Institutions — 3 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-09-03
Quebec — Committees
voudrais remercier l'équipe du secrétariat, évidemment, qui a travaillé très
fort. Nous avions un comité d'experts indépendants
qui ont aussi participé à nos travaux de préparation. Je voudrais remercier Me
Danielle Corriveau, Me Éloïse Gratton et Me Pierre Trudel, qui ont
accompagné nos équipes, ainsi que la table de travail sur la cinquième révision
quinquennale, les membres du comité permanent du Réseau des responsables de
l'accès.
je m'en voudrais de ne pas saluer particulièrement la Commission d'accès à
l'information, qui est devant nous, mais
ce n'est pas pour ça que je les remercie ou je les salue. Il y a, dans
plusieurs de nos recommandations, et j'y reviendrai tantôt, l'inspiration de la Commission d'accès,
qui, aujourd'hui, voudra sans doute nous parler particulièrement d'un
des enjeux. Mais, sur l'ensemble, sur
l'économie générale des recommandations, je vois bien qu'il y a, d'abord,
beaucoup de leur ADN qui se retrouve là-dedans.
Je n'ai pas
beaucoup de temps, mais j'avais quelques notes, puis je me suis dit ce
matin : Peut-être qu'une chose qu'on
devrait faire, c'est... Je pourrais passer rapidement, puis là je vous réfère
juste, pour le plaisir de la chose, à la table des matières. Bon, je ne vais pas regarder chacune des orientations
mais, juste pour saisir l'ampleur de ce que nous faisons, juste regarder
quelques éléments d'orientations que nous avons.
Alors, par
exemple, dans le
chapitre de la Gouvernance efficace et mobilisatrice ,
on veut introduire dans le texte de
la
Loi sur l'accès les principes et les objets... les raisons pour lesquelles
on veut avoir plus d'accès à l'information. Il y aura une introduction
d'un
chapitre distinct sur l'accès concernant la diffusion proactive. C'est
tout le coeur d'une loi qui, aujourd'hui,
est essentiellement réactive. On attend qu'on demande, on offre la réponse à un
gouvernement qui offre de
l'information, qui diffuse l'information. Il y en a qui diront que la
conséquence, c'est qu'il y aura peut-être moins de demandes, parce qu'il y aura un jour beaucoup d'informations qui
seront diffusées, mais évidemment tout ça demande un plan. Passer d'un
gouvernement... Je le dis pour ceux dont les aspirations seraient : dès
que c'est adopté, on est rendus qu'on a
tout. Ça représente un nombre de ressources humaines et financières importantes
pour pouvoir s'y rendre. L'important, c'est donc d'établir un
cheminement, un plan de diffusion. On aura l'occasion d'y revenir.
On veut
revoir le rôle du ministre responsable de l'application de la loi. Ça s'adonne
qu'en ce moment c'est moi, il y en
aura d'autres qui l'auront, mais ça met... Et, moi, ce qui m'a animé en
regardant et en discutant de ces choses-là, c'était comment je peux
réussir à répondre à des questions tout à fait légitimes sur comment cette loi
est appliquée. Il faut donc qu'on soit en
mesure de poser des questions, d'avoir des outils de vérification, de collecter
de l'information pour être en mesure de bien administrer et bien
accompagner ceux qui ont à répondre aux demandes ou à participer à la diffusion
de l'information.
Nous allons introduire des règles d'interprétation
claires dans la
Loi sur l'accès. Nous allons mieux encadrer l'exercice du pouvoir décisionnel. Nous allons
accroître l'accessibilité aux documents détenus par le ou la ministre ou
encore par les cabinets, qui est quand même
une question qui date, qui est en suspens depuis longtemps. On y
reviendra. Nous allons revoir les conditions d'application des restrictions
applicables aux documents fournis par les tiers. Nous allons favoriser l'accès aux informations de nature environnementale.
Pas facile : la façon dont c'était écrit amenait presque une impossibilité d'application. Nous allons en
discuter. Réduire les délais maximums d'inaccessibilité aux documents.
Et là on aura une discussion très intéressante sur tous ceux qui plaident pour
la diffusion immédiate, notamment de recommandations qui amènent une décision,
et la discussion sur l'espace privé de réflexion.
Le Président (M. Hardy) : Merci, M.
le ministre. Le temps est écouté.
Fournier : J'avais tellement beaucoup de choses à dire. Vous
m'embêtez. Vous m'embêtez, vraiment. Alors, voilà, je suis piégé...
Le Président (M. Hardy) : On vous en
a donné un petit peu plus.
M. Fournier : Et j'ai déjà
écrit beaucoup avec tous les gens, alors mes collègues peuvent maintenant
prendre la parole.
Président (M. Hardy) : J'invite maintenant la porte-parole de
l'opposition officielle et députée de Taschereau à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale de 3 min 30 s.
Maltais :
Merci, M. le Président. Bien, je vais d'abord vous saluer et saluer le
ministre, les gens qui l'accompagnent, qui ont sûrement travaillé très
fort pour cet événement important, les collègues parlementaires, et le nouveau
collègue de la deuxième opposition qui, ce matin, officie. Ça fait seulement
24 heures qu'il a été nommé, il va être avec nous.
Moi-même,
j'avoue que j'ai étudié quand même
assez rapidement le dossier, puisque je remplace mon collègue
le député de Jonquière qui est actuellement de l'autre côté, dans l'autre
salle, en train de débattre du livre vert sur les aménagements au règlement sur
la
Loi sur la qualité de l'environnement. Donc, je fais un peu office de
relève, mais, croyez-moi, ce dossier, il
m'intéresse depuis très longtemps, alors j'ai fait mon travail avec sérieux. Je
salue les gens de la Commission d'accès à l'information.
La loi
d'accès à l'information — puisqu'on
l'appelle comme ça maintenant — est
entrée en vigueur en 1982. C'est encore un des bilans du gouvernement...
des gouvernements multiples du Parti québécois duquel on est très fiers, très, très
fiers, et je pense que tout
le monde s'enorgueillit maintenant
d'avoir été à l'époque un gouvernement qui était à l'avant-garde en matière
d'accès à l'information.
rappellerais que — d'ailleurs,
pour reprendre les propos du ministre un peu sur les grands sujets de
débat — cette
loi-là ne s'appelait pas au début loi
d'accès à l'information, parce qu'elle a deux volets. C'est d'abord la
Loi sur
l'accès aux documents des organismes publics,
partie de la discussion à
laquelle faisait référence notre collègue le leader du gouvernement, et c'est aussi sur la protection des
renseignements personnels. Donc, deux volets très importants. Alors, on
va aussi se rappeler qu'il y a ces deux volets-là.
Nous, de notre côté, nous sommes... on accueille
favorablement, vraiment, cette importante réforme, qui est nécessaire, de la loi d'accès à l'information.
Donc, on est très contents d'assister à ces débats et on va y participer
avec ce que j'appellerais une énergie positive.
Cependant,
évidemment, il faut regarder, bien sûr, les intentions gouvernementales, mais
il faut regarder aussi ce qu'a fait
le gouvernement depuis qu'il est entré en fonction. Il y a deux choses, deux
éléments où je me dis : Bon, il y a des intentions, mais comment est-ce que ça se pratique dans la réalité?
Il y a le ministre responsable de la loi qui essaie d'introduire dans le gouvernement des tendances
pour essayer d'ouvrir, mais il y a, par contre... Par exemple, les
agendas des ministres qui devaient être
extrêmement ouverts, généreux, on sait que... Je vais vous donner un exemple.
Par exemple, si on suit les agendas
des ministres, ça veut dire que le ministre de l'Agriculture, depuis qu'il est
entré en fonction, n'a jamais
rencontré aucun groupe. Je ne peux pas croire que ce soit possible, mais
pourtant c'est ce qui est écrit dans les agendas. Donc, il semble y avoir une faille dans la volonté
du ministre d'appliquer les choses, alors allons-y sur la transparence.
L'autre
chose, évidemment, dans le cas des urgences, par exemple, depuis que la loi
n° 10 a été adoptée, il y a des données
Web sur les urgences qui sont passées à la trappe. Donc, comment ces
exemples-là vont nous permettre d'arriver et de voir qu'est-ce qui est important, pourquoi il y a une résistance,
parce qu'il y a sûrement des raisons pour lesquelles il y a une
résistance, puis de voir si la loi doit s'attaquer à ça?
Donc, un
plaisir de travailler avec vous, M. le Président, d'autant que je pense qu'à
l'article 31, où on est en relais d'un geste de notre gouvernement,
qui a été bref mais qui a été quand même... qui a eu le temps de faire
certaines choses assez pertinentes, dont la
mise en ligne du projet pilote Jeveuxsavoir.org dont, aujourd'hui, ce
livre vert veut... auquel ce livre vert veut donner suite. Alors, on est
avec vous, M. le Président.
Le Président (M. Hardy) : Merci pour
ces remarques préliminaires. J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière d'accès à
l'information et député de Borduas à faire ses remarques préliminaires
pour une durée maximale de 2 min 30 s.
Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. À mon tour de vous saluer, de saluer M. le ministre, les
collègues de la
partie gouvernementale, ma
collègue de l'opposition officielle ainsi que mon collègue de
Nicolet-Bécancour, qui va m'accompagner durant cette commission.
D'entrée de jeu, M. le Président, et comme le
soulignait la porte-parole de l'opposition officielle, c'est mon premier jour en tant que porte-parole du deuxième
groupe d'opposition en matière d'accès à l'information, puis je pense que c'est un dossier qui est très important pour
l'ensemble des Québécois. Parce que, vous savez, M. le Président,
lorsqu'on est au gouvernement ou lorsqu'on
travaille à l'intérieur d'une société d'État ou qu'on travaille pour l'État québécois
de près ou de loin, c'est important que les gens puissent avoir accès au
maximum d'information possible.
J'entendais
le ministre dire : Ça prend beaucoup de ressources pour rendre ces données
publiques, là, puis c'est un processus.
J'en conviens. Cependant, M. le Président, je vous dirais que c'est fort
important d'avoir de la transparence. Et on apprécie, on souligne le
travail qui a été fait, de la
partie gouvernementale, d'arriver avec un
document qui, on l'espère, va changer la
façon de faire et qui va amener à l'adoption d'une pièce législative qui va
faire en sorte qu'on va modifier la
loi. Parce que la transparence devrait être la norme et on ne devrait pas faire
en sorte de ne pas rendre accessibles les documents. Ça devrait être
plutôt la norme de les rendre accessibles le plus facilement possible pour les
citoyens. D'autant plus qu'avec la loi
actuelle il y a certaines problématiques, M. le Président, notamment au niveau de la contestation, lorsque les documents
ne sont pas rendus admissibles, ou notamment au niveau des délais. Donc, c'est de très longs délais au niveau
de la médiation, au niveau de la révision, au niveau des enquêtes. Donc,
on parle parfois des délais de plus
d'une année. Donc, pour le citoyen qui souhaite obtenir ces documents,
c'est fondamental qu'il puisse avoir accès facilement aux documents, et
c'est important aussi d'avoir le plus de transparence possible.
Donc, durant
cette commission, nous allons entendre les groupes et nous
arriverons avec des propositions afin de bonifier
le projet du ministre afin que nous puissions avoir un État québécois
le plus transparent possible, au service de ses citoyens. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Hardy) : Merci pour
ces remarques préliminaires.
Nous allons maintenant
débuter les auditions. Sans plus tarder, je souhaite la bienvenue à la Commission d'accès à l'information. Je vous
invite à vous présenter, et je vous rappelle que vous disposez de
30 minutes pour votre exposé.
Chartier (Jean) : Merci, M. le Président. Alors, M. le Président de la
commission parlementaire, M. le ministre, Mmes, MM. les députés,
mesdames et messieurs, permettez-moi d'abord de vous présenter, tel que m'y a
invité le président de la commission
parlementaire, les gens qui m'accompagnent. Alors, à ma gauche immédiate, Me
Diane Poitras, qui est vice-présidente de la commission; à sa gauche à
elle, Mme Christiane Bétie, qui est directrice par intérim de la
section de
surveillance de la commission; et, à ma droite, Me Jean-Sébastien
Desmeules, qui est secrétaire général de la commission et directeur des
affaires juridiques.
La commission
désire d'abord saluer la volonté du gouvernement, constatée dans les
orientations gouvernementales, de
réviser en profondeur la
Loi sur l'accès, notamment pour promouvoir la
transparence et mettre à jour les règles relatives à la protection des renseignements personnels. La
commission se réjouit également, et le ministre y a fait allusion, de
voir que le gouvernement souhaite donner
suite ainsi à plusieurs recommandations qu'elle a faites au cours des années
dans ses rapports quinquennaux précédents, de 2011, de 2002 et même celui de
Dans son
mémoire, la commission formule des commentaires sur chacune des
31 orientations gouvernementales. Elle
se devait de le faire, évidemment. Compte tenu du temps qui m'est alloué
aujourd'hui, je n'insisterai que sur certaines d'entre elles, en plus d'attirer votre attention sur des propositions
additionnelles de la commission qui vont dans le sens de la modernisation envisagée par le gouvernement. Je
formulerai donc des commentaires sur trois sujets : l'accès aux documents, la protection des renseignements
personnels et évidemment l'orientation 30, c'est-à-dire les pouvoirs
d'une nouvelle commission envisagée par les orientations.
D'entrée de
jeu, je me répète un peu, mais la commission salue les orientations qui visent
à accroître la transparence gouvernementale,
notamment la diffusion automatique accrue qui résulterait des modifications
proposées, la réduction des délais
maximums d'inaccessibilité de certains documents, bien que la commission
considère — c'est
son rôle — que certains
délais, même réduits par la proposition gouvernementale, pourraient l'être encore
plus, l'obligation de motiver de façon
explicite un refus de communiquer des documents lors de la prise de décision
des responsables de l'accès, et les orientations
qui visent l'amélioration d'une culture de transparence et l'instauration d'une
culture de transparence plus grande au sein de la machine
gouvernementale.
Au
chapitre des restrictions au droit d'accès,
toutefois, la commission propose que l'on s'inspire de modèles législatifs contemporains dans ce domaine qui ont
fait plus d'avancées. Comme premier principe, la commission propose de revoir le libellé des restrictions afin qu'elles
soient précises et limitées par leur portée et quant à leur durée dans le
temps. Actuellement, vous le savez, il y a
plusieurs restrictions de la
Loi sur l'accès qui permettent à un organisme
public de refuser l'accès à un
document et qui sont rédigées en termes généraux : «le responsable de
l'accès peut refuser», «doit refuser», laissant une large discrétion aux
organismes publics.
De l'avis de
la commission, une façon de mieux encadrer l'exercice du pouvoir décisionnel de
l'organisme consiste à s'assurer que toutes les restrictions de la Loi
sur l'accès comportent une limite d'application dans le temps ou alors l'obligation de démontrer un préjudice susceptible
de résulter de la divulgation des renseignements. Je prends pour exemple
les articles 18, 23, 34, de la loi actuelle, qui ne comportent ni délai
dans le temps ni obligation pour le responsable de l'accès de démontrer un
préjudice.
La commission invite le gouvernement à envisager
l'approche retenue par d'autres juridictions canadiennes qui consiste à limiter la portée des restrictions
en précisant des situations ou celles-ci ne peuvent pas être invoquées
pour refuser l'accès à un document. Cette
voie nous semble une façon fort intéressante d'encadrer le pouvoir
discrétionnaire des organismes et de rendre
plus de documents accessibles évitant, par le fait même, plusieurs litiges qui sont portés devant la commission.
Prenons
l'exemple dont on entend souvent parler, les avis et les recommandations, l'article 37
de la
Loi sur l'accès. Dans d'autres provinces canadiennes, cette
restriction... il est prévu... La disposition législative des autres provinces auxquelles je fais référence prévoit explicitement
que les documents contenant les avis et recommandations doivent être divulgués s'ils comportent et s'ils contiennent un
sondage ou un rapport statistique, le rapport ou le résultat d'une étude
relative au rendement ou à l'efficacité d'une institution, un rapport qui a été
publiquement cité comme ayant servi de fondement
à une décision, une étude de faisabilité ou une étude technique, y compris une
estimation des coûts. La loi, dans ces juridictions, vient préciser des...
Plutôt que de dire : Le responsable de l'accès peut refuser ces documents,
la loi vient préciser les genres de
documents qui, au contraire, doivent être divulgués. On retrouve le même
principe, dans ces législations, pour d'autres restrictions, par exemple
en matière de documents qui émanent de corps de police ou d'organismes reliés à
la sécurité publique. On transformerait ainsi un pouvoir général de refuser
l'accès, tel qu'il est libellé dans la loi
actuelle, en une obligation spécifique de divulgation, ce qui nous semble
rencontrer d'ailleurs, il faut bien le dire, la volonté gouvernementale
exprimée maintes fois dans les orientations.
Comme
deuxième principe, la commission propose de limiter davantage les motifs de
refus obligatoire. Vous le savez, la
Loi sur l'accès prévoit à l'heure actuelle deux types de restrictions : des restrictions où le responsable de
l'accès doit refuser tel, tel, tel document, et des restrictions, qu'on appelle
facultatives, où la loi s'exprime en disant que le responsable de l'accès
«peut» refuser, il a donc une discrétion.
La commission
recommande que les restrictions à caractère facultatif deviennent la règle et
que les restrictions obligatoires soient limitées le plus possible aux
seules situations qui visent à protéger un intérêt qui requiert une confidentiatlité quasi totale, par exemple les
renseignements personnels. Il est déjà acquis que, quand on fait face à
un document qui émane d'un organisme public,
qui contient les renseignements personnels, les renseignements
personnels sont confidentiels. On devrait limiter, donc, le plus possible, ce
genre de restriction obligatoire, cela permettrait aux organismes publics de donner
accès à plus de renseignements et présentement, par
rapport à la situation
actuelle, cela leur permettrait de donner accès à des renseignements
qu'ils sont présentement obligés de refuser.
Il est toujours intéressant d'émailler une
démonstration telle par des statistiques. Sachez que la commission constate à
l'heure actuelle, dans la dernière
année, que 45 % des motifs de
refus invoqués par les organismes publics sont basés sur des restrictions obligatoires où l'organisme ne peut même pas
dire : Oui, je pourrais t'en donner une partie. La disposition
législative dit : Le responsable de l'accès doit refuser un document de
telle, telle nature. 45 %.
Prenons l'exemple de l'article 28
de la
Loi sur l'accès, qui s'applique à des renseignements détenus par les
corps policiers. Cet
article est fréquemment
invoqué pour refuser l'accès à des documents et cet
article ne laisse aucune
discrétion aux responsables de l'accès. Dès
que le document demandé correspond à un document qui a été colligé par un
membre d'un corps de police dans le but de
combattre une infraction aux lois ou alors dans le corps d'une enquête, le
responsable doit en refuser l'accès. Lorsqu'un demandeur requiert la révision
de ce refus devant la commission, le seul rôle de la commission est de vérifier s'il s'agit bien d'un renseignement qui a été
colligé par un membre d'un corps de police. Et, si oui, la commission
n'a d'autre choix que de dire : Voyez, M. le demandeur, Mme la
demanderesse, l'organisme avait raison, il
n'avait pas le choix, il devait refuser de communiquer tout ou
partie du
document. Évidemment, cela limite, vous l'aurez compris, une
intervention que peut faire la commission.
Or, selon notre
expérience, les documents dont l'accès est refusé, par exemple en vertu de
cette disposition-là à l'article 28, ne
sont vraiment pas toujours des renseignements de nature à mettre en péril la
sécurité publique, le bien rendu des
enquêtes. Et les renseignements qui sont colligés par ces corps de police sont...
Et il arrive même que certains responsables
de l'accès nous disent : Vous savez, il y a une
partie du rapport, je
l'aurais bien donnée, mais la loi ne me donne aucune espèce de
discrétion pour en libérer une partie.
Les organismes
publics sont obligés de refuser l'accès aux renseignements de la nature de ceux
prévus à l'article 28. Cet exemple que je vous donne illustre, selon nous,
la nécessité de revoir la rédaction des dispositions impératives afin d'obliger une évaluation, par le responsable de
l'accès, du contexte dans lequel les documents ont été rédigés et du
contexte dans lequel la demande d'accès est faite.
Comme
troisième principe, la commission propose que les restrictions soient fondées
sur des critères subjectifs faisant
référence à un risque de préjudice. Parmi les modifications à envisager à la
loi dans le document d'orientation, il est proposé que le responsable de
l'accès motive davantage un refus de donner accès à un document en expliquant
le préjudice susceptible. La commission
applaudit une telle proposition qui, si elle était adoptée, ferait certainement
avancer l'accès à l'information.
Toutes
les restrictions à l'accès ne réfèrent pas à une conséquence ou à un risque de
préjudice dans le texte actuel. Certaines
dispositions sont fondées sur des critères objectifs, par exemple la nature du
renseignement, l'écoulement du temps
ou la provenance du document. Encore une fois, prenons l'exemple de l'article
37, qui vise les avis et les recommandations. En vertu de cette
disposition, dès que l'organisme démontre que les renseignements demandés répondent à la définition d'un avis ou d'une
recommandation et si le délai depuis lequel cet avis ou cette
recommandation-là a été donné est de plus de 10 ans... de moins de
10 ans, par contre... pardon, il peut en refuser la communication. L'organisme n'a aucun autre fardeau de preuve, il
n'a pas à démontrer que la divulgation des renseignements nuirait, par exemple, à la formulation libre et franche d'avis
et de recommandations à l'organisme, qui est probablement l'objectif
poursuivi par cette restriction depuis qu'elle est dans la loi, c'est-à-dire
depuis l'adoption en 1982.
restrictions fondées sur ces critères purement objectifs encouragent, nous le
croyons, l'application automatique des
restrictions par les responsables de l'accès. Elles ne permettent pas à ce
responsable de l'accès de moduler sa décision en fonction de la poursuite d'un objectif légitime suffisamment important
et qui pourrait l'emporter sur le droit à l'accès. En conséquence, l'ensemble des restrictions au droit
d'accès devraient prévoir un critère subjectif, un test de préjudice qui
pourrait être causé à l'intérêt public protégé par l'exception en cas de
divulgation de l'information.
commission recommande également que l'ensemble des restrictions au droit
d'accès... — et je
sais que nous sommes audacieux dans
cette dernière recommandation en matière d'accès — que l'ensemble des restrictions au
droit d'accès soient assujetties à la primauté de l'intérêt public. La présence
d'une disposition dans la loi prévoyant que l'intérêt
public devrait avoir préséance sur les restrictions à l'accès permettrait,
selon nous, de favoriser l'équilibre entre le droit du public à
l'information et les intérêts protégés par les diverses restrictions.
La possibilité, pour
le responsable de l'accès, de communiquer des documents dans l'intérêt public
malgré une restriction devrait prévoir
évidemment des balises. L'intérêt public auquel on pense n'est pas l'intérêt du
citoyen qui marche dans la rue et qui
dit : Ah oui! Ça, c'est d'intérêt public. Non, il faut absolument... il
faudrait absolument prévoir dans la
loi des balises qui permettent au responsable de l'accès de passer parfois
outre à une restriction pour reconnaître la publication du document
d'intérêt public.
commission, dans son rôle, chargée de la révision des décisions des
responsables de l'accès aurait également des critères à imposer avant de libérer un document au nom de l'intérêt
public. Et, vous savez, j'ai dit tout à l'heure que c'était audacieux. C'est vrai, mais ça ne l'est
plus tellement en 2015. Sachez qu'au Canada il y a neuf — neuf — provinces
qui ont une
loi sur l'accès ayant une disposition relative à l'intérêt public.
Alors, en 1982, ça aurait été peut-être très audacieux. En 2015, comme vous le
voyez, ça l'est déjà beaucoup moins.
Quelques
mots au sujet de l'orientation n° 11 qui vise à augmenter le nombre
d'organisations assujetties à la
Loi sur l'accès. Encore une fois, nous applaudissons à cette volonté
gouvernementale. Cependant, malgré l'objectif poursuivi par cette orientation, aucun nouvel organisme public
ne sera assujetti à cette loi si le gouvernement va de l'avant avec le
critère qui est développé dans les orientations.
que le gouvernement propose, c'est de déclarer que seront dorénavant des
organismes publics, et considérées comme
tels, toutes les sociétés à fonds social dont toutes les actions sont détenues
par l'État. Or, nous ne sommes pas contre,
évidemment, mais cela est déjà le cas dans l'interprétation que la commission
fait de cas particuliers qui arrivent devant elle, parce que cela ne consisterait qu'en, je dirais, la rédaction
législative de l'interprétation de la jurisprudence, actuellement. La
commission suit actuellement une décision de la Cour d'appel, qui a été rendue,
et qui dit déjà que toute société constituée à 100 % de fonds sociaux de
l'État est un organisme public.
Alors, cette
réflexion... Selon nous, le gouvernement doit continuer sa réflexion pour
pousser un peu plus loin dans le but de
faire en sorte que plus d'organismes publics soient assujettis. Et, quand on
pense à quels organismes publics pourraient l'être, on peut penser à n'importe quelle
organisation dont le contrôle de l'organisme est prévu par une majorité de gens désignés par l'État, on peut
penser à une organisation dont le financement est en grande partie...
nous, on avait proposé 50 % en
provenance de l'État, on peut penser à des organisations dont les dirigeants
sont nommés par l'État. Bref, la
commission continue de croire que des organisations qui bénéficient largement
des fonds de l'État et qui exercent des
fonds publics... qui exercent des fonctions publiques, dis-je, ou dispensent
des services publics devraient, en contrepartie, s'attendre à rendre
leurs comptes publics.
terminant, au
chapitre de l'accès aux documents, la commission formule
plusieurs autres propositions visant à bonifier les propositions faites
dans le document d'orientation et invite les parlementaires à les considérer.
chapitre de la protection des renseignements personnels, le document
d'orientation formule des propositions intéressantes
que la commission soutient, notamment l'adoption d'un cadre de gouvernance et
de gestion en matière de protection des renseignements personnels, la
mise en place d'un processus d'évaluation préalable des risques et des impacts
sur le respect de la vie privée et sur la protection des renseignements
personnels, l'obligation de déclarer à la commission les incidents de sécurité
concernant les renseignements personnels. Toutefois, le document d'orientation n'aborde pas les questions liées au vieillissement
de concepts juridiques, comme par exemple la notion de renseignements personnels ou alors la notion de consentement
lorsque, par exemple, vous allez sur le Web naviguer sur des sites, ni
les enjeux soulevés par l'apparition de
nouvelles formes de traitement de renseignements personnels qui sont favorisées
par le recours aux objets connectés, au
profilage à des fins de marketing, aux applications mobiles, à la
vidéosurveillance, à l'infonuagique et aux «big data».
Bien
que le gouvernement ait affirmé son intention de modifier éventuellement la loi
sur le privé, nous faisons la remarque
qu'il ne faudrait surtout pas l'oublier dans le sillage de la réforme de la Loi
sur l'accès. Il importe que la
Loi sur la
protection des renseignements personnels dans le secteur privé soit
éventuellement modifiée de façon presque concomitante à la
loi sur
l'accès dans les organismes publics, parce qu'évidemment les concepts sont les
mêmes.
commission a formulé des commentaires sur chacune des orientations relatives à
la protection des renseignements personnels mais attire votre attention
sur deux en particulier.
évaluations préalables de risques en matière de vie privée. En adoptant ces
orientations, le Québec emboîtera enfin le pas à d'autres législations
qui contiennent déjà une telle obligation. La commission tient à préciser que
ces évaluations doivent s'effectuer dans une
perspective d'amélioration continue, c'est-à-dire qu'elles doivent être
initiées dès que le projet est élaboré, mais
qu'elles devraient également se poursuivre au cours de la conception du projet,
et ce, jusqu'à la fin de la vie utile des renseignements qui auront été
collectés. Ces évaluations devraient également être accessibles aux citoyens. L'introduction d'une telle obligation
permettrait de renforcer leur confiance dans la gouvernance et dans la
gestion que l'État fait de leurs renseignements personnels.
Quant
à la gestion des incidents de sécurité, encore une fois la commission salue la
volonté du gouvernement de rendre
obligatoire la déclaration des incidents de sécurité, comme cela se fait dans
quelques autres juridictions au Canada. Toutefois, dans son mémoire, la commission invite le gouvernement à
préciser les conditions de cette déclaration, de quelle façon elle devrait être faite. La commission
considère que seuls les incidents de sécurité impliquant des
renseignements personnels, qui présentent un
risque important pour les citoyens qui sont visés devraient lui être déclarés.
Il serait contre-productif de
déclarer à la commission l'ensemble des incidents de sécurité, notamment ceux
qui ne sont pas susceptibles de créer préjudice aux individus concernés.
Également, la commission ne devrait pas avoir à déterminer quels incidents devraient être connus du public. À partir du
moment où ils sont déclarés à la commission, tous les incidents de
sécurité devraient être déclarés publiquement. Enfin, elle considère qu'elle
devra disposer de moyens légaux lui permettant d'obliger les organismes à prendre les mesures qu'elle estime
nécessaires afin, évidemment, d'éviter ou d'atténuer les effets de
l'incident pour les personnes concernées.
terminant, la commission souhaite évidemment commenter l'orientation 30
qui propose de la transformer en organisme
non juridictionnel. Ce faisant, si nous comprenons bien la proposition contenue
dans les orientations, la
section juridictionnelle de la commission et
les pouvoirs qu'elle exerce seraient confiés au Tribunal administratif du
Québec. Selon le document gouvernemental, cette orientation semble avoir été
introduite pour assurer l'indépendance de la commission,
instaurer un mode alternatif de règlement des plaintes, maintenir la double
compétence de la commission en accès
et en PRP et conserver son pouvoir d'ordonnance. La commission souligne en tout
respect que le modèle actuel de fonctionnement, qui dure depuis 1982,
rencontre déjà tous ces objectifs.
exemple, le document d'orientation indique, à la page 142, que «le
[nouveau] commissaire à l'accès à l'information
et à la protection des renseignements personnels — qui serait investi de ce nouvel
organisme — aurait
la responsabilité d'aider les parties à
régler à l'amiable les conflits qui les opposent par la médiation». Je précise
aux parlementaires qui sont devant
moi que la commission a institué depuis le début des années 90 un
processus de médiation efficace, soit depuis plus de 25 ans, et qui
a réglé, dans la dernière année, 80 % des dossiers. Une moyenne sur ces 25 dernières années, c'est 75 % des
dossiers qui sont réglés, et on me disait hier que, les statistiques de l'année
en cours, 2015-2016, nous avons réglé, à date, 81 % des dossiers en
médiation. Ce n'est donc pas une panacée qui apparaîtrait alors dans cette
nouvelle structure.
Mais
surtout la commission s'inquiète du fait que la proposition retire, à toutes
fins pratiques, ce qui constitue la force
du modèle actuel, soit le pouvoir de rendre des ordonnances exécutoires et
d'offrir un guichet unique aux citoyens. Selon le modèle proposé, les
ordonnances de la commission s'apparenteraient dorénavant davantage à un
pouvoir de recommandation. Dans le cas où un
organisme public, donc, refuserait de suivre une recommandation du
commissaire, le citoyen devrait attendre
qu'un deuxième organisme reprenne l'ensemble du dossier devant le TAQ et rende
une décision avant d'avoir finalement accès aux documents.
À l'heure actuelle, la commission bénéficie d'un
pouvoir d'émettre des jugements qui sont exécutoires après 30 jours si le
citoyen ne va pas en appel. Dans ce modèle proposé, un organisme insatisfait de
l'ordonnance de la commission n'aurait tout simplement
qu'à l'ignorer. C'est ce qui arrive très souvent, d'ailleurs, au niveau
fédéral. Ça obligerait alors la commission à
intenter un recours devant le TAQ, qui procédera à un examen de nouveau du
dossier. Ce n'est que si la commission obtient le gain de cause devant le TAQ
et en l'absence d'un droit d'appel — parce que les orientations ne le précisent pas encore — en l'absence d'un droit d'appel ou de
recours en révision judiciaire que le citoyen pourrait enfin obtenir le
document.
Comme une
image vaut mille mots, je vous invite à jeter un coup d'oeil à la page 79
du mémoire de la commission, où vous
verrez un tableau où nous avons, de façon la plus honnête possible, énuméré les
étapes de chaque processus, le processus
actuel et l'orientation proposée par le gouvernement, et vous verrez évidemment
que la différence est évidente. À notre
avis, la proposition gouvernementale alourdirait et allongerait le processus de
recours du citoyen. Elle affaiblirait, au surplus, les pouvoirs et la crédibilité que la commission s'est forgés
depuis 30 ans. Il s'agirait d'un recul pour les citoyens du Québec,
allant à l'encontre des tendances actuelles aux niveaux canadien et
international.
D'ailleurs,
j'y faisais allusion tout à l'heure, la commissaire fédérale à l'accès à
l'information, qui applique un modèle
fort semblable à celui qui est proposé par les orientations, a conclu
récemment, dans un rapport qu'elle a déposé au Conseil privé fédéral en mars 2015, que le modèle actuel «comporte
des inconvénients importants» et qu'il «n'incite pas les institutions à maximiser la divulgation [des
documents] en temps opportun». La commissaire fédérale conclut qu'après
avoir complété plus de 10 000 enquêtes elle considère que le modèle
exécutoire dont elle rêve, et qui est celui du Québec, et dont elle nous dit, dans ses conversations privées, qu'elle
en rêve, protégerait mieux les droits des citoyens à l'information et
les droits des Canadiens à l'information de nature fédérale, en plus d'être la
norme progressive en cette matière.
La commission considère que les objectifs
poursuivis par le gouvernement en proposant cette orientation, de toute façon, qui vise à déjudiciariser et qui vise
à accélérer le processus, pourraient être atteints en misant sur les
acquis du modèle actuel et en y apportant des modifications.
Nous
proposons, par exemple, d'abolir l'appel des décisions de la commission
afin de déjudiciariser le
processus de contestation d'un refus pour le citoyen, tel que le proposait
la Commission de la culture en 2004, proposition qui n'a pas été suivie par la suite. Dans la mesure où ce recours s'apparenterait seulement
à une révision judiciaire, seule la
révision judiciaire devrait être retenue, et l'expérience prouve que la
révision judiciaire est un recours beaucoup moins utilisé.
Enfin, la
commission souligne un aspect positif de cette orientation, soit la volonté de
lui assurer une meilleure indépendance en proposant qu'elle relève de
l'Assemblée nationale tant au niveau de ses budgets que de la reddition de comptes. Elle invite le législateur à se
pencher également sur la durée des mandats de ses membres et le processus
de leur renouvellement de façon à lui assurer plus d'indépendance.
En terminant, je tiens à réitérer au ministre et
à tous les parlementaires l'engagement de la commission et sa collaboration dans la poursuite des travaux vers
la réforme de cette loi si importante. Tout en appuyant les propositions
intéressantes des orientations
gouvernementales, la commission soumet aujourd'hui des commentaires dans le but
de les bonifier. Elle invite les
parlementaires à poursuivre la réflexion et les travaux de manière à ce que la réforme
envisagée constitue une réelle modernisation
de cette législation sur l'accès à l'information afin qu'elle redevienne le
modèle qu'elle était en 1982, au
moment où elle a été adoptée, et dont pourront s'inspirer à l'avenir d'autres
juridictions. Je vous remercie.
Président (M. Hardy) : Merci pour votre présentation. Nous allons
maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, à vous la
parole pour une période de 22 minutes.
Fournier : Oui, merci, M. le Président. Je ne sais pas si on va
vouloir faire des blocs et on revienne. Quant à moi, ça serait plus utile. Mais, en tout cas, pour l'instant... à la
limite, prendre un 10 puis revenir pour notre 12 minutes par la
suite, mais... Je peux faire tout d'un coup, là, mais, si on le divisait, ça
serait plus utile pour moi.
Maltais : ...alors
le diviser pour nous, c'est...
Fournier : Alors, on vous donne peut-être 12 minutes puis
après ça 10 minutes, par la suite. Donc, 12 minutes, vous y allez, puis on peut conclure par la suite.
Non? Vous faites votre 13 minutes au complet? Enfin, l'idée était la
suivante, c'est que, parfois, j'écoute les
questions et les réponses, puis là je prends des notes, il faut que je me
relise, il faut que je me comprenne.
Après ça, tout à coup que vous apportez quelque chose qui m'intéresse, j'aurais
voulu pouvoir en remettre par-dessus. C'est juste ça. Si vous êtes
d'accord pour que je divise mon 22 minutes, là, ça serait...
Mme de Santis :
On aurait pu suggérer peut-être qu'on prenne les 10 ou 12 minutes, vous prenez
votre temps, on revient, et ils prennent leur temps.
Maltais :
On peut peut-être suspendre pour deux secondes. Mais je veux juste dire qu'on
pourrait faire... mais pas un 10-12. S'il y a un bloc au ministre à
l'après, ce qui est exceptionnel... D'habitude, on refuse ce genre de choses. On dit : À chacun d'interroger, c'est
la règle. S'il y a des choses à la fin, peut-être un dernier cinq minutes
pour des prises... pour pas que ça fasse, sans ça...
M. Fournier : ...très bien.
Maltais :
Gardez-vous un dernier cinq minutes pour des...
M. Fournier :
Faisons le 22 minutes puis, à la limite, on se gardera peut-être un peu de
temps pour revenir.
Bon! Bien,
bonjour et merci d'être là. Je vais essayer de faire le tour sur certains
sujets. Faites-vous en pas, on va s'intéresser à la question du TAQ et
de la CAI, tout ça. Il ne faut pas s'en faire avec ça, là, je ne voulais juste
pas les aborder dès le début. Je veux prendre certains éléments.
Par exemple,
sur les restrictions, vous dites d'entrée de jeu : Il faut limiter la
portée des restrictions. Je tiens à vous dire que je pense bien que c'est le coeur beaucoup de ce qu'il y a dans
le document. Alors, là-dessus, on se comprend. Il y a même non seulement des objectifs, il y a même des
principes d'interprétation que vous ne voulez pas qu'on mette dans la loi puis qu'on veut mettre dans la loi pour
s'assurer que les exceptions soient vraiment des exceptions. C'est pour vous
dire qu'on est peut-être même... qu'on va
même plus loin que ce que vous voulez pour s'assurer que les restrictions
sont des restrictions.
Et vous avez parlé de l'importance notamment du
test du préjudice, dans le fond, et vous dites : Dans le fond, ça, ça manque un peu, et, s'il y en avait plus, on...
Et je regarde la page 61, on dit ceci : «Le ou la responsable doit
s'assurer qu'il y a un lien direct entre le préjudice et la divulgation et
entre les conséquences de la divulgation et l'objet de la restriction.» Donc, les modifications législatives
sont «de mieux définir la notion de préjudice, en prévoyant que
celle-ci devra reposer sur le lien direct
entre les conséquences de la divulgation et l'objet visé par la restriction;
d'introduire la nécessité, pour le ou la responsable, dans sa décision
motivant un refus, d'expliquer le lien direct entre le préjudice et la
divulgation».
Alors, je vous écoutais puis je trouvais qu'on
l'avait fait pour... Puis je vais continuer sur d'autres, si vous voulez le prendre en note, peut-être, puis me
revenir là-dessus. J'essaie de voir où on ne dit pas la même chose. Parce
que vous nous avez dit : Les
restrictions doivent être restreintes, mettons les exceptions très
exceptionnelles, et notamment pour
s'en... Vous avez dit : Oui, c'est vrai, je reconnais qu'il y a un désir
que la décision soit motivée, mais il faudrait qu'on tienne compte du préjudice. Il me semble qu'on en tient compte.
Alors, peut-être que je ne vous ai pas compris, peut-être que vous ne
nous avez pas compris, mais j'aimerais ça voir qu'est-ce qui achoppe.
Sur les avis et recommandations, vous avez
dit : Bon, ce n'est pas possible de l'avoir. Pourtant, sous d'autres juridictions, il est possible d'avoir... notamment
il y a des études statistiques ou certains éléments. Or, la
recommandation 23, puis je vais
essayer de me retrouver, je ne sais plus c'était à quelle page, mais la
recommandation 23 veut rendre obligatoire la diffusion des études et des rapports de recherche ou de statistiques
accessibles. Donc, il y a... ce n'est peut-être pas tout ce que vous voulez, mais on l'aborde, cette
question-là. Je ne sais pas comment vous pourriez nous ramener là-dessus.
Et je vais
faire... Le prochain sujet permettra de faire une pause et de vous permettre de
revenir. Enfin, c'est toute la
question du «peut» et du «doit». Alors, je veux m'arrêter un peu sur le «peut»
et le «doit», parce que c'est une formule que j'ai utilisée quand je suis entré dans mes fonctions pour dire que
la problématique est peut-être que les «peut» sont interprétés comme «ne doit pas». Et vous souhaitez
que le «peut» reste. Alors, je vais vous dire comment ça s'est posé pour
moi. On vient de deux horizons différents.
Moi, je
rencontre des journalistes dans le corridor, puis ils disent : Le «peut»
veut dire «ne peut pas», et que la loi, telle qu'elle est écrite, fait en sorte qu'on ne les a jamais. Alors,
j'essaie de sortir de là. Je me serais attendu à un ton, dans le rapport, un peu plus reconnaissant de l'effort
que je faisais pour sortir de cela. Je l'avoue, je ne l'ai pas trouvé, je
vous le dis bien franchement, bien candidement. C'est le coeur de mon problème.
Je veux changer la culture. Le «peut», actuellement,
entraîne une culture de «ne peut pas». Qu'est-ce que vous m'offrez de mieux que
ce que j'ai, parce que vous n'aimez
pas ça? Qu'est-ce que vous m'offrez? Puis je vais le prendre à 100 %, là. Et puis le monde va travailler là-dessus,
là. On essaie de trouver le moyen. Le «peut» entraîne la conséquence que, donc,
je peux «ne pas».
Et je suis prêt à admettre, dans certains cas,
que, peut-être, on peut rajouter certains éléments. Par exemple, lorsque vous donnez l'exemple du «doit» pour le
délai de cinq ans, vous dites : Oui, mais, s'il avait été au bout de
trois ans, comment... bien, peut-être qu'on
peut rajouter, là, un «doit, à moins que», là, puis, hein, qu'on fait
l'exception. Mais ce qu'il manque
dans cette loi-là, c'est la clarté. Je crois, puis je peux me tromper, là, que
les gens savent de quoi on parle. Puis
je veux faire un peu de pédagogie avec vous, là. J'ai des journalistes qui
m'ont dit : Trouvez-vous ça normal, M. le ministre, on a demandé la même question à plein de ministères, ils nous
ont refusé l'accès pour plein de raisons différentes? J'ai dit : J'espère que oui, parce que ce
sont toutes des conditions différentes, des restrictions différentes selon le
ministère. Chez nous, c'est les Relations
intergouvernementales. Ça s'adonne qu'au Développement économique c'est pas mal
plus l'économie puis, à la Sécurité publique,
c'est d'autre chose. Les gens qui nous demandent de faire toutes ces transformations, qui utilisent beaucoup l'accès,
ne comprennent pas les «peut», et les exemples, et l'intérêt public, les
exceptions à l'intérêt public.
Alors, je
conclus sur cet élément-là en vous disant : Je me suis dit que plus c'est
objectif et plus on sent une clarté, plus
on a des chances de comprendre. Plus je multiplie les «peut» et que je prends
des critères subjectifs, je m'éloigne de la clarté. Alors, essayez de m'aider pour que je fasse quelque chose qui
ait un consensus plus large. Puis je ne suis pas marié avec mes idées,
puis on n'est pas mariés avec nos écrits, mais on cherche quelque chose. Parce
qu'il y a un problème actuellement avec les
«peut», puis, quand vous me dites : Les «peut», c'est bon, bien là, ça ne
m'aide pas. Alors, essayez de m'aider, s'il vous plaît. À vous.
Le Président (M. Hardy) : Me
Chartier.
Chartier (Jean) : Avec plaisir, M. le ministre. D'abord, je dois
noter, à mon grand regret, que vous semblez effectivement déçu de voir que nous allons presque en contradiction avec
la proposition gouvernementale. Or, je crois l'avoir dit à deux reprises dans mon exposé et je le répète, au
contraire, on est d'accord. Et le problème sur les «peut», que vous
soulignez, nous l'approuvons d'emblée et nous sommes comme vous, nous tentons
de trouver la solution. Et,
la proposition, je l'ai peut-être mal exprimée, mais la proposition de la
commission n'est pas de maintenir les «peut». Au contraire, c'est de dire : Si vous revoyez des dispositions et
que vous avez l'intention, tel que vous l'avez déclaré à plusieurs reprises, de mettre un «doit communiquer
le document», nous, on dit : Ajoutez dans chacune des dispositions
«doit communiquer le document, à moins qu'il ne puisse prouver — ou on
pourra le dire autrement, là — que», par exemple un préjudice x sera subi si le document était communiqué. Et
vous m'avez dit tout à l'heure dans votre question : Bien, on le dit déjà, puis vous m'avez référé à
une page en particulier de votre mémoire. J'ai peut-être l'impression,
avec les échanges que nous avons eus et que
nous avons en ce moment, qu'on est peut-être en train de dire la même chose
mais en mots différents.
Mais je veux simplement attirer votre attention
sur la page 51 des orientations, où il est dit dans la fonction... «Revoir les fonctions du responsable de l'accès
aux documents», et vous allez voir où est-ce qu'on a pris cette
affirmation que nous faisons et que vous
semblez trouver injuste. Regardez dans l'encadré le deuxième paragraphe qui
commence par «concernant» : «Concernant
la motivation des décisions de la personne responsable, l'article 50
serait modifié pour exiger que
celle-ci explique les motifs de sa décision et le préjudice de la transmission des
documents ou des renseignements.»
Nous, on
applaudit à ça, sauf qu'on dit : Il ne faut pas aller modifier juste
l'article 50 pour dire que le responsable de l'accès devra expliquer le préjudice. Il faut
aller le mettre dans chaque restriction. Dans chaque disposition qui
restreint l'accès, il faudra aller l'écrire et aller écrire... par exemple, si
c'est un renseignement en matière environnementale, aller écrire qu'à moins que le renseignement ne comporte un danger pour
la santé publique... et qu'il serait mieux de ne pas le divulguer, par exemple. Et, dans une disposition sur la sécurité
publique, aller écrire le préjudice, le document devra être public à
moins que. Et c'est là qu'on a pris, nous, la source de notre réflexion.
Le Président (M. Hardy) : M. le
ministre.
Fournier : Juste peut-être en profiter pour régler cette
affaire-là, parce que 51 plus 61 fait que, finalement, ce qui était un verre à moitié plein pour un, un
verre à moitié vide pour l'autre, c'était le même verre. Parce que, si vous
lisez 61 puis 51, vous allez voir que, finalement, on dit la même chose.
M. Chartier (Jean) : Bien, si cela
est, je suis d'accord avec vous. Si on dit la même chose, bien, on dit la même
chose.
M. Fournier : Remarquez, je
ne vous en veux pas d'avoir votre angle de lecture et nous d'avoir notre angle d'écriture, mais, à la fin du jour, ce qu'on
essaie de dire, c'est qu'il doit y avoir maintenant une motivation, il
doit y avoir un test de préjudice qui est fait. Et, lorsque vous avez fait
le lien avec l'article 50, parce qu'on était à ce point-là, il s'applique dans les autres cas aussi. La
page 61 le dit. Enfin, peu importe, là, je comprends que là-dessus
je le comprends mieux. Je ne sais pas si vous voulez continuer sur les
autres éléments.
Chartier (Jean) : Oui, oui, absolument.
Vous avez parlé de la page... de ce qui est mentionné à la page 124
pour répondre à notre suggestion, hein, M. le ministre. M. le ministre, ce sont toujours des suggestions, ce n'est pas nous qui
allons tenir le crayon du législateur, de toute façon. Ce sont des suggestions
en vue d'améliorer l'accès. Vous avez fait
référence à l'article... à la page 124, où vous voulez inclure
dans une éventuelle modification du règlement actuel qui existe sur la diffusion, par exemple, les documents dont la diffusion présente... c'est-à-dire rendre obligatoire la diffusion des
études et des rapports de recherche sur des statistiques. La suggestion que je
faisais dans ma présentation, c'est d'imiter... je crois que c'est en Ontario...
Une voix : Plusieurs
provinces.
Chartier (Jean) : ...et, je
crois, aussi en Colombie-Britannique où, en plus de dire que, dans un règlement
sur la diffusion, ce genre de rapports là sont publics, on est
venu dire que, parmi les avis et recommandations détenus par un organisme public, doivent être
rendus publics... et là on est venu les énumérer de façon explicite. Ça enlève
de la discrétion au responsable de l'accès et ça ne peut que favoriser,
donc, une plus grande distribution de ces documents-là.
Et j'ajouterai finalement là-dessus qu'il ne
faut pas oublier que le règlement sur la diffusion automatique des documents
gouvernementaux, il ne va pas à l'encontre des restrictions de la loi, il ne
peut pas aller à l'encontre des restrictions
de la loi. Et ça n'obligera... Et le Règlement
sur la diffusion a beau être ce qu'il
est, vous et moi savons très bien que
les responsables de l'accès dans chacun des ministères décident eux-mêmes,
avec la même discrétion qu'ils décident quand ils reçoivent des demandes
d'accès, de ce qu'ils vont mettre sur Internet en application du règlement.
Alors, on
s'aperçoit nous-mêmes, dans des audiences que nous menons, qu'il arrive parfois
que des documents qui devraient se
retrouver sur Internet à la faveur de l'application du Règlement sur la diffusion ne le sont pas et font même l'objet de débats devant nous. Et c'est pourquoi
on dit : Mettons, de façon proactive, des dispositions qui les
énumèrent.
Puis,
M. le ministre, une dernière chose sur un dernier élément que
vous avez soulevé. Vous avez dit : Il arrive... et vous avez tout à fait raison, là, nous
aussi, on lit les journaux, évidemment, et celui qui vous parle rencontre assez
souvent, probablement moins que vous, mais assez souvent, les
journalistes, à qui ils font les mêmes récriminations. Mais vous avez dit qu'une même question posée à plusieurs
organismes amène souvent une réponse différente. Nous en sommes tout à fait conscients, nous le voyons, nous aussi, très souvent, et c'est pourquoi
on a fait la recommandation dans notre mémoire, à la page 47, que «la Loi [d']accès soit
modifiée — vous
le voyez dans l'encadré bleu, dans le haut de la page — afin de prévoir qu'un organisme
public [aura] l'obligation de faire une interprétation raisonnable et large de
la portée d'une demande
d'accès [et] de donner au demandeur» non pas les documents explicitement
rédigés dans le texte du demandeur, parce
que c'est souvent là où les organismes publics s'enfargent, mais de donner au
demandeur «les documents susceptibles de
répondre à sa demande d'accès, bien qu'aucun document ne corresponde exactement
au libellé de cette demande».
en introduisant ça dans une disposition, nous croyons que, là, le responsable
de l'accès va avoir un fardeau non seulement
de simplement lire la demande, mais d'essayer de la comprendre, et d'essayer de
comprendre exactement ce qu'il veut,
et de donner une interprétation large au demandeur d'accès en disant : Je
n'ai pas de document qui s'appelle exactement
comme tu me le demandes, mais je pense que j'ai des documents qui pourraient
répondre à ta question. Voilà.
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre.
M. Fournier : Puis, malheureusement, on n'aura sûrement pas assez de
temps, puis là je vais aller vite. Évidemment, tout ça implique par
contre, vous pourrez nous le dire tantôt — combien qu'il reste de temps?
Le Président (M.
Hardy) : Huit minutes.
Fournier : ... — qu'il faut répertorier large, hein? Il faut
répertorier pas juste du précis, il faut répertorier du périphérique.
Moi, je ne suis pas un spécialiste de l'archivage, ça doit être assez complexe,
par contre.
veux juste vous dire que, l'orientation 23, on veut, dans le Règlement sur
la diffusion, le modifier pour biffer la non-diffusion, la raison de non-diffusion. Parce que ce qui est écrit,
c'est : «Et dont la diffusion présente un intérêt pour l'information du public». Donc, il y a quelqu'un
qui exerce une discrétion et dit : Je ne le diffuse pas, ce n'est pas
d'intérêt. On vient dire : Non, tu le
diffuses. Donc, conséquemment, encore une fois, on dit la même chose, parce que
c'est comme ça, dans le règlement, qu'on veut le changer. Bon. Ah bien!
Tant mieux, parce que je vois qu'on est plus sur la même longueur d'onde.
veux revenir sur une question assez essentielle. Vous venez de dire, tantôt...
Puis je ne vous en veux pas, parce que,
tantôt, j'ai parlé que, dans la démarche de transparence, on a déposé un projet
de
loi sur l'éthique et puis le lobbying. Vous avez dit tantôt : Ce n'est pas nous qui le créons, c'est le
législateur. Évidemment, c'est le législateur qui vote les lois, puis tout ça. Dans le cas du commissaire au lobbying,
il a écrit... honnêtement, là, je vous le dis, il a déposé même un
projet de loi, les articles écrits, il a tenu la plume. Alors, je pose la
question : Est-ce qu'il n'aurait pas été possible pour la commission de
faire le même exercice et de tenir lui-même la plume?
Le Président (M.
Hardy) : Me Chartier.
M. Chartier
(Jean) : Possible, en termes de capacité, oui, absolument. Possible,
en termes d'opportunité. Évidemment, si mon
ministre ne me le demande pas, je ne lui aurais jamais fait l'affront de lui
proposer un projet de loi alors que
ses orientations ont déjà pris une certaine tournure, etc. Mais, si vous
m'aviez demandé qu'en toute collaboration la commission propose une
rédaction de certaines dispositions, absolument.
M. Fournier :
Je ne vous présente pas ça comme ça, parce qu'au fil des rapports quinquennaux
il aurait pu arriver un moment où vous le
faites. Et la raison pourquoi je vous pose la question, c'est : lorsqu'on
arrive à la page 53 de votre
mémoire où on parle des travaux du groupe de travail sur l'analyse des risques
d'atteinte à la vie privée, vous dites que «la commission appuie la mise
en place [du] groupe[...]. Toutefois, elle s'interroge sur le fait de lui
confier la responsabilité de coordonner les
travaux de ce groupe. D'abord, afin de préserver l'indépendance de la
commission qui doit voir au respect
de la
Loi sur l'accès, il serait inopportun de lui confier la coordination d'un
tel groupe de travail.»
Alors,
c'est cette question-là que je vous pose. Quand vous m'avez allumé sur la
rédaction de la loi, j'ai toujours cru,
un peu en vertu aussi de ce que vous dites vous-même, que votre rôle
d'adjudication vous amenait, je dirais, à une certaine réserve à
l'égard, comme vous le dites ici, d'un groupe de travail, même pour un groupe
de travail, il y avait une limite. Et je
vous pose la question, et vous m'avez dit : Bien, je n'aurais pas cette
limite-là pour écrire un projet de loi, par contre. Alors, j'essaie de voir la mesure de votre pouvoir
d'adjudication qui vous amène à avoir, dans un cas, pour un groupe de
travail, une réserve, une limite, mais pas nécessairement pour la production
d'un projet de loi.
M. Chartier
(Jean) : Bien, écoutez...
Le Président (M.
Hardy) : Me Chartier.
Chartier (Jean) : Oui. Votre question est très pertinente, M. le
ministre. Elle fait justement appel à... elle fait justement appel à
faire la distinction entre les pouvoirs de la commission, qui sont les pouvoirs
d'adjudication en juridictionnel, et les pouvoirs d'enquête. La raison pour
laquelle nous émettons cette réserve quant à présider un comité sur l'élaboration des processus
d'évaluation des risques en matière de protection des renseignements
personnels, c'est tout simplement parce que
la commission est un organisme de surveillance en matière de protection des
renseignements personnels, ce n'est pas
nécessairement comme en accès. La commission est un organisme de
surveillance qui fait des inspections, qui
fait des enquêtes lorsqu'elle reçoit des plaintes et qui peut débarquer
n'importe quand, si elle avait des
effectifs, elle débarquerait plus souvent, mais qui peut débarquer n'importe
quand dans un organisme public pour voir les fichiers, pour voir la
gestion des fichiers, pour voir l'organisation technologique.
on se disait : S'il fallait que la commission soit impliquée, comme
organisme de surveillance, dans l'élaboration des PIA, bien, comment
est-ce qu'elle serait perçue ensuite quand elle débarque dans les organismes
publics où des PIA ont
été introduits et où les PIA ont été introduits avec le plein consentement de
la commission qui les a déjà aidés à les
instituer? On va perdre, à ce moment-là, toute espèce de crédibilité. Ils vont
nous dire : Mais vous étiez sur le comité quand on a présenté notre projet de nouvelles technologies pour, par
exemple, les renseignements de la RAMQ ou les renseignements de la RRQ ou de la nouvelle Commission des relations du
travail. Vous étiez là. On en a parlé, vous nous avez donné des conseils, puis là, aujourd'hui, vous débarquez ici avec
vos inspecteurs, vos enquêteurs, et vous nous dites que ce n'est pas
conforme. C'est simplement ça qu'on a voulu exprimer par ça, M. le ministre.
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre.
M. Fournier :
Donc, il y a de la surveillance en protection, mais il n'y a pas de
surveillance dans l'accès.
Le Président (M.
Hardy) : M. Chartier.
M. Chartier
(Jean) : Oui, il y a... bien, il y a... La surveillance en accès, elle
s'exerce...
M. Fournier :
Il a dit oui, il a dit oui, à droite.
Chartier (Jean) : La surveillance en accès, M. le ministre, je vous
dirais, elle s'exerce de façon quotidienne par les décisions des
commissaires qui rendent des décisions dans chacun des cas.
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre.
M. Fournier :
Voyez-vous, on est au coeur de la question où il y a une proposition d'aller
vers le Tribunal administratif pour
permettre à la commission de jouer un rôle de surveillance et en protection et
en accès, de jouer... d'avoir un rôle mobilisateur, d'un rôle de
changement de culture. Alors, ce n'est pas négatif.
Puis
je comprends l'interprétation que vous pouvez en faire, vous avez donné... vous
avez présumé des raisons pour
lesquelles on propose cela, vous avez présumé que c'était pour la médiation,
vous... Ce n'était pas pour ça. Parce que,
tout ça, tout ce que vous avez dit, vous avez raison, mais vous n'avez pas
nommé la raison pour laquelle on le fait. La raison pour laquelle on veut au moins en réfléchir, au moins en
discuter... Comme je disais tantôt, je ne suis pas marié avec mes idées. Mais l'idée ici, c'était de donner une
marge de manoeuvre à cette institution qui s'appelle la commission, qui est la spécialiste de l'accès à l'information. Si
on ne peut pas avoir cette commission-là qui est moteur de changement de
culture, ça va être qui, ça va être quoi? Et
c'était ça, l'idée à la base. Alors, quand vous avez fait la liste de ce que
vous êtes en imputant les raisons pourquoi
on l'avait fait, vous avez dit : Bien, on est tout ce que vous voulez,
vous n'avez pas nommé ce qu'on voulait vraiment, parce que vous ne
l'êtes pas, et là vous étiez coincés avec mon point.
point que je cherche... Puis, encore une fois, on peut développer d'autres
méthodes, là. Si on est pour faire un
changement de culture, est-ce que je devrais avoir quelqu'un qui a un devoir de
réserve à cause de son adjudication? Je
comprends ça aussi, hein? Est-ce qu'on va avoir quelqu'un qui va avoir un
devoir de réserve ou quelqu'un qui va être dynamique, impliqué dans le dossier, parfois, comme dit la fédération
des journalistes, pas dans tous les cas, mais parfois dans des cas majeurs, là, tu sais, où on sent que
c'est un cas, là, systémique, même qui va prendre fait et cause pour un dossier pour favoriser l'accès? Alors, c'est sur
ce cadre-là que j'aimerais vous entendre, sur... Si vous me dites : M.
le ministre, on a toutes les marges de
manoeuvre, on peut intervenir n'importe quand. On peut plaider les causes, on
peut prendre... on peut être un acteur qui prend parti, si vous me dites ça, je
vais commencer à changer d'idée. Mais, honnêtement,
je pense que vous avez un devoir de réserve. Ce que vous nous dites, quand vous
parlez de votre indépendance, m'amène à y penser. Alors, c'est ça, le
sujet.
Maintenant,
s'il y a d'autres moyens, je n'ai pas de difficulté, mais je cherche juste un
champion, qui n'est pas nécessairement à l'Assemblée nationale ou au
gouvernement, dans nos institutions, un champion de l'accès. Vous savez comme
moi ce que disent les gens qui utilisent les services d'accès à l'information
concernant les responsables d'accès et
comment ils appellent la Commission d'accès à l'information. J'essaie, avec mon
équipe, de trouver des moyens pour nous sortir de cette définition-là
dont on ne veut pas. Les gens, et vous comme moi, comme nous tous, on a besoin
d'un champion de l'accès. Alors, c'est ça, la raison de la modification, qui, soit
dit en passant, et on pourra en discuter
plus tard, n'offre pas nécessairement toutes les étapes additionnelles que vous
avez identifiées. Mais ça, on y reviendra, c'est dans les procédures.
Revenons au coeur de l'affaire : un champion.
Le Président (M.
Hardy) : Je vous remercie, M. le ministre. Nous allons maintenant
passer à la période d'échange avec l'opposition officielle. Mme la
députée de Taschereau,
à vous la parole pour une période de 13 minutes.
Maltais :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Chartier, et votre équipe, bienvenue à
cette commission parlementaire. Je vous écoutais avec beaucoup
d'attention. J'ai lu votre mémoire aussi en essayant de comprendre quels
étaient les objets fondamentaux, là, de la
réforme qui est proposée par le gouvernement. Je
pense qu'il y a des mots clés
ici, «transparence», «accessibilité», puis là je vais en introduire un autre
qui est vraiment, pour moi, sur le coeur de la discussion que je veux avoir
avec vous, c'est : «champion de l'accès». Je vais prendre le terme du ministre.
Bien,
je comprends de vos propos que l'article 11, entre autres, qui dit que, pour un organisme
qui a 100 % de ses actions au
gouvernement du Québec, il n'y a aucune avancée dans ce qui est proposé,
puisque c'est déjà la jurisprudence. Pour
moi, c'est un débat important, peut-être qu'on va le revoir avec d'autres. Je
ne sais pas si je vais avoir le temps, là, mais juste noter ça.
L'autre
qui était quelque chose... La médiation existe déjà, donc ça, ce n'est pas là
qu'il y a une avancée. Une des choses
majeures qui est proposée par contre dans ce document-là, c'est la scission de
la Commission d'accès à l'information, une
en disant que la commission d'accès... qui actuellement, disons-le d'ailleurs,
est sous l'autorité... la responsabilité plutôt — je vais
utiliser ce mot-là — du
ministre — habituellement,
je dis plus «responsabilité», là — du ministre. Le ministre veut un peu,
je dirais, se départir de cette responsabilité, en tout cas, à tout le moins en
partie, puisque la Commission d'accès à
l'information s'en irait sous l'autorité de l'Assemblée nationale. Belle
intention. C'est notre rêve, des
fois, on en parle, là, peut-être que certaines institutions devraient se
retrouver à l'Assemblée nationale. La Commission d'accès à l'information
à l'Assemblée nationale, à première vue, c'est intéressant.
Sauf que le
problème que vous soulevez et là qui m'interpelle, c'est : ça ne veut pas
dire une meilleure accessibilité, ça veut peut-être dire au contraire un
recul dans l'accessibilité. Et, vous l'avez souligné, il y a un tableau dans
votre mémoire, en page 79, qui explique
un peu, qui présente la comparaison des processus de contestation du refus
d'accès. J'aimerais ça que vous m'expliquiez
un peu vraiment encore plus profondément, là, la différence que pourrait
introduire cette modification que le ministre
propose. Puis est-ce que ça va faire un champion de l'accès ou ça va faire une
réflexion sur... enfin, autre chose?
Qu'est-ce que ça va donner? Vous n'avez pas l'air, d'après votre tableau, à
dire que ça va donner nécessairement un résultat de championnat, là. On
ne gagnerait pas de championnat, d'après ce que je comprends.
Le Président (M. Hardy) : Me
Chartier.
M. Chartier (Jean) : C'est toujours
délicat de répondre à ce genre de questions là, la raison en étant que les
orientations ne donnent pas l'ensemble des détails sur ce qu'envisage le
gouvernement sur une nouvelle structure. Évidemment, le ministre a été assez
clair, et les orientations le sont assez, c'est-à-dire qu'il n'y aurait plus de
section juridictionnelle. Alors, on veut
adopter... Encore une fois, je ne fais pas de procès d'intention, je cherche
des comparables. On semble vouloir
adopter le modèle, par exemple, de la commissaire à l'accès fédérale qui, elle,
reçoit des plaintes en matière
d'accès. Un citoyen dit : J'ai demandé tel document, on ne veut pas me le
donner. La commissaire enquête, et c'est
ce que nous ferions, ce nouveau commissaire à l'accès à l'information n'aurait
plus d'audience, donc ferait enquête, obtiendrait
les commentaires de chacune des parties et rendrait un rapport dans lequel il
ferait une recommandation, et il dirait :
Le document untel du ministère de l'Environnement, par exemple, le soussigné
considère qu'il devrait être divulgué et
rendu public, ça devient une recommandation. Au mieux, ça devient une
ordonnance, sauf que ça n'a pas le pouvoir exécutoire d'une décision que
la commission a à l'heure actuelle. Lorsqu'elle rend une décision,
30 jours plus tard, une
partie peut
aller en appel ou faire authentifier la décision devant la Cour supérieure de
façon à ce qu'elle devienne exécutoire. Cela n'existerait plus.
Dans la
mesure où l'organisme, insatisfait de la recommandation, n'entend pas donner
suite à la communication du document,
ce que prévoit le mécanisme, c'est que la CAI devrait prendre, là, fait et
cause et amener le citoyen avec elle. C'est
la CAI qui, tout à coup, serait chargée, d'après la proposition
gouvernementale, d'aller devant le TAQ pour plaider le fait que le document en question que le
commissaire jugeait accessible devrait être accessible pour M. Untel citoyen.
Et là on se retrouve devant le TAQ, et c'est
la CAI qui devient le plaideur, le champion dont parle le ministre, sauf qu'on
se retrouve devant le TAQ dans des délais
qu'on ignore, dans une nouvelle institution, il faut recommencer le débat qui
a déjà été fait lors de l'enquête du
Commissaire à l'accès. Et, en plus, l'orientation gouvernementale,
actuellement, ne détermine pas qu'est-ce qui arrive après la décision du
TAQ. Est-ce que cette décision-là est en appel? Est-ce qu'elle peut être
appelable? Vous ajoutez encore une autre étape.
Et je reviens, sans vouloir être celui qui,
comment je dirais, repousse du revers de la main la proposition gouvernementale... On l'a regardée, même si ça ne
paraît pas d'après les commentaires que j'entends, on l'a regardée avec ouverture, on s'est dit : O.K., c'est
correct, si, effectivement, on en vient à un pouvoir de recommandation, voyons
quelle en est l'efficacité. Et on a consulté
nos homologues ailleurs au pays. Le commissaire fédéral et les autres
provinces, notamment la
Colombie-Britannique et l'Ontario, sont, à peu de choses près, semblables, sauf
que l'Ontario et la Colombie-Britannique ont des pouvoirs exécutoires
beaucoup plus grands. Mais la commissaire fédérale a actuellement le, je vous
dirais... endosse actuellement la façon de
fonctionner qui est proposée par les orientations gouvernementales. Et c'est
même...
Tout à
l'heure, le ministre parlait des discussions qu'il a eues ou des commentaires
qu'il a eus avec les journalistes, j'ai
évidemment, lors de plusieurs rencontres avec ceux-ci, obtenu les mêmes
commentaires. C'est bien plate, c'est long devant vous, puis, quand on obtient un jugement, bien, souvent, le
document n'est plus d'actualité. Ça, c'est vrai, là. Ça, on ne peut pas
le nier, nous avons des délais systémiques qui, ceci dit, se comparent très
bien à tous les autres tribunaux administratifs, délais qui, depuis quatre ans,
ont été réduits de centaines de jours afin d'obtenir des décisions finales.
Mais surtout la commissaire fédérale dit qu'après 10 000 enquêtes
dans le statut actuel dont elle dispose et qui est un pouvoir de recommandation elle n'en vient pas à bout. Elle n'en vient
pas à bout et elle réclame au gouvernement fédéral des pouvoirs d'adjudication qui sont actuellement
ceux du Québec. Et, quand on la rencontre, elle nous dit à quel point
elle nous envie. Et ça, c'est le pouvoir
qu'on voudrait nous enlever pour nous donner un pouvoir de recommandation en
nous disant : Bien, vous n'auriez plus de
cause, vous n'auriez plus d'audience devant le tribunal, vous n'auriez plus de
rôle, de rôle d'audience, donc vous sauveriez un paquet de temps.
Mais ce que
je puis vous dire, c'est que, dans l'organisation actuelle de la commission, si
je prenais les ressources... Parce que c'est aussi dit dans les
orientations gouvernementales, la commission pourrait consacrer l'ensemble de
ses ressources à sa nouvelle mission de champion de l'accès, comme le dit le
ministre. À l'heure actuelle, ceux qui sont dans
la
section juridictionnelle, ce sont les juges administratifs, il y en a
quatre, et une maître des rôles, et une responsable de l'ouverture du dossier. On parle de six
personnes sur 59, à l'heure actuelle, à la commission. Ces six personnes-là,
dans la proposition gouvernementale... où iront les juges? Est-ce qu'ils s'en
vont au TAQ? Si mes juges s'en vont au TAQ, là, je me retrouve à moins six. Alors, quelles
ressources additionnelles vais-je pouvoir consacrer à devenir un
champion de l'accès si mes juges s'en vont au TAQ?
Et, si mes
juges restent à la commission, de toute façon, l'ensemble des dossiers qui
entreront à la commission, des
demandes d'accès... On va continuer à en avoir, des demandes de révision. La
proposition gouvernementale, Dieu soit loué!
n'entend pas abolir la commission ou n'entend pas abolir le recours en révision
du citoyen, donc... Et je sais que c'est le genre de commentaire qui,
même moi, m'indispose, mais donc une des solutions, ce n'est pas de transformer
la CAI comme on voudrait le faire, c'est de lui donner plus de ressources.
Le Président (M. Hardy) : Mme la
députée de Taschereau, il vous reste quatre minutes.
Maltais :
Oui. On dit souvent que l'enfer est pavé de bonnes intentions, je crois à la
bonne intention, mais je ne voudrais
pas amener les citoyens dans un enfer ou un dédale bureaucratique plus
compliqué que ce qu'il y a là. J'ai parlé
tout à l'heure de choses qui sont réécrites mais qui ne donnent pas plus
d'accès, moi, je comprends que, par contre, ce que le ministre propose comme changement ou modification à d'autres
règles, comme changer le «peut», le «doit», le «positif», ça c'est... — attends un peu — ça, c'est du positif. Donc, je dis juste,
là : Il y a une bonne intention, mais je vérifie la validité. Oui, M.
le ministre.
Le Président (M. Hardy) : M. le
ministre.
Fournier : Est-ce que
mes collègues me permettraient de prendre 10 secondes, juste pour le
bénéfice de la discussion, parce que je ne peux plus intervenir?
Fournier : Dans le
processus de transformation, la commission conserverait un pouvoir d'ordonnance. Et
ça, c'est important de le dire, parce que c'est plus le modèle de Terre-Neuve
que le modèle fédéral.
Maltais : O.K., on
comprend bien.
M. Fournier : Et donc ça
change pas mal le portrait que vous avez témoigné jusqu'ici.
Maltais : Mais il
y a quand même...
Le Président (M. Hardy) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais : Merci.
Donc, vous dites que, par rapport au modèle actuel... Moi, je pense qu'il y
aurait... la compréhension de vos propos, je
ne juge pas de la finalité, mais recul dans l'accessibilité potentielle, recul
dans les délais à cause du processus
qui change, puis ça... puis les pouvoirs d'ordonnance, je ne sais pas, je ne
suis pas sûre qu'on change ça, en
plus recul dans les délais, parce que le TAQ, actuellement, n'est pas... ne rentre pas dans ses délais. Vous
semblez dire qu'il pourrait même y avoir de plus longs délais, vu...
Moi, je crois que... je ne sais pas si je m'abuse, mais le TAQ a des plus longs
délais que la CAI actuellement.
Le Président (M. Hardy) : M.
Chartier.
Chartier (Jean) : Ça dépend.
On me souffle à l'oreille que ça dépend des sections. Le TAQ a trois
sections. Et évidemment, encore une fois, on ne sait pas si... Est-ce qu'on créerait au TAQ une
section en accès? Ça pourrait être quelque
chose qui pourrait être fait.
Maltais : Puisque
j'ai le micro, je vais le dire, c'est... Le ministre dit oui.
Chartier (Jean) : Mais il
faudra voir, évidemment, d'une part, combien de ressources on donnerait
au TAQ. Et, au surplus, je veux... Si vous me le permettez, Mme la
députée, je répondrais à une remarque que le ministre a faite lorsqu'il a dit : N'oubliez pas, M. le président, vous auriez un pouvoir d'ordonnance. C'est tout à fait vrai, M. le ministre,
et nous ne le nions pas, c'est un pouvoir
que les discussions avec votre cabinet ont permis de réinstaurer dans les
orientations première mouture.
Oui, nous en
sommes satisfaits, mais, cela dit, une fois l'ordonnance de la commission
rendue, souvenez-vous que votre orientation prévoit que le citoyen, si
l'organisme ne se rend pas à la recommandation de la commission et ne donne pas le document, parce qu'il n'y a aucune... à ce
moment-là, il n'y a
aucune espèce de conséquence, le citoyen se retrouve Gros-Jean comme
devant, permettez-moi l'expression, et n'a pas de recours. Il est obligé de
revenir frapper à la CAI en disant :
Ils n'ont pas voulu me le donner. Et là la CAI, dans le système que vous
proposez, prendra un de ses juristes
et amènera le citoyen devant le TAQ. On impose donc, là, un nouveau délai.
Avant qu'il passe devant le TAQ, ça va
prendre combien de temps? Et, lorsqu'il obtiendra sa décision du TAQ, y
aura-t-il un appel, une révision judiciaire?
Vous ajoutez,
en tout respect, M. le ministre, vous ajoutez une étape. L'étape du TAQ, on ne
sait pas combien de temps elle prendra, ça dépendra des effectifs, ça dépendra
des délais, ça dépendra de l'abondance des dossiers qui se retrouveront au TAQ. Et l'audience devant le TAQ,
au surplus, c'est une audience de novo, ce qui veut dire, en termes juridiques et... je dirais, familiers plutôt,
c'est qu'il faut recommencer au complet, il faut recommencer la preuve au
complet.
Le Président (M. Hardy) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais : Comme il
me reste seulement 10 secondes...
M. Chartier (Jean) : Oui, allez-y.
Maltais :
...puis-je vous dire que, dans ma tête, un champion, c'est un acteur? Quand on
envoie un champion sur le terrain, on envoie
un agissant et non pas seulement un réfléchissant. Donc, moi, je pense que vous
enlever des outils de travail, c'est une des grandes questions qu'on va avoir
dans la discussion, je pense, autour de ça.
L'autre
chose, c'est : «plus transparent» ne signifie pas nécessairement
«plus accessible». Avoir plus de raisons pour lesquelles on se fait
refuser un document ne donne pas une plus grande accessibilité. Ça donne une
plus grande transparence, mais il va falloir voir comment on joue, là, entre la
transparence et l'accessibilité.
Le Président (M. Hardy) : Je vous
remercie. Nous allons maintenant passer à la période d'échange avec le deuxième
groupe d'opposition. M. le député de Borduas, à vous la parole pour une période
de neuf minutes.
Jolin-Barrette : Merci.
Mesdames messieurs, bonjour. D'entrée
de jeu, je voudrais vous référer à l'orientation 11 à la page 82 du
document d'orientation qui a été déposé par le gouvernement, ou à la page 6 de votre document synthèse. Donc, la commission indique qu'elle trouve insuffisant le fait de ne
pas assujettir l'ensemble des organismes qui ne sont pas contrôlés en
totalité par l'État québécois. J'aimerais entendre vos commentaires sur cet
élément.
Puis, peut-être
pour les fins de l'échange, je vais vous exposer une situation
où le gouvernement a créé, lors de la session d'automne 2014, la
Loi sur la Société du Plan Nord et où c'est prévu que la Société
du Plan Nord pourrait avoir
des filiales. Mais il y avait une question
de compétition qui s'inscrivait dans la création d'une telle société, mais
aussi la question qui se posait,
c'était au niveau de l'immunité puis du privilège de la couronne qui pourrait
être invoqué par des sociétés. Et puis le ministre des Ressources naturelles
nous disait : Bien, écoutez, c'est à des fins de développement, mais concrètement il y a une problématique, parce que,
par rapport à un autre
concurrent, lorsque la société d'État, par le biais de sa filiale,
investit, bien, c'est notamment au détriment de certains concurrents.
Donc,
j'aimerais savoir, parce que ça demeure de l'argent public, ça demeure des
ressources publiques, comment la commission perçoit une telle situation.
Le Président (M. Hardy) : Me
Chartier.
Chartier (Jean) : Je ne connais pas exactement la législation à
laquelle vous faites référence. Je ne sais pas si, par exemple, il est parfois d'habitude, pour le
gouvernement, soit de prévoir une disposition qui dit textuellement que
la nouvelle organisation créée, celle à
laquelle vous faites référence, est un organisme public au sens de la
Loi sur
l'accès. Je ne sais pas s'il y a cette
disposition-là dans la législation dont vous avez parlé, mais il arrive trop
souvent que les législations nouvelles prévoient plutôt que la nouvelle
organisation ne sera pas assujettie à la
Loi sur l'accès.
Nous, ce qu'on dit — et ça nous a été
rapporté à de nombreuses reprises — c'est que plusieurs
organisations gouvernementales, notamment
les filiales — vous
avez fait référence à des filiales — qui sont financées par l'État, qui sont financées par des bras économiques de l'État,
on en convient, et qui ont parfois un certain niveau de compétitivité commerciale, industrielle, économique à affronter
dans le monde... On est d'accord, l'article 23 et l'article 24
prévoient déjà ce genre de situation là.
Mais on trouve que, trop souvent, le gouvernement a tendance à les exempter
complètement de l'application de la loi. Or,
ce que les citoyens veulent savoir, ce n'est pas le secret du contenu des
ententes entre une filiale de la SGF et un pays étranger. Les citoyens
veulent savoir combien ça a coûté, elle est financée comment, la SGF, il y a combien d'argent public là-dedans,
combien font ses dirigeants. C'est de l'argent public, et nous, on dit :
Trop souvent, les exemptions
gouvernementales ont tendance à écarter les organisations qui sont financées en
tout ou en partie.
Ce que le
gouvernement nous dit, c'est : C'est correct, on se rend à la proposition
de la commission. Les sociétés, quelles
qu'elles soient, les créations de l'État financées à 100 %, elles seront
assujetties à la loi. Nous, on dit : Ça ne va pas assez loin. On
devrait prévoir peut-être un pourcentage. On avait proposé 50 %. Le
gouvernement nous dit : Même en mettant 50 % de fonds publics pour
assujettir une nouvelle entité, ça créerait des problèmes. On ne comprend pas exactement les problèmes que ça créerait, mais on
nous dit : C'est beaucoup trop. Alors, nous, on dit : C'est correct,
on n'est pas spécialistes du capital-actions
ou des structures juridiques des nouvelles entreprises créées par l'État. On
dit : On n'est pas dogmatiques
là-dessus. Sachez seulement que la commission trouve qu'au nom de la
transparence ce qui est financé par l'État en
partie devrait à tout le
moins être transparent en
partie pour les citoyens du Québec.
Le Président (M. Hardy) : M. le
député de Borduas.
Jolin-Barrette : Merci.
Donc, je comprends que le refus du gouvernement, c'est de dire : Bon,
bien, il faut que ce soit contrôlé à
100 %, sinon ça pourrait avoir des impacts, supposons, sur les secrets
commerciaux. Mais ce que vous nous dites, c'est que la loi actuelle
prévoit déjà la protection de renseignements, supposons, au niveau de l'impact
commercial ou du désavantage chez un concurrent. C'est déjà couvert, ça,
actuellement dans la loi.
Chartier (Jean) : Oui, absolument.
M. Jolin-Barrette : Donc, il n'y aurait pas de risque pour la filiale d'une société qui est
détenue par la couronne, pour elle, que ses secrets commerciaux aillent
à l'extérieur, ce serait protégé.
M. Chartier
(Jean) : Absolument.
M. Jolin-Barrette : O.K. Est-ce que vous envisagez une autre raison pour laquelle le
gouvernement ne souhaiterait pas assujettir ces filiales-là au sens de
la
loi sur l'accès à l'information?
Le Président (M.
Hardy) : Me Chartier.
M. Chartier
(Jean) : Je trouve que la question... Moi, je n'ai pas de réponse
là-dessus, évidemment.
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre.
Fournier : ...sur le 50 %, parce que moi, je serais très
désireux de suivre la logique que vous aviez. Mais la difficulté, c'est que, lorsqu'on va chercher
49 %, 45 %, 30 % de participation privée dans une organisation
où les fonds publics sont à hauteur
de 65 %, ils ne veulent pas venir si on considère que, privées, elles
deviennent publiques. Alors, la difficulté,
c'est pour la capacité de l'État d'avoir différents modèles d'intervention, et
donc, ici, la transparence devient un problème
de gouvernance. Vous demandiez pourquoi. On a beau sonder à gauche puis à
droite, tout le monde nous dit : On
n'aura plus de partenaire. Alors, la réponse, là, c'était celle-là. Si vous me
trouvez un vaccin qui permet au privé de venir pareil puis d'être
superdésireux de participer, je prends votre vaccin.
Jolin-Barrette : M. le Président...
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre, je laisse la parole à M. le député de
Borduas.
M. Jolin-Barrette : Oui, parce que mon temps est court, mais je comprends l'enthousiasme du
ministre. Mais, dans l'éventualité où la société... la filiale détient...
l'État détient 50 % plus un du gouvernement, cet argumentaire-là
s'applique un peu moins. Mais, en tout cas, nous aurons l'occasion d'en
rediscuter.
voulais vous demander également... Au niveau du fait de motiver les décisions,
maintenant on souhaite aller dans le
sens où la personne va analyser selon un... vous avez le critère objectif qui
est déjà pris dans la loi, mais le caractère subjectif. Pouvez-vous
définir un peu le critère subjectif puis aussi la portée de la motivation de la
décision qui serait requise, selon votre perception, par le fonctionnaire
responsable ou par la personne responsable de l'accès?
Le Président (M.
Hardy) : Me Chartier.
Chartier (Jean) : Je pense que le... Peut-être, le meilleur exemple
que je puis vous trouver, c'est peut-être l'article 24 actuel, dont
probablement le gouvernement s'inspire, et, comme je vous l'ai déjà dit,
approche que nous approuvons,
l'article 24 qui dit : «Un organisme public ne peut communiquer un
renseignement fourni par un tiers lorsque sa divulgation risquerait vraisemblablement d'entraver une négociation
en vue de la conclusion d'un contrat, de causer une perte à ce tiers, de
procurer un avantage appréciable à une autre personne ou de nuire de façon
substantielle à la compétitivité de ce
tiers...» Ça, ça veut donc dire que, lorsque le responsable de l'accès décide
de refuser de communiquer le document qui est demandé, il doit être
capable éventuellement de venir prouver devant la commission un de ces préjudices-là, la compétitivité substantielle, de
perdre un avantage appréciable ou d'en donner un, avantage appréciable,
à quelqu'un, de subir une perte ou
d'entraver la négociation d'un contrat. Nous, on dit : Allez mettre un
préjudice semblable dans chacune des
dispositions. Et, je l'apprends ce matin, le ministre me dit : Bien, on
est entièrement d'accord, c'est ce qu'on voulait dire aussi. Alors, on
dit la même chose. Tant mieux.
Nous,
on dit, par exemple, dans une disposition qui était semblable à
l'article 37, l'article 37 qui dit, et on en a parlé beaucoup,
là : «Un organisme public peut refuser de communiquer un avis ou une
recommandation faits depuis moins de
10 ans», on dit : Si vous le laissez comme ça ou que vous dites
plutôt : «Un organisme public doit communiquer un avis ou une recommandation rendus depuis plus
de cinq ans», parce que le ministre propose aussi de réduire le délai,
ajoutez «dans la mesure où la divulgation de cet avis ou cette recommandation
entraînerait un préjudice sur la prise de décision...
Le Président (M.
Hardy) : En terminant.
Chartier (Jean) : ...au sein de l'organisme public», par exemple. De
cette façon-là, le responsable de l'accès, au moment de décider, je le
donne-tu, je ne le donne pas, le document en question qui contient un avis ou
une recommandation, devra dire : Si
jamais je le refuse, je vais me retrouver devant la Commission d'accès, et là
il va falloir que je sois capable de
démontrer que, si je l'avais communiqué, ça aurait entravé tout le processus
décisionnel à l'interne dans
l'organisme. Là, il y a une côte à remonter, et donc, en impliquant comme ça un
motif de préjudice dans chacune des
restrictions qu'il y a dans la loi, nous, on pense que ça va délibérément
entraîner un réflexe des responsables de l'accès, qui vont probablement
faire preuve de plus de transparence et communiquer les documents...
Le Président (M. Hardy) :
Merci de votre contribution.
Nous
allons suspendre nos travaux quelques instants, et j'inviterais les
représentants du Comité des orphelins et des orphelines de Duplessis victimes
d'abus à prendre place à la table des témoins.
(Suspension de la séance à
10 h 58)
Président (M. Hardy) : La commission
reprend ses travaux. Je souhaite la bienvenue aux représentants du Comité des orphelins et orphelines de Duplessis victimes
d'abus. Je vous demanderais de vous présenter. Vous avez 10 minutes pour
votre exposé.
M. Landry (Lucien) : Alors, très bien, M. le
Président. Je voudrais, en premier
lieu, vous remercier et attirer votre attention
que c'est la deuxième fois que nous
passons devant cette commission particulièrement, aussi, dans le cadre
de la démarche que nous actualisons devant
la Commission d'accès ainsi que le tribunal de la Commission d'accès à
l'information.
Je n'ai pas besoin de
vous étaler de long en large tout le dossier des orphelins, car il est
amplement connu du gouvernement du Québec,
que ça soit du côté aussi de l'opposition officielle. Mais, ce qui est clair,
de vous présenter ce que c'est, les
orphelins de Duplessis, il faut vous faire part que nous avons changé un petit
peu notre vision de sensibilisation dans
notre démarche auprès des autorités. Vous voyez devant vous des gens qui
participent et qui collaborent avec les autorités en place. Au lieu de manifester devant le parlement avec deux,
trois autobus, 150, 200 orphelins qui manifestent avec des pancartes, mais plutôt ce qu'on a dit,
c'est qu'on voudrait participer, puis collaborer, puis d'agir en
partenaire avec les autorités afin de
répondre aux besoins et d'améliorer les conditions de vie de ces personnes-là.
Alors, notre approche a complètement changé, puis on s'aperçoit qu'on
obtient des résultats assez intéressants de travailler en partenariat, en
collaboration avec les autorités compétentes.
me présente, je suis Lucien Landry. Je suis le président depuis 2011, suite au
décès de notre ancien président, M. Martin L'Écuyer, et je peux vous
dire que ce n'est pas une mince tâche. Nous sommes toujours actifs, et notre orientation, de plus en plus, s'oriente à
travailler à répondre aux besoins en matière de support, d'accompagnement,
d'aide auprès de ces personnes-là d'une clientèle particulière.
Il va de soi aussi
qu'on travaille en collaboration énorme avec le réseau de la santé et des
services sociaux et aussi avec d'autres ministères, en l'occurrence le
ministère de l'Emploi et de Solidarité sociale, auquel on participe aussi, en collaboration avec le Programme national
de réconciliation, qui est toujours en vigueur. Nous nous inquiétons un
petit peu de son avenir — parce
qu'on suit de près, M. le Président, la commission Robillard — qu'est-ce
qu'il adviendrait, par rapport aux
changements, à l'avenir du programme, ça, c'est un autre domaine. Mais, ce qui
est clair, on s'intéresse, là encore,
à sensibiliser les différents ministères concernés pour qu'on puisse répondre
réellement aux besoins de ces personnes.
Notre présence
aujourd'hui, c'est d'attirer votre attention qu'actuellement nous sommes en
processus de démarche devant la Commission
d'accès. Et on vit d'une façon concrète des situations auxquelles... On veut
comprendre, on veut connaître les
différentes étapes des démarches que les orphelins... tant sur l'aspect
historique que les démarches actuelles du dossier des orphelins
vis-à-vis du gouvernement, du Collège des médecins, vis-à-vis des autorités,
des communautés religieuses, ainsi que du rôle de l'Église. Et on a fait appel
à différents niveaux devant la Commission d'accès
à l'information pour avoir ces renseignements-là afin de
mieux informer les orphelins, et de comprendre ce qui s'est passé, et de mettre en place des programmes,
des activités afin que ces différents niveaux de problématique ne se reproduisent pas à ce niveau-là.
va de soi qu'actuellement on a devant la commission 97 demandes — devant la Commission
d'accès — et, sur
97 demandes, il y a des démarches qui sont devant des instances devant la
commission et aussi d'autres démarches qui sont actuellement devant les
instances du tribunal d'accès à l'information. Et une des grandes
préoccupations, c'est de bien comprendre le pourquoi un tel niveau s'est
passé par rapport à l'aspect historique.
Ce travail-là, M. le
Président, se fait aussi en collaboration avec différents niveaux de
structures : la Faculté de droit de l'Université McGill, de Montréal et de
Sherbrooke. Et ça nous permet aussi à mieux s'organiser, à mieux se structurer.
Parce que nous n'avons pas les moyens dont la commission dispose, dont les
différents ministères, les communautés
religieuses, le Collège des médecins. On est, comme on dit dans notre langage,
David contre Goliath. Mais par contre
nous sommes tenaces, et on a quand même une approche de respect, d'échange avec
ces différents niveaux là. Alors, c'est un petit peu ça : de vous
sensibiliser... les problèmes que nous rencontrons.
L'autre démarche, il
va de soi qu'on veut vous sensibiliser qu'on négocie aussi, à certains niveaux
donnés, dans certains dossiers où on a ce
qu'on appelle le facteur de la médiation. Et, dans ce facteur-là, on trouve ça
intéressant parce que ça amène des résultats
qui sont moins, ce qu'on appelle, pour nous, agressifs, moins, ce qu'on
appelle, judiciarisés. On devient à
avoir des ententes à ce niveau-là. Puis on a fait l'expérience d'une démarche,
et ça a donné des bons résultats dans
cette démarche-là. Alors, en ce sens-là, M. le Président, une démarche
d'expérience qu'on a vécue, ça a été profitable pour l'intérêt de la prise de connaissance et de comprendre certaines
démarches que nous faisons devant la Commission d'accès à l'information.
Maintenant,
je vais laisser la parole à mon ami Tony Doussot, qui va vous présenter...
aussi qui a travaillé aussi en collaboration avec la rédaction du
mémoire, et aussi de vous sensibiliser sur les recommandations.
Président (M. Hardy) : M. Doussot, vous avez 3 min 40 s.
M. Doussot (Tony) : Parfait. Bonjour, M. le Président. Bonjour, M. le ministre, Mme Maltais
et les gens de la CAQ. La première
orientation du projet, on voulait la commenter essentiellement pour préciser
qu'on aimerait que toutes les entités
juridiques puissent avoir un accès plein et entier à la Commission d'accès à
l'information avec ou sans avocat. C'est
donc le point essentiel qu'on veut défendre aujourd'hui, ce matin. On aimerait
évidemment voir la Commission d'accès à l'information être une entité
tout à fait impartiale, ce dont on a d'énormes doutes, évidemment. On aimerait
évidemment commenter la deuxième orientation du ministre, c'est la diffusion
proactive.
Évidemment,
dans le dossier de Lucien et dans le dossier de tous les orphelins et
orphelines de Duplessis, c'est un dossier vraiment connu, il n'y a pas
de raison que le gouvernement dépense 95 000 $ de requêtes pour
empêcher les orphelins de connaître la
vérité sur leur histoire. Il n'y a pas de raison. Je pensais que le gouvernement
du Québec s'occupait de bien financer l'argent. Quel intérêt de dépenser
autant d'argent pour empêcher les amis de Lucien de connaître simplement la vérité? Ils la connaissent bien, ils
veulent avoir les détails de cette vérité. Pourquoi dépenser autant
d'argent dans des requêtes qu'on nous cache,
dans des... On a eu un beau jugement en Commission d'accès à l'information.
On est allés en Cour supérieure, on a eu un beau jugement en Cour supérieure.
En Cour du Québec, on est allés en Cour supérieure, on a eu un magnifique
jugement en Cour supérieure, puis, au moment, on est encore en appel. Donc, on
comprend mal ça.
Donc,
évidemment, on est vraiment intéressés par l'orientation 30 du ministre,
de conserver la CAI. Pour nous, c'est
vraiment là que l'ensemble de l'intelligence est pour tout ce qui est d'accès à
l'information. On n'a pas vraiment d'intérêt
à aller devant le TAQ, parce qu'on sait que les délais sont plus longs, on sait
qu'ils n'ont pas forcément l'expertise.
Alors,
pourquoi se débarrasser de quelque chose qui marche, qui n'est pas parfait mais
qui marche, qui donne de bons
résultats quand on y va? Pourquoi vouloir s'en débarrasser alors que... La
Commission d'accès, elle entre, elle a ses problèmes, il faut y aller avec un avocat, parfois elle veut bien nous
entendre sans avocat, mais elle fonctionne. Alors, pourquoi vouloir
s'en débarrasser pour la donner au TAQ, le TAQ qui est lent, qui n'a pas de
moyen et qui est assez complexe pour pouvoir y rentrer? Donc, c'est ça,
l'essentiel du mémoire.
évidemment, la diffusion proactive dans le dossier des orphelins, tout devrait
être connu. Il n'y a pas de raison aujourd'hui
de continuer à cacher des événements qui se sont passés en 1953 et après. Donc,
c'est ça, l'essentiel de notre mémoire. Puis on est très ouverts à
écouter les questions du ministre.
Président (M. Hardy) : Merci pour votre présentation. Nous allons
maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, à vous la
parole, pour une période de 17 minutes.
Fournier : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Messieurs,
merci de votre présence avec nous ce matin. Je comprends qu'on va se concentrer sur, donc, un sujet qu'on a abordé
tantôt, à savoir le statut de la Commission d'accès, le travail qu'elle fait présentement et ce que je
disais tantôt : La nécessité, je crois, quant à moi, d'avoir un champion
de l'accès.
Je vous entends puis
j'ai comme l'impression que vous cherchez un champion de l'accès, vous aussi,
en quelque part.
M. Doussot
(Tony) : On cherche.
Fournier : Et je n'entrerai pas, évidemment, dans le dossier
que vous avez, là, qui, à vos dires mêmes, est judiciarisé, je ne m'impliquerai pas là-dedans. Par contre, je vais
revenir un peu sur l'idée de la structure qu'on compte mettre de l'avant ou qu'on propose. Puis, encore
une fois, je le dis : Je ne suis pas marié avec les idées, si...
Honnêtement, je n'ai pas d'avantage à
être marié avec mes idées. Je veux que ça marche, c'est tout ce que je veux, je
veux que ça marche. Je n'ai pas d'intérêt pour que ça ne marche pas.
L'idée qu'on a ici,
c'est que la commission, évidemment, avec tout le savoir puis la connaissance
qu'elle a, l'expertise, c'est un peu le spécialiste de l'accès. Quant à moi,
là, dans les outils que j'ai à ma disposition comme gouvernement, le spécialiste, c'est la commission. La commission
conserve cette expertise-là. Mais, pour qu'elle ne soit pas limitée dans
sa marge de manoeuvre d'intervention, de prise de position, d'influence, par le
fait qu'elle aura, à un moment donné,
peut-être à exercer un pouvoir d'adjudication qui l'amène dans un devoir de
réserve dont elle dit elle-même, dans son rapport, que, même pour participer à
un comité... le travail... son indépendance serait peut-être affectée.
Alors,
pour me le rendre champion, je propose que la commission... Puis je vous la
pose parce que vous n'êtes pas d'accord avec notre proposition. Vous
êtes d'accord avec la commission, qui est venue tantôt. Donc, je continue le débat. Ce qu'on propose, c'est que les gens
aillent à la commission, qui a un processus d'enquête et de médiation,
pas d'audience, d'enquête, de médiation, et
une ordonnance exécutoire qui est rendue. C'est ça qui est proposé en ce
moment. Si les gens ne sont pas d'accord, ils vont au TAQ, O.K. C'est ça, le
système qu'on propose.
Quel
est le système actuellement? Bien, les gens vont à la CAI. Il y a une
médiation. Après ça, il y a une audience. Après ça, il y a une décision.
Puis, s'ils ne sont pas contents, ils vont à la Cour du Québec.
Entre
les deux cheminements, là... Il n'y a pas tant de différence entre le
cheminement que nous proposons ici, parce
qu'il y a une certaine... on favorise la déjudiciarisation, qui est un
principe, de toute façon, qui est accepté, qui est de plus en plus moderne. Et même notre nouveau Code
de procédure civile en fait l'apanage de façon très, très claire. Donc, on rend aux citoyens québécois l'avantage de la
déjudiciarisation. Nous donnons à la commission... Puis peut-être que ce
n'était pas bien écrit dans notre document,
mais c'était... je ne sais plus à quelle page — on le lisait encore tantôt — où
c'était dit que la nouvelle Commission
d'accès, donc, qui verrait cette capacité d'adjudication envoyée au TAQ,
continuerait d'avoir la capacité d'avoir des ordonnances exécutoires. Donc là,
il y a un avantage. Deux, plus rapide...
Fournier : Page 144. Je le dis pour les fins de ceux qui
vont suivre, et tout ça. À la page 144, on affirme cette question d'ordonnance exécutoire. Alors, il y a l'avantage,
d'une part, de la capacité de rendre des décisions exécutoires plus rapidement, par exemple sans représentation
par avocat, parce qu'à ce moment-ci on est dans de la déjudiciarisation.
Et la nouvelle commission est en mesure
d'exercer un rôle de champion, libérée de sa capacité finale, dans un contexte
judiciarisé, de rendre une décision. Et là peut-être que moi, comme législateur
ou comme acteur gouvernemental, qui souhaite
me donner un champion externe, quelqu'un qui a une crédibilité dans le public, j'ai quelqu'un
qui peut prendre la parole, qui peut
pousser la gouvernance vers plus d'accès. Ça, c'est ce que je me donne. Le
coeur de notre réflexion, c'est :
changer la culture. On peut changer bien des lois, là, mais ça me prend aussi
des champions, à un moment
donné, qui poussent pour ça. Puis ils sont... Franchement, là, on va se le dire
entre nous autres : La CAI est champion, ils seraient plus champions que
tous nous autres réunis ici, en termes de crédibilité, là, dans le public.
Alors, ça, c'est ce que je vais chercher.
Maintenant, est-ce
que je perds quelque chose? Les adjudicateurs qui sont à la commission en ce
moment se retrouveraient au TAQ, qui aurait
un volet spécifique à ça. Donc, ceux dont on parlait tantôt
qui avaient la spécialité, on ne les
perd pas, ils vont rester là, et d'autres suivront, comme s'ils suivaient dans
cette commission-là. Donc, je ne perds pas non plus le professionnalisme,
ou la compétence, ou même la connaissance historique.
Quand
je vous le présente comme ça, que je vous présente l'étape d'une commission
qui est déjudiciarisée, qui a une
ordonnance exécutoire, qui a un appel au TAQ comme dans le cas actuel :
après audience, il y a un appel à la Cour du Québec,
mais qui, puisqu'on lui enlève le caractère judiciaire, peut devenir un acteur
plus libre et indépendant dans ses mouvements, est-ce que vous ne
trouvez pas qu'on a là quelque chose comme un champion qui serait même utile à
la cause que vous défendez?
Le Président (M.
Hardy) : M. Landry.
M. Landry (Lucien) : Bien, de premier aloi, M. le
Président, je trouve que c'est intéressant, des intentions, mais c'est de
réussir, les mettre en place. Parce
que, M. le ministre, je tiens à
vous attirer l'attention : vous ne pouvez pas vous imaginer la
misère qu'on a seulement de processus à l'accès au mécanisme... d'utiliser ce
qu'on appelle les outils de justice pour
avoir accès à cette démarche-là. Si ce n'est que de nous faire entendre puis
d'exposer notre point de vue, il y a des
procédures qui disent que, lorsqu'on représente un organisme, il faut
avoir l'assistance d'un avocat. Mais l'organisme qui n'a pas les moyens financiers énormes dans son budget
pour venir en aide directe auprès des personnes puis de l'affecter aux frais juridiques, là il y a
comme une déviation de notre mission par
rapport aux besoins qu'on a à combler
en priorité, à répondre aux besoins d'assistance auprès de ces
personnes-là.
Alors,
oui, avec un gros oui, on souhaiterait davantage que ça soit déjudiciaridisé... enlever l'aspect
de toute la... judiciaire, comme on
dit. Puis ça, ça nous faciliterait la tâche tellement. Comme un exemple
concret qu'on a vécu... Puis je vous
l'ai dit au début, quand on a eu cette démarche-là de médiation, on n'avait pas
besoin d'assistance d'un procureur, on
a réussi à avoir une entente, au moins d'avoir accès à se parler, puis à mieux
se comprendre, puis détailler nos demandes, le pourquoi, aussi. Oui, M.
le ministre, on vous dit oui, d'emblée.
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre.
M. Doussot
(Tony) : Une bonne façon de...
Le Président (M.
Hardy) : M. Doussot.
Doussot (Tony) : Pardon. Une bonne
façon de déjudiciariser, effectivement, ce serait de respecter votre orientation sur la diffusion proactive, c'est-à-dire que les responsables d'accès à l'information ne soient pas obligés d'aller devant que ce soit le TAQ ou que ce soit la commission, qu'il respecte ce pour quoi est-ce que vous les payez, c'est-à-dire donner de l'accès à l'information aux citoyens. Ça, c'est la première des choses, c'est ce qui
paraît évident : c'est que la meilleure façon de déjudiciariser,
c'est que l'État soit efficace.
Maintenant,
effectivement, comme vous le présentez, c'est intéressant, mais sauf que les six personnes qui font l'expérience, elles
ont plusieurs articles de loi en leur possession, dont la Commission d'accès à
l'information, dont la loi d'accès à l'information, elles peuvent donner des sanctions.
Vous avez déjà demandé combien est-ce qu'elles ont donné de sanctions, ces six personnes efficaces?
Aucune sanction. Ça veut dire qu'à chaque fois vos responsables de
l'accès à l'information ont été, à chaque
fois, dans tous les cas, extraordinairement compétents? Personnellement, je ne
le crois pas.
Personnellement,
je crois qu'on n'a pas fait le travail, déjà, avec les six personnes. Vous
voulez les déplacer. Donc, le temps
qu'elles s'habituent, elles feront encore moins le travail, à mon avis, et
elles auront moins de poids, moins de force de sanction de tous ceux qui n'ont pas donné l'accès à l'information
déjà. Je ne suis pas... Oui, évidemment, l'idée est bonne, mais les six personnes que vous avez là...
mettez-en une septième, et qui a vraiment l'intention de sanctionner les
fautes quand on ne donne pas l'accès à l'information.
Le Président (M.
Hardy) : M. le ministre.
Fournier : Merci. Là,
on aborde une autre question, et je vais me recibler... Je vous entends bien,
là, mais, la sanction des fautes, je vais mettre ça ailleurs. Je vais
présumer qu'il n'y a pas de faute, je vais présumer qu'il y a une loi qui s'applique mais
qui n'est pas d'une clarté absolue. C'est une des raisons pour laquelle il y a
une transformation, une des raisons, il y en a plusieurs.
Évidemment,
il y a l'aspect de la diffusion proactive, qui est un grand chantier, qui
n'est pas la... Je le dis tout de suite, là, je fais preuve d'humilité, c'est la deuxième
fois que j'en parle, c'est le mot du jour : Ça ne se fera pas du
jour au lendemain puis ce n'est pas la
solution à tout, là. La diffusion proactive, c'est un chemin qu'on doit prendre
mais qui prend du temps, qui a besoin
d'être planifié dans le temps et qui a besoin de ressources pour le faire. Mais
par contre ça doit être fait. Hein, ce n'est pas parce
qu'on ne doit pas se rendre vers une
destination ou bien parce qu'on trouve que c'est trop long qu'on ne commence pas la marche. Il faut
commencer la marche. Ça, c'est une chose, le proactif, où, évidemment,
ça éviterait de faire des demandes si l'information est déjà disponible.
Parfait.
Mais revenons dans l'autre contexte, celui où on
est présentement, où... Et je pense à vous notamment, là. Quand je dis : Ça prend un champion, puis je
le dis parce que je l'ai entendu dire... Parce que,
depuis le temps que je suis là-dedans, j'ai été approché par plusieurs
groupes qui oeuvrent dans ces milieux-là, ils disent : De temps en temps, là, la commission...
j'entends ça, et, remarquez bien, elle ne le peut pas, mais ils disent :
La commission, elle pourrait prendre pour nous autres aussi. Si c'est une commission
d'accès, elle pourrait prendre pour l'accès, puis l'accès, c'est ce
qu'on veut. Alors, il y a une...
Tout ce monde-là amenait à définir la commission comme étant une commission de non-accès.
Et la commission, puisqu'elle est adjudicatrice, elle n'est pas en mesure de prendre fait et cause
dans certains dossiers, de pousser plus loin. Eh non, c'est le décideur.
Et c'est ça,
le désir de transformation qui est ici. Dans votre mémoire, vous sembliez être plus ou moins d'accord. Maintenant,
à échanger, je sens que vous vous rapprochez un peu. Parce que
l'idée, puis peu importent les mots choisis, l'idée en disant : La commission, telle qu'elle existe aujourd'hui, pourra rendre une ordonnance exécutoire après avoir procédé à une enquête, une médiation, pas
l'audience judiciaire... va pouvoir rendre une ordonnance à partir des
éléments qui sont là.
Bien sûr, une
partie pourrait aller au Tribunal administratif
par la suite, pour voir les adjudicateurs de la CAI qui se retrouveraient là
maintenant. Comme aujourd'hui, une fois que la CAI a fait son audience
judiciarisée, on peut aller à la Cour du Québec, on pourra prendre le procès
aussi. Mais ça, c'est d'autre chose, là.
Mais le point suivant, c'est qu'en ayant enlevé
la fonction d'adjudication judiciaire de la CAI elle pourrait, en certaines matières... enfin, c'est le voeu que
j'exprime, puis pas dans tous les cas, elle n'aura pas les ressources
pour tous les cas, mais que, dans certaines
matières, dans des cas immenses, elle prenne même fait et cause, ce qui est
impossible en ce moment dans le système actuel.
C'est ça, le
coeur de l'idée qui est sur la table. Est-ce
qu'elle est mal exprimée? Est-ce qu'on l'a mal écrite? Ça se peut, je n'en disconviens pas, peut-être. Mais
l'objectif, c'est d'avoir une commission d'accès qui favorise l'accès,
qui est champion à l'accès, qui parfois peut prendre fait et cause.
Mon constat,
c'est qu'aujourd'hui elle ne le peut pas. Moi, je veux changer la culture, je
mets des «doit» au lieu des «peut»,
je change la structure. J'essaie vraiment de trouver des poignées pour changer
la culture. Si je ne change pas les
structures, si je ne change pas les mots de la loi, bien, je ne changerai rien.
Alors, c'est quoi, l'oeuvre qu'on fait ici, là? On essaie de changer la
culture.
Donc,
revenons sur la proposition. Dans votre mémoire, vous n'étiez pas favorables.
Quand je vous la présente comme ça, comment vous réagissez?
Le Président (M. Hardy) : M. Landry.
M. Landry
(Lucien) : M. le Président,
c'est clair que... J'ai lu un
article qui paraissait dans Le Devoir
en date du... — attendez, M. le Président, là — du 18 mars, du souhait... souhaité par
le ministre responsable de l'application de la Loi de l'accès, que le
Québec doit être ouvert, à la discrétion de ses ministères, mais qu'il favorise
la transparence. Il y a comme deux discours.
On vous a déjà sensibilisés aussi : la
préoccupation des petits organismes communautaires qui n'ont pas toute
l'infrastructure juridique puis les moyens nécessaires pour se doter de ces
outils-là afin de défendre ces droits-là. Il va
de soi qu'en quelque part, M. le ministre, sur un autre chapeau d'un autre
ministère, celui de la Justice en concurrence, on vous avait déjà sensibilisé à la nécessité que des organismes
communautaires puissent être reconnus sans l'obligation de se conformer
aux articles de la Loi du Barreau, surtout l'article 129... 128 et 129.
C'est ce
qu'on vit actuellement devant la commission : on nous interdit de
s'adresser parce qu'on est un organisme. Puis, parce qu'on est un organisme, la loi exige de la commission qu'on
puisse être accompagnés par un procureur. Puis, pour avoir un procureur,
là on passe devant la Commission des services juridiques. Là, on nous demande
d'avoir des procédures, des vérifications
d'admissibilité de 38 000 orphelins, de tous les dossiers des
orphelins, leurs rapports d'impôt, pour
venir valider s'ils ont accès ou pas à la justice, au mécanisme d'accès à la
justice. On trouve ça effarant, M. le ministre, mais c'est là qu'on vous dit : Oui, M. le ministre, prenez puis
foncez pour déjudiciariser ce processus-là d'accès à la justice, tout en
ayant accès au droit de l'information.
Le Président (M. Hardy) : M. le
ministre.
Fournier : Bien, je comprends l'appel que vous
faites. Évidemment, il est clair que, dans la formule qu'on a ici, avant la transformation, quand vous allez à
la commission, ça prend un avocat, quand vous allez à la Cour du Québec,
ça prend un avocat. Dans la formule qu'on propose, lorsque vous iriez à la
commission pour une ordonnance exécutoire suivant
une médiation et enquête sans audience, vous n'en auriez pas de besoin. Par
contre, si vous alliez par la suite au Tribunal administratif, au TAQ, vous en auriez de
besoin. Il y a donc une petite différence entre aujourd'hui puis demain.
Pour se rendre à l'ordonnance exécutoire dans le modèle qu'on propose, vous
n'en auriez pas de besoin.
Mais, ceci
étant — mais ça,
ça peut peut-être être une des façons de vous aider, là, à ce que vous
dites — je
veux juste vous dire que le coeur de mon
action à moi n'est pas tellement celle-là. C'est un avantage collatéral qui
vous échoie, mais le coeur de
l'argumentation pour faire ça, c'est de permettre à une organisation... Puis,
encore une fois, si ce n'est pas la CAI, ce sera une autre, mais il y en
a une, là, qui est spécialiste là-dedans, qu'elle soit une commission de
l'accès à l'information, qu'elle soit utile pour le justiciable, qu'elle soit
utile pour le gouvernant, pour que quelqu'un qui est spécialiste dans la
transparence et l'accès nous y amène, nous y entraîne.
Ça ne veut
pas dire que tout est ouvert. Pourquoi? Parce que la bonne gouvernance demande
parfois qu'on ne donne pas toutes les informations. Le plan
d'architecture de la prison, on ne le rendra pas public. C'est facile, ça. Je
donne toujours cet exemple-là parce qu'il
est facile à comprendre, puis le monde dit : Bien, oui, ça a bien de
l'allure. Mais c'est ça, il y a des exceptions
qui ont bien de l'allure. Parce que l'intérêt public, c'est le maximum de
transparence sans qu'on se tire dans le pied, sans qu'on se cause des
problèmes.
Mais là on a
un problème, parce que ça fait une trentaine d'années que la loi existe, elle
est écrite de façon à ce que même ceux qui l'utilisent ne s'y retrouvent
plus. On ne s'entend même pas sur ce qu'elle veut dire. Un peu plus tard cet après-midi, il va y avoir la fédération
des journalistes qui va venir. Pour eux, les exceptions, ça n'a pas
d'affaire là, puis ils ne comprennent pas
comment ça qu'il y a des affaires différentes. La façon que c'est écrit, c'est
un frein. Alors, j'essaie de trouver
des transformations et... Bien, je suis content de voir qu'on a pu échanger et
que j'ai vu un avantage collatéral
pour vous, de plus. Et je pense qu'il y a une certaine forme d'appui à la
démarche que nous faisons et je vous remercie d'être venus.
Le Président (M. Hardy) : Merci.
Nous allons maintenant passer à la période d'échange avec l'opposition
officielle. Mme la députée de Taschereau, à vous la parole pour une période de
10 minutes.
Maltais :
Merci, M. le Président. Bonjour! Bonjour, M. Landry, ça fait plaisir. Bonjour,
M. Doussot. On s'est côtoyés quelques fois, il y a eu souvent des
commissions parlementaires, dans le monde de la santé, où on a eu à débattre
ensemble.
Écoutez,
votre mémoire touche, pour moi, à deux points importants : sur
l'accessibilité, et donc la façon dont le ministre voit la gouvernance, avec cette séparation de la CAI en deux,
là; et l'autre, c'est sur le point que vous avez soulevé, qui est le droit d'accès, droit d'accès avec ou
sans avocat. Je vais aller sur la première d'abord, mais je veux me
garder un moment sur le droit d'accès.
Le ministre a
pris ça du côté de la gouvernance, son intention d'améliorer la gouvernance,
puis il dit : Écoutez, comme ça,
on aurait un superchampion qui s'occuperait de commission d'accès à l'information.
Je le dis : L'intention est belle.
Maintenant, si on la regarde du côté du citoyen — et vous êtes un organisme qui représente des
citoyens, particulièrement des
citoyens qui ont eu des difficultés dans la vie qui peuvent entraîner des...
dans le passé, qui peuvent entraîner des députés dans leur vie
actuelle — on
regarde du côté des citoyens, vous soulevez les délais au TAQ et la complexité
d'accès. J'aimerais ça... Pourtant, le ministre dit : Non, il y a
peut-être moyen. Est-ce que vous avez des... D'abord,
les délais au TAQ. Vous le soulignez, vous dites que les délais au TAQ sont
très longs. C'est quoi, l'impact, chez un citoyen ou chez un orphelin
victime de Duplessis de l'époque?
Le Président (M. Hardy) : M. Landry.
M. Landry
(Lucien) : Brièvement, M. le
Président. On a, nous, emporté nos
dossiers par rapport... d'exemples... ou la liste des demandes
que l'on a faites, et il y en a que ça dure depuis 2011, 2010-2011, on est en
2015, parce qu'à différents niveaux on
s'aperçoit qu'il y a de l'obstruction, puis on se pose la question :
Pourquoi qu'il y a de l'obstruction? Pour différents types de raisons.
Particulièrement, un de vos anciens ministères... Parce qu'on sait
particulièrement, M. le Président, que le
ministère de l'Emploi, de Solidarité sociale est le ministère responsable du
dossier des orphelins de Duplessis
dans le cadre du programme de réconciliation. Et il y a des choses qu'on veut
comprendre, qu'on veut savoir et que,
là, ça prend énormément... ou pour différents types de raisons, soit qu'ils ne
possèdent pas le document ou soit que ça n'existe pas, ou ainsi de
suite. C'est transféré à d'autres ministères sous le vocable de...
Un exemple concret que c'est le Conseil des
ministres... quand ça débat à l'intérieur, il y a des règles et des procédures prévues à cet égard-là. Là encore, il y
a des délais énormes pour obtenir ces informations-là. Aussi bizarre que
ça peut être aussi, par le travers des
différentes démarches que l'on fait, avec un exemple concret sur les
conséquences et les situations, des
séquelles que les orphelins 50 ans vivent après, on a demandé des
analyses, des recherches que le ministère a faites, et, ça encore, le fait que ça a passé par le biais du Conseil
des ministres, on n'a pas accès... et qu'on cherche à avoir accès, à comprendre pourquoi il y a ces
séquelles-là afin de mieux desservir des services. Mais ça, c'est dans le but
de l'instauration du programme. À ce
niveau-là, par des règles de d'autres niveaux, on ne peut pas y avoir accès. Quand
on parle de délais, ça l'est, un exemple concret, Mme Maltais, qu'on subit.
Le Président (M. Hardy) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais :
Merci. Ça, c'est les délais, la complexité. Pour vous, donc, le fait de passer
aussi... Est-ce que vous avez... Je ne sais pas si... Je sais que vous
avez été là pendant un bout de temps quand la Commission d'accès à l'information était là. Ils disent : Écoutez,
on a peur que le dossier se trimbale de la Commission d'accès à
l'information, ensuite
s'en aille au TAQ et, comme le TAQ va avoir étudié, que ça revienne à la
Commission d'accès à l'information, qu'on soit obligés de... La
complexité de ça, pour votre monde, pas simple?
Le Président (M. Hardy) : M. Landry.
M. Landry
(Lucien) : Bien, comme on
expliquait tout à l'heure, c'est les mécanismes d'avoir la possibilité
de... pas de plaider, mais de témoigner par
rapport à... nous permettre à faire des représentations. Il y a des procédures
qui sont prévues, à la Commission d'accès, qu'on ne peut pas y avoir
accès. Exemple concret : si nous sommes un organisme, ça prend l'assistance d'un procureur. Là, il faut
passer devant la Commission des services juridiques. Là, on n'est pas accessibles parce qu'on est... la plupart des