Culture and Education — 6 April 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-04-06
Quebec — Committees
(Onze heures trente-quatre minutes)
La Présidente (Mme Thériault) : Votre
attention, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Allaire (Maskinongé) sera remplacé par Mme Proulx
(Côte-du-Sud); M. Chassin (Saint-Jérôme), par M. Thouin (Rousseau); Mme Foster
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
par M. Lévesque (Chapleau); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par M. Barrette
(La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee);
Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal (Mercier); et Mme Hivon
(Joliette) par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Merci. Donc,
aujourd'hui, nous poursuivons l'étude de l'article 113 du projet de
loi. Et, lors de la séance d'hier, j'avais permis au ministre de nous faire la
lecture de l'amendement qui proposait un nouvel
article à 204.29.1. Cet
amendement a été lu, il a été déposé. Vous l'avez également à l'écran. Donc,
est-ce qu'il y a des interventions sur cet amendement?
Mme David : ...si je peux
retrouver mes papiers.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
La Présidente (Mme Thériault) :
Vous l'avez aussi à l'écran, l'amendement.
Mme David : Oui, oui, c'est ça.
Mais ce n'est pas ça, c'est les questions à poser. Ça, c'est l'amendement.
Alors, on ne peut plus le relire, l'amendement, il faut juste le... je le...
Présidente (Mme Thériault) :
Oui, oui. Non, mais vous pouvez
le relire, il n'y a pas de problème, surtout qu'il a été lu hier. Donc,
je vous invite à le faire, puis vous poserez votre question aussi, le ministre
va écouter. Oui, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
juste un élément. La députée de Mercier m'a dit que, lorsqu'on allait être
rendus à l'article 207, elle souhaitait pouvoir déposer un amendement, et
je crois qu'elle intervient au salon bleu. Ça fait que, juste pour vous aviser,
on pourra peut-être suspendre juste cet article-là, là, pour lorsqu'elle reviendra.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Pas de problème.
Mme David : Oui, puis on a déjà
son amendement, alors...
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
l'amendement, on l'a déjà en main, mais on va quand même lui permettre de se
rendre à nous, puisque, vous savez, de consentement, ici, on peut tout faire en
commission. Donc, il n'y a pas de problème.
Donc, je vous invite, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys,
d'aller sur le nouvel
article déposé par le...
La Présidente (Mme Thériault) :
...ministre, 204.29.1. Vous pouvez le relire si vous voulez.
Mme David : Que... Je peux le
relire moi-même à haute voix, là?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui...
Bien oui, vous pouvez, il n'y a pas de problème.
M. Jolin-Barrette : ...la
lecture.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Donc...
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre va le... faire la lecture, expliquer les commentaires, et, après
ça, on aura l'intervention.
M. Jolin-Barrette : À
l'article 114 du projet de loi, insérer, après l'article 204.29 de la
Charte de la langue française qu'il propose, le suivant :
«204.29.1.
En cas de manquement par un organisme
municipal à une disposition de la présente loi ou d'un règlement pris pour son
application, le ministre de la Langue française peut, tant que l'organisme n'a
pas remédié au manquement, retenir toute subvention qu'il [...] octroie.
«Le ministre de la Langue française peut
également exiger d'un autre ministre ou de la Société de financement des
infrastructures locales du Québec, après l'avoir consulté, que soit retenue une
subvention octroyée à cet organisme par cet autre ministre ou par cette
société.»
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
Mme la députée, pour votre question.
Mme David : Alors, évidemment
que, là, on change encore de secteur, là, on revient aux municipalités, puis je
pense que Mme la Présidente s'y connaît pas mal, en ces matières. Là, quand il
y a un manquement par un organisme municipal, bon, le ministre peut retenir
toute subvention. C'est évidemment assez costaud, dit comme ça, là. Je sais
qu'on est dans la
section sanctions, etc., là, on est dans la
section quand ça
ne va pas bien, je le sais. Mais ce que... je me demande vraiment : Un,
est-ce que le milieu municipal a été consulté? Deux, est-ce qu'il... Ça vise
quoi, exactement, là? Moi, j'ai besoin d'exemples, parce que, peut-être, je
suis moins familière au milieu municipal, mais, en cas de manquement, ce n'est
quand même pas rien, quand on dit «retenir toute subvention qu'il lui octroie».
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, Bien,
en fait, la disposition vise à faire en sorte un peu partout, comme dans le
projet de loi, d'avoir un levier pour l'application de la disposition. Alors,
l'idée n'est pas de faire en sorte de retrancher la subvention, mais de faire
en sorte que le ministre de la Langue française peut retenir la subvention, le
temps que la situation se soit régularisée de la part de l'organisme municipal,
pour qu'il puisse se conformer à la charte. Dans le fond, c'est... c'est un
outil qui est à la disposition pour faire en sorte que, si jamais on avait un
partenaire municipal qui était dans une situation où il ne respectait pas la
Charte de la langue française, ne se conformait peut-être pas... ne se
conformait pas à la politique linguistique de l'État, mais ça permet, le temps
que la situation change, qu'elle soit conforme, de faire en sorte de retenir la
subvention jusqu'au moment où le changement est apporté et la subvention puisse
être libérée.
Mme David : J'ai... On a des
commentaires... Évidemment, une des organisations visées, c'est l'UMQ. C'est un
exemple, là. Mais on parle des municipalités, tout de suite, on pense UMQ ou
FMQ. Mais là c'est... dans le cas de l'UMQ, ils ont quand même des inquiétudes
importantes, et, selon l'UMQ, l'amendement, bon, «pourrait entraîner de graves
conséquences pour les municipalités s'il est adopté, puisque toute subvention
de n'importe quel ministère pourrait être retenue». Alors, ils donnent des
exemples des impacts, là, «impacts sur la réalisation de travaux majeurs
d'infrastructures nécessaires au bien-être de la population et que les
municipalités doivent réaliser dans plusieurs cas pour se conformer à des
normes édictées par le même gouvernement», donc en matière, disons, de
traitement de l'eau potable, de traitement des eaux usées, alors, ils sont
inquiets, évidemment, que les travaux majeurs... et on sait à quel point c'est
important, les travaux d'infrastructures, «ou encore entraîner des retards
importants pour des projets qui ont été dûment analysés et approuvés dans le
cadre de divers programmes d'infrastructures, comme des projets de transport en
commun, de réfection de routes, des bibliothèques, arénas, piscines publiques,
ou alors des impacts sur le déroulement des appels d'offres publics, l'octroi
des contrats, ce qui pourrait faire augmenter les coûts des travaux». On voit,
là, qu'évidemment ils sont dans le très concret de l'application, eux autres,
ils savent, l'UMQ, à... de quoi il est question, puis ils sont très inquiets de
la disproportionnalité de la mesure de la langue française, là... est très
exagérée par rapport aux manquements possibles à cette charte-là.
Donc, peut-être que ça serait l'occasion pour
vous soit de les rassurer ou de le rendre... de les rassurer ou de rendre l'amendement
acceptable à leurs yeux. Je suis certaine, certaine, connaissant ces grandes
organisations, qu'elles ont réussi à rejoindre certainement votre cabinet ou le
ministère de l'Habitation, Mme la Présidente, qui est responsable des
municipalités, le ministère de l'Habitation.
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui.
Mme David : Je suis certaine...
ça s'est rendu à vos oreilles, en tout cas, les inquiétudes d'une grande
organisation comme l'UMQ. Alors, je voulais voir si vous avez des commentaires
qui pourraient être susceptibles de les rassurer.
M. Jolin-Barrette :
Bien, en...
La Présidente (Mme Thériault) : ...
M. Jolin-Barrette : En fait,
oui, Mme la Présidente, on peut les rassurer, parce que, dans le fond, c'est un
peu... c'est un pouvoir qui est conféré au ministre de la Langue française pour
l'application de la Charte de la langue française. Ça ne veut pas dire que le
pouvoir va être utilisé à tout coup, Mme la Présidente. Puis, vous savez, pour
l'administration, c'est le ministre qui accompagne l'ensemble des acteurs de
l'État, des organismes de l'État, ministères, organismes, municipalités qui
sont assujettis à la politique linguistique de l'État.
Alors, le ministère de la Langue française est créé
notamment pour accompagner au niveau de l'exemplarité de l'État, on l'a vu
préalablement dans la loi, et on va faire en sorte... Supposons qu'il y a une
situation qui est dérogatoire où est-ce
qu'une municipalité ne respecte pas la politique linguistique de l'État, bien,
on va l'accompagner, on va lui
dire : Écoutez, voici, c'est dérogatoire, la façon de fonctionner,
veuillez amender de la façon dont vous fonctionnez. On va
avoir des gens qui vont pouvoir accompagner la municipalité, on va faire un
rappel, on va développer tous les outils pour faire en sorte d'amener la municipalité à se conformer à la loi
puis à la politique linguistique de l'État, parce qu'ils font
partie de
l'État. Dans un cas ultime où on se retrouverait dans une situation où il n'y a
pas de collaboration, il n'y a pas de changement, il y a refus de se conformer
à la loi, bien, cette disposition-là permet au ministre de dire : Bien, on retient la subvention, le temps que la
situation se régularise. Mais ça n'arrive pas demain matin, là. C'est un
processus d'accompagnement, d'échange pour amener le changement du comportement
pour qu'il soit conforme à la loi.
L'autre point aussi, c'est qu'on... dans le
projet de loi n° 49, là, c'était déjà prévu dans la
Loi sur le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation
du territoire, là, où est-ce qu'on prévoit, là, à l'article 14 de la Loi
sur le ministère des Affaires municipales, que «si l'organisme municipal
omet de se conformer aux directives, le ministre peut, tant que dure le défaut,
retenir toute somme due à cet organisme dont le versement découle de
l'application d'une loi, d'un règlement ou d'un programme dont il est
responsable».
Mme David : Mais est-ce que
tout ça...
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
n'est pas tant du droit nouveau. C'est ça que je veux vous dire.
Mme David : Mais est-ce que
tout ça est à la suite des étapes dont on a parlé hier, qui finissent ou qui comprennent, qui incluent automatiquement un avis
écrit de l'OQLF? Ce n'est pas l'OQLF dans ce cas-ci, là, c'est le...
M. Jolin-Barrette : C'est le
ministère de la Langue française.
Mme David : Oui. J'imagine
que... Vous avez dit : Il y a une gradation, ça ne se passe pas du jour au
lendemain. Il y a-tu, comme on a vu hier, même, je pense... je ne sais plus
pour... dans quel contexte, là, avis écrit de 15 jours ou... On est-tu
dans cet étapisme-là?
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est
par étape, parce que, dans le fond, c'est l'État qui parle à l'État, hein?
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, les municipalités sont couvertes par la politique linguistique de l'État.
Donc, si jamais on note une dérogation,
bien, bien entendu que le ministère de la Langue française va les accompagner.
Donc, c'est... on... Ça ne sera pas,
là : le ministère de la Langue française est informé d'une situation
dérogatoire dans une municipalité, où est-ce
qu'on arrive et on dit : Ah! on retient vos subventions, là. Ça va être
une étape, c'est un long processus. Ce n'est pas une sanction, là, parce qu'on n'enlèvera, définitivement... au bout de
la ligne, on n'enlèvera aucune somme, là. Ce n'est pas comme si on
retranchait une somme, c'est qu'on retient la somme, donc, le temps que la
municipalité se conforme à la directive puis
à la politique linguistique de l'État. Donc, c'est un accompagnement qu'on fait
tout au long du processus, puis, si jamais on utilise cet article-là,
bien, c'est pour faire en sorte que la force de persuasion soit bien présente.
Mme David : Mais c'est spécial.
C'est vraiment l'État contre l'État, là, État c. État, quand on voit comme dans
les procès, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, je ne crois pas avoir besoin d'utiliser cet article-là.
Mme David : Bien, c'était ma
prochaine question : Pourquoi avoir un amendement ici? Vous avez... Tout à
coup, vous vous êtes levé un matin, vous aviez oublié les municipalités? C'est
pourtant un gros, gros, gros morceau. Ou pourquoi ça... on est là à discuter
d'un amendement sur les municipalités?
M. Jolin-Barrette : Mais, en
fait, vous savez, on a construit le projet de loi, mais c'est sûr que, durant
tout le laps de temps entre les consultations puis, aujourd'hui, on continue de
réfléchir également pour bonifier le plus possible le projet de loi, et surtout
qu'il s'applique et qu'on ait les leviers, puis on en a discuté hier, pour
faire en sorte d'avoir tous les outils pour que la Charte la langue française
s'applique.
L'autre
élément qui est important, c'est que, dans la
loi sur le ministère des Affaires
municipales, ils ont également ce pouvoir-là à l'endroit des municipalités,
donc on réplique ce pouvoir-là pour le ministre de la Langue française en lien
avec la Charte de la langue française.
Mme David :
Donc, c'est... ça avait été une zone oubliée, on pourrait dire?
M. Jolin-Barrette :
Bien, je vous dirais qu'on bonifie toujours le projet de loi en cours de
route.
L'autre point qui est
important, les municipalités également sont assujetties aux dispositions du
projet de loi où est-ce qu'on les... l'administration, incluant les
municipalités, ne peut pas conclure un contrat aussi avec des entreprises,
bien, en fait, qui ne respectent pas la charte aussi. Alors, tu sais, il y a
déjà, à différents endroits dans le projet de loi, des mécanismes pour
l'application. Là, on est vraiment sur le cas de la municipalité qui ne
respecterait pas la Charte de la langue française.
Mme David :
Mais est-ce que...
M. Jolin-Barrette : Mais vous comprenez qu'on ne veut pas... l'État
ne veut pas poursuivre un autre démembrement de l'État, là, si jamais ce
n'est pas conforme. Donc, ça se règle à l'interne, puis les leviers puis les
moyens sont pour faire en sorte que voici, vous êtes assujettis à la loi, à la
réglementation, à la politique linguistique de l'État, on vous accompagne. À un
moment donné, s'il y a un refus net, bien... L'État est unitaire, là, si je
peux dire, donc il faut s'assurer...
Mme David :
Oui, mais il y a quelque chose qui m'embête, parce que, s'il y a un refus
net, ça veut dire que c'est un élu qui refuse à un autre élu, à la limite, là,
parce qu'une municipalité, il y a des élus dans les municipalités. Donc, il y a
quelque chose qui est un peu spécial, et je comprends que vous aviez oublié les
municipalités, puis là vous les mettez.
Mais, comme ce n'était pas dans le projet de loi, forcément que les
municipalités, il y en a plusieurs... L'UMQ a fait un mémoire... De
mémoire, là, moi, l'UMQ a fait un mémoire, mais ce n'est pas du tout là-dessus,
c'était sur les municipalités bilingues.
Mme David :
Alors là, on se retrouve avec un amendement que l'UMQ... et peut-être la FMQ
aussi est inquiète, ou des grandes municipalités qui... Ils n'ont pas pu réagir
à ce mémoire-là. Alors, j'ose croire que, si elles réagissent, c'est qu'elles n'ont pas été vraiment consultées, ou...
Parce qu'il y a un ministère aussi, il y a une collègue à vous qui
s'occupe de l'Habitation. Alors, on n'a pas pu échanger avec ces personnes-là,
M. Jolin-Barrette :
Je comprends. Le ministère des Affaires municipales, bien entendu, est en
accord avec l'amendement qui est proposé.
J'entends les représentations de l'UMQ, qui souhaiterait ne pas avoir cet
amendement-là. Mais, moi, pour l'application de la Charte de la langue
française, je pense que c'est
préférable, et vous le dites souvent, d'avoir tous les leviers puis tous
les outils pour être certain que la Charte de la langue française s'applique.
Mme David :
Mais, si c'est si simple que ça, pourquoi elles sont si inquiètes? Moi, je
ne suis pas une spécialiste des affaires municipales; vous, vous l'êtes plus,
la présidente l'est plus. Mais moi, je me dis : Si elles sont si
inquiètes, il doit bien y avoir une raison. C'est-tu parce que... Là, vous
allez me dire : Le statu quo, le statu quo. Mais là on parle de
municipalités puis d'élus, ils doivent connaître leur affaire, puis vous, vous
avez fait du droit municipal, il me semble, vous devez connaître ça. Mais je
suis juste intriguée. Je comprends votre rhétorique, là, puis je comprends que ça avait été un bout oublié, donc
vous le rajoutez, les municipalités. Mais elles ne sont pas là à
dire : Ah! quelle bonne idée, elles
sont là à être inquiètes. Alors, moi, je me demande pourquoi elles sont
inquiètes, si ce que vous pensez être l'aboutissement, c'est qu'il n'y
aura jamais... on ne se rendra jamais à l'application de cet article-là, parce
qu'à un moment donné c'est élus versus élus. Mais vous le voulez quand même, le
«au cas où», il y a 1 %... un millième
de 1 %, ce que ça ressemble... Parce que moi, j'aurais aimé ça, lire que
l'UMQ disait : Bien oui, c'est normal, c'est une charte qu'on
revoit et que... Mais ce n'est pas ça qu'ils disent.
M. Jolin-Barrette :
Bien, moi, je pense que mon rôle, en tant que ministre responsable de la Langue
française, c'est de faire en sorte d'avoir toutes les conditions et tous les
leviers pour les futurs ministres de la Langue française puis les futurs
gouvernements qui vont être en mesure de faire appliquer la loi, puis c'est
un... comme disait un ancien chef du Parti québécois, c'est un outil dans le
coffre à outils. Alors, ça permet, justement, de... si jamais on est dans une
situation qui n'est pas souhaitable, d'avoir un moyen de persuasion pour faire
en sorte que le corps public respecte l'application de la charte, et,
honnêtement, je vous le dis, je ne souhaite jamais utiliser cette
disposition-là. Ma collègue aux Affaires municipales a la même disposition dans
sa loi, elle ne souhaite pas non plus l'utiliser. Mais il faut faire en sorte
d'avoir les outils et les leviers pour être certains que tout le monde respecte
la Charte de la langue française.
Mme David :
Mais vous pouvez peut-être me donner plus de détails, là. Vous dites, votre
collègue des Affaires municipales a le même outil. Mais elle, elle n'est pas
responsable de la langue française.
M. Jolin-Barrette :
Non. Dans le cadre de ses fonctions, donc, dans le cadre du projet de loi
n° 49, qui a été étudié notamment, je crois, par Mme la Présidente, qui
devait être sur... à la commission du projet de loi n° 49, et qui connaît
bien ce projet de loi... Alors, c'était l'article 14 de la
Loi sur le
ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du
territoire, qui a été modifié pour insérer sensiblement la même disposition.
Puis il a étudié... il a été étudié très longuement, le projet de loi
n° 49, pas aussi longtemps que celui-ci, par contre.
La Présidente (Mme Thériault) : On
a fait 150 heures, mais disons que c'est un excellent projet de loi
lorsqu'il est sorti de commission, parce que l'opposition a eu la possibilité
de le bonifier amplement.
M. Jolin-Barrette : C'est ce
que je constate. Sur plusieurs années.
La Présidente (Mme Thériault) : Le
projet de loi?
M. Jolin-Barrette : 49, oui.
La Présidente (Mme Thériault) : Bien,
disons que la ministre, elle l'a déposé, mais ça a pris du temps avant qu'on le
travaille en commission. Donc...
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
La Présidente (Mme Thériault) :
...évidemment, quand ça prend du temps à ce que le projet de loi vienne en
commission... Nous, on ne gère pas les priorités du gouvernement, sauf que,
quand on fait de la législation... Bien, on
a entendu beaucoup de groupes, puis c'était un omnibus municipal aussi. Donc,
il est évident que, dans ce temps-là, ça prend un peu plus de temps.
M. Jolin-Barrette : Mais vous
êtes satisfaite du résultat?
La Présidente (Mme Thériault) : On
peut dire que oui. La ministre a fait beaucoup de corrections positives, selon
nos recommandations, au projet de loi.
Mme David : Vous m'en avez fait
perdre le fil de... Je m'en allais sur quelque chose, là. Là, vous rajoutez les
municipalités. Mais donnez-moi la liste, là, des grands ensembles, là, des
grandes catégories que... peut-être vont vous revenir en tête ou vous ont... qui
sont déjà incluses, pour lesquelles il faut aller jusque-là, pour lesquelles il
faudrait peut-être qu'il soit écrit quelque part qu'il y a une étape
intermédiaire ou il y a des notifications par écrit, que... C'est quoi, les grands ensembles, là, que vous ne voulez vraiment
pas oublier? Parce que ça me semble tellement un gros ensemble oublié. Les municipalités, ce n'est quand même pas
rien. Vous avez travaillé, vous avez planché sur la question de... du
bilinguisme des municipalités, donc vous avez eu ce mot-là en tête pendant la
construction de la loi. J'essaie de voir
quel régime, quel grand ensemble, comme les municipalités, est aussi soumis à
la Charte de la langue française
déjà dans le projet, donc que vous n'auriez pas oublié. Puis est-ce qu'il peut en
arriver d'autres en cours de route?
M. Jolin-Barrette : Est-ce
qu'il peut arriver d'autres... d'autres... D'autres quoi?
Mme David : Grands
ensembles que vous auriez oubliés dans la
section Conséquences pour
non-application, disons.
M. Jolin-Barrette : Bien, vous
savez, on n'est pas parfait, puis on ne pouvait pas tout prévoir, puis, en
cours de route aussi, il y a des... différentes situations qui sont portées à
notre attention. Donc, c'est pour ça que l'étude détaillée est là, pour
bonifier le projet de loi.
Juste à votre
question, là : Est-ce qu'il y a un délai?, bien entendu, il y a un délai,
comme pour les entreprises. Il y a un délai, notamment, de 15 jours
pour faire en sorte que la municipalité puisse présenter ses observations quand
on est dans le cadre d'une directive, à 29.14 du projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Donc, tu
sais, c'est un processus, là. Il y a une situation, supposons, dérogatoire qui
est constatée. Le ministre de la Langue française... Le ministère de la Langue
française contacte l'organisme municipal, dit : Bien, qu'est-ce qu'il se
passe? Voici la directive... bien, voici la politique linguistique. Est-ce que
vous avez une directive? Est-ce que vous n'avez pas de directive? Il y a un
échange avec la direction générale de la municipalité : Voici, il faudrait
apporter tels correctifs. Là, le ministère de la Langue française va les
accompagner, il va y avoir échange. Est-ce que la situation a changé? Oui, non?
Non. Bien là, écoutez, on... le ministère de la Langue française va les
accompagner, va dire : Qu'est-ce qui bloque, là? Pourquoi vous ne rendez
pas conformes? Bien, supposons, c'est : on ne veut rien savoir, on ne veut
pas être... on ne veut pas appliquer la Charte de la langue française, on ne
peut pas accepter ça, au Québec, qu'un organisme public ne respecte pas la
Charte de la langue française.
Mais là je vous parle dans une situation
hypothétique, là. Moi, je suis convaincu, Mme la Présidente, que tous les... toutes
les organisations publiques, tout... toutes les organisations qui font
partie
de l'administration avec un grand A vont se conformer à
la loi. Mais qui sait? Dans 15, 20, 25 ans, on ne sera plus là, puis il
faut faire en sorte que l'État ait les leviers pour s'assurer que la politique
linguistique de l'État soit appliquée.
Alors, suite aux échanges avec le ministère de
la Langue française, il pourrait y avoir la prise d'une directive, avec demande formelle de commentaires de la
municipalité, puis, ensuite, ultimement — c'est
un peu... — le
ministre de... Langue française pourrait retenir les subventions, le temps que
la situation change. Mais ce n'est pas automatique, ce n'est pas systématique, ça dépend des circonstances. Alors, le ministère
des Affaires municipales a ce même pouvoir-là.
Mme David : Je
déduis, Mme la Présidente, que la Charte de la langue française, telle qu'elle
est actuellement... je répète, je ne suis pas une spécialiste des
municipalités... mais que la Charte de la langue française a des
dispositions actuelles, ça, on le sait, pour le statut bilingue, on en a
assez parlé, et tout ça. Mais ils ont aussi, sûrement... il y a sûrement,
actuellement, des mesures, des dispositions qui gèrent les municipalités, comme
ça gère cette charte-là depuis 50...
M. Jolin-Barrette : Mais, dans
le fond...
Mme David : ...45 ans, et
donc pourquoi s'inquiètent-elles de cette nouvelle mesure?
M. Jolin-Barrette : Par rapport
à la Charte de la langue française?
M. Jolin-Barrette : Bien, la
différence, c'est : désormais, les municipalités sont assujetties à la
politique linguistique de l'État. On l'a vu dans l'exemplarité de l'État. Qui
ça inclut? Ça inclut les ministères, les organismes et les organismes
municipaux, les municipalités, notamment. Donc, c'est un...
Mme David : Elles n'étaient pas
incluses, les municipalités, dans...
M. Jolin-Barrette : Bien,
l'exemplarité...
Mme David : ...dans l'État?
M. Jolin-Barrette : Non, mais
l'exemplarité de l'État n'existait pas au sens où on le fait dans le cadre du
projet de loi n° 96.
Mme David : Non, mais elles
étaient soumises quand même à la Charte de la langue française.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui,
mais pas au régime de l'exemplarité de l'État, parce qu'il n'existait pas.
Mme David : Ça, je suis
d'accord, mais... Donc, pour les municipalités, quand le projet de loi va être
adopté, il y aura un jour 1 d'application où on ne veut pas se rendre tout
de suite à cette application de la mesure de l'article 114, mais on veut
de... ou de cet... ce sous-article. Mais il va falloir, là aussi, alors, un
accompagnement, parce qu'admettons, là, qu'ils sont dans un appel d'offres
public puis que, là, pour une usine de traitement des eaux usées ou... bien, il faut que, dès le début, et
avant qu'il y ait infraction, il faut accompagner cette municipalité, qui
peut-être ne nous suit pas puis ne se rend pas compte que le projet de loi
n° 96... Comme vous dites : L'exemplarité de l'État. Alors, voilà un nouveau champ, un nouveau secteur de la société
où... Là, vous dites : Ce n'est pas l'OQLF, mais c'est le ministre et le ministère de la Langue
française qui vont devoir faire beaucoup, beaucoup de formation,
d'information. Attention! Parce que les municipalités, ce n'est pas toutes
la... une métropole ou une capitale, là, on parle de petites municipalités
aussi. Il ne faut pas qu'elles
invoquent : Bien, je ne le savais pas, puis on sait qu'on n'a pas le droit
d'invoquer : je ne le savais pas.
M. Jolin-Barrette : ...on
n'est pas dans le cadre d'un régime pénal, là. On n'est pas... On ne s'en va
pas à la cour, on ne s'en va pas dans un constat d'infraction, là, avec
ça, là.
Mme David : Non,
mais je veux quand même dire qu'au... dès le départ, il faut qu'il y ait un
accompagnement.
M. Jolin-Barrette :
Tout à fait, et c'est... ça va être ça. Le ministère de la Langue
française, il est notamment créé pour accompagner l'ensemble de
l'administration relativement à la politique linguistique de l'État.
L'objectif, là, ce n'est pas de taper sur la tête de personne, là, c'est
d'amener l'exemplarité de l'État au sein de l'ensemble de l'administration.
Donc, le ministère de la Langue française est là pour ça, il y a la Charte de
la langue française, l'exemplarité de l'État, et ça inclut les municipalités,
l'administration, ça fait qu'on se donne les outils pour accompagner tout le
monde avec le ministère de la Langue française, et, par la suite, là, si jamais
il y a des situations dérogatoires, c'est sûr qu'on ne dira pas... on
n'appellera pas 1 800 municipalités pour dire : Écoutez, vous
êtes en situation dérogatoire, on retient votre subvention demain matin. Ce
n'est pas de même que ça va marcher. Ce qu'on va faire, c'est qu'on va appeler
la municipalité pour dire : Écoutez, il y a une situation qui est portée à
notre attention. Voici : la Charte de la langue française indique ceci,
voici les prescriptions de la loi, voici les prescriptions de la politique
linguistique de l'État. Puis là, écoutez, il a été porté ça, ça, ça à notre
attention, avec la municipalité. Comment est-ce qu'on
peut vous accompagner pour faire en sorte que la situation soit régularisée
conformément à la politique linguistique de l'État et à la Charte de la langue
française? On va accompagner la municipalité, et même, je peux détacher
quelqu'un à la municipalité pour les accompagner du ministère de la Langue
française.
Si jamais il n'y a
pas... il y a un refus complet, la situation perdure, tout ça, là, à ce
moment-là, le ministère de la Langue française peut dire : Bien, écoutez,
on va prendre une ordonnance formelle avec avis de 15 jours, tout ça, la
municipalité peut s'exprimer. Après ça, on peut retenir la subvention, le temps
que la situation soit régularisée.
Mme David :
Qui retient la subvention, le ministère de la Langue française ou le
ministère des Affaires municipales?
M. Jolin-Barrette :
En fait, le ministre de la Langue française peut faire retenir toute
subvention.
Mme David :
Donc, il est lui-même supralégislatif par rapport aux autres ministres. Je
n'en prends peut-être pas le bon mot, mais il est supraministre par rapport aux
autres ministres?
M. Jolin-Barrette :
Non. Non.
Mme David :
Bien, par rapport à l'application de cet article-là, oui. Donc, admettons
qu'il y a une usine de traitement d'eaux usées dans une municipalité X qui est
vraiment en contravention, puis là la chicane est prise pas mal entre le
ministère de la Langue française... J'imagine que la ministre ou le ministre
des Affaires municipales suit ça aussi, là, puis... et que les représentations
se font dans les deux ministères de la part de la municipalité, parce que
souvent ce sont des différends, des... Et là tout est arrêté, c'est le ministre
de la Langue française qui n'a pas accès au budget d'une usine de traitement
d'eaux usées, là. Je... Ça m'étonne un peu que le ministre de la Langue
française aille arrêter des travaux d'une infrastructure municipale.
M. Jolin-Barrette :
Non, mais le ministre, il n'arrête pas des travaux.
Mme David :
Mais il retient la subvention?
M. Jolin-Barrette :
Bien... Dans le fond, là, quand on regarde l'alinéa un, là, c'est le
ministre... c'est par rapport aux subventions du ministre de la Langue
française, l'alinéa un. Alinéa deux, là, c'est par rapport aux autres
ministères : «Le ministre de la Langue française peut également exiger
d'un autre ministre ou de la Société de financement des infrastructures locales
du Québec, après l'avoir consulté — le ministre ou la société — que
soit retenue une subvention octroyée à cet organisme par cet autre [ministère]
ou par [cette] société.» Ça fait que, dans le fond, on ne fait pas ça en vase
clos, là, on fait ça en collaboration avec le ministre concerné, si ça ne
touche pas une subvention du ministère de la Langue française.
Mme David :
Je vous ai raconté mon histoire de patrimoine avec l'échangeur Turcot.
C'est... Le ministère de la Culture a... via le patrimoine, la possibilité
d'arrêter les travaux quand on découvre des artefacts en fouillant avec une
pépine, et, quand la pépine trouve un village des tanières, parce qu'ils
tannaient du cuir, ça bloque le ministère des Transports. Je peux-tu vous dire
que ça ne rend pas très de bonne humeur le collègue aux Transports, qui se fait
dire que son échangeur va arrêter des travaux? Alors, vous êtes... vous avez
intérêt à bien vous entendre avec votre collègue, parce qu'effectivement le
ministre de la Culture a le pouvoir d'arrêter les travaux.
Alors, vous, c'est la
comparaison, et ce n'est peut-être pas d'arrêter des travaux, mais vous avez le
pouvoir d'aller... Parce que l'argent, ce n'est pas au ministère de la Langue
française, là. L'argent de cette infrastructure de 200 millions, disons,
ce n'est pas vous qui allez jouer dans les chiffres du ministère des Affaires
municipales.
M. Jolin-Barrette :
Bien, dans le fond, c'est la subvention qui est accordée. Donc, le ministre
de la Langue française peut requérir qu'une subvention soit suspendue, le temps
que la situation se régularise. Mais je donne un exemple, votre exemple de
Turcot, c'est de Turcot que vous me parliez, bien, je crois que votre collègue
de l'Environnement de l'époque avait fait arrêter le chantier pour des
couleuvres ou des trucs comme ça, là.
Mme David :
Les couleuvres, ça, c'était dans un autre endroit, effectivement, ou des
couleuvres ou des grenouilles... non.
M. Jolin-Barrette :
Rainette faux-grillon.
M. Jolin-Barrette :
Mais Turcot, il me semble c'étaient des couleuvres.
M. Jolin-Barrette : Des
couleuvres brunes. Le député de Matane-Matapédia a une expertise en termes de
couleuvres. L'important, c'est de ne pas trop en avaler.
M. Bérubé : Ce
qui est important dans ma formation politique, c'est qu'on n'a pas besoin d'en
avaler. J'espère que c'est le cas pour les députés non ministériels.
M. Jolin-Barrette : Des
couleuvres? Au député de Matane-Matapédia? C'est ce qu'il dit.
M. Bérubé : Je ne pense pas,
non. 15 ans de vie politique qui témoignent du contraire, madame.
M. Jolin-Barrette : On pourrait
avoir une longue discussion.
La Présidente (Mme Thériault) : Est-ce
qu'on peut revenir sur l'amendement?
M. Bérubé : Pendant qu'on est
là, j'ai manqué des choses dans la dernière semaine, je voulais juste m'assurer
d'être à jour. Est-ce qu'on a parlé ici d'un projet de Constitution du Québec?
J'ai vu ça passer.
La Présidente (Mme Thériault) : Non.
M. Bérubé : Non, vous n'avez
pas parlé de ça.
La Présidente (Mme Thériault) : On
n'est pas rendu là, je m'excuse, là, je ne pense pas.
M. Bérubé : J'ai vu ça passer,
c'est disparu aussi rapidement. Puis là il y a Dawson qui revient, là, le
ministre de la Santé ramène ça. C'est au débat un peu, j'ai vu ça passer. Puis
il y a un enjeu, là, d'amendement, je ne sais pas si on va revenir, mais on m'a
dit de poser des gestes pour raccommoder tout ça. Alors, je suis là pour ça.
La Présidente (Mme Thériault) : Bon,
donc, puisque vous nous faites part de votre bonne volonté, M. le député de
Matane-Matapédia...
M. Bérubé : Je ne suis
qu'amour, madame.
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
n'êtes qu'amour. C'est bon à savoir. Je suis convaincue que votre conjointe
entérinerait certainement vos propos.
M. Bérubé : Bien, vous la
connaissez, vous savez comment elle est.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
je la connais très bien, et je l'admire. J'aime beaucoup cette femme. Donc,
sans plus tarder, on peut retourner au débat sur 204.29.1. Donc, M. le
ministre, je vous retourne la parole.
M. Jolin-Barrette : Le député
nous dit... de Matane-Matapédia nous dit qu'il est amour...
M. Jolin-Barrette : ...qu'amour,
c'est ça, mais, avant de le consommer, nous sommes en période de carême, je
crois, hein? Donc, on devrait encore attendre un peu.
M. Bérubé : C'est la laïcité du
ministre, hein?
M. Jolin-Barrette : La laïcité
de l'État.
M. Bérubé : La mienne aussi.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va pour vous? J'ai vu que j'ai le député de La Pinière qui veut faire une
intervention sur l'article.
La Présidente (Mme Thériault) :
On revient sur l'article, M. le ministre... oui, sur l'amendement, pardon.
M. Barrette : Non, c'est parce
que, Mme la Présidente... c'est parce que j'ai arrêté, vraiment, figé même sur
l'image que me généraient, dans mon petit cerveau, du carême et des couleuvres.
En général, c'est deux mots qui ne vont pas dans la même phrase, surtout si on
est pour les avaler, mais on n'a pas vécu les mêmes carêmes, manifestement,
mais passons. Mais c'est intéressant de constater que notre collègue de
Matane-Matapédia a des talents dans la couture notamment.
M. Bérubé : Oui,
notamment.
M. Barrette : Notamment.
En effet, c'est tout à fait possible. Et qui sera crucifié à la fin? Ça, c'est
une autre chose.
M. Jolin-Barrette : C'est vrai.
L'important, c'est la résurrection, la vie éternelle.
M. Barrette : C'est vrai. C'est
vrai.
M. Jolin-Barrette : Alors, vous
savez, on en a déjà discuté, vous et moi, j'ai confiance, vous pouvez avoir une
seconde vie aussi, si vous le souhaitez, avec nous.
M. Barrette : Le problème que
l'histoire a montré qu'après la résurrection il ne s'est pas toujours passé
tant de bonnes choses que ça, mais ça, c'est une autre chose. Mais il paraît
qu'à la fin des temps, ça va aller mieux.
La Présidente (Mme Thériault) : Bon,
est-ce que vous revenez sur l'article, là, M. le député de La Pinière?
M. Barrette : Oui, parce qu'il
y a une fin des temps là-dedans.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
c'est ça. La règle de la pertinence, habituellement, je l'applique de manière
très vaste, mais là je me rends compte qu'on est vraiment à l'extérieur du
sujet.
M. Barrette : Vous trouvez
qu'on s'éloigne?
La Présidente (Mme Thériault) : Beaucoup,
donc je vais vous ramener un petit peu.
M. Barrette : Vous
avez raison, Mme la Présidente, nous nous sommes éloignés. Alors, revenons dans
le droit chemin. J'ai des questions
purement techniques auxquelles j'ai déjà eu une des réponses. Alors, j'allais
poser la question suivante : Donc,
le premier alinéa traite exclusivement des subventions données par le ministère
de la Langue française? C'est ça?
M. Jolin-Barrette : Oui,
premier alinéa, ministère de la Langue française, deuxième alinéa, les autres
ministères.
M. Barrette : Les autres. Bon,
là, un organisme municipal, là, il faut... là, je vais plaider tout de suite,
Mme la Présidente, auprès de vous aussi, parce que vous avez une expérience
beaucoup plus grande que la mienne au municipal, un organisme municipal, est-ce
que ça inclut la municipalité même ou ce sont des organismes municipaux, au
sens que des laïcs comme moi peuvent l'entendre, là?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
inclut les municipalités...
M. Barrette : Elles-mêmes.
M. Jolin-Barrette : Oui, les
municipalités elles-mêmes, ainsi qu'à l'annexe I du projet de loi, là, ça
inclut les municipalités ainsi que les arrondissements municipaux leur étant
assimilés, les communautés métropolitaines, les conseils d'agglo, les régies
intermunicipales, les offices municipaux et régionaux d'habitation.
M. Barrette : O.K., parfait.
La Présidente (Mme Thériault) : ...
M. Jolin-Barrette : C'est
ça, les sociétés de transports en commun, Autorité régionale de transport
métropolitain, etc.
La Présidente (Mme Thériault) : ...municipale,
qui est un organe créé par une municipalité, est assujettie.
M. Barrette : Comme
je le disais, Mme la Présidente, vous avez une beaucoup plus grande compétence
que la mienne.
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
l'expérience.
M. Barrette : Alors, là...
Pardon?
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est l'expérience.
M. Barrette : Oui. Alors, cette réponse-là m'éclaire, c'est
parfait. Et le ministre a dit, dans l'échange qu'il a eu avec ma collègue de Marguerite-Bourgeoys, qu'il pouvait
suspendre une subvention, ce n'est pas juste empêcher la subvention.
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, ce n'est pas une question de pénaliser, parce que, si c'était
empêcher la subvention, ça veut dire qu'il n'y aurait pas de subvention
octroyée, ça serait comme si c'était, supposons, le fait de bloquer ou le fait
de retrancher la subvention. L'idée, c'est de la suspendre. Donc, une
municipalité ou un organisme municipal a droit à la subvention, O.K.? Il faut
qu'il respecte la Charte de la langue française. Donc, le pouvoir, c'est de
dire : Écoutez, le paiement de la subvention sera accordé au moment où la
situation sera régularisée.
M. Barrette :
J'ai bien compris ça, puis la réponse du ministre est cohérente avec ce
qu'il a dit précédemment. Je voulais juste
préciser, parce que ça m'avait accroché, ça veut dire qu'une subvention qui
serait payée en x versements, on pourrait arrêter les versements, par
exemple. Parce que, quand on regarde le premier alinéa, on parle de retenir la
subvention. Retenir la subvention, ça veut dire qu'elle n'a pas quitté le
ministère. Et, quand la ministre a eu l'échange avec ma collègue de
Marguerite-Bourgeoys, il a évoqué la notion de suspension. Donc là, ce que
j'évoque, là, comme scénario, c'est possible. Ça veut dire qu'il y a des
versements, puis là, O.K., à partir du moment où j'ai constaté, les prochains
versements ne seront pas versés.
M. Jolin-Barrette :
La réponse à la question-là, c'est oui.
M. Barrette :
O.K. Puis il n'y aura pas de possibilité d'aller rechercher la subvention
qui a été donnée. Ça, ce n'est pas possible.
M. Jolin-Barrette :
Si elle a déjà été versée?
M. Jolin-Barrette :
Non. Dans le fond, le pouvoir, ce n'est pas de retrancher, ce n'est pas
d'aller récupérer. Le pouvoir, c'est de retenir. Ça fait que ce qu'on veut, là,
faire en sorte, là...
M. Barrette :
Ah! je comprends, c'est clair. Maintenant, est-ce que le ministre va être
d'accord avec moi? Parce que je constate qu'il y a une sévérité qui est moins
grande dans l'administration publique, pour les manquements, que dans d'autres
secteurs. Là, ici, là, quelqu'un, là, pourrait arriver et dire... ce n'est pas
ce que je dis, j'émets simplement cette hypothèse-ci, quelqu'un pourrait
arriver puis questionner le «peut» plutôt que le «doit». Parce que, finalement,
l'article, c'est un
article d'influence, ce n'est pas un
article qui a le même
niveau de sévérité que d'autres articles en cette matière-là.
M. Jolin-Barrette :
Bien, ce n'est pas un pouvoir qui est lié, c'est un pouvoir
discrétionnaire, dans le sens où... Je comprends votre question, là, de
dire : Il n'y a pas de contrat, supposons... Exemple, l'administration,
avec un grand A, ne peut pas contracter avec une entreprise, supposons, qui ne
respecte pas la Charte de la langue française.
M. Barrette :
Par exemple.
M. Jolin-Barrette :
Bon, ça, c'est un «doit», vous avez raison. Là, ici, dans cette
situation-là, c'est «peut». Donc, le ministre peut retenir une subvention.
Donc, ce n'est pas une obligation... ce n'est pas un pouvoir lié. Ce n'est pas
que, dès que le ministre constate une situation qui est dérogatoire, il doit
retenir la subvention, c'est «peut» retenir la subvention.
M. Barrette :
C'est important, parce que ceux qui observent ça, ils vont dire que, dans
la majorité des lois, quand on commet ce qu'on appellerait... Pour le commun
des mortels, quand on n'observe pas une loi ou un règlement, on commet une infraction. Je comprends que ça
dépend de quelle
section du droit, là, mais, pour le commun des mortels,
c'est une infraction, parlons-en, de langage
courant. Et une infraction, normalement, ça déclenche une réaction, une
action.
M. Jolin-Barrette :
Il peut y avoir des situations de non-conformité à une loi qui ne sont pas
constitutives d'une infraction.
M. Barrette :
Oui, non, je sais puis je suis d'accord avec le ministre, c'est tout à fait
vrai, sauf que... puis c'est tout à fait vrai, là, on s'entend là-dessus, sauf
qu'ici on a choisi un régime qui fait que c'est discrétionnaire, ça, c'est le
mot du ministre. Le ministre, lui, est-ce qu'il a un guide de conduite ou
est-ce que la loi prévoit un guide de conduite pour exercer sa discrétion?
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, c'est toujours le critère de la décision raisonnable. Une
décision ministérielle est toujours susceptible de contrôle à la Cour
supérieure relativement à la norme de contrôle de la décision raisonnable ou
déraisonnable.
M. Barrette : Je comprends.
M. Jolin-Barrette : Donc, c'est
susceptible d'être assujetti en contrôle judiciaire. Et, pour répondre à votre
question — j'ai
eu l'occasion de l'exprimer tout à l'heure — ça n'arrive pas au départ de
la démarche, là, c'est un outil à la portée de. Vous-même, quand vous étiez ministre de la Santé, vous
aviez certaines dispositions, dans l'ensemble du corpus, qui octroient au ministre de la Santé certaines dispositions en
lien avec l'application des lois dont vous étiez responsable.
M. Barrette : Oui,
oui, je comprends ça. Maintenant, comme je disais il y a quelques instants, cet
amendement-là, c'est un amendement... Ce
n'est probablement pas le bon mot, là, en termes de droit, là, mais c'est un
amendement que je qualifierais d'influence. J'aurais pu dire
d'intimidation, mais ça, ça aurait été beaucoup trop fort. Non, non, ça aurait
été trop fort, d'influence. On dit aux municipalités, là, puis aux organismes,
là : Faites attention, parce que, si jamais on constate que... je pourrais
faire ceci, cela.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vous dirais, c'est davantage un
article mobilisateur, je dirais ça comme ça.
M. Barrette : Oui, d'influence.
M. Jolin-Barrette : Bien, ce
n'est pas un avertissement. C'est plus de dire...
La Présidente (Mme Thériault) : Conforme-toi.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais,
en fait, au-delà de ça, là, moi, je suis convaincu, là, que l'ensemble des
entités municipales vont respecter la loi. Ce sont des corps publics et ils
doivent le faire. Mais je ne suis pas devin puis je ne sais pas ce qu'il va
arriver dans 15, 20, 25, 30 ans. Alors, c'est important que, quand on
applique une loi, qu'on ait... bien, en fait, qu'on adopte une loi, qu'on ait
les outils et les leviers pour la faire appliquer.
M. Barrette : Je comprends,
mais disons que... Est-ce que le ministre va être insulté si j'affirme que cet
amendement-là, il est... j'allais dire «soft», mais c'est un mot de la mauvaise
langue, alors...
M. Jolin-Barrette : Il est tout
en douceur.
M. Barrette : Tout en douceur,
oui.
M. Jolin-Barrette : Mais, moi,
honnêtement, je ne qualifie pas...
M. Barrette : Un mot de la
mauvaise langue parce que je ne veux pas insulter le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais je ne
qualifie pas la langue anglaise de mauvaise langue, comme vient de le faire le
député de...
M. Barrette : Ah non! Pas moi!
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
ce que vous venez de dire.
M. Barrette : C'est parce que,
des fois, on peut avoir cette impression-là.
M. Jolin-Barrette : Bien,
aucunement, aucunement. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise langue. Tout ce
qu'il y a, c'est que, au Québec, la langue officielle de l'État, c'est le
français. La langue commune, ça doit être le français également, et on prend
les moyens pour faire en sorte que le français soit la langue officielle et
commune du Québec. Mais il n'y a pas de hiérarchisation ou de jugement de
valeur relativement à une langue ou une autre.
M. Barrette : O.K. Bon, alors
donc, est-ce que le ministre est d'accord pour dire que... Est-ce que ça
indispose le ministre si je dis que son amendement, il est «soft»?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
la perception du député de La Pinière. Moi, je le qualifie d'outil législatif
pour nous assurer que la Charte de la langue française est respectée.
M. Barrette : O.K. Quand le
ministre a échangé avec ma collègue tantôt — parce que c'était un échange
qui était très intéressant — à
un moment donné, il y a eu un bout de l'échange qui traitait de
l'accompagnement et la durée de l'accompagnement. Qu'est-ce qui va guider le
ministre de la Langue française? Parce que c'est lui qui gère ça. À partir de
quand, là, ça va être : c'est assez?
M. Jolin-Barrette : Chaque cas
est un cas d'espèce. Je vous donne un exemple, là. Dans la
Loi sur la santé et
les services sociaux, je crois que vous avez des pouvoirs de tutelle.
M. Jolin-Barrette :
Bon, quand est-ce que vous appliquez une tutelle? C'est en fonction du cas par
cas. Le ministre de l'Éducation a un pouvoir de tutelle également. C'est arrivé
sous notre gouvernement, puis je crois même sous le vôtre aussi. Vous me
corrigerez, si ce n'est pas le cas.
M. Barrette :
Bien, il y a toujours des moments de tutelle. Il y a toujours des moments
où on frappe à une porte puis on leur dit : Regarde, la tutelle s'en
vient.
M. Jolin-Barrette :
Bon, c'est ça. Exemple, le ministre des Affaires municipales de l'époque
l'a fait à quelques reprises également au cours du dernier mandat aussi.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...
M. Jolin-Barrette :
Quand il n'y a plus d'élu ou s'il y a des malversations, ou tout ça.
Exemple, la municipalité de Chambly, où le maire a été accusé, ça a été mis
sous tutelle durant un certain laps de temps. Le Centre de services scolaire
de...
La Présidente
(Mme Thériault) : ...
M. Jolin-Barrette :
Non.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...
M. Barrette : O.K. Bien, on s'entend,
les questions que je pose, c'est des questions de précision, de
compréhension, là, mais je pense qu'ils sont
corrects, là. Est-ce que le ministre peut nous donner des exemples? Parce que,
ça, j'ai bien de la misère à le figurer, là. Je regardais le budget...
le ministre de la Langue française, ça ne sera pas le plus gros ministère.
M. Jolin-Barrette :
Pas encore.
M. Barrette :
Hier, j'étais... Puis là je vais souligner ma propre absence, Mme la
Présidente. Hier... j'ai le droit de faire ça, là. Hier, j'étais à la CFP, la Commission
des finances publiques, puis on traitait du budget, et je suis intervenu sur le
financement... le budget prévu pour le ministère de la Langue française, et
disons que, pour la première année, il n'est pas dans les millions, il est dans
le million, puis après, il va être dans 2 millions, là.
M. Jolin-Barrette :
Non, non, non. Pas mal plus que ça
M. Barrette :
Non, c'est parce que...
M. Jolin-Barrette : Non, non, le ministère de
la Langue française, il va être doté de beaucoup de ressources, là.
M. Barrette :
Oui, mais disons qu'on en a parlé hier, là, puis...
M. Jolin-Barrette :
103 millions sur cinq ans, plus ce qu'on a... ce que le ministre des
Finances a octroyé cette année aussi...
M. Barrette :
Oui, mais ça, c'est pour la francisation, là. Ça, c'est correct, là.
Mais...
M. Jolin-Barrette :
Non, attention, ne mélangez pas les choses. La francisation, c'est chez le
ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
M. Barrette :
Oui, mais il va s'en aller à la Langue française après.
M. Jolin-Barrette :
Non.
M. Barrette :
Non, il va rester à l'Immigration, c'est vrai.
M. Jolin-Barrette :
Ce n'est pas le même argent.
M. Barrette :
C'est vrai, ça.
M. Jolin-Barrette :
Ce n'est pas le même argent. Dans le fond...
M. Barrette : J'ai mal présenté
mon affaire. J'aurais pu être plus tatillon auprès du ministre des Finances,
qui s'en est, donc, sorti.
M. Jolin-Barrette :
Ah! bien là, c'est parce que la mécanique budgétaire, là, notamment en
vertu de l'entente Gagnon-Tremblay-McDougall, dans le fond, il y a un transfert
de fonds qui est fait du fédéral au ministère de l'Immigration, qui constitue
une bonne
partie du budget du ministère de l'Immigration. D'ailleurs, on a été
le premier gouvernement à consacrer la totalité de l'enveloppe budgétaire de
cette entente-là au ministère de l'Immigration. Après ça, le ministère de
l'Immigration envoie de l'argent à Santé, Solidarité sociale et Éducation pour
la francisation, notamment des immigrants. Donc, c'est à peu près
165 millions par année, alors... Et le gouvernement du Québec met de
l'argent bleu, si je peux dire, donc de l'argent québécois, au ministère de
l'Immigration du Québec, aussi en francisation, aussi en intégration.
Le budget du ministère de la Langue française,
c'est un budget totalement indépendant. Actuellement, c'est le secrétariat à la
promotion et valorisation de la langue française, qu'on a amené de la Culture
vers l'Immigration, vers la Justice, et le secrétariat va devenir un ministère
en soi, en titre, puis il va être doté de son propre budget. Mais ce n'est pas
les mêmes enveloppes, là.
M. Barrette : Ce
qui est très intéressant, parce que la question... là où je voulais aller, ce
n'était pas la francisation, là, que
j'ai comprise qui était séparée. Ça va subventionner... Dans l'esprit du
ministre, là, c'est quel genre... Quelle est l'ampleur de ses subventions, les... J'ai de la misère à figurer ce que
le ministère de la Langue française va subventionner.
M. Jolin-Barrette : Bien, on
peut subventionner, avec les municipalités, des projets particuliers en termes
de francisation. On a, justement, exemple...
Je vous donne un exemple. On a, justement, une entente avec l'UMQ de
subventions pour l'utilisation du français dans les municipalités. On pourrait
avoir des projets particuliers avec certaines municipalités. Exemple, avec la
ville de Montréal, on a déjà financé. Également, je sais que c'est le souhait
de la ville de Montréal qu'on les finance également en matière de langue française.
Donc, il y a des subventions qui sont accordées par le ministère de la Langue
française. C'est sûr que, si vous me dites : Est-ce que le budget du
ministère de la Langue française, c'est le même que le ministère de la Santé?,
la réponse, c'est non.
M. Barrette : Bien non, on
s'entend, là, c'est... Je n'insinuais pas ça d'aucune manière. La raison pour
laquelle je pose la question, c'est parce que l'amendement a deux alinéas.
Alors, le premier alinéa, que maintenant je vais clore, là, ce premier alinéa
là, ce sont des subventions qui ne sont en général pas vitales pour un
organisme. Est-ce que... Ce n'est pas méchant, là, ce que je dis, là, là. Ça
va-tu vraiment leur faire peur, là, que s'ils affichent mal...
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, chaque organisme de l'administration doit respecter la loi et respecter
la politique linguistique. Votre question, c'est de dire : Écoutez, le
ministère de la Langue française, supposons, va donner 2 millions par année de subventions, O.K., pour des programmes
particuliers ou des projets. C'est un exemple fictif. Est-ce que ça va
empêcher l'organisme de dormir s'ils n'ont pas le 75 000 $,
supposons, du ministère de la Langue française?
M. Barrette : Ça se peut que la
réponse soit non.
M. Jolin-Barrette : Ça se peut
que la réponse soit non, effectivement, je suis d'accord avec vous. Mais le
deuxième alinéa fait en sorte que ça couvre toutes les subventions de
l'ensemble du gouvernement.
M. Barrette : Oui, oui. Alors,
allons-y, au deuxième alinéa, là, parce que vous savez que je l'ai faite de
façon, mon intervention, ordonnée. Alors, on vient de régler le premier alinéa.
C'est un pouvoir d'influence. C'est correct, là. Je ne qualifie rien, je veux
juste préciser la portée de l'amendement. Le deuxième est plus fort. Le
deuxième, là, là, le ministre de la Langue française va avoir le pouvoir, mais
pas l'obligation, d'aller voir son collègue puis lui dire : Bon, là,
écoutez... là, je prends l'exemple de Gérard parce que c'est un projet... un
prénom moins commun. Puis il y a un politicien qui s'appelle Gérard qui m'a dit
d'arrêter d'utiliser ça. Je ne pourrai pas vous dire qui. Alors... Parce que ça
pourrait être en anglais.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que
c'est un politicien actif sur la scène fédérale?
M. Barrette : J'arrête là.
Alors, Albert, parce que je n'en connais pas, alors, il va être obligé d'aller
voir son collègue Onésime. Là, je suis sûr qu'il n'y en a pas. Alors,
Onésime... Là, tu vas...
M. Jolin-Barrette : Il y en a
déjà eu.
M. Barrette : Oui, mais il n'y
en a pas là.
M. Jolin-Barrette : Onésime
Gagnon.
M. Barrette : Oui, je sais
bien.
M. Barrette : Ce n'est pas moi,
là. Je veux dire : Allez-y, appel à tous: Combien d'Onésimes il y a eu?
M. Jolin-Barrette :
Bien, on peut vérifier.
La Présidente
(Mme Thériault) : Dans le dictionnaire des parlementaires, je
vous assure qu'on doit en avoir plusieurs.
M. Barrette :
Oui, oui. Il y en a eu plusieurs, c'est suis sûr, sûr, sûr. Oui. Il y en a
eu plusieurs. Alors donc, là, il y en a moins, je pense.
M. Jolin-Barrette :
Des Onésimes?
M. Jolin-Barrette :
Mais vous savez, les noms, souvent, ils reviennent. Ils reviennent à la
mode aussi... des générations...
M. Barrette :
Oui, je sais. Oui. Bon, là, actuellement, continuons l'exemple, ça veut
dire que le ministre de la Langue française, il va devoir aller voir son
collègue Onésime puis lui dire : Onésime, là, tu arrêtes tes subventions.
C'est ça, là, qui est écrit là.
M. Jolin-Barrette :
Bien, il va avoir une discussion. Moi, je vais dire à Onésime :
Écoutez, il y a une situation dérogatoire dans telle municipalité. Tel
organisme municipal, on les a accompagnés, voici, tout ça. Là, on serait rendu
à retenir la subvention, considérant qu'il n'y a pas de respect de
l'application de la Charte de la langue française. Qu'en penses-tu? On jase,
tout ça, et le ministre de la Langue française, par la suite, peut prendre la
décision de suspendre une subvention, cette subvention-là.
M. Barrette :
Oui, on s'entend là-dessus, là, c'est clair. Mais j'en reviens à la
mécanique, là. Ici, là, c'est la même chose. C'est «peut», ce n'est pas «doit».
Là, pour la... Le geste qui va avoir le plus de conséquences pour l'application
de la politique de la langue française, il est dans le deuxième alinéa, et là
c'est «peut», ce n'est pas «doit». Et, quand il y a eu l'échange avec ma
collègue, le ministre a dit : Ils vont discuter. Ça fait que, là, ça veut
dire que ce n'est pas... Ce n'est pas non seulement «peut», là, il doit y avoir
une discussion avec Onésime.
M. Jolin-Barrette :
Oui, il va y avoir une discussion avec Onésime.
M. Barrette :
O.K. Je regarde le collègue de Rousseau, puis la subvention de l'autoroute,
là, ce n'est pas sûr qu'il va être content si elle est suspendue.
M. Jolin-Barrette :
L'exemplarité...
M. Barrette : Admettons
que ma collègue de Rousseau, c'est Onésime, puis il est rendu ministre des
Transports, là.
M. Jolin-Barrette : L'exemplarité de l'État
en matière d'utilisation, de promotion et de valorisation de la langue
française est au sommet des priorités de l'État.
M. Barrette :
O.K. Mais il doit y avoir une consultation. Ça veut dire que, quand on
regarde le deuxième alinéa, là, elle est spéciale, la phrase parce que «le
ministre de la Langue française peut également exiger — il
peut exiger, c'est fort, mais c'est peut — d'un autre ministre — Onésime — ou de
la Société de financement des infrastructures locales du Québec, après l'avoir
consulté». J'imagine que «l'avoir consulté», ça inclut le ministre?
M. Jolin-Barrette :
Oui.
M. Barrette :
Bon. Alors là, il peut exiger, mais c'est «peut», mais il faut qu'il
consulte.
M. Jolin-Barrette :
Après...
M. Barrette :
Ça, ça veut dire qu'une consultation, le consulter, peut donner un avis
défavorable.
M. Jolin-Barrette :
M. Barrette :
Donc, Onésime peut dire non au ministre de la Langue française.
M. Jolin-Barrette :
Non, parce que le pouvoir décisionnel est au ministre de la Langue
française.
M. Barrette : Bien, dans cette
phrase-là, c'est où?
M. Jolin-Barrette :
«Le ministre de la Langue française peut également exiger d'un autre
ministre ou de la Société de financement des infrastructures locales du Québec,
après l'avoir consulté, que soit retenue une subvention octroyée à cet
organisme par cet autre ministère ou cette société.»
M. Barrette : Très bien.
Donc...
M. Jolin-Barrette : Ça veut
dire : Je lui demande son avis. Je prends en considération son avis, mais
c'est le ministère de la Langue française qui décide.
M. Barrette : C'est ça que ça
veut dire.
M. Jolin-Barrette : C'est ça
que ça veut dire.
M. Jolin-Barrette : 100 %
M. Barrette : O.K. C'est
intéressant.
M. Jolin-Barrette : Il n'est
pas écrit : avec l'accord de.
M. Barrette : C'est clair que
ce n'est pas écrit, mais «après l'avoir consulté», ça sous-entend quasiment une
intention d'aplanir la surface, on va dire. Oui, pour une autoroute, ce n'est
pas pire comme exemple, là, mais ce n'était pas intentionnel. À quoi ça sert,
la consultation? C'est-tu juste après l'avoir averti? Elle sert à quoi, la
consultation, dans ce cas-là?
M. Jolin-Barrette : Une
consultation, c'est prendre le point de vue d'autrui, hein, écouter, audi
alteram partem, ou d'être entendu.
M. Jolin-Barrette : Le député
de Matane-Matapédia aime ce terme.
M. Bérubé : Je fais deux caméos
dans le documentaire.
M. Jolin-Barrette : Mais
on doit dire que ce film-là, de M. Labrecque, par contre, permet d'avoir
un regard sur la politique de l'interne aussi, ce qui était un très bon
documentaire. Et j'attends de voir celui du Parti libéral du Québec.
M. Barrette : Bien là, aujourd'hui,
à ce moment actuel, je laisse la famille péquiste élargie se gourmer dans son
plaisir cinématographique.
M. Jolin-Barrette : Élargie?
Famille élargie, ça inclut qui?
M. Barrette : En tout cas, ils
ne sont certainement pas à ma droite, ils sont plus à ma gauche.
M. Bérubé : C'est
comme une énigme.
M. Barrette : Qui n'est pas
difficile à résoudre. Ceci étant dit...
M. Jolin-Barrette : Mais juste
pour être sûr que je comprends bien, là, donc, vous incluez, dans la famille
élargie du Parti québécois, votre collègue à votre gauche également.
M. Barrette : Bien,
c'est parce qu'il y a eu une relation, à un moment donné, qui ne s'est pas
consommée mais...
M. Bérubé : Non, on n'a jamais
consommé.
M. Barrette : Disons que je ne
sais pas, c'est comme... c'était peut-être consanguin. C'étaient peut-être des
mariages interdits, là, pour des raisons de proximité...
M. Bérubé : Le député de La
Pinière, lui, a consommé une union avec les gens d'en face.
M. Barrette :
Oui. Non, bien, je n'ai pas pu.
M. Bérubé : Ah oui! Je vous ai
vu à la télé, hein? Vous étiez à côté...
M. Barrette : Bien, c'est ça,
mais pas dans un documentaire.
M. Bérubé : Je peux vous dire
que c'était vous, je vous ai reconnu.
M. Barrette : Ce n'était pas
dans un documentaire.
M. Bérubé : Bien non, bien,
c'était aux nouvelles. Élections 2012.
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
que vous nous dites, c'est comme si c'était une annulation de mariage, comme
Henri VIII, pour non-consommation.
M. Barrette : Là, je pourrais
dire des choses, mais je sens que la présidence va me dire que je m'éloigne du
sujet. Je la sens, là...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
ne suis pas loin, je ne suis pas loin de vous le dire.
M. Barrette : ...prête à
bondir.
La Présidente (Mme Thériault) : Non.
Bien, tant que la bonne humeur est là, c'est correct. Mais, à un moment donné,
c'est sûr qu'il y a des gens qui suivent nos travaux, ils vont se
demander : Mais de quoi ils parlent?
M. Barrette : Le... est
respecté à date, tout à fait. Revenons, donc, à l'amendement. Alors là, ça veut
dire que le ministre, là, dans sa pulsion première de vouloir sévir — l'article
dit qu'il peut sévir — il
va consulter et il pourrait moins sévir quand même. Sans ça, là, sévir ne
servirait à rien, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, moi,
je pense que la bonne approche à prendre lorsque l'on est au gouvernement,
c'est de consulter ses collègues dans un premier temps avant de prendre une
décision. Et c'est ce que l'article nous indique, de faire en sorte de consulter,
de prendre le point de vue de l'autre, d'écouter et de dire : Bien,
écoutez, je vous avise que j'ai l'intention de prendre telle décision en vertu
de la loi, en vertu de la Charte de la langue française, et, chers collègues,
qu'en pensez-vous? Je me dirige dans cette direction-là. Est-ce qu'il y a des
éléments d'information que vous voudriez porter à mon attention avant que
j'utilise le pouvoir discrétionnaire qui m'est conféré par la Charte de la
langue française?
M. Barrette : C'est
joli comme explication, je le reconnais. C'est juste qu'à la fin, là, c'est un
amendement qui statue de façon formelle... non, quasiment explicite,
mais je dirai plutôt implicite... non, implicite que la politique peut jouer un jeu dans l'histoire. Moi, c'est plate, là,
mais, à partir du moment où un ministre consulte un autre ministre à propos
d'une sanction qui pourrait éventuellement être mise en place, veux veux pas,
la politique va venir jouer un jeu... un rôle, là.
M. Jolin-Barrette : Non.
Savez-vous quoi? Parce que la députée de Marguerite-Bourgeoys nous l'a dit tout
à l'heure et je pense qu'elle faisait écho aux représentations de l'Union des
municipalités du Québec. Elle a pris le cas, supposons, d'une usine de
traitement des eaux. O.K. Elle nous disait : Bien, écoutez, qu'est-ce
qu'il va arriver dans ce cas-là? Il pourrait arriver que le ministre de la
Langue française subséquent dise : Écoutez, telle municipalité ne respecte
pas la politique linguistique de l'État. Le ministère de la Langue française ne
donne pas de subvention à cette municipalité-là, ne respecte pas la Charte de
la langue française, ne respecte pas la politique linguistique de l'État. Le
ministre de Langue française a l'intention de dire : Bien, écoutez, les
subventions qui sont données du MAMH, du ministère des Affaires municipales,
vers la municipalité vont être suspendues le temps qu'ils se régularisent. Puis
là, bien, il y a une subvention qui est en cours, supposons, pour la
municipalité, puis il s'agit d'une situation où c'est l'usine de traitement des
eaux qui est en situation de vulnérabilité importante et qui aurait pour effet,
si les travaux ne sont pas effectués immédiatement sans délai, de faire en
sorte de mettre en péril la santé de la population. Puis supposons que le
ministre de la Langue française l'ignore, là, il ne sait pas c'est quoi, la
nature du projet, il va consulter son collègue des Affaires municipales. Il lui
dit : Écoutez, je veux porter à votre attention une situation, les travaux
sont urgents, ça doit être effectué puis c'est une question de santé publique
là, mais peut-être que le ministre de la Langue française va dire :
Écoutez, avant de prendre cette décision-là de suspendre la subvention, il y a
une question de balance d'inconvénients. Ce n'est pas un pouvoir lié. C'est
pour, justement, prendre en compte chaque cas d'espèce pour faire en sorte de
prendre en considération la situation.
Honnêtement, je pensais que vous m'auriez
félicité pour cette approche pragmatique rattachée à ce pouvoir qui est octroyé.
M. Barrette :
Je ne suis pas ici pour féliciter le ministre. Moi, comme législateur, je
suis ici pour améliorer les projets de loi, ce que j'essaie de faire en
établissement la portée de chacun des mots. Alors là, le ministre a mis bout à bout des mots qui étaient des lapalissades. C'est
bien évident que la politique va jouer son oeuvre, c'est-à-dire être absente du
débat... non, être dans le débat, si on arrive avec un enjeu de santé publique.
C'est bien évident que... Ce n'est même pas la politique, là, c'est le bon...
c'est le gros bon sens.
Si je fais la même
phrase puis que je mets à peu près les mêmes mots bout à bout pour une
autoroute, ça, c'est une autre affaire. Ça se peut que la politique, ça soit
plus négatif. Aïe! Regarde, là, c'est un comté XYZ, et puis ce n'est pas parce
que ça va scraper tel boisé que je vais empêcher le développement de cette
autoroute-là, parce qu'au bout de l'autoroute, dans mon comté, duquel je suis
ministre, il y a un développement domiciliaire. Je dis ça juste de même pour
faire un cas théorique.
constate que l'amendement est plein de bonnes intentions, comme l'enfer, et que
parfois l'enfer se réalise. Mais c'est
juste pour l'établir, là, c'est correct. Mais ce n'est pas pour... ce n'est pas
une raison de féliciter le ministre pour ça, là.
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, je n'y suis jamais allé, en enfer.
M. Barrette :
Pas encore.
M. Jolin-Barrette : Peut-être, le député de La Pinière peut me renseigner sur comment est-ce que ça se passe là-bas.
M. Barrette :
Non, non, pas encore moi non plus. Mais, comme on a une filiation
génétique, peut-être qu'on va finir là, à la même place.
Ceci étant dit, Mme
la Présidente, une dernière question, une dernière question, ça ne sera pas
long : Est-ce que... Donc, je prends... O.K., c'est correct. J'ai la
réponse, ça fait que je vais la poser pareil. Est-ce que ça touche juste les
subventions ou ça peut toucher d'autres modes de financement?
M. Jolin-Barrette :
Qu'est-ce que vous voulez dire par d'autres modes de financement?
M. Barrette : Il y a des... Il y a des
financements qui sont hybrides, comme par exemple, dans des
municipalités, il y a des municipalités qui ont la responsabilité des services
préhospitaliers d'urgence. Ce n'est pas une subvention à proprement parler, là,
ce n'est pas une subvention qui est dans un programme normé, c'est plutôt une
obligation qui s'exerce par un contrat, puis l'État y participe dans certains
cas, pas souvent, là, mais plus en région qu'ailleurs...
La Présidente
(Mme Thériault) : ...
La Présidente
(Mme Thériault) : Comme les services de police, les régies
municipales de police...
M. Barrette :
Par exemple. Est-ce que ça, ça...
La Présidente
(Mme Thériault) : ...c'est la ministre ou c'est la Sécurité
publique qui envoie l'argent.
M. Barrette :
Par exemple. Voilà. Mme la ministre, merci, parce que c'est...
M. Jolin-Barrette :
Oui, mais il y a...
M. Barrette :
...c'est exactement...
La Présidente
(Mme Thériault) : Bien, j'ai déjà été ministre de ce
portefeuille-là.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Sauf que la municipalité met de l'argent aussi...
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui, oui, oui, mais il y a quand même une
subvention du ministère.
M. Barrette :
Oui, oui, mais il y a une contrepartie, il y a une contrepartie
gouvernementale.
M. Jolin-Barrette :
Je suis d'accord.
M. Barrette :
Alors, dans l'amendement ici, là, pour lequel je... le ministre souhaite que je
le félicite, là, je pose une question bien simple, là. Là, ici, on parle de
subvention, mais est-ce que ça, c'est explicite et limité à ça ou ça peut
toucher d'autres modes de financement?
M. Jolin-Barrette : C'est une
subvention. Donc, il faut que ça soit une subvention.
M. Barrette :
Donc, il faut que ça vienne d'un programme normé.
M. Jolin-Barrette :
Pas nécessairement.
M. Barrette :
Il faut que ça vienne d'un programme.
Jolin-Barrette : Pas nécessairement, parce qu'une subvention peut être
accordée hors programme par le Conseil des ministres.
M. Barrette :
Bien là, je vais reposer la question, elle va être très directe, là. Je
pense que l'exemple de la... Mme la Présidente est plus répandu que le
mien au Québec. Est-ce qu'on pourrait arriver de menacer d'arrêter de couper la
police... de couper une
partie du financement de la police?
M. Jolin-Barrette :
Non, on ne coupera pas le financement de la police, bien entendu. C'est le
terme «subvention» dont l'article parle.
M. Barrette : Bien
là, est-ce que, pour l'exemple de la police, c'est une subvention, ça, aux yeux
du ministre ou non?
M. Jolin-Barrette : Bien, il faut voir les
modalités, de quelle façon sont accordées les sommes, mais généralement
c'est une subvention.
M. Barrette :
Donc, c'est tout transfert monétaire d'un ministère.
M. Jolin-Barrette :
Ce n'est pas tout transfert monétaire d'un ministère, il faut que ça soit
subvention.
M. Barrette :
Mais là y a-tu moyen d'avoir une définition plus claire, juste pour clore
cet article-là? J'aimerais ça avoir une définition plus claire, tout
simplement... plus précise, pardon.
M. Jolin-Barrette :
Bien, je vais vous revenir avec les différentes formes d'aides financières
qui sont versées par l'État.
M. Barrette :
Bien, moi, tout ce que je cherche, là... Moi, je me rappelle, dans un autre
projet de loi, avoir posé la question sur ce qui était visé par «organisme de
l'État». Alors, j'ai eu une déclinaison exhaustive par le sous-ministre ou la
sous-ministre qui était là à ce moment-là. Là, s'il y a une réponse qui est
très précise pour ce que ça vise ici, là-dedans, la subvention, moi, j'aimerais ça le savoir, tout simplement.
M. Jolin-Barrette :
On va faire la recherche. On va vous revenir.
M. Barrette :
On va avoir ça après-midi, j'imagine. C'est correct.
La Présidente
(Mme Thériault) : J'ai la députée de Mercier qui a un petit
questionnement, puis après ça je retournerais à la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme Ghazal : Oui. Merci. Merci, Mme la
Présidente. Bien, en lisant ça, j'ai une question : Est-ce qu'il va y
avoir un autre amendement que le ministre va déposer pour s'assurer qu'aucun
ministère ou organisme n'offre une aide publique, subvention ou autre, de
l'État à des entreprises privées qui ne respectent pas la charte?
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est déjà prévu, il me semble, relativement à l'octroi de contrats,
donc 152.1, qu'on a déjà adopté.
Mme Ghazal :
Ça, c'est pour pouvoir contracter avec l'État, mais, moi, ma question,
c'est subvention, parce que j'ai fait une proposition, il n'y a pas longtemps,
pour ça, oui.
M. Jolin-Barrette :
...qu'on a déjà adopté :
«L'administration ne
peut conclure un contrat avec une entreprise à laquelle s'appliquent les
dispositions de la
section [III] ou lui octroyer une subvention lorsque
cette entreprise ne possède pas d'attestation d'inscription, n'a pas fourni,
dans le délai prescrit, l'analyse de sa situation linguistique, ne possède pas
d'attestation d'application de programme ni de certificat de francisation ou si
son nom figure sur la liste prévue à l'article 152.
«Elle ne peut non
plus conclure un contrat avec une entreprise à laquelle s'applique la
section III ou lui octroyer une subvention, lorsque cette entreprise,
selon le cas :
«1° a refusé
l'offre qui lui a été faite en vertu de l'article 149, à moins que, par la
suite, elle n'ait convenu de mettre en place les services d'apprentissage du
français fournis par Francisation Québec;
«2° fait défaut
de respecter les modalités [prévues] avec Francisation Québec.
«Les premier et deuxième alinéas n'ont pas pour
effet d'empêcher Francisation Québec de conclure un contrat avec une telle
entreprise lorsqu'il a pour objet la fourniture de services d'apprentissage du
français.»
Mme Ghazal :
Puis est-ce que ça inclut, par exemple, de l'argent, tout ce qui a été lu,
par Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement du Québec?
M. Jolin-Barrette :
Oui, parce que ce sont... ils font
partie de l'administration de l'État.
Mme Ghazal :
O.K. Puis est-ce que, là-dedans, dans les conditions... parce qu'on dit sur
le certificat de francisation, et tout ça, est-ce que ça inclut le fait que,
par exemple, les hauts dirigeants ne parlent pas français? Donc, on ne peut pas
donner de subvention si les hauts dirigeants ne parlent pas français?
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, il faut qu'ils respectent la démarche de francisation, le
programme de francisation en place.
Mme Ghazal :
Et la démarche de francisation exige que les hauts dirigeants parlent le
français?
M. Jolin-Barrette :
Exactement. Oui. On le... On en a discuté abondamment.
Mme Ghazal :
Qui existait déjà.
M. Jolin-Barrette :
Oui, mais là vous avez «bonne connaissance du français».
Mme Ghazal :
Mais on n'a pas mis de moyen.
M. Jolin-Barrette :
Bien oui, les moyens sont là. Dans le fond, là, s'ils ne respectent pas le
programme de francisation, ils sont en dérogation. L'État ne peut pas
contracter avec une entreprise qui est en dérogation de son programme de
francisation.
Mme Ghazal :
Et le moyen, c'est... Comment on sait s'il y a une bonne connaissance du
français? Il n'y a pas d'examen, il n'y a rien. Il n'y a même pas une
discussion.
M. Jolin-Barrette :
Non, mais ils sont en... mais ils sont en démarche pour se franciser.
Mme Ghazal :
Puis quand ça prend 20 ans pour apprendre le français?
M. Jolin-Barrette :
Bien, écoutez, il faut que les efforts soient là pour faire en sorte puis
il faut qu'ils démontrent une généralisation de l'utilisation du français au
fur et à mesure. Donc, il y a des délais à respecter à l'intérieur des
programmes de francisation.
Mme Ghazal :
O.K. J'ai hâte de... qu'on arrive à... j'ai un amendement qui est déjà
déposé sur Greffier, donc j'imagine que le ministre en a pris connaissance,
qu'on ait la discussion, parce qu'en ce moment il y a des grandes entreprises
qui ont des dérogations par rapport au fait que leurs hauts dirigeants parlent
français.
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est sûr qu'Air Canada ne sont pas assujettis encore à la
loi 101 parce que le projet de loi n'est pas adapté.
Mme Ghazal :
Et Couche-Tard, est-ce qu'ils sont assujettis à une dérogation pour que
leurs hauts dirigeants puissent apprendre le français même s'ils sont là depuis
14 ans?
M. Jolin-Barrette :
Ils ont un programme de francisation.
Mme Ghazal :
Ça ne marche pas.
M. Jolin-Barrette :
Il faut travailler plus fort.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...204.29.1. On en discutera lorsqu'on sera
rendus à votre amendement.
Mme Ghazal :
Mais, si, par exemple... Ce que je comprends, c'est que, si je dépose un
amendement qui ressemble exactement à celui pour une municipalité mais que
c'était «entreprise privée», il serait accepté par le ministre puisqu'il
ressemblerait à un
article qu'on aurait déjà adopté.
M. Jolin-Barrette :
Bien non, mais on l'a déjà, l'article. Il est à 152.1. On l'a adopté
ensemble. Je pense même... Vous avez sûrement voté pour. Il est à 152.1.
Mme Ghazal : Mais ça n'incluait
pas l'affaire des hauts dirigeants. Mais ce n'est pas grave, je vais revenir.
M. Jolin-Barrette : Mais on a
déjà fait ce débat-là.
Mme Ghazal : Mais
je n'ai pas eu de réponse satisfaisante.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais...
Mme Ghazal : Un haut dirigeant
est là pendant 14 ans, il ne parle pas la langue française, c'est accepté.
On va être patient, on va être patient. Un immigrant arrive, six mois plus
tard, il faut qu'il parle français comme si c'était sa langue maternelle.
M. Jolin-Barrette : Non, ce
n'est pas ça du tout, là. Il ne faut pas mélanger les pommes avec les oranges
puis les bananes. Ce n'est pas du tout la même affaire.
Mme Ghazal : C'est vrai que ce
n'est pas la même chose, un réfugié qui arrive au Québec puis un haut dirigeant
de Couche-Tard qui est ici depuis 14 ans puis qui parle juste anglais.
M. Jolin-Barrette : Bien, il ne
faut pas mélanger les choses, parce que votre proposition est de dire :
Écoutez, les gens qui sont dans une démarche
de francisation, que ça soit des hauts dirigeants, des employés ou des cadres
subalternes... Avec votre prémisse, là, dans
le fond, ce qu'on devrait dire, là... bien, ce que vous souhaitez, c'est de
dire : Bien, on va mettre du monde
dehors de leur emploi parce qu'ils ne parlent pas français, même s'ils sont en
démarche de francisation.
Mon souhait le plus
profond, là, c'est que tout le monde puisse s'exprimer en français au Québec,
puis on les accompagne, puis Francisation Québec va être là justement pour amener
ça, pour aller dans les entreprises, tout ça. On est tributaires d'une
situation, qui existe depuis fort longtemps, où est-ce qu'il y a eu du laxisme.
Je suis d'accord avec vous, là, ça n'a pas d'allure, là, ça n'a pas d'allure,
mais vous me demandez que moi, je mette dehors des dirigeants d'entreprise parce qu'ils ne parlent pas français.
Ils doivent parler français, mais je n'irai pas congédier des gens. Et je
ne pense pas que vous trouvez que ça aurait de l'allure que je me mette à
congédier du monde dans des entreprises privées, là...
Mme Ghazal : Mais, si on
revient à 204.29.1, c'est quoi, la conséquence si ce n'est pas respecté?
M. Jolin-Barrette : Non,
mais je veux juste terminer, là. Prenons le cas, là... Vous avez une personne
immigrante, là, qui arrive ici, là, qui ne parle pas français, qui décide de
fonder son entreprise, qui emploie, je ne sais pas, 50, 100 personnes, puis ce n'est pas sa langue maternelle, le français,
puis, dans... mais il y a un programme de francisation, puis il va apprendre le
français. Voulez-vous que, pendant qu'il ne parle pas français, il ne puisse
pas diriger son entreprise?
Mme Ghazal : ...pas
besoin d'inventer des cas, peut-être... probablement, qui existent. Je parle
d'un cas qui existe et j'ai même le nom du monsieur. M. Hannasch ne
parle pas français alors qu'il est ici depuis 2014, et c'est le P.D.G. de Couche-Tard. Donc, lui, il existe, ce monsieur-là.
On fait quoi? Ce n'est pas moi, la ministre, c'est... Le ministre est devant
moi.
M. Jolin-Barrette : Bien, on
l'accompagne, on l'accompagne avec le programme de francisation, justement,
pour qu'il puisse apprendre le français puis on va mettre tous les efforts pour
l'accompagner dans son apprentissage du
français, parce que, chez Couche-Tard, comme dans toutes les entreprises, il
faut qu'à tous les niveaux la généralisation du français soit présente.
Mais...
Mme Ghazal : Vous savez ce
qu'il se passe dans cette entreprise-là, chez Couche-Tard?
M. Jolin-Barrette : Mais je
n'irais pas congédier...
La Présidente (Mme Thériault) : ...je
vais intervenir dans le débat, je m'excuse. On n'est absolument pas du tout sur
le 204.29.1. Donc... Parce que je sens que le ton monte un petit peu. Je
comprends qu'on peut s'enflammer sur des sujets aussi sensibles que la langue.
Je comprends les propos. Je ne veux pas... Je ne veux pas m'immiscer dans un
débat, mais j'aimerais bien qu'on revienne au 204.29.1, parce qu'on pourra plus
loin... j'imagine que vous avez un amendement, et ça sera certainement le temps
d'en discuter, de défendre chacun vos points de vue et vos positions. Donc, je
voudrais juste qu'on revienne sur l'essence de l'amendement qui a été déposé
par le ministre, qui parle de retenir des subventions, de suspendre des
subventions si les gens ne sont pas conformes avec la
loi sur la charte.
Donc...
Mme Ghazal : Bien, c'est ça qui
a attiré mon attention quand on a parlé des subventions. Puis ce que je
comprends du ministre, c'est qu'il dit qu'à partir de maintenant, à cause de
l'article qu'il a lu puis qu'on a déjà fait, qui ne ressemblerait pas
exactement à ça mais qui dirait un petit peu la même chose, pour les
municipalités, mais pour les entreprises... qu'un haut dirigeant, oui,
peut-être qu'il devrait être mis à la porte, parce que, sinon, ce sont ses
employés qui vont être mis à la porte parce qu'ils ne pourront pas discuter
avec lui. C'est ça, la réalité.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
est-ce que j'ai d'autres commentaires sur le 204.29.1? Oui, Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien, je vais vous
faire une proposition constructive, c'est-à-dire de suspendre jusqu'à tant que
mon collègue de La Pinière ait sa réponse sur qu'est-ce qu'une subvention,
question fondamentale, s'il en est, dans notre société, qu'est-ce qu'une subvention,
et puis on pourrait passer à, tout simplement... on en a tellement d'autres,
articles, là, qu'on... puis on reviendrait avec la belle définition à
15 heures, et puis là on pourrait... même si... Ah! non, je n'ai pas le
droit de dire ça.
M. Jolin-Barrette : ...45 secondes
d'avoir la réponse.
La Présidente (Mme Thériault) : En
attendant que vous ayez la réponse, M. le ministre, je veux juste porter à
votre attention, dans votre commentaire, vous dites :
«L'article 204.29.1 entrera en vigueur un an après la sanction du projet
de loi.» J'imagine qu'on aura aussi un amendement plus loin dans la mise en
vigueur, parce que, là, il n'y a rien qui est prévu que ça, ça rentre... comme
tel, ce n'est pas écrit nulle part, puis ça dit que ça va entrer en vigueur
juste un an. Donc, normalement, si vous déposez un nouvel article, et c'est ce
que vous avez fait ici, vous créez un nouvel article, j'aurais besoin d'un
amendement plus loin dans le projet de loi pour que ça puisse rentrer en
vigueur. Juste que vous le prévoyiez plus loin.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Donc, ce qu'on me dit, c'est avec l'exemplarité de l'État, puis, dans le fond,
tous les articles du projet de loi...
en fait, tout ce qui est rattaché à l'exemplarité de l'État... Mais on va
vérifier, Mme la Présidente, oui.
La Présidente (Mme Thériault) : ...juste
pour s'assurer, parce que, là, c'est un nouvel article, donc il n'est pas
énuméré. Puis, dans votre
article 114, bien, ce n'est pas nécessairement
tous les articles qu'on est en train d'adopter dans le 204, là, qui sont...
M. Jolin-Barrette : Qui
rentrent en vigueur.
La Présidente (Mme Thériault) : ...qui
vont entrer en vigueur ou qui ont besoin d'une date en vigueur.
M. Jolin-Barrette : Mais, si...
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, c'est juste par souci de clarification.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
on va vérifier.
La Présidente (Mme Thériault) : S'il
vous plaît. Parfait. Avez... dans 45 secondes est passé. Est-ce que vous
avez eu votre réponse?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors... Donc... Bien, en fait, l'article 57 de la
Loi sur
l'administration financière ne définit pas nécessairement les subventions ni
l'aide financière. On dit, à l'article 57 de cette loi : «Le
gouvernement peut, par règlement, déterminer les cas où l'attribution de
subventions ou d'une autre forme d'aide financière doit être soumise à
l'autorisation du gouvernement ou du Conseil du trésor. Le gouvernement ou le Conseil
du trésor, selon le cas, peut assortir l'autorisation de conditions.
«Dans les cas où une subvention ou une forme
d'aide financière est soumise à une autorisation, le bénéficiaire doit faire
rapport de son utilisation...»
Et on nous
indique également... Donc, c'est une «somme d'argent que l'État, une
collectivité locale ou un organisme privé accorde à un groupement, une
association, une entreprise ou une personne pour favoriser le développement d'activités
d'intérêt général». Donc, une subvention...
M. Jolin-Barrette : Allez-y.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député, allez-y.
M. Barrette : Mme la
Présidente, le ministre nous a habitués à sa connaissance encyclopédique du
droit ainsi que de l'histoire du Parlement — c'est
un compliment que je fais, là — et
là disons que les paroles qu'il vient de prononcer ne sont pas sorties
spontanément de sa bouche encyclopédique. Et moi, je ne suis pas sûr d'avoir
tout compris, là. Ça fait que la suggestion que je ferais à cette étape-ci, Mme
la Présidente, c'est de nous imprimer ça pour qu'on puisse le regarder, puis
réfléchir là-dessus, puis revenir à 15 heures et peut-être poser nos
questions.
M. Jolin-Barrette :
Article 57
de la
Loi sur l'administration publique.
M. Barrette : Oui. Puis «enter»
sur «print» sur son ordinateur, puis ça peut être imprimé, puis on pourrait...
M. Jolin-Barrette : Je n'ai pas
de... Ce n'est pas un ordinateur. Dans le fond, on est numériques maintenant...
M. Barrette :
Bien non, on peut se lier à l'imprimante, là. Bien, bref, ma suggestion
demeure. Est-ce que le ministre serait d'accord, compte tenu de la certaine
complexité de ce texte, qui... je comprends, qui vient de la loi, là... Juste
nous l'imprimer, on part avec, puis on en reparle à 15 heures.
M. Jolin-Barrette :
Bien, je vous donne la référence :
article 57 de la
Loi sur
l'administration publique. Vous avez vos appareils électroniques que
l'Assemblée nationale vous fournit.
M. Barrette :
O.K. Et vous, vous avez une armée qui peut vous imprimer ça là, là. Ce
n'est pas compliqué, là, la demande que je fais, là.
D'ailleurs, Mme la
Présidente, si je calcule bien, il reste encore neuf minutes pour l'imprimer,
là. Vous avez... C'est comme L'homme de six millions , là, vous ne l'avez
pas connu, vous êtes trop jeune, là, c'est : Nous avons la technologie et
nous pouvons le réparer, et, dans le cas présent, l'imprimer, là. Ou envoyez-le
par courriel, d'abord.
M. Jolin-Barrette :
On peut mettre sur le site de la commission au Greffier. On va envoyer le
lien.
M. Barrette :
Tiens, déposez-le électroniquement, et nous allons être très heureux,
pourvu qu'on n'ait pas à le chercher, qu'on puisse faire «on» et regarder, là.
La Présidente
(Mme Thériault) : Le lien sera sur Greffier.
M. Barrette :
Est-ce qu'il y a des paragraphes? Y a-tu de tel paragraphe à tel paragraphe?
La Présidente (Mme Thériault) : Merci,
M. le ministre. Donc, je comprends que vous nous copiez l'article, vous nous copiez l'article, qui sera sur... disponible
sur le site Greffier par le secrétariat, du moment qu'il sera reçu par les
adjoints.
M. Barrette :
...suspendre l'amendement et poser les questions...
Mme David :
...là. Ce n'est pas déjà rendu?
M. Jolin-Barrette :
Aviez-vous d'autres questions en lien avec l'article?
M. Barrette :
Bien, il faut je le lise et je réfléchisse, parce que j'ai regardé ça...
Puis vous-même, M. le ministre, vous aviez... vous avez lu ça avec une
certaine, disons...
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est parce que, savez-vous quoi, je fais deux choses en même
temps...
M. Barrette :
Moi aussi.
M. Jolin-Barrette :
...je vous écoute, je vous parle puis je lis en même temps. Donc, je suis
hyperstimulé. Ça fait que c'est sûr que...
M. Barrette :
M. le ministre, je peux vous assurer que, quand vous l'avez lu, on n'a pas
dit un mot, personne.
M. Jolin-Barrette :
Non, mais j'écoute pour savoir si vous allez avoir une intervention.
M. Jolin-Barrette :
Je suis à votre entière disponibilité.
M. Barrette : Bien, c'est merveilleux.
Alors, on va le regarder. Puis on peut le suspendre, puis revenir là-dessus
à 15 heures, et continuer sur autre chose.
M. Jolin-Barrette :
Mais, je pense, la députée de Marguerite-Bourgeoys a des questions.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mais la députée de Marguerite-Bourgeoys a une
question à poser au ministre en attendant que le... l'article soit disponible
sur Greffier.
Mme David :
Bien, c'est parce qu'on est déjà curieux, puis là plus on pose de
questions, plus ça génère des autres hypothèses. Puis, comme on a géré pas mal
de choses dans l'État, bien, ça... Alors, moi, la Caisse de dépôt, par exemple, là, qui doit bien donner des subventions,
la SODEC en donne, le CALQ... enfin, il y a des... plein d'organismes qui donnent des subventions, ils sont totalement
liés? C'est le ministre qui intervient dans un organisme d'État pour
retirer ou retenir une subvention à un théâtre, par exemple, parce qu'il serait
prouvé que la SODEC a donné une subvention et que le théâtre n'a pas... ne
répond pas à la Charte de la langue française, admettons, là, qu'il y a
vraiment un litige?
M. Jolin-Barrette : ...supposons,
le ministère de la Culture envoie une somme à... une subvention, on peut
retenir la subvention, effectivement.
Mme David : Oui, mais là c'est
parce qu'il y a un intermédiaire. Par exemple, les sociétés d'État qui sont
sous le ministère de la Culture, il y en a 12 ou 13, là, ça peut être autant un
musée, par exemple. Admettons que le musée, il gère des millions de
construction, de toutes sortes d'affaires...
La Présidente (Mme Thériault) : ...qui
décide, c'est l'organisme.
Mme David : C'est l'organisme.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est ça. Il y a une différence.
Mme David : C'est l'organisme
qui décide des subventions. C'est même un organisme subventionnaire, on appelle
ça comme ça. Alors là, je suis un petit peu mêlée, parce que ça veut dire
qu'ils sont soumis à cette mesure-là.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
excusez-moi.
M. Jolin-Barrette : ...dans un
document Word, puis envoyez-le au secrétariat.
La Présidente (Mme Thériault) : S'il
vous plaît. Merci. Donc, on comprend que ça sera le copier-coller dans un
document Word et envoyé au secrétariat pour qu'on puisse le rendre disponible à
des fins de lecture.
Et la députée de Marguerite-Bourgeoys a posé une
question par rapport aux autres organismes qui donnent des subventions, qui ne
sont pas sous la responsabilité d'un ministre.
La Présidente (Mme Thériault) : Parce
qu'il y a un... il y a une indépendance de certains organismes qui donnent des
subventions. C'est ce qu'on comprend. Ici, ce qu'on a, c'est un organisme qui
touche le monde municipal, mais la question de la députée, c'est par rapport
aux autres subventions qui peuvent être versées par des organismes et que le
ministre n'a pas un mot à dire.
M. Jolin-Barrette : ...mais,
dans le fond, là, c'est régi, l'administration de l'État inclut les ministères
et organismes. Donc, quand on était à 152.1, l'administration, ça inclut
également vos sociétés d'État. Donc, exemple : «L'administration ne peut
conclure un contrat avec une entreprise à laquelle s'appliquent les
dispositions de la
section [III] ou lui octroyer une subvention», si
l'entreprise ne possède pas. Ça fait que, exemple, supposons, le théâtre, qui
est une entreprise, puis là...
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
le Conseil des arts ou le... c'est ça, bien, ne pourra pas contracter ou ne
pourra pas octroyer la subvention à cet organisme-là s'ils ne sont pas en
conformité avec la Charte de la langue française, qui sont prévus à 152.1.
Mme David : Ça, ce n'est pas
dans l'amendement ici, ça.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
l'amendement, ça, c'est juste les municipalités.
Mme David : Oui, mais la
question de ma collègue était donc bien pertinente aussi, parce que la même
chose s'applique à... Donc, les tiers peuvent être visés, et c'est... c'est le
ministre de la Langue française qui va dire au CALQ, par exemple, ou qui va
dire à la ministre de la Culture : Vous devez suspendre parce qu'il y a
vraiment... on est rendu à une impasse, avec toutes les étapes dont vous
parlez.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
il n'y a personne qui dit quoi que ce soit. Dans le fond, l'administration,
eux-mêmes se gouvernent par le régime de 152.1. «L'administration ne peut
conclure un contrat», ça fait que ça ne passera pas par le ministre de la
Langue française. Lui-même, là, le...
Mme David : Ça va être... Le
CALQ lui-même, dans ce cas-ci, qui est un organisme subventionnaire
essentiellement, va devoir appliquer la charte à ce moment-là.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : O.K. O.K. Et c'est
les mêmes dispositions, copiées-collées, puisqu'on est dans la technologie, Mme
la Présidente... c'est un peu copié-collé à ce que vous dites là, retenir la
subvention.
M. Jolin-Barrette :
Pour?
Mme David : Pour 150...
l'autre, là.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
c'est différent, parce qu'à 152.1 c'est l'administration, notamment, qui contracte et qui donne des subventions. Donc,
c'est plus large parce que c'est en lien avec le programme de
francisation, c'est en lien avec l'inscription, c'est en lien avec l'aide
financière qui est donnée à des tiers qui ne font pas
partie de l'État.
Mme David : Pas ça que j'ai
compris.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, là...
Mme David : La francisation
du... d'un théâtre, par exemple, là? Je parle toujours du CALQ.
M. Jolin-Barrette : Non, mais,
exemple, là, supposons que vous avez un théâtre qui veut une subvention d'un
organisme qui relève de la ministre de la Culture, O.K., cet organisme-là, la
société de... Conseil des arts?
Mme David : Conseil des arts et
des lettres du Québec.
M. Jolin-Barrette : Bon.
Conseil des arts et des lettres veut donner une subvention au théâtre... au...
M. Jolin-Barrette : Pardon?
M. Jolin-Barrette : Au
Prospero. Bon. Bien là, si le théâtre ne respecte pas son programme de
francisation, ne respecte pas son inscription, puis tout ça, le Conseil des
arts et des lettres ne pourra pas lui donner la subvention parce qu'il ne se
conforme pas à la Charte de la langue française.
Mme David : O.K. Puis là on est
dans le modèle entreprises à ce moment-là. En fait, c'est...
M. Jolin-Barrette : Exactement.
On est à 152.1.
Mme David : Tandis que, dans
votre amendement municipalités...
M. Jolin-Barrette : C'est juste
les municipalités.
Mme David : ...c'est les municipalités
qui donnent des contrats...
M. Jolin-Barrette : Non,
c'est le ministère... c'est les ministères qui donnent une subvention aux
municipalités.
Mme David : Aux municipalités.
M. Jolin-Barrette : Exemple,
ministère des Transports pour un bout de route, ministère des Affaires
municipales, ministère des Finances...
Mme David : C'est parce qu'il y
en a eu, des enjeux comme ça, là. Il y en a eu, des enjeux. Je parlais hier
d'une construction d'un gros hôpital, là. C'en est un, exemple, ça? Ça serait
le... Oups! Il n'est plus là, mon collègue.
M. Jolin-Barrette : Mais ça, ce
n'est pas... ce n'est pas la municipalité.
Mme David : Non, c'est vrai,
c'est vrai, c'est vrai.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, le maître d'oeuvre... le maître d'oeuvre, c'était le CIUSSS.
Mme David : C'est vrai, c'est
vrai. Donc, vous aviez oublié un aussi gros morceau... pour conclure, il nous
reste une minute, vous aviez oublié tout ce morceau-là des municipalités. Je
reste encore un peu surprise de ça.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, on ne peut pas penser à tout. L'important, c'est que tous les...
Mme David : Mais il y en a-tu
d'autres, là? Est-ce que vous êtes en train, encore, de chercher? Parce qu'on
avance, quand même.
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, les amendements sont déjà sur le site Greffier.
Mme David : Oui, mais il y en
a-tu... Vous continuez. On sait que vous ne dormez pas. Donc, il peut y avoir
d'autres inspirations encore plus tard.
M. Jolin-Barrette : Je
ne peux pas vous garantir que, d'ici l'adoption du projet de loi, je vais
arrêter de réfléchir.
Mme David : Bien, des fois...
M. Jolin-Barrette : Donc, le
projet de loi, il est pas mal complet. Mais, si vous me dites : Simon,
garantissez-moi que vous ne déposerez aucun autre amendement...
Mme David : Non, mais, je veux
dire, des gros morceaux comme ça, quand même, là.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
non.
Mme David : Il me semble que
vous avez fait le tour, là, non?
M. Jolin-Barrette : Oui, j'ai
pas mal fait le tour, mais je suis ouvert aux suggestions si vous en avez.
Mme David : Bien non, mais
là...
La Présidente (Mme Thériault) : Et
je vais vous suggérer, puisqu'il est rendu 13 heures, de suspendre nos
travaux. Je vous souhaite bon appétit. Nous reprendrons nos discussions cet
après-midi, 15 heures. Bon appétit.
(Suspension de la séance à 13 heures)
La Présidente (Mme Thériault) : Votre
attention, s'il vous plaît. Votre attention, s'il vous plaît. Donc, la
Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 96,
Loi sur la langue officielle
et commune du Québec, le français.
Lors de la suspension de ce midi, la commission
en était à l'étude du nouvel
article qui avait été introduit par le ministre à
204.29.1. Il y avait eu des questionnements par... de la députée de
Marguerite-Bourgeoys ainsi que du député de La Pinière. Et, du côté
ministériel, on avait fait parvenir l'article 57 sur l'administration
publique pour clarifier le questionnement, c'est bien ça?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
La Présidente (Mme Thériault) : Et
c'est disponible sur Greffier pour les parlementaires, évidemment. Donc, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, vous
m'avez demandé la parole. Allez-y. Il vous reste à peu près quatre
minutes.
Mme David : Quatre minutes,
hein, ce n'est pas beaucoup, ça. Ce n'est pas beaucoup, mais je vais essayer
d'aller droit au but. Il ne me reste pas grand-chose à dire par rapport à cet
amendement-là, sinon que je pense que je vais prendre le temps qu'il me reste
pour lire une correspondance qu'on a reçue aujourd'hui, en fait, de la FQM et
de l'UMQ, Fédération québécoise des municipalités et Union des municipalités du
Québec. Et je vous la lis, madame... elle
vous est adressée, d'ailleurs, Mme la Présidente : «On a porté à notre
attention le contenu d'un amendement déposé par le ministre responsable de la Langue française à l'article 114 du
projet de loi n° 96. À
titre de présidents des deux
associations représentant la totalité des municipalités du Québec, nous
désirons vous communiquer notre profond désaccord avec le contenu de ce texte
soumis aux membres de votre commission sans consultation préalable.
«Nous
comprenons que le gouvernement désire modifier la loi, mais la solution retenue
ne doit pas être excessive. En effet, l'idée de retenir des subventions
d'un ministère autre que celui où s'exerce l'autorité du ministre constituerait
une atteinte importante à l'autonomie municipale et pourrait provoquer des
problèmes majeurs pour la réalisation de projets souvent essentiels aux
communautés. Pour cette raison et d'autres nombreuses, nous ne pouvons accepter
cette proposition du ministre. Aussi, nous demandons aux membres de la
commission de ne pas procéder à son adoption.
«Nous vous remercions, Mme la Présidente, de
l'attention que vous porterez à la présente.» C'est signé Jacques Demers et
Daniel Côté, respectivement présidents des deux associations.
Alors, je vous l'ai dit, Mme la Présidente, moi,
je ne suis pas une spécialiste de ça, mais, quand je vois que c'est
l'ensemble... la totalité des municipalités qui disent, un, on trouve ça
excessif et, deux, on n'a pas été consultés, moi, c'est peut-être même le deux
qui, je trouve, est le plus inquiétant, c'est-à-dire pas consulté. Puis, s'ils
avaient été consultés, est-ce que ça aurait été excessif ou plus ajusté? Je ne
le sais pas, mais, au moins, ils n'auraient pas la frustration de ne pas avoir
été consultés.
Alors, je trouve ça
inquiétant, inquiétant, parce que, quand on fait un projet de loi, je sais
qu'on peut penser à des idées au fur et à mesure, mais ce n'est pas tout de
rencontrer le ministre. Une ministre ou un ministre, il ne parle pas au nom de
la FQM puis de l'UMQ, alors qu'eux sont des élus aussi, mais qui sont, je ne
sais pas, vous le savez mieux que moi, combien il y a de municipalités, si on
additionne les deux, là...
M. Jolin-Barrette : 1 100.
Mme David : 1 100, c'est
du monde, ça, et ils sont tous contre cet amendement-là. Donc, moi, je lis ça, j'entends ça puis je dis... ce que je retiens,
c'est : Pas de consultation, attention, gens de partout au Québec, pas
contents. C'est ce que je peux dire, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : J'ajouterais
que la correspondance a été versée au site Greffier puisqu'elle a été adressée
ce midi. M. le ministre, ça va?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je n'ai rien à ajouter, là. Le même pouvoir se retrouve dans la Loi
sur le ministère des Affaires municipales. Honnêtement, Mme la Présidente, on
est ici pour faire un projet de loi en matière de langue française pour
s'assurer que la charte soit appliquée. Il n'y aura pas de problème si tout le
monde se conforme. Alors, l'amendement qui est là, c'est un pouvoir qu'on ne
souhaite pas utiliser, mais qui sera disponible. Alors, je m'explique mal que
les unions reçoivent cet amendement-là de cette façon-là, considérant le fait
que tout le monde va se conformer, j'en suis persuadé.
Mme David : Bien, je vais vous
répondre que, si vous les aviez entendues, j'imagine que vous auriez eu un bel
échange, une belle communication, et que ça aurait peut-être adouci beaucoup,
beaucoup. C'est parce que, là, ça met bien du monde à dos. Moi, ce n'est pas
moi qui va être qui va... Je ne me les suis pas mis à dos, c'est vous qui
risquez d'avoir des petites suites à ça, parce que c'est beaucoup, beaucoup,
beaucoup de monde.
M. Jolin-Barrette : Je peux
vous assurer que je suis convaincu qu'ils ne sont pas à dos et qu'ils font leur
travail, l'UMQ et la FQM, et qu'ils disent qu'ils veulent le moins de règles
possible et le moins d'articles possible. Puis, écoutez, les unions font leurs
représentations. Je les ai entendues, je les ai écoutées. Mais, pour la
pérennité du français, pour nous assurer d'avoir une structure qui est
cohérente, c'est nécessaire d'adopter cet article-là. Je crois que vous-même,
vous seriez assise dans mon siège, vous prendriez la même décision pour faire
en sorte d'avoir tous les outils dans la Charte de la langue française pour que
la charte s'applique. Peut-être que la façon dont vous l'auriez fait aurait été
différente, je vous le concède.
Mme David : Et je ne serai
jamais ministre de la Justice, ça, c'est sûr, mais...
M. Jolin-Barrette : Pourquoi
pas?
Mme David : Parce que je ne
suis pas avocate, voyons donc.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien,
traditionnellement, c'est vrai que ça a toujours été un juriste, mais ce n'est
pas une obligation. Voyez-vous...
Mme David : Ça, je n'en reviens
pas d'entendre ça.
M. Jolin-Barrette : ...voyez-vous,
je suis le Notaire général de l'État québécois, et c'est le seul endroit où
vous pouvez être aux deux en même temps.
Mme David : Notaire et juge?
Notaire et...
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, le ministre la Justice est avocat en chef et Notaire général. Or, à la
fois la
Loi sur le Barreau et la
Loi sur le notariat interdit de cumuler les
deux, sauf pour le ministre de la Justice. Alors, actuellement, je suis...
Mme David : Puis le ministre de
la Justice a le droit de cumuler tout, en plus: leader, Langue française,
régional...
M. Jolin-Barrette : Mais juste
ces deux affaires-là. Mais ça, c'est autre chose.
Mme David : Alors, Mme la
Présidente, ça va, mais... Ça va, mais, évidemment, moi, je note ça. Et puis,
effectivement, le ministre le dit très bien, j'ai une autre approche, disons,
dans mon travail.
La Présidente (Mme Thériault) : D'autres
commentaires sur l'article 204.29.1? Si je n'en ai pas d'autre, on va le
mettre aux voix. Est-ce que l'article 204.29.1, déposé par le ministre,
est adopté?
M. Jolin-Barrette :
Je vais vous demander un vote par appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Thériault) : Un
vote par appel nominal, certainement. Mme la secrétaire, un vote par appel
nominal.
La Secrétaire : Veuillez répondre
pour, contre ou abstention. M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Pour.
La Secrétaire : M. Lévesque
(Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
M. Émond... Pardon. M. Thouin (Rousseau)?
La Secrétaire : Mme Proulx
(Côte-du-Sud)?
Mme Proulx (Côte-du-Sud) :
Pour.
La Secrétaire : M. Poulin
(Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire : Mme Ghazal
(Mercier)?
La Secrétaire : Et Mme Thériault
(Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme Thériault) : Sans
surprise, abstention. Donc, l'amendement est adopté. Nous serions prêts à
passer à l'article suivant. Donc, M. le ministre, 204.30, qui sera le dernier
article du
chapitre II. Allez-y.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Un
manquement à une disposition de la présente loi ou d'un règlement pris pour son
application, autre qu'aux articles 78.1 à 78.3 ou 176, commis dans
l'exercice de ses fonctions par un fonctionnaire visé à l'article 1 de la
Loi sur la fonction publique ou par un administrateur public visé à
l'article 3.0.1 de la
Loi sur le ministère du Conseil exécutif est réputé
être un manquement aux normes d'éthique et de discipline ou, selon le cas, aux
normes d'éthique et de déontologie qui lui sont applicables et est passible des
mesures disciplinaires prévues pour un tel manquement.
«De plus, tout organisme de l'administration
doit établir des mesures disciplinaires propres à prévenir et à sanctionner un
tel manquement commis, dans l'exercice de ses fonctions, par un membre de son
personnel, autre qu'un fonctionnaire ou un administrateur public visé au
premier alinéa.»
Commentaires.
L'article 204.30 de la Charte
de la langue française que propose l'article 114 du projet de loi vise à ce que les manquements aux dispositions de
la charte commis par le personnel d'un organisme de l'administration soient passibles de sanctions disciplinaires
plutôt que de faire l'objet d'ordonnances de l'office ou de poursuites
pénales.
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
pas de questions ou commentaires? Donc, s'il n'y en a pas, nous serions prêts à
passer à l'autre section. M. le ministre,
chapitre III, les dispositions
pénales, avec l'article 205.
M. Jolin-Barrette : Oui.
«Quiconque contrevient à l'un des articles 78.1 à 78.3 ou 176 ou à une
ordonnance rendue par le ministre en vertu de l'article 128.3 ou par
l'office en vertu de l'article 177 commet une infraction est passible,
dans le cas d'une personne physique, d'une amende de 700 $ à
7 000 $ et, dans les autres cas, d'une amende de 3 000 $ à
30 000 $.
«Une poursuite pénale ne peut être intentée
contre une personne lorsque le manquement qui lui est reproché est passible des
mesures disciplinaires visées à l'article 204.30.»
Commentaires.
Le nouvel
article 205 de la Charte de la langue française prévoit les
sanctions pénales pour certains manquements à ses dispositions. Les manquements
pour lesquels les dispositions actuelles de la charte ne prévoient pas de mise
en demeure préalable sont toujours passibles de telles sanctions. Les autres
manquements ne sont plus directement passibles de sanctions pénales, puisqu'ils
peuvent faire l'objet d'ordonnance de l'office ou, dans les cas de certains
organismes de l'administration, du ministre. En ces cas, le défaut de se
conformer à l'ordonnance qui est passible de sanctions pénales.
Le deuxième alinéa de
l'article 205 prévoit que le manquement passible de mesures disciplinaires
n'est pas passible de sanctions pénales.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions
ou commentaires sur l'article 205? Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Oui. Bien, écoutez, je m'aperçois que vous avez comme indexé, dans
le fond, les amendes. Dans la charte actuelle, c'est 600 $ à
6 000 $ pour une personne physique, puis une personne morale, c'est
1 500 $ à d'au plus 20 000 $. Et puis, après ça, bon, bien,
on parlera parce que là, je pense que vous l'avez enlevé puis vous l'avez mis après, à 207. Et je pense que la collègue un
amendement, parce que c'est là qu'on parle des amendes qui sont portées
au double, et tout ça, en cas de récidive. Alors, ça, on le traitera plus loin.
Mais est-ce que c'est comme ça que vous avez réfléchi à la chose, de 600 $
à 6 000 $ devient 700 $ à 7 000 $, puis de
3 000 $ à 30 000 $ était 1 500 $ à
20 000 $?
M. Jolin-Barrette :
Oui. Bien, en fait, il y a eu une actualisation des amendes en fonction des
barèmes qui sont établis, là. C'est assez complexe, là, comme... en termes de
gravité objective de l'infraction, là. Il y a...
Mme David :
...de 600 $, ça devient 700 $, minimum.
M. Jolin-Barrette :
C'est ça.
Mme David :
Est-ce que je dois comprendre... Et là c'est un... pure curiosité,
600 $, c'est là depuis 1977, ou ça a été indexé, ça?
M. Jolin-Barrette :
Bonne question. C'est là...
Mme David :
Parce que je trouve que ça n'augmente pas beaucoup en 45 ans.
M. Jolin-Barrette :
On me dit que ça a été indexé à plusieurs reprises.
Mme David :
Ah! Voilà. Donc, ce n'est pas un chiffre, 600 $, là, qui date de 1977,
M. Jolin-Barrette :
...regarde sur Légis Québec...
La Présidente
(Mme Thériault) : Puis techniquement il y a toujours du
comparable entre les types d'amendes pour que ça soit à peu près l'équivalent,
tout dépendant des fautes.
M. Jolin-Barrette :
La dernière fois, c'était en 2010. Donc, l'article, là, il a été modifié
par rapport aux amendes, là, 1977, bon, 1986, 1990, 1991, 1993, 1997, 2010.
Mme David :
Donc, 2010 à 2022, ça passe de 600 $ à 700 $...
M. Jolin-Barrette :
Oui.
Mme David :
...c'est un simple calcul d'indexation.
M. Jolin-Barrette :
D'actualisation, effectivement.
Mme David :
O.K. Je n'ai pas d'autre commentaire.
La Présidente
(Mme Thériault) : Pas d'autres commentaires? Oui, Mme la députée
de Mercier.
Mme Ghazal :
Oui. On est bien juste, parce que j'ai eu un petit manquement, là, 205,
c'est ça?
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui, oui.
Mme Ghazal :
Ordonnances. Je sais que c'était à l'article 113 que ça avait été...
Il y avait tout un
chapitre sur les ordonnances. Est-ce que... Parce que j'ai
un amendement un peu plus loin. Et ce que je comprends... Parce que je veux augmenter... En fait, je vais en parler... je peux en
parler tout de suite, là. Je ne peux pas le déposer, là, mais le fait, c'est
d'augmenter encore beaucoup plus les amendes pour les entreprises qui ont des
hauts dirigeants qui ne parlent pas français. Et là... C'est là que je l'ai
placé à 207, parce que... en me disant que ça passerait par l'ordonnance. Mais
est-ce que c'est possible un peu d'expliquer un peu rapidement, là — je
sais que ça a déjà passé, là — ordonnances, ça veut dire quoi? Est-ce
que ça inclut que le fait qu'un haut dirigeant doit avoir une bonne
connaissance du français?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, oui. Dans le fond, j'ai expliqué la mécanique, je pense, à
la séance d'hier, tout ça. Avant, de la façon que la loi était constituée,
c'est qu'il y avait... Avant une poursuite pénale... Supposons, on est...
Allons-y à rebours, là, au bout, là. Vous êtes devant le juge, O.K. puis vous
avez votre procès parce que vous avez eu un constat d'infraction qui a été
émis. O.K. Vous êtes devant le juge. C'est le DPCP qui vous poursuit. On
remonte le temps, là. Avant que le DPCP autorise la plainte, donc le constat
d'infraction, ça a été dans les mains de l'OQLF. O.K.? Là, auparavant, comment
ça fonctionnait, avant d'avoir une poursuite pénale, l'OQLF devait vous envoyer
une mise en demeure, puis ensuite le dossier pouvait être transféré au DPCP
pour poursuites pénales. Là, on change un peu la structure, parce que le
concept de mise en demeure avec poursuites pénales, ça ne marche pas trop. Alors, ce qu'il va arriver... Supposons qu'il y a
une dérogation, on est au début, il y a une dérogation, c'est porté à
l'attention de l'OQLF. O.K. Là, l'OQLF va
appeler l'entreprise, supposons, puis va dire : Écoutez, vous êtes en
contravention avec la loi, on va vous accompagner. Démarches, échanges,
Francisation Québec, tout ça, on accompagne l'entreprise...
Mme Ghazal :
...14 ans.
M. Jolin-Barrette :
Pas nécessairement pendant 14 ans, mais un accompagnement. Parce que
ce qu'on veut ultimement, c'est que les gens
se forment. On ne veut pas juste donner des constats d'infraction. Ce n'est pas
le souhait, là, de l'OQLF, ce n'est
pas le souhait du gouvernement de Québec. Ce qu'on veut, c'est changer les
comportements puis que ça se passe en
français. Bon, aucune réceptivité de l'entreprise malgré les relances,
relances, relances, tout ça, ça ne marche pas.
Maintenant, on insère
un pouvoir d'ordonnance. Ça fait que l'OQLF va dire : Écoutez, chère
entreprise, j'ai l'intention de prendre une ordonnance contre vous. Donc, c'est
une ordonnance administrative. C'est un pouvoir qu'on vient conférer à l'OQLF
pour dire : Je vais émettre une ordonnance, une ordonnance de faire ou de
ne pas faire quelque chose. Donc là, l'OQLF
dit : Écoutez, là, je m'en viens dans deux semaines, là, j'ai un délai de
15 jours, veuillez m'envoyer vos commentaires, parce que j'ai
l'intention de prendre un acte administratif puis d'imposer une ordonnance.
L'entreprise dit : Ça ne m'intéresse pas. Au bout de 15 jours, l'OQLF
émet l'ordonnance, l'ordonnance dit : Veuillez faire ci, veuillez faire
ça. Si l'entreprise ne le fait pas, là, à ce moment-là, le fait de contrevenir à
l'ordonnance devient l'élément générateur de l'infraction, et ça, c'est
transmis au DPCP et ça fait en sorte que le DPCP peut prendre une poursuite
pénale à l'encontre de l'entreprise.
Donc, on a changé le
chemin pour arriver, supposons. Puis ce que ça fait, c'est que ça simplifie
beaucoup les choses, puis surtout, dans le fond, l'ordonnance aussi. Puisque
c'est un acte administratif, il peut être contesté au Tribunal administratif du
Québec, si jamais l'entreprise n'est pas d'accord. Ça fait que l'entreprise
peut faire valoir ses droits, le travailleur aussi, et tout ça, et là, ensuite,
ça s'en va au DPCP. Alors, à votre question, exemple, pour les hauts
dirigeants, supposons qu'ils ne respecteraient pas le programme de
francisation... Il y a un programme de francisation qui est établi, incluant
les hauts dirigeants à l'intérieur du régime, puis l'entreprise ne respecte pas
ce qu'il est prévu au programme de francisation, rappel, accompagnement, tout
ça, ne respecte pas ça. Là, à ce moment-là, il pourrait avoir une ordonnance de
l'OQLF qui dit : Veuillez respecter le programme de francisation qu'on a
établi. S'ils ne le font pas, ensuite, ça peut se traduire par une poursuite du
DPCP en matière pénale.
Mme Ghazal :
...désolée pour mon ignorance, mais ce n'est pas quelque chose qu'on
peut... Ça ne devient pas public ou ça devient public?
M. Jolin-Barrette :
Est-ce que l'ordonnance est publique? Je vais vous revenir revenez à savoir
si l'ordonnance est publique ou non. La poursuite, elle...
Mme Ghazal :
Ah! O.K. Je pensais que c'était, pour toutes les ordonnances, peu importe
quel ministère, c'était un peu la même chose.
M. Jolin-Barrette :
Mais l'ordonnance, c'est une décision individualisée à l'égard d'un
administré. Est-ce que l'OQLF va rendre ça public?
Mme Ghazal :
Par exemple, je ne sais pas si c'est des ordonnances que le ministère de
l'Environnement fait quand il y a quelque chose qui n'est pas permis ou une
infraction...
M. Jolin-Barrette :
Mais vous, vous parlez du régime de sanctions administratives pécuniaires,
les SAP, là?
Mme Ghazal :
Ah! je ne sais pas. Non, mais, des fois, par exemple, le ministre de
l'Environnement a ordonné, je me rappelle, à Hydro-Québec, d'arrêter les
travaux à Saint-Adolphe-d'Howard. Donc, il a fait quelque chose, mais je ne me
rappelle pas si c'est une ordonnance, le terme, ou autre chose.
M. Jolin-Barrette :
Oui, mais ça, c'est à cause, supposons...
Mme Ghazal : Parce qu'ils
contrevenaient à la
Loi sur la qualité de l'environnement.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
je vous donne un exemple, là. Dans le milieu municipal, il y a également, ça, là, en vertu de la
Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme.
L'article, on dit... C'est un article... Avant, j'en faisais. Est-ce
qu'il y a quelqu'un qui peut m'aider? Quand le... Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel,
Mme la Présidente.
Mme Ghazal : Bien là, se
rappeler des articles, aïe!
La Présidente (Mme Thériault) :
Mon Dieu! Vous faites appel à moi.
M. Jolin-Barrette : Je ne suis
pas fier, j'oublie des articles, mais c'est, exemple, en aménagement pour,
supposons, faire cesser un usage qui est dérogatoire à la
Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme, la municipalité a le pouvoir de prendre un...
Mme Ghazal : Pour comme
arrêter, ordonner? Il me semble que ça...
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
J'oublie l'article, j'ai un trou de mémoire.
La Présidente (Mme Thériault) : Je
ne connais pas les articles, mais vous avez raison par contre, oui, il y a un
pouvoir.
Mme Ghazal : Mais est-ce que ça
s'appelle ordonnance de faire quelque chose?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
l'équivalent d'une ordonnance. Dans le cadre de la Charte de la lang