CRC — 18 October 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2017-10-18
Quebec — Committees
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président : Mme Guilbault
(Louis-Hébert) est remplacée par M. Lamontagne (Johnson).
Président (M. Picard) : Merci. Ce matin, nous débuterons par
les remarques préliminaires et nous entendrons ensuite l'Union des
consommateurs.
J'invite maintenant la... Oh! un instant. C'est
vrai, nous avons commencé en retard, donc j'aurais besoin d'un consentement
pour qu'on puisse terminer à 12 h 40. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Picard) :
J'invite maintenant la ministre responsable de la Protection des consommateurs
et de l'Habitation à faire ses remarques préliminaires. Mme la ministre, vous
disposez de six minutes.
Mme Thériault : Merci, M. le
Président. Donc, chers collègues membres de la commission, mesdames et messieurs représentant les organismes, tout
d'abord, permettez-moi de vous partager à quel point je suis fière de
reprendre les rênes de ce ministère, qui fut autrefois sous la gouverne de M.
Tardif et M. Rochefort, qui, à l'époque, étaient ministres de l'Habitation et
de la Protection du consommateur dans les années 1981 à 1985, sous le
gouvernement de M. René Lévesque.
Donc, en tant
que ministre responsable de la Protection des consommateurs et de
l'Habitation — et
première femme à occuper ce poste en
titre — je tiens
à vous mentionner que notre travail, M. le Président, est déjà amorcé. En
effet, j'ai rencontré, dès le
lendemain de ma nouvelle affectation, plusieurs organismes et collaborateurs,
dont l'Office de la protection du
consommateur, afin de prendre rapidement connaissance des enjeux et défis liés
à mes nouvelles fonctions. Avant de commencer,
j'aimerais aussi souligner le travail de ma collègue, la ministre de la
Justice, pour le travail colossal qu'elle a effectué au cours des dernières années en matière de protection du
consommateur, puisqu'elle était responsable de ce dossier.
Je suis très heureuse d'être ici aujourd'hui, M.
le Président, pour lancer les consultations particulières sur le projet de loi n° 134, qui vise principalement
à moderniser les règles relatives au crédit à la consommation et à
encadrer les contrats de service de règlement de dettes, les contrats de crédit
à coût élevé et les programmes de fidélisation. Nous entendrons les
commentaires et les recommandations de différentes parties prenantes, qui
viendront enrichir notre réflexion pour la suite de la démarche législative. Je
suis convaincue que ces échanges que nous aurons ici seront constructifs et
porteurs de changement.
Avant
d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier à l'avance tous les
représentants des groupes qui feront valoir
leurs points de vue. Je salue également l'ensemble de mes collègues
parlementaires qui participeront aux discussions ainsi que les personnes qui m'accompagnent aujourd'hui,
dont ma directrice de cabinet, Mme Marie-France Daoust, qui sera
également responsable des dossiers de la Protection du consommateur; les
membres de l'Office de la protection du consommateur,
la présidente, Mme Ginette Galarneau, la vice-présidente, Mme Marjorie
Théberge, et le directeur des affaires
juridiques, Me André Allard; ainsi que M. Marc Croteau, qui est le
sous-ministre en
titre au MAMOT, ministère sous lequel,
administrativement, nous allons répondre de nos actions.
Nous le
savons tous, le marché de la consommation a connu de nombreuses transformations
au cours des dernières années. Plus
que jamais, avec les nouveaux produits financiers disponibles sur le marché,
les nouvelles technologies et les médias
sociaux, l'accès au crédit est facile, et les commerçants multiplient leurs
façons d'attirer l'attention des consommateurs.
Même s'il simplifie notre vie à plusieurs égards, ce contexte apporte aussi son
lot de défis et de nouvelles problématiques.
Certains consommateurs, et, en particulier, ceux qui sont plus vulnérables,
peuvent parfois se tourner vers des entreprises qui offrent des services de règlement de dettes ou
encore vers des commerçants qui proposent de petits prêts d'argent
assortis de taux d'intérêt élevés. Pensant éviter le surendettement, ils
s'engagent dans une voie qui, loin de la solution miracle qu'ils espéraient,
peut entraîner des grandes conséquences sur leur situation financière.
Bien que ces
véritables cas justifient à eux seuls la nécessité d'agir pour contrer les
pratiques d'entreprises qui exploitent
la vulnérabilité des plus démunis, ils font la démonstration qu'une mise à jour
de règles s'impose en matière de crédit.
Pour notre gouvernement, il est important d'agir dans le plus grand intérêt du
consommateur, et c'est ce qui motive notre
décision d'aller de l'avant avec ce projet de loi. Il s'agit de la première
étape de notre démarche de modernisation des règles de crédit à la consommation, par laquelle nous voulons établir
les meilleurs mécanismes de protection, prévenir le surendettement et
donner aux consommateurs tous les outils pour qu'ils soient mieux informés
quand vient le temps de contracter du crédit.
Ce projet de
loi cible une cinquantaine de mesures à adopter afin que cessent les pratiques
les plus préjudiciables pour les
consommateurs. D'abord, il propose de revoir les exigences imposées aux
entreprises de règlement de dettes et à celles qui offrent du crédit à
coût élevé. Il vise également à prévenir le surendettement, par exemple en
introduisant l'obligation pour un commerçant
d'évaluer la capacité du consommateur de rembourser le crédit demandé avant de
conclure un tel contrat. La question
d'augmenter le paiement minimum du solde des cartes de crédit fait aussi
partie
des avenues proposées.
complément, nous visons l'objectif d'actualiser les règles relatives non
seulement au crédit variable, comme c'est
le cas, par exemple, pour un contrat de carte de crédit ou marge de crédit,
mais aussi à la publicité et aux promotions de type sans frais ni intérêt. Ainsi, le consommateur disposerait d'une
information plus claire lui permettant de prendre des décisions plus
éclairées quand vient le temps de contracter du crédit.
M. le Président, notre gouvernement est
conscient que les imprévus de la vie peuvent avoir des impacts sur la situation financière des consommateurs. C'est
pourquoi il propose d'en prendre davantage compte en ouvrant la
possibilité de mettre fin plus facilement à
une entente de paiement préautorisé ou de faire cesser, pour le futur, la
solidarité entre un autre
consommateur, par exemple le codétenteur d'une carte de crédit émise au nom du
conjoint, lors d'une séparation, par exemple.
En ce qui
concerne les programmes de fidélisation, le sujet qui a retenu notre attention
à pareille date l'an dernier, nous proposons des ajustements afin qu'il
soit interdit d'imposer une date d'expiration ou un délai pour utiliser des unités d'échange, tels des points accumulés.
Enfin, parmi ces mesures les plus marquantes et les plus concrètes, le
projet de loi prévoit d'améliorer les dispositions en matière de contrat conclu
à distance, par exemple l'annulation d'un achat effectué par Internet ou par
téléphone, et les règles en matière de recouvrement de certaines créances.
M. le
Président, voilà ce qui constitue les principales mesures du projet de loi
n° 134. Permettez-moi de préciser qu'elles résultent de
consultations qui ont été menées par l'Office de la protection du consommateur
auprès d'une vingtaine d'organisations, et
qui ont permis de définir nos
priorités d'action, et, par le fait même, de proposer des solutions pour diminuer l'endettement des consommateurs. D'ailleurs,
je suis convaincue que ces consultations qui s'amorcent nous fourniront un
éclairage précieux pour la suite de notre démarche. Merci, M. le Président, de
votre...
Président (M. Picard) :
Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition
officielle et députée de Marie-Victorin, pour vos remarques préliminaires,
3 min 30 s.
Fournier : Merci, M. le Président. Je tiens d'abord à saluer la ministre
de la Protection des consommateurs, la
nouvelle ministre. Bienvenue dans vos nouvelles fonctions. Ça fait
plaisir de voir, justement, la fierté qui est accordée à la protection
des consommateurs. Je pense que c'est une bonne nouvelle. Moi-même, depuis mon
arrivée comme députée de Marie-Victorin, depuis que j'ai hérité aussi des
fonctions, à l'opposition officielle, de la protection des consommateurs, on se fait vraiment
mettre l'accent là-dessus, parce que ce sont des problèmes qui touchent les
gens dans leur vie quotidienne. Et le projet de loi qu'on va commencer aujourd'hui
en est un de ceux-là.
Donc, je salue également tous mes collègues qui
sont ici présents aujourd'hui : de l'opposition, de la
partie gouvernementale. Donc, il s'agit de mon premier
projet de
loi sur lequel je vais avoir l'occasion également de
travailler, donc je vous offre ma
collaboration pour ça, parce que c'est un projet de loi qui est attendu. Dès
mon arrivée, j'ai rencontré aussi les différents groupes de protection
des consommateurs, qui m'ont fait part de leur volonté d'aller de l'avant rapidement avec ce projet de loi, parce qu'il y
avait quand même un travail colossal qui avait été fait dans les
dernières années avec le projet de loi
n° 24, qui était malheureusement tombé au feuilleton en 2012. Et donc
j'espère qu'on va pouvoir se saisir du travail qui avait été fait à ce
moment-là pour enrichir nos discussions puis vraiment mettre la table et
collaborer afin d'avoir un projet de loi qui soit vraiment le plus complet
possible.
Parce qu'on
sait que l'endettement, c'est un phénomène extrêmement préoccupant, dans une
société comme la nôtre, et, vraiment,
de plus en plus, le niveau d'endettement des ménages québécois continue
d'exploser, même il augmente, et le
nombre de faillites aussi qui a grimpé de plus de 50 % dans les 10
dernières années. Alors, ça, c'est quelque chose qui est préoccupant. Ça touche également beaucoup les jeunes
consommateurs, les jeunes qui arrivent sur, par exemple... dans les institutions d'enseignement, qui se font
proposer du crédit. On a vu, la semaine dernière, dans Le Journal de
Montréal , un jeune de 22 ans qui
avait déjà 10 000 $ de dettes. Alors, je pense qu'il ne faut pas non
plus occulter le fait que les jeunes sont
aussi des consommateurs vulnérables. Et, en ce sens-là, ça m'apparaît manquant
de prime abord, là, dans le projet de loi
n° 134. Alors, je pense qu'il va falloir analyser ces différentes mesures
là. Mais, comme je l'ai dit, j'offre toute ma collaboration à la
ministre pour qu'on puisse arriver à un projet de loi qui soit le plus complet
possible. Merci.
Président (M. Picard) : Merci, Mme la députée. J'invite le
porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Johnson pour
ses remarques préliminaires.
Lamontagne : M. le Président, je vais saluer Mme la ministre, Mme la
déléguée du groupe de l'opposition officielle.
Mes chers collègues, c'est un plaisir d'être avec vous pour l'étude du projet
de loi n° 134, puis c'est avec
un grand plaisir que je vais m'affairer, au
meilleur de mes habiletés, à vous offrir ma meilleure collaboration. Ça va être un plaisir de vous écouter aujourd'hui. Je vais garder le reste de mon temps pour plus
tard au cours de la session, s'il
vous plaît. Merci.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Union des
consommateurs. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé et que nous procéderons, par la suite,
à une période d'échange avec les membres de la commission.
Dans un premier temps, je vous demanderais de vous identifier et de
faire votre présentation. Allez-y.
M. Boucher
(Marcel) : Bonjour. Mon nom
est Marcel Boucher. Je suis responsable
des affaires juridiques et de la recherche pour Union des consommateurs.
Mme Roehl
(Gabriele) : Gabriele Roehl,
conseillère budgétaire à l'ACEF du Sud-Ouest de Montréal et membre de
l'Union des consommateurs.
Mme Chicoine
(Isabelle) : Bonjour.
Isabelle Chicoine, conseillère budgétaire également, ACEF Montérégie-Est
et membre de l'Union des consommateurs.
Mme Roehl (Gabriele) : Mme la
ministre, M. le Président, Mmes et MM. les députés, bonjour. Nous vous
remercions pour l'invitation à venir vous présenter nos commentaires sur le projet
de loi n° 134. Les associations de consommateurs
qui travaillent sur le terrain observent et luttent depuis longtemps
contre les problèmes liés à l'endettement que vivent les nombreux consommateurs québécois.
Nous sommes donc bien au fait du besoin réel d'une modernisation de certaines règles relatives au crédit. Nous ne
pouvons que nous réjouir des développements sur cette question survenus au cours de la dernière année.
Union des
consommateurs est un organisme à but
non lucratif dont la mission est de représenter et défendre les consommateurs en prenant en compte de façon
particulière les intérêts des ménages à revenus modestes. L'union regroupe
12 organismes de défense des droits des
consommateurs, dont 10 associations coopératives d'économie familiale, les
ACEF, qui font de l'intervention budgétaire
et de l'éducation financière depuis de plus de 50 ans auprès des ménages
québécois.
Nous avons participé, depuis 2010, aux
différentes consultations menées par l'Office de la protection du consommateur
dans le cadre des travaux visant la modernisation, notamment, des règles
relatives au crédit à la consommation et à
la lutte au surendettement. Nous sommes heureux, après cette longue attente,
qu'un nouveau projet de loi soit
enfin à l'étude. D'entrée de jeu, nous tenons à exprimer notre satisfaction à
l'égard de la création du ministère de la
Protection du consommateur et de l'Habitation. Nous espérons que la ministre
saura rappeler à tous les autres ministères que la protection du consommateur est essentielle, que de nombreuses
lois, projets de loi ou autres réglementations peuvent avoir un impact important sur les consommateurs et
que leurs intérêts doivent constamment être pris en compte. Nous vous
présenterons, en huit minutes, quelques éléments que nous trouvons essentiels.
Nos observations détaillées se retrouvent dans notre mémoire.
Le projet de loi n° 134 n'a pas une portée
aussi large que le projet de loi précédent en la matière, le projet de loi n° 24, mort au feuilleton en 2012.
Toutefois, le projet de loi n° 134 contient des dispositions qui n'étaient
pas présentes dans le projet de loi
précédent, notamment concernant les contrats de service de règlement de dettes
et de redressement financier. Nous y revenons plus tard.
L'Union des
consommateurs se réjouit particulièrement de l'introduction du principe du prêt
responsable dans la LPC. Trop souvent, des personnes se voient octroyer
du crédit au-delà de leur capacité de remboursement. Dans les ACEF, il n'est pas rare que nous rencontrions des
personnes avec cinq, voire 10 cartes de crédit, et parfois une marge
de crédit par-dessus tout ça. Un des cas qui
m'ont particulièrement marquée pendant ma carrière de conseillère
budgétaire, c'était l'exemple d'une dame
âgée que j'ai rencontrée et qui avait un revenu de 950 $ d'une pension par
mois. Ça veut dire 11 400 $
par année. Et elle s'est vu octroyer une carte de crédit avec une limite de
35 000 $. Ça veut dire... une analyse qui n'a pas été faite de sa capacité de remboursement. Nous accueillons
donc très positivement l'introduction du principe de la
responsabilisation des prêteurs à cet égard.
Toutefois, la
lecture des dispositions qui encadrent cette obligation d'évaluer la capacité
de rembourser nous fait craindre que
cette protection, au-delà de l'affirmation d'un principe, aussi importante
soit-elle, n'ait pas autant de mordant que
ce qu'auraient désiré les acteurs du milieu. Par exemple, l'article 103.3
prévoit que le commerçant qui ne procéderait pas à l'évaluation obligatoire perdrait le droit aux frais de crédit.
C'est, selon nous, une pénalité minimale. De plus, la loi ne prévoit
aucune pénalité pour le commerçant qui, après évaluation, accorderait tout de
même le crédit demandé.
l'autre côté, nous appuyons l'obligation des commerçants, dans les cas des contrats
qui seront définis comme étant à taux élevé, de remettre au consommateur
un exemplaire par écrit des documents faisant état de l'évaluation qu'il a faite. Nous sommes d'avis que cette
obligation de communiquer ces renseignements devrait être même applicable
dans tous les cas et non seulement aux
contrats de crédit à taux élevé. Il s'agit d'une occasion en or d'informer et
d'éduquer le consommateur sur les risques de l'endettement et sur l'effet du
crédit sur sa situation financière. Le poids pour les commerçants nous semble, par opposition, infime, puisqu'ils auront, de
toute façon, l'obligation de constituer ces documents.
L'absence de
contrainte sur la nature et la finalité de l'évaluation qu'imposerait la LPC
continue à nous préoccuper, et nous sommes
d'avis que les dispositions proposées se devraient d'être précisées, et les
obligations des commerçants, plus strictes.
Nous rapportons, dans notre mémoire, quelques exemples de mesures législatives
en matière de prêt responsable qui ont été adoptées à l'étranger,
notamment la possibilité de diminution, voire de la perte du montant du capital
à rembourser ou encore la possibilité de
modification des modalités de remboursement s'il y a défaut, par le
commerçant, de procéder à l'évaluation
prescrite. Nous invitons les législateurs québécois à s'en inspirer et
d'apporter aux dispositions proposées les modifications nécessaires
avant l'adoption.
L'industrie
des redresseurs financiers et de règlement de dettes fait des ravages depuis
trop longtemps. Déjà, dans les années 80 et 90, ces entreprises
faisaient l'objet de plaintes mais poursuivaient leurs activités. Aucune
disposition législative ne semble pouvoir
les arrêter. Il était donc grand temps, selon nous, que les législateurs
québécois s'attaquent à cette
industrie, et nous nous réjouissons des mesures envisagées dans le projet de
loi n° 134. Cela dit, nous venons de compléter une recherche sur
les entreprises de règlement de dettes et de redressement financier qui nous a
permis d'identifier certaines pratiques
commerciales et représentations qui désavantagent outrageusement les
consommateurs qui ont recours à ce type
d'entreprise dans l'espoir de sortir de leur situation financière difficile.
Notre recherche nous a amenés à
soulever un doute sérieux sur la nécessité même de ce type d'entreprise, de
tout avantage réel pour le consommateur que peuvent constituer ces types
de services, que nous estimons intrinsèquement viciés. Nos constats nous
amènent à recommander une interdiction complète de ce type d'entreprise, comme
ce fut longtemps le cas aux États-Unis.
Toutefois,
l'interdiction de ce type d'entreprise semble loin d'être l'avenue préconisée
par les législateurs jusqu'à présent.
Malgré les failles importantes et les résultats mitigés des lois adoptées dans
les cinq provinces canadiennes qui réglementent
les entreprises de règlement de dettes — et la seule mesure, ontarienne, qui encadre,
dans une moindre mesure, les
redresseurs financiers — il est essentiel que tout cadre réglementaire qui vise ces deux
types d'entreprise comporte certains éléments clés, s'il entend avoir le
moindre effet positif.
Notre recherche nous a amenés à conclure que
toute réglementation qui offrira une protection, aussi minime soit-elle, au consommateur québécois devrait contenir
certains éléments qui paraissent essentiels. Notre rapport en dresse une liste. Nous constatons avec soulagement que
plusieurs de ces éléments se retrouvent parmi les dispositions à
l'étude. Les obligations liées aux permis
devraient permettre à l'OPC de recueillir, avec le temps, les outils
nécessaires pour justifier éventuellement un resserrement ou une
interdiction de ces entreprises.
Parmi les autres mesures concernant le crédit à
la consommation, nous souhaitons — et nous terminerons notre présentation
avec ce dernier élément — vous
faire part de nos commentaires sur le versement minimal requis pour le paiement
des cartes de crédit.
Les taux
d'intérêt sur les cartes de crédit sont tellement élevés que le
consommateur qui ne paie que le versement minimal requis, fixé présentement autour de 2 % et parfois même 1 %, étire très longtemps la période
nécessaire pour rembourser le capital. Un règlement qui fixera un
paiement minimal plus élevé aura un effet prometteur sur la santé financière des consommateurs en réduisant la
période de remboursement et, du même coup, le montant total des
intérêts. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Nous vous remercions de votre
attention.
Président (M. Picard) : Merci, Mme Roehl. Donc, je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une période de
16 minutes.
Thériault : Merci, M. le Président. Tout d'abord, merci, M.
Boucher, Mme Roehl et Mme Chicoine, d'être avec nous aujourd'hui. Vous êtes des partenaires privilégiés, l'Office
de la protection du consommateur, je vais dire ça comme ça. Je pense que ma présidente, Mme
Galarneau, me mentionnait que, justement, dans l'étude que vous avez eu l'occasion de mentionner, Mme Roehl, il y aura une
analyse, qui sera faite en profondeur, des différents points qui auront été soulevés à l'intérieur de votre étude, pour
voir de quelle manière nous pourrions profiter de l'occasion qu'on a
devant nous, alors qu'on étudie toutes les
questions qui sont relatives au crédit, pour pouvoir peut-être profiter du fait
qu'on a un projet de loi, pour pouvoir venir bonifier ce qu'on a.
Vous savez
qu'une consultation a pour but vraiment d'entendre ce que les gens ont à dire,
les pour et les contre, qu'on doit
quand même trouver un juste équilibre quelque part aussi. J'ai pris moi-même
connaissance de différents cas, au fil
des années, comme la plupart de mes collègues, j'en suis convaincue. Le cas
dont la députée de Marie-Victorin faisait état, qu'on a vu dans Le Journal de Montréal... il y a des cas de
crédit qui sont totalement pathétiques. Donc, je pense que le choix qui a été fait par notre prédécesseur, au
départ... Et la députée de Marie-Victorin indiquait à juste
titre qu'il y a
déjà eu un projet de loi qui a été déposé. Il y a eu un changement de
gouvernement, le projet de loi est tombé; bon, on a ramené un autre projet de loi. Mais évidemment je pense que le fait
d'avoir une ministre qui s'occupe à temps plein de la protection du consommateur et de l'habitation va
faire en sorte qu'on va pouvoir certainement procéder plus rapidement.
Donc,
évidemment, je pense que le fait que nous soyons en commission parlementaire,
près d'une semaine après mon
assermentation, je pense que ça doit démontrer et envoyer un signal clair qu'on
va aller de l'avant avec l'adoption d'un projet de loi. Évidemment, je ne peux pas présumer de ce que feront mes
collègues non plus, mais, je pense, c'est important d'entendre également qu'il y a un esprit de
collaboration qui règne au sein de ces questions de protection du
consommateur.
D'ailleurs,
on a proposé, mes deux collègues porte-parole des dossiers, d'avoir une
rencontre avec l'Office de la protection du consommateur hier, pour
justement se saisir des grandes lignes du projet de loi. Et je peux vous dire qu'il y aura certainement des bonifications suite
aux propos que vous nous avez tenus dans le projet de loi comme tel.
J'aimerais
vous entendre, par contre, sur l'analyse du crédit obligatoire. Lorsque vous
dites que tout le monde devrait déposer systématiquement, j'aimerais que
vous nous disiez... Parce que je pense que, pour les personnes qui écoutent aussi, ça peut être important de
comprendre pourquoi, ça, c'est un point qui vous apparaît tout à fait
essentiel, comme quoi on doit obliger. Vous
avez certainement dû entendre des histoires d'horreur sur des gens qui pensent
qu'ils ont une capacité de crédit et finalement ils ne l'ont pas parce que
cette analyse-là n'est pas faite. Donc, je vais vous demander si vous pourriez
nous en parler un peu plus.
Mme Roehl
(Gabriele) : Je pense que,
pour nous, en fin de compte, évaluer la capacité de remboursement, c'est
un point qu'on défend, une revendication
qu'on porte depuis longtemps. Dans les ACEF, justement, on rencontre des
gens qui ont des problèmes d'endettement ou
qui veulent simplement apprendre comment faire un budget. Et un des éléments
qu'on constate, en fin de compte, avec les
gens qui ont des dettes ou des gens qui n'ont pas de dette... que la
méconnaissance entourant le fonctionnement du crédit est très grande. Les gens
ne comprennent pas cet outil, qui est très puissant, qui s'est beaucoup démocratisé — tout le monde a, aujourd'hui, accès à une
forme de crédit ou une autre — par contre, qui a aussi beaucoup de
dangers. Il y a des pièges dans lesquels on peut tomber, et, un des pièges,
c'est le surendettement.
Les gens nous
disent toujours : J'ai trois, quatre, cinq, 10... je pense
que le record qu'on a vu, c'est 15 cartes de crédit avec des
limites qui peuvent aller du 5 000 $, au 10 000 $, à
50 000 $. Et les gens qu'on rencontre ont toujours l'impression : Si l'émetteur du crédit m'a
accordé une telle carte de crédit avec une telle limite, ils ont certainement
fait une étude exhaustive de ma situation
financière, et, s'ils pensent que je mérite une carte avec une limite de
10 000 $ ou 20 000 $, que je suis capable de
rembourser.
Malheureusement,
ce n'est pas du tout le cas pour les cartes de crédit, ou de moins en moins, et
on voit, en fin de compte, au
contraire, que les gens qui s'approchent de leur limite de crédit, au lieu de
peut-être faire un signal d'alarme et parler
aux consommateurs pour un peu réfléchir sur leur situation, l'institution
financière va, au contraire, augmenter leur limite de crédit. Ça veut
dire...
On voit,
comme l'exemple que j'ai mentionné, des situations où la limite accordée ne
correspond pas du tout à la capacité de remboursement. Et, bien sûr, la
personne pourrait faire cette analyse, mais on trouve que les prêteurs, justement, aussi, ont une responsabilité de voir
avec les consommateurs est-ce qu'ils sont capables de rembourser un
crédit qui a été accordé.
Le Président (M. Picard) :
Mme la ministre.
Thériault : Oui. Je vais... Parce que vous avez parlé, dans
votre mémoire, sur le fait qu'il y a des gens qui vont demander un dépassement de la limite de
crédit. Là, je vous ai entendue sur les détenteurs de cartes de crédit
qui en ont plusieurs, avec beaucoup de capacité de crédit à portée de la main.
Nous parlons des personnes... Là, j'aimerais vous entendre parler sur les gens qui ont une capacité de crédit, exemple,
une personne qui a une carte de crédit avec une plus petite marge, parce que c'est sa première carte ou
parce que c'est voulu, c'est comme ça... Il y a des personnes aussi qui
ont une relation saine avec le crédit.
Mais, à partir du moment où tu n'as, exemple,
que 1 000 $ sur la carte de crédit, et woups! il y a un imprévu, que
ce soit en voyage, que ce soit un bris majeur de véhicule ou autre, qu'est-ce
que vous pensez, vous, du fait qu'à l'intérieur
du projet de loi qui est déposé, tel quel, qu'on puisse permettre un
dépassement, d'une certaine manière? Parce qu'il y a aussi des gens qui demandent, plutôt que d'aller chercher une
deuxième carte de crédit, d'avoir une autorisation pour pouvoir dépasser
la marge de crédit qui leur est allouée.
Le Président (M. Picard) :
Mme Roehl.
Mme Roehl
(Gabriele) : Il y a deux
aspects à cette question. Je pense qu'on se réjouit beaucoup que, dans le
projet de loi, en fin de compte, le fait que
ce n'est pas permis d'augmenter une limite sans le consentement express du
consommateur soit affirmé et clarifié. Parce que, malgré cette
interdiction qui existe déjà, dans la pratique, on le voit couramment, que la
limite des consommateurs est augmentée sans que les gens soient au courant de
ce fait et sans qu'ils ont donné leur consentement.
La question
de : Est-ce qu'on devrait permettre un dépassement?, on trouve ça un peu
difficile, parce que c'est clair que
ça, c'est dans l'intention de dépanner quelqu'un. De l'autre côté, il n'est
déjà pas recommandé, si on a une limite sur sa carte, de se rendre proche de la limite. On devrait toujours se
garder une marge de manoeuvre. Et il y a beaucoup de gens qui se fient sur le fait que, quand la limite
est atteinte, ils vont être arrêtés. On voit ça souvent dans les cas des
joueurs compulsifs, par exemple, des gens
aussi qui sont des acheteurs compulsifs. Ils ont une certaine limite sur leur
carte de crédit et ils se fient sur
le fait qu'à un moment donné ils vont être arrêtés. C'est ça, la limite, O.K.,
ils ont consenti, et c'est ça, la limite de leur capacité de rembourser.
Au lieu de
dire... Parce que, pour nous, une limite, ça devrait être une limite. Pour
nous, ça ne fait pas vraiment de sens
de dire qu'on vous accorde une limite de 5 000 $, 10 000 $,
mais, dans les faits, vous pouvez dépasser. De combien? 10 %, 15 %, 20 %? Pourquoi fixer
une limite plus basse dans un premier temps? Et, peut-être au lieu de cibler
certains cas d'accidents, des imprévus,
d'une chambre d'hôtel qui a... suite
à un accident de voiture, un bris de voiture, on pourrait peut-être dire
aux gens... Parce que ça ne prend pas grand-chose, là, ça prend un appel à
notre émetteur de crédit pour demander une augmentation de notre limite de crédit. Ça veut dire : au lieu de cibler ces certains cas d'exception, on trouve
qu'on devrait peut-être plutôt appuyer sur le principe que la limite, c'est la
limite, pour que l'ensemble des consommateurs puissent se fier sur ce fait.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Mme la ministre.
Mme Thériault : Non. Il y avait
la députée de Fabre, monsieur...
Le Président (M. Picard) : Mme
la députée de Fabre.
Sauvé : Bonjour. Merci, M. le Président. Alors, très heureuse d'être ici; c'est ma
première présence à cette commission,
alors j'en suis très heureuse. J'aurais une question par rapport à la préoccupation que j'ai. Et là je fais appel évidemment à
votre rôle, à l'Union des consommateurs, mais aussi à votre expertise terrain
comme ACEF aussi... la préoccupation spécifique envers les jeunes, qui sont, bien sûr,
très tentés par la première expérience du crédit. Est-ce que vous avez une préoccupation
particulière, spécifique, afin de protéger les jeunes face à une première
expérience de crédit? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Boucher
(Marcel) : Oui. On a des préoccupations particulières pour différentes clientèles qui peuvent être plus
vulnérables. Notre approche en général, pour la
Loi sur la protection du consommateur, c'est de viser la
protection de l'ensemble des
consommateurs. S'il y a des consommateurs jeunes qui ont ce problème-là,
le même problème peut se refléter dans
l'ensemble de la population. On n'a jamais trouvé que c'était une excellente idée de partir
avec le principe : on va faire des règles particulières pour les
jeunes.
Cela dit,
l'endettement des jeunes, oui, c'est problématique et ça peut l'être. Et il y a
des hameçons qui sont lancés aux jeunes, par exemple — c'est
pour ça qu'on en parle dans notre mémoire, on en a déjà parlé, on en a parlé
lors du projet de loi n° 24 — la sollicitation, la sollicitation au crédit
qui se fait dans les institutions d'enseignement. On trouve ça
épouvantable. Vous allez voir, dans notre mémoire, on le détaille un peu plus.
Donc, cette préoccupation-là pour l'endettement des jeunes, oui, on la retrouve
dans ça, quelque chose qui n'a pas été reporté au projet de loi qui est
présentement à l'étude, qui devrait peut-être l'être.
Mme Sauvé : Merci pour votre
réponse. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Picard) :
C'est tout? Mme la ministre.
Mme Thériault : Oui. Dans
votre mémoire, vous proposez que l'état de compte, lorsqu'on reçoit son état de
compte sur ses cartes de crédit, exemple, que l'état de compte indique, en plus
de l'information sur la période de remboursement,
le montant total en dollars des intérêts que devra payer le consommateur si seul
le paiement minimum est effectué à chaque période.
Est-ce que
vous pourriez, mettons, nous imager quelqu'un qui a une carte de crédit,
mettons, à 1 000 $ puis qui ne fait que le paiement minimum, combien de temps ça peut lui prendre pour
rembourser sa carte de crédit s'il ne fait que le paiement minimum, au
taux actuel de 5 %?
Le Président (M. Picard) :
Madame...
M. Boucher (Marcel) : Vous m'avez
demandé si je peux le calculer présentement? Non, je ne peux pas le calculer. On peut le calculer assez rapidement. Si
on se dit qu'on a une carte de crédit à 20 %, qu'on paie 2 % par
mois, c'est-à-dire qu'on va payer 24 %,
donc il y a 4 % du capital qui est payé. C'est grossier, comme calcul, là,
mais ça donne à peu près ça. Ça fait
que calculez : chaque année, on paie 4 %. Combien de temps ça va
prendre pour payer le solde? C'est
énorme. Il y a des calculs qui sont faits... Je pourrai, si vous voulez, vous
trouver des références là-dessus. Il y a des calculs qui ont été faits
sur les temps de remboursement.
La question
qu'on soulève dans notre mémoire, c'est : Qu'est-ce qui parle le plus au
consommateur? Si on veut vraiment
faire peur au consommateur, là, quand on lui envoie l'état de compte, qu'est-ce
qui va le réveiller, qu'est-ce qui va le
choquer le plus, qu'est-ce qui va faire en sorte que le consommateur va
regarder ça puis va dire : Il faut que je fasse quelque chose, ça n'a pas de sens, le montant que
ça va me coûter. Puis je pense que c'est le montant que ça va lui coûter
qui risque le plus de choquer le
consommateur. Parce que le temps... Le temps, oui, mais, présentement, je peux
faire ces paiements-là, alors je les
fais, ça va bien, puis je les ferai plus longtemps, puis, un jour, je ferai des
plus gros versements, et tout ça.
Mais, si on
voit le montant : tu dois 4 000 $, tu vas payer, en bout de
compte... si tu ne fais que le paiement minimum, tu vas payer, en bout de compte, deux fois, trois fois ce montant-là, je
pense que c'est susceptible de réveiller les gens.
Le Président (M. Picard) :
Mme la ministre, il reste deux minutes.
Thériault : Merci. J'aimerais peut-être vous entendre sur le
fait qu'on puisse dorénavant mettre fin à une responsabilité
conjointement, solidairement, sur une carte de crédit ou sur un prêt, sur le
fait qu'on doit, au moins, prouver qu'on a
avisé la personne conjointe ou l'ex-conjoint. Je pense qu'on va donner ça comme
exemple, parce que vous aviez passé des commentaires là-dessus dans votre mémoire. Et moi, je
pense qu'il est sain, lorsqu'il y a une séparation, qu'on puisse dire : Non, je ne serai plus
conjointement et solidairement responsable de la carte de crédit du prêt.
C'est réclamé depuis longtemps. Je pense que ça va faciliter aussi, souvent,
les séparations ou des divorces. Parce qu'il m'apparaissait logique de faire
quelque chose comme ça aussi, je l'entends bien. Mais, par rapport au fait
qu'on doit informer ou, au moins, prouver à
son institution financière qu'on a informé l'autre
partie qu'on veut y mettre
fin, vous aviez inscrit des choses dans votre mémoire par rapport à ça.
M. Boucher
(Marcel) : Oui.
Effectivement, il faut que quelqu'un puisse mettre fin à la solidarité pour les
dettes à venir. C'est clair qu'on ne parle
pas des dettes passées qui ont été... c'est comme ça que ça a été contracté.
Pour les dettes à venir, il faut que
le consommateur puisse mettre fin à la solidarité. La solidarité, c'est un
engagement, c'est une garantie que l'institution financière, le prêteur,
quoi que ce soit, a avec le consommateur, avec les deux consommateurs, je veux
bien, mais avec le consommateur qui veut y mettre fin.
Il nous est
difficile de justifier qu'on ajoute des conditions supplémentaires au simple
fait qu'on dit, qu'on ait à dire au
prêteur, au créancier : Je ne serai plus responsable avec cette
personne-là; révise le dossier s'il le faut, regarde si le montant qui est alloué, par exemple, sur la carte
de crédit si tu veux continuer à avoir juste un responsable pour ça.
Refais les calculs, fais ce que tu dois, mais moi, je ne veux plus être
responsable de ça.
Dans nos
discussions avec l'Office de la protection du consommateur, on disait
qu'évidemment, dans un monde idéal,
on veut que tout le monde ait des bonnes relations, puis, si je veux mettre fin
à la solidarité que j'ai avec quelqu'un, je vais lui en parler et je pourrai en aviser l'institution financière. Mais
on ne se retrouve pas toujours, dans la réalité, dans un monde idéal. Il y a des situations où les
relations vont être difficiles, où je ne pourrai pas nécessairement... on
pense par exemple aux ruptures de couples... où je ne voudrai pas ou ne pourrai
pas nécessairement être en contact avec l'autre personne. Et cette obligation supplémentaire là va être un obstacle qui
va faire que peut-être que je vais rester solidaire, et peu importe ce
qu'il se passera par la suite pour la dette, là.
Ce que nous
suggérons dans le mémoire, c'est que le débiteur ait à informer le créancier.
Est-ce que l'autre
partie a été
informée ou pas de cette fin de solidarité... c'est tout, de faire cesser là
cette obligation-là. S'il y a des gens qui ont une preuve qu'ils ont envoyé un courrier, ou un
courriel, ou quoi que ce soit, qu'ils la fournissent, évidemment. Les gens
qui ne l'ont pas, qui ont un problème pour la fournir, on ne devrait pas leur
imposer cette obligation-là.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Mme la ministre, un court commentaire, bref.
Mme Thériault :
Un court commentaire, c'est... Moi, je pense qu'on peut s'envoyer des
courriels. On n'est pas obligés
d'avoir la réponse de l'autre. Mais je pense qu'à partir du moment où on est
capables de donner à l'institution financière
copie du courriel qu'on a envoyé à l'ex-conjoint disant que nous voulons mettre
fin conjointement, solidairement aux
engagements futurs... Si c'est fait par un avocat ou si c'est fait par la
personne elle-même, et qu'à la seule preuve du courriel en c. c., exemple, en copie conforme, est-ce que ça serait
quand même acceptable? Parce qu'un courriel, tout le monde communique
ensemble. C'est facile.
M. Boucher
(Marcel) : Absolument. Notre
position là-dessus, c'est ce que j'essayais de vous communiquer
tantôt : Si quelqu'un peut le faire,
s'il n'y a pas de problème, si c'est simple et efficace, pourquoi pas, bien
sûr. C'est pour ça qu'on propose, dans notre mémoire, dans les cas où
c'est possible, bien sûr, faisons-le. Mais il y a un paquet de cas où c'est impossible. Il faudrait que la loi prévoie, à tout
le moins, une échappatoire pour les gens qui ont un problème, par simple
déclaration que, non, je ne peux pas aviser l'autre personne, ou il y a un
problème, ou je préfère ne pas, ou...
Le Président (M. Picard) :
Merci.
Mme Roehl
(Gabriele) : On pense
particulièrement aux cas de violence conjugale où, vraiment, le contact
peut être extrêmement difficile après une rupture.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Marie-Victorin pour
10 minutes.
Mme Fournier : Merci, M. le
Président. Merci à vous d'être présents aujourd'hui avec nous en commission parlementaire. Ça me fait plaisir de vous recevoir
pour présenter le point de vue justement de la protection des consommateurs.
Dans votre présentation, dans votre mémoire,
moi, il y a un point qui m'a particulièrement intriguée, c'est le fameux devoir
de conseil que vous évoquez auprès donc des prêteurs. Vous nous avez donné,
dans votre mémoire, l'exemple de la France. J'aimerais voir un peu comment vous
considéreriez l'application de ce devoir de conseil là dans le cas québécois,
pour éviter aussi les conflits d'intérêts entre les prêteurs et ceux qui
contractent le crédit.
Le Président (M. Picard) :
Allez-y, M. Boucher.
M. Boucher
(Marcel) : Cette mention-là du devoir de conseil en France, ce
n'est pas quelque chose qui, d'après nous, présentement, pourrait être application au Québec.
Justement à cause des problèmes de conflits
d'intérêts, les gens avec qui le
consommateur va faire affaire pour obtenir un prêt ne sont pas nécessairement compétents pour donner des conseils. C'est un exemple qu'on
donnait pour montrer que cette obligation-là de vérifier la capacité de payer,
cette responsabilité des prêteurs peut aller très loin. On le voit
dans certaines juridictions étrangères, ça peut aller très, très loin. On le donnait comme exemple afin de dire au législateur québécois : Il ne faut pas
avoir peur d'aller loin. Il y en a d'autres qui sont allés loin, le
monde ne s'est pas écroulé, et la situation semble être plus sous contrôle sur
ces questions-là.
Ce sur quoi
nous insistions dans notre mémoire, pour ce qui est du devoir de conseil, c'est
que le prêteur remette les documents
sur lesquels il se base. Bref, son évaluation, les documents ou la conclusion
de son évaluation, pour que le consommateur
ait en main... pour qu'il soit informé de qu'est-ce qu'on regarde quand on doit
évaluer est-ce que j'ai la capacité
de rembourser un crédit. Et qu'il l'ait sous les yeux. Qu'est-ce qui a été pris
en compte? Qu'est-ce qui a été évalué?
Puis le
devoir de conseil et ces renseignements-là, un autre exemple qu'on donne...
(Interruption) excusez-moi, je ne sais plus de quel pays, que les
renseignements que donne le consommateur doivent être vérifiés, validés par des
documents officiels ou quoi que ce soit. On trouve que, ça aussi, c'est aller
très, très loin.
Dans le cadre
de nos discussions avec l'Office de la protection du consommateur, on
réfléchissait à voix haute et on
suggérait, à un moment donné, d'inclure, dans la loi, un principe que le
prêteur va se fier évidemment aux renseignements qui sont donnés par le consommateur, mais sur des renseignements
crédibles. C'est-à-dire que, aussitôt qu'il y a quelque chose qui semble un peu louche, le prêteur devra
avoir l'obligation de le vérifier, soit en demandant des documents soit
en demandant une confirmation. Et on donnait l'exemple : Quelqu'un, parce
qu'il veut avoir de l'argent... c'est un des problèmes
qu'on retrouve avec ça, l'évaluation de la capacité de payer, hein? Les gens
qui ont une capacité de payer réduite, ils
en veulent, de l'argent. Ils vont voir un prêteur parce qu'ils veulent de l'argent,
pas pour se faire dire : Tu n'as pas les moyens de rembourser.
Parce qu'ils veulent de l'argent, il y a une
possibilité qu'ils disent au prêteur ce qu'il veut entendre pour avoir l'argent
qu'ils veulent. La responsabilité du prêteur reste là quand même. Il doit
évaluer : Est-ce que la personne a la capacité
de payer? C'est pour ça que, dans la juridiction étrangère qu'on mentionne, il
y a cette obligation de vérification aussi.
Alors, peut-être que, dans la loi, on devrait indiquer que... dans le règlement,
parce que ça reste à venir... Donc, parmi les choses à vérifier, les choses devront être vérifiées pour qu'à
partir du moment où les renseignements sont crédibles, ils peuvent être
pris en compte; autrement, non.
Le Président (M. Picard) : Mme
la députée.
Fournier : Merci beaucoup. Vous parliez aussi des sanctions, selon vous, qui ne seraient pas
assez sévères, dans votre mémoire. Puis
j'aurais aimé savoir : À votre avis, quelles sanctions donc devrait-on
appliquer pour que vraiment il y ait un effet dissuasif sur les gens qui
proposent du crédit?
Le Président (M. Picard) : M.
Boucher.
M. Boucher
(Marcel) : Je vous disais
tantôt que le législateur québécois ne doit pas avoir peur d'aller trop loin.
On peut aller très, très loin. On donne l'exemple... c'est la Suisse, je crois,
où la loi prévoit que le prêteur va perdre le capital.
Et on se dit : Jusqu'à un certain point, c'est parfaitement normal et
logique. On est un groupe de défense des droits des consommateurs. On se
dit : C'est parfaitement normal et logique. Le prêteur va recevoir un
consommateur, va évaluer est-ce que la
personne a la capacité de rembourser l'argent que je lui prête. Réponse :
non. Et il lui prête l'argent.
On se
dit : Bon, le prêteur prend un risque. Il prend un gros risque, comme
quelqu'un qui parierait sur les chevaux. Il prend un gros risque. Si ça
ne paie pas, ça ne paie pas. Il perd tout. Et on se dit que ça serait logique,
que ça serait plus équitable pour le consommateur
qui emprunte et qui va faire confiance, jusqu'à un certain point, au prêteur.
Si le prêteur évalue — mais
ça, c'est dans les cas extrêmes, là — que l'emprunteur n'aura pas la capacité de
rembourser, c'est un «gamble» : s'il le perd, il perd tout.
Le Président (M. Picard) :
Mme la députée.
M. Boucher
(Marcel) : J'imagine que,
dans la loi, ce qu'il faudrait prévoir pour aller jusque-là, ce sont des
étapes, des étapes de gravité du manquement. Mais le manquement le plus grave
devrait entraîner les conséquences les plus graves.
Il faut que... La loi ne prévoit pas que, si l'évaluation est négative,
c'est-à-dire que le prêteur fait l'évaluation de la capacité de payer et
conclut que la personne n'a pas la capacité de payer... Il peut quand même lui
prêter, la loi ne l'interdit pas. Dans certaines circonstances, ça peut être
justifiable, peut-être, que la pénalité maximale ne devrait pas s'appliquer.
Dans d'autres cas, il y a sûrement des motifs qui permettraient de l'appliquer.
Le Président (M. Picard) :
Mme la députée.
Fournier : Merci beaucoup. Oui,
donc, je comprends les sanctions. Mais est-ce qu'en ce moment, selon
vous, l'OPC est présentement en train de faire respecter ces obligations-là?
Est-ce qu'il y a des ressources qui sont allouées à ça?
M. Boucher (Marcel) : De quelles
obligations parlez-vous?
Mme Fournier : Les sanctions qui
sont prévues.
M. Boucher (Marcel) : Ah! les
différentes sanctions. Est-ce que l'office a suffisamment...
Mme Fournier :
De ressources, oui.
M. Boucher
(Marcel) : ...de ressources
pour faire ça? D'après nous, comme groupe de défense des droits des consommateurs, l'Office de la protection du consommateur n'a pas suffisamment de ressources et n'en aura jamais assez.
La protection du consommateur est essentielle.
mentionnait, tantôt, la place de la protection du consommateur et la joie que
nous éprouvions de savoir que quelqu'un
va siéger au Conseil des ministres et va avoir comme préoccupation constamment la
protection du consommateur. Qu'on
parle de finances, qu'on parle de transports, qu'on parle de quoi que ce soit, il y a toujours
une préoccupation pour la
protection du consommateur qui devrait être présente. Là, il va y avoir
quelqu'un au Conseil des ministres qui est nommé pour faire ça, c'est sa job — c'est
à ça qu'elle doit penser — et
qui doit intervenir dans tous les dossiers. On se réjouit de ça.
Est-ce que,
si un ministre de la Protection du consommateur fait ça,
l'office a présentement assez de ressources? Jamais de la vie. Il
va y avoir d'autant plus de dossiers, il va y avoir d'autant plus de choses à
faire, d'autant plus de surveillance, d'autant plus de sanctions. Voilà :
ressources, s'il vous plaît.
Fournier : Sur un autre
sujet, les fameux programmes de fidélisation. Vous dites, dans votre mémoire,
vous nous l'avez un peu expliqué, qu'on ne retrouve pas l'interdiction, donc,
de la perte de valeur des points. Même, on le circonscrit,
là, ouvertement dans le projet de loi que c'est possible que ça arrive. Puis on
comprend, effectivement, c'est un peu comme de la vraie argent.
Avec l'inflation, c'est possible qu'on dise qu'il y a un bien qui peut valoir
plus de points au fil du temps que dans les années, par exemple, précédentes.
Mais il y a
plusieurs cas, là, depuis quelques mois, qui commencent à apparaître. Moi-même,
à mon bureau de circonscription, j'ai eu des citoyens qui sont venus me voir, que
leurs points avaient perdu, par
exemple, une valeur de 20 %
depuis le mois de janvier, puis ils trouvaient que cette situation-là était
totalement injuste. Et je les comprends, parce que ça représentait des
valeurs, par exemple, autour, quand même, de 1 000 $. Puis je me
demandais si vous, vous recommanderiez
d'interdire totalement la perte de valeur des points ou vous fixeriez le
pourcentage à un certain niveau.
M. Boucher
(Marcel) : Nous n'avons pas pensé à la solution idéale. Ce
que nous soulignons dans le mémoire, c'est
que cette porte-là reste toujours ouverte pour le commerçant. Et la dévaluation
peut être... S'il n'y a rien qui... Si ce n'est pas couvert du tout, s'il
n'y a aucun plafond, s'il n'y a
aucun encadrement, ça peut être n'importe quoi. Le commerçant
peut prévoir, dans son contrat : Je
peux dévaluer à la valeur que je veux, et, le lendemain, il dévalue de 90 %. C'est dangereux.
Ce sont effectivement des problèmes dont on a
entendu parler récemment, ces problèmes de dévaluation là. D'après nous, la loi ou le règlement devrait
prévoir quelque chose. Prévoir quoi? Je ne sais pas. Mais ne rien dire
nous semble dangereux.
Le Président (M. Picard) :
Mme la députée, moins d'une minute.
Fournier : Oui. Bien, peut-être très rapidement, là, dans une optique
de bonification du projet de loi, on sait
que c'est en deux phases, mais que cette phase-ci vise davantage les
consommateurs vulnérables. On a parlé de la sollicitation sur les
campus, dans le fond, dans les établissements d'enseignement. Mais est-ce que
vous voyez aussi des mesures qui sont manquantes dans le projet de loi et qui
auraient leur place dans un projet de loi qui vise les consommateurs plus
vulnérables?
M. Boucher (Marcel) : Le projet de
loi qui est sur la table présentement va déjà demander un certain travail d'étude et d'ajustement. Vous me demandez si...
est-ce que des choses devraient être ajoutées avant qu'il soit passé au vote?
Mme Fournier : Si vous avez des
mesures spécifiques que vous voyez qui sont manquantes, effectivement, dans le
projet de loi.
M. Boucher
(Marcel) : Il y en a plein,
des mesures spécifiques qui sont manquantes. Le projet de loi n° 24 a
été coupé, parce que l'idée était de
déposer, sur les mesures les plus urgentes, un projet de loi qui était
susceptible de faire son cheminement
et d'être adopté. Si vous me demandez s'il y a des mesures manquantes, je
pourrais vous en donner pour le reste de la journée, des manquantes, à
la protection du consommateur...
Fournier : Des mesures urgentes, justement, qui visent les
consommateurs les plus vulnérables. C'était ça, le sens de ma question.
Merci.
Le Président (M. Picard) : Merci,
Mme la députée. M. Boucher, rapidement.
M. Boucher
(Marcel) : Nous faisons
confiance, maintenant qu'il y
a un ministre de la Protection du
consommateur, qu'il va y avoir un nouveau projet de loi aux six mois,
pour faire les phases suivantes et les choses urgentes.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Mais je...
Une voix : ...votre position.
Le Président (M. Picard) : Je cède maintenant la parole à M. le député de Johnson pour une période de sept minutes.
Lamontagne : Merci, M. le Président. Dans votre mémoire, vous
mentionnez, quand vous parlez pour évaluer le crédit d'une personne, d'utiliser le revenu disponible au lieu
d'utiliser une forme de ratio d'endettement. Je comprends très bien le bien-fondé. Dans le fond, on veut
savoir ultimement, à la fin de chaque mois, il reste combien de sous à
la personne dans son portefeuille pour être
capable de contracter un emprunt. Mais, dans la réalité, chaque personne est
un cas, tu sais, au niveau du revenu disponible puis qu'est-ce qui intervient
dans le revenu disponible.
Alors,
comment... qu'est-ce que vous suggérez, ou comment vous voyez que ce serait
applicable qu'on essaie de s'orienter
vers le revenu disponible plutôt que vers quelque chose d'un peu plus général,
qui est le ratio d'endettement?
M. Boucher
(Marcel) : Le règlement va
prévoir les éléments dont devra tenir en compte le prêteur. Ça va être
la façon de faire. Il faut faire une
grille... d'après nous, il faut faire une grille qui va ressembler à une grille
de budget, qui va détailler... qui va
essayer de trouver le revenu disponible. Combien, à la fin du mois, une fois
toutes les dettes payées, une fois
l'impôt payé, une fois les obligations de base, le loyer, la nourriture... Il
te reste-tu suffisamment d'argent pour payer une dette supplémentaire? Donc, c'est ce que nous présumons jusqu'à
maintenant... On va voir quand le règlement va être déposé... c'est ce
que nous présumons que le règlement va proposer : une grille d'analyse qui
va ressembler à une grille de budget, qui prend les grandes lignes pour voir le
revenu disponible applicable à un nouvel emprunt.
Lamontagne : O.K. Alors, vous pensez vraiment que l'idée d'utiliser le
revenu disponible, c'est quelque chose qui est tout à fait faisable,
là...
M. Boucher (Marcel) : Oui...
Lamontagne : Non, c'est parce qu'il y a une vague de dépenses qui
entrent dans un budget d'une personne, puis
chaque personne est différente. D'arriver avec un formulaire gouvernemental qui
va être soumis aux différents prêteurs, qui va venir couvrir l'ensemble des dépenses qu'un individu peut avoir,
je veux dire, on peut en avoir pour pas mal de pages.
M. Boucher (Marcel) : Vous me
dites : Chacun est individualisé. Oui, et ces nouvelles dispositions de la
loi visent justement à ce qu'une évaluation
personnalisée soit faite, donc, oui, il va falloir que la situation personnelle
de cette personne-là... C'est ça
qu'il faut regarder : Est-ce qu'elle qui est devant moi a la capacité de
rembourser? C'est ça. Ça va être ça,
la nouvelle responsabilité du prêteur. Est-ce qu'elle a la capacité de
rembourser, et idéalement l'informer de : Est-ce qu'elle l'a, cette
capacité-là, est-ce qu'elle ne l'a pas, et sur quelles bases.
Finalement,
ce que vous me demandez, c'est : Est-ce que ça va être compliqué? Oui, je
pense que oui. Je pense que ça va
être compliqué. Il va falloir que la grille soit bien faite. La grille va être
dans le règlement, heureusement, parce que ça va permettre des
modifications rapides, parce que la première grille qui va être soumise par
règlement, ce n'est pas certain qu'elle va
marcher 100 %, puis que, six mois plus tard, on va s'apercevoir que, oups!
il y a quelque chose qui n'est pas pris en compte, puis ça ne règle pas
tel problème, puis il va falloir modifier le règlement. C'est bien possible.
L'idéal, pour
faire ça, ça aurait été que les gens, avant de faire quelque emprunt... ou,
rendus à tel point, avant de faire un
emprunt, les gens soient référés vers quelqu'un qui va faire, avec eux, un
budget de fond en comble pour que la personne soit vraiment au fait de
ça. Mais ça, c'est totalement irréaliste. Ça fait qu'il faut trouver quelque
chose entre les deux. Puis ça va être le prêteur qui va devoir faire une
partie
de ce travail-là.
Lamontagne : À l'article 103.1, là, on vient permettre un recours
quand on pense qu'il y a une connivence entre le commerçant, mais aussi le commerçant prêteur, pour une réparation,
là, pour le consommateur. Est-ce que, selon vous, ce qui est proposé,
est-ce que ça va être applicable? Est-ce que ça va être un bénéfice pour le
consommateur?
M. Boucher (Marcel) : Vous parlez de
connivence, je ne sais pas de quoi vous me parlez.
M. Lamontagne : C'est le recours du
consommateur contre un commerçant de crédit qui collabore avec un commerçant
vendeur.
M. Boucher (Marcel) : O.K.
Excellent. Oui, bon, d'abord, voyez-vous, vous me dites connivence, et ça m'a trompé. Il s'agit de collaboration régulière. Il
ne s'agit pas d'entente pour faire un mauvais coup, là. C'est juste...
Quand ils collaborent régulièrement, la
loi — et c'est
déjà le cas — dit
qu'il y a certains moyens, qui sont opposables au commerçant, qui peuvent être opposables au prêteur lors d'un
recours qui est fait par eux en défense, donc. Ce que la loi prévoit, ce
que la modification de la loi prévoit, c'est
que certains moyens vont pouvoir être utilisés aussi en demande. Lorsque le
commerçant, lorsque le prêteur ne
poursuit pas, qu'il laisse traîner les choses, le consommateur va pouvoir
entreprendre lui-même les recours et
entreprendre des recours contre le prêteur. Parce qu'évidemment le commerçant,
une fois qu'il est payé par le prêteur,
il n'a plus beaucoup d'intérêt à poursuivre. Et, bien souvent, il va
disparaître du décor. Et, si le consommateur veut essayer d'opposer des moyens de défense, par
exemple, le contrat n'était pas valide ou le bien a brisé, ou... Bref, j'ai des moyens de défense
contre le commerçant, mais le commerçant n'est plus là. Je fais quoi? Je
continue à payer? Non.
Ce que la loi
prévoit maintenant, c'est : Si le commerçant n'est plus là, et
qu'il y a un problème que tu aurais pu opposer
au commerçant, tu peux dorénavant l'opposer au prêteur si le prêteur et le
commerçant collaboraient régulièrement. Ça nous semble parfaitement
raisonnable. Ça nous semble même ne pas aller tout à fait assez loin, parce
qu'il y a des cas où
le commerçant est peut-être encore là, il n'est peut-être
pas insolvable, il n'est peut-être pas en faillite, mais il est sur le bord
de... Donc, le consommateur, avant de pouvoir inscrire, comme défendeur, dans
les procédures, le prêteur d'argent va
devoir attendre ou va entreprendre des procédures et, en cours de procédure, va
s'apercevoir que le commerçant n'est plus saisissable ou qu'il ne pourra
pas payer la... Il va falloir recommencer les procédures.
Ça ne nous semble pas être une bonne idée. Il
faudrait prévoir une façon d'intégrer au recours, ce qui est entrepris par le consommateur, intégrer le prêteur
immédiatement pour qu'il suive le dossier. Si, en bout de ligne, il
n'est pas... on laisse la responsabilité au
commerçant, bien, ça sera le commerçant qui aura la responsabilité. Mais, si
jamais elle doit être transférée, bien, il sera déjà au dossier.
M. Lamontagne : Ça fait que ça, ça
serait votre façon d'aller plus loin?
M. Boucher (Marcel) : Oui.
M. Lamontagne : C'est que, dès le
départ, là...
M. Boucher
(Marcel) : Qu'on puisse inscrire,
qu'on puisse au moins mettre le nom, que la loi permette de mettre le nom du prêteur comme défendeur, déjà sur la
première procédure, peu importe ce qui se passe pendant la procédure.
Lamontagne : Puis ça, que les partis collaborent d'une façon
régulière, ensemble, ça, c'est connu? On prend pour acquis que c'est
toujours connu, c'est toujours...
M. Boucher
(Marcel) : C'est une
disposition qui est déjà là, hein, dans la
Loi sur la protection du
consommateur pour les... Les moyens de défense
sont opposables au prêteur qui collabore régulièrement avec le commerçant. Et,
jusqu'à présent, ça a été utilisé. Ça ne crée pas de problème particulier. Je
ne sais pas, en pratique, comment on... si c'est très utilisé, si c'est
problématique. Mais je sais que c'est utilisé, cette disposition-là.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Merci, M. le député. Le temps est écoulé déjà.
M. Lamontagne : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Picard) :
Donc, je vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
Et la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 37)
Le Président (M. Matte) : ...et de
leurs téléphones.
Nous allons
poursuivre les consultations
particulières sur le projet de loi n° 134 cet après-midi. Avant de débuter
l'audition, j'aimerais savoir s'il y a consentement pour que M. Jolin-Barrette,
député de Borduas, puisse remplacer M. Lamontagne, député de Johnson. Est-ce
qu'il y a consentement?
Mme Thériault : Certainement,
consentement, M. le Président.
Le Président (M. Matte) : C'est
bien, M. le député de Borduas, la pression est terminée, vous êtes accepté.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le
Président, m'en voilà soulagé.
Président (M. Matte) :
Alors, cet après-midi, nous allons entendre les organismes : la Chambre des notaires du Québec, le Barreau
du Québec et le Centre d'études en droit économique.
Président (M. Matte) :
Pardon? Oui. Est-ce qu'il y a consentement pour qu'on puisse, compte tenu qu'on
débute un peu plus tard, prolonger un peu plus tard?
Des voix : Consentement.
Président (M. Matte) : Consentement. C'est bien. Donc, je vous dis que je souhaite la bienvenue à la
Chambre des notaires. Je vous invite, là, à
faire les présentations. Je vous informe que vous avez 10 minutes de
présentation, et, par la suite, nous allons procéder à des échanges de part et
d'autre. Le gouvernement, vous disposez de 16 min 30 s,
l'opposition
officielle, de
9 min 54 s, et le deuxième
groupe de l'opposition officielle,
6 min 36 s. Sans plus tarder, je vous laisse la parole,
si vous voulez bien présenter les gens qui vous accompagnent pour fins
d'enregistrement.
Mme Chamberland (Nancy) : Alors, bien, merci beaucoup. Permettez-moi de vous présenter Me Marc Boudreault,
notaire, qui a été, jusqu'à tout récemment et pendant 33 ans, professeur
de droit à l'Université d'Ottawa — son domaine
d'enseignement et de prédilection, les sûretés; Me Nicolas Handfield, également
notaire, chef de service à la Direction
des services juridiques à la chambre; et Me Antoine Fafard, à la Direction des
services juridiques également et également
notaire. Et je me présente : Nancy Chamberland, notaire. Je suis
administratrice au conseil d'administration de la Chambre des notaires et, cet après-midi, je
remplace le président de l'ordre, Me François Bibeau, qui est à Victoria à
la conférence annuelle de la Fédération des
ordres professionnels de juristes du Canada, en Colombie-Britannique, bien
sûr.
Alors,
M. le Président de la commission, Mme la ministre, mesdames messieurs, membres
de commission, il me fait plaisir d'être avec vous aujourd'hui à
titre
de représentante de la Chambre des notaires. Nous tenons à remercier la Commission des relations avec les citoyens de
nous avoir invités à faire des représentations dans le cadre de l'étude
du projet de loi n° 134.
notaires, juristes possédant une expertise en matière de financement
hypothécaire, principalement dans le
cadre de transactions immobilières, sont directement interpelés par les
objectifs du projet de loi n° 134. La chambre est donc heureuse de
participer à la consultation et d'alimenter votre réflexion entourant la protection
du consommateur.
D'entrée
de jeu, je tiens à préciser que nous épousons l'objectif de vouloir assainir
certaines pratiques qui se sont développées
au cours des dernières années dans le domaine du crédit à la consommation et
qui malheureusement visent souvent les consommateurs les plus vulnérables. La
chambre ne peut donc qu'applaudir l'initiative du législateur de vouloir
protéger les consommateurs québécois
en modernisant la loi de protection du consommateur afin qu'elle tienne
compte des réalités actuelles.
Nous
considérons toutefois que, pour véritablement être en mesure
de moderniser le crédit à la consommation et assurer une protection
accrue des consommateurs québécois, le projet de loi n° 134 doit obligatoirement
prévoir de nouvelles mesures applicables au crédit immobilier.
Comme nous l'avons
soutenu lors de consultations antérieures et comme nous le faisons encore
aujourd'hui, l'évolution et surtout la sophistication du crédit immobilier
au cours des 30 dernières années nécessitent une modernisation des règles applicables afin de protéger le
consommateur. Le crédit immobilier, on le sait tous, est souvent la dette la
plus importante qu'un consommateur
contractera dans sa vie. Et l'avènement de différents produits financiers en
matière de financement hypothécaire nous permet aujourd'hui d'affirmer
qu'il existe une connexion très étroite entre le crédit immobilier et le crédit
à la consommation.
Ainsi,
s'il n'y avait qu'un seul message à retenir cet après-midi de la Chambre des
notaires, nous aimerions que la commission retienne ce message. S'il ne
contient pas de mesure afin de moderniser le crédit immobilier, le projet de loi n° 134 ne pourra malheureusement espérer
but de protéger les consommateurs québécois.
faut savoir que, depuis 1994, le Code civil du Québec permet que les
hypothèques puissent garantir l'ensemble des obligations présentes et futures contractées par un consommateur. Il
s'agit d'une clause que l'on retrouve maintenant dans presque tous les
contrats d'hypothèque et dont les conséquences sont souvent très mal comprises
par les consommateurs. Or, ces derniers doivent avoir toutes les informations
pertinentes, nécessaires et utiles quand vient le moment de signer un
engagement aussi important pouvant avoir d'énormes répercussions sur leur santé
financière et sur celle de leurs proches.
Parallèlement à cette
problématique, il faut rappeler la portée des articles 21 et 22 du règlement
d'application de la loi de protection du
consommateur. De façon générale, ceux-ci prévoient que le contrat de crédit qui
est ou qui doit être garanti par une
hypothèque immobilière de premier rang est exempté de l'application de la loi
presque en totalité. Or, comme on vient de le mentionner, l'hypothèque
immobilière de premier rang sert dorénavant à garantir n'importe quelle
obligation présente ou future du consommateur. Ce type d'hypothèque est
maintenant la norme en matière de crédit immobilier.
comprend donc que l'exemption prévue à cette disposition réglementaire s'étend
également à tout contrat de crédit
présent ou futur auquel le consommateur a ou aura consenti, et ce, considérant
qu'il est ultimement garanti par une hypothèque
immobilière. Le consommateur subit alors une diminution substantielle de sa
protection, considérant que la plupart de ses obligations seront exclues
et que la
Loi sur la protection du consommateur ne pourra être appliquée par
l'effet de cette disposition réglementaire.
bref, il est impératif de revoir les dispositions de la
Loi sur la protection
du consommateur en les adaptant à la réalité
actuelle des contrats de crédit garantis par hypothèque immobilière, souvent,
on le répète, la dette la plus importante qu'un consommateur contractera au cours de sa vie. Il en va, bien sûr,
de la protection du consommateur et de la lutte contre le
surendettement.
Alors,
en espérant avoir su illustrer très brièvement mais clairement la position de
la Chambre des notaires sur le projet n° 134, je vous invite,
mesdames et messieurs, à échanger avec nous sur ce sujet, et mes collègues se
feront un plaisir de répondre à vos questions. Merci beaucoup.
Président (M. Matte) : Je vous remercie pour votre exposé.
J'inviterais la ministre pour débuter la période d'échange.
Mme Thériault : Merci, M. le Président. Tout d'abord, j'aimerais saluer
nos invités, évidemment, Me Chamberland, qui nous a exposé le point
de vue de la Chambre des notaires, les personnes qui l'accompagnent, le
Pr Boudreault, Me Handfield et Me Fafard. Merci d'être en
commission parlementaire.
Évidemment,
je vous dirais que c'est ma première commission parlementaire à
titre de
ministre responsable de la Protection
des consommateurs mais pas ma première commission parlementaire puisque j'en ai
fait quand même passablement
beaucoup. Ça fait déjà 15 ans que je suis dans ce Parlement-ci, et j'ai eu le
plaisir de siéger à la Commission des
institutions et de présider les travaux, donc le travail que fait M. le
Président, donc ce qui me permettait d'être en contact régulier avec la
Chambre des notaires ainsi que le Barreau du Québec, qui va suivre tout de
suite après vous.
Évidemment, toutes
vos remarques sont prises en considération. Je sais que vous avez des
discussions avec l'Office de la protection
du consommateur. Votre mémoire est quand même très bien accueilli. Je trouve
que... Vous avez parlé d'assainir
certaines pratiques. Donc, oui, effectivement, le projet de loi qu'on a devant
nous... Dois-je le rappeler, en 2012,
il y a un projet de loi qui avait été déposé dans une autre législation. Il y a
eu des élections, changement de gouvernement,
on n'a pas rappelé le projet de loi,
gouvernement minoritaire aussi, donc il
n'a pas eu beaucoup de temps pour pouvoir faire de la législation. Je
pense que c'est correct, les gens comprennent le contexte. Le fait d'avoir une
ministre maintenant qui revient, dédiée entièrement à la protection du
consommateur, je crois que ça fait aussi la différence pour pouvoir procéder
des dossiers parallèlement au ministère de la Justice.
vais me permettre un commentaire par rapport au message que vous nous demandez
de retenir sur revoir les règles
entourant les hypothèques. Présentement, l'exclusion est dans le règlement. Si
nous retirions l'exclusion dans le règlement
qui suivra l'adoption de cette loi-ci, il n'y a rien qui nous garantit que ça
fonctionnerait quand même, parce que je retire un gros morceau si je
fais ça. J'aimerais avoir votre avis là-dessus, parce que, comme on a dit
depuis qu'on a commencé, là, vous avez une portion de ce qui a été déposé en
2012, c'est la phase un.
Il y a une ministre à
temps plein. Ce matin, le groupe qu'on a entendu demandait à ce qu'on puisse
faire de la législation deux fois par année. Je pense qu'il y a
beaucoup de choses au niveau du consommateur qu'on peut
trouver, qu'on peut toucher. On a toujours
le choix de déposer un gros projet de
loi qui va toucher une panoplie de
groupes où on pourrait entendre 50,
70 groupes, 100 groupes en commission
parlementaire, avoir des avis très
partagés, ou le limiter pour toucher à des choses bien particulières,
comme ce qu'on fait présentement, où on s'attaque au surendettement, aux points
de fidélisation, pour répondre aux nouvelles réalités qu'on vit.
Donc,
il est évident qu'il y a des choix qui ont été faits auparavant.
Ça fait une semaine seulement que je porte le chapeau de ministre responsable de la Protection des consommateurs,
et il m'apparaissait fort important de ne pas reporter les consultations qui avaient été mises à l'agenda aujourd'hui, demain et la semaine
prochaine pour pouvoir aller de
l'avant. Vous savez que j'aurais pu
dire : Non, j'aimerais ça qu'on reporte un peu. Mais, étant donné que le
temps de commission est fort
important, qu'il y a 10 commissions, que les 10 ne peuvent pas siéger en même temps, le temps était déjà réservé, je pense que c'était important de pouvoir appeler ce projet de loi là, être capable d'entendre les groupes, et je suis convaincue
qu'avec la collaboration de mes collègues de l'opposition, pour leur avoir
parlé, que notre but commun, c'est de faire avancer les droits des
consommateurs et d'être capables de les protéger.
Donc,
j'aimerais vous entendre : Qu'est-ce
qui arriverait si nous décidions, dans le règlement qui va suivre ce
projet de loi là, de retirer cette
exception-là? Et, par la suite, M. le Président, je pense que mes collègues
vont vouloir certainement s'entretenir avec nos invités, donc je vais
laisser la place aux députés.
Le Président (M.
Matte) : C'est bien. Je vous remercie, Mme la ministre. Je vous
invite... M. Sauvageau.
M. Boudreault (Marc) : Alors, si
j'ai bien compris votre question,
c'est de savoir qu'est-ce qui
arriverait si on enlevait l'exemption qui est prévue dans le règlement
plus tard. Ça, il faut bien voir que le but, c'est de protéger le consommateur, hein? Le but de la loi, c'est
d'abord de protéger le consommateur. Il reste que, quand on est en
matière hypothécaire, il est clair qu'on ne
veut pas, à cause de la nature de l'hypothèque qui est faite par acte notarié,
on ne veut pas que tous les articles
s'appliquent, il faut qu'on fasse un tri parmi les articles applicables pour décider quelles mesures vont s'appliquer à l'hypothèque. Puis il faudrait aussi... on doit regarder aussi l'autre
mécanisme qui est prévu dans le règlement,
c'est-à-dire qu'on a un avis qui vient donner de l'information au débiteur, et cet
avis-là pourrait également être bonifié
pour donner plus d'information, être amélioré, etc., comme on le dit dans les
recommandations. Alors, je pense qu'il faut plutôt se dire qu'il doit y
avoir certaines dispositions qui vont être exclues. Mais ce qui est peut-être
le plus important, c'est de s'assurer que,
quand des obligations sont garanties par des hypothèques, que les obligations
garanties par les hypothèques vont quand même offrir une protection au
consommateur.
À l'heure actuelle,
si je peux me permettre rapidement, là, vous savez qu'avec l'hypothèque
parapluie, depuis 1994, l'hypothèque peut
garantir n'importe quel genre d'obligation. Alors, ça peut être n'importe
quelle obligation présente ou future
du débiteur, ça peut être n'importe quelle obligation présente ou future des
personnes qui sont assimilées au débiteur
par l'acte d'hypothèque, comme le conjoint, la caution, le futur acquéreur,
etc., puis ça peut être aussi
n'importe quelle obligation
qui est due envers le créancier ou envers des personnes assimilées au
créancier. Et ça, on vise le cessionnaire, une personne qui acquerrait
une
partie de la créance, un subrogé. Ça peut être aussi parfois des filiales,
des compagnies filiales du prêteur.
Alors,
on voit qu'avec l'hypothèque parapluie, maintenant, il y a énormément
d'obligations qui sont visées par l'hypothèque. Puis, à
l'heure actuelle, avec le règlement tel qu'il est fait, parce qu'il date de
1981, puis, en 1981, les hypothèques ne
couvraient qu'une seule obligation, c'était une obligation déterminée seulement,
alors, depuis 1994, les hypothèques
couvrent une multitude d'obligations. Puis la conséquence de ça, c'est que toutes les
obligations qui sont garanties par une hypothèque
sont exclues de toute protection en vertu de la
Loi sur la protection du
consommateur. À toutes fins pratiques, là,
il n'y a aucun
article qui s'applique dès qu'une obligation est garantie par
une hypothèque.
Alors,
évidemment, entre ça puis dire : On rend tous les articles applicables,
là, il y a un monde, il y a un monde. Il faut plutôt cibler quelles sont
les dispositions qui doivent s'appliquer aux hypothèques immobilières. Puis ça,
la Chambre des notaires tient à ce que ça
soit fait, tient à ce qu'il y ait certaines dispositions qui s'appliquent. Puis
il faut aussi conserver les bons
mécanismes qui ont été mis en place, comme l'avis de 48 heures. Alors, l'avis
de 48 heures sert. Ce qu'on voudrait, c'est que l'avis de 48 heures
puisse être utilisé dans plus de cas que présentement. Alors, avec l'hypothèque
de premier rang, il n'y en a pas, d'avis de 48 heures, il n'y a aucune
protection.
Le Président (M. Matte) : C'est bien. Maintenant, est-ce qu'il y a... Oui,
j'inviterais le député de Beauce-Sud... Oh!
Mme Thériault : Bien, je vais
juste répondre.
Le Président (M. Matte) : Ah!
Thériault : Tout simplement que l'Office de la protection du
consommateur va travailler avec vous pour voir de quelle manière, s'il y a une possibilité qu'on puisse... Parce
qu'effectivement c'est sûr que, si on le retirait du règlement, il faut
prévoir des modifications tout de suite dans le projet de loi. Donc, c'est pour
ça que je parlais : une phase un, phase
deux. Parce que j'entends ce que vous dites. Je suis parfaitement consciente
que, lorsqu'on a une hypothèque, c'est probablement
l'investissement le plus important d'une vie la plupart du temps. On comprend,
et le fait qu'on puisse mettre plein
de choses dans l'hypothèque, là, ce n'est pas nécessairement une bonne chose au
niveau de l'endettement. Je vous donne
raison dans ce que vous dites. Sauf que mon principal souci, c'est de ne pas
retarder l'adoption du projet de loi, et, s'il faut que je reparte des consultations, que je refasse un processus
législatif, ma crainte, c'est de ne pas être capable de l'adopter à
l'automne.
Mme Chamberland (Nancy) : Me
Handfield voulait compléter. Ça va?
Le Président (M. Matte) : Oui.
M. Handfield (Nicolas) : On comprend
totalement ça, puis on travaille avec l'Office de la protection du consommateur
depuis plusieurs années justement pour améliorer la protection, puis on
apprécie la relation qu'on a avec l'office. Ce qu'on veut s'assurer, c'est que
les bonnes dispositions qu'il y a dans ce projet de loi là n° 134 soient applicables sans que certains créanciers... on ne
nommera pas de nom, mais pourraient dire : Bien, on va passer, on
va demander qu'il y ait une hypothèque de premier rang, donc toutes les dispositions
sur le crédit à coût élevé mais non applicables
parce que c'est une hypothèque de premier rang, parce qu'il y a un règlement.
Donc, on va travailler main dans la
main avec l'office pour proposer des éléments, ça va nous faire plaisir, mais
il faut s'assurer que qu'est-ce qui est contenu, qu'on trouve excellent dans le projet de loi, mais ça, c'est applicable,
qu'on ne le — excusez-moi
l'anglicisme — by-passe pas parce qu'on passe par une
hypothèque de premier rang dès que la loi est sanctionnée.
Mme Chamberland (Nancy) : M. Fafard.
Le Président (M. Matte) : Oui.
M. Fafard
(Antoine) : Oui, donc c'est juste pour clore là-dessus. L'hypothèque
parapluie, comme Me Boudreault disait,
vraiment, c'est souvent sur les hypothèques de premier rang. Donc, à ce
moment-là, l'article 21 fait en sorte que la LPC ne peut s'appliquer. Ce qui fait en sorte aussi que les hypothèques
de second rang ou d'autre rang qui sont couvertes par l'article 22, qui
là offre certaines protections, comme justement l'avis de 48 heures, ne sont
presque plus utilisées aujourd'hui. Donc, on
a souvent recours... on n'a presque plus recours aux hypothèques de deuxième
rang. Donc, c'est pour ça qu'il y a aussi — et on en parle dans le
mémoire — une
nouvelle réalité dans le monde du crédit immobilier, puis on souhaite que
justement le projet de loi en tienne compte. Donc, c'était vraiment pour
rajouter ce point.
Le Président (M. Matte) : Très bien.
Mme la ministre.
Thériault : Ce qui veut dire que, si on commençait quelque
chose dans le règlement et qu'on complétait dans la phase deux, ça
pourrait vous rendre heureux.
M. Handfield (Nicolas) : C'est...
Mme Thériault : Ça dépend
quoi.
M. Handfield (Nicolas) : Si la loi
prévoit que certains éléments s'appliquent aux hypothèques nonobstant l'article
du règlement, si vous voulez être sûr et certain puis de travailler sur une
phase deux... Mais qu'est-ce qui est important,
c'est qu'il ne faut pas que les dispositions actuelles de la loi, qui sont dans
le projet de loi, soient tassées à cause d'un règlement. Juridiquement parlant, la loi est plus forte, il faut
que la loi parle. Puis aussi c'est en réaffirmant qu'avec l'arrêt
Marcotte de la Cour suprême du Canada... qui est venu réaffirmer que la loi de
protection du consommateur s'applique à
toute institution financière, à tout créancier. Et on sait, avec le
projet de loi C-29 du gouvernement
fédéral, qu'ils vont
revenir puis qu'ils vont essayer de faire
en sorte que la loi de protection du consommateur ne s'applique
pas à toute institution financière. C'est le moment que le législateur fasse en
sorte que la loi soit vraiment respectée dans des mesures très importantes,
comme le projet de loi n° 134 contient.
Mme Thériault : Merci.
Le Président (M. Matte) : Je vous
remercie. Maintenant, j'inviterais le député de Beauce-Sud.
Busque : Merci, M. le Président. Alors, j'en profite pour saluer mes collègues, Mme la ministre, collègues de l'opposition officielle ainsi que la deuxième opposition, ainsi, bien entendu, que nos invités spéciaux, les
représentants de la Chambre des notaires.
Alors, Mme Chamberland, M. Boudreault, M. Handfield et M. Fafard, merci d'être
là. Merci de nous partager vos opinions cet après-midi.
reviendrais sur... tantôt, Mme Chamberland, au début, dans votre présentation,
vous avez mentionné l'impact de l'hypothèque
sur la consommation en tant que telle. Alors, vous vouliez sûrement parler de
l'hypothèque parapluie, là, et l'incidence que ça avait sur le crédit à
la consommation.
Une voix : Sur la marge de
crédit...
M. Busque : Sur les marges de
crédit. Alors, on revient un peu à l'explication que M. Boudreault parlait, là,
lorsqu'il parlait du fameux... de l'hypothèque parapluie, en partie.
M. Boudreault (Marc) : Bien,
c'est-à-dire qu'il y a deux éléments. Il y a l'hypothèque parapluie qui va
faire en sorte qu'il y a une multitude
d'obligations qui vont devenir exclues de l'application de la loi si tu as une
hypothèque de premier rang. Ça, c'est un
premier élément. Mais il y a un autre élément qui s'ajoute, c'est qu'alors
qu'auparavant, avant 1994, les
hypothèques servaient toujours à garantir un emprunt, un prêt, alors,
maintenant, il faut constater que, de plus en plus, les hypothèques
garantissent une marge de crédit. Alors, c'est ce que les consommateurs
préfèrent. Puis, à ce moment-là, quand c'est
une marge de crédit, il reste que le montant maximal de la marge de crédit est
toujours fixé au maximum de ce que le
débiteur peut rembourser. Même s'il ne la prend pas toute au complet, il se
fait fixer 250 000 $, même s'il a besoin de juste
150 000 $.
Qu'est-ce que
ça cause, vous pensez? Le consommateur est porté à consommer, à aller chercher
des biens et des services, à mettre
ça sur la marge de crédit. Puis, à ce moment-là, l'hypothèque monte et il se
retrouve dans une position où il
n'est plus capable de payer. C'est ça, le surendettement. C'est comme un
incitatif à consommer, puis ça, ça se produit à cause de la marge de
crédit. Ça n'enlève pas l'autre élément, l'autre élément en plus de la marge de
crédit qui est l'obligation principale...
vous avez, en plus, toutes les autres obligations qui peuvent être garanties
par l'hypothèque puis qui viennent s'ajouter aussi au montant total de
l'hypothèque.
M. Busque : C'est toujours
préautorisé, c'est toujours disponible, n'est-ce pas?
M. Boudreault (Marc) : La marge de
crédit?
Boudreault (Marc) : Bien, c'est-à-dire qu'on le fixe normalement au début, à moins qu'il y ait...
Oui, on le fixe au début, on fixe le montant au début. Si jamais on
voulait remonter la marge, ça prendrait une nouvelle hypothèque.
M. Busque : Dans ce contexte-là,
est-ce qu'on devait envisager de défendre les marges de crédit au niveau des hypothèques?
Boudreault (Marc) : Non, il
ne faut pas les défendre, il faut juste être conscient qu'on devrait peut-être
limiter, parfois, le montant de l'hypothèque
ou, encore mieux, informer le consommateur. En tout cas, c'est un danger, c'est
un danger, par rapport aux marges de crédit,
qui se produit. Peut-être que, dans certains cas, le débiteur, étant mieux
informé, pourrait justement comme limiter cette
marge de crédit là. Mais il faut faire attention; il faut faire attention,
parce que c'est quand même un incitatif. Les moyens de limiter la marge
de crédit, ça, c'est peut-être un peu plus délicat, mais il y a peut-être des
façons de le faire.
Effectivement, on pourrait peut-être trouver un
moyen par lequel on protégerait le débiteur contre sa propre audace, si vous voulez, contre le fait qu'il soit
lui-même porté à se surendetter. Mais, comme c'est là, de la façon dont
les hypothèques sont faites, il n'y a personne qui empêche que ce soit le
montant maximal pour la marge de crédit. Puis surtout il n'y a rien qui empêche
que le montant de l'hypothèque, lui, soit fixé à n'importe quel montant, parce
que le montant de l'hypothèque peut être très élevé, peut être bien au-dessus
de la valeur marchande de l'immeuble.
C'est
ce qui se fait en pratique. La maison vaut 250 000 $, il n'y a rien
qui nous empêche de créer une hypothèque pour 500 000 $ immédiatement. Qu'est-ce qu'on se dit? Si
jamais la valeur de l'immeuble augmente, bien, à ce moment-là, ce surplus-là permettra de garantir à nouveau des
obligations plus grandes. Et, s'il y a des obligations qui sont dues par
d'autres personnes que le débiteur, parce que souvent c'est aussi garanti par
l'hypothèque, bien, ce surplus-là servira à garantir les obligations de toutes
les autres personnes. Mais l'impact est toujours le même. Du moment qu'on a une
hypothèque comme ça, du moment que c'est des obligations
garanties par hypothèque, à l'heure actuelle, c'est une hypothèque de premier rang, puis ce sont toutes des hypothèques de premier rang, la
Loi sur la
protection du consommateur ne protège
pas le consommateur, elle ne s'applique pas. Tout ce qu'il reste, ce sont les dispositions d'une loi fédérale, la
Loi sur les banques, ou des lois
semblables à la
Loi sur les banques. C'est tout ce qu'il reste.
Autrement dit, quand on parle de crédit immobilier, c'est comme si le législateur
québécois permettait que sa
Loi sur la protection du consommateur ne s'applique
pas, tout simplement. Alors, les gens se retrouvent sans aucune
protection. C'est ça, l'impact à l'heure actuelle...
Le Président (M.
Matte) : Je vous invite à conclure.
M. Boudreault
(Marc) : ...des dispositions telles qu'elles sont connues.
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie. Le temps étant écoulé, j'invite la députée
de Marie-Victorin à poursuivre les échanges.
Fournier : Merci, M. le Président. Merci d'être là cet après-midi avec nous pour
exposer quelque chose qui est effectivement très important, parce que c'est vrai qu'une
hypothèque, c'est souvent la plus grosse dette que va contracter un
particulier. Alors, sachez qu'on vous entend aujourd'hui. Je crois qu'il y a de
la volonté, du côté de la ministre aussi, de prendre en considération vos
recommandations, de se pencher sur l'enjeu que soulevez aujourd'hui.
moi, j'aimerais peut-être que vous nous parliez davantage... justement, tantôt, vous avez évoqué l'urgence en ce qui a trait avec la situation du côté du gouvernement fédéral. Si vous pouviez un peu développer ce que vous vouliez dire par
là, ça pourrait être intéressant.
Handfield (Nicolas) : En
fait, comme en fait part dans notre mémoire, l'automne dernier, la chambre a
interpelé le public par rapport à la situation de la modification amenée par le projet de loi C-29 au gouvernement fédéral, qui allait faire en sorte
que la loi de protection du consommateur ou toutes les lois de niveau
provincial de protection du consommateur ne s'appliqueraient pas, au détriment
de la loi fédérale, quand que c'est une institution financière soumise à la Loi
sur les banques.
Donc,
l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion disant
que c'était important de réaffirmer que la loi de protection du consommateur devrait s'appliquer. Puis même la Cour suprême du Canada, dans l'arrêt Marcotte, en 2014, est venue
dire que ça s'appliquait, étant donné qu'il n'y avait pas de problématique
constitutionnelle qu'il y ait une loi provinciale de protection du consommateur
qui puisse s'appliquer aux activités d'offre de services financiers.
Donc,
c'est pour ça qu'on dit que c'est important que le législateur
québécois fasse en sorte que sa loi provinciale de protection du consommateur s'applique à tout
produit financier qui est offert. Parce
que les consommateurs, oui,
ils reçoivent des conseils quand que c'est
une hypothèque. Le notaire intervient en toute fin de processus
pour lui expliquer les conséquences
juridiques de son acte, de mettre une sûreté, mais, par rapport à un prêt, tout le prêt, son conseiller financier à l'institution qui peut lui expliquer, plus souvent
qu'autrement, là, le contrat de prêt ne sera même pas signé à l'institution
financière, ça va être le notaire qui va signer le prêt pour le bénéfice de l'institution,
et aussi la sûreté, l'hypothèque.
Donc,
on intervient tout... Puis on s'entend que tu vas chez le notaire, dans
48 heures, tu déménages, tu penses plus à ton camion de déménagement — ou,
quand tu fais un refinancement hypothécaire, au bateau que tu vas t'acheter
avec ta marge de crédit — que
tu vas penser aux conséquences juridiques de l'acte que tu es en train de
poser. Donc, c'est pour ça qu'on
indique le besoin d'information supplémentaire que le consommateur doit obtenir puis aussi qu'on
dit au législateur québécois de mettre des mesures concrètes pour
s'assurer de réaffirmer la position de cette loi-là, de son champ de
compétence.
Fournier : Oui, c'est ça.
Donc, on s'entend que ça va être plus difficile par la suite pour le gouvernement
fédéral de revenir sur la loi du Québec, si nous, on a déjà légiféré en ce sens-là.
Est-ce que c'est ça que vous entendez? Est-ce que vous pouvez expliquer
un peu...
Handfield (Nicolas) : Bien, en tant que tel, si on fait en sorte que la loi de protection du consommateur ne
s'applique pas à la quasi-totalité des
produits offerts à une banque à cause qu'ils sont couverts par une hypothèque
parapluie de premier rang, comment qu'on
peut venir dire que notre loi de protection du consommateur, au Québec,
contient des dispositions plus fortes pour protéger le consommateur, parce
que c'est les choix de la société québécoise qui ont été choisis, si on ne peut
pas l'appliquer?
Donc,
qu'est-ce qu'on dit, c'est qu'il faut s'assurer que la loi s'applique, quand
elle doit s'appliquer, sur des produits comme, par exemple, des cartes de crédit. On sait que nos dispositions par rapport aux cartes de crédit, avec les contrats faits en langage clair, différentes dispositions qui sont prises... Mais, si la carte de crédit est prise à la même
institution financière qu'une hypothèque
parapluie de premier rang, bien, ça pourrait faire en... dire : Mais finalement...
mais on ne veut plus appliquer la disposition de la loi. Ça pourrait
arriver présentement, avec les dispositions du règlement, avec 21 puis 22 du règlement.
Donc, il faut s'assurer que, quand il y a une disposition sur un autre produit
que le prêt immobilier, il faut s'assurer que la LPC s'applique pour réaffirmer
c'est quoi, le... pourquoi qu'on a donné le caractère d'ordre public de cette
loi-là.
Fournier : Parfait. Puis ça,
selon vous, est-ce que ça se règle en abolissant le 6c dans la loi de la
protection du consommateur ou ça prend un projet de loi totalement différent?
M. Handfield (Nicolas) : Comme Me Boudreault disait tantôt, ce n'est pas
toutes les dispositions de la LPC qui devraient s'appliquer à une hypothèque. C'est pour ça qu'on est pour que
6c soit aboli, parce que le fait de complètement faire en sorte qu'une
hypothèque immobilière ne soit pas applicable, on ne peut pas être pour ça.
Donc, on est contents que 6c soit
aboli. Mais on veut s'assurer que la loi soit claire sur quand qu'elle s'applique
puis quand qu'elle ne s'applique pas, pour que le consommateur... pour
pas qu'il ait à faire : O.K., on va vérifier la loi, puis, après ça, on
vérifie le règlement, puis que là on vérifie dans deux gros textes pour
s'assurer : Est-ce que qu'est-ce que je suis en train de faire, je
suis protégé ou non? Il faudrait que ça soit clair dans un seul texte :
dans la loi.
Le Président (M.
Matte) : Oui.
M. Boudreault (Marc) : Dans le
fond, ce qu'il faudrait faire, là,
c'est reprendre les articles 21 et 22 du règlement, les modifier selon
les recommandations qu'on a été faites, hein, pour mieux en baliser
l'application puis les exemptions, à quoi ça s'applique,
bonifier l'avis de 48 heures comme on le recommande, prendre ces dispositions-là,
21 et 22, et les mettre dans la loi. Et là, à ce moment-là, on aurait quelque
chose qui se tient. Alors, c'est de reprendre le texte de 21 et 22, bonifier
les mesures puis l'application puis le mettre dans la loi. Et là ça serait
parfait.
Fournier : Très bien.
Finalement, j'aimerais peut-être que vous nous
éclairiez sur la définition que vous donnez au mot «consommateur». Dans
votre recommandation... Donc, la recommandation n° 7... pardon, la 8,
bon :
«Que
la définition de ce qu'est un "consommateur" soit modifiée dans la
Loi [de] la protection du consommateur, afin d'indiquer qu'il s'agit d'une "personne physique, à
l'exception de celle qui se procure un bien ou un service aux fins de
l'exploitation d'une entreprise".»
Donc, selon vous,
quelle application cette recommandation-là donnerait par rapport à la loi
existante?
Mme Chamberland
(Nancy) : C'est Me Fafard qui va vous répondre.
Fournier : Parfait.
Fafard (Antoine) : Donc, présentement, par rapport à la définition du consommateur, c'est sûr que
là, si on regarde la LPC et le Code civil
du Québec, il y a un besoin d'harmonisation. Déjà, en
partant, c'est ça, on voit que la notion de commerçant, qui n'est déjà plus utilisée dans le Code civil du Québec, est encore utilisée dans la
Loi sur la
protection du consommateur. Donc, c'est certain que nous, on propose qu'il
serait souhaitable que la définition de ce qu'est un consommateur soit modifiée pour indiquer qu'il s'agit d'une personne
physique à l'exception de celle qui procure un bien ou un service aux fins de l'exploitation d'une
entreprise. On ne veut pas venir pénaliser nécessairement les gens
justement qui offrent des services, les
entrepreneurs, les artisans, à ce
moment-là, qui offrent des services,
tout ça, pour venir les assimiler à des consommateurs. Mais on pense qu'il
y a vraiment un besoin d'harmonisation.
C'est sûr qu'un peu
comme le même principe que Me Handfield disait, c'est important que nos lois
puissent être bien comprises, donc que le
citoyen peut vraiment bien se référer dans les différents textes législatifs
qui sont à portée de main. Donc, je
pense que c'est vraiment l'élément principal. Vraiment, ce qu'il faut retenir
de cette recommandation-là, c'est
vraiment une harmonisation par rapport aux... les deux lois, donc la LPC et le
Code civil du Québec, à ce moment-là, quelque chose qui a été quand même
mentionné lors de la dernière consultation, donc lors du projet de loi
n° 24, en 2011. Donc, quelque chose qui est quand même toujours véhiculé
par la Chambre des notaires, mais vraiment dans un souci d'harmonisation.
Fournier : Merci beaucoup. Je pense que votre rapport est extrêmement intéressant
aujourd'hui. Puis sachez qu'on en prend vraiment bonne note pour la suite des
choses.
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie. J'invite le député de Borduas à poursuivre
les échanges.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Me Chamberland, Me Boudreault, Me Handfield, Me
Fafard, merci de votre présence. Effectivement, le mémoire de la chambre est fort intéressant, mais, si vous voulez, on va juste faire un petit «wrap-up» de ce que vous avez dit parce que
hypothèque de premier rang, deuxième rang, c'est plus ou moins clair
pour les gens qui nous écoutent. Donc, avant 1994, je veux m'acheter une
maison, je m'en vais chez mon notaire, je contracte un emprunt hypothécaire
avec la banque ou avec la caisse. Qu'est-ce qui arrive? Le notaire va faire un
acte hypothécaire, donc il va inscrire un acte,
au registre foncier, sur ma maison, sur mon condo puis il va dire : Bon,
bien, pour assurer la garantie de mon prêt, bien, mon immeuble, là, ma maison
va être grevée d'un acte hypothécaire.
Arrive 1994.
Maintenant, on permet les marges de crédit hypothécaire. Donc, à l'intérieur
d'un même contrat de crédit... Dans le fond,
j'achète ma maison; maintenant, au lieu que ça soit un acte hypothécaire qui
est fait par le notaire, c'est une
marge de crédit. Donc, je contracte une marge de crédit hypothécaire qui est
inscrite avec un contrat rotatif, pour être
plus précis. Alors, c'est possible de garantir à la fois ma maison... Puis là,
au fur et à mesure que je rembourse mon hypothèque, si on veut, bien là ça dégage une marge de manoeuvre, ça
devient une marge de crédit hypothécaire qui est disponible pour le
crédit à la consommation. Donc, avec ça, au fur et à mesure, je peux m'acheter
mon char, je peux m'acheter un vélo, je peux
m'acheter un voyage dans le sud, je
peux m'acheter... je peux me faire une chirurgie plastique, je peux me
mettre du Botox dans la face. Tout ça, c'est garanti. On se comprend là-dessus?
O.K.
Vous,
ce que vous dites, c'est qu'on devrait modifier... on devrait, dans le fond, abroger 20 et 21 du règlement, les mettre dans la loi pour faire
en sorte que les consommateurs, lorsqu'ils ont des contrats de crédit
accessoires à la maison — supposons,
j'ai pris du Botox dans mon visage, je l'ai financé — on
fasse en sorte que, désormais, bien, le consommateur puisse avoir accès à la
Loi sur la protection du consommateur. Si c'est uniquement le contrat de crédit
rattaché au bien immobilier, à la maison, là, à ce moment-là, on maintient
l'exception. C'est ça que je comprends?
Une voix : Vas-y, vas-y.
M. Boudreault (Marc) : Ce n'est pas
tout à fait ça, c'est-à-dire que...
M. Jolin-Barrette : Expliquez-moi.
M. Boudreault (Marc) : ...quand vous
avez votre marge de crédit... Aujourd'hui, on va souvent y aller. L'obligation principale, c'est la marge de crédit.
La marge de crédit, si c'est une hypothèque de premier rang, la
Loi sur
la protection du consommateur ne s'applique
pas, l'article 21 du règlement. Alors, ça veut dire qu'il n'y a aucune
mesure, il n'y a même pas d'avis de 48 heures, il n'y a aucune information
qui est donnée au débiteur, le débiteur n'a pas à recevoir quoi que ce soit de la part du créancier. Pourquoi? Parce que
la loi ne s'applique pas, dès que c'est un contrat de crédit — et la
marge de crédit est un contrat de crédit — garanti par une hypothèque
immobilière de premier rang.
nous, on trouve que, quand il s'agit, comme ça, de marges de crédit, il faudrait qu'il y ait
plus d'information donnée au
débiteur, que le débiteur puisse recevoir, comme c'est prévu à l'article
22 pour les hypothèques de deuxième rang.
Mais on voudrait que ça devienne la
même chose pour les hypothèques de
premier rang; peu importe le rang, du moment
que ce n'est pas une obligation déterminée, on voudrait que le débiteur reçoive
plus d'information, qu'il sache c'est quoi, son taux de crédit, qu'il sache c'est quoi, les conditions,
etc. Mais, à l'heure actuelle, marge de crédit ou prêt, la
Loi sur la
protection du consommateur ne s'applique pas.
Alors là,
vous, vous faites référence à l'obligation principale. Mais l'autre élément sur lequel il
faut toujours insister, c'est que, en plus de garantir la marge de crédit, l'hypothèque va garantir toutes
les obligations présentes et futures du débiteur, parfois de son conjoint, de la caution, de toutes sortes de
personnes non seulement envers le créancier, mais envers d'autres créanciers assimilés au créancier. Et là
ça signifie... Puis parfois ça peut être une personne vivant sous le
même toit qui est assimilée au débiteur. Ça veut dire que l'enfant de 18 ans,
qui vit sous le toit avec son père puis sa mère, qui fait une demande de carte de crédit, s'il y a une hypothèque qui
existe qui garantit les obligations présentes et futures tant du débiteur que des personnes qui vivent sous
le même toit, ça veut dire que la demande de carte de crédit n'est pas soumise à la
Loi sur la protection du
consommateur. Ça veut dire : n'importe quelle obligation
future ne sera pas soumise à la
Loi sur la protection du consommateur.
Autrement dit, à chaque fois qu'on va avoir une obligation
qui va être contractée, il faut se demander : Oui, mais y a-tu une
hypothèque sur la maison? Puis, s'il y a une hypothèque sur la maison, est-ce
que ça garantit ce type d'obligation? Si la réponse est oui, l'obligation n'est plus sujette à la
Loi sur la protection du consommateur. Autrement
dit, par le crédit immobilier, on se rend
compte qu'il y a un tas d'obligations qui ne sont pas soumises à la
Loi sur la
protection du consommateur. Le simple fait qu'il y ait un crédit immobilier, ça
entraîne cet effet-là.
On voudrait qu'il y ait
plus d'information. Premièrement, que
le débiteur sache c'est quoi, les obligations garanties. Moi, je l'ai fait, l'exercice. Vous prendrez un
acte d'hypothèque de 52 pages puis vous essaierez de savoir c'est quoi, les
obligations garanties, vous allez voir que c'est un méchant exercice, ce n'est vraiment
pas facile. Il faudrait que le créancier dise au débiteur, dans un avis : Voici quelles sont les obligations
garanties, puis, si j'en ai oublié une, elle n'est pas couverte par l'hypothèque.
Ça, c'est une de nos recommandations. Alors, que ça soit clair, qu'il sache
dans quoi il s'embarque. Alors, c'est
des mesures comme ça qu'on veut mettre en place. Je ne sais pas si je réponds à
votre question, mais c'est ça.
Jolin-Barrette : Mais d'où
l'importance de le mettre dans le cadre du projet de loi n° 134, parce
que, lorsque les gens vont à la banque ou à la caisse pour contracter un
prêt hypothécaire, ils se retrouvent démunis face à cette situation-là, ils
contractent pour quelque chose qu'ils ne sont même pas au courant généralement.
M. Boudreault (Marc) : Exact.
M. Jolin-Barrette : On pourrait dire
que leur consentement n'est pas éclairé tant que ça.
Boudreault (Marc) : Exact.
Il va l'être par le notaire, mais trop tardivement dans le processus, parce
que, quand le notaire va arriver, c'est en
bout de ligne, puis il est trop tard, le déménagement est déjà fait, tout est
fait, c'est trop tard. On veut que
l'avis de 48 heures soit donné beaucoup plus tôt, dans les 48 heures
suivant l'offre de financement — ce n'est
pas du tout à la même place, là — et là le débiteur va savoir c'est quoi,
l'hypothèque. Parce que, quand vous faites affaire avec un courtier hypothécaire, là, pensez-vous que le courtier
hypothécaire va vous parler des obligations garanties par l'hypothèque?
Il va vous parler du taux d'intérêt, c'est tout ce qu'il va vous parler. Il va
dire : On va choisir le meilleur taux d'intérêt. Il n'y a personne qui va
vous dire qu'est-ce que l'hypothèque couvre.
Or, moi,
comme consommateur, j'aimerais bien savoir que cette hypothèque-là qu'on est en
train de me mettre, là, couvre les
obligations de ma femme, de mes enfants, de la caution, hein, d'une personne
qui s'est portée caution. Mon père s'est
porté caution pour moi, puis je me retrouve à être responsable de toutes les
obligations présentes et futures que mon père va contracter dans le futur. C'est ça, l'impact des hypothèques
parapluies, c'est ça que les gens ne se rendent pas compte, comment c'est tentaculaire, si vous
voulez. Ça s'en va, puis ça couvre un tas d'obligations, puis, en plus,
comme c'est garanti par hypothèque, aucune protection. Alors, c'est là-dessus
que...
Le Président (M. Matte) : O.K. Je
vous remercie. Je vous remercie de votre participation aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 52)
Le Président (M. Matte) : Il me fait
plaisir de vous accueillir, les représentants du Barreau du Québec. Je vous
rappelle que vous avez 10 minutes pour faire un exposé, et, par la suite,
nous allons procéder à un échange. Mais je vais vous informer lorsque votre
temps est à la veille de se terminer. Sans plus de préambule, je vous invite à
prendre la parole et à vous présenter afin de permettre l'enregistrement.
Mme Hawi (Réa) : Bonjour. Alors, je
me présente, mon nom est Réa Hawi. Je suis avocate au Secrétariat de l'Ordre et
Affaires juridiques au Barreau du Québec. Je suis également secrétaire du
Comité sur la protection du consommateur au
Barreau. Et je suis accompagnée de Me
Luc Thibaudeau, qui est président du comité du Barreau sur la protection
du consommateur.
Alors, nous
sommes très heureux d'être ici aujourd'hui pour présenter la position du
Barreau du Québec sur le projet de
loi n° 134. Le dernier projet de loi en cette matière remonte à 2011. C'était le projet de loi n° 24, qui est mort au feuilleton l'année
suivante. Ce projet de loi était donc très attendu et le Barreau du Québec
salue son dépôt.
Le Barreau accueille favorablement le projet de
loi n° 134, qui vise à protéger les consommateurs les plus vulnérables et
à prévenir l'endettement. Les enjeux sont importants et les modifications
proposées viennent encadrer certaines
pratiques de commerce qui devaient être modernisées ou encadrées davantage pour
protéger les consommateurs les plus
démunis. Pensons à l'évaluation de la capacité de rembourser du consommateur,
aux nouvelles mesures qui se rapportent aux contrats de crédit à taux
élevé, à l'interdiction d'augmenter la limite de crédit du consommateur, à la révocation de l'entente de paiement préautorisé, à
la libération d'un consommateur solidaire, moyennant un avis, et aux modifications concernant la publicité relative aux
effets positifs du crédit sur la situation financière du consommateur.
Ce projet de loi constitue sans contredit un pas dans la bonne direction.
Par contre, il ne propose pas de véritable
modernisation des principes de base en matière de protection du consommateur ni d'harmonisation entre les notions
de la LPC et celles des autres lois, notamment le Code civil du Québec. Le Barreau du Québec est d'avis que la LPC doit
être révisée et modernisée de manière plus globale. Me Thibaudeau vous exposera certains de nos commentaires plus
détaillés sur le projet de loi n° 134, mais, de manière préliminaire,
j'aimerais dire quelques mots sur la
nécessité de la réforme globale de la loi et, de manière sous-jacente, la
nécessité de revoir la manière de présenter le contenu obligatoire des
contrats.
Plusieurs dispositions de la LPC soulèvent des
difficultés d'interprétation et des controverses inutiles. Il faut clarifier la terminologie et certaines notions de
la loi. Par exemple, la notion même de commerçant pose des difficultés
d'interprétation pour plusieurs articles de la LPC, et il faut la définir ou
l'harmoniser, à tout le moins, avec la notion d'entreprise
que l'on retrouve au Code civil. La notion de consommateur aussi a besoin
d'être clarifiée. Ce projet de loi constitue
une opportunité de pallier à cette situation afin de favoriser une meilleure
application de la loi. Cette facilité d'application bénéficierait à
tous, incluant les consommateurs les plus démunis.
Ensuite, les
exigences relatives aux règles de formation des contrats pour lesquels un écrit
est exigé ont été rédigées à la fin
des années 70, alors que la conclusion d'un contrat de consommation entre un
commerçant et un consommateur s'effectuait
nécessairement en personne et toujours sur support papier. Ces dispositions ne
sont plus adaptées à la réalité d'aujourd'hui
et devraient être révisées. La première
Loi sur la protection du consommateur
est entrée en vigueur en 1971. Le secteur des biens et services destinés
à la consommation a bien changé depuis. Les avancées technologiques ont
transformé radicalement la nature des biens et services offerts aux
consommateurs et la manière de les offrir.
Les habitudes des consommateurs ont également
changé. Avec les modèles économiques modernes, on a vu l'apparition
d'environnements commerciaux qui n'existaient pas au moment de l'adoption de la
première loi ou qui n'existaient pas, en
2006, lors de l'adoption du projet de loi n° 48 concernant les contrats
conclus à distance. À notre avis, ces nombreux changements justifient de
revoir complètement les dispositions de la LPC de manière à les adapter à la
réalité du XXIe siècle.
Maintenant,
le contenu obligatoire des contrats. À ce sujet, le projet de loi n° 134
propose d'abroger les annexes de la
LPC. On comprend que le contenu informatif obligatoire qui s'y trouve sera
énoncé dans le règlement à venir. Si tel est le cas, cette façon de
faire offre plus de flexibilité puisqu'il sera plus facile de faire des
modifications en fonction des nouveaux types
de contrats qui feront leur apparition et des changements liés aux pratiques de
l'industrie. Par contre, on remarque
que, dans plusieurs cas, certains éléments d'information ont été incorporés à
même la LPC au lieu d'être prévus dans le règlement à venir. Cette façon
de faire s'éloigne de l'objectif de simplifier la loi.
Prenons
l'exemple de l'article 125. Actuellement, cet
article prévoit que le contrat de crédit
variable doit reproduire, en plus des
mentions prescrites par règlement, les mentions prévues à l'annexe IV de la loi. Le
projet de loi n° 134 propose une version modifiée de l'article 125. Le nouvel
article énumère les renseignements que doit contenir le contrat de crédit variable, en plus de prévoir qu'il doit contenir aussi les renseignements que peut exiger un règlement. On se retrouve ainsi à avoir les éléments
encore à deux endroits différents.
Il faut éviter de reproduire la même façon de
faire et de se retrouver avec un formulaire en plus des éléments prévus dans la loi. Nous sommes d'avis qu'une
nouvelle approche devrait être préconisée, et que le contenu informatif
obligatoire devrait être inclus à un seul endroit, en l'occurrence dans le règlement
d'application. Nous avons donné l'exemple de l'article
125, mais les éléments essentiels varient d'un type de contrat à l'autre, et
nous savons que malheureusement les consommateurs ne prennent généralement
pas le temps de lire leur contrat en entier.
Pour pallier
cette situation, le Barreau propose de s'inspirer du Règlement
sur le coût d'emprunt fédéral qui exige que certains renseignements soient communiqués dans un encadré informatif
sous forme de tableau afin de simplifier la façon de transmettre l'information au consommateur. Ainsi, les éléments essentiels
pour chaque type de contrat de crédit à la consommation, comme ceux
prévus à l'article 125, seraient prévus dans des encadrés faciles à comprendre,
ce qui permettrait au consommateur de
retrouver l'essentiel du contrat sans avoir à le lire en entier. De plus, la
présentation visuelle des encadrés affiche l'information dont le
consommateur a besoin pour comparer entre elles les offres qui lui sont
présentées lorsqu'il magasine son crédit.
Le règlement d'application de la LPC devrait
inclure, à la fois, les listes d'éléments essentiels et les encadrés
informatifs. Idéalement, ceci remplacerait les annexes actuelles de la loi et
les mentions obligatoires dans la loi.
Voici maintenant
certains éléments qui méritent d'être adressés plus particulièrement, et je vais laisser la parole à mon collègue.
Thibaudeau (Luc Hervé) : Merci beaucoup, Me Hawi. Bonjour, M. le
Président, Mmes, MM. les
députés, Mme la présidente, M. le vice-président.
Premièrement,
félicitations, le projet de loi est... vraiment démontre le travail et
l'importance que le gouvernement attache
à la protection des consommateurs. C'est un travail monumental, il est vaste.
Je n'aurai pas le temps de commenter et j'ai choisi quatre mesures plus
particulières.
Bien entendu,
c'est un projet de loi qui s'adresse au surendettement et aux contrats de
crédit. Malheureusement, et pour me faire l'écho de ma consoeur, il y a
encore certaines particularités et certaines imprécisions dans la loi qui demeurent, comme, par exemple, la détermination des
frais de crédit et la possibilité de pouvoir demander des frais fixes dans un contrat de crédit. Vous allez me
répondre : Oui, mais, outre le contrat de crédit variable, les frais fixes
sont interdits. Mais, même s'il est possible d'en venir à cette conclusion-là,
c'est uniquement par le biais d'une lecture conjointe de plusieurs articles.
Pourquoi je choisis cet élément-là à commenter? Parce que c'est un autre
élément, qui milite en faveur d'une refonte globale de la loi, qui mériterait à
être plus claire à cet effet.
Le contrat de
crédit à coût élevé, le Barreau du Québec salue cette avancée, il s'agit d'une
innovation dans la loi. En plus de
l'article 8, qui prévoit deux types de lésions, l'article 103.4 pourrait
traiter du contrat de crédit à taux élevé et l'article 103.5 prévoirait une présomption de lésion subjective lorsque
le contrat est conclu alors que ratio d'endettement est trop élevé. Bravo! Mais la définition du contrat
de crédit à coût élevé n'a pas été ajoutée dans la loi et elle le sera
dans le règlement. Il est difficile de
commenter à ce stade. Bien entendu, le Barreau offre sa pleine collaboration
dans la détermination de ce qui constituera un tel contrat.
L'identification d'un contrat de crédit à coût
élevé devra tenir compte de plusieurs facteurs, non seulement la réalité
économique contemporaine, mais aussi la jurisprudence déjà rendue en la
matière. Pour votre information, Mmes, MM.
les députés, il y a une décision de la Cour d'appel toute fraîche, qui date de
moins d'un mois, qui reconnaît que
47 % — 47 % — ce n'est pas lésionnaire. Je crois qu'il va
être difficile de déterminer dans quelles circonstances la présomption
de l'article 103.5 va pouvoir s'appliquer parce que c'est une notion qui évolue
et qui va être mouvante dans le temps.
Président (M. Matte) : Votre temps étant écoulé, je dois céder la
parole à Mme la ministre. Mme la ministre, c'est à vous de débuter les
échanges.
Thériault : Merci, M. le Président. Vous me permettrez
évidemment de saluer les gens du Barreau qui sont avec nous aujourd'hui.
Me Thibaudeau et Me Hawi, merci pour votre présentation.
Vous me voyez
enchantée d'être assise à la table aujourd'hui en tant que ministre responsable
de la Protection des consommateurs et
de l'Habitation. Et je vais mentionner ce que j'ai mentionné à la Chambre des
notaires auparavant : Ça fait
une semaine que j'ai été nommée, je pense que je suis une ministre très dédiée
aux dossiers qui me sont consacrés, à tout
le moins, ça fait quand même déjà 15 ans que je siège en ce Parlement, dont
plus de 10 à
titre de ministre, et, dans chacun des ministères que j'ai eu le privilège de diriger, j'ai toujours
fait adopter des lois qui, de manière globale, avaient un assez grand
assentiment. Et tout le monde, dans tous les domaines, vont dire que je suis
une ministre qui est très dédiée à ses dossiers et que mes dossiers avancent
régulièrement beaucoup.
Je dois dire
que j'avais le choix entre est-ce qu'on va en commission parlementaire ou
on repousse les consultations. Et,
d'emblée, lorsqu'on m'a posé la question, bien, j'ai dit : Bien non, on ne
repousse pas les consultations, sachant à quel point... puisqu'il y a 10 commissions qui siègent dans ce parlement,
qu'il y en a maximum quatre qui peuvent siéger en même temps, tout le monde se bouscule pour venir
avoir du temps, pour avoir du temps de commission, pour être capable de
faire avancer leur projet de loi.
Ceci étant dit, vous avez
parlé du projet de loi n° 24, et je dis bien le projet de loi n° 24,
puisqu'il est mort au feuilleton lorsqu'il y
a eu un déclenchement d'élections, projet de loi qui avait été déposé par
l'actuel député de Saint-Laurent lorsqu'il était le ministre de la Justice. Il
y a eu un gouvernement minoritaire qui a certainement manqué de temps,
je vais le dire comme ça, et, par la suite, ma collègue la ministre de la
Justice, qui assumait les responsabilités de la protection du consommateur, je pense que depuis que le Parlement siège
qu'elle est en commission de manière permanente, bien... et je ne me trompe pas beaucoup. Il y a beaucoup de législations
qui sont sous sa responsabilité. Je pense que le fait d'avoir une ministre dédiée à la protection du
consommateur va permettre de faire avancer de manière rapide certains
dossiers.
Évidemment,
moi, j'arrive, le projet de loi est déposé, les commissions sont appelées. Vous
comprendrez que ma position
est : nous allons faire adopter ce projet de loi là le plus rapidement
possible. J'ai des discussions avec mes collègues des deux oppositions, on a fait des rencontres
pour pouvoir leur exposer, par l'Office de la protection du
consommateur, le contenu du projet de loi avec ses objectifs pour faire en
sorte qu'on puisse l'adopter le plus rapidement possible. J'entends, cependant, que vous auriez aimé une
réforme globale, mais je ne peux faire autrement que de vous dire qu'à
ce stade-ci ma priorité numéro un, c'est de faire avancer le projet de loi
n° 134 et le faire le plus rapidement possible. Appelons ça la phase I d'une législation qui touche la protection du
consommateur. Et, quand la phase I sera, elle, réglée et adoptée, on
pourra concentrer nos efforts sur les autres éléments de la protection du
consommateur.
Je vais me permettre de vous dire aussi que,
puisque je suis la ministre qui est responsable également de l'Habitation, il y a de larges pans de mes
responsabilités qui sont enchâssés dans le Code civil du Québec. Le fait
d'avoir une ministre dédiée à l'Habitation
et à la Protection du consommateur permet de rapatrier des compétences et me
permet aussi de faire des législations. Et,
comme ministre de l'Habitaiton, bien, il est évident qu'il va y avoir d'autres
modifications législatives qui vont tomber sous ma responsabilité, et j'entends
bien respecter en tous points l'engagement que j'ai pris, soit protéger les
droits des consommateurs.
Donc, vous
comprendrez que le projet de loi n° 134, j'entends bien travailler de
concert avec mes collègues, pour faire
en sorte que nous puissions le faire adopter le plus rapidement possible. Il ne
sera peut-être pas parfait, mais il aura au moins la vertu de faire avancer certaines choses pour protéger les
consommateurs des personnes qui sont mal intentionnées.
Donc, je vous
entends, mais j'ai lu aussi dans votre mémoire, soi-disant, qu'il y avait quand
même des choses qui avaient évolué.
Je vais me permettre de faire un exemple. Les gens de ma génération vont se
souvenir de ça — peut-être
pas le député de Borduas — moi, moi, je me souviens des timbres Gold
Star, hein? Il ne se souvient pas de ça, O.K., mais il y a des timbres Gold Star qui existaient à une
certaine époque où, lorsqu'on faisait notre épicerie, l'épicier
remettait des timbres à nos parents, qu'ils
collaient dans des petits catalogues, et nos parents pouvaient aller acheter
des choses. C'est ce qui a...
l'ancêtre des points de fidélisation, je dirais, que les gens de ma génération
connaissent. Et je n'ai que 51 ans, mais je m'en souviens. Sauf
qu'aujourd'hui il n'y a plus de timbres Gold Star, il y a certaines chaînes
d'alimentation qui ont des timbres aussi pour la fidélisation des
clients, ça arrive quelquefois. Les cartes, les Air Miles, Aéroplan,
nommez-les. Mais il y a beaucoup de choses...
Une voix : La vaisselle.
Thériault : Oui, puis
la vaisselle. C'est parce que je ne veux pas faire de promotion pour les
chaînes, mais effectivement je pense qu'au niveau de la fidélisation
des clients, les bannières d'affaires ont beaucoup évolué, et on
va retrouver des choses dans ce projet de loi là qui répondent à une réalité d'aujourd'hui,
chose qu'on n'avait pas voilà à peine 15
ans, 20 ans. Donc, évidemment, comme ministre qui est
responsable de la Protection
des consommateurs, vous comprendrez
que je ne peux pas faire autrement, moi, que de me réjouir d'être assise en commission
ici pour être capable de faire avancer les dossiers, mais que ça me fera
plaisir de travailler avec le Barreau pour faire en sorte qu'on puisse
continuer à faire avancer la législation et mieux protéger le consommateur.
Mais je suis
très heureuse de vous entendre. Parce que là j