CRC — 30 May 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
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32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
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29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
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16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
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13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
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Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
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(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
jeudi 30 mai 2024
Vol. 47 N° 53
Étude détaillée du projet de loi n° 65, Loi limitant le droit d’éviction des locateurs et renforçant la protection des locataires aînés
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
13 h 30
14 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
19 h
19 h 30
20 h
20 h 30
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures dix-sept minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 65, Loi
limitant le droit d'éviction des locataires... des locateurs, pardon, et
renforçant la protection des locataires aînés.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest) est remplacée par Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel), Mme Picard (Soulanges) par Mme Jeannotte
(Labelle), Mme Prass (D'Arcy-McGee) par Mme Dufour (Mille-Îles), M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne) par Mme Labrie (Sherbrooke) et M. Bérubé
(Matane-Matapédia) par M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, MM. et Mmes les parlementaires,
bienvenue à la commission. Nous en sommes maintenant aux remarques
préliminaires pour lesquelles chaque membre dispose d'un maximum de 20 minutes.
Alors, j'invite d'abord la ministre responsable de l'Habitation à faire ses
remarques préliminaires. Le micro est à vous.
Mme Duranceau : Merci, Mme la
Présidente. Contente de vous voir. On ne s'était pas croisé en commission.
Alors, je salue d'abord mes collègues élus, mes collègues du cabinet, mes
collègues aussi élus des oppositions. Et je souligne aussi que ce ne sont que
des élues féminines, hein? Alors, ça va opérer aujourd'hui, je vous le dis, en
tout respect pour notre collègue Andrés qui, normalement, est là, là. Mais là,
il fallait... Ah! il ne fallait pas que je le dise, le député de Laurier-Dorion.
Donc, c'est un petit clin d'oeil qu'on lui fait, là, parce que c'est rare qu'on
est juste une gang de filles, bien qu'on soit accompagné d'acolytes fort
pertinents, ici, en la personne de Maître Simard, qui est le président du
Tribunal administratif, que vous avez évidemment eu l'occasion de voir, et
Nicolas Paradis, qui est mon sous-ministre au niveau de l'Habitation.
Donc, tout le monde a travaillé fort là-dedans.
Pas si tôt, en fait, concurremment, là, avec le projet de loi n° 31,
on tablait déjà sur les mesures qui sont proposées aujourd'hui. Il a fallu plus
de temps, il a fallu discuter, il a fallu analyser, il a fallu convaincre des
gens aussi, adapter en fonction de...
Mme Duranceau : ...de ce qui
m'a été soulevé, et tout, bien, aujourd'hui, on va continuer d'adapter s'il y a
lieu. Évidemment, je pense que ce qu'on souhaite tous, je ne veux pas mettre
tous les mots dans la bouche de personne, mais on espère que ce sera adopté
rapidement pour qu'il y ait rapidement un effet aussi pour la population, là.
Quand je parlais de traverser la crise plus humainement, puis juste apaiser un
peu le stress que plusieurs vivent en ce moment, juste avec le spectre d'une
potentielle éviction, je pense que c'est l'objectif des discussions
d'aujourd'hui. Alors, je nous souhaite une excellente collaboration là-dedans.
Je retourne à mes notes pour être sûre de ne rien échapper. Et attendez...
Donc, c'est ça.
• (11 h 20) •
Alors, Mme la Présidente, c'est un projet
de loi, comme je le mentionnais tantôt, qui a été le fruit d'une longue
réflexion, puis je n'ai pas peur de le dire, j'ai évolué là-dedans, moi aussi.
Ça, c'est évidemment amorcé avec le projet de loi n° 31. Mais là, aujourd'hui,
je suis vraiment fière que... de présenter les mesures dans la Loi limitant le
droit d'éviction des locateurs et renforçant la protection des locataires...
des locataires aînés. Et puis, vous le savez, Mme la Présidente, je le répète,
dès que j'ai l'occasion, je le maintiens encore une fois aujourd'hui, la vraie
solution pour régler la crise du logement, c'est de construire plus de
logements. Et je pense qu'on travaille...
Malgré les questions posées ce matin,
on travaille très fort pour que le logement sorte... les logements sortent,
Et puis je... ça va me permettre de
rectifier un petit peu, là, ou de cadrer la question ce matin, le Programme
d'habitation abordable, il y a présentement 655 unités qui sont en
développement à travers le Québec. Donc, ça, elles sont réellement en
construction. On va mettre à jour notre tableau de bord qui est en ligne. C'est
peut-être ce qui a donné lieu, là, à la question de ce matin. Par ailleurs, on
peut ajouter à ça les 1000 unités, qui sont présentement en cours avec Mission
Unitaînés, qui devraient être livrées à l'intérieur de deux ans. Et puis c'est
sans compter les unités de l'arrérages AccèsLogis. On en avait plus de 15 000,
qui sont en train de lever de terre, s'ils ne sont pas déjà inaugurés. Alors,
alors, ça avance. Et force est de constater qu'il faut agir maintenant par
ailleurs, pour protéger les gens de la crise, parce que, bon, les fruits des
efforts en matière d'accélération de la construction, mais ils ne font pas
sentir tout de suite. Alors, c'est pour ça qu'aujourd'hui on est là puis qu'il
faut... il faut agir. Il y a des circonstances qui sont exceptionnelles et puis
ça prend des mesures exceptionnelles.
Alors, le projet de loi n° 65 a
principalement pour but de mettre en place un moratoire de trois ans sur les
évictions à des fins de changement d'affectation, de subdivision et
d'agrandissement de logements. On propose aussi de bonifier les protections
pour les aînés contre les évictions et les reprises de logement. On fait ça
comment? On fait ça en abaissant l'âge d'admissibilité à 65 ans et en bonifiant
de 25 % le revenu admissible pour bénéficier des protections qui existent
déjà. Alors, on vient presque doubler le nombre de ménages aînés qui seront
protégés contre les évictions et les reprises. Alors, je pense que c'est majeur
et ça a été très bien reçu jusqu'à présent. Évidemment, le projet... ce projet
de loi là, le projet de loi n° 65, bien, il est complémentaire à d'autres
initiatives qui sont mises de l'avant par le gouvernement. Alors, il y a
évidemment le projet de loi n° 39, qui est le projet de loi de ma collègue
ministre des Affaires municipales, puis bien, le projet de loi n° 31, qui a été
adopté en février dernier.
Puis, écoutez, je reviens quand même sur
le projet de loi n° 31, parce que c'est un projet de loi qui contenait des
mesures spécifiques qui visaient à mieux protéger les locataires contre les
évictions puis les expulsions abusives. Ça fait que je pense que c'est
important de le dire, sauf que force est de constater que, malgré... malgré la
meilleure protection, quand quelqu'un se retrouve, en ce moment, avec une
éviction, bien qu'il ait une compensation financière plus généreuse, qu'il y a
plus de prévisibilité parce que le fardeau de la preuve a été changé sur les
épaules du propriétaire, bien, les gens ont de la difficulté à se reloger.
Alors, c'est pour ça que le projet de loi actuel propose le moratoire qui se
veut une pause, un temps d'arrêt sur les opérations spéculatives dans le marché
du logement. Alors, on aura l'occasion d'en débattre, mais je crois que c'est
la mesure qui s'imposait dans les circonstances.
Par ailleurs, je le dis, il faut
construire. Donc, on a annoncé 4,7 milliards, au cours des cinq dernières
années, pour la brique, pour la réalisation de logements sociaux et abordables.
Puis on a investi 1,8 milliard à la mise à jour économique...
Mme Duranceau : ...lancer
des projets d'habitation et dont 123, presque 124 millions pour mieux soutenir
les personnes vivant en situation d'itinérance. On a aussi grandement bonifié,
puis c'est peut-être moins... moins accessible dans la population, ou technique
comme comme précision, mais on a bonifié et simplifié les programmes
d'allocation et de supplément au loyer pour qu'il soit plus efficace puis
qu'ils permettent de mieux atteindre leurs objectifs d'aider les gens en
situation de vulnérabilité. Alors, on agit sur, vraiment, plusieurs fronts puis
c'est ce que la situation commande.
Donc, je tiens à mentionner aussi que
chaque geste, qu'il soit individuel ou collectif, qu'il soit au niveau
municipal, provincial ou fédéral, bien, chaque geste compte. Et puis, dans le
contexte actuel, bien, il faut faire preuve... il faut faire preuve de
créativité, il faut être proactif, il faut travailler en synergie et surtout il
faut nous adapter lorsque la situation l'exige. C'est ça qu'on fait aujourd'hui
avec le projet de loi no 65. On a continué de réfléchir. La situation a
continué de se corser, notamment quand on considère le nombre de nouveaux
arrivants qui est un peu sous... hors de contrôle, considérant ce que le
fédéral ne fait pas. Alors il faut s'adapter. Puis on s'adapte avec le projet
de loi no 65. Et on démontre aussi qu'on n'a pas peur d'aller de l'avant
avec des mesures audacieuses parce que suspendre l'application du Code civil,
tous les juristes qui m'entourent me disent : On ne fait jamais ça. C'est
une mesure qui est vraiment extraordinaire. Alors, à situation exceptionnelle,
mesure exceptionnelle.
Alors, on n'a pas eu peur d'aller de
l'avant et, bien, je l'ai dit à plusieurs reprises depuis une semaine,
vraiment, l'objectif de ce projet de loi là, c'est de traverser la crise
collectivement, plus humainement, et en s'assurant de protéger les locataires
les plus vulnérables. Alors, vraiment, je fais appel. Je pense que mes
collègues sont dans cet esprit de collaboration, mais je le réitère, j'espère
que ça va bien aller puis qu'on puisse adopter le projet de loi avant la pause
estivale. On va... On va discuter pourquoi c'est important aussi, là, sur le
plan technique, au-delà de... d'aider vraiment les gens.
Alors, j'ai confiance. Puis je le dis, on
est plusieurs élus qui qui avons, je pense, le même sentiment ou le même désir
d'aider, d'aider les gens plus vulnérables, puis d'éviter qu'une menace
d'éviction pèse, là, comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de
plusieurs locataires.
Alors, Mme la Présidente, je le réitère,
j'aimerais qu'on unisse nos forces en tant qu'élus pour relâcher un peu la
pression, pour mettre sur pied des mesures qui vont nous permettre de traverser
la crise plus humainement. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole, pour ses
remarques préliminaires, à la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, également, je salue tous les collègues, Mme
la ministre, les collègues de la banquette ministérielle, ma collègue, la
députée de La Pinière, et ainsi que, bien, les autres collègues des
oppositions, qui sont présents.
Effectivement, je partage les commentaires
de la ministre que nous sommes plusieurs élus, je dirais, nous sommes tous des
élus, je crois, qui sont préoccupés par la situation actuelle, la crise du
logement, et l'impact, et la pression qui est imposée aux locataires qui se
retrouvent sans logement. Et c'est exactement pour cette raison que lors du
projet de loi no 31, il y a à peine quelques mois, donc en janvier 2024,
nous avions des débats sur des amendements qui étaient proposés par les
oppositions pour améliorer la protection des locataires aînés. Alors donc, je
veux rappeler, donc, que c'est il y a exactement quatre mois, aujourd'hui,
qu'on avait ces débats-là et que nous étions favorables, notre... le Parti
libéral du Québec, aux amendements qui avaient été déposés, deux des trois
amendements, qui correspondent exactement aux amendements... aux éléments qu'on
retrouve dans le projet de loi no 65.
Et je voudrais quand même... Je ne
pourrais pas commencer sans mentionner tout de même les commentaires qui
avaient été émis à l'époque. Ça ne fait pas longtemps, Mme la Présidente,
seulement quatre mois, où moi, j'avais aussi déposé des amendements pour
protéger les citoyens de... des évictions qui étaient liées à des changements
d'usage, commerciaux notamment, pour faire de la location d'hébergement de
longue durée... courte durée, pardon, de l'hébergement touristique comme les
Airbnb ou d'autres plateformes similaires. Et il y a eu quand même des grands
débats à ce sujet-là, et là, aujourd'hui, bien, avec le moratoire que le projet
de loi no 65...
Mme Dufour : ...propose puis
on va venir l'encadrer. Mais je voudrais quand même souligner qu'il n'y a pas
si longtemps que ça, la ministre nous soulignait que c'était important de
maintenir les hébergements touristiques plutôt que de protéger les évictions à
ce moment-là. Alors, je suis contente que la ministre ait, disons, on peut
dire, cheminée dans ce sens.
• (11 h 30) •
Pour ce qui est des... de la protection
des aînés par rapport à l'âge qui était proposé de diminuer de 70 ans à
65 ans, la députée de Labelle, qui est ici présente, nous avait mentionné
qu'il y avait des risques à ce moment-là, et elle nous parlait d'un cas vécu
d'un homme de sa circonscription qui était propriétaire d'un bungalow qu'il
louait à une personne, à une tierce personne, une personne est aînée et qui,
lui, à 60 ans, ne pouvait pas reprendre sa maison pour l'occuper à sa retraite.
Et puis elle nous soulignait qu'il y avait des risques, donc, si on diminuait à
65 ou 67 ans. Et je vais citer ses mot : «On augmente encore plus la
discrimination potentielle». Donc, ce sont les mots de la députée de Labelle.
Donc, je vais être curieuse d'entendre la ministre ou la députée de Labelle, à
savoir si on a évalué l'impact de ça, parce que c'était la crainte à l'époque,
et c'est ce qui justifiait le fait de ne pas aller de l'avant avec l'amendement
qui était proposé à ce moment-là, si je ne me trompe, par Québec solidaire.
Et moi, je vais soulever aussi... donc au
cours de l'étude de ce projet de loi là, je vais soulever d'autres risques qui
m'apparaissent et qui on devra voir... peut-être, ce sera par d'autres actions
pour venir contrer ces risques-là, mais il y a une crainte qui a été soulevée,
pas simplement par moi, là, par plusieurs experts, d'un risque d'une baisse des
investissements immobiliers dans les prochaines... les prochains trois mois. Et
et ça, ce risque là, il est... en tout cas, moi, j'ai déjà commencé à entendre
des cas de gens qui disent : Moi, je vais me départir de mon duplex ou
d'autres disent : Bien, moi, je pensais en acheter un, mais là je vais
attendre, je n'en achèterai pas. Et c'est malheureusement souvent lorsqu'il y a
des changements de propriétaire que les rénovations majeures ont lieu. Et
l'enjeu, c'est qu'on a un parc locatif qui est extrêmement vieillissant. C'est
quoi? C'est 60 % du parc qui a été construit il y a presque 40 ans ou
plus. C'est beaucoup. Et, malheureusement, actuellement, les règles du Tribunal
administratif du logement, pour les rénovations, puis ça, ce n'est pas du
nouveau, je l'ai mentionné abondamment dans le projet de loi n° 31,
mais les règles actuelles du tribunal font en sorte que les propriétaires qui
font des rénovations ne rentrent pas dans leur argent pendant la durée de vie
des travaux. Généralement, pour la majorité des travaux, ils n'arrivent pas à
récupérer l'argent, et donc personne ne fait... dépense de l'argent à perte.
Donc, finalement, ce qui arrive, bien, c'est les travaux ne se font pas
malheureusement.
C'était d'ailleurs évoqué, là, dans un
article dans Les Affaires hier qui disait... C'était Jean Sasseville dans Les
Affaires qui nous disaient que la formule du TAL incite à rénover seulement
quand c'est nécessaire et laisser les logements devenir de plus en plus
vétustes. Et il disait, bien, en général, les propriétaires font des
rénovations majeures seulement au départ d'un locataire. Donc, ça, c'est la
réalité, puis on sait que le marché fait en sorte, là... il y a d'ailleurs un
cas, là, qui vient juste de... je viens juste de voir... une dame qui voulait
acquérir un logement, une propriété à revenus et qui a regardé qu'avec le coût
d'acquisition, les coûts de financement, bien, c'était impossible d'arriver
sans augmenter les loyers de façon substantielle. Donc, l'équation ne
fonctionne pas actuellement et l'écosystème, là, n'est pas favorable à
investir. Mais le problème c'est qu'on a besoin de plus de logements. On vit
une crise du logement sans précédent.
J'ai entendu la ministre parler de
l'arrivée d'immigrants temporaires, mais je voudrais souligner que la crise,
elle existe bien avant cette arrivée qu'on a soulignée dans les deux dernières
années. D'ailleurs, pendant les trois premières années du mandat de l'ancienne
ministre des Affaires municipales et Habitation, les oppositions parlaient de
crise de logement et le gouvernement à l'époque le niait, ça n'existait pas.
Mais c'était déjà là, c'était déjà en cours et, évidemment, il y avait... il y
a un élément, c'est quand on voit des baisses de mises en chantier en
parallèle. Alors, non seulement on a...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) Mme Dufour : ...des taux d'inoccupation
qui baissaient, qui baissaient de façon importante où on a... on est plus au
taux d'équilibre, là, loin de là. On a... Dans la majorité des municipalités du
Québec, on est à 1 % ou moins. Il y a certains endroits où on est à
0 % de taux d'inoccupation. D'ailleurs, j'étais avec le maire de Gaspé pas
plus tard que vendredi, qui me disait un peu ironiquement, il dit : Ça va
beaucoup mieux, Mme Dufour, on est passé de 0 % à 0.1 % cette
année. Donc, ça, c'est pour dire qu'il n'y a pas beaucoup de logements
disponibles à Gaspé. Mais ce n'est pas à Gaspé que les immigrants vont
majoritairement, loin de là, mais pourtant c'est... ça frappe dans cette
région-là aussi. Donc, ce n'est pas que la source. C'est un des facteurs, mais
il y en a d'autres, il y en a beaucoup d'autres, et un de ceux-là, c'est le
manque d'investissement dans le marché immobilier. Et ce qui est inquiétant, c'est
qu'on a vu des baisses de mises en chantier en 2023 de façon assez historique.
On est rendus à... On en a construit moins de 39 000. Je ne reprendrai pas
les chiffres du deuxième chef... du chef de la deuxième opposition de ce matin.
Il ne s'est pas construit zéro logement au Québec. Il s'en est construit moins
de 39 000 en 2023, mais c'est vraiment insuffisant. Les projections de ce
qu'il nous faudrait comme logements varient selon les groupes, mais on devrait
au moins doubler, sinon tripler les mises en chantier par rapport à l'an
dernier. On est loin... On est loin du compte. Et actuellement l'écosystème
économique, les coûts de financement font en sorte que c'est... avec la hausse
des coûts de construction, la hausse des coûts de main-d'oeuvre... et ce n'est
pas le projet de loi n° 51 du ministre du Travail qui va régler tous ces
enjeux-là. Les matériaux de construction, ça reste. Les coûts de la main-d'oeuvre
vont peut-être... peut-être un petit peu s'amoindrir, mais... mais très peu.
Donc, dans les faits, l'écosystème n'a pas changé. Il nous faut des mesures
structurantes pour faire en sorte que ça soit... qu'il y ait un intérêt à
investir dans l'immobilier. Actuellement, les promoteurs, ce qu'ils nous
disent, c'est que de laisser l'argent dans un CPG, c'est beaucoup, beaucoup
plus rentable que de faire du logement actuellement, avec les coûts qu'on
peut... les loyers qu'on peut raisonnablement s'attendre à ce que les gens
soient prêts à payer. Donc... Donc, ça, c'est une réalité. Et quand on ajoute
des éléments qui font en sorte que l'écosystème est moins intéressant, bien, il
y a une crainte réelle que les investissements, donc diminuent pour les trois
prochaines années. Alors, j'aimerais... C'est sûr que, comme je disais,
peut-être la solution, ce n'est pas dans le 65, ça sera peut-être à l'extérieur,
mais il faudra adresser cette question-là.
Un autre élément, c'est qu'on vient
interdire les subdivisions, et ça... et ça, on aura à en discuter parce qu'il y
a des cas où la subdivision permet d'ajouter du logement. Donc, je vous donne
deux exemples. Un grand logement... Moi, j'ai déjà habité sur le Plateau
Mont-Royal, c'était un six et demi, là, mais c'était grand, c'était grand, ça n'avait
pas de bon sens. Facilement, il rentrait deux quatre et demi dans ce logement, Mme
la Présidente. Donc, est-ce qu'on va... perdre des opportunités pendant trois
ans de rajouter des logements? C'est beaucoup plus rapide de subdiviser un
très, très grand logement que de perdre... que de construire de zéro. Ça, c'est
certain. Je comprends qu'il nous faut des logements pour les familles, ça, c'est
évident. Mais en même temps, on va interdire les agrandissements qui auraient
peut-être permis aussi de faire des logements pour les familles.
Mais ceci dit, dans certains quartiers, ça
a beaucoup changé, et la démographie fait que ce n'est peut-être plus là qu'il
y a des grandes familles, puis que les besoins c'est peut-être plus des quatre
et demi, par exemple. Ça, c'est un exemple. L'autre exemple, une maison... très
grande maison qui serait louée, qui serait louée à quelqu'un. Puis là il y a un
cas, là, actuellement, que j'ai vu en région, et la dame propriétaire décide de
transformer sa maison en maison de chambre. Donc, au lieu d'une personne dans
sa maison, il y en aura huit. Et là, ça, c'est le genre de projet qui pourrait
être bloqué.
Alors, il faut y réfléchir vraiment pour
ne pas... pour ne pas finalement bloquer le potentiel d'augmenter le parc de
logements alors qu'on manque cruellement de logements. Ensuite... Excusez-moi,
je regarde mon temps. Voilà. O.K. Évidemment, puis ça, ça ne surprendra
personne, la ministre elle-même l'a dit, le projet de loi n° 65 ne réglera
pas la crise du logement. Et je vais reprendre exactement ses mots : La
vraie solution à la crise du logement, c'est d'augmenter l'offre. Et hier je
crois avoir entendu la ministre dire : Ça prend plusieurs mois pour
construire. Non, ça...
Mme Dufour : ...plusieurs
années pour construire. On le voit d'ailleurs même avec le PHAQ, après deux
ans, il n'y a pas de construction encore complétée. Et, quand on regarde les
délais, différents délais avec les... le ministère de l'Environnement ou les
émissions de permis, etc., c'est bien au-delà du trois ans que le moratoire
prévoit que cette crise sera réglée. D'ailleurs, un expert, hier, mentionnait
que peut-être qu'on... ça prendrait en fait 10 ans pour régler la crise,
du moins, au rythme où vont les choses. Il serait difficile qu'on s'en sorte en
moins de temps. Donc... Donc, maintenant, bien, ça sera la question, à savoir
quel... quand viendront les autres mesures pour réellement augmenter l'offre.
• (11 h 40) •
Je vais... je vais soulever... Oui, O.K.,
l'article deux du projet de loi. Puis la ministre, je vais reprendre les mots,
elle a mentionné que c'était assez exceptionnel de suspendre un
article du Code
civil, et j'en concède, là, pour avoir consulté un collègue qui... qui... bien,
avocat, là, mais, disons, qui connaît très, très bien le Code civil. C'est
très, très rare que ça arrive, effectivement, mais, à l'article deux, donc,
du... du projet de loi, le gouvernement, lui, se donne la possibilité de
soustraire en tout... en tout temps, une
partie du territoire. Et là, ici, il
n'y a pas de balises, on ne connaît pas les critères. Donc, il y aurait un
encadrement pour s'assurer que ça ne soit pas arbitraire. Il y aura des
discussions à cet effet-là.
Ensuite, pour... Puis je vais terminer,
là, là-dessus, la... Là, je comprends que la ministre souhaite que l'article...
le projet de loi soit adopté rapidement. Elle a invité les oppositions hier à
la collaboration. Et je suis à la même place que la ministre, je pense qu'on
doit collaborer, mais je veux rappeler que notre travail, c'est d'étudier
article après article, chacun, et comprendre et voir les conséquences de
chacun... de chacun des amendements, sous-amendements, articles, comment ils
sont déposés, et s'assurer qu'on ne crée pas d'effets, finalement, boomerang,
des fois, qui sont... ou pervers, qui sont des fois pires que la solution
qu'on... ou le problème qu'on tentait de régler.
Et... et l'autre élément, mais je voudrais
quand même souligner que ça fait... il y a juste quatre mois à peine, tous ces
éléments-là étaient sur la table. On aurait pu les adopter à ce moment-là, mais
à ce moment-là, la ministre n'était pas pressée. Donc, tu sais, c'est bien, là,
de mettre de la pression sur les oppositions, mais il faut quand même
reconnaître qu'elle avait une opportunité il y a quatre mois qu'elle n'a pas
saisie. Et là, maintenant, ça serait de notre faute si ça ne s'adoptait pas
avant la fin de la session. Je trouve ça... je trouve ça assez déplorable
comme... comme commentaire. Je vais terminer là-dessus, Mme la Présidente.
Et... et... Mais il y aura, comme je disais, ouverture et collaboration sur
chacun des articles, à en discuter. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée des Mille-Îles. Oh! Il reste quatre
minutes 47.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, premièrement, bonjour à tout le monde. Ça me fait plaisir
d'être ici. Bien entendu que toute mesure...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vais devoir vous couper. Je vous donnerai les quelques
secondes. On va revenir après l'ensemble des députés, d'accord?
Mme Caron : D'accord.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke, je m'excuse, le temps est à
vous pour une période maximale de 20 minutes. Allez-y.
Mme Labrie : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Écoutez, je vais être très courte. J'ai déjà fait quelques
remarques hier lors de l'adoption de principe. Moi, je suis très enthousiaste
qu'on soit réunis enfin, pour faire l'étude
article par
article de ce projet de
loi. Vous allez voir, je vais quand même avoir quelques amendements. Je vais
quand même avoir beaucoup de questions également. Ce projet de loi là, on
l'accueille très positivement. Il va apporter un soulagement important aux
locataires à travers le Québec, mais il est perfectible. Donc, on va avoir des
suggestions à cet effet-là, pas seulement sur la protection des locataires
aînés, mais sur le moratoire également. Donc, j'ai très hâte d'en discuter avec
vous. Moi, je m'arrête ici.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine, la
parole est à vous.
M. Arseneau : Merci. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Comme si on vivait dans une quatrième dimension de
se retrouver ici quelques semaines à peine après avoir complété l'étude du
projet de loi n° 31. C'est particulier. L'encre est à peine sèche sur le projet
de loi n° 31 que la ministre de l'Habitation nous convie à un nouveau
rendez-vous pour discuter essentiellement, là, de... des propositions qu'on
avait faites et qu'elles ont été... et qui ont été... qui ont été rejetées dans
le processus qu'on a traversé. On avait dit d'ailleurs à cette époque-là que
c'était assez exceptionnel qu'on... qu'on ouvre par exemple, des clauses du
Code civil. Bien là, on l'aura fait deux fois...
M. Arseneau : ...dans la même
session. C'est ça qui est absolument exceptionnel.
Cela dit, les changements, évidemment,
qu'on va discuter, ils sont les bienvenus, évidemment. Nous ne reculerons pas
sur nos convictions formulées pendant des semaines et des semaines au sein de
cette commission, bien au contraire. On va non seulement les réitérer, mais on
va les réitérer à maints égards, y compris à l'extérieur des propositions qui
sont faites présentement par la ministre. Puisqu'on rouvre le dossier, bien,
pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Il y a quelques bonnes idées qu'on avait
formulées qui sont ramenées, mais il y a quelques bonnes idées qu'on avait
formulées qui ne sont pas ramenées. Nous les ramènerons, bien évidemment.
Donc, ce sera quand même aussi intéressant
de voir pourquoi les réticences affirmées avec obstination par la ministre se
sont évanouies au cours des dernières semaines. Pourtant, la situation,
globalement, n'a pas changé, si ce n'est le fait qu'évidemment la crise
continue de s'accentuer, justement parce qu'on n'a peut-être pas pris les
bonnes mesures au bon moment et qu'on a nié cette crise-là pendant plusieurs
années, tout le monde le sait très bien.
Alors, les propositions que l'on fera au
cours du... bien, en fait, les propositions qui sont faites d'abord concernant
les amendements pour étendre la protection des aînés vulnérables contre les
évictions sont les bienvenues. On avait déjà demandé par amendement et appuyé
les amendements des autres membres de la commission pour rabaisser l'âge
d'accessibilité à ces mesures de protection de 70 à 65 ans. Nous avons
longuement argumenté là-dessus. Alors, évidemment, si on peut maintenant
s'entendre, c'est... c'est excellent. On appuyait également l'idée d'augmenter
le revenu admissible pour obtenir cette protection-là. Nous avions aussi
évoqué, et je pense qu'il faudra en discuter à nouveau, la question du nombre
d'années d'occupation d'un appartement avant de pouvoir bénéficier de cette
protection-là. Actuellement, c'est une période de 10 ans. Alors, si on veut
véritablement améliorer l'ensemble des facteurs de protection de cette loi,
bien, je pense qu'on peut et on doit également regarder de ce côté-là.
On peut aussi dire... encore une fois, là,
je ne veux pas accabler la ministre davantage, mais je pense que c'est le moment
où on commence l'étude, puis il faut... il faut quand même se dire les choses
telles qu'elles sont, ces mesures-là qui nous sont proposées, si elles avaient
été mises en place au moment où on pouvait le faire, c'est-à-dire en janvier,
février derniers, bien, il y a des dizaines, voire des centaines d'évictions
qui auraient pu vraisemblablement être évitées jusqu'à... jusqu'à maintenant.
Donc, on sait que le 1er juillet approche, et, dans nombre de cas, les avis ont
déjà été transmis aux citoyens locataires à travers l'ensemble du Québec. Donc,
l'urgence d'agir était là depuis déjà plusieurs mois. C'était le cas à
l'automne. C'était le cas cet hiver. C'est encore le... le cas ce printemps.
Donc, allons-y, travaillons ensemble, parce qu'on peut se le dire, là, mieux
vaut tard que jamais. Mais il faut quand même s'assurer qu'en regardant une
deuxième fois les mesures qui avaient été mises de côté dans la première... à
la première occasion qu'on s'est donnée, bien, il faut le faire de façon
rigoureuse, le faire de façon complète, sinon, évidemment, ce sera encore un
rendez-vous manqué. Alors, ça porte évidemment sur les mesures de protection
pour les aînés, mais pour le moratoire également.
Ce moratoire qu'on veut proposer, c'est un
changement de cap, mais c'est un changement de cap qui est le bienvenu. On va
évidemment parler des... du contexte ou des conditions selon lesquelles un
moratoire est jugé illégitime ou illégal. Mais il y a aussi des évictions qui
sont faites sous couvert d'une reprise qui eux... qui elles plutôt, ces
évictions...
M. Arseneau : ...ne sont
pas actuellement gérées ou abordées dans le cadre de ce projet de loi là. Et
malheureusement, selon les échos qu'on a du terrain, elles se poursuivent, tout
comme les signatures de résiliation de bail qui sont faites sur des prétextes
plus ou moins fallacieux et qui piègent souvent les personnes qui sont plus
vulnérables ou moins informées. Et ça aussi, c'est un phénomène qu'il faut
quand même discuter, aborder et idéalement contrer à travers une pièce
législative qui serait solide et conséquente.
• (11 h 50) •
Donc, évidemment, tout ce qui est de
l'ordre des initiatives qui viennent appuyer le droit de tous et de toutes à un
logement décent, puis là, quand je parle de droit, bien, la reconnaissance du
droit au logement, je pense que c'est quelque chose que l'on doit aussi
aborder. Donc, c'est... c'est un... c'est un droit qu'on ne souhaite pas
visiblement reconnaître du point de vue gouvernemental, mais c'est un peu le
point de départ pour l'adoption d'un certain nombre de mesures qui nous
permettraient véritablement d'améliorer les choses pour les locataires de
l'ensemble du Québec qui, aujourd'hui, vivent de nombreuses tragédies. On en
prend connaissance dans la presse, dans les médias, sur une base quasi
quotidienne.
Si on revient sur le projet de loi
no 31, puis les... les facteurs qui avaient suscité de nombreux débats et
discussions, il était question notamment du seuil de 3 % d'inoccupation
pour certaines mesures, un principe qui a d'ailleurs été retenu dans l'adoption
du projet de loi pour l'adoption de la mesure, là, qu'on a qualifiée de super
pouvoir accordé aux municipalités pour suspendre leur réglementation lorsque,
justement, le taux d'inoccupation est en bas de 3 % pour des villes d'une
certaine... une certaine taille. Cet élément-là, je pense qu'il doit... il
revient également dans le projet de loi qui est... qui est devant nous.
C'est... C'est une... C'est une bonne chose, mais je vous mentionnerais que,
justement, lorsqu'il a été question des super pouvoirs accordés aux
municipalités, originellement, la mesure devait être pour une durée de cinq
ans. Donc, nous présumions à l'époque que la crise du logement ne serait pas
réglée dans un délai de cinq ans. Je pense qu'on peut raisonnablement présumer,
aujourd'hui, la même chose pour ce qui est des locataires qui pourraient subir
des évictions et se retrouver en très, très grande difficulté de se reloger, à
savoir que ça pourrait être le cas pour trois ans, comme le veut la proposition
de la ministre, mais on pourrait penser que ce le soit également pour une
période de cinq ans.
Alors, on voudra discuter de cet
élément-là en toute cohérence. Je pense que c'est ce à quoi on s'attend de la
part des législateurs, là, à quelques mois d'intervalle, lorsqu'on jette un
regard sur la crise puis qu'on dit qu'il faut construire, c'est ce qu'on
disait, toutes les mesures de protection des locataires. C'était dévié du débat
en disant que ce qu'il fallait d'abord faire, c'est construire. Et on se
donnait cinq ans pour donner le pouvoir, les super pouvoirs aux municipalités
d'accepter des projets de construction qui, autrement, auraient été
possiblement pris dans des dédales administratifs municipaux.
Alors, je pense que de dire aujourd'hui qu'on
va protéger les locataires pour une période inférieure à la période qu'on s'est
donnée pour construire, il y a là, il me semble, une certaine incohérence que
j'espère bien pouvoir discuter avec mes collègues ici présents.
Des groupes de citoyens, évidemment,
continuent heureusement de nous alimenter en matière d'information, de données,
de propositions également, là, en ce qui concerne les... les informations
qu'ils ont sur le terrain et la situation tragique souvent vécue par des
locataires. Et je pense qu'il y a quand même une proposition dans le cadre du
projet de loi qui aussi a été retenue et dont on a moins parlé, considérant
l'information, là, qui doit être offerte aux locataires au moment où on...
M. Arseneau : ...veut agir et
mettre fin à un bail avec... ou plutôt formuler une augmentation, c'est ça, ou
une modification du bail, une augmentation souvent du loyer qu'on puisse...
adéquatement informer les locataires. Je pense que c'est un pas dans la bonne
direction. C'est aussi une... un élément qui avait été discuté au cours de
l'étude du projet de loi n° 31, mais qui n'avait pas été retenu. Alors, je
pense que c'est extrêmement important qu'on y revienne encore cette fois-ci.
Les locateurs ont la responsabilité de donner l'information juste, toute
l'information juste et complète aux locataires lorsqu'on a une... des
modifications à apporter au bail ou qu'on souhaite aborder ces
modifications-là, particulièrement, évidemment, dans la question du loyer, mais
ça pourrait être aussi, là, sur les modifications concernant les... le contrat
à signer avec le locataire. Il faut s'assurer que non seulement la loi
s'applique, mais qu'elle soit bien comprise et que l'information circule. Et je
pense que de ce point de vue là, il y a un pas dans la bonne direction. Et
cette information-là, elle peut être faite, évidemment, et doit être faite sur
une base contractuelle, sur une base de signature et de renouvellement du bail
entre deux entités, entre deux personnes, souvent le locataire et le locateur.
Mais cette information-là, elle peut aussi
et devrait être de nature publique, on l'a déjà mentionné, et je pense qu'il
n'est pas trop tard pour revenir sur toute la question de l'évolution des
loyers à travers la crise que l'on subit ici au Québec. Et vous me voyez venir,
j'imagine, Mme la Présidente, mais le registre des loyers, il est tout aussi
essentiel que les autres mesures qui sont proposées dans le projet de loi
n° 65, et il est tout aussi essentiel d'en discuter que ce pouvait l'être
au cours des mois qui nous ont permis d'étudier les différents articles du
projet de loi n° 31. Le Québec, il faut le rappeler, l'État du Québec
dispose de toutes les ressources et de toutes les sources de données
administratives. Par exemple, on pense au relevé 31 qui pourrait évidemment
permettre de mettre en place, à l'échelle de l'ensemble du Québec, une mise en
commun de cette information-là pour pouvoir justement s'assurer qu'on a une
bonne compréhension de l'évolution du marché et qu'on puisse s'assurer aussi que
les différents acteurs respectent les règles que l'on s'est données sans avoir
nécessairement à entreprendre des recours et avoir justement à aller présenter
leurs doléances ou leur situation auprès du Tribunal administratif du logement.
Donc, l'institutionnalisation d'un
registre public, on le sait, aurait un effet marqué, un effet profond et un
effet positif vraisemblablement tout aussi important, voire supérieur aux
mesures qui sont présentées dans le projet de loi n° 65 présentement en
matière d'abordabilité résidentielle au Québec. Alors, c'est l'un des objectifs
que poursuit la ministre et que l'on doit poursuivre comme membre de cette
commission, mais je pense que l'occasion se présente de façon absolument
remarquable pour pouvoir faire ce pas, ce pas de plus qui est réclamé par
nombre d'intervenants qui sont venus nous rencontrer dans l'étape préalable,
donc dans les consultations particulières autour du projet de loi n° 31 à
l'automne dernier.
Donc, j'ai parlé tout à l'heure de la
reconnaissance du droit au logement. Là aussi, ce serait un pas majeur qui
pourrait véritablement marquer non seulement les esprits, mais un peu également
marquer l'histoire dans la mesure où l'on veut véritablement et on peut
véritablement faire preuve d'avant-gardisme et...
M. Arseneau : ...preuve de...
d'ambition lorsqu'il est question de... d'intervenir face à la crise du
logement et en... dans la mesure où on souhaite véritablement développer des
mesures à travers un filet de protection qui soit complet et non pas simplement
agir, là, à la pièce avec quelques éléments éparses sans avoir une stratégie.
On a parlé dans le passé d'une stratégie en matière de construction, par
exemple, de développement de nouveaux logements, on attend toujours de ce
côté-là le plan de la ministre, mais pourquoi ne pas avoir également,
parallèlement, une stratégie complète en matière de droit au logement, en
matière de protection des droits des locataires et en matière d'intervention,
pour s'assurer que le marché... la surchauffe du marché soit contenue? Et ça,
ces moyens-là, ils existent, et je viens d'en nommer quelques-uns. On... Si on
veut véritablement donner un signal clair que l'État du Québec et les
législateurs ici présents veulent lutter de façon efficace, et cohérente, et
complète, et résolue contre la crise du logement, bien, je pense qu'il faut se
battre sur tous les fronts à cet égard.
• (12 heures) •
Alors, évidemment, c'est pour ces
raisons-là que nous appuierons les éléments positifs et constructifs, les
mesures qui sont contenus dans le projet de loi n° 65, mais je pense qu'on a
l'occasion de se donner des ambitions et je... encore plus importantes et
d'agir de façon encore plus efficace grâce au travail que nous ferons au cours
des prochaines heures et des prochains... prochains jours, en se donnant pour
objectif effectivement d'avoir la capacité de pouvoir adopter ce projet de loi
avant la fin de la session parlementaire. Et je pense que nous en avons
amplement les moyens, sans nécessairement couper court aux débats sur des
améliorations, des amendements, des ajouts à un projet de loi qui met en jeu
plusieurs des mesures qui avaient déjà été discutées et rejetées par la
ministre et par la
partie gouvernementale.
Alors, sur ce, Mme la Présidente, je mets
un terme à mes... à mon intervention préliminaire avec l'objectif commun, je
pense, partagé par tous, d'aboutir à un projet de loi, d'ici la fin de la
session parlementaire, qui puisse faire la différence pour les citoyens du
Québec. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Alors, Mme la députée de La Pinière,
je suis désolée, c'est à ce moment-ci, je dois demander s'il y a d'autres élus
qui veulent faire des remarques... des remarques préliminaires. Je vous cède
tout de suite la parole. S'il y en a d'autres, vous me ferez signe.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je voulais juste vérifier une chose, parce que vous m'avez
dit qu'il me restait quatre minutes, mais, pour les remarques préliminaires,
c'est normalement 20 minutes par personne et non par formation politique.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Caron : D'accord.
Parfait. Alors, je n'ai pas l'intention de prendre les 20 minutes, mais je
voulais... je voulais le vérifier pour m'assurer que je ne... que j'ai le temps
nécessaire pour dire ce que j'ai à dire.
Alors, premièrement, bonjour à tout le
monde. Je sais que les équipes travaillent fort de tous... de tous les côtés
pour ce projet de loi.
Donc, évidemment, la protection des aînés,
c'est... c'est quelque chose qui m'interpelle. Alors, le fait de baisser l'âge
à 65 ans et puis de tenir compte de 125 % du revenu admissible pour un
loyer modique, c'est... ce sont des propositions qu'on appuie, qui auraient pu,
je le... je le dis comme ma collègue, être déjà adoptées au projet de loi n°
31, mais tant mieux si c'est fait maintenant, ce sera fait.
Ce qui me... Ce qui m'inquiète peut-être
un petit peu, puis on aura sûrement l'occasion d'en parler, parce que j'imagine
qu'il y a des études qui ont été faites pour vérifier ou des projections qui
ont été faites, c'est le fait que, comme l'a dit la ministre, il faut agir sur
l'offre de logements. Ça, tout le monde... c'est consensuel, on sait que ça
nous prend plus de logements et le... mais c'est le moratoire de trois ans pour
tout, je crains qu'il y ait peut-être des effets négatifs sur le... sur le parc
de...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) Mme Caron : ...la SCHL prévoit
que, d'ici 2030, le déficit de logements va être titanesque. Alors, il faut que
la cadence augmente la cadence de mise en chantier. Alors, je crains un petit
peu que le moratoire de trois ans sur... pas uniquement pour les personnes
âgées, mais pour tout le monde, je crains qu'il y ait un effet, donc peut-être
surtout sur les petits propriétaires d'immeubles de six ou huit logements.
Alors, on aura l'occasion d'en parler.
Aussi, quand on parle de logements et puis
d'offre de logements pour les aînés, il ne faut pas oublier qu'il y a les RPA.
Il en est question à l'article 9 du projet de loi. Mais les RPA, souvent,
je dirais, dans l'imaginaire populaire, ce sont des institutions, mais ce n'est
pas le cas. Une résidence privée pour aînés, c'est tout simplement un immeuble
locatif qui est réservé aux personnes retraitées de 60 ou 65 ans et plus
et qui répond à un besoin parce qu'il y a des espaces communs qui permettent
aux personnes de socialiser. Il y a un sentiment de sécurité aussi parce que ce
n'est pas tout le monde qui peut entrer et sortir facilement, mais avec les
besoins que le réseau de la santé... les besoins auxquels le réseau de la santé
ne peut pas répondre, de plus en plus, les RPA sont comme amenés à s'assurer qu'il
y a des soins ou du soutien à domicile qui est offert. Parce qu'au moment où
les gens qui sont en RPA auraient besoin de plus d'aide et qu'ils voudraient
aller au CHSLD, bien, il n'y a pas de place, il y a une longue file d'attente
pour entrer au CHSLD. Et c'est la même chose aussi pour... du côté du soutien à
domicile. Donc, il faut s'assurer que les RPA cessent de fermer. À l'heure
actuelle, il y a en moyenne une fermeture de RPA aux trois jours. Alors, il
faut absolument s'assurer que ça cesse. Et donc c'est une grande préoccupation.
Et puis il ne faut pas mettre des bâtons
dans les roues non plus pour que les RPA puissent arriver, parce que toute la
réglementation qui est imposée, toutes les normes qui sont imposées aux RPA,
presque comme si c'était des CHSLD alors qu'ils n'en sont pas, puis tout l'aspect
de soins ou de soutien que les propriétaires de RPA ne sont pas censés payer de
leur poche, bien, souvent par manque de collaboration avec les CISSS ou les
CIUSSS, ça arrive que les RPA sont obligés de compenser. Et ça, ce n'est pas
moi qui le dis, il y a une étude très fouillée qui a été rendue publique lundi
sur le sujet. Alors, il y aura au moins un petit point à améliorer, là, dans
les amendements qui seront proposés du côté des RPA.
Alors, là-dessus, Mme la Présidente, je
vais conclure et puis j'espère qu'on aura de bonnes discussions pour protéger
le plus possible la population québécoise, notamment les aînés. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres remarques
préliminaires? Mme la députée de Labelle.
Mme Jeannotte : Merci, Mme la
Présidente. Donc, bien, je voudrais juste réagir à ce que Mme la députée de
Mille-Îles... pardon, invoquait. Effectivement, l'habitation, c'est un domaine
complexe, comme on l'a vu, puis la plus belle preuve, c'était cette semaine,
quand on a appris que ça peut aller jusqu'à deux ans pour avoir un permis de
construction. Donc, on a réalisé à quel point c'est loin d'être l'apanage
entier, le domaine de l'habitation du gouvernement. Donc, heureusement, là, que
la mairesse de Montréal a réagi rapidement puis que les villes, c'est un
partenaire incroyable dans le domaine de l'habitation, même chose du côté de la
construction. Puis heureusement qu'on a eu mon collègue, le ministre Jean
Boulet, pour adopter le projet de loi n° 51 qui va
venir aider grandement la construction.
Je pourrais continuer longtemps comme ça,
même chose avec la main-d'œuvre, mais pour répondre plus spécifiquement à ma
collègue du côté de l'opposition, bien, le fait que... effectivement je n'ai
pas... je ne pense pas avoir parlé de risques, je pense avoir plutôt parlé d'effets
pervers avec la clause communément appelée Françoise David. Ce n'est pas grave si
j'ai parlé de risques, là, effets pervers ou risques, peu importe, mais, au
fond, le fait d'abaisser l'âge à 65 ans, bien, ça va des deux côtés. Donc,
un propriétaire qui voudrait reprendre sa maison, qui ne le pouvait pas, bien
là, va pouvoir le faire à 65 ans et non 70. Donc, le domaine de la
construction... le domaine des propriétaires locataires, c'est un équilibre qu'on
cherche toujours à avoir. Donc, on aura l'occasion d'en reparler, mais c'est ce
qui m'est venu, là, spontanément à l'esprit, là, dans le fond. Puis, tu sais,
dans le fond, Mme la Présidente, dans des...
Mme Jeannotte : ...une
politique publique, là, c'est impossible de... On n'est pas en sciences. C'est
impossible d'avoir quelque chose qui va plaire à tout le monde. Mais avec ce
qui se passe en ce moment, comme l'a dit ma collègue ministre, situation
exceptionnelle, on a décidé de rendre une mesure exceptionnelle. Puis, bien,
c'est ça, ça démontre qu'on se fait souvent accuser d'être brouillon, mais là,
on a pris le temps de réfléchir. Ça fait que c'est... en analyse, c'est
important. Puis, au contraire, je pense qu'on devrait saluer, là, cette mesure.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres remarques
préliminaires? Alors, s'il n'y a pas d'autre remarque préliminaire, est-ce
qu'il y a des motions préliminaires? S'il n'y a pas de motion préliminaire,
nous allons entamer l'étude
article par article. Et je pense savoir... je pense
qu'il y a un consentement pour l'étudier par sujets, on va appeler ça par
sujets, moratoire sur les évictions, protection accrue des aînés, processus
visés par le projet de loi, avis de modification du bail et dispositions
finales. Est-ce qu'il y a consentement? Oui. Parfait. Alors, Mme la ministre,
la parole est à vous.
• (12 h 10) •
Mme Duranceau : Merci, Mme la
Présidente. Alors, on commence avec l'article un. Donc,
section un,
interdiction d'évincer le locataire d'un logement.
Article 1 :
«Malgré l'article 1959 du Code civil, aucun locataire ne peut être évincé
d'un logement avant le (indiquer ici la date qui suit de trois ans celle de la
sanction de la présente loi) aux fins prévues à cet article.»
Alors, bon, bien, écoutez, l'article un du
projet de loi imposerait un moratoire sur les évictions pour une période de
trois ans suivant la sanction de la loi. Pendant cette période, il serait
interdit au locateur d'un logement d'en évincer le locataire pour les fins
prévues à l'article 1959 du Code civil, c'est-à-dire pour subdiviser le
logement, pour l'agrandir substantiellement ou pour en changer l'affectation.
Alors, bien, écoutez, ça, c'est les notes
explicatives. Je pense qu'on en a beaucoup parlé, ça fait que je vais écouter
vos... vos commentaires. Peut-être juste un commentaire global, c'est qu'il
n'est pas interdit à partir de l'adoption du projet de loi de subdiviser,
d'agrandir ou de changer l'usage d'un logement, ce qui est interdit, c'est de
sacrer du monde à la porte pour faire ça. Donc, il y a une nuance, là, parce
que la députée de Mille-Îles mentionnait qu'on allait empêcher les
subdivisions. Non, on dit juste : On empêche d'évincer quelqu'un pour
subdiviser. Parce que je suis bien d'accord que, si on subdivise, on crée du
logement additionnel, mais ce qu'on ne veut pas, c'est... c'est que dans cette
optique-là, il y a des gens qui n'aient pas d'option puis qui soient mis à la
porte. Alors, c'est juste cela la... la nuance. Si vous avez des choses à
proposer, on les écoute, sinon c'est...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Est-ce qu'il y a des commentaires,
questions? Oui.
Mme Dufour : Oui. Une
question pour commencer par rapport à la subdivision. Donc, on continue sur cet
aspect-là. Si un propriétaire souhaite subdiviser, je donnais l'exemple d'une
maison, en maison de chambre, et qu'il a présentement un locataire, comment il
peut faire ça? Est-ce qu'il y a moyen de... d'évincer temporairement la
personne qui est locataire pour faire son projet? Ça, je voudrais comprendre la
mécanique, là.
Mme Duranceau : On... on
n'empêche pas... je m'excuse... on n'empêche pas les gens de s'entendre, tu
sais, s'ils s'entendent entre eux, puis qu'il y a un... il y a... dans
l'entente, on prévoit que le locataire peut réintégrer les lieux une fois que
les travaux sont faits. Par ailleurs, des travaux majeurs, c'est visé par un
autre
article du Code civil, puis ça prévoit la réintégration des locataires.
Alors, ça peut être soit visé par ça, soit qu'il y a une entente de bonne foi
entre les parties. Ils se disent : Écoute, on va faire huit logements au
lieu de deux actuellement, puis tu peux revenir... quand tout ça sera prêt. Ça,
on encourage ça, même. Mais ce qu'on ne veut pas, c'est que des gens se
retrouvent à la rue sans option. C'est vraiment... c'est ça, l'objectif du
législateur.
Mme Dufour : O.K., mais pour
comprendre, actuellement, si quelqu'un dit... fait une subdivision, il y a une
entente, et j'imagine qu'il va assumer les coûts de la relocalisation temporaire,
pour... tu sais, comment... comment ça s'opère actuellement, là, dans la
pratique?
Mme Duranceau : Effectivement,
dans le contexte, si la personne veut faire son projet et que ça requiert
d'évincer temporairement... d'évincer quelqu'un, ça ne marche pas, ça ne marche
pas pendant trois ans. Donc, si la personne veut aller de l'avant avec son
projet, effectivement, dans l'entente entre les parties, il va falloir
considérer une notion de compensation.
Mme Dufour : Mon
questionnement, c'était : Comment ça fonctionne actuellement, là, sans le
moratoire, là?
Mme Duranceau : Bien, pour
des travaux, ça dépend sous quel angle on le prend. Mais un cas comme ça, si...
Mme Duranceau : ...on le prend
sous la forme de travaux majeurs. La personne sort du logement. Le locateur
donne une compensation pour l'hébergement temporaire et, après ça, doit
réintégrer le locataire dans les lieux. Ça fait que ça, si on y va sous le
régime des travaux majeurs, c'est comme ça que ça fonctionne.
Si on y allait sous le régime des
évictions, bien là, le locataire en question serait protégé avec la loi 31.
Donc, le propriétaire devrait aller devant le tribunal, faire la démonstration
de ce qu'il veut faire est permis, nonobstant le moratoire, puis il devrait
compenser le locataire financièrement un mois par année en logement.
Mme Dufour : O.K. Ça fait
que, si la personne quitte et revient dans les lieux, ce n'est pas considéré
une éviction, dans le fond, si c'est elle doit quitter le temporairement. Puis
ça, ce n'est pas le même
article du Code civil, c'est ce que je comprends,
travaux majeurs que vous avez dit.
Mme Duranceau : C'est ça,
travaux majeurs qu'on peut faire...
Mme Dufour : C'est quel
article, ça?
Mme Duranceau : On va vous
donner la référence, là. 1922 et suivants.
Mme Dufour : Une amélioration
majeure, une amélioration majeure, réparation majeure non urgente. O.K.
Mme Duranceau : On ne veut
pas empêcher... on ne veut pas empêcher non plus que des travaux qui ont à se
faire se fassent. Alors, c'est déjà visible.
Mme Dufour : Oui. Puis, si
une démolition est nécessaire, si je ne me trompe pas, c'est aussi exclu, là de
Mme Duranceau : Oui.
Mme Dufour : Est-ce qu'il y
aurait... il pourrait y avoir, dans le fond, des cas... Puis, tu sais, la
demande de démolition, puis si on avait eu des échanges, là, on avait haussé
aussi les indemnités d'éviction dues à des démolitions. Mais est-ce que ça va
devenir plus simple, tu sais, au lieu de faire une réservation majeure, de
démolir puis reconstruire à ce moment-là? Avec ce moratoire-là, est-ce que ça
pourrait être un risque de voir des démolitions, surtout pour des logements qui
sont assez vétustes?
Mme Duranceau : Bien, encore
une fois, là... puis peut-être que je demanderai à Me Simard d'intervenir, mais
il y a deux options dans les questions de démolition, soit que l'immeuble, il
est visé par un règlement de démolition de la ville, auquel cas c'est la ville
qui va donner son accord, qui va établir les balises à l'intérieur desquelles
ça peut être fait. Donc, ça, c'est une des options. Puis si ce n'est pas visé
par un règlement de la ville, mais là, à ce moment-là, il faut aller devant le
tribunal qui va apprécier les circonstances dans lesquelles on demande la
démolition. Donc, la course aux démolitions, je pense, est quand même balisée,
de mon point de vue, donc ça ne devrait pas poser problème.
Mme Dufour : Juste, par
rapport, si c'est visé par un règlement de démolition, il y a, si je ne me
trompe pas, je pense que c'est la ville de Mascouche qui assujettit tous ses
bâtiments, tous les bâtiments de sa... de son territoire à un règlement de
démolition. Ce n'est pas nécessairement en lien avec du patrimoine, là. Donc,
est-ce que... Oui, c'est ça, exactement. Donc, ce n'est pas en lien avec du
patrimoine. Donc là, peut-être qu'il peut y avoir, ça peut être plus simple de
démolir à ce moment-là dans cette ville-là. Ils n'auront pas à le démontrer au
TAL, c'est ce que je comprends. Si c'est... existe, un règlement de démolition,
pas besoin d'aller au TAL.
Mme Duranceau : Oui, sauf
que, là, il faut que la ville donne son accord.
Mme Dufour : Oui,
effectivement.
Mme Duranceau : Donc là,
j'ose présumer que la ville, dans le contexte actuel, va donner son accord dans
un contexte où c'est requis pour des fins de sécurité, ou que c'est requis,
parce que, bon, on va démolir quelque chose, mais on va multiplier par un
nombre important le nombre de logements qui vont être construits en
compensation. Puis la ville va poser des conditions de relocalisation des
locataires en question. On l'a vu pour des projets à Montréal dernièrement.
Donc, je pense qu'on enlève le far west, là, dans la façon de gérer ça, en ce
moment. Les cas, à moins qu'on en oublie, puis on est là pour en discuter, mais
je pense, sont balisés. Puis, tu sais, il y a des autorisations qui sont
requises, chose qu'on n'avait pas nécessairement dans tous les cas avant.
Mme Dufour : Je vais
reprendre un autre cas de figure, puis là on va aller dans les agrandissements.
Donc, admettons qu'une famille achète...
Mme Dufour : ...un petit
duplex avec l'intention de l'occuper parce que, dans ce secteur-là, ce n'est
pas possible d'acheter des maisons. Là, ce que je comprends, c'est que, s'il y
a un locataire, ils ne pourront pas faire ce projet-là pendant trois ans.
Mme Duranceau : Ça,
c'est un projet de reprise. Ce n'est pas la même chose que les évictions.
Mme Dufour : Ce serait
une reprise?
Mme Duranceau : Une
reprise. Puis on a voulu...
Mme Dufour : Oui, mais
c'est... C'est une reprise s'ils prennent les deux étages puis qu'ils évincent
la personne, par exemple, au...
Mme Duranceau : C'est
ça, oui. Parce que c'est pour se loger ou loger un membre de la famille.
Mme Dufour : Même si
c'est un agrandissement?
Mme Duranceau : Oui,
parce que...
Mme Dufour : Parce que
pour occuper... Moi, j'ai vu ça, là, des duplex transformés en une maison, là,
dans le fond, là.
• (12 h 20) •
Mme Duranceau : ...on
regarde l'objectif principal de la personne, si son objectif, c'est de loger sa
famille, par exemple.
Mme Dufour : O.K.
Mme Duranceau : Ça fait
que, si on ne l'a pas visé. C'est parce qu'encore là, question d'équilibre puis
aussi, bien, justement, il y a un paquet de familles qui ont besoin de se
loger, puis à un moment donné... Tu sais, moi, j'étais, vous l'avez noté, là,
j'étais très réticente à aller là au départ parce qu'on intervient dans le
marché. Puis moi, je n'étais pas à l'aise d'intervenir dans un marché privé.
Puis là, il y a des... Tu sais, sur les évictions, je suis très confortable,
puis je pense que je suis très capable de défendre où on est aujourd'hui. Sur
les reprises, bien là, à un moment donné, c'est ça, des fois, il faut... il
faut penser aux gens qui, eux... Eux aussi ont à se loger, là, même s'ils sont
propriétaires du duplex, là.
Mme Dufour : O.K. Je
vais... Je vais laisser la parole à d'autres. Je reviendrai pour cet article-là
avec d'autres questions, après. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui.
Mme Caron : Merci, Mme
la Présidente. J'aimerais savoir comment vous avez fixé le trois ans, comment
vous avez choisi le trois ans pour la durée du moratoire?
Mme Duranceau : Bien,
c'est clair que la crise, elle ne se règle pas en trois ans, elle ne se règle
pas en cinq ans, elle ne doit pas se régler en sept ans, puis en huit ans, puis
on verra rendu là, là. Le trois ans, c'était une période qui me semblait
raisonnable. Comme je disais, dans un contexte où c'est une mesure
exceptionnelle, c'est une période qui est raisonnable pour permettre à
l'Assemblée nationale de se reposer la question dans trois ans. On pense
aussi... L'analyse, c'était aussi que, bien, d'ici trois ans, il y a un paquet
d'efforts qu'on faits depuis un an et demi pour construire plus vite, pour que
ça porte fruit puis que les... pour que ça sorte de terre. Alors, on va sentir
quand même dans trois ans, bien, dans deux ans ou trois, dans trois ans, les
effets des efforts de la dernière année et demie. Alors, ce n'est pas
scientifique, je suis obligé de dire ça, ce n'est pas scientifique, mais je
pense que c'est... Encore là, c'est une question d'équilibre. C'est une
question de donner l'occasion à l'Assemblée nationale, dans trois ans, de, tu
sais, de se... de revoir la mesure puis de se demander si elle est... si c'est
encore bon puis s'il y a lieu de repréciser, là.
Mme Caron : Et si, par
exemple, dans 18 ou 24 mois, on s'aperçoit que ça fait stagner le marché
de, peut-être, de petits immeubles qui pourraient... petits immeubles locatifs,
à ce moment-là, si on venait à trois ans, on ne peut pas... On ne peut pas
revenir en arrière, on est pris avec le trois ans, jusqu'à la... en fait,
jusqu'au bout du trois ans, finalement.
Mme Duranceau : Encore
une fois, moi, je me suis rendue confortable avec cette mesure-là parce que je
pense qu'il n'y a pas d'impact sur la construction. Parce qu'il ne faut pas
oublier, les évictions, c'est souvent des cas d'immeubles qui sont désuets
que... Bon, la seule façon, quand tu l'as payé cher, de le rentabiliser, c'est
de mettre les gens à la porte puis d'augmenter les loyers. Là, les nouvelles
constructions sont au prix du marché. On n'est pas en train de louer à
quelqu'un qu'on va souhaiter évincer parce que déjà les loyers vont être au
prix du marché. J'ai des immeubles qui vont être neufs, donc, première... Puis en
plus, là, bon, il y a la clause F qu'on a balisée aussi. Alors, je ne vois pas
l'impact sur le marché à court terme.
Mme Caron : C'est
déjà...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vais vous laisser terminer.
Mme Caron : Alors...
Mais je comprends que, oui, il n'y aurait pas de... probablement pas de risque
d'éviction, qu'un propriétaire veuille... veuille évincer, un propriétaire d'un
immeuble neuf, là, qui va demander un loyer en fonction de ce que la
construction lui a coûté, mais ça peut... ça peut ralentir, peut-être, les
ardeurs de propriétaires qui avaient le goût de faire ça, ou qui se sont dit il
y a vraiment un marché, il faut... et qui sont en accord avec la vision
d'augmenter l'offre, mais qui se disent : Oui, mais par contre, dans cinq,
six, sept ans, si jamais... si jamais j'ai... je veux augmenter plus ou en tout
cas, tu sais, je vais être... je vais être assez balisé en fonction de ce que
je pourrai faire, peut-être pas dans l'immédiat, mais...
Mme Caron : ...dans...
quelques années plus tard, alors...
Mme Duranceau : Bien,
écoutez, là moi, je ne le vois pas. Une construction neuve n'est pas...
Premièrement, si le logement est vide, tu fais ce que tu veux avec, hein?
Encore une fois, c'est pour ne pas évincer, mettre quelqu'un à la rue, là,
cette... ce moratoire-là. Après ça, si c'est une construction neuve, je doute
que, dans un avenir de trois ans, on mette le... on a un enjeu d'éviction. Si
c'est un locataire qui cause problème, les règles demeurent les mêmes, il y a
possibilité d'expulsion. Mais éviction pour subdiviser, agrandir... Peut-être,
tu peux avoir rénové quelque chose. Ce n'est pas... Ce n'est pas la bonne
formule, puis ça aurait dû être plus petit ou plus grand. Ça peut être restrictif,
mais encore là, si le logement se vide, bien là, il y aura possibilité de faire
ce qu'on veut. Puis s'il ne se vide pas, bien, c'est ça le moratoire. Tu sais,
c'est qu'en ce moment, il ne faut pas déstabiliser davantage le parc. Il n'y a
pas d'option pour les gens qui en cherchent. Alors, oui, encore... C'est
restrictif, ça j'en suis pleinement consciente, mais on a essayé de rechercher
l'équilibre pour des cas comme vous décrivez mais aussi pour aider les gens qui
vont avoir de la difficulté à se replacer. Puis dans mon équilibre, j'ai une
balance des inconvénients à considérer puis je suis bien à l'aise de dire qu'en
ce moment, ce projet-là, il va y avoir des restrictions, mais je ne veux pas
mettre d'autres gens à la rue. Ça fait que je suis à l'aise avec ça.
Mme Caron : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, la députée de Sherbrooke, je pense que vous
avez un amendement.
Mme Labrie : Oui. Merci, Mme
la Présidente. J'ai un amendement, puis il est déjà envoyé...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Qui est déjà sur Greffier. Si vous...
Mme Labrie : ...il est déjà
sur Greffier, oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, je vais vous laisser le lire.
Mme Labrie : Donc, dès que
vous me faites signe, je pourrai en faire la lecture.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui. On va l'avoir bientôt. Vous pouvez y aller.
Mme Labrie : Oui?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vous pouvez y aller.
Mme Labrie : Donc, j'en fais
la lecture, puis je vous l'explique par la suite. Donc, remplacer
l'article 1 du projet de loi par le suivant :
«1.
Malgré l'article 1959 du Code
civil, aucun locataire ne peut être évincé d'un logement lorsque le taux
d'inoccupation des logements locatifs publié par la Société canadienne
d'hypothèque et de logement à l'égard de l'ensemble des centres urbains du
Québec dont la population est d'au moins 10 000 habitants est sous
3 %».
L'objectif, en fait, de cette
disposition-là, ce serait de faire en sorte que chaque fois que le taux est
sous 3 %, il y aurait un moratoire. Je pense que ça a été discuté tout à
l'heure. La ministre l'a dit elle-même que la crise ne se réglera pas forcément
en trois ans, ça pourrait être plus long. Le trois ans a été choisi de manière
arbitraire, puis, tu sais, c'est correct. Mais quelque chose qui n'est pas
arbitraire puis qui est assez bien documenté, c'est le fait que le taux
d'équilibre, il est à 3 %. Ça, c'est assez bien connu. Je pense qu'on
s'entend ici là-dessus. En tout cas, moi, je n'ai pas entendu de débat à
l'Assemblée nationale à l'effet que le 3 % était le seuil où il y avait un
équilibre, là, sur le marché locatif. Puis nous, on partage tout à fait les préoccupations
de la ministre, là. L'objectif de tout ça, c'est d'éviter qu'ils se retrouvent
à la rue ou dans un marché où il n'y a pas d'offre au bon prix, des gens
victimes d'une éviction.
Donc, ce qu'on vous soumet avec cet
amendement, en fait, c'est que, dès que ce serait sous 3 %, le seuil
national, le moratoire s'appliquerait. Évidemment, du moment où on atteint ce
3 %, le moratoire cesse de s'appliquer. En ce moment, ce qui est prévu
dans le projet de loi, c'est que la ministre doit publier un avis, là, dans la
Gazette officielle pour mettre fin, si ça arrive avant trois ans, par exemple.
Ça disposerait, si on adopte ça, évidemment, de l'article 11, là, qui...
qui parle de cet avis. Ça ferait en sorte, effectivement, que, si ça arrive,
donc, plus tôt que trois ans, le moratoire prendrait fin plus tôt. Et on le
souhaite, sincèrement, que le marché se... que la crise se résorbe d'ici là. Ça
voudrait aussi dire que si dans trois ans on est encore à un taux qui est trop
bas, qui est sous l'équilibre, le moratoire se poursuivrait jusqu'à ce qu'on
atteigne cet équilibre.
Donc, je vous soumets que ça viendrait,
avec cet amendement-là, répondre très précisément aux problèmes qu'on a et
qu'autrement on risque de devoir se rasseoir, en fait, dans trois ans, les
législateurs, pour dire : Bien, on ne l'a pas atteint, l'équilibre, donc
il faut recommencer un nouveau moratoire. Donc, c'est la solution à long terme
que je propose là-dessus.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui. Bien,
écoutez, je la reçois. On a pensé à ça ou... tu sais, de laisser le moratoire
jusqu'à ce que ça atteigne 3 % puis ne pas le limiter dans le temps. Mais
encore là, tu sais, toute la question d'équilibre... C'est la première fois,
là... C'est ce qu'on me dit. C'est la première fois qu'on intervient de cette
façon-là dans le marché. Alors, ce que vous proposez, ça nous lie pour
toujours, là. Donc, on ne serait pas à l'aise d'aller là. Par contre, c'est sûr
que dans trois ans, on se repose... peut-être pas nous, là, mais on se repose
tous la...
Mme Duranceau : ...question,
l'Assemblée nationale se repose la question. Puis probablement que dans trois
ans, on va être encore en dessous du 3 %, peut-être pas dans toutes les régions,
mais on va l'être. Donc, il va falloir... Puis 3 %, c'est le taux
d'équilibre, mais, à 2 %, il y a des options. Quand on est à 0,1 %,
là il n'y a juste pas d'option.
Donc, le 3 %... on a choisi 3 %
parce qu'effectivement c'est un peu le taux généralement reconnu, là, puis on
ne voulait pas avoir de débat non plus sur le taux d'inoccupation. Mais, dans
le contexte où c'est très exceptionnel, où est-ce qu'on intervient dans un
marché, je pense qu'il est sage qu'on ne soit pas liés ad vitam aeternam puis
qu'on puisse se reposer collectivement la question puis s'adapter en fonction
de... comme on a fait, tu sais, au niveau de la loi 31, sur le pouvoir
spécial aux villes, là on en parlait tantôt, on l'a ramené à trois ans plutôt
que cinq pour pouvoir se reposer la question. Bien, c'est un petit peu ça que
je propose ici, là. Ça me... Je serais... Je suis plus à l'aise avec cette
approche-là.
• (12 h 30) •
Mme Labrie : Je comprends,
puis la ministre a très bien compris notre intention, là. Effectivement, là,
l'objectif, c'est d'avoir une solution qui perdurerait dans le temps puis que,
si, dans 25 ans, on se retrouve encore dans une crise où le taux d'inoccupation
chute sous 3 %... bien, que ça puisse entrer en vigueur, un nouveau
moratoire.
Moi, je pense que ce serait approprié de
fonctionner comme ça, parce que ce n'est ni la première ni la dernière crise du
logement que le Québec vivra. Il y en a eu dans le passé. Ça fait longtemps
qu'on n'en a pas connu une aussi intense qu'en ce moment. S'il avait déjà
existé des dispositions comme celle-là qui seraient entrées en vigueur au
moment où ça a commencé à baisser, le taux d'inoccupation, on n'aurait
probablement pas atteint un... une situation aussi critique, notamment au
niveau de l'itinérance, par exemple. Tu sais, si on avait eu ça... là je ne me
souviens pas c'est en quelle année, vous devez le savoir mieux que moi, où
qu'on a descendu à l'échelle nationale en bas de 3 %, mais, si déjà ça
s'était mis en œuvre, un moratoire comme celui-là, on n'aurait pas du tout
atteint, là, la crise d'itinérance qu'on connaît en ce moment, sachant que les
évictions sont la première cause d'itinérance.
Donc, je vous soumets que, comme je vous
ai entendue exprimer à plusieurs reprises que vous étiez à la recherche des
meilleures politiques publiques, à long terme, ce serait une excellente
politique publique d'avoir ce mécanisme d'entrée en vigueur automatique, là,
d'un moratoire quand on descend en bas de 3 %.
Mme Duranceau : Oui. Bien, je
suis embêtée parce que les taux, puis je pense juste à Montréal, dans les
dernières années, ça a vacillé, 3 %, en bas de 3 %, puis on n'était
pas loin. Alors là, qu'est-ce qu'on fait? Le moratoire, il rentre, il... Ah! je
les ai. Bon. Le moratoire...
Là, on a décidé d'intervenir parce qu'il y
avait une tendance claire depuis plusieurs années, en tout cas sur l'ensemble,
là, du territoire. Donc... Donc, j'aurais de la misère avec le... la
vacillation... le vacillement.
Mme Labrie : Bien, dans la
mesure où c'est possible, tu sais... puis la ministre l'a prévu elle-même, puis
c'est... puis c'est à l'article 2, on y viendra plus tard, là, mais
c'est... c'est prévu, là, la possibilité de soustraire de ce moratoire un
territoire qui atteint l'équilibre. Pour moi, ça, ce que ça veut dire... puis
la ministre expliquera elle-même, là, son intention comme ministre, mais, pour
moi, ce que ça veut dire, ça, c'est que, si, par exemple, dans la région de la
Capitale-Nationale, on atteignait un seuil d'inoccupation en haut de 3 %
puis que la moyenne nationale était encore à 1,8 %, bien, la région de la
Capitale-Nationale pourrait être... être soustraite à ce moratoire, par
exemple.
Ça fait que, dans la mesure où cette
disposition-là existe, elle est... elle est... en tout cas, elle nous est
proposée dans le projet de loi, on verra si elle est adoptée tout à l'heure,
mais, face à un gouvernement majoritaire, on sait un peu à quoi s'attendre
quand même... dans la mesure où c'est prévu, une disposition comme celle-là, je
ne trouverais pas ça imprudent qu'on prévoie quand même, là, une politique plus
durable, là, en matière de gestion de taux d'inoccupation et de moratoire,
parce que ça restera possible de soustraire des territoires ou des parties de
territoire qui seraient en équilibre et qui n'auraient pas besoin de ce
moratoire.
Mme Duranceau : Il y a deux
choses. Je pense qu'on crée un précédent ici. Ça fait que, déjà, si, dans 20
ans, il se passe la même chose, bien, les gens vont avoir un argumentaire.
Puis l'autre chose, c'est qu'un moratoire
qui suspend l'application du Code civil, c'est... il faut que ça ait... il faut
que ça ait une fin... sinon il y a d'autres modifications requises au Code
civil. Puis peut-être je peux laisser parler les juristes à ce sujet-là, là,
pour préciser. Puis, encore là, tu sais, on est dans une approche d'équilibre,
mais il y a un aspect juridique à la chose. Alors, Mme la Présidente, si vous
me permettez...
Mme Labrie : Bien, écoutez,
je...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce qu'il y a consentement pour faire intervenir...
Mme Duranceau : Sous-ministre.
Mme Labrie : Bien, vous
pouvez y aller. Allez-y.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Consentement? Consentement. Vous allez juste vous
présenter...
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12 h 30 (version non révisé
e) La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...s'il vous plaît.
M. Paradis (Nicolas) : Oui.
Bonjour, Nicolas Paradis, sous-ministre des Affaires municipales et de l'habitation.
Effectivement, la... ce que prévoit le projet de loi à l'heure actuelle à l'égard
du moratoire, c'est des dispositions qui sont malgré le Code civil, donc d'en
mettre une règle de nature permanente, et qu'il faudrait davantage... à
modifier le Code civil de manière permanente, ce que ne fait pas la loi à l'heure
actuelle. Donc, on est vraiment dans une situation d'exception, une situation d'exception
au Code civil qui se justifie justement sous l'angle... ou qui se... qui est
bien appuyé sous l'angle qu'elle est temporaire, donc dans la dynamique de la
rédaction actuelle de la loi, là.
Mme Labrie : Je les entends,
les arguments de la ministre, puis je ne voudrais pas retarder le groupe, là,
mais j'aimerais quand même qu'on envisage la possibilité d'ajouter au projet de
loi une disposition pour qu'on se rassoie ensemble à la fin des trois ans,
parce que je pense qu'on peut s'entendre ici que, d'ici trois ans, avec l'ampleur
de la crise qu'on connaît actuellement, on va être chanceux si c'est réglé. Je
le souhaite, mais j'en doute. Donc, à défaut d'implanter un mécanisme comme
celui-là que je propose avec mon amendement, j'aimerais qu'on ajoute un
article
dans le projet de loi qui vient imposer finalement, là, qu'on... qu'on discute
ici, à l'Assemblée nationale, du renouvellement de ces dispositions-là, dans
les dispositions transitoires et finales du projet de loi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement?
Député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui, bien, en
fait, je veux juste faire du pouce brièvement sur l'intervention de la députée
de Sherbrooke pour dire : Effectivement que, même si on comprend que de
suspendre l'application du Code civil, ça ne peut pas se faire sur une base
indéfinie, que la période de trois ans est effectivement extrêmement courte. C'est
la raison pour laquelle j'ai transmis au greffe une... une proposition d'amendement
à l'article un qu'on pourra apprécier tout à l'heure.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement?
Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui, merci.
Bien, je comprends l'intention de la députée de Sherbrooke, mais je voudrais
soulever que si, demain matin, il y avait un promoteur qui décidait de
construire des milliers de logements de luxe, le taux d'inoccupation pourrait
passer au-delà du 3 %, et là, ça ne ferait pas en sorte que la crise du
logement est réglée. Au contraire, le taux d'inoccupation dans les logements
que les gens peuvent se payer n'aurait pas bougé, mais le taux d'inoccupation...
Puis d'ailleurs c'est le cas actuellement, à Montréal, les taux d'inoccupation
des logements luxueux est bien au-delà de 3 %. Donc... donc, je pense...
je pense que ça pourrait avoir un effet pervers, cet... cet élément-là, parce
que l'article deux ne permet pas d'ajouter des territoires qui seraient
soustraits. Donc, ça permet seulement d'en soustraire. Donc, je ne pense pas
que c'est l'approche... Je comprends l'intention, mais je pense que ça aurait l'effet
pervers de ne pas finalement s'appliquer si, demain matin, on avait beaucoup,
beaucoup de logements luxueux de disponibles, vacants. Donc... donc, moi, pour
cette raison-là, là, je ne serai pas favorable à cette proposition-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : En réponse à ma
collègue la députée de Mille-Îles, effectivement, on va arriver plus tard avec
une suggestion d'amendement pour permettre de garder des territoires sous
moratoire à la fin, là, du trois ans. Je comprends la préoccupation, mais, par
ailleurs, dans un marché qui est sain, avec un taux d'inoccupation qui est plus
élevé, ça... ça vient limiter quand même considérablement les loyers qui sont
déraisonnablement plus élevés, là, que le coût du marché. C'est comme ça que
fonctionne le marché, là, plus il y a d'offres, moins ces offres-là seront trop
élevées. Donc, s'il y a... magiquement, des promoteurs nous livraient 500 000 logements de luxe en
ce moment, ils seraient forcément obligés de baisser le prix pour... pour
réussir à les louer, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, Mme la
Présidente. Je voudrais simplement donner l'exemple de Vancouver, Toronto. Ce
sont des marchés qui se construisent énormément de logements luxueux puis qui
vivent une très grave crise du logement. Donc, c'est... ça ne me semble pas du
tout la solution. Un autre élément que je n'ai pas mentionné tout à l'heure, c'est
l'incertitude de savoir à quel moment termine... termine... puis ça, on va en
reparler, là, sur... tu sais, là, c'est trois ans. Puis là, j'entends, là,
les... la ministre qui a mentionné tout à l'heure qu'il y aurait peut-être lieu
de repréciser à la fin si on va en... si ça va être prolongé, le trois ans,
mais il y a une réalité que ça pourrait affecter les investissements. Si ça
affectait les investissements, bien là, on aurait, tu sais, un effet pervers de
finalement prolonger dans le temps cet effet pervers là, et c'est... L'incertitude,
c'est la pire chose en immobilier. Il n'y aura pas d'investissement en
immobilier s'il y a une incertitude à savoir si les gens peuvent récupérer
leurs... ou pas. Actuellement, ce n'est pas rentable de faire du logement...
Mme Dufour : ...c'est plus
payant de laisser à la banque, l'argent. Donc, je trouve ça risqué, en plus de
laisser une certaine incertitude, de dire que, bien, ça pourrait revenir à
n'importe quel moment. La ministre, l'a mentionné, ça ne toucherait pas les
nouveaux logements, mais l'article qui est proposé, la proposition d'amendement
de la députée de Sherbrooke aurait une incidence sur les nouveaux logements
dans le futur, et donc pourrait finalement freiner les investissements, même
futurs, en logements locatifs, ce qui serait extrêmement dommageable pour pour
la situation de crise du logement qu'on vit actuellement. Donc, je pense que,
vraiment, là, je ne suis vraiment pas favorable avec cet amendement-là. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'amendement? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons placer
l'amendement aux voix. Mme la secrétaire...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Par appel nominal, Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. Mme Labrie (Sherbrooke)?
• (12 h 40) •
Mme Labrie : Pour.
La Secrétaire : Mme Duranceau
(Bertrand)?
Mme Duranceau : Contre.
La Secrétaire : Mme Jeannotte
(Labelle)?
Mme Jeannotte : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Gendron
(Châteauguay)?
Mme Gendron : Contre.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Contre.
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
Mme Caron : Contre.
La Secrétaire : M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Abstention.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Abstention. Alors, l'amendement est rejeté. Nous revenons
donc à l'article 1. M. le député des Mille-Îles... des Îles, on n'est pas
loin, on a «îles».
M. Arseneau : Il y en a un
peu moins de 1 000, bien, on peut dire une douzaine dans l'archipel des Îles-de-la-Madeleine.
J'aimerais déposer un amendement à l'article 1, Mme la secrétaire.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : L'amendement est sur Greffier? On l'a reçu, on va le mettre
sur Greffier. Je vais vous demander, en attendant, d'en faire la lecture.
M. Arseneau : Avant que...
Oui, O.K., je vais retrouver le texte, ce ne sera pas long. Alors, la
proposition est d'ajouter, à la fin de l'article 1 du projet de loi, le
paragraphe suivant :
Le ministre responsable de l'habitation
peut prolonger le terme prévu au premier paragraphe pour une période n'excédant
pas deux ans.
Donc, l'article 1 du projet de loi se
lirait ainsi :
Malgré l'article 1959 du Code civil,
aucun locataire ne peut être évincé d'un logement avant le (indiquer ici la
date qui suit de trois ans celle de la sanction de la présente loi) aux fins
prévues à cet article.
Le ministre responsable de l'habitation
peut prolonger le terme prévu au premier paragraphe pour une période n'excédant
pas deux ans.
En fait, puisqu'on s'inscrit dans la
continuité du projet de loi no 31, cette mention là est la copie conforme
de ce qu'on s'est donné comme capacité de prolonger les superpouvoirs aux
municipalités en ce qui concerne la construction, en suspendant les règlements
municipaux, là, qui pourraient entraver un certain nombre de projets, là. À ce
moment-là, vous vous souviendrez qu'on avait aussi fixé de façon assez
arbitraire la période de cinq ans, et on trouvait que cette période-là était
peut-être longue pour justement ne pas respecter la réglementation municipale.
Et finalement, on a trouvé cette façon de faire là en disant : Au bout de
trois ans. Bien, la ou le ministre pourra, selon l'information qui est disponible
à ce moment-là, les effets que ça a pu créer, prolonger ou non de deux ans la
période de suspension des règlements, et donc les superpouvoirs des
municipalités.
Dans ce cas-ci, on pourrait le faire
exactement de la même façon, sans avoir à convoquer à nouveau l'ensemble des
parlementaires à une commission parlementaire ou corriger la loi. C'est une
période, dont on a mentionné tout à l'heure, de trois ans, où on peut
raisonnablement penser que la crise du logement ne sera pas derrière nous, que
les effets peuvent toujours être aussi délétères pour les locataires, et on
offre ici la capacité au gouvernement, à travers les responsabilités du
ministre, de prolonger cette mesure-là pour deux autres années, sur la base
d'une évaluation évidemment, de la situation des cas qui auront été documentés,
analysés et soumis au ministre pendant les trois premières années de
l'application d'une telle mesure.
Alors, c'est se donner une certaine marge
de manœuvre pour pouvoir justement prolonger cette période-là, qui... qu'on
juge aujourd'hui importante de mettre en œuvre. Donc, une mesure qui nous
permet de protéger les locataires pour trois ans peut être tout aussi valide
sur cinq ans. On ne s'enferme pas dans un calendrier, mais on se donne cette
latitude...
M. Arseneau : ...cette marge
de manœuvre, cette capacité d'agir, si c'est nécessaire. Si, par exemple, la
crise devait s'exacerber plutôt que s'améliorer, mais, à ce moment-là, on
aurait deux ans supplémentaires de protection pour les locataires qui en ont
besoin.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Mme la ministre.
Mme Duranceau : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, on va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 45)
(Reprise à 12 h 48)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Nous en étions à vous, Mme la ministre.
Mme Duranceau : ...donc on
avait considéré cette option-là, on l'a considérée... bien, la ou le ministre
qui décide. Il y aurait la notion de prévoir un décret du gouvernement... Et
puis... puis ça donne, au moins, une prévisibilité aussi dans le marché. Ça
fait qu'il va falloir que les gens se reposent la question puis aillent de
l'avant avec un projet de loi.
Alors, encore là, toute cette histoire-là,
c'est une question d'équilibre. Je sais que vous parlez de continuité avec la
loi 31. Dans la loi 31, les superpouvoirs, ça fait qu'on enlève des restrictions.
Donc, on voulait que ça perdure plus longtemps, si on met des restrictions.
Donc, il y a lieu de revisiter la question avec l'Assemblée nationale à ce
moment-là. Moi, c'est ce que je préconisais, de consulter plus que moins sur
ça, puis de voir aussi on n'a jamais fait ça, de voir l'impact sur le marché.
C'est un peu... un peu ma position.
M. Arseneau : Oui, si vous
permettez. L'enjeu avec la...
M. Arseneau : ...de votre
approche, de l'approche de la ministre, c'est qu'on va vivre... Moi, ma
crainte, c'est qu'on vive essentiellement la même chose qu'on vit dans la
question des programmes gouvernementaux, que ce soit en soutien au
développement communautaire ou à maints égards, où souvent le programme est
terminé. Et le temps qu'on en fasse l'analyse, l'étude des résultats avec les
révisions de comptes et tout ça, bien là, il y a une période de soit suspension
du programme ou de continuité du programme aux mêmes... selon les mêmes
conditions, le temps qu'on décide de le réviser, la machine administrative ou
la machine politicolégale du gouvernement étant passablement lourde, j'ai de la
difficulté à penser que s'il faut remettre sur la table un projet de loi, par
exemple, pour continuer une mesure dont on jugerait qu'elle est bonne, que ça
se fasse dans une fluidité totale. Parce qu'on va sûrement nous dire à ce
moment-là : Attendez la fin de la mesure pour qu'on puisse l'étudier. Et
donc on n'a pas de période tampon.
• (12 h 50) •
Il faudrait nécessairement, à mon sens, à
moins qu'on me dise qu'on va faire ça autrement, qu'on commence à étudier
l'effet de la mesure au bout d'un an et demi, de façon à ce qu'on puisse
justement faire les analyses, la discussion et ainsi de suite et d'arriver avec
un nouveau projet de loi, admettons que c'est la voie choisie, qui vienne se
coller à la date de péremption de la mesure qu'on vient de mettre en place pour
qu'on continue. Donc, on créerait, si on souhaite continuer avec cette
mesure-là, une période de vide qui me semble être dommageable pour à la fois la
capacité, là, de soutenir les gens qui peuvent être victimes d'éviction, mais
aussi, dans dans le même objectif qu'on mentionnait, d'assurer une certaine
prévisibilité parce que, là, on pourrait avoir, pendant trois ans, une mesure
qui s'applique, pendant six mois, un an, une mesure qui se discute, puis
pendant une autre période, une autre mesure ou une mesure de continuité
nouvelle. Alors, c'est la raison pour laquelle cette marge de manœuvre là, le
temps qu'on étudie les effets de la mesure sur trois ans me semble quand même
intéressante en matière de transition vers autre chose.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la ministre.
Mme Duranceau : ...pour
conclure, tu sais, je réitère que je pense que la participation de tous les
élus va être importante rendu là, je pense qu'il y aura suffisamment de
pressions de toute part pour que ça soit pris d'avance et pour qu'il n'y en ait
pas. Je veux... On va voir les règles transitoires, là, juste entre le dépôt du
projet de loi puis l'adoption. On ne voudra pas de... de période de vide comme
vous décrivez. On se laisse la... Il va falloir déposer un projet de loi, mais
ça aura le mérite d'avoir suscité les discussions qui s'imposent dans ce
contexte-là, je pense, là.
M. Arseneau : Mais
est-ce qu'on... Est-ce qu'on peut voir, tu sais, dans un calendrier, là,
prévisible sur trois ans, là, quelle pourrait être la façon de renouveler une
mesure comme celle-là sans qu'on crée un vide juridique entre la mesure qu'on
s'apprête à mettre en œuvre et la continuité si on voulait, par exemple, la
poursuivre. Je voudrais savoir quelle serait la mécanique d'adopter à... la
suite logique à faire?
Mme Duranceau : ...tout
à l'heure... Je n'ai pas de micro, là. On m'a coupé. Bien, la bonne... la bonne
mécanique, la bonne logique, c'est une saine gestion, de suivre ses dossiers.
Tu sais, pour moi, là, dans ce dossier-là, si c'est moi qui étais là, je l'ai
sur mon radar, puis il faut que je me prononce dans trois ans, puis que je
présente quelque chose à mes collègues, puis que je le présente d'avance
pour... Puis on a des équipes qui sont des équipes administratives, qui sont là
puis qui assurent la continuité. Alors, bien, j'ose espérer que ça va être...
ça va être surveillé.
M. Arseneau : C'est que
si on se fie à l'expérience passée, là, tu sais, je trouve qu'on a plusieurs
exemples où on n'a pas eu cette rigueur-là, tu sais. Je me souviens quand...
lorsqu'on a adopté le projet de loi no 17 sur le transport des personnes,
sur la loi... la nouvelle
loi sur le transport des personnes qui modifiait la
Loi sur le taxi, on avait mené un projet... un projet pilote pendant trois ans,
si je me souviens bien. Avant même d'avoir les résultats du projet pilote, il a
fallu adopter un nouveau...
M. Arseneau : ...cadre
législatif pour permettre, par exemple, les Uber et compagnie. Alors, moi, je
pense qu'il y a des... ça, c'est un exemple que j'ai vécu parce qu'à ce
moment-là, on se disait : On n'a pas fait notre travail. Aujourd'hui, on a
de nombreux groupes, de nombreux citoyens qui nous disent, tu sais :
Pourquoi... Pourquoi une mesure qui fonctionne — je parlais de milieu
communautaire tout à l'heure — ne peut jamais être renouvelée à
temps, à la date d'échéance du programme ou de la mesure? Et ça me semble être,
dans 95 % du cas, les résultats que l'État du Québec livre. Alors, je veux
bien croire que la ministre a beaucoup d'ambition puis elle pourrait faire
preuve d'une rigueur plus grande que ses collègues ou ses prédécesseurs, mais
je... Là où je suis d'accord avec la ministre, c'est qu'on ne peut jamais trop
consulter et mettre à contribution les élus. Ça, je suis parfaitement d'accord.
Mais j'ai quand même une crainte qu'en voulant faire mieux, que l'on fasse
moins bien en matière de protection des locataires. Et c'est l'absence d'une
période de transition, je le réitère, qui me semble être ici le problème, pas
la volonté de consulter puis d'étudier. Mais encore une fois, s'il y avait une
obligation dans la loi qu'au bout de deux ans et demi on révise la mesure puis
on met en place les... le mécanisme pour qu'au bout de trois ans, cette
mesure-là ne tombe pas caduque, cela me rassurerait davantage sur la suite des
choses. Parce qu'il est bien possible que ni moi, ni la ministre, ni les autres
collègues ne soient là pour dire : Bien, à l'époque, on en avait discuté
puis on s'était tous fait confiance.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Duranceau : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'amendement? Mme la députée des Mille-Îles, allez-y.
Mme Duranceau : O.K. Voilà.
Merci, Mme la Présidente. Je dois dire que je partage l'opinion du député des
Îles-de-la-Madeleine, non pas des Mille-Îles. C'est très loin un de l'autre, en
passant, Mme la Présidente. Il y a... Il y a comme... Tu sais, quand j'entends,
dans le fond, que, bien, oui, on va... on va suivre ça, puis ce sont nos
intentions, etc., je pense qu'il faudrait être plus précis. Par contre, je ne
suis pas nécessairement favorable avec la proposition du député de le prolonger
d'emblée, du moins de le prévoir d'emblée. Pourquoi? Pour la même... les mêmes
commentaires que j'ai émis plus tôt, là, sur la... l'effet peut-être
d'incertitude que ça pourrait créer dans le monde immobilier. Puis je vous le
dis : Moi, j'ai des grandes craintes qu'on voie un frein des
investissements en immobilier. Je pense qu'il va falloir le suivre assidûment,
voir l'impact. Je ne sais pas si c'est quelque chose que la ministre a prévu,
puis j'aurai peut-être un amendement, là, à cet effet, là, que je pense... qui
va être déposé sous peu. Mais c'est ça, de prolonger... de prévoir d'emblée de
prolonger de deux ans, ça amène, à mon avis, le même élément, en fait, que ce
que la ministre avait dit plus tôt, là. Elle avait dit : On verra après
trois ans, s'il y a lieu de préciser. Il faudra peut-être mieux s'encadrer sur
c'est quoi qui détermine le moment de fin, mais là, on parle de trois ans. Tu
sais, la ministre a dit... a rassuré, je pense, les groupes de propriétaires en
disant : Bien, c'est une mesure qui va durer trois ans. Tout le monde
s'entend pour dire qu'en trois ans ce ne sera pas régler la crise du logement.
Donc, il faudrait peut-être avoir une idée
de qu'est-ce qui s'en vient, du après, parce que... parce que là il y a
vraiment un enjeu de... c'est ça, de possibilités d'investissement, puis de
voir... Tu sais, si on se dit : Bien... Là, on sait que ça va finir. Normalement,
la ministre a dit : C'est dans trois ans, ça fini, mais là on sait que ça
pourrait peut-être s'étirer, puis peut-être au-delà de 10 ans. Est-ce
qu'on va investir? Puis on sait aujourd'hui que construire du logement, ça
prend 2 à 3 ans du moment qu'on initie une idée de projet. Puis avant que
les portes soient disponibles, en bas de deux ans, Mme la Présidente, là, c'est
pratiquement impossible, juste par les délais de la construction elle-même. Et
si on rajoute les délais d'émission... de faire des plans, etc., bien, ce n'est
pas dans trois ans, là, qu'on va voir ces portes-là, ces nouvelles portes. Puis
on l'a vu, il y a des mises en chantier qui ont... qui ont baissé l'an passé.
Donc, actuellement, il n'y a pas d'investissement qui se fait. Ça fait
qu'est-ce que ça va retarder même l'idée au-delà du...
Mme Dufour : ...trois ans, en
se disant : Bien, on attendra quelle est l'intention après le trois ans,
c'est ma crainte. Et là, si on rajoute un deux ans, tu sais, l'idée même d'un
deux ans, je pense qu'on... qu'on s'en va, là... on pourrait s'en aller dans le
mur. Puis malheureusement, on va le savoir qu'on va être rendus dans le mur
seulement quand on va être rendus dedans. Donc... donc, c'est pour ça que
j'aurais un amendement ultérieurement, là. Je vois le temps. Je vais m'arrêter
ici.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, compte tenu de l'heure, la
commission va suspendre ses travaux jusqu'à 14 h. Alorsm bon, dîner à tous, à
toutes!
(Suspension de la séance à 13 heures)
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13 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 14 heures)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Je vous rappelle que nous sommes sur l'étude
détaillée du projet de loi n° 65, Loi limitant le droit d'éviction des
locateurs en renforçant la protection des locataires aînés.
Nous en étions sur un amendement déposé
par le député des Îles-de-la-Madeleine. Est-ce qu'il y a encore des discussions
sur l'amendement? Alors, est-ce qu'il y a encore des discussions sur l'amendement
du député des Îles-de-la-Madeleine? S'il n'y a pas d'autre discussion,
question, nous allons placer l'amendement aux voix. Est-ce que l'amendement est
adopté? Est-ce qu'il est adopté?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vote par appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Oui, pour.
La Secrétaire
: Mme Duranceau
(Bertrand)?
Mme Duranceau : Contre.
La Secrétaire
: Mme Jeannotte
(Labelle)?
Des voix : ...
Mme Jeannotte : Contre,
contre, excusez.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire
: Mme Gendron
(Châteauguay)?
Gendron
: Contre.
La Secrétaire
: Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire
: Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Abstention.
La Secrétaire : Mme Caron
(La Pinière)?
Mme Caron : Abstention.
La Secrétaire
: Mme Lecours
(Les Plaines)?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Abstention.
La Secrétaire : Mme Labrie
(Sherbrooke)?
Mme Labrie : Pour.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, nous retournons à l'article... Oh! il est rejeté,
pardon, je m'excuse. Alors, nous retournons à l'article un. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'article un? Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Alors, je vais revenir à l'essence de l'article, là, dans le
fond, on souhaite, avec cet article, mettre une pause sur les évictions. Il y
a... Je me demandais, parce qu'on a reçu finalement... puis d'ailleurs je
remercie les équipes, là, qui nous ont fourni l'analyse d'impact réglementaire.
On peut... on peut lire des éléments là-dedans, mais est-ce... Ce qu'on n'a pas
vu, c'est si ça a été évalué qu'il y ait... disons, l'impact sur les
investissements immobiliers. On voit qu'il y a des coûts pour les propriétaires
qui sont estimés. Mais, si on a évalué les... l'impact sur les investissements
potentiels pendant la période du moratoire. Ça... ça, ce n'est pas indiqué dans
cette analyse-là. Donc, j'ai entendu la ministre mentionner que vous aviez été
rassurée qu'il n'y en aurait pas, mais j'aimerais plus de détails parce que ce
n'est pas dans le document.
Mme Duranceau : Oui, bien,
deux choses. Encore une fois, les évictions ou le moratoire sur les évictions
visent des immeubles existants, donc dans lesquels il y a des gens. Puis là on
dit : Vous ne pouvez plus évincer ces gens-là. Alors, ça ne vise pas les
nouveaux investissements. L'analyse réglementaire, ce qu'elle... ce qu'elle
relate... puis c'est une analyse un peu hypothétique, là, parce que, dans le
fond, on vient dire : Bon, bien, les évictions, elles ont lieu pour fins
de subdivision, d'agrandissement, de changement d'usage dans tant de % des cas,
et puis... puis là on donne une valeur aux conversions, tu sais, aux
changements d'usage, une valeur aux agrandissements puis une valeur aux
subdivisions, qui ne pourront pas être faites dans les trois premières... dans
les trois prochaines années, mais elles vont quand même pouvoir se faire
subséquemment.
Alors, c'est un peu théorique comme manque
à gagner, c'est plus différé dans le temps, tant qu'à moi. Puis, dans tout ça,
puis je l'ai dit à quelques reprises aussi à la députée de...
Mme Labrie : Sherbrooke.
Mme Duranceau : Sherbrooke,
je m'excuse, j'aimerais savoir... quand on a eu des discussions, tu sais, on
est dans la recherche d'un équilibre, puis un petit peu de... voyons, c'est la
balance des inconvénients. Alors, effectivement, sur le plan économique, bon,
bien, on retarde peut-être certains projets, ça fait qu'il y a un impact
économique à ça. Mais là, moi, je pense que cet impact économique là, peu
importe le...
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14 h (version non révisé
e) Mme Duranceau : ...honnêtement,
il ne vaut pas le... les drames que plusieurs vivent en ce moment.
Ça fait que, tu sais, je n'aime pas ça, l'impact
économique, mais, dans le contexte, je pense qu'il faut qu'on sauve les gens ou
qu'on... Alors, c'est ça je peux fournir comme commentaire.
Mme Dufour : O.K. Quand on
met en parallèle la cession de bail, il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de
discussions sur la cession de bail, c'était aussi des drames qu'on parlait puis
que la cession était une des façons que les gens discriminés, le plus souvent
discriminés, avaient accès à un logement. On n'a pas la même... la même
perception, du moins, de la mesure, de l'importance de la mesure. Qu'est-ce qui
a changé entre, disons, février et maintenant?
Mme Duranceau : Absolument
rien dans ma tête quant à la cession de bail. Ici, on n'est pas en train de...
on est en train de mettre une pause sur une mesure qui existe, on met une
pause, puis on dit : Dans trois ans, on reprend.
Dans le cas de la cession de bail, elle
est... elle demeure. On est venus la recalibrer parce que l'outil n'était pas
utilisé... ou l'article de loi n'était pas utilisé pour les raisons pour
lesquelles il avait été inséré dans la loi au départ. Donc, c'est deux contextes
différents, là, quant à moi.
Mme Dufour : Mais reste que c'était
un outil qui était utilisé par les citoyens pour avoir accès à des logements,
qui n'ont toujours pas accès. Là, c'est sûr qu'on... un moratoire sur les
évictions, ça vient faire en sorte que les gens ne seront pas évincés de leurs
logements, mais ça ne leur donne pas d'accès à des nouveaux logements, qui...
On sait, il faut travailler sur l'offre, mais la cession de bail, c'était aussi
une façon d'avoir accès à des logements.
Mme Duranceau : Mais ce n'est
pas la bonne mesure dans les circonstances. Avec la loi 31, on a modernisé
différents aspects de la loi, dont la cession de bail, dont les compensations
en contexte d'éviction. Il fallait moderniser ça, qu'il y ait une crise du
logement ou pas. Donc, ce n'était pas... on n'était pas du tout dans le même
contexte. Là, on est dans un contexte où on veut introduire un moratoire. On n'est
pas en train de dire que les mesures ne sont pas bonnes, au contraire, on les a
modernisées, on est en train de dire : On ne veut plus d'évictions pour
trois ans dans un contexte où le marché n'offre pas d'alternatives aux
locataires.
Mme Dufour : Oui. Je vous
soumets qu'on aurait pu attendre trois ans pour changer les règles pour la cession
bail aussi parce que la situation est aussi critique pour ces gens-là.
Mais, pour revenir donc à... le potentiel,
du moins, d'effet économique, là, sur le moratoire... que le moratoire d'évictions
pourrait avoir, est-ce qu'on a évalué... parce que vous avez mentionné qu'on ne
pense pas qu'il y aurait un impact sur les investissements, mais qu'en est-il
des... en tout cas, pas pour la création de nouveaux logements, mais qu'en
est-il pour la rénovation des logements existants? Est-ce qu'on en a évalué l'impact?
C'est-à-dire que le fait que pendant trois ans, par exemple, des gens
pourraient ne pas investir dans leur logement, donc ne pas le mettre à niveau,
combien de logements vont dépérir? Est-ce qu'il y a des logements qu'on va
perdre complètement? Est-ce que ça, ça a été évalué?
Mme Duranceau : Bien, si les
gens considèrent qu'il y a une nécessité d'évincer pour rénover, c'est capturé
dans l'analyse économique, là, ou dans les hypothèses qui ont été prises en
compte.
Par ailleurs, je le redis, c'est... le
moratoire, ça ne vise pas les travaux majeurs qui sont requis. Donc, ça, c'est
toujours possible de le faire, et la... on ne touche pas à cet aspect-là de la
loi.
Mme Dufour : Est-ce qu'on
peut définir «travaux majeurs»? Est-ce que c'est défini dans la loi... je ne
sais pas comment on... ou dans la jurisprudence, là, qu'est-ce qu'on entend par
«travaux majeurs»? Parce que là ce n'est pas démolition, ce n'est pas
subdivision, ce n'est pas agrandissement. Donc, c'est quoi, «travaux majeurs»?
Mme Duranceau : Bien, je
pense que, de manière générale, c'est des travaux qui requièrent que la
personne sorte de l'immeuble...
Mme Dufour : Mais qu'elle
sorte...
Mme Duranceau : ...parce qu'ils
sont trop envahissants comme travaux, là.
Mme Dufour : Oui. Mais là, j'imagine,
ça veut dire qu'on parle de sortir de façon...
Mme Duranceau : Temporaire.
Mme Dufour : C'est
temporaire, pas permanent, là. L'éviction, c'est... c'est permanent.
Mme Duranceau : Oui.
Mme Dufour : O.K. Mais c'est
quoi, des travaux majeurs?
Mme Duranceau : Mme la
Présidente, peut-être, je vais laisser le président du tribunal commenter, là,
si on veut citer de la jurisprudence ou...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...consentement, je m'excuse.
Mme Dufour : Consentement.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Tantôt, c'était... c'était M. le sous-ministre. Alors, consentement?
Mme Dufour : Consentement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Consentement. Juste vous présenter, s'il vous plaît.
M. Simard (Patrick) : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Patrick Simard, je suis président du Tribunal
administratif du logement.
Alors, on réfère, dans ce cas-là, à l'article 1922
du Code civil du Québec. Alors, ce sont évidemment toujours des cas d'espèce où
est-ce qu'il y a une évaluation du tribunal, mais évidemment de la...
M. Simard (Patrick) : ...partie
qui est visée, là, celle qui envoie l'avis, là, pour faire ces travaux-là, qui,
elle, va dans son son âme et conscience voir: Est-ce qu'il s'agit là d'une
intervention de travaux majeurs ou non, tout d'abord, et par la suite, si le
tribunal est appelé à intervenir, de voir les circonstances, d'une part. Mais
des travaux majeurs, ce sont des réparations, des rénovations qu'on va
qualifier d'importantes. On ne va pas, par exemple, changer uniquement des
portes d'armoire, on ne va pas juste changer les armoires. Tu sais, il y a un
caractère d'intrusion, je vous dirais, que le tribunal va analyser, et c'est à
ce moment-là que par la suite on met en œuvre les dispositions 19-22 sur les indemnités.
Et, encore une fois, ce n'est pas une éviction, c'est une évacuation, c'est
différent, évacuation temporaire. Donc, il y a un élément de distinction
important à faire.
Donc, c'est des travaux, généralement, qui
vont procurer de la plus-value, améliorer la qualité de vie des occupants.
Donc, c'est une intrusion, davantage, dans le logement que des simples
réparations.
• (14 h 10) •
Mme Dufour : Vous avez
mentionné: Le tribunal va regarder. Mais ce n'est pas systématique que ça va au
tribunal...
M. Simard (Patrick) : Effectivement.
C'est dans la mesure où les parties ne conviennent pas ensemble des modalités
de l'évacuation temporaire, absolument.
Mme Dufour : O.K. Puis là,
l'évacuation implique de payer un dédommagement pour le déménagement, par
exemple, à l'hôtel, ou peu importe. O.K.
M. Simard (Patrick) : Absolument.
Mme Dufour : O.K. Ça fait que
je vais revenir à la subdivision de tout à l'heure, là. C'était une de mes
premières questions. Je crois que Mme la ministre a mentionné que, bien, ça
allait de soi que la subdivision pourrait être... il y aurait des cas que ce
serait possible de le faire en autant, tu sais, que la personne, par exemple,
si elle est... Dans le fond, ce que je voulais savoir, c'est: si la personne
est mise à l'extérieur temporairement, le temps de faire une subdivision, puis
qu'on lui offre un retour... Tu sais, je donnais l'exemple d'un grand, grand
logement qui serait séparé en deux quatre et demie ou une maison transformée en
duplex. À ce moment-là, la personne, si on lui offre de revenir, ce n'est pas
considéré une éviction. C'est bien ça? Donc, c'est travaux majeurs, à ce
moment-là, ou l'équivalent de. Donc, l'éviction pour subdivision, c'est quand
on dit: Je vais subdiviser, puis, pour cette raison-là, tu ne peux plus...
Mme Duranceau : Je t'évince,
je t'envoie un avis d'éviction.
Mme Dufour : ...tu ne peux
plus rester dans le logement. Et là, ça, ça pourrait... Tu sais, dans le fond,
il pourrait y avoir des cas où il y a... ça aurait été souhaitable de faire le
projet de subdivision. Je donnais l'exemple d'une maison, par exemple, qui
devient une maison de chambres. Là, ce que je comprends... ces projets-là ne
pourraient pas se faire, sauf si la personne qui réside là accepte d'y
retourner. Mais on s'entend que quelqu'un qui