Culture and Education — 30 May 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2019-05-30
Quebec — Committees
La commission est réunie afin de
poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation particulière sur le projet de
loi n° 5, la Loi modifiant la
Loi sur l'instruction publique
et d'autres dispositions à l'égard des services de l'éducation préscolaire
destinés aux élèves âgés de 4 ans.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Skeete (Sainte-Rose) sera remplacé par
M. Reid (Beauharnois) et Mme Melançon (Verdun),
par Mme Sauvé (Fabre).
Le Président (M.
Asselin) : Très bien. Alors, cet avant-midi, on va entendre
M. Lebon et on va entendre aussi la Fédération
autonome de l'enseignement.
M. Lebon — bien connu — je vous invite quand même à prendre le temps de vous présenter, et on va
avoir un bon 10 minutes
pour entendre les grandes lignes de votre mémoire, et puis après on débute les
échanges avec un temps un peu plus restreint que d'habitude, mais on y va.
M. Lebon, à vous la parole.
M. Lebon (André) : Merci, monsieur. Alors,
je me présente, je suis André Lebon, je suis psychoéducateur de formation et,
depuis 1968, je travaille auprès des jeunes en difficulté, vraiment sur le
terrain.
J'ai un parcours qui leur a toujours été dédié, sauf que ce
qu'il faut que je vous dise, c'est que ma carrière s'est comme distribuée en deux. De 1968 à 1988, j'étais
activement engagé auprès de jeunes délinquants et j'ai travaillé à tous les niveaux, comme éducateur, comme développeur de
programmes en milieu scolaire, pour le travail, l'insertion au monde du travail. Puis après 20 ans, en 1988, je me
suis sérieusement posé la question et j'ai fait un examen de conscience en
me disant : Toutes ces énergies-là,
tous ces gens engagés pour aider ces jeunes-là, et si peu de résultats. Alors,
ça ne veut pas dire de les
abandonner, mais j'ai fait, à ce moment-là, le virage de l'agir tôt et, les
25 dernières années, j'ai continué de m'impliquer auprès des jeunes en difficulté, mais j'ai surtout travaillé
à développer tout ce qu'il faut pour faire en sorte qu'on développe des enfants en santé, qu'on développe de
la bienveillance au lieu d'essayer de s'attaquer à la maltraitance une
fois que le tort est fait.
Alors, par respect pour mes
collègues... parce que ce que je viens vous présenter, c'est le fruit d'une
démarche de réflexion
de 70 personnes, alors, par respect pour mes collègues, qui ont lu mon
texte... c'est un texte que moi, j'ai rédigé, j'ai fait une synthèse, mais la majorité des gens que j'ai rejoints
m'ont donné leur aval. Ils auront l'occasion, éventuellement, d'apposer
leurs noms sur ce document, mais pour l'instant je vous le présente comme
individu. Mais sachez que c'est fortement inspiré de 70 personnes qui
représentaient beaucoup de monde.
Alors, j'y vais dans le contexte, c'est le suivant. Alors,
en février, alors que le débat se polarisait au Québec
autour de l'implantation universelle de la
maternelle quatre ans non obligatoire, plusieurs voix tentaient de se faire
entendre pour cesser cette polarisation, pour ou contre la maternelle
quatre ans, souhaitant plutôt élever le débat autour de l'enjeu principal, à
savoir agir tôt et de façon concertée auprès des tout-petits au Québec.
C'est à partir de ce principe essentiel et c'est sur cette
base que fut lancée une invitation à plus de 70 participants
de consacrer deux jours de réflexion portant sur l'enjeu de la trajectoire
préscolaire des enfants québécois. Ces participants venaient d'horizons
diversifiés : leaders de mouvements sociaux, leaders syndicaux ou
professionnels, chercheurs, influenceurs, qui
représentaient aussi bien les secteurs de la santé, des services sociaux, des
milieux de garde ou de l'Éducation,
du milieu municipal et des milieux communautaires. Ces deux jours donnèrent
lieu à des discussions riches d'enseignements précieux, croyons-nous,
capables d'enrichir la réflexion et la prise de décision de nos trois ministres
concernés directement par cet enjeu.
Ce fut
donc avec grand enthousiasme que nous avons accueilli les ministres Carmant,
Lacombe et Roberge au lancement de nos deux
jours de réflexion. Dans mon expérience professionnelle, c'était une première
d'avoir trois ministres et d'avoir tous les partis d'opposition présents
à cette réflexion. Leur présence conjointe — je parle de tous ces politiques-là — et leurs propos ont contribué à lancer dans
la bonne direction ces deux jours de réflexion, soit d'élever le débat pour imaginer les scénarios les plus porteurs pour
infléchir les résultats de l'enquête sur le développement des enfants de
la maternelle, qui démontre que 27,8 % des enfants du Québec
arrivent à la maternelle cinq ans avec une vulnérabilité dans au moins une des cinq sphères de leur développement.
Derrière
cette réflexion, il y a une vision
commune. Dès les premiers échanges et jusqu'à la toute fin des deux
jours, les discussions n'ont pas dérogé à
une règle fondamentale : considérer d'abord et avant tout les besoins de
l'enfant et des parents, non pas les
services qu'on a ou qu'on n'a pas. Rapidement, les participants ont souscrit à
l'importance d'agir tôt et de façon
concertée. Agir tôt, c'est reconnaître que le développement du plein potentiel
des enfants constitue le meilleur moyen d'assurer leur réussite éducative et la réduction des inégalités
sociales, et ce, dès la conception de l'enfant. La petite enfance est le premier maillon de la réussite éducative et
la période de la vie où les efforts consentis, accompagnement et
financement, sont les investissements les
plus fructueux et les plus rentables pour une société et pour les individus.
L'accès pour tous et la qualité de nos services sont les assises pour
assurer que les enfants du Québec vont réaliser leur plein potentiel. Une préoccupation, particulièrement, doit être
consentie afin de ne pas échapper ceux que l'on rejoint le moins et qui sont
très souvent ceux qui bénéficient le plus d'interventions et de services
précoces.
Agir ensemble
de façon concertée, c'est de reconnaître que la mise en commun de tous nos
actifs, de toutes nos connaissances
scientifiques et de toutes nos qualifications est la seule manière d'offrir une
trajectoire préscolaire de réussite pour
tous au Québec. L'accès pour tous à des services de haute qualité sont les
ingrédients charnières pour assurer que tous les enfants du Québec se développent à leur plein potentiel. Une préoccupation
particulière nous animait : Comment ne pas échapper ceux que l'on rejoint le moins et qui sont très souvent ceux
qui bénéficient le plus des environnements éducatifs, en autant qu'ils sont de qualité? Quelle vision
gouvernementale avons-nous souhaitée? On s'est permis de formuler des
orientations qui pourraient nous amener, nous élever.
Alors, les
attentes exprimées envers le gouvernement sont les suivantes : la création
d'une stratégie interministérielle et
intersectorielle en petite enfance qui transcende les missions respectives des
ministères concernés et qui s'inscrit dans une trajectoire de services allant de la conception jusqu'à l'entrée en
maternelle cinq ans, la contribution de tous les secteurs et la concertation constante entre ces secteurs, qui
permettraient d'accroître l'efficacité des programmes comme OLO, SIPPE, CIRENE en amont du parcours éducatif, un arrimage
aussi plus cohérent... — pardon,
je pense que je vais prendre de l'eau, pardon — un arrimage plus cohérent entre les diverses
ressources relevant du ministère de Famille, comme les maisons de la famille, l'ensemble des milieux de garde, et du
ministère de l'Éducation, un acharnement de tous les instants pour
s'assurer de la qualité des services en fonction du développement des enfants,
et ça, sans égard au secteur.
Nous
souhaitons la mise en place d'une gouvernance intégrée et tripartite qui puisse
être déclinée aux plans régional, national
et local de façon à respecter les contextes territoriaux et ajuster les
scénarios de trajectoire de services en fonction des besoins mais en fonction du type de ressource
existant ou à combler. Nous souhaitons un monitoring des besoins ainsi
qu'un monitoring et un tableau de bord de ce dont on dispose afin de mieux
saisir où sont les efforts et où devons-nous mettre les priorités.
Le respect
des contextes territoriaux. La Commission sur l'éducation à la petite enfance
m'a convaincu de ça, le respect des
contextes territoriaux, l'analyse tripartite des besoins et des actifs
permettraient d'éviter le «one-size-fits-all» et d'innover dans l'offre
de services en l'adaptant aux besoins locaux. On éviterait ainsi des
chevauchements de services et des dépenses inutiles.
Différentes
pistes d'amélioration issues des réflexions, appelons ça le comment
version 3.0. Quelques prémisses de
base : Si on demande au gouvernement d'agir en interdépendance, on pense
aussi que la société civile doit faire front commun autour d'un positionnement sociétal apolitique d'offrir à tous
les enfants québécois une chance égale de développer leur plein potentiel et veiller à ce qu'ils soient
bien préparés lors de leur entrée à l'école, une centration essentielle sur
les besoins de l'enfant et des parents; il
faut dégager une trajectoire de
services qui s'appuie sur une diversité et une multitude de moyens et
non sur des offres uniques qui se superposent; il faut fonder nos stratégies
sur les connaissances scientifiques éprouvées — on
sait qu'il peut y avoir des avis différents, mais au net il y a quand même
des troncs communs assez évidents, le Québec dispose d'un bassin de chercheurs et de
scientifiques établis, engagés et reconnus; avoir une stratégie de qualification des intervenants et des programmes
soutenus par les écoles de formation reconnues, l'évaluation qualitative
des milieux et la mise à niveau pédagogique, si nécessaire, au moyen de la
formation continue; assurer la complémentarité et l'utilisation efficiente des
ressources disponibles...
Président (M. Asselin) :
...M. Lebon, on a écoulé notre premier 10 minutes, mais on pourra
peut-être, dans le 10 minutes qui s'en vient, arriver, par les
échanges avec le ministre... continuer un peu la présentation.
M. Lebon (André) : ...aspects
plus concrets, alors je profiterai des questions pour les positions.
Le Président
(M. Asselin) : S'il vous plaît.
M. Lebon (André) : Merci.
Le Président
(M. Asselin) : M. le ministre, vous avez 10 minutes.
M. Roberge :
10 minutes? Je vais vous permettre de compléter, s'il vous reste deux, trois
minutes. Je pense que c'est très pertinent. Vous entriez dans quelque
chose de très concret, je vais vous laisser aller.
M. Lebon (André) : Oui, surtout
qu'on vous a présenté nos pistes, puis il y avait des pistes qui semblaient
rejoindre vos intérêts.
Alors, la
première piste, c'était créer une agence de la petite enfance — alors, ça, je parle de la société
civile — créer
une agence de la petite enfance pour assurer
une vigilance sociétale pour une population qui n'a pas de voix. Les 0-5 ans,
enfants ou parents,
qui sont pris dans le feu de l'action n'ont pas de voix. Divers mandats
pourraient être dévolus à cette agence.
Quelle pourrait en être la formule? On ne sait pas. C'est-u un ombudsman?
C'est-u un commissaire? C'est-u un collectif émanant de la société
civile? Ce qui est certain, c'est qu'il faut donner une voix à la petite
enfance.
Il faut
planifier des services de base sur la base des données populationnelles et des
réalités régionales et injecter les ressources là où sont les besoins
sur la trajectoire de services.
Je reviens à
l'idée de monitoring des besoins, monitoring des actifs puis décisions à la
fois nationales, régionales et
locales sur les meilleurs investissements, l'idée d'une stratégie cooptée et
d'une gouvernance tripartite pour rejoindre les enfants qu'on échappe. Je pense qu'on a une obligation sociétale de se
poser la question : Pourquoi échappons-nous ces enfants? Pourquoi
échappons-nous ceux qui en ont le plus besoin? Et qu'est-ce qu'on peut faire?
Un autre
élément, c'est un portail d'accès. Devant la multiplicité et la nécessité de la
diversité des ressources, les parents
puis les enfants qui en ont le plus besoin sont souvent dépourvus. Alors, nous,
on pense que ça prend un portail, mais un
portail qui est animé par ce qu'on pourrait appeler un sherpa, ça, c'est
poétique, ou un courtier — je pense que M. le ministre
préfère plus le volet de courtier — mais qui serait un accompagnateur qui guide les
gens à travers les possibilités de ressources.
Ça fait que non seulement on mettrait en commun l'offre, mais on accompagnerait
les gens, comme l'infirmière pivot
dans certains hôpitaux fait un travail et mène les gens efficacement vers le
niveau de réponse qu'ils ont besoin. On élimine des pertes de temps, on échappe moins de gens et on a la
capacité de répondre au bon service au bon moment. Et rappelons-nous que ça pourrait être à vitesse
variable, dans le sens où ça pourrait être obligatoire, qu'on devrait
s'engager à le fournir aux familles et aux
enfants qui en ont le plus besoin, enfants à besoins particuliers, familles
démunies, puis optionnel pour les
parents qui ont peut-être plus d'initiative ou qui ont peut-être plus de
possibilités d'utiliser eux-mêmes le réseau. Donc, cette fonction de
pivot pourrait être particulièrement efficace.
L'autre
chose, il faut continuer... et nous sommes préoccupés avec la fin du mouvement
Avenir d'enfants, qui était un mouvement intéressant pour amener une
concertation des milieux autour de la petite enfance. Ce mouvement-là se
termine en 2019‑2020. Alors, on est très préoccupés puis on pense qu'il faut
continuer de développer la concertation interréseaux et faire en sorte qu'on
utilise de façon maximale et qu'on met en complémentarité nos ressources.
L'autre
chose, on pense qu'il pourrait y avoir un budget décloisonné, c'est-à-dire que,
si on regarde les trajectoires de
services, on devrait regarder comment on investit dans l'ensemble de ces
services puis, après ça, faire nos priorités plutôt que de les faire par
silos puis de dire : Voilà.
L'évaluation.
Nous, on pense que l'évaluation constate... puis il y a des moyens qui sont
pris, il va y avoir évaluation, maintenant,
dans les milieux de garde, donc le ministère va évaluer ses maternelles quatre
ans. Il faut absolument continuer de
monitorer et d'évaluer ce qu'on fait pour pouvoir faire les ajustements. Alors, l'ajustement, pour nous, c'est l'espoir que nous a donné la présence des trois ministres
et l'intérêt qu'ont porté les quatre partis de l'opposition, parce qu'on pense qu'avec un pragmatisme d'État puis une sensibilisation
plus grande populationnelle non seulement la maternelle quatre ans est essentielle, c'est un palier nécessaire, actuellement, dans notre coffre à outils d'État. L'espoir qu'on a, c'est que cet
outil-là de plus soit mis à contribution en
arrimage puis en complémentarité avec ce qui se fait déjà et non pas en
antagonisation. Alors, merci, puis on répond aux questions. Merci de
m'avoir laissé finir, M. le ministre.
Le Président (M.
Asselin) : Il nous reste cinq minutes.
M. Roberge : Très
bien, et je vous remercie, M. le Président, et merci pour votre présentation. De toute façon, mes questions auraient été de façon
à ce que vous puissiez compléter votre présentation, alors aussi bien vous
laisser aller. Vous dites : La
maternelle quatre ans est nécessaire, essentielle à notre coffre à outils, mais
en même temps je sens que vous êtes tout sauf dogmatique. Vous êtes allé...
nécessaire, nécessaire comme un outil dans notre coffre, pas nécessaire comme
le tournevis qui va permettre de faire... de
tourner toutes les vis et même de faire entrer les clous, hein? On voit bien
que ça prend plusieurs outils en
fonction des différentes vis qu'on
rencontre et des clous, etc. Mais ce que j'entends, c'est une volonté de
travailler en concertation, Santé, Famille,
Éducation, travailler les acteurs ensemble, et d'avoir une offre qui est
différente. Mais il y a
des gens qui nous disent : La maternelle quatre ans, oui, mais seulement
en milieu défavorisé. Est-ce que
vous pensez que l'offre de services devrait être diversifiée en milieu
défavorisé comme en milieu favorisé ou qu'on devrait seulement la déployer en
milieu défavorisé?
M. Lebon (André) : Bien, ma
réponse à ça, M. le ministre, c'est la suivante : On sait, actuellement,
combien il y a d'enfants qu'on n'a pas rejoints à l'âge de quatre ans. Ça,
c'est une grande préoccupation. Alors, parmi ces enfants-là, il y a
des enfants qui en ont plus besoin que d'autres, et ceux-là, même si nous, on
pense qu'on a tout intérêt, socialement, à les rejoindre le plus tôt
possible et à commencer à agir sur
leur stimulation puis leur accompagnement le plus tôt possible, si, dans
le portrait des 20 000, ces
enfants-là ne sont pas rejoints, c'est urgent, et la maternelle quatre ans
représente une alternative intéressante.
Et, dans ce sens-là, nous, la voie qui est commencée, c'est-à-dire d'aller en
milieu défavorisé ou de commencer là, c'est une voie que l'on juge
intéressante.
De l'élargir
éventuellement... La vulnérabilité n'est pas un monopole des gens plus en
difficulté, il y en a dans toutes les
classes de la société, donc ça serait faux de dire qu'il faut faire des
maternelles quatre ans juste pour les enfants défavorisés. Par contre, moi, je pense que, quand on a une
lecture des enfants qu'on échappe, là, il y a comme une urgence d'agir
pour ceux qui en ont le plus besoin, il y a
une urgence d'agir là où sont ces enfants-là, eu égard à ce qu'ils ont... Puis,
si on les a ratés, il y a peut-être
une raison. Il faut peut-être réfléchir : Pourquoi ils n'ont pas été en
milieu de garde, ou pourquoi ils n'ont pas
accès aux milieux communautaires, ou comment ils ont échappé aux services
sociaux qui étaient censés les soutenir?
Mais, à votre
question, moi, je dirais... et c'est là que je plaide pour le pragmatisme de la
CAQ, je me dis : Quand vous
analyserez, après en avoir mis 250 de plus en milieu défavorisé puis qu'on
regardera le résultat, qu'est-ce qu'il reste, combien d'enfants nous échappent, etc., où
sont-ils, pourquoi sont-ils... attaquons-nous à ceux qui en ont le plus besoin,
c'est urgent, c'est une des dernières
chances. C'est ceux qui vont bénéficier le plus, d'ailleurs, de si on les rejoint.
Alors, c'est ça, ma réponse.
M. Roberge :
Alors, additionnons les forces, les programmes comme le programme
Passe-Partout. On n'a pas arrêté, avec
notre budget de cette année, de financer le programme Passe-Partout ou de
financer les organismes communautaires, on a augmenté le financement des organismes communautaires. Parce qu'on
faisait la maternelle quatre ans, on n'a pas arrêté de financer nos garderies subventionnées, nos CPE,
en fait, on a même l'ambition pour l'augmenter. Donc, on a cette idée
d'agir globalement, de travailler en équipes.
Mais comment expliquez-vous, alors, qu'il y ait
des gens qui s'opposent au déploiement de l'offre de services? Comment on pourrait expliquer cette opposition au
déploiement de l'offre alors que le gouvernement lui-même ne le fait pas
contre un réseau, ou en sous-finançant un réseau, ou en le freinant, ou en le
coupant? Comment on comprend ça?
Le Président (M.
Asselin) : En 55 secondes.
M. Lebon (André) : Il y a
plusieurs bonnes idées sur la table, actuellement. Il y a l'idée du dépistage
précoce, il y a l'idée de continuer de développer le réseau des services de garde, il y a la volonté d'évaluer ces milieux-là, mais
le diable est dans les détails. Alors, pour
moi, c'est dans l'arrimage et dans l'opérationnalisation. Je suis un
psychoéducateur de métier. Les
orientations, c'est une chose, mais la mécanique qu'on met en place pour
accoucher d'un service est aussi importante. C'est comme la justice puis
l'apparence de la justice.
Alors, moi, M. le ministre, ce que je vous
invite à faire, c'est de dire : Il y a du bon matériel, mais... Je prends l'exemple, j'étais avec Dre Cousineau, qui
parlait de l'enjeu... on a un enjeu, au Québec, d'avoir un outil qui
accompagne le développement de l'enfant. On a un carnet de santé, hein,
jusqu'à maintenant, on a un carnet de santé. Nous, on rêve
d'un carnet du développement de l'enfant. Alors, ça ne mesure pas juste s'il a
reçu son vaccin, s'il y a eu...
Président (M. Asselin) :
M. Lebon, je vous arrête. On va continuer avec l'opposition officielle, si
vous voulez, on a 8 min 40 s à nous offrir.
M. Roberge : ...faire une suggestion?
S'il y avait un cadran, j'aurais été meilleur.
Président (M. Asselin) :
Oui, ça serait peut-être utile. Ce n'est pas grave. La députée de Saint-Laurent va nous entretenir, maintenant.
Mme Rizqy : Inquiétez-vous pas, M. Lebon, ce n'est pas
une compétition, là, de bien... gestion de temps. Vous avez dit que le diable est dans le détail. Justement,
nous, on n'a toujours pas le détail. Est-ce que vous, vous l'avez, le
détail du déploiement de la maternelle quatre ans?
M. Lebon (André) : Madame, moi,
je n'ai pas plus... Non, je n'ai pas le détail.
Mme Rizqy : Vous ne l'avez pas? O.K.
Tant qu'à être pragmatique, pensez-vous que ça serait peut-être impertinent d'avoir, justement,
un plan détaillé de comment, où, à quel endroit on va déployer les maternelles
quatre ans, les premières classes?
M. Lebon (André) : Bien, ce
mapping-là — puis
ça fait deux, trois fois que je fais référence à une sorte de monitoring puis à une sorte de décision tripartite — nous,
notre souhait... puis quand je dis «nous», là, vraiment, là, c'est la préoccupation de tous les gens qui étaient là, qui représentent pas mal de monde,
hein, il y avait des... Mais c'est que cette lecture-là, si elle se fait communément, puis
tripartite, puis qu'on les fait, les choix éclairés par rapport à ça et concrets, là, c'est plus ça qu'on va nous dire, étant
donné le besoin...
Mme Rizqy : Parce
que, M. Lebon, nous, la chose
ici, là, tout le monde, on veut le dépistage précoce. On s'entend tous qu'on veut aider nos enfants. On ne s'entend
pas sur le manque de moyens parce
que, pour nous, c'est difficile
d'avancer quand il n'y a
pas de plan. Alors, quand vous faites référence au pragmatisme de la CAQ,
auquel vous adhérez, je veux juste m'assurer, est-ce que vous adhérez à
un manque de plan détaillé?
M. Lebon
(André) : Bien, moi, je dis
qu'il a créé un espoir. Après ça, ça crée des exigences. Il va avoir créé
l'espoir, ils répondront de l'abandon ou de
la déception qu'ils ont créée. Mais je pense qu'il faut avoir une vigilance.
Moi, je pense que c'est comme une position de main tendue, il faut
appuyer, en disant : On se rend disponible puis on va travailler ensemble,
mais il faut livrer.
Mme Rizqy : D'accord, mais habituellement,
quand on livre, on livre d'abord un plan, non?
M. Lebon
(André) : Bien là, moi, un
plan... Écoutez, oui, un plan, bien sûr, je viens de dire ça
que ça prend un plan.
Mme Rizqy : Oui? Parfait.
Merci. Alors, si on continue, en ce moment, là, à partir de quand on peut
dépister?
M. Lebon (André) : Eh, madame, voilà, là, on revient, vous m'ouvrez
la porte, là. Développement... Dre Cousineau a un outil, c'est l'ABCdaire. Le ministère
de la Santé et des Services sociaux
n'est pas tout seul... avec les partis de l'opposition, se penche
là-dessus, considère que ça serait un bon outil de dépistage et de développement, dépistage dans le sens de suivi du développement de l'enfant.
Mme Rizqy :
À partir de quel âge on peut commencer à dépister?
M. Lebon (André) : Madame, dès la naissance, on est présents aux
enfants, ça commence même à la conception.
Mme Rizqy :
Exact. Je suis contente... On profite de votre expertise.
M. Lebon (André) : Bien, les chercheurs le
disent, là. Moi, je n'invente rien, je suis un généraliste qui a lu, là.
Mme Rizqy : Ah! bien, je sais, je sais que vous n'inventez
rien puis une chance que vous n'inventez rien. C'est pour ça qu'on vous pose la question. On vous pose la question parce que vous
comprenez qu'on est aussi
télédiffusés et c'est pour le
bénéfice de l'ensemble de la population, votre présence ici. Alors, nous, pour dépister
tôt, on se pose la question : Une fois qu'on a dépisté, ça prend,
après ça, un diagnostic, n'est-ce pas?
M. Lebon
(André) : Bien, tout ne
mérite pas d'avoir un diagnostic. Accompagner le développement de
l'enfant, c'est justement
sortir d'attendre qu'il y ait une crise ou une vulnérabilité pour agir. En
fait, ce qu'on sait, c'est qu'il y
a des indices, il y a
des indicateurs de développement — le
développement du langage, la capacité de socialiser, etc. — c'est
ça, les indicateurs et le suivi.
Mme Rizqy :
Parfait. Donc, vous parlez... Donc, par exemple, une fois qu'on a dépisté, ça
prend aussi, là, évidemment, le suivi...
M. Lebon
(André) : Puis ça prend un accompagnement.
Mme Rizqy :
...correctement, les services, l'accompagnement. Pensez-vous qu'en ce moment nos services de garde, nos CPE sont déjà en train de le faire, ce
travail? Sont-elles en mesure de le faire?
M. Lebon
(André) : Ils sont un joueur important. Ça contribue énormément
à la qualité du développement de nos enfants.
Ils ne sont pas les seuls, là, il y a les maisons de la famille en milieu communautaire
qui sont les gens les mieux placés pour rejoindre les familles les plus
à risque parce qu'elles ne se méfient pas de ces gens-là. Là, ils sont proches
de la population. C'est pour ça que je dis que ça prend un arsenal,
je ne suis pas capable... Alors, pour moi, là... puis même j'ai fait le tour du Québec avec la commission. Tu sais, on parle des CPE, moi, j'en suis. À un moment donné, il y a
des gens qui disaient : Ça
devrait être juste des CPE parce que c'est peut-être la structure la plus
qualitative. Moi, j'ai fait le tour du Québec, puis je me dis : Ça prend des milieux familiaux parce que, quand on
est en territoire dans la région de Sept-Îles, ou tout ça, là, tu ne peux pas avoir un CPE qui couvre un territoire,
tu vas mettre les enfants en autobus scolaire à partir de 5 heures
le matin puis les amener au CPE. Ça prend tout notre arsenal.
Mme Rizqy : Merci. Et en parlant d'arsenal, en ce moment,
nous, notre préoccupation, c'est la suivante. Dans le réseau d'éducation, pénurie d'enseignants,
enseignants épuisés, pénurie de suppléants, donc vous comprenez que, déjà,
un grand roulement, déjà,
dans les classes des suppléants, alors on se demandait : Avant d'ajouter
une structure additionnelle, pouvons-nous
utiliser ce 2 milliards de
dollars adéquatement et d'abord, dès la naissance, CPE, services de garde et s'assurer d'avoir des
places pour tout le monde dès la naissance et aussi continuer... Parce que
je comprends que vous, vous voudriez l'arsenal
partout, mais en même temps les ressources sont limitées, par définition. Alors, est-ce
qu'on devrait continuer, un, d'abord, dans tout ce qui est CPE, services de garde, dès la naissance, offrir à tous les Québécois cette option et
aussi s'assurer que la maternelle quatre ans en milieu défavorisé soit
étendue de façon plus progressive?
M. Lebon
(André) : Bien, écoutez,
je vais vous faire une réponse par un économiste. Hier, il a été question des travaux de Heckman, il a été question des travaux... Craig Alexander,
qui était président du Conference Board of Canada, a publié au mois de mai dernier : «La seule
façon de briser les inégalités sociales au Canada, ça va
être d'investir dans la petite
enfance si et seulement que si ce sont des services de qualité.» Ça fait
que, là, on sort de l'équation qui dit : Conciliation travail-famille, ça prend des milieux éducatifs. Alors, que ce soit la maternelle quatre ans, que ce soit dans les milieux de garde,
c'est la qualité qui fait une différence et c'est la seule condition de
réussite sociétale.
fait qu'à votre question moi, je n'en ai pas, de réponse. La maternelle quatre ans, elle doit être de niveau de qualité, hein, d'abord et avant tout, avant d'être en quantité. Le
réseau de garde, il doit être de qualité. Alors, nous autres, on a toujours
dit, dans le rapport de la commission,
c'est une question privé-public. Non, tous les milieux qui reçoivent des
enfants devraient répondre à des
critères de compétence. Cette compétence-là, c'est la qualification du
personnel, c'est la nature du programme. Si on ouvre autre chose, on ne contribue pas au développement des enfants, on fait des lieux de garde, c'est correct, puis peut-être
qu'il y a des enfants qui n'ont pas besoin de cette stimulation-là parce qu'ils
ont tout à domicile, mais ce n'est pas le cas de tous les enfants.
Mme Rizqy : Dites-moi, en ce moment, le réseau de l'éducation, là, a déjà beaucoup, beaucoup à faire. Pensez-vous que c'est une pression supplémentaire que de
demander d'accueillir davantage de classes de maternelle quatre ans alors qu'en
ce moment... pénurie de locaux, pénurie d'enseignants? Et en plus on a vu qu'au
Québec le nombre d'enfants autistes a
augmenté, le nombre d'enfants avec un trouble TDAH aussi a augmenté.
Devrions-nous, d'abord et avant tout, aider à donner de l'oxygène
à notre réseau de l'éducation, incluant aussi les enseignants?
M. Lebon
(André) : Bien, moi, je vais
vous dire une chose, je pense qu'il se dépense 3,1 milliards en éducation pour faire du
rattrapage auprès des enfants qui ont besoin de services spécialisés. C'est énorme,
c'est plus que le coût de tous les services
de garde. Ça fait que, si on veut influencer là-dessus puis arrêter
l'hémorragie, je pense que la question, c'est qu'il faut
investir davantage pour faire
en sorte qu'on réduise le nombre de
ces enfants-là qui arrivent à l'école en difficulté. La maternelle quatre ans fait
partie de l'arsenal, les milieux de garde en
font partie. Alors, il faut investir, puis c'est ça qui est l'énoncé.
Pourquoi briser les inégalités par le petit investissement en qualité en petite
enfance? Alors, moi, si vous me demandez, il
ne faut pas abandonner ces enfants-là. Une fois que le tort est fait, on a une responsabilité, mais, si on veut prévenir pour l'avenir, il faut agir le plus
tôt possible de la bonne façon.
Mme Rizqy : Il faudrait mettre le 2 milliards, à ce moment-ci, dans les services
de garde, les CPE, dès la
naissance?
M. Lebon
(André) : C'est comme si vous me disiez : Tu veux-tu un volant ou
tu choisis entre le volant ou la direction?
Moi, je vous dirais bien : On a des choix à faire, de société,
on ne peut pas tout s'offrir, mais ce n'est pas une réponse que d'offrir
pas de qualité. Ça fait que la quantité ne peut pas être un substitut...
Président (M. Asselin) : M. Lebon, on
va continuer sous la gouverne du deuxième groupe d'opposition. Mme la députée
de Sherbrooke, à vous la parole.
Mme Labrie : Merci,
M. le Président. Vous avez mentionné
que le diable était dans les détails. J'aimerais que vous nous disiez quels sont les détails auxquels on
devrait vraiment porter attention en mettant en place des services
éducatifs pour la petite enfance. Qu'est-ce qu'on doit faire pour maximiser nos
chances de succès pour que ce soit de qualité, comme vous dites?
M. Lebon
(André) : Bien, quand on se met sur l'idée de la qualité, là, je veux
dire, le défi qui nous attend, c'est comment
rejoindre et offrir aux parents québécois la meilleure ressource au moment où
ils en ont besoin. Moi, là, j'aimerais que ce soit un réseau qui se fait
des passes, qui travaille en équipe.
Alors,
je vais vous donner un exemple. Je parlais des organismes communautaires,
tantôt, famille, surtout les maisons de
la famille. Beaucoup de gens vont d'abord là, hein, réfugiés, gens qui sont
plus à risque, etc., ils vont là parce qu'ils ont une réponse concrète à leurs besoins. Souvent, c'est
via un échange de linge ou de la popote mobile. Ils créent une
confiance, ils amènent leurs enfants, les enfants vont dans cette garderie-là,
on leur donne des bases, la confiance se crée. Si ce réseau-là, qui a l'accès aux jeunes, aux plus vulnérables, faisait une
passe au milieu des services de garde, en disant : Regarde, je n'essaie pas de développer une garderie plus
grosse, puis plus grosse, puis de grossir, je soutiens le parent d'inscrire
son enfant, hein, voilà, on aurait un travail complémentaire.
Quand
on parle de milieux de garde puis qu'on dit : Là, là, on n'arrive pas à
répondre au volume de demandes, là, actuellement,
il y a des jeunes qu'on échappe, puis il y a des jeunes, là-dedans, qui en ont
particulièrement besoin, actuellement on
est peut-être à nos limites de développement. Mettons des maternelles, au moins
on ne les échappera pas. Je veux dire, il
y a une nécessité de tout ça. Mais, quand on la met, la maternelle, on veut un
prof qui arrive bien préparé, on veut un programme qui s'adresse à des enfants de quatre ans qui n'est pas de la
scolarisation accélérée. Ils sont tous là, les ingrédients.
Mme Labrie :
Quel genre de ratio on devrait mettre en place, vous pensez?
M. Lebon
(André) : Bien, je sais que le ratio, on dit que c'est 1-17, 1-18,
mais qu'il y a un accompagnateur. Honnêtement, les ratios qui obtiennent
l'appui des chercheurs, c'est 1-10 à quatre ans, puis il y a des efforts à
faire de ce côté-là.
L'autre
préoccupation, tu sais, on parle de collaboration, le jeu d'équipe. En milieu
scolaire maternelle quatre ans, là, ce n'est pas toute l'année que le
service est offert, hein, ça va fermer, comme une école. Bien là, là, si on n'a
pas les milieux municipaux comme
partenaires, là, bien, je veux dire... on va avoir besoin de camps d'été pour
ces enfants-là ou d'alternatives. C'est ça, le travail en équipe, c'est
ça, quand je vous dis... puis c'est les 70 organisations, là...
Le Président (M. Asselin) : On vient de passer le dernier
2 min 40 s avec la députée de Sherbrooke. Maintenant,
2 min 40 s avec la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Merci. On aime ça, les gens passionnés, ça fait qu'il n'y a pas de problème.
Donc, écoutez, nous non plus, on ne
veut pas antagoniser les affaires. On souhaite le meilleur, puis l'agir tôt,
tout le monde s'entend ici que c'est fondamental.
Mais, selon nous, l'agir tôt n'égale pas maternelle quatre ans pour tous. Pour
nous, agir tôt, ça veut dire agir le plus
tôt possible, pas juste pour répondre aux difficultés puis aux vulnérabilités
qui sont apparues à quatre ans, mais pour les prévenir, pour faire en sorte qu'elles ne s'installent pas, ces
vulnérabilités-là. Donc, c'est pour ça que j'ai envie de vous demander : Si vous aviez un investissement
prioritaire à faire... Je ne suis pas en train de dire qu'il faut en faire zéro
pour les maternelles quatre ans pour certains enfants, mais, si vous en aviez
un prioritaire à faire dans l'agir tôt, c'est où, la clé?
M. Lebon
(André) : Madame, la solution est dès la grossesse, alors tout ce
qu'on peut faire qui commence le plus tôt
possible, ça va dans le sens du monde. Moi, j'ai présidé les travaux, les
chantiers Maltais en 2004, tout le réseau, les régies régionales de l'époque, les centres jeunesse, les
CLSC de l'époque, tous étaient unanimes, en juin 2004, pour dire : Il
faut mettre de l'eau dans la pompe, il faut
inverser, il faut partir du curatif pour mettre plus d'argent dès les
programmes de grossesse. Ça a été
voté par tout le monde, même les centres jeunesse, hein, qui consomment le gros
de l'argent parce que la
réadaptation, ça coûte cher. La protection de la jeunesse, on va en parler, là,
hein, c'est trop tard. Il faut l'avoir, le filet de sécurité, mais ce n'est pas comme ça, ce n'est pas
en investissant davantage une fois que le tort est fait. Ça fait que,
quand vous me dites : Où devrait aller
la première piastre? Le plus tôt possible, mais... etc. Puis le plus tôt
possible, pour moi, c'est avant cinq ans, ça fait que tout ça, c'est
bon.
Mme Hivon : Puis
quand vous dites : Ça doit faire
partie de l'arsenal, la maternelle quatre
ans, vous avez dit : Il y a 20 %
des enfants qui ne fréquentent pas de service de garde, donc je comprends que
vous dites : C'est eux qu'on devrait essayer d'aller rejoindre pour
qu'au moins ils aient cette fréquentation-là à quatre ans. Est-ce que je lis
correctement?
M. Lebon
(André) : ...une illustration pragmatique du gaspillage, là, ce serait
de dire : On ouvre une maternelle quatre
ans puis on a fermé deux CPE ou on a fermé un CPE pour la remplir. Moi, ça, là, c'est l'illustration totale d'un
échec sociétal. On ne s'est pas parlé, on
n'a sûrement pas fait les bons choix si c'est ça, la conséquence. Puis, si on
est obligés de prendre le personnel du CPE pour aller enseigner dans la
maternelle, on a un problème.
Moi, je suis
un gars de gros bon sens. Ça fait que, moi, je dis : Quand on monitore
ça... vous ne me ferez jamais dire que la maternelle quatre ans, ce
n'est pas bon, mais, si on monitore ça correctement, on devrait être capables
d'éviter...
Le Président (M.
Asselin) : M. Lebon, merci pour votre gros bon sens. On
buvait vos paroles.
Je demanderais aux gens de la Fédération
autonome de l'enseignement de se dépêcher à s'installer. On suspend quelques
instants.
(Suspension de la séance à 12 h 26)
Président (M. Asselin) :
Alors, je voudrais vous souhaiter la bienvenue. Gênez-vous pas pour bien vous
présenter comme il faut, puis on a un
10 minutes pour le début de votre mémoire, puis après ça on va tout de suite commencer les conversations avec le ministre et les oppositions.
À vous la parole.
Mme Morel
(Nathalie) : M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
députés, bonjour. Mon nom est Nathalie
Morel, je suis vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome
de l'enseignement. Merci de nous recevoir.
En débutant, permettez-moi de vous saluer au nom du président de la FAE,
M. Mallette, qui, malheureusement, a été dans l'incapacité de se
joindre à nous aujourd'hui. Je suis accompagnée de Mme Josée Roy,
conseillère à la vie professionnelle,
enseignante depuis 20 ans en première année du primaire et responsable du
dossier du préscolaire à la FAE. Je suis également enseignante au
primaire depuis 1987.
Mme Morel
(Nathalie) : Quand même, nos faits
d'armes, hein?
Alors, la FAE représente 45 % des
enseignantes et enseignants des commissions scolaires francophones, soit 44 000 femmes et hommes qui travaillent
dans tous les secteurs d'enseignement. La FAE est présente dans les
Laurentides, l'Estrie, la Montérégie ainsi qu'en Outaouais, à Laval, à
Montréal et à Québec, les quatre plus grands pôles urbains du Québec, où se trouvent d'ailleurs les écoles les plus
nombreuses et les plus diversifiées sur le plan socioéconomique et
socioculturel.
Je débuterai
ma présentation par une affirmation sans équivoque : la FAE est pour le
déploiement et l'implantation, dans toutes les écoles en milieu
défavorisé du Québec, de classes de maternelle quatre ans à temps plein,
communément appelées les quatre ans TPMD.
Il est
important de se rappeler que l'offre de services de la maternelle quatre ans
est présente au Québec depuis plus de
30 ans. Elle a été inscrite au régime pédagogique en 1981 et offerte
d'abord aux enfants handicapés et à ceux vivant en milieu défavorisé à mi-temps. La FAE a inclus dans
sa plateforme pédagogique, en 2009, la nécessité d'offrir le préscolaire
quatre ans à temps plein en milieu défavorisé.
De plus, nous
avons obtenu, dans le cadre du renouvellement de notre convention collective en
mai 2011, la mise sur pied d'un
projet pilote qui transformait six classes de la maternelle quatre ans mi-temps
en classes de quatre ans TPMD. Forte de cette expertise et fière du
travail exceptionnel réalisé par ses enseignantes pionnières, la FAE a
contribué largement à l'édification du
projet de loi n° 23, qui a été voté à l'unanimité à l'Assemblée
nationale en juin 2013 et qui a officiellement donné naissance, à
l'échelle du Québec, aux classes de maternelle quatre ans TPMD.
Cette avancée majeure résolument orientée vers
un objectif d'égalité des chances a été applaudie par la FAE. La nécessité d'intervenir dans les milieux
défavorisés n'est plus à démontrer, puisqu'il existe de nombreux écrits qui témoignent du lien qui
unit, malheureusement, la défavorisation économique et ses conséquences
négatives, notamment en ce qui a trait aux retards de développement en
matière de langage et de maturité scolaire, d'hyperactivité et de décrochage
scolaire.
D'ailleurs,
le Québec n'en est pas à ses premiers pas en la matière. Il y a maintenant plus
de 50 ans que les premières initiatives
ont vu le jour à Montréal, résultat d'une étroite collaboration entre le monde
de l'éducation et celui de la santé. Pour
la FAE, le Québec doit continuer de prioriser les enfants issus de milieux
défavorisés, car ce sont les plus vulnérables et car ils ne fréquentent
peu ou pas les services de garde régis par l'État et n'ont donc pas accès à des
services. L'école est assurément une des meilleures clés pour leur permettre
d'espérer échapper un jour à leur condition.
déploiement des classes de maternelle quatre ans en milieu défavorisé n'est pas
le fruit du hasard. La décision de concentrer les efforts des
intervenants scolaires auprès d'enfants de quatre ans vivant en milieu
défavorisé s'est consolidée — attention — avec la publication, en 1980, de la
politique du ministère de l'Éducation L'école s'adapte à son milieu : énoncé de politique sur l'école en
milieu économiquement faible .
Dans cette politique, le ministère de l'Éducation de l'époque reconnaît
les effets économiques, sociaux et culturels de la pauvreté sur les enfants et
les adultes, souvent leurs parents.
Toujours en
1980, le Conseil supérieur de l'éducation a publié un énoncé de principe ayant
pour
titre L'égalisation des
chances en éducation. Le CSE y
écrit que la cause de certaines difficultés scolaires de l'enfant peut être
attribuée, comme on le sait très
bien, à des facteurs socioéconomiques ou socioculturels, «tels que la classe
sociale, le système [de] valeurs, l'héritage
culturel, l'environnement familial [et] les conditions économiques». Le conseil
est également d'avis que «l'échec scolaire
et l'interruption prématurée [du cursus scolaire] frappent [...] davantage les
enfants des milieux défavorisés». Il écrit
aussi que «l'égalisation des chances éducatives [...] exige autre chose qu'une
uniformité de traitement. Il faut offrir une gamme plus étendue de services aux individus et aux groupes qui en
ont le plus besoin.» C'est ce que le conseil appelle «le principe de la
discrimination positive».
Les dernières décennies ont fait l'objet d'une
réflexion profonde et de nombreux écrits au sujet de l'éducation préscolaire.
Plus récemment, l'EQDEM, l'Enquête québécoise sur le développement des enfants
de la maternelle, et l'EQPPEM, l'Enquête
québécoise sur le parcours préscolaire des enfants de la maternelle, ont aussi
permis de mettre en lumière des données cruciales concernant la
situation des enfants de milieux défavorisés.
L'EQDEM 2017
nous apprend, entre autres, que près de 28 % des enfants à la maternelle
sont vulnérables dans au moins un
domaine de développement. Les résultats révèlent aussi que certains groupes
d'enfants se démarquent, malheureusement,
notamment les enfants nés à l'extérieur du Canada et ayant une langue
maternelle autre que le français, les
enfants les plus jeunes et ceux vivant dans un milieu très défavorisé sur le
plan matériel et social. Il est également intéressant de constater que, selon l'indice des milieux
socioéconomiques de l'école, la proportion d'enfants de la maternelle
vulnérables dans au moins un domaine de
développement se situe à près de 32 % dans les écoles défavorisées,
comparativement à 26 % dans les écoles non défavorisées.
L'EQPPEM 2017
nous apprend, de son côté, que la proportion des enfants vulnérables dans au
moins un domaine de développement est plus élevée chez les enfants
vivant dans un ménage à faibles revenus.
Une autre
étude très récente, publiée en janvier 2019 par M. Pierre Canisius
Kamanzi, professeur à l'Université de Montréal,
s'est intéressée, entre autres, au lien entre le revenu familial et la
persévérance scolaire des jeunes. Cette étude nous permet de nous projeter dans l'avenir. Une fois de plus, on
constate les effets des revenus des parents sur le parcours scolaire de leurs enfants. En effet, les élèves dont
les parents ont un revenu familial situé dans la catégorie supérieure
accèdent davantage aux études collégiales et à l'université que leurs pairs
dont les parents ont un revenu annuel plus modeste.
En ce qui a
trait à l'intervention précoce et au principe d'égalité des chances, la FAE est
d'avis qu'il faut poursuivre le
déploiement des classes de maternelle quatre ans à temps plein en milieu
défavorisé en s'assurant que cette mise en place soit accompagnée de réelles ressources humaines et financières pour
effectuer des interventions de dépistage précoce de possibles problèmes d'apprentissage, de
comportement ou d'adaptation. Les enseignantes du préscolaire sont formées
et possèdent les compétences requises pour
effectuer cette détection précoce et accompagner plus étroitement le
développement de l'enfant en lui offrant un
encadrement adéquat. Il est essentiel, pour la FAE, que l'on se préoccupe à la
fois de la progression de l'enfant
dans tous ses domaines de développement — affectif, social, langagier, cognitif,
physique et moteur — et
des apprentissages spécifiques qui préparent
à l'école, particulièrement pour les enfants de milieux défavorisés. Au sujet
des modifications proposées par le projet de loi n° 5, la FAE n'adhère
aucunement aux propositions visant le retrait de la notion de milieu
défavorisé.
conclusion, le souhait d'universalité de la maternelle quatre ans émis par le
gouvernement ne fera pas disparaître les
besoins plus importants des enfants vulnérables issus des milieux défavorisés. Les enseignantes du préscolaire ainsi que les autres catégories du personnel
scolaire vont devoir continuer d'intervenir de façon ciblée auprès de ces
enfants. Avec les conditions et
modalités que le gouvernement met de l'avant pour les quatre ans TPMD en 2019‑2020,
il facilite pourtant cette intervention. En effet, nous souhaitions noter que l'offre de services à temps
complet en milieu défavorisé pour l'an prochain
est plus large et englobante que ce qu'accordait le précédent gouvernement. Les mesures budgétaires destinées spécifiquement aux classes de maternelle
quatre ans TPMD, la tenue de 10 rencontres pour le volet parents, l'aide additionnelle en classe à mi-temps en soutien à
l'enseignante, les exemptions à certaines dispositions du régime
pédagogique, telle que celles portant sur l'évaluation
des apprentissages et le bulletin unique, sont des mesures appréciées par les
enseignantes. Elles doivent être maintenues, sans être diluées ni dispersées,
dans tous les milieux.
De plus, le projet de loi avance l'idée de remplacer toutes les classes de maternelle quatre ans mi-temps par des classes à temps complet d'ici cinq ans. Qu'adviendra-t-il de ces classes
d'ici là? Le ministère est avare de commentaires à ce sujet. Pourtant, et ce, depuis 2013, la FAE a
dénoncé vigoureusement et à maintes reprises le fait que les enfants, actuellement, de maternelle quatre ans mi-temps ne bénéficient pas des mêmes conditions
d'apprentissage que leurs pairs fréquentant une maternelle quatre ans TPMD. La
même situation pourrait s'appliquer pour les enseignantes. Ce traitement
injuste et inéquitable doit cesser.
M. le ministre, nous vous demandons de vous assurer que les classes de quatre ans à
mi-temps bénéficient des mêmes conditions
et modalités que les classes de quatre ans TPMD dès 2019‑2020.
La maternelle quatre ans TPMD est un projet de société que l'on se
doit de chérir et de préserver. À ce
compte, nous demandons au ministre et au gouvernement de déployer, d'ici 2023‑2024, une offre de services de maternelle quatre ans à temps plein dans toutes les écoles de
milieux défavorisés du Québec
et, en ce sens, de surseoir à l'adoption du projet
de loi n° 5.
Je vous remercie pour votre attention.
Président (M. Asselin) :
Mme Morel, merci beaucoup. Vous êtes bien synchronisée avec nous. Alors, on
va débuter les échanges pour un 10 minutes avec le ministre. À vous la
parole.
M. Roberge : Merci bien, M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. Je suis content de voir que vous êtes en accord avec le déploiement des maternelles quatre ans en milieu défavorisé. C'est une position qui
n'est pas nouvelle au sein de votre fédération.
Petite question
d'amélioration de services. Quand on sait qu'il y a presque 400
classes actuellement ouvertes, toutes en milieu défavorisé, les 250 de septembre aussi sont toutes en milieu
défavorisé... Il y a eu des améliorations qui ont été faites ces dernières années, mais, d'après vous, qu'est-ce qu'on peut
faire pour améliorer les services, actuellement,
dans nos classes de quatre ans qui sont déjà ouvertes?
Mme Morel
(Nathalie) : Belle grande question.
Je vais essayer de couvrir l'ensemble, parce qu'il y a beaucoup de choses à
faire. Nous avons émis, en 2017, un rapport très détaillé basé sur l'expertise
des enseignantes et enseignants — parce qu'on a deux garçons — qui sont dans les classes de quatre ans
TPMD, et, pour nous, il y a beaucoup de choses à améliorer.
Dans un premier temps, je vous dirais que les
revendications portaient beaucoup sur l'aménagement physique, matériel des lieux. Donc, une classe de maternelle
quatre ans, ça prend du mobilier adapté aux quatre ans, ce n'est même
pas la même hauteur pour cinq ans. Ça prend
du matériel périssable, non périssable parce que les tout-petits, bien, ils se
mettent des choses qui sont supposées être
non périssables, parfois, dans la bouche ou dans le bol de toilette. Alors, les
profs disent : Il faut
absolument renouveler tout ce qui est matériel pédagogique. Il y a quand même
eu des sommes qui ont été octroyées. C'est sûr qu'on en a besoin d'encore plus parce
que, comme je vous dis, avec les tout-petits, les choses durent moins longtemps.
Beaucoup
d'aménagements physiques qui sont manquants, entre autres, la construction de
locaux, hein, l'espace, bien sûr. La
FAE représente des enseignants dans certaines commissions scolaires où il y a
un manque criant d'espace. Je donne, par
exemple, les écoles de l'île de Montréal, alors on pense Pointe-de-l'Île, CSDM,
Marguerite-Bourgeoys, mais c'est vrai ailleurs sur certains autres de
nos territoires.
Toute la
question du service, donc l'aide, vous savez, à demi-temps, la
personne-ressource additionnelle, qui est, dans nos pratiques, souvent un technicien ou une technicienne en éducation
spécialisée ou une éducatrice de service de garde qui accompagne
l'enseignante. On a, année après année, à se battre avec les commissions
scolaires, même les directions d'établissement,
parce qu'une fois qu'ils reçoivent le financement ils envoient cette
personne-là dans les autres classes en disant :
C'est des ressources de plus pour l'école. Nous autres, on dit : Non, non,
c'est des ressources pour la classe. Mais je peux vous dire encore que ce n'est pas 100 % des profs qui ont
leurs personnes-ressources parce qu'on a de la difficulté, sur le terrain, avec cette façon de faire là. On
le documente puis on interpelle souvent le ministère sur ces questions-là.
Il y a aussi,
je vous dirais, toute la question du volet parents, de l'évaluation des
apprentissages. Tout ça a été mis en
place. C'est des choses qui se sont améliorées avec le temps. Mais on a demandé
beaucoup aux profs de prendre ça sur leurs épaules, tandis qu'à
l'adoption du projet de loi n° 23... Je me souviens
des minutes, que j'ai relues souvent. C'est Mme Malavoy
qui portait le projet de loi. On avait bien dit, dans les minutes, que ce volet
parents là, c'était pour que les parents
apprennent à connaître d'autres personnes dans l'école, la communauté, donc
pour ouvrir l'école, dans le fond, et que les parents soient invités. Mais souvent, dans la réalité, on demande
aux profs de s'occuper des 10 rencontres, de faire ça bénévolement,
alors il y a aussi des redressements à faire.
Et, bien sûr,
le programme, je vais terminer là-dessus. On a actuellement un excellent
programme à la maternelle quatre ans.
Les enseignantes et enseignants qu'on représente l'apprécient beaucoup. Il a
été sanctionné en 2017. Il y a des travaux,
présentement, pour revoir un nouveau programme, qu'on va appeler un programme
arrimé. J'ai le privilège de faire
partie
du comité national. Les travaux vont bon train, mais je peux vous dire qu'on a
bien hâte de voir la nouvelle mouture parce
que les enseignantes réclamaient... la FAE, au nom des profs qu'elle
représente, réclame un programme qui permet l'intervention précoce, qui permet la détection, qui permet un découpage
annuel du programme pour savoir, en général, un enfant de quatre ans, c'est quoi, ses forces, ses faiblesses, même chose
pour les enfants de cinq ans. Et je vous dirais que c'était ce qu'on appréciait beaucoup du programme de
quatre ans qu'on espère retrouver dans le prochain projet de programme.
Mais, il faut le dire, je pense que c'est très méconnu
qu'il y a un programme aux quatre ans. On a travaillé ce programme-là pendant trois ans, et ce sont des
enseignantes qui y ont travaillé. Le ministère nous a invités à y travailler,
alors je pense qu'il faut quand même
remettre à César ce qui revient à César. Dans ce cas-ci, il faut mieux le
connaître et le diffuser. Et c'est
vraiment un programme qui vise le développement global de l'enfant dans toutes
ses sphères de développement.
M. Roberge : Je vous remercie
pour tous ces commentaires d'amélioration. Je suis interpelé particulièrement sur la question de l'éducatrice, là, qui devrait
être affectée à la maternelle quatre ans, là. Ce que vous me dites, c'est
que ce n'est pas toujours le cas. Vous
pouvez être assurée que je vais faire les vérifications. Puis, moi, c'est le
genre de choses qui me nourrit dans
les présentations, quand on nous dit ce qui va, ce qui ne va pas, ce qu'on peut
faire pour améliorer le service. C'est ça, notre mission, améliorer les
services aux jeunes, ça fait que c'est très constructif.
Votre
fédération est définitivement en faveur de la maternelle quatre ans, mais en
milieu favorisé... TPMD, donc temps
plein milieu défavorisé. Je m'explique mal pourquoi quelque chose qui est bon
en milieu défavorisé... il faudrait avoir une loi, conserver la loi actuelle, puis être vraiment restrictif de
manière à ne pas pouvoir. En ce moment, là, si je voulais ouvrir une classe de maternelle quatre ans dans un
milieu défavorisé, un milieu identifié comme 5 plutôt que 6, 7, 8, 9,
10, ce serait tout simplement illégal, on ne peut pas le faire.
Moi,
j'aimerais ça que vous m'expliquiez pourquoi il ne faut pas adopter la
loi — parce
que c'est ce que vous dites, essentiellement, il ne faut pas adopter le
projet de loi n° 5 — pourquoi il ne faut pas
adopter le projet de loi n° 5, c'est important de ne pas pouvoir ouvrir une classe
quand, dans un milieu donné, il y aurait une classe disponible, un
enseignant disponible, une éducatrice disponible,
des professionnels disponibles, des parents qui veulent inscrire leur enfant,
des parents qui n'envoient leur
enfant nulle part en ce moment ou qui sont sur une liste d'attente. Là, vous
allez me dire : C'est beaucoup de
conditions, mais ça se peut et ça arrive, il y a 42 000 enfants qui
sont sur des listes d'attente, il y en a 20 000 qui ne sont dans
aucun réseau à quatre ans.
Donc,
pourquoi, là, c'est important de garder le statu quo législatif puis d'empêcher
qu'on ouvre une classe dans un milieu
où il y a une classe disponible, un enseignant disponible, une éducatrice
disponible, des professionnels disponibles, des parents qui veulent
inscrire leur enfant, puis il faut que ça reste de même? Sincèrement, je ne
comprends pas, expliquez-moi ça.
Mme Morel
(Nathalie) : Je dirais qu'il
y a plusieurs motifs qui me viennent en tête. La première chose, pour
nous, il est clair que les ressources ne
peuvent pas être illimitées et que, quand on cible les milieux défavorisés,
pour nous, là, les ressources que le
ministère de l'Éducation veut octroyer au niveau des maternelles quatre ans
devraient toutes aller à temps plein
en milieu défavorisé parce qu'il y a beaucoup d'enfants qu'on n'a pas rejoints
encore. Et ces sommes-là que vous, entre guillemets, cibleriez vers des
milieux plus favorisés, bien, elles cibleraient des enfants qui vont ou ont
accès à d'autres services de garde régis par
l'État. Ce n'est pas le cas des enfants de parents en milieu défavorisé. Je
vais faire exception des... depuis,
je pense, août dernier, la mesure au niveau des gens qui sont sur l'aide
sociale. Mais, de façon générale, les parents
qui ont un très bas revenu, juste l'obstacle financier d'aller dans un autre
service de garde, régi par l'État ou pas, est un obstacle qui fait en
sorte que les enfants n'ont pas accès à aucun service.
Alors, pour
nous, c'est vraiment, comme je l'ai dit dans la présentation... et vous allez
le voir dans le mémoire, là, j'ai
vraiment résumé, on a au moins quatre pages sur l'historique des mesures en
milieu défavorisé, c'est vraiment dans le sens de dire : Au Québec, on a plein de projets, Une école
montréalaise pour tous, stratégie d'intervention Agir autrement, on
avait OS par le passé, ce sont, pour nous, des mesures qui sont prioritaires.
Les autres
enfants, par exemple, qui pourraient avoir des troubles, parce que c'est vrai que ce n'est pas juste dans les milieux défavorisés, bien,
par le statut économique de leur famille, donc, culturel aussi, ont accès à
d'autres ressources. Alors, c'est pour
ça qu'on vous demande de concentrer les sommes, qui ne sont quand même pas
infinies, dans les milieux défavorisés. Construire des locaux,
construire des écoles, c'est des sommes colossales. L'aménagement, on en a
parlé beaucoup, combien ça coûte, aménager
des locaux, donner du matériel. Alors, pour nous, ce n'est vraiment pas dans
le sens de priver des enfants de quelque chose, c'est de s'assurer que ceux qui
sont les plus vulnérables et en ont le plus besoin aient ces services.
Alors, c'est pour ça qu'on vous dit... Vous
savez, votre gouvernement vient d'élargir. C'était, avant, unités de peuplement 8, 9, 10. C'était juste le code
postal, hein? L'enfant pouvait s'inscrire, le parent venait à l'école, et on
regardait son code postal, on pouvait dire
oui à un parent et un petit de quatre ans, un enfant de quatre ans, et non à
l'autre qui était à trois rues
d'intervalle. Là, vous avez ouvert à écoles en milieu défavorisé 7, 8, 9,
10. Testons ce modèle-là pendant un certain temps pour s'assurer de rejoindre tous ces enfants-là. C'est un modèle
qui est, selon nous, une offre de services globale. On devrait réussir à aller chercher... On parle du
20 %, hein, des enfants qui ne sont dans aucun service. Et c'est ça pour
nous, comme ministère de l'Éducation, comme
priorité, qu'on vous demande. Puis, en 2023‑2024, bien, on se penchera sur
l'état de la situation puis on verra si on a réussi à les rejoindre, ces
enfants-là, et s'ils sont dans les classes.
Alors, c'est
pour ça que notre façon de vous le présenter, c'est de surseoir en
disant : Mettons toutes les sommes vers les enfants les plus vulnérables. Et, oui, les autres ont besoin de
services, mais ont accès, par des assurances, par exemple, personnelles de parents — hein, c'est ça qu'on dit aux parents, «avez-vous
des assurances? Allez consulter au privé» — par, bien sûr, le réseau de la santé,
mais aussi les CPE et les autres services de garde régis par l'État.
Puis une
petite chose que j'ai oubliée de vous dire tantôt pour améliorer les quatre ans
TPMD, c'est de s'assurer que les
commissions scolaires et les directions ne disent pas aux profs : Ah! ils
sont trop petits à quatre ans, cinq ans, donc vous n'aurez pas accès aux services complémentaires.
Ça, c'est un grave problème, actuellement, dans le milieu. Quand les
profs demandent au préscolaire d'avoir, par
exemple, des évaluations en orthophonie, en orthopédagogie, on dit aux profs,
de façon très, très générale parce qu'il y a une pénurie de ressources :
Ils sont trop petits.
Le Président (M. Asselin) :
Merci beaucoup. On va maintenant continuer avec la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. J'en profite aussi pour dire un petit bonjour
à Daphné, Sarah, Sophie, Alyssa, Olivier et Gabriel, qui suivent nos travaux,
en arrière, de façon très attentive.
Bonjour,
Mme Morel. Bonjour, très contente de vous recevoir. Vous avez vraiment
illustré correctement, je crois, la
situation réelle puis vous avez mentionné différents points auxquels j'aimerais
m'attarder. Vous avez parlé tantôt, par exemple, de la ressource à demi-temps qui était prise pour la maternelle
quatre ans, mais qu'on essaie de mettre ailleurs dans le réseau. Est-ce que, justement, ça, ça veut dire
qu'il faut ajouter davantage de ressources pour s'assurer que celle qui
est supposée d'être dans la maternelle reste
à la maternelle, mais pour répondre aux autres besoins, des premières années
jusqu'à la sixième
année, il y a aussi d'autres ressources additionnelles qui devraient être
injectées dans cette grosse enveloppe de 2 milliards qu'on veut mettre pour les maternelles quatre ans,
faire peut-être une réallocation des ressources pour répondre aux
besoins réels auxquels vous, vous êtes confrontés tous les jours?
Mme Morel
(Nathalie) : Oui, la
réponse, bien certainement, est la rareté, hein, c'est la pénurie. C'est pour
ça qu'on essaie un peu de partager entre plusieurs personnes les
ressources.
Mais je dois
quand même, Mme Rizqy, vous dire qu'on a vécu, dans les 15 dernières
années, des coupures effroyables dans
le milieu de l'éducation. Et il y en avait, des ressources professionnelles,
beaucoup plus qu'il y en a présentement. Alors, je vous dirais que ce n'est pas d'aujourd'hui que ce problème-là est là.
On a documenté, à la FAE, hein, des coupures de près de 1,5 milliard, dans les 12, 15 dernières années, dans
le réseau public de l'éducation, et c'est là, je vous dirais, qu'est la source des problèmes qu'on vit actuellement.
Les réinvestissements, à la fédé, nous, on appelle ça des remboursements,
on dit : On n'est pas à l'investissement encore, on est en train de
rembourser tout ce qu'on a coupé au réseau des écoles publiques. Alors, oui, ça
prend plus de ressources, c'est certain.
Et il faut
aussi faire attention, quand les sous rentrent dans les commissions scolaires
ou dans les écoles, bien, nous les
profs, on n'a pas un pouvoir décisionnel sur l'utilisation des budgets. Alors,
il y a aussi d'autres gens qui doivent être interpelés dans la répartition des ressources et dans les choix qui sont
faits pour respecter les encadrements légaux. C'est ce qu'on est obligés de faire, actuellement, porter
des textes d'encadrements légaux pour dire que la ressource, elle est à
la classe en soutien à l'enseignante. Alors, il y a beaucoup de joueurs, là,
qui ont besoin d'être rappelés à l'ordre, je pense.
Mme Rizqy :
Merci, Mme Morel. Vous comprendrez que je comprends parfaitement votre
message et que vous ne vous doutez
pas non plus qu'en ce moment je m'attarde vraiment sur le présent. Puis en ce
moment il y a de l'argent de disponible,
et c'est pour ça que je vous pose la question sur le 2 milliards qui est
sur la table, qui s'apprête à être injecté dans le réseau de l'éducation pour les maternelles quatre ans. Alors, c'est pour
ça que je m'attarde sur ce montant de 2 milliards, comment qu'on
pourrait l'allouer.
Et j'aimerais
savoir aussi, dans... Vous avez parlé tantôt des commissions scolaires de Montréal. Vous avez nommé la CSDM, Marguerite-Bourgeoys, Pointe-de-l'Île, vous avez des enseignants
qui sont, évidemment, dans votre... qui sont syndiqués chez vous, qui travaillent dans ces commissions scolaires. En ce
moment, nous, dans le grand débat des
maternelles quatre ans, on a eu des gens qui sont venus dire que, oui,
c'était extraordinaire, d'autres qui ont nuancé leurs propos.
Vous, vous avez été professeure depuis... enseignante depuis 1987. Selon vous, ce que vous avez vu en milieu défavorisé...
Parce qu'on partage l'opinion qu'on devrait
déployer les maternelles quatre ans à partir des milieux défavorisés; certains
disent que non. Nous, on aimerait
savoir : Vous, concrètement, sur le terrain, qu'est-ce que vous avez pu
voir comme expérience d'un enfant? Prenons, par exemple, un enfant
d'Hochelaga-Maisonneuve qui a fréquenté une maternelle quatre ans.
Mme Morel
(Nathalie) : Ça fait de
nombreuses années qu'on peut parler de cette expertise-là parce que...
Moi, je suis une enseignante d'Hochelaga-Maisonneuve, j'ai enseigné pendant 15
ans à l'école Maisonneuve. La maternelle quatre
ans de mi-temps, comme je le disais tout à l'heure, est là depuis longtemps, ça
fait qu'on peut témoigner, pas juste des maternelles quatre ans temps plein, hein, depuis juin 2013. C'est vrai pour
le programme Passe-Partout aussi. Ce sont des programmes qui ont fait leurs preuves. Alors, c'est souvent auprès des
profs qui accueillent les enfants aux cinq ans, en première année, en
deuxième année, c'est là qu'on est capables vraiment de documenter.
Nous, on l'a
fait, à la fédération. En 2017, dans notre rapport, vous voyez, pendant quatre
ans, on a suivi, dans le fond, à la
fois... pas des cohortes de façon nominative, mais nos profs, nos membres,
donc, qui enseignent aux quatre ans, aux cinq ans, en première, en
deuxième année, et c'est là qu'on voit des avancées extraordinaires. Ce ne sont
pas des études scientifiques. Je n'aurais
pas la prétention de dire que ça s'est fait dans un cadre complètement balisé,
mais c'est quand même de l'expérience,
de la pratique, hein? C'est les praticiennes qui côtoient ces enfants-là qui
disent, entre autres au niveau de la socialisation,
au niveau du langage, au niveau de la maturité affective, qu'il y a énormément,
énormément de plus-value.
Récemment, on
a des enseignantes qui ont fait des présentations dans des commissions
scolaires auprès de certaines de vos
collègues pour venir nous dire que la question de la maternelle quatre ans,
dans les faits, c'est souvent aussi permettre aux enfants qui ont des frères et des soeurs, donc la fratrie dans
l'école, de développer ce lien-là, d'être valorisés. Les grands viennent
aider les petits. Il y a beaucoup, beaucoup d'expériences qui font en sorte
qu'on sécurise aussi les enfants.
Alors, je
pense qu'il y a eu beaucoup, beaucoup de légendes urbaines. On a cassé beaucoup
de sucre sur le dos des maternelles
quatre ans récemment, c'est triste. Il y a un travail extraordinaire qui se
fait par les enseignantes qui y sont, mais c'est vraiment des milieux de vie. Il faut rentrer dans les classes pour
voir. On n'est pas du tout dans la scolarisation. C'est vraiment des
approches par le jeu. Je réitère que le programme est super apprécié.
Donc, je vous
dirais que, dans plusieurs volets du développement des enfants, on a vu des
changements notables, mais il n'y a pas de garantie, puis on essaie
d'investir, je vous dirais, dans le reste du parcours scolaire.
Mme Rizqy :
On est d'accord pour les maternelles quatre ans, mais c'est juste qu'on n'est
pas d'accord sur le moyen. Nous, on
préconise davantage les milieux défavorisés versus le mur-à-mur. On préfère le
sur-mesure parce que, vous l'avez vu... vous autres aussi, vous dites
que les ressources ne sont pas limitées, par définition.
Mais tantôt, pourquoi... Tantôt, vous l'avez
illustré parfaitement, vous avez dit : Bien, par exemple, une famille mieux nantie va avoir des assurances privées, va
avoir aussi, probablement, plus de contacts pour trouver les ressources,
alors que, par exemple, dans les milieux
défavorisés, ça peut être plus difficile, et c'est pour ça que vous priorisez,
j'imagine, en milieu défavorisé,
l'implantation des maternelles quatre ans et d'abord faire passer celles qui
sont à temps partiel à temps plein, dans un premier temps, c'est ça?
Mme Morel (Nathalie) : Oui.
Mme Rizqy : Tantôt, vous avez aussi
soulevé un enjeu qui est très important, le volet parents. Vous avez
parlé... les parents... puis j'imagine qu'en
milieu défavorisé... Pensons aussi aux nouveaux arrivants, qui arrivent, qui
s'installent souvent dans les quartiers que
c'est plus, disons, abordable, que ça soit dans Hochelaga, Montréal-Nord, par
exemple. Là, à ce moment-ci... Tantôt, vous avez mentionné que c'était
fait sur le temps des enseignants. Donc, ça prendrait aussi, évidemment, une reconnaissance de qu'est-ce qui
est fait au niveau volet parents, parce que vous aidez non seulement
l'enfant, mais les parents aussi à l'intégration dans le réseau scolaire.
Mme Morel (Nathalie) : Oui, tout à fait. Bien, le volet parents est très
apprécié. On a travaillé... on a présenté au ministère, là, différentes
activités qui se faisaient dans nos milieux il y a quelques années.
Mais
je voudrais aussi vous dire que la question de la langue, la question des
nouveaux arrivants, ça pose un autre défi.
Actuellement, on semble comprendre que le ministère et certaines commissions
scolaires voient la classe de quatre ans TPMD comme la classe pour intégrer les
enfants de l'accueil, et ça, c'est une grave erreur. Les profs le
disent, à plusieurs égards, on doit
maintenir le service de classe d'accueil au préscolaire. Ces classes-là
existent. Il y a certaines commissions scolaires
qui les offrent de façon systématique. Ce n'est pas la même chose.
L'apprentissage d'une langue via le jeu, bien sûr, et via un programme, c'est autre chose que le quatre ans TPMD.
Alors, il faut faire attention aussi de ne pas substituer un service pour un autre. Donc, nous, on aimerait que
les classes d'accueil soient maintenues au niveau du préscolaire ainsi que les classes de quatre
ans temps plein milieu défavorisé et cinq ans général.
Mme Rizqy :
Merci de porter ça à notre attention parce que, moi, c'est la première fois que
j'entendais ça. Pouvez-vous juste élaborer davantage pour juste que je
comprenne bien qu'est-ce qui se passe?
Mme Morel (Nathalie) : C'est que, dans certaines commissions scolaires,
chez les petits, pour le cinq ans, c'est la même chose, on abolit le service du préscolaire accueil pour intégrer
directement les enfants de l'accueil en disant : On va offrir du soutien linguistique, étant donné qu'ils
sont petits, ça va être facile, ils vont apprendre en même temps. Et
nous, les profs de l'accueil — c'est un champ spécifique, une formation
spécifique — nous
disent : Grave erreur. C'est un fardeau pour le prof, bien sûr, du régulier qui accueille ces enfants-là, c'est
vrai, après ça, pour le primaire et le secondaire aussi. Mais il faut
bien scinder et offrir le bon service aux enfants.
Mme Rizqy :
Merci. Merci beaucoup. Il ne nous reste que quelques secondes.
Président (M. Asselin) : 10.
Mme Rizqy :
Merci, M. le...
Président (M. Asselin) : Neuf, huit...
Mme Rizqy :
Est-ce que les négociations ont commencé pour la valorisation de
l'enseignement, notamment au niveau des conditions salariales?
Mme Morel
(Nathalie) : Non, on va déposer nos demandes à l'automne.
Président (M. Asselin) : Merci beaucoup,
Mme Morel. Nous allons maintenant passer les deux prochaines minutes 40
secondes avec la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie :
Merci, M. le Président. Mme Morel, vous avez dit quelque chose tantôt qui
m'a vraiment fait froncer les sourcils, je
veux juste vous demander de clarifier. Est-ce
que j'ai bien compris qu'en ce
moment, au préscolaire, il y a des enseignants et des enseignantes qui demandent
des ressources professionnelles et qui se font répondre que, non, ces
ressources-là sont pour les élèves plus vieux?
Mme Morel
(Nathalie) : Oui, tout à fait. Mais, je vous dirais, actuellement,
la réalité, là, sur le terrain des profs... On a
beau dire : Il y a de l'argent, puis on met de l'argent, puis il va y avoir
des ressources... Premièrement,
c'est comme pour les enseignantes et
enseignants, il n'y a pas nécessairement des personnes humaines qui prennent
les emplois, il y a de la pénurie
dans d'autres catégories de personnel. Mais, deuxièmement, depuis longtemps, je
vous dirais que la politique
d'adaptation scolaire du ministère de l'Éducation 1999‑2000 est venue placer
dans l'imaginaire collectif qu'on attend, on attend.
Vous
savez, la politique de non-redoublement, de non-identification, et tout ça, on
est dans cet air ambiant là. Le ministère
de l'Éducation a instauré, avec la réforme de l'éducation des années 2000,
cette façon de voir là : On suit le rythme de l'enfant, on le laisse progresser, on fait une approche par cycles.
Alors, on est là-dedans. Puis au préscolaire, bien, on ajoute à ça : Bien, ils sont trop petits, on va leur
donner du temps. Je ne dis pas que c'est complètement faux, mais, de façon
générale, les profs ont beaucoup de difficultés, puis c'est pour ça qu'on l'a
mis dans notre convention collective maintenant, ça dit : Dès le
préscolaire.
Mme Labrie : Bien,
j'espère que c'est bien entendu par le ministère parce que ce n'est clairement
pas dans le sens de l'objectif qui
est supposé d'être atteint ici, d'attendre plusieurs années avant de donner les
services professionnels aux enfants du préscolaire.
Vous
demandez, dans votre mémoire, que le gouvernement reporte le projet de
déploiement universel des maternelles quatre
ans et qu'il se concentre sur les milieux défavorisés. Ma question va un peu
dans le même sens que celle du ministre, mais je vais la poser différemment. Pour vous, ce serait quoi, les
critères à remplir avant d'envisager un déploiement universel de la
maternelle quatre ans?
Mme Morel (Nathalie) : Nous, on n'envisage pas un déploiement universel.
Ce qu'on demande au gouvernement, c'est
de surseoir. Pour nous, il faut prioriser. Pour les cinq prochaines années,
assurons-nous que le service est offert partout dans toutes les écoles
en milieu défavorisé, et on reprendra la discussion dans cinq ans.
Mme Labrie :
Mais à long terme ce serait quoi, les conditions qu'il faudrait réunir, comme
société, pour l'envisager avant de ramener ce projet de loi?
Mme Morel (Nathalie) : À long terme? Je ne peux pas vraiment vous
fournir une réponse parce qu'on n'a pas de position là-dessus. On n'a pas une position pour dire : On doit
s'en aller vers l'universalité. Nos positions sont très claires sur le
fait.
Maintenant,
qui sommes-nous pour dire où sera la société dans cinq ans, dans 10 ans ou dans
15 ans? Alors, c'est pour ça qu'on
dit... Puis en même temps, je vous dirais, le contexte actuel est très
polarisant : On est pour ou on est contre, hein, c'est ça qu'on entend dans les médias, c'est ça qui est
rapporté : Êtes-vous pour la maternelle quatre ans ou contre la maternelle quatre ans? On dirait qu'entre les deux
on ne peut pas dire : On est pour le quatre ans à temps plein en
milieu défavorisé puis voici les motifs. Alors, on veut sortir de cette
polarisation-là. Nous, on dit : Il faut surseoir.
Le Président (M. Asselin) : Merci beaucoup, Mme Morel. Pour le prochain
2 min 40 s, on va écouter la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Merci. Bien, nous aussi, on souhaite ça parce qu'on aimerait ça qu'il puisse y
avoir un peu de nuances de part et d'autre,
puis c'est vrai que la polarisation est très présente. Puis une des raisons
pourquoi on veut ça, c'est qu'on voudrait
que la maternelle quatre ans soit là, d'abord et avant tout, pour les enfants
qui en ont le plus besoin et qui, notamment... soit de milieux défavorisés soit ne fréquentent aucun service de garde,
qui leur donne une chance d'arriver avec moins de vulnérabilité. Alors, je pense que c'est important
de le rappeler. Puis, quand vous le rappelez aujourd'hui, c'est que vous
dites, dans le fond : Le projet de loi,
il n'est pas essentiel du tout parce qu'on peut continuer à le déployer dans le
milieu défavorisé, même avec
l'élargissement que le ministre a fait de la conception du milieu défavorisé,
pour les enfants qui en ont le plus besoin.
Donc, moi aussi, je veux être là-dessus. Parce que vous savez que certains
experts, dont un qu'on entend beaucoup... est venu dire exactement le
contraire, là : C'est épouvantable de limiter ça aux milieux défavorisés.
Donc,
pourquoi c'est si important? Puis est-ce qu'il y a des risques qu'on échappe
des enfants si on ouvre largement? Parce
que c'est comme si le gouvernement nous dit : Bien, il y en a des fois, en
milieu favorisé, qu'on peut échapper, donc n'ayons plus aucun critère.
Mais n'avoir plus aucun critère, c'est quoi, les risques avec ça?
Mme Morel (Nathalie) : Bien, moi, je dirais que c'est la dilution, c'est
le saupoudrage, c'est le fait de dire... à un moment donné, les ressources
ne sont pas illimitées, on va avoir une assiette ou une tarte puis on va la
partager en des plus petites portions pour tout le monde, donc de ne pas
avoir, au rendez-vous, les ressources pour les enfants des milieux défavorisés. On parlait, tout à l'heure, des ressources professionnelles, c'est
ça, la réalité du personnel de soutien. Si, disons, on donne à tout le monde des petits morceaux,
bien, ceux qui en ont le plus besoin, qui ont besoin du gros morceau,
ils ne l'auront pas, c'est eux qu'on va échapper.
Peut-être qu'on va
pouvoir faire en sorte qu'un enfant qui n'est pas de milieu défavorisé ait du
service à l'école, peut-être pas parce
qu'ils ne sont pas toujours au rendez-vous, les ressources et les services.
Mais cet enfant-là qui n'est pas de
milieu défavorisé... On a bien documenté, au Québec, le fait qu'on unit
défavorisation économique, décrochage scolaire. Alors, on sait qu'il ne
faut pas manquer notre coup avec les enfants des milieux défavorisés.
Alors,
il n'y a pas de garantie, là. Je ne prétends pas être ici en disant : On
va tout faire parfaitement, mais on sait, en tout cas, que, si on ne
donne pas assez aux enfants des milieux défavorisés, c'est eux qui risquent
d'être nos futurs décrocheurs, c'est eux qui
risquent, parce que c'est ça, toutes les statistiques qu'on a, alors c'est
vraiment dans ce sens-là. Pour nous,
les enfants qui ne sont pas de milieux défavorisés ont, comme je l'ai dit tout
à l'heure, des possibilités d'avoir accès à des ressources par d'autres services, comme par exemple les centres de
la petite enfance, comme par exemple... Parce que c'est le cas même dans le réseau scolaire,
actuellement. On dit aux parents, quand il n'y a pas de ressources : Avez-vous
des assurances? Je vous invite à aller consulter. Ça, c'est la réalité dans nos
écoles, madame...
Président (M. Asselin) : Mme Morel, Mme Roy, je vous
remercie pour votre participation à nos travaux. Saluerez M. Mallette de
ma part.
Et puis on va
suspendre quelques instants nos travaux. On a une séance de travail qui se
continue bientôt.
(Suspension de la séance à
13 h 2)
Président (M. Asselin) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Je vous demanderais
de bien vouloir éteindre la sonnerie de vos appareils électroniques.
Nous poursuivrons
les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières
sur le projet de loi n° 5. Cet après-midi, on va entendre d'abord la Fédération
québécoise des organismes
communautaires Famille. Ensuite, on
va entendre M. Georges
Tarabulsy, professeur à l'École de psychologie de l'Université Laval. On va entendre l'Association d'éducation préscolaire du Québec, et, en audition conjointe,
la Centrale des syndicats du Québec, la Fédération des intervenantes en petite
enfance du Québec et la Fédération des syndicats de l'enseignement.
Je voudrais souhaiter la bienvenue à
Mme Brunet, M. Dumais. Vous aurez 10 minutes pour présenter votre mémoire,
et puis après ça on va commencer les échanges doucement. Bienvenue dans votre Assemblée nationale. On est heureux de vous recevoir. À vous la parole.
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Merci beaucoup, M. le Président. Mesdames et messieurs, j'aimerais d'abord
vous remercier à l'avance pour votre écoute,
votre intérêt. Je me nomme, en effet, Marie-Eve Brunet, je suis
directrice générale de la Fédération québécoise des organismes
communautaires Famille, la FQOCF, et je suis accompagnée de M. Michel
Dumais, directeur des communications, partenariats et relations gouvernementales.
La FQOCF,
fondée en 1961, a pour mission de regrouper et de soutenir plus de 240 organismes communautaires famille,
des OCF, tout en contribuant à assurer la place essentielle de la famille dans
la société québécoise. Nos deux volets d'action prioritaires sont
l'accompagnement en développement communautaire auprès des OCF et agir
nationalement auprès des décideurs et des influenceurs afin de faire entendre
la voix des OCF et également celle des familles.
Mais qu'est-ce qu'un OCF? Les organismes
communautaires famille sont des lieux d'accueil, d'écoute et un continuum d'accompagnement aux parents, et ce,
dans les 17 régions du Québec. Les OCF desservent tous les types de
familles, de la naissance au moment où l'enfant prendra son envol. C'est une
organisation professionnelle, mais non institutionnelle,
un espace de confiance qui favorise les échanges entre parents et qui affirme
que chaque parent est le premier et principal éducateur de son enfant.
Pour certaines
communautés, l'OCF peut prendre le nom de Carrefour familial du Richelieu,
Centre ressources Jardin de familles,
Carrefour Naissance-Famille du Bas-Richelieu, Famille à coeur, Relais familial
d'Auteuil, la Maison Pause-Parent, la
Maison de la famille Au coeur des générations d'Argenteuil, Maison de la
famille Beauce-Etchemins, la Maison des
familles de Saint-Laurent, la Maison de la famille au Coeur à Rivière, Famille
Espoir, Maison Parenthèse, pour ne vous donner que quelques exemples
qui, je crois, devraient faire écho chez vous.
Ce que nous
estimons aujourd'hui important d'apporter à vos réflexions présentes et à venir
est, vous l'aurez compris, la place
des parents dans le débat. Nous partageons l'objectif de répondre aux
besoins des familles en bonifiant l'offre actuelle des services éducatifs. Les parents québécois
ont maintes fois exprimé leurs besoins pour des services éducatifs et de
garde de qualité, des activités liées au développement de leur enfant ainsi que
des services de soutien à la parentalité.
La FQOCF
reconnaît l'importance d'offrir et de
soutenir les choix des parents quant aux services éducatifs qui seront les mieux adaptés aux besoins de leur enfant ainsi
qu'à leur réalité familiale. La FQOCF salue l'intention du gouvernement
de bien accompagner les enfants en permettant que les maternelles quatre ans et
les autres services éducatifs à l'enfance puissent coexister et demeurer au
libre choix des familles.
La FQOCF
soulève également le besoin des familles d'obtenir facilement des informations
claires sur les différents services
éducatifs et leurs particularités. Ces renseignements permettraient aux parents
de faire un choix juste et éclairé en faveur
du développement du plein potentiel de leur enfant. Cet outil pourrait
également comprendre un instrument de calcul comparatif des coûts des services afin que les parents puissent mieux
envisager les frais pour chacun des services éducatifs offerts. Nous
l'avons dit, le parent est le premier et le principal éducateur de son enfant.
Les organismes communautaires famille partagent
la conviction que les parents sont à même de faire des choix appropriés pour leur enfant en tenant compte de
leur propre réalité familiale. Et, comme parents, divers services
éducatifs nous sont offerts. Ceux-ci
incluent les services de garde éducatifs à l'enfance, régis ou non par l'État,
la maternelle quatre ans offerte dans
les établissements scolaires, le programme d'animation Passe-Partout. Ils
comprennent aussi les services offerts par
les organismes publics ou communautaires, que ce soit du secteur de la santé,
des services sociaux, les haltes-garderies, les centres de loisirs, les camps de jour et, évidemment, les diverses
actions des organismes communautaires famille auprès des mères, des
pères et des enfants.
permettez-moi, s'il vous plaît, de vous dire que, considérant l'engagement
gouvernemental à agir tôt pour que chaque
enfant puisse développer son plein potentiel, l'implication et l'engagement des
parents en faveur du développement global
de leur enfant dans les activités des OCF n'est pas à sous-estimer. Avec ce
portrait plus juste de la diversité des services offerts aux familles,
il devient pertinent de s'attarder aux caractéristiques pouvant influencer le
choix des parents. Vous y découvrirez des aspects à penser, à repenser et à
améliorer.
Première
caractéristique, la proximité et la flexibilité. Les parents québécois
souhaitent obtenir des services éducatifs adaptés à leur enfant et situés à proximité de leur domicile et de leur
milieu de travail. Il est important pour les parents que l'établissement soit localisé sur le chemin, sans
avoir à faire de détours. Avoir ou non à faire du kilométrage
supplémentaire nécessite aussi du temps.
C'est la qualité de vie de tous les membres de la famille qui s'en trouve
compromise. Les réalités familiales quant aux modes de transport sont
aussi différentes en milieu rural ou en milieu urbain. Certaines familles soupèseront certainement
la décision d'opter pour le transport scolaire de leur enfant de quatre ans,
accompagné des autres écoliers de l'ensemble des cycles du primaire,
pour un long trajet alors qu'un milieu de garde est peut-être situé près de la
maison.
Pour le volet flexibilité, le Conseil supérieur
de l'éducation précisait que plusieurs familles issues de milieux défavorisés préfèrent des services éducatifs
informels que les enfants peuvent fréquenter occasionnellement et qui
offrent des activités aux parents plutôt que
des services régis. Les OCF développent des liens de confiance avec les parents
de par la nature même de leur
travail. Nous avons des ponts à construire, inspirés de certaines magnifiques
pratiques sur le terrain, afin que
les OCF du Québec puissent plus activement participer à favoriser une relation
de qualité entre les parents et
le milieu scolaire.
Autre
caractéristique, la disponibilité et l'accessibilité. Les parents se soucient
grandement du manque d'accessibilité de
services de garde éducatifs régis, les places limitées, longues listes
d'attente nécessitant une inscription bien avant le besoin du service et souvent concluante vers la
fin du parcours préscolaire de l'enfant, le manque d'information sur la
nature, les particularités et la diversité des services offerts.
Troisième
caractéristique, la qualité des services éducatifs. Un autre facteur
déterminant au moment de faire un choix des services éducatifs est la qualité de ceux-ci, vous n'en serez pas
surpris. Encore une fois, cependant, il peut être difficile pour de nombreux
parents de se retrouver dans les diverses informations circulant concernant la
qualité des services.
Finalement,
la dernière caractéristique, mais non la moindre, le coût et le tarif
abordable. Des parents souhaiteraient, par
ailleurs, obtenir plus d'information pour comprendre les modalités et pouvoir
comparer le coût quotidien net des différents services en fonction des
mesures fiscales qui leur sont offertes.
J'attire maintenant
votre attention sur certains effets de la bonification de l'offre actuelle des
services d'éducation préscolaire.
Donc, outre les effets positifs sur le développement global des enfants et la réussite éducative,
d'autres effets sont déjà identifiés, et il est possible d'agir sur
ceux-ci. La transition d'une routine familiale à une routine scolaire peut être
plus ardue pour un enfant de quatre ans et
pour les parents. Il faut donc préparer les enfants de trois ans à l'entrée
dans ce bel univers scolaire ainsi que les parents. Il s'agit là d'une
des expertises développées depuis de nombreuses années dans plusieurs OCF du Québec. Je pense
ici à de grands projets structurants et rassembleurs de type école-famille-communauté.
Autre effet à
ne pas oublier pour assurément répondre au choix que feront les parents pour le
développement de leur enfant, c'est la question de l'adaptation de
l'agenda familial au milieu scolaire. En effet, plusieurs OCF reçoivent déjà des demandes
des municipalités et des familles pour pallier aux besoins de ces
dernières lors de la relâche et de la période estivale. Soyons honnêtes, il est difficile d'adapter un
camp de jour dit régulier aux besoins des tout-petits. Il faut penser
autrement, pas à la pièce. Nous vous tendons la main, la FQOCF veut penser
stratégiquement avec vous.
En résumé, nous
considérons qu'afin de bien répondre aux enjeux des familles il est important
d'offrir des services diversifiés et
répondant aux enjeux de proximité, flexibilité, disponibilité, accessibilité,
que ce soient des services de qualité, et
que les tarifs soient abordables, et que les coûts entourant le choix soient
raisonnables. Par la suite, pour réellement soutenir les parents du Québec dans leur choix, la
FQOCF propose au gouvernement de créer un outil de référence afin que les
familles puissent obtenir facilement
des informations très claires et concises sur les différents services éducatifs
et leurs particularités afin qu'ils
soient en mesure de faire ce choix éclairé en faveur du développement de leurs enfants. Aussi, la FQOCF invite le gouvernement à faire appel à l'expertise des OCF dans le continuum d'accompagnement
des parents quant au déploiement de ces actions auprès des familles québécoises.
Offrir et soutenir le choix des parents du Québec pour favoriser le plein potentiel des enfants et également
offrir aux parents de toutes les régions du Québec un continuum
d'accompagnement, voilà une opportunité à ne pas sous-estimer. Merci.
Président (M. Asselin) :
Mme Brunet, pile 10 minutes, parfait. On va débuter les échanges
tranquillement avec le ministre de l'Éducation. À vous la parole pour 16
minutes, je crois.
M. Roberge : Merci
bien, M. le Président. Merci pour votre présentation. Vous avez brossé un
portrait assez large, assez
exhaustif. Puis je veux juste prendre une petite seconde avant pour vous
remercier, vous et vos membres, pour ce que vous faites. Ça fait partie, selon moi, de l'éventail des services qui
viennent vraiment aider les parents à s'acquitter de leur tâche, qui peut les aider de mille façons, même,
des fois, en périnatalité, avec les tout-petits, tout-petits, tout-petits,
avec les plus grands. Des fois, je sais que
vous accueillez des ateliers d'autres groupes, vos gens sont formés en continu.
Enfin, je sais que — vous en avez parlé au début — le Carrefour familial du Richelieu fait un
très, très bon travail, très innovant. Je sais que c'est vrai pour
beaucoup d'autres. Donc, avant de commencer, je voulais dire ça.
Je suis très
content que l'attitude que vous apportez, c'est-à-dire une attitude
collaborative qui nous suggère des pistes encore en mode solution, en mode comment on fait pour améliorer l'offre
de services, répondre aux besoins des parents, répondre aux besoins des enfants. Il y a quand même une prise de
position claire au départ quand vous dites : «La FQOCF partage l'objectif gouvernemental visé par le
projet de loi n° 5 de répondre aux besoins des familles en bonifiant
l'offre actuelle de services d'éducation préscolaire.» Donc, ça, c'est
clair. Ceci dit, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des choses à améliorer
pour réussir l'implantation, puis on en est bien conscients.
Il y a
un élément à la fin de la page 2, où vous dites : «La FQOCF réitère
le besoin des familles d'obtenir facilement des informations claires sur les différents services éducatifs...»
Bien, cette question de fournir à tous une information qui est fiable, qui est claire, c'est un des enjeux qu'on... je ne pensais pas
que c'était un enjeu. Pour moi, c'était évident, là, qu'on a informé les
gens, mais ça a de l'air que, pour certains, c'est un enjeu, et ça a été
soulevé par certains.
Est-ce que
vous pensez qu'il faudrait éviter d'informer les parents, que ce serait important
de ne pas informer les parents qui
ont déjà une place dans un service de garde éducatif puis
qu'il faudrait juste informer les parents dont les enfants ne sont pas en service de garde, mais qu'il faudrait éviter d'informer les parents qui ont déjà des
enfants dans le service de
garde si une maternelle quatre ans s'ouvre? Quelle est votre opinion là-dessus?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Bien,
vous comprendrez, M. le ministre, que nous croyons que tous les parents
doivent être informés pour pouvoir faire les choix au fur et à mesure des
besoins de leur réalité familiale, qui peut être évolutive. La famille traditionnelle telle qu'on la connaissait dans le
passé n'existe plus. Elle est éclatée sous plusieurs formes et elle peut changer dans le temps. Donc, plus on
a une connaissance des différents services, plus on peut s'adapter
aussi en fonction de cette réalité qui peut être changeante.
M. Roberge : Donc, on n'oppose pas... Ce n'est pas parce qu'un parent entre dans... plutôt qu'un
enfant entre dans un service de garde
que le parent ne peut pas changer au cours du parcours du jeune parce que les
besoins de l'enfant peuvent changer, de même que les besoins du parent.
j'aime bien ce que vous dites quand vous dites que c'est important que les
maternelles quatre ans et les autres services
de garde à l'enfance puissent coexister et demeurer au libre choix des
familles. Vous comprenez que c'est exactement l'intention du
gouvernement. Puis j'ai entendu encore un commentateur, il n'y a pas longtemps,
parler de la maternelle quatre ans
obligatoire. Ce n'est pas le cas du tout, du tout, du tout. Il ne s'agit pas de
la rendre obligatoire, pas plus que le milieu
familial ne l'est, ou que le CPE, ou que la garderie subventionnée, ou que vos
services que vous offrez dans l'ensemble des maisons de la famille ou
des autres regroupements ne sont obligatoires.
Pour
ce qui est des services l'été, vous mettez le doigt sur quelque chose qui est
quand même intéressant. C'est une préoccupation
que beaucoup de parents ont. Je veux juste vous dire qu'on a déjà un comité
interministériel qui discute de cette
question, Famille, Éducation, Affaires municipales. C'est souvent les
municipalités qui font les camps de jour, mais il y a aussi Famille et il y a aussi d'autres groupes
communautaires qui font ça. Il faut aussi dire qu'on va revoir le
règlement de la garde des enfants en bas âge
avec le ministère des Affaires municipales pour assurer une coordination. Mais
est-ce que vous pensez que certains
de vos membres, de vos organismes pourraient lever la main pour assurer la
garde pour des enfants de quatre ans durant la période d'été?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : En fait, c'est déjà le cas. Plusieurs OCF du
Québec offrent différents types de
services durant toute l'année, et particulièrement en été. Certains OCF, par
contre, je dois le mentionner, pour, malheureusement, des situations de
financement, sont fermés en été, donc il y a là peut-être des ajustements.
Quelques
municipalités ont déjà communiqué, comme je le dis, aussi pour cibler, dès
2020, l'adaptation de camps de jour,
parce que les camps de jour, comme je le disais tantôt... d'irréguliers,
souvent, la limite en termes d'infrastructures, que ce soit... que l'enfant n'aura pas l'espace pour faire une sieste,
sera peut-être au soleil une longue
partie de la journée... est plus difficilement adaptable que d'utiliser un
lieu qui est déjà outillé pour recevoir... Donc, à ce niveau-là, je suis
certaine que je peux vous dire dès maintenant que, oui, plusieurs lèveront la
main.
Mais
ce qu'on souhaite aussi mentionner, justement, pour éviter du «à la pièce», il
pourrait être intéressant de réfléchir ensemble
à comment tout ça peut se déployer, ne serait-ce que pour que l'information,
justement, soit claire pour les parents aussi, où on peut se retourner, vers où on peut s'en aller. Et même
l'été peut être un excellent moment pour être une préparation à l'entrée à l'école par la suite, autant pour les
enfants que pour les écoles, tout en évitant... tout en étant quand même
dans le ludique, là, durant l'été estival.
M. Roberge :
Je n'en doute pas. Mais, écoutez, moi, je pense qu'on... sans doute qu'on se
reparlera et que vous parlerez à des
membres de notre cabinet par la suite pour voir de quelle façon on peut arrimer
Famille, Santé, Éducation, Affaires
municipales, mais aussi vos groupes, puis ça peut impliquer du financement
aussi, là, pour vous aider à déployer cette
offre de services là. Il y a, je pense, de plus en plus d'enfants, enfin, à
mesure que les parents feront le choix, je le précise, qui pourraient
avoir besoin des services que vous offrez.
Page 7
de votre document, vous avez «4. Caractéristiques des services éducatifs à
la petite enfance que recherchent les
parents», et là, 4.1, «Proximité et flexibilité». Pour la question de la
proximité, je me suis fait interpeler ce matin en disant qu'il faudrait faire attention, il ne
faudrait surtout pas qu'une classe de maternelle quatre ans ouvre à proximité
d'une installation existante, que ce soit
une garderie privée, ou privée subventionnée, ou un CPE. Est-ce que vous
trouvez que c'est une mauvaise idée
qu'une classe de quatre ans ouvre à, je ne sais pas, 500 mètres, un kilomètre
d'un CPE, surtout si ce CPE là est plein, mais il ne faudrait pas, par
idéologie, qu'une maternelle quatre ans soit proche d'un CPE? Est-ce que vous
partagez cette vision?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Je comprends bien votre question, M. le
ministre. Je vous dirais que notre vision n'est pas de rendre en compétition
les services, mais bien de voir que ces services-là peuvent travailler main
dans la main. Donc, s'il y a des besoins dans un quartier, je pense que la
communauté peut tout à fait travailler aussi à trouver des solutions pour
s'assurer que tout le monde a sa place et qu'au contraire on peut construire
des ponts entre chacun.
Président (M. Asselin) : Je m'excuse de vous interrompre. On a
probablement un vote en cours, donc je vais suspendre quelques instants, et on
va vous revenir avec 8 min 48 s à faire dans l'échange.
(Suspension de la séance à
15 h 21)
Le Président (M. Asselin) :
Alors, on reprend nos discussions. M. le ministre.
Le Président
(M. Asselin) : Ah! Mme la députée d'Argenteuil, à vous la
parole.
Mme Grondin : Merci
beaucoup. Bonjour. J'ai une petite question. En fait, d'autres gens qui sont venus manifester leur opinion... il y avait... une des questions
que je n'ai pas eu le temps de poser, en fait, était... Dans mon comté, on a
une maison de la famille qui n'est pas
encore subventionnée à la mission, mais on a la maternelle quatre ans, également,
dans deux écoles à côté des
centres de la petite enfance. Et, quand on regarde les chiffres, il y a
encore 60 % des enfants 0-5 ans qui ne sont pas dans un réseau, on a un panier de services qui est
disponible et accessible. Est-ce que
vous avez une idée pourquoi?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Bien, en fait, si je peux me permettre, il y a
toutes sortes de raisons. Il faut comprendre,
le hors réseau... c'est souvent, on va se le dire, le milieu scolaire, CPE,
services de garde régis, on est souvent dans ce type de services là. Plusieurs des familles hors réseau se
retrouvent en organismes communautaires famille, en OCF. Ça peut être pour toutes sortes de raisons,
que ça soit un choix personnel de
parents de dire : Je veux profiter de cette période-là avec mon enfant puis je vais amener mon enfant à aller, oui,
socialiser, exemple, en organisme
communautaire famille en même temps que je
vais aller chercher un atelier d'habilité parentale, par exemple, un soutien,
un moment d'échange entre parents,
mais, dans d'autres moments, je souhaite être plus présent avec mon enfant
pendant cette période-là. Ça peut être
ça. On a des parents qui ont des horaires atypiques, aussi, qui ne rentrent pas
dans le réseau habituel, donc ils vont trouver d'autres alternatives,
d'autres que c'est les grands-parents qui vont être la relation
intergénérationnelle un peu plus. Donc, il y
a plusieurs éléments qui peuvent amener des enfants à être hors réseau. Si on
regarde juste chez nos enfants de quatre ans, il y a à peu près
20 % de nos enfants, à quatre ans, qui sont hors du réseau dit habituel.
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Exact. Donc, en termes de raisons, bien, c'est
certain, je vous ai parlé, tantôt, de caractéristiques dans le mémoire,
il y a différentes caractéristiques, il faudrait voir. Là, je ne veux pas
m'arrêter nécessairement à une spécificité, j'aimerais bien aller chercher
toute l'information. Mais, chez vous, est-ce que ces caractéristiques-là font écho chez vos parents? Est-ce qu'il y a
peut-être des enjeux qui leur
permettent, justement, de dire : Ah!
bien, dans ce cadre-ci, je préfère que ce soit pour une question de proximité,
de coûts, de disponibilité? Il y a plusieurs éléments, là, qui
pourraient expliquer la situation.
Mme Grondin : Est-ce que ça vaudrait la peine de mieux creuser
pourquoi, par exemple, si on veut
travailler sur le 20 % qui sont en réseau?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Bien, je pense qu'on a des ponts à créer, comme
je disais tantôt, pour ne pas, justement,
mettre les services en opposition, mais bien d'aller voir quels sont les
besoins de nos parents, est-ce qu'ils ont l'information nécessaire pour faire le choix. Puis le choix,
justement... Tu sais, tantôt, je nommais plusieurs types de services, bien, il y a le choix aussi de dire : Je
garde l'enfant à la maison. Donc, tous ces choix-là, quelles sont les
caractéristiques, les spécificités, les
plus, les moins, les coûts de tous ces éléments-là, et là vous allez pouvoir
peut-être mieux comprendre pourquoi vos parents se retrouvent dans
certaines catégories plus que d'autres.
Mme Grondin :
Peut-être une petite question encore. On parle beaucoup, beaucoup d'enfants
vulnérables qui ont parfois des
difficultés d'apprentissage ou toute autre, mais on parle peu d'enfants doués
et de surdouance. Qu'est-ce que vous en
pensez? Est-ce que ces enfants-là sont aussi tout à fait, comment je pourrais
dire... On en parle très peu, et pourtant il y en a une, catégorie, et
on n'en parle jamais. Qu'est-ce que vous en pensez dans ce sens-là?
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
Je veux être sûre de bien comprendre votre question.
Mme Grondin :
Bien, en fait, au niveau des 0-5 ans, le panier de services qui est là,
que ce soit au niveau des maisons des
familles, ou des CPE, ou de la maternelle quatre ans, est-ce que vous croyez
que les enfants... Parce qu'on parle de dépistage précoce, on parle beaucoup, beaucoup... on donne beaucoup
d'attention aux enfants qui ont des vulnérabilités, je ne suis pas
certaine qu'on en donne autant pour les enfants qui ont de la douance ou de la
surdouance.
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Bien, écoutez, moi, ce que je pourrais vous dire
sur ces éléments-là, à travers les
informations qu'on a souhaité vous déposer aujourd'hui, c'est que ce qu'on
souhaite, c'est que les parents puissent... qui connaissent bien leur
enfant, qui ont un rôle de premier éducateur, de premier répondant auprès de
leur enfant, eux, ils connaissent les
besoins, aussi, de leur enfant, donc en ayant une meilleure chance... Moi, je
crois qu'on ne les échappe pas en
parlant des différents services. Ce qu'il faut s'assurer, justement, c'est que ces
services-là répondent aux caractéristiques qu'on nommait tout à l'heure. Donc, comme parent, si je choisis que mon
enfant qui est dans une situation de douance a besoin de x types de stimulation, que je puisse avoir accès au service
que je crois être le plus approprié à ma réalité familiale.
Mme Grondin :
Parfait. Merci.
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
Merci.
Le Président (M.
Asselin) : M. le ministre, pour 1 min 45 s.
M. Roberge :
Merci. À la toute fin de votre mémoire, vous parlez de la qualité des services
éducatifs, vous parlez de ratios intervenants, taille de groupes — c'est
lié — formation
du personnel, aménagement des espaces, programmes éducatifs. Quelle est votre opinion d'un service où le programme
éducatif est basé sur deux ans, sur un cycle du préscolaire quatre ans et cinq ans, où la taille du groupe
moyenne est de 12 enfants, mais pour une enseignante et une éducatrice
à demi-temps, où, justement, il y a à la
fois une enseignante qui a un baccalauréat puis une éducatrice qui a la
technique au cégep puis où les
aménagements sont à propos? Est-ce que vous ne pensez pas que c'est un cadre
assez exceptionnel pour envoyer nos petits de quatre ans?
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
M. le ministre... pardon, excusez-moi.
Le Président (M.
Asselin) : Il reste 55 secondes.
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Oui, pardon. En toute humilité, je ne me
permettrai pas de qualifier un service plus
qu'un autre de qualité, je n'ai pas cette expertise. Par contre, je crois justement
qu'avec nos différents spécialistes au Québec on ait la capacité
d'identifier clairement les pour et les contre de chacune des offres et que les
parents, une fois qu'ils ont cette information claire, peuvent faire un choix
qui est éclairé et juste pour leur enfant.
M. Roberge : Laissons le choix
aux parents, tout simplement. Merci beaucoup pour votre présentation.
Président (M. Asselin) :
Alors, nous allons poursuivre avec l'opposition officielle. La députée de
Westmount—Saint-Louis
va nous entretenir. Allez-y.
Mme Maccarone :
Merci, M. le Président. En parlant de choix parental... En passant, bienvenue.
Toujours un plaisir de vous voir.
Le Président (M.
Asselin) : ...
Mme Maccarone :
Merci. Est-ce que vous avez sondé vos parents, quand on parle de choix
parental? Et, si oui, c'est quoi, leur préférence entre maternelle
quatre ans et réseau de service local?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : En fait, il faut comprendre qu'actuellement, en
termes... Je ne pourrais pas dire
qu'il y a un sondage. D'autres types d'organisations l'ont fait, on n'est pas,
nous, dans ce niveau-là, on est vraiment dans des échanges avec les
parents. Donc, c'est vraiment les différents OCF du Québec qui peuvent
rapporter cette voix de différentes
manières. Certains, oui, ont peut-être
fait des sondages maison, mais je ne l'ai pas à travers le Québec,
donc je ne me permettrais pas d'en parler en termes de statistiques.
Par contre,
ce que vous dirais, c'est que les parents, ce qu'ils semblent surtout nous
identifier, c'est de la confusion dans
les informations qu'ils reçoivent. Ils n'arrivent pas à bien
comprendre. Je reprends ce que M. le
ministre, tout à l'heure, disait sur ce qui était
sorti dans un journal, si je ne me trompe pas, ou dans un média, du moins, que
la maternelle quatre ans était obligatoire, par exemple. Bien, certains parents reçoivent cette information-là et ont
l'impression que c'est vrai. Donc, c'est de là où je dis qu'on a besoin
d'informations claires, quelque chose qui est synthétisé, qui n'est pas sur
10 pages Internet différentes et qui permet vraiment de se faire une tête,
comme parent, en fonction des besoins de notre enfant.
Mme Maccarone : Je dirais que moi, je suis contente d'avoir les
médias comme partenaires dans ce dossier-là parce qu'on manque d'information du gouvernement. Ils sont vraiment un partenaire nécessaire
pour desservir la population, pour
qu'ils reçoivent de l'information sur ce dossier. J'ai vu... Aucun journal ne
dit que c'est obligatoire, peut-être
c'est une hypothèse de dire que ça peut être le cas. À date, je n'ai rien vu à
ce propos-là.
Est-ce que
vous seriez surprise de savoir... D'abord, vous avez parlé des sondages qui sont déjà
sortis. Il y en a deux de Léger qui
disent que seulement un parent sur cinq choisira la maternelle quatre ans. On
sait que les sondages qui sont faits
par les parents propres de la commission scolaire de Laval, seulement
61 parents sont contre la maternelle quatre ans. Et la Fédération des comités de parents, qui sont
passés ici cette semaine, nous a fourni leur sondage qu'ils ont fait,
puis eux nous ont donné de l'information qui dit : 73 % des parents
sont défavorables à ce que la maternelle quatre ans sera offerte à tous les
parents.
Cela étant
dit, je pense qu'on a une petite lumière sur c'est quoi, le choix des parents à
ce stade ici, peu importent les
raisons, d'où l'importance peut-être... Seriez-vous peut-être plus à l'aise, comme
contribuable, comme organisme, de dire...
Si on investit 2 milliards de dollars, est-ce qu'on est mieux
d'investir dans le béton, pour une maternelle quatre ans, que peut-être ce ne serait pas le choix parental, ou dans les organismes
communautaires familiaux et le réseau des services de garde?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : En
fait, on ne souhaite pas mettre en opposition les différents services et
on ne souhaite pas, en fait, qu'il y ait un
seul service et que les parents n'aient plus le choix. On souhaite, en fait,
que l'offre de services... que ça
soit en mode CPE, que ça soit en mode maternelle quatre ans, organismes
communautaires Famille ou autres
types, là, je vous en ai fait une liste tout à l'heure, qu'ils soient
disponibles. Donc, on souhaite, en fait, qu'il y ait un investissement
qui permet, justement, de répondre et en fonction de la communauté aussi.
Certaines communautés à travers le Québec
ont des besoins plus spécifiques et d'autres, d'autres types de besoins, et
c'est important, selon nous, de répondre à ces différents
besoins de façon équilibrée.
Mme Maccarone : Ça fait que, d'abord,
vous croyez dans la complémentarité?
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
Tout à fait.
Mme Maccarone : Bien, quand on parle des régions, par exemple, on ne parle pas de la métropole ou des régions urbaines, si on parle des régions où on a un service de garde, si on ouvre une maternelle quatre ans... Puis on a un rapport qui a été déposé dernièrement, du CSQ, qui nous
indique que la proximité... puis, oui, la proximité, c'est bien parce que ça offre d'un choix parental, mais, si on rouvre une maternelle quatre ans
à côté d'un CPE, puis c'est à un kilomètre de distance un envers l'autre, vous ne pensez pas qu'il y aura un impact majeur sur
ce CPE qui peut être peut-être le seul et unique CPE dans cette région?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Je
vais me permettre de défendre, encore une fois, le choix des parents. Si
les parents choisissent un service plutôt
que l'autre, je crois qu'on doit les encourager et s'assurer que le service est
disponible.
Mme Maccarone : Vous parlez beaucoup de l'importance du
parent dans le développement de l'enfant. Puisque le contact entre le parent et l'enseignant sera
plutôt limité... Souvent, le contact avec le service de garde, ça, on le
sait, c'est beaucoup plus proche, on a un nombre limité d'enfants dans
un groupe. Comment la maternelle quatre ans peut venir aider à la
participation des parents avec ce contact puis cette communication-là que vous
favorisez?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Sans
rien enlever aux autres questions, merci pour celle-ci, ça me permet de vous parler du continuum d'accompagnement des
parents, l'importance, justement, dès la naissance, en fait, que les parents
du Québec,
ils puissent sentir qu'ils ont espace
pour se retrouver. Il y a des ponts plus officiels... parce qu'actuellement c'est beaucoup à la pièce, à
travers le Québec, en fonction d'organisations qui s'entendent bien, on a
vraiment des ponts officiels à aller faire.
Les OCF du
Québec, actuellement, plus dans le cadre des maternelles cinq ans, évidemment,
préparent beaucoup d'enfants, mais de
parents à l'entrée à l'école, mais également favorisent le lien avec l'école.
Donc, c'est d'amener, justement, le
parent, à savoir : Comment je m'y investis? Comment je m'y retrouve?
Quelles sont mes instances, que ça soit l'OPP, pour faire, là, un peu jargon, mais l'OPP, le CE, ou autres, mais
également comment je peux... si je ne suis pas à l'aise, si je vis quelque chose? Le lien de confiance avec les
organismes communautaires permet aux parents souvent d'aller plus loin dans ce qu'ils vivent, mais en créant des ponts
plus clairs avec les écoles, on a la possibilité, justement, de s'assurer
que ce transfert-là, on puisse le faire. Et
ça se fait à travers le Québec. Je pourrais, si vous le souhaitez, vous
transmettre, même, une liste
d'organisations et d'écoles, à travers le Québec, qui ont créé ces liens-là, et
c'est hyper bien organisé, et ça permet à l'école de bien répondre à cette attente des parents. Et on a remarqué,
en fait, souvent que, quand, dès le début de l'entrée à l'école primaire, le parent sent qu'il a une place, il s'engage plus longtemps
à travers tout le parcours scolaire de son enfant, donc de là l'importance que le parent... qu'on passe, en fait, des mots à l'action
dans nos écoles et qu'on puisse, justement, s'assurer que les parents puissent prendre une place importante et non
pas être un partenaire parmi tant d'autres de l'école, mais bien le
premier et principal éducateur de l'enfant.
Mme Maccarone :
Bravo pour votre implication! Je pense que l'accompagnement parental est très
important. Puis vous faites déjà de
quatre ans à cinq ans, alors je peux imaginer que vous avez beaucoup de
contacts avec le réseau des services
de garde. Alors, vous avez déjà un partenariat, puis ça va très bien, ça fait
qu'on peut imaginer qu'il y aura quand même un impact. Puis les gens qui
vont se trouver... peut-être les ressources vont être changées aussi, parce
que, maintenant, s'il faut vous aider avec
une transition de quatre à cinq, une transition de trois à quatre, c'est quand même...
c'est petit, quatre à cinq, de trois à quatre, c'est vraiment petit.
Encore, je
reviens à l'investissement. On n'est pas mieux d'investir, au lieu... dans le
béton, peut-être, dans les OCF, pour
le service que vous offrez auprès des parents, que ce soit leur aider dans le
choix ou l'accompagnement? Vous avez parlé aussi de la difficulté des
parents à se retrouver dans le réseau des services de garde, actuellement,
manque de places, milieu familial. En quoi la maternelle quatre ans viendra
aider les parents à se retrouver?
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
Je ne suis pas certaine de comprendre votre question, en ce sens où...
Mme Maccarone : Vous avez dit
qu'ils ont de la difficulté à se retrouver dans le milieu actuel.
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
Bien, à trouver une place dans les services de garde régis.
Mme Maccarone : Alors, en quoi
la maternelle quatre ans va nous aider?
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Si vous retournez, c'est vraiment dans le cas
des services de garde régis, les listes
d'attente sont souvent très longues, et souvent c'est en fin de parcours
préscolaire qu'on arrive à avoir une place, par exemple, en CPE. Donc,
c'est plus à ce niveau-là que j'avais intervenu.
Donc, oui,
pour certains parents... Puis là je peux aller dans du anecdotique, là,
peut-être, pour l'imager, en fait, mais,
pour certains parents, c'est une réponse d'avoir cette option-là de maternelle
quatre ans et non pas, en opposition, de dire : Bien, je n'ai pas une place en CPE, je m'en vais en
maternelle quatre ans. Peut-être que certains, ça pourrait être ça, mais d'autres, c'est tout simplement : Moi,
je suis plus disponible, je suis travailleur autonome à la maison, je voudrais
que mon enfant puisse aller une période x en
préparation puis revenir à la maison, que ce ne soit pas toute la journée. Il y
a différentes formules qui répondent aux réalités des familles. Maintenant...
Mme Maccarone : ...le
déploiement de maternelles quatre ans, vraiment, c'est aussi pour rejoindre les
milieux défavorisés, pour rejoindre les
20 000 enfants qui ne sont pas présentement quelque part. On n'est
pas mieux, peut-être, étant donné que
le choix parental est vraiment le réseau des services de garde, que ce soit CPE
ou autres, d'investir à ouvrir des
places puis d'aller plus lentement au déploiement de maternelles quatre ans?
Parce qu'on a eu beaucoup d'intervenants qui nous avons dit que ce n'est pas basé sur la recherche, il faut aller
modérément, il faut prendre notre temps au lieu de faire le déploiement
au fur et à mesure juste où on a de la place au lieu d'où nous avons un besoin.
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Il y a plusieurs choses que vous avez dites. La
question exacte à laquelle vous voulez que je réponde...
Mme Maccarone : Le choix, je
dirais, on n'est pas mieux de prendre du recul...
Le Président (M.
Asselin) : Malheureusement, il vous reste une vingtaine de
secondes.
Mme Maccarone : ...on n'est pas
mieux de prendre du recul dans la réflexion que nous avons auprès du gouvernement? On est pour la maternelle quatre
ans, on n'est pas pour la maternelle quatre ans mur à mur. On est pour
la maternelle quatre ans qui va vraiment aider, surtout dans les milieux
défavorisés, basé sur la recherche puis les mesures probantes qu'on sait déjà
où ça fonctionne au lieu d'aller les yeux fermés vers l'avant pour dire :
On va ouvrir ça n'importe où.
Le Président (M.
Asselin) : Alors, le temps est écoulé.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président.
Président (M. Asselin) : Je
regrette, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Nous allons poursuivre avec la
députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. On connaît puis on voit à nouveau, dans votre mémoire, l'expertise
des organismes communautaires Famille, en
particulier avec les familles, les enfants qui sont plus loin des réseaux
institutionnels, je dirais. Quand le
gouvernement a fixé l'objectif de rejoindre ces 20 000 enfants là qui
ne sont dans aucun milieu de garde en ce moment, est-ce que vous avez
été consultés sur les besoins, les meilleures façons de rejoindre ces
familles-là?
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
On nous a présentement interpelés sur les enfants hors réseau, en effet.
Mme Labrie : Présentement, vous
dites qu'en ce moment c'est en train de se faire?
Mme Brunet Kitchen (Marie-Eve) :
Bien là, il y a des éléments de discussion autant au niveau du ministère, actuellement, et tant au niveau du cabinet.
C'est-à-dire, on nous a demandé certaines informations, on a plusieurs
documentations existantes, il y a eu des discussions peut-être plus
informelles, là, aussi, avec les...
Mme Labrie : ...processus ou
c'est...
Mme Brunet
Kitchen (Marie-Eve) : Bien, écoutez, moi, je suis arrivée en poste en
novembre, et le gouvernement, c'est
approximativement dans les mêmes eaux, là. Donc, je vous dirais, mettons,
janvier, là, où est-ce que, là, on a commencé à av