Institutions — 29 October 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-10-29
Quebec — Committees
Le projet de
loi qu'on vous présente aujourd'hui, M. le Président, comporte plusieurs
types de mesures, entre autres des
mesures d'adaptabilité du système de justice. L'un des principaux objectifs du
projet de loi, donc, est de briser ce qu'on appelle le phénomène des portes tournantes pour les clientèles les plus
vulnérables, et c'est la partie, je dois dire, qui me tient particulièrement à
coeur dans ce projet de loi là. Il propose diverses mesures qui permettent de
tenir compte de la situation sociale
de ces défendeurs. Qu'on parle de situation de toxicomanie, qu'on parle de
situation de troubles mentaux ou
qu'on parle de situation d'itinérance, je pense que c'est important de fournir
à ces gens-là une alternative au système judiciaire et de bien les
accompagner pour bien rencontrer leurs objectifs.
Cette
solution va donc offrir à ces clientèles vulnérables là, M. le Président,
l'opportunité de se prendre en main et d'avoir une chance, justement, de se
sortir de cette espèce de cercle vicieux là que, parfois, bien malgré lui, bien
mal outillé, le système judiciaire crée pour ces personnes vulnérables.
Le projet de
loi propose également, donc, de bonifier le système d'aide juridique en
parallèle de tout ça pour faire en
sorte que la prestation de certains autres services juridiques entraîne
également... soit défrayée par l'aide juridique, et qu'on permette notamment d'empêcher la
judiciarisation de certaines infractions, et d'ajouter l'ajout de services
d'accompagnement dans un contexte,
justement, de déjudiciarisation. Donc, on pourrait travailler un petit peu en
amont, également, du système judiciaire. Et je pense que, pour
l'efficacité de la justice pénale, c'est très important également, M. le
Président.
Dans un autre
ordre d'idées, les mesures législatives proposées vont favoriser également le
recours aux nouvelles technologies de
l'information. L'objectif est donc de faciliter le travail des intervenants
judiciaires et surtout d'améliorer la rapidité des procédures. Plusieurs
mesures visent à faire... à cet objectif, entre autres la possibilité de
transmettre, par ailleurs, à
titre
d'exemple, des documents sous forme numérique ou la possibilité pour un agent
de la paix de pouvoir demander à un juge l'émission d'un télémandat sans devoir
tenir compte des circonstances particulières et de la distance à parcourir. Je dois dire que ce sont des mesures
qui, pour rassurer la population, existent déjà en matière criminelle, et c'est
pour réadapter le système de justice pénale
qu'on veut avoir ces mesures-là, qui ne sont pas nouvelles, qui ont été
éprouvées par les tribunaux.
projet de loi prévoit également de nombreuses mesures afin d'optimiser le
système de justice pénale dans son ensemble,
M. le Président. Je n'en ferai pas toute la nomenclature, on aura la chance
d'en discuter au cours des consultations avec les différents groupes concernés, à l'étude
article par
article
également. Et, par celles-ci, on compte sur l'élargissement de certains pouvoirs d'enquête des agents de la
paix. En effet, ces derniers auraient, entre autres, la possibilité d'obtenir
du tribunal un mandat général, à
titre d'exemple, afin de mettre en oeuvre des techniques d'enquête. Encore une
fois, ce sont des mesures qui sont
connues des policiers, qui sont connues du système de justice parce qu'elles
sont applicables, elles ont une application en matière criminelle, et on
va y trouver une application en matière pénale.
Donc, le
projet de loi prévoit également l'ajout de deux postes de juge à la Cour du
Québec. C'est un ajout important. Ces postes seront situés dans le
Nord-du-Québec afin de mieux répondre aux besoins particuliers des communautés autochtones en matière de justice.
Ça, c'est un
bref aperçu, M. le Président, dans le temps qui m'est imparti, pour vous
présenter un peu ce à quoi le survol
de ce que le projet de loi entend couvrir, et je crois fermement que ces
mesures proposées auront une véritable retombée sur l'efficience du
système de justice et également sur la réduction des délais judiciaires, M. le
Président.
Président (M. Bachand) :
Merci infiniment. Je cède maintenant la parole au député de LaFontaine, qui est
aussi porte-parole de l'opposition officielle, pour une durée de
3 min 43 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je suis très heureux de vous retrouver.
Ça faisait un petit bout de temps qu'on n'avait pas travaillé ensemble. Alors,
heureux de pouvoir travailler et oeuvrer sous votre présidence. Vous me permettrez de saluer Mme la ministre de la
Justice, qui est accompagnée des collègues de la banquette ministérielle.
également, vous me permettrez de saluer, M. le Président... et je suis très
fier d'avoir comme collègue ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce, qui est à ma gauche, qui va nous épauler dans ce
travail-là avec son éclairage, qui a notamment, à travers son passage, a
notamment été, elle aussi, ministre de la Justice, et il sera toujours
intéressant... Femme de bon jugement, bonne
connaissance juridique et aussi qui a eu, à une certaine époque, cette
responsabilité, et qui... et nous permet de peut-être faire des analogies et
peut-être de marquer le chemin qui a été parcouru depuis, et aussi de cibler
des mesures qui se retrouvent dans le projet de loi et qui découlent,
pour plusieurs d'entre elles, du projet de loi n° 168
qui avait été déposé en 2017 par la
précédente ministre de la Justice et qui s'inscrit dans la suite de la
stratégie d'action gouvernementale visant
à contribuer à la réduction des délais en matière criminelle et pénale rendue
publique en décembre 2016. Et donc on s'inscrira en continuité.
Vous me
permettrez également de saluer mes collègues des autres oppositions et le
collègue député indépendant de Chomedey.
Nous voulons donc que, par des règles de
procédure, la justice soit plus efficace. Mais un fait demeure, M. le Président, si nous sommes tous égaux en droits
devant la loi, la vie ne donne pas, parfois, les mêmes opportunités, et nous
voulons être en mesure de s'assurer que la justice soit adéquate.
Et ce qui est
présenté dans le projet de loi qui est devant nous, M. le Président, projet de
loi n° 32, nous allons d'abord entendre les groupes, très
heureux de les accueillir à leur Assemblée nationale, nous aurons l'occasion de
déposer des amendements, le cas échéant, et des questionnements, des
bonifications quant au projet de loi, parce que nous devons nous assurer
que ça se fasse dans le respect des droits de chacun et de l'intérêt général.
Voilà, M. le Président.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole à la députée de
Joliette pour une courte intervention de 56 secondes. Mme la
députée, s'il vous plaît.
Mme Hivon :
Oui. Alors, je vais dire tellement de choses en 56 secondes. Alors, je
vais vous dire bonjour, je vais dire bonjour à la ministre et aux collègues,
remercier les groupes qui vont venir devant nous. Je suis très heureuse d'avoir
la chance de travailler sur ce projet de
loi, qui m'apparaît très important, parce que je pense que la justice pénale
comme la justice de manière générale
a besoin d'un bon coup de barre et elle doit s'adapter à des réalités de plus
en plus complexes qui, souvent, se situent à la frontière entre la justice et
le social, les enjeux sociaux, et je pense que c'est ce qui va être au
coeur de nos travaux, notamment, mais il y a
énormément d'enjeux, des enjeux d'accès à la justice, qu'il va être aussi très
important de regarder à travers ce
projet de loi, qui est un peu un omnibus, donc qui va vraiment toucher à
beaucoup de sujets. Alors, j'offre toute ma collaboration pour la bonification
du projet de loi, parce que je pense qu'il a des bonnes choses, il a des
choses à améliorer, comme toujours. Alors, voilà, M. le Président. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée de Joliette. M. le
député de Chomedey, pour 51 secondes.
M. Ouellette : Bien, je vais commencer, M. le Président,
distingués invités... Je pense que ça couvre tout le monde, parce qu'en 50 secondes il faut faire le tour
rapidement. Merci d'être avec nous et de venir nous éclairer sur certains
besoins particuliers qu'il y a à l'intérieur
du projet de loi. Et je vais tout simplement faire écho à une remarque que Mme
la ministre, qui est assurée de notre collaboration, a
faite tantôt : Ce n'est pas parce que ça existe en matière criminelle
qu'on n'aura pas certaines questions à poser, parce qu'il y a des ratés en
matière criminelle sur certains des articles du projet de loi qui est
devant nous aujourd'hui, et on devra s'assurer que les droits des citoyens sont
protégés. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment, M. le député. Je
souhaite donc la bienvenue aux représentants de
L'Association des groupes d'intervention en défense de droits en santé mentale
du Québec. Je vous rappelle que vous disposez
de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à débuter votre exposé. Encore une fois, bienvenue. À vous la
parole.
M. Moreau
(Claude) : Claude Moreau, président de L'Association des groupes
d'intervention en défense de droits en santé mentale du Québec.
Mme Provencher
(Doris) : Doris Provencher, je suis la directrice générale de la même
association.
M. Moreau
(Claude) : D'abord, j'aimerais remercier... j'aimerais saluer Mme la
ministre LeBel, M. le président ainsi que les membres de la
commission, remercier de votre accueil.
L'Association des
groupes d'intervention en défense de droits en santé mentale du Québec a pour
mission de lutter pour la reconnaissance et
l'exercice des droits des personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé
mentale. Ces droits sont fondés sur des principes de justice sociale, de
liberté et d'égalité qui sont ceux de toute personne citoyenne. Fondée en 1990, L'AGIDD-SMQ est administrée
majoritairement par des personnes vivant et ayant vécu un problème de
santé mentale.
D'abord,
nous ne sommes pas des avocats. Nous voulons vous présenter les impacts de ce
projet de loi... qui pourrait avoir
sur les personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale. Nous ne
sommes pas des experts de la mécanique des applications de la justice
telle que présentée dans ce projet de loi.
Quand
l'efficacité nuit aux droits. Après le renforcement de la sécurité, l'argument
pour faciliter l'efficacité de la justice pénale vient à son tour placer
les droits de la personne en bout de course. Le projet de loi n° 32 nous
questionne sérieusement sur les impacts
profonds que les modifications au Code de procédure pénale auront sur les
personnes qui vivent ou ayant vécu des problèmes de santé mentale. Tout
en comprenant que les procès doivent être instruits dans un délai raisonnable et que les victimes et le public
doivent retrouver confiance en la justice, il est aussi important que la
personne accusée soit certes jugée dans un délai raisonnable, mais
également que ses droits soient protégés.
Or, ce projet de loi
propose certaines modifications entraînant un sérieux doute sur le respect des
droits de la personne, notamment étendre l'utilisation du télémandat,
télémandat d'entrée, télémandat général, fouille, perquisition et saisie, restreindre l'accès ou la communication
de certains documents ou en interdire
la communication, l'ajout du mandat d'entrée et du mandat général. L'AGIDD-SMQ s'attardera davantage à deux modifications que le projet de loi propose : l'utilisation de tout moyen technologique et ensuite la mise en place du
programme d'adaptabilité des règles relatives à la poursuite.
Quand
la technologie pallie les manques de la justice. Plusieurs articles du projet
de loi font référence à l'utilisation de
tout moyen technologique approprié qui est disponible et privilégie cette voie
pour l'application du Code de procédure pénale. Même si cette possibilité
existe déjà dans l'actuel Code de procédure pénale, en faire une priorité peut
entraîner des désavantages pour la personne poursuivie.
L'élargissement
du mode de signification prévu dans le projet de loi,
article 4 du projet
de loi, établit que tout moyen approprié peut être utilisé et peut maintenant
être aussi fait par messagerie, par autre porteur ou par un avis public.
Comment s'assurer que le destinataire réel
recevra la signification dans la mesure où, quel que soit le mode de
signification utilisé, le destinataire qui accuse réception de l'acte de
procédure qui reconnaît l'avoir reçu est réputé avoir reçu signification
de cet acte? Que signifie «endroit
approprié» dans la mesure où, «si l'acte de procédure ne peut être remis, celui
qui fait la signification constate ce
fait avec l'indication du lieu, de la date et [...] l'heure et laisse l'acte de
procédure dans un endroit approprié, sous pli cacheté ou ou sous une
autre forme propre à en assurer la confidentialité. La signification est
réputée avoir été effectuée à cette date,
sauf si une peine d'emprisonnement est réclamée pour la perpétration d'une
infraction»?
est également utile de rappeler l'existence de la fracture numérique,
expression décrivant les inégalités dans l'accès aux technologies de
l'information et de la communication, leur utilisation et leur impact.
comparution. Notre expérience dans le domaine de la santé mentale nous a démontré
que les personnes sont peu présentes
à la cour lors de procédures qui touchent pourtant leurs droits
fondamentaux : Cour supérieure pour les autorisations judiciaires de
soins, Cour du Québec pour les gardes en établissement, Tribunal administratif
pour les recours. Une consultation réalisée
auprès de nos membres nous a indiqué que la visioconférence ou téléaudience est
utilisée dans sept régions du Québec sur
11, notamment pour les auditions concernant la loi P-38.001, les autorisations
judiciaires de soins et celles du Tribunal administratif du Québec.
Certains
groupes et personnes concernés apprécient cette nouvelle technologie, d'autres
favorisent l'échange direct entre le juge et la personne, particulièrement en
cas de témoignage et pour favoriser le droit de présenter une défense
pleine et entière. Des lacunes existent en
ce qui a trait à la dimension relationnelle et communicationnelle, et plusieurs
personnes préfèrent bénéficier d'un contact direct avec le juge dans un
lieu impartial, neutre, soit le palais de justice.
Recommandations
au niveau de la signification, L'AGIDD-SMQ recommande que le projet de loi
tienne compte de la fracture numérique, s'assure que la signification parvienne
au destinataire réel et que son droit à la confidentialité soit
respecté. Les articles 7, 8, 10 et les articles concordants ne
garantissant pas ces trois conditions doivent être retirés.
comparution. L'AGIDD-SMQ recommande que la présence de la personne accusée soit
la règle générale pour une comparution. Toutefois, la visioconférence peut être
utile dans certains cas, mais celle-ci doit, d'une part, faire l'objet
du consentement de la personne accusée et doit procurer un avantage à celle-ci.
Mme Provencher
(Doris) : Oui. Alors, il
reste combien de temps? Juste pour... Bon! Oh! un gros quatre minutes.
Alors, les
fameux systèmes parallèles. Vous
savez, au niveau de la santé mentale, ça fait depuis 2008 qu'il y a des tribunaux. Ils s'appellent les programmes
d'accompagnement justice, santé mentale, les PAJ-SM, parce qu'avant au début
ça s'appelait les tribunaux en santé mentale, mais ça a changé de nom.
Alors, c'est
à la cour municipale de Montréal que la première expérience a lieu. Depuis, il
y a plus d'une dizaine de villes où
on retrouve ce type de programme d'accompagnement justice. Au tout début, quand
ils avaient commencé ce projet, à
Montréal, on avait plusieurs questions qui nous étaient venues. Entre autres,
on se demandait... puis, malheureusement, ça a été confirmé, pour que
les personnes puissent bénéficier de ces programmes, il y avait deux conditions
préalables. Il fallait que, un, ils
acceptent leur diagnostic et, de deux, qu'ils acceptent de prendre la
médication qui était prescrite. Et effectivement il y a eu une recherche
qui a vraiment démontré que c'étaient vraiment ces deux points-là qui étaient
les deux premiers points identifiés.
L'idée est
bonne, l'idée est d'éviter, effectivement, que les personnes qui se retrouvent dans... plus
dans la procédure juridique et
judiciaire, sauf que, dans les faits, les personnes se retrouvent sur des programmes,
et qui peuvent durer plusieurs
années. Et ce que j'ai entendu aussi
dernièrement, ça ne veut pas dire que, nécessairement, il y a tout l'ensemble des intervenants qui sont disponibles sur le terrain.
Donc, les gens se retrouvent dans une espèce de vide. Ça fait en sorte, oui,
que les gens peuvent avoir accès à des services, mais dans un cadre bien
précis.
On sait qu'il y a des endroits où c'est appliqué
plus de manière... on travaille vraiment avec la personne à partir de ses besoins réels et, dans d'autres endroits,
bien, on décide beaucoup, beaucoup. On travaille beaucoup pour le bien de la
personne, hein? En santé mentale, c'est quelque chose qu'on voit souvent, de
travailler pour le bien de la personne. Donc, c'est des processus, des
fois, qui peuvent être plus longs que s'ils étaient passés par le système
normal, surtout quand c'est une première offense.
Dans ce contexte, que le projet de loi ajoute une
section qui parle... qui veut introduire cette façon de faire ou ces programmes d'adaptabilité, bien, nous, on se questionne par
rapport à ça vraiment beaucoup. De un, la participation au programme,
ça peut entraîner le retrait d'un ou de plusieurs chefs d'accusation.
Ça, ça va, mais les infractions ou catégories d'infractions sont prévues par règlement. Donc, on ne sait pas trop qu'est-ce qui va être vraiment
prévu. Il est difficile de se prononcer sur ce programme parce qu'on ne
l'a pas. Ça va être fait par règlement.
Comme je disais, son objet est louable, mais qui va être impliqué dans
des démarches d'éducation, de sensibilisation, de prévention et d'intervention?
Comment s'assurer que le poursuivant... parce qu'il est nommé que le poursuivant, il peut retirer les chefs d'accusation ou demander la
rétractation du jugement à certaines conditions. Qui va décider de ces
conditions? Comment ça va être établi? C'est quoi, l'intérêt réel de ce
programme pour la personne? Quelle garantie elle va avoir dans la mesure où son offre doit être dans
l'intérêt de la justice? Quels sont les liens entre les mesures alternatives
qui sont prévues au programme et les travaux compensatoires lorsque le
projet de loi l'indique, particulièrement à l'article 50 du projet de loi?
Bien sûr
qu'il y a des pour et il y a des contre aussi. Donc, on a des questions. Vous
savez, le premier programme PAJ-SM en
2008, on avait demandé une coalition d'organismes communautaires, qu'il y ait
une évaluation du programme avant d'aller plus loin. Elle a été faite,
l'évaluation, mais les programmes commençaient déjà à s'étendre dans plusieurs
villes... dans plusieurs villes.
Le Président (M.
Bachand) : Bien désolé de vous couper, parce qu'on est très
serrés dans le temps.
Mme Provencher (Doris) : Je le
sais.
Le Président (M.
Bachand) : D'ailleurs, plusieurs ont des engagements à
18 heures, donc on ne peut pas aller au-delà
de 18 heures. Donc, on est en train de calculer le temps pour... On va
répartir ça équitablement entre l'ensemble des membres de la commission.
Parfait?
Alors, cela
dit, nous sommes maintenant rendus à la période d'échange. Alors, Mme la
ministre, vous avez pour à peu près 15 minutes de période d'échange
avec nos invités. Merci beaucoup.
Mme LeBel : Bien, merci, M. le
Président. Mais merci surtout de votre présence et merci de votre contribution à cette réflexion. Je pense que c'est important
d'en parler et je pense que c'est important de réfléchir, justement, à comment
on peut mieux adapter le système de justice
à certaines personnes qui sont vulnérables, dont les personnes que vous
représentez par votre présence ici puis par vos commentaires.
De façon très
générale, vous avez fait plusieurs... vous avez fait d'autres remarques
préliminaires sur, bon, l'ajout de nouvelles technologies. On pourra peut-être
y revenir si on a du temps, mais je veux vraiment discuter de ce qui est dans
votre champ d'expertise, de votre propre
mission, c'est-à-dire les programmes et l'adaptabilité du système. Vous êtes
bien au fait que, présentement dans
sa forme actuelle, le système de justice n'est pas adapté aux personnes
vulnérables, l'itinérance, la toxicomanie, les troubles mentaux. Est-ce
qu'on peut se mettre au moins d'accord sur cette prémisse de base là?
Mme Provencher
(Doris) : On peut se mettre d'accord sur cette prémisse.
Mme LeBel : Parfait. Donc, on discute sur le même terrain à ce moment-là. Moi, j'ai eu, malheureusement, je dirais, l'occasion, de par mon passé,
d'avoir justement à être, je vais le dire de cette façon-là, prise, comme
procureure de la couronne, avec des
situations où j'ai un dossier, j'ai de la récidive dans certaines matières,
souvent des infractions
sommaires, malheureusement, ou en matière
pénale, il y a des infractions pénales, qui passaient sur nos bureaux aussi,
même à la Cour du Québec, et de bien voir
que cette personne-là a des difficultés, ne pas avoir les outils dans le Code
criminel ou dans le Code de procédure pénale pour agir pour ces
personnes-là.
Est-ce que je
comprends que votre remarque n'est pas sur le fait qu'il faut fournir une
alternative au système de justice,
mais plutôt sur la qualité... je ne dirais pas la qualité, les programmes
eux-mêmes, qui ne sont peut-être pas aussi bien adaptés? Est-ce que
votre crainte est plus au niveau des programmes comme tels?
Mme Provencher
(Doris) : Moi, je vous
dirais que c'est parce que les programmes qui sont proposés actuellement,
ils sont basés sur le fait de la maladie,
ils sont basés... que les personnes, ils font des actes, ils posent des gestes
à cause de leur maladie. Mais ce n'est pas nécessairement ça. Les personnes,
ils posent souvent des gestes parce qu'ils ont faim, parce qu'ils ont
froid, parce qu'ils n'ont pas de moyens.
Je comprends que
ce n'est pas au ministère de la Justice de régler tout ça, mais la réponse
qu'on leur offre, c'est strictement
bio... psycho... biosocial. Vous savez, il y a le côté services de santé
mentale et il y a le côté social, bien sûr, aussi, accès aux services, à des intervenants, ce qui n'est pas
nécessairement mauvais. Mais ce qu'on dit, c'est qu'on trouve que la
réponse n'est pas nécessairement adaptée à la réelle situation.
Mme LeBel : Donc, on est
d'accord. Donc, on parle vraiment des programmes comme tels. Parce que ce que
le projet de loi vient faire ici, vous le comprenez, il ne vient pas mettre en
place les programmes, mais il vient permettre justement
au système de justice de fournir une alternative. Et c'est toujours sur le
consentement de la personne, parce que, vous avez... et je vais revenir à une de vos premières remarques, vous
avez mentionné que, quelquefois, le passage à travers ces programmes-là
peut s'avérer peut-être plus onéreux en termes de temps et d'investissement
pour la personne que l'infraction pour
laquelle il se retrouvait devant les tribunaux. À ce moment-là, les gens ont le
choix de ne pas entrer dans un programme alternatif d'adaptabilité.
Mme Provencher (Doris) : C'est
sûr.
Mme LeBel :
Donc, ce que le projet de loi fait, c'est de fournir cette alternative-là.
Est-ce que vous êtes d'accord avec cette option-là?
Mme Provencher (Doris) : Bien,
c'est-à-dire qu'on donne un choix. Je comprends qu'on donne un choix. Ou c'est la judiciarisation ou c'est : Écoute, on
t'offre... puis c'est souvent des gens qui sont en rupture de services, et
tout. C'est sûr que, pour les personnes, ça peut être intéressant, je comprends
très bien, et qu'il y a des personnes qui sont heureuses de ça. Nous, ce
qu'on vous dit, c'est par rapport à... le choix, et est-ce que c'est vraiment
un choix entre la judiciarisation ou une
amende ou de passer par ce système? Je peux y être pendant huit, neuf,
10 mois, un an, sur ce programme, hein? Alors, est-ce que c'est
vraiment un choix?
Mme LeBel : Bien, aidez-moi à
réfléchir à ce moment-là. Comment on fait quand quelqu'un commet... Parce que, de facto, quand on entre dans un programme...
je n'aime pas ce mot-là, le programme d'adaptabilité, c'est parce qu'il y a...
à la base, il faut qu'il y ait une accusation de déposée, donc il faut qu'il y
ait... On va partir de la prémisse de base
qu'il y a un acte de commis. Donc, qu'est-ce qu'on fait comme système de
justice pour bien répondre aux besoins de ces gens-là quand on parle de
santé mentale?
Nous, ce
qu'on offre, naturellement, on n'a pas la réponse à tout, c'est une des
solutions proposées qui devra se faire dans un ensemble, hein, il y a de la
prévention en matière de santé mentale, de troubles mentaux, vous l'avez bien
dit. Il faut trouver des façons de prendre soin de ces gens, mais, à partir du
moment où ils entrent dans le système judiciaire, on essaie de trouver une alternative, justement, à la
coercition ou à la judiciarisation à tout prix, et c'est ce que le projet de
loi veut offrir.
Mme Provencher
(Doris) : O.K. C'est sûr
qu'idéalement, dans un monde idéal, pour nous, ce qu'on a toujours dit... Puis,
vous savez, au niveau de la santé mentale, il y a beaucoup de stigmatisation et
de préjugés. Alors, de faire un tribunal spécialisé en santé mentale, pour nous, est-ce que c'est vraiment ce qui
a de mieux par rapport à la question de toute la stigmatisation? Ça,
c'est une chose.
Idéalement,
là, dans un monde idéal, là, Mme la ministre, il faudrait que le système de
justice s'adapte, il faudrait qu'un problème de santé mentale, ça soit traité
comme n'importe quelle autre situation. On ne fait pas un tribunal
spécial pour tout et n'importe quoi. Vous comprenez? Donc, c'est vraiment...
Mme LeBel : Ça, je suis
entièrement d'accord avec vous.
Mme Provencher (Doris) : Donc, c'est que... Mais là on est peut-être dans
l'idéal, c'est sûr, mais ça devrait... le système devrait s'adapter aux
personnes et il devrait, pour ça... Nous, on dit : De la formation... Vous
savez, les juges, ce
sont des MM. et Mmes Tout-le-monde, avec leurs connaissances, avec leurs
préjugés, avec... comment ils sont. Donc, quand il y a quelqu'un en face d'eux qui a un problème de santé mentale,
tout de suite, est-ce que : Oups! Ah! là, il y a comme... ça prend une autre dimension. Et, vous
voyez, tout de suite, la réponse qui est donnée dans ce système, la condition
essentielle pour que les gens participent, il faut qu'ils acceptent de prendre
leur médication psychiatrique. Si les personnes n'acceptent pas de prendre cette médication-là, elles ne pourront pas
participer à ce programme. Alors,
vous voyez, c'est que c'est vraiment basé là-dessus.
sais que ça ne peut pas se régler en six mois, ce que je vous dis là, mais on
trouve dommage que tous, tous, tous les efforts soient investis d'en
faire des choses à part plutôt que d'essayer de faire entrer ça dans le système.
Mme LeBel :
O.K. Je veux juste qu'on...
Mme Provencher
(Doris) : Je ne vous aide pas du tout, là, hein?
Mme LeBel : Non, pas du... Bien non, mais vous ne me nuisez
pas non plus. Vous faites ce que vous avez à faire, puis c'est parfait. Ce n'est ni positif ni
négatif, c'est parfait comme discussion. Mais ce que... Je veux qu'on recadre
la discussion quand même
un peu, parce que ce que le projet de loi fait, ce n'est
pas de créer un programme, ce n'est pas de forcer les gens à prendre
leur médication. Ce que le projet de loi fait, c'est qu'il offre justement au système
de justice d'ouvrir dans la voie... à partir
du moment de la comparution jusqu'à une sentence potentielle, dépendamment, c'est
qu'il ouvre une brèche en cours de parcours et permet à des gens qui le
souhaitent de prendre une voie parallèle, parce que la judiciarisation, ça peut être également
un «stigma». Il y a des critères, et les critères ne demandent pas
aux gens d'admettre leur condition de maladie, ils ne demandent pas de prendre
leur médication, parce que ces programmes-là peuvent être en santé mentale, vous avez raison, peuvent être
en toxicomanie, peuvent être en itinérance, et ce sera les programmes qui
seront créés, et votre apport va être inestimable, justement, pour la création
de ces programmes-là.
Mais
je veux juste m'assurer que ce que le projet
de loi fait, qui est à la fois
très simple et très... et peut-être avoir des
conséquences, le projet de loi ne fait qu'ouvrir la voie pour la création d'une
alternative pour les gens qui le souhaitent. Le juge ne pourra jamais
forcer quelqu'un à entrer dans un de ces programmes.
Donc,
est-ce que, ça, on peut... est-ce que, ça, c'est quelque chose qui est quand... C'est quelque
chose qui est positif, à mon
sens. Bien, c'est sûr que je suis vendue, là.
Mme Provencher (Doris) : Bien, c'est-à-dire, écoutez, il va falloir que vous m'éclairiez, parce que,
dans la mesure où... cette ouverture à des systèmes
d'adaptabilité, c'est ça que vous me
dites dans le projet de loi, il y a déjà des systèmes d'adaptabilité
dans le système de justice. Les PAJ-SM, c'est ça?
Mme Provencher (Doris) : Alors, en quoi le projet de loi — c'est à mon tour à poser les questions — en quoi le projet de loi... Qu'est-ce
qu'il vient faire? Il vient améliorer l'accessibilité à ces programmes-là?
Mme LeBel :
Le projet de loi vient ouvrir plus d'alternatives pour ce même type de
programmes là, dont la ville de Québec a
d'ailleurs certains programmes, permet justement, si le programme est réussi,
entre autres de retirer des constats
d'infraction, permet de substituer une amende ou une peine d'emprisonnement
pour défaut de paiement d'amendes, souvent
qui est récurrent pour les personnes en matière de vulnérabilité, de substituer
ça par d'autres alternatives, pas toujours en santé mentale, comme je vous disais. Ça peut être en toxicomanie, ça
peut être en itinérance. Donc, ce que le projet de loi vient faire,
c'est ouvrir une alternative.
Moi,
ce que j'entends de votre part et que je prends très au sérieux, c'est :
Soyez avisés que les programmes ne sont pas toujours adaptés aux situations ou
ne sont pas toujours réfléchis en fonction de vos mises en garde, si on veut,
et c'est ce que je comprends. C'est pour ça
que je vous dis : Votre rapport est inestimable sur la réflexion des
programmes qui seront mis en place. Mais le projet de loi ne met pas de
programme en place, le projet de loi ouvre la possibilité de mettre ces programmes-là en place. Et je veux juste être sûre
qu'on se comprend dans ce qu'on est en train de faire comme démarche
versus ce qui est très important dans ce que vous soulignez. Je veux juste le
mentionner, là.
Mme Provencher (Doris) : Bien, ce que je me demande à ce moment-là, c'est
que, comme vous dites, l'ouverture que le projet de loi apporte par rapport à
des personnes qui ont des problèmes de santé mentale, ça va être quoi, cette
ouverture. Est-ce que ça va se traduire pas mal par des... Ça va ressembler pas
mal à des PAJ-SM, j'imagine. Parce que, si vous dites qu'il y a des programmes par rapport à... au niveau de la
toxicomanie, au niveau de l'itinérance, et tout, au niveau de la santé mentale, ce que notre système de
justice a mis en place, c'est vraiment le Programme d'accompagnement justice,
santé mentale. Alors, si le projet de loi, il permet...
Mme LeBel :
Continuez, je vais juste... je cherche une petite affaire.
Mme Provencher (Doris) : ...oui, d'accord, il permet d'ouvrir d'autres
alternatives, qu'est-ce que ça va être en santé mentale, les autres
alternatives? C'est juste ça, moi, que je dis. Je dis... Ce qu'on vous dit, ce
que je vous dis, en fait, c'est qu'au
niveau de la santé mentale, à cause des préjugés qui sont associés aux
problèmes de santé mentale, les réponses, les alternatives qui risquent d'être développées, ça devrait toujours
aller dans le sens de : Viens, on va t'aider puis on va te soigner
plutôt que de... Vous voyez, c'est ça qu'on dit.
Mme LeBel : Bon,
alors, la... Et c'est exactement l'objet de mon propos. Présentement, ce que le
projet de loi fait, c'est un cadre habilitant, c'est-à-dire de permettre
de développer ces programmes-là, et ce qui va être important, c'est que ces programmes-là soient bien adaptés, comme
vous venez de le mentionner, aux besoins d'une clientèle particulière.
Le projet de loi permet donc de bâtir ces programmes-là.
Mme LeBel : Oui, je sais, je demandais un renseignement sur le programme que vous avez mentionné, particulier, parce que je ne l'avais pas à l'esprit, mais ça va
être important de s'assurer, dans la mise en place de ces programmes-là qui vont se faire par la suite, que des organismes
comme le vôtre soient présents pour être certain que ces programmes-là répondent bien aux besoins de la population. Ce
que le projet de loi fait, il ne crée pas ces programmes-là. Puis j'ai l'air de
taper sur le même clou, mais c'est parce que
c'est important pour moi. C'est comme si j'ouvre une porte, maintenant vers
quoi on va se diriger par la suite, c'est la seconde étape, et là ça va être
très important de faire en sorte que le programme, à défaut d'autres mots, c'est le mot exact, les
programmes qui vont être créés dans les différents domaines soient bien
adaptés, comme vous venez de mentionner, aux besoins de votre clientèle
ou les gens que vous représentez.
Mme Provencher
(Doris) : Moi, j'aurais deux...
Le Président (M. Bachand) : ...céder la parole au député de LaFontaine.
M. le député de LaFontaine, s'il
vous plaît. Désolé. Désolé, Mme Provencher.
M. Tanguay : Merci
beaucoup, M. le Président. Ne dites pas : Malheureusement, je dois céder la parole au député de LaFontaine...
Président (M. Bachand) : Non, non, absolument pas. Ça n'a rien
à voir avec vous, M. le député.
M. Tanguay :
...parce que, là, je vais prendre mes affaires puis je vais m'en aller. Non, ne
nous punissez pas.
Merci beaucoup, M. Moreau, Mme Provencher, d'avoir pris le temps de rédiger
le mémoire, d'être avec nous ici aujourd'hui. Moi, Mme Provencher,
je viens d'entendre, là, votre cri du coeur, puis je ne veux pas être
réducteur, mais vous avez dit, dans le fond : S'il y a des programmes habilitants, s'il y a des nouvelles façons
de faire, pouvez-vous juste vous
assurer que ce ne soit pas au détriment... puis je ne suis pas en train de dire
que c'est l'objectif du projet
de loi. La ministre vient de
nous dire que ce n'est pas ça, l'objectif. L'objectif va aller dans le sens,
très fort probablement, que vous souleviez,
mais j'aimerais ça vous entendre davantage là-dessus. Vous avez dit il y a deux, trois minutes :
Faites donc des programmes
qui vont améliorer l'accès à la justice, aux personnes que nous représentons, notamment,
et faire en sorte que l'ouverture soit davantage
là, que la facilitation soit de notre côté, s'assurer que ça tombe toujours
du côté d'aider les gens que vous
représentez, de faciliter leur passage, qui est difficile, au sein d'un système
judiciaire, que ce soit toujours
ça, l'objectif, et non pas de dire : Ah! bien, il faut le
sanctionner, parce que, finalement, il n'est pas rentré dans une case,
puis là on le sanctionne.
Alors, j'aimerais ça
vous entendre là-dessus, sur ce qui pourrait être, dans le fond, un principe
directeur. Oui, il y aurait de nouveaux programmes,
il y aurait de nouvelles façons de faire qui permettraient cette latitude-là,
mais, quand on vous dit : Vous
avez plus la latitude, vous avez plus d'espace, mais que ce soit toujours
fait dans la façon de dire : Bien, l'optique de la personne qui a un problème de santé mentale, par exemple, ou qui en a eu un, mais comment on peut
faciliter son passage dans un processus judiciaire? J'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Moreau
(Claude) : Oui, bien, peut-être
un exemple, c'est au niveau de la durée des programmes, là. Je regardais
dans le projet de loi, on veut changer
la durée. Si une personne choisit de faire des travaux compensatoires, la
limite, c'est 1 500 heures, alors que, s'il choisit un
modèle alternatif, il n'y a pas vraiment de limite de définie, là, ça peut être
plus long. Quelque chose qui pourrait
être fait, ce serait de s'assurer du consentement libre et éclairé de la
personne visée, que, si tu choisis cette alternative-là, tu peux... ça
peut prendre plus de temps que si tu choisissais des travaux compensatoires.
M. Tanguay :
Merci. Et vous, Mme Provencher, j'aimerais vous entendre aussi là-dessus,
Mme Provencher (Doris) : Bien, c'est-à-dire que... comment je dirais ça? Vous savez, ça part toujours
d'une bonne intention. Le problème,
c'est toujours... puis ce n'est pas juste au niveau de la
justice, là, c'est partout, c'est au niveau de la pratique. C'est, quand
ça arrive sur le terrain, comment les personnes sont vues, comment on les
traite, quels sont nos préjugés par
rapport à ça. C'est toujours là que le bât blesse. Et c'est ça qu'il est
difficile.
Alors, même s'il y a
une ouverture pour des alternatives, que ce n'est pas inintéressant, bien sûr,
essayer. Mais, nous, ce qu'on vous dit, ce
qu'on voit, pas partout, mais il y a certains endroits où, au niveau de la pratique,
bien, ça fait... c'est comme si la
personne, elle se retrouve prise dans une espèce de système
qui veut son bien puis qu'à ses conditions, par exemple, à ce système, pas nécessairement les siennes... Même si
c'est un choix libre, en principe, ça va se retourner, première des
choses.
Deuxième
des choses, juste pour répondre, parce que je voulais clarifier, les organismes
en promotion et défense de droits en santé mentale, il y en a partout au Québec. Nous, ce qu'on peut
faire comme travail, on peut accompagner les personnes qui vont nous demander, mais on ne sera pas là pour... comment
dirais-je, donc? On est là pour la personne, pas pour le système qu'il y
a autour, vous savez.
Alors,
si la personne, elle veut être accompagnée, ça, ça va, mais, pour le reste, on
ne pourrait pas, par exemple, être
partie
prenante d'un tribunal parallèle à cause de notre mandat de défense de droits,
parce que nous, on est là pour la personne et pour l'aider à ce qu'elle,
elle fasse valoir ses droits.
M. Tanguay :
Et la pertinence...
Mme Provencher
(Doris) : Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas travailler avec
vous.
M. Tanguay :
Non, c'est ça, puis on peut même le revirer de bord en disant : C'est ce
qui fait en sorte que l'on doit travailler ensemble et que le système de
justice doit travailler avec vous.
Mme Provencher
(Doris) : Oui, oui.
M. Tanguay :
Puis c'est ce que vous lancez comme message, c'est ce que l'on reçoit. Et vous
êtes de la réalité terrain. Vous accompagnez des femmes et des hommes
qui ont leurs défis, notamment en santé mentale. Et votre son de cloche aujourd'hui est important, même si l'objectif du
projet de loi est d'établir, je dirais, et là je résume, là, un cadre, une
approche judiciaire qui permet cette latitude-là.
Vous dites, en
page 12 de votre mémoire, là... vous recommandez qu'«avant toute mise en
place [de] nouveau programme d'adaptabilité
des règles relatives à la poursuite», l'article 37 du projet de loi, vous
demandez donc que le monde se parle puis qu'on fasse le point, autrement dit,
une réflexion quant au déficit du système judiciaire et du réseau de santé
parce que vous ne voulez pas qu'il y ait une
approche en silo. Aujourd'hui, le projet de loi n° 32,
c'est le système judiciaire, mais,
vous le dites, nous, on passe tantôt dans le système judiciaire puis on passe
tantôt dans le système de santé, et autres, et autres. Donc, pas de silo, réflexion et évaluation des programmes
existants, et vous demandez, donc, que les gens, les acteurs se parlent.
On parle de Santé et Services sociaux, Justice, Sécurité publique.
Mme Provencher
(Doris) : Oui.
M. Tanguay :
Alors, comment, ça, nous, on pourrait y faire écho dans le projet de loi n° 32 qui est sur la table?
Mme Provencher
(Doris) : Si je peux me permettre, je sors d'une journée et demie d'un
forum sur la santé mentale des adultes organisé par le ministère de la Santé et
des Services sociaux, et ce que la majorité des personnes présentes ont demandé au ministère de la Santé,
c'est de travailler... faites un plan d'action interministériel qui va toucher
un ensemble d'autres acteurs, Éducation,
Sécurité publique, la Justice aussi, parce que les déterminants sociaux ont une
grande part dans les actions des personnes, dans les difficultés que les
personnes vivent. Encore une fois, ce n'est pas la maladie. C'est que c'est les déterminants sociaux. Je n'ai pas un logement
décent, je suis pauvre, je ne mange pas à ma faim. Vous voyez, c'est à ça qu'ensemble comme société... il faut qu'on
s'attaque, tout le monde ensemble, avec ça. C'est bien évident que le
projet de loi n° 32, ce n'est pas son but, mais il
faut que ça fasse
partie de cette réflexion.
veux aussi dire, la formation, il faudrait que... je pense, il faudrait... Ce
qui serait intéressant, c'est qu'il y ait de la formation qui soit donnée à l'ensemble du domaine de la justice par
des personnes qui vivent ou qui ont vécu un problème de santé mentale pour
démystifier, de un, c'est quoi et démystifier toute la médication, parce que
c'est la réponse en santé mentale,
qu'on soit dans le domaine de la justice, qu'on soit en santé, la médication,
en principe, ça règle tout, ce qui n'est pas vrai. Alors donc, il y aurait beaucoup de formation et d'information
qu'on pourrait partager, puis ça nous ferait plaisir de la partager.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce,
s'il vous plaît.
Mme Weil :
...merci beaucoup pour votre présentation. Moi, j'ai eu l'occasion, quand
j'étais ministre de la Justice, c'était
en 2010, de voir cette première cour tentative... c'était le juge Minc, Morton
Minc, qui était tellement enthousiaste et...
par rapport à cette initiative. Il y avait eu une visite du ministère de la
Justice à Toronto pour voir comment ça se passait. On en parlait à New York, etc. Mais, je dois vous
dire, même moi, parce que j'ai vu ce que j'ai vu, on se demande des fois :
Est-ce que la personne a vraiment compris,
vraiment compris de quoi il s'agit? Ils sont contents d'être traités avec
humanité. Donc, comme mon collègue le
dit, de LaFontaine, c'est un peu cette idée. Et la ministre de la Justice, le
rôle du ministère de la Justice,
c'est de mettre en place, évidemment, pour que le système de justice soit
aidant et non un frein pour ce traitement humain de cette personne.
Mais, si je comprends
bien, vous, vous dites : Un des principes de base... Parce qu'on touche
aussi le droit humanitaire, hein? Et
savez-vous que Montréal, c'est le tribunal qui reçoit le plus de cas de
personnes, dans ses tribunaux, de
santé mentale qui sont des sans-abri? Ils sont littéralement des sans-abri.
Alors donc, on voit que... exactement ce que vous dites. Donc, est-ce que vous
voyez peut-être un principe de base qui pourrait être rajouté à ce projet de
loi, qui évoquerait un peu cette
santé globale, ce bien-être global de la personne, qui irait au-delà d'un
système de justice, et on comprend très bien les limites, finalement, aussi
d'un système de justice, mais que le système de justice et le système de
santé puissent travailler main dans la main, qu'on pourrait avoir un principe
quelque part dans le projet de loi?
M. Moreau
(Claude) : On parlait tantôt
de réalité terrain, je vais vous en donner une, réalité terrain, c'est être une
personne vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale, connue dans son
quartier pour son problème puis de voir son
nom dans le journal pour aller au palais de justice ramasser un avis de
procuration, là, un document officiel. Moi, je sais que, personnellement, je n'aimerais pas ça que mes voisins voient ça,
parce que probablement qu'ils se demanderaient qu'est-ce que j'ai
fait de croche. C'est de la stigmatisation, ça.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Gouin, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois :
Merci, M. le Président. Merci d'être avec nous aujourd'hui. Il y a un passage
de votre mémoire qui m'a interpelé particulièrement. À la page 12,
vous recommandez, disons, de surseoir à la mise en place de nouveaux programmes d'adaptabilité à certaines conditions.
En tout cas, vous mettez des conditions à ce qu'on élargisse les programmes
actuels ou qu'on en ajoute. J'aimerais que vous élaboriez là-dessus puis que
vous précisiez la nature de vos craintes, pourquoi vous faites cette recommandation-là. Est-ce que
vous dites qu'il ne faut pas adopter de nouveaux programmes, il faut en adopter mais suspendre l'entrée en vigueur?
J'aimerais comprendre toute votre réflexion là-dessus. Puis j'ai peu de temps,
ça fait que je vais vous laisser le temps d'élaborer, s'il vous plaît.
Mme Provencher
(Doris) : O.K. Bien,
écoutez, je vais me répéter un peu, mais c'est dans la mesure où, en 2008,
le PAJ-SM, le programme... a commencé, et ça s'est répandu comme une traînée de
poudre partout au Québec. On n'a pas fait
d'évaluation. Est-ce que c'est la meilleure chose? Est-ce que... Quelle amélioration
on pourrait amener? Qu'est-ce que ça a comme effet dans le système de
santé? Il y a eu une recherche en 2010, mais c'était parti.
Alors, nous, ce qu'on disait à l'époque, en
2008, avant de faire ça... et je voulais rebondir un peu sur ce que Mme Weil disait, la compassion, là, c'est
comme il y a du monde qui sont formés au niveau de la justice, eux autres, ils
comprennent les problèmes de santé mentale, eux autres, donc, ils agissent de
manière... avec plus de compassion, ils acceptent,
et tout. C'est très bien, mais le reste, c'est comme... c'est le néant. Parce
que je pourrais vous parler longtemps des
gens qui passent au niveau des autres... comme la P-38, l'hospitalisation
involontaire, les autorisations judiciaires de soins, et tout ça. Là, ils sont comme moins compatissants, vous
comprenez? Donc, c'est comme on fait une petite gang de compatissants,
mais le reste, on ne s'en occupe pas.
Je ne dis pas
que, demain matin ou dans six mois, wow! tout le monde, il va être ouvert,
parce que les gens, les avocats, les
juges, ce sont des M. et Mme Tout-le-monde, comme je l'ai dit tantôt, je me
répète, je suis désolée, mais ce sont des... avec les préjugés qu'on a
tous et toutes. Alors, ça se répercute aussi.
Alors, à
cause de problèmes de santé mentale, c'est vu de telle façon, bien, les juges
et les avocats... Vous savez, souvent
dans une cour, les avocats ne sont même plus des avocats, là, tout le monde est
médecin. Quand ils sont dans une cause pour une P-38 ou pour... tout le monde
est... Tu devrais faire ça, tu devrais accepter 21 jours d'enfermement
plutôt que de te battre, que je te
défende. Accepte donc. Tout le monde devient médecin. Vous voyez? Donc,
c'est... Tout le monde est pour le bien.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Joliette, pour
2 min 37 s... 2 min 39 s, pardon.
Mme Hivon :
Oui, merci beaucoup, Mme Provencher puis M. Moreau. C'est vraiment
très, très éloquent ce que vous nous dites. Et puis, moi, si je vous
comprends bien, vous dites : Il y a un énorme besoin de formation, une des
choses que vous dites, et pas juste des
grands experts qui ont écrit des études poussées sur la maladie mentale, mais
de gens qui le vivent sur le terrain
ou qui auraient eu des expériences. Tout à fait, je l'entends très bien. Je
pense que ça s'applique ici et
ailleurs. Ce que j'entends aussi, c'est que vous dites que, là, on est en
train, avec le projet de loi, de généraliser des mesures alternatives, mais qu'on n'a pas bien fait encore l'évaluation
de ce qui s'est fait, notamment le PAJ-SM à Montréal.
Vous, est-ce
que vous avez été consultés comme organisation, vos membres ou des groupes qui
sont proches de vous, lors de la mise en place, la création du programme
et dans le contexte de l'évaluation? Pas du tout? O.K.
Mme Provencher
(Doris) : Non. On avait
formé une coalition d'organismes
communautaires. Écoutez, ça fait longtemps.
2008, ça fait quand même 10 ans. Est-ce qu'il y avait eu des échanges?
Parce que ça se faisait avec l'agence de la santé et des services sociaux, il y
avait eu des rencontres d'échange, mais pas nécessairement de consultation, non.
Mme Hivon :
O.K. Puis évidemment, là, vous me parlez de la P-38, puis tout ça, qui sort
beaucoup de notre cadre, mais vous
voulez dire que ça peut être bien d'avoir des voies alternatives, quoique votre
idéal, ce serait que tout le monde soit
formé, absolument tout le monde, à la réalité de la santé mentale, mais qu'il
peut y avoir des alternatives, mais qu'elles doivent être adaptées, si on pouvait avoir une réflexion plus générale
en matière de justice pour une formation, qu'on soit en civil, en
mesures d'exception. O.K. Ça, je vous comprends bien.
Vous avez touché la question des technologies,
puis on n'en a pas parlé. Donc, qu'est-ce que ça peut représenter comme défi
pour les personnes qui ont un enjeu de santé mentale?
Mme Provencher
(Doris) : Bien, de un, ce
n'est pas tout le monde qui a les technologies, hein? C'est comme quand on voit comment, pour... bien voyons, pas pour la
délégation, pour la signification, par exemple, y aller par moyen électronique,
y aller par... Oui, mais, au niveau de la
santé mentale, il y a bien du monde qui n'ont rien. Et je trouve que cette
façon-là, ça devient une mode aussi.
Je sors du forum santé mentale, et là aussi les nouvelles technologies... il se
fait de la psychothérapie par
visioconférence. Peut-être que ça peut aider du monde. Peut-être que ces
nouvelles façons, ça peut faire en sorte que les
gens sont plus à l'aise ou même qu'ils ont accès à la... Nous, ce qu'on
dit : Attention! Ne pas mettre ça mur à mur. Attention de ne pas perdre de vue que c'est facile pour le système de
justice, on y va par visioconférence aussi, ça fait bien l'affaire du système aussi. C'est dans ce sens-là
qu'on dit : Oui, peut-être, mais, attention, il y a ce que mon collègue a
appelé la fracture numérique...
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Provencher
(Doris) : ...hein, oui, et c'est une réalité parce que les gens sont
pauvres.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M.
le député de Chomedey, s'il vous plaît.
M. Ouellette : Bonjour, monsieur dame. Puisqu'on est dans la fracture numérique, vous avez insisté
sur deux choses. S'assurer que la
signification soit bien au destinataire réel, je pense que c'est bien
important. Vous allez sûrement avoir une suggestion que vous pourriez
nous faire pour qu'on puisse s'assurer que ça soit comme ça. Puis, dans la
comparution, il y a trois mots que j'ai eu de la misère à...
Regardez, vous me dites que la visioconférence, ça peut aider aux gens, mais
il faut que ça procure un avantage à la
personne qui va en visioconférence. J'aimerais ça que vous m'en donniez un petit peu plus, là, parce que...
M. Moreau
(Claude) : Bien, la
visioconférence, je pense que ça avantage surtout les médecins, les
psychiatres, là. Ça leur évite
d'aller au palais de justice, puis ce n'est pas nécessairement d'aller dans
l'intérêt de la personne. Parce que
le palais de justice, c'est un endroit
neutre, alors que, quand il y a une salle de cour qui se trouve à l'intérieur
d'un hôpital psychiatrique, ce n'est pas nécessairement un endroit neutre. La personne se sent toujours vraiment,
là, emprisonnée, ne se sent pas nécessairement, là, dans des lieux
impartiaux.
M. Ouellette :
...la signification.
Mme Provencher
(Doris) : La signification?
M. Ouellette :
Oui, la... Oui.
Mme Provencher (Doris) : Bien, ce qu'on dit, actuellement, là, il y a des façons de donner une signification à des
gens, et les moyens qui sont proposés, peut-être
qu'il y en a que ça peut être mieux puis qu'il y en a qui existent déjà, encore
une fois, et tout. Mais, prenez bien conscience, quand j'ai un problème de santé
mentale, malheureusement, il y a l'étiquette qui vient avec pour tout le
monde. Et, comme disait Claude, si ça
paraît dans le journal, mon journal local, parce qu'on me connaît
dans mon quartier : Ah! elle a un problème de santé mentale, elle, hein?
Mon Dieu! As-tu vu son nom dans le journal?
Il faut qu'elle passe au... Je ne sais pas où qu'il faut qu'elle passe pour
aller chercher un truc de cour. Qu'est-ce
que vous pensez que ça va faire dans la tête du monde, ça? Danger!
Danger! Danger! C'est ça qui va flasher.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup, Mme Provencher, merci beaucoup, M. Moreau, merci
beaucoup d'être ici.
suspends les travaux quelques instants pour permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci infiniment, merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 35)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Merci beaucoup.
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la Coalition
pour l'accès à l'aide juridique. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre présentation, et après on aura un échange avec les
membres de la commission. Je vous invite à débuter d'abord en vous
présentant. Merci beaucoup d'être ici.
Mme Lévesque (Sylvie) : Oui, bonjour. Mon nom est Sylvie Lévesque, de la
Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du
Québec et membre de la coalition.
Mme Thériault (Elise) : Je suis Elise Thériault, avocate, conseillère
budgétaire chez Option Consommateurs et également membre de la
coalition.
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : Bon après-midi. Claude-Catherine Lemoine, des
Services juridiques communautaires de Pointe Saint-Charles et
Petite-Bourgogne, également membre de la coalition.
Mme Lévesque
(Sylvie) : Alors, Mmes et
MM. les députés, Mme la ministre, merci de nous avoir invitées à vous soumettre les commentaires de la Coalition pour
l'accès à l'aide juridique. La coalition a vu le jour à l'automne 2007.
Elle est composée de groupes
communautaires, sociaux, syndicaux et d'intervenants du monde juridique qui se
préoccupent d'accès à la justice. Elle compte présentement
38 organisations membres.
La coalition
se positionne du point de vue des bénéficiaires de l'aide juridique, et ses
actions ont comme seul objectif d'améliorer
l'accès des bénéficiaires aux services, tant au niveau de l'admissibilité
financière que de celui du panier de services couverts ou encore de
l'organisation de l'offre de services. Depuis la hausse des seuils
d'admissibilité à l'aide juridique, en 2016,
la coalition poursuit son objectif d'élargir l'accès à l'aide juridique,
notamment en plaidant pour un élargissement du panier de services
couverts ainsi que pour une révision des méthodes du calcul des revenus.
Aujourd'hui,
notre intervention va se limiter aux dispositions que l'on retrouve dans la
section des mesures visant à bonifier le régime d'aide juridique et à
accroître l'efficacité de la Commission des services juridiques et qui traitent
spécifiquement de la
loi sur l'aide
juridique et sur la prestation de certains services juridiques et de son
règlement. La coalition s'est sentie
interpelée par les mesures pour bonifier le régime d'aide juridique, et tout ce
qui favorise un meilleur accès à l'aide juridique est un pas dans la bonne direction. Toutefois, le projet de
loi n° 32 nous laisse perplexes quant à l'intention du
gouvernement. En effet, certaines modifications proposées dans le projet de loi
représentent des reculs importants en matière
de panier de services, d'autant qu'il est souvent difficile, comme citoyen et
citoyenne, de s'y retrouver et de savoir si notre besoin est couvert ou
non par la loi.
Pour la coalition, trop de services juridiques
essentiels à la sécurité physique, financière et psychologique des personnes et des familles sont exclus des services
couverts ou sont soumis à des critères discrétionnaires, comme les demandes
en matière de logement, de garde en
établissement psychiatrique ou les demandes en matière de droit de la
consommation. Des embûches administratives à l'admissibilité devraient
aussi être éliminées.
Je passe maintenant la parole à Elise Thériault,
qui va vous présenter plus en détail nos préoccupations et nos principales
recommandations.
Mme Thériault
(Elise) : Merci. Alors, je
vais commencer par faire un petit survol de la couverture des services d'aide
juridique. D'abord, il y a les services qui
sont précisément listés dans la loi comme étant couverts, ce sont les nommément
couverts. Il y a aussi les services qui ne
sont jamais couverts, ce sont les nommément exclus. Il y a finalement les
services qui sont parfois couverts
lorsque certains critères sont rencontrés, ce sont les services
discrétionnaires. En matière autre que
criminelle et pénale, pour qu'un service juridique qui n'est pas nommément
couvert le devienne en fonction du principe de la couverture discrétionnaire, il faut établir que la personne subit
ou subira vraisemblablement une atteinte grave à sa liberté, notamment une mesure de garde ou de
détention, ou que l'affaire met en cause ou mettra vraisemblablement en cause soit la sécurité physique ou psychologique
d'une personne, soit ses moyens de subsistance, soit ses besoins essentiels
et ceux de sa famille. Les consultations d'ordre juridique font
partie des
services nommément couverts.
À l'heure
actuelle, ces consultations sont couvertes par l'aide juridique pour l'ensemble
des domaines de droit sauf un, et heureusement, car elle constitue un
élément essentiel de l'accès à la justice. On ne saurait trop dire que la
simple information juridique, bonne et moins
bonne, est de plus en plus accessible, qu'elle est même souvent gratuite. Par
contre, les intervenants qui offrent de l'information juridique vous le diront
tous, sans avis juridique, sans conseil juridique, les citoyens ordinaires n'ont pas les compétences pour
traiter l'information reçue de manière à exercer efficacement leurs droits.
L'information ne réduit pas leur détresse
s'ils ne sont pas capables de la transformer en action. Les citoyens veulent
être accompagnés, guidés, mais les
avis et conseils juridiques peuvent être exclusivement prodigués par des
avocats et des notaires.
Une consultation juridique offerte par un avocat
de l'aide juridique, c'est donc beaucoup plus que de la simple information. Or, le projet de loi n° 32
propose de rapatrier l'article 32.1, qui prévoit la couverture de
consultation juridique, dans la même
section de la loi que les autres services couverts. Il devient
l'article 4.3.1, mais 4.3.1 n'est pas rédigé de la même façon que
l'ancien 32.1. On lit maintenant : «L'aide juridique est accordée
pour des consultations d'ordre juridique [dans les domaines] pour lesquels les services sont par ailleurs
couverts.» Selon nous, c'est une réduction de la couverture de services qui est
totalement inacceptable. On passe de tous les domaines de droit sauf un à des
consultations uniquement pour les
domaines qui sont par ailleurs couverts. Le législateur tente-t-il de limiter
la couverture des consultations uniquement aux services nommément couverts? Si
ce n'est pas le cas, ça risque de poser des problèmes d'interprétation qui vont
se refléter dans l'exercice du pouvoir
discrétionnaire des avocats. Par exemple, dans certains domaines comme le
logement, où tous les services ne
sont pas automatiquement couverts, ça pourrait vouloir dire que certaines
consultations actuellement couvertes ne
seraient plus couvertes. Du point de vue des bénéficiaires, non seulement les
consultations juridiques devraient toujours être un service nommément
couvert, mais cette couverture devrait même être élargie à tous les domaines du
droit.
Le projet de
loi ajoute des services pour lesquels l'aide juridique peut être accordée en
introduisant la notion de services rendus avant la judiciarisation. La
coalition tient à souligner qu'elle applaudit tout élargissement du panier de services. Cependant, on s'interroge encore sur la
nature exacte des services qui seront couverts et sur les domaines de droit
dans lesquels ils seront accessibles. On
peut s'imaginer que les modes alternatifs de résolution de conflits seront
couverts. Est-ce à dire que l'aide
juridique couvrira les honoraires des médiateurs dans des domaines autres que
familial? Est-ce que les avocats du
réseau de l'aide juridique pourront être rémunérés à
titre de médiateur? Est-ce
que le travail des avocats qui
accompagnent et conseillent un client dans un mode alternatif de règlement des
différends devient un service couvert? Peut-être
que la réponse nous viendra dans un éventuel règlement, mais, dans sa rédaction
actuelle, le projet de loi ne jette aucun éclairage sur ces questions.
En matière criminelle, la description des
services couverts est plus claire, mais la disposition proposée reste ambiguë. En effet, on lit : «...lorsqu'il est
nécessaire qu'un avocat assiste une personne dans le cadre de sa participation
à un programme de traitement non
judiciaire de certaines infractions criminelles.» Quels sont les critères qui
servent à déterminer si les services d'un avocat sont nécessaires? Qui détermine cette
nécessité? Est-ce que ce serait laissé à la discrétion des avocats? Si oui, ça pourrait engendrer un grave
recul en matière d'accès à la justice. Pour nous, par sa seule présence au
bureau d'aide juridique, la personne
concernée considère qu'il est nécessaire qu'elle soit accompagnée ou assistée.
Ce service devrait être nommément couvert.
Le projet de
loi prévoit un autre ajout au panier de services actuellement offerts, soit la
participation à un processus de droit
collaboratif ou de médiation au nouvel
article 43.2 du Règlement sur
l'aide juridique. On se demande ce qui sera inclus dans ces nouveaux services couverts. Est-ce que ce sont les mêmes
que ceux rendus avant la judiciarisation dont on vient juste de parler?
Le fait d'utiliser les expressions «droit collaboratif», «processus de
médiation» dans un
article et «mode privé de prévention de règlement des
différends» dans un autre, mais sans les définir, fait en sorte de semer la confusion. Dans tous les cas, nous croyons que
l'accompagnement, lors d'une séance de médiation à la Commission des normes, de
l'équité, de la santé et de la sécurité du travail ou devant toute autre
instance similaire, doit être un service nommément couvert par l'aide
juridique.
Lorsqu'il
s'agit de la rédaction d'un document alors que le tribunal n'est pas saisi,
l'aide juridique est présentement accordée si la personne éprouve de la
difficulté à préserver ou faire valoir ses droits et si des conséquences
néfastes en résulteraient pour son bien-être
physique ou psychologique ou celui de sa famille en l'absence de ce service.
C'est deux critères qui s'additionnent.
Le projet de
loi n° 32 propose de modifier
«conséquences néfastes» pour «conséquences graves». Une conséquence grave est-elle pire qu'une conséquence néfaste ou
est-ce que c'est le contraire? On a le fait tour des dictionnaires et on n'a
pas trouvé la réponse. En quoi ce changement
constitue-t-il une bonification du régime de l'aide juridique? Nous proposons
donc d'utiliser la formulation «conséquences
négatives», ce qui, selon nous, est suffisant pour justifier la couverture du
service et aurait pour avantage d'inclure un plus large spectre de situation.
La rédaction
d'une lettre ou d'une mise en demeure est un important service offert par
l'aide juridique, car elle fait
partie des différents moyens permettant
d'éviter la judiciarisation. Ça apporte souvent une solution rapide pour les
citoyens, citoyennes. Trop de
personnes sont incapables de lire, écrire, comprendre et bien s'exprimer dans
les domaines reliés au droit. Selon nous, il est essentiel que
l'accessibilité à ce service soit le plus large possible.
Finalement,
en ce qui concerne le processus de révision, le projet de loi propose de
réduire la formation qui entend les demandes de révision de trois à une
personne lorsque l'inadmissibilité à l'aide juridique est basée sur le refus
d'une personne de fournir tous les documents
requis par l'aide juridique. On n'est pas contre plus d'efficacité, au
contraire, mais on pense que cet enjeu en cache un autre beaucoup plus
important.
On sait tous
que le nombre de documents requis à l'aide juridique est immense et peut
ressembler, pour certains, à une
montagne impossible à escalader. La loi ne fait pas la différence entre refus
de fournir et impossibilité ou difficulté à obtenir les documents exigés. Le nombre de demandes de révision
concernant des documents manquants a triplé au cours des huit dernières
années. C'est ça qui est alarmant et c'est à ça qu'on devrait s'attarder. Le
processus de demande de service d'aide
juridique doit être simplifié. La rigidité administrative ne doit pas se
traduire par un déni de justice, ce qu'on constate parfois
malheureusement.
Je terminerai
en disant que, dans les dernières années, on parle de plus en plus d'efficacité
dans le domaine juridique. Le présent
projet de loi ne fait pas exception, mais efficacité ne rime pas toujours avec
accès. Évidemment, on répète, on n'est
pas contre davantage d'efficacité. Cependant, il faut éviter à tout prix que
l'atteinte de cet objectif devienne l'arbre qui cache la forêt et
empêche les citoyens les plus vulnérables de bénéficier des services
juridiques.
Président (M. Bachand) :
Merci infiniment. Vous êtes vraiment, là, bien organisées, ça paraît. Alors,
période d'échange. On débute avec Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci,
M. le Président. Merci de votre
mémoire. Merci d'être ici aujourd'hui pour nous en parler puis nous aider à peut-être voir comment on
peut, malgré les intentions qu'on a d'améliorer tout ça, éviter certains
écueils que vous soulignez. Naturellement, bon, vous avez parlé de lettres et de mises en demeure. On n'est pas
dans le domaine pénal à ce moment-là, on est plus dans le domaine civil. Je dois
mentionner que l'objectif du projet
de loi est d'ouvrir certains services
qui ne sont pas couverts en matière... dans
le domaine pénal. Et, avant d'y revenir, je veux bien comprendre, parce qu'à la
lecture de votre mémoire je suis sur l'impression, et vous me corrigerez, que
vous êtes d'accord pour réduire le nombre de personnes, c'est-à-dire
de passer de trois à une personne pour la révision des refus.
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Oui, en
fait, que le ban passe de trois à une, on ne le conteste pas, et tant mieux si c'est plus efficace. C'est juste qu'on
considère que le fait qu'on ait besoin d'adopter cette mesure-là cache un
autre problème plus grand que le problème des documents manquants lors d'une
demande d'aide juridique.
Mme LeBel : Donc, sans cacher... il peut y avoir un autre problème,
mais le fait de réduire de trois à une personne, on pourra déjà avoir
une efficacité plus grande. Là-dessus, ça vous convient.
Mme Lemoine (Claude-Catherine) :
Tout à fait.
Mme LeBel : O.K., parfait.
Juste pour être certaine.
On parle justement... L'objectif principal de ce projet de loi là et de cette
mesure en termes d'aide juridique est
de faire en sorte que les personnes
puissent être accompagnées ou assistées d'un avocat dans le cadre de leur
participation à un des programmes d'adaptabilité qui sera créé, là. Et
je réitère que le projet de loi ne crée pas de programme, mais donne une ouverte à la création des programmes. Est-ce que vous
pensez que c'est une bonne mesure de pouvoir avoir cet accompagnement-là qui
est défrayé par l'aide juridique ou est-ce que vous avez des bémols à ce
niveau-là également?
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : Vous voulez dire l'accompagnement dans les programmes
d'adaptabilité?
Mme LeBel : Oui, le fait qu'il y ait une possibilité pour un avocat d'accompagner puis que cet accompagnement-là
puisse être couvert par l'aide juridique, je pense que ça va...
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : Évidemment, le fait d'élargir le panier de
services, pour nous, c'est toujours un avantage, et on le demande, en fait, on le
souligne, on vous félicite. C'est juste que, dans la rédaction du projet de loi, évidemment, comme c'est un projet de loi omnibus, oui, le
titre le dit, ça touche surtout la justice pénale,
mais, dans ses articles, ça ne touche
pas seulement la justice pénale, mais ça touche également la
justice civile. Et c'est dans un peu cet angle-là qu'on a aussi parlé d'aide juridique beaucoup
plus largement, avec un peu de recul, pour parler du régime de façon plus large.
Mme LeBel : O.K., je comprends bien. Vous attaquez, ou, en
tout cas, vous dénoncez, ou vous soulignez le fait que le sens du mot «[il peut être] nécessaire» n'est pas... selon votre critère, n'est pas clair, mais je peux vous
dire... Bien, vous êtes au fait,
d'ailleurs, que ce critère de nécessité là se retrouve déjà
dans la loi actuelle, surtout quand on parle des programmes d'accompagnement
par rapport à un adolescent ou un mineur qui existent
déjà en matière de Tribunal de la jeunesse.
Est-ce que ce critère-là, dans le passé, qui existe déjà
dans la loi, où on dit qu'il peut être...
s'il est nécessaire qu'un avocat
accompagne dans ces programmes-là au Tribunal de la jeunesse, est-ce que ce
critère-là de nécessité ou le fait que ce
soit nécessaire a posé problème dans l'admissibilité dans la loi, dans la pratique, si on
veut? Parce qu'on s'est collés aux mêmes critères, là, pour établir...
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : Bien, en fait, c'est que,
tant qu'à avoir un nouveau service, le fait d'ajouter un critère le rend pour nous discrétionnaire, et, si c'est,
de toute façon, dans l'optique du nouveau Code de procédure
civile d'aller vers d'autres avenues
de règlement, là, on est en matière pénale, mais c'est la même
chose en matière civile, le fait
d'ajouter le critère de nécessité, pour
nous, c'est un ajout qui n'est pas nécessaire, puisque la personne en a besoin. Ça fait que, tant qu'à rédiger un nouvel article, on
considère qu'il devrait être plutôt
nommément couvert puis de ne pas ajouter le critère de nécessité.
Mme LeBel :
Mais je suis vraiment intéressée par votre expérience pratique puis je vais
réitérer ma question, parce que j'aimerais
bien savoir si vous avez une réponse à cet aspect-là. Ce critère de «lorsqu'il est nécessaire»,
en tout cas, la façon dont c'est
rédigé, «quand il peut être nécessaire
d'être accompagné», existe déjà à
l'article 4.10 de la loi, qui prévoit
justement, en matière de délinquants ou en
matière de jeunesse pour le Tribunal de la jeunesse, que la personne peut
être accompagnée par un avocat et peut être
couverte par l'aide juridique lorsqu'il est
nécessaire de le faire.
n'est pas un critère quand les gens sont... Les
critères d'admissibilité sont différents quand on peut passer à travers le
système judiciaire pour une accusation. Là,
on parle des programmes alternatifs ou d'adaptabilité. Ça existe déjà.
Alors,
j'aimerais savoir, avez-vous des éléments,
des données où on pourrait penser que ce critère de «nécessaire» fait
en sorte que des gens qui devraient, selon
toute objectivité, être accompagnés par un avocat se sont vu refuser de le
faire parce qu'il y avait ce critère-là?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Pour la question spécifique que vous posez, puis
je ne veux pas... mes collègues pourront
compléter, on n'a pas de données précises en droit de la jeunesse, et en fait on renverrait ou on inviterait
la commission à peut-être consulter des gens
qui travaillent en protection de la jeunesse ou qui sont avocats en protection
de la jeunesse. La coalition est un
regroupement d'organismes qui, en ce moment, ne possèdent
pas cette expertise-là, alors,
on ne va pas s'inventer expertes dans des
domaines qu'on n'est pas. Mais, par
contre, en consommation, en matière
civile, en matière familiale, en matière de logement, c'est surtout
l'expertise des membres de la coalition en ce moment.
Mme LeBel : O.K., parfait. Donc, je comprends bien. Puis je ne
voulais pas vous piéger, je voulais juste voir...
Comme vous émettiez une réserve ou, en
tout cas, une crainte par rapport à ce critère de nécessité là, je voulais savoir si vous aviez des exemples où, à tout le moins, dans la
pratique, vu que ça existe déjà dans la loi
actuelle, pour nous illustrer que
cette crainte-là est bien fondée dans cette matière-là.
Peut-être
m'éclairer un peu. Vous dites que le projet
de loi, actuellement, de par la rédaction de certaines mesures, vient atteindre le panier de
services. Quels sont les frais... Outre le fait qu'on va couvrir un nouvel
aspect, c'est-à-dire
l'accompagnement à travers le programme d'adaptabilité, quels sont les services
qui risquent, que vous craignez qu'ils disparaissent par le projet de loi
actuel ou par les mesures actuelles? Parce que vous avez parlé d'atteindre le panier
de services, et ça, ce n'est certainement pas un objectif.
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : C'est
ça, les deux principaux, en fait, puis c'est un peu le régime des consultations
juridiques qui est particulier. Donc, je vais commencer par là. Mais donc la
rédaction des documents, pour nous, c'était la
question du terme utilisé. On le voit comme un durcissement du critère, que ce
soient des conséquences néfastes, que ce
soient des... mais même moi, je me mélange, des conséquences graves versus
conséquences néfastes. Donc, si on ajoute un critère plus serré sur les conditions dans lesquelles ce service-là
peut être offert, alors qu'on vise plutôt, en matière civile, d'aller
vers les modes alternatifs, on trouve que ça, c'est une réduction de panier de
services.
Autrement, la question des
consultations d'ordre juridique, en fait, un régime particulier dans la loi
actuelle de l'aide juridique, puisque
c'est un service qui est couvert par des articles spécifiques, et la rédaction
rend le tout un peu difficile en termes de compréhension. Puis ça, c'est la Loi
sur l'aide juridique au complet qui est un peu complexe, là. Mais, donc,
quand on dit qu'en ce moment les
consultations juridiques sont offertes dans les domaines, sauf dans une
exception, qui est, si je ne me
trompe pas, l'article 22.f, qui est le service de consultation
téléphonique en cas d'arrestation, donc, c'est tout un autre régime à
part entière, qui est l'appel à l'avocat quand on se fait arrêter.
Mais,
autrement, l'article, comme il est rédigé en ce moment, est large, dans son
application, n'est pas si large. Donc, ma
compréhension, c'est que, dans son application en ce moment, les consultations
juridiques sont dans des services qui ne
sont pas autrement nommément exclus, mais ce n'est pas comme ça que l'article
de loi est rédigé en ce moment.
L'article de loi qui est en vigueur en ce moment est très large et devrait couvrir
tous les domaines. Donc, dans son application, dans l'usage, mais aussi avec l'article du projet de
loi, si on le restreint aux domaines qui sont par ailleurs couverts, c'est dans
ce sens-là qu'on pense qu'on vient
cristalliser un peu une restriction, une limitation dans l'assiette de panier
de services pour les domaines qui sont couverts par la consultation
juridique.
Mme LeBel :
O.K. Puis est-ce que vous pouvez nous donner un exemple? Juste à
titre
d'exemple, quels sont les types de consultation qui risquent de tomber
en bas du panier, si je peux dire ça?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Bien, en fait, ça dépend si on prend la loi à la
lettre ou si on considère l'expérience
actuelle dans les bureaux d'aide juridique. Mais, comme l'usage a fait en sorte
qu'on exclut les consultations pour
les services qui sont autrement... nommément exclus, ça veut dire qu'une
personne qui a une question, par exemple, en diffamation ou en atteinte à la réputation, c'est un service, en ce
moment, qui est nommément exclu en demande à l'aide juridique. Pour notre part, on considère que ça
devrait être des services en consultation qui sont nommément couverts. Une
personne, même si on ne sera pas peut-être
son avocate pour faire son recours, devrait avoir droit à une consultation
juridique pour comprendre quelle est la situation, quelles sont ses chances de
succès, quels sont ses recours, par quelle voie le faire, comment commencer, est-ce que ça vaut la peine. En
ce moment, la loi, comme elle est rédigée, couvre tous les domaines, même si, dans son application, on est déjà en
train de restreindre la portée qui serait finalement cristallisée dans le
projet de loi. Donc, pour nous, la consultation juridique, c'est quelque
chose qui est beaucoup plus large.
matière de logement aussi, on se pose des questions en ce moment. Le logement
est... En termes de services, donc, si
on parle d'aller à la Régie du logement, ce n'est pas toujours couvert. On est
dans la couverture discrétionnaire. Il va falloir s'assurer que la sécurité de
la personne ou son toit, ses besoins essentiels, donc l'éviction est en cause.
Donc, c'est des services, en termes
de représentation, qui sont de couverture discrétionnaire. Mais, en ce moment,
la consultation juridique en matière
de logement est nommément couverte. Donc, la personne peut venir voir le bureau
d'aide juridique, évidemment poser
des questions en matière de logement, même si ça ne veut pas nécessairement
dire que l'aide juridique pourrait faire le pas de la représenter devant
la Régie du logement.
Donc,
avec la rédaction comme elle est maintenant, on se demande, si c'est pour un
problème plus mineur dans son
logement, qui peut-être ne porte pas atteinte à sa sécurité physique ou
psychologique, mais qu'elle se pose des questions sur ses droits comme
locataire, on craint que, si le service vers la Régie du logement n'est pas par
ailleurs couvert... est-ce que ça veut dire que la consultation n'est plus
couverte, alors qu'elle l'était ou qu'elle l'est en ce moment?
Mme LeBel :
Bon, bien, merci pour cette illustration-là. Ça m'aide à mieux comprendre, là,
ce que vous vouliez dire. Puis je vous remercie. Je n'ai pas d'autre
question, là.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je me tourne maintenant vers le
député de LaFontaine pour 10 minutes.
M. Tanguay :
Oui, merci beaucoup. Merci beaucoup à vous trois d'être présentes. Donc, Me
Thériault, Me Lemoine et Mme Lévesque, merci pour votre...
M. Tanguay :
C'est ça? Mme Lévesque? C'est ça. Alors, merci pour votre mémoire et votre
éclairage quant au projet de loi. Plusieurs
questions sur lesquelles j'aimerais être sûr d'avoir bien compris votre
intervention, puis je vais y aller en
rafale. On parle de l'article 4.3.1 du projet de loi qui propose donc de
rapatrier cet
article 32.1 dans la même
section que les autres services
couverts en ajoutant 4.3.1. Et on dit que «cette modification simplifie la
compréhension des services couverts
en les regroupant dans une même section. Toutefois, ce qui semble à première
vue une simple opération d'efficacité s'ajoute à une modification du
texte.» Et là vous citez le texte :
«4.3.1.
L'aide juridique est accordée pour des consultations d'ordre juridique dans les
domaines pour lesquels les services sont par ailleurs couverts.»
peut-être juste par précision, dans le projet de loi, on dit : «L'aide
juridique est accordée pour des consultations d'ordre juridique pour les sujets
pour lesquels les services sont par ailleurs couverts.» Donc, c'est une petite
rédaction différente, mais l'essence est là, et ça ne vient pas annuler
votre propos.
«La formulation
choisie laisse croire qu'il y aura place à énormément d'interprétation dans
l'application des exclusions.»
J'aimerais
ça que vous nous en parliez, vous, de cette... des écueils que représente quand
ce n'est pas clair, ce qui est
couvert puis n'est pas couvert. J'aimerais ça, vous, que vous nous disiez
comment le débat se fait et en quoi, justement, ça ne vient pas aider,
mais ça vient ajouter un nuage au-dessus de la tête de vos membres, oserais-je
dire.
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Bien,
en fait, comme je disais tantôt, c'est le... il y a certains services qui
sont plus... c'est plus difficile de savoir
si c'est couvert ou pas quand c'est une couverture discrétionnaire parce qu'en
fait c'est les personnes dans les bureaux d'aide juridique qui vont
faire cette évaluation-là. Règle générale, c'est les avocats, avocates de l'aide juridique pour les dossiers
permanents, parfois des techniciens, techniciennes quand c'est pour des mandats
de pratique privée.
Alors, il y a
une interprétation à faire, qui peut être utilisée de façon large et libérale.
On se souvient que c'est une loi
sociale. Elle devrait être interprétée de façon large, mais qui peut aussi être
restreinte, puisque ce n'est pas nommément couvert. Pour les services qui sont nommément couverts, on parle de
droits de la famille, on parle de révision à l'aide sociale. Ce sont des domaines où je n'ai pas besoin de me
poser la question à savoir si la personne risque de perdre son toit ou ses
moyens de subsistance. Et donc, à ce
moment-là, c'est dans le bureau que l'évaluation se fait. Et, si la personne
est en désaccord avec la décision, peut porter la décision devant le
comité de révision de la Commission des services juridiques.
M. Tanguay :
Et de là se développe une jurisprudence uniforme ou, dans certains cas, malgré
une jurisprudence, il y a toujours place à l'interprétation, puis, d'une
région à l'autre, on pourrait même avoir des écarts de couverture?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : En
fait, je pense que ça, c'est peut-être à la Commission des services juridiques
de venir nous éclairer, mais, dans nos
membres, effectivement, c'est ce qu'on rapporte. On a fait un questionnaire
l'an passé pour essayer de recueillir
l'information. On ne prétend pas du tout que c'était scientifique comme
questionnaire, mais on voulait
recueillir l'expérience de nos membres un peu partout au Québec. Et donc, oui,
il y a des divergences, il y a des bureaux
qui peuvent être plus sévères, moins sévères, mais toujours dans la même
conformité avec la
Loi sur l'aide juridique, puisqu'elle confère une discrétion en termes d'application. Donc, ce
n'est pas quelqu'un fait bien, quelqu'un ne fait pas bien ou analyse bien ou analyse mal, mais c'est
plus une divergence de façon d'appliquer les critères d'aide juridique d'une
façon à l'autre... d'une région à l'autre ou d'une situation à une autre.
Alors, je
pense que, si on peut... Plus on peut rendre des services qui sont nommément
couverts, c'est aussi plus clair pour
le justiciable de savoir quelle porte est celle qui est la mieux placée pour
m'aider, parce que, sinon, on est dans le
peut-être. Donc, des fois, la réponse... Mais c'est peut-être couvert, des fois
oui, des fois non. Donc, c'est plus difficile pour les gens de se
diriger dans le système.
M. Tanguay :
Et, pour ma gouverne, parce que je ne suis pas familier de la procédure, si un
justiciable se fait dire non dans un cas précis, quel est son recours?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : À ce
moment-là, la personne reçoit un refus, un document qui s'appelle un refus d'aide juridique et, joint à ça, un
formulaire qui est une demande de révision. En ce moment, le formulaire indique
où envoyer... C'est pour ça qu'on en
parlait dans notre mémoire aussi, mais il est écrit à qui l'adresser, où
l'envoyer, et puis à ce moment-là
c'est une demande de révision qui est traitée par le comité de révision de la
Commission des services juridiques.
M. Tanguay : O.K. Et là
c'est le dernier recours, là, la décision finale.
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Oui.
Comme pour répondre à votre question de tantôt, vous disiez : Est-ce
qu'il y a une jurisprudence constante qui se
développe?, en fait, c'est que c'est les refus qui se ramassent souvent à être
entendus en comité de révision, et donc, si
on applique la loi de façon large mais conforme à la forme et la lettre de la
Loi sur l'aide juridique, bien, ces dossiers-là, les fois où l'aide
juridique a dit oui ne font pas nécessairement
partie de la jurisprudence,
puisque, là, on va plus se concentrer sur les refus et dans quels cas le refus
a été renversé.
M. Tanguay :
Avez-vous des statistiques sur le nombre de personnes qui portent le refus en
appel, je dirais, à la commission?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Je ne
les ai pas sous la main, mais c'est dans les rapports d'activité de la Commission des services juridiques. Ceux qu'on a
remis dans le mémoire concernent les demandes de refus spécifiquement parce que... on a refusé l'aide juridique parce
qu'il manquait des documents. Parce qu'il y a plusieurs raisons pour lesquelles
on peut refuser l'aide juridique : si
ce n'est pas un service couvert, si on est inadmissible financièrement, si on a
peu de chances de succès et s'il manque des documents. Donc, c'est ces
données-là qu'on a reproduites.
M. Tanguay :
O.K. Vous parliez, et, j'imagine, c'est variations sur le même thème, là, à
4.4, lorsque vous disiez, là :
De quels services est-il question dans cet ajout à l'article 4.4, et quel
enjeu ou domaine de droit est ici concerné? Là également, là, je ne sais pas si vous avez un commentaire à ajouter
là-dessus, parce que le temps file, mais c'était pour les services rendus avant la judiciarisation.
Pouvez-vous nous dire, donc, de façon très tangible on touche à quoi ici, là?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Bien,
en fait, c'est notre question. On est ravis qu'on élargisse le panier de
services avant la judiciarisation, parce qu'il y a beaucoup de choses qu'on
peut faire avant la judiciarisation pour éviter l'escalade. C'est juste que, comme on va commenter un projet de loi, on
ne peut pas donner notre aval sur le... derrière la porte, sur ce que nous, on
ne voit pas, il y a probablement un projet de règlement qui s'en vient, mais,
avec ce qui est là, on ne peut pas
tant savoir, du moins en matière civile, quels services vont être à proprement
parler couverts si c'est la personne qui fait la médiation ou le conseil
pendant le processus de médiation. Mais on le salue, ceci dit. On en est très
heureuses.
M. Tanguay :
Bravo! Vous disiez, aux pages 11 et 12, par rapport à
l'article 4.10 : Le projet de loi remplace — et ça, c'est une particularité,
là — le
mot «néfastes» par «graves». Autrement dit : «Malgré les dispositions de
la présente sous-section, l'aide juridique est accordée :
«3° à une
personne pour la rédaction d'un document relevant normalement des fonctions
d'un notaire [...] avocat si ce
service s'avère nécessaire, compte tenu de la difficulté qu'éprouve cette
personne à préserver ou faire valoir ses droits et des conséquences
néfastes qui, en l'absence de ce service, en résulteraient...»
Donc, on vient ici changer «néfastes» par
«graves», et, à raison, vous, vous dites en page 12 : Pourquoi
changer «néfastes» par «graves» et qu'est-ce
qui est derrière ça? Est-ce que vous, vous avez un début de piste de réflexion ou ça arrive de
nulle part? L'avez-vous déjà rencontrée, ça, cette évolution-là vers de
«néfastes» à «graves»?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Non.
Non, mais j'imagine que c'est probablement ce qui est derrière. Je veux dire, je ne pense pas qu'il y ait des gens
qui ont décidé de faire un changement tout
à fait inutile. Alors, assurément,
on est confiantes qu'il y a une raison derrière ça. Ceci dit, tant qu'à
discuter de cet article-là, on considère qu'on devrait amoindrir le critère
d'admissibilité pour que ce soit simplement «conséquences néfastes». Pour nous,
ça devrait être suffisant pour accompagner la personne dans sa démarche.
M. Tanguay : Merci beaucoup.
Mme Thériault (Elise) : Même
«conséquences»...
M. Tanguay : Oui, je
vous en prie.
Mme Thériault (Elise) : Même
«conséquences négatives», parce qu'en fait que «néfastes» soit plus pire que «graves» ou que ce soit l'inverse, nous, ce qui
est important, pour nous et du point
de vue des bénéficiaires, c'est qu'il
y ait le plus de gens possible qui
soient admis. Donc, à partir du moment où la personne a une conséquence
négative, que ce soit vraiment
très, très grave, ou néfaste, ou que ce soit juste moyennement mauvais, on
considère que cette personne-là, si elle est dans un bureau d'aide
juridique, c'est parce qu'elle a besoin d'aide puis qu'elle devrait être
admise.
M. Tanguay : Tout à fait,
bon point. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît.
Mme Weil : Bien,
peut-être juste en...
Le Président (M.
Bachand) : Une minute.
Mme Weil :
Oui. Peut-être, vous permettre... dans votre conclusion, vos recommandations,
vous parlez d'efficacité du système
pénal, votre deuxième paragraphe : «Cependant, une plus grande efficacité
du système de justice n'équivaut pas
nécessairement à un meilleur accès à la justice. En ce sens, la démarche du
projet de loi n° 32 en ce qui concerne l'aide juridique est
décevante.» Vous faites un commentaire sur les hommes et les femmes. Est-ce que
vous avez — je
pense qu'il reste, quoi, 30 secondes — peut-être un commentaire à
faire là-dessus?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : En fait,
c'était une question qu'on voulait vous soumettre. Ce qu'on constate, en fait, c'est que le système de
justice pénale, si on y concentre des ressources, évidemment,
c'est tant mieux. Les hommes sont surreprésentés dans le système de
justice pénale, mais ce sont les femmes qui utilisent en plus grande
partie les services d'aide juridique en matière
familiale, en matière administrative,
en matière de logement. Alors, évidemment que nous, on prône, en fait, le bilan du régime de l'aide juridique, la
réforme pour voir où est-ce qu'on devrait aussi investir. Alors, on n'est pas en train de dire qu'on ne
devrait pas améliorer la justice, le système de justice pénale, au contraire,
mais qu'on croit que c'est le temps qu'on s'attarde aussi à l'autre
pendant du système du régime de l'aide juridique.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Gouin, s'il vous
plaît.
Mme Lévesque (Sylvie) : C'est
souvent le parent pauvre du système de la justice
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, oui.
Mme Lévesque (Sylvie) : C'est
souvent le parent pauvre du système de la justice.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Gouin, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois : Merci, M.
le Président. Bonjour. Merci d'être
là aujourd'hui. J'ai été... Vous avez attiré mon attention avec vos commentaires sur
l'article 4.3.1 concernant les consultations. J'ai aimé aussi... j'ai
trouvé votre échange avec la ministre
intéressant. J'ai comme envie de vous permettre de le poursuivre puis
j'aimerais que vous me donniez un exemple, idéalement le plus concret possible, disons une
mise en situation basée sur votre interprétation de cet article-là que... Vous avez expliqué
votre interprétation théorique, mais, disons, concrètement, là, parce que vous
représentez des gens qui sont sur le
terrain, pouvez-vous nous donner l'exemple d'un type de consultation qui était couvert et
qui ne le serait plus si on adopte le projet de loi tel quel?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : ...on se demande si, par exemple, en matière de
logement, on ne va pas perdre une capacité
d'aider les locataires en termes d'information, de conseils, puisque c'est,
entre autres, un domaine où est-ce que la couverture est
discrétionnaire. Et, à ce moment-là, est-ce qu'on doit... On s'imagine dans un
bureau d'aide juridique, je suis avocate, quelqu'un
vient me voir, est-ce que j'ai besoin de savoir si c'est un service par
ailleurs couvert — parce
que, si j'allais à la Régie du
logement avec cette personne-là, ça
serait un service couvert — ou
c'est suffisant de me dire :
C'est à matière de logement, je peux considérer que c'est couvert par l'aide
juridique? Donc, jusqu'où, quand on
fait l'admissibilité, l'évaluation de l'admissibilité à l'aide juridique, je
dois aller pour déterminer que le service est par ailleurs couvert pour
être capable de donner la consultation d'ordre juridique qui en est reliée?
M. Nadeau-Dubois :
Alors qu'actuellement comment ça se passerait?
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : En ce
moment, les consultations d'ordre
juridique, c'est nommément couvert.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait.
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : Alors, à moins que ce soit un service qui est
nommément exclu de la
Loi sur l'aide juridique, comme la diffamation, en
demande, comme le libelle... les contraventions de stationnement, c'est couvert, je peux donner une consultation
juridique. Et, même ça, je vous soumets que le texte de la loi est plus large
et devrait me permettre de donner des
consultations juridiques dans les domaines qui sont nommément exclus. Mais, sur
le terrain, c'est la pratique qui est
développée, ressemble au projet de
loi qui est soumis, et donc qui
restreint la portée de l'article sur
la consultation, qui devrait être élargie, puisque c'est une façon importante
de prévenir les conflits, de les désescalader, de les régler en amont.
Et donc la consultation, au-delà de l'information, pour nous, est primordiale.
Puis c'est une des richesses du régime de
l'aide juridique et c'est là-dessus, en fait, qu'il faut même augmenter notre action,
puisque c'est la particularité de
l'aide juridique de pouvoir donner des consultations au-delà de
la simple information qu'on peut trouver de toutes sortes autres
façons maintenant.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci, M. le député de
Gouin. Mme la députée de Joliette, s'il vous plaît.
Mme Hivon :
Oui, merci beaucoup. Je voulais savoir, vous parlez, après... Je pense qu'on a
bien fait le tour. En tout cas, moi, j'ai
bien compris votre point. Il y a deux éléments. J'aurais été curieuse de savoir,
là, dans la page 16, le 5°, vous parlez vraiment, là, de la question
de clarifier ce qu'on entend par «droit collaboratif», «processus de
médiation», tout ça. Le langage peut être important.
Je ne sais pas si, selon vous, il peut y avoir une portée sur l'importance du
droit qu'on va avoir selon les termes qu'on peut utiliser. Ça fait que
ça, je serais intéressée à vous entendre par rapport à ça.
L'autre
chose, c'est plus général, mais est-ce
que vous avez été surprises, donc, de
trouver certaines modifications sur
l'aide juridique, dans le cadre de ce projet
de loi omnibus, qui touchent certains
aspects très précis? Et est-ce que vous vous
êtes dit : Bien, est-ce qu'on ne devrait pas saisir l'occasion pour aussi
d'autres éléments sans faire une réforme globale de l'aide juridique via un omnibus? Mais, je ne le sais pas, j'étais
curieuse de vous entendre sur votre jugement un peu critique par rapport
à ce qui est choisi dans le cadre d'un omnibus versus d'autres éléments.
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : Effectivement, puis c'est pour ça qu'on a pris la
peine, à la page 16, de réitérer les
autres propositions de modification que la coalition porte. Donc, c'est après
avoir consulté l'ensemble de nos membres. Mais est-ce qu'on a été
surprises? Je dirais que non, puisque ça fait la suite du projet de loi n° 168, mais on l'a été au moment du projet de loi n° 168, puisque c'était un projet qui était vraiment
omnibus et qui à la toute fin, encore comme maintenant,
venait ajouter d'autres articles qui touchaient l'aide juridique, et donc on
aurait pu même ne pas le voir passer.
Mais
c'est une belle occasion, donc c'est pour ça qu'on souhaite la saisir. On
souhaite pouvoir participer aussi aux discussions pour après. Comme, là, on
ouvre une porte avec des ajouts de services, mais donc qu'est-ce qu'il va y
avoir après, vers quoi on s'en va, on espère pouvoir être consultées
puis mettre l'épaule à la roue dans ce travail-là, parce qu'évidemment ça peut être surprenant vu que ce
n'était pas le focus du projet de loi, mais c'est une belle occasion. Puis
on comprend comment ça s'imbrique dans la
première
partie du projet de loi en particulier. Mais, pour nous, c'est une
occasion d'aller peut-être plus loin.
Mme Hivon :
Puis pour ce qui est du langage utilisé, mon autre élément, «droit
collaboratif», «processus de médiation», tout ça, vous soulevez la
question, mais vous n'avez pas de...
Mme Lemoine (Claude-Catherine) : ...proposerait que... C'est que si... Ce qui
n'était pas clair pour nous, c'est si on fait référence à la même idée,
puisqu'on utilise des termes différents. Si l'idée, c'est d'élargir, ça
pourrait être bien d'utiliser le terme le plus large possible, puisqu'il
sera précisé dans une deuxième étape ou, en tout cas, c'est ce qu'on déduit du projet de loi. Donc, d'utiliser la forme
la plus large possible. Et, si on parle des mêmes services, à ce moment-là,
peut-être utiliser le même langage. Mais
c'est, en soi, une discussion très intéressante de savoir qu'est-ce qui est
dans le droit collaboratif versus un autre mode privé de prévention.
Mme Hivon :
O.K. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Chomedey, s'il vous
plaît.
M. Ouellette : Merci. Bonjour,
mesdames. Deux minutes, ça passe bien vite.
En matière de logement, ce que vous parliez
tantôt, en aide juridique, vous savez que le projet de loi n° 16
est présentement à l'étude devant une autre
commission. J'ose penser que vous avez fait des représentations pour que, s'il
y a des choses qui doivent être
incluses, elles le soient. Si ça n'a pas été fait, bien, on en parlera, parce
qu'effectivement, puisqu'il est en
étude détaillée, c'est le temps, là, à même
titre qu'à la page 16 vous
parlez que, s'il y a des choses qui pourraient être faites au niveau de
l'aide juridique, c'est aussi le temps. Est-ce qu'il y a une ouverture? Ça, ça
serait à nous de faire la discussion, mais je pense que c'est bien que vous
nous l'apportiez.
Dans la
dernière minute qu'il reste, les demandes de révision. Pourquoi qu'à 38 ça
augmente et... Tout d'un coup, il y a
quelqu'un qui a trouvé une solution ou... Bien, pourquoi il y a eu une baisse
significative, l'an dernier, sur les demandes de révision?
Mme Lemoine
(Claude-Catherine) : Ici
aussi, je pense que c'est peut-être la Commission des services juridiques
qui pourrait venir nous répondre, puisque ce sont leurs chiffres. Évidemment,
on sait que le réseau était sous la loupe, dans
les dernières années, avec le Vérificateur général. Mais qu'est-ce qui fait
qu'aujourd'hui c'est mieux? Peut-être que les gens ont apporté davantage
leurs documents, mais je pense que c'est quelque chose juste à surveiller ou
demeurer vigilants dans les prochaines
années. Tant mieux si c'est un vent qui change et qui continue de diminuer. À
ce moment-là, on pourra se
dire : Mission accomplie, on a changé nos façons de faire. Je pense que
c'est juste une question de demeurer vigilants
et alertes pour voir quelle est la tangente.
Est-ce qu'on continue d'aller vers le haut en termes de chiffres ou si on diminue? Là, on a une année d'amélioration,
alors c'est un petit peu tôt pour conclure.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
Le Président (M.
Bachand) : À mon tour de vous remercier beaucoup de votre
présence cet après-midi.
Alors, je vais suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 15)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Merci. Alors, la commission reprend ses travaux.
Je souhaite maintenant
la bienvenue aux représentants de l'Association des procureurs de cours
municipales du Québec. Comme vous avez
vu, vous avez 10 minutes de présentation, après ça on a un échange avec
les membres de la commission.
Donc, j'invite à débuter d'abord en vous présentant. Merci.
M. Rousseau (Nicolas) : Alors, M.
le Président, Mme la ministre, membres de la commission, bonjour. Je me présente, Me Nicolas Rousseau, je suis président
ex officio de l'Association des procureurs de cours municipales. Je vais
laisser ma collègue se présenter.
Mme Roy
(Marie-Eve) : Alors, bonsoir — c'est approprié — à tout le monde. Marie-Eve Roy, Me Marie-Eve
Roy, je suis nouvellement présidente,
depuis quelques jours, de l'APCMQ, l'Association des procureurs de cours
municipales du Québec, et je suis aussi procureure à la Cour municipale
de Lévis.
Alors, je débute tout de suite avec la
présentation de notre association que j'appellerai l'APMCQ, parce que ça va beaucoup plus facilitant. Depuis
21 ans, l'association regroupe des avocats de plusieurs municipalités,
mais aussi en cabinets privés qui
représentent les municipalités devant les cours municipales. Les cours
municipales, pour votre gouverne, sont
de juridiction de première instance, et l'objectif premier est d'offrir une
justice de proximité aux justiciables québécois. Fortes de leur indépendance, les résultats générés ne sont plus à
démontrer autant au niveau des délais dans lesquels les dossiers sont
entendus et jugés, mais aussi dans la proximité des services judiciaires
rendus, adaptés aux citoyens et justiciables
de leur région. De plus, en comparant la quantité de constats d'infraction
émis, les municipalités sont les principales poursuivantes en matière
pénale au Québec.
Alors,
l'APCMQ vous remercie de l'invitation que vous nous avez lancée, et nous
pouvons d'ores et déjà vous dire que
l'association est très satisfaite du projet de loi n° 32, mais certaines
recommandations pourront, sans aucun doute, vous éclairer sur certaines
situations terrain vécues par nos procureurs.
M. Rousseau
(Nicolas) : En effet, le projet de loi, je vous dirais, on a quatre
mots qu'on retient, là, sur le projet de loi : simplicité, efficacité, modernité et au
service du justiciable. Vous comprendrez que, comme ma collègue vous dit, on est très favorable, là, aux propositions législatives qui
sont proposées puisqu'elles s'inscrivent également dans la continuité du projet de loi n° 161, mais on vous invite,
là, à bonifier certains éléments, là, du projet de loi que vous avez vus, là,
dans notre mémoire. On peut parler
sur le virage technologique où est-ce qu'on invite, là... où est-ce qu'on vous
invite à mettre un certain bémol sur
les pouvoirs que la magistrature peut avoir d'imposer un virage numérique, là,
dans certaines cours, puisque, fortes de leur indépendance entre chacune
des causes, ce n'est pas toutes les cours qui sont au même niveau.
vous parlerais également de la signification des actes de procédure où est-ce
qu'on est d'accord avec le premier pas
qui est fait, où est-ce qu'on peut, avec certains barèmes... Et là, quand on
parle des actes de procédure, bien sûr, on enlève le constat d'infraction et on enlève les avis d'appel, là, c'est
vraiment sur les autres actes de procédure, notre lecture du projet de
loi. Mais on comprend qu'il y a certains barèmes où est-ce que le juge va
autoriser ou non l'assignation des actes de procédure, mais également on vous
proposerait, là, d'autres modifications où est-ce qu'on pourrait faciliter la
signification des actes de procédure, puisqu'en matière pénale c'est une
justice qui se veut de volume et d'efficacité et
où est-ce qu'il y a un penchant qui n'existe pas dans les autres domaines de
droit, qui est la rétractation de jugement, où est-ce que le justiciable
peut toujours revenir en arrière et se faire entendre.
collègue va vous élaborer tantôt sur les programmes d'adaptabilité où est-ce
qu'on vous invite à ne pas freiner les
programmes et à avoir encore une plus grande ouverture. La clarification des
conséquences du paiement pour valoir... plaidoyer de culpabilité. À cet
effet-là, il y a une... dans le but... une question d'efficacité, une question,
là, de cohérence, on vous inviterait,
là, à apporter certaines modifications, sans prêcher pour notre paroisse, là,
mais de clarifier comme quoi que les corps municipaux, les corps publics
devraient être représentés toujours par des procureurs. Le projet de loi est
certainement un peu flou à cet... pas le projet de loi, là, pardon, la loi est
certainement un peu floue à cet effet-là où est-ce qu'elle fait certaines
ouvertures, mais on vous invite à apporter certaines précisions.
Et finalement, là, la
crainte de l'ouverture à des possibilités de plaidoyer à des infractions
autres, vous comprendrez que l'association
est très favorable à cette ouverture-là, mais, également, émet de... certains
bémols, là, pour ne pas qu'on ait un système de justice à deux vitesses
où est-ce que ça soit toujours les amendes qui soient avantagées, où est-ce que
certaines personnes plus bien nanties seraient favorables versus d'autres
personnes, là, de la collectivité.
Mme Roy (Marie-Eve) : Alors, au niveau du programme
d'adaptabilité — je vais
avoir de la difficulté à le dire tout
le long, je suis certaine — je vais vous parler... on va commenter, au niveau du programme,
les articles 159.1 et suivants, et
non tout ce qui est les mesures du programme d'adaptabilité pour l'exécution
des jugements, parce que je pense que c'est plus au niveau des greffes,
des cours et de la perception, qui devront peut-être vous entretenir là-dessus.
Pour
le programme d'adaptabilité pour la poursuite, l'APCMQ est en accord avec
l'idée et le principe d'implanter des mesures de ce type-là dans le
système pénal québécois, compte tenu que le visage de notre société, mais aussi
des justiciables, a grandement changé. Et je
pense que le système judiciaire doit emboîter le pas pour développer des
solutions novatrices comme celle-là
et adaptées à la nouvelle réalité que nous vivons et que les justiciables
vivent. Comme association, on croit
grandement à ces programmes-là, puisqu'ils seront principalement utilisés et
déployés dans nos cours municipales.
L'objectif
du législateur était de cibler la clientèle vulnérable : itinérance,
dépendances diverses, troubles mentaux, etc. Cette clientèle-là, elle est déjà en grande majorité chez nous, dans les
cours municipales, parce que, souvent, ça va être des personnes qui, si elles ont à commettre des
infractions, ça sera souvent des infractions de réglementation municipale, donc
d'ordre et de paix publique.
Alors, cette
clientèle-là, nous la connaissons particulièrement bien dans les cours
municipales, et je crois que, si vous
souhaitez implanter ce type de programme là, on a quelques recommandations à
vous faire, dont la première et non la
moindre, ça serait de vous recommander de laisser une grande discrétion aux
municipalités, mais également au poursuivant municipal, et j'irais même à dire jusqu'à déléguer une grande
partie des
pouvoirs aux municipalités. Je m'explique. Je comprends qu'il devra y avoir
certaines grandes balises, par contre, ce sont nous, les spécialistes, dans les
cours municipales, qui connaissons notre propre clientèle. Et là je ne
vous donne seulement qu'un exemple. On prend une cour municipale, MRC Bellechasse, cour municipale de Québec.
Pas la même clientèle, pas le même type d'infractions, pas le même type non plus d'intervenants communautaires qui sont
sur le territoire. Beaucoup moins de ressources communautaires, vous comprendrez, en Bellechasse qu'à Québec. Et ces
intervenants-là, communautaires, vont être l'appui à donner, entre autres,
aux procureurs pour ce type de programme là.
Donc,
ce qu'on vous recommande, c'est de laisser le plus de flexibilité possible aux
procureurs et aux municipalités afin
qu'on puisse déployer le programme de façon un peu plus libre et faite sur
mesure pour notre propre territoire et nos justiciables.
À cet effet, on
recommandait d'enlever le règlement qui inclurait les infractions, c'est ce
qu'on vous demande, subsidiairement, sinon, plutôt mettre des exceptions et
nous laisser gérer les infractions qui pourraient faire
partie du programme.
Si vous voulez un
succès de ces programmes-là, je pense aussi qu'il faudra, par le fait même,
laisser un pouvoir de discrétion aux
procureurs et aux intervenants communautaires par qui ils sont appuyés au
niveau du retrait ou non des constats d'infraction et même quand le programme
ne sera pas complété. Ce qui est important de comprendre, c'est que, même si le programme n'est pas complété, il peut y
avoir plusieurs constats d'infractions, et je pense qu'il devra y avoir quand même une évaluation par le procureur et les
intervenants communautaires à savoir si un ou des constats pourraient
être retirés.
Finalement,
dans les critères d'admissibilité au programme, il faudrait plutôt... à
l'article 159.2.3°, que le défendeur ne conteste pas les faits générateurs de
l'infraction, parce que ce que vous... ce que le projet de loi n° 32 nous
dit, c'est que le défendeur devra reconnaître les faits générateurs de
l'infraction. Souvent, ce type de clientèle là, pour diverses raisons,
ne se souviennent pas de ce qui s'est passé. Alors, si on les oblige à
reconnaître les faits de l'infraction plutôt qu'à ne pas les contester, on va
en exclure une grande partie, selon nous.
M. Rousseau
(Nicolas) : Finalement, là, l'APCMQ croit qu'il faut aller un petit
peu plus loin dans le projet de loi et vous
sort une série de mesures, là, pour aller directement sur l'efficacité du
système de justice pénale québécois. On
pense premièrement à la prescription en matière pénale où la Cour d'appel,
dernièrement, est arrivée avec une conclusion où la computation des délais commence à... ne s'applique pas, là...
l'exception qui est prévue au code ne s'applique pas au monde municipal. Et ça crée certaines
problématiques, là, surtout en matière d'urbanisme et en matière d'abatage
d'arbres où on voit que certains justiciables pourraient se faufiler du
système et ne pas encourir la responsabilité pénale.
Vous
avez également la présomption de propriété de véhicules, une présomption qui
existe déjà pour la propriété d'un
immeuble. On croit qu'on doit l'étendre à la propriété d'un véhicule, et la
raison est fort simple : la personne peut toujours la contester la propriété d'un véhicule, et tout
procureur qui est tenu par un code de déontologie et qui voit que la personne
n'est pas propriétaire d'un véhicule va
retirer les constats d'infraction et ne poursuivra pas l'infraction. Aller à
l'encontre de ça serait, à notre sens, là, une faute déontologique et
faciliterait également la présentation de la preuve.
Vous
avez aussi des... On vous recommande sur certaines dispositions de biens où
est-ce que ce serait bien d'éclairer la
façon, là, de... les fardeaux de preuve qui doivent être établis. L'assignation
de certains constats qui sont normalement réservés aux questions de stationnement, on vous ouvre aussi
l'ouverture, là, de dire qu'il y a certains constats d'infraction... on parle,
exemple, en matière de portes débarrées.
On va beaucoup en termes de sécurité routière parce que c'est là-dessus que les constats sont émis au Québec, où est-ce
qu'on ne peut pas signifier, là, à un endroit apparent du véhicule. Or, le
tarif en matière d'huissier a changé,
et souvent nos municipalités nous disent que, si on doit signifier des actes de
procédures versus les tarifs qui sont appliqués, elles préfèrent ne pas
poursuivre... ne pas émettre de constat d'infraction.
Le Président (M. Bachand) : Je vais vous demander... Malheureusement, le
temps est écoulé. Donc, on va rentrer immédiatement en période d'échange
avec la ministre, s'il vous plaît, pas députée. Mme la ministre.
Mme LeBel :
Bien, je vais vous offrir peut-être de voir si vous voulez conclure, s'il y
avait autre chose, parce que votre mémoire est quand même... il comporte
20 recommandations assez bien élaborées, merci, là.
M. Rousseau
(Nicolas) : Très facilement, là. On vous parle de la problématique des
ordonnances en matière municipale où est-ce
que, si la personne... on a une tendance à vouloir émettre une ordonnance, là,
de libérer ou de nettoyer le terrain — je donne un exemple facile — et que la personne plaide coupable avant,
là, audition, il n'y a pas de possibilité d'avoir des ordonnances. Donc,
ça serait important de changer le projet de loi pour pouvoir que ces
ordonnances soient mises là.
Et finalement je vous
parlerais de l'article 366, là, qui est une revendication de l'association
depuis plusieurs années, là, de pouvoir l'étendre également aux poursuivants
municipaux.
Mme LeBel :
Parfait, bien, merci. Peut-être revenir un peu sur les programmes
d'adaptabilité. Moi aussi, j'ai de la
misère à le dire, ça fait que... Plusieurs
de vos membres, ville de Montréal, ville de Québec surtout, il y a d'autres
municipalités où ces programmes-là
existent, participent, donc, à ces programmes-là, participent à l'utilité de
ces programmes-là. Êtes-vous capables de me donner quelques exemples
peut-être concrets pour illustrer vu que vous avez une expérience pratique de ces programmes-là? Dans l'état actuel
des choses, qu'est-ce qu'on est quand même capable de faire présentement,
et quelle est l'utilité? Parce qu'on a vu
certains... un groupe, entre autres, qui avait des préoccupations tout à fait
légitimes en matière de santé
mentale. Êtes-vous capable de me donner un éclairage par rapport à ce qui se
fait présentement dans la pratique?
Mme Roy
(Marie-Eve) : Mais je connais surtout les programmes à la cour
municipale de Québec, Montréal peut-être un
petit peu moins, mais je sais qu'à la cour municipale à Québec vous avec IMPAC,
mais qui est plus en matière criminelle,
donc là qui va se dérouler pendant l'instruction. Ils ont aussi un programme,
je ne sais pas comment ils l'ont appelé,
mais au niveau de la perception des amendes. Je ne sais pas si c'est de ça que
vous voulez que je donne des exemples, Mme la ministre, plus qu'au
niveau criminel, parce qu'on est plus en pénal. Alors, je donne un exemple...
Mme LeBel :
C'est en matière d'itinérance, je pense, dans la ville de Québec, surtout,
hein, que ça peut s'appliquer?
Mme Roy (Marie-Eve) : Oui, surtout. Oui, surtout en matière d'itinérance
mais aussi en matière de stupéfiants,
là, dont une personne, un exemple, là,
que... la dame, elle avait des jeunes enfants, elle est retournée... Elle avait
beaucoup, beaucoup de constats
d'infraction, elle est retournée à l'école pendant neuf mois, elle a fait un
programme de méthadone, mais, à un
moment donné, elle n'a pas pu compléter le programme en tant que tel, mais ils
ont quand même été capables de faire des trucs pour elle et de retirer certains
constats d'infraction compte tenu de sa mobilisation et que sa vie a
pratiquement changé.
M. Rousseau (Nicolas) : Si vous me permettez, pour la ville de Montréal,
il y a... en itinérance, c'est une grande réalité où est-ce qu'on est beaucoup en matière pénale, on se retrouve
rarement en matière criminelle. Là, on parle d'injures, on parle
d'infractions de biens publics. La ville de Montréal, là, si la personne rentre
dans un programme et fait des démarches
positives, on n'est pas obligé, nécessairement, de se rendre à un résultat,
mais où est-ce qu'elle fait des démarches positives, à la ville de Montréal, à la cour municipale, à cet
endroit-là, on a pris la décision de dire : On va enlever le fardeau
financier qu'un constat a sur le justiciable
et on va lui permettre de progresser. Et c'est là-dessus qu'on vous dit que les
cours municipales, par le fait qu'elles sont
proches... qu'il y ait des cours de proximité, ont un rôle important à jouer,
là, à ce niveau-là.
Mme Roy
(Marie-Eve) : Puis aussi
éviter, je vous dirais, de... parce que c'est ce type d'infraction là au
règlement municipal qui, si, au bout
de la ligne, n'est pas payé, qu'on ne peut rien faire en perception, la
dernière alternative, c'est l'emprisonnement, ce n'est pas compliqué.
Puis, souvent, il peut y avoir les travaux compensatoires. Mais les travaux compensatoires pour certaines clientèles, je vais
être bien terre à terre, là, mais aller mopper un plancher, là, ce n'est pas
très mobilisant. Donc, quand on utilise des
types de programmes comme ça, ça va être beaucoup plus mobilisant pour les
gens qui vont les utiliser puis ça va
être... pour leur avenir, ça va être beaucoup plus gratifiant que d'aller faire
des travaux compensatoires, là. Ça fait que je pense que c'est...
Mme LeBel : Parce qu'on
émettait des craintes — je
suis contente que vous alliez sur ce sujet-là, des travaux compensatoires — justement
que 1 500 heures ou 150 heures, 200 heures,
1 500 heures, c'est beaucoup, là. Dans ma pratique, là, on ne se rend pas là nécessairement tout de suite, là, il
faut le dire, avant d'avoir 1 500 heures, mais, pour les gens qui nous écoutent, les travaux
compensatoires, donc, sont l'alternative au paiement d'amendes ou à
l'emprisonnement.
Mme Roy (Marie-Eve) : Ou s'il
n'y a pas de biens à saisir, oui.
Mme LeBel :
Et voilà, exactement. Donc, la crainte qui était émise par un des groupes
précédents était le fait que certains de ces programmes-là sont plus
longs pour le justifiable que de faire le 150 heures. Vous savez qu'il y a
un commentaire à faire par rapport à ça. Vous avez parlé de mobilisation, de
structurant, de peut-être quelque chose qui va y ramener un peu de dignité, là.
Mme Roy
(Marie-Eve) : Tout à fait.
Et ce qu'on a compris aussi, parce qu'effectivement je ne pourrais pas tout
vous citer, mais je sais qu'il y a eu
plusieurs études, plusieurs recherches, à tout le moins, en tout cas, pour la
cour municipale de Québec, et,
clairement, je vous dirais que... Puis il ne faut pas que les gens pensent
qu'on va être les seuls procureurs dans nos bureaux, puis c'est nous autres qui décident comment ça fonctionne,
là. Ce n'est pas nous, les spécialistes. Nous, on est les spécialistes du droit, mais on va être
capables d'accompagner les intervenants communautaires qui, eux, vont prendre
en charge ces personnes-là puis qui vont les
aider à se mobiliser puis à grandir dans tout ça. Nous, on est la courroie puis
on les aide, mais c'est clair que ça ne sera pas notre travail seulement à nous
autres, comme procureurs, de prendre... il doit aller dans quel programme, il doit faire quoi, il doit-tu se rendre à
six mois, cinq mois, quatre mois. Ça, c'est sûr qu'on va avoir besoin d'être appuyés, puis c'est pour ça
que je disais que le soutien de notre communauté, à chaque municipalité, va
être important, là.
Mme LeBel :
Puis le projet de loi établit bien le fait que le justiciable doit être
d'accord pour participer à un tel programme d'adaptabilité.
Mme Roy
(Marie-Eve) : Ça doit
toujours être volontaire. Si ce n'est pas volontaire, ça ne fonctionnera pas.
Je vous le dis, là, c'est certain que ça ne fonctionnera pas. Puis, oui,
les gens sont... C'est volontaire, puis, souvent, quand je disais qu'il y avait
des grandes balises mais qu'il fallait quand même nous laisser une certaine
parti