Institutions — 19 January 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2021-01-19
Quebec — Committees
Je tiens aussi à remercier toutes les personnes
qui sont passées par l'IVAC et qui ont accepté de nous partager les épreuves
qu'elles ont dû surmonter à travers le régime actuel. C'est grâce à vos
témoignages et en raison de votre force, de
votre ténacité, que l'État québécois amorce aujourd'hui une transformation
de son approche vis-à-vis les
personnes victimes. C'est pourquoi nous sommes ici aujourd'hui, bien résolus à
remédier à la situation et à mettre les victimes au coeur du processus.
L'un des
principaux objectifs de cette réforme étant de mener à une plus
grande reconnaissance des personnes victimes, nous prévoyons donc revoir
la notion de victime. Nous proposons aussi d'abolir la liste des infractions
prévues à la loi pour couvrir toutes les infractions contre la personne, sans
exception.
Les demandes d'indemnisation concernant les
actes commis en contexte de violences sexuelle, conjugale ou subis dans leur
enfance seront dorénavant imprescriptibles.
On ne décide pas de subir une infraction et
encore moins l'endroit où cela se produit. Nous proposons donc que les
personnes ayant subi une infraction à l'étranger soient maintenant admissibles
au régime d'indemnisation.
Avec cette réforme, nous voulons également
remettre les personnes victimes au coeur de leur processus de réhabilitation et de guérison. Ainsi, les mesures
permettront une prise en charge immédiate et systématique de celles-ci
avant même que leur demande d'indemnisation ne soit acceptée. Elles pourront notamment
bénéficier d'une aide financière d'urgence pour couvrir leurs besoins de base
afin de leur permettre de quitter une situation où leur vie ou leur intégrité
physique est menacée.
Les personnes ayant
présenté une demande à l'IVAC pourront également bénéficier de certaines aides immédiates dans l'attente d'une décision de
l'admissibilité au régime. Pour reprendre le cours de leur vie, les
personnes qui ont subi une infraction criminelle ainsi que leurs proches ont,
dans la vaste majorité des cas, besoin de soutien psychologique et psychosocial afin de surmonter leurs traumatismes. Il
s'agit d'ailleurs d'une lacune du régime actuel.
En conséquence, nous prévoyons accroître l'accès
à l'aide psychologique, notamment pour les parents d'enfants assassinés. Nous
offrirons aussi l'accès à une plus large gamme de professionnels, comme des
travailleurs sociaux ou des sexologues. Ces services sont essentiels au rétablissement
des personnes ayant subi une infraction criminelle. Il est crucial qu'elles y
aient accès plus facilement et plus rapidement.
Cette réforme en profondeur de l'IVAC favorisant
une conception plus humaine de l'indemnisation orientée vers le rétablissement
est fondée sur l'accompagnement. Par ces différentes initiatives, nous voulons
nous assurer d'offrir aux personnes victimes les outils ainsi que tout le
soutien et l'accompagnement nécessaires pour les aider à reprendre une vie
normale lorsque cela est possible.
En terminant, je réitère ma profonde
reconnaissance à tous les participants de ces consultations particulières qui
débuteront sous peu. Votre apport est primordial à cette réforme tant attendue.
Notre gouvernement est déterminé à améliorer le sort des personnes victimes, et
cette volonté que nous partageons, j'en suis sûr, avec les différents collègues
des oppositions. Je vous invite donc à travailler ensemble dans l'optique de
bonifier ce projet de loi, mais également de le faire cheminer. Les personnes
victimes ont assez attendu. Ensemble, nous pourrons faire un réel changement
dans la vie de ces personnes, et ce, rapidement. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député de LaFontaine
à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de
quatre minutes. M. le député, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Est-ce que vous m'entendez bien? Merci beaucoup.
Alors, écoutez, on débute aujourd'hui, c'est une première pour moi, là, des consultations
sur un projet de loi excessivement important... donc, des consultations, c'est
une première pour moi, sous l'aspect virtuel. Alors, on va essayer d'avoir, je
pense, des échanges tout à fait efficaces et tout de même, je vous dirais,
chaleureux avec les personnes, même si nous sommes à distance, sur un projet de
loi excessivement important, le projet de loi n° 84, Loi visant
à aider les personnes victimes d'infractions criminelles et à favoriser leur
rétablissement.
Le projet de loi comporte 190... Nous aurons aujourd'hui,
mardi, mercredi, jeudi, l'occasion d'entendre plusieurs intervenants. Ils sont
des acteurs de premier plan quant à l'indemnisation des victimes d'actes
criminels et également des femmes et des hommes acteurs de premier plan pour
qu'une personne qui est victime ou qui est dans l'entourage proche d'une
victime puisse reprendre contrôle d'une
partie ou d'entièrement de sa vie.
Alors, projet de loi excessivement important. On le sait, le régime actuel date
de 1972, la réforme est donc nécessaire. Nous saluons le dépôt du projet de loi.
Mais il faut également rappeler, entre autres,
la prise de conscience que d'ores et déjà avait Stéphanie Vallée, la
prédécesseure du ministre de la Justice. Elle avait déposé, en 2016, à
l'époque, un plan d'action afin d'ajouter des ressources à l'IVAC, dans le but
d'améliorer rapidement les services offerts à l'IVAC. Puis, en 2017,
Stéphanie Vallée avait également mis sur pied et publié la Déclaration des
droits des victimes d'actes criminels à l'égard du régime public
d'indemnisation. Et, en 2018, pour ne citer que ces
trois exemples-là, et je terminerai là-dessus, sur des exemples de ce que
Stéphanie avait fait, elle avait mis sur pied le programme de soutien pour les
proches de personnes victimes décédées à la suite d'actes criminels.
Vous voyez donc, M. le Président, que ces
avancées tangibles ne participaient pas d'une réforme complète du projet de loi.
Là, la réforme complète du projet de loi, on l'a devant nous. Je le salue, et
nous aurons l'occasion, l'opposition officielle, de faire part de nos propositions.
Nous voulons discuter de façon complète, parce que la réforme, elle est là,
elle est devant nous, elle est possible, et c'est un rendez-vous qu'il ne faut
pas manquer.
Vous avez entendu récemment, M. le Président,
des organismes qui ont dit, et je les cite, vouloir retarder l'étude de la
réforme afin qu'il n'y ait pas d'analyse dans la consultation. Vous avez
entendu des personnes telles que Louise Riendeau du Regroupement des maisons
pour femmes victimes de violence conjugale, Arlène Gaudreault de l'Association
québécoise Plaidoyer-Victimes, qui ont à coeur... bien évidemment, au premier
titre, ils ont à coeur l'intérêt des victimes, le bien-être des victimes, et de
faire en sorte que les personnes qui gravitent autour d'un acte criminel, bien,
malheureusement, qu'ils puissent avoir accès à un encadrement, à une aide qui
soit adéquate. Et ça, ça passe, entre autres, par le fondement qui est la loi.
Alors, ils disent ne pas... lequel qui est
devant nous, M. le Président, c'est de vouloir aller trop vite. Vite, vite,
vite, la précipitation est mauvaise conseillère. On va faire le travail. On
aura, entre autres, l'occasion d'entendre une personne comme Marc Bellemare,
qui récemment avait des propos très durs à l'encontre du projet de loi, puis ça
participe du débat démocratique. J'ai hâte d'entendre M. Bellemare, j'ai hâte
d'entendre tous celles et ceux qui vont apporter leur contribution.
Comme disait Boileau, M. le Président : Hâtons-nous
lentement. On veut bien et on va prendre le temps, pour les 190 articles,
de bien faire les choses et sur des éléments fondamentaux tels que la
définition d'une victime et quelle devrait être la forme et le fonds d'une
aide, puis on fera le débat de façon constructive. Prenons le temps qu'il faut.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup, M. le député de LaFontaine. J'invite maintenant la députée de Sherbrooke
à faire ses remarques préliminaires pour une minute. Mme la députée, s'il
vous plaît.
Mme Labrie :
Merci, M. le Président. Je me suis alloué également la volonté du ministre de
la Justice de moderniser cette loi-là qui était franchement due pour une mise à
jour.
Le projet de loi
corrige certaines lacunes, mais évidemment pas toutes. Je pense, par exemple, à
l'injustice envers les prestataires d'aide sociale qui est maintenue dans le
projet de loi. Il y a également d'autres problèmes qui sont mis en lumière déjà
dans les mémoires qu'on a commencé à recevoir, par exemple, le recul pour les
victimes sans emploi, la limite dans la durée maximum de remplacement de
revenus. Il y en a d'autres, puis on sait que le stress financier n'est pas de
nature à favoriser le rétablissement des victimes.
Donc, certainement
qu'on va souhaiter prendre notre temps et s'assurer de corriger toutes ces
lacunes dans le projet de loi. Puis je remercie à l'avance toutes les personnes
qui vont être entendues en commission ou déposer un mémoire pour nous aider à
le faire consciencieusement.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée de Sherbrooke.
J'invite maintenant la porte-parole du troisième groupe d'opposition et
députée de Joliette à faire ses remarques préliminaires pour une minute.
Mme la députée, s'il vous plaît.
Hivon :
Merci, M. le Président. Bonjour à tous les membres de la commission et à nos
invités. Donc, à mon tour de me réjouir, d'entamer l'étude de cet important
projet de loi, cette réforme que nous attendons depuis un bon moment et qui,
oui, comporte des éléments intéressants, mais d'autres sur lesquels des
questions importantes demeurent. Et donc nous aurons beaucoup de questions. Et
déjà, à voir la qualité des mémoires qui nous sont soumis, je pense que c'est un éclairage fondamental dont
vont pouvoir bénéficier le ministre et les membres de la commission.
Et je veux inviter le
ministre à vraiment faire preuve de la plus grande écoute, de la plus grande
ouverture et surtout de donner le temps de bien faire les choses.
Comme plusieurs groupes ont exprimé, ils se sont sentis
bousculés par le peu de temps pour préparer leurs remarques face à une réforme
aussi significative, qui change de fond en comble le régime. Donc, j'espère que
c'est ce qui va l'animer, de ne pas faire ça à toute vitesse, mais de plutôt
bien faire les choses, parce que, quand ça fait aussi longtemps qu'on attend
une réforme, il faut bien la faire.
Et parallèlement
j'inviterais le ministre à faire une consultation en ligne des victimes
elles-mêmes, qui ont beaucoup de choses à dire et ce qui pourrait être un
éclairage vraiment percutant pour nous. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment. Cela met fin à la
rubrique remarques préliminaires.
Nous allons maintenant
débuter les auditions. Donc, il me fait donc plaisir d'accueillir les représentantes
de l'Association des juristes progressistes. Alors, je vous invite à, bien sûr,
prendre la parole. Vous avez 10 minutes de présentation, et, après ça, on
aura les échanges avec les membres de la commission. Donc, la parole est à
vous, en vous demandant, bien sûr, préalablement de vous présenter. Merci
d'être avec nous cet après-midi.
Mme Descoteaux
(Catherine) : Merci, M. le Président. Merci, M.
le ministre, pour l'invitation. Mmes,
MM. les députés, bonjour. Nous vous
remercions d'avoir invité l'Association des juristes progressistes pour cette
Commission des institutions sur les consultations particulières portant sur le projet
de loi n° 84.
Nous nous sommes déjà
présentées à la commission plus tôt, mais, par souci d'informer les personnes
qui nous écoutent, je me présente à nouveau,
Catherine Descoteaux, je suis avocate et administratrice de l'Association
des juristes progressistes, que j'appellerai dorénavant l'AJP. Je suis
accompagnée aujourd'hui de ma collègue Romane Bonenfant,
qui est elle aussi membre de l'association, afin de vous présenter la position de l'AJP sur
le projet de loi n° 84.
Donc, l'AJP, c'est un
organisme à but non lucratif qui unit des avocats, des avocates, des étudiants,
des étudiantes en droit, des travailleurs, travailleuses du domaine du
juridique et des juristes de divers horizons. L'AJP se veut une force politique
qui est vouée à la promotion des droits politiques socioculturels au Québec. La
mission de l'organisme est de mettre en lumière le rôle producteur et
reproducteur du droit en matière d'inégalités afin d'agir concrètement sur
celles-ci.
Donc, depuis sa
fondation en 2010, l'AJP a pris publiquement position dans le cadre de plusieurs
débats de société au Québec, tant auprès de la société civile qu'auprès des
instances gouvernementales, notamment par la présentation de mémoires dans le
cadre des projets de loi n° 32 et, plus récemment,
l'été dernier, n° 45. C'est parce que les membres
de notre association se sentent concernés par les enjeux
sociojuridiques soulevés par le projet
de loi n° 84 que nous vous soumettons respectueusement notre mémoire.
Donc, dans l'écriture
de ce mémoire-là, l'AJP s'est particulièrement intéressée aux personnes
victimes de violences sexuelle et conjugale,
parce qu'il s'agit d'un fléau au
Québec, mais aussi parce qu'en tant que grandes oubliées de l'IVAC leurs luttes s'inscrivent dans la mission de notre
association. Je tiens également à mentionner que la majorité des personnes qui
sont victimes de violence conjugale et de violence sexuelle sont des femmes
et/ou des personnes issues de communautés marginalisées.
Donc, les députés en
ont parlé plus tôt, le régime actuel de l'IVAC est très vieux et comporte
plusieurs lacunes qui ont été soulignées à plusieurs reprises par divers
intervenants au fil des dernières années, dont, en 2016, par la
Protectrice du citoyen dans son rapport. Certaines de ces lacunes ont été
corrigées dans le projet de loi n° 84, mais
nous vous soumettons respectueusement que ce projet de loi maintient et
même, selon nous, ajoute tout de
même un grand nombre de problématiques que nous avons expliquées en détail dans
notre mémoire.
Aujourd'hui, par but
d'être concises, nous allons vous soumettre seulement trois points dans le
cadre de notre présentation, mais je vous invite à nous poser des questions, si
vous avez des questions sur d'autres enjeux soulevés dans notre mémoire. Donc,
premièrement, nous allons parler du régime d'indemnisation que nous vous
proposons concernant les infractions criminelles. Ensuite, nous allons parler
de rétroactivité et de l'abandon de la rente viagère.
Donc, premièrement,
nous saluons le retrait de l'annexe de l'IVAC qui limitait le nombre
d'infractions criminelles qui étaient admissibles au régime. Il s'agit d'une
belle avancée pour indemniser plus de victimes d'actes criminels. Par contre,
nous avons encore des problématiques par rapport à la définition d'infraction
criminelle telle qu'elle est définie actuellement dans le projet de loi
n° 84. Donc, par exemple, pensons à une personne qui serait victime d'une
agression sexuelle et dont l'agresseur pourrait, devant un tribunal criminel,
faire valoir le fait qu'il n'avait pas l'intention de commettre cette
infraction criminelle là.
Donc, dans le régime
actuel de l'IVAC, c'est un problème qui mène parfois à des refus sur la
question et c'est une question qui n'a pas été adressée actuellement dans le projet
de loi n° 84. Donc, pour cette raison, nous vous proposons de retirer
l'élément d'intention, donc ce qu'on appelle en droit criminel la mens rea, de
l'agresseur du régime parce que c'est difficile à prouver pour la personne qui
a été victime, mais également parce que nous considérons
que ça ne s'inscrit pas dans l'objectif du régime d'indemnisation qui est mis
en place par le projet de loi
n° 84. Donc, pour cette raison, nous vous proposons d'élaborer d'abord,
dans un premier temps, un régime principal qui serait basé sur le geste
criminel seulement, donc l'actus reus.
Dans un deuxième
temps, nous vous recommandons de mettre en place un deuxième régime qui, lui,
serait secondaire et supplétif dans les cas particuliers de violence sexuelle
et de violence conjugale. Donc, M. le ministre l'a mentionné plus tôt,
l'objectif du projet de loi n° 84 est clairement de soutenir les personnes
qui sont victimes de violence sexuelle et de violence conjugale. Or, on sait
qu'il y a beaucoup de gestes violents, qui s'inscrivent dans ces
deux spectres-là, qui ne sont pas nécessairement considérés comme des
infractions au sens du Code criminel.
Je pense, par
exemple, au harcèlement sexuel en matière de violence sexuelle ou à la violence
économique en matière de violence conjugale. Il ne s'agit pas, en ce moment,
d'infractions qui sont libellées dans le Code criminel, mais, puisque le droit
criminel évolue constamment, nous pouvons nous dire que peut-être que ces
gestes-là qui posent des conséquences qui sont importantes sur les personnes
qui les subissent pourraient éventuellement en faire partie. Donc, nous vous
recommandons d'être proactifs dans l'indemnité de ces gestes-là. Et donc, au
final, nous vous proposons de... que si les gestes sont de nature de violence
sexuelle ou de violence conjugale et qu'ils n'ont pas pu se qualifier dans le
premier régime, donc ils n'entrent pas dans la description du libellé d'une
infraction criminelle, d'utiliser plutôt un
critère de l'atteinte violente à l'intégrité pour les indemnités... pour les
indemniser, pardon.
Sur ce, je vais laisser
la parole à ma collègue Mme Bonenfant.
Mme Bonenfant (Romane) : Merci beaucoup, Me Descoteaux. Donc, moi, je
vais enchaîner sur la rétroactivité. Nous
proposons une modification de l'article 171 et 175, qui offrent actuellement une rétroactivité très limitée. Donc, les personnes qui sont aujourd'hui
victimes de pornographie juvénile, de traite de personnes, de leurre
informatique et de plusieurs autres violences sexuelles et autres infractions
qui n'étaient pas dans l'annexe de la LIVAC ne seront pas indemnisées, si on
adopte le projet de loi n° 84 tel quel. Il en est de même pour les
proches. Donc, on peut penser aux parents, aux conjoints, aux enfants, aux
témoins qui n'étaient pas indemnisés sous la LIVAC dans certains cas, donc ne
pourraient pas non plus se faire indemniser.
Donc, nous proposons
d'élargir les effets rétroactifs à ces victimes, parce que cette injustice-là,
d'une victime de traite aujourd'hui versus celle après l'adoption du projet de
loi, n'est pas... bien, c'est une injustice et elle va à l'encontre de l'objet
du projet de loi qui est de favoriser le rétablissement des victimes. C'est
pourquoi nous proposons un effet rétroactif sans limite temporelle pour les
infractions qui n'étaient pas à l'annexe ainsi que pour les proches qui ne se
qualifiaient pas sous la LIVAC. Subsidiairement, comme la LIVAC, lorsqu'elle a
été adoptée, permettait de retourner dans le passé pour six ans, nous
proposons une rétroactivité pour six ans. Et, subsidiairement, nous
pensons que les victimes d'infractions qui sont passées devraient au moins aujourd'hui
être indemnisées pour les séquelles qu'elles vivent encore.
Et ce qui nous mène à
notre troisième point de critique que nous aborderons aujourd'hui :
l'abandon de la rente viagère. Donc, nous
déplorons évidemment l'abandon de cette rente-là, ce qui permettait
aux victimes de toucher à des indemnisations pendant toute leur vie. Et
nous proposons, comme modification, de remplacer l'indemnité pour le revenu,
donc de modifier les articles 37 et 40.
En effet, dans un
contexte de violence conjugale, il est fréquent que les femmes n'occupent pas
d'emploi. C'est des choses qui arrivent. Et il y a aussi des cas d'étudiants ou
de jeunes enfants qui sont victimes d'infractions, qui, si on adopte le projet
de loi tel quel, ne seraient pas indemnisés du tout. Donc, c'est pourquoi nous
proposons d'annuler la limite de trois ans pour la perte de revenus, donc
de la rente sans limite temporelle, et de permettre aux personnes sans lien
d'emploi de recevoir une aide palliant à la perte de revenus.
Également, il est
primordial de modifier le Règlement d'aide aux personnes et aux familles afin
de permettre aux prestataires d'aide financière de dernier recours de toucher à
leurs prestations de dernier recours ainsi qu'à leurs prestations qui leur sont
accordées à
titre de victimes d'infractions criminelles. C'est une injustice
qui a d'ailleurs été déplorée par la Cour supérieure, qualifiée d'injustice
sociale, et la Cour supérieure a interpelé le législateur pour remédier à cette
situation-là. Nous soulignons encore une fois que ce problème touche
particulièrement les femmes.
Donc, pour conclure, nous portons à votre
attention que notre mémoire, il fait 85 pages mais, dans le corps du
texte, nous avons mis les modifications qui sont principales. Nous ne les avons
pas énumérées au complet, là, dans notre
présentation de 10 minutes, mais elles sont dans le corps du texte, et
nous avons une
annexe d'une cinquantaine de pages avec plusieurs autres modifications qui sont très, très
importantes. Ce n'est pas des modifications de forme, c'est des modifications qui servent à favoriser le
rétablissement des victimes, et nous vous invitons à les lire et à les
considérer.
Nous sommes d'ailleurs disponibles, si vous avez
des questions subséquentes à notre présentation à la commission... de nous
écrire par courriel à l'adresse courriel de l'AJP.
Finalement,
nous déplorons, comme plusieurs de nos collègues, le manque de temps que nous
avons eu. Nous avons été invités quelques jours avant les fêtes et nous
avons consulté plusieurs intervenants du milieu. Le milieu est surchargé, on
est en pandémie en ce moment. C'est un projet de loi qui propose de modifier
complètement le régime, donc c'est d'une grande ampleur. Donc, c'est pourquoi
nous vous proposons de rallonger le temps des consultations.
Et finalement nous soulignons... en
réfléchissant au projet de loi, nous nous sommes rendu compte, évidemment, ce projet
de loi ne peut pas régler toutes les injustices sociales. Certains enjeux sont
transversaux et nécessitent une réponse sur plusieurs... dans plusieurs
secteurs, donc dans l'éducation, la santé, les services sociaux. Donc, nous
recommandons, évidemment, d'investir massivement dans ces services.
Et nous vous remercions beaucoup pour votre
écoute et nous allons prendre vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment pour votre exposé. Nous allons
d'abord commencer avec le ministre pour la période d'échange. M. le ministre,
vous avez la parole pour 16 min 30 s. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le
Président. Me Descoteaux, Mme Bonenfant, merci de participer aux
travaux de la présente commission parlementaire. Merci également pour votre
mémoire fort volumineux.
D'entrée de
jeu, je voudrais vous poser une question. Est-ce que vous considérez que la
proposition de réforme que nous faisons, quoiqu'elle ne soit pas
parfaite, ça constitue une avancée pour les personnes victimes au Québec?
Mme Descoteaux (Catherine) : Bien,
tel que j'ai mentionné, en fait, durant la présentation, je pense que pour
certains points, effectivement, ça peut être considéré comme une avancée. Je
pense que, comme ça a été mentionné plus tôt, par contre, par d'autres députés,
c'est important de prendre le temps de le faire pour ne pas tourner les coins
ronds, en fait, donc s'assurer de vraiment pondérer chacun des éléments puis
chaque impact qu'ils pourront avoir, en fait. Puisqu'on fait carrément table
rase, je pense que c'est vraiment important de prendre le temps d'analyser
chacun de ces 190 articles là et de se demander quels impacts ils auront.
Donc, pour certains points, comme je l'ai mentionné, par exemple, le fait
d'élargir, de retirer l'annexe, par exemple, c'est une avancée.
Par contre, je pense que c'est important aussi
de se dire que... En ce moment, il y a un engouement pour ce qui est du support pour les violences sexuelles,
les violences conjugales, et, par exemple, on a applaudi le fait qu'il
n'y ait plus de délai de prescription pour ces cas-là. Mais on ne voudrait pas
non plus laisser de côté d'autres personnes qui pourraient avoir vécu des
événements traumatiques de nature criminelle. Donc, je pense que c'est
important de faire ce travail-là d'une façon qui inclut tout le monde, en fait,
et qui va permettre de vraiment être une avancée pour tout le reste du Québec.
Mme Bonenfant (Romane) : Oui, puis,
si je peux me permettre, notre analyse a permis de se rendre compte que, comme
on a dit, il y a certaines avancées, il y a d'autres reculs. Si le projet de loi
est adopté tel quel, nous constatons des
reculs très, très, très importants, surtout au niveau de l'indemnisation,
comme on ouvre l'indemnisation à plusieurs personnes. Mais, dans les
faits, l'indemnisation nous semble substantiellement limitée. Donc, si c'est adopté
tel quel, selon nous, ça représente un recul.
M. Jolin-Barrette : Peut-être,
Mme Bonenfant, en réponse à votre intervention, simplement vous rappeler
que le régime que nous avons au Québec est déjà le plus généreux dans tout le Canada,
en fait. Et surtout on a rajouté de l'argent, on a rajouté 200 millions
sur cinq ans, donc environ 40 millions par année supplémentaires justement
pour élargir la gamme de services, mais l'indemnisation aussi pour davantage de
victimes.
Donc, tout à l'heure, vous avez dit, dans votre
intervention préliminaire, que, bien, dans le fond, les victimes maintenant ne
seraient plus indemnisées. Donc, il est vrai que la rente viagère est abolie,
mais par contre elle est remplacée par un montant forfaitaire, comme ça se fait
avec les autres régimes d'indemnisation québécois, celui de la CSST et celui de
la SAAQ, notamment. Donc, on était le seul régime au Québec et au Canada à
toujours avoir une rente viagère. Donc, nécessairement, l'objectif du projet de
loi est de faire en sorte de couvrir davantage de victimes mais faire en sorte
que la victime qui subit l'infraction soit mieux outillée, mieux accompagnée.
C'est pour
ça, dès le départ, qu'on change la façon de travailler avec la Direction de
l'indemnisation des victimes d'actes
criminels. On veut, dès le départ, qu'il y ait du soutien psychologique. Même
si la demande n'est pas accueillie encore,
n'est pas étudiée complètement, on veut que, dès le départ, le premier réflexe,
ça soit de donner de l'aide à la victime. Il ne faut pas que ça dure
durant des mois, avant qu'elle soit acceptée à l'IVAC, pour qu'elle puisse
bénéficier de ces aides-là.
Donc, on change la façon
dont on travaille, vraiment dans un souci de réhabilitation de la personne
victime. On veut aussi faire en sorte que l'ensemble du noyau familial puisse
être couvert. Je pense aux frères, aux soeurs, aux personnes significatives,
aux proches. On leur donne davantage de soutien, davantage d'aide également de
réhabilitation. Je suis d'accord avec vous qu'on transforme la rente viagère,
on transforme également l'indemnité d'incapacité de travail lorsqu'il n'y avait
pas de revenu, mais cela fait en sorte qu'à terme plus de
4 000 bénéficiaires annuellement vont pouvoir bénéficier d'une
indemnisation du soutien supplémentaire de l'IVAC. Donc, le verre n'est pas plein, mais on essaie de travailler dans
la direction pour faire en sorte de vraiment couvrir le plus de
personnes victimes possible aussi.
Je voudrais
peut-être vous entendre sur le volet que nous avons mis pour les victimes hors
Québec. Maintenant, on a décidé de faire en sorte de couvrir toutes les
infractions criminelles, et j'ai en tête, notamment, des homicides qui sont
survenus au cours des dernières années, des mères de famille qui ont été
assassinées, notamment, dans le Sud, tout ça. Maintenant, on va venir couvrir
les victimes. Qu'est-ce que vous en pensez de ça?
Mme Bonenfant (Romane) : Si je peux
me permettre, juste pour revenir, comme vous l'avez abordé, la somme
forfaitaire, effectivement, ça peut être une belle avancée. C'est juste que, si
on lit le libellé du projet de loi, on manque un peu de détails pour pouvoir
l'analyser, nous, en profondeur. Donc, c'est pour ça qu'on proposait de
renforcer la rente viagère comme c'était, comme, un peu plus évident et concret
à modifier.
Pour ce qui est de la territorialité, on trouve
que c'est des vraiment belles avancées. On a proposé quelques modifications.
Les plus importantes, c'est le critère de 183 jours du paragraphe...
pardon, à l'article 63, l'alinéa 1, paragraphe 3°, en fait, pour
l'élargir afin que les personnes qui étaient en voyage de coopération
internationale ou en voyage depuis... quelque moment, qu'ils puissent y
toucher, donc de créer une exception à ce niveau-là.
Et également l'obligation de l'article 63,
alinéa 1, paragraphe 5°, de dénoncer l'infraction criminelle auprès
des autorités dans l'État étranger nous semble très problématique, parce que
c'est connu que, pour plusieurs raisons, les victimes dans ces... surtout quand
elles peuvent être à l'étranger, dans un autre pays, il peut y avoir une
multitude de raisons pour lesquelles on ne peut pas dénoncer une infraction
dans le pays. Donc, ça, on demanderait de le retirer, mais sinon on trouve que
c'est une très belle avancée et nous la saluons.
Mme Descoteaux (Catherine) : Si je
peux me permettre également de rebondir sur ce que M. le ministre avait dit précédemment concernant la somme forfaitaire aussi, comme ma collègue
l'a mentionné, en fait, effectivement, il n'y a pas de définition claire
de ce qu'est la somme forfaitaire et dans quelles circonstances elle
s'applique, ni le montant qui sera accordé. Et ça, c'est une inquiétude qu'on
a, en fait, puisqu'elle sera déterminée par règlement, on n'a pas... évidemment,
les règlements ne sont pas écrits actuellement, et, pour nous, c'est une chose
qui nous inquiète puisque, par exemple, quelqu'un qui recevait la rente viagère
avec le régime précédent de l'IVAC, qui recevait, par exemple, 900 $ par
mois durant... pour une infraction, mais, disons, vécue à 30 ans et jusqu'à la fin de ses jours, disons, jusqu'à
80 ans, donc durant 50 ans, ça faisait un montant de
540 000 $ qui était versé à cette personne-là. Et on se
questionne sur le montant de cette somme forfaitaire là qui va être versée
parce que si une personne...
On doute fortement, en fait, que ce ne sera pas
de ce niveau-là, le montant qui va être versé à la personne. On soupçonne que
ça risque d'être probablement beaucoup moins élevé que ça, et, pour nous, c'est
un gros enjeu, parce qu'effectivement, si on élargit le régime et qu'on permet
une plus grande admissibilité à plus de personnes au régime, mais qu'on réduit
largement les indemnités qui sont versées, au final, on ne rencontre quand même
pas l'objectif d'indemnisation du régime qui est mis en place par le projet de
loi.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
M. le Président, je comprends bien ce que vous nous dites, mais on se retrouve
dans une situation aussi où il faut faire en sorte d'accompagner toutes les
victimes aussi. Et les ressources, elles sont tout de même limitées, malgré le
fait que l'État québécois investit plusieurs centaines de millions de dollars,
avec un 200 millions supplémentaire. Donc, c'est sûr que, dans certaines
circonstances, il y a certains choix à faire. Et le régime des rentes viagères,
comme je le disais, c'était le dernier régime au Canada à avoir... et déjà, je
pense que la CSST, la SAAQ ont aboli, en 1985, les rentes viagères, peut-être
en 1980... un petit peu plus tardivement pour l'autre régime. Mais je vous
entends bien sur votre préoccupation de le préserver.
Mais la construction du... La réforme que nous
faisons aussi, c'est pour faire en sorte aussi que les gens retournent...
puissent retrouver une vie normale le plus possible. Donc, c'est pour ça qu'on
veut les accompagner avec de l'aide pour de
la réinsertion professionnelle, de la réorientation. Dans certains cas, ça va
être des changements de carrière,
donc on prévoit, pour la victime qui a subi l'infraction directement, donc,
qu'elle pourrait avoir cinq ans pour l'aider à son accompagnement
au niveau de sa réintégration dans le cours de sa vie.
Peut-être une
question pour vous. Tout à l'heure, vous avez dit : Écoutez, vous visez à
indemniser les infractions de nature
criminelle. Maintenant, toutes les infractions contre la personne vont être
visées, mais vous donnez un exemple, vous dites : Certains gestes, qui
ne sont pas des infractions criminelles, devraient être également indemnisés.
Vous donnez l'exemple, là, du harcèlement, mais le harcèlement est couvert et
dans la liste. J'ai peut-être manqué... tout ça, mais vous voudriez qu'on crée
un autre régime aussi pour toutes sortes de situations autres qui ne seraient
pas couvertes par la liste d'infractions criminelles. Bien, en fait, l'absence
de liste, si je peux dire, là, bien, maintenant, c'est tous les crimes visant
la personne.
Mme Descoteaux (Catherine) :
Effectivement, et c'est quelque chose qui a nécessité beaucoup de jus de cerveau, je vous dirais, de notre côté, parce qu'on se questionnait, en fait, quel était le meilleur moyen
d'accompagner les personnes qui ont vécu des violences
sexuelles ou de la violence conjugale, et effectivement le harcèlement criminel
se retrouve dans les infractions qui seraient indemnisées. Par contre, le
harcèlement sexuel ne se qualifie pas souvent de harcèlement criminel au sens
du Code criminel.
Et j'ajouterais aussi qu'en fait, l'idée, c'est vraiment...
Ça pourrait être une liste qui serait définie. Par exemple, on a proposé, dans
notre annexe, à l'article 13, une définition pour les agressions sexuelles
et pour la violence conjugale, et ça pourrait être des listes qui... des gestes
qui seraient posés dans le cadre de cette liste-là. Je pense, entre autres, au sextage non sollicité, et là j'en perds
probablement, le voyeurisme, je pense que c'est infraction criminelle,
mais, en tout cas, il y a plusieurs gestes qui sont de nature à être blessants,
à être violents, qui ne sont quand même pas considérés comme des infractions
criminelles, donc cette liste pourrait être limitative.
Et, ceci étant dit, j'apprécierais, en fait, même,
si vous étiez intéressé à discuter avec nous sur ces enjeux-là au-delà de cette
rencontre-ci parce que 35 minutes, c'est très peu. Mais nous avons voulu,
en fait, c'est ça, aller dans une optique qui était de permettre, et
d'accompagner correctement, et de vraiment assister les personnes dans leur
rétablissement pour des actes de nature sexuelle ou de violence conjugale
qu'ils auraient pu vivre.
Mme Bonenfant (Romane) : Oui, puis,
si je peux me permettre, il y a aussi la violence économique et psychologique
qui a lieu des fois dans les contextes de violence conjugale, donc, sans
nécessairement qu'il y ait des voies de fait ou des actes physiques. C'est pour
ça qu'on cherchait à être un peu plus larges et un peu plus englobantes, puis
on pensait à la réalité que beaucoup de victimes tombent un peu dans une
catégorie qu'elles ont vécu des séquelles,
mais que ce n'est pas nécessairement quelque chose que le DPCP pourrait
prendre, aller poursuivre... bien, aller mener ses poursuites. Donc,
c'est ça.
Jolin-Barrette : Parfait.
Donc, Me Descoteaux, Mme Bonenfant, je vous remercie pour votre
intervention. Je vais céder la parole à des collègues qui souhaitent vous poser
des questions également. Merci beaucoup pour votre participation aux travaux de
la commission.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors, j'ai le député
de Chapleau, s'il vous plaît, il reste 3 min 50 s. M. le député.
M. Lévesque (Chapleau) : Parfait. Merci
beaucoup. Je tâcherai d'être prompt. Bonjour, Me Descoteaux, Mme Bonenfant.
Je salue également l'ensemble des collègues pour cette première expérience
entièrement virtuelle.
J'aimerais peut-être une clarification sur un
point que vous avez abordé, notamment en lien avec la définition d'un acte
criminel. Vous avez parlé de l'actus reus et la mens rea. Comment ça se déroule
actuellement? Donc, il faut... ça prend la mens rea dans les situations
actuelles pour l'IVAC, c'est bien ça?
Mme Descoteaux (Catherine) : Bien,
en fait, c'est que ce n'est pas clair. Donc, actuellement, en fait, le régime
actuel de l'IVAC exclut l'identité, qui est un autre élément à prouver dans le
cadre d'un processus criminel, et exclut également d'avoir à démontrer la
capacité de la personne, de l'agresseur à se faire poursuivre en vertu d'un
processus criminel. Par contre, il n'y a rien qui est mentionné par rapport à
la mens rea.
Par contre, quand on regarde les décisions qui
sont rendues par le Tribunal administratif du Québec, il y a des décisions...
il y a des demandes d'indemnisation qui sont refusées sur la base que
l'agresseur pouvait, justement, ne pas avoir eu l'intention de commettre le
geste, alors qu'on sait que, dans le cas d'une personne qui a vécu une
agression sexuelle, si elle n'avait pas le consentement, ce n'est pas
vraiment... c'est indépendant, en fait, de ce que l'agresseur a pu en croire,
alors qu'on sait qu'en droit criminel le but d'avoir cette intention coupable
là, c'est de ne pas condamner des personnes qui sont moralement innocentes. En
fait, donc, c'est deux objectifs complètement différents, et on croit qu'il
s'agit, selon nous, d'une erreur, d'une confusion par rapport au droit qui ne
devrait pas s'insérer, en fait, dans le droit administratif, qui est le régime
couvert par l'IVAC actuel.
M. Lévesque (Chapleau) : O.K. Donc,
le fameux cas, là, du somnambule, qu'on voit justement dans nos cours de droit,
qui commet un acte criminel envers une personne, mais n'est pas conscient ou,
du moins, n'a pas le mens rea, donc ça serait tout de même inclus dans
l'indemnisation pour la victime qui aurait subi, du moins, un acte criminel de
ce somnambule-là. C'est bien ça que je comprends?
Mme Descoteaux (Catherine) : Bien,
pas exactement, en fait, parce que, dans notre mémoire, on a rédigé aussi une
exception, on propose une exception qui serait pour les cas qui seraient
fortuits. Donc, vraiment, justement, le cas de l'agresseur qui est somnambule
ou, disons, même moi, je suis en train de cuisiner, j'ai mon couteau dans les
mains, je me retourne et je poignarde mon conjoint, clairement, c'est un cas
qui est fortuit, donc on propose une exception dans ces cas-là.
Là où ça s'applique beaucoup plus, c'est en
matière, par exemple, d'agression sexuelle où il y a souvent un flou sur la
notion de consentement. Donc, on l'a vu, juste cet été, il y avait encore une
vague de dénonciations, #metoo l'a mis aussi en lumière aussi, que des fois,
une même perception... un même événement n'est pas perçu de la même façon par
la personne victime et par son agresseur, et ça ne... Selon nous, en fait, un
régime d'indemnisation devrait pouvoir indemniser la personne qui considère
avoir vécu une agression sexuelle, peu importe, en fait, ce qui se passait dans
la tête de l'agresseur. Donc là, on parle vraiment plus de cas qui sont de la
nature d'agression sexuelle et qui ne rentreraient pas dans le cas du fortuit,
M. Lévesque
(Chapleau) : O.K. Puis, en terminant, là, rapidement, bon, vous
voudriez, notamment en lien avec certaines infractions, notamment violence sexuelle
et conjugale, vous aimeriez peut-être étendre cela à d'autres actes, donc, que
vous avez mentionnés tout à l'heure. Est-ce qu'il y a d'autres infractions, qui
sortent peut-être du domaine de la violence
conjugale ou des infractions sexuelles, que vous aimeriez ajouter, que vous
avez peut-être abordées?
Mme Descoteaux (Catherine) :
Voulez-vous dire des infractions ou des gestes?
M. Lévesque (Chapleau) : Ou des
gestes. Un ou l'autre.
Descoteaux (Catherine) :
Oui, en fait, il y a beaucoup de choses... j'ai vraiment ma liste, là, je
pourrais vous la lire. Donc...
Le Président (M.
Bachand) : ...
17859 Le Président (M. Bachand) : On peut y aller…
Mme Descoteaux (Catherine) : Oui,
O.K., je vais faire ça très...
Le Président (M.
Bachand) : Il reste 15 secondes.
Mme Descoteaux (Catherine) : O.K.
Donc, vraiment, tout ce qui est exploitation sexuelle, tout ce qui touche à la
pornographie juvénile, par exemple la sextorsion, la diffusion d'images intimes
sont des gestes qui sont de nature sexuelle qui ne rentrent pas nécessairement
dans l'agression sexuelle.
M. Lévesque (Chapleau) : Mais, hors
de toute la notion sexuelle, y avait-tu d'autres éléments?
Mme Descoteaux (Catherine) : Dans la
violence conjugale, oui, mauvais traitement...
Mme Bonenfant (Romane) : Hors de
violence sexuelle et conjugale...
Lévesque (Chapleau) : Hors de violence conjugale et sexuelle, est-ce
qu'il y a autre chose, hors des deux?
Mme Descoteaux (Catherine) : En
violence conjugale, il y en a, mais pas en dehors des deux qu'on a vus ou qu'on
a réfléchis, actuellement.
M. Lévesque (Chapleau) : D'accord.
Parfait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député de Chapleau. Je cède maintenant
la parole au député de LaFontaine pour 11 minutes. M. le député, s'il vous
plaît.
M. Tanguay : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, à mon tour de vous remercier et de vous
saluer, Me Descoteaux et Mme Bonenfant. Merci beaucoup de prendre le temps
d'être avec nous aujourd'hui.
J'ai 11 minutes, alors je vais y aller
rapidement, mais évidemment, il sera utile de souligner d'entrée de jeu... puis
vous avez fait une analyse, là, qu'on voit rarement dans nos commissions
parlementaires, en mettant en annexe... vous
avez même rédigé les amendements, alors ça va nous être d'un précieux secours.
J'entends bien votre message, dans un projet de loi qui modifie
23 lois, qui abroge trois lois et qui modifie 18 règlements,
vous nous dites : Ça se peut qu'on ait d'autres réflexions. Puis peut-être
même que depuis la production de votre mémoire, vous avez déjà eu d'autres
éléments ajoutés, et je vous en prie, et je vous ai fait l'invitation, au nom
de notre président, n'hésitez pas à envoyer des compléments de réflexion au
secrétariat de la commission, parce qu'il est possible que l'on embarque très,
très rapidement sur l'analyse
article par article, et là ça va débouler.
Alors, bravo, un mémoire excessivement étoffé,
étayé et réfléchi. J'aimerais vous attirer, donc, sur l'amendement que vous proposez à l'article 13, la définition «actes
à caractère sexuel non consensuel». Vous y mettez une liste, «y compris
notamment»... J'aimerais vous entendre sur cette rédaction-là qui est la vôtre.
C'est une liste qui n'est pas limitative.
Est-ce que vous croyez toujours aujourd'hui que cette définition-là serait la
bonne? Et y a-t-il d'autres éléments de définition? Parce que lorsque
l'on définit les termes d'une loi, tout le reste, quant à l'application, en découle. Est-ce qu'il y a d'autres... Au-delà de
ça, j'aimerais vous entendre, est-ce qu'il y a d'autres définitions,
auxquelles vous aimeriez attirer notre attention, qui mériteraient d'être
peaufinées?
17859 Le Président
(M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le député de Chapleau. Je cède maintenant la parole au
député de LaFontaine, pour 11 minutes. M. le député, s'il vous plaît.
11789 M.
Tanguay : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, à mon
tour de vous remercier et de vous saluer, Me Descoteaux<V> et Mme
Bonenfant<V>. Merci beaucoup de prendre le temps d'être avec nous
aujourd'hui. J'ai 11 minutes, alors je vais y aller rapidement. Mais,
évidemment, il sera utile de souligner d'entrée de jeu, puis vous avez fait une
analyse, là, qu'on voit rarement dans nos commissions parlementaires, en
mettant en annexe… Vous avez même rédigé les amendements, alors ça va nous être
d'un précieux secours. J'entends bien votre message, dans un projet de loi qui
modifie 23 lois, qui abroge trois lois et qui modifie 18 règlements, vous nous
dites : Ça se peut qu'on ait d'autres réflexions. Puis peut-être même que
depuis la production de votre mémoire vous avez déjà eu d'autres éléments à
ajouter. Je vous en prie, je vous ai fait une invitation au nom de notre
président. N'hésitez pas à envoyer des compléments de réflexions au Secrétariat
de la commission, parce qu'il est possible que l'on embarque très, très
rapidement sur l'analyse
article par article, et là, ça va débouler.
Alors,
bravo : un mémoire excessivement étoffé, étayé et réfléchi. J'aimerais
vous attirer, donc, sur l'amendement que vous proposez à l'article 13, la
définition «acte à caractère sexuel non consensuel». Vous y mettez une liste, y
compris, notamment… j'aimerais vous entendre sur cette rédaction-là, qui est la
vôtre, c'est une liste qui n'est pas limitative. Est-ce que vous croyez,
toujours aujourd'hui, que cette définition-là serait la bonne et y a-t-il
d'autres éléments de définition, parce que lorsque l'on définit les termes
d'une loi, tout le reste, quant à l'application, en découle. Est-ce que
d'autres… au-delà de ça j'aimerais vous entendre, et est-ce qu'il y a d'autres
définitions auxquelles vous aimeriez attirer notre attention, qui mériteraient
d'être peaufinées?
Descoteaux (Catherine) : C'est une excellente question. En fait, déjà,
pour le terme, on s'était penchés sur la
question, à savoir est-ce qu'on préférait parler de violence sexuelle ou d'acte
à caractère sexuel non-consensuel.
On s'est dit qu'il allait y avoir la notion de non-consentement... permettrait
d'aller restreindre la question quand même et s'assurer qu'il y avait un...
parce que s'assurer qu'il y ait vraiment un aspect qui était... qui visait
l'indemnisation, là.
Je vous avouerais que
cette liste-là a été rédigée en ayant une vision très large, en pensant à peu
près à tout ce qu'on pouvait envisager qui était de nature des violences
sexuelles où une personne aurait pu ne pas consentir. Rapidement, comme ça,
moi, je ne vois pas d'autre chose qu'on pourrait y ajouter. Par contre, ça ne
veut pas dire que c'est limitatif, puis
c'est pour ça qu'on a mis le «notamment», en fait. Donc, c'était vraiment
dans cette optique-là, parce qu'on avait eu un
mois pour le rédiger puis on avait d'autres choses à traiter dans le mémoire.
Donc, je ne sais pas si ma collègue Mme Bonenfant veut rajouter quelque
chose.
Mme Bonenfant
(Romane) : Oui, mais, si je peux me permettre, on utilise le mot
«acte» à la place de «violence». Ça fait un peu
partie des réflexions, ce n'est
pas nécessairement parfait, mais on se disait que le mot «violence», c'est un
peu connoté comme quelque chose de, tu sais, très violent et qui choque, tandis
que «acte», on se disait que c'est un peu plus englobant. Puis comme on veut aussi que cette loi soit idéalement comprise
par les victimes, là, on avait un
genre de souci d'intelligibilité puis on trouvait que, oui, c'est une longue expression,
là, «acte à caractère sexuel non consensuel», mais, en même temps, ça
peut aller rejoindre un peu tout le monde qui peut comprendre, là, à quoi on fait référence. Puis en listant des
exemples, bien, les victimes peuvent voir : Ah oui! moi, ça rentre là-dedans. Puis on voulait le simplifier, mais ce n'est pas une expression qui est parfaite. On en a discuté avec
quelques intervenantes et quelques intervenants comme Michaël Lessard,
qui va parler plus tard et... Il y a des gens qui sont pour, il y en a des gens
qui sont contre, mais c'est notre proposition.
M. Tanguay :
Merci beaucoup. Pages 19 et 20 de votre mémoire, j'en suis sur le délai...
suppression totale du délai pour présenter une demande ou, au moins, qu'il
passe de trois ans à 10 ans. J'aimerais vous entendre sur l'importance de
ça et j'aimerais également vous entendre sur «tout motif valable» plutôt que
«impossibilité d'agir». En quoi, ça, c'est majeur?
Mme Bonenfant
(Romane) : Oui, en fait, c'est majeur parce que le Tribunal
administratif du Québec a une jurisprudence qui penche des fois... des fois,
qui est très large et englobante puis, des fois, qui vont être plutôt
restrictifs sur l'utilisation du terme...
M. Tanguay :
«Impossibilité».
Mme Bonenfant
(Romane) : Oui, merci beaucoup, d'«impossibilité d'agir». Donc,
c'était pour être le plus englobant
possible, tout en ayant un temps qui est quand même raisonnable, là. On ne veut
pas ouvrir l'indemnisation à tout le monde, dans ces circonstances-là où
est-ce qu'il y a eu un retard.
Également, bien, à la
page 20, on liste les raisons pour lesquelles la prescription existe habituellement.
Donc, c'est, un, assurer la stabilité des
patrimoines et les relations juridiques garantissant une certaine paix
d'esprit; deux, éviter le dépérissement de la preuve; et trois,
sanctionner la négligence des créanciers et des créancières.
Pourtant, dans un
contexte d'indemnisation des victimes, ça n'a pas vraiment rapport, ces
points-là. Donc, c'est pour ça... puis ça serait très, très, très important
pour les victimes de violence sexuelle et conjugale, mais également pour toutes
les victimes. Donc, c'est pour ça, puis on trouvait que c'était raisonnable de
proposer ces modifications-là, surtout en raison de la définition... bien, de
la raison même d'un délai de prescription. Et on note que, même pour le
tribunal administratif, ça coûte de l'argent de refuser une demande, que ça
aille en appel ou en révision, puis tout ça. Donc, voilà.
M. Tanguay :
Merci beaucoup. J'aimerais vous entendre... puis excusez-moi, je suis un petit
peu télégraphique, mais c'est le peu de temps puis la matière, là, vous
m'excusez. La rente viagère, je veux vous entendre là-dessus. Vous soulevez
qu'il s'agit d'un recul. Est-ce que vous croyez que l'abandon de la rente
viagère va vraiment favoriser la réintégration, comme le prétend le ministre?
Mme Bonenfant
(Romane) : Bien, tout dépendamment de la somme forfaitaire puis de...
C'est que, dans le projet de loi, il n'y a presque pas de montants. On détaille
très, très peu les montants, donc c'est difficile pour nous de critiquer. On ne
voudrait pas être trop dures et dire : C'est un projet de loi terrible. On
n'a pas les détails. Donc, quand on n'a pas les détails, ça peut être positif,
ça peut être négatif, mais on doute, comme Me Descoteaux l'a expliqué avec son
exemple d'une personne qui recevait un certain montant par mois, on doute
qu'une somme forfaitaire va aller toucher des 200 000 $,
300 000 $, ce qui est, des fois, le cas... Dans certains cas, il y a
certaines victimes qui peuvent toucher à ces montants-là, si on compte, au bout
du fil, là, au bout de 50 ans...
M. Tanguay :
Et même, puis corrigez-moi si j'ai tort, puis peut-être que j'emprunte une
analogie qui ne tient pas la route, puis vous allez me le dire, mais, même dans
l'économie de notre droit civil, vous n'êtes pas forclos de parfaire votre
réclamation pour des dommages corporels. Alors, c'est une situation qui peut
évoluer dans le temps.
Alors, il est un peu
peut-être antinomique de dire : Bien, on vous a offert une somme
forfaitaire, puis ça règle l'entièreté du reste de votre vie. Sachant que, dans
l'économie de notre droit, pour des dommages corporels, je peux parfaire la
preuve au fur et à mesure que d'autres effets négatifs d'un acte fautif ne
sont... Alors, il y a peut-être une logique là qui... tu sais, somme
forfaitaire, peut-être que ça ne rime pas... bien, je vous lance la réflexion
pour commentaire, là.
Mme Bonenfant
(Romane) : Oui, bien... Puis l'article 2926.1 du Code civil, on
l'a mis à la page 20, également, il garantit au moins 10 ans. Donc,
ça serait un peu absurde de créer un régime d'indemnisation qui est dans le but
d'aider les victimes, mais qui soit plus strict à certains égards que le Code
civil, donc...
M. Tanguay : J'aimerais...
Mme Bonenfant
(Romane) : Oui, et si je peux me permettre...
M. Tanguay : Oui, je vous en
prie.
Mme Bonenfant (Romane) : ...sur la
rente, le remplacement de revenu, on proposait également de se baser sur le
salaire moyen plutôt que le salaire minimum, ce qui serait un peu plus juste,
parce qu'en fait ce qui était souligné, c'est que même le régime de l'IVAC
actuel donne 90 % du salaire minimum. C'est vraiment, vraiment très peu,
c'est sous le seuil de la pauvreté. Donc, on a détaillé ça dans notre mémoire.
M. Tanguay : Oui, tout à fait.
Ça, c'est un point important, et ça aurait comme effet de maintenir aussi des
gens dans une situation de pauvreté et de ne pas favoriser le rétablissement.
Or, c'est toujours un objectif aussi que la personne reprenne contrôle de sa
vie.
Mme Bonenfant (Romane) : Absolument.
M. Tanguay : Puis lorsque
l'on veut réellement que la loi soit là pour vous épauler de façon
substantielle, pour vous rembarquer puis que vous preniez le contrôle de votre
vie, bien, on vous maintient ici indirectement, puis je sais que ce n'est pas
l'intention du ministre, mais dans une situation de pauvreté.
Vous dites également : On le sait... Ça,
c'est moi qui le dis, le diable est dans les détails. Puis vous le savez,
beaucoup, beaucoup de choses seront prévues par règlement, puis on vient
d'entendre le ministre qui nous dit : Bien, Québec, oui, c'est un système
généreux, mais ce n'est pas un puits sans fond, l'argent. Alors, ça, c'est le
genre de commentaire, puis j'aimerais vous
entendre là-dessus, là, où il y aura un travail de vigilance au niveau des
règlements qui vont tous nous aider à dire : Bien, quelle forme ça va
prendre dans la vraie vie, ça? J'aimerais vous entendre.
Mme Descoteaux (Catherine) :
Effectivement, c'est une des craintes qu'on a soulignées aussi dans notre mémoire. On pense que c'est vraiment important
d'encadrer la réglementation qui va surgir du projet de loi parce que, justement, on n'a pas accès à ça. On ne sait pas
l'état des finances du Québec actuellement, quelles elles seront, en
plus, après une pandémie qui va avoir duré
quelques années, dans quelques années. Donc, on pense que c'est vraiment
important d'aller fixer des balises, puis
c'est pour ça qu'on suggère d'aller vraiment délimiter quelles sont ces
indemnités-là, quels seront les montants minimaux et à quoi ils
correspondent.
Et pour ce qui est des chiffres, pour nous,
c'est vraiment difficile de nous pencher parce qu'on n'est pas des actuaires,
ce n'est pas du tout notre domaine d'expertise. Par contre, on recommande
vraiment de faire affaire avec des personnes qui travaillent sur le terrain
avec ces victimes-là pour évaluer quelles sont les indemnités dont elles ont
besoin, quels sont les montants dont ces personnes-là ont besoin, parce que,
sinon, en fait, c'est ça, nous, c'est une crainte qu'on a, que ce régime-là
pourrait, en fait, ne pas remplir les objectifs qu'il s'est fixés initialement.
M. Tanguay : Bien, écoutez,
M. le Président, combien il me reste de temps?
Le Président (M.
Bachand) :
M. Tanguay :
20 secondes? Je ne vous ai pas entendu, mais je vous ai vu, j'ai lu sur
vos lèvres, 20 secondes.
Le Président (M.
Bachand) : 20 secondes.
M. Tanguay : 20 secondes. Alors, il me reste une chose,
vous remercier très chaleureusement, Me Descoteaux, Mme Bonenfant. Merci
beaucoup. Encore beaucoup de nourriture, pour nous, intellectuelle, puis on
aura l'occasion de se reparler. Chapeau! Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de LaFontaine. Je
passerais maintenant la parole à la députée de Sherbrooke pour
2 min 45 s. Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci, M. le Président.
Merci à vous, Mmes Descoteaux et Bonenfant, pour votre mémoire. Votre
association porte très bien son nom. On voit l'effort que vous avez fait de
vouloir non seulement réagir au projet de
loi mais de faire des propositions qui l'amènent plus loin également. Il y a
toute une
section de votre mémoire qui porte sur la notion de faute
lourde. J'aimerais ça entendre ce que vous avez à dire là-dessus.
Mme Descoteaux (Catherine) : Oui. En
fait, c'est sûr que, pour la faute lourde, je vais vous inviter aussi peut-être, si on n'a pas le temps à rentrer dans
les détails, à poser les questions aussi à la coalition... je ne me
souviens plus du nom, pour la CLES qui va
venir parler, en fait, dans deux jours, parce qu'elles vont se pencher sur cet
enjeu-là, mais on a remarqué, en fait, qu'il y a une... ce qu'on pense
être une erreur de rédaction, en fait, dans la faute lourde. Donc, la personne
qui est victime elle-même n'est pas admissible actuellement sous le régime
actuel de l'exception.
Donc là, je reforme ma phrase, donc si une
personne a vécu une violence sexuelle ou a vécu... elle a subi de la violence,
elle est admissible à une exception pour certaines catégories de personnes
admissibles au régime. Par contre, la personne elle-même qui a subi de la
violence ou des menaces n'est pas admissible à cette exception-là. Donc, si elle a commis
une faute, elle n'est pas admissible à ça. Pour nous, ça nous semble un peu
étrange, considérant qu'on essaie de ne pas blâmer la victime pour les
situations dans lesquelles elle se retrouve, on essaie d'être conscients de la violence qu'elle a subie. Et
également, donc, après ça, de lui reprocher qu'elle a subi cette violence-là
et qu'elle a commis une faute qui l'empêcherait d'être indemnisée, au final, pour
nous, c'est une aberration.
Et on a
également un problème... en fait, ce n'est pas un problème parce qu'on sait que
ça existe actuellement sous le régime de l'IVAC que les personnes qui
ont vécu des violences sexuelles ou de la violence conjugale peuvent aussi
faire l'objet d'une autre exception et ne peuvent donc pas faire... ils ne
peuvent... Excusez, je sais que je manque de temps, ça fait que j'essaie de
tout dire en même temps, mais donc elles ne peuvent donc pas... Elles
pourraient se retrouver, en fait, accusées d'avoir commis une faute lourde et
ne pas se faire indemniser, même si elles ont vécu de la violence sexuelle et
violence conjugale, et on pense que c'est problématique, notamment en ce qui
touche les travailleuses du sexe.
Donc, c'est pour ça que je vous réfère à la CLES
parce que ces personnes-là se sont parfois fait reprocher d'avoir un travail
qui fait en sorte qu'elles se placent dans des situations qui sont dangereuses
pour elles, alors que ces personnes-là devraient, au contraire, être protégées.
Si elles ont signé... elles ont accepté de faire du travail du sexe, ça ne veut
pas dire qu'elles ont accepté de se faire agresser sexuellement. Donc, pour
nous, c'est essentiel que cet élément-là se retrouve inscrit dans le projet de
loi parce qu'autrement, en fait, on ne protège pas les personnes qu'on est
censé protéger avec ce projet de loi là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je dois maintenant céder la parole à
la députée de Joliette pour 2 min 45 s. Mme la députée, s'il
vous plaît.
Hivon : Oui, bonjour à vous
deux. Merci de votre excellent mémoire et de votre très bonne présentation
aussi.
Deux sujets,
donc, juste pour continuer là-dessus. Plusieurs demandent donc que ce soit
clairement inscrit dans le projet de loi que la faute lourde n'est pas
un principe qui peut s'appliquer quand on parle d'infraction de violence sexuelle, violence conjugale, leurre, exploitation
sexuelle. Donc, vous êtes du même avis, on doit carrément l'exclure?
Mme Descoteaux (Catherine) : Effectivement.
Hivon : Oui? O.K.
L'autre fait, c'est sur l'indemnisation. Donc, vous soulevez, je pense, fort à
propos, qu'il n'y aura plus de rente viagère. On est complètement dans le néant
à savoir la hauteur, donc, des compensations et des indemnisations qui vont
être données parce que tout ça va relever des pouvoirs réglementaires du
ministre. Vous pouvez être certaines qu'on va poser beaucoup de questions et
qu'on va demander de savoir à l'avance vers quoi s'enligne le ministre parce
que ces pouvoirs-là sont vraiment très, très, très larges dans le projet de loi.
Moi, je veux comprendre, est-ce que vous nous
recommandez de garder un régime mixte qui pourrait avoir des rentes viagères et des indemnisations
forfaitaires ou est-ce que vous nous dites plutôt : Allons-y vers
l'indemnisation forfaitaire, mais en s'assurant que les victimes ne perdront
pas au change?
Mme Bonenfant (Romane) : Ce qui est
important, en fait, c'est que les victimes puissent toucher à des indemnisations
pendant toute leur vie, si c'est nécessaire. Donc, que ça soit sous le terme
«sommes forfaitaires», ou «remplacement de revenu», ou... tu sais, on
pourrait... on n'a pas vraiment étudié plus en détail le dossier, comme on
manquait d'information par rapport aux détails sur les sommes forfaitaires,
mais, dans tous les cas, ce qui est important, c'est que les victimes puissent
toucher... pas avoir un gros chèque le lendemain de leur agression, puis
s'attendre à ce qu'elles l'utilisent pour payer leurs séances de psychologue
pendant toute leur vie, mais de donner...
C'est une très bonne idée de faire une somme
forfaitaire, si le but, c'est de donner de l'argent directement, rapidement,
pour l'aider à se remettre sur pied puis ensuite d'avoir quelque chose qui est
plus à long terme. Ça ressemble un petit peu à... tu sais, l'incapacité
totale... c'est tout le régime qu'il y avait avant, mais je pense que, si ce
principe-là est respecté, peu importe, un peu, tu sais, le nom qu'on lui donne,
tant que l'argent est donné le plus rapidement possible et ensuite pendant une
bonne durée de temps, c'est ça qui serait important.
Hivon : Parfait.
Donc, c'est vraiment la hauteur, puis ce qui vous préoccupe, c'est de
dire : Puisqu'on augmente le nombre de victimes qui pourront
potentiellement être dédommagées, ce qui est évidemment une bonne chose et une
avancée, c'est que celles qui pouvaient bénéficier du régime, en ce moment,
perdent au change parce qu'elles vont être compensées à une hauteur moins
importante. C'est bien ça?
Mme Bonenfant (Romane) : Oui, puis
Rachel Chagnon va vraiment très bien expliquer cet enjeu-là. C'est bien
qu'on élargisse, mais l'État a quand même un peu les mêmes montants, là, ce
n'est pas infini, donc d'élargir puis de permettre à plein de gens de recevoir
l'indemnisation. Tandis qu'une personne peut être très, très, très gravement
blessée, puis qu'on coupe dans ces indemnités-là, ce n'est pas...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Sur ce, Me Descoteaux,
Mme Bonenfant, merci infiniment de votre participation aux travaux.
Sur ce, on suspend les travaux quelques
instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 14 h 58)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Nous souhaitons, bien sûr, la bienvenue, maintenant, à Mme Rochon, accompagnée
de Me Mongeon. Bienvenue à la commission. Comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation, puis, après, nous aurons un échange avec les
membres de la commission.
Donc, Mme Rochon, la parole est à vous, et, encore une
fois, merci d'être avec nous cet après-midi.
Mme Rochon (Lili) : Tout d'abord,
c'est moi qui vous remercie. C'est un honneur, c'est une chance d'être avec
vous aujourd'hui dans le cadre du projet de loi n° 84.
Je trouvais ça extrêmement important qu'une personne, ayant fait tout le
chemin, les parcours de la DPJ et IVAC, puisse se faire entendre.
Alors, pour faire un résumé, pour commencer, si
on veut, moi, je suis une enfant de la DPJ. J'ai été adoptée et ensuite, la
famille qui m'a adoptée, j'ai subi des sévices sexuels, psychologiques et
physiques durant 15 ans. Donc, ça, c'est la
partie de... la raison pour
laquelle je suis ici. Toutefois, par la suite, j'ai rencontré, selon moi, à mon
humble avis, beaucoup plus grave, si on veut, c'est-à-dire notre système,
comment il est conçu pour les victimes d'actes criminels. J'aimerais mettre de
l'avant que, tout d'abord, je trouve que les délais entre la déposition d'une
victime et puis le moment où est-ce que, finalement, IVAC accepte cette
demande-là, je crois que le délai est trop long puis je crois que le traitement
psychologique devrait commencer immédiatement, aussitôt.
Je pense aussi que... je pense, qu'est-ce qui
serait important de préciser, c'est que moi, au courant de mon parcours, je
suis allée à l'école, j'ai travaillé. Je suis tombée, je me suis relevée. Je
suis encore tombée puis je me suis encore relevée. Moi, je crois que ce qui
serait utile pour les victimes d'actes criminels, ce serait un meilleur support
dans la réinsertion, si on veut. Moi, j'aurais voulu avoir un orienteur, un
orienteur qui prend compte de mes faiblesses, mais qui est capable de
reconnaître qu'à travers ces faiblesses-là il en découle aussi des forces, que
ces forces-là peuvent être utiles, faire de moi une bonne contribuable, parce
que, lorsqu'on devient victime d'acte criminel, c'est comme si on avait un
titre, dans le fond. Et puis ce qu'il y a de plus difficile, c'est de perdre
toute fierté parce que les victimes... en fait, victime d'acte criminel ou...
post-traumatique, il n'y a personne qui comprend ça, là, absolument personne.
Donc, je trouve ça difficile.
Aussi, je m'excuse, là, je regarde, une fois de
temps en temps, mes notes, oui, ça, c'est le point que je juge le plus
important... bien, à mes yeux à moi. Oui, je comprends, il y a l'argent et
tout, là. Comme j'ai dit, l'orienteur, ensuite de ça, le psychologue, il
devrait être fourni à vie. Tu sais, je veux dire, qu'on donne, à la limite, un
peu moins d'argent, O.K., aux victimes, mais qu'on leur assure un suivi
psychologique à vie, parce qu'on n'est pas victime d'acte criminel durant une semaine
ou un an, on l'est toute notre vie, on a besoin d'aide toute notre vie.
Aussi, je veux dire, j'aimerais sincèrement...
Excusez-moi, je regarde mes notes. Oui, lorsqu'on est victime d'acte criminel,
là, O.K., la procédure, c'est sûr que la bureaucratie, là, ça n'a juste aucun
bon sens. Sincèrement, là, ça n'a aucun bon sens, c'est du martyr, O.K., parce
qu'à chaque fois, à chaque fois, il faut aller se présenter comme... Moi, en
exemple, je suis allée au TAQ trois fois, à chaque fois devant trois juges. À
chaque fois, j'ai dû répéter toute mon histoire, j'ai dû répéter tous les
sévices que j'ai vécus. Puis, à chaque fois, on me replonge encore plus dans
mon cauchemar, parce que c'est comme si, au fond, j'étais devenue celle qui
devait se défendre. Ce n'est pas moi qui a commis quelque chose d'illégal, ce
n'est pas moi qui a posé un préjudice à quelqu'un, mais, malgré tout, il faut
que je me présente à la cour puis que, tout à coup, c'est comme si c'était moi,
la coupable. Et ça, là, je ne le comprends pas. Je veux dire, tous les
événements sont écrits dans des documents médicaux, sont écrits dans des
documents de travailleurs sociaux, sont écrits dans les documents de
psychiatres, sont écrits même par des bureaux d'avocats. Pourquoi, à chaque
fois, nous faire répéter, même si on n'est pas capable, ce qu'on voudrait
par-dessus tout oublier? C'est martyriser quelqu'un qui est déjà
post-traumatique, selon moi.
Aussi, j'aimerais parler au niveau monétaire,
c'est sûr. Moi, là, j'ai vérifié, là, le projet de loi, là, O.K. Moi, je fais
partie de l'ancien régime, vous comprenez? Donc, moi, je vais avoir droit à une
rente pour le reste de mes jours, O.K. Mais si on pense à nos voisins, à notre
famille, à nos cousins, à nos propres enfants, O.K., qui peuvent, par malheur,
subir une agression quelconque, puis que, par la suite, on lui dit :
Écoute, on va te donner un montant d'argent,
O.K., puis rentre chez toi, il est où, le support? Qu'est-ce qui va arriver
avec cette personne-là? Puis je m'excuse, mais le salaire minimum, là,
je ne sais pas si vous savez, là... parce que moi, personnellement, O.K., j'ai
des études. Me Mongeon, elle s'est
battue bec et ongles, O.K., bec et ongles pour moi. J'ai des études, j'ai
travaillé. Actuellement, je suis payée au salaire minimum malgré mes
efforts.
Me Mongeon, j'aimerais ça vous entendre,
vous aussi, s'il vous plaît, si vous êtes là encore.
Mme Mongeon (Sophie) : Oui,
effectivement, là, je suis présente avec vous. Écoutez, moi, je dois vous avouer que j'ai su vendredi que je serais ici
aujourd'hui. Donc, on vous a fourni un ordre du jour un peu en
catastrophe, qui sont les points principaux qui sont ce que les victimes
allèguent généralement comme difficultés, sous l'ancienne Loi de
l'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Donc,
les délais de procédure et les traitements de dossier, effectivement, ça a été
très difficile avec Mme Rochon. Une fois que tu fais une
réclamation à l'IVAC, les traitements de dossier sont extrêmement longs, sont
extrêmement longs parce que la loi est difficile à
appliquer, O.K., et aussi parce que la loi est un peu... est complexe. Puis, si
je comprends bien, des fois, les agents qui sont en charge de rendre des
décisions au niveau de l'indemnisation sont, plus ou moins, au courant de cette
loi-là qui est extrêmement complexe.
Donc,
ça, c'était le point 1, les délais de procédure et traitement de dossier.
On sait que le Protecteur du citoyen a fait beaucoup de rapports en
disant que les délais doivent être accélérés. Mais c'est bien beau que les
délais... s'ils sont accélérés, mais si, en bout de ligne, les indemnités sont
toujours refusées parce que la loi n'est pas adéquate,
donc le délai de traitement, à un certain moment donné, ce n'est plus ce qui
est vraiment important comme tel.
Donc, le point 2
que Mme Rochon voulait discuter avec vous, c'est les indemnités de
remplacement de revenu pour les victimes d'abus et de violence conjugale.
Effectivement, notre problématique actuellement, c'est que moi et
Mme Rochon, on n'a pas les mêmes souvenirs de jeunesse. Moi, j'ai été
appuyée dans mes études, alors que Mme Rochon ne l'a pas été, et la façon que
la loi a été construite actuellement, avant les modifications proposées, c'est
qu'une personne qui est sans emploi va être indemnisée au salaire minimum.
Nous,
les objectifs... Moi, je suis spécialiste en régime d'indemnisation depuis
25 ans. Les raisons qu'on demandait des modifications à la
Loi sur
l'IVAC, c'était pour bonifier ce salaire minimum là, parce que c'est des gens
qui n'ont pas eu l'occasion de faire des
études. Tu sais, je veux dire, quand tu es abusé quand tu es jeune, tu ne vas
pas... tu as de la difficulté à finir
ton secondaire, tu as de la difficulté à aller au cégep. Donc, c'est clair que,
quand tu fais une réclamation, ce n'est pas un salaire.
Donc, à ce moment-là,
les gens sont indemnisés au salaire minimum. Et actuellement quelqu'un qui reçoit
des ITT, des incapacités totales temporaires, va recevoir approximativement
1 400 $ par mois. Si on compare qu'actuellement
le train de vie minimum a été jugé environ 500 $ par semaine, on voit que
c'est vraiment en dessous d'un moyen
raisonnable pour gagner sa vie. Donc, ça, c'était un point qui était inadéquat
dans l'ancienne loi, mais qui, en plus, qui vient d'être amputé gravement dans la nouvelle loi. Donc, je
pourrais discuter avec vous. Et effectivement, l'IVAC refuse
assez souvent des réclamations et, au lieu d'aider dans la réintégration, va
mettre fin aux indemnités. Ça fait
qu'en bout de ligne, qu'est-ce que tu fais,
c'est que tu négocies hors cour pour des montants forfaitaires, et la personne
n'a pas vraiment eu de suivi. Et
effectivement, dans toutes les lois administratives, quand la lésion est
souvent considérée comme consolidée,
ça veut dire plus de traitement... Est-ce que vous êtes... Est-ce que je suis
encore là? Parce que là, ça a arrêté.
Président (M. Bachand) : Alors, on vous entend très, très, très
bien, oui.
Mme Mongeon
(Sophie) : Oui. O.K. Parfait. Donc, effectivement, quand les séquelles
sont évaluées, il n'y a pas vraiment de
support... traitement de support qui est accordé à une victime. Aussi, ce qui
est difficile, c'est qu'à chaque fois devant les médecins puis devant
les tribunaux, même si l'acte criminel est accepté, la victime se doit de refaire le témoignage, ce qui est extrêmement
lourd. Donc, c'est plus au niveau procédural ou réglementaire, ça serait
d'éviter, une fois que l'acte criminel... elle est acceptée, que la dame ou la
personne victime soit obligée de répéter constamment.
Et notre autre point,
c'était la nouvelle loi, la diminution des bénéfices. Donc, il y a des points
majeurs en ce qui concerne les victimes par ricochet ou les proches. Ca, je
vais laisser l'AFPAD en discuter. Me Bellemare aussi va en discuter demain. Il y a toute la
section de faute lourde aussi que
je vais laisser l'AFPAD, Me Bellemare, discuter. Mais moi, mon cheval de
bataille aujourd'hui, c'est vraiment l'indemnité de remplacement de revenu qui,
dans la nouvelle loi, fait en sorte que des dames comme Mme Rochon n'auraient
droit à aucune prestation, zéro puis une barre.
Président (M. Bachand) : Merci, Me Mongeon... parce qu'on est
déjà rendu à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
m'excuse de vous interrompre. Alors donc...
Mme Mongeon
(Sophie) : Non, non, allez-y, allez-y. Allez-y avec vos questions.
Président (M. Bachand) : Parfait. Alors,
je cède la parole au ministre. M. le ministre, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Oui. Merci, M. le Président. Mme Rochon,
Me Mongeon, merci beaucoup de participer aux travaux de la commission.
Si vous me permettez,
je vais revenir à vous vers la fin de mes questions, Me Mongeon, mais, tout
d'abord, avec Mme Rochon. Merci beaucoup, Mme Rochon, de témoigner à la
commission aujourd'hui. C'est un geste qui est courageux. On apprécie grandement... Je pense que je vais pouvoir...
l'ensemble des membres de la commission pour vous remercier du courage
que vous faites preuve aujourd'hui, et surtout de nous avoir aussi informés,
d'avoir discuté avec nous, avec notre cabinet préalablement, pour nous raconter
votre histoire. Je pense que ça permet de bien faire comprendre à la population
ce par quoi les victimes sont passées puis surtout de votre expérience avec
l'IVAC.
Et c'est justement ce
qu'on veut faire avec le projet de loi, d'améliorer notamment le service à la
clientèle avec l'IVAC. Et vous dire, un des objectifs du projet, là, puis on
l'a inscrit, c'est de faire en sorte, dès le départ, que, dès qu'une personne
appelle à l'IVAC, maintenant, pour avoir de l'aide, bien, on puisse lui offrir
des séances, notamment de soutien, de psychothérapie dès le départ, donc de ne
pas attendre que son dossier soit consolidé ou qu'elle soit admise à l'IVAC
pour en avoir aussi. Et je voudrais vous rassurer aussi, à ce niveau-là, dans
le fond, les séances de psychothérapie vont être sans limite pour les victimes
qui subissent les infractions criminelles.
Mais j'aimerais ça
vous entendre davantage, là, sur comment est-ce que... les points d'amélioration
qu'on pourrait avoir relativement avec la Direction de l'indemnisation des
victimes d'actes criminels. Vous nous avez parlé de vos témoignages, ça, c'est
lorsque c'est contesté, puis que vous souhaitez contester la décision de
l'IVAC, mais avant ça, là, quand vous vous adressez à l'IVAC...
Rochon (Lili) : J'ai déjà quelques
idées qui me viennent en tête. Tout
d'abord, sincèrement, lorsqu'une victime d'acte criminel traite avec l'IVAC, je ne
sais pas si vous avez déjà entendu ça dans les commentaires, mais il arrive très,
très, mais très souvent qu'on nous
change d'agent. À chaque fois, tout le temps, on nous change d'agent.
Donc, déjà que lorsqu'on est dans une procédure où c'est important, de notre
vie, c'est-à-dire qu'on a choisi de se battre, si on veut, de se défendre, il y
a un lien de confiance qui doit se
créer avec la personne, mais là, si... On nous change, puis ça, c'est
fréquent, là. Tu sais, sincèrement, c'est fréquent, on nous change d'agent sans
cesse.
Aussi, ce que je trouve dommage, c'est que, je
ne sais pas si vous savez, mais moi, en tant que victime d'acte criminel, contacter l'IVAC, là... Ça a été moins
difficile de contacter M. Jolin-Barrette que de contacter l'IVAC, à
l'époque, sincèrement. L'IVAC, là, les lignes téléphoniques, laisser un
message... non, ce n'est pas la bonne personne, non, c'est à la directrice qu'il faut parler, non, votre agente n'est pas là,
elle est
partie en congé de maternité. Ça ne finit plus, ça ne finit
plus, ça ne finit plus.
Aussi, il y a une chose que j'aimerais vous
mentionner, c'est que ce n'est pas une bonne idée de faire des menaces à une
victime d'acte criminel. Puis là vous vous demandez où est-ce que je m'en vais
avec tout ça, là. Écoutez, moi, durant mon parcours... ce n'est pas
compliqué, il a duré 39 ans. 39 ans, d'accord. Durant mon
parcours, il est arrivé un temps où est-ce que ma situation faisait que je
n'avais plus comme de... je n'avais plus de garde-fou. Je cherche le bon terme, là, mais j'étais complètement désemparée, j'avais besoin d'aide. Au lieu de m'appeler puis de
me dire : Madame, on va couper vos indemnités maintenant... Pourquoi? Bien
là, c'est parce que la semaine passée, vous ne
nous avez pas appelés. Oui, mais, attendez un instant. Est-ce que vous avez
vérifié pourquoi je n'ai pas pu appeler? Est-ce que vous étiez au
courant que mon fils était dans un coma diabétique? Tu sais, c'est le manque
d'humanisme que je crois qui fait défaut.
Et puis j'ai... Pour m'adresser à vous
aujourd'hui, je ne le fais pas en mon nom, sincèrement, là. Moi, j'attends une greffe de pancréas, sincèrement,
O.K., et, en plus de ça, moi, je suis 100 % de séquelles. Donc, moi, là,
c'est plate un peu, là, mais, pour moi, c'est fini. Je le fais, je le fais...
J'ai récolté des témoignages, là, O.K. J'aurais voulu en recevoir plus, mais,
avec le délai que j'avais, là, c'était impossible. Parce que ça, c'est une
autre chose aussi, les victimes d'actes criminels ont peur. Les victimes
d'actes criminels ont peur de parler...
Mme Rochon (Lili) : Non... Je
m'excuse, j'ai un petit chien. Je suis désolée. C'est ça, les victimes d'actes criminels, ils ont peur de parler. Il faudrait
qu'ils soient mieux encadrés, plus soutenus puis, au fond aussi,
simplement de se faire dire une fois :
Je te crois. C'est une petite phrase toute simple, mais qui peut tellement
aider une victime d'acte criminel...
ou juste demander : Comment vas-tu? Parce que c'est tellement de la
bureaucratie, c'est de la paperasse, c'est : Remplis tel formulaire, après
ça, appelle ton avocate, ton avocate te rappelle.
Me Mongeon, elle a été extraordinaire avec
moi. Ça fait au-dessus de 10 ans, 10 ans qu'elle me défend, O.K. Elle
a été patiente mais patiente, parce qu'il y a une chose aussi qu'il faut
reconnaître, les victimes d'actes criminels peuvent être très harcelantes...
bien, du moins, moi, d'accord? Mais Me Mongeon, elle a toujours été
patiente, elle m'a toujours parlé, elle m'a
toujours dit : Là, Mme Rochon, je vous l'ai dit, on attend, on
attend. Oui, mais c'est long. Je le
sais, Mme Rochon, mais on n'a pas le choix. Donc, elle, elle était comme
prise, si on veut, en sandwich, là. Mais moi, tout ce que je voulais... Au fond, là, je tapais du pied, là, tu sais,
quand j'ai fait des demandes de rechute, O.K. Lorsque j'ai fait des demandes
de rechute, j'ai dû rembourser mes études, O.K., mais pas juste ça. Lorsque je
le faisais, là, la demande de rechute, tout
ce que je voulais, c'est un psychothérapeute. C'est tout ce que je demandais,
un psychothérapeute.
Je ne comprends pas. Je ne comprends pas
pourquoi c'est si compliqué. Tu sais, il y a trop... C'est de l'acharnement, c'est de l'acharnement. Tu sais,
c'est comme si on te disait : Tu vas tellement pédaler, là, tu vas
t'épuiser puis tu vas abandonner. Moi, c'est comme ça que je l'ai vécu, puis
j'ai trouvé ça vraiment très frustrant. Voilà.
M. Jolin-Barrette : Mais je vous
remercie, Mme Rochon, de parler au nom des victimes aujourd'hui. Je pense
que votre voix porte le message de plusieurs personnes. Ça nous permet aussi de
voir concrètement c'est quoi, les conséquences du régime qu'on avait. Puis un
des objectifs qu'on a avec la réforme qu'on propose, c'est justement de le
rendre plus humain, de rendre l'IVAC beaucoup plus humain, plus flexible et surtout
aussi d'offrir davantage de soutien, d'accompagnement. Je vous dirais que le projet
de loi, il n'est pas parfait. On
essaie d'en faire le plus possible. Il
y a certaines critiques relativement au projet de loi, j'en suis conscient. Cela étant dit, vous pouvez
être certains qu'on essaie le maximum de faire en sorte que les victimes
soient plus accompagnées. Puis je veux vous remercier pour votre témoignage aujourd'hui.
Je vais céder la parole à mes collègues.
Peut-être juste un commentaire que j'aurais relativement
à la somme forfaitaire. Dans le fond, la somme forfaitaire n'empêche pas le
soutien qu'on va offrir aux victimes. Dans le fond, on a construit la réforme
que nous proposons en ayant l'argent.
L'indemnisation, c'est une chose, mais tout le soutien qu'on va offrir, en termes de suivi psychologique sans limite pour la personne victime, également,
la réinsertion professionnelle, l'accompagnement, donc tout
ça aussi, c'est pensé relativement à ça. Puis c'est vrai qu'il y a
des éléments qui vont venir par voie réglementaire, mais je souhaitais
apporter cette précision-là.
Donc, un grand merci, Mme Rochon, d'avoir
été présente aujourd'hui, puis j'ai des collègues qui vont vouloir vous poser
des questions.
Mme Rochon (Lili) : ...juste un
petit truc qui m'échappait, là, ça fait que... je trouvais important de vous
mentionner. Tantôt... oui, c'est vrai, les victimes d'actes criminels, ça donne
des faiblesses, mais ça serait important d'en reconnaître les forces. C'est-à-dire, moi, je
ferais n'importe quoi, sincèrement, pour aider auprès des organismes ayant... traitant avec des victimes d'actes
criminels, mais, à chaque fois, je me fais rétorquer : Il est où, ton
papier? J'ai de l'expérience de vie.
Ça fait 39 ans que je suis dedans. Donc, tu sais, juste... Je voulais
juste faire une petite parenthèse à ce sujet-là, parce que moi, je veux
encore, là... je veux encore, vous comprenez. C'est tout. Voilà.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre. Je cède maintenant
la parole à la députée de Les Plaines. Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme Lecours (Les Plaines) :
Merci beaucoup, M. le Président. Mme Rochon, je joins ma voix à celle du
ministre pour vous féliciter de votre courage aujourd'hui, vous féliciter
d'être la voix des victimes. Votre témoignage est
très sensible. Nous en sommes tous enchantés d'avoir ce son-là, parce qu'on va
avoir évidemment beaucoup de gens qui vont venir lors de ces
consultations particulières. Mais vous, vous l'avez vécu sur le terrain, vous
le vivez encore sur le terrain. Votre
expérience de vie nous est très importante à nous pour prendre des décisions
éclairées. Donc, merci d'être là. Merci de le faire avec toute la verve
que vous avez, la voix, l'efficacité dans votre témoignage aussi.
J'aimerais ça
vous parler de... Vous dites, dans votre témoignage, que vous auriez aimé avoir
un meilleur support dans votre
réinsertion. Comment vous l'auriez... Comment vous l'avez vécu et comment vous
le verriez différemment?
Mme Rochon
(Lili) : O.K.
Comment je l'ai vécu? En fait, ça a été des papiers, de la bureaucratie, c'est-à-dire qu'on te demande, lorsque tu tentes de te trouver un emploi, de remplir une
feuille avec tous les emplois que tu as contactés afin d'avoir un éventuel travail, d'accord?
Moi, ce que j'aurais aimé, comme je disais tout à l'heure, c'est... Vous devriez offrir
un service d'orienteur qui va prendre en considération les forces, les
faiblesses et les aspirations de cette personne-là. Puis par la suite...
la ou le, je m'excuse, parce qu'il y a autant d'hommes que de femmes victimes
d'actes criminels. Là, je dis «la» parce que
c'est la victime, mais de l'orienter
dans une direction afin qu'elle devienne une fière contribuable.
Et c'est ça qui manquait, c'est ça qui manque,
c'est-à-dire le support avec un orienteur puis, par la suite, une évaluation
professionnelle qui dit : Bon, O.K., bon, elle, elle a ça, elle a ça, elle
a ça. Ah! non, elle n'a pas de diplôme universitaire, c'est plate, hein? O.K.
Elle a ça, elle a ça, elle a ça, tu sais, puis qu'on tienne compte de tout le bagage aussi, parce que le bagage en tant que
tel... Les personnes comme moi, sincèrement, tout ce qu'ils veulent, là,
c'est éviter leur parcours aux autres. Les personnes comme moi, là, ce qu'elles
veulent, c'est les aider. Ce serait tellement bien
qu'on puisse reconnaître, une fois pour toutes, l'expérience personnelle un
tant soit peu pour pouvoir aider, guider les personnes qui sont à peine
entrées dans ce cauchemar-là. Voilà.
Mme Lecours (Les Plaines) : Donc, si
je vous comprends bien, à partir du moment où on reconnaît les événements vécus, qu'il y ait non seulement un
support psychologique, parce qu'il est essentiel, le support
psychologique, mais qu'en soutien aussi, parce qu'on appelle ça une réinsertion,
qu'il y ait cette portion d'aide là. C'est ce que je comprends bien?
Mme Rochon (Lili) : Oui, oui, Mme
Lecours.
Mme Lecours (Les Plaines) : O.K. Et
parlez-moi aussi... Dans les délais, à partir du moment où... Puis je ne veux
pas vous replonger dans votre passé, ce n'est pas ça du tout, là. Je veux
juste... À partir du moment où vous avez été prise en charge, dans les délais,
combien ça a pris de temps entre, par exemple, le moment où est-ce qu'on a
reconnu votre situation et les premières prises en charge, là, avec les
traitements en psychologie, et tout ça? Quelles ont été les étapes que vous
avez franchies?
Mme Rochon (Lili) : O.K. Bien, pour
commencer, moi, j'ai 39 ans puis, lorsque j'ai décidé que c'était assez, ce qui se passait à la maison, j'ai fait
une fugue à 15 ans, O.K. Mais je suis parvenue à avoir mon premier
support. La première fois, j'ai reçu de l'aide avec l'IVAC en 2001. J'étais une
enfant. J'étais une enfant, mais la DPJ ne m'a pas soutenue. La DPJ n'a pas pris soin de se questionner à savoir si
j'aurais besoin d'une thérapeute, d'une travailleuse sociale. Moi, j'ai eu un travailleur social, oui,
mais le seul souvenir que j'ai d'un travailleur social, c'est celui qui
t'arrache des gens que tu aimes le plus puis qui te trimballe de famille
d'accueil en famille d'accueil ou foyer de groupe. Ça, c'est l'image que j'ai,
parfaite, d'un travailleur social.
Mais quand... Toute petite, je n'ai jamais eu de
support psychologique. Ça a été en 2001, lorsque j'ai mis au monde mon premier enfant. Là, la... tout ça,
j'avais peur, extrêmement peur pour mon enfant. Ça a
pris tout ce temps-là. Donc, je veux dire, s'il y a quelqu'un qui est
bon en mathématiques aujourd'hui, et je vous invite... mais 2001, là.
Lecours (Les Plaines) :
Donc, je comprends que dans... Ça a pris quand même des délais trop
longs. Et le fait qu'on aurait, avec
le projet de loi, un programme d'aide d'urgence serait, à votre sens à vous,
bienvenu, c'est ça?
Mme Rochon (Lili) : Oui, oui, Mme
Lecours, définitivement. Oui, je suis entièrement d'accord.
Mme Lecours (Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme Rochon. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de
LaFontaine, s'il vous plaît. M. le député.
M. Tanguay :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. De combien de temps je dispose?
Le Président (M.
Bachand) : 11 minutes, M. le député.
M. Tanguay :
Parfait. Merci beaucoup. Écoutez, Mme Rochon, merci beaucoup d'être présente
virtuellement avec nous aujourd'hui et de nous partager votre témoignage, là,
ce que vous avez vécu. Et, vous savez, quand on est législateurs, les projets de
loi doivent s'ancrer dans la réalité du vrai monde, si vous me permettez
l'expression, de ce que vous avez vécu ici, en instance, puis ça, c'est très
certainement... ça aide énormément notre réflexion.
Et je me plais à dire qu'en politique la
pertinence vient, découle de la proximité. Vous ne pourrez pas être pertinent
si vous n'êtes pas proche du monde, puis votre témoignage va nous aider à être
encore plus pertinents puis, oui, à bonifier le projet de loi.
Je pourrais déchirer la chemise que j'ai sur le
dos en disant que ça va trop vite. Le rythme aura été imposé par le gouvernement.
On est avec vous aujourd'hui, on va faire le travail qu'il faut, mais effectivement
c'est trop important pour faire les coins
ronds. Je ne dis pas que personne autour de la table n'a l'intention de faire
les coins ronds, mais, pour obtenir un véritable impact puis d'avoir la
meilleure loi, il faut prendre le temps, puis la précipitation est très
mauvaise.
Alors, merci pour votre témoignage,
Mme Rochon. Me Mongeon, merci aussi pour le document que vous avez
été capable de bâtir avec les témoignages, notamment, de Mme Rochon. Vous
vous étiez fait un ordre du jour, j'aimerais
vous entendre, Me Mongeon. Peut-être en rafale, j'ai 11 minutes, puis je m'en
veux d'avoir pris 1 min 30 s, là, mais je pense que ce
que je devais dire était important.
Me Mongeon, les délais... votre premier
point... Le premier point que vous avez mis, là, les délais de procédure et de
traitement de dossier, j'aimerais vous entendre sur cette réalité-là. Je vais
avoir essentiellement trois questions. Alors, j'aimerais ça vous entendre
sur cette réalité-là et en quoi le projet de loi n° 84 va venir aider ou
améliorer les délais de procédure et les traitements de dossiers ou pas.
Mme Mongeon (Sophie) : Bien,
pour répondre à votre première question, je ne sais pas si ça va vraiment
améliorer les délais de procédure et de traitement de dossier, parce que ça,
c'est quelque chose qui n'est pas législatif,
qui est plus sur le terrain, donc c'est plutôt d'entreprendre des procédures.
Tu sais, vous savez, en civil, on a des protocoles d'instance, là, tu
sais, avec des délais obligatoires, etc. Ça fait que peut-être qu'en règlement
on pourrait mettre des délais, des échéanciers, c'est-à-dire, au moment où la
réclamation est faite, dans un délai de trois mois, une première décision
doit être rendue.
Mais effectivement, là, en CNESST puis en SAAQ,
quand quelqu'un est victime d'un accident de travail ou d'un accident d'auto,
on va autoriser, souvent, les traitements avant que la décision d'admissibilité
ne soit rendue. Ça fait que ça, c'est un très bon point. Ça ferait au moins en
sorte que les gens ont des traitements en attente d'une décision. Ça ferait
moins mal, donc, d'attendre pour le traitement de dossier. Est-ce que ça...
M. Tanguay : Et
diriez-vous... Oui, oui, c'est parfait, puis je trouve ça très tangible, puis,
voyez-vous, vous me donnez des suggestions qu'on pourrait même, le cas échéant,
mettre dans la loi. Alors, on pourrait même mettre des délais puis on pourrait
même mettre, justement, ce que vous dites, des traitements en attendant que le
dossier soit en état et que l'on ait une décision sur le fond.
Diriez-vous également qu'on pourrait le faire au
niveau de l'indemnisation aussi? On verra si le montant global doit être plus
grand que cela, mais d'avoir une indemnité de secours de façon un peu plus
étayée que ce qui est devant nous aujourd'hui, peut-être, aussi.
Mme Mongeon (Sophie) : Oui, ça
serait une excellente idée d'avoir un montant forfaitaire d'entrée de jeu, un
peu comme un montant forfaitaire de frais funéraires, là, tu sais, qui est un
montant, par exemple, où les accidentés de la route ou du travail... puis on
sait exactement, ça, c'est le montant. Ça pourrait être effectivement un
montant, d'entrée de jeu, pour permettre aux gens d'avoir un peu de liquidités
pour payer leurs traitements et leurs... la médication, si nécessaire. Parce
qu'on le sait que les traitements, souvent, vont être limités, mais en bout de
ligne, les accidentés finissent par payer une franchise. Ça veut dire que les
montants qui sont donnés par règlement, les traitements, par exemple, de
psychothérapie, des fois, vont tourner alentour de 86,80 $, que l'État va
payer, bien... mais il n'y a pas beaucoup de psychologues qui vont accepter de
travailler à 86,80, donc, dollars. Ça fait que, tu sais, peut-être, c'est de s'assurer que le montant soit
approprié puis qu'il est représentatif de la réalité, là, du
professionnel.
M. Tanguay : Tout à fait. Merci. Deuxième des trois questions
que... puis n'hésitez pas, Mme Rochon, si vous voulez sauter dans la conversation. Je m'excuse encore une fois, je suis
un petit peu directif, mais on manque de temps.
Mme Rochon (Lili) : Non, je vous
laisse le temps, tout le monde, voyons... juste un petit 30 secondes
tantôt pour remercier quelques personnes importantes, c'est tout...
M. Tanguay : ...je vais m'en
assurer de le prendre sur mon temps, Mme Rochon.
Me Mongeon, manque d'accompagnement pour
réintégration sur le marché du travail. Est-ce que ça, ça pourrait être mis dans un
article du projet de loi n° 84 de façon plus spécifique? Et pouvez-vous étayer
à quoi faites-vous référence en termes d'accompagnement pour le marché
du travail?
Mme Mongeon
(Sophie) : Bien, la façon qu'on procède, quand on est victime d'un
événement quelconque, on a la période qu'on
appelle postconsolidation. Ça veut dire les traitements, etc., où l'objectif,
c'est d'améliorer la personne pour
les amener à un point où, même si on continue les traitements ad
vitam aeternam, il n'y aura pas d'amélioration, ce qu'on appelle la
consolidation.
Actuellement, la façon qu'elle est bâtie, toute
la
section de réadaptation est extrêmement complexe par la stabilisation
économique, stabilisation sociale. C'est toutes des notions qui sont tellement
difficiles que, même moi qui exerce dans le métier depuis plus de 20 ans,
je ne suis pas capable de vous dire tous les tenants et aboutissants de ces
programmes-là.
Moi, je vais tenter de vous dire que toute la
loi, la modification pourrait être copiée un peu sur la
Loi sur l'assurance
automobile. Donc, c'est-à-dire, à partir du moment où on a des séquelles qui
nous sont accordées, tout de suite, il y a un conseiller en réadaptation qui
nous dit : O.K. Mme Rochon, tu n'es plus capable d'exercer l'emploi,
par exemple, de technicienne juridique, mais vous êtes capable d'exercer un
autre emploi, puis les aider dans ce recyclage-là. Est-ce que ça répond à votre
question?
M. Tanguay : Oui. Non, tout à
fait, ça répond très, très bien. Et vous avez effleuré ce à quoi faisait
référence Mme Rochon, l'importance d'avoir une stabilité quant à
l'interlocuteur ou l'interlocutrice qui parle à la victime, donc d'avoir une stabilité, de connaître... de
développer, je dirais même, une relation professionnelle avec cette
personne puis de connaître son dossier plutôt que de toujours être obligé de
raconter son histoire. Parce que ça aussi, puis message bien reçu, Mme Rochon, ça participe aussi de la lourdeur
de la chose, de dire : Bon, il faut encore que je reparte à zéro
dans le dossier avec un nouvel interlocuteur. Ça n'aide pas, ça ajoute aux
tracas, puis des tracas, justement, l'État est là pour vous aider à en avoir le
moins possible.
Dernier point, Me Mongeon, manque de
support psychologique postconsolidation, j'aimerais vous entendre là-dessus et
en quoi on pourrait y faire écho dans le projet de loi n° 84.
Mme Mongeon (Sophie) : Bien, effectivement,
dans tous les régimes d'indemnisation actuels, à partir du moment où il n'y a
plus d'amélioration possible, on appelle ça une consolidation, et c'est là que
les séquelles vont être abordées. Donc, à ce
moment-là, c'est un peu une petite lacune que... je me posais comme question, à
savoir : Quel barème qui
pourrait être utilisé? Alors, j'en profite pour glisser un mot que le barème
adéquat, ce soit la
Loi sur l'assurance automobile. C'est un barème qui
a été élaboré depuis 2000, qui tient compte de toutes les... quasiment toutes
les fonctions, psychiques, endocriniennes,
déplacement et maintien de la tête, du tronc. Ça fait que je me permets
d'aborder ça, alors je vous le dis, ça pourrait être quelque chose.
Donc, à
partir du moment où la compagnie d'assurance, l'organisme gouvernemental arrive
à la détermination des séquelles, elle paie rarement des traitements de
support. Donc, il faudrait absolument instaurer des traitements de support qui
pourraient être prévus par règlement, c'est-à-dire quelque chose d'un par mois
aussi pour maintenir la personne en capacité aussi de travail. Parce que, si
vous me le permettez, dans le nouveau projet de loi, actuellement, des gens
comme Mme Rochon n'auraient aucune indemnité, zéro, parce qu'au moment de
la rechute ou au moment de l'événement elle
est considérée sans emploi, parce qu'elle a été victime d'abus sexuel dans sa
jeunesse, donc elle n'a pas pu se
créer une carrière, vous comprenez. Donc, lorsqu'elle fait une réclamation,
elle est sans emploi, elle n'aurait aucun salaire dans le dossier
actuellement, et, même si elle en avait, disons, ça serait maximum
trois ans. Elle, elle a une rente viagère, et c'est difficile pour elle
d'arriver, là.
M. Tanguay : Non, exactement,
et c'est là où vous trouvez... Puis vous soulignez bien l'illogisme, à cause de
l'acte criminel, vous n'avez pas pu vous bâtir une carrière, et donc vous ne
serez pas indemnisé. Donc, je veux dire, on fait le tour, là, on fait le tour
de cette...
Dans la nouvelle loi, j'aimerais vous entendre,
Me Mongeon, sur ce que vous appelez la diminution des bénéfices. J'aimerais vous entendre, parce que,
là, on arrive vers la fin puis, s'il y a des choses, là, que vous dites :
Ah! ça, j'ai oublié d'en parler ou je n'ai pas pu en parler, allez-y, je vous
en prie. Et, Mme Rochon, je suis convaincu qu'à la toute fin notre
président vous accordera évidemment une enveloppe de temps, vous parlez d'un
30 secondes, pour pouvoir, là, faire des remerciements. Mais j'aimerais
entendre Me Mongeon aussi sur la diminution des bénéfices. Puis allez-y,
là, il me reste 1 min 30 s, là... des choses que vous aimeriez
dire.
Mme Mongeon (Sophie) : Merci. Donc,
effectivement, souvent, là, les personnes qui sont... ils ont eu de la violence sexuelle quand ils étaient jeunes ou des
personnes qui sont en violence conjugale, c'est souvent des personnes
qui ne travaillent pas.
Déjà, une de
mes revendications pour les victimes était qu'ils étaient indemnisés sur le
salaire minimum. Alors, quand on
faisait les revendications pour qu'il y ait amélioration de la loi, c'était
pour les payer un petit peu plus que
le salaire minimum et peut-être tenir compte du salaire moyen du Québécois, surtout
quand c'est des jeunes de moins de 25 ans.
Tu sais, je le sais que moi, par exemple, mes
enfants, ils ont 16, 17, 18 ans, ils sont au cégep. À l'heure actuelle,
si mon fils se faisait tabasser alors qu'il attend l'autobus, il n'aurait
aucune indemnité. O.K.? Et, même s'il avait un emploi, par
exemple, à temps partiel chez Costco, il serait payé sur les indemnités de
Costco, mais un maximum de trois ans, O.K.? Donc, ce qui est...
Déjà, les revendications qu'on voulait, c'est
que les personnes qui sont victimes de violence sexuelle ou d'abus sexuels en jeunesse soient indemnisées
d'une façon différente étant donné qu'ils ne sont pas capables d'exercer un vrai travail sur le... un
emploi sur le marché du travail. C'est là qu'il y a une diminution
importante. Donc, tout ce qui est retraité, femme au foyer, etc., ces
gens-là sont vraiment pénalisés.
Donc, en bout
de ligne, on n'aide pas les victimes comme telles, on les met dans un état
encore pire qu'ils étaient. Dans
l'heure actuelle, j'ai le goût de vous répondre, je suis spécialiste en régimes
d'indemnisation, j'aime autant laisser la loi telle quelle. J'aime
autant qu'on ne la modifie pas, parce que ça fait en sorte que les victimes
sont vraiment pénalisées par la loi, puis vous comprenez pourquoi. Maximum
trois ans, et on met de côté toute une catégorie de victimes qui... dont c'est eux, au départ, qui ont
besoin de cette loi-là. C'est ces victimes-là, ce n'est pas ceux qui
sont nécessairement au travail, qui ont des assurances, qui ont d'autres
choses. C'est vraiment ceux-là, et ceux-là sont totalement mis de côté. Ça fait
que moi, si vous... clairement, j'ai le goût de vous dire...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Me Mongeon.
Mme Mongeon (Sophie) :
...j'aimerais autant qu'on ne la change pas.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je cède la parole à...
M. Tanguay : Merci beaucoup.
Merci à vous.
Président (M. Bachand) :
Merci, M. le député de LaFontaine. Mme la
députée de Sherbrooke,
s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci, toutes les
deux. Vos témoignages sont très, très explicites sur ce que vous pensez du projet de loi puis qu'on devrait ajouter. Merci, Mme Rochon, en particulier pour
ce que vous nous dites sur les besoins d'accompagnement en insertion ou
en réinsertion professionnelle, en orientation, et pour les pistes de solution
que vous apportez aussi.
Vous avez nommé aussi que repasser devant le
tribunal, c'était comme un martyr. C'est quelque chose que j'entends souvent de la part des victimes, qu'elles sont
revictimisées à travers ce processus-là de relation avec l'IVAC. J'aimerais ça
que vous parliez un petit peu plus de ça, puis qu'est-ce qui devrait être fait,
puis est-ce que c'est réglé dans le projet de loi actuel.
Le Président (M.
Bachand) : ...le micro de...
Une voix : Votre micro,
Mme Rochon.
Le Président (M.
Bachand) : Votre micro est fermé, Mme Rochon.
Mme Rochon (Lili) : C'est parce
que j'ai écouté les règlements. Quand on parle, on...
Le Président (M.
Bachand) : C'est très bien.
Mme Rochon (Lili) : Donc, ce
que j'allais vous dire, c'est... Au fil du temps, je me suis comme construit
une petite phrase toute simple... c'est-à-dire que, si on regarde aux
États-Unis, O.K., on est coupable jusqu'à preuve du contraire, d'accord? Lorsqu'on arrive au Québec, on est innocent
jusqu'à preuve du contraire, il faut démontrer hors de tout doute. Mais
lorsqu'on est victime d'acte criminel, il faut démontrer que nous sommes
victimes d'acte criminel. C'est comme si nous devenions le coupable, puis moi, c'est
dans ce sens-là que ça me gêne.
Parce que d'expliquer... Parce qu'encore une
fois, comme je vous ai mentionné tout à l'heure, un lien de confiance, c'est hyperimportant pour une victime
d'acte criminel. En tout cas, du moins, si je me prends pour exemple, je
n'en ai pas eu, de lien de confiance dans ma
vie, donc c'est hyperimportant. Puis à chaque fois, de me présenter à la
cour devant trois juges, puis de répondre aux questions, puis de déclarer
toute mon histoire, puis après ça d'être, si on veut, contre-questionnée, entre
parenthèses, oui, c'est un cauchemar. Ça ne devrait même pas se faire. En plus
de ça, ça coûte beaucoup trop cher aux contribuables de façon inutile. Les
dommages ont été reconnus par un paquet de spécialistes, de psychiatres
psycholégaux ou... C'est de l'argent jeté par les fenêtres, puis, en plus de
ça, ça fait du tort, ça fait du mal aux victimes. Oui.
Le Président (M.
Bachand) : ...députée de Sherbrooke, il reste très peu de
temps. Mme la députée, il vous reste quelques secondes.
Mme Labrie : Oui, bien, je vous
remercie. Je pensais que Mme Mongeon allait compléter, mais je vous
remercie. C'est assez clair sur le fait qu'on devrait éliminer ces procédures.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée. Mme la députée de
Joliette, s'il vous plaît.
Hivon : Oui,
bonjour. Merci beaucoup à vous deux. Mme Rochon, je suis vraiment heureuse
que vous puissiez être devant nous
aujourd'hui. C'est quand même incroyable, vous êtes la seule représentante des
victimes. Puis je vous remercie parce
que vous avez pris ça à coeur. Et, dans le document que vous nous avez remis,
il y a énormément de témoignages que vous avez recueillis, qui sont très, très pertinents.
Donc, j'espère que tout le monde va les lire de a à z. Et vous faites un
duo de feu avec Mme Mongeon... avec Me Mongeon.
Donc, je réitère au ministre que je pense qu'il
devrait faire une consultation en ligne pour que toutes les victimes puissent
s'exprimer. On ne réforme pas le régime à tous les jours, donc ce serait
important d'avoir des voix et que vous ne portiez pas à vous seule tout le
fardeau de toutes les expériences des victimes au fil des décennies.
L'aspect du soutien psychologique, de l'aide
psychologique, c'est fondamental. Et donc vous nous dites qu'évidemment c'est
un combat puis que ça devrait être à vie, ça devrait effectivement suivre les
besoins. Le projet de loi veut être plus
souple par rapport à ça. Mais j'aimerais ça comprendre, vous, à quel moment on
vous a dit que, non, il y aurait une limite, parce qu'en théorie on est
supposé suivre les besoins de la victime.
L'autre
chose, c'est : Est-ce que vous craignez que, si on y va que par
forfaitaire, on demande donc aux personnes de choisir entre certains besoins qu'elles ont par rapport à d'autres
pour savoir qu'est-ce qu'elles vont se payer avec, donc, ce montant-là,
y compris de l'aide psychologique thérapeutique dont elles pourraient avoir
besoin? Peut-être, pour Me Mongeon,
dans mon court trois minutes, juste nous dire les éléments desquels on
devrait s'inspirer de la Loi de la SAAQ.
Le Président (M.
Bachand) : Il reste une minute.
Mme Mongeon (Sophie) : O.K.
Mme Rochon, je vais prendre la relève, O.K.? Donc, ce qui est bien
important, c'est que toute la section, Mme Hivon, sur la détermination du
salaire, elle tient compte de toutes les possibilités : ceux qui sont à
l'école, ceux qui ne sont pas à l'école, ceux qui ont un emploi, ceux que leurs
activités... Par exemple, la loi a été mise sur pied dans les années 78,
quand les femmes étaient au foyer. Donc, c'est prévu que, si ton activité,
c'est de t'occuper de tes enfants, il y a une indemnité de frais de garde.
Donc, toute la
section sur la détermination du salaire, on devrait s'inspirer
de la
Loi sur l'assurance automobile, O.K.?
Au niveau des
séquelles également et au niveau du processus de réadaptation, quand même, elle
a des lacunes, là. Parce que, moi aussi, il y a certaines choses de la
loi que je ne suis pas d'accord, mais généralement on pourrait s'inspirer de
cette ligne de temps là de la
Loi sur l'assurance automobile pour
l'appliquer à l'IVAC. Le langage est déjà connu devant le Tribunal
administratif du Québec et devant le Tribunal administratif du travail. C'est
un langage qui serait harmonisé avec les autres régimes d'indemnisation, donc
ça serait... Au contraire, c'est qu'au lieu de travailler en silo, finalement,
on commencerait à travailler en... parce que les organismes, ils font tous référence
un à travers l'autre, là. La
Loi sur l'assurance automobile va référer à
l'accident de travail, l'accident de travail va référer à l'IVAC, vous
comprenez?
Ça fait que ça serait une belle occasion
d'harmoniser au lieu de créer quelque chose qui est nouveau, puis qui est distinct, puis qui va donner lieu à des
contestations devant les tribunaux pour arriver avec des nouvelles
interprétations, là. Ça fait qu'on devrait s'inspirer de ce qu'on a déjà, puis
on a déjà des beaux programmes qu'on pourrait juste améliorer. Donc, moi, ça
serait l'entièreté, quasiment, de la
Loi sur l'assurance automobile.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Me Mongeon. Je laisse la parole à... le
mot de la fin à Mme Rochon, tel que l'avait prévu le député de LaFontaine.
Mme Rochon.
Mme Rochon
(Lili) : Écoutez, la raison
pour laquelle je voulais faire des remerciements, c'est que, si je suis
avec vous aujourd'hui, là, c'est que j'ai eu du support puis j'ai eu de l'aide.
Je vois Mme Hivon, bonjour, Mme Lecours, bonjour, M. Pascal Ferland.
Je pourrais en nommer plein, Arlène Gaudreault. Je voudrais mentionner aussi
Lise Ravary, mon avocate, mon avocate que j'adore. Je voudrais remercier aussi
Alain Racicot, qui m'a beaucoup aidée pour recueillir, si on veut, tous les
témoignages, et ainsi que Catherine Paquette qui a travaillé très fort avec
moi. Et puis un petit mot, je remercie la patience de mon conjoint, d'être
encore avec moi au bout de 11 ans. C'est tout.
Président (M. Bachand) :
Bien, sur ce, à vous deux, merci beaucoup d'avoir été avec nous cet après-midi.
Merci infiniment.
La commission suspend ses travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 48)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Il me fait plaisir d'accueillir Me Louise
Langevin et Mme Rachel Chagnon. Alors, bienvenue à vous deux. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes de présentation, et, par après,
nous aurons un échange avec les membres de la commission.
Donc, encore une fois, bienvenue, et la parole
est à vous.
Mme Chagnon (Rachel) : Oui, bonjour.
On nous avait dit 10 minutes chacune.
Président (M. Bachand) :
C'est 10 minutes total. Alors, désolé de la mauvaise... ça va être très
concentré. Puis, après ça, on va échanger avec les membres de la commission.
Chagnon (Rachel) : Nous
allons être très efficaces. Alors, tout
d'abord, merci beaucoup
à la commission de l'invitation. Ma collègue Louise Langevin et moi-même
sommes heureuses d'être avec vous aujourd'hui. Je vais donc aller rapidement
dans les premiers points de notre mémoire et Louise ira sur certains points
plus particuliers.
Nous tenons d'emblée à exprimer notre
satisfaction par rapport à la décision du présent gouvernement de procéder à
cette réforme importante du régime de l'IVAC, qui était une réforme très
nécessaire. Nous sommes particulièrement contentes de voir disparaître la fameuse
annexe
et de voir que les délais de prescription s'améliorent, qu'ils
s'harmonisent avec ceux du Code civil en ce qui concerne les victimes de
violence conjugale, les victimes de crimes à caractère sexuel et les victimes
de crimes durant l'enfance et nous sommes aussi très satisfaites de voir s'élargir
le concept de victime.
Nous voulons,
par ailleurs, attirer
l'attention des commissaires sur certains éléments pour lesquels nous
voudrions voir peut-être un peu plus d'attention. Tout d'abord, nous voulons
porter votre attention sur le caractère assez spécifique des bénéficiaires de
l'IVAC qui mérite d'être souligné. En 2019, le rapport annuel de l'IVAC
montre en effet que 75 % des
bénéficiaires de l'IVAC sont des femmes, pour être exact, 75,5 %. On
remarque qu'une bonne part des demandes émanant de ce groupe sont des
demandes en lien avec des crimes à caractère sexuel, mais que, dans les autres demandes, on retrouve beaucoup de
caractéristiques qui rejoignent les crimes basés sur les violences
conjugales, violences dans l'enfance,
exploitation sexuelle. Donc, on remarque, par exemple, qu'une majorité de
victimes connaissaient leur agresseur, une majorité de victimes ont été
agressées dans leur résidence. On pense qu'il est important de souligner ces
éléments, parce qu'on doit en tenir compte dans la façon qu'on a de construire
le régime, parce que ces victimes-là ont des
caractéristiques particulières, bon, tout d'abord, le fait qu'elles soient très
majoritairement des femmes.
En ce qui concerne les enjeux économiques, les
indemnités plus principalement, ça a un impact. Les femmes sont dans les rangs
percentiles plus pauvres, elles sont toujours en moyenne moins rémunérées que
les hommes. On remarquera qu'au Québec,
en 2019, les hommes ayant un diplôme secondaire gagnaient en moyenne
873 $ par semaine, alors que les
femmes avec un diplôme collégial gagnaient 737 $ par semaine. Donc, nous
pensons que, dans la façon de construire
le régime, on doit prendre en compte ces inégalités-là, ne serait-ce que pour
ne pas participer à les reproduire ou à les prolonger indûment.
Le genre est aussi une composante importante,
hein, des crimes qui sont les plus largement indemnisés. Le fait que les victimes connaissaient leur agresseur
est un détail important, surtout en ce qui concerne certains éléments,
comme, par exemple, la capacité pour la victime de dénoncer son agresseur, les
enjeux liés à la faute lourde. Il faut souligner les liens socioéconomiques
très complexes qui lient souvent ces types de victimes là à leur agresseur et
qui doivent être pris en compte quand vient
le temps, par exemple, de qualifier la personne comme étant une victime ou
pas.
Je vais donc, dans les deux minutes qui me
restent, simplement souligner qu'en ce qui concerne le régime des indemnités et
particulièrement l'indemnité forfaitaire nous avons beaucoup de questions.
Beaucoup de choses nous paraissent... mériteraient d'être clarifiées. La nature
de l'indemnité forfaitaire, sa qualification — est-ce un revenu, n'est-ce
pas un revenu — pourrait
avoir des incidences importantes pour les bénéficiaires du régime. Et aussi le
fait de passer à une indemnité forfaitaire, de mettre fin à la rente pourrait
avoir des incidences importantes sur ce dont pourraient bénéficier les
bénéficiaires du régime, une incidence négative sur les bénéficiaires du
régime. Puis il convient de poser la
question : Dans quelle mesure un montant forfaitaire pourrait s'avérer
aussi réparateur et bienfaisant qu'une rente à vie? Le Protecteur du
citoyen avait déjà soulevé ces éléments-là dans son rapport en 2016, lorsqu'il
faisait des comparatifs sur les montants
forfaitaires versus les rentes. Ce questionnement, pour nous, se pose toujours.
De façon plus
générale, nous soulevons l'idée qu'un régime qui axe une
part importante
de ses indemnisations sur le remplacement de revenus devrait prendre en considération les inégalités et les
iniquités de revenus dont sont victimes les femmes et devrait prévoir des mécanismes de compensation, surtout en partant du principe
que 75 % des bénéficiaires du régime
sont en fait des femmes. Les femmes victimes de violence conjugale — d'autres groupes reviendront là-dessus plus que nous, j'en suis convaincue — sont particulièrement affectées, par
exemple, par une certaine impossibilité d'avoir accès au marché de
l'emploi. Elles sont souvent victimes d'un contrôle coercitif qui fait en sorte
que, lorsque viendra le temps de les indemniser, elles en seront d'emblée
pénalisées.
C'est une réflexion qu'on voudrait voir un peu
dans l'architecture des indemnités, puis nous invitons, par exemple, le ministère à s'intéresser à ce que fait
le Secrétariat à la condition féminine en termes d'analyse différenciée
selon les sexes. Nous pensons que ce sont des outils qui pourraient s'avérer
utiles, voire importants pour trouver des mécanismes de compensation efficaces.
Et je cède la parole à ma collègue dans les temps.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Langevin (Louise) : Merci.
Merci, Rachel. Je vous remercie de l'invitation, là, qui nous est lancée de
nous adresser à vous. Dans les minutes que j'ai, je voudrais parler de la faute
lourde. La loi actuelle mentionne la faute lourde comme limite d'indemnisation,
et il y a, depuis 2017, dans l'IVAC, dans l'administration de l'IVAC, une politique qui dit qu'on ne doit pas utiliser la faute
lourde pour limiter l'indemnisation de femmes victimes de violence sexuelle,
de violence conjugale. Donc, il y a une politique actuellement qui dit qu'on ne
va pas utiliser le concept de faute lourde pour limiter l'indemnisation.
Mais là, dans
le projet de loi, on retrouve, à l'article 16, le principe de
faute lourde. On peut se demander pourquoi, spécialement, là, dans le nouveau projet de loi, le proxénétisme
et puis la traite des femmes vont faire
partie des actes criminels pour lesquels des femmes pourront être
indemnisées. Il ne faudrait donc pas reprocher à ces femmes-là leur mode de
vie.
Je le sais qu'à
l'article 16 il y a des exceptions, mais je vous lance le défi, essayez de
comprendre la portée de l'article 16. C'est très mal écrit et je ne
comprends pas quel est l'objectif d'avoir adopté ce style de rédaction. À notre
avis, ce serait beaucoup plus simple de mettre un principe, de dire que, pour
les victimes de violence sexuelle, violence conjugale et violence pendant
l'enfance, qu'on ne peut pas leur refuser une indemnisation en raison de
comportement qui pourrait, dans d'autres circonstances, ressembler à une faute
lourde ou à une situation de légitime défense. On peut finir par comprendre
qu'est-ce qu'on vise par toutes les exceptions à l'article 16, mais il y a
une façon de faire beaucoup plus simple, beaucoup plus élégante et surtout
beaucoup plus claire. En d'autres termes, il ne faut pas que la faute lourde
soit appliquée à des femmes qui sont en situation, qui ont été en situation de
violence sexuelle, de violence conjugale. Donc, ça, c'est notre recommandation
au sujet de la faute lourde. Ce n'est pas nécessaire dans la nouvelle mouture
de l'IVAC.
J'aimerais aussi vous parler de
l'imprescriptibilité. On peut saluer l'effort de concordance avec le Code civil
depuis juin dernier. Il n'y a plus de prescription pour les actions civiles
pour la violence sexuelle, violence conjugale et violence pendant l'enfance.
C'est imprescriptible. Donc, il fallait que la nouvelle version de l'IVAC soit
en phase avec le Code civil. Donc, on peut saluer cet effort-là, mais je me
demande : Pourquoi limiter l'imprescriptibilité aux évènements, aux infractions criminelles perpétrées
après le 1er mars 1972? Après le 1er... Donc, il faut que
l'infraction ait eu lieu après le 1er mars 1972. Pourquoi cette limite? Est-ce
qu'il y a tant de victimes qui pourraient demander une indemnisation? Il y en a peut-être, des femmes âgées, et, dans ce
cas-là, ces femmes-là ont le droit à une indemnisation. D'ailleurs, le
Code civil n'a pas mis de limite au moment où cette violence est perpétrée,
donc pourquoi avoir limité l'imprescriptibilité après le 1er mars 1972?
Il y a aussi la question de la coopération.
L'article 7 du projet de loi prévoit une obligation de coopération, dans
la mesure du possible — c'est
bien écrit — pour
les personnes qui vont avoir... qui auront été blessées. On se demande :
Pourquoi une telle coopération alors qu'il n'y a pas d'obligation qui pèse sur
le citoyen de coopérer avec les autorités
policières? Dans le projet de loi, on dit très bien que l'auteur des infractions
n'a pas à être connu, identifié, accusé,
poursuivi, et ça, c'est tout à fait en lien avec le fait que les femmes
violentées ne portent pas plainte et qu'elles n'ont pas de contrôle sur
la suite de leur plainte. Mais donc pourquoi imposer... c'est une obligation de
moyen, je le comprends bien, mais pourquoi imposer une obligation de
coopération? Quel est l'objectif ici avec cette opération... avec cette
obligation de coopération?
Je veux aussi parler du fardeau de la preuve, le
fardeau de la preuve qui pèse sur le statut de la victime. Il faudrait
s'assurer que le projet de loi mentionne clairement qu'il s'agit, pour la
victime, de faire la preuve par prépondérance
et pas hors de tout doute raisonnable. La victime n'a pas à faire la preuve de
l'intention, du «manslayer» dans
l'infraction crimi