Public Finance — 19 January 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2017-01-19
Quebec — Committees
Alors, maintenant qu'on est dans une étape de
bonifier le régime et de créer un nouveau volet, ça aurait été le moment opportun pour permettre de faire un
transfert, en quelque sorte, entre les générations futures et les
générations actuelles, qui ont, de toute façon, eu à subventionner les générations antérieures, qui ont bénéficié
de cette subvention-là. Et,
pour cette raison-là, on demande qu'on... le problème, c'est qu'il faut aussi
discuter avec le restant du Canada... qu'on envisage
la possibilité de faire entrer en vigueur le régime... c'est-à-dire, de payer les pleines prestations à partir de 2035 ou 2040. Ce n'est pas
une question qui est flyée, c'est une question qui a été discutée à la table
des ministres des Finances en
2013 alors qu'ils ont envisagé sérieusement la proposition 10-10-10, qui aurait
fait entrer en vigueur un nouveau régime sur
une période de 10 ans comme ça a été le cas en 1966. Comment on va les
financer? On peut dire : La façon de
les financer, c'est de dire que ce n'est pas nécessaire d'avoir une réserve de
31 ans. C'est ce que les rapports d'actuaires sur le RPC prévoient. On pourrait se contenter d'une réserve de cinq,
six, sept ans, et ça, ça permettrait de financer une rentrée en vigueur
d'ici, disons, 20 ans, parce que 2035, c'est déjà dans 10 ans.
La prochaine
question, c'est les trois points où le Québec parle encore de faire des
différences entre le Régime de rentes
du Québec et le Régime de pensions du
Canada sur l'âge d'admissibilité à la retraite. Nous pensons que ce n'est
pas nécessaire de le hausser, ce n'est pas juste envers les gens
qui ont des emplois pénibles, ce n'est pas juste envers les femmes qui quittent leurs emplois dans la
cinquantaine ou au début de la soixantaine pour s'occuper d'un conjoint ou des
parents malades. Et nous pensons que c'est
d'autres façons d'encourager les gens à poursuivre leur carrière, c'est-à-dire continuer à travailler, notamment en les informant mieux des pénalités qu'ils
subissent, s'ils prennent leur rente de façon anticipée, et en adaptant
le travail aux besoins des personnes plus âgées.
Mme Sarazin (Mélanie) : Il reste
trois minutes, Rose.
Mme Rose (Ruth) : Pardon?
Mme Sarazin (Mélanie) : Trois
minutes.
Mme Rose (Ruth) : Oui. Alors, nous
ne voulons pas non plus qu'on adopte la proposition sur le facteur de la longévité et qu'on indexe le Régime des rentes à
des taux différents que le restant du Canada. Nous pensons que nous devrions toujours
s'arrimer sur le Régime de pensions du Canada à ce niveau-là.
Il y a
d'autres façons aussi de tenir compte des problèmes de cotisation additionnelle
pour les gens à très faibles revenus notamment
en augmentant la Prime au travail du Québec pour compenser la
partie que le Canada
ne devrait pas donner sur la
prestation fiscale, et aussi on pourrait envisager d'accroître l'exemption de
base, qui soulagerait l'ensemble de la classe moyenne aussi.
Ensuite, on
aborde la question de la rente d'invalidité. Alors, nous demandons qu'on
revienne sur la décision de 1998 de
réduire actuariellement la rente de retraite des personnes qui ont subi
une rente d'invalidité auparavant. On trouve que c'est très inéquitable pour des gens qui ont déjà
subi une réduction importante de leurs revenus à cause de l'invalidé. Et nous sommes d'accord avec la proposition de
verser le MAPI aux gens qui ne le reçoivent pas déjà, qui ne peuvent
plus exercer leurs emplois habituels.
Ensuite, on
demande aussi, puis ce n'est pas la première fois qu'on le demande, qu'augmente
la rente d'enfant de personne invalide
au même niveau que la rente d'orphelin, comme c'est le cas dans le Canada
anglais, parce que c'est vrai qu'au Québec
on a d'autres prestations pour enfants, mais une
partie importante, c'est la
Prime au travail, puis une personne
invalide a très peu de chances de pouvoir recevoir cette partie-là du soutien
aux enfants. Et ce ne serait pas très coûteux
non plus de bonifier la rente d'enfant de personne invalide. Et on voudrait
aussi que les rentes d'enfant de personne invalide et les rentes d'orphelin soient versées aux jeunes de 18 à 25
ans qui sont aux études, comme c'est le cas aussi au Canada anglais.
Finalement,
on arrive à la question des rentes de conjoint survivant. Alors, la question de
comment reconnaître le travail socialement utile des femmes n'est pas simple.
Nous avons demandé depuis les années 80 qu'on fasse non pas seulement l'exclusion, c'est-à-dire les situations
où une femme a la charge de jeunes enfants, mais l'inclusion, c'est-à-dire
qu'on lui accorde des crédits de rente de
l'ordre de 60 % du maximum pour reconnaître le travail socialement utile,
en d'autres mots, pas seulement le
fait d'avoir été en couple, parce qu'aujourd'hui, comme vous l'avez bien
documenté dans les documents de
consultation de 2004 et 2009, le mariage n'est plus synonyme d'avoir des
enfants puis d'avoir élevé des
enfants. Alors, on pense qu'on devrait reconnaître spécifiquement le travail
auprès des enfants et le travail comme proche
aidant, et ce qu'on demande, c'est... d'une part, on veut l'inclusion, mais on
aimerait aussi que ça fasse
partie d'une commission pancanadienne ou
d'un groupe d'étude pour discuter l'ensemble du problème.
On trouve aussi que la proposition de limiter la
rente combinée après 65 ans au maximum à 65 ans, c'est une proposition qui est plutôt mesquine, qui
n'économiserait à peu près rien pour le régime et qui dirait que les gens
susceptibles de recevoir une rente de conjoint survivant ne devraient
pas pouvoir bénéficier de bonifications avec l'ajournement.
Le Président (M. Bernier) :
Je vous invite à conclure. Ça va?
Mme Rose (Ruth) : J'ai terminé. Oui.
Président (M. Bernier) : Merci beaucoup, Mme Rose. Nous allons procéder aux échanges avec
les parlementaires. M. le ministre.
M. Leitão : Très bien. Merci beaucoup,
M. le Président. Peut-être, madame, vous voulez conclure, non?
Mme Sarazin (Mélanie) : En fait,
comme Mme Rose l'a mentionné, si les femmes à la retraite ont 60 % des revenus des hommes, c'est qu'il existe encore des
inégalités. Et le document de consultation ne fait pas du tout référence à ce document-là. Donc, pour nous, il y a certes un
rétrécissement au niveau de l'accès à l'emploi et du revenu, mais les femmes sont celles vraiment qui prennent des
emplois à temps partiel, qui s'absentent de leur travail, qui cotisent moins,
ont moins accès à d'autres types de régime,
puis ce qui fait en sorte que ces questions-là ne sont pas adressées dans cette
consultation-là. Et c'est ça qui est
inquiétant, c'est qu'on va continuer à appauvrir les femmes à la retraite et
les femmes encore aujourd'hui. Donc, c'est ça que je voulais nommer en
conclusion. Merci.
Leitão : Très bien.
Donc, merci beaucoup d'être là. On a quelques questions, et puis je
laisserai à mes collègues aussi l'opportunité
de vous poser des questions. Vous êtes d'ailleurs le premier groupe qui
aborde la question de l'équité intergénérationnelle
de cette façon-là. C'est-à-dire, donc, si j'ai bien compris, vous ne souhaitez
pas... ou vous ne jugez pas utile que
la bonification, quelle qu'elle soit, du régime actuel soit pleinement
capitalisable. Donc, vous voulez qu'on continue,
en fin de compte, dans la même direction que quand on a commencé
en 1966, donc que ce soit, en fin de
compte, l'État qui assume le risque
de ce transfert qui se ferait des générations futures vers les générations
actuelles. Est-ce que j'ai bien compris votre...
Mme Rose (Ruth) : Mais c'est-à-dire
qu'un des rôles d'un régime d'assurance sociale, par opposition à une assurance privée, c'est qu'on tient compte des
iniquités systémiques dans le système et que donc on est capable d'envisager
la solidarité intragénérationnelle et intergénérationnelle, alors que, dans des
régimes privés, on est plutôt lié par des considérations strictement actuarielles :
ce que vous payez, vous allez le recevoir exactement.
Alors, dans
les discussions qui ont précédé, il y a eu au moins deux propositions, dont
celle de Michael Wolfson, qui est un
ancien actuaire en chef, statisticien sénior de Statistique Canada puis qui a
fait une évaluation actuarielle qui a proposé une entrée en vigueur sur 20 ans. Ensuite, il y a eu le 10-10-10, puis
c'est M. Nicolas Marceau, qui était à l'époque ministre des Finances,
qui m'en a parlé. Alors, j'ai compris que la table des ministres a sérieusement
envisagé au moins une proposition qui
l'aurait fait entrer en vigueur sur 10 ans. Et, comme j'ai essayé de démontrer
dans le mémoire, tous les gens qui
sont nés à partir d'à peu près 1960 auraient cotisé, plus que la moitié de leur
vie, davantage que le 6 % qui est nécessaire
pour financer un remplacement de 25 %. Alors, ce transfert
intergénérationnel existe déjà, et c'est maintenant qu'on aurait la chance de l'équilibrer un peu
mieux. J'en ai parlé avec d'autres collègues, puis les gens sont plutôt
d'accord avec mon argument, mais ils veulent mettre l'accent sur
d'autres choses, notamment l'importance d'avoir le même programme que dans le
restant du Canada, alors ils n'ont pas osé le soulever.
Le Président (M. Bernier) : Merci,
Mme Rose. M. le ministre.
Leitão : Une autre question. Vous avez parlé, donc, de l'âge
d'admissibilité, l'âge de la retraite, les questions liées à la longévité. Je comprends bien votre
point de vue. Maintenant, quel est votre commentaire au fait qu'en effet la
longévité est une réalité? Donc, l'espérance
de vie est beaucoup plus élevée, c'est une bonne chose. Hier, on a beaucoup
parlé de ça. C'est une très bonne chose que
l'espérance de vie soit pas mal plus longue maintenant qu'il y a 20 ans ou
qu'il y a 30 ans.
Mais comment
suggérez-vous qu'un régime de retraite, quel qu'il soit, s'adapte pour faire
face à ces questions d'espérance de
vie, donc des personnes qui peuvent rester à la retraite pendant 25 ans, 30
ans? Comment est-ce qu'on doit s'ajuster à ça?
Le Président (M. Bernier) : Mme
Rose.
Mme Rose (Ruth) : Mais d'abord nous
sommes d'accord qu'il faudrait encourager les gens à travailler plus longtemps. C'est vrai que les Québécois, en
moyenne, demandent leur rente un peu trop hâtivement. Mais ce qu'on constate,
c'est que, de toute façon, les taux
d'activité, et particulièrement celui des femmes de 55 ans et plus, est en
train d'augmenter assez rapidement.
La plupart des problèmes qu'on a actuellement,
ils proviennent de la décision, en 1984 et dans les années 90, d'encourager les gens à prendre des retraites
hâtives pour faire de la place pour les jeunes. Alors, et ça, je dis ça comme
économiste, il ne faut pas avoir une
illusion monétaire. C'est-à-dire que, de toute façon, quelles que soient les
dispositions de votre régime de
retraite, ce sont les jeunes, les personnes qui sont actives encore qui doivent
produire les biens et services
des gens qui sont à la retraite, alors il faut s'adresser à la question
démographique.
Déjà,
notre politique familiale en a fait une bonne part en termes d'accroître et maintenir au moins depuis
10 ans le taux de natalité. Il faut
améliorer notre politique d'immigration. Le problème, c'est qu'on a des
immigrants puis on n'est pas capables de les garder, on n'est pas capables de les intégrer
au marché du travail. Et il faut réduire le taux de chômage. Il n'y a pas de raison pour dire qu'un
taux de chômage de 6,5 %, qui est celui prévu dans le rapport actuariel,
est acceptable. Si on avait un taux de
chômage de 4 %, on aurait déjà augmenté beaucoup la
partie de la
population active. Et aussi une des inspirations de notre
recommandation, ce sont les recherches d'Yves Carrière, qui est démographe à l'Université de Montréal puis aussi un ancien
statisticien de Statistique Canada, qui dit qu'étant donné que les personnes
peu scolarisées et avec des revenus faibles,
en général, commencent à travailler à 18 ans et q