un certain secteur, mais l'office découvre que ce
secteur ne rencontre pas ses exigences linguistiques, ça devient plus
délicat. Ça fait que c'est tout ce qui peut être fait. Si c'est meilleur, un
autre type de gouvernance pour l'office, ça pourrait être une
partie de
solution.
Mme David :
Merci beaucoup. Aussi, encore dans nos 27 propositions, on propose deux
choses, on propose... parce que je sais, je connais votre opinion sur le
collégial, et là où vous voudriez que le ministre aille, et qu'il a dit qu'il
n'irait pas. Alors, vivons avec ces déclarations et celles du premier ministre
et disons que nous proposons qu'il y ait trois cours suivis en français. Là, je
pense à l'interaction, fort intéressante, dans votre mémoire, langue et culture. Alors, la langue, ce n'est pas
que fonctionnel, c'est la culture aussi, et, si les cégépiens qui fréquentent
les collèges anglophones pouvaient suivre des cours, en français, d'histoire du
Québec, sociologie, etc., dans ce qu'on appelle les humanités... Est-ce que
vous avez une opinion sur le fait de suivre trois cours en français, toutes langues confondues, anglophones, allophones,
francophones, et aussi de faire des stages d'immersion dans des milieux
francophones?
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Moi, j'aurais envie de répondre par : Bien, peut-être
que le gouvernement pourrait aussi changer d'idée, parce que ça fait quand même...
bien, la semaine dernière, on est à la deuxième semaine... on entend quand même
de plus en plus de gens qui disent que, bien, ce serait peut-être la solution
pour garantir la pérennité de notre langue française, justement, d'étendre les dispositions de la loi 101 aux
cégeps. Mais pour...
Mme David :
Excusez-moi, mais ma question n'est pas celle-là. Moi, ma question,
c'est donner des cours en français dans...
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Oui, oui, je comprends, mais c'était par rapport à... parce
que vous dites : puisqu'il l'a déjà décidé. Bien, peut-être que ça peut
changer. Bien, moi, des cours en français pour quiconque, moi, personnellement...
Nous, on ne s'est pas prononcés sur ça, à la société, mais moi, je dirais, moi,
je ne suis pas contre. Mais, par contre,
quelqu'un qui a déjà tous ses acquis en français, reprendre
d'autres cours en français, je ne sais pas... Il faudrait...
Mme Meggs (Anne
Michèle) : Moi, j'ajouterais juste que je trouve que c'est curieux jusqu'à
quel point on veut mettre plus de français dans les établissements anglophones,
quand des établissements francophones suffiraient à la tâche.
David : C'est votre point de vue. Je vais passer la parole, si
vous voulez bien, à mon collègue de La Pinière.
La Présidente (Mme Thériault) : La Pinière,
parfait. M. le député de La Pinière, il vous reste
4 min 40 s.
M. Barrette : Merci. Dans votre
mémoire, vous... J'ai été un peu surpris, je dois vous avouer. À la
page 16 de votre mémoire, vous considérez que l'existence de services à la
communauté anglophone accélère l'anglicisation et vous prônez... ce n'est pas exactement
comme ça comme vous le dites, mais ça revient à ça, qu'il faudrait s'assurer
que tous les dispensateurs de services parlent français. Vous allez aussi loin
que de suggérer que la tenue de dossiers se fasse exclusivement en français.
Vous avez dit aussi dans votre présentation que vous prôniez la prise de
décision basée sur des données les plus scientifiques possible, sur des études.
Alors, première question : En quoi
l'existence de services de santé à la communauté anglophone vient angliciser le
Québec?
Mme Alepin (Marie-Anne) : Bien, en
fait, c'est juste qu'il ne faudrait juste pas que les droits, en fait, des
services de santé en... Vous parlez des droits de santé, là, on parlait?
M. Barrette : Oui, oui, les deux...
Mme Alepin (Marie-Anne) : O.K. Bien,
en fait...
M. Barrette : Deuxième, troisième
paragraphes de votre page 16, là.
Mme Alepin (Marie-Anne) : Oui, c'est
ça. En fait, tout simplement dire : Bien, le droit des services de santé
en anglais ne doit pas juste être un prétexte, en fait, pour angliciser le
milieu de travail pour tout le personnel de la santé et le personnel de
soutien. C'était tout simplement pour vous dire qu'il y comme une espèce de
confusion avec... Bon, on sait qu'il y a le renforcement des exemplarités, les
conformités, là, pour... C'est des aspects positifs pour la langue de la santé,
mais, si c'est appelé à interagir avec la loi des services de santé et des
services sociaux, qui prévoit le droit à des services en anglais, je veux dire,
comment ça va se faire? Nous, en fait, ce qu'on dit, c'est qu'on souhaite que
tout le monde puisse recevoir des services en français sans qu'il ait à le
demander.
M. Barrette : Ça, je pense qu'on est
tous d'accord là-dessus, là, puis ça, il n'y a pas de doute, et je pense...
puis je dois vous dire très franchement, je pense que, du côté de la communauté
anglophone, ils sont d'accord avec ça. Je ne
pense pas que, dans la communauté anglophone, dans le territoire de santé où
ils ont des services garantis, ce serait même... ça leur effleurerait
l'esprit de ne pas donner l'accès de services en français. C'est ma perception
de la communauté anglophone. Mais aujourd'hui, là, est-ce que vous considérez
qu'il y a un problème?
Mme Alepin (Marie-Anne) : Bien, il
faut clarifier, en fait, comment ça va se passer, ce processus-là, je veux
dire, comment ça va coexister.
M. Barrette : Et ce qui existe actuellement,
est-ce que vous considérez que ça doit changer?
Mme Alepin (Marie-Anne) : Bien, évidemment.
M. Barrette : Dans quel sens?
Mme Alepin (Marie-Anne) : Bien, on
parle des soins de santé, le service...
M. Barrette : Oui, juste le... je
parle juste... Le sujet que j'adresse... auquel je m'adresse, je m'excuse,
parce que ça ne se dit pas en français, là, le sujet que j'apporte, là, c'est simplement
le fait qu'il y a, au Québec, un secteur de la santé qui est garanti, dans certaines
conditions, à la communauté anglophone. Est-ce que ça, actuellement, vous
considérez que ça doit changer? Et, si oui, dans quel sens?
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Écoutez, ce
qui doit changer, c'est la façon de faire. Nous, ce qu'on demande... En fait,
c'est à vous de nous trouver les solutions, comment faire pour faire que la
coexistence va bien se faire.
M. Barrette : Mais elle se fait
bien. Vous ne trouvez pas qu'elle se fait bien actuellement?
Mme Alepin (Marie-Anne) : Bien non.
M. Barrette : Dans quel sens?
Alepin (Marie-Anne) : Pas en ce moment. Je veux dire, il y a des gens
qui peuvent encore se faire servir en anglais. Je veux dire, ce n'est pas
normal, au Québec. On ne va pas rentrer dans les petites anecdotes, mais, je
veux dire, ce n'est pas normal. Donc, justement, c'est pour ça que nous, ce
qu'on demande, c'est de clarifier vraiment l'application des nouvelles
dispositions afin de garantir les services de soins de santé en français, sans
que quiconque ait à le demander, même chose pour les dossiers médicaux.
M. Barrette :
C'est-à-dire, pour les... Écoutez, moi, mon vécu, là, et mon expérience, et ce
que je constate dans le réseau, c'est que vous allez du côté anglophone et vous
allez pouvoir recevoir des services en français. Et là, si vous considérez que
ce n'est pas le cas, bien, j'aimerais qu'on me donne des données, là, moi,
personnellement. Parce qu'il arrive, à un moment donné, là, où vont s'opposer
les règles actuelles, qui garantissent à la communauté anglophone des services
dans leur langue dans certaines circonstances. On a préservé ça à date. Moi, je
pense qu'il faut continuer à préserver ça, ce qui ne veut pas dire qu'un
francophone qui arrive à l'Hôpital Royal Victoria, maintenant qui est le CUSM, ça ne veut pas dire qu'il ne se fera pas
soigner en français. Ça, c'est une première chose. Moi, je pense qu'il
faut préserver ça. Je vous demande votre opinion.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...juste devoir...
M. Barrette :
Deuxièmement, les dossiers en français, est-ce que c'est vraiment faisable?
Présidente (Mme Thériault) : Je suis vraiment désolée, M. le
député de La Pinière, je n'ai plus de temps.
M. Barrette :
Je suis désolé moi aussi, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Plus de temps. Donc, on va aller à la députée
de Mercier. Mme la députée de Mercier, pour votre 2 min 50 s.
Mme Ghazal :
Merci. Merci beaucoup pour votre présentation et votre présence.
J'ai
envie de vous parler de culture. Vous proposez, à la recommandation n° 26, de créer un conseil québécois de la radiodiffusion et des
télécommunications, donc un CQRT, pour remplacer le CRTC. À Québec solidaire,
dans notre programme, on a une demande historique, et on la fait toujours,
c'est celle de rapatrier toutes les compétences du fédéral en communication et
en culture et aussi de créer un organisme comme celui-là. Évidemment, vous
l'avez dit, le meilleur moyen, c'est de faire l'indépendance pour protéger le
français. À Québec solidaire, nous sommes, évidemment, d'accord avec ça. Mais
pour ce qui est du rapatriement des compétences, la CAQ n'a rien fait, à date,
par rapport à ça.
Selon
vous, qu'est-ce que ça prendrait pour qu'on puisse créer un tel organisme et
qu'on puisse avoir... contrôler nos ondes sur notre territoire?
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Bien, en fait, moi, je ne suis pas juriste, mais pour
contrôler nos ondes, premièrement, ça va passer par l'indépendance, je veux
dire, être maîtres de toutes nos lois. Et après, ça devient aussi
international, là, se disputer les ondes. Donc, je n'ai pas de... Moi, je n'ai
pas la solution, mais si quelqu'un ici a une solution...
Mme Ghazal :
Mais, en créant le CRTQ, on n'a pas besoin d'attendre de faire l'indépendance,
en attendant.
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Bien, c'est sûr, sauf que, premièrement, si on peut
déjà... si le gouvernement peut déjà s'assurer que le CRTC... en fait, non, si
le gouvernement peut déjà s'assurer qu'il y a déjà un respect des quotas... En ce moment, vous le savez, il y a déjà
des façons de détourner les quotas. On met la musique en anglais bien, bien, bien tard le soir. Comme ça, on remplit déjà
les normes du CRTC. Mais concrètement, pour moi, c'est complètement
insensé que ce soit une autre entité qui vienne contrôler nos ondes sur notre
territoire, mais...
Mme Ghazal :
Mais ça prendrait de la volonté politique pour rapatrier ces pouvoirs-là, au
moins, de travailler là-dessus, comme on le fait dans d'autres sujets.
Vous dites... Tu sais, vous parlez de radio, télévision, la musique, et tout ça. Les jeunes, ils ne sont plus sur cette
plateforme-là. Qu'est-ce qu'on doit faire pour aller les rejoindre? Par exemple,
une politique de découvrabilité? Parce qu'ils sont sur d'autres plateformes.
Mme Alepin
(Marie-Anne) : Bien, en fait, là, c'est sûr que... Moi, je pense qu'il
faut faire vraiment une grosse relance pour vraiment valoriser la culture en
français, par une campagne de type Consommons la culture québécoise
francophone — d'ailleurs,
c'est une des recommandations — puis la rendre plus attrayante. Parce
que, bon, ça, ça ne va pas nécessairement passer par le projet de loi
n° 96, mais il faut rendre cette langue attrayante, parce qu'elle se bute
contre la langue, la culture anglophone qui nous entoure — elle
est merveilleuse, mais ce n'est juste pas la
nôtre — puis les
jeunes, de plus en plus, vont s'y intéresser. Je veux dire, tout est là, je
veux dire, les chiffres aussi, les
données sont là, il y a les Netflix de ce monde, il y a... Tout est là, c'est
tellement facile, sur le bout du téléphone.
La Présidente (Mme
Thériault) : Et je dois mettre fin à l'échange, malheureusement. On a
déjà dépassé d'une quinzaine de secondes. M. le député de Matane-Matapédia,
pour votre temps, 2 min 50 s aussi.
Bérubé : Merci. Bienvenue, mesdames. C'est une vénérable institution
qu'est la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
Parlons d'immigration. Je me souviens qu'en 2018
le premier ministre, en campagne électorale, avait dit cette phrase-choc
suivante : il craignait que nos petits-enfants ne parlent pas français. Il
a dit ça, il se plaignait que le gouvernement de son prédécesseur, Philippe
Couillard, n'en avait pas fait assez pour s'assurer que les immigrants parlent français. Or, trois ans plus tard, ce
gouvernement ne donne aucune cible quant à la francisation des immigrants.
Ce n'est même pas dans le projet de loi. Le
gouvernement de la CAQ a choisi d'occulter cette question-là. Aucune cible,
aucune volonté de rendre obligatoire la connaissance du français. Quand vous
dites, dans votre intervention, que vous
croyez que ça n'ira pas assez loin, vous avez raison. Mais le gouvernement
entend ce message-là et il a décidé de ne pas bouger sur l'immigration, de
façon notable. Alors, j'aimerais que vous puissiez revenir sur cet enjeu-là
fondamental.
Quand j'ai lu également, dans la même
intervention, 2018, que la ministre maintenant responsable de la Métropole
disait qu'elle n'était pas inquiète pour l'avenir du français à Montréal...
Peut-être, dans sa circonscription de Pointe-aux-Trembles, présentement, mais
quiconque habite à Montréal ou visite Montréal peut constater que ce n'est pas
le cas. Le français est menacé à Montréal, et à Laval, et ailleurs. Alors, sur
l'immigration, pourquoi est-il si nécessaire de connaître le français à
l'arrivée?
Mme Meggs
(Anne Michèle) : Ce qu'on fait ressortir dans le mémoire, c'est
l'anglicisation de l'immigration qui arrive, que ce soit permanent ou
temporaire. Et donc tous les oeufs sont mis dans le panier de la francisation,
et on n'a aucune donnée qui indique, malheureusement, si à prendre un cours ou
même prendre... faire un test de linguistique, ça va donner un transfert
linguistique. Ce n'est pas...
M. Bérubé : Il vaut mieux contrôler
à l'arrivée. Et le Québec a le droit de faire le choix politique d'accepter
l'immigration francophone?
Mme Meggs (Anne Michèle) : Oui,
permanent. Mais temporaire, il n'y a pas d'exigence linguistique.
M. Bérubé : Bien, nous, on le
demande, en tout cas.
Mme Meggs (Anne Michèle) : Non, pas
le Québec, pas le temporaire. C'est-à-dire qu'on le demande quand ils veulent
devenir permanents, mais quand ils arrivent... et ils sont ici pendant
plusieurs années avant de demander la résidence permanente et ils vivent,
souvent, beaucoup en anglais.
M. Bérubé : Ce que je veux vous
dire, c'est que nous, au Parti québécois, on le demande que ça se passe en français.
On l'a demandé, le ministre a entendu ça, on le demande à nouveau. Je veux
dire, il y a tout le temps des bonnes raisons... Puis à l'époque, vous savez,
c'était pour des diplomates qu'on avait fait ça. C'était une mesure un peu à
part pour ça. Toute l'immigration devrait se faire en français au Québec, c'est
un choix. Si on ne fait pas ce choix-là, bien, on n'assure pas l'avenir du français,
selon moi, on choisit une érosion.
Thériault : Et je dois mettre fin à l'échange sur ces
paroles, M. le député de Matapédia,
Matane-Matapédia. Merci, Mme Alepin et Mme Meggs, de votre passage en
commission parlementaire.
Nous allons
maintenant suspendre quelques instants... (panne de son) ...au prochain groupe
de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 22)
La Présidente (Mme Thériault) :
Bonjour. Donc, nous reprenons nos travaux. Et nous recevons maintenant le
Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, M. Christian
Daigle, le président général. Vous allez faire la présentation, vous avez à peu
près une dizaine de minutes. Je vais vous demander de nous présenter la personne
qui vous accompagne, et, par la suite, les échanges avec les parlementaires, en
commençant par le ministre, vont se faire. Donc, la parole est à vous,
bienvenue au Parlement.
Daigle (Christian) :
Parfait. Merci, Mme la Présidente. Alors, je m'appelle Christian Daigle,
président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du
Québec. Je suis accompagné par M. Louis-Joseph Saucier, conseiller au
service de la recherche et spécialiste au niveau de la langue française dans
notre organisation.
Alors, Mme la Présidente, MM. et Mmes les
députés, M. le ministre, le français est fragile dans notre coin de pays, en Amérique
du Nord même, je pourrais dire. Les projections de l'Office québécois de la
langue française, c'est qu'entre 2016 et 2036, la proportion de francophones,
pour la langue parlée, pourrait passer de 82 % à environ 75 %.
Plusieurs volets sont importants pour protéger le français au Québec : la
langue de l'enseignement, la langue de
travail, la langue du commerce, mais l'exemplarité de l'État est essentielle et
centrale pour ce faire. C'est la langue commune au
Québec. Le mémoire du SFPQ porte sur cette question, sur l'exemplarité de
l'État. Nous en faisons une bataille, au
SFPQ, depuis plusieurs années. Nous sommes un acteur de premier plan dans ce
dossier et avec différents partenaires
également à travers l'ensemble de la société québécoise. En représentant des
dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses au sein de l'appareil d'État qui donnent des services
au quotidien aux citoyens et citoyennes du Québec, le SFPQ veut
notamment protéger leur droit de travailler en français.
Le constat général : c'est l'unilinguisme
qui a été annoncé, mais on se retrouve plutôt avec un bilinguisme de fait. Le
français est notre langue officielle depuis 1974, la loi 101, adoptée en 1977,
avec son préambule qui nous fait mention qu'on est résolus à faire du français
la langue de l'État. Mais, dans les faits, ce n'est pas l'unilinguisme autour
de notre langue officielle qui s'est instauré dans l'administration publique,
mais un bilinguisme institutionnel. En 2019,
après des pressions politiques, au niveau du SFPQ, pour demander un portrait
des pratiques linguistiques de l'administration,
le Conseil supérieur de la langue française a publié une étude qui a révélé que
34 % des ministères et organismes de l'administration n'avaient
toujours pas procédé à l'adoption d'une politique linguistique. Bref, pas de
directive claire pour les pratiques linguistiques.
L'étude du Conseil supérieur de la langue
française et notre étude, notre propre étude au niveau du SFPQ, ont également
révélé que les ministères n'avaient soit pas de politique, soit qu'elle n'était
pas appliquée, et même que les employés n'étaient pas ou peu au courant du fait
français et de la pratique qui devait être instaurée à travers chaque ministère
et organisme.
Il existe aussi des problèmes avec les exigences
linguistiques autour des embauches et des promotions au sein même de l'appareil
public. Trop souvent, la connaissance de l'anglais est nécessaire pour obtenir
une promotion pour nos membres. Ça devient un frein à ces gens-là, alors que,
dans les faits, il n'est pas nécessaire d'avoir une connaissance de l'anglais à
un tel niveau. En juin, les résultats d'une vérification ponctuelle de la
Commission de la fonction publique l'ont clairement démontré. Les
recommandations portaient sur la nécessité d'exiger l'utilisation de l'anglais,
mais n'avaient pas cette prétention-là dans les faits. Dans l'enquête du SFPQ,
18 % des gens questionnés ont répondu que les promotions liées à leur
emploi étaient réservées aux personnes bilingues, alors que l'intention ne devait pas y être. Être unilingue francophone ne
devrait pourtant pas être pris comme un handicap pour une progression de
carrière dans notre fonction publique.
Comment nous accueillons maintenant le projet de
loi n° 96 au niveau de l'exemplarité de l'État? À
première vue, le projet de loi n° 96 semble enfin
faire la part belle à l'exemplarité de l'État en matière d'utilisation du
français, mais il y a une faille majeure, et on y reviendra un petit peu plus
tard. Dans les notes explicatives du projet de loi, on dit : «donne ainsi à l'administration le devoir d'utiliser le
français de façon exemplaire et exclusive, sous réserve de certaines exceptions», et c'est là que, pour nous, il y a un
problème. Toutefois, le SFPQ recommande d'adopter les dispositions du
projet de loi pour jeter les bases de l'utilisation exclusive du français dans
l'administration, tant à l'oral qu'à l'écrit, dans un périmètre un peu élargi
de l'administration, et également pour les services publics et les
sous-traitants.
Afin que l'unilinguisme en français prenne forme
et soit soutenu par des institutions, le SFPQ recommande d'adopter les
dispositions du projet de loi pour l'instauration d'une politique linguistique
de l'État, pour la création d'un ministère
de la langue française, pour la création d'un poste de commissaire à la langue
française, pour accroître le champ d'action de l'Office québécois de la
langue française à la mise en oeuvre des programmes de conformité de
l'administration.
Le SFPQ recommande également d'adopter les
dispositions pour l'utilisation exclusive du français par le personnel de l'administration dans leurs
communications au sein de l'État, pour la reddition de comptes obligatoire des
organismes de l'administration pour qu'ils dénombrent le nombre de postes où la
connaissance d'une autre langue est attendue, pour favoriser les possibilités
de recours, pour tous les travailleurs et travailleuses du Québec, contre les
exigences linguistiques indues de la part de leur employeur.
Le SFPQ est également favorable à certaines
exceptions légitimes à l'unilinguisme français de l'État, entre autres, pour
les autochtones, en établissant, au sein de l'État, un service d'interprétariat
pour les langues autochtones dans les services publics de l'administration, pour
les ayants droit à l'enseignement en anglais, pour les nouvelles personnes
arrivantes, en allongeant le sursis prévu à deux ans, plutôt que six mois, et
en établissant au sein de l'État un service
d'interprétariat de plusieurs langues pour faciliter leur accès aux services
publics et leur intégration dans la société québécoise, finalement, en matière
de santé et sécurité publique, et pour faciliter les relations internationales
également.
Là où le bât blesse et où que nous pensons que
le projet de loi pourrait faire du surplace pendant plusieurs décennies, c'est
avec le deuxième alinéa de l'article 22.2, qui se veut une faille béante dans
l'exemplarité de l'État. Le projet de loi n° 96 prévoit toutefois de créer un autre statut d'ayants droit pour une multitude
de personnes qui ne font pas
partie
des ayants droit à l'enseignement en anglais, communautés historiques
anglophones, des peuples autochtones ou des nouveaux arrivants, et qui
pourraient réclamer des services gouvernementaux en anglais toute leur vie avec
tous les organismes publics avec lesquels
ils ont déjà correspondu en anglais. C'est le SFPQ qui a vu en premier cette
problématique dans le projet de loi.
Et, autrement dit, pour une personne établie au
Québec depuis 10 ans, elle pourrait avoir communiqué en anglais avec un
maximum de ministères et d'organismes publics, et ça lui donnerait le droit à
un laissez-passer pour une vaste palette de services gouvernementaux en anglais
aussi longtemps qu'elle le souhaiterait.
Malgré les effets d'annonce autour du projet
de
loi sur l'exemplarité de l'État, cette clause d'antériorité viendrait donc,
dans les faits et pour l'essentiel, cimenter le bilinguisme de l'État québécois
pour des décennies.
Le recours
aux services gouvernementaux en anglais est une pratique très répandue au Québec.
À
titre comparatif, selon les dernières statistiques, 7,5 % de la
population du Québec avait l'anglais comme langue maternelle, tandis que 10,4 % des
élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire étaient admissible à
l'enseignement en anglais. En réponse à notre demande d'accès pour
connaître les conséquences possibles de 22.2, Retraite Québec nous a indiqué que la proportion des citoyens qui ont l'anglais
comme langue de correspondance est de 15,4 %; à la RAMQ, 30,2 %.
En plus, en s'appliquant indépendamment d'un
organisme à l'autre, on viendrait créer une hydre où certains organismes
devraient gérer des cas d'autorisation aux services en anglais qui ne seraient
pas les mêmes que dans d'autres organismes.
Un beau fouillis au niveau gouvernemental de même que pour les citoyens qui
auraient des droits dans certains ministères, mais pas dans d'autres.
Prenons l'exemple d'une personne qui arrive, Régie de l'assurance maladie du Québec, elle a communiqué en anglais,
elle a un droit. Plus tard, elle arrive à sa pension, mais la Régie des rentes n'a jamais communiqué avec elle, donc elle
serait due pour être servie en français dans cet autre ministère. Pour nous,
c'est incompatible.
Devant les difficultés d'application sur le
droit du deuxième alinéa s'étendant d'un organisme à l'autre par des registres
communs ou de toute autre manière, on irait même jusqu'à accroître
l'anglicisation de l'administration publique.
Nous proposons donc d'amender le projet de loi pour retirer la clause
d'antériorité ou de restreindre sa portée. Nous ne faisons pas juste que
critiquer, nous avons des solutions.
Il pourrait y avoir une clause de temporisation
de trois ans avant de passer aux services en français. Il pourrait également y
avoir une exception pour les personnes âgées. Pendant ces trois ans, on
pourrait faciliter l'accès de ces personnes à des programmes de francisation, à
des services d'interprétariat dans plusieurs autres langues que l'anglais, à
des modalités de procuration auprès d'un ou des mandataires. Ainsi, pour
faciliter leurs communications avec les services publics, nous aurions
différentes solutions. De meilleures avenues sont possibles que de simplement
reconduire pour des décennies les erreurs du passé. Cet amendement au projet de
loi est absolument essentiel si l'on veut mettre en oeuvre sérieusement
l'exemplarité de l'État par ce projet de loi.
Après l'entrée en vigueur de la loi, il faudra
également s'assurer que le ministère de la Langue française consulte le SFPQ avant d'approuver les directives
soumises par les ministères et organismes pour établir dans quelles
circonstances ils peuvent déroger à l'unilinguisme du français. Il faudra
également s'assurer que l'ensemble des employés
soient adéquatement informés quant à la portée des différents articles du projet de loi. Enfin, si on veut donner un véritable coup de barre et qu'on veut démontrer notre sérieux avec ce
projet de loi, il faut adopter ces principes, sauf l'article 22.2 qui
doit être remanié. Sur ce, je vous remercie de votre attention et de votre
écoute.
Thériault : Merci, M.
Daigle. Donc, sans plus tarder nous allons passer au premier bloc d'échange
avec M. le ministre. La parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la
Présidente. M. Daigle, M. Saucier, merci d'être présents en commission
parlementaire, et je tiens à souligner la qualité du mémoire du SFPQ et aussi,
au fil des années, votre cohérence en faveur de la défense de la langue
française. Je crois que, comme employés de l'État, à juste titre, vous avez, au
fil des années, été cohérents avec vos positions et démontré l'importance,
également, pour l'État québécois aussi d'être un vecteur, un, de préservation, de protection de la langue, mais également
de promotion. Alors, pour ça, je tiens à souligner la qualité de votre
travail et vous féliciter également pour le mémoire.
Vous l'avez abordé un peu au début de votre
intervention, en termes de bilinguisme institutionnel, donc, bon, il y a eu
l'étude du Conseil supérieur de la langue française qui est sortie en... je
pense, septembre, octobre 2019, quand j'arrivais comme ministre de la Langue
française. Vous avez réalisé un sondage auprès de vos membres. Ce qui ressort beaucoup de ça, c'est que, bon, la
politique linguistique, elle n'est pas connue, elle n'est pas appliquée, les
employés de l'État ne sont pas au courant, les gestionnaires ne font pas de
suivi par rapport à ça. Dans le fond, c'est un peu laissé à la va-comme-je-te-
pousse au sein de l'État québécois.
On se retrouve dans des situations également où
c'est les employés de l'État qui sont un peu les arbitres de quand est-ce que
j'utilise le français ou quand est-ce que j'utilise une autre loi. Il y a eu
une approche au sein de l'État, je pense que vous décrivez, qui est très... une
approche client. Donc, les gestionnaires disent : Bien, c'est une
clientèle, donc vous utilisez la langue de la clientèle sans se soucier de la
politique linguistique, tout ça.
Je voudrais qu'on revienne, là, sur ce bilan-là,
là, parce que moi, c'est quelque chose qui me préoccupe grandement, puis c'est pour ça que je souhaite rendre l'État exemplaire.
Donc, votre constat, il est à l'effet qu'on doit agir.
Daigle (Christian) : Tout à fait. L'État est le plus gros employeur au
Québec. Nous devons être exemplaires, nous sommes même la
porte d'entrée pour toute personne qui arrive de l'extérieur aussi. Donc,
l'exemplarité de l'État est nécessaire dans ces circonstances-là, et nos gens
sont trop souvent laissés à eux-mêmes. Vous l'avez dit, M. le ministre, c'est
les gens souvent qui doivent se dire : Bien, est-ce que j'applique, je
n'applique pas, comment est-ce que ça
fonctionne, même lorsqu'il y a des politiques qui sont claires, même au niveau
de la Régie de l'assurance maladie du Québec, où est-ce qu'on disait
qu'on allait garder un statut langue deux, langue anglophone pour un certain
temps, et qu'on devait changer par la suite. Dans les faits, la personne ne
change jamais son statut de langue.
Alors, pour nous, on n'a pas le
choix d'être exemplaires et d'aller vraiment au maximum de ce qu'on peut
faire et de ce qu'on doit faire. Nous sommes l'unicité francophone en Amérique
du Nord, et on doit le demeurer. Et, pour ça, on doit se donner des moyens qui
sont clairs pour nous là-dessus. Il faut que les gens soient au courant.
Souvent, comme vous le disiez également, c'est
selon la volonté, des fois, du ministre, ou du ministère plutôt, ou des employeurs, des gestionnaires, à
savoir est-ce qu'on va informer les employés des politiques
linguistiques qu'il peut y avoir. Pour nous, on ne peut pas continuer
comme ça. Nos gens ne sont pas des personnes qui sont décisionnelles. C'est des
gens qui sont là pour exécuter. Puis ce n'est pas péjoratif, ce que je dis.
C'est des personnes qui ont à exécuter des tâches, qui le
font très bien. Mais, pour ça, ça prend d'avoir des directives qui sont
claires... qui sont claires également.
Alors, ce qu'on
espère avec le projet de loi, c'est une mise en oeuvre de la part du gouvernement
à travers tous les ministères et organismes pour que ce soit connu et qu'on
applique cette exemplarité-là du français dans les services publics.
M. Jolin-Barrette :
Et c'est l'objectif. C'est pour ça qu'on amène une politique linguistique de l'État
qui va être développée par le ministère de la langue française et qui va être
appliquée à l'ensemble des ministères et des organismes. Alors, je crois
comprendre de votre mémoire que vous êtes en accord avec la politique
linguistique, le fait qu'il y ait un ministère de la langue française, le fait qu'il
y ait un commissaire à la langue française. Vous êtes en accord également avec
le renforcement de l'article 46 également dans la Charte de la langue
française, mais vous avez un bémol, puis vous l'avez exprimé tout à l'heure, relativement
aux dispositions sur la clause d'antériorité qu'on est venu insérer.
J'aimerais ça qu'on
ait une discussion plus approfondie sur ce volet-là, parce qu'actuellement
quelqu'un qui appelle au sein du gouvernement du Québec peut théoriquement se
faire servir dans une autre langue que le français. Il n'y a pas vraiment de balise. Bah! Il y a une politique linguistique
gouvernementale, mais, des fois, elle n'est même pas là. Nous-mêmes, au sein du ministère de la Justice, on est en train
de la réviser parce qu'il y a des lacunes également. Parlez-nous de cet
élément-là, parce que l'objectif est de faire en sorte que l'État soit
exemplaire, mais de faire aussi en sorte de pouvoir préserver les droits de la
communauté anglophone, des ayants droit. Alors, explicitez-nous ça, là, votre
bémol-là, sur le projet... la proposition de projet que nous avons.
M. Daigle
(Christian) : C'est que l'article 22, le deuxième alinéa
de 22.2 ne s'adresse pas à ces groupes-là qui ont droit d'être servis en
anglais, qui ont historiquement un droit qui est prévu. Ça s'adresse aux
personnes, les nouveaux arrivants qui arrivent au Québec et qui, de par la
nature et de par, souvent, l'approche client que nous, nous dénonçons... même
la nature même de ces termes-là, ce n'est pas une approche client. Si je suis
un client, c'est que j'ai le choix d'aller à un endroit ou à un autre.
Excusez-moi de diverger un petit peu, là, mais j'ai le droit d'aller à un
endroit ou à un autre pour aller me faire servir. Je peux aller dans un garage,
je peux aller dans un autre garage. Je vais
être un client pour eux autres. Je peux aller à une compagnie d'assurance ou
une autre compagnie d'assurance.
Au niveau des
services gouvernementaux, nous servons tous les citoyens. Nous sommes la seule
porte d'entrée. Donc, ce n'est pas des clients qu'on sert, c'est des citoyens.
On a adopté l'approche client pour des raisons de justifier la numérisation ou
le décomptage du nombre de dossiers traités. Alors, pour nous, ce qu'on doit
faire, c'est de traiter avec des citoyens. Ces citoyens-là sur lesquels on a
donné un droit d'être servi en anglais à travers les années sont des personnes
qui arrivent au Québec, qui, souvent, l'anglais ou le français ne sont même pas
leur langue de départ, et on les met en
anglais pour faciliter la chose. Alors, ces gens-là devraient avoir eu des
cours de francisation qui, malheureusement, se sont perdus avec le
temps, qu'on devrait réinstaurer. Ces gens-là auraient dû s'intégrer à la société
québécoise car, en venant ici, ils savaient que c'était une société qui était francophone.
Donc, ce qu'on veut, nous, c'est ramener ce droit-là et ce service-là en français
qui doit se faire, parce que les gens sont... doivent, à ce moment-là dans
certains endroits, être servis dans la langue également quand on arrive.
Je viens du ministère
de l'Aide sociale, plus particulièrement du centre du recouvrement, et,
lorsqu'on avait des gens qui parlaient russe, qui parlaient espagnol, moi-même,
je parlais en anglais, bien, on donnait des dossiers dans ces langues-là, alors
que ce n'est pas ça qui est prévu présentement, ce n'est pas ça qui devrait se
faire. Mais, pour faciliter le travail, pour avoir une approche plus proche de
ces gens-là, bien, on demandait aux gens d'utiliser la langue. J'avais un...
excusez-moi l'anglicisme, ça fait bizarre... un «caseload», j'avais un
inventaire d'environ 3 000 à
5 000 dossiers uniquement en anglais. Je travaillais 100 % du temps en anglais. Le seul temps que je
parlais français, c'était pendant mes pauses ou l'heure du dîner. Ce
n'est pas normal, selon moi, parce que ces gens-là ne sont pas des gens qui
étaient historiquement avec un droit. C'est ça, la différence.
Jolin-Barrette : M. Saucier, allez-y.
Saucier (Louis-Joseph) :
Puis, en complétant ce que dit notre cher président du SFPQ, là où le bât
blesse, avec, justement, l'exception telle qu'elle est tournée, avec le
deuxième alinéa de 22.2, c'est que ce ne serait pas un nouveau statut d'ayant
droit pour les ayants droit en enseignement anglais, pour lesquels on est déjà
favorables à l'extension de leurs droits à celui des services gouvernementaux
de façon plus large. Ce ne serait pas non plus un droit pour les nouveaux
arrivants, alors qu'il y a déjà une disposition qui le prévoit, puis d'ailleurs
où on propose même d'allonger le sursis à deux ans et de l'accompagner par des
services d'interprétariat dans d'autres langues, d'ailleurs, que l'anglais. Ce ne serait pas non plus des gens qui
peuvent bénéficier de l'exception en tant qu'autochtone, là où d'ailleurs aussi on propose d'ajouter des
modalités de services d'interprétariat, d'instaurer un service d'interprétariat
au gouvernement du Québec dans des langues autochtones.
Non, ce serait pour
reconduire, toute la vie durant, à un droit, un autre statut d'ayant droit aux
services en anglais, ce qui correspondrait un peu à reconduire, malheureusement,
les erreurs du passé que de s'être confiné aux services en anglais dès que
c'était un peu difficile d'offrir des services en français, alors que nous, on
n'arrive pas les mains vides, on a des propositions qui sont plus porteuses en
ce sens-là.
Jolin-Barrette : J'ai deux
questions, avant de céder la parole à mes collègues, particulièrement sur ce
point-là. Vous nous dites, pour les nouveaux arrivants... Actuellement,
ce qu'on a prévu dans le projet de loi pour l'accueil, c'est une période transitoire de six mois où
l'État pourrait accueillir dans une autre langue que le français. Donc, ça ne
veut pas nécessairement dire en anglais, ça veut dire... ça peut être en
mandarin, ça peut être en portugais. Mais tout le monde nous dit :
Assurez-vous, dès le départ, de bien intégrer en français les personnes
immigrantes.
Alors, le fait
d'étendre de six mois à deux ans, comme vous le proposez, ce n'est
pas un peu contradictoire sur l'intégration
des personnes immigrantes, si déjà l'État continue de communiquer pour une
période de deux ans, ce qui est quand même assez long, dans une
autre langue que le français?
M. Saucier
(Louis-Joseph) : Sous cet aspect-là, ce qu'on dit, c'est... Quand on
dit six mois, c'est à partir du moment où est-ce que la personne arrive au Québec.
Le temps de s'établir, le temps de se trouver un travail, le temps de prendre
des cours de francisation, en dedans de six mois, je trouve que c'est très
rapide pour s'intégrer à une nouvelle société. Souvent, les gens vont venir
d'un endroit peut-être qui n'est pas comparable à l'ensemble de la société québécoise.
Donc, il faut s'acclimater également un peu à l'environnement et à la culture
aussi. C'est pour ça que nous, on prévoyait qu'un deux ans serait une bonne
transition à ce moment-ci.
Jolin-Barrette : Juste une sous-question là-dessus, dans les autres
États dans le monde, là, qui reçoivent de
l'immigration, là, c'est plutôt rare qu'on va parler dans la langue... dans une
langue autre aux personnes immigrantes, alors qu'ils intègrent un État
national?
M. Saucier
(Louis-Joseph) : C'est possible. On n'a pas fait d'études à ce
niveau-là, mais nous, ce qu'on pense, c'est
que ça va permettre aux gens de se sentir peut-être mieux accueillis à ce
moment-là. Donc, on espère pouvoir, justement, aider un petit plus loin,
puis je vais laisser mon collègue peut-être compléter rapidement sur la
réponse.
Daigle (Christian) : Puis sur le fait que l'État puisse
s'adresser dans d'autres langues que la langue officielle, effectivement, ce sont des exceptions. Mais nous, le SFPQ,
on s'est montrés favorables à plusieurs exceptions puis on propose même
des modalités pour que ce soit plus riche, mais que ça ne tombe pas nécessairement...
ou que ça ne tombe pas que dans l'ornière de l'anglicisation étatique. Mais, par
contre, autant où, oui, on est favorables à certaines
exceptions, autant on croit que 22.2, deuxième alinéa, devrait être amendé
pour ne pas reconduire, par contre,
une anglicisation de l'administration pour des décennies à venir tout en
mettant en oeuvre ce qui pourrait être un aménagement
linguistique tout à
fait exemplaire, qu'on souhaiterait
voir dans d'autres provinces et dans d'autres États.
Jolin-Barrette : Dernière question rapide avant de céder la parole.
Vous, justement, sur 22.2, vous dites : Bien, écoutez, ça devrait être une
clause d'antériorité qui prend fin après trois ans, donc une disposition
transitoire, une crépusculaire trois ans et ça prend fin, et une exception pour
les personnes âgées. Je voudrais vous demander : qu'est-ce qu'une personne
âgée? Parce que moi, ma fille de quatre ans, elle trouve que je suis âgé. Donc,
c'est quoi, une personne âgée?
M. Daigle
(Christian) : On ne veut pas vous dire aujourd'hui que c'est
65 ans, c'est 70 ans. Ça, à partir du moment où est-ce que vous
accepterez de modifier 22.2, on pourra en rejaser, si vous le souhaitez. Parce
qu'on sait qu'à 65 ans il y a des gens qui sont encore très actifs. Il y a
des gens qui prennent leur retraite puis qui retournent aux études. Il y a des
gens qui, à 75 ans, sont encore très actifs également. Pour nous, c'est de
dire : Les gens qui ont atteint un certain âge, mais, tu sais, qu'on voit
que c'est plus difficile, bien, on pourrait, à ce moment-là, avoir une
bienveillance pour ces personnes-là.
On ne voulait pas les
laisser avec une clause de trois ans et ne plus avoir rien après, donc, que ces
gens-là vivent une certaine insécurité à l'aube d'une période où est-ce que
c'est la vieillesse qui avance un petit peu plus... un peu plus vite. Donc, on
n'a pas voulu statuer sur l'âge à ce moment-là. Et ça, on laisse... On pourra
en discuter, si vous le souhaitez, puis on va être très ouverts, à ce
moment-là, à regarder les possibilités là-dedans. Mais ce qu'on voulait, c'est
de permettre à tout le monde d'être quand même... d'avoir un suivi quand même
décent parce qu'elles ont été servies en anglais pendant la majeure
partie de
leur vie, malheureusement. Mais cette fois-ci, on ne veut pas juste non plus
couper les ponts. On veut quand même avoir un degré de suivi quand même avec
ces gens-là.
M. Jolin-Barrette :
Je vous remercie.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. M. le député de Saint-Jean,
vous avez un peu moins de quatre minutes pour faire votre intervention.
M. Lemieux :
Merci. Oui, merci beaucoup, Mme la Présidente. MM. Daigle et Saucier,
bonjour. Ce n'est pas le festival de la flagornerie, là, mais le ministre vous
a félicité sur votre mémoire, sur le fond. Permettez-moi de vous féliciter sur la forme, parce que vous avez
fait quelque chose dans la présentation qui m'a gardé, pas malheureusement,
mais qui m'a forcé à rester jusqu'à la fin avec votre titre, Pour
l'exemplarité de l'État. À une clause près d'une nette avancée .
22.2, deuxième alinéa, arrive à la 26e page. Je l'ai lu, votre mémoire, au
moins jusque-là, parce qu'effectivement c'est une question passionnante
et surtout rendu où on est dans la conversation avec le ministre. Mais juste
avant d'aller sur le fond, «une nette
avancée»... «Avancée», c'est vraiment un mot clé ici, dans les consultations
sur le projet de loi n° 96. Le gouvernement parle de modéré,
plusieurs arrivent en parlant d'avancée. Personne ne parle de recul ou, en tout
cas, très peu, là. Alors, ça, c'est la bonne nouvelle.
que j'entends dans ce que vous dites au sujet de 22.2, alinéa deux, c'est que,
pour vous, c'est comme une clause grand-père pour un statut particulier pour
une certaine... Là, il ne faut pas que j'utilise le mot «clientèle», là, parce
que ça ne fait pas
partie de ça. La clause de temporisation, expliquez-moi ça.
Ça fonctionnerait comment?
M. Daigle
(Christian) : Bien, ce trois ans-là serait un trois ans
d'encadrement. Ces gens-là n'ont vraiment probablement
jamais suivi de cours de francisation.
Ils sont arrivés, ils se sont fait offrir des services en anglais, malheureusement, et ça a perduré à travers le temps. Donc, ces gens n'ont pas eu besoin
d'aller plus loin, peut-être, dans leur apprentissage du français.
Alors,
ce qu'on demande, justement, c'est d'avoir un accompagnement pour ces gens-là
avec des cours de francisation durant ces trois années-là, d'avoir droit
également aussi peut-être à, comme on disait tantôt, un groupe, mettons, ou à un service d'interprétariat, si jamais
c'est une autre langue que l'anglais qui est leur maternelle, pour les aider
à naviguer à travers tous ces services
publics là. Parce qu'on comprend que différents ministères,
différents services avec différents intervenants, c'est plus difficile,
parfois.
M. Lemieux :
Je reviens... Malheureusement, c'est ce qui m'intéressait. Alors, même si vous
en avez discuté avec le ministre,
je reviens sur le six mois, deux ans, parce
que je voudrais introduire là-dedans,
dans la réflexion, la
partie de services d'interprétation. Ça, c'est quelque
chose, si je le comprends bien, qui vous déçoit, dans la mesure où on est tombé
par défaut vers l'anglais, parce que c'était une langue commune du nouvel
arrivant et que... Puis là on ne parle pas des ayants droit, là, on parle des
nouveaux Québécois.
service d'interprétation, est-ce que c'est trop ambitieux de se dire qu'on va réussir
à parler dans la langue de ce nouvel
arrivant dans la plupart des cas ou dans la majorité des cas? Est-ce que
ça, ça ne serait pas une avancée de plus?
M. Daigle (Christian) : Nous, on pense que oui, c'est quelque chose de super intéressant puis qui est vraiment une plus-value pour
l'ensemble de la société québécoise. Déjà, au lieu que les gens se tournent vers
l'anglais en arrivant, parce que c'est une langue qui est souvent plus
facile à apprendre pour un nouvel arrivant qui ne maîtrise ni le français, ni
l'anglais, bien, à ce moment-là, avec un service d'interprétariat, elle aurait
un service dans sa langue. De plus, retombée également positive, c'est qu'on
vient offrir un emploi à des gens qui ont la maîtrise de cette langue-là, qui
vont souvent faire
partie de ces communautés-là et qui vont pouvoir aider leurs
concitoyens. On va pouvoir les intégrer à travers la fonction publique québécoise
également, où elles pourront, par la suite, avoir des promotions, avoir un
changement puis elles pourront découvrir l'administration publique, qui souvent
fait défaut dans l'administration publique. On a peu de gens de différents...
Lemieux : Vous parlez à un
gars qui a travaillé longtemps à Radio-Canada, où il y avait un Radio-Canada
International qui est devenu une peau de
chagrin, qu'on ne sait même plus où il se trouve dans la bâtisse. Là, je
comprends l'idée. Sans devenir une tour de Babel, est-ce que,
réalistement, sans investir la moitié de notre budget là-dessus, on est
capable, avec le monde qu'on a puis le monde qu'on aurait, est-ce qu'on est
capable d'aller vers là?
M. Daigle (Christian) : Ah mon Dieu! oui. Les gens, les jeunes d'aujourd'hui maîtrisent deux langues, trois langues assez facilement. On est
capables. Pour la jeune génération, je pense, qui parle une autre langue à la
maison et qui parle le français à l'école, ou qui se sont développés en
français, on est capables facilement de mettre ça en place avec une... quelques
dizaines de personnes.
M. Lemieux :
...on peut vous dire merci.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci pour votre réponse. Je dois mettre fin à l'échange.
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, pour votre
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