CRC — 5 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CRC 2021-11-05
Quebec — Committees
On va parler des
tout-petits, on va parler des parents. On va également parler, Mme la
Présidente, vous l'avez bien deviné, des éducatrices et des intervenantes. Les
éducatrices et les intervenantes tiennent le réseau des services de garde à bout de bras. Sans elles, il n'y en
aurait pas, de réseau de services de garde. Elles sont plus que la
première ligne, elles sont ce que j'appelle,
Mme la Présidente, la pré-première ligne. Parce que, durant la pandémie... on
va prendre le contexte de la pandémie, mais au-delà de la pandémie, qui
a commencé un jour puis qui va finir, évidemment, un jour, elles ont toujours
tenu le réseau à bout de bras.
éducatrices et les intervenantes, Mme la Présidente , je dis qu'elles sont
essentielles, elles sont de première ligne, elles sont de pré-première
ligne, parce qu'on a entendu tellement de témoignages de parents, des femmes,
des hommes, qui sont infirmières, qui sont psychologues, qui sont travailleuses
sociales, qui sont médecins, qui sont préposées aux bénéficiaires, qui ont pu
retourner au travail lorsqu'on était au plus fort de la lutte de la pandémie,
grâce à nos héroïnes, qui ne sont pas reconnues à ce titre, nos héroïnes qui
ont tenu le réseau des services de garde à bout de bras durant la pandémie.
Alors, je veux prendre l'occasion aujourd'hui de les remercier, les féliciter.
Aujourd'hui, Mme la Présidente, au-delà de la
pandémie, il y a une réalité. Elles sont, pour celles qui travaillent dans les CPE... elles sont en grève.
Elles nous écoutent aujourd'hui, elles ont loué, et ça c'est une
initiative de la
FIPEQ-CSQ, que je salue... elles ont loué des salles de cinéma pour que l'on
puisse écouter en direct... pour qu'elles puissent écouter en direct,
elles sont des centaines, l'interpellation, écouter les réponses du ministre,
voir qu'est-ce qu'il va faire dans la moins
dernière année de son mandat... — il reste moins d'une année dans son mandat — répondre
à des questions fondamentales. Elles sont
présentement, donc, à l'écoute, je les salue. Leur travail, on le dit, il est
essentiel. Elles sont aujourd'hui en Estrie,
Chaudière-Appalaches, Beauce, Québec, Abitibi-Témiscamingue et Montréal, des
salles où elles nous écoutent, les éducatrices, les intervenantes et les
parents également.
Alors, bravo pour ce que vous faites, votre
combat, parce que c'est un combat, avec une entente qui est échue depuis plus
d'un an et demi, avec des négociations qui hier n'ont pas permis au
gouvernement de dire : Eh! On vous a
compris. Puis, au-delà des beaux discours, de dire : Bien, il faut
valoriser votre profession, oui, on va... oui, oui, oui, inquiétez-vous
pas on va vous valoriser, c'est important, ce que vous faites, mais, quand
c'est le temps de mettre l'argent sur la
table, quand c'est le temps de comprendre le fonctionnement d'un service de
garde, d'un CPE, par exemple, bien,
là, le gouvernement n'a pas la même écoute, le gouvernement semble déconnecté,
si vous me permettez l'expression, le gouvernement ne saisit pas la
réalité, l'urgence, la nécessité, notamment, de dire que des éducatrices puis
des travailleuses, des intervenantes, lorsqu'elles ont fait leur 35,
36 heures par semaine, là, sont épuisées, sont épuisées.
Pour un gouvernement, de dire : Bien, écoutez,
on vous entend, on veut valoriser la profession, mais vous êtes épuisées après
35, 36 heures, on va vous demander de faire du 40 heures, pour celles
qui le voudront, et vous aurez une prime de 50 $, une prime qui, soit dit
en passant, ne sera pas ajoutée à votre salaire, une prime pour laquelle vous
n'aurez pas de retour au niveau de la retraite, au niveau des congés de
maladie, au niveau des vacances. C'est une prime. Ça, quand on vous dit, et les
pourcentages ont été lancés, que ça, ça fait
partie de l'offre salariale sur la
table... bien, non. Parce que celles et ceux, Mme la Présidente, les
éducatrices, les intervenantes, quand, après 35,
36 heures, bien souvent quatre jours, elles sont épuisées, bien, ce n'est
pas en disant : Bien, fais donc une autre journée, tu vas avoir 50 $ de plus en prime, que l'on
vient faire écho de leur réalité, de l'importance qu'elles ont dans le
réseau.
J'aimerais que le ministre prenne l'occasion,
parce qu'il répliquera immédiatement après moi, de leur parler directement, de
leur répondre, de dire est-ce qu'il a compris cette réalité-là, est-ce qu'il a
compris la réalité de l'organisation du travail, du réseau que vous tenez à
bout de bras. Mme la Présidente, j'aimerais entendre le ministre, lorsqu'il
aura l'occasion de parler dans quelques minutes.
Puis il va vous le dire, là : Vous êtes
importants, on le sait, on le reconnaît. Ça fait un an et demi que les négociations traînent, Mme la Présidente. Puis,
quand la présidente du Conseil du trésor, une femme que j'apprécie, dit, par contre,
en période de questions : Ah! bien là, ils ont gaspillé du temps, ça a
pris deux mois et demi, à un moment donné, pour avoir un retour, bien,
je ne pense pas que ça participe de la solution, je ne pense pas qu'elle envoie
le bon message.
Après un an
et demi, il est temps de saisir cette réalité-là. Il est temps pour le ministre
de la Famille de s'impliquer davantage dans le dossier, de parler à sa
collègue du Conseil du trésor, qui... Écoutez, il y a neuf questions qui ont
été posées, j'inclus les complémentaires, je pense que le ministre s'est levé à
une ou trois questions, le reste, c'est la présidente du Conseil du trésor qui
s'est levée. Le ministre, lui, normalement, en temps normal, connaîtrait son
réseau et lui dirait : Non, non, non, c'est important.
Surtout qu'à Ottawa et Québec les deux
gouvernements ont signé une entente, 6 milliards, 6 milliards
d'entente. Puis je me rappelle, le premier ministre Trudeau, le ministre
fédéral de la Famille, le premier ministre du Québec
et le ministre de la Famille du Québec étaient là, bras dessus, bras dessous,
en disant : 6 milliards va nous aider à compléter le réseau.
Ce 6 milliards là doit être entièrement, Mme la Présidente, investi dans
le réseau des services de garde. C'est en
moyenne 1,2 milliard par année. On va dire : Ah! ce n'est pas ça, ce
n'est pas ça, les chiffres. Je l'ai vue, l'entente, là, on l'a, la ventilation, ça commence à 660 millions puis ça finit à 1,7 milliard. J'arrondis, c'est 1,2 milliard par année.
L'argent est là.
Et les éducatrices, au premier
titre — vous
n'avez pas de réseau, si vous n'avez pas d'éducatrice, vous n'avez pas de réseau, si vous n'avez pas
d'intervenante — doivent
pouvoir compter sur un gouvernement qui comprend cette réalité-là et qui
va investir l'argent nécessaire. Il y a le salarial, il y a les conditions de
travail, on vient d'en parler, au niveau des horaires.
Également, les autres corps d'emploi. Qu'en
est-il des autres corps d'emploi? Parce qu'un réseau, un CPE par exemple, c'est aussi les préposés à la désinfection,
c'est également les responsables en alimentation, les cuisiniers, cuisinières, ces gens qui, encore une fois,
accueillent ce que l'on a de plus précieux en ce bas monde, Mme la
Présidente, nos tout-petits, nos enfants.
Il faut réellement voir le réseau des services
de garde comme s'inscrivant dans le grand cheminement de l'éducation. C'est
pour ça que nous, Parti libéral du Québec, on a fait en sorte que... de déposer
un projet de loi qui ferait en sorte que ce
serait un droit au même
titre qu'un droit à l'éducation. Jamais on ne se ferait
dire, comme parent, pour un enfant qui irait en
première année : Bien, on n'a pas de place à l'école, mettez votre
nom sur la liste, on va vous rappeler
lorsqu'il y aura une place, puis savez-vous, ah! ça peut prendre un an,
deux ans, vous verrez. Non,
jamais. Pourquoi on l'accepterait davantage pour nos tout-petits? On parle, au gouvernement,
et à raison, d'agir tôt, dépister tôt, parce que les éducatrices font un
travail fondamental de première ligne, oui, là pour aider les retards
langagiers, notamment. Faire en sorte, donc, de soutenir le réseau.
Puis j'aurais l'occasion, dans les prochains
échanges, M. le Président, de parler du développement du réseau, du développement
des places, qui malheureusement, depuis plus de trois ans, n'a pas avancé,
a reculé. Il y a moins 14 000 places dans le réseau à l'heure
actuelle. Alors, on aura l'occasion, Mme la Présidente, d'échanger. Je vais
maintenant vous permettre de céder la parole au ministre, qu'on écoute et qui,
j'espère, va parler à nos éducatrices et nos intervenantes. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le député de LaFontaine. Maintenant, je cède la
parole à M. le ministre, également, pour une période de 10 minutes. Merci.
M. Lacombe : Merci. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je vous salue, je salue l'ensemble, effectivement,
des collègues qui sont présents, autant de l'autre côté que du côté
gouvernemental. Ça me fait plaisir de vous voir ici. Puis je salue aussi la
présence de ma garde rapprochée, Julie, qui est sous-ministre au ministère de
la Famille, et Louis-Philippe qui est avec moi, mon conseiller politique.
Ça fait 25 ans, Mme la Présidente, que les
parents attendent, au Québec, ça fait 25 ans. Ça va faire 25 ans
l'année prochaine, et nous, on pense que ça fait assez longtemps. Ça fait
25 ans qu'en 1997, donc, le gouvernement du Parti québécois, à l'époque,
le gouvernement de Lucien Bouchard, a lancé sa politique familiale, Les enfants
au coeur de nos choix, une politique familiale qui établissait, donc, la
naissance, notamment, parce que c'est surtout de ça dont on se rappelle, des centres
de la petite enfance, les CPE, qui ont été brillamment mis sur pied par la ministre
de l'Éducation, de la Famille, aussi, de l'époque, par la suite, Pauline
Marois.
À cette époque-là, évidemment, c'est une avancée
remarquable, et c'est toujours, aujourd'hui, 25 ans plus tard, un
formidable outil de développement économique et de développement de nos
enfants, nos services de garde éducatifs à l'enfance. Mais, un quart de siècle
après la création de ce réseau-là, il y a toujours des enjeux, il n'est toujours
pas complété. Il manque 37 000 places actuellement.
Les enfants qui vivent dans un contexte de
précarité socio-économique, on ne répond pas prioritairement à leurs besoins et on se fait reprocher ça, comme
État québécois, depuis maintenant bien des années, par la Vérificatrice
générale du Québec, notamment. L'accès aux places subventionnées est inégal,
aussi, parce que l'offre, évidemment, varie d'une place à l'autre au Québec.
Donc, par exemple, si on est à Montréal, on a bien moins de chance d'avoir une
place à 8,50 $ que si, par exemple, on se trouve dans l'Est du Québec.
Le réseau, donc, qu'on a aujourd'hui, il est
devant d'importants défis, des défis qui sont primordiaux, qu'on doit relever.
C'est long, actuellement, créer des places, parce que le processus, il est peu
flexible, même si on l'a amélioré et on l'a
allégé. L'offre de services de garde en milieu familial reconnu, elle diminue
depuis 2014. Il y a une pénurie de main-d'oeuvre aussi, évidemment, qui
affecte tous les pays ou à peu près... beaucoup de pays, je vais dire, et
évidemment ici, au Québec, qui affecte de nombreux secteurs, pour ne pas dire
presque l'ensemble des secteurs qui sont importants. Et les parents, je le
disais aussi, récemment, n'ont plus vraiment confiance en le processus
d'admission, qui comprend notamment l'inscription au guichet unique.
On a posé plusieurs gestes depuis 2018. On a
aboli, par exemple, la contribution additionnelle. Parfois, on s'en rappelle
peut-être un peu moins, mais c'est un geste fort qu'on a posé d'abolir cette
taxe famille qui avait été imposée par le gouvernement libéral en 2014. On se
rappelle qu'il avait renié sa promesse. On a aboli cette taxe famille, on est
revenus au tarif de 8,50 $. On a accéléré aussi le développement des
places. On a réduit, par exemple,