CRC — 17 August 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2016-08-17
Quebec — Committees
Comme vous
savez, le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion a
entrepris une révision en profondeur de l'action du Québec en matière
d'immigration, de participation et d'inclusion avec l'objectif de mieux
sélectionner, mieux intégrer et mieux vivre ensemble. Ces travaux ont mené au
dévoilement, en mars dernier, de la politique Ensemble, nous sommes le
Québec et à sa stratégie d'action 2020-2021 ainsi qu'à une réforme de la
Loi sur l'immigration au Québec, adoptée le
6 avril dernier par l'Assemblée nationale. Nous sommes donc à un moment
charnière en ce début des auditions
publiques sur la planification de l'immigration pour la période 2017‑2019, au
cours de laquelle plusieurs des
mesures importantes de la stratégie d'action de la nouvelle politique seront
mises en oeuvre. Je rappelle que cette politique guidera l'action du
Québec pour les années à venir et que sa stratégie d'action comprend des
mesures innovantes et structurantes pour
assurer la pleine participation en français des personnes immigrantes à la vie
collective.
C'est aussi
au cours de cette période que la nouvelle
Loi sur l'immigration au Québec
entrera en vigueur et que nous
pourrons aussi ainsi mettre en oeuvre un nouveau système d'immigration
dynamique et performant basé sur le modèle de la déclaration d'intérêts. Nous avons élaboré une planification
pluriannuelle sur trois ans, période qui en sera une de transition
permettant de mener à terme la transformation de notre système d'immigration.
La mise en place des orientations que nous
proposons permettra au Québec de demeurer une société prospère, francophone,
diversifiée et en mesure de répondre à ses besoins démographiques,
sociaux et économiques, tout en tenant compte de sa capacité d'accueil et
d'intégration et de son engagement humanitaire.
En voici les grandes lignes. Au cours des deux
prochaines années, les niveaux d'immigration seraient stables. Cette stabilisation permettrait au ministère de
compléter sa transition vers le nouveau système d'immigration, mais
surtout laisserait le temps aux mesures
mises en place dans la foulée de la nouvelle politique de prendre effet. La
hausse en fin de période se
traduirait, compte tenu des responsabilités du Québec en matière de sélection,
par l'augmentation des niveaux d'immigration
économique, en particulier des travailleurs qualifiés. J'insiste sur le fait
que l'immigration économique est un véritable levier de développement et
de prospérité pour le Québec. Nous déterminons les facteurs et les critères de
la sélection, ce qui explique que certaines des orientations lui soient
consacrées.
Notre
objectif est de sélectionner des personnes jeunes, qualifiées et qui
connaissent majoritairement le français, ce qui contribue à alimenter la population en âge de travailler et à
répondre aux besoins actuels et futurs du Québec. C'est pourquoi l'une de nos orientations vise à
maintenir annuellement à un minimum de 65 % la part de personnes de
moins de 35 ans dans l'ensemble de nos
admissions. C'est aussi pour cette raison que nous voulons nous assurer que la
proportion des candidates et candidats
sélectionnés dans la sous-catégorie des travailleurs qualifiés détenant une
formation en demande soit d'au moins
70 %. Ce sont les immigrants économiques, en particulier les travailleurs
qualifiés, qui déclarent connaître dans les plus
grandes proportions le français à leur admission. Nous nous appuyons sur ces
acquis pour aller plus loin et proposons de fixer à un minimum de 85 % la
proportion des adultes de la sous-catégorie des travailleurs qualifiés qui
déclarent connaître le français à l'admission.
Par ailleurs, des
mesures innovantes sont prévues dans la stratégie d'action de la politique Ensemble,
nous sommes le Québec pour promouvoir l'apprentissage du français au
Québec et depuis l'étranger et pour bonifier les services de francisation pour qu'ils soient mieux adaptés
aux profils et aux besoins des personnes immigrantes. On le sait,
l'apprentissage de notre langue commune est la clé d'une participation
réussie à la vie collective.
orientations proposées tiennent compte également de la mobilité croissante des
talents sur la scène mondiale et de
la nécessité pour le Québec de s'affirmer en tant que destination de choix.
Nous voulons capitaliser sur l'apport de l'immigration temporaire et faciliter la voie vers l'immigration
permanente pour des travailleurs étrangers temporaires et des étudiants étrangers diplômés. C'est pourquoi
nous leur avons consacré une orientation. Ces personnes sont des
candidats de choix et connaissent bien le Québec. Elles sont formées ici ou
sont en emploi. Elles maîtrisent le français et leur intégration est bien
amorcée.
L'immigration
et l'établissement durable en
région des personnes immigrantes sont des enjeux importants pour le Québec.
Les personnes immigrantes contribuent, par leurs compétences et leur diversité,
à sa vie économique, à la croissance
démographique, au dynamisme des régions et à la vitalité du français. Nous
devons favoriser l'établissement des personnes immigrantes dans les
régions, hors de la métropole, notamment en travaillant de concert avec des
acteurs locaux à l'édification de
collectivités encore plus inclusives. Plusieurs études ont montré le lien
existant entre la diversité en entreprise
et l'innovation. Dans un contexte de mondialisation, une main-d'oeuvre
diversifiée et connaissant plusieurs langues
peut favoriser les économies ouvertes comme celle du Québec. La diversité est
donc une richesse pour la société et les entreprises au Québec.
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
Weil :
La société québécoise a besoin d'attirer et de retenir
des talents stratégiques de toutes origines afin de demeurer prospère.
Cet exercice de planification pluriannuelle est aussi une occasion de
réaffirmer l'engagement du Québec envers
l'immigration humanitaire, un engagement en phase avec nos valeurs de
solidarité, de respect des droits et libertés
de la personne, d'équité et de générosité, et nous aurons l'occasion aussi, par
une orientation dédiée à l'immigration humanitaire, d'entendre les
intervenants au cours des prochaines journées. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Picard) : Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant le
porte-parole de l'opposition officielle et député de Bourget à faire ses
remarques préliminaires pour une durée maximale de 3 min 30 s.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. Je veux à mon tour vous saluer ainsi que la ministre,
et sans oublier mes collègues membres de cette commission.
Québec est une formidable terre d'accueil, de tout temps. Comme plusieurs
autres issus de vagues successives d'immigration,
je suis à même d'en témoigner aussi. Comme plusieurs autres, l'engagement
profond a toujours été de contribuer à notre mesure à l'épanouissement
de la maison qui nous a accueillis, une maison que nous aimons passionnément, le Québec. Nous participons à
l'architecture d'un Québec maître de son destin, tolérant et
participatif, un Québec qui considère chaque citoyenne et chaque citoyen comme
un acteur responsable de son destin, quelles que soient ses origines.
Mais
un constat, cependant, s'impose tous les jours : toutes et tous n'ont pas
eu les mêmes opportunités en ce qui a trait
à leur intégration, particulièrement au
chapitre du travail, qui, avec la
connaissance du français, est la clé de voûte d'une intégration réussie.
Des études récentes extrêmement bien documentées concordent toutes dans la même
direction : le taux de chômage au
Québec est deux fois plus élevé chez les minorités visibles immigrées. On les
aurait pourtant sélectionnées selon les besoins présumément réels du marché du
travail. Ce sont des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants qui subissent
les impacts d'une politique d'immigration inadéquate et mal adaptée, nous le constatons encore aujourd'hui avec des politiques
qui ne mesurent pas les impacts réels sur tous ces nouveaux arrivants à qui nous avons promis d'hypothétiques centaines de
milliers d'emplois qui seraient à combler dans les prochaines années,
une nouvelle terre promise, dit-on. Nous les abandonnons plutôt sur la route de
leurs espoirs déçus avec toutes les conséquences prévisibles sur leur
quotidien.
l'évidence, M. le Président, l'État québécois n'investit pas assez dans les
services d'intégration et de francisation, et ces services proposés ne sont pas personnalisés pour répondre aux
besoins spécifiques et au cheminement de chaque personne nouvellement arrivée. Et je parle bien ici d'un investissement,
parce que ces personnes contribueront le restant de leurs jours au
développement et à l'évolution de notre nation.
Bref, il devient plus
qu'impératif de mieux s'en occuper, ils n'attendent qu'une occasion de participer
au développement social, culturel et
économique du Québec. Ils sont venus au Québec pour partager cet idéal. À ces
constats, notamment, auquel en arrivent, entre autres chercheurs, M. Brahim
Boudarbat et Gilles Grenier dans leur étude intitulée
L'impact de l'immigration sur la dynamique économique du Québec nous
pourrions également citer le professeur Pierre Fortin et le démographe
Guillaume Marois.
nous appartient, collectivement et sans partisanerie, M. le Président, de
répondre à une simple question, une question qui a du sens :
Combien de personnes immigrantes peut-on raisonnablement espérer intégrer avec
succès chaque année au Québec? Merci.
Le Président (M.
Picard) : Merci, M. le député. J'invite maintenant la
porte-parole du deuxième groupe d'opposition et députée de Montarville à faire
ses remarques préliminaires pour une période maximale de
2 min 30 s.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, salutations d'usage à la ministre, aux
collègues formant le gouvernement, à mon collègue de l'opposition
officielle également, à mon collègue qui m'accompagne aujourd'hui à la
recherche.
Naturellement,
la question : Combien d'immigrants pouvons-nous bien intégrer, bien
accueillir? Parce que c'est ce que
nous voulons, faire en sorte que les nouveaux arrivants, ces immigrants qui se
joignent à la population du Québec pour devenir Québécois, Québécoises et Canadiens, puissent justement jouir de notre terre, jouir de tout ce que
le Québec a à offrir. Alors
combien pouvons-nous accueillir? C'est la question qui nous réunit aujourd'hui.
Pour notre
part, M. le Président, il est impératif de bien déterminer cette
capacité d'accueil puisque c'est une forme de respect pour la société d'accueil que nous sommes. Avons-nous toutes
les ressources? Pouvons-nous faire en sorte que ces gens trouvent un emploi, deviennent des citoyens à part entière?
C'est extrêmement important qu'ils le soient. C'est une question de
respect pour la société d'accueil. C'est également, aussi, une question de
respect pour les gens que nous accueillons.
On ne laisse pas les gens au pas de la porte, il faut les accueillir à
l'intérieur de la maison. Alors, avons-nous les moyens? Quels sont ces moyens? Sommes-nous capables de le faire? Alors,
nous allons écouter avec beaucoup
d'intérêt les groupes qui vont venir nous expliquer dans quelle mesure nous
pouvons et nous devrions en accueillir davantage.
Pour ma part,
je parlais de question de respect, pour bien intégrer ces nouveaux
arrivants qui seront citoyens avec nous,
la protection de la langue française, mais surtout l'apprentissage de la langue
française, pour nous, évidemment, extrêmement importante et devrait être
obligatoire. Cet apprentissage l'est déjà pour les enfants qui doivent aller à l'école francophone. Alors, nous soumettons bien
respectueusement que, si les enfants doivent apprendre le français, les
parents doivent l'apprendre également, puisque, les gens qui nous écoutent, eh
bien, je vous informe que les cours de français
ne sont pas obligatoires pour les nouveaux arrivants, ce qui, pour nous, est
une aberration dans la mesure où, si on parle la langue, on sera davantage intégré et mieux intégré. Les cours de français naturellement, mais également les cours de connaissance de nos valeurs.
Quand on parle des valeurs québécoises, qu'est-ce que c'est? Naturellement, ce
sont les valeurs qui sont dans notre charte québécoise.
Donc, nous
sommes ici pour écouter, pour comprendre et pour savoir quel est justement le
nombre d'immigrants que nous pouvons
recevoir. En tout respect pour ces gens que nous accueillons, il faut vraiment
bien les accueillir, bien les intégrer, leur trouver un emploi et leur
apprendre la langue. Pour nous, c'est primordial. Merci.
Le Président (M. Picard) :
Merci, Mme la députée. Merci pour les remarques préliminaires.
Nous allons maintenant débuter les auditions.
J'invite M. Almokhtar à faire sa présentation. Vous disposez de 10 minutes. Par
la suite vont s'ensuivre les échanges avec les parlementaires. La parole est à
vous.
Almokhtar (Esam) : Mesdames
et messieurs, bonjour. Merci de me donner la possibilité de parler avec
vous aujourd'hui sur la planification de l'immigration du Québec 2017‑2019.
Je me
présente. Je m'appelle Esam Almokhtar et je suis Canadien d'origine yéménite.
Je suis venu à Québec parce que
j'adore la langue française et l'histoire du Québec et des Québécois. Je
travaille en ce moment au Centre multiethnique de Québec comme intervenant à l'accueil des réfugiés pris en charge par
l'État. En fait, je suis aujourd'hui pour partager mon expérience personnellement que j'ai vécue au
Yémen et de témoigner les souffrances du peuple yéménite, que les Yéménites ont vécu et vivent depuis jusqu'à
aujourd'hui, dans le but de faire quelques recommandations d'actions que
l'Assemblée nationale peut entreprendre dans
le cadre de la planification de l'immigration pour la période 2017‑2019,
pour venir en aide à la population du Yémen.
En fait, mon témoignage commence le 12 mars
2015. Je suis allé visiter mes parents. Pendant mon séjour, le 26 mars 2015,
l'Arabie saoudite a attaqué le Yémen avec des bombardements, avec des
bombardements destructifs 24 heures sur 24 heures, à toutes les villes, les
nuits, et le soir, et le jour, en détruisant toutes les infrastructures et le
patrimoine national et mondial.
Ils ont même fermé
les frontières à toutes les frontières. Ils ont bloqué les frontières
aériennes, terrestres et maritimes avec un
embargo incroyable. Il n'y a même pas quatre mois qu'il n'y a même pas une
bouteille d'eau, ni de carburant, ni
d'alimentation qui est entré au Yémen. Donc, on était obligés... même quatre
mois pour moi personnellement, quatre
mois, on était obligés de se déplacer à pied à cause du manque d'essence.
L'électricité, jusqu'à aujourd'hui, ça fait un an et demi que, le Yémen,
ils n'ont même pas une heure d'électricité par jour. C'est un état... elles
vivent de façon incroyable. Même quand vous
voyez l'Arabie saoudite attaquer les usines, les hôpitaux, les infrastructures, l'électricité, les civils
dans leurs maisons... Moi, j'ai mis des photos avec ma diapo... ils ne sont pas
touchants, mais je ne vais pas mettre plus
des photos qu'ils sont très touchants. Imaginez-vous qu'on réfléchit avant de
prendre une douche parce qu'il n'y avait pas de l'eau. Donc, il n'y
avait même pas ni d'eau, ni d'hôpitaux, ni de médicaments, ni d'essence au
Yémen pendant quatre
mois au début des quatre mois de première. Et, quand même, l'Arabie saoudite
a fait le Yémen comme un laboratoire d'expériences avec toutes les
bombes qu'elle achète à tous les pays.
Même
la maison de mes parents, c'était touché. On a essayé de dormir tous les soirs
en espérant que le lendemain va être
sain et sauf. Je sais si je suis là parce que la souffrance du Yémen ne fait
pas le grand
titre dans les journaux ni les médias. Un an et demi, il
n'y a rien qui passe à la télé. Même, il y a deux jours, j'étais content que la
Radio-Canada a parlé d'un hôpital appartient
de Médecins sans frontières sur la distraction du bombardement aérien. Il y a
que... qui passent à la télévision,
c'est les Syriens. Ce n'est pas de jalousie de Syrie, mais les Syriens, ils
sont plus chanceux que nous. Au moins,
ils ont les frontières qu'ils peuvent aller, par exemple, au Liban, en
Jordanie, en Turquie. Le Yémen, c'est cerclé. Au nord, il y a l'Arabie saoudite. L'est du pays, ça a été pris par l'État
islamique. Le sud et le nord, on a une frontière maritime avec le
Djibouti, l'Érythrée et la Somalie, où il y a les guerres et il n'y a pas de
droits de l'homme là-bas.
Donc,
le Yémen, les peuples yéménites, ils n'ont même pas le droit de sortir du pays.
Moi, j'ai écrit dans mon mémoire comment j'ai réussi de sortir après
quatre mois d'essayage pour venir ici à Québec et à Montréal.
Donc,
qu'est-ce qui se passe au Yémen? Il y a des villes qu'ils sont des fantômes maintenant,
parce qu'à cause des bombardements il
n'y a rien. Avec des bombes à sous-munitions en terres d'action mondiales
d'utilisées... Mais au moins il n'y a
pas quelqu'un qui part sur qu'est-ce qui se passe au Yémen sur les médias. Je
ne suis pas contre qu'on fait le business avec l'Arabie saoudite, mais
pas de tuer tout le monde.
Moi,
je sais que le Québec, il n'a pas le droit de donner le statut de
réfugié, mais il a d'autres moyens qu'ils peuvent venir pour aider les
Yéménites avec les uns que je montre, le Québec, en faveur des droits de
l'homme et avec la solidarité des Québécois
et Québécoises pour les personnes en détresse. Même, ils ont
fait ça avant l'État fédéral de Canada pour
les Syriens, mais après, c'était le Canada qu'il a pris en charge toutes les démarches pour
venir les Syriens. Et quand même, avec l'orientation n° 9 du plan de l'immigration de 2017-2019... et
j'implore que l'Assemblée nationale, facilitée par tous les moyens à sa disposition, le processus de demande et
d'octroi du certificat de sélection du Québec aux citoyens yéménites en prenant compte de la situation grave en matière du droit des hommes... existe dans ce
pays. Saviez-vous que 18 mois avec 10 bombardements continus 24 heures
sur 24 heures, il n'y a pas dans l'histoire une guerre qu'elle était passée 18 mois juste des bombardements aériens
sans aucun plan qu'est-ce qu'elle veut faire après ça. Je crois que je
suis fini. Merci beaucoup. Merci.
Le Président (M.
Picard) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre
pour une...
M. Almokhtar
(Esam) : ...
Le Président (M.
Picard) : Oui?
M. Almokhtar
(Esam) : Juste pour mon français. Moi, j'adore la langue française,
mais, comme je suis un petit peu stressé et
le Yémen ne parle pas du tout, même un bonjour, bonsoir au Yémen... Donc, j'ai
choisi le Québec juste pour la langue française, rien d'autre et les
valeurs québécoises.
Le Président (M.
Picard) : Il n'y a pas de problème. Votre français est très
bon. Donc, je cède la parole à Mme la ministre pour une période de 17 minutes.
Mme Weil :
Merci. Merci beaucoup, M. Almokhtar et on vous souhaite la bienvenue — bravo
pour votre français — mais je souhaite la bienvenue à vos enfants.
Alors, j'ai eu l'occasion d'apprendre que vous en avez quatre. Ça, c'est trois de vos enfants. Bonjour, les enfants,
bienvenue ici, c'est un exercice démocratique important, puis peut-être
qu'un jour vous allez vous présenter en politique.
Écoutez, c'est très
émouvant. Je vous remercie de vous être déplacé. On parle du Yémen, et c'est
sûr que les reportages qu'on voit, je pense
que les populations commencent à être très sensibilisées par rapport à ce qu'il
se passe. Moi, j'ai eu l'occasion de
rencontrer des demandeurs d'asile qui sont passés par la commission qui fait la
détermination du statut de réfugié.
C'est des demandeurs d'asile et, donc, qui m'ont pu expliquer leur vécu. Mais
vous savez, je pense que vous le savez
parce que vous travaillez dans le milieu de l'immigration, la détermination et
sélection, évidemment, c'est un travail complexe qui est fait entre
chaque pays et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
Québec, notre rôle est de dire au gouvernement fédéral combien de réfugiés on
pourrait en prendre et quels seraient
les bassins d'où seraient issus ces réfugiés qui seraient les plus aptes à
s'intégrer ici, au Québec, soit parce qu'ils ont des connaissances de la langue... et c'est ce qu'on voit beaucoup en
Afrique de l'Ouest, de certains pays, et aussi peut-être parce qu'il y a une population déjà implantée ici,
c'est le cas, évidemment, des Syriens, bon, des facteurs comme ça, ou ça
peut être des pays francotropes. Le Yémen,
pour l'instant, ce n'est pas un des pays désignés, comme vous le savez,
ce n'est pas un des bassins qui ont été désignés.
J'aimerais
vous entendre sur cette question, parce que vous connaissez cette situation, je
comprends bien. Je pense que vous savez que notre capacité d'agir est
limitée... bien, limitée, mais c'est tout le monde, c'est normal que ça soit comme ça. Je veux dire qu'il y a des procédures et
des processus qui se font à l'échelle internationale. Mais notre rôle
est de bien... de jouer notre rôle. On ne
pourrait pas vous proposer d'émettre des certificats de sélection du Québec,
mais... la loi ne fonctionne pas de cette façon.
Mais j'aimerais vous
entendre plus parce que je trouve que c'est important. Vous êtes ici pour
parler d'une situation très difficile que
vivent vos compatriotes. J'aimerais peut-être... si vous pouviez en parler un
peu plus, de l'action humanitaire que
vous souhaiterez voir peut-être à l'échelle internationale. Le Québec fait
partie... donc, on adhère à la Convention de Genève, mais comment vous
voyez l'évolution de votre demande?
M. Almokhtar (Esam) : Je
sais que, comme j'ai dit que le Québec, il n'a pas le droit de donner le statut
de réfugié, mais, quand même, il peut
faciliter de façon... par exemple, moi, j'ai marqué comme le certificat de
sélection pour des droits humanitaires, pour l'endroit où ils peuvent,
les Yéménites, faire leurs demandes. Ça se peut que... parce qu'au Yémen il n'y a aucune ambassade, il n'y a aucun
consulat qui avait été ouvert. Essayer avec les moyens... par exemple,
je sais que, pour le Syrien, le Québec a
déjà, avant que le Canada commence la prise en charge des réfugiés... ouvrir
pour faciliter l'arrivant des Syriens, mais, pour le Yémen, c'est bloqué. Le
problème, au Yémen, c'est tout fermé partout. L'Arabie
saoudite a comme bloqué tous les moyens, même les médias. Donc, bon, le Québec,
moi, je crois avec les valeurs du
Québec qu'elles sont capables au moins de faciliter les choses pour la langue
française pour les gens qui ne parlent pas le français. Elles vont apprendre le français. Elles vont venir ici, elles
vont apprendre. L'endroit où elles peuvent faire leurs demandes, ce
n'est pas nécessaire, peut-être une de ces familles qu'elle peut faire une
demande pour les autres parce qu'elles n'ont
pas de moyens, sauf pour les étudiants qui sont à l'extérieur du Yémen ou les
malades. Parce qu'il y a des gens qui essaient de sortir, c'est
seulement les malades... qu'elles sont des maladies graves, parce qu'il n'y a
pas des hôpitaux au Yémen. C'est tout.
Weil : Peut-être pour vous expliquer, le CSQ pour motifs
humanitaires que peut accorder le gouvernement du Québec, c'est vraiment des cas d'exception selon la loi. Son
application n'est pas généralisée parce qu'il faut agir, comme vous le
comprenez, dans le cadre de l'Accord Canada-Québec, mais des pouvoirs du Canada
mais aussi du Haut-Commissariat, qui joue un
rôle prépondérant en la matière. Donc, moi, je vois votre intervention ici
comme un élément pour que les gens
prennent conscience de l'importance de ce dossier. Puis je voulais savoir si
vous avez eu l'occasion d'échanger peut-être
avec des acteurs, soit du niveau du gouvernement du Canada ou d'autres acteurs,
si vous êtes impliqué dans des mouvements pour sensibiliser les
Canadiens, les Québécois à ces enjeux.
Almokhtar (Esam) : Comme vous le savez, ici, au Canada, même à Québec,
il y a deux familles seulement du Yémen.
Donc, ça, c'est à Québec. À Montréal, il y a à peu près quatre ou cinq
familles. Il n'y a pas beaucoup de Yéménites qui sont ici, au Canada en général, et au Québec. Mais on a essayé de
mobiliser aux États-Unis, en Europe, en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne. Au Canada, comme il
n'y avait pas d'activité et c'est très vaste, c'est difficile de
montrer, tout le monde, qu'est-ce qu'il se passe au Yémen. Pour cette raison,
moi, j'ai dit : Je vais tenter ma chance de parler avec vous aujourd'hui, au moins pour vous sachiez qu'est-ce qu'il se
passe au Yémen et que c'est honte pour les droits des hommes, même avec les Nations unies et l'Assemblée
nationale, de la situation des droits de l'homme au Yémen... écrivez
toutes les choses en détresse que les Yéménites vivent et vécues dans le passé.
Weil : Je vais céder la parole à mon collègue de D'Arcy-McGee,
mais je veux vous dire qu'il y a des choses que le Québec peut faire
pour des cas particuliers, hein, vous le savez. Donc, il y a des familles qui
sont ici.
Pour
ce qui est des demandeurs d'asile, j'en ai rencontré. Je sais que ce n'est pas
ce que vous demandez, vous voulez
quelque chose de plus élargi, mais on travaille dans le cadre et on opère dans
le cadre que je vous ai expliqué. Mais je voulais quand même vous
transmettre notre préoccupation par rapport à ce que vous présentez ici
aujourd'hui, qu'on est à l'écoute. On va
suivre ça de près et on va continuer à jouer le rôle qu'on joue. On vient le
confirmer, donc, quand on parle
d'immigration humanitaire, c'est vraiment de façon globale. Donc, les familles
qui voudraient agir vis-à-vis des membres
de leurs familles ou d'autres personnes au Yémen... et c'est surtout l'appui
qu'on peut donner à ces personnes qui se retrouvent ici.
Alors, M. le
Président, avec votre permission, mon collègue de D'Arcy-McGee. Merci.
Le Président (M.
Picard) : M. le député de D'Arcy-McGee.
Birnbaum : Merci, M. le Président. Bonjour, collègues. Bonjour, M.
Almokhtar. Je veux vous saluer ainsi que vos enfants, et surtout pour
votre courage, votre travail au nom des concitoyens de votre pays natal.
votre présence doit nous rappeler aussi le rôle primordial de ces commissions
parlementaires en termes de notre démocratie.
La plupart des gens qui se présentent devant nous, c'est des regroupements, des
groupes d'intérêt, et tout ça, tout à fait légitimes et normaux, mais
c'est le lieu aussi pour le citoyen de s'impliquer, de mettre de l'avant ses
arguments et de s'assurer que le cheminement
de nos projets de loi, de nos politiques soient assujettis vraiment à la
transparence. Et chapeau pour le fait que vous soyez ici.
Écoutez, j'ai cru
comprendre, en écoutant Mme la ministre, qu'il y a des contraintes qui sont
imposées sur le gouvernement du Québec. Il faut que le Haut-Commissariat des
Nations unies se prononce dans le cas du Yémen. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas... des délais qui ne sont pas
dans nos mains. Si je peux, je mettrai ça à côté, mais il me semble, avec tout le respect, qu'on vous donne
l'opportunité de faire connaître une situation tellement triste et de
voir comment on peut collectivement mobiliser pour avoir une influence
là-dessus.
ce sujet-là, je vous ai écouté, j'ai lu le mémoire. Je vous invite de nous
parler de votre connaissance — vous avez de la famille toujours là — de nous parler en détail de la vie
quotidienne des gens qui habitent dans votre pays. Est-ce que les
enfants ont au moins... ont l'opportunité de se trouver à l'école? Est-ce
qu'ils peuvent jouer avec leurs amis? Y
a-t-il de l'électricité? C'est quoi, la vie quotidienne? Comment on vit cette
difficulté? Comment les familles restent intègres? Est-ce qu'on peut
gagner notre vie le moindrement? Il me semble que c'est important qu'on
comprenne comme il faut la situation chez vous.
M. Almokhtar (Esam) :
Bien, en fait, pour le Yémen et les Yéménites, ils n'ont jamais eu de chance de
vivre d'une vie dans la paix à longue durée.
Il y a toujours des guerres, il y a
toujours des problèmes politiques. Il y a des problèmes pour les enfants, il y a des enfants qui
ne sont pas allés à l'école. Il n'y a pas de droits des femmes. Les
femmes, elles n'ont pas le droit, même, de
travailler et de sortir toutes seules, de vivre normalement. Pas tous les gens
qui vont à l'école, parce qu'il n'y a
pas d'école. Pas de travail. Ils travaillent dans l'agriculture ou ils font des
guerres. Savez-vous que le Yémen, il
y a beaucoup d'armes? Il y a beaucoup de chicanes entre eux et les autres. Les
droits des enfants, qu'ils marient à 10 ans ou à 11 ans, sans aucune
contrainte, sans aucun refus. Elles ne veulent plus se marier à cet âge-là.
Au niveau économique,
le Yémen, c'est le plus pauvre pays au monde et attaqué par le pays le plus
riche au monde. Malheureusement, le Yémen,
il était, à l'époque, parce qu'il était connu, l'histoire, comme... La reine de
Saba, avec le roi Salomon, c'est très connu
dans l'histoire, mais... Il s'appelait l'Arabie heureuse. Mais maintenant c'est
l'inverse. Depuis à peu près 50 ans ou plus qu'ils sont toujours... À chaque
trois, quatre années, il y a des guerres qui passent à l'intérieur. Qualité de vie, il n'y a rien. Il n'y a pas d'école, il n'y
a pas d'hôpitaux. Savez-vous, si je suis malade ou... mon père, il était
malade : on l'a amené en Jordanie pour se soigner. Ils n'ont pas de
chance.
Et malheureusement le
monde ne parle pas du tout du Yémen de façon... Simplement. Pourquoi? On ne
sait pas. C'est à cause de l'Arabie
saoudite, je suis sûr et certain, parce que l'Arabie saoudite, ce n'est pas
seulement le pays qui fait des
problèmes au Yémen. Il fait des problèmes mondialement, même ici, au Canada, à
cause de la baisse du pétrole. Elle
fait de la mauvaise économie au Canada à cause de la baisse du pétrole. Donc,
elle a toujours les mains à tous les problèmes mondiaux, avec leurs
idéologies et leurs croyances.
Bon, les Yéménites se
sont habitués. Ils sont des gens simples, ils ne critiquent pas beaucoup, ils
essaient de vivre simplement avec les moyens
qu'ils ont. Ils essaient de sortir, mais ce n'est pas facile de sortir du
Yémen, parce que c'est assez loin, et
on n'a pas d'autre frontière, par exemple, comme la Syrie. L'Europe, on peut
faire une chance d'aller en Europe. On peut mourir ou on peut arriver,
mais, nous, chez nous... D'arriver jusqu'en Europe, c'est compliqué.
Le Président (M.
Picard) : M. le député.
Le Président (M.
Picard) : Il reste quatre minutes.
Birnbaum : Merci. Vous parlez assez clairement et de façon poignante
de la situation dans votre pays et, à quelque part, des circonstances
qui font en sorte que c'est comme ça. Est-ce que vous avez à vous préoccuper
des possibles représailles contre votre
parenté, vos amis qui sont toujours au Yémen? Est-ce que c'est une réelle
préoccupation?
Almokhtar (Esam) : Oui, oui, bien sûr. Bien, si vous pouvez répéter la
question, s'il vous plaît. Je n'ai pas bien compris la question.
M. Birnbaum :
Mais je veux m'assurer que vous n'avez pas à avoir peur. Ici, évidemment, c'est
le forum pour vous exprimer comme il faut, mais vous nous dressez un portrait
de ce qu'il se passe au Yémen en parlant de l'Arabie
saoudite, et il y a le gouvernement qui n'est pas en contrôle, est corrompu, et
tout ça. Est-ce que vous avez peur que d'être si public dans vos
déclarations, il y ait un danger pour votre parenté qui est toujours là?
M. Almokhtar
(Esam) : L'année dernière, j'ai vu les morts avec mes yeux.
C'est-à-dire, il y a plus de choses que je
peux craindre à ça. Moi, j'aimerais bien que tout le monde sache où...
Peut-être, moi, que... Je suis capable de dire... parce que je ne crains ni l'Arabie saoudite ni personne. Parce
que c'est la violation des hommes, qu'est-ce qu'il se passe Yémen. Pas
seulement au Yémen : c'est partout dans le monde. Mais le Yémen, personne
n'a... 18 mois de bombardements continus, sans aucun mot.
Moi, je voulais
amener mes parents, mes deux parents, parce que j'ai le droit de faire un
parrainage pour mes parents, mais j'ai deux
soeurs qui ne sont pas mariées. Elles m'ont dit : On ne peut pas laisser
tes soeurs toutes seules. Donc, soit elles meurent, soit elles meurent,
il n'y a pas d'autre choix.
M. Birnbaum :
M. le Président, le...
Le Président (M.
Picard) : Il y avait le député de Saint-François, non? O.K.
M. Birnbaum :
Ah oui? O.K.
Le Président (M.
Picard) : Non, allez-y, M. le député de D'Arcy-McGee. Il reste
deux minutes.
Le Président (M.
Picard) : Est-ce qu'il y a d'autres intervenants du...
M. Birnbaum :
Bien, je veux bien. Vous n'avez pas de question?
Birnbaum : O.K. Le portrait que vous nous faites nous met devant une
triste réalité mondiale, c'est qu'il y a tellement de conflits et, en quelque part, il y a des ressources collectives
restreintes. Alors, il y a des choix terribles qui sont faits par les Nations unies, par les nations de
s'impliquer où elles peuvent, ce qui m'amène à vous demander si vous
avez le moindre espoir... et c'est là la
question que doivent poser tous les pays du monde qui sont en difficulté,
est-ce que vous avez le moindre espoir que la situation risque de
s'améliorer dans les prochaines années? Chez vous, de façon autonome, est-ce
que le pays a le moindre espoir de voir des jours plus intéressants?
Almokhtar (Esam) : Je ne crois pas. Il n'y a aucun espoir que le
Yémen... être en paix peut-être d'ici 20 ans à cause... C'est que l'Arabie saoudite est juste à côté de nous, il n'y
aura jamais d'histoire, ça va continuer, sauf si le monde entier est mobilisé
pour faire quelque chose, et ils savent, le monde entier, qu'est-ce qu'ils vont
faire s'ils veulent. C'est tout.
Président (M. Picard) : Merci. Le temps est écoulé. C'est beau.
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Bourget pour une
période de 10 min 30 s.
M. Kotto : Merci, M. le
Président. M. Almokhtar, soyez le bienvenu, et je salue également vos enfants
qui vous accompagnent.
Vous nous
apportez une information en marge du sujet de travail qui nous occupe, mais il
y a un lien. Quand on vit dans un
monde avec peu de crises ou peu de conflits, il y a moins de problématiques
d'ordre humanitaire qui se posent. L'équation
réfugiés-capacité d'accueil dans des pays capables de recevoir du monde se pose
avec moins de... comment dire, moins de pression.
Mais je
profite de votre présence admirable ici — parce que ça prend du courage, comme disait
mon collègue, de venir ici faire le
témoignage que vous nous faites — pour vous poser la question :
Considérant que le gouvernement du Canada
a des relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite, quels gestes le
gouvernement du Canada aurait-il dû poser et qu'il n'a pas posés pour, disons, s'interposer entre l'Arabie
saoudite et le Yémen durant ces 18 mois de bombardements?
Almokhtar (Esam) : Moi, je ne suis pas politicien, mais, avec
l'histoire de Raif Badawi, le Canada a déjà essayé, juste avec des petites paroles, pour l'Arabie saoudite... mais
vous savez l'histoire. Moi, je ne suis pas contre le business, pas du tout, on doit profiter de
l'Arabie saoudite parce qu'il y a beaucoup d'argent. C'est normal. Partout.
Mais ça ne touche pas les hommes, les droits
des hommes. Qu'est-ce que le Canada peut faire pour l'Arabie saoudite? C'est
très compliqué comme question, à répondre
sur ce sujet, parce que, normalement, les choses normales, que, s'il y a
violation des hommes, elle doit s'arrêter
par tous les pays, commençant par les Nations unies. Mais le commerce et l'argent,
c'est la seule chose qui parle à nos jours, malheureusement.
M. Kotto : Je vous pose la
question parce qu'il y a des précédents, parce qu'il y a eu un gouvernement
dirigé par Brian Mulroney qui a pesé de tout son poids, qui s'est dressé contre
Mme Thatcher, notamment, et qui a convaincu — je parle de M. Mulroney — Ronald
Reagan de mettre de la pression sur le gouvernement d'Afrique du Sud afin de mettre fin au régime d'apartheid, et ça a payé. Et le symbole de
libération de l'Afrique du Sud qui faisait consensus chez les Noirs comme chez les Blancs a posé un
geste qui m'a marqué : le premier pays qu'il a visité pour dire
merci, c'est le Canada
et le Québec en
particulier, parce qu'il y a d'autres élus comme René Lévesque, Robert Bourassa ou
l'ancien maire de Montréal,
le maire Doré, qui avaient joué un rôle positif politique là-dessus
aussi. Il y avait des enjeux économiques importants avec l'Afrique du Sud, mais le gouvernement de M. Mulroney a posé ce geste. C'est le lien que je faisais quand je vous tendais la perche relativement à ce que le gouvernement canadien actuel pourrait faire pour,
disons, dénoncer, à la limite, ou...
Almokhtar (Esam) : Bien, au
moins, ne vendez pas des armes à l'Arabie saoudite, au moins. Ce geste
simple, ça peut aider au moins les peuples
yéménites que... bien, des armes canadiennes, qu'elles peuvent détruire leurs
villages et leurs maisons. Ça, c'est une chose.
La deuxième
chose, que le Canada est capable de faire des pressions soit sur
l'Arabie saoudite ou mondialement que
cette guerre doit être cessée. Pour quelle raison? Tous les gens, tous les
enfants morts, il n'y a aucune raison pour ça. Les «Saudis», s'ils
veulent faire la guerre avec l'Iran, l'Iran, c'est juste à côté, s'ils sont
capables de faire une guerre, et ce n'est
pas loin. C'est plus proche que le Yémen, peut-être. Mais le Canada
est capable de faire la pression soit sur l'Arabie saoudite, soit mondialement que cette guerre doit être terminée
et finir. Je ne peux pas dire : Couper la relation avec l'Arabie
saoudite, parce que c'est en politique mondiale, on ne peut pas dire des choses
comme ça. Mais, au moins, je sais que le Canada
et le Québec sont capables de faire des pressions au moins
d'entendre le monde qu'il y a quelque
chose qui passe dans ce pays. Savez-vous qu'il y a 12... le Maroc et le Sénégal
participent à cette guerre? C'est où, le Maroc et le Sénégal, et c'est où, le
Yémen? 177 avions qui attaquent.
M. Kotto : Excusez-moi, juste
une précision. Vous dites : Le Maroc et le Sénégal participent aux côtés
de l'Arabie saoudite...
M. Almokhtar (Esam) : Oui.
M. Kotto : ...pour le
bombardement du Yémen?
Almokhtar (Esam) : Oui. Il y a
12 pays qui attaquent le Yémen en ce moment, là. Il y a l'Arabie
saoudite. Moi, j'ai mis au début tous les
pays... plus le Sénégal, plus le Pakistan, qui attaquent le Yémen. Il y a
100 avions militaires. Il y a en total 660 avions militaires qui
attaquent le Yémen 24 heures sur 24 heures.
M. Kotto : Je profite de votre présence, parce que
vous êtes un témoin engagé, pour nous éclairer ainsi que les personnes
qui nous écoutent. Pourquoi cette crise? Pourquoi le Yémen est-il attaqué?
M. Almokhtar (Esam) : Parce que
l'Arabie saoudite, elle veut toujours prendre en charge le Yémen, et le Yémen, il
y a du pétrole en frontière avec
l'Arabie saoudite qu'elle aimerait bien appartient. Depuis l'existence de
l'Arabie saoudite, 1922 ou 1926, à peu près,
elle a essayé toujours, elle a pris plusieurs territoires du Yémen
par force. Donc, quand il y avait la révolution... le printemps arabe a
été commencé en 2011 et l'ancien président Ali Saleh, qu'il a quitté le pouvoir, ils ont ramené, l'Arabie saoudite, un
nouveau président, Sadr Abd Rado Mansour Hadi. Mais la révolution interne
continue par le peuple qui refuse que l'Arabie saoudite toujours a le droit à l'intérieur du
Yémen. Donc, l'été après, il s'enfuit en
Arabie saoudite, Abd Rado Mansour Hadi, et l'Arabie saoudite a commencé à
attaquer le Yémen avant qu'elle fait
une réunion pour les pays arabes en disant que moi, je vais attaquer le Yémen
pour rendre Abd Rado Mansour Hadi comme président au Yémen. C'est comme le Vietnam d'hier. Le Yémen devient aujourd'hui le Vietnam d'hier. Bon. Le président
est retourné au Yémen juste... Jusqu'à aujourd'hui, il y a 10 000 morts à cause des
bombardements. Peut-être, il y a des conflits, il y a des conflits à l'intérieur, mais les plus destructifs, c'est
les bombardements. Même les ponts, ils ont détruit ça.
Qu'est-ce qu'il faut encore pour l'Arabie saoudite? Je ne sais pas.
M. Kotto :
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Picard) :
Merci, M. le député de Bourget.
M. Kotto : Merci, monsieur.
Le Président (M. Picard) : Je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Montarville pour une période de sept minutes.
Roy : Merci, M. le Président. M. Almokhtar, merci d'être ici.
Bonjour à vos enfants, bonjour à vous. C'est extrêmement
touchant de vous entendre et de vous entendre parler si bien français,
d'ailleurs. Félicitations, vraiment! Vous avez choisi le Québec pour la langue
française, c'est extraordinaire.
vous écoute, et vous nous permettez de saisir un peu une réalité qui est
tellement loin de nous. Ce que votre famille vit là-bas actuellement et ce que d'autres
familles persécutées partout à travers la planète vivent lors de
conflits armés où la population est
littéralement sous les bombes, c'est une horreur, c'est l'enfer sur la terre,
et je pense que tous les peuples de
la terre qui ont les moyens de le faire doivent aider. Alors, comprenez-nous,
là, c'est important, et vraiment on se sent
bien impuissants quand on est ici et on regarde les images que vous nous
amenez, tout comme on se sent impuissants lorsqu'on regarde les images dans les bulletins d'information. Même si
nous sommes dans un parlement actuellement, souvent, on trouve que ça se joue bien au-dessus de nos têtes, toutes
ces décisions. On parle de politique internationale ici, ça se joue très, très loin. Il faut aider. Des
réfugiés, nous en avons, nous sommes heureux d'aider quand il y a des
vraies problématiques humanitaires. Il faut aider, il faut sortir les gens de
la misère.
Maintenant,
il y a plusieurs questions qui me viennent à l'esprit. Vous nous dites, dans
votre mémoire, et je vais lire pour les gens qui nous écoutent, vous faites des recommandations, ici,
au ministère. Vous dites : En raison de ces violences, des... Pardon, je recommence : «En raison de
ces violations des droits de l'homme et en réponse à la situation
politique, économique et humanitaire qui
sévit au pays — le Yémen — nous demandons au MIDI de faciliter, par tous les
moyens à sa disposition, la venue de ressortissants yéménites au Québec à
travers des programmes existants et selon les cibles annoncées dans la planification de l'immigration au Québec pour la
période 2017-2019, ainsi qu'à à travers la délivrance de certificats de sélection humanitaires à l'étranger
et au Québec lorsque ces derniers auront été préalablement approuvés par
Citoyenneté et Immigration Canada.» C'est à la page 5.
Alors, vous comprenez très, très
bien qu'au Québec la particularité, c'est qu'il y a le Canada aussi qui est là,
qu'actuellement, et Mme la ministre pourra me corriger, actuellement, au
Québec, le Québec choisit 70 % de son immigration.
Il y a un 30 %, et vous le savez parce que vous travaillez dans le
domaine, il y a un 30 % qui sont les réfugiés et la réunification familiale, qui est choisie,
d'une certaine façon, par Ottawa. Donc, le Québec coordonne les travaux
avec Ottawa pour ce qui est des réfugiés et de la réunification familiale.
Est-ce
que vous pensez... nous, c'est notre prétention, là, et là je vais à la pêche
parce que j'ignore ce que vous allez me répondre. Mais est-ce que vous pensez que le
Québec devrait avoir tous ses pouvoirs en immigration pour pouvoir décider justement quels sont les réfugiés qu'elle
pourra aller chercher et accueillir? Parce qu'actuellement c'est ce
qu'il nous manque. On décide des immigrants
à travers la planète, mais pas des réfugiés. Est-ce que le Québec, vu sa
particularité, vu sa langue française, vu sa situation géographique, vu sa
situation climatique, nommez-en, pourrait ou aurait avantage à avoir tous les
droits pour aller chercher les réfugiés?
M. Almokhtar (Esam) :
Bien sûr, le Québec est en partenariat avec le fédéral à toute l'immigration et
les personnes, les réfugiés. Donc, elle est
capable de donner la pression au moins à Ottawa pour... et ce n'est pas quelque chose qu'on va inventer, qu'au
Yémen il n'y a pas de problème, là. Elles meurent à l'intérieur, elles n'ont
pas même le droit de sortir. Et malheureusement même les Nations unies, elles ne donnent pas le
droit... elles ont ouvert pour les personnes du Yémen d'état réfugié partout dans le pays. Il y a
deux, seulement, pays qui acceptent les rentrées du Yémen, c'est
l'Algérie et la Malaisie. Mais rentrer
là-bas, qu'est-ce qu'elles font, qu'est-ce qu'elles vont faire là? S'il n'y a
pas d'aide avec les Nations unies, si
elle a un statut de réfugié, elle ne peut pas vivre, il n'y a pas de travail
pour les Algériens et les Malaisiens,
donc le Québec même... Moi, je dis : Peut-être
le Québec va aider les demandes, c'est-à-dire que les endroits de faire la
demande pour les gens yéménites, assouplir peut-être l'exigence de la
langue française, parce que le Yémen, ce n'est pas des pays qui parlent le français. Donc, quand même,
les papiers originaux, il y a à peu
près 20 personnes yéménites qu'elles n'ont pas un acte de naissance original.
Avec ce processus, ça se peut que ce n'est pas tout le monde qui va
gagner l'opportunité de venir au Canada, mais, au moins, il y aura des
chanceux. C'est tout.
Mme Roy : Oui. Je vais vous poser une autre question
parce que j'ai très peu de temps. Vous travaillez justement avec les
nouveaux arrivants et également ici, à Québec, avec les réfugiés syriens. On
est ici pour se pencher sur la question : Combien devrions-nous recevoir d'immigrants au Québec
pour les prochaines années? On se demande aussi : Est-ce qu'on a tous les moyens, est-ce qu'on a
tout ce qu'il faut pour bien les intégrer? Vous travaillez avec les
réfugiés syriens. D'un, quelles sont leurs
principales demandes, de quoi ont-ils besoin et est-ce qu'on a tout ce qu'il
faut pour bien les intégrer, pour leur donner du travail, pour leur
apprendre le français?
Almokhtar (Esam) : Le Québec a
tous les moyens. Il y a peut-être une chose que moi, j'ai vécue avec mes enfants, c'est la façon qu'on veut juste annoncer
avant... la façon d'apprendre la langue française. Malheureusement, moi, je suis venu ici, à Québec,
pour la langue française, mais, à l'école il n'y a pas de méthode pour les gens
qui sont à 14 ans ou à 11 ans pour faire... pour apprendre les gens...
le français. Je travaille avec mes enfants très fort à la maison avec les connaissances que j'ai. Moi, je ne suis pas un
francophone d'origine, mais le français doit être bien à l'école,
enseigné pour les gens qui viennent, sinon, ça, c'est une perte pour le Québec.
D'autres
choses, pour les autres moyens, le Québec a besoin de beaucoup de main-d'oeuvre, beaucoup
de travail, beaucoup d'espace qui doit être habité. Pourquoi pas? Il y a
la paix ici, au Canada, au Québec, ça suffit pour nous.
Le Président
(M. Picard) : Merci, Mme la députée, c'est terminé. Merci, M. Almokhtar, et je vous remercie pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques minutes afin
de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 34)
Le Président (M. Picard) :
Nous reprenons nos travaux en recevant la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante. Nous reconnaissons Mme Martine Hébert, vice-présidente. Vous êtes
une habituée, donc vous savez comment ça se
passe. Vous disposez de 10 minutes; vont s'ensuivre des échanges avec les parlementaires. La parole est à vous, Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Merci beaucoup, M. le Président. C'est sur un fond de marteaux-piqueurs que je
suis devant vous aujourd'hui. Mais, M. le Président, distingués membres de la commission,
je tiens d'abord à vous remercier vivement de nous
permettre de présenter le point de vue des PME sur la planification
pluriannuelle de l'immigration. Comme vous
le savez, à la FCEI, on regroupe 24 000
PME au Québec, et ces derniers sont présents dans tous les secteurs
économiques et dans toutes les régions.
Je vous
dirais, M. le Président, que c'est avec beaucoup d'intérêt qu'on a pris
connaissance du cahier de consultation qui a été publié, là, sur les
orientations de la planification pluriannuelle de l'immigration. On pense que
l'immigration est au coeur de nos préoccupations parce que les enjeux liés à la
main-d'oeuvre sont très, très, très présents dans les PME.
Alors, il
faut savoir que l'évolution démographique et économique fait en sorte que
plusieurs entreprises au Québec se
retrouvent avec des difficultés à trouver de la main-d'oeuvre dont elles ont
besoin. On note d'ailleurs que le Québec est en proie non pas à une pénurie de main-d'oeuvre, mais à des pénuries de
main-d'oeuvre, c'est-à-dire que les besoins se font importants et se font critiques dans plusieurs
secteurs d'activité et dans plusieurs régions. Dans un contexte
démographique vieillissant et dans une
économie où les jeunes quittent les régions, les nouveaux arrivants
représentent donc un bassin de main-d'oeuvre potentiel très important
pour les petites et moyennes entreprises québécoises.
D'entrée de jeu, M. le Président, je tiens à
saluer aussi la qualité du document qui a été publié aux fins de la présente consultation et à vous dire qu'on est
accord avec les principes sous-jacents à plusieurs des orientations qui y
sont définies, moins en accord avec certaines autres puis on va vous expliquer
pourquoi. Et on tient à souligner les efforts entrepris
par le gouvernement jusqu'à maintenant afin de moderniser, M. le Président, le
système québécois d'immigration et
d'en assurer un meilleur arrimage avec les besoins du marché du travail. Comme
plusieurs acteurs, on est d'avis que l'immigration, dans une société,
est synonyme d'enrichissement collectif, culturel et économique.
contre, pour pouvoir bien intégrer les personnes qui sont issues de
l'immigration et pour leur permettre de contribuer à l'épanouissement de la société à la hauteur de leur
potentiel, il est névralgique de bien planifier l'immigration pour assurer le meilleur maillage possible entre
les caractéristiques qui sont recherchées par les employeurs pour
combler les postes qu'ils ont à combler puis les caractéristiques des personnes
qu'on accueille. C'est pourquoi on pense qu'il y a peut-être des améliorations à apporter à cet effet-là. Je vous
dirais qu'il faut quand même rappeler que les changements qui ont été proposés par le gouvernement tant dans
la nouvelle politique sur l'immigration que dans la
Loi sur
l'immigration représentent un beau pas en
avant et je tiens à le souligner. Et c'est important, M. le Président, parce
qu'avec le vieillissement de la
population les emplois qui sont disponibles vont être de plus en plus nombreux
et la difficulté des PME, là, pour combler ces postes-là va être de plus
en plus importante.
Alors, il
faut dire qu'au moment où on se parle il y a 66 200 postes à pourvoir dans
les PME du Québec et que ce que les PME recherchent comme main-d'oeuvre,
là, il y en a deux sur cinq qui veulent embaucher du personnel de production ou
des corps de métier, donc c'est la principale catégorie qui est recherchée;
près du quart auront besoin de professionnels
de la vente; puis une sur cinq de personnel administratif ou technique. M. le
Président, ça veut donc dire qu'il y
a seulement 8 % des PME qui recherchent des travailleurs plus qualifiés
pour occuper des postes de cadres ou de gestionnaires, et c'est important à se rendre compte parce que tantôt on
va en parler, des critères, puis ce qu'on va voir, c'est que les programmes puis les critères actuels nous
permettent d'accueillir des travailleurs qualifiés, mais ne nous
permettent pas d'accueillir des manoeuvres puis du personnel de production
comme on a besoin.
Il apparaît donc clairement que les besoins en
main-d'oeuvre ne sont pas uniquement pour des travailleurs qualifiés, M. le
Président, bien au contraire. Or, la question que je me pose, c'est :
Pourquoi, quand on regarde les statistiques
d'immigration — qui ont
été d'ailleurs produites en appui au document de consultation, là, sur les 10
dernières années — on
voit une contradiction importante entre les besoins des entreprises, de nos
PME, pour du personnel non qualifié puis les candidats qu'on a admis? Depuis 10
ans, alors que les postes à pourvoir dans nos PME étaient principalement pour des emplois dans la production
ou des corps de métier, le Québec a accueilli davantage de gestionnaires
puis de professionnels.
Alors, même
si on pense que les changements récents qui ont été apportés par le
gouvernement, que ce soit dans le cadre,
comme j'ai dit tantôt, de la nouvelle politique et de la nouvelle loi, là, vont
dans le bon sens pour atténuer ce fossé-là qui existe entre les
candidats qu'on admet puis les postes qu'on a à pourvoir, on pense qu'il y a
encore du chemin à faire. C'est sûr qu'on
salue également la volonté, là, de rapprocher ou de collaborer davantage ou de
refaire la collaboration entre le
MIDI et la Commission des partenaires du marché du travail pour permettre une
meilleure identification des besoins du
marché du travail, mais on pense que ce n'est pas suffisant et on pense que les
critères de sélection qui sont appliqués pour accueillir les immigrants devraient prendre en compte les besoins
que les entreprises ont pour de la main-d'oeuvre non qualifiée.
Alors,
maintenant, M. le Président, sur l'orientation qui traite des niveaux
d'immigration, on appuie la proposition de la faire passer, là, de 51 000 à 52 500 en 2019. On se
questionne cependant lorsqu'on regarde d'ailleurs les données qui sont même présentées dans le document de
consultation, là, sur les besoins de renouvellement de la population au
Québec. On se demande si le seuil de
52 900 en 2019, là, va être suffisant. Et je pense que... en tout cas, on
soumet ça à la judicieuse considération
des membres de la commission, mais on n'est pas sûrs, quand on regarde les
données qui ont été publiées, là, dans le document de consultation, que
ça va être suffisant.
Alors,
quelques mots maintenant sur la main-d'oeuvre temporaire. Évidemment, on est
d'accord avec l'orientation d'augmenter à 40 %, là, la proportion
de personnes de la sous-catégorie des travailleurs ayant un statut temporaire
ou encore étudiant. Mais, encore une fois,
ici, M. le Président, ce qu'on note, c'est qu'on parle de travailleurs
qualifiés, et, je viens de vous le
dire, les PME, ce n'est pas des travailleurs qualifiés dont ils ont besoin,
c'est des travailleurs avec des compétences
de base, peu spécialisés ou encore des manoeuvres, donc c'est ce qu'on cherche,
et malheureusement ce qu'on voit, là,
en tout cas ce qu'on comprend de ce qu'on lit dans ce qui est présenté là, va
permettre de dire : Bien, oui, on va utiliser l'immigration temporaire comme levier vers l'immigration
permanente, puis ça, on appuie ce principe-là à 100 %, mais malheureusement c'est encore une fois limité
aux travailleurs qualifiés puis on aimerait ça que ce soit ouvert aussi
aux travailleurs non qualifiés.
Un petit mot
maintenant, M. le Président, sur la question de la langue. La question de la
langue, évidemment je pense que tout
le monde est d'accord pour dire qu'on ne peut pas occulter l'importance de la
langue française au Québec, et je vous
dirais que, même si on est en faveur du fait français et que nous reconnaissons
l'importance de la francisation, on est
d'avis que les critères liés à la langue entraînent une certaine forme de
discrimination systémique en fonction du pays d'origine, d'une part, et ça fait aussi en sorte que de nombreux
candidats potentiels qui pourraient occuper des emplois qui sont vacants
tout en intégrant des programmes de francisation, par exemple, sont
actuellement éliminés en raison des critères liés à la connaissance du
français. À notre avis, M. le Président, là, une langue, ça s'apprend. Sans
compter que, dans les faits, très souvent,
le travail représente une excellente voie pour parfaire l'apprentissage d'une
langue et que, dans le document de
consultation, le gouvernement admet lui-même qu'on a d'excellentes mesures de
francisation au Québec. Alors, je
pense qu'on ne peut pas se payer le luxe de bouder certains bassins
d'immigration dont on a grandement besoin
et qui pourraient avoir un apport important à la société en raison strictement
du fait français dans un contexte où on sait qu'on peut franciser cette main-d'oeuvre-là. Alors, M. le
Président, c'est dans ce sens-là d'ailleurs
qu'on a recommandé, dans notre
mémoire, qu'on revoie, là, le 85 %, là, qui a été fixé, dans le fond, le pourcentage, là, qu'on augmenté par rapport à cette catégorie, là, à ce
critère de sélection là au niveau de l'immigration.
En terminant, M. le Président, je pense qu'on
est tous d'accord pour dire que l'immigration, dans une société, c'est synonyme d'enrichissement collectif,
culturel et économique, et on est
tout à fait d'accord avec ça. Toutefois, il faut rappeler qu'au fil des décennies et des politiques
qui se sont succédé il semble que l'arrimage entre les profils
recherchés dans les postes à pourvoir au
sein de nos entreprises et celui des personnes immigrantes n'a pas toujours été
au rendez-vous. Alors, même si on reconnaît les efforts récemment
entrepris par le gouvernement pour nous rapprocher de l'objectif d'assurer un
meilleur arrimage à cet égard-là, on invite quand même, M. le Président, les
membres de la commission à considérer nos
recommandations et à considérer d'apporter des modifications qui permettraient
d'accueillir davantage de travailleurs
non qualifiés ou moins qualifiés pour occuper les postes à pourvoir que nous
avons au Québec et dont nous avons un criant besoin dans plusieurs PME
et dans plusieurs régions. Je vous remercie.
Le Président (M. Picard) :
Merci, Mme Hébert. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre pour une
période de 17 min 30 s.
Mme Weil :
Merci, Mme Hébert, merci de votre présentation. On a eu l'occasion d'échanger
sur ces enjeux-là en 2011 pour la
dernière planification. J'aimerais vous entendre... et je pense que ce qu'on
entend, le problème devient plus aigu
avec le temps. J'aimerais, parce qu'on va parler de cette question, non
qualifiés, qualifiés, la réforme qu'on amène pour arrimer justement la sélection en temps réel,
hein, au lieu de premier arrivé, premier servi, donc la rapidité du
système qui va... un système plus efficace et possibilité aussi de faire des
projets pilotes pour tester des idées.
Donc,
j'aimerais peut-être, dans un premier temps, parce que j'ai d'autres questions
aussi, vous entendre sur ce que vous
voyez, vos constats. Vous avez peut-être des chiffres, mais aussi vos constats
sur peut-être... la dernière fois qu'on a eu l'occasion d'échanger
publiquement sur cette question, votre préoccupation, la préoccupation de votre
organisme quant à cette pénurie qui frappe et pourquoi on n'arrive pas à
trouver sur le marché québécois de souche — parce que c'est toujours la préoccupation — soit par la formation, l'intérêt... vous
entendre là-dessus. Parce que vous dites... j'ai l'impression, votre
message, c'est : On va frapper un mur, on le frappe peut-être déjà... le
pourquoi de tout ça.
Avant que l'immigration soit nécessairement la
solution, qu'est-ce que vous avez regardé puis pourquoi c'est tellement un
obstacle de trouver ces personnes?
Mme Hébert
(Martine) : C'est une
excellente question, Mme la ministre, puis je vous remercie de me la
poser, parce que ça va me donner une
opportunité de répondre, justement à dire... parce qu'on entend souvent des
gens dire : Bien là, il y a des
chômeurs au Québec, comment ça se fait qu'on n'est pas capables, d'abord, de
trouver? C'est comme je dis toujours,
le marché du travail, il n'y a pas une fluidité parfaite sur le marché du
travail, d'abord et avant tout, il faut préciser ça. C'est-à-dire que ce
n'est pas parce qu'il y a des gens qui sont en chômage dans une région donnée,
par exemple, que forcément ils ont les
compétences ou les capacités d'occuper les emplois qui sont disponibles dans
cette région-là. Je fais toujours la blague,
mais l'image, elle parle d'elle-même : il y a quand même bien des limites,
si on est la Côte-Nord, à transformer un bûcheron en femme de chambre,
hein, je veux dire, il y a beau y avoir des postes dans l'hôtel pour occuper... des postes de femmes de chambre ou d'entretien
ménager, je veux dire, c'est peu probable qu'un travailleur de la forêt
va aller appliquer sur ce poste-là. Alors, ça, c'est un exemple qui illustre
que la fluidité, elle n'est pas parfaite.
On s'est rapprochés, si vous voulez, de cette
main-d'oeuvre disponible là, notamment à travers la réforme de l'assurance-emploi, hein, qui avait été entamée
par le fédéral. Ça a permis justement d'aller chercher la main-d'oeuvre qui était disponible et qui aurait pu occuper les postes,
de faire en sorte que ça s'est passé. Maintenant, on a atteint le
plafond par rapport aux effets de cette
réforme-là, et force est de constater que, dans plusieurs régions... et même
dans Chaudière-Appalaches ou dans des régions, on le voit, là, même le
maire de Québec s'en va courtiser des travailleurs parce que le taux de chômage est autour de, quoi, 4 %,
là, dans la région. Donc, il manque de travailleurs, et ce n'est pas parce
qu'il y a 4 %, ou 5 %, ou 7 % de chômeurs, comme je disais
tantôt, que ces gens-là peuvent occuper les postes qui sont disponibles. Donc,
oui, il y a un problème, là.
Et, le
Québec, on a un problème au Québec. C'est-à-dire que c'est un beau problème,
hein, on a longtemps favorisé la
scolarisation, etc. Donc, oui, on a une population qui est de plus en plus
scolarisée et nos jeunes quittent les régions, on a une réalité démographique, nos jeunes quittent les
régions, vont étudier, vont s'installer dans les villes, donc les postes
qui autrefois étaient occupés, par exemple, par des jeunes, beaucoup dans la
restauration rapide, justement, dans certains services comme ça, ces postes-là
ne sont plus occupés par ces jeunes-là. Et c'est une question de démographie
aussi.
Donc, pour
répondre à votre question, au niveau des chômeurs, ce n'est pas parce que
tu es en chômage que tu peux nécessairement occuper... Il y a un match entre le poste qui est
disponible... Souvent, il y a des personnes en chômage aussi qui le sont
de façon transitoire, c'est-à-dire qu'ils le sont entre deux emplois, etc.
Donc, la fluidité sur le marché du travail n'est pas parfaite à cet égard-là.
Puis deuxièmement, il y a une réalité démographique qui fait en sorte... et démographique, et aussi sociétale qui fait en sorte qu'effectivement on n'a plus la population ou en tout cas la population suffisante dans les régions pour combler ces
postes-là. Puis le meilleur exemple, là, c'est l'agriculture. Puis il n'y a pas
juste l'agriculture.
Mme Weil : Bien, ça m'amène plusieurs questions. Dans notre document
de consultation, page 17, on parle du taux d'emploi qui est plus élevé maintenant,
hein, c'est ce qu'on a remarqué ces dernières années, le taux d'emploi a
augmenté chez les immigrants comparé à la population
dans son ensemble, ce qui est une très bonne nouvelle. Et on le
remarque autant chez le groupe du
regroupement familial... ils ne sont pas nécessairement destinés, ils
ne sont pas sélectionnés comme les travailleurs qualifiés... que chez
les réfugiés. Est-ce que vous, vous avez des constats, est-ce que vous le
voyez? C'est-à-dire que finalement
ces gens-là, c'est des Québécois, là, c'est des
résidents permanents qui sont ici, qui cherchent de l'emploi. C'est ce que ces chiffres nous disent.
Est-ce que vous avez des expériences ou vous avez pu faire de la
formation, de les
intéresser aux, justement, domaines
de travail où vous voyez des pénuries ou est-ce que c'est trop tôt pour
vous attarder à cette question-là? Parce qu'on a quand même des milliers de
personnes qu'on admet, hein, les travailleurs qualifiés,
c'est à peu près 60 %. Et, dans ça, il y a les enfants, il y a l'époux,
l'épouse, mais il y a encore d'autres personnes qui souhaitent
travailler. C'est un bassin intéressant, possiblement. Est-ce que vous avez
réfléchi à cette question, des constats à faire par rapport à ces gens-là?
Mme Hébert
(Martine) : Oui, Mme la ministre. D'ailleurs, on a eu l'occasion, je me souviens, avec un de
vos collègues, de faire une annonce, là, sur
les programmes qui sont disponibles pour les entreprises, entre autres, qui peuvent accueillir des
réfugiés. On l'a vu dans des articles, là, des réfugiés recrutés par des fermes
laitières. Donc, oui, c'est un bassin potentiel, mais on parle ici évidemment,
là, d'une minorité de personnes dans le bassin comparativement aux postes qu'on a à pourvoir. Quand je vous dis qu'on
a 66 000 postes à pourvoir dans les PME du Québec au moment où on se parle puis que, lorsque les postes sont à
pourvoir, bien, que ce qu'on recherche principalement, là, c'est du
personnel de production, des professionnels
de la vente puis du personnel administratif ou technique, mais que ce qu'on a
admis au Québec, au cours des 10
dernières années, c'est principalement des gestionnaires puis des professionnels,
là, il y a une dichotomie. Puis je ne
pense pas que le bassin des personnes réfugiées va être suffisamment pour
pouvoir répondre à ça. Et ça ne veut
pas dire non plus que les personnes réfugiées ne sont pas des personnes qui
sont qualifiées et qui n'ont pas un niveau de scolarité, là. Je veux
dire, il ne faut pas penser que, parce que les personnes vivent un drame
humain, elles n'étaient pas scolarisées auparavant et qu'elles n'ont pas des
compétences, là, pour occuper des postes qui sont plus qualifiés.
Mme Weil :
Moi, ce que j'ai, là, ceux en gestion, entre 2011‑2015, 4,4 %;
professionnels, 46,4 %; techniciens, 19,5 %; manoeuvres, 8 %. En tout cas, c'est les chiffres que
j'ai pour constituer à peu près 50 % des travailleurs qualifiés
durant ces quatre années.
Moi,
j'aimerais vous amener sur votre graphique, c'est dans votre mémoire, page 4,
les besoins des PME. Et ce que vous
avez fait... on arrive sur la transition, je pense, c'est le temporaire ou
permanent, prévisions d'embauche... non, c'est vos précisions, là, ici : «...sur cinq [...] à la recherche
de personnel de production ou de corps de métier.» Donc, vous
dites : Dans certains cas, il y en a, là-dedans, qui sont qualifiés, là,
qui rentrent...
Mme Hébert
(Martine) : Il y en a qui
sont... oui, mais qualifiés... pas très spécialisés, là. On n'est pas dans
un très haut niveau de spécialisation.
Mme Weil : Non, mais qui seraient admissibles en vertu de
nos critères. Maintenant, il y en a d'autres qui sont touchés... bien, tous sont touchés par le PTET et
la réforme, la réforme du PTET et du Programme des travailleurs
étrangers temporaires. Vous savez, on attend tous le rapport.
Vous avez
fait des représentations. Est-ce qu'on pourrait vous entendre là-dessus,
peut-être l'écho que vous avez, vos points
essentiels par rapport... C'est important d'en parler parce qu'il faut que les
gens... une prise de conscience générale.
Nous, on fait notre travail aussi. Il
y a une préoccupation qui est la nôtre au Québec. On a des échos, puis vous, vous êtes vraiment à l'échelle du Canada en entier. Je pense
qu'il y a des parallèles un peu partout, hein, au Canada par rapport au domaine, mais
j'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Hébert (Martine) : Effectivement,
Mme la ministre, vous faites bien de le mentionner parce que le programme...
les changements qui avaient été apportés par le gouvernement précédent au
fédéral... du Programme travailleurs étrangers temporaires ont causé des gros
problèmes dans plusieurs secteurs d'activité. Puis, quand on pense aux travailleurs étrangers temporaires, là, c'est sûr qu'on pense
à l'agriculture d'abord et avant tout, hein, mais il y a beaucoup
d'autres secteurs, hein? On pense, par
exemple, à... bon, ça, c'est
l'exemple de Bonduelle, les légumes congelés, là; on pense à la transformation alimentaire aussi, Vegpro, hein, qui dit qu'il en
a besoin; fabrication métallique. J'en ai, des exemples, là, des
fleurons de l'économie québécoise qui sont attirés par les États-Unis parce
qu'ils n'ont pas accès à la main-d'oeuvre qu'ils ont besoin en période de
pointe.
Donc, oui, ça fait très mal, et on souhaite
vivement... On effectue des représentations pour que le nouveau gouvernement
ramène ce programme-là, mais peut-être, Mme la ministre, qu'il y aurait des
possibilités pour que le Québec... Est-ce qu'il existe des moyens qu'on
pourrait prendre au Québec pour pallier, Mme la ministre, à cette
problématique-là, que ce soit par l'expérience de projets pilotes ou autres qui
pourraient...
Et je pose la
question parce qu'effectivement ce serait quelque chose de bénéfique et ce
serait quelque chose qu'on pourrait inscrire aussi, dans certains cas,
lorsque les postes sont comblés par une main-d'oeuvre temporaire, mais, si vous voulez, pour lesquels les besoins sont permanents,
dans la même logique, là, que le programme expérience Québec, je pense, aussi, qu'on pourrait intégrer. Mais, à
tout le moins, si on ne veut pas ouvrir complètement, au moins, qu'on
essaie avec des projets pilotes. Parce qu'on
sait que... et on parle de régionalisation de l'immigration, et quel meilleur
moyen que de régionaliser l'immigration que
de dire : On va prendre des individus, on vous amène dans cette région-là
pour occuper les postes, là, qui sont
disponibles. On va vous franciser. On va aussi vous former, donc vous donner
accès à une formation pour éventuellement... Mais vous allez rester, par
exemple, sur une base temporaire dans la région pendant deux ans. Vous allez occuper cet emploi-là, comme ça, bien,
on... Et, une fois qu'ils sont installés, bien, c'est fort probable
qu'ils vont rester dans la région. Ils ne s'en retourneront pas nécessairement
ailleurs.
Donc, je
pense que... il y a-tu moyen de penser, à tout le moins, à faire des projets
pilotes pour qu'on puisse regarder est-ce
que ça pourrait régler une
partie de nos problèmes sans être obligés
d'attendre, là, pour que... le rétablissement du PTET?
Mme Weil :
C'est intéressant, ce que vous dites, parce qu'on attend tous l'issue
évidemment des travaux du gouvernement
fédéral. On fait nos représentations. C'est sûr que, dans le domaine des
travailleurs qualifiés dans des secteurs de pointe, il y a une pénurie très, très, très importante. Vous, vous
parlez d'autres secteurs connexes, bon, la transformation alimentaire,
qui touche le secteur agricole, ou autres. Lorsque je fais mes tournées dans
les régions, je remarque... honnêtement, ce
que vous dites, là, c'est répété beaucoup dans les entreprises, c'est répété
beaucoup. Ils ont un problème. Et ils ont des travailleurs temporaires
qui sont là, qui souhaiteraient rester.
Maintenant,
toute cette question, je pense, pour les gens qui nous écoutent, la
préoccupation de tout État, c'est toujours la vulnérabilité de la
personne qu'on sélectionne et l'équilibre du marché du travail. Donc, vous avez
répondu à la... C'est-à-dire, l'équilibre de
s'assurer qu'on aille recruter ceux qui sont au chômage ou souhaiteraient
travailler dans la population générale,
qu'on fasse tout ce qu'on peut pour aller les rechercher dans un premier temps;
vous avez répondu à cette question.
Mais l'autre
partie, sur cette question de vulnérabilité si la personne n'a pas notamment
son secondaire V, l'idée... Puis
j'aimerais vous entendre un peu plus si j'ai le temps, là, je pense que oui,
cette question de vulnérabilité, de tester, donc, à petite échelle par
un projet pilote dans un créneau en particulier et dans une région en
particulier qui vit cette pénurie de façon
aiguë... C'est un peu dans ce sens-là. Parce que, pour notre gouvernement et
tous les gouvernements qui ont des
systèmes d'immigration basés sur la sélection de travailleurs qualifiés, la
raison est que, bon, c'est évidemment des sociétés qui se cherchent des gens qui vont contribuer au développement
économique et tout ça, ça a toujours été... et, en même temps, que des gens ne soient pas vulnérables
dans leur... parce qu'ils ont une formation qui est souhaitée, voulue. Donc, si jamais ils perdent leur emploi, ils
peuvent réintégrer le marché du travail facilement. Et donc ça, c'est
toujours évidemment la préoccupation du gouvernement.
Donc, est-ce que vous voyez le projet pilote
comme une façon de tester cette idée? Parce que vous, sûrement, vous n'êtes pas d'accord avec... Vous ne pensez
pas que ces gens seraient plus vulnérables? J'aimerais vous entendre sur
cette question, mais je trouve intéressant
que vous proposiez peut-être qu'on puisse le tester à petite échelle. Parce
que c'est quand même 500... ce n'est pas 500
maximum par projet pilote pour tout
le Québec, c'est par projet pilote. Alors, c'est quand même
intéressant comme initiative. Donc, peut-être
pour expliquer aussi aux gens qui nous écoutent : Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ces
projets pilotes pour vous, comment ça pourrait vous aider?
Mme Hébert (Martine) : Bien, c'est
sûr que, dans le contexte actuel, c'est un premier pas en avant. C'est un
premier pas très important, puis j'encourage Mme la ministre à les multiplier,
à aller de l'avant avec ça, puis à les multiplier.
Sur la question de la vulnérabilité, là, je rappellerais d'abord
et avant tout, là, que ce n'est pas parce
qu'on est pauvres qu'on n'est pas
intelligents, hein, je veux dire, je m'excuse, là, mais il y a une espèce de
préjugé en dessous de ça, là, que, parce que
tu es pauvre, tu es... Je comprends qu'il y a une vulnérabilité au niveau économique parce que l'argent, il
n'est pas disponible, mais, justement, le
fait d'intégrer un emploi... Est-ce qu'on est plus vulnérables quand on
intègre un emploi ou on est plus vulnérables
quand on est ici puis on est en chômage malgré les diplômes qu'on a? Je veux
dire, à un moment donné, je pense que...
Deuxièmement, moi, j'ai bien de la misère avec
le préjugé de la vulnérabilité, là, puis c'est parce que c'est comme si on était en train de dire que tous les
chefs de PME du Québec, là, tout ce à quoi ils pensent le matin, quand
ils se lèvent, là, c'est : Comment je
pourrais faire pour exploiter des travailleurs dans mon entreprise aujourd'hui?
Ce n'est pas ça. Moi, je pense que
nos chefs d'entreprises au Québec sont des gens qui ont des bonnes valeurs,
sont des gens qui ont un très haut
sens de l'éthique et qui sont très préoccupés par leur main-d'oeuvre.
D'ailleurs, il faut bien le dire, l'atout le plus précieux pour une petite entreprise, là, c'est ses
travailleurs parce que ce sont des entreprises qui sont très, très
intensives en main-d'oeuvre, Mme la
ministre. Alors, j'ai beaucoup de difficulté avec ça parce que c'est comme s'il
y avait... le contraire veut dire que
nos chefs de la PME, là, c'est des exploiteurs, alors que ce n'est pas le cas,
puis on le sait. Et je ne pense pas que c'est l'opinion de personne, là,
autour de la table, ici. En tout cas, je l'espère.
Mme Weil :
Je partage tout à fait. Moi, vulnérable, ce n'était pas par rapport à
l'employeur, c'était plus, disons, que l'entreprise
ferme ou, pour des raisons, c'est plus l'État, la situation de la personne qui
doit se replacer. Mais je suis tout à fait
d'accord avec vous là-dessus, on est sur la même longueur d'onde. Bon. Vous avez
un autre point que vouliez faire?
Mme Hébert
(Martine) : Oui, peut-être
en complément, Mme la ministre, parce que vous m'avez posé la question. Les projets pilotes par rapport à ça, la
vulnérabilité, dans ce sens-là, ça va. O.K., je comprends. Mais ça m'a permis
de faire un petit point parce qu'on entend
quand même, sur la place publique, certains commentaires. Je vous dirais que
oui. Puis profitons donc, justement, de l'occasion qu'on a aussi de ce
maillage du MIDI avec la Commission des partenaires du marché du travail, où les groupes en employabilité, par exemple,
sont, et tout ça, pour essayer de justement d'avoir dans les projets
pilotes, là, des mécanismes ou des pare-feu qui permettraient justement de
pouvoir soutenir les personnes dans les cas
et dans les situations où, par exemple, l'entreprise ferme puis là le
travailleur est là, puis, comme il est peu qualifié... mais, au moins, où il y aurait de l'accompagnement par les
groupes en employabilité qui font un excellent travail, encore une fois,
dans toutes les régions du Québec. Donc, pourquoi est-ce qu'on ne profiterait
pas de ça pour établir justement et de miser sur cette nouvelle collaboration
là et cette nouvelle approche là pour, dans le cadre des projets pilotes, là,
s'adresser aux situations que vous décrivez?
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Bourget.
Kotto : Merci, monsieur...
Le Président (M.
Picard) : Pour une période de 10 min 30 s.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Bonjour.
Kotto : J'aimerais vous entendre sur un certain nombre de
questions. Tout d'abord, pour nous éclairer, et aussi les personnes qui nous écoutent, vous êtes un silo
de 109 000 petites et moyennes entreprises au Québec. Est-ce que le
chiffre est exact?
Mme Hébert
(Martine) : Au Canada. Au Québec, c'est 24 000 membres qu'on
regroupe.
Kotto : 24 000 membres au Québec et 109 000 au
Canada. Et vos membres, au Québec, sont à la tête de quel pourcentage
d'entreprises relativement à la sphère entrepreneuriale au Québec?
Mme Hébert (Martine) : Il y a à peu près, je vous dirais, 240 000
établissements employeurs au Québec. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que, lorsque vous effectuez, par exemple, des
sondages puis que vous avez un bassin de 24 000 membres qui vous... un bassin de 24 000 chefs d'entreprises
que vous sondez et que vous avez un sondage avec des répondants, mettons, 1 000 répondants, bien, c'est la marge
d'erreur qui compte. Et c'est dans ce sens-là que la plupart des opinions qu'on va chercher, les marges
d'erreur sont très, très, très faibles dans nos sondages, et donc c'est ce
qui nous permet d'affirmer que ce que nos
membres disent est probablement le reflet, là, à plus ou moins 2 % ou
3 % selon la marge d'erreur, 19 fois sur 20, ce que l'ensemble des
chefs de PME du Québec peuvent penser.
Kotto : Et est-ce que je suis dans le champ en considérant que
les PME composent entre 90 % et 95 % des entreprises au
Québec?
Mme Hébert (Martine) : Vous n'êtes pas du tout dans le champ, M. le
député. Effectivement, les PME, si on prend
la définition d'Industrie Canada, qui est 500 employés ou moins, indépendantes,
là, 500 employés ou moins, c'est 99,2 % des entreprises du Québec. Donc, vous n'êtes pas loin. Puis votre
95 %, là, c'est 95 % des établissements, des entreprises au
Québec. Si on prend les 240 000 total établissements-employeurs, 95 %
de ça ont moins de 50 employés.
M. Kotto :
50 employés.
Mme Hébert
(Martine) : Oui.
Kotto : Est-ce que l'on dispose de données probantes qui
pourraient nous amener à voir les besoins réels, tangibles en termes de
main-d'oeuvre relativement à ces entreprises-là?
Mme Hébert (Martine) : Absolument. Pages 2 et 3 de notre mémoire, on
décrit, en fait... Régulièrement, on fait ce qu'on appelle l'enquête postes à pourvoir. Donc, à tous les trimestres,
on sort le nombre de postes, là, qui sont vacants. Puis par poste vacant, ce n'est pas : il est
vacant aujourd'hui puis depuis une semaine, là. Quand on demande postes
vacants, là, c'est depuis plusieurs mois et
qu'ils n'ont pas réussi à combler nécessairement dans l'intérieur d'un
trimestre. Donc, on fait ça de façon régulière. Et, de façon régulière,
là, on sonde nos membres sur c'est quel type, c'est quoi vos prévisions d'embauche des 12 prochains mois. C'est quel type
de travailleurs que vous recherchez, avec quel type de qualifications...
comme le graphique, là, qu'on vous... la
figure, c'est-à-dire, qu'on vous présente à la page 3 de notre mémoire, où on
voit très clairement que personnel de
production et corps de métiers, là, professionnels de la vente et personnel
administratif ou technique...
Kotto : O.K. Toujours pour éclairer les personnes qui nous
écoutent, parce qu'elles n'ont pas accès au mémoire spontanément,
aujourd'hui, au Québec, vous évoquiez cet aspect de l'enjeu tout à l'heure dans
votre propos. Il y a autour de 400 000
chômeurs et, depuis les six premiers mois de l'année, il y a à peu près
53 000 postes vacants au Québec. Et,
dans les 400 000, il y a énormément d'immigrants et notamment des
minorités visibles sujettes à la discrimination en emploi.
Est-ce
que vous avez, en tant qu'entité, essayé d'aller voir, dans ce bassin de
chômeurs, bassin de chômeurs recelant d'autochtones et de nouveaux
arrivants, s'il y avait des profils ou des caractéristiques, pour prendre le
concept que vous évoquiez tout à l'heure, qui pourraient correspondre aux
besoins des personnes que vous représentez?
Mme Hébert
(Martine) : Je pense, M. le député, qu'une des grosses parties de la
problématique, justement, la première
partie, c'est qu'on... les personnes qu'on a accueillies, les caractéristiques
des personnes qu'on a accueillies ne correspondaient pas nécessairement
aux besoins du marché du travail, et ça, depuis 10 ans, comme je l'ai dit
tantôt, en raison, notamment, de critères de
sélection, là, qui font en sorte que certains candidats sont admis, par
exemple, beaucoup plus de diplômés
universitaires, alors que, dans le fond, ce n'est pas nécessairement ce que les
entreprises recherchent, là, comme je l'ai dit tantôt.
pense qu'un autre volet de la réponse à la question que vous soulevez, M. le
député, et qui est juste, c'est de dire :
Le problème que nous avons — et je ne suis pas la seule à l'avoir
dit — c'est un
problème de régionalisation, hein, de l'immigration. Je pense qu'il y a
un problème qui fait en sorte aussi que beaucoup de main-d'oeuvre potentielle
et de personnes immigrantes qui pourraient
occuper des postes demain matin dans des entreprises pourraient le faire, mais
pas nécessairement dans les grands centres
urbains, là, comme Montréal. Donc, c'est sûr qu'un des défis que nous avons
c'est justement d'essayer d'amener les
personnes qu'on accueille dans les régions pour aller occuper ces postes-là,
parce que les pénuries pour les
travailleurs, là, ne sont pas uniquement, je vous dirais, là, au niveau de
Montréal. Et il y a une grande, grande
concentration de la population, évidemment, dans les grands centres urbains,
hein, ça va de soi. Donc, je pense que le
défi que vous soulevez en est un de régionalisation. Et, en ce sens-là, une
partie de la réponse passerait peut-être, là, par ce que la ministre
décrivait tantôt, là, au niveau des projets pilotes.
M. Kotto :
O.K. Alors, je veux revenir sur... le coeur de l'enjeu, c'est les seuils. Vous
dites que 52 000, a priori, ce n'est pas suffisant. À la lumière
des données dont nous disposons, et les chercheurs confirment cela, à
50 000, on est incapables, compte tenu
du fait que... incapables, disons,
d'intégrer et de franciser adéquatement, compte
tenu du fait que les moyens
financiers ne sont pas toujours là. Est-ce que le fait d'évoquer un chiffre
plus important que 52 000 doit être considéré
comme tel dans l'absolu? Ou affecter des moyens financiers et des ressources
humaines pour accompagner les nouveaux arrivants dans leur intégration,
avec leurs problèmes spécifiques — parce que tous n'ont pas les mêmes profils — pour leur faciliter une intégration et une
francisation qui leur permettent d'être des citoyens à part entière et
non pas des citoyens entièrement à part?
Mme Hébert (Martine) : Écoutez,
c'est sûr que les questions d'allocation des ressources et tout ça, j'aurais quasiment le goût de vous dire : Il faudrait
reposer la question à l'étude des
crédits, là, tu sais, non pas ici.
Mais je vous dirais que c'est sûr qu'il y a
beaucoup de mesures de francisation et d'organismes au Québec,
là, qui s'occupent des personnes immigrantes.
Je pense qu'il y a déjà beaucoup de ressources. Est-ce qu'il n'y a pas moyen
de faire mieux avec ce qu'on a? Je
pense qu'on peut toujours s'améliorer, comme dans n'importe quel domaine.
Je pense que... À la FCEI, vous savez, on a toujours prôné pour avoir une révision, là, périodique des
programmes, s'assurer que les indicateurs de performance sont bien fixés, qu'on les rencontre, qu'on est sur la
bonne voie, que les programmes qu'on a sont bien adaptés aux besoins.
Moi, je pense que le gouvernement... il y a des ressources qui existent et qu'on doit peut-être
faire cet exercice-là pour essayer de bonifier
nos programmes, comme dans n'importe quel autre domaine. Mais je vous dirais qu'il y a
quand même beaucoup de ressources à l'heure actuelle qui font un
excellent travail sur le terrain, et je pense qu'on est capables avec les
ressources actuelles et que, si ce n'est pas
le cas, bien, à ce moment-là, le gouvernement avisera, et on verra. Mais, pour
l'instant, je vous dirais que... Puis je ne
suis pas spécialiste non plus de la planification, là, des services gouvernementaux. Ce
n'est pas moi, la sous-ministre ou la ministre au MIDI.
Mme Hébert
(Martine) : Mais je
comprends votre préoccupation de dire : Si on accueille, il faut s'assurer
que les services soient là, puis je pense
que c'est en tout cas l'objectif ici si on veut assurer effectivement une intégration réussie.
M. Kotto : Vous évoquez un
autre enjeu...
Le Président (M. Picard) : Il
reste une minute.
M. Kotto : ... — une
minute — qui
est celui de la discrimination par bassins, parce qu'on insiste trop sur la maîtrise, la connaissance du français. On est dans
la discrimination. Si on a été chercher des pouvoirs à Ottawa en matière
d'immigration, c'est fondamentalement pour justement assurer le filet
francophone du Québec, le visage français du Québec. Est-ce qu'il n'y a pas une
contradiction, alors?
Mme Hébert
(Martine) : Moi, ma préoccupation, vous savez, M. le député, est de dire : S'il y a
des candidats qui ont les qualifications
pour occuper les postes qu'on a de disponibles au Québec
puis qu'on a à pourvoir, puis qu'on a la chance d'accéder à ce bassin-là, à ces candidats-là, je ne voudrais
pas... en tout cas, je trouverais ça dommage... puis je ne pense pas que notre économie puisse se permettre
de se passer de ces candidats-là simplement en raison du fait français, et c'est
ça qu'on dit. On ne dit pas de ne
plus accueillir de francophones, au contraire, ou de gens qui parlent
français, mais ce qu'on dit, c'est qu'on ne
peut plus se permettre de bouder un bassin de travailleurs potentiels, là,
qui correspondent aux
caractéristiques qu'on cherche en raison simplement du fait français, compte tenu d'ailleurs, comme vous l'avez décrit, que nous avons d'excellentes ressources
communautaires, là, en matière de francisation et autres sur le terrain au Québec.
Donc, je pense que c'est ma réponse. Et c'est ça
que je trouve dommage à l'heure
actuelle, parce qu'on se prive d'une main-d'oeuvre
dont on a grandement besoin.
Président (M. Picard) : Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Montarville pour sept minutes. Je vous demanderais, Mme la
députée, de parler plus fort, parce que tantôt il y a des collègues qui, vous
entendant, qui malheureusement n'entendaient pas vos propos.
Roy : Avec plaisir, M. le Président, je vais parler plus fort.
Bonjour, Mme Hébert. Merci, merci pour votre mémoire. D'entrée de jeu, je vais poursuivre sur les propos de mon
collègue de Bourget, parce que c'était effectivement... c'est à la page 9, et moi, je veux vous entendre
là-dessus, sur cette discrimination que vous dites, pour le bénéfice des
gens qui nous écoutent. Vous nous
dites : «...nous sommes d'avis que les critères actuels liés à la langue
entraînent une certaine forme de "discrimination" systémique
en fonction du pays d'origine. De nombreux candidats potentiels qui pourraient
occuper des emplois vacants tout en intégrant des programmes de francisation
sont actuellement éliminés en raison des
critères liés à la connaissance du français. À notre avis, une langue peut
aussi s'apprendre, et, à une époque où la francisation peut se faire de
moult façons, le Québec ne peut pas se payer le luxe de bouder certains bassins
[d'immigrants] dont il a grandement besoin...»
Alors,
parlons-en, de la langue française, Mme Hébert. Je comprends ce que vous dites,
et moi, je vous poserais le problème
d'une autre façon. D'ailleurs, on a vu dans le sondage que vous avez fait
auprès de vos membres que certains de
vos membres... à la page 8, entre autres : Quelles sont les mesures que
vous avez prises pour améliorer l'intégration? 21 personnes nous disent : «J'ai offert une formation
linguistique.» 13 personnes nous disent : «J'ai fourni une
formation de sensibilisation culturelle.»
Donc, on sent que les entrepreneurs sont ouverts à aider à la francisation dans
une certaine mesure. Ça, nous allons y revenir.
Cependant,
j'aimerais vous entendre sur les critères, les critères liés au français
actuellement. Comme vous le savez, l'apprentissage du français n'est pas
obligatoire pour les adultes au Québec pour les nouveaux arrivants, pour les immigrants, ce que nous trouvons qui est une
aberration. L'apprentissage du français et la connaissance du français
va aider tous les travailleurs au Québec et les employés de vos PME. Et les
patrons de vos PME vous le diront : Si l'employé comprend le français, ça
va mieux.
Alors, ma
question est la suivante. Vous nous dites : Les critères sont trop élevés
et font en sorte qu'on se prive d'une
main-d'oeuvre que nous pourrions utiliser parce qu'ils viennent de bassins où
le français est plus difficile, ou n'est pas parlé, ou n'est pas compris. Ce que je vous soumets, c'est qu'en
contrepartie est-ce que vous considériez qu'une certaine atténuation ou
modulation des critères liés à la connaissance du français pourrait être
acceptable si, en contrepartie, il y aurait une obligation d'apprentissage du
français chez le nouvel arrivant, chez l'immigrant?
Mme Hébert
(Martine) : On est toujours
bien allergiques, à la FCEI, à tout ce qui est loi puis règlement, hein,
donc, je ne peux pas... Moi, vous savez, Mme
la députée, je pense qu'il y a une réalité. À un moment donné, là, on
est dans une société, puis, dans le
quotidien puis dans la réalité, là, bien, souvent, on pense qu'une loi ou un
règlement, ça va régler le problème,
là. Mais, dans la réalité, le problème, là, souvent, il se règle de lui-même.
Parce que, dans ces cas-là, vous
savez, lorsque vous intégrez un emploi dans une entreprise, si vous êtes à
Chibougamau, vous êtes un travailleur immigrant qui ne parlez pas le français, je vais vous dire une affaire, si vous
vivez à Chibougamau, là, c'est pas mal sûr qu'en dedans de six mois vous allez le parler, le français,
vous allez l'avoir appris, le français. Ça fait qu'on a-tu besoin d'obliger,
de forcer? Je pense qu'il y a des mécanismes
qui existent. Est-ce qu'on peut commencer par une voie où on dirait :
Bien, est-ce qu'on peut encourager, est-ce qu'on peut encourager davantage,
est-ce qu'on peut promouvoir, est-ce qu'on peut,
etc.? Mais est-ce qu'on a vraiment besoin de passer par une loi, un règlement?
Je le soumets à votre considération parce que je ne suis pas convaincue
parce que, dans la réalité, là, comme je vous disais tantôt, si tu as une job à
Chibougamau, c'est fort probable que tu vas apprendre le français assez vite.
Mme Roy :
Je poursuis. Je suis tout à fait d'accord avec vous, si tu as une job à
Chibougamau... On encourage les gens
à aller à Chibougamau, en région, et ça, on est d'accord avec vous. D'ailleurs,
au début de votre mémoire, vous nous dites :
«C'est pourquoi la sélection des candidats en fonction des besoins du marché du
travail doit demeurer au centre des
orientations et des actions gouvernementales en matière d'immigration.» Sachez
qu'on est sur la même longueur d'onde ici. Et je suis tout à fait
d'accord avec vous : si on va à Chibougamau, on va parler français.
Mon problème,
c'est que la grande majorité des immigrants vont se ramasser à Montréal dans
des entreprises où il sera plus facile de ghettoïser ou parler anglais.
Alors, c'est la raison pour laquelle l'apprentissage du français est
obligatoire pour les enfants des immigrants, mais ne l'est pas pour les parents
des immigrants. Alors, pour notre part, on y voit une aberration, et nous
pensons que le fait de rendre obligatoires les cours de français pour ceux qui
ne le comprennent pas pourrait faire en
sorte qu'on reçoive des gens qui ne le comprennent pas, mais qui vont
l'apprendre, et elle est là, et ce
n'est pas une obligation à l'égard de l'entrepreneur, mais c'est une obligation
à l'égard de l'État. Moi, je pense que l'État a l'obligation de
franciser ses immigrants. C'est une forme de respect que de leur apprendre la
langue.
D'ailleurs, on leur apprend actuellement, et
c'est tout à fait gratuit, mais ce n'est pas obligatoire. Alors, c'est justement pour faire en sorte que tous ces
nouveaux arrivants, ces immigrants, ces travailleurs puissent mieux
s'intégrer, et je pense que la problématique
est effectivement lorsqu'on n'est pas dans une région francophone. Alors,
c'était la raison pour laquelle je
vous soumettais l'idée de peut-être être moins sévères sur le critère à
l'admission, mais être sévères sur le critère de l'apprentissage par la
suite. Je me demandais si ça séduirait vos gens.
Mme Hébert
(Martine) : Et comme je vous ai dit tantôt, souvent, on est peu
séduits par la réglementation. Mais je vous soumettrais, Mme la députée, que, d'abord, il y a, au Québec, la Charte de la langue française, qui
oblige tous les employeurs à offrir un
milieu de travail en français. Ça fait que, qu'on soit à Montréal
ou à Chibougamau, là, c'est une obligation que l'ensemble des employeurs ont, et ça va même,
là, jusqu'aux pitons sur le micro-ondes, là, qu'on est obligés de mettre des petits autocollants en français, là,
sur le bouton on/off, pour dire ouvert/fermé. Alors donc, ça veut dire
qu'il existe déjà de la réglementation qui permet de garantir, en
tout cas, dans les milieux de
travail, que ça se passe en français. Et
donc, ça veut dire qu'il y a déjà, même si tu es à Montréal, il y a déjà des
incitatifs, il y a déjà de la législation qui existe pour inciter justement à l'apprentissage du
français dans le milieu de travail. Même chose si on travaille dans un
commerce de détail ou dans un établissement d'hôtellerie, par exemple. Bien, si on est en relation avec la clientèle, il y a quand même toujours bien une grande
partie de la clientèle encore à Montréal qui parle français — vous
le savez, vous n'êtes pas très loin de Montréal — donc,
c'est sûr qu'il y a déjà des choses qui existent par rapport à ça.
L'autre
partie, moi, je pense qu'on va la régler d'elle-même si justement
on s'assure d'assurer... Si on fait une meilleure adéquation entre les
besoins en main-d'oeuvre des entreprises puis les caractéristiques des
personnes qu'on accueille, ça va forcément
conduire à une certaine régionalisation de l'immigration. C'est pour ça que
moi, je me dis : Essayons donc
l'idée des projets pilotes, là, comme la ministre, je lui ai mentionné
tantôt, testons donc ça puis testons-en donc, justement, des idées pour
voir et des situations pour voir comment ça se passe dans les faits. Puis moi,
je suis convaincue que le meilleur moyen
d'apprendre une langue, là, c'est en ayant du travail, c'est en intégrant un
emploi. Puis, comme les employeurs au
Québec sont tenus, sont obligés, sont obligés par la charte d'offrir un milieu
de travail en français, bien, laissons la chance justement aux lois
existantes de faire leur oeuvre.
Le Président (M.
Picard) : Merci, Mme Hébert, pour votre contribution aux
travaux de la commission.
Je vais suspendre quelques
instants afin de permettre aux représentants de la Fédération des chambres de
commerce du Québec de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 22)
Le Président (M.
Picard) : Nous reprenons nos travaux.
Président (M. Picard) :
S'il vous plaît! Donc, nous reprenons nos travaux en recevant les
représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Je
vous demanderais de vous présenter. Et vous disposez de 10 minutes pour
faire votre présentation. Vont s'ensuivre des échanges avec les parlementaires.
La parole est à vous.
M. Forget (Stéphane) : Merci beaucoup. Alors, M. le Président, Mme la ministre, MM. et Mmes les
parlementaires, merci beaucoup de nous
accueillir. Alors, Stéphane Forget, je suis président-directeur général intérimaire
et vice-président, Stratégies et affaires économiques, à la fédération. Je suis
accompagné de Michel Cournoyer, qui est expert-conseil à la fédération dans
toutes nos questions de main-d'oeuvre et d'immigration.
La fédération tient
d'abord à remercier le gouvernement pour la tenue des présentes audiences. Une
telle consultation nous apparaît souhaitable
en regard de la cohésion nécessaire des acteurs économiques, politiques et
sociaux pour atteindre des objectifs ambitieux en matière d'immigration.
Brièvement, vous
connaissez déjà la fédération, mais je vous rappelle les deux chapeaux que nous
portons. Tout d'abord, nous avons un réseau
de plus de 140 chambres de commerce, que nous fédérons, et nous avons aussi le
statut de chambre provinciale, donc Chambre
de commerce du Québec, avec plus de 1 100 membres corporatifs. À
titre du
plus important réseau de gens d'affaires et
d'entreprises du Québec, la fédération, comme je vous le disais, est à la fois
une fédération et une chambre provinciale.
La fédération et ses membres sont depuis longtemps très actifs sur les questions
relatives à l'immigration et la gestion de la diversité dans les milieux de
travail.
raison des défis démographiques auxquels le Québec est confronté aujourd'hui,
notamment par l'éventuelle diminution de notre population active et le
vieillissement de la population, nous devons, comme société, s'assurer d'intégrer le plus efficacement une main-d'oeuvre
qualifiée et compétente là où nous en avons le plus besoin. De nombreux employeurs de partout au Québec nous demandent
d'intervenir constamment auprès de vous afin de trouver des solutions à
ces problèmes grandissants.
Par ailleurs, partout
à travers la province, les chambres de commerce fournissent de nombreuses
occasions à des entreprises de se réseauter
avec des représentants d'organismes voués à l'intégration des personnes
immigrantes et organisent notamment des conférences pour leurs membres
avec des experts sur le sujet. Nous voulons continuer d'agir en ce sens et
davantage avec les immigrants entrepreneurs.
Donc,
tout d'abord, la fédération accueille positivement les orientations
gouvernementales sur la planification de l'immigration 2017-2019. À nos yeux, celles-ci s'inscrivent dans une
démarche conséquente et responsable d'adéquation entre les besoins et
les responsabilités internationales du Québec en matière d'immigration.
Toutefois, nous devons souligner que la FCCQ
aurait souhaité une augmentation plus rapide de l'immigration économique, mais
nous comprenons la nécessité de
laisser le temps aux récentes mesures de soutien aux immigrants de s'implanter.
Même s'il s'agit d'une période
charnière et d'un plan transitoire, nous croyons que des éléments de la
planification devraient être renforcés afin de mieux arrimer l'immigration aux besoins de main-d'oeuvre des entreprises
et ainsi favoriser l'insertion professionnelle rapide des personnes
immigrantes. Combler les besoins de main-d'oeuvre des employeurs québécois,
c'est assurer la croissance de nos entreprises et de notre économie.
déclaration d'intérêt est l'innovation la plus récente dans la gestion des
demandes de l'immigration qualifiée, et
la fédération salue haut et fort l'annonce de sa mise en oeuvre en 2017. Elle
est d'ailleurs en vigueur depuis janvier 2015 dans le reste du Canada sous le
titre
d'Entrée express. L'Union européenne examine attentivement ce modèle,
alors que d'autres pays, comme la
Nouvelle-Zélande et l'Australie, jouissent de retombées positives d'avoir
rapidement mis de l'avant un système
tout en l'ayant axé davantage sur la demande de main-d'oeuvre, et, pour nous,
cela est fondamental.
Ainsi,
en adoptant la déclaration d'intérêt, le Québec s'inscrit dans un mouvement
plus large à l'échelle mondiale, alors
que l'on observe des révisions importantes au système de points traditionnel,
basé exclusivement sur une grille, pour prioriser les candidatures bénéficiant d'une offre d'emploi validée.
Soulignons toutefois que, malgré que la planification confirme que le nouveau système sera mis en oeuvre
en 2017, l'échéancier reste à préciser en ce qui a trait au recrutement
direct par les entreprises.
Autre
élément : il est paradoxal que
de nombreux nouveaux arrivants connaissent le chômage prolongé alors que
les besoins en main-d'oeuvre sont en croissance à mesure que se resserre le marché du travail sous l'effet du vieillissement de la population. Sur l'île de
Montréal, environ la moitié des prestataires aptes au travail de l'aide sociale
sont nés hors Canada. Cette situation est tout à fait déplorable.
Des chiffres qui
portent à réflexion : il est surprenant de constater que, selon une
récente étude de la Banque Nationale, les
immigrants parlant seulement le français connaissent un chômage de près de 25 % à Montréal, soit près du double de celui à Toronto, et plus de 7 %
supérieur aux immigrants allophones ne parlant ni le français ni l'anglais,
alors qu'il s'agit d'un critère de sélection dominant dans la grille utilisée
par le Québec.
Rappelons
que les exigences en matière de connaissance du français ont été rehaussées en
2013. La fédération considère donc
toujours que cette mesure élimine des candidats de qualité et souhaite que la
refonte de la grille de sélection qui
sera faite dans le cadre de l'application de la déclaration d'intérêt remédie à
ce problème. Ainsi, nous croyons que l'orientation
4 de la planification visant à augmenter la proportion des immigrants
économiques connaissant le français à leur
arrivée devrait être repensée. Les immigrants francophones devraient évidemment
toujours être favorisés, notamment en
raison de leur intégration plus rapide, mais nous croyons que nous ne devrions
pas éliminer des candidatures intéressantes
sur la seule base de leur compréhension initiale du français. Pour notre part,
nous croyons qu'il est urgent de mettre
en oeuvre la déclaration d'intérêt afin d'assurer la compétitivité du Québec
face à la concurrence des principaux pays d'immigration qui ont déjà agi et de celle en provenance des autres
provinces du Canada qui participent à l'Entrée express. Je pense entre
autres à notre enjeu d'immigration de solde migratoire interprovincial. Cela
nécessiterait évidemment le déploiement rapide d'un nouveau système
informatique, un des moyens de faire rapidement et à moindres coûts, mais
peut-être de s'arrimer avec le système ailleurs au Canada.
Cela
dit, il est important de rappeler que le nombre de travailleurs qualifiés admis
est en baisse constante depuis 2010. Alors que les travailleurs
qualifiés comptaient pour près des deux tiers de l'immigration, ils n'en
représentent dorénavant qu'environ la moitié
aujourd'hui. De surcroît, le redressement amorcé par la planification apparaît
somme toute timide. D'abord, une hausse en
2017 demeure tout à fait incertaine. Ensuite, on constate qu'à la fin de la
période de la planification, hormis
de 2015 à 2019, le poids des travailleurs qualifiés n'aura jamais été aussi bas
depuis 15 ans, cela malgré
l'orientation 2 de la planification visant à accroître progressivement la part
de l'immigration économique qui comprend les travailleurs qualifiés et
les gens d'affaires. Le redressement prévu à la faveur de la catégorie des
travailleurs qualifiés doit être accentué
dès la mise en oeuvre du recrutement direct afin que la composition planifiée
d'immigration prenne davantage en
considération la réponse aux besoins des entreprises. De plus, il nous apparaît
important qu'une nouvelle cible portant sur la proportion des
travailleurs qualifiés sélectionnés sur la base d'une offre d'emploi soit
ajoutée à la planification afin de
concrétiser le virage vers un système axé sur la demande. Une cible d'au moins
40 % valide pour la dernière
année de la planification nous apparaît raisonnable en regard des résultats
obtenus ailleurs au Canada dans le cadre de l'Entrée express.
Avant de conclure, je
me permets d'ouvrir une courte parenthèse pour se rappeler l'importance de
continuer nos représentations communes
envers le gouvernement fédéral afin de faire valoir la nécessité pour nos
entreprises d'avoir un accès plus rapide et facilité au programme des
travailleurs étrangers temporaires. Je sais que vous y travaillez et que nous y
travaillons collectivement, mais je pense que ça demeure une priorité sur
laquelle il faut travailler.
Enfin
et pour conclure, M. le Président, la qualité de la main-d'oeuvre, ses
compétences et ses talents est l'une des clés de la prospérité, et cela est encore plus vrai pour le Québec,
compte tenu de la rareté grandissante de la main-d'oeuvre sous l'effet du vieillissement de la population.
Il est temps de se doter de moyens performants afin que les entreprises
québécoises puissent attirer les meilleurs talents. Je vous remercie.
Le Président (M.
Picard) : Merci, M. Forget. Je cède maintenant la parole à la
partie gouvernementale pour une durée de 17 min 30 s.
Mme Weil :
Merci, M. le Président. Alors, je vous souhaite la bienvenue, M. Forget, M.
Cournoyer. Merci beaucoup, beaucoup de votre
présentation. Vous jouez un rôle crucial évidemment dans la contribution à la
prospérité du Québec. Mais aussi j'aimerais
beaucoup qu'on puisse s'engager dans une discussion par rapport à cette
transformation et le rôle, le nouveau rôle que les gens pourront jouer, puis on
va arriver sur les deux projets dont vous parlez puis mieux comprendre ces
projets-là.
Sur cette question de
réforme, déclaration d'intérêt, oui, c'est un modèle intéressant, et c'est pour
ça qu'on l'implante, justement pour être
capables de se départir de ce système premier arrivé, premier servi, alors que
ça peut prendre quatre ans avant que la personne arrive et que le marché
du travail a eu le temps de bien changer entre-temps. Là, on pourrait... un
délai de traitement de six mois. Mais c'est tout ce qu'il y a autour aussi, ça,
c'est un système.
Mais on nous a fait
des compliments à la conférence de Montréal, deux organismes qui suivent les
réformes partout dans le monde, ils ont
dit : Ce qui est unique, au Québec, dans ce qu'on propose, c'est que vous
vous attardez, oui, à l'arrimage entre la
sélection et le besoin du marché du travail, vous mettez l'employeur en action
avec vous en amont — et là je vais vous poser des questions sur
votre vision de cet élément-là pour qu'on puisse aller plus loin — mais
aussi on a été les premiers à regarder la
question du vivre-ensemble... vous accompagnez tout ça avec votre politique
du vivre-ensemble. Ils nous ont dit : Ça, c'est la première fois qu'on
voit un système... c'est-à-dire des législateurs, des élus qui se penchent sur l'importance de l'inclusion. Alors, je vous dis
ça parce que c'est vraiment les piliers de l'avenir pour nous, et le
succès de l'intégration optimale de tout le monde qu'on sélectionne.
Alors, j'aimerais vous entendre parce que c'est
très important, je sais qu'il y a d'autres modèles, notamment l'Australie. Quand vous parlez de l'entreprise,
l'employeur qui fait ou qui participe à la sélection... parce que nous
aussi, on a cette vision, par le rôle de la
Commission des partenaires du marché du travail puis, bon, vous êtes
représentés là, d'avoir des portraits
régionalisés et que le milieu se mobilise autour des besoins, puis ensuite la
sélection serait arrimée là-dessus, il y
aurait le guichet emplois. Et j'aimerais vous entendre sur comment vous voyez
ça, parce que c'est vrai que c'est considéré comme un facteur de succès
dans les systèmes modernes d'immigration. Mais comment ça serait
opérationnalisé?
Le Président (M. Picard) :
Oui?
M. Forget (Stéphane) : Je vais
laisser mon collègue débuter, j'ajouterai...
Cournoyer (Michel) : Oui, on
peut... il y a deux aspects. Disons que nous comprenons comment le
système va être déployé. Nous comprenons
qu'il y aura la grille et il y aura une bonification dans la grille pour faire
davantage de place, en termes de poids,
là... de points accordés pour les personnes qui auront reçu une offre d'emploi.
Et ces personnes, avec l'ensemble des
candidats qui seront admissibles dans la déclaration d'intérêt, vont être
versées dans une banque de candidats.
Or, la problématique, pour les employeurs, c'est d'avoir un accès aux candidats
eux-mêmes. Et donc, s'ils ne connaissent
pas les candidats, ils peuvent difficilement leur offrir un emploi. Donc, une
des méthodes les plus efficaces pour accroître la proportion de
personnes qui sont dans la liste des candidats et qui ont déclaré leur intérêt,
c'est de rendre accessible cette banque de
candidatures et de faire en sorte que les employeurs puissent recruter
directement à partir de cette
banque-là. C'est ce qu'on comprend que le système fédéral Entrée express fait
avec la banque d'emplois du Canada depuis 2015. D'ailleurs, je citerais
quelques exemples, là, de résultats à l'appui. Dans le premier appel de
candidats à partir de la banque d'Entrée
express, pas moins de 65 % des candidats sélectionnés possédaient une
offre d'emploi. Donc, c'est des
statistiques assez impressionnantes, quand on dit, là, que 65 % des
personnes sélectionnées dans le premier appel au Canada d'Entrée express
en 2015 avaient donc en main une offre d'emploi.
Mme Weil :
Savez-vous si l'offre d'emploi est venue après la rencontre grâce à Entrée express
ou justement c'est parce que leur
politique, comme nous, donnait des points supplémentaires à ceux qui avaient
déjà une offre d'emploi?
M. Cournoyer (Michel) : Dans ce
cas-là précis, il y a certainement l'apport de travailleurs temporaires, qui
avaient déjà été à l'embauche d'entreprises, et donc on peut penser que les
résultats ont été amenés à la hausse par ce fait-là.
Mais ce qu'on observe dans les systèmes semblables, c'est qu'effectivement la capacité de pouvoir recruter dans la banque de candidats fait
toute la différence.
Mme Weil : Et d'ailleurs le ministère
va regarder ça attentivement, va échanger, parce que c'est un élément très important. C'est ce qu'on voit dans les recherches. Ce
qu'on comprend, c'est que ça donne confiance aussi. C'est très terre à terre, hein? On fait un genre
«matchmaking», là, puis, bon, c'est parfait, des fois par Skype aussi. Moi,
j'ai vu ça concrètement, j'ai vu cette expérience, j'ai vu les entreprises
qui ont fait des entrevues par Skype souvent pour un travailleur temporaire. Mais
je suis contente d'entendre que vous reconnaissez...
même si vous souhaitez en fin de période une croissance plus importante — et on est d'accord avec vous — qu'il va falloir qu'on revienne à notre
objectif, 70 % de notre immigration qui soit économique. Mais vous
comprendrez que c'est des vases communicants, l'immigration humanitaire qui nous a interpelés tous, je pense,
au Canada, et les Québécois aussi... mais fait en sorte que c'est quand
même beaucoup de personnes qu'il faut intégrer puis qu'il y a un potentiel
d'intégration important là aussi. Mais j'apprécie que vous ayez reconnu que,
pour mettre ce système en place et pour vraiment sélectionner des gens, avec tous nos partenaires, qui vont intégrer le marché
rapidement... vous reconnaissez l'importance de ça, le rôle, maintenant,
de l'employeur, c'est important.
Ce qui nous
amène sur les travailleurs temporaires, les étudiants étrangers. Vous savez
que, dans le système fédéral, le
ministre fédéral nous l'a dit, le système Entrée express a exclu les étudiants
étrangers, et là ils se rendent compte que c'est un problème. Nous, on ne met pas les étudiants étrangers, les
travailleurs temporaires en compétition avec Entrée express. On va
traiter le programme d'expérience québécoise comme on l'a toujours fait, mais
on se donne, pour la première fois, une cible de 40 %.
J'aimerais
savoir, vous, parce que vous le recevez très favorablement, ça, ça fait
vraiment consensus, le rôle que vous
pourriez jouer aussi pour faire la promotion de ce programme. Parce qu'il y a
toujours ce moment, quand je parle avec des travailleurs temporaires
souvent qui sont très spécialisés : Est-ce que ça vous intéresse de rester
ici, au Québec? Hein, c'est toute cette
question d'intégration. Est-ce que vous, vous avez eu l'occasion de jouer un
rôle dans ça avec les travailleurs
temporaires que vous connaissez et peut-être aussi évidemment avec les
étudiants étrangers qui pourraient avoir des stages en milieu de travail pour leur donner cette expérience de
travail puis les aider dans leur choix de rester au Québec?
M. Forget (Stéphane) : Bien,
quelques éléments de réponse.
Tout d'abord, je pense qu'on a un défi
de rejoindre les entrepreneurs, les employeurs pour qu'ils comprennent
les programmes, comprennent les opportunités
qui se créent. Ils sont tellement dans leur quotidien souvent que c'est un
défi de les rejoindre, et je pense qu'à cet
égard-là, je le disais dans la présentation, on essaie, les chambres, d'inviter
les experts, de favoriser des
rencontres pour que les employeurs puissent mieux comprendre les opportunités
qui s'offrent à eux et les programmes, les outils pour les appuyer.
Premier élément.
Deuxième élément, on
a constaté une autre chose, c'est la capacité et la compréhension des
employeurs, des entrepreneurs à accueillir
des immigrants dans leurs entreprises. À cet égard-là, on pense qu'on peut
jouer un rôle plus grand pour que les entreprises, les employeurs,
évidemment, de ces entreprises-là soient mieux outillés pour accueillir des immigrants dans leurs usines ou dans leurs
organisations, et je pense que là il y a peut-être une barrière, j'oserais
dire, ou il y a une inquiétude de comment je
vais le faire, et, dans le doute, souvent, on s'abstient et on se retrouve un peu
dans cette situation-là. Ça, c'est le deuxième élément où on pense qu'on a un
rôle plus grand qu'on pourrait jouer.
Troisième
élément, compte tenu de la force du réseau et de la capacité du réseau des
chambres d'aider justement les gens à
réseauter, on pense qu'on pourrait jouer un rôle un peu plus grand auprès des
immigrants entrepreneurs pour les attirer
ailleurs que dans les grands centres, pour les attirer en région. Si on avait
des moyens qu'un immigrant entrepreneur se retrouve en région et rapidement
puisse s'intégrer à un réseau, avoir accès aux ressources, mieux comprendre les
enjeux régionaux et autres, je pense que ce
serait une autre contribution qu'on pourrait faire pour améliorer, dans le
fond, l'intégration et le déploiement sur l'ensemble du territoire québécois.
Michel, je ne sais
pas si tu veux ajouter à ça.
M. Cournoyer
(Michel) : Oui. J'ajouterais peut-être aussi... On a eu des échanges
vraiment préliminaires, toutefois, là, avec
la Chambre de commerce du Montréal métropolitain concernant leur projet pour
l'organisation, là, de missions de
recrutement dans les universités et les cégeps, et donc une des difficultés
qu'a la chambre dans son projet et à
laquelle le projet s'adresse, c'est d'intéresser aussi des entreprises à faire
de la représentation dans les maisons d'enseignement.
On comprend mal quels sont les obstacles et pourquoi ça ne s'organise pas plus,
mais on a offert notre pleine et entière collaboration, là, dans le
cadre de ce projet-là aussi.
Weil : Mais vous pourriez
peut-être, d'après ce que je comprends aussi, jouer un rôle
pour les travailleurs temporaires.
Vous dites : C'est une question de rejoindre les entreprises pour qu'ils
connaissent le programme. Évidemment,
on est là pour ça. Mais on a besoin de relayeurs
comme vous, de gens qui sont sur le terrain, par les chambres de commerce, faire connaître... Et aussi, donc, je pense qu'on
a un travail à faire ensemble pour leur expliquer les exigences, si on
veut, pour la sélection. Et je voulais vous
informer que nous, on a l'intention de rendre accessible, pour la première fois — parce
que c'est des gens avec un statut temporaire, donc ce n'est pas des immigrants
reçus, ils n'ont pas la résidence permanente — notre
cours de francisation en ligne. Ça, c'est vraiment quelque chose de très
intéressant, donc il faut déjà rejoindre
ces travailleurs temporaires tôt, dès leur arrivée, pour les aider pour ceux
qui n'auraient pas toute la compétence voulue,
là. Parce qu'il y en a beaucoup qui sont engagés à cause de leur expertise. Ils
ont des notions, mais peut-être
ne maîtrisent pas la langue. Donc, c'est une réponse aussi à votre préoccupation
par rapport à la langue et nos exigences élevées.
On veut préparer ces gens comme on le fait avec les cours de français avant
l'arrivée des personnes. Donc, c'est ça.
M. Forget (Stéphane) : Si vous me permettez, probablement qu'une fois que le travailleur étranger temporaire est en entreprise, la façon la plus facile de le
rejoindre, c'est via son emploi, via son employeur, via l'endroit où il
travaille. Donc, il aura certainement moyen de les rejoindre de cette façon-là.
Weil : Vous parlez,
donc, à la page 13 de votre mémoire,
de projets porteurs. Et il y a le premier projet, qui s'appelle Un premier emploi en sol québécois, et
l'autre, Accueillir les immigrants-entrepreneurs. Vous l'aviez évoqué.
Est-ce que vous pourriez parler de ce premier projet que vous évoquez, qui
semble très, très intéressant?
M. Cournoyer
(Michel) : Oui. Lorsqu'on parle aux entreprises en particulier, ce
projet s'adresse aux régions à l'extérieur
de la région métropolitaine, et puis une des problématiques, c'est qu'ils ont
peu de connaissances des bassins de main-d'oeuvre immigrante. Et
donc c'est l'établissement de ce premier lien-là entre un emploi et la
personne immigrante qui est la
problématique. L'objectif du projet, c'est d'établir ce lien-là en faisant
mieux connaître les possibilités et les potentiels qu'offrent les bassins de personnes immigrantes aux
entreprises en particulier, là, aux régions. Ça se fait de manière simple. Il y a une aide-conseil qui est
offerte aux entreprises participantes. Cette aide-conseil là est
coordonnée par la fédération
et les chambres locales. On fait un appel de projets pour les régions les plus