Labour and the Economy — 18 February 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-02-18
Quebec — Committees
Donc, notre contribution
auprès de la commission est vraiment une perspective au niveau de l'application
de la loi pour qu'évidemment nos clients se conforment à la législation. Donc,
on n'est pas dans la philosophie, on n'est pas dans la théorie, on est vraiment
dans l'aspect de la pratique. Même si on pourrait être en désaccord avec
certains aspects du projet de loi, il faut que la loi fonctionne, et ce n'est
pas le cas pour l'instant.
Donc,
l'ABC est pour la transparence corporative, pour un registre tenu soit par la société
soit par le Registraire des
entreprises, accessible aux autorités gouvernementales et compétentes, et
réglementé également pour l'aspect de s'il n'y avait pas d'accès au niveau du
grand public et au niveau... Par contre, dans notre mémoire, on mentionnait qu'on
pourrait avoir des possibilités, notamment, lorsque le contribuable accepte
qu'il y ait une vérification par nom lorsqu'il y a un jugement final ou au
niveau matrimonial. Une des grandes difficultés que nous avons aussi au niveau
du projet de loi, c'est qu'il n'y a pas de règlement. Donc, on n'a pas de vue
d'ensemble. Marie-Andrée.
Mme Latreille
(Marie-Andrée) : Alors, je voulais vous dire que Patric et moi, nous
connaissons bien le REQ, parce que, lors de l'entrée en vigueur de la
Loi sur
les sociétés par actions du Québec en 2011, Patric et moi, nous avons fait
partie d'un comité d'experts, parce qu'à l'époque, je ne sais pas si vous étiez
au courant ou pas, il y a eu beaucoup de problèmes avec le REQ. Et le REQ a
même été fermé pendant plusieurs semaines. Alors, nous avons été experts sur ce
comité-là. Et, à ce moment-là, c'est ça qui nous motive, on a toujours
collaboré avec le REQ. On se sert du REQ de façon quotidienne, et c'est ce qui
nous motive à être ici aujourd'hui avec vous.
Alors, je voulais
commencer par vous exposer la situation de la transparence au Canada. Alors, en
juin 2019, le gouvernement fédéral a adopté deux lois sur la transparence
corporative, alors, la loi C-86 et la loi C-97. Alors, le but de la
loi C-86 est d'obliger les sociétés régies par la
loi canadienne sur les
sociétés par actions à tenir et maintenir un registre des particuliers ayant un
contrôle important. Alors, au fédéral, on ne parle pas de bénéficiaire ultime,
on parle de particulier ayant un contrôle important.
Alors,
cette loi-là fait en sorte que le registre va être créé par la société par
actions et va figurer probablement au livre de procès-verbaux. Alors, on peut
dire que c'est un registre privé, mais il est quand même accessible aux forces policières,
aux autorités fiscales et aux homologues provinciaux, aux organismes d'enquête
et d'autres sortes d'autorités réglementaires, les créanciers, les actionnaires
ou directeurs de corporations au Canada.
Alors, la
loi C-86 réfère à un règlement qui n'est pas encore déposé. Alors, la loi
est entrée en vigueur en juin 2019. Le règlement
n'est pas toujours... n'est toujours pas encore en... n'a pas été déposé, n'est
pas en vigueur, ce qui a fait que, dans notre pratique, on a été obligés
de pallier à ces problèmes-là d'interprétation. Et, pour nous, pour les conseillers juridiques, je peux vous dire
qu'on n'avait pas les outils d'interprétation, on ne les a toujours
pas, et puis ça a été assez difficile
pour nous de conseiller nos clients. Alors, on trouve que... On aurait bien
aimé avoir au moins des... un règlement qui nous aurait aidés à
interpréter la loi pour nos clients.
Alors, le régime
fédéral a été quand même suivi par les provinces : la Colombie-Britannique,
le Manitoba, la Saskatchewan, l'Île-du-Prince-Édouard,
la Nouvelle-Écosse. Alors, c'est sûr qu'en Colombie-Britannique il y a
certaines modifications. Ce n'est
pas... Ils n'ont pas adopté le régime fédéral, là, tel quel, il y a eu
certaines modifications. Alors, on peut dire que la tendance des
provinces canadiennes est de suivre le régime fédéral.
projet de loi n° 78, lui, propose un autre régime de transparence,
différent de celui du gouvernement fédéral et des provinces. Alors, il
n'y aura pas de registre. Le registre n'a pas à être tenu par les sociétés par
actions qui sont incorporées sous la
Loi sur les
sociétés par actions du Québec. Le registre est tenu par le REQ, et il est
public. Alors... Et ce régime-là n'est pas applicable juste aux compagnies qui
sont incorporées sous la
Loi sur les sociétés par actions du Québec, mais par
tous les assujettis qui sont immatriculés au REQ.
Alors donc, le Québec
sera la seule juridiction en Amérique du Nord qui aura un registre public et
qui sera différent de celui de ses
juridictions voisines. Alors... Et ça, c'est un point qui a été noté,
justement, hier, dans La Presse , par un des... par le
journaliste. Il y a eu un
article dans La Presse à ce
sujet-là, sur la
loi sur la transparence.
Alors, une des... il
y a des conséquences à ça, et il faut se rappeler que les gens d'affaires ne
sont pas tous des fraudeurs et que certains d'entre eux n'aimeront pas que des
informations personnelles sur eux soient accessibles au public, à leurs
compétiteurs, à leurs employés et à autres personnes pour des raisons qui
seraient tout à fait légitimes. Alors, ces gens-là pourraient choisir de
favoriser une juridiction voisine qui est moins contraignante.
Alors, le shopping de
juridiction est un phénomène qui existe, et c'était, d'ailleurs, une des
préoccupations que le législateur québécois
avait en 2011 lors de la proclamation de la
Loi sur les sociétés par actions du
Québec. On a tout fait pour rendre la
Loi sur les sociétés par actions
la plus attrayante possible afin que le Québec soit favorisé comme juridiction
de constitution pour les personnes morales au Canada.
Alors, en créant son
propre régime de transparence, le gouvernement du Québec impose une deuxième
série de règles à certaines entreprises
québécoises, c'est-à-dire celles qui sont régies par la
Loi canadienne sur les
sociétés par actions. Alors, j'ai
quelques chiffres pour vous. Alors,
en date du 9 février, il y avait 580 892 personnes
morales, toutes juridictions
confondues, qui étaient immatriculées au Québec, et il y en a
117 268 qui sont régies par la
Loi canadienne sur les sociétés par actions. Alors, il y a quand même
20 % des sociétés par actions
qui sont des entreprises québécoises, parce qu'elles ont leur siège
social à Québec, qui devront suivre deux régimes de transparence.
Alors,
les conséquences de ça, c'est que, pour ces entreprises-là, elles devront faire
appel à des professionnels pour les aider à les guider et puis à se
conformer à la loi. Et ça, ça va créer quand même un fardeau financier puis ça
va... ça va être... pour ces entreprises-là. Puis les clients, moi, je peux
vous dire, dans ma pratique, que la réaction que j'ai eue de certains de mes
clients, c'était : Pourquoi on fait ça? Pour eux, ils veulent se conformer
à la loi, mais ne comprenaient pas vraiment tous les enjeux de ça. Puis, si, en
plus de ça, il faut leur expliquer que ça va être une autre série de règles, je ne suis pas sûre qu'ils vont vraiment,
vraiment apprécier. Alors, notre recommandation, ça serait de se coller
le plus possible au régime fédéral et celui des provinces canadiennes.
Alors, un dernier
point avant que je cède la parole à Patric, c'est qu'il est indiqué, dans la
foire aux questions du REQ, que des exemptions sont prévues au projet de loi n° 78, alors, soit pour les émetteurs assujettis, des
personnes morales de droit public puis les OBNL.
Alors, premièrement, les exemptions n'apparaissent pas au projet de loi. Je ne
sais pas s'il va avoir d'autres sociétés qui seront exemptées, mais il faudrait
probablement exempter d'autres sociétés comme, par exemple, les filiales des
émetteurs assujettis, les entités régies par des lois spéciales, exemple, le Fonds
de solidarité de la FTQ, des fonds de retraite, des fonds d'investissement, une
série d'entités qui devraient être exemptées. Puis, vu qu'on n'a pas le règlement,
on ne peut pas vraiment savoir quelles seront ces sociétés-là.
Il y a aussi une
chose que je voulais souligner, et je vais terminer avec ça, en Colombie-Britannique,
ils ont fait quelque chose quand même d'assez spécial, c'est qu'ils ont dressé
une liste d'intermédiaires spéciaux. Quand on fait la recherche d'un
bénéficiaire ultime, ça va bien aller si, par exemple, l'actionnaire est une personne
physique, parce qu'il faut se rappeler qu'on cherche toujours la personne
physique. Si l'actionnaire est une personne physique qui détient 25 % des
actions votantes, bien, il n'y a pas problème, ça va être facile. Cette
personne-là va être un bénéficiaire ultime. Mais, dans la mesure où on a... ces
actions-là sont détenues par une personne morale qui, elle, est détenue par une
autre personne morale, puis là ça peut être aussi par une société de personne,
quand on monte de niveau, ce que la
Colombie-Britannique a fait, c'est : quand on arrive... on voit que la...
quand on fait l'étude de la chaîne, on peut avoir des intermédiaires
spéciaux. Et, quand on arrive... ils ont fait une liste d'intermédiaires
spéciaux. Alors, quand on arrive avec dans... quand on fait notre étude, qu'on
tombe sur un intermédiaire spécial, bien, la recherche du bénéficiaire ultime s'arrête là. Alors, ça, ça serait vraiment
quelque chose que le Québec devrait considérer. Alors, je passe la
parole à Patric.
Présidente (Mme IsaBelle) : Je m'excuse, mais vous avez déjà dépassé votre temps. Alors, on va
souhaiter peut-être que le ministre va vous donner cette minute additionnelle
que vous avez besoin, mais je dois respecter le temps. Alors, nous allons commencer notre période d'échange. M. le
ministre, à vous la parole. Vous avez 16 min 30 s.
M. Boulet : ...Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
N'oubliez pas...
M. Boulet : Oui, est-ce que
vous m'entendez bien?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Me Latreille, merci, Me Besner, et merci à tous
ceux qui ont contribué, bien sûr, à la
rédaction du mémoire de l'Association du Barreau canadien, division du Québec,
un mémoire qui est sérieux, qui est étoffé aussi. Je comprends que c'est
le reflet des préoccupations des praticiens, notamment en droit des affaires.
C'est ce que vous souligniez au départ, Me Besner.
Puis je comprends l'importance de la qualité du
climat d'affaires québécois. Il ne faut pas que la transparence ait des impacts négatifs sur la volonté de
certaines sociétés étrangères ou dans d'autres provinces canadiennes de venir
faire affaire au Québec. En même temps, il y a un objectif de fond, puis je
pense que vous adhérez à l'objectif de plus de transparence pour combattre,
notamment, les transactions illicites, l'utilisation des sociétés-écrans
anonymes de façon, parfois, indue ou de façon non respectueuse des lois.
Mais, sur le
climat d'affaires, puis là je vous ramène, puis j'aimerais avoir votre opinion
là-dessus, notamment, l'ordre des
comptables, des CPA, nous mentionnait, hier, il l'écrivait dans son mémoire, qu'au
contraire, plutôt qu'avoir un effet négatif sur la compétitivité au
Québec, le laxisme de certaines juridictions en la matière a plutôt pour effet de faire fuir les sociétés qui sont sérieuses et
les investisseurs potentiels. Et moi, je vous avoue, parce que j'ai pratiqué,
évidemment, pas en droit des affaires, mais en droit du travail, que je suis
relativement fier qu'on soit, au Québec, des précurseurs en matière de
transparence. Selon Revenu Québec, on estimait à 3,8 milliards de dollars
qui sont perdus en évasion fiscale ou des évitements fiscaux qui sont abusifs.
Donc, ça, on le doit à la population du Québec, d'avoir des informations qui
nous permettent de lutter contre l'utilisation excessive, là, de stratagèmes
pour éviter le paiement d'impôt ou autres.
Puis je suis conscient que, dans d'autres provi