Health and Social Services — 11 May 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2016-05-11
Quebec — Committees
(Onze heures quarante minutes)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des services sociaux
ouverte. Je demande à toutes les personnes présentes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de vos téléphones cellulaires.
La commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 92, Loi visant à
accroître les pouvoirs de la Régie de l'assurance maladie du Québec et
modifiant diverses dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Aucun, M. le
Président.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, aujourd'hui, nous recevons l'Association canadienne du
médicament générique et l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec.
Alors, d'entrée de jeu, je salue le représentant de l'Association canadienne du médicament
générique. Je vous précise que vous
disposez d'une période de 10 minutes de présentation, par la suite vous
aurez l'occasion d'échanger avec les parlementaires. Peut-être, pour les fins d'enregistrement, je vous
demande, s'il vous plaît, de préciser votre nom et vos fonctions.
Et, sans plus tarder, la parole est à vous.
M. Charron
(Daniel) : Merci, M. le Président. Je suis Daniel Charron, directeur pour le Québec
de l'Association canadienne du médicament générique.
M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour, et merci de
recevoir l'Association canadienne du médicament générique et de lui
donner la possibilité, l'occasion de prendre la parole aujourd'hui. Ma
présentation s'inspire largement du mémoire qui avait été transmis au secrétariat
de la commission en début de semaine.
Notre
association représente les plus importants fabricants de médicaments génériques auprès de
tous les paliers de gouvernement au Canada, y compris auprès de l'Alliance pancanadienne
pharmaceutique. Au Québec seulement, notre industrie
représente aujourd'hui plus de 4 000 emplois
directs, auxquels s'ajoutent des milliers d'emplois indirects. Nos membres innovent, exportent. Lorsque la ministre
de l'Économie, des Sciences et de la Technologie ou encore Investissement
Québec parlent de soutenir en priorité les
manufacturiers innovants qui exportent, bien, je pense que nos membres sont les
entreprises qui représentent l'exemple le plus évident de ces entreprises qu'on
veut encourager à se développer ici, à grandir et à développer les marchés
mondiaux.
Notre industrie joue aussi un rôle indispensable
pour le système de santé québécois en offrant un accès et des solutions de rechange sûres, efficaces et
éprouvées aux médicaments de marque, beaucoup plus coûteux. Après avoir accusé
un retard important, le Québec a effectué un
rattrapage remarquable au cours des dernières années. Aujourd'hui, 70 %
des ordonnances sont servies avec des
médicaments génériques, et pourtant ils ne représentent que 22 % des coûts
en médicaments.
fabricants de médicaments, vous le savez, oeuvrent dans un environnement
extrêmement contrôlé, tant sur les
plans du développement de produits que des autorisations pour la
commercialisation, que de la production, que des pratiques commerciales.
Devant la complexité de l'environnement et face aux sensibilités liées aux
activités et aux produits que nous
fabriquons et vendons, l'industrie du médicament générique encourage
l'établissement de règles et de contrôles de conformité transparents
ainsi que leur application rigoureuse partout au Canada.
C'est dans
cet état d'esprit qu'en 2009 l'ACMG a mis en place le Code des pratiques
marketing régissant la vente de
médicaments génériques au Canada, conformément à la Politique du médicament du
Québec. Cela nous permet en plus
d'informer et de former sur base annuelle les équipes commerciales des
fabricants de médicaments génériques qui vendent leurs produits ici. Tous les membres de l'ACMG et plusieurs
autres fabricants de médicaments génériques se sont engagés à respecter
ce code, qui fait
partie des outils de référence des représentants du secteur.
À plusieurs autres occasions, notamment dans le
cadre des discussions récentes sur le déplafonnement des allocations
professionnelles versées par les fabricants de médicaments génériques aux
pharmaciens propriétaires du Québec, l'ACMG
a plaidé publiquement et à maintes reprises pour le maintien par le
gouvernement d'un cadre stable, transparent et clair des pratiques
autorisées ainsi que de mesures de contrôle appropriées. Nous croyons que c'est
la meilleure façon de créer des conditions concurrentielles saines, équitables
et durables pour l'ensemble des acteurs de l'industrie.
quotidien, les membres de l'ACMG collaborent avec l'ensemble des instances
gouvernementales au Québec comme
ailleurs au Canada pour témoigner de la conformité de leurs pratiques lorsque
les représentants des ministères et
agences concernés veulent procéder à des vérifications. Dans ce contexte, et
compte tenu de ce que je viens de dire, nous n'avons pas d'objection de principe face à la volonté du
gouvernement du Québec de clarifier l'encadrement de notre secteur
d'activité par la Régie de l'assurance maladie du Québec avec le projet de loi
n° 92.
Sans avoir
d'objection de principe, nous croyons tout de même important de souligner que
la formulation actuelle du projet de
loi suscite des interrogations et nécessite, à notre avis, des clarifications
et même l'ajout de certaines balises venant
encadrer la manière dont ces nouveaux pouvoirs seront exercés par la RAMQ.
Elles sont présentées dans notre mémoire, et j'y reviendrai dans
quelques minutes.
Je me permets, avant, de replacer ce projet de loi dans un contexte où plusieurs réformes touchant l'industrie du médicament se succèdent, entraînant une certaine
confusion dans l'industrie et pour ses partenaires. Cette superposition
de changements génère beaucoup
d'incertitude pour toute l'industrie, ce qui ajoute à la difficulté
d'oeuvrer dans un marché qui est déjà très complexe.
Comme je le
disais, dans sa forme actuelle, du point
de vue de l'Association canadienne du médicament générique, le projet de
loi n° 92 nécessite, à notre avis, des éclaircissements et des ajustements
afin que les modalités soient bien comprises
et appliquées de manière pertinente
et efficace. Cela concerne plus particulièrement l'encadrement des inspections
et les garanties en matière de
confidentialité, d'une part, et, d'autre part, la prévention de procédures
longues et coûteuses.
Les pouvoirs
d'inspection prévus au projet de loi n° 92 seraient nouveaux pour la RAMQ,
et les paramètres qui l'encadrent mériteraient d'être mieux balisés ou
clairement soumis aux paramètres définis dans d'autres lois et règlements
déjà en vigueur. Dans les faits, il s'agit probablement même d'une condition
nécessaire à la bonne collaboration dans le
cadre d'une inspection. Ces dispositions protégeraient les fabricants des
risques d'un bris de confidentialité tant du point de vue des ententes
contractuelles que de ses droits en matière de protection de données
concurrentielles.
En ce qui
concerne la prévention contre des risques potentiels de procédure, là aussi,
des balises sont nécessaires. Sans
aucunement préjuger des intentions des enquêteurs et inspecteurs désignés par
la RAMQ, nous croyons qu'il serait préférable d'ajouter dès le départ
des garanties afin de mieux encadrer le droit de la RAMQ de prendre des
décisions unilatérales à l'encontre des fabricants et favoriser l'imputabilité
de ses décisions. C'est détaillé dans notre mémoire.
Le projet de
loi n° 92 s'intéresse au respect des règles en vigueur par l'ensemble des
fabricants de médicaments, mais certaines pratiques spécifiques des fabricants
de médicaments de marque mériteraient une attention particulière. Je pense notamment à la nécessité d'interdire les
cartes de fidélité qui sont offertes directement aux patients et de façon
de plus en plus ouverte et agressive. Plus
de deux ans après avoir entamé une réflexion de fond sur cette question, nous
notons que l'Ordre des pharmaciens du
Québec formule d'ailleurs deux recommandations très concrètes en ce sens dans
leur mémoire présenté dans le cadre de cette consultation. Nous y sommes
tout à fait favorables.
Le projet de loi n° 92 devrait aussi faire place à la surveillance des
incitatifs qui freinent le recours aux médicaments génériques. Nous le répétons, et les experts le
disent, la meilleure source d'économie pour les régimes publics d'assurance médicaments, au Québec
comme au Canada, est le passage du médicament de marque vers sa
version générique. Or, la tentation
peut être forte, pour les fabricants de médicaments de marque, d'offrir des
incitatifs ou songer à des mesures pour
maintenir leur part de marché sur une molécule existante ou encourager le
transfert des patients vers une molécule qui est encore protégée par un brevet, aux dépens du médicament
générique, avec les conséquences qu'on imagine et qu'on connaît sur la facture du médicament. Le
Commissaire à la santé et au bien-être
et le Vérificateur général du Québec ont d'ailleurs tous les deux
souligné les risques et formulé des recommandations afin de prévenir ces
situations dans le passé. Dans ce contexte,
l'ACMG recommande de mandater la RAMQ pour qu'elle porte une attention
particulière aux incitatifs offerts
par les fabricants de médicaments de marque qui peuvent influencer les
pratiques de prescription en général et limiter le recours aux
médicaments génériques en particulier.
Comme je l'ai
dit, au quotidien les membres de l'Association canadienne du médicament
générique collaborent déjà avec l'ensemble des instances gouvernementales, au
Québec comme ailleurs, pour témoigner de la conformité de leurs pratiques lorsque les représentants des
ministères et agences concernés viennent effectuer des vérifications. Dans
sa forme actuelle, du point de vue de notre association, le projet de loi
n° 92 nécessite des éclaircissements et des ajustements afin que les
modalités soient bien comprises et appliquées de façon pertinente et efficace.
Je vous remercie. Il me fera plaisir de répondre
à vos questions au cours de la période d'échange.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Maintenant, pour un bloc de 15 minutes, nous débutons effectivement les échanges, et je cède en
ce sens la parole au ministre de la Santé.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, M. Charron, bienvenue à cette commission
et merci d'avoir pris le temps de nous produire et de nous présenter
votre mémoire, qui est un peu surprenant; pas surprenant au sens de son contenu, là, mais, comment dirais-je, le projet de loi, dans sa portée, vise évidemment les professionnels, mais vous avez un lien avec les professionnels, donc, qui
n'est pas direct, mais il est indirect, par le fait que la loi n° 92,
si elle est adoptée, permettrait à la RAMQ d'avoir accès, certainement,
à certaines données.
Est-ce que
vous... Puis c'est une question, d'ailleurs, que je vais poser au groupe qui va vous suivre tout à l'heure. Est-ce que
vous pensez que le projet de loi, à cet égard-là, à l'égard documentaire, va suffisamment loin, trop loin ou pas assez loin?
M. Charron (Daniel) : En ce qui nous
concerne, les nouveaux pouvoirs d'inspection qui seront conférés à la RAMQ... Est-ce
qu'ils vont trop loin ou pas assez
loin? La question que nous, on se dit, qu'on se pose, c'est :
Est-ce qu'ils peuvent avoir des risques au niveau d'autres
informations qui ne feraient pas
partie du mandat de la RAMQ? Et la question qu'on
a, c'est qu'à partir du moment où on arrive dans une entreprise
comme une entreprise fabriquant des médicaments génériques, on
arrive dans une entreprise qui fait toutes sortes de choses, c'est-à-dire, oui,
elle vend des médicaments génériques
d'ordonnance qui sont re