Institutions — 9 June 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2021-06-09
Quebec — Committees
Le Président (M. Bachand) : Merci. Je vous rappelle qu'il a été convenu de
suspendre l'étude de l'amendement
visant à introduire l'article 36.1 proposé par le ministre. Nous avions également
suspendu les articles 78 à 85, 93, 96 et 100 du projet de loi.
Lors de l'ajournement
de nos travaux hier, nous en étions à l'étude de l'amendement proposé par le député
de La Pinière à l'article 113. Interventions? M. le député de La Pinière,
s'il vous plaît.
M. Barrette :
M. le Président, le ministre a été interrompu par vous, qui avez pris une
décision basée sur l'horloge, décision justifiée, d'ailleurs. Alors, comme le ministre
était dans une lancée, je lui... je serais très heureux de lui laisser le temps
nécessaire à la terminer.
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
député de La Pinière. M. le ministre, s'il vous plaît.
Caire : M. le Président, je... Lequel? Les deux en
même temps. Parfait. Allons-y. Si
vous m'entendez a cappella, M. le Président, c'est une question technique.
Ceci étant dit, M. le
Président, là, bien, je relève le défi, là. Il n'est quand même pas question
que je recule devant un challenge aussi intéressant.
Donc, M. le Président,
nous étions sur l'amendement que le député de La Pinière propose. La
prémisse de base du député de
La Pinière en ce qui concerne son amendement,
c'est de dire : Le projet de
loi... c'est-à-dire... oui, le projet de loi n° 64 vise une
codification de ce qui peut être fait avec des renseignements personnels, la
règle générale étant qu'on ne fait rien avec
des renseignements personnels sauf ce qui est autorisé. C'est ça qui est la
prémisse de base. Alors, le reste du projet de loi vise une codification de ce qui est autorisé avec l'utilisation des...
l'utilisation, communication,
gestion, destruction, archivage des renseignements personnels.
Dans le cas qui nous
préoccupe, l'article 28.1... Et, toute règle ayant ses exceptions, je
pense que celle-ci s'inscrit assez bien dans cette logique-là. Je m'explique.
De façon... Dans le respect de la loi, ce qui est dit... ce qui est amené, c'est-à-dire, par l'article 28,
c'est le droit... ce qu'on appelle le droit à l'effacement, le droit à
l'oubli, appelez-le comme vous
voulez, donc cette possibilité qu'on veut donner à nos concitoyens de faire en sorte
que ce qui est visible sur la toile, qui les concerne, puisse ne plus
l'être en fonction de certaines conditions, évidemment, que nous édictons à l'article 28.1,
et dans l'évaluation de certains critères, sept, qui sont, eux aussi, édictés à
l'article 28.1.
La logique... Une des
logiques, mais la logique principale de 28.1, c'est de dire : Avant de se
lancer dans une procédure judiciaire, donc... qui n'est pas exclusive, là, qui
n'est pas exclue, au contraire, par le projet de loi, mais, avant de procéder à
cette étape-là, on ouvre la porte au fait que le citoyen pourrait — je
dis bien «pourrait», parce que ce n'est pas
une obligation — pourrait
contacter l'entreprise concernée, faire une demande à cette entreprise-là de
désindexation ou de déréférencement.
L'entreprise a accès aux critères... c'est-à-dire aux conditions et critères
fixés par l'article, rend une décision.
Alors là, on a cette
obligation-là de rendre une décision. Pourquoi? Parce que la demande doit quand
même trouver écho chez l'entreprise. Je veux dire, là, on ne peut pas
dire : Bon, bien, j'ai reçu l'appel, je raccroche, puis je passe à d'autre chose, puis je fais comme s'il n'y
avait jamais eu cette demande-là. Ça, non. Donc, l'entreprise a cette
obligation-là de répondre, positivement ou négativement. C'est selon le
jugement de l'entreprise.
Certains ont décrié
ça, mais, en même temps, M. le Président, je réitère... Puis là on a utilisé
toutes sortes d'expressions qui ont été reprises par les collègues, de
gentleman's agreement, de médiation, de... Bon, l'idée étant, au-delà des termes qui sont utilisés... Puis,
hier, mon collègue de La Pinière nous a bien fait rire, je le confesse,
avec les exemples qu'il a... qui ont
coloré son intervention. Mais, sur le fond de l'intervention, je comprenais ce
qu'il voulait dire. Mais, dans les faits, M. le Président,
effectivement, on souhaite une démarche de bonne foi.
Puis
ça, ça va aussi un peu dans le sens de ce que mon collègue de LaFontaine
amenait comme préoccupation quant à des sanctions éventuelles qui pourraient
être permises, pouvoir... permis à la CAI par rapport à une entité — bon,
ici, parlons de l'entreprise privée puisque c'est de ça qu'il est
question — qui
serait de mauvaise foi dans ces
discussions-là. Mais, compte tenu de la nature de ce qu'on veut faire, on ne
peut pas aller là. Ça, c'est... Je pense que ça a été bien expliqué
au... je ne sais pas, en tout cas, j'imagine, à la
satisfaction du député de LaFontaine. Puis je pense que
Me Miville-Deschênes a été quand même assez clair aussi sur la difficulté
constitutionnelle que ça pourrait représenter.
Mais, sur le fond de
l'intervention du collègue de La Pinière, oui, ce qu'on souhaite, c'est une
démarche de bonne foi entre un demandeur et une entreprise qui reçoit la
demande, qui l'évalue en son âme et conscience, non pas de façon arbitraire,
mais en l'évaluant par rapport aux conditions qui sont édictées dans l'article,
en tenant compte des critères qui sont aussi
édictés dans l'article, qui va répondre au citoyen.
Il a l'obligation de répondre. Il ne peut pas laisser ça en suspens dans l'univers puis passer à
autre chose. Donc, il va répondre au citoyen, il a 30 jours pour le faire, et, à
partir de là, tout le reste, c'est la prérogative du citoyen.
Donc là, le député de
La Pinière dit : Bien, compte tenu du fait qu'on est dans un projet
de loi qui codifie tout, pourquoi
ne pas codifier cet aspect-là aussi? Alors, la réponse à cette question-là
très pertinente, elle est très simple : Parce que ce n'est pas nécessaire,
M. le Président. Il n'y a pas de nécessité de le codifier parce qu'il y a
déjà... on fait obligation de répondre à la demande, de donner une réponse à la demande.
Et donc, si la réponse est positive... Et donc, compte tenu qu'on est dans une
étape où la bonne foi se présume et que la réponse est positive, il ne
m'apparaît pas nécessaire de mettre un délai dans la loi.
Je dirais, à la
limite, le demandeur et l'entreprise pourraient s'entendre pour dire : Écoute,
tu penses que ça va être fait dans combien de temps? Bien, donne-moi une petite
semaine, donne-moi deux semaines, compte tenu de mes effectifs, ça peut peut-être être un
petit peu plus long, compte tenu
de la complexité du traitement, ça peut peut-être être un peu plus long. Alors, ça, c'est des
considérations que la loi ne peut pas connaître.
Et, compte tenu
aussi, M. le Président, du fait qu'on ne laisse pas le citoyen dans une situation
où il est sans recours, où il est démuni, où
il est à la merci du bon vouloir de l'entreprise... Ce n'est pas ça, la situation,
et c'est pour ça que je dis : Ce n'est pas nécessaire de le faire,
parce que le citoyen a toujours cette prérogative, à tout moment, en tout temps
et en toute circonstance. Et, quand je dis «en toute circonstance»,
c'est : Compte tenu qu'il peut être dans une
démarche avec l'entreprise, démarche de bonne foi où il demande à l'entreprise
de poser un geste, où l'entreprise évalue le geste, à chacun de ces
moments-là, rien ne l'empêche, rien ne lui interdit de se tourner vers la Commission
d'accès à l'information et de déposer, en bonne et due forme, une requête qui
va dans ce sens-là.
Donc,
le délai, c'est le citoyen qui en est le maître. C'est le citoyen qui le
contrôle, le délai. À partir de là, M. le Président, qu'est-ce que la
loi peut apporter de plus que de dire au citoyen : C'est vous qui allez
déterminer quels sont les délais acceptables? Le citoyen ne se pose pas ici en
victime... non, «victime», le terme est mal choisi, en spectateur intéressé
d'une situation qui échappe à son contrôle. Il n'est pas un spectateur
intéressé. Il a entre ses mains les outils
nécessaires à dire à l'entreprise, par exemple, situation hypothétique :
Écoute, moi, là, dans deux semaines, si ce n'est pas fait, je m'en vais
à la Commission d'accès à l'information, puis pas dans une perspective de
menace mais dans une perspective de
dire : Voici, là, pour moi, quel est le délai raisonnable, puis voici
c'est quoi, la limite de ma patience.
Une fois que tu m'as dit que tu allais le faire, là, dans deux semaines, c'est
fait ou je vais à la Commission
d'accès à l'information. Puis c'est son droit.
Alors,
quand le député de La Pinière nous dit : Sans délai... Pourquoi la
loi dirait ça? Si le citoyen, lui, trouve que...
(Interruption)
Excusez, M. le Président. Je pense que mon accident aquatique est en train de
me rattraper.
Caire :
Oui, bien, éventuellement on n'aura pas le choix, M. le Président, parce que,
là, je vais me noyer dans mon propre verre d'eau.
Mais, ceci étant dit,
pour compléter l'intervention, M. le Président, pourquoi la loi, compte tenu de
ce que je viens de dire, compte tenu du fait
que le citoyen, là, à n'importe quel moment, peut poser ce geste-là, qui sera,
de toute façon, le geste qu'il devra
poser, parce que, comprenons-nous bien, M. le Président, là, si
d'aventure — merci — l'entreprise ne donnait pas suite,
soit parce qu'elle a refusé la demande, soit parce qu'elle a accepté la
demande, mais qu'elle ne s'exécute pas, de toute façon, le recours, c'est
d'aller à la Commission d'accès à l'information.
Alors, M. le
Président, dans ces circonstances-là, si le citoyen, lui, décide que
30 jours, c'est acceptable, l'entreprise
dit : Bien, écoute, laisse-moi faire ci, laisse-moi faire ça, pa, pa, puis
le citoyen dit : Oui, O.K., c'est correct, ça me convient, ça me
va, c'est sa demande, c'est ses informations qui sont... qui sont en jeu, c'est
sa démarche, pourquoi.... Puis peut-être que cette... Je vais poser cette
question-là au député de La Pinière : Qu'est-ce qu'il a contre le fait qu'on dise que c'est le citoyen qui
est en contrôle du délai? Parce que moi, je pense que c'est la meilleure
solution, et c'est la solution que porte l'article 28.1 présentement.
Président (M. Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Bien, ce n'est pas bien, bien compliqué, M. le Président, vraiment, là. Bien,
j'apprécie, d'ailleurs, que le ministre ait pris le temps nécessaire pour bien expliquer
le raisonnement derrière sa décision, du moins, sa décision temporaire,
là, intérimaire, parce que j'espère bien pouvoir le convaincre de changer
d'idée, mais c'est parce qu'en quelque part je dirais que ça ne tient pas la
route. Je le dis amicalement, là.
Je vais poser une question
simple, parce qu'à la question qu'on me pose, bien, il y a une réponse vraiment
intéressante qui est, elle aussi, une question. Est-ce que le ministre, par la
voix de Me Miville-Deschênes, que je vais déranger, peut nous dire combien
de fois, combien de fois, dans notre corpus législatif, on va retrouver la
notion de délai écrite dans la loi, «sans délai», «dans les plus brefs délais»,
«dans un délai de»?
O.K., M. le Président, je vais laisser faire,
là. Il peut... Me Miville-Deschênes peut prendre le temps...
M. Barrette : Non. Il peut retourner
à ses occupations, dans lesquelles il peut inclure, juste pour le fun, la
recherche, dans le corpus, du nombre de fois qu'apparaissent «sans délai»,
«dans les plus brefs délais», «dans un délai de». Mais là, «dans un délai de»,
il va y avoir différents intervalles.
M. le Président, je vais tenter une réponse à ma
propre question. Ce n'est certainement pas zéro, ce n'est certainement pas 10,
ce n'est certainement pas 100. Je dirais que c'est certainement des centaines,
en tout cas, au moins une centaine. Ce n'est pas une notion exceptionnelle. Ce
n'est pas une notion abstraite. C'est une notion que je qualifierai d'usuelle,
usuelle dans le sens, évidemment, où, dans les circonstances appropriées, on
s'attend à ça.
Bon, à partir du moment où on a dit ça, bien, on
doit aussi s'imaginer, puis je vais m'autoposer la question : Bien,
pourquoi donc on a mis ça? Bien, on a mis ça parce que... Si c'est dans le cas
de «sans délai» ou de «dans les plus brefs délais», c'est parce qu'on laissait
une latitude à la
partie concernée de prendre les mesures appropriées avec une certaine célérité non qualifiée. Quand on
dit «dans le délai de», avec une durée, bien là, là, c'est catégorique, là, ça doit se faire dans un délai x. Il y a
un degré de fermeté qui est plus grand. Les trois expressions ont une certaine
fermeté, les trois expressions, «avec délai», «sans délai», «dans un délai de».
Ah! bien, regardez, M. le Président, vous savez,
j'ai une... nous avons, de notre côté, une excellente équipe de recherche, que
je salue, notre équipe de un, aujourd'hui, que je salue, et je vais... Pour le
bénéfice du ministre et de ceux qui nous écoutent, «sans délai» apparaît
591 fois, «dans les plus brefs délais», 89 fois, «dans un délai de»,
509 fois. Non, mais, M. le Président, ça, ça fait 1 189 fois.
J'étais pas pire, j'étais dans les centaines, 1 189 fois que le législateur
s'est senti... certainement pas obligé, mais justifié de mettre ça dans la loi.
Ce n'est pas un hasard, ce n'est pas une figure
de style. Ça a un intérêt juridique, regarde donc ça. Ce n'est pas quelque
chose, là, qui est laissé au bon vouloir du maître du temps, comme dans un film
de fabulation ou de science-fiction : Je suis le maître du temps et j'ai
le diadème juridique de ce que je vais faire avec ma décision. Non, ce n'est
pas ça. Le législateur, 1 189 fois, a décidé qu'il y avait une utilité
juridique à qualifier temporellement l'obligation qui s'ajoute à la procédure.
Bon, ça...
M. Tanguay : ...1 190.
Barrette : Oui. Même, on va
dire 1 200. C'est comme une motocyclette, ça. 1 200, c'est une grosse
moto.
Caire : ...à
1 200.
Barrette : Alors, M. le
Président... M. le Président, là, là, j'entends... j'ai entendu, pendant plusieurs
minutes... Si je rajoute les minutes d'hier, ça en fait pas mal pour
expliquer que c'est comme si c'était sans utilité, et ainsi de suite,
c'était inapproprié. Bien non. Le législateur, historiquement, il le refait encore aujourd'hui. Bien, c'est parce que
ça a une utilité, ça.
Et, quand j'écoute le ministre, il nous parle de
choses vraies, pertinentes, mais qui ne sont pas à propos de mon amendement. Je m'explique, M. le Président. Je l'ai dit,
là, puis je vais le redire, là, l'article 28 fait
partie d'un projet de loi dont la fonction est de
codifier certaines choses, des faits...
Barrette : Si on était d'une
autre génération et ailleurs, on pourrait dire qu'il y a un mariage à l'extérieur, mais je ne pense pas que ce soit ça. Ça ne me dérange pas, c'est juste
que cette pensée m'a amusé pendant un certain temps.
Caire : ...mon
attention.
M. Barrette : Oui. Alors, M. le Président, on codifie
des faits, des procédures, des choses permises, interdites. Bien, on
codifie, dans 28, une procédure.
Le ministre, dans ses cinq premières phrases, parce
que, là, je ne m'en rappelle pas précisément si c'est la deuxième, troisième,
quatrième ou cinquième... mais, dans ses cinq premières phrases, le ministre
nous a dit : Dans le projet de loi n° 95, à 28, le citoyen pourrait
se servir de 28, pourrait, et le ministre le présente en opposition à aller directement
à la Commission d'accès à l'information, la CAI. Bien non.
Moi, je lis le projet de loi comme étant la
première étape. Cette étape-là, là, ce n'est pas une étape qui est optionnelle.
On pourrait dire qu'elle l'est, mais c'est un message qui est envoyé aux
citoyens. Chères citoyennes, chers citoyens, aujourd'hui, on a une nouvelle
loi, la loi n° 64, dans laquelle on introduit un droit
nouveau. C'est exactement le contraire de l'actuelle. Mesdames et messieurs, citoyennes,
citoyens, avant, là, si vous aviez souhaité un recours pour effacer des
renseignements personnels de l'espace, disons, de moteurs de recherche Web,
vous deviez aller à la Commission d'accès à l'information.
Mesdames et messieurs, là, moi, comme ministre, là, je le sais que c'était
compliqué, là, ce n'était pas simple, cette affaire-là, puis, en plus, il n'y
avait pas de droit.
Là, parce qu'on est
dans une dynamique de simplification de la vie citoyenne face à l'appareil
législatif et on est aussi dans la volonté de donner des droits nouveaux...
Président (M. Bachand) : M. le député de La Pinière, il
vous reste une minute.
M. Barrette :
... — une
minute — aux
citoyens... Attendez une minute. Le ministre me dit qu'il consent à ce que je
continue.
Président (M. Bachand) : Bien, continuez. Il vous reste une
minute, en attendant, là. Allez-y.
M. Barrette :
Oui. O.K. Alors là, là, là, il dit, en même temps : Si vous allez là,
bien, vous allez être le maître du temps. Bien non. Moi, je pense qu'on doit
dire aux citoyens, on doit dire la chose suivante aux citoyens : Regardez,
pour appuyer notre volonté d'avoir un nouveau droit, on va ajouter un élément
temporel.
M. le Président, à
cette étape-ci, je vous annonce que je vais avoir un sous-amendement.
Président (M. Bachand) : ...
M. Barrette :
Vous avez raison. Mon collègue vous annonce qu'il va avoir un sous-amendement.
M. Barrette :
Justement.
Président (M. Bachand) : Alors, M. le député de LaFontaine,
s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Bien là, je laisserais le ministre se glisser entre les deux.
Caire :
Si je peux, effectivement, je glisserais, je glisserais avec... oui, voilà,
avec... Non, mais c'est parce que, M. le
Président, il y a un certain nombre de choses qui ont été dites par le député
de La Pinière qui méritent, à mon humble avis, et mon
avis est tout sauf humble, des...
Caire : ...oui, je
savais qu'il serait d'accord... qui méritent quand même des corrections. Puis
c'est important, M. le Président, parce que c'est important de bien
comprendre, de bien camper l'article 28, 28.1.
D'une part, le député
de La Pinière dit qu'il le voit comme une première étape. M. le
Président, là-dessus, je veux être très clair, ce n'est pas une première étape,
au sens où ce n'est pas un passage obligé. Il y a, dans la notion de la première étape, un message qui dit aux
citoyens : Vous devez faire cette démarche-là préliminairement à toute
autre. Non. Il faut que ce soit très
clair, M. le Président, non, en aucun temps, en aucun temps un citoyen n'a
l'obligation de contacter l'entreprise et de lui faire une demande de
désindexation et de déréférencement, en aucun temps.
J'ai même dit, M. le
Président, je l'ai répété et je vais le faire, il y a des vertus pédagogiques à
la répétition, j'ai même dit que le citoyen pourrait, à la limite, faire cette
demande-là à l'entreprise et, parallèlement, initier des procédures auprès de
la CAI. Il pourrait faire ça, il n'y a rien qui l'interdit. Il n'y a rien qui
l'interdit.
Donc, c'est vraiment
une possibilité qui est offerte au citoyen d'aller directement à l'entreprise
dans une perspective d'aller chercher le résultat qu'il le souhaite... qu'il
souhaite de façon plus rapide, plus simple, plus conviviale. Parce qu'au-delà
des vertus du tribunal, qui sont nombreuses, je l'affirme, la célérité,
quelquefois, n'est peut-être pas la vertu cardinale.
Donc, on peut penser
que, pour le citoyen, il y a un gain à aller chercher cette entente-là avec
l'entreprise sans avoir à passer par une
procédure judiciaire formelle. Et c'est pour ça qu'on amène... Donc là, on
amène non seulement le droit à
l'oubli, mais on amène... ce droit-là, on l'amène avec une possibilité de
s'adresser directement à l'entreprise.
J'aurai sans doute,
moi aussi, un défi pour le service de recherche de l'opposition officielle...
Une voix :
Le département.
Caire : ...département, excusez-moi, pour le département de
recherche de l'opposition officielle, parce que... qui a agi avec une
célérité qui me laisse... qui me laisse...
Caire : ...oui, absolument, qui me plonge dans un état de
jalousie. Je réitère, il y a un poste vacant au cabinet. Donc...
Caire :
Ah! peut-être. Un ou deux, mais, bon, on ne s'enfargera pas là-dedans.
Non, mais, plus sérieusement, M. le Président,
c'est vrai que le législateur a utilisé le «sans délai», «dans les plus brefs
délais» à de très nombreuses reprises. On a maintenant la quantification. Et le
député de La Pinière va s'en rappeler, pas plus tard que dans le projet de
loi n° 95, nous utilisons cette notion-là de sans
délai lorsqu'il s'agit de transmettre des informations d'un organisme qui est
sous une cyberattaque versus le dirigeant principal de l'information. Et ça,
là, c'est le plus bel exemple de pourquoi, dans ce cas-là, on doit mettre cette
notion-là, parce qu'il y a une notion d'urgence et parce que celui qui contrôle
le délai, qui, dans ce cas-ci, est l'organisme qui est sous attaque et qui a l'information...
Ce pourrait se faire au détriment de celui qui en a besoin, qui, dans ce
cas-ci, est le dirigeant principal de l'information, qui ne peut pas attendre
le bon vouloir de l'organisme pour recevoir les informations et qui n'a aucune
autre prérogative que de lui demander. Il n'y a pas d'autre alternative à ça.
Donc, celui qui... l'intéressé, appelons-le l'intéressé, n'a pas le contrôle
sur le délai. Il est, lui, dans une situation de spectateur intéressé,
expression que j'ai utilisée tout à l'heure pour imager mon propos.
Alors, l'immense différence... Et c'est là mon
défi au département de recherche de l'opposition officielle. J'aimerais savoir
dans combien de cas le législateur a utilisé l'expression de «sans délai», mais
dans une perspective où celui qui devait recevoir l'information était aussi
celui qui contrôlait l'agenda, qui contrôlait le délai, qui déterminait le
délai. Et c'est ça, la situation particulière de 28.1, c'est que le demandeur,
donc celui qui va attendre la réponse, est aussi celui qui en fixe les délais.
Ce n'est pas l'entreprise qui va fixer le délai, dans quel délai elle va donner
l'information, c'est celui qui la demande. Pourquoi? Parce que c'est selon son
niveau de patience qu'elle va, cette personne-là, décider si, oui ou non, elle
se retourne vers la CAI et entreprend une procédure judiciaire formelle, alors
que, dans le contexte qui nous préoccupe, l'amendement du député de La Pinière
fait obligation à l'entreprise d'agir sans délai dans un contexte où il y a une
entente amiable en plus.
Alors, il faut situer le contexte. On est dans
un contexte où il y a une entente amiable. Donc, le demandeur fait une requête,
l'entreprise souscrit à la requête, s'engage à donner suite à la requête, et là
on lui fait une obligation de temps, qui est le «sans délai», sans tenir compte
des circonstances, de ces circonstances, à cette entreprise-là, de sa
situation, des obligations que ça requiert de répondre à la demande, des
ressources. Bon. Puis même là-dessus le député de LaFontaine a fait un brillant
exposé hier sur ce que ça voulait dire. Donc, il n'y a plus cette
possibilité-là pour l'entreprise de dire à la personne qui contrôle le
délai : Donne-moi deux semaines parce que, là, j'ai quelque chose à finir
ou j'ai... Et on enlève au demandeur la possibilité de dire : Bien oui,
pas de problème, deux semaines, c'est bien raisonnable, ça me va, mais, après
deux semaines, si je n'ai pas de réponse, je m'en vais à la CAI.
Donc, c'est
pour ça, M. le Président, qu'on est dans un contexte qui est très particulier
et que le fait qu'il n'y ait pas cette notion-là de délai pour une
entreprise ne peut en aucun temps léser le demandeur. Il ne peut pas être lésé
par le laxisme de l'entreprise, parce que c'est lui qui va décider si, oui ou
non, le délai est trop long et si, oui ou non, il passe à la prochaine étape. Donc, c'est pour ça que, oui, je peux
affirmer que cet amendement-là n'a pas de raison d'être.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Interventions? M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui. Je veux
juste comprendre le défi qui est lancé par le ministre. Quand il dit : La
personne qui fait la demande a une influence sur le délai... C'est juste ce
bout-là que je ne comprends pas. Pouvez-vous le réexpliquer en d'autres mots,
s'il vous plaît?
Caire : Avec
plaisir. Avec plaisir, M. le député. Ce que je dis, dans le fond, c'est que,
dans la situation actuelle... Puis je vais l'expliquer par un exemple fictif.
Vous êtes une entreprise X. Il y a sur moi des informations qui circulent
sur la toile, qui datent d'une dizaine d'années et qui, à cette étape-ci, me
causent un préjudice. Puis je pense que c'est vous-même, M. le député, là, qui
avez amené un exemple qui allait un peu dans ce sens-là, là, d'un jugement qui
datait d'une dizaine d'années, puis que, ce que vous avez appelé le jugement,
on peut-tu en revenir? Bon, je suis dans cette situation-là. Donc, je vous
contacte comme entreprise qui opère un moteur de recherche, je vous demande de déréférencer, désindexer tout ce
qui concerne cette information-là. Et donc vous avez, vous, 30 jours
pour répondre à cette demande-là. Vous répondez à la demande par la positive,
parce que c'est évidemment la condition sine qua non à l'amendement du député
de La Pinière. Donc, vous répondez par la positive à ma demande. À partir
de là, c'est moi qui, comme demandeur... qui décide si vous agissez avec
célérité ou non, parce que c'est à moi à
décider si je me tourne vers la CAI pour demander réparation ou non, parce que
c'est... La suite logique, c'est ça.
Et donc, si, dans cette discussion-là, la loi
dit : Bien, vous agissez tel que le requiert le député de La Pinière,
vous agissez sans délai, ça, ça veut dire qu'on raccroche... Puis je pense que
c'est vous-même qui avez exposé les différentes notions, là, de sans délai,
dans les plus brefs délais, et etc. Donc, ça veut dire que je raccroche et je
me mets au travail — c'est
ça que ça veut dire, sans délai — alors que vous pourriez être dans une
situation, comme entreprise, à me dire : Bien, écoute, si je fais ça pour
la semaine prochaine, est-ce que c'est correct? Et, si, du point de vue du
demandeur, lui, il dit : Bien, ça m'apparaît être un délai raisonnable,
qui sommes-nous, le législateur, pour le priver de ce jugement-là, alors que...
Dans les faits, si lui, il dit : Bien, regarde, une semaine, c'est
correct, mais sinon je vais devant le tribunal de la CAI ou, si lui, il décide
que, non, tu me fais ça aujourd'hui, puis demain il faut que ce soit fait,
sinon dans deux jours je m'en vais à la CAI... Donc, quand je dis que c'est le
demandeur qui contrôle le délai, c'est ça que je veux dire. C'est que c'est lui
qui décide à quel moment il perd patience et il se retourne vers sa prochaine
alternative qui est la CAI.
Donc, c'est pour ça que je dis : Le «sans
délai», pour moi, il n'a pas lieu d'être parce que le demandeur ne peut pas
être lésé par le laxisme de l'entreprise, parce qu'au moment où lui, il juge
qu'il y a laxisme, il peut initier cette procédure-là.
Donc, c'est à lui à déterminer si le laxisme... Est-ce que c'est
48 heures? Est-ce que c'est une semaine? Est-ce que c'est 30 jours?
C'est au demandeur à faire ce cheminement-là, à prendre cette décision-là et en
faire part à l'entreprise. Donc, il a le contrôle de la situation.
M. Tanguay : Dans le «sans
délai», là... Puis là je suis dans le Code civil, parce que le Code civil a
ceci d'intéressant, c'est que c'est le droit commun, puis, souvent, c'est des exemples,
il y a différents chapitres du Code civil, c'est des exemples de la vie
courante, puis tout ça.
Le «sans délai», il faut réellement le lire
comme étant au premier degré. Autrement dit, tu t'exécutes. Puis «sans délai»
est souvent synonyme de «meilleurs délais», mais «sans délai», ça ajoute un
aspect, puis, ça, je suis d'accord avec le ministre, peut-être un petit peu
plus impératif. «Sans délai», «meilleurs délais», «délai raisonnable».
Là, le ministre nous dit : On ne s'entendra
pas sur le «sans délai». Mais le «sans délai», partout dans le Code civil... Je
vous donne un exemple,
article 204 : «Lorsque la personne désignée
par le parent refuse la tutelle, elle doit en aviser, sans délai, son
remplaçant...» Quand le notaire reçoit d'une des parties cocontractantes une information,
la
partie doit le communiquer sans délai, et tout ça. Autrement dit, ça veut
dire... Puis moi, je l'assimile... C'est sûr qu'il y a une notion de diligence
un petit peu plus, là, diligence plus.
Puis c'est toujours in concreto, c'est toujours
du cas par cas. Autrement dit, si vous dites : Oui, vous avez raison, j'ai
pris 30 jours, puis, vous avez raison, on devrait arrêter de référencer
ça, je dois m'exécuter sans délai... Autrement
dit, ça ne veut pas dire... Sans
délai, ce n'est pas Genie, là, qui sort de la bouteille, là. C'est le temps de
le faire, mais sans délai qui n'aurait pas été justifié.
Autre exemple intéressant dans le Code civil,
c'est à l'article 204 : «Lorsque la personne désignée par [un]
parent...» Ça, on vient de le dire.
«Le notaire
qui reçoit une déclaration commune de dissolution [...] notifie sans délai [le]
Directeur de l'état civil.»
J'avais un exemple également de tutelle. Je veux
juste prendre le temps de vous le... «Le tuteur est tenu, lorsque la valeur des
biens à administrer excède 25 000 $, de souscrire une assurance ou de
fournir une [...] sûreté...»
«243. Le tuteur doit, sans délai, justifier de
la sûreté au conseil de [la] tutelle et au curateur...» Là, ce n'est pas juste
d'envoyer un avis, c'est de justifier sans délai.
Là, vous allez me dire : Sans délai, crime,
il a pris trois jours. Ça va marcher pareil. Sans délai, ça veut dire que, dès
que ça pouvait raisonnablement se faire, le temps, par exemple, de réunir le
conseil de tutelle, c'était la fin de
semaine, ils n'ont pas pu, ça a pris trois jours... C'est sans délai. Mais, s'il s'est assis dessus pendant deux, trois
jours puis qu'il n'est pas capable de le justifier... Le «sans délai» doit être
lu, puis je vais terminer là-dessus, M.
le Président, comme : Vous devez être capable de justifier du délai
parce que vous vous exécutiez dans ce que vous deviez faire dans votre
obligation. Si vous n'êtes pas capable de justifier du délai, vous avez ajouté
des délais, sans délai autre que la justification pour le faire.
M. le Président, à ce stade-ci, j'aimerais déposer... Je pense que le sous-amendement
est... A-t-il été envoyé à...
Le Président (M.
Bachand) : Sur le Greffier, oui.
Caire : M. le
Président, avec le... J'aimerais quand même peut-être avoir un commentaire sur
les propos du collègue de LaFontaine, puis,
après ça... De toute façon, ce que je comprends, c'est que l'amendement n'est peut-être pas prêt. Mais j'aimerais... Parce que ce que le député
de LaFontaine dit, ce n'est pas incompatible avec ce que je dis, dans le sens où je comprends bien la notion du
«sans délai». Mon problème n'est pas sur la notion, qu'est-ce que le «sans
délai» veut dire.
Comme j'ai dit tout à l'heure aux collègues, on l'a
utilisé dans le projet de loi n° 95 parce qu'on avait une situation où un
officier du gouvernement avait besoin d'une information, il n'était pas maître
du délai, évidemment, donc il était dans cette situation-là où il devait
attendre une action d'une entité autre, et donc c'est là... et il n'y avait pas d'autre... Il n'y a pas d'alternative, tu
sais, ce n'est pas : Si tu... Tu dois la communiquer, il n'y a pas
d'alternative à ça. Donc, cet
officier-là, qui est le DPI du gouvernement,
n'a pas d'alternative. Il ne s'est pas dit : O.K., bien, si tu ne l'as
pas fait avant tant de temps, moi, je vais prendre telle action. Non, j'ai
besoin de ça, tu dois me le fournir.
Donc, ce n'est pas tant la notion du «sans
délai» qui fait problème ici que le contexte dans lequel on veut utiliser cette
notion-là, où, je le rappelle, nous sommes dans un échange qui se veut de bonne
foi entre le demandeur et l'entreprise, demande à laquelle l'entreprise entend
donner suite. Donc, on est dans un contexte où il n'y a pas d'animosité. Bien,
en tout cas, en théorie, il n'y a pas d'animosité, il n'y a pas de mauvaise
foi. Il y a une demande qui est faite de bonne foi, il y a une analyse qui est
faite du dossier, on juge que la demande, elle est recevable, et on va y donner suite. Et là on veut ajouter cet
élément-là qui a deux effets, d'une part, qui, à mon sens, prive le demandeur
de sa capacité à décider ce qui est raisonnable en termes de temps pour donner
suite, parce que le «sans délai», puis le député de LaFontaine l'explique très
bien, ça amène une notion de célérité, vous devez le faire et vous devez le faire maintenant, alors qu'il pourrait y avoir
cette possibilité-là que l'entreprise et le demandeur s'entendent pour dire :
Écoute, donne-moi 10 jours, donne-moi
15 jours, donne-moi 20 jours. Et, si ça se fait à la satisfaction du
demandeur, qui sommes-nous pour dire : Ça n'a pas d'allure, ça
devrait aller plus vite?
C'est ça, mon
point, essentiellement. C'est ça, mon point. Si le demandeur juge que c'est
légitime que la demande ou le délai proposé par l'entreprise, il est
raisonnable, qui sommes-nous? Pourquoi la loi lui dirait le contraire? Pourquoi
la loi dirait : Non, toi, le demandeur, là, tu n'as pas rapport là-dedans,
là, ce n'est pas à toi à décider à quel moment ça doit se faire, c'est moi, le législateur, qui décide, puis ça se fait
tout de suite? Bien non, je pense que non. Je pense que, dans ce cas-ci,
compte tenu des possibilités qui sont offertes au demandeur, à savoir de se
retourner vers la CAI au moment où il le juge pertinent, le «sans délai» le prive de cette
notion-là. Et, en plus, le «sans délai» se fait sans égard aux
circonstances. Donc, c'est clair que...
Puis là je comprends. Il y a des nuances dans ce
que je vais dire, là, parce que c'est clair que le «sans délai», c'est le temps
qu'on prend à le faire... c'est-à-dire, c'est à quel moment on le fait, pas le
temps qu'on prend à le faire, puis c'est
clair qu'il y a des demandes qui vont être plus complexes, qui vont requérir
plus de temps. Et on n'est pas en contradiction du «sans délai» parce
que ça prend trois jours, ou quatre jours, ou 10 jours à le faire, parce
que c'est ça que ça prend pour aller jouer
dans le code, etc. Puis ça, je le comprends bien. Mais, par contre, toutes les
situations ne sont pas prises en considération, et peut-être que
l'entreprise aura besoin d'un délai plus grand pour le faire, parce que peut-être que l'entreprise aura besoin d'une
firme experte de consultants. On peut penser à des entreprises qui ont
donné le volet informatique en impartition, on peut penser à toutes sortes de
circonstances, de vacances d'été.
Alors là, la loi, à cet égard-là, elle est
aveugle. Elle, elle dit : C'est sans délai, donc, alors que, dans le
contexte actuel de 28.1, la loi dit : Bien, écoute, moi, je donne la
possibilité au demandeur de juger si ce délai-là, il est raisonnable ou non.
Puis, au fond, c'est ses informations à lui dont il est question, donc, et,
s'il n'est pas satisfait, la loi lui permet de prendre des mesures appropriées
pour faire corriger la situation. Donc, il ne peut pas être lésé du fait qu'il
n'y a pas un délai d'exécution du moment où il a sa réponse. Il ne peut pas
être lésé, parce qu'il est celui qui va
déterminer à quel moment ça doit prendre fin, à quel moment l'entreprise fait
preuve de laxisme puis à quel moment l'entreprise ambitionne sur le pain
bénit, en bon français.
Donc, c'est pour ça que, pour moi, le «sans
délai», il est aveugle. Il prive le demandeur de sa prérogative de déterminer
ce qu'est un délai qu'il juge raisonnable. Il est aveugle quant à l'exécution.
Il ne tiendra pas compte de toutes les
circonstances. Il pourra mettre l'entreprise dans une situation où il va devoir
obéir à la loi. Puis, à la limite, là... puis là j'extrapole, mais on
pourrait même penser que le fameux «sans délai» pourrait faire en sorte que l'entreprise
dise : Bien, écoute, moi, je suis mieux de refuser la demande que d'y
accéder, parce qu'au moins je sais que le temps que ça s'en va à CAI, ça me
donne le temps de me préparer, puis je sais que la CAI va donner raison au
demandeur, mais ça va me donner le temps de me préparer à répondre aux
exigences de la CAI, alors que, là, si je dis oui, le «sans délai» fait en sorte que je me revire de bord, je ne suis pas
prêt, je n'ai pas ce qu'il faut puis... Ça fait que, pour moi, le «sans
délai», non seulement il n'est pas utile, mais, sous cet angle-là, il peut même
être pénalisant.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Ça tient la
route, ce que le ministre dit, puis il n'a pas besoin que je le dise pour qu'il
s'en convainque.
Par contre, il y a un ingrédient que j'aimerais
ça qu'il ajoute, c'est que le demandeur citoyen, il veut que ça se fasse dans les meilleurs... il veut que ça se
fasse sans délai. Le demandeur citoyen, quand le ministre dit : Ah! bien
là, lui ou elle va juger, cinq jours,
10 jours, il va être patient, puis il va tester de sa patience, puis il va
user de sa patience, puis, à un moment donné, quand il ne sera plus
patient, après cinq jours, 10 jours ou 15 jours, il va aller à la
CAI... Il faut remettre dans l'équation que
le citoyen qui le demande, là, lui, il voudrait que ce soit fait tout de suite,
tout de suite, tout de suite, puis on est là pour l'aider. Le citoyen face
à Google ou à Facebook, c'est le plus petit dans l'équation juridique. Il veut
que ça se fasse tout de suite, là. Le «sans délai», lui, il va sauter
là-dessus.
Le député... Oui, j'aimerais lire... Et il est
sur Greffier. Le député de La Pinière a ouvert...
M. Caire : ...votre
sous-amendement, monsieur le député?
M. Tanguay :
...oui, je vais lire mon sous-amendement, mais il a ouvert une boîte, et une
colombe en est sortie sous forme d'une inspiration que j'ai écrite, et... avec
mon crayon et le département de la recherche, nous avons l'oeuvre
collective suivante :
L'amendement
à l'article 28. 1 de la
Loi sur la protection des renseignements
personnels dans le secteur privé, proposé par l'article 113 du
projet de loi, est modifié par le remplacement des mots «sans délai» par «dans
un délai raisonnable».
M. le
Président, j'aimerais maintenant que vous reconnaissiez l'inspiration d'un
homme d'action, d'un homme de compromis, le collègue de La Pinière,
qui pourrait en parler avec émotion.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Oui. Écoutez, M. le Président, j'écoute le ministre, là, puis je comprends ce
qu'il construit, mais il me semble que c'est contraire au droit. Est-ce
que le ministre peut...
Caire : Il vient de
dire que c'était bon.
M. Barrette :
Non. Il vient de dire que ça pouvait tenir la route. Moi, je parle du droit. Je
parle du droit, M. le Président.
Est-ce que le ministre peut me donner des exemples, là? Puis là il ne peut pas, là, c'est vraiment Me Miville-Deschênes
ou quiconque dans son équipe, là. Dans l'enseignement du droit, là, dans la
doctrine, c'est où, ça, le concept de personne qui contrôle le délai?
Caire : Bien, M.
le Président, ce n'est pas dans la
doctrine, mais c'est dans les faits. Alors, M. le Président, c'est tout simplement d'analyser l'application
de la loi et de comprendre que... Puis je pense que, là-dessus, là, je... Bon,
vous comprendrez que je ne ferai pas mon Caïus Detritus ici, à essayer de semer
la zizanie dans les rangs de l'opposition officielle, ce qui veut dire que je
vais le faire, mais, M. le Président, quand on analyse l'impact de l'article 28
et 28.1 et qu'on dit que le demandeur peut à tout moment se tourner vers la
CAI, bien, il est implicite et explicite que, si le demandeur n'est pas
satisfait du traitement de sa demande, pour quelque motif que ce soit, par
l'entreprise, il se retourne vers la CAI et initie une procédure judiciaire
formelle.
Alors, à partir de là, M. le Président, et c'est
là où on en arrive à la discussion qui nous anime depuis hier, dans le contexte
où l'entreprise acquiesce à la demande, le député de La Pinière dit : Oui,
mais vous devez lui donner un délai, ce à quoi je rétorque : Pourquoi?
Parce que, s'il n'est pas satisfait de la façon dont l'entreprise traite la
demande, l'option qui s'offre à lui à partir de là, c'est de se retourner vers
la CAI, ce qu'il peut faire à tout moment, et donc ce qu'il peut faire s'il
pense que l'entreprise n'a pas donné suite à sa demande dans un délai que lui
juge raisonnable. Alors, la suite logique à ça, c'est d'aller vers la CAI.
Donc, c'est pour ça que je dis, je vais essayer de faire comme le député de
LaFontaine : In concreto, il contrôle le délai. Pourquoi? Parce que c'est
lui qui détermine à quel moment il passe à l'étape suivante.
Alors, ce n'est pas une doctrine du droit, ça.
Je ne veux pas mettre des mots dans la bouche de Me Miville-Deschênes
qu'il ne prononcerait pas, mais je ne pense pas me tromper en disant que
je ne pense pas qu'il y a une doctrine du droit qui dise ça, mais c'est... dans
les faits, de facto, hein, je poursuis dans la lignée, de facto, c'est ce que
le projet de loi va permettre de faire au demandeur. Et donc, de facto,
c'est... l'effet du projet de loi, c'est de faire du demandeur celui qui
détermine dans quel délai il veut que l'action soit posée, sans quoi, sans
quoi... Parce qu'il y a toujours : O.K., mais sinon, si vous ne le faites
pas, sinon quoi? Bien, sinon, je me retourne vers la CAI, et je vais faire une
procédure judiciaire formelle, et là il y aura un jugement, et là,
potentiellement, il y aura une ordonnance, et donc là vous aurez l'obligation
de le faire, sans quoi vous vous exposez à des sanctions pénales. C'est ça, la
suite logique.
Donc, est-ce qu'il y a une doctrine du droit qui
dit : Dans le droit québécois, dans le droit civil, dans le droit ci, dans
le droit ça, il y a la notion de demandeur en maîtrise des délais? Non. Mais,
quand on applique... ou quand on explique l'application de l'article, l'effet
de l'article, c'est ça, c'est que c'est le demandeur qui va décider à quel
moment sa demande doit trouver une réponse à sa satisfaction, puis après...
parce que, sinon, le «sinon quoi», bien, c'est : Sinon, je m'en vais à la
CAI.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : ...avec tout le
respect que j'ai pour le ministre, est-ce que je peux avoir une réponse de
Me Miville-Deschênes? Dans la doctrine du droit, là, la Faculté de droit,
là, est-ce que ça s'enseigne, ça, la notion de contrôle du temps, pour un
demandeur? Est-ce que, dans notre corpus législatif, il y a cette notion-là?
Est-ce que, dans nos galées, là, c'est écrit en quelque part : Écoutez,
j'ai écrit une loi, là, puis, dans cette loi-là, j'ai mis des conditions
expresses parce que c'est vraiment ça que je voulais, comme législateur, que le
citoyen ait le contrôle du temps? Je postule que ça n'existe pas.
Caire : M. le
Président, dans ma quête sans fin de satisfaire le député de La Pinière,
je céderai donc la parole à Me Miville-Deschênes pour sa réponse.
M. Barrette :
Me Miville-Deschênes, est-ce que ma question était claire?
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît, juste avant,
est-ce qu'il y a consentement?
M. Barrette : Absolument, M. le
Président. On consent toujours.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Me Miville-Deschênes.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, le délai est accordé à une personne pour exécuter une tâche, mais, dans
le cas qui nous concerne, le délai est dans l'article 32, c'est-à-dire
qu'il doit avoir une réponse par écrit dans les 30 jours.
M. Barrette : Oui, oui. Mais là, M.
le Président, bien gentiment, je vais reprocher à Me Miville-Deschênes
d'utiliser la même tactique que le ministre, là. Ce n'est pas de ça que je vous
parle. Moi, je vous parle du délai après avoir rendu sa décision. Et ma question,
elle est simple, là : Dans les facultés de droit, dans notre corpus législatif,
est-ce qu'on a introduit, codifié la notion de donner au demandeur, de quelque
chose, vis-à-vis la loi, le contrôle du temps? Ça n'existe pas. Est-ce que ça
existe, Me Miville-Deschênes?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Pas à ma connaissance.
M. Barrette :
Bon, bien, c'est bien ce que je pensais. Alors, M. le Président, ça fait
longtemps, longtemps, longtemps, et je dirais même encore plus longtemps qu'on
débat, qu'on raisonne sur une notion légale inexistante. Puis non seulement, M.
le Président, elle est inexistante, on en parle puis on ne la codifie pas. Bien
là, là, ça, c'est du droit cosmique, là. Là,
on est dans les airs, là, on est au-delà des nuages et de la stratosphère. On
est, là, M. le Président, dans l'éther. C'est trop loin.
Alors, ici, là, on est dans une situation où on
veut codifier les choses. Et là on va remettre, M. le Président, les choses en
ordre. Bon, «check», ça n'existe pas. Parce que j'ai pris quelques notes, là,
M. le Président, là, ça n'existe pas. Bon. O.K.
M. le
Président, je vais poser une autre question. Peut-être que c'est Me Miville-Deschênes, là, qui va
me répondre.
M. Barrette : Non, ce n'est pas ça.
C'est parce qu'à un moment donné il faut que... C'est pour ça qu'on...
Caire : Non, non,
jasez-vous entre vous autres, là. C'est correct, je vais jaser avec Marc, moi.
M. Barrette : Ça fait... Ça devient
une question d'arbitrage. Moi, là, je veux simplement, pour le bénéfice de la
bonne, saine écriture de nos lois, ne pas introduire des notions qui vont être
déboutées à la première occasion.
Je suis sûr, mais je ne suis pas sûr, mais je
suis sûr que des ententes à l'amiable, ça doit exister, ça, dans notre corpus
législatif. Mais je suis sûr que, quand ça existe, c'est... Bien, je dis :
Je suis sûr... Je suis pas mal... J'estime qu'il
est grandement possible, parce que je n'en connais pas, qu'il y ait, dans notre
corpus législatif, la notion d'entente à l'amiable. Je pense que ça
existe. En tout cas, ça existe dans la SAAQ, là. Je suis sûr que ça existe.
Mais je suis sûr qu'en quelque
part c'est
codifié, qu'en quelque
part c'est écrit clair, net, de façon claire, et nette,
et précise, là : Chères parties — au pluriel — nous vous permettons de vous engager dans
une démarche qui s'appelle une entente à l'amiable. Est-ce que ma
lecture, elle est correcte?
Le Président (M. Bachand) :
Me Miville-Deschênes.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Oui. Pouvez-vous répéter la question?
M. Barrette : Oui, je vais la
répéter, ça va me faire plaisir. Est-ce que je peux, à ce moment-là, arrêter le
compteur? Alors, je vais la répéter. Je suis
sûr que, dans notre corpus législatif, là, la notion légale d'entente à
l'amiable, ça existe. Oui, non?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Sans aucun doute.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Je vais faire les vérifications.
M. Barrette : Bon, il va faire une
vérification. Je vais attendre.
Le Président (M.
Bachand) : On peut continuer en attendant la vérification.
Barrette : Bien, c'est parce que... Oui, je peux continuer. Je peux
continuer, mais Me Miville-Deschênes...
Caire : Il y a eu
un silence, donc j'ai un droit de réplique.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, M. le ministre.
M. Barrette : Non,
non, je...
Le Président (M.
Bachand) : Bien, allez-y. Allez-y, allez-y.
M. Barrette : Bon, qu'il réplique.
Caire : Alors, M.
le Président, je n'ai jamais avancé que la loi amenait une notion juridique
formelle que le citoyen, de façon codifiée,
avait le contrôle du temps. Ce n'est... Ce que je dis, M. le Président, et ce
qui est un fait... Et je pense, je
pense, là, que je vais fédérer le député de LaFontaine à ma cause. Pour le
député de La Pinière, ça va être un petit peu plus compliqué, mais,
M. le Président, je ne rebute pas à la tâche. Je vais y arriver.
Donc, il est clair que... et ça, je suis
convaincu que le député de La Pinière va être d'accord avec moi, il est
clair que la loi n'interdit pas à un citoyen d'effectuer une démarche auprès
d'une entreprise et auprès de la CAI au moment où il le juge opportun. Il est
clair que, si l'entreprise ne donne pas au demandeur satisfaction, le recours
suivant, le seul recours suivant, c'est d'aller vers la CAI, c'est
d'entreprendre une procédure formelle, procédure judiciaire
formelle. Il n'y a pas d'autre alternative, là. Soit il accepte la décision de
l'entreprise... En fait, il y en a une. Il accepte la décision de l'entreprise
ou il se tourne vers la CAI.
Dans le cas qui nous
préoccupe, l'entreprise accepte d'accéder à la demande du citoyen. Donc, on est
dans un contexte de bonne entente. En théorie, on est dans un contexte de bonne
entente, parce que, dans un contexte où l'entreprise dit : Vous me faites
une demande, je juge qu'elle est pertinente, je vais donner suite, j'accède à
votre demande, je vais donner suite, ce n'est pas les prémisses d'un conflit.
Ce n'est pas les prémisses d'un conflit, je pense que tout le monde va en
convenir. Donc, le citoyen va être dans la situation où il va attendre que l'entreprise
donne suite à sa demande, s'exécute et procède au déréférencement, à la
désindexation.
Alors, c'est là où la
notion de c'est le citoyen qui va décider du délai entre en ligne de compte,
non pas que c'est une notion juridique, non pas que c'est une notion qui est
soutenue par le droit au Québec, mais juste par le gros bon sens, à savoir, si
le citoyen décide, après deux jours, que c'est trop long, il peut s'en aller à
la CAI. Et ça, ce n'est pas... Non, ce n'est pas dans le Code civil, ce n'est
pas dans le Code de procédure, ce n'est pas dans le code d'interprétation, mais
c'est une possibilité qui lui est offerte par la loi, de dire : Bien, écoute,
tu n'es pas content? Va à la CAI. Tu n'es pas content parce que c'est trop
long? Va à la CAI. Tu n'es pas content parce que l'entreprise t'a dit non? Va à la CAI. Tu n'es pas content parce
que l'entreprise n'a pas respecté le délai de 30 jours pour te répondre?
Va à la CAI. L'alternative à tout ce qui ne donne pas satisfaction au citoyen,
c'est d'aller à la CAI.
Donc, lui, il est
seul maître... en tout cas, à moins qu'on amende dans le sens de ce que le
député de La Pinière souhaite, mais, si on garde l'article dans l'état où
il est, le demandeur est seul maître d'à quel moment il juge nécessaire... en fait, s'il est nécessaire, et, si oui, à quel
moment il se tourne vers la CAI. Le député de La Pinière voudrait
lui enlever ce droit-là, voudrait lui enlever cette possibilité-là en
disant : Non, non, non, moi, le législateur, je... du haut de ma sagesse,
je vais décider que l'entreprise doit le faire sans délai, nonobstant le fait
que, oui, il est possible... Puis je n'ai pas entendu mon collègue là-dessus,
mais, oui, il est possible que l'entreprise, pour toutes sortes de raisons qu'elle pourra expliquer au
demandeur et que le demandeur pourra juger pertinentes... dire : Bien,
moi, c'est dans 10 jours, c'est dans 15 jours, c'est dans
20 jours.
l'amendement... En tout cas, il y a... Là, il y a le sous-amendement. Le
sous-amendement est effectivement d'une
autre nature, j'en conviens. Mais le «sans délai», parce que le collègue de
La Pinière nous amène à cette réflexion-là, le «sans délai» lui
enlève cette possibilité-là, là. Il n'est pas question de 10 jours,
15 jours, 20 jours, là. Il n'est pas question de faire telle, ou
telle, ou telle démarche pour aller chercher telle ou telle ressource. Non,
non, c'est : Tu le fais là, là, tu le fais là. Arrange-toi comme tu veux,
tu le fais là. Maintenant, ça peut te prendre 10 jours à le faire, ça,
c'est autre chose, mais tu commences à le faire maintenant.
Bien, moi, je dis :
Cette possibilité-là, elle n'est pas au bénéfice du demandeur, parce que le
demandeur, lui, il peut décider que 10 jours, c'est bien correct, puis il
n'en a pas, de problème avec le 10 jours, puis ça lui convient, puis l'explication de l'entreprise lui convient. Puis il regardera après 10 jours si c'est fait,
puis, si ce n'est pas fait puis qu'il décide : Ah! bien là, non, là, ça ne
marche pas, bien, il pourrait se prévaloir de son droit d'initier une procédure
formelle, ou il pourrait le faire après 24 heures, ou il pourrait le faire
après 72 heures. C'est lui qui décide. Et ça, ce n'est pas codifié dans le
code d'interprétation dont le député de La Pinière nous avait fait une
savante explication, d'ailleurs, mais c'est un fait. De par la loi, c'est un
fait. C'est factuellement ce que la loi permet au demandeur de faire ou de ne
pas faire et que nous allons altérer si l'amendement du député de La Pinière
était adopté.
Président (M. Bachand) : M. le député
de La Pinière.
M. Barrette :
Bon, on a établi que la notion de contrôle du temps n'existait pas, que c'était
une vision de l'esprit. J'étais sur la question de l'entente à l'amiable. Me
Miville-Deschênes, avez-vous eu le temps de regarder?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Oui. Il y a différentes occurrences d'un règlement à
l'amiable, évidemment... bien, pas évidemment, mais, dans notre
Code de procédure, ils ont différents choix, là. Alors, c'est une possibilité.
M. Barrette :
Et, M. le Président... Me Miville-Deschênes, je pense que vous allez pouvoir
m'indiquer si, normalement, dans nos lois, c'est codifié d'une telle manière
que, quand, dans un litige, vous entrez dans une démarche d'entente à
l'amiable, c'est clairement indiqué que vous entrez dans cette démarche-là ou
qu'il y a la possibilité.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Bien, c'est sûr qu'il y a des lois qui l'indiquent clairement,
là. Il y a des conférences de règlement à l'amiable. Ça fait qu'il y a plusieurs
législations qui l'indiquent clairement. Est-ce qu'il y a des cas où on rentre
dans une démarche de règlement à l'amiable sans qu'il y ait aucun encadrement juridique? Je ne pourrais pas vous dire.
M. Barrette :
Ce n'est pas une question d'encadrement juridique, c'est une question d'identification
du moment où on entre là-dedans.
On n'entre pas dans une entente à l'amiable sans qu'il y ait eu une démarche
juridique à la base. Il peut n'y en avoir pas eu, les automobiles, mais,
quand on est rendus dans une démarche juridique, là, si on prend la voie de l'entente à l'amiable, c'est
écrit comme ça. On fait ça. C'est comme une entente, un règlement
hors cour. À un moment donné, les parties s'entendent pour prendre la
voie du règlement hors cour. C'est prévu dans la loi puis c'est nommé comme ça,
n'est-ce pas?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : J'aurais un malaise à dire que c'est toujours prévu
dans la loi. Des fois, il peut y avoir de la médiation, à
titre d'exemple, qui
va conduire à un règlement à l'amiable. Donc, je pense qu'il y a différentes
portes d'entrée pour terminer par un règlement à l'amiable, qui ne sera pas nécessairement
une disposition qui fait référence au règlement à l'amiable.
M. Barrette :
Bien, là-dessus, je suis d'accord. Ça ne change rien à mon affirmation selon
laquelle, dans le droit, les chemins qu'on prend pour régler un problème, ils
sont identifiés, ils sont codifiés. Que ça passe par la médiation puis que ça
finisse par un règlement à l'amiable hors cour, il y a un chemin qui existe,
là. Vous êtes allé en médiation, vous avez la possibilité de... Ça n'arrive pas
de même.
Un règlement à
l'amiable, mon point, ou un règlement hors cour, une médiation, c'est identifié
et codifié comme tel, n'est-ce pas?
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Je n'en suis pas certain, parce que, là, ça implique
qu'il n'y aurait pas de médiation, à
titre d'exemple, dans certaines sphères
d'activité sans qu'il y ait une disposition expresse qui dit qu'il y a
possibilité de médiation. Je ne suis pas sûr, là.
M. Barrette :
Non, non, ce n'est pas ça que je dis, là. Ce que je dis, là, puis là je vais
aller directement à mon point, M. le Président, 28, là, si c'était un
règlement à l'amiable, ce serait écrit comme ça.
D'un côté, le
ministre nous parle de contrôle du temps, puis ça n'existe pas comme notion,
et, ici, on qualifie, dans notre débat de 28 et 28.1, de règlement à
l'amiable. Ce n'est pas un règlement à l'amiable. C'est une situation encadrée,
législativement parlant, dans le temps, d'une certaine manière codifiée. On ne
peut pas dire que c'est un règlement à l'amiable. Ce n'est pas nommé comme ça,
ce n'est pas identifié comme ça, ce n'est pas codifié comme ça. C'est un droit
nouveau qui dit : Voici, vous pouvez avoir le droit au retrait et tout ce
qui vient avec, là, dans les circonstances a, b, c et après une
analyse a, b, c, d, e, f, g, g étant la septième lettre de l'alphabet.
C'est ça, la réalité.
Alors, la vision du
ministre, là, ne correspond à aucune réalité juridique. Bon, «check». Attendez
une minute, M. le Président, «check», ce n'est pas une entente à
l'amiable.
Le ministre dit que
le citoyen pourrait être lésé par le laxisme, ça dépend du contexte dans lequel
on utilise... M. le Président, là, depuis la case départ, le citoyen a le
choix d'aller à la CAI ou d'aller là. Il a le choix. Puis on le sait qu'il a le
choix, c'est écrit comme ça.
Bon, maintenant, à
quoi ça sert, mon amendement? Ça sert à une chose, ça sert à faire en sorte que
le demandeur ne soit pas lésé par un entrepreneur, une compagnie qui n'agit pas
dans un délai approprié. Peu importe que ce soit à sa satisfaction ou non, peu
importe qu'ils s'entendent sur le délai, ça va servir, d'abord et avant tout,
un, à dire au citoyen : Regardez, là, vous avez ce pouvoir-là pour vous
entendre. Ça, ce n'est pas grave. Mais, quand il va aller à une instance
au-dessus, là... Parce que la relation entre 28, 28.1 et la CAI, c'est cour et
Cour d'appel. Le ministre va me dire : Non, il peut aller directement à la
Cour d'appel, il peut aller à la CAI. Mais non. Non, non, c'est... Oui, c'est
vrai, mais ce n'est pas ça qui est souhaité par le législateur.
Le législateur
souhaite qu'il y ait une première instance, sans enlever le droit, ce qu'on ne
peut pas faire au tribunal, d'aller directement à la Cour d'appel. Puis moi, je
vais postuler, M. le Président, que la CAI, c'est ça qu'elle veut aussi, parce qu'elle n'est pas capable d'être
inondée de demandes, là. M. le Président, là, si, aujourd'hui, le ministre me
dit : Bien non, on veut qu'ils aillent à la CAI pareil, parce qu'ils ont
les ressources, bien, qu'il le dise, parce que je vais faire une motion, là,
pour réentendre la CAI, là, parce que la CAI n'a pas les moyens de recevoir
tout ce monde-là, là.
Il y a une loi qui
est déposée, qui est 28... 64, dans laquelle il y a un
article qui prévoit 28
et 28.1 pour que les gens, spontanément, aillent là. Et on veut stimuler
l'individu, la compagnie à agir dans des délais raisonnables, dans les plus brefs délais. Peu importe, on peut changer les mots, mais on veut qualifier le délai pour que
l'instance suivante puisse aussi dire, puisse disposer d'un levier légal
pour dire : Il a raison, le citoyen, puis il a encore plus raison parce que le
délai n'a pas été respecté. Et le délai, ce n'est pas une grosse, grosse,
grosse pression, il n'est pas quantifié, il est qualifié.
Alors, que c'est
qu'on fait? On fait une loi dans laquelle on met du droit nouveau qui permet à
l'individu de demander un retrait, puis, si la démarche elle est faite
correctement, bien, la compagnie doit justifier, motiver sa décision et
l'exercer dans un délai, dans les plus brefs délais, dans un délai raisonnable,
peu importe. Et, si le citoyen n'est pas
content de ça, bien, on lui offre, à lui, dans la dynamique légale, première
instance, deuxième instance, d'avoir un paramètre pour, au bout de la
ligne, avoir raison. C'est ça qu'on fait.
Le citoyen, là, quand
qu'il va aller faire cette démarche-là, là... Mettons que j'imagine mal,
statistiquement, avoir moins de
0,000001 % de gens qui ne veulent pas que ça se fasse sur-le-champ. Un
citoyen, là, qui va embarquer dans cette démarche-là, là, c'est
maintenant, là, maintenant et immédiatement.
Et là, là, que ce
soit le... Bien là, le citoyen, qu'est-ce que ça dit comme message au citoyen?
Ça dit au citoyen : Regarde, on pense,
nous, que l'entreprise, là, doit avoir une marge de manoeuvre parce que tout ne
se fait pas du jour au lendemain.
C'est ça qu'on prévoit. Mais on dit à l'entreprise : Écoute, Gérard, là,
c'est bien plate, là, mais ne niaise
pas, parce qu'après ça tu risques d'être pénalisé. Bien... Puis, quand qu'elle
va aller à la CAI puis qu'il n'y aura pas...
M. Caire :
...on a statué là-dessus, là.
M. Barrette :
Non, pénalisé au sens... au sens au moins réputationnel du terme. Bien oui,
mais, je veux dire, la CAI, elle ne sert à rien, à ce moment-là. La CAI, elle
va lui donner raison, puis il n'y aura pas de conséquence. O.K., c'est correct.
Puis, si c'est ça, j'accepte ça, c'est la décision du ministre.
Mais l'amendement que je propose, là, il sert à
ça dans un contexte clair. On n'est pas dans des concepts nouveaux, on est dans
du droit ordinaire, du droit dont la procédure est usuelle — c'est
plus joli qu'«ordinaire». Alors, la
procédure est usuelle, là. On vous donne accès à un... à un levier. Le levier,
pour être opéré, il y a des conditions. Les conditions sont ce que j'ai dit. À
la fin, tu dois avoir une justification. Et, celui qui se justifie, qui a décidé
d'agir, bien, on lui donne... on lui dit
clairement : Tu ne peux pas faire ça dans un an, tu dois le faire dans un
délai raisonnable ou dans les plus brefs délais. Le mot n'a pas
d'importance, c'est la qualification qui devient un levier pour l'instance suivante.
Comment peut-on être contre ça? Point d'interrogation.
M. Caire : Et
donc c'est là où j'explique comment on peut être contre ça, M. le Président?
Parfait, je vais l'expliquer au député de La Pinière, pourquoi on peut
être contre ça. Et c'est très simple.
D'abord, je vais reprendre son argument à sa
genèse. Le député de La Pinière dit : Quand on parle de médiation,
c'est codifié dans la loi, ce n'est pas écrit dans l'article, donc ce n'est pas
de la médiation. Parfait, je lui donne, ce n'est pas de la médiation. Pas de
problème. Je veux dire, je ne suis pas sur le terme, je suis sur l'esprit de la
loi et non pas sur la lettre de la loi. Le député de La Pinière me parle
de la lettre de la loi. Grand bien lui fasse, il a raison, ce n'est pas de la
médiation, «check».
Le député de La Pinière dit : Ce n'est
pas non plus une entente à l'amiable, ça aussi, c'est codifié, puis, quand
c'est codifié, c'est dans l'article. Ce n'est pas dans l'article, donc ce n'est
pas une entente à l'amiable. Encore une fois, on parle de la lettre de la loi.
«Check», parfait, ce n'est pas une entente à l'amiable.
C'est une procédure, que je ne qualifierai pas
en termes juridiques, qui vise à dire qu'un citoyen qui voudrait se prévaloir
de ce droit à l'effacement pourrait le faire en s'adressant directement à
l'entreprise préférablement qu'à la cour, ce
qu'il peut faire aussi, ce qu'il peut faire en parallèle, ce qu'il peut faire
en premier. Rien, rien, absolument rien dans la loi ne donne une
séquence. Il n'y en a pas, de séquence.
Puis est-ce que le législateur souhaite que le
citoyen se prévale de cette possibilité-là prioritairement? Bien, l'idée étant
de faciliter la vie du citoyen, c'est ça, l'idée du législateur, c'est de
dire : On veut faciliter la vie du citoyen, on sait que cette démarche-là,
elle est plus simple, elle est moins lourde, elle est moins accaparante et donc
elle a des chances d'être beaucoup plus conviviale et rapide. C'est ça que le
législateur veut faire. À partir de là, là, ce
n'est pas moi qui vais dire au citoyen qu'est-ce qui est préférable pour lui.
Puis, si le citoyen, il décide que c'est la CAI qui est préférable pour
lui, bien, que le citoyen aille à la CAI. C'est son droit, et personne ne peut
l'en empêcher.
Maintenant, comment qualifier une démarche qui
dit : Communique avec l'entreprise, demande-lui de désindexer et de
déréférencer les informations qui te concernent, que tu veux voir disparaître
de la Toile, en tablant sur le fait que la loi établit des conditions, des
critères, établit le fait que l'entreprise va les évaluer et prendre une
décision, en disant : Bien oui, O.K., je donne une suite à ta demande?
M. le Président, je ne qualifierai pas, puisque
ça semble attiser les passions de mon collègue de La Pinière, mais le fait
est que, pour moi, c'est une démarche qui est extrajudiciaire. Là-dessus, on va
s'entendre, j'en suis convaincu. C'est une démarche administrative. C'est une
démarche qui veut simplifier le geste qui est posé par le citoyen. D'accord, ce
n'est ni une entente à l'amiable ni une entente... etc., mais c'est une
démarche administrative qui vise à simplifier cette procédure-là, à la
simplifier, à la rendre aussi plus... généralement plus courte. C'est une possibilité
de plus qu'on offre au citoyen.
Maintenant, pourquoi je ne suis pas d'accord
avec mon collègue de La Pinière, ça va me faire plaisir de le répéter, parce
que, dans la notion de délai, quand on amène la notion de délai, puis c'est
l'exemple que je prenais tantôt avec 95, la période d'attente entre la demande
et l'exécution peut amener une situation préjudiciable... je ne sais pas si
«préjudiciable» est le bon terme, mais une situation qui se fera au
détriment... bien, en tout cas, certainement pas au bénéfice de celui qui fait
la demande. Et ce délai-là ne doit pas être encouru justement à cause de ça. On
ne le souhaite pas.
Je prenais l'exemple du 95 parce que le collègue
de La Pinière et moi, on a travaillé là-dessus récemment et... où on
disait : Il est clair que, si le DPI demande à un organisme qui a subi une
cyberattaque des informations pour contrer ladite cyberattaque ou pour mitiger
les impacts, bien, il est clair que le délai entre la demande et la
transmission de l'information peut amener des conséquences. Et donc ces
conséquences-là n'étant pas souhaitables, et comme le fait que le demandeur n'a
pas d'autre alternative que d'attendre la réponse... Il n'y a pas de suite, là.
Ce n'est pas : Sinon quoi. Il n'y a pas de sinon quoi. C'est :
Donne-les-moi, s'il vous plaît, vite, maintenant. Alors là, la notion de sans
délai prend toute son importance. Il n'y a pas d'alternative. Il y a des
conséquences qui sont désagréables, voire préjudiciables. La notion de sans
délai, elle prend tout son sens, parce que celui qui attend n'a pas
d'alternative.
Alors, M. le Président, c'est la raison pour
laquelle, dans ce cas-là, et c'est à mon insistance, soit dit en passant...
qu'on a mis la notion de sans délai. Donc, je la comprends et j'y adhère dans
certaines circonstances.
Pourquoi les circonstances du projet de loi
n° 64, articles 28 et 28.1, sont complètement différentes? Parce que
celui qui demande, celui qui fait la demande devient, de ce fait, celui qui
évalue si cette demande-là est traitée à sa satisfaction. Est-ce qu'il est
satisfait du traitement de sa demande, oui ou non? Et ça, ça, c'est... Ça, je
veux dire, ça existe, là, le fait que, si tu n'es pas content de la façon dont
on a traité ta demande, il existe des possibilités qui s'offrent à toi d'aller
à une instance supérieure, dans le cas d'un tribunal, d'aller en Cour d'appel.
Bon, il y a des procédures qui existent pour dire :
Si tu n'as pas... Si tu penses que tu n'as pas été traité justement, il existe
des procédures qui te permettent d'aller chercher réparation, si tant est qu'il
y a réparation à recevoir.
Alors, ici, dans le
cas qui nous préoccupe, on est dans un contexte très particulier, et je trouve
que, dans la réflexion de mon collègue de La Pinière, on fait abstraction
de ce contexte-là. C'est un contexte où je fais une demande, et où la
partie
qui reçoit la demande acquiesce à la demande. Parce qu'on est dans... Le «sans
délai», là, ne s'applique pas à une demande qui est refusée, bien évidemment.
Et le député de La Pinière, il l'a compris puis il ne dit pas ça non plus,
là. Mais il sait bien que, si l'entreprise dit : Non, je ne donne pas
suite à la demande, bien, il ne pourra pas accéder à la demande sans délai, il
vient de dire non.
Alors là,
l'alternative de la CAI s'impose par elle-même. Elle n'est plus une
alternative. En fait, elle est une alternative au fait que le demandeur
pourrait juste laisser tomber sa demande, mais, sinon, c'est la CAI. Donc, le
«sans délai» ne s'applique pas à une entreprise qui dit : Non, je n'accède
pas à la demande. Le «sans délai» ne s'applique qu'au cas où une entreprise
dit : Oui, j'accède à ta demande.
Et là ce qu'on dit,
c'est qu'à partir de là... Puis je dis «à partir de là», ce n'est pas
vrai, là, parce que le demandeur est toujours en contrôle de, s'il souhaite,
oui ou non, donner une suite formelle et judiciaire à sa demande, là. Il peut
toujours le faire. Mais disons qu'on se rend à l'étape où l'entreprise lui dit
oui, là, la loi vient dire : C'est sans délai.
Bon, bien, je l'ai
expliqué tout à l'heure puis je le redis, de un, le «sans délai» pourrait fait
peur à l'entreprise, pourrait faire en sorte que l'entreprise dise : Bien,
écoute, là, moi, si je te dis oui, je me mets... je me mets en trouble, là, ça
fait que j'aime mieux te dire non, puis j'aime mieux te laisser aller à la CAI,
puis tu reviendras avec un jugement de la CAI, ça me donnera le temps de me
préparer. Alors, oui, il y a un préjudice potentiel.
En plus, le député de
La Pinière dit : Oui, mais la notion de contrôle de temps n'existe
pas juridiquement. C'est vrai. C'est vrai, ça n'existe pas juridiquement, la
notion de contrôle de temps. Par contre, l'idée, le principe que le demandeur
peut aller à la CAI au moment où bon lui semble, ça, ça existe. Ça, ça existe.
Et l'idée et le concept que le demandeur peut, lui, décider que 10 jours,
c'est très raisonnable, ça, ça existe. L'idée que le demandeur n'a peut-être
pas besoin que ça se fasse sans délai, qu'il est peut-être prêt à entendre les
arguments de l'entreprise qui lui dit : Peux-tu me donner 10 jours?,
et qu'il dise : Bien oui, je peux te donner 10 jours, ça, ça existe.
Bien là, on vient de
lui enlever cette possibilité-là, là. Le législateur vient de décider :
Non, non, nous, le législateur, on pense que tu n'as pas à décider si ce
délai-là te satisfait ou non, nous, on pense que c'est sans délai, puis c'est
maintenant que ça se passe, puis «that's it», c'est ça qui est ça, au nom d'un
concept, que je ne comprends pas, qui dit que le citoyen qui fait une demande
n'est pas apte à juger s'il trouve que sa demande est traitée de la bonne
façon. Parce que c'est ça, dans le fond, c'est ça, c'est qu'on se substitue au
jugement du citoyen en disant : On va t'indiquer de quelle façon tu dois
traiter la demande parce que toi, tu as... on ne va pas te laisser décider si
la demande est traitée correctement. Parce que c'est ça qu'on dit. Alors que,
là, dans l'article, dans l'état actuel, l'article laisse la possibilité. Au
moment où le citoyen juge que, là, il n'est pas desservi correctement, il peut
se prévaloir de sa prérogative de judiciariser de façon formelle la procédure,
bien, c'est à lui à décider s'il veut le faire le lendemain, le surlendemain,
10 jours plus tard.
Alors, ce que le
député de La Pinière ne nous explique pas, c'est qu'est-ce qui le dérange dans
ce concept-là, qu'est-ce qui le dérange dans le fait que le citoyen va décider
s'il veut faire ça. Puis, au-delà du fait qu'on a codifié, on a mis des règles,
on a mis des normes, juste le principe... Parce qu'une loi, c'est aussi des
principes, puis un des principes qui sous-tend cet article-là, c'est que le
citoyen pourrait être maître de la procédure qu'il entend suivre. En quoi, ça,
c'est dérangeant? En quoi, ça, c'est... En quoi le citoyen pourrait être lésé
par le fait qu'on le fait de cette façon-là et non pas en imposant une limite
de temps, si j'ose m'exprimer ainsi, à l'entreprise dans une interaction avec
le citoyen qui n'est pas conflictuelle? Parce qu'on va s'entendre, si le
citoyen fait une demande puis que l'entreprise dit oui, je pense qu'on va être
d'accord, tout le monde, pour dire que ce n'est pas vraiment les prémisses d'un
conflit, là. Généralement, quand tu dis : Veux-tu?, s'il dit oui, bien, ça
n'augure pas des jours de tempête. Donc là, on est dans une situation qui n'est
pas conflictuelle, où le citoyen peut se prévaloir, au moment qu'il le juge
opportun, de sa prérogative. Qu'est-ce qui choque le député de La Pinière? Où
est-ce qu'il voit une possibilité pour le citoyen d'être lésé? Ça, là, c'est ça
que je ne comprends pas. Point d'interrogation.
Président (M. Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
C'est bien facile. D'abord, j'ai tout expliqué, j'ai déjà répondu à sa
question. Je vais résumer. Les lois, M. le Président, on ne les écrit pas pour
quand ça va bien, on les écrit pour quand ça va mal. C'est comme un contrat. Ça
ne sert à rien, un contrat. On peut le mettre sur la filière 13, même
1313. Vous ne le sortirez jamais, sauf quand
ça va mal. Quand on écrit une loi, là, si tout va bien, pas de problème. On
codifie des choses, M. le Président, en prévoyant les situations où ça
ne va pas bien.
Maintenant, M. le Président,
dans sa longue sortie, puis je le... je ne lui reproche pas ça, je suis
content, ce que le ministre vient de faire... Je ne sais pas s'il s'est rendu
compte, là, mais on est sur l'amendement de mon collègue. On n'est pas sur le
«sans délai», on est sur le «dans un délai raisonnable». Alors, est-ce que le
ministre peut m'expliquer, lui, quel problème il a avec un délai raisonnable?
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Caire : Bien,
M. le Président, je vais plaider coupable, M. le Président, mais je répondais
aux propos de mon collègue précédent. Puis, en fait, l'idée n'est pas de «sans
délai», «délai raisonnable», l'idée, c'est de le codifier.
Et là je vais relancer la
question, parce que... Qu'est-ce qui choque les collègues dans le fait qu'il y
a... On est à un point x, là. Le point x, là, c'est l'entreprise
accepte la demande du citoyen. Ça, c'est le point de départ de notre
discussion. Qu'est-ce qui est si dérangeant dans le fait que la suite ne soit
pas codifiée, compte tenu du fait que le citoyen va décider si, oui ou non, il
s'en va vers la CAI? Le citoyen va décider ça, là, il va décider. Il va dire...
Peut-être que le citoyen va décider de laisser tomber sa demande, peut-être que
le citoyen va décider d'aller vers la CAI, ça, c'est lui qui va le décider.
C'est lui qui le sait, jusqu'où il veut aller.
Et le «sinon», «sinon quoi», c'est le citoyen
qui a le contrôle de ça. Donc là, ce que les collègues souhaitent avec l'amendement...
Bien, l'effet de l'amendement, c'est d'enlever ce contrôle-là au citoyen parce
que... O.K. Après un délai raisonnable, qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qui
se passe? D'abord, qui va décider que le délai est raisonnable, dans les
circonstances qui nous préoccupent, puisque nous ne sommes pas dans une
procédure judiciaire? Donc, c'est le citoyen qui va décider si le délai est
raisonnable ou non. Puis, si le citoyen, après le délai raisonnable, il décide
que, bof, regarde, laisse faire, ça ne me tente pas d'aller à la CAI, je me
suis essayé, ça n'a pas marché, ce qui est son droit le plus strict, on fait
quoi? Il se passe quoi? Qui fait quoi si le citoyen, lui, il décide que ça
s'arrête là?
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine,
s'il vous plaît.
M. Tanguay : Oui. L'objectif,
là, nous en sommes de l'article 28 et 28.1, l'objectif, il y en a quatre.
Le premier, c'est de faire en sorte qu'un citoyen qui dit : C'est injuste,
là, il faut désindexer cette affaire-là, c'est injuste... que le citoyen ait
gain de cause. Ça, c'est le premier des quatre objectifs, qu'on ait un citoyen
qui a gain de cause, citoyen heureux. Je reprends le contrôle de ma vie, puis
on arrête de me mettre ça dans la face à toutes les fois qu'on fait une
recherche. C'est ça, le premier objectif.
Deuxième objectif, évidemment, c'est de
désengorger la CAI. Désengorger la CAI, parce que, si c'est la CAI qui faisait
ça matin, midi, soir, on peut déjà doubler le budget. On ne veut pas qu'il se
ramasse là.
Troisième objectif, éviter aussi que le citoyen
ait à investir temps, délai, et énergie, et stress aussi à aller plaider devant
la CAI. Si je peux m'entendre puis s'ils peuvent dire : Oui, c'est
raisonnable, on a des critères prévus par le législateur, on vous donne droit,
on le retire... d'éviter la lourdeur administrative qui participe puis qui
découle de désengorger la CAI.
Puis la quatrième chose également, ça, c'est l'objectif,
c'est d'avoir des citoyens corporatifs bons, de bons citoyens corporatifs, des citoyens
corporatifs qui, sur mon point d'hier, vont prendre des critères de 28.1, puis
ils vont les analyser de façon
consciencieuse, professionnelle et diligente, puis ils vont y donner suite.
Ça, c'est l'objectif.
Ce que fait cet
article 28 et 28.1, c'est
un peu ce que fait l'article 2 du Code de procédure civile.
L'article 2
du Code de procédure civile, là, c'est un
article fondateur. Je vous le lis : «Les parties qui s'engagent dans une
procédure de prévention et de règlement des différends le font
volontairement. Elles sont alors tenues d'y participer de bonne foi, de faire
preuve de transparence l'une envers l'autre, à l'égard notamment de
l'information [qu'elle détient], et de
coopérer activement dans la recherche d'une solution et, le cas échéant, dans
l'élaboration et l'application d'un protocole préjudiciaire; elles sont
aussi tenues de partager les coûts de cette procédure.» Puis il y a d'autres
éléments.
Ça, moi, je l'assimile, ce qu'on fait là, je
l'assimile, le fait d'envoyer le signal à l'entreprise : Vous devez, dans
un délai... Si la demande vous est faite, vous l'analysez de façon
consciencieuse, vous ne pouvez pas vous en foutre. C'est pour ça qu'hier
j'aurais aimé ça qu'on lui dise : Bien, je constate que vous vous en êtes
foutu, bien là, je vais vous taper sur les doigts. On me dit qu'on ne le fera
pas, qu'on ne peut pas le faire — j'aurais aimé ça — mais,
au moins, qu'on envoie ce signal-là, aux citoyens corporatifs, que, si, dans
les 30 jours, vous dites : Oui, il a raison... bien, qu'on le mette
dans la loi que vous devez le faire dans un délai raisonnable suivant la
transmission en vertu de l'article 32.
Le délai raisonnable, ici, ne vient pas enlever
aucun recours au citoyen. Le délai raisonnable, il parle pour la compagnie, que
l'on veut une bonne citoyenne corporative, qui doit s'exécuter dans un délai
raisonnable. Parce que, là, des délais, il n'y en a pas. Des délais, il n'y en
a pas, si ce n'est que la perte de patience par le citoyen, qui va dire :
Bien, câline, je vais en saisir la CAI. Puis là c'est un échec, le ministre va
être d'accord avec moi.
Si, après ça... Il ne devrait y avoir aucun cas
d'espèce où un citoyen se dise : Bien, il m'a donné raison dans le délai
de 30 jours, puis ça fait trois semaines, puis il ne l'a toujours pas
fait. Si le citoyen est obligé, aller à la CAI, c'est un «lose-lose-lose» sur
mes quatre articles, sur mes quatre objectifs. Le citoyen, il faut qu'il mette
la main dans ses poches, la CAI, il va falloir qu'elle gère ça, le citoyen
corporatif, plutôt que de le faire, il va dépenser encore plus de temps et
d'énergie pour faire ça, puis, le citoyen, ça va être du stress, et ainsi de
suite.
En mettant «dans un délai raisonnable», vous
envoyez le bon signal. Et, je termine là-dessus, ce n'est pas exclusif au
recours que l'on ne veut pas, de la CAI, ça instruit la compagnie puis ça
instruit aussi le citoyen. Je reprends l'argument du ministre. Comme un avocat,
ce n'est pas parce que je vais plaider cet argument-là que j'en suis, mais ça
vient consolider son point, «dans un délai raisonnable», parce que, là, c'est
comme si sans délai, pour le ministre, dans sa vision, c'était... sans délai,
c'était tout de suite, puis, écoutez, bien là, à ce moment-là, on va envoyer...
Il avait un bon réflexe de dire : Bien, les compagnies vont dire :
Bien là, si c'est sans délai, moi, je vais le refuser, puis la CAI va me le
dire. Ça, on vient de passer à côté. Ou le citoyen va dire : Bien, pour
moi, sans délai, c'est 12 heures, 24 heures,
tout de suite, le lendemain, je vais à la CAI. En mettant «dans un délai
raisonnable», on parle au citoyen
corporatif, mais on parle au citoyen, aussi, en disant : Il va y avoir un délai,
«chummy», qui doit être raisonnable.
Et ça, c'est sans conséquence. Et ça participe
de l'article 2, où on donne des obligations de bonne foi aux parties. Ça,
c'est comme le Renvoi sur la sécession du Québec, le Renvoi sur la sécession du
Québec, que le collègue de La Pinière connaît très,
très bien, où, lorsqu'il y a un référendum gagnant... fait naître une obligation
de négocier de bonne foi. Une fois que vous vous intégrez dans un processus
comme ça, vous avez un processus où vous devez vous engager de bonne foi. Puis
là, la compagnie, tu ne peux pas dire... Après ton délai de 30 jours, tu
dis : Oui, il faut que je l'enlève. J'ai fini de parler. Oui, tu vas
l'enlever, parfait, tu dois le faire dans un délai raisonnable.
Puis je vous dirais même, puis je vais terminer
là-dessus, qu'en ne le mettant pas on n'envoie pas les bons signaux, tant à la
compagnie qu'au citoyen, puis, en ne le mettant pas, on ne vient pas qualifier
ce qui doit être fait puis qui est un gros
minimum, un délai raisonnable. On peut-tu être contre la raisonnabilité, M. le Président?
Non, puis c'est «un délai raisonnable». C'est «win-win-win», là.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Caire : M. le
Président, j'ai dit que je ne travaillais pas à susciter le conflit entre mes
collègues de l'opposition officielle, donc je vais le faire, comme j'ai dit,
mais je dois dire que les arguments de mon collègue de LaFontaine sont plus de
nature à susciter la réflexion que les arguments de mon collègue de
La Pinière.
Le Président (M. Bachand) :
Allez-y, oui.
Caire : Mais je le
taquine. Non, sérieusement...
M. Barrette : ...M. le Président,
cette tentative sera totalement inutile.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre, s'il vous plaît.
Caire : Futile,
tentative futile. Non, sérieusement, je ne suis pas encore totalement
convaincu. En fait, je ne suis pas convaincu que la... En fait, je pense que,
dans l'article 28, 28.1, mettre l'idée du délai n'est pas approprié.
demanderais, M. le Président, une courte suspension, parce que, dans l'optique
que le député de LaFontaine amène... Il y a peut-être moyen de travailler sur
un autre
article pour aller vers cette optique-là qui serait plus de nature
informative que... Puis c'est ce que je comprends de mon collègue de
LaFontaine, là, on veut envoyer un message parce que... Il n'y a pas de «sinon
quoi», on s'entend. Si on met là...
Caire : Non, mais il
n'y en a pas, de «sinon quoi», dans le sens où, même si on met un «sans délai»,
bien, «sans délai»... Puis c'est parfait, mais, tu sais, il ne le fait pas,
puis le citoyen a décidé qu'il n'allait pas plus loin, il ne se passe rien, là. Le... Même le délai
raisonnable, tu sais, le délai raisonnable, c'est parce que ça ne peut pas être
interprété judiciairement parce qu'on est dans une étape administrative,
et on a déjà statué que la CAI, si elle est saisie du dossier, ne tiendrait pas compte de ces démarches administratives là
dans son propre travail. Donc, encore là, il n'y a pas de vase
communicant vers la CAI, de cette situation-là. Donc, de le mettre là...
Déjà, le «sans délai», puis là je ne referai pas
tout l'argumentaire que j'ai fait, ça, pour moi, il n'y a pas d'article où
c'est une bonne idée d'aller là. Dans le délai raisonnable, compte tenu de ce
que le député de LaFontaine dit, qu'on pourrait avoir plus une vision
indicative qu'une vision dans le sens où vous le faites, sinon quoi... Parce
qu'il n'y aura pas de «sinon quoi». Il faut être conscient de ça. Il n'y a pas
de «si vous ne le faites pas, il y a une sanction». Il n'y en aura pas, il
n'y aura pas de pénalité. Donc, on est informatif, on est indicatif.
Mais, si les
collègues sont d'accord, on pourrait peut-être suspendre quelques instants puis
penser à quelque chose.
M. Barrette : M. le Président, on
peut suspendre le temps qu'il faut.
Le Président (M.
Bachand) : Ça va?
Alors, on va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 39)
Président (M. Bachand) : À
l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, nous sommes de
retour...
Le Président (M. Bachand) : S'il vous
plaît! Alors, nous sommes toujours sur le sous-amendement du député de
LaFontaine. Est-ce qu'il y a d'autres interventions pour le...
M. Tanguay :
M. le Président...
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine, s'il vous
plaît. Oui.
M. Tanguay :
Nous avons eu le bénéfice d'une discussion... Avez-vous dit «le député de
La Pinière»?
Président (M. Bachand) : Non, j'avais dit «de LaFontaine».
M. Tanguay :
O.K. Parce que...
M. Tanguay :
Ah! O.K., c'est bon.
Caire :
...à eux deux ce que je n'ai pas réussi à faire.
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine,
s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Et, à ce stade-ci, est-ce qu'on peut annoncer, avant qu'on retire quoi que ce
soit, l'intention du législateur, via la voix du ministre, pour ce qui s'en
viendrait à l'article 32? Puis ça pourrait nous aider à nous
réconcilier avec bien des concepts.
Caire :
Oui. Effectivement, on... Suite aux discussions qu'on a eues, M. le... Oui,
oui, oui, bas les masques. Excusez-moi. Suite aux discussions qu'on a eues, on
a convenu d'apporter un amendement qui serait à la satisfaction de tous, à l'article 116 du projet de loi, qui modifierait
l'article 32 de la loi actuelle. Et donc,
conséquemment, sans présumer de l'intention de mes collègues, on
pourrait retirer le sous-amendement et l'amendement et poursuivre l'étude de l'article 113,
M. le Président.
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Oui. Et là je suis... Il serait, donc, sur Greffier, c'est ça?
M. Tanguay :
Amendements en cours. Je vais rafraîchir. Il est en train de se rafraîchir, M.
le Président.
Là, pendant que ça se
rafraîchit, ce que l'on a compris, finalement, puis collègue de La Pinière
aussi, là... Ça a été un peu plus long, la pause, parce qu'il a fallu se
relever d'à terre, parce qu'on est tombés en bas de notre chaise. Ce qu'on a
compris, c'est que le 30 jours auquel le collègue de La Pinière
faisait référence dans son amendement puis dans notre sous-amendement, le
30 jours de l'article 32 du projet de loi n° 64... c'est-à-dire
32 de la loi... Bien, dans le 30 jours, il y a deux choses qui peuvent se
passer, puis... mais il y en a juste une. Soit, dans le 30 jours, la
compagnie, l'entreprise à laquelle est demandé : Pouvez-vous déréférencer?,
elle va dire... Si elle dit non, elle dit non.
On va aller à la CAI, à ce moment-là, pour que la CAI analyse de nouveau la patente.
Mais, si la compagnie dit : Oui, on donne suite à ça, elle doit le
dire, un, dans le 30 jours puis elle doit, en même temps et du même
souffle, dans le même écrit, dire : Et c'est fait. C'est ce que doit
faire, donc, la compagnie. Dans le 30 jours, il faut que ce soit fait.
Alors là, je veux
dire, nous, on parlait toujours dans une optique où c'était le 30 jours
pour dire oui ou non, et après ça elle s'exécutait. Puis là il y avait tout le
débat «sans délai» ou «délai raisonnable», et ainsi de suite.
Alors,
dans... Juste pour donner une indication, M. le Président, j'ai l'amendement ici, je clique dessus, et il se lirait... Peut-être,
avant de retirer, là, puis j'aimerais ça entendre, évidemment,
collègue de La Pinière,
là... L'amendement, je le lis sans
qu'il soit déposé officiellement. Ça fait que l'objet du débat, c'est toujours
le sous-amendement, on va se comprendre.
L'article 113,
ce serait un amendement qui dirait : Insérer, à la fin du dernier alinéa
de l'article 28.1... Je recommence : Insérer... C'est l'émotion,
c'est l'excitation. Insérer... Parce qu'on risque d'adopter un article.
Insérer — il
faut que je reste focus — à
la fin du dernier alinéa de l'article 28.1 de la
Loi sur la protection des
renseignements personnels dans le secteur privé, proposé par l'article 113
du projet de loi, la phrase suivante : «Lorsqu'il acquiesce à la demande,
le responsable de la protection des renseignements personnels atteste, dans sa
réponse écrite en vertu de l'article 32, de la cessation de diffusion du
renseignement personnel ou de la désindexation ou de la réindexation de
l'hyperlien.» Fin de la citation.
y avait un questionnement, puis on pourrait peut-être commencer le... Bon,
alors, je ne sais pas ce qu'en pense le
collègue de La Pinière, mais on pourrait retirer le sous-amendement et
l'amendement pour en faire l'amendement officiel.
Barrette : ...je n'ai aucun problème avec ça, au contraire, dans la
mesure où ça correspond aux conclusions qui ont été tirées de la
discussion hors d'ondes que nous avons eue précédemment.
M. Tanguay : Alors, si vous voulez procéder par étapes, moi,
je... En ce qui concerne... à mon sous-amendement, je vous demanderais, M. le Président, de
vérifier le consentement pour que je le retire.
Président (M. Bachand) : Est-ce qu'il y a consentement
pour retirer le sous-amendement du député de LaFontaine?
Des voix :
Consentement.
Président (M. Bachand) : Merci. On est maintenant à
l'amendement du député de La Pinière.
M. Barrette :
Même chose, à ce moment-là, on va retirer le mien aussi.
Le Président (M. Bachand) : O.K. Est-ce
qu'il y a consentement pour retirer l'amendement du député
de La Pinière?
Des voix :
Consentement.
Président (M. Bachand) : Merci. Donc, M. le ministre, s'il vous
plaît.
Caire :
Bon, alors, M. le Président, en fait...
Caire : Oui, bien, compte tenu du fait qu'il vous est
attribué, M. le député de LaFontaine, à bon droit, c'est un amendement
déposé par l'opposition officielle, M. le Président, je tiens à le préciser.
Tanguay : ...le collègue, à tout seigneur tout honneur, le
collègue de La Pinière, le soin de déposer officiellement
l'amendement.
Caire : Bien, si
je peux me permettre, sans vouloir faire... diriger les travaux à la place de
notre président, ça reste un amendement du député de LaFontaine, selon
ce qui est sur le site du Greffier.
M. Tanguay :
C'est pour nos statistiques...
M. Barrette :
...cet orgueil-là...
Président (M. Bachand) : Alors, M. le député de LaFontaine,
pour le lire officiellement.
M. Tanguay :
Alors, je lis officiellement : Insérer, à la fin du dernier alinéa de
l'article 28.1 de la
Loi sur la protection des renseignements personnels
dans le secteur privé, proposé par l'article 113 du projet de loi, la
phrase suivante : «Lorsqu'il acquiesce à la demande, le responsable de la
protection des renseignements personnels atteste, dans sa réponse écrite en
vertu de l'article 32, de la cessation de diffusion du renseignement
personnel ou de la désindexation ou de la réindexation de l'hyperlien.»
Voilà, M. le
Président. Sur ce que je viens de lire, puis pour m'aider à comprendre ce que
je propose d'amender, j'aimerais savoir du ministre et peut-être... Puis ce
sera dit dans l'interprétation, parce que, tel que rédigé, le collègue de La Pinière
l'avait soulevé dans nos débats hors d'ondes, est-ce que ça dit suffisamment clairement,
là, en termes juridiques, là, que, s'il acquiesce à la demande... Quand on dit : Il
atteste de la cessation, ça veut dire que, dans l'écrit qui doit être
parvenu dans les 30 jours, il va lui dire : Bien, c'est fait, c'est
fait, c'est fait. C'est clairement ça, l'intention du législateur, ici. Si on
le dit, ça va être...
Caire :
C'est ça. Ceci étant dit — là,
je veux juste rendre Me Miville-Deschênes un peu nerveux — il faut comprendre que l'élément que vous ameniez
précédemment ne s'applique pas, au sens où cette disposition-là ne fait
pas en sorte de donner à la CAI une possibilité de pénaliser l'entreprise. Il
n'y a pas de... La CAI ne peut pas... Dans cette procédure-là, la CAI n'a
pas... Ça ne donne pas à la CAI un pouvoir de sanction par rapport à
l'entreprise.
M. Tanguay :
Ça, c'était clair.
Caire :
O.K. Bien, je voulais juste être clair là-dessus, là, parce qu'on a eu cette
discussion-là. Puis on comprend qu'on allait dans le sens de vos arguments, M.
le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Ça n'aurait pas empêché, ce qu'on ne fera pas, un autre amendement qui aurait
prévu, si d'aventure le citoyen se ramasse devant la CAI, puis que la CAI
dit : Aïe, ça a été refusé de mauvaise foi, que la CAI puisse sanctionner. Ça aurait pu être un autre amendement,
qu'on ne fera pas, distinct. Mais je comprends que ça, c'est un autre
débat, là, tout à fait.
Caire :
Le «sinon quoi», là, ce n'est pas : La CAI va vous sanctionner. Le «sinon
quoi», c'est : Le citoyen pourra, si c'est sa volonté, entamer une
procédure judiciaire formelle ou, à la limite, s'entendre avec l'entreprise
pour dire : Bien, écoute, là,
normalement, c'est supposé être fait, là, tu sais, c'est ça que la loi dit,
puis, bon, bien, O.K., je te... Donc,
cette possibilité-là pour le citoyen de s'entendre avec l'entreprise n'est pas
exclue, mais on va dans le sens de ce que
vous proposiez, à savoir il faudrait quand même que l'entreprise... Parce que
c'est toute la notion... puis vos arguments étaient bons, là, je me
range à ça, toute la notion de prendre ça au sérieux.
Donc, la demande doit
être prise au sérieux, il doit y avoir une réponse à la demande dans les
30 jours, ce qui inclut les gestes à être posés quand la rencontre...
quand la... pardon, la décision est positive, et donc d'en attester en même temps qu'on donne la réponse, mais, c'est
parce que je voulais juste être bien clair à micro ouvert, ceci ne donne
pas un pouvoir à la CAI de sanctionner l'entreprise, si tant est que les
conditions ne sont pas...
Caire :
O.K. Je voulais juste être clair là-dessus.
M. Tanguay :
Non, non, ce n'est pas ça que ça dit. Ce n'est pas ça que ça dit, clairement
pas.
Caire :
Parfait. On va dans le sens de ce que vous disiez dans votre dernière
intervention.
M. Tanguay :
Puis, sur l'amendement... Puis, juste très rapidement, le ministre peut me
répondre, là, il y a trois concepts, mais je vais l'aborder là, j'aurais pu
l'aborder plus loin : cessation de diffusion, désindexation et
réindexation. Première des choses, ces expressions-là sont-elles
technologiquement neutres?
Caire :
Non, elles ne sont pas technologiquement neutres, au sens où...
M. Tanguay :
Autrement dit, quand je dis ça, ce que je demande : Est-ce qu'elles vont
bien vieillir?
Caire :
Ah! oui, oui, oui.
M. Tanguay :
C'est ça que je demande, est-ce qu'elles vont bien vieillir. Autrement dit, il y
a-tu une patente, de dire : Oui, ça, ce
n'est pas techniquement... Tu sais, ce moteur-là... Je ne le sais pas, ce n'est
pas réellement désindexation... On ramasse tout avec ça.
Caire :
Oui, oui, oui. Oui, parce que... Puis ça fait référence à un commentaire du
collègue de La Pinière, qui disait : Oui, mais, lorsque... là,
c'est... cette possibilité-là, elle est exclusive au moteur de recherche. Puis
je disais au député de La Pinière : Non, parce
que, si vous êtes sur un site Web, ça
reste qu'il y a une indexation, ça reste qu'il y a un référencement. Donc, quand
vous dites qu'ici c'est la cessation de la diffusion du renseignement personnel,
de la désindexation... Donc là, vous couvrez toutes les possibilités où une information
va être visible sur la Toile.
M. Tanguay :
Est-ce que, tel que... Lorsqu'il acquiesce à la demande, il pourrait, à la
limite, acquiescer en tout, oui, mais, en
partie, est-ce qu'on couvre ce cas-là? «Lorsqu'il
acquiesce en tout ou en
partie à la demande», est-ce qu'il serait utile de le rajouter ou pas? Parce que moi, je
pourrais faire à la même compagnie une demande qui aurait un volet A, B, C, puis finalement ils ont
dit : O.K., C, oubliez ça... non, on va le garder mais... Est-ce qu'on
doit le faire? Et, si vous me
dites : Non, on n'a pas besoin de le faire, dites-moi au moins dans le
micro : Bien, ça couvre en tout ou en partie, là.
Caire :
...ça couvre en tout ou en
partie parce que vous ne pouvez pas désindexer en
partie.
M. Tanguay :
Non, mais deux types d'information, je veux dire.
Caire :
Bien, c'est-à-dire que, là, chaque... Mais c'est parce que chaque demande va
faire l'objet d'une... S'il y a plusieurs demandes, elles feront l'objet d'une
décision chacune.
M. Tanguay :
Moi, je vais faire une demande pour telle affaire, telle affaire, telle
affaire.
M. Tanguay :
Il va y avoir trois décisions.
Caire :
C'est ça.
M. Tanguay :
Donc... O.K. Mais je vais la faire dans la même demande, on s'entend, là.
Caire :
Oui, parce que... Oui, bien oui, évidemment, pour des raisons de commodité,
mais ça pourrait être distinctement,
parce que ça pourrait couvrir des informations différentes. On s'entend que,
dans une carrière politique, il y a des... toutes
sortes d'événements où... dans une carrière publique, je devrais dire, ce
serait... il y a toutes sortes d'événements qui peuvent se produire. Et donc
vous pouvez avoir différentes demandes, parce qu'il y a eu tel cas en telle
année, tel cas en telle autre année, tel cas à tel autre moment. Puis, dans le
cas x, l'entreprise va dire : Oui, ça, effectivement. Vous-même avez dit : La clause, on peut-tu en
revenir, là? Oui. Mais l'autre : Bien non, ça, je pense que c'est encore d'intérêt public puis c'est encore
d'actualité. Mais, à ce moment-là, la désindexation des événements pour
lesquels on a dit oui ne peut pas se faire en partie. Soit on le fait ou on ne
le fait pas. Par contre, chaque décision... chaque demande peut amener une
décision qui, elle, va être différente.
M. Tanguay :
Puis, dernier point... on peut le faire là, là, on gagne du temps puis on va le
voter, là, l'amendement, mais, quand on dit : La... puis je le sais que ça
a sûrement déjà été dit hier matin, là, la réindexation de l'hyperlien, ça, c'est quel cas de figure? Parce que je peux
dire : Aïe! Je suis tanné, là, que ça revienne tout le temps, retirez ça, mais... ou je dis : Non, non...
Est-ce que ça pourrait être, par exemple, le cas du pardon? Oui, il y a ça, j'ai
été accusé, mais il y a eu... Bien là, le pardon annule tout, là. Ce
serait quoi, la réindexation?
Caire :
Bien, en fait, la réindexation, c'est le contraire, dans le sens où le pardon
va plutôt amener une désindexation ou un déréférencement, parce qu'on veut...
c'est l'effacement.
La réindexation, ce
serait, par exemple, une information qui, elle, est d'intérêt public, donc qui
ne rencontre pas les conditions, dans le
fond, où on dit... Puis là je veux juste relire les conditions, je pense que ça
va nous remettre dans le bain en même temps, donc :
la diffusion [du] renseignement [...] cause un préjudice grave relatif au droit
[à la vie privée] au respect de sa réputation[...];
«2° [le] préjudice
est manifestement supérieur à l'intérêt [...] public de connaître...»
Bon, bien, on
pourrait penser que j'ai désindexé ou j'ai... l'entreprise a désindexé quelque
chose qui est d'intérêt public, qui manifestement ne cause pas de préjudice,
puis, bon, dire : Non, bien là, décider de... attends un peu, non, non, ça, tu remets ça, tu remets ça sur
le site parce que c'est le droit du public à l'information. C'est toutes sortes
de raisons qui font que la décision pourrait être, au contraire... la demande
pourrait être, au contraire, de réindexer l'information.
Tanguay : Mais il
faut avoir l'intérêt pour le faire. Puis on va en parler tantôt, là, qui peut
avoir l'intérêt, là, parce que ça ne peut pas être tout un chacun, pour
rendre service à la planète, dire...
Caire : Dans le
cas de la désindexation, du déréférencement, c'est la personne qui est touchée
directement. Dans le cas de la réindexation, c'est toute personne qui a
un intérêt.
Tanguay : O.K. Pour
l'amendement... J'aurais d'autres petites questions, mais plus tard. Sur
l'amendement, moi, ça me va.
Le Président (M. Bachand) : Est-ce qu'il y a des interventions sur
l'amendement? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder
à la mise aux voix. Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
Secrétaire : Pour,
contre, abstention. Pour les membres de l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire :
M. Caire (La Peltrie)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement, M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) : Abstention. Donc, l'amendement est adopté.
Donc, on revient à 113, amendé. M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Merci, M. le Président. Alors, le ministre est en train de dire que... Bon,
28.1, la personne concernée... Puis je me suis répondu moi-même quand je
faisais mes analyses. Je me disais : Ah! j'ai remarqué, le père d'un enfant, point d'interrogation, on va
les voir plus loin, là. On va les voir à 30, entre autres, là. Il y a
différents cas de figure, là, qu'on voit plus loin.
ministre peut-il me refaire l'explication, s'il vous plaît? Alors, je les
ai ici. La cessation de la diffusion, ça, c'est quel cas type? Ça,
c'est... Cessation de la diffusion. Une diffusion, c'est sur Internet, ça.
Caire : C'est sur
le site Web.
Tanguay : Sur le site Web. O.K. Autrement dit : Retirez ça
de votre site Web.
M. Tanguay :
O.K. La réindexation, ça veut dire, quand je fais Google, je fais le nom, pouf!
ça, ça sort. Non, hein, ce n'est pas ça.
Caire :
La réindexation...
M. Tanguay :
C'est pour ramener que ça sorte.
Caire : Oui, c'est
ça. La réindexation, c'est quelque
chose qu'on aurait effacé. On le rend
disponible à nouveau.
M. Tanguay :
Et la... O.K. Puis la réindexation, c'est ça. Puis, la désindexation, on
comprend ça.
Vous
avez dit qu'il y a... il faut faire une distinction entre cessation,
réindexation et désindexation. Vous dites qu'il y en a deux qui peuvent
être faits par la personne concernée, puis après ça...
M. Tanguay :
Pouvez-vous me la refaire?
Caire : Oui,
absolument. Quand on parle de déréférencement... Donc, tout ce qui touche à
l'effacement, donc le déréférencement,
la désindexation. Puis là remarquez mon oeil qui s'en va vers les sourcils de
Me Miville Deschênes.
M. Tanguay :
C'est des synonymes ça, hein? C'est des synonymes.
Caire :
C'est la personne concernée par le renseignement personnel.
M. Tanguay :
O.K. Désindexation et déréférencement sont des synonymes, dans notre langage.
Caire :
Désindexation et déréférencement, bien, ce n'est pas la même opération, mais ça
vise l'effacement.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le ministre.
Caire :
Je vais laisser, M. le Président... Puis on n'aura pas de conversation de
coulisses.
Président (M. Bachand) : Merci. Me Miville-Deschênes, s'il
vous plaît.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien, en fait, dans un souci d'assurer que la...
de droit... ou de référencement soit le plus respectueux possible de la
liberté d'expression, la réindexation visait, en fait, le fait de déplacer l'hyperlien dans les résultats de
recherche comme une solution, je vous dirais, mitoyenne entre la désindexation
et le refus de donner suite à la demande.
M. Tanguay :
La désindexation, donc, évidemment, découle de moteurs de recherche.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Oui. Désindexation, réindexation,
dans les deux cas, on parle d'un résultat de moteur de recherche.
M. Tanguay :
Déférencement et référencement, c'est des synonymes de désindexation et de
réindexation... et d'indexation?
Caire :
C'est des procédures technologiques différentes.
M. Tanguay :
Je vais poser ma question autrement. Désindexation n'est pas tout à fait
synonyme, donc, à déréférencement, n'est-ce pas?
Caire :
Ce n'est pas la même chose.
M. Tanguay :
O.K. Quelle est la différence? Puis pourquoi on ne parle pas de déréférencement
dans la loi?
Caire :
Parce que, quand vous indexez quelque chose, vous allez le classer, vous allez
le numéroter. Donc, un index vous sert à le
retrouver dans un répertoire. Vous dites qu'il est indexé, puis j'ai un
répertoire, il est indexé, je sais où je vais le retrouver.
Le référencement, c'est de dire :
Bon, bien, je ne le sais pas, il peut être sur un site XY, là. Donc, la
référence, c'est où est-ce que je vais le trouver dans l'univers.
M. Tanguay :
Ça, c'est Google?
Caire :
Bien, dans les deux cas, ça peut être Google.
Tanguay : Pourquoi on
ne met pas les deux si ce n'est pas tout à fait la même chose? Est-ce qu'on
échappe quelque chose en chemin?
Caire :
Là, je... Resituez-moi, parce que j'avais l'impression qu'on le faisait.
M. Tanguay :
À moins qu'on me détrompe, on a-tu «déréférencement?» Je ne le vois pas dans
la...
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Il me semble qu'il n'est pas dans
l'article de loi, là, comme terme qui a été utilisé, mais...
M. Tanguay :
Est-ce que, donc, désindexation englobe déréférencement ou non, puis on serait
peut-être bien de le mettre? On pourrait peut-être...
Caire :
Parce que le principe, dans le fond, c'est de dire : Si tu veux essayer de
le retrouver, il faut que je t'enlève les moyens de le faire.
M. Tanguay :
Donc, je reviens, désindexation inclut, dans les faits, déréférencement.
Caire :
Ici, dans l'interprétation de la loi, oui.
M. Tanguay :
C'est ce que l'on veut, que la CAI et que les administrateurs, administratrices
tranchent, là. Ça inclut.
M. Tanguay :
On ne se fera pas faire : Bien là, non, c'est un déréférencement, preuve à
l'appui par expert, je suis hors de la portée. Non, non, non. Ça ne va pas
être...
Caire :
Non, non, non.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : La désindexation, c'est vraiment
l'enregistrement... moteur de recherche et répertoire de recherche, donc on
a... afin de le faire connaître aux internautes, d'en accroître la visibilité, d'en augmenter le nombre de visiteurs. Donc, je
pense, le terme «désindexer», vraiment, est le terme à retenir, là, pour
rencontrer l'objectif dans le cadre de 28.1.
M. Tanguay :
Parfait. Là, le ministre, vous aviez dit... vous étiez en train d'expliquer,
une fois qu'on a classé la sémantique,
réindexation, désindexation, ça, c'est tel type de personne qui peut le
demander, puis, cessation, c'est tel autre type
Caire : Oui, bien,
en fait, je vais laisser Me Miville-Deschênes, parce que, dans le cas de
la désindexation, c'est la personne qui est concernée par le renseignement
personnel, puis, dans le cas de la réindexation, je pense, il me semble qu'on
avait dit que c'était toute personne qui était intéressée.
Président (M. Bachand) : Me Miville-Deschênes.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Oui, bien, je vais y aller par
étapes, là. La cessation de la diffusion, dans ce cas-là, on s'adresse
directement à l'entreprise. L'entreprise concernée qui diffuse un
renseignement, bien, on lui demande à elle
de cesser de le diffuser. Tandis que, la désindexation, là, on s'adresse au
moteur de recherche qui rend accessible.
Ce n'est pas lui qui diffuse directement, c'est lui qui rend accessibles, via
un hyperlien, certains renseignements.
M. Tanguay : D'accord. Mais
moi, je n'en suis pas à la fin, j'en suis de l'autre bord du pôle, celui qui demande. Est-ce que, dans tous les cas, c'est le
même type de demandeur qui peut demander la cessation, réindexation, désindexation, ou, dans certains cas, il y a la personne
pour elle-même, ou il y a un tiers, tel que la succession, tel que le père d'un
enfant mineur, et ainsi de suite? Est-ce qu'il y a une distinction qui est
faite?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, normalement, les trois, désindexation, réindexation ou cessation de la
diffusion, peuvent être faits par la personne concernée ou... là, on le voit un
peu plus loin, mais par le titulaire de l'autorité parentale, etc.
M. Tanguay : ...pas de
distinction. La personne concernée personnellement : C'est pour moi, ou le
père d'un enfant mineur — on
le voit plus loin, à 30 — dans
les deux cas d'espèce, ils peuvent demander les trois choses, là. Il n'y a pas
de «toi, tu peux demander ça». O.K.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
C'est parce que... Oui, c'est ça.
M. Tanguay : Parfait. Quand
on dit «préjudice grave», quelles sont nos balises? Parce que je comprends
qu'on ne peut pas mettre «préjudice». Ça, c'est... J'en suis à 28.1, alinéa
deux, paragraphe 1°:
«Elle peut faire de même, ou encore exiger
que l'hyperlien permettant d'accéder à [un] renseignement[...], lorsque les
conditions suivantes sont réunies :
«1° la diffusion [...] cause un préjudice
grave...»
Est-ce qu'on a le bon fardeau ou le bon
qualificatif pour le préjudice? Puis grave... Ça me fait penser au concept de
faute lourde. Tu sais, concept de faute lourde, là, c'est défini, puis c'est
précis, puis on le précise dans le Code civil. Là, préjudice grave, est-ce
que... Il y a-tu une définition du Code civil, du préjudice grave?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, dans le contexte de l'atteinte à la vie privée, je ne pense pas qu'il y
ait... Il n'y a pas de définition, à ma connaissance, là, dans le corpus. C'est
sûr que ce qui est pris en considération, c'est la sensibilité des renseignements,
entre autres le contexte, etc. Puis le fait que le préjudice soit grave, encore
une fois, c'était une mesure pour s'assurer que cette disposition-là passe le
test des tribunaux par rapport à la liberté d'expression puis au droit du
public à l'information. Il y avait... C'était important, puis il y a eu des
consultations auprès des différentes directions au ministère de la Justice, que
la barre soit quand même assez élevée pour qu'on déréférence à cause que,
contrairement, peut-être, en Europe, ici, la liberté d'expression est protégée
par les chartes de façon plus importante, là.
M. Tanguay : Je comprends. On
dit, plus bas : «Dans [l'éventualité] des critères du deuxième alinéa, il
est tenu compte, notamment...» Donc, dans le deuxième alinéa, il est tenu
compte... là, on rajoute d'autres critères, une personnalité publique. Le
concept est suffisamment précis, personnalité publique. Est-ce qu'un professeur
de classe... Moi, quand j'étais petit gars, mon professeur, c'était une
personnalité publique parce qu'il enseignait à 25 élèves puis il côtoyait
50 parents puis la direction. Dans le village d'où je venais, tout le
monde connaissait... j'allais le nommer, là, puis je le salue, sixième année,
mais c'était un personnage public. Est-ce que ça touche ça ou... C'est quoi,
public, un personnage public?
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, en fait, c'est une personnalité qui a une... Bien, je vais faire un peu
la... Je vais lire un peu ce que... Parce que la jurisprudence reconnaissait
que l'expectative... de la vie privée dépend du fait que la personne a une
certaine notoriété, puis, dans le fond, que les artistes, personnalités
publiques, dont la réussite professionnelle dépend de l'opinion publique, ont
des attentes un peu moins élevées en matière de vie privée, là, parce qu'ils
sont matière à être, comment dire...
Caire : Sous les
feux de la rampe.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
...sous les feux de la rampe, je vais le dire comme ça.
M. Tanguay : O.K. Ça fait que
ça ne peut pas être notoriété locale, là, genre, tout le monde le connaît,
c'est tel professeur de classe. Ce n'est pas une personnalité. Une personnalité
publique, c'est quand je fais Google, son nom sort, il y a de quoi qui sort.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, tu sais, on pense à des hommes politiques, des artistes professionnels,
des joueurs de hockey professionnels, ce type de personnalités publiques là.
Caire : ...est une
personnalité publique.
M. Tanguay : Plus, depuis une
secousse, là.
M. Tanguay : O.K. Puis là
j'arrive à 6° :
«6° du délai écoulé entre la diffusion du
renseignement et la demande...»
Plus
le délai est long, plus c'est justifié de dire : On peut-tu passer à autre
chose? C'est ça qu'il faut comprendre. Parfait.
7°, on en a parlé un peu :
«7° si le
renseignement concerne une procédure criminelle ou pénale, de l'obtention d'un
pardon ou de l'application d'une restriction à l'accessibilité des
registres des tribunaux judiciaires.»
Autrement dit, la manière dont il faut le lire,
c'est que, si la nature, c'est de procédure criminelle ou pénale, on doit tenir
compte du pardon. C'est de même qu'il faut le lire, hein, et pas...
Moi, je le lisais, je le séparais en deux. Un
des critères, bien, si c'est de la procédure criminelle ou pénale, tu dois considérer... Là, je me dis : Voyons
donc! O.K., il manque un bout, ça veut dire quoi, ça? Non, non. Si c'est
criminel et qu'il a eu un pardon...
Caire : Oui, c'est
ça. Bien, en fait...
M. Tanguay : C'est pour ça que la virgule... Je veux dire, je
reviens sur ma virgule, là. C'est le tsar. Je reviens avec mon
article
du tsar. Vous en rappelez-vous? C'est-tu avec vous?
Caire : Non, non.
Rafraîchissez-moi la mémoire.
M. Tanguay : Le tsar de
toutes les Russies, fin XIXe siècle, il voulait faire exécuter quelqu'un
dans l'empire russe, et la tsarine voulait... a voulu sauver le pauvre homme.
Il allait être exécuté. Alors, elle a ajouté une virgule. Et on lui avait demandé le pardon, à cette
personne-là, puis le tsar avait dit : Pardon impossible, exécuter. Pardon
impossible, exécuter. C'était ça, son ordre. Elle prend l'ordre, elle
dit : Pardon, impossible exécuter. Le gars a été sauvé par une virgule. Fait vécu, parce que c'est mon
arrière-grand-père. Non, non, je ne serais pas ici. Alors, je suis ici à cause
d'une virgule. Non, ce n'est pas vrai. Mais c'est un fait vécu.
Caire : Je ne pensais pas que «Tanguay» avait des
origines russes, par contre. Ça, j'apprends ça. En fait, je pense que
c'est ça qui me mystifie le plus dans l'exemple du collègue.
M. Tanguay : C'est ça,
focussez sur la virgule. Mais c'est vrai, une virgule peut tout... peut changer
une vie, surtout sur un chèque.
Caire : Oui. Ça
peut changer une vie, ça, c'est clair.
M. Tanguay : Comme, ce matin,
on a parlé de chèques. Mais on ne reviendra pas là-dessus.
Caire : Oui, bon,
restons sur nos virgules.
M. Tanguay : Oui. Tout ça
pour dire... O.K. C'est suffisamment clair de même, à cette heure qu'on l'a
dit. Si le renseignement concerne une
procédure criminelle et pénale et qu'il
y a eu obtention. C'est la virgule,
là, qui m'avait leurré, mais c'est correct.
Caire : Oui, c'est
une énumération.
M. Tanguay : C'est-à-dire
que, non, c'est des conditions qui s'additionnent, là.
D'une restriction... «De l'obtention d'un pardon
ou de l'application d'une restriction à l'accessibilité des registres [et] des tribunaux». Ça, c'est un autre
aspect. Une restriction à l'accessibilité des registres et des tribunaux, ce
serait, donc, après une ordonnance de mise sous scellé d'un dossier de cour,
mais qui se retrouverait par ailleurs sur... Autrement dit, ce que...
J'essaie de
comprendre. «Ou de l'application d'une restriction [de] l'accessibilité des
registres des tribunaux». Je veux
dire, si le registre du tribunal ne vous donne pas accès parce qu'il y a eu... une juge ou un juge a dit : Je le mets, ce
dossier-là, sous scellé... Ça se fait, j'en ai déjà plaidé. Parce que la cour
est publique, mais j'ai déjà plaidé des requêtes
pour que ce soit mis sous scellé, la procédure, puis tout ça, puis
on a obtenu le jugement, puis tout. Je veux dire, ça suit son cours. Il n'y a
pas besoin de le mettre dans la loi, là.
Mais j'imagine que c'est le cas d'espèce où j'ai
déposé ma procédure, c'est public, il y a eu des articles de journaux, puis là
il faut arrêter ça, je demande une mise sous scellé, tati, tata. Là, à ce moment-là,
après coup, j'ai demandé la confidentialité et la mise sous scellé. Là, je vais
aller voir tous les référencements puis je vais dire : Bien, donnez suite,
au moins. On l'a échappé, là, on l'a demandé en retard, là, ou il y a quelqu'un
qui n'a pas... ou quelqu'un qui n'a pas respecté l'ordonnance de la cour. Ça se
peut aussi.
Le Président (M.
Bachand) : Me Miville-Deschênes, oui.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Oui. Le cas des ordonnances de non-publication mises sous scellé, etc.,
est couvert par le premier alinéa de l'article 28, qui dit qu'on peut
désindexer, etc., si ça contrevient à une ordonnance judiciaire.
cas du septième paragraphe, les restrictions à l'accessibilité, c'est... Puis il y a une procédure du ministère de la Justice là-dessus. On peut demander que des renseignements
ne soient... qu'ils soient rendus inaccessibles, des renseignements qui sont
dans les registres des tribunaux judiciaires et pénaux, qu'ils soient rendus
inaccessibles. Puis il y a différentes conditions, notamment s'il y a eu une suspension
des procédures, si la personne a été libérée à l'enquête préliminaire puis
qu'il n'y a pas eu d'autre accusation. Ça fait qu'il y a certains cas de
figure, que je peux vous lire au complet ou que je peux vous transmettre, qui
fait en sorte qu'une personne peut demander au ministère de la Justice que des renseignements
ne soient plus rendus accessibles à tous, dans les cas, justement, où la
procédure a été arrêtée, etc., là.
M. Tanguay : ...donc ce serait
sur le site, exemple, du ministère de la Justice, où on pourrait demander que
ce soit...
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Bien, la procédure est sur le site du ministère de la Justice puis elle explique comment faire la demande au ministère
de la Justice pour que les registres des tribunaux, là... Je vais donner un exemple,
l'accusé a reçu une absolution inconditionnelle à l'expiration d'un an suivant
la date de l'ordonnance. Bien là, ça, c'est un cas où il y a une possibilité
de demander que les renseignements soient rendus inaccessibles.
M. Tanguay : On a eu des cas
célèbres, hein, dans le cas des nominations de juges, où le juge avait obtenu
son pardon, puis ça, ça a été rendu public. Puis il ne l'avait pas dit. Il a
dit : Bien là, c'est le but du pardon, dit... Non, mais, quand même, pour
être nommé juge, il y a comme un...
Caire : ...une
petite exception qui était écrite en braille.
M. Tanguay : C'est une obligation d'en donner plus, d'être encore plus transparent,
tu sais, à l'image du gouvernement.
Ça me va, moi, M. le Président. Et je sens votre
émotion. En ce qui me concerne, moi, je pense que j'ai fait le tour de
l'article 113.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions sur 113 amendé? M. le député de La Pinière.
M. Barrette : 113 amendé, non,
mais... Oui. Oui, parce que c'est une question qui me titille depuis des jours.
Ça fait que, comme on est dans l'article où
le ministre l'a utilisé, a fait souvent ce commentaire-ci... Souvent, le ministre
nous a dit, là, avec beauco