CAT — 28 November 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CAT 2023-11-28
Quebec — Committees
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à tous. À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, ayant quorum, je déclare la Commission
de l'aménagement du territoire ouverte.
La commission
est réunie aujourd'hui afin de poursuivre les études détaillées du projet de
loi n° 31, Loi modifiant
diverses dispositions législatives en matière d'habitation.
Est-ce que nous avons des remplaçants, M. le
secrétaire?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Dionne (Rivière-du-Loup—Témiscouata) est remplacée par M. Thouin
(Rousseau); M. Rivest (Côte-du-Sud) est remplacé par Mme Gendron
(Châteauguay); et M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Prass
(D'Arcy-McGee).
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, lors de l'ajournement de
nos travaux, jeudi dernier, le
2 novembre, nous étions à l'article n° 7 dans le thème 5,
alors, accorder une latitude aux locateurs dans le choix de leurs
locataires lors d'une cession de bail.
Alors, nous poursuivons les échanges. Est-ce
qu'il y avait des interventions sur le sujet? Madame... Bonjour. Mme la députée
de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Je ne m'étais pas encore exprimée sur cet article-là, alors je
souhaite le faire. Dans un contexte de
pénurie de logements, ça ne nous apparaît pas être le bon moment de faire
une... de faire des changements,
soit... Par contre, je vous mentionne que je comprends parfaitement le, comment
je pourrais dire, le raisonnement de la
partie ministérielle par rapport
à cet amendement-là. Il y a définitivement un enjeu actuellement où des
propriétaires... Il y a comme un enjeu, quand il y a une marchandisation, par
exemple, de la cession de bail sur le dos
des propriétaires. Ça, c'est inacceptable, il n'y a aucun doute là-dessus. Et,
d'ailleurs, je crois, là, si je ne me trompe pas, qu'on a déjà déposé un
amendement à cet effet-là pour l'interdire, la marchandisation de la
sous-location ou de la cession de bail.
Par contre, il y a une réalité actuellement, que
les taux d'inoccupation sont tellement bas, ils sont même, à certains endroits,
à 0 %, fait en sorte qu'actuellement les propriétaires ont une... disons,
ont le gros bout du bâton, on peut dire, dans les négociations. Et là je vais vous
lire certains articles, là, qui sont parus dans les derniers mois, juste pour
faire part un peu, là... je pense que ça résume bien la situation. On voit
d'abord qu'il y a des villes, dans les taux les plus bas au Québec, on voit que
c'est là aussi qu'il y a des hausses, les hausses de loyer les plus
substantielles. Il y avait... C'était dans La Presse , où on
voyait des taux, des exemples de villes qu'on ne pense pas nécessairement, mais
Saint-Hyacinthe, 12 % d'augmentation du loyer; Val-d'Or, 10,5 %,
c'est en une année, là, c'est quand même beaucoup, Salaberry-de-Valleyfield,
ça, ce n'est pas très loin de Montréal, 9,5 %. Et là des villes comme
Roberval, Marieville, qui sont à 0 %; Roberval, 6,5 % d'augmentation
du loyer. Ça, c'était 2022, des chiffres 2022. 2023, c'est sûr que c'est
encore plus élevé que ça, ces chiffres-là. Puis les taux d'inoccupation n'ont
pas monté du tout dans ces villes-là, ils sont encore... Bien, en fait, ils
étaient, dans certains cas, à 0 %, là, je veux dire, c'est sûr qu'ils sont
encore plus... Le marché est encore plus difficile.
Alors, ce qu'on constate, c'est ce que je vous
mentionnais, c'est qu'il y a des hausses de loyer quand même substantielles
dans ces endroits-là. Ce que je vous ai donné, c'est des hausses de loyer
moyen. Il y a évidemment des loyers qui sont protégés par... s'ils sont dans
des coopératives, s'ils font
partie de HLM, etc., mais on parle, de façon
générale, les hausses de loyer, c'est quand même substantiel, quand on parle de
10 %, c'est majeur.
Et, d'ailleurs, on le mentionne, là, que,
souvent, bien, c'est à ce moment-là, lorsqu'il y a un changement de locataire,
que le loyer, il augmente le plus, parce qu'actuellement, compte tenu de la
rareté, évidemment, mais il y a un jeu d'offre et de demande qui se fait, même
si c'est, quelque sorte, contrôlé, là, par le Tribunal administratif du
logement, normalement, ça devrait l'être, ça ne l'est pas tant que ça. Et on
voit, donc, des gens qui offrent plus pour pouvoir trouver un logement parce
qu'il y a une rareté immense de logements.
Puis il y a un exemple d'un citoyen qui a
annoncé sa cession de bail, qui, lui, a proposé sa cession de bail en
48 heures, il avait plus de 450 ménages. Et là il recevait des
messages, vraiment, de toutes sortes de personnes. Et un exemple : «Je
suis une mère monoparentale. J'ai deux enfants et un bon travail, mais je
n'arrive pas à payer ce qui se loue sur le marché.» Ça, c'est une réalité qu'on
vit malheureusement. Puis même, actuellement, là, j'étais sur la route tout à
l'heure, j'entendais des professeurs qui sont en grève et qui, parce qu'ils ont
des revenus diminués parce qu'ils sont en grève, mais qui n'arrivent pas à
payer non plus. Donc, ce qu'on voit, c'est que ça touche de plus en plus une
majorité de personnes d'avoir de la difficulté à payer son loyer.
Mais
là où c'est le plus inquiétant, c'est la discrimination qu'on voit. Et, comme
je disais, vu qu'il y a une énorme rareté, bien, lorsqu'il il y a des logements
vacants, bien, il y a un facteur, dans le fond, que les propriétaires peuvent
choisir, évidemment, ils peuvent choisir qui ils veulent avoir comme
locataires. Même si c'est interdit de faire
de la discrimination, la réalité c'est que ça se fait. Puis il y a plusieurs
exemples qui ont été rapportés. Delphine, une mère, ça, c'était dans
l'actualité, une mère de trois enfants âgés de sept à neuf ans, elle ne voulait
pas me donner son nom de famille, parce qu'elle a des craintes de ne pas
pouvoir se trouver un logement, elle est contrainte de rester dans un appartement trop petit. Elle dit qu'en
fait elle a tenté de trouver un logement plus grand, mais qu'à chaque fois
qu'elle prenait un rendez-vous pour visiter et qu'elle mentionnait qu'elle
avait des enfants, le rendez-vous s'annulait, et
elle n'a pas pu visiter un seul appartement. Et elle dit, elle estime que
plusieurs propriétaires ne souhaitent pas que des enfants habitent dans leur immeuble, même s'ils
mettent sur le marché des cinq et demie. Et là elle disait : «Je remarquais
que, dès qu'ils lisaient mon message où je
mentionnais avoir trois enfants, ils ne donnaient pas suite, et ces propos,
c'est carrément, je pense, de la discrimination.»
Il y a d'autres cas
qui ont été rapportés. Si je ne me trompe pas, c'était ici. Celle-là, c'est la
porte-parole du FRAPRU qui en faisait...
Véronique Laflamme, qui faisait état de cette situation-là : «Des
familles, encore une fois, qui se font
discriminer. Encore cette semaine, on a eu des appels de familles avec trois,
quatre enfants, des fois, des familles recomposées
qui, dès qu'elles mentionnent qu'elles ont quatre enfants, se font dire que le
logement n'est pas disponible.» Familles
recomposées, quatre enfants, ce n'est pas si rare que ça, c'est mon cas. On a
deux enfants chacun, mon conjoint et
moi, on a quatre enfants. Donc, si je n'avais pas la chance d'être
propriétaire, ce que je constate, c'est que j'aurais de la misère à
devenir locataire.
Donc,
bref, c'est un peu pour pallier à cette situation-là que des gens ont commencé
à faire des cessions de bail, puis ça a permis de, disons, de faire en
sorte de contrer cette discrimination-là. Ensuite, on dit que, normalement,
actuellement, la loi dit qu'on ne peut pas... le propriétaire ne peut pas
refuser pour un motif autre que sérieux, mais c'est
déjà, quand même, assez... c'est quand même déjà... Il y a quand même des
motifs importants. Là, on dit... La loi dit que si le propriétaire veut refuser la cession de bail, il peut
regarder la solvabilité de la personne, mais aussi le salaire du
locataire, sa cote de crédit et son comportement. Alors, il y a quand même des
éléments qui font en sorte qu'un propriétaire
peut refuser actuellement. Mais la discrimination n'est pas permise, et là, actuellement,
elle semble se faire, et ça, c'est un enjeu.
Alors, en temps
normal, si on était dans un taux d'équilibre, je vous dirais qu'on n'en
parlerait probablement même pas, on n'aurait
pas autant de débats sur la cession de bail. Mais, actuellement, compte tenu de
la situation, compte tenu de la
difficulté que les gens ont à trouver des logements et la discrimination qui
semble assez évidente, là, contre des
familles, mais aussi des personnes racisées qui le vivent davantage, qui ont
plus de difficultés à se trouver un loyer, bien, pour cette raison-là, je pense que ce n'est pas le bon moment de
faire ce changement-là, on pourra y revenir dans quelques années si des constructions massives se font et que le taux
d'équilibre revient. Mais, pour l'instant, en tout cas, moi, ça ne me
semble pas le bon moment.
Donc,
je voulais le préciser, et c'est pour ça, là, que je le dis d'emblée, là, moi,
je suis contre cet article-là du projet de loi. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Plaisir. D'autres interventions? Ça va? Oui, député de
Laurier-Dorion.
M. Fontecilla :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre. Bonjour, chers collègues.
Donc, sur la cession de bail toujours, un changement important qui vient
changer des façons de faire une législation depuis... qui existe depuis plus de
50 ans, on en a assez... On a abordé différents angles de cette
disposition-là, l'article 7 du PL n° 31,
et... mais je pense qu'on n'a pas tout à fait épuisé différents angles morts qui
ont été soulevés par quelques intervenants. Ce serait utile d'en discuter et
connaître la vision de la ministre.
Tout d'abord,
j'aimerais soulever un élément qui m'apparaît important, là, qui comporte un
aspect historique, là. Donc, la ministre
nous dit que, pour elle, c'est essentiel de permettre aux locateurs de choisir
la personne qui va vivre sur leur tête. Donc, tout d'abord, je l'ai déjà
affirmé, c'est une vision un peu idyllique. La plupart des locataires ne vivent pas sur... n'ont pas un logement sur la
tête des propriétaires. C'est même le contraire, on en rencontre beaucoup, de
propriétaires de beaucoup, beaucoup de portes d'unité de logement, et qui ne
restent même pas dans le bâtiment où leur locataire vit. Donc, premier élément,
Mais, de toute
évidence, la ministre, à la recherche d'une situation d'équilibre, elle a
écouté certaines associations de propriétaires pour qui la cession de bail
était une atteinte au droit à la propriété. On y reviendra plus en détail, là. Mais, si on se rappelle, M. le
Président, et ça a été explicité à plusieurs reprises, la cession de bail telle
qu'on la connaît maintenant a été
introduite suite à la proposition des associations de locateurs, de
propriétaires, au début des années 1970 à 1973 plus particulièrement.
Elle a été fixée sous sa forme actuelle en 1993, vous pourrez me corriger au besoin. Donc, c'est les propriétaires, c'est
les associations de locateurs qui ont proposé au législateur d'introduire la cession
de bail, là, parce qu'à l'époque on rencontrait une situation particulière. La
cession de bail était, aux yeux des associations de locateurs, comme un moyen
de pallier à une situation qui était à leur détriment.
Donc, dans un
contexte de taux d'occupation beaucoup plus élevé... d'inoccupation, pardon,
beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui, les
associations de locateurs considéraient que la cession de bail était de nature
à leur garantir... c'est-à-dire permettre que le locataire cède son
bail, ça leur permettait de compter sur un loyer stable et mensuel. Évidemment,
le contexte change et aujourd'hui, ce n'est plus le cas, on a un taux
d'inoccupation extrêmement bas partout au
Québec, là. Et, encore une fois, le législateur, très à l'écoute des
revendications des associations de locateurs, acquiesce à cette