Culture and Education — 1 June 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CCE 2023-06-01
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-huit minutes)
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare à la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 23, la Loi modifiant principalement la
Loi sur l'instruction publique
et édictant la
Loi sur l'Institut national d'excellence en éducation.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, Mme la
Présidente, il n'y a pas de remplacement.
La Présidente (Mme Dionne) : Donc, y
a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, soit
13 heures... environ 13 h 20? Consentement. Merci.
Donc, nous
débuterons ce matin avec les remarques préliminaires, puis nous entendrons les
personnes suivantes, donc, Dr Égide Royer et M. Martin Maltais.
Donc, j'invite, en premier lieu, le ministre de
l'Éducation à faire ses remarques. Donc, M. le ministre, vous disposez de six
minutes.
M. Drainville : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Je vous salue. Je salue les collègues. Au plaisir de travailler ensemble pour... bien, pour le
bien-être de nos enfants, parce que c'est... c'est pour ça qu'on est ici,
n'est-ce pas? C'est pour ça qu'on a choisi de s'occuper de l'éducation.
Et donc on travaille très fort pour la réussite éducative de nos enfants.
Et moi, Mme
la Présidente, je soutiens que les mesures contenues dans ce projet de loi
n° 23 vont, effectivement, nous
permettre, à terme, d'améliorer la réussite scolaire des enfants, d'améliorer
le cadre à l'intérieur duquel nos enfants fonctionnent. Il y aura, oui, plus d'efficacité grâce à ce projet de
loi, mais ce n'est pas une efficacité qui est au service de l'efficacité. C'est une efficacité qui se veut au
service du bien-être et de la réussite de l'enfant, parce qu'on va avoir
un système qui va être une gouvernance, pour
utiliser un mot un peu technique, beaucoup plus efficace, beaucoup plus
cohérente, les orientations ministérielles, avec les moyens pour les traduire
dans les centres de services, dans les écoles, dans les classes. C'est l'un des
objectifs de ce projet de loi, donc, une plus grande cohérence, une plus grande
cohésion, une direction claire en matière d'orientation.
Et par la suite les moyens sont le... La
décision des directions dans les centres de services, c'est la décision des
enseignantes et des... et du personnel scolaire dans les écoles.
Évidemment, des données plus accessibles que
celles auxquelles nous avons accès présentement. La Vérificatrice générale l'a
bien souligné dans son dernier rapport, il y a beaucoup de données qu'il nous
manque encore. On va créer, avec le projet
de loi n° 23, le cadre juridique qui va nous permettre d'avoir accès aux
données, d'avoir accès aux données en temps réel, donc, pour nous
permettre de prendre des meilleures décisions, pour nous permettre, dans
certains cas, de venir en aide aux élèves plus rapidement.
Le projet de loi crée l'institut national
d'éducation... d'excellence en éducation pour, notamment, mieux encadrer la formation continue en matière
d'enseignement, Mme la Présidente. Les données scientifiques sont très, très claires,
un meilleur enseignement donne de meilleurs résultats dans les salles de
classe. Et je ne dis pas que nos enseignantes ne sont pas performantes, elles le sont, mais, comme partout ailleurs,
dans toutes les professions, l'idée de s'améliorer sans cesse et surtout d'aller puiser dans les toutes
dernières connaissances, dans les toutes dernières pratiques, c'est une
bonne idée. Et donc les... l'institut va nous permettre d'identifier ces
meilleures pratiques, ces meilleures méthodes, les toutes dernières avancées scientifiques en matière
d'éducation, et les traduire dans des formations continues, et les diffuser
dans les salles de classe, Mme la Présidente. Donc, au niveau de la formation
continue, le projet de loi constitue une avancée.
Ensuite de ça, bien
évidemment, Mme la Présidente, il y a du... il y a de la résistance au
changement. Moi, ce que j'ai dit, il y a un
instant, aux journalistes, c'est que nous allons résister à la résistance au
changement. Il faut, à un moment donné, Mme la Présidente, que l'on
accepte de faire, oui, des avancements, de procéder, oui, à des améliorations
qui, effectivement, dans certains cas, ne
font pas plaisir à tout le monde. Puis on les entendra avec beaucoup de
respect, Mme la Présidente. On va
écouter avec beaucoup de respect les gens qui vont venir se présenter dans
cette commission, et il y aura sans doute des bonnes idées qu'on pourra puiser dans
les témoignages ou encore dans les mémoires, parce que ce n'est pas tout le monde qui peut venir se présenter en
commission, le nombre est limité, et aller puiser, donc, dans ces
témoignages ou dans ces mémoires pour améliorer le projet de loi. Si on peut
améliorer ce projet de loi grâce aux consultations, Mme la Présidente, ou grâce
aux discussions qu'on aura, bien entendu qu'on le fera.
Alors,
voilà, on est dans de très, très bonnes dispositions, Mme la Présidente. On est
dans de très bonnes dispositions, positifs, de bonne humeur. Et on ne
perd pas de vue ceux pour qui on est là, ceux et celles pour qui on est là,
c'est-à-dire nos élèves, nos enseignantes, le personnel scolaire, tous ceux et
celles qui contribuent à la réussite éducative de nos enfants à l'école.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment, M. le ministre. Je cède maintenant la
parole à l'opposition officielle, donc, la députée de Saint-Laurent. Mme
Saint-Laurent, vous avez trois minutes et peut-être un... quelques secondes,
36 secondes. Donc, la parole est à vous.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. le
ministre. Je suis contente de vous entendre dire que vous êtes de bonne humeur. Bonjour, chers collègues. Évidemment, à
nos distingués invités, merci de prendre part à nos importants travaux,
mais surtout aussi de la qualité de vos mémoires. Je reviendrai lors de nos
échanges, M. Royer.
Écoutez,
Mme la Présidente, je suis étonnée de m'asseoir dans un projet de
loi sur la
gouvernance scolaire, une deuxième
réforme en trois ans, d'autant plus que, dans les sept priorités du
gouvernement que le ministre de l'Éducation présentait après son
100 jours comme nouveau ministre de l'Éducation, nulle
part ce n'était
inscrit qu'il fallait faire une réforme de structure. C'était, par contre,
inscrit de revaloriser l'enseignement du français. Or, c'est le pire résultat
en 10 ans. 52 % des élèves sont en échec en orthographe.
Rétablir une voie
rapide vers le brevet d'enseignement. Encore faut-il arrêter l'hémorragie. Dans
le rapport de la Vérificatrice générale du Québec, on indique qu'un enseignant
qui a terminé quatre années de baccalauréat en éducation n'obtient pas de poste
régulier, des fois, jusqu'à sept ans, et même, dans certains cas, c'est pire.
Et c'est une des raisons pourquoi qu'on les perd. Il me semble que le ministre
devrait s'affairer à cela et d'arrêter cette hémorragie.
Offrir
du renfort à nos enseignantes et enseignants, notamment les aides à la classe.
Nous, c'était une proposition libérale. On est très contents que le ministre
ait donné suite, mais, je l'ai toujours dit et je le réitère, ce n'est pas le
remède miracle. L'aide à la classe apporte, évidemment, un soutien, mais,
lorsque nous avons un élève avec un trouble de comportement ou avec une
difficulté d'apprentissage, contrairement à ce que le ministre affirme, ce
n'est pas de l'aide à la classe qui est utile, c'est, au contraire, une
orthophoniste, une orthopédagogue ou une TES, technicienne en éducation
spécialisée.
Avoir des projets
pédagogiques particuliers plus accessibles et plus nombreux. Le gouvernement de
la CAQ a légalisé un système à deux vitesses dans le réseau scolaire, ce qui a
engendré, maintenant, un système à trois vitesses, n'en déplaise au ministre,
qui est le seul à ne pas vouloir le reconnaître, malgré des données probantes
qui émanent du Conseil supérieur de
l'éducation. Or, j'ai déposé un
projet de loi pour rendre gratuits, au Québec, les projets pédagogiques particuliers. J'invite le ministre de l'Éducation
à faire comme le ministre de la Justice, qui, aujourd'hui, reprend le
projet de
loi sur l'obsolescence programmée. Il a biffé mon nom. Puis il me l'a
dit, hein, en toute honnêteté. On a fait les études de crédits des... et il m'a dit : Moi, je peux enlever ton nom,
Marwah, il n'y a pas de problème? J'ai dit : Pas de problème, je
n'ai pas d'ego. Alors, ici, Mme la Présidente, j'ai enlevé mon nom, j'ai
indiqué celui du ministre de l'Éducation. Il peut prendre celui pour les
projets pédagogiques particuliers mais aussi celui sur la qualité de l'air dans
les écoles, parce que, du propre aveu du gouvernement, la qualité de l'air a un
impact sur la réussite éducative des enfants.
Si on continue dans
ses priorités, investir dans la formation professionnelle parce que chaque
diplôme compte, je suis très d'accord avec
lui. Par contre, je ne comprends pas pourquoi qu'à l'article 57 de son
projet de loi l'institut national ne vise que le préscolaire, le
primaire et le secondaire, mais on exclut les diplômes d'études
professionnelles. Je trouve là une incohérence.
Rendre notre réseau
scolaire plus performant. Alors, j'aimerais savoir : Est-ce que le
ministre de l'Éducation va s'attaquer à un
des constats les plus importants de la Vérificatrice
générale du Québec? Lorsqu'on prend
le temps de lire correctement son rapport, elle dit que les données
existent au ministère de l'Éducation, mais que c'est elle et son équipe qui a
dû fouiller pour connaître le portrait de la situation au niveau du profil des
enseignants, à savoir combien qui ont un brevet d'enseignant, combien ont une
tolérance d'engagement et combien qui n'ont aucune tolérance et qui sont dans
les bancs d'école. C'est ça, l'organigramme. Ça, c'est un tableau, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...vous laisser conclure.
Mme Rizqy : Ah! bien, juste en conclusion, vous comprendrez
que je vais déposer, évidemment, des amendements pour régler des
situations très importantes, comme la violence dans les écoles mais aussi les
bris de service, particulièrement, et, j'en parlerai avec Égide Royer, les
échecs des élèves masculins. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, Mme la députée. Étant donné qu'il n'y a pas
d'autre député présent, on va, à ce moment-ci, débuter les auditions.
Donc, je souhaite la
bienvenue à... au Dr Égide Royer. Donc, M. Royer, je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi on va procéder aux
échanges avec les membres de la commission. Donc, je vous invite, un, à vous
présenter et, deux, à nous exposer vos propos.
M. Royer (Égide) : Mme la Présidente, M. le ministre, MM., Mmes les députés, je vais me
présenter
sommairement. Je... À ma très grande surprise, ça va faire
bientôt une cinquantaine d'années que je travaille plus spécifiquement sur les
jeunes qui présentent des difficultés à l'école ou des retards scolaires,
autant comme éducateur spécialisé, enseignant au collégial, 10 ans dans
une commission scolaire, par la suite responsable de dossiers au ministère, et
par la suite 25 ans à l'université comme... comme chercheur,
professeur-chercheur.
Je vais faire trois
observations et, à partir de ces trois observations-là, je vais faire un
certain nombre de commentaires et de recommandations par rapport au projet de
loi.
La première
observation, il y a une augmentation extrêmement importante du nombre d'élèves
en difficulté d'adaptation et
d'apprentissage, qui commence à être extrêmement préoccupant. Bon an, mal an,
on est rendus, si j'additionne les élèves du privé, environ à un quart
de million d'élèves en difficulté dans un système scolaire qui comporte
environ 1,1 million d'élèves.
La deuxième chose qui
est... qui est vraiment préoccupante, c'est la sous-scolarisation des garçons,
qui est vraiment importante, du secondaire au collégial. Je vais vous donner
quelques chiffres dans quelques minutes.
Et la troisième, et
ça a été exacerbé par ce qu'on a connu suite à la pandémie... durant la
pandémie, c'est la question des problèmes
des... c'est la question des jeunes qui présentent des difficultés de
comportement et la question des jeunes
qui présentent des besoins en santé mentale, présentement, en ce qui concerne
le milieu scolaire. Je soulignerai que la question des problèmes de
comportement joue un rôle même sur le maintien des enseignants en cours
d'exercice, mais ça joue un rôle aussi sur
le fait que, bon an, mal an, on a présentement 2 500 jeunes qui sont
hors école ou hors classe, en bris de service, si vous aimez mieux, pour
des raisons liées au comportement.
Donc, brièvement, et
je m'en vais m'en tenir, là, à mon 10 minutes, la première chose, écoutez,
on est passés de 103 000 élèves en
difficulté à 235 000 au secteur public dans une période de 20 ans. La
deuxième, c'est qu'on se retrouve présentement
avec un... secteur public, un jeune sur cinq, et un jeune sur trois au secondaire,
considéré en difficulté d'adaptation et d'apprentissage. Figurez que, si
vous êtes une direction d'école secondaire présentement et vous avez
1 000 élèves, vous auriez environ 330 à 340 plans d'intervention
à gérer comme direction d'école avec votre équipe-école.
L'autre
élément, c'est que le taux de diplomation et de qualification des jeunes
d'adaptation scolaire, présentement, n'est que de... Il y a seulement
43 % ou... environ 43 % des jeunes qui sortent de l'école ou à...
qui, après sept ans au secondaire, n'ont toujours aucun diplôme ou aucune
qualification. En clair, si votre jeune est en adaptation scolaire, ça frise la une chance sur deux qui, après sept
ans, ne se retrouve devant rien en termes de qualification et de
diplomation secondaire.
a la même situation au cégep. Et je parlerai tout à l'heure, si vous avez des
questions là-dessus, du fait qu'il va falloir décloisonner le secondaire
puis le collégial, parce qu'au collégial on a une augmentation vraiment
exponentielle du nombre de jeunes qui sont considérés en situation de handicap.
Vous voyez les chiffres comme moi, ça a presque triplé. Et notez toujours que, et ça, c'est des données qui sont
solides, si votre mémoire... si votre moyenne au secondaire... moyenne
générale au secondaire est inférieure à 70 %, on n'a pas deux étudiants
sur 10 qui vont finir leur collégial, avec
une... cette moyenne-là au secondaire, dans les temps prévus plus deux ans.
Donc, ce qui se passe au secondaire, au niveau de la moyenne générale, a
un impact sur la diplomation au collégial.
Deuxième
exemple sur la situation de la diplomation des garçons. Je vais résumer.
Lorsqu'on compte uniquement les diplômes, diplômes d'études
professionnelles, diplômes d'études secondaires, j'enlève les qualifications
qui ne sont pas des diplômes, on... après sept ans, sept années au secondaire,
le taux de diplomation est de 69 % pour les gars, de 82 % pour les
filles. L'autre élément, c'est que, là... et, celui-là, j'en parle souvent avec
M. Tremblay, directeur général de la Fédération des cégeps, regardez le taux
d'accès au cégep des garçons. C'est un peu plus d'un garçon sur deux qui accède au cégep, trois filles sur quatre.
Je tiens à porter à votre attention que, si c'était l'inverse, j'ai trois
gars sur quatre qui vont au cégep et une fille sur deux, ce serait une
situation totalement intolérable.
Troisième
observation, il y a vraiment des lacunes importantes au niveau des pratiques,
et du savoir-faire, et de la prévention par rapport à ce qui touche les
problèmes de comportement, et ça, c'est mon champ de spécialisation pointu à
moi, et la question autour de la santé mentale. Santé mentale, je porte votre
attention, c'est sorti dans Le Devoir ce matin aussi, et indépendamment
de ce que j'avais présenté, il y a quelque chose qui se passe avec les filles
présentement au niveau de la santé mentale. Et il y a une part ou un rôle qui
n'est pas inégal, qui n'est pas... qui est relativement important, joué par les
réseaux sociaux là-dessus. C'est une des variables à tenir compte.
J'en viens à mes
recommandations. Le constat par rapport aux trois exemples que je viens de
donner, c'est qu'on pourrait nettement faire mieux si on appliquait les
pratiques exemplaires puis les données de recherche de qualité qui existent présentement, ce qui m'amène au
projet de loi n° 23. Le ministre, les directeurs généraux, les centres de
services scolaires, les directions d'école, les enseignants et les parents ont
besoin de données fiables, mises à jour régulièrement, au sujet du bien-être et
de la réussite de leurs jeunes.
deuxième constat, c'est qu'un organisme indépendant, doté d'un financement
stable, indépendant des organismes subventionnaires de recherche, est
nécessaire pour que la recherche devienne l'étalon or au niveau de la
pratique... au niveau des références ou de la pratique en éducation et surtout
pour déterminer les meilleures pratiques.
La troisième recommandation, le troisième
constat, les gens tiennent... les organismes scolaires, les parents, les
directions d'école tiennent au Conseil supérieur de l'éducation, ce qui fait
qu'en termes de recommandation il est absolument nécessaire, selon moi, à mettre
en place un dispositif pour avoir des données en temps réel de ce qui se passe en éducation au Québec. Je vais donner
l'exemple... Au 1er juin, maintenant, combien de jeunes ont décroché
de l'école depuis le... depuis le
1er septembre? Écoutez, ça prend... Pour avoir une bonne idée, c'est ce
que plusieurs journalistes font présentement, il faut communiquer avec
les 72 centres de services scolaires pour être en mesure d'avoir...
d'avoir des données, et, la plupart du temps, il va en manquer, des données
aussi. C'est la même chose par rapport aux jeunes qui vivent des problèmes de
discipline ou qui ont été exclus de l'école et c'est la même chose par rapport
au nombre de jeunes qui pourraient être en retard en lecture en première année.
La deuxième, c'est que le Québec doit se doter
d'un institut d'excellence en éducation pour être en mesure de délimiter et de
communiquer les pratiques... les connaissances scientifiques et les pratiques
exemplaires. Puis, quand je dis «connaissances scientifiques et pratiques
exemplaires», ce n'est pas uniquement celles du Québec. Si vous êtes médecin, c'est l'ensemble des connaissances en
médecine qui inspirent votre pratique. Donc, dans cette perspective-là,
dans des recherches de bonne qualité qui
tiennent compte d'un ensemble de... qui tiennent compte de l'ensemble des
variables, la possibilité d'avoir, comme
tel, un institut qui regroupe l'ensemble de ces données-là et qui est en
mesure, entre autres, vous aviez déjà le document entre les mains, de
donner des indications sur la... sur la formation initiale et continue des
personnels scolaires, qui est en complémentarité avec le Conseil supérieur de
l'éducation, mais surtout qui bénéficie d'un financement stable pour être en
mesure d'avoir un suivi longitudinal de ce qui se passe au niveau de la
réussite et du bien-être de nos jeunes.
Je donne
l'exemple de celui qu'on a aux États-Unis, The Institute of Education Sciences,
qui est un bon exemple, pour aller sur le site, de commentaires, ce
qu'on peut être capables de regrouper. Et il y a, entre autres... Un des
éléments auxquels je réfère souvent personnellement, là, tout en faisant des
adaptations pour le Québec, il y a un
titre qui s'appelle What Works in
Education , un ensemble de pratiques qui sont reconnues, que ce soit pour
l'enseignement de la lecture, l'intervention auprès de jeunes en difficulté,
comportement, ou autres.
Et, la troisième recommandation, je partage les
conclusions du rapport de recherche sur la création de l'Institut national
d'excellence, qui considère que le Conseil supérieur de l'éducation doit
demeurer en place et... car les missions qu'il a présentement, en fonction du
rôle pressenti pour l'INEE, là, vont être complémentaires. Et je laisse...
conclusion, par rapport à cette dernière recommandation là, le fait qu'il y a
une dimension, il y a une fonction démocratique
du Conseil supérieur de l'éducation... Il y a une centaine de personnes qui
donnent de leur temps bénévolement, autant
de parents, d'enseignants, de directions. Et ces... ces deux aspects-là de la
Commission de l'éducation préscolaire, de l'enseignement primaire,
Commission de l'enseignement secondaire sont des lieux de consultation de ce
qui se passe au Québec, alors que l'institut va en couvrir beaucoup plus large.
Et cette dimension démocratique là m'apparaît tout à fait pertinente. Je laisse
les références, la note biographique habituelle. Et je suis prêt, Mme la
Présidente, à recevoir les questions des participants.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup, M. Royer, pour ces interventions. Donc, nous sommes maintenant prêts
à procéder aux échanges. Donc, je cède la parole à M. le ministre. Donc, vous
disposez de 16 minutes. À vous la parole.
Drainville : Très bien. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci,
M. Royer, pas juste pour votre témoignage d'aujourd'hui, mais surtout
pour votre engagement en faveur de l'éducation. Vous êtes un modèle et vous
êtes très présent dans la sphère publique.
Vous avez, au fil du temps, acquis la stature d'une sorte de sage sur les
questions d'éducation, et ça vous honore. Et moi, je suis très honoré de
commencer cette commission parlementaire avec vous comme premier participant.
Je trouve que c'est... c'est extrêmement bien choisi.
Maintenant, votre préoccupation pour les élèves
à besoins particuliers, pour les élèves en difficulté est... est bien connue.
Vous l'avez réitérée dans votre témoignage. Le député de Vanier-Les Rivières
va vous poser une question sur les... la situation des garçons dans un instant,
mais, juste avant, est-ce que vous pouvez nous expliquer, dans votre esprit,
comment la création de l'INEE, que vous favorisez, donc, l'institut national
d'éducation... ou d'excellence en éducation...
Comment est-ce que la création de l'INEE va pouvoir nous aider à mettre en
place des pratiques exemplaires qui pourraient venir en aide, justement,
aux élèves à besoins particuliers, le lien entre pratiques exemplaires et
performance ou résultat dans les salles de classe pour nos élèves à besoins
particuliers, qui sont, effectivement, de plus en plus nombreux?
Royer (Égide) : Voilà quelques années,
j'ai déjà fait une recherche, parce que j'étais professionnel au gouvernement
du Québec pendant quelques années, et par la suite on a eu à faire une
recherche sur l'ensemble des 60 systèmes éducatifs en essayant de voir
lesquels étaient les plus performants en adaptation scolaire, donc, l'idée d'être en mesure, comme institut national... Institut national d'excellence en éducation, d'aller voir des systèmes éducatifs qui sont comparables au nôtre, je vais parler du Massachusetts, l'Iowa, il y a différentes... différentes possibilités, et de
voir, en termes de taux, le niveau de réussite des jeunes qui sont en éducation
spéciale, pour prendre l'expression anglaise, de
voir c'est quoi, leur niveau de diplomation, le niveau de réussite, et c'est
quoi qui explique, justement, les succès que certains systèmes éducatifs
ont comparativement à d'autres. Probablement qu'on va voir apparaître une
intervention précoce
au niveau des jeunes qui présentent des besoins particuliers, et probablement
que le mot «lecture» et le mot «langage», en termes de préoccupations de
ces systèmes-là, est vraiment très important. Mais, par la suite, intervention
maternelle, première, deuxième année...
Mais, par la suite, ce qui devient intéressant, c'est de voir, comme système
éducatif, ils ont articulé ça comment, et qu'est-ce qui se passe
directement, même, au niveau de leurs écoles.
Donc,
l'idée d'aller rechercher des histoires à succès, surtout en Amérique du Nord,
parce que c'est plus similaire à ce qu'on vit, nous autres, pour être en
mesure d'identifier des ingrédients... On en a un certain nombre d'identifiés, mais on ne peut pas... Et probablement qu'on
verrait, dans ce type de recherche là, le fait qu'on a... On ne retrouvera
pas de système scolaire public avec 33 % des jeunes du secondaire
identifiés en adaptation scolaire. Et probablement que viendraient des discussions sur le fait qu'on a concentré ces jeunes-là
dans les écoles ordinaires, ordinaires, alors que les meilleurs systèmes
ont des systèmes qui sont beaucoup plus égalitaires en termes d'accessibilité
et où toutes les écoles mettent l'épaule à
la roue pour être en mesure de réussir. Donc, c'est ce genre de données là
qu'on aurait, bien, l'idée d'avoir une veille internationale, tout au
moins dans le... dans le contexte nord-américain, pour être capables
d'identifier les facteurs qui contribuent à améliorer. Et il y en a un certain
nombre qui pourraient ressortir probablement clairement.
Drainville : Très bien. Juste avant de céder la parole à mon collègue,
vous plaidez pour la... le maintien du Conseil supérieur de l'éducation. Est-ce
que je peux vous... Alors, vous le savez, que, dans le projet de loi, ce que
nous faisons, c'est que nous transférons,
dans le fond, les fonctions du Conseil supérieur de l'éducation au nouvel
Institut national d'excellence en
éducation. Donc, le mandat de... le rôle... le mandat conseil, dis-je, de... du
conseil supérieur est maintenu, sauf qu'on change d'organisme, dans le
fond, pour en prendre la responsabilité. Bien, pouvez-vous nous demander... pouvez-vous nous dire, dis-je, en quoi le fait de
conserver les fonctions du conseil supérieur sous l'égide du nouvel
institut... en quoi est-ce que c'est problématique à vos yeux, juste pour que
je comprenne bien votre... votre argumentaire?
Royer (Égide) : J'ai bien noté
l'utilisation du mot «égide». C'est bien. Il y a une dimension de consultation
et de participation, là, au niveau des commissions. C'est surtout... C'est ça
qui a attiré plus mon attention. Le mandat de faire l'état des besoins en
éducation, de conseiller le ministre, j'en conviens, mais la dimension de
participation des différentes commissions du conseil supérieur,
particulièrement, là, aux niveaux préscolaire, primaire, et celle du
secondaire, il y a quelque chose là. Les témoignages que j'ai eus, la
connaissance que j'ai du réseau, les gens y tiennent. Et ça m'amène toute une
colonne d'informations ou un niveau d'information qui part de la base et qui
illustre les particularités et les
spécificités québécoises, comparativement à ce que je mentionnais tantôt, au
niveau de l'institut, qui touchait l'ensemble de la recherche en
éducation comme on pourrait toucher l'ensemble de la recherche en médecine. Bien là, il y a quelque chose de spécifique, là,
au niveau de la participation des parents, des enseignants, des directions
d'école. En clair, c'est quelque chose qui,
de toute évidence, semble bien fonctionner. Au niveau du... au niveau de la
manière de conseiller ou de donner des avis au ministre, il y a
peut-être des ajustements à faire, mais, au niveau des deux commissions, ça
m'apparaissait évident que c'était pertinent de les conserver.
Drainville : Très bien. Je vais laisser la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme
Dionne) : Oui. Je cède maintenant la parole au député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, Pr Royer, Dr Royer. On a eu l'occasion, évidemment,
avant que je sois député, de collaborer ensemble. Et puis vous êtes un des
grands spécialistes en éducation. Alors, je suis très honoré de pouvoir vous
entendre aujourd'hui, à l'aube de l'étude de ce projet de loi, en particulier
au niveau de vos travaux au niveau de la sous-scolarisation des garçons.
a, évidemment, des problèmes culturels, je pense, au Québec, avec l'acceptation
du cheminement particulier que les
gars peuvent vivre à l'école. Et puis vous avez... En particulier, j'aimerais
ça vous entendre, quelques mots là-dessus, sur le lien qu'il y a entre la lecture et les garçons. Je sais que
vous... vous témoignez beaucoup pour des pratiques exemplaires, puis vous avez raison de le faire, mais quel est
le lien que vous pouvez faire entre les pratiques exemplaires et la
réussite des garçons? Qu'est-ce qui se
passe, au niveau de nos gars, qui fait que, dans des écoles, ils ont besoin
d'attention de manière particulière,
et puis du respect des différences culturelles en particulier? Est-ce que
l'école est faite pour les gars? Est-ce qu'on peut trouver du bonheur à travers... de réussites au niveau des
garçons? Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Royer (Égide) : Bon, une considération...
Première considération, il y a des milieux scolaires... il y a des systèmes
scolaires et il y a même des milieux scolaires qui font mieux que d'autres au
niveau de la réussite des garçons, l'écart est moins grand, mais, dans
l'ensemble de ce qu'on peut observer, il y a toujours un écart garçons et
filles. Les méta-analyses ont dit que les filles sont toujours meilleures à
l'école que les gars, mais pas un écart pareil. Donc, ce qu'on observe, c'est
que, chez les... chez les anglophones, l'écart garçons-filles est plus faible.
Quand je travaille à
Vancouver, il y a une dimension culturelle. Je regarde, entre autres... Ils ont
beaucoup de milieux asiatiques comme tels à Vancouver, et on se retrouve avec
une importance donnée à l'éducation qui est telle qu'on se retrouve avec des
trois, quatre points de pourcentage de différence gars-filles. Donc, ce n'est
pas énorme.
Spécifiquement,
une... Je vais vous donner quelques données exemplaires, là. Ça a besoin d'être
articulé, là, de manière plus précise.
Prenez 1 000 gars de six ans et 1 000 filles de six ans. En
moyenne, mes 1 000 filles de six ans sont plus prêtes à
apprendre à lire et à écrire que mes 1 000 gars de six ans. C'est
développementalement parlant comme ça, donc,
ce qui fait que... C'est une donnée de base qui fait que je dois porter une
attention particulière à l'enseignement de la lecture et le voir en disant
que ce sera peut-être... Il y aura peut-être des différences au niveau du
rythme, mais, si c'est bien appliqué, rendu en fin de deuxième ou troisième
année, il n'y aura pas grand différence.
Ceci étant dit, en
adaptation scolaire, dans tous les systèmes éducatifs, j'ai... bon an, mal an,
j'ai... Prenez tous les jeunes en difficulté
dans une école ou même handicapés. Vous avez... Bon an, mal an, un 55 %,
60 %, c'est des gars, et l'autre proportion, c'est des filles. Ça,
c'est fait comme ça. Mais, ceci étant dit, plus je vais être efficace pour
intervenir tôt, plus je m'en vais coller les centres d'intérêt des gars, entre
autres, en lecture... Je pense, en Ontario, qu'il y a des guides spécifiques,
au niveau de l'apprentissage de la lecture, qui touchent les centres d'intérêt
et les approches... des approches plus sur mesure par rapport aux garçons. Et
plus on va être en mesure d'avoir une approche qui n'est pas uniquement chapeau
les filles, mais chapeau les gars aussi, là, on va se retrouver dans un environnement...
Mais le problème qu'on a... Un, il y a des
différences culturelles, mais l'autre élément, le problème qu'on a, c'est comme... si on se préoccupait de la
situation davantage de gars en difficulté, c'est comme si on enlevait quelque
chose aux filles. Et ça, c'est un biais cognitif, là, qu'il va falloir... dont
il va falloir se débarrasser. Donc, en clair, on sait à peu près... Puis il y a des milieux scolaires où l'écart de réussite
garçons et filles est beaucoup plus faible que ce que je viens... que j'ai présenté au global. Il y a des
histoires à succès là-dessus, mais ça passe par une intervention précoce,
et la lecture est une variable clé dès le début de la scolarisation.
M. Asselin : Vous parlez de
l'intervention précoce puis des centres d'intérêt. Pourquoi est-ce que les
garçons doivent évoluer dans un système qui
permet que les centres d'intérêt soient spécifiques aux garçons? Pourquoi
est-ce que les gars ont le droit de s'intéresser, par exemple, à la
chasse ou à des sujets qui les rejoint plus d'une certaine façon?
Royer (Égide) : Parce qu'ils sont faits... Comment je dirais ça?
Là, je ne rentrerai pas dans la théorie du genre, là, qu'on... Je
pourrais avoir des critiques assez... assez précises là-dessus. Bien, c'est fait
comme ça. Tu sais, vous voulez... Moi, je n'ai pas besoin... même pas besoin de
l'expliquer ou de dire : Est-ce que c'est bon ou ce n'est pas bon? Prenez
1 000 gars et 1 000 filles d'un groupe d'âge donné...
Prenez ce qui se passe au secondaire présentement, les filles adolescentes,
avec l'impact que ça a de se comparer aux autres filles au niveau de la beauté,
du physique ou des choses comme ça. Ça arrive pour les gars, mais, prenez-moi
1 000 filles de 13 ans puis 1 000 gars de 13 ans,
vous allez voir que ce n'est pas le même
vécu. Est-ce que c'est stéréotypes sexuels, les théories du genre? Je n'en
ai... Comment je dirais? Ce n'est pas ça. C'est carrément une situation
développementale qui nous arrive à ça, avec des influences sociales, là, qui
ont un impact direct.
Donc, coller davantage les besoins et, quand
j'ai des gars de 11, 12 ans qui veulent... 12, 13 ans qui veulent quitter l'école, être en mesure d'avoir une
intervention qui tient compte de leurs préoccupations, puis c'est quoi,
l'intérêt, puis c'est quoi... entre autres, de quoi ont-ils besoin pour
poursuivre. Et, normalement, ça va aller beaucoup mieux. On a... Il y a des
exemples. Il y a des histoires à succès au Québec, là, là-dessus.
M. Asselin : Merci de votre
témoignage. Je vais laisser la chance aux collègues de pouvoir vous interroger.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Hull.
Il vous reste un petit peu moins que cinq minutes.
Mme Tremblay : OK. Parfait. Alors,
au niveau... Vous avez parlé des difficultés de comportement, donc, que ça
représente... Effectivement, les jeunes enseignants qui arrivent dans la
profession, c'est un défi pour eux. Et moi, j'aimerais ça vous entendre sur le
lien... Comment on peut mieux les outiller, ces jeunes enseignants puis
enseignantes là, puis même ceux qui sont
aussi dans le milieu de l'éducation depuis un certain nombre d'années? Parce
que parfois ça a beaucoup changé, là.
Moi, j'ai passé du temps dans le milieu de l'éducation, là, pratiquement
20 ans de ma carrière, puis ça a
quand même beaucoup changé, beaucoup évolué. Donc, j'aimerais ça que vous
fassiez le lien, peut-être, dans vos idées, en lien avec ça, par rapport
à la formation initiale. Comment on peut agir, mais aussi comment l'institut,
qu'on veut créer, d'excellence pourrait agir dans... dans ce dossier-là?
M. Royer (Égide) : Le constat présentement, c'est que les futurs enseignants
sont très peu formés sur comment composer avec des jeunes qui présentent des
comportements d'opposition ou des comportements de santé mentale. Prenez un
problème de comportement. Ça, sur la question des pratiques exemplaires, c'est
mon secteur d'expertise, donc je suis au fait des pratiques exemplaires
là-dessus. Bien, j'ai formé des cohortes d'étudiants, à l'université, qui
revenaient chercher les... ces cours-là et ces practicums-là après le
baccalauréat, donc, au niveau de la maîtrise ou au niveau d'un diplôme en adaptation
scolaire.
Le constat,
c'est qu'on sait à peu près quoi faire et comment composer avec des jeunes qui
présentent des difficultés de comportement, que l'information passe peu,
que la formation est peu donnée, mais que, lorsqu'on est capables d'intervenir tôt et lorsqu'on est capables... Et
là je tombe dans un sujet qui est très d'actualité. Moi, éducatrice
spécialisée, ou moi, enseignante en deuxième
année, qu'un jeune qui a des problèmes de comportement crie après moi, ce n'est
pas une agression verbale. C'est comme dire : Écoutez, j'ai un enfant qui
a un problème auditif, je lui parle, il ne m'écoute pas. J'ai des jeunes qui
sont handicapés par leur comportement comme d'autres sont handicapés par
certaines difficultés ou troubles de langage. Donc, dès qu'on... Être capables
d'avoir une formation qui nous permet de dire : Ce jeune-là, par son
comportement, me dit quelque chose, je dois l'encadrer et intervenir de manière
efficace, mais ce n'est pas une attaque personnelle à moi, éducateur, ou à moi,
enseignante, là. Donc, quand on a une interprétation du comportement des jeunes
comme ça, c'est qu'on n'a pas compris ou on a très peu de formation sur comment
faire oeuvre d'éducation avec des jeunes qui ont des difficultés de
comportement. En clair, ils sont handicapés par leur comportement. Donc, au
niveau des pratiques exemplaires, c'est très bien établi.
Regardez ce qui s'est passé, je pense,
à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Regardez ce qui s'est
passé à Marguerite-Bourgeoys depuis les cinq, six dernières années. Ils ont
implanté le modèle dominant, qui est très basé sur les données de recherche,
qui s'appelle Soutien au comportement positif, Positive Behavorial Support
Intervention, là, et vous allez voir que les
taux de suspension des élèves ont... ça a cassé. Écoutez, ce n'est pas une
médication qu'ils leur ont donnée, là. C'est une manière de faire où
toute une école... Et ça, ça correspond aux pratiques exemplaires, et ça, ça a
besoin d'être diffusé. Donc... Et ce n'est pas des... Comment je dirais? Ce
n'est pas des trucs. C'est vraiment un savoir-faire issu de ce qu'on sait qui
fonctionne et qui a fait ses preuves.
Une pratique
exemplaire, là, je conclus là-dessus, je l'applique dans votre comté... dans
les écoles de votre comté, je l'applique
dans des écoles de votre comté, si c'est appliqué comme du monde, ça donne
toujours des bons résultats. C'est ça, une pratique exemplaire. Elle est
basée. C'est un peu comme une médication qu'on va donner par rapport à une
situation médicale quelconque. Si c'est bien prescrit, ça va avoir son effet.
C'est ça, une pratique exemplaire, et on a besoin de les mettre en relief et de
les communiquer.
Tremblay : Peut-être une autre dernière... deux autres dernières
questions rapides. Vous avez parlé de l'institut aux États-Unis. Là, je n'ai
pas le nom exact, là. Comment ils font, eux, pour que... bien atteindre le
terrain, donc, s'assurer que l'information
soit diffusée dans les milieux? Ça, j'aimerais ça vous entendre si vous le
savez, peut-être que vous ne le savez pas, parce que c'est important. De
créer un institut, c'est une chose, mais, après ça, une bonne diffusion de
l'information, vous voyez ça...
Royer (Égide) : Ah! classique.
Tremblay : Il y a le 30 heures de... bon, pour les enseignants, mais,
autrement, au-delà de ça, comment on fait pour une bonne diffusion de
l'information?
M. Royer (Égide) : Brièvement, il y a le classique de dire : Bon, est-ce qu'une classe
à double niveau... est-ce que c'est mauvais ou bon pour des enfants,
première, deuxième ensemble? Il y a la possibilité de rentrer sur le site
Internet, de rentrer le descripteur :
Quelles sont les conditions qui font qu'une classe à double niveau fonctionne?
En une page et quart, vous avez
l'essentiel des variables. Après ça, vous pourrez aller plus loin si vous
voulez. Donc, évidemment, c'est ce type d'accès là.
L'autre élément,
c'est l'influence que ça a sur la formation du personnel, formation continue...
La Présidente (Mme
Dionne) : En 30 secondes, M. Royer.
M. Royer (Égide) : Et, si vous allez en formation continue, vous avez une indication que
tel type d'intervention est nettement supérieur à tel autre. Ça
influence votre contenu de formation continue.
Tremblay : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à notre porte-parole de
l'opposition officielle, la députée de Saint-Laurent. Vous disposez d'environ
10 minutes.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bienvenue et, encore une fois, merci de participer
à nos travaux. Vous êtes, à chaque fois, toujours présent.
question simple. Le Conseil supérieur
de l'éducation parle d'un système
scolaire à trois vitesses. Êtes-vous d'accord avec ce constat?
Royer (Égide) : Oui.
Mme Rizqy : Est-ce que vous êtes aussi d'accord qu'un enfant
qui est dans une classe dite régulière a moins de chances, par la suite,
de se rendre à des études supérieures?
Royer (Égide) : Ça, c'est documenté.
Mme Rizqy : Oui, c'est indiqué : 15 % de ceux qui
proviennent d'une école publique régulière iront à l'université.
Royer (Égide) : Oui, oui, c'est documenté.
Oui, oui, oui, je suis d'accord.
Mme Rizqy : Ah
oui! OK. Donc... OK. Vous posez la question... D'accord, oui.
Royer (Égide) : Non, je suis d'accord avec vous. L'autre
élément... Je peux faire un petit ajout? Je ne vole pas de votre temps...
Mme Rizqy : Vous,
vous êtes toujours le bienvenu avec vos ajouts.
M. Royer
(Égide) : La journée où toutes les écoles,
autant privées que publiques, vont mettre l'épaule à la roue pour la réussite
de tous les jeunes et vont accepter une proportion naturelle de jeunes en
difficulté, on reviendra à quelque chose qui est beaucoup plus balancé puis
beaucoup plus efficace en termes d'interventions.
Mme Rizqy : J'ai déposé un projet de
loi pour les projets pédagogiques particuliers dans les écoles publiques, qu'elles soient gratuites, parce que je considère
que, et je pense que c'est partagé par plusieurs de mes collègues... que,
pour un enfant, l'argent ne devrait pas être
un frein, dans le réseau public, pour participer pleinement à son école. Est-ce
que ça, c'est quelque chose que vous partagez ou non?
Royer (Égide) : Je vais vous donner une anecdote. Une enseignante
de sixième année demande à ses jeunes :
C'est quoi que vous faites l'an prochain, vous êtes en quoi? Un dit : Je
suis en sport-études. Un autre dit : Je suis en ci, je suis en ça.
Et il y a cinq élèves de la classe qui disent : Moi... nous autres, on
n'est en rien.
Mme Rizqy : C'est crève-coeur, hein?
Royer (Égide) : Donc, je suis évidemment... Écoutez, le grand gars
de six pieds, là, qui veut faire du football-études, qui n'a pas la
moyenne de 70 %, il peut faire du football-études aussi, selon ma perception.
Il s'agira de souligner... faire attention,
par exemple, de ne pas trop couper le temps en apprentissage. Ça va avoir une
influence ou un impact sur la qualité du français des jeunes,
éventuellement, si on coupe autant de temps.
Mme Rizqy : Absolument. Je dois vous
avouer que j'ai moins d'expérience que vous, mais, entre ce que moi, j'ai vécu
sur les bancs d'école et ce que je vois aujourd'hui, pour avoir fait plusieurs
journées de suppléance, je n'ai jamais vu
autant d'agressivité. Puis l'article de cette fin de semaine, de Marie-Ève
Fournier, dans La Presse , était perturbant, pour ne pas dire
percutant. Et, après des demandes d'accès à l'information que j'ai faites
autant aux centres de services scolaires qu'auprès des corps policiers, c'est
un constat qui est clair, il y a un avant puis un après pandémie où le nombre
de violence a augmenté, mais l'intensité aussi. Et vous êtes psychologue. Il me
semble que, lorsqu'un enfant assiste à un acte de violence, même s'il n'est pas
partie prenante, bien, s'il voit un autre élève lancer et fracasser une chaise
sur son enseignante, si, durant l'heure de dîner, on assiste à une scène de
crime où un autre enfant a été poignardé par un autre élève, il me semble que
c'est quand même préoccupant, pour ne pas dire perturbant, et que c'est pour
ça, d'ailleurs, qu'on dépêche sur les lieux assez rapidement une équipe
psychosociale. Il me semble que la violence dans les écoles a un impact sur la
réussite éducative.
M. Royer (Égide) : Ah oui! Ça va de soi. C'est toute la question des problèmes
de... Nous autres, dans mon métier à moi, on appelle ça les conduites
agressives à l'école. Et ça a un impact, évidemment, sur la victime, mais ça a
un impact aussi sur l'atmosphère de la classe et ça a un impact sur la perte de
temps d'apprentissage. Mais le bon côté des choses, c'est que l'état actuel des
connaissances scientifiques — je parlais du soutien en comportement
positif, puis il y a d'autres modèles qu'on
peut utiliser — nous
permet d'améliorer nettement la situation en classe. Il y a certaines
situations que c'est carrément dangereux puis ça prend d'autres types de
services, mais une meilleure formation de nos enseignants là-dessus, parce que
c'est vraiment très limite présentement, améliorerait sensiblement la
situation. Se sortir du modèle de remorquage, là, où c'est l'éducateur
spécialisé qui rentre dans la classe pour ramener l'ordre, sortir le jeune, on
peut faire beaucoup mieux que ça.
Rizqy : Oui, bien, d'ailleurs, les psychoéducateurs, c'est
ça, leur rôle. Ils outillent l'enseignant à faire l'intervention avant,
justement, qu'il y ait un débordement. Et ça m'amène à cette question, parce
que l'Ordre des orthophonistes et
audiologistes du Québec ont dit la chose suivante : 80 % des élèves
qui ont un trouble de comportement ont, en réalité, un trouble au niveau
du langage qui n'a pas été réglé. Et malheureusement, en ce moment, on voit que
plusieurs orthophonistes du réseau public scolaire quittent parce qu'ils
n'obtiennent pas de poste régulier, et c'est le même constat qui est, d'ailleurs, écrit par la Vérificatrice générale du
Québec dans son dernier rapport, que ça peut prendre en moyenne jusqu'à
sept années pour obtenir un poste régulier. Et ça, ça a une incidence directe
sur la démotivation des enseignants qui ont
un baccalauréat en éducation, donc, qui ont fait les quatre années, et que...
Vous le savez, là, depuis des années, là, ça fait... on en parle,
environ 20 % à 25 % des enseignants légalement qualifiés, ça coûte de
l'argent à l'État de les former dans nos universités. Bien, on n'arrête pas
cette hémorragie. Et elle écrit, la Vérificatrice générale, la chose
suivante : Un enseignant qui n'est pas adéquatement formé, il y a un
impact sur la réussite éducative. Et vous avez sûrement vu qu'en 10 ans
c'est la première fois que nous avons un échec aussi important en orthographe.
52 % des élèves ont échoué.
Royer (Égide) : La faible formation des enseignants, je fais du
lien sur le problème de comportement, le peu de formation des
enseignants sur comment composer avec des comportements difficiles en classe a
quelque chose à voir avec le maintien d'un certain nombre d'enseignants dans la
profession. De se revirer à l'envers... Vous commencez une première suppléance,
un premier groupe au secondaire, vous faites virer votre classe à l'envers, il
n'y a personne qui apprécie ça, puis ça peut être extrêmement stressant.
La deuxième des choses, vous parliez de langage,
prenez 100 jeunes en difficulté de comportement, vous en avez 50 % qui ont des retards en lecture.
Est-ce qu'ils mènent le diable dans la classe parce qu'ils sont en difficulté
ou ils sont en difficulté parce que
le comportement pose problème? On ne le sait pas exactement, mais les deux vont
ensemble.
Donc, si j'ai un message à vous donner
suite à votre commentaire, là, si vous commencez à améliorer l'éducation
au Québec à partir de ceux qui n'y réussissent pas au lieu de commencer
toujours en disant : On va prendre l'ensemble de tous les jeunes... La
majorité des jeunes apprennent, au Québec, réussissent, mais, pour une fois, quand
on fait des changements, il va falloir partir de ceux qui n'y réussissent pas,
et, dans ce cadre-là, ça implique de meilleurs services professionnels. Et là il y a toutes sortes d'autres mesures qui
pourraient être en ligne de compte, mais c'est évident que, si j'ai un
problème de langage, dans les 30 jours, je devrais avoir au moins un
premier contact avec une orthophoniste, peut-être pas un suivi dans les
30 jours, mais au moins un premier contact, comme un tri à l'urgence, à
l'hôpital, là.
Mme Rizqy : Dites-moi,
vous avez parlé de l'institut, qu'elle devait être indépendante. Premièrement,
je vois que, dans un des articles du projet
de loi, c'est indiqué que l'institut identifie, en concertation avec le
ministre, les sujets prioritaires qui pourraient bénéficier des travaux.
Il me semble que, si on veut que ce soit indépendant, c'est l'institut qui
devrait identifier les sujets à couvrir.
Royer (Égide) : Indépendamment du
ministre, on va le voir comme ça, cet institut-là ne doit pas avoir de biais de
choix en ce qui concerne les sujets. Ça fait trop longtemps qu'on se débat avec
la question des garçons puis qu'on se débat... avoir de la recherche solide
là-dessus. Prenez les élèves doués et talentueux. Il y a certaines universités
présentement, puis il y a des étudiants qui sont capables de témoigner
là-dessus, que c'est un sujet... Réussite des garçons,
douance et talent, ce n'est pas nécessairement des sujets, quelquefois, pour
des questions idéologiques, qui sont plus acceptables ou facilement
acceptables. Dans ce cadre-là, on prend l'ensemble de la... on prend
l'ensemble, mais on traite l'ensemble des sujets... Il ne faut pas qu'il y ait
de biais ou de choix, mais un ministre, à mon point de vue à moi, a le droit de
poser une question en disant : J'ai besoin d'avoir des données, quel est
l'état de la science sur tel sujet. Ça, il n'y a pas de problème.
Mme Rizqy : ...pas
de commencer à dire les choix de qu'est-ce qui devrait être dans les...
Royer (Égide) : C'est plus l'interdiction.
S'il fallait que moi, comme ministre, j'interdise qu'on fasse de la recherche
ou qu'on ait l'état de la recherche sur tel sujet, là, ce serait inacceptable.
Mme Rizqy : Parfait. C'est clair. Merci. Il me semble que,
tantôt, vous avez aussi fait mention que c'est important qu'il y ait des ponts aussi qui soient créés avec
le réseau collégial, effectivement. Ici, je vois que l'institut va vraiment
se concentrer sur préscolaire, enseignement primaire et secondaire. On ne parle
même pas de la formation professionnelle, qui reste quand même avec... au
réseau de l'éducation. Est-ce que vous, vous croyez qu'on devrait quand même
ajouter peut-être aussi... ou de voir comment on peut s'assurer de garder le
Conseil supérieur de l'éducation utile, parce que, si on le vide de plusieurs
aspects, à un moment donné, je vais vous poser la question : À quoi
sert-il, là, si...
Royer (Égide) : Oui. Je regarde le
document de consultation puis le rapport du document de consultation, ça
semblait assez bien balancé. Il y a peut-être des ajustements à faire entre
institut et Conseil supérieur. Je pense que ça... Mais la... Écoutez, la
première année collégiale, c'est la 12e année dans les autres systèmes
scolaires. Vous me suivez toujours?
Royer (Égide) : Bon, ce qui fait que moi,
institut, je fais un ensemble de recherches sur la question de la santé
mentale, de la réussite scolaire des jeunes de 16, 17 ans. On ne pourra pas ne
pas toucher aux cégeps. Et, je pense, entre autres, il faut revoir la politique
d'adaptation scolaire, qui a presque 25 ans, au Québec, mais il n'est pas
question de dire : On la revoit au primaire, secondaire, un jour, on en
parlera au collégial. Il faut que ça se fasse en même temps. C'est les mêmes
jeunes. Moi, je suis dyslexique en cinquième secondaire, je m'en vais au
collégial, ce n'est pas vrai qu'on va recommencer les... Tu sais, il faut
véritablement qu'il y ait une continuité au minimum secondaire-collégial
là-dessus, et cesser de travailler en silo sur ces sujets-là.
Mme Rizqy : Merci.
Écoutez, c'est ma dernière question puisqu'il me reste moins d'une minute.
Nous, on avait déposé — c'est
mon collègue de Pontiac — un
mandat d'initiative, dans la dernière législature, sur le temps d'écran au
niveau des élèves, puis on a appuyé celle de mon collègue de Matane-Matapédia
pour le temps d'écran mais aussi les
cellulaires en classe. Vous en pensez quoi, vous? Il me semble que plusieurs
voix se font entendre pour que ce
soit interdit, les cellulaires, mais aussi j'ajouterais un meilleur, je vous
dirais, accompagnement pour le temps d'écran.
La Présidente (Mme
Dionne) : Sept secondes.
Royer (Égide) : Excellente question à
poser à l'institut d'excellence en éducation. Moi, je ramasse la documentation,
ce qui se passe en Amérique du Nord là-dessus. Ce n'est pas évident. C'est une
excellente question. Et, un petit point, ce n'est pas tant le temps d'écran que
ce qui se passe sur l'écran.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, M. Royer. Je cède maintenant la parole au
deuxième groupe d'opposition, à la députée de Mercier. Vous disposez d'un peu
plus de trois minutes. La parole est à vous.
Ghazal : Très bien. Merci beaucoup. Merci beaucoup à M.
Royer d'être parmi nous et de contribuer aussi à nos travaux. J'ai très,
très peu de temps, donc je vais y aller rapidement.
Bien, je suis
contente de vous entendre dire que le système de trois vitesses existe, qu'il a
un impact sur la réussite, aussi, des
élèves, et que ce n'est pas une idéologie. Un expert comme vous qui dites ça,
pour moi, c'est de la musique à mes oreilles.
Donc, vous reconnaissez comme un consensus social qui se fait dans la société
par rapport à cette question-là. Vous dites
que ça prend un institut d'excellence qui soit indépendant, réellement
indépendant. Quand vous regardez le projet de loi, est-ce que, de votre compréhension, il va avoir
cette indépendance pour pouvoir se prononcer sur les sujets qu'il veut, cet
institut?
M. Royer (Égide) : Je présume que oui. D'après ce que j'en ai lu, je présume
que oui. Je vais vous donner deux courtes réponses, la première, sur l'histoire
des vitesses. Nous ne pouvons pas continuer à concentrer tous nos élèves en
difficulté, les 33 % au secondaire, dans les écoles publiques. Ça, c'est
un élément.
Sur la question de l'indépendance de l'institut,
c'est à vous autres de voir. Vous êtes plus spécialisés que moi au niveau de l'aspect juridique, mais je verrais
quelque chose quasiment comme le Vérificateur général, avec qui j'ai
collaboré à quelques reprises. Il rend... Il
témoigne à l'ensemble des Québécois c'est quoi qu'on a comme pratiques
exemplaires puis comme recherche en
éducation. Dans ce cadre-là, vraiment, la dimension indépendance est ressortie
de toutes les consultations puis, probablement, va ressortir fréquemment
quand on va entendre... Tu sais, quand je dis «indépendance», c'est de ne pas
avoir... d'éviter d'avoir des influences qui... de groupes d'intérêts corporatifs
ou je ne sais pas trop quoi.
Mme Ghazal : Puis pourquoi est-ce
que, de votre point de vue, ça prend le Conseil supérieur de l'éducation qui
reste un institut à côté? Pourquoi est-ce que le Conseil supérieur de
l'éducation n'aurait pas pu faire ce que l'institut fait, c'est-à-dire les
meilleures pratiques, etc.?
M. Royer (Égide) : Je garderais davantage quelque chose...
Mme Ghazal : Pourquoi on n'a pas un
seul organisme qui fait tout ça?
M. Royer (Égide) :
...quelque chose qui relève davantage, au niveau de ce qui se passe au Québec,
au niveau du Conseil supérieur de l'éducation, avec la consultation.
L'autre élément, c'est que le rapport de
consultation disait qu'au niveau du coût ça reviendrait... En tout cas, si
c'est une question de coût, ça reviendrait aussi cher que de nicher l'institut
dans le Conseil supérieur. Donc, sur un budget de 17 milliards en éducation,
dont on dépense 3,4 milliards pour les élèves en difficulté, ce n'est pas une
question de coût. C'est une question d'indépendance totale. C'est une autre
mission, si vous aimez mieux.
Mme Ghazal : Donc, ça prend vraiment
les deux organismes.
M. Royer (Égide) : À mon point de vue, oui.
Mme Ghazal : Si vous aviez à
choisir, là, entre... puis conseiller le ministre entre le Conseil supérieur de
l'éducation et... ou l'institut, supposons que le ministre vous dit : Ça
ne peut pas être les deux — vous,
vous dites les deux — il
faut que ce soit un ou l'autre, qu'est-ce que vous choisissez?
M. Royer (Égide) : Je m'abstiendrais. Non. Selon moi... selon moi, ça fait du
sens d'avoir les deux. Il y a quelque chose de profondément sur mesure,
québécois, là, dans le Conseil supérieur. Bien, quand tu fais une synthèse de
c'est quoi, les variables les plus importantes pour prévenir les troubles de
comportement en première année, là, je suis dans le beaucoup plus large.
Mme Ghazal : Donc, l'institut...
La Présidente (Mme Dionne) : 30
secondes, Mme la députée.
Mme Ghazal : Ah mon Dieu! J'avais
comme deux autres questions. L'institut pourrait faire ce rapport. Ça, c'est le
rapport sur le système à trois vitesses, du Conseil supérieur de l'éducation,
de 2016. Il pourrait... Normalement, il devrait... Et ce serait bénéfique qu'il
fasse... qu'il puisse y avoir ce genre de rapport.
M. Royer (Égide) : L'institut devrait faire le tour de qu'est-ce qu'on sait au
niveau de la... On parle beaucoup de composition de classe ces jours-ci.
L'institut pourrait faire l'inventaire de ce qui se passe en termes de
pratiques exemplaires en Amérique du Nord sur ce type de situation là, et
probablement qu'on verrait des systèmes ontariens où c'est 6 % privé non
subventionné et 94 % public, avec intégration des élèves en difficulté. Il
y a d'autres systèmes.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. Royer. C'est tout le temps qu'on avait, malheureusement. Je cède
maintenant la parole au député de Matane-Matapédia. Vous disposez également
d'un peu plus de trois minutes.
Bérubé : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue, M. Royer. Nous convenons
que la priorité devrait être la réussite scolaire. Vous l'avez évoqué sur
toutes les tribunes. Vous reconnaissez un système à trois vitesses, voire même une quatrième vitesse que vous ne souhaitez pas,
tout comme nous. Vous en avez parlé dans un entretien avec La
Presse en décembre dernier.
Vous savez, le temps
d'une législation, ça en dit beaucoup sur les priorités d'un gouvernement. Je
reconnais au gouvernement les choix qu'il
fait de priorités. On va collaborer du mieux qu'on peut, mais, si on avait eu à
choisir, ce ne serait pas le cas. Ça fait longtemps que je vous suis et
que je suis en éducation de bien des façons. Il me semble, moi, que, si on
avait une priorité, ça aurait dû être la réforme de la politique d'adaptation
scolaire, que vous connaissez bien, 1999, à ma connaissance, dans ces eaux-là.
Ça ne servira peut-être pas nécessairement pour ce projet de loi là, mais
pouvez-vous prendre ce temps que je vous accorde dans mon temps pour nous
indiquer pourquoi ça, ce serait une très grande priorité à avoir en tête,
pendant qu'on a une disponibilité du ministre?
Royer (Égide) : Un, parce qu'on est passés
de 100 000 à 235 000 élèves en difficulté. C'est une politique
qui date de 1999. C'est l'autre siècle, là, que... Ce qui concerne toute la
question des adaptations, même au niveau de... même la révolution numérique,
appliquée à des jeunes qui ont certaines limites particulières, je pense à la
dyslexie, il n'y a pas grand place qui est
faite là-dessus. Et ce n'était pas présent à l'époque. Et, de toute évidence,
avec des taux de diplomation de...
Écoutez, j'ai 40 quelques pour cent des jeunes qui n'obtiennent aucun des
diplômes du secondaire après... ni
qualification après sept année. Prenez juste ces indicateurs-là, c'est autant
de lumières d'allumées en disant : Là, après 25 ans, il faut
revoir le tout. Et là on pourrait aller sur une vaste consultation, et
l'éclairage de l'institut d'excellence en éducation peut être intéressant par
rapport à ce qui se passe de mieux au point de vue international.
M. Bérubé : Le
gouvernement invoquait, lorsqu'on a aboli les commissions scolaires, qu'on
allait remplacer ça par des intervenants qui connaissent leurs
enfants par leurs noms ou par leurs prénoms. Je ne sais pas qu'est-ce que ça a donné d'abolir les commissions
scolaires. On n'a pas fait le bilan. On va dans une nouvelle structure. En quoi
de nommer les directeurs généraux des centres de services scolaires va faire
favoriser la réussite scolaire, selon vous?
Royer (Égide) : Je vais prendre l'exemple
de votre région puis de plusieurs régions du Québec.
Le directeur général ou la
directrice générale, ça doit être quelqu'un qui a les racines dans son milieu.
C'est quelqu'un d'important dans son milieu, au niveau du fonctionnement de
l'ensemble des écoles, mais c'est quelqu'un qui doit... Mon sentiment, mon sentiment, comme dirait l'autre, ma suggestion à moi serait probablement que c'est
vraiment le conseil d'administration du centre de services scolaire qui
élabore, comme tel, une sélection.
M. Bérubé : Mais,
sur la réussite scolaire, y voyez-vous un impact direct, que le directeur
général ait une telle impulsion dans son travail qu'il favorise la réussite
scolaire? C'est très encadré, ses fonctions.
M. Royer (Égide) : C'est très encadré. Moi, je suis toujours partisan davantage d'augmenter
le niveau d'autonomie et de pouvoir des écoles autant au point de... et
de décentraliser vers les écoles. Si le directeur général décentralise vers les
écoles à la lumière des pratiques probantes, probablement que ça va améliorer
la situation.
M. Bérubé : Oui,
mais il y a un cadre qui fait en sorte qu'il y a des limites à ce qu'il peut
faire. Donc, est-ce que vous voyez, dans ce projet de loi, une façon
d'améliorer la décentralisation dans les écoles pour l'objectif que vous
poursuivez à travers vos travaux?
Royer (Égide) : Ce n'est pas clair pour
moi présentement.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. C'est tout le...
Bérubé :
Pas d'autre question.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, M. le député. Donc, merci infiniment, Dr
Royer, pour votre contribution à ces auditions.
Pour ma part, je
suspends les travaux quelques instants, le temps d'accueillir notre prochain
groupe.
(Suspension de la séance à
12 h 20)
La Présidente (Mme
Dionne) : La commission est maintenant prête à reprendre ses travaux.
Donc, nous avons la présence... Je souhaite la bienvenue au Pr Martin Maltais.
Donc, M. Maltais, je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Donc, suite à cela, nous
procéderons aux échanges avec les membres de la commission. Donc, la
parole est à vous.
M. Maltais (Martin) : Merci, Mme la
Présidente. Très content de pouvoir partager ce moment-ci avec vous. Je tiens, Mme la Présidente, à vous présenter Ivan
Bendwell, qui m'accompagne, qui est enseignant au cégep Saint-Laurent en
philosophie et qui est aussi consultant en gouvernance des organismes publics.
Alors, c'est quelqu'un qui a travaillé, dans la rédaction du rapport du groupe
de travail, sur le volet gouvernance, puis on a rédigé le mémoire qui vous a
été déposé ensemble.
Alors,
peut-être vous dire, d'entrée de jeu, que nous saluons le leadership dont fait
preuve le ministre de l'Éducation et le ministère dont il est fiduciaire
en vue d'établir une relation plus étroite avec les milieux de pratique
éducative. Les présentes propositions vous
sont soumises aujourd'hui dans l'objectif de nourrir une réflexion dans
l'aménagement du projet de loi. C'est
avec une grande confiance que nous laissons le soin aux membres de cette
commission parlementaire d'évaluer
les dispositions ou modalités à ajouter au projet de loi afin d'assurer un
meilleur équilibre. Sans autre préambule, nous souhaiterions commenter
quelques observations concernant le projet de loi à l'étude.
Concernant la gouvernance des institutions en
éducation et les liens entre le gouvernement et les centres de services
scolaires, nous saluons la volonté générale de créer plus de cohésion, de
cohérence et de transparence entre les grandes orientations nationales, les
priorités qui en découlent et leur transposition à partir de problématiques
régionales ou locales.
Il nous semble aussi extrêmement important que
le ministère de l'Éducation et son ministre aient accès à des données
pertinentes, fiables et en quantité suffisante pour pouvoir non seulement
coordonner et piloter adéquatement les
mesures mises en oeuvre, mais également assurer le suivi approprié avec des
indicateurs communs, clairs et facilement opérationnalisables du système
d'éducation.
Sur la nomination des directeurs généraux par le
gouvernement et la modification de l'article 198 de la
Loi sur l'instruction
publique, nous sommes profondément convaincus que le gouvernement et le
ministère de l'Éducation du Québec doivent assumer un leadership important en
éducation, bien connaître les milieux de pratique éducative dont il a la responsabilité et assurer une direction
appropriée au sujet des priorités et objectifs nationaux pour l'ensemble
des activités éducatives offertes au Québec.
Le niveau de décision concernant la nomination de la direction générale de
chaque centre de services scolaire par le gouvernement est justifiable et
approprié. Pour se convaincre que cela peut être parfaitement adéquat et
pertinent, et qu'il n'y a pas nécessairement un effet de centralisation des
pouvoirs, mentionnons ici que la nomination dans la plupart des organismes
publics ou encore celle des premiers dirigeants de l'université Polytechnique et des universités du réseau de l'Université du Québec sont faites par le gouvernement. Nous avons
d'ailleurs connu, dans le milieu
universitaire, des situations où le gouvernement était judicieusement intervenu
concernant des contextes de
gouvernance problématique. On se rappellera de l'UQAM, notamment, et de l'îlot
Voyageur, et d'autres où il a erré et a dû, par la suite, corriger le
tir. On se rappellera du dossier de l'université TÉLUQ. Les universités gardent
une grande autonomie malgré cette situation qui leur est propre.
Concernant la création de l'Institut national
d'excellence en éducation, nous sommes emballés par la décision du gouvernement
d'enrichir le Québec d'une nouvelle instance qui constituera un outil
supplémentaire pour améliorer la qualité de l'éducation de nos enfants. Nous
saluons d'ailleurs fortement l'engagement de nos collègues enseignants ainsi
que le travail de l'ensemble des membres du personnel oeuvrant actuellement en
éducation.
Il est d'ailleurs tout à fait pertinent pour une
société d'investir à long terme en vue de l'amélioration continue des pratiques
du milieu scolaire, lesquelles, nous tenons à le rappeler, ne renvoient pas
seulement aux pratiques enseignantes, mais
pourquoi ne pas profiter de l'occasion offerte par le projet de loi pour offrir
à notre société un ensemble d'outils dans notre coffre à solutions, d'un
côté, une instance indépendante qui a comme mission principale de rendre compte
aux acteurs du milieu des résultats issus de la recherche en éducation et des
meilleures pratiques éducatives, et, de l'autre, une instance indépendante qui
a une mission principale et distincte de prodiguer des conseils ou avis au
gouvernement concernant l'ensemble du système d'éducation afin de l'éclairer
dans ses choix politiques?
Conserver les
acquis et expertises du Conseil supérieur de l'éducation, comme nous
l'indiquions dans notre rapport de 2018, nous semble à la fois
complémentaire à la formation d'un institut d'excellence et le scénario le plus
efficient. Le critère de distinction entre les deux instances doit concerner
les champs d'expertise et d'intervention. D'ailleurs, l'évaluation
sommaire présentée aux pages 31 et 32 du rapport du
groupe de travail sur la création de l'INEE, dont j'ai rédigé les travaux en 2017, montre qu'il n'y a pas de
dédoublement de rôles entre celui du Conseil supérieur et celui de
l'INEE.
Il faut garder à l'esprit que le premier défi de
l'institut pour assurer sa notoriété sera de bien prendre le temps de lire, et
nous insistons là-dessus, et de comprendre les besoins des milieux de pratique
s'il veut rendre compte auprès de ceux-ci de
l'ensemble des résultats de la recherche en éducation, recherche qui inclut,
pour nous, l'ensemble des types de
savoirs qu'elle produit. Nous insistons sur la nécessité que l'institut
travaille de concert avec le ministère et les acteurs des milieux de pratique. Dès sa création, l'INEE
devra collaborer avec les autres acteurs du milieu de l'éducation, notamment, au-delà des établissements
d'enseignement, avec les universités, le CTREQ, le Conseil supérieur,
les FRQ, les différentes associations et ordres professionnels existants, les
syndicats, le ministère de l'Éducation, le Protecteur national de l'élève,
pour ne nommer que ceux-ci. Nous avions proposé, dans notre rapport, la
création d'une direction des usagers et de comités thématiques pour
assurer ce besoin, lequel nous paraît toujours essentiel et devrait s'ajouter
au projet de loi.
Concernant la création de l'INEE toujours, et de
façon plus spécifique, nous ne répéterons pas l'entièreté des recommandations
présentes dans le rapport du groupe de travail, mais nous tenons à mettre en
relief quelques éléments qui nous semblent
importants. Notre rôle aujourd'hui est essentiellement d'être des porte-parole
des principaux consensus dégagés lors des consultations ayant mené à la
rédaction du rapport.
Rappelons que le projet de création
d'un organisme ou d'une instance qui rendrait compte des résultats
scientifiques et de la production scientifique en éducation auprès des milieux
de pratique éducative est devenu un élément de la Politique de la réussite
éducative à la suite de consultations qu'a mené le gouvernement du Québec à
l'automne 2016. Près de
15 000 personnes et organismes ont pris part à ces consultations, et
l'idée de rendre compte des résultats de la recherche en sciences de
l'éducation auprès des usagers y a fait consensus.
On le retrouve
d'ailleurs dans l'orientation 4.2 de cette politique, qui, si notre
mémoire est bonne, est toujours en vigueur. Il est dit, cette
orientation : «Sans être les seuls critères devant guider l'action, les
résultats de la recherche doivent constituer des intrants de la prise de décision
dans tous les milieux éducatifs. Toutefois, il faudra encourager et soutenir
une culture de transfert.»
Lors des
consultations que nous avons menées à l'automne 2017, 86 personnes,
groupes ou organismes ont participé à
l'exercice, 55 mémoires ont été transmis sans rencontre... sans rencontrer le
groupe de travail, 30 ont été déposés avec
une rencontre, et une personne a rencontré le groupe de travail sans déposer de
mémoire. Nous avons formulé des recommandations sur la façon la plus
consensuelle de créer un tel organisme et de lui donner une mission pertinente.
Notez que notre souhait fut de présenter et
d'évaluer, de la façon la plus objective possible, le pour et le contre de la
création d'un institut. Nous jugions, à l'époque, que les arguments contre
étaient pertinents et nous en avions... et nous avions tenté au mieux d'en
tenir compte dans nos recommandations. Encore aujourd'hui, nous pensons que,
dans la balance des inconvénients, la création d'un institut d'excellence en
éducation demeure une bonne chose pour notre société et pour notre système
d'éducation. Or, selon notre perspective, il revient maintenant au gouvernement
élu de décider.
Nous souhaitons aussi
partager quelques éléments supplémentaires avec les membres de la commission.
Nous ne comprenons pas la volonté du
ministre et du... dans le contexte actuel, de se priver du Conseil supérieur de l'éducation. Ce
dernier a fait ses preuves. Il est apprécié par un grand nombre d'acteurs et de
chercheurs, même s'il demeure peu connu du
reste de la société civile, et ses travaux ont toujours été d'une grande
pertinence. Dans un contexte où le budget de dépenses des ministères de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur
couvre près du quart du budget québécois, nous ne voyons pas le bénéfice politique ou comptable que le ministre retire
à mettre de côté une telle expertise. Nous souhaitons faire remarquer
que peu d'intervenants, lors des consultations pour la rédaction de notre
rapport, ont mentionné l'idée d'abolir le Conseil supérieur.
Nous proposons de
créer un institut qui n'a pas le mandat de se positionner par un avis, au
regard d'une prise de position, sur des
enjeux systémiques sociétaux, auquel cas il risque de diluer sa raison d'être
ou de politiser les savoirs scientifiques. De plus, l'institut n'a pas à
effectuer des études ou des recherches pour justifier une prise de position. Il
doit, essentiellement, établir l'état des connaissances pour favoriser des
transferts vers les milieux de pratique.
Enfin, nous insistons
sur une dernière chose puis...
La Présidente (Mme
Dionne) : Oui. En terminant rapidement, M. Maltais.
M. Maltais
(Martin) : ... — oui,
c'est la plus importante — sur
la nécessité que les travaux de l'institut, même si leur réalisation se fera en
toute indépendance, devront être élaborés de concert avec le ministère et les
acteurs des milieux de pratique. Pour nous, c'est essentiel.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment pour cet exposé. Nous sommes prêts à
débuter les échanges. Donc, je cède la parole à M. le ministre. Donc, vous
disposez aussi de 16 minutes.
M. Drainville : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous deux pour votre présence devant cette commission.
Merci, M. Maltais, pour les travaux que
vous avez menés et qui ont produit le rapport, donc, qui recommandait la
création de l'institut national
d'éducation... d'excellence en éducation, dis-je, rapport que j'ai ici, entre
mes mains. Évidemment, on ne serait pas obligés de le créer s'il avait
été créé lorsque le rapport a été déposé, mais, bon, ça, c'est une autre
histoire.
Je vais reprendre un
peu là où vous l'avez laissé, lorsque vous dites : «Enfin, nous insistons
sur la nécessité que les travaux de l'institut se réalisent — et là
vous citez le projet de loi — "de concert avec le ministère et les
acteurs des milieux de pratique".» Il y
a des voix qui se sont fait entendre depuis que le projet de loi a été déposé
et qui craignent, justement, cette phrase, qui craignent que le... les
travaux de l'institut se réalisent de concert avec le ministère et les acteurs
des milieux de pratique. Et pourtant vous, vous dites : C'est une
nécessité. Pourquoi c'est une nécessité?
M. Maltais
(Martin) : En fait, je ne... on ne cite pas le projet de loi, là, dans
cette phrase. On cite le rapport du groupe de travail. On comprend... Et c'est
probablement là où il y a eu un glissement, puis peut-être que ça peut donner
une clé d'explication à la... aux membres de la commission...
Drainville : ...projet de loi dit «en concertation avec le ministre».
M. Maltais
(Martin) : Oui, mais je ne... Mon propos ne porte pas sur la précision
sémantique du terme, parce que l'esprit de cette phrase est repris dans le
projet de loi avec, probablement, la même formulation que dans le rapport du
groupe de travail. Alors, nous, ce qu'on pense simplement, c'est que la chaîne
de... pour arriver au projet de loi depuis les dernières années, parce qu'il y
a eu différentes versions de projets de
loi sur la création éventuelle d'un institut
national d'excellence en éducation, a maintenu ce terme-là, mais il était...
cette expression-là était déjà dans le rapport du groupe de travail, sous une
forme ou une autre, avec le même esprit.
L'esprit
qu'on avait à l'époque, c'était... c'est simple, c'est qu'il doit y avoir
concertation. Il ne peut pas n'y avoir
pas d'échange. La notion d'indépendance, les gens ont l'impression, des fois,
qu'on est seuls dans une bulle puis on produit quelque
chose, mais ce n'est pas ça. L'indépendance relève de la nature des travaux à
faire pour donner son avis, mais il doit y avoir une concertation. Lorsque je
vous parlais, tout à l'heure, du comité, de relations ou de... pour les... pour
mieux comprendre les besoins des milieux de pratique, c'est dans cet esprit-là
qu'on... qu'on avait rédigé le rapport du groupe de travail. Alors, pour nous,
il doit y avoir concertation avec le ministre et le ministère, et il doit y
avoir une évaluation claire des besoins des milieux de pratique concernant les
résultats scientifiques.
Si l'institut fait d'abord, dans un premier
temps, dans... dès la première ou les deux premières années, dans son plan de travail... va dans les milieux, fait une
lecture claire d'où ils en sont, quel établissement est rendu où, quelle
école est à quel endroit concernant les résultats scientifiques, monte un plan
de travail, il va falloir en convenir avec le ministère de l'Éducation, parce
que ça va colorer ce que va faire aussi l'appareil public. Il doit y avoir des
échanges puis une conversation sur comment
on soutient les milieux de pratique. Ça ne peut pas être fait en silo. Et ça, à
mon sens puis au sens du groupe de
travail, ça ne ternit en rien la capacité du groupe... de l'institut à mener
ses travaux de façon indépendante.
Le statut d'organisme mandataire de l'État, qui
était celui qu'on a recommandé dans notre rapport, était celui qui conférait la
plus grande indépendance possible à un organisme créé par le gouvernement.
Parce que c'est ça, en bout de ligne, là. Il reste que l'organisme est créé par
le gouvernement. Il a une relation de dépendance au même
titre que le Conseil
supérieur de l'éducation a une relation de dépendance. La présidente est nommée
par le ministre... bien, par le Conseil des ministres, mais sur recommandation
du ministre. Tu sais, c'est... Voilà.
M. Drainville : Très bien. Dans
votre mémoire, vous dites : «L'institut n'a pas à effectuer des études ou
des recherches pour justifier une prise de
position. Il doit, essentiellement, établir l'état des connaissances pour
favoriser des transferts vers le
milieu éducatif.» Très concrètement, là, d'abord, comment est-ce qu'on établit
ça, l'état des connaissances? Et par la suite comment on favorise le
transfert? Très concrètement, là, dans un... je dirais, dans... quasiment dans
le quotidien, là.
M. Maltais (Martin) : Bien, ça prend
un certain nombre d'équipes qui va faire des revues puis des recensions des écrits, des revues de littérature sur des
thèmes qui sont déterminés en amont, puis sur quels thèmes on travaille,
quelles sont les priorités. Est-ce que je travaille sur la qualité de l'air?
Est-ce que je travaille sur les espaces? Est-ce que je travaille sur le leadership scolaire? Je donne des exemples qui sortent
des activités de classe parce qu'on parle beaucoup des activités de
classe, puis ce n'est pas que les activités d'enseignement qui doivent être
visées par les travaux d'un tel institut. C'est pour ça que je donne d'autres
exemples, là.
Et par la
suite, une fois qu'on a établi des thèmes, bien, on va faire une... notamment,
une veille stratégique avec les
équipes, puis on va voir qu'est-ce qui en ressort, puis là on va produire un
certain nombre de recommandations puis d'avis qui peuvent prendre
différentes formes, qui peuvent se traduire par des applications, par des
messages ou des sites Internet, puis, par la suite, des activités,
éventuellement, de transfert et de formation qui peuvent être construites en collaboration avec des universités ou d'autres
groupes qui peuvent être mobilisés pour des activités de formation
continue ou de développement de compétences, puis aussi des activités plus ad
lib. qui peuvent être organisées en collaboration avec les centres de services
scolaires puis les établissements.
M. Drainville : Sur la formation
continue, vous y avez fait référence, l'institut va jouer un rôle important en
matière de formation continue. Parlez-nous de l'état de la formation continue
au Québec présentement et de quelle manière la création de l'institut pourrait
contribuer à améliorer la situation de la formation continue, qui est peut-être
un concept, pour les gens qui nous écoutent,
qui est... qui peut avoir l'air un peu, peut-être, désincarné, mais on sait
que la formation continue des enseignantes
et des enseignants peut avoir un impact très important sur la qualité de
l'enseignement et améliorer, donc, le... la performance des élèves dans les
classes. Ça, les... la... les connaissances scientifiques en matière
d'éducation sont formelles là-dessus, la formation continue peut vraiment jouer
un rôle. Elle peut même, dans certains cas, faire en sorte que des élèves dans
un milieu défavorisé connaîtront les mêmes performances dans un même... dans un même centre de services scolaire,
connaîtront des performances académiques équivalentes à des élèves qui
sont d'un... d'un milieu favorisé. Donc, la formation peut jouer un rôle très
important. Comment est-ce que l'institut peut nous aider là-dedans? Et
parlez-nous un peu de la situation de la formation continue actuellement au
Québec.
M. Maltais (Martin) : Je vais
commencer par, peut-être, la fin de votre question. La situation de la
formation continue au Québec, du côté du milieu scolaire, c'est le
laisser-aller. Il n'y a pas de grand suivi ou de maintien de compétences. Vous
savez, quand... quand le brevet est émis, il y a... il n'y a pas de suivi, là,
pour savoir où en est rendu l'individu dans
le temps, qu'est-ce qu'il fait, il a quitté le milieu, est-ce qu'il a développé
des compétences supplémentaires. Ça,
ce bout-là n'existe pas, là. Il n'y a pas de dossier. Demain matin... Moi, la
dernière fois que j'ai enseigné en sciences au secondaire, c'était en
2002, et je pourrais, demain matin, rentrer sur... en milieu scolaire et
retourner enseigner. Alors, du côté des enseignants, le suivi aussi pour les
formations ou le nombre d'heures de formation obligatoires, il est faible ou à
peu près absent, et il y a un travail important à faire, là, de ce côté-là,
pour identifier des priorités.
Maintenant, qu'est-ce que ça changerait
concrètement? Si vous arrivez, par exemple, dans un milieu où on a, dans un établissement scolaire, davantage de
difficultés, on observe qu'on a des troubles de comportement en plus
grand nombre dans un milieu scolaire, plus
de violence, plus d'agressivité, et qu'on se dit : OK, il faudrait
peut-être envisager de mettre en
place des formations dans ces milieux-là pour améliorer la gestion des
comportements difficiles et l'accompagnement à la gestion des
comportements des individus de façon prioritaire, si on avait des indicateurs
pour suivre vraiment clairement ce qui se passe, on pourrait collaborer avec le
ministère puis avec le centre de services scolaire visé pour offrir, en
travaillant en commun avec les gens dans les milieux de pratique, un certain
nombre de formations qui, à terme, en situation réelle,
pourraient amener une amélioration de ce que vivent les gens, donc, alléger la
tâche des enseignants, des personnels de
direction, rendre l'environnement plus vivant puis, en bout de ligne, avoir des
effets positifs sur la réussite des jeunes. Et ça, c'est... c'est
essentiel.
Et ce n'est pas seulement dans ce milieu-là,
l'exposition à des formations supplémentaires. Les médecins ont des formations continues toute leur vie, les
ingénieurs en ont, les comptables. Et tout ce qu'on voit à partir de l'Office
des professions, c'est que le développement des compétences des individus puis
des carrières est essentiellement lié à des formations d'appoint,
supplémentaires ou complémentaires.
Drainville : Dernière question avant de laisser la parole à mon
collègue de Côte-du-Sud. Vous dites, dans votre mémoire, quand vous avez travaillé au sein du
groupe de travail qui a recommandé, donc, la création de l'institut...
vous avez fait état du consensus dégagé lors des consultations. Vous avez cité
des chiffres très éloquents, 15 000 personnes et organismes qui ont pris part aux consultations, là, tu sais, puis
vous dites : Il y avait un consensus pour la création de l'institut.
Vous avez vu, sans doute, comme moi, les multiples sorties contre l'institut
ces dernières semaines. Comment vous expliquez une telle résistance, alors que
vous avez observé, vous, un consensus lorsque vous avez consulté pour la
création de l'institut?
M. Maltais (Martin) : Bien, il y a
deux niveaux à notre propos. Il y avait un consensus dans le... la consultation
qui avait été menée par le ministre Proulx à l'époque, avec
15 000 personnes qui avaient participé sur la politique de la
réussite, puis il y avait un consensus qu'il fallait trouver une voie pour
rendre compte aux milieux de pratique des résultats de la science. Par la
suite, le ministre Proulx a décidé d'y aller de l'avant avec la création d'un
institut. À ce moment-là, la décision était prise. Notre mandat n'était pas de
juger de la pertinence ou de l'impertinence de la création d'un tel organisme.
Il consistait à consulter les milieux pour trouver la façon d'aménager puis de
le créer qui serait la plus viable. C'était ça, le mandat qu'on avait.
M. Drainville : Donc, le ministre
Proulx était d'accord avec la création de l'institut.
M. Maltais (Martin) : Ah! tout à
fait. C'est pour ça qu'il m'avait donné le mandat. C'était clair dans sa tête qu'il voulait le créer à ce moment-là. Ça,
c'était... c'était limpide. Et une des choses qu'on avait observées très
rapidement, puis c'est... c'est probablement
ma maladresse dans les débuts... On a déposé un document de consultation qui
présentait, notamment, la question des données probantes, puis la question
qu'on posait très candidement, c'était : Qu'est-ce qu'on veut en éducation? Êtes-vous pour ceci ou cela? Et il y a des
groupes d'intérêts, dans le milieu universitaire, des gens qui se sont mis à penser que c'était une volonté
gouvernementale d'aller directement dans cette direction-là puis que les
dés étaient jetés sur l'orientation qui
allait être donnée au travail d'un tel institut, alors que c'était un document
de consultation.
On a rajusté le tir dans les consultations qu'on
a menées puis on a ramené l'aiguille à la bonne place dans le rapport du groupe de travail, mais il reste un
certain nombre d'acteurs, dans le milieu universitaire, qui ont des
résistances, qui ont des craintes, puis je pense qu'il faut trouver des voies
de passage pour atténuer ces craintes-là puis clarifier le jeu, qu'on n'est pas
en train de poser des gestes qui pourraient faire en sorte qu'on limite, par
exemple, les possibilités de recherche par le milieu universitaire. Il y a une
distinction entre le mandat du ministre de l'Éducation, puis celui de la
ministre de l'Enseignement supérieur, et celui du ministère de l'Économie.
Alors, c'est sûr qu'il y a des craintes, dans le
milieu de l'éducation, que les niveaux de preuve les plus élevés soient les
plus valorisés et que ça pourrait éventuellement conditionner les enveloppes,
les subventions par les Fonds de recherche du Québec, à travers le ministère de
l'Économie, et orienter la recherche et les chercheurs vers des niches où un
certain nombre d'entre eux ne veulent pas aller.
M. Drainville : D'accord. Merci.
M. Maltais (Martin) : Si vous
permettez, M. Bendwell aurait peut-être un petit ajout.
La Présidente (Mme Dionne) : Allez-y,
monsieur.
Bendwell (Ivan) : Il faut peser ici, hein, c'est ça? Ah! désolé.
C'est que, d'une certaine façon, M. le ministre, les recommandations qui sont dans le rapport et ce qu'on a proposé comme
structure de gouvernance, le projet de loi que vous déposez les reprend
à moitié. Par exemple, les questions que vous venez de poser sur la formation
continue, le transfert sont des questions
extrêmement pertinentes et préoccupantes. C'est pour cette raison qu'on avait
proposé la création d'un comité des
usagers, c'est-à-dire essayer de trouver une façon, dans la structure même de
l'institution, pour que les besoins du milieu et des enseignants et
enseignantes, donc les besoins du terrain, soient connus, soient transmis, et
pour qu'il y ait une forme... un lieu d'échange, de dialogue et de
communication.
Également, je reprends les types de savoirs,
effectivement, il y a un débat. Moi, je ne suis pas de l'université, donc je
suis assez extérieur et... au débat. Je ne pourrais pas aller dans les détails.
Mais ce que moi, j'en comprends, c'est que
c'est un débat sur qu'est-ce que sont les types de recherches qui doivent être
reconnues ou pas. Et l'idée, ce n'est pas
de reconnaître des types de recherches mais de reconnaître, ce que
M. Royer disait tantôt, des pratiques exemplaires et d'intégrer tous types de travaux universitaires
qui sont valables, bien sûr, autant dans la recherche qualitative,
quantitative, etc.
Alors,
l'objectif du dépôt, aujourd'hui, de notre mémoire, c'est de vous faire des
propositions et des suggestions pour rétablir un peu un équilibre. Et nous,
on pense que, si vous les adoptez, bien, peut-être pas telles quelles, parce qu'on se fie sur vos
débats, bien sûr, mais, si vous les adoptez, vous allez retrouver,
probablement, une... un certain équilibre, du moins, au moins une paix,
et les gens vont être probablement rassurés.
Et je pense que vous devriez aussi beaucoup
penser en termes de clé du succès, qu'est-ce qui va faire qu'une fois que l'institut sera créé il va pouvoir
rapidement être reconnu, il va pouvoir très rapidement travailler en collaboration,
parce que l'essence de l'institut, c'est aussi un organisme de réseautage. Il
doit travailler avec tout le monde. Il doit travailler aussi... autant être
reconnu par les universités que par les milieux de pratique.
Pour la formation continue, si vous êtes imposé,
puis on vous impose une formation, c'est sûr que vous allez être passif ou moins attentif. Si on revient au
comité des usagers, si c'est une formation parce qu'exemple vous avez de
la difficulté sur le terrain à enseigner les mathématiques, la littératie, de
la difficulté avec les garçons, donc, si c'est un besoin que vous pouvez... que
vous avez mentionné à l'institut, l'institut pourra vous aider dans une
formation que vous allez choisir mais aussi va faire en sorte que cette
formation-là sera...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, M. Bendwell.
M. Bendwell (Ivan) : ...plus
pertinente. Oui. Je m'excuse.
La Présidente (Mme Dionne) : Oui.
Vous pouvez conclure en 10 secondes.
M. Bendwell (Ivan) : J'ai conclu.
La Présidente (Mme Dionne) : Parfait.
Alors, c'est tout le temps qu'on avait du côté du gouvernement. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de Saint-Laurent,
vous disposez d'un petit peu moins de 10 minutes.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci et bienvenue. Ça va très vite, 10 minutes, donc je veux
aller assez rapidement sur certains enjeux que vous avez soulevés.
D'entrée de jeu, le ministre de l'Éducation
semblait peiné que cette réforme, la mise en place de l'institut, n'a pas été
mise en application plus tôt. M. Maltais, vous avez travaillé au ministère
de l'Éducation avec le prédécesseur du ministre de l'Éducation. Vous avez eu la
chance de faire quatre projets de loi. Est-ce qu'il y a une raison pourquoi
que, dans la dernière réforme, l'institut n'a pas été inclus?
M. Maltais (Martin) : Je ne sais pas
pourquoi exactement l'institut n'a pas été inclus, mais... Vous savez, dans un... Ce que j'ai... Ce que je comprends
depuis le temps que je collabore avec les gouvernements, puis
particulièrement le nôtre, il y a des priorités. On ne peut pas tout faire en
même temps. Vous avez parlé de... ce matin, tout à l'heure... J'ai l'impression
que la question va revenir sur l'école à trois vitesses. C'est... Mais on ne
peut pas tout faire en même temps. Il faut établir des priorités.
Sébastien
Proulx, à l'époque... Moi, j'avais travaillé dans la perspective de livrer dans
les temps. Il voulait que le livrable
soit avant la fin de 2017. Je voulais lui donner le maximum de chances, de...
pour qu'il ait l'espace pour déposer avant l'élection qui s'en venait,
six, sept, huit mois après. J'ai déposé dans les temps. C'est rare pour un
consultant du gouvernement. Mais j'ai déposé dans les temps à ce moment-là,
puis ça n'a pas donné fruit. Ça fait que, probablement, ce n'était pas dans la
priorité du premier ministre. Ça, c'est clair.
Puis, pour la suite des choses, c'est... c'est
une question de qu'est-ce qu'on priorise, puis où on va, puis à quelle vitesse
on y va, parce qu'on ne peut pas tout faire en même temps.
Mme Rizqy : ...si, après six, sept
mois avant de partir en élection, ça n'a pas été suffisant pour le faire, vous
concluez que ce n'était pas une priorité du premier ministre de l'époque, mais,
en quatre ans de l'ancien premier ministre, vous ne venez pas à la même conclusion.
M. Maltais (Martin) : Ce que je dis,
c'est qu'ils avaient d'autres priorités avant, puis le nombre de projets de loi
qu'on peut voter a probablement un... une limite.
Mme Rizqy : On a quand même passé
beaucoup de temps à faire une réforme sur la gouvernance scolaire. Il me semble
que, si on prend le temps de faire, même par bâillon, une réforme sur la
gouvernance scolaire... Moi, je... honnêtement, je suis vraiment un petit peu
surprise de m'asseoir, en trois ans, une deuxième fois pour faire une réforme
sur les structures. C'est particulier, quand même.
Puis vous dites que c'est important que le
ministre de l'Éducation puisse avoir son mot à dire sur la recherche d'un
institut qui devrait être indépendant. Or, j'ai regardé la
loi sur l'institut
de la... de la santé publique, parce qu'eux autres
aussi... Si on fait le comparable, le comparable de l'institut en éducation,
c'est l'INSPQ. Êtes-vous d'accord avec moi que c'est l'INSPQ qui va être
le comparable de l'institut?
M. Maltais (Martin) : Oui, c'est
l'INESSS qui est plus le comparable.
Rizqy : Oui, OK, l'INESSS. Alors, dans les deux cas, j'ai
regardé la loi habilitante. Dans la loi habilitante, bien, l'INESSS, là,
elle fait les recherches qu'elle veut. Puis, par exemple, ils en ont fait sur
la qualité de l'air dans les écoles. Et, si, moi, je me mets aujourd'hui dans la posture des cinq
dernières années que j'ai eues en éducation, aujourd'hui, je ne suis pas
certaine que l'institut aurait le mandat de faire de la recherche sur la
qualité de l'air dans les écoles. Alors, pourquoi que, pour... en santé, on
donne les coudées franches pour faire de la recherche sur tous les sujets que l'INESSS
juge à propos pour la santé publique des Québécois et on ajoute aussi que le
ministre peut en ajouter s'il veut? Alors, pourquoi qu'en éducation ce ne
serait pas correct que l'institut puisse choisir ses champs de recherche, et
évidemment, si le ministre veut en ajouter, il peut?
M. Maltais (Martin) : Moi, je suis
très à l'aise avec ça. Je n'ai... je n'ai pas une lecture qui... qui amène
l'institut à avoir une balise, là, très... très orientée, là, de la part du
ministre. Ce n'est pas la lecture que j'ai du projet de loi. Je pense que
l'institut va avoir une autonomie dans l'ensemble de ses activités, une
indépendance sur la façon de mener ses travaux.
Mais, quand on parlait, tout à l'heure, du
milieu de l'éducation, là, dans le commentaire qu'Ivan faisait, il faut se
rappeler qu'on est dans un milieu où la cohésion puis la collaboration est
essentielle. Et, nous, ce qu'on... ce qu'on craindrait,
c'est de voir un organisme qui fait bande à part, complètement, de l'équipe. Et
d'avoir un travail en collaboration ou en concertation, ce n'est pas
une... ce n'est pas imposant. On peut se parler puis convenir... On est
indépendant à l'intérieur d'un mariage, dans un contrat de mariage, mais on
peut convenir d'un certain nombre de choses, ensemble, qu'on va faire puis on
peut convenir de balises puis de...
Mme Rizqy : ...contrat de mariage,
on est deux, là. Alors là, on parle de 1,3 million d'élèves.
M. Maltais
(Martin) : Non, mais je... Non, mais, je vous dis, dans la
relation entre l'INEE et le ministère, c'est normal qu'il y ait une
conversation puis qu'il y ait un échange, de la même façon... de la même
façon...
Mme Rizqy : Bien, si vous permettez,
parce que le temps va vite, je garde mon comparable avec la santé. Au
contraire, les Québécois, à un moment donné, où est-ce qu'on a eu de la
difficulté à faire passer certains messages, c'est qu'ils trouvaient qu'il n'y
avait plus d'indépendance entre la Santé publique puis le ministre de la Santé.
Alors, c'était ça qui est un danger. C'est la perception qu'à un moment donné
on se dit : Est-ce qu'il y a une indépendance? Et, pour moi, je crois qu'un chercheur... Parce que je suis, moi aussi,
professeure et chercheuse, puis jamais je ne vais accepter qu'on me
dise : Marwah, tu vas faire de la recherche en fiscalité de xyz, mais tu
ne toucheras pas à ça. Et c'est... Là, c'est l'apparence. Et moi, je pense que,
tu sais...
Je vous le dis tout de suite, d'entrée de jeu,
je vais déposer un amendement pour qu'on se colle davantage à ce qui existe avec
l'INESSS. Puis évidemment, si le ministre de l'Éducation a d'autres sujets, il
peut, mais je trouve qu'en ce moment... Moi, quand je travaille, si, dans une
loi, c'est écrit noir sur blanc que c'est de... avec la concertation d'un
ministre qu'on choisit des dossiers de recherche, je ne vois pas l'indépendance
parfaite, là.
M. Bendwell (Ivan) : Il faudrait
quand même faire attention, parce que la... toute comparaison a des limites. Il
n'y a pas de cible au Québec en termes de santé, tu sais, exemple : Tout
citoyen devrait, je ne sais pas, moi, avoir un poids parfait. Tu sais, ce
serait, admettons, la cible de l'INESSS... pas l'INESSS, mais l'institut en
santé. Mais, en éducation, on se donne des
cibles, c'est-à-dire on se donne des cibles en disant : On veut avoir un
taux de réussite, etc. Donc...
Mme Rizqy : Oui.
Respectueusement, bien, la qualité de l'air...
M. Bendwell (Ivan) : Bien, juste
pour terminer...
Mme Rizqy : ...on se donne des
cibles, même si elles ne sont pas respectées, là.
M. Bendwell
(Ivan) : Oui, mais, justement... Mais vous donnez des
cibles de la qualité de l'air parce que vous voulez travailler sur la réussite. Ce que je veux dire,
c'est que, s'il y a concertation, il faut que ce soit dans une concertation
autour des orientations que le ministre donne en termes de réussite et donc des
orientations, des objectifs, les indicateurs, etc.
M. Maltais (Martin) : Puis l'idée,
en terminant, ce n'est pas du tout de se voir imposer une orientation du
ministre sur les... la recherche, là. Les chercheurs ont... L'institut ne fait
pas en soi de la recherche, là. Ce n'est pas son mandat, là, pour moi, là. Tu
sais, c'est de rendre compte aux milieux de pratique des résultats de la
recherche. Et c'est... c'est là qu'il y a, des fois, un biais ou une confusion.
Alors, de convenir d'un plan de travail avec le ministre à la lumière des
analyses que l'institut aura faites des besoins des milieux de pratique sur
qu'est-ce qu'on doit prioriser en termes de reddition de comptes sur les
résultats de la recherche, ça, pour moi, il n'y a pas d'enjeu. Puis les travaux
sont déjà menés. Les recherches sont déjà faites. Elles existent déjà. Il n'y a
pas de biais possible puis il n'y a pas d'influence ministérielle sur les
résultats en question.
Mme Rizqy : Bien, si on met
l'accent pour diffuser certaines connaissances et le savoir, mais qu'on n'en
met pas sur d'autres sujets, bien, ça veut dire qu'on parle davantage de certains
aspects mais pas d'autres. Or, ça, ça peut avoir un biais.
Mais, si vous permettez, le temps file, et je
voudrais avoir votre opinion sur d'autres sujets, puis il me reste moins de
deux minutes. Donc, je vais devoir les faire en rafale.
Donc, formation, le centre
de services scolaire Marie-Victorin, eux, ils ont un outil qui comptabilise
vraiment combien d'enseignants nous avons, combien nous allons en manquer.
Pourquoi que les autres... Est-ce qu'on pourrait le faire? Est-ce que vous êtes
d'accord qu'on devrait garder le legs de la commission Parent, que... le
Conseil supérieur en éducation?
Êtes-vous
aussi d'accord que, présentement, le rapport de la Vérificateure générale du
Québec mentionne qu'on a de la
difficulté, avec la formation continue, à faire les suivis? Donc, on a ajouté
de la formation continue, mais, avec le taux de roulement, un, des enseignants dans les différentes écoles, mais
aussi les directions d'école, ça devient très difficile de faire juste le suivi et même de faire les libérations.
Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt aussi investir dans un outil informatique,
un peu à l'instar du centre de services scolaire Marie-Victorin, pour avoir des
suivis, là, assez serrés là-dessus, là?
M. Maltais
(Martin) : Donc, peut-être rapidement sur... L'outil de
formation de Marie-Victorin, je ne suis pas... je ne suis pas certain de
comprendre, mais pour ce qui est du suivi des données, pour moi, c'est
essentiel. Puis je pense qu'une des
difficultés qu'on a, c'est que, dans les centres de services scolaires, tout le
monde n'est pas à la même place, puis
c'est souvent à cause du leadership. Une des questions qui était posée à Égide
Royer tout à l'heure, c'était : Le leadership a-tu de l'influence?
Le premier dirigeant, ça a-tu de l'influence? Ma réponse, c'est oui. Si vous
regardez Marguerite-Bourgeoys, ce n'est pas apparu ex nihilo, là, le
développement... le passage de 74 %, 76 % à 90 %, presque,
88,8 % de taux de diplomation. Ça participe d'un ensemble d'éléments de mobilisation
mais d'un leadership qui a été exercé par des gens aussi. Ça a un effet.
L'effet, il n'est pas hyperimportant, mais il fait... ça fait
partie de
l'équation.
Pour ce qui est du Conseil supérieur, c'est
clair que, pour nous, là, on a répondu à cette question-là, le Conseil
supérieur devrait rester. Il n'y a pas de... C'est deux mandats distincts. Ce
n'est pas beaucoup d'argent. On dépense très peu pour réfléchir les systèmes
d'éducation. On parlait de l'INESSS puis de l'INSPQ tout à l'heure, on est près
d'une centaine de millions par année. En éducation, 3,5 millions. Il n'y a
pas d'enjeu de ce côté-là.
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, M. Maltais.
M. Maltais (Martin) : Puis, pour le
suivi, oui, je suis d'accord avec la... je fais les mêmes observations que la
Vérificatrice générale.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on avait. Je cède maintenant la parole au
deuxième groupe. Mme la députée de Mercier, vous avez trois minutes.
Mme Ghazal : Oui. Merci,
MM. Maltais et Bendwell. Merci beaucoup pour votre contribution. J'ai très
peu de temps. J'ai encore moins de temps que ma collègue.
Tout à
l'heure, ça... ça m'a tiquée, vous avez dit, M. Maltais, qu'il y a
plusieurs... il y a eu plusieurs versions du projet de loi. Là, je me suis posé la question : Est-ce qu'il a
déjà été déposé avant? Je ne pense pas. Donc, je comprends que vous avez
vu d'autres versions du projet de loi que celui qui a été déposé par le
ministre.
M. Maltais (Martin) : Je fais juste
postuler qu'en cours de route les gens ont rédigé des scénarios. C'est tout ce
que je postule.
Mme Ghazal : OK. Donc, vous
n'avez pas contribué à d'autres versions du projet de loi.
M. Maltais (Martin) : Non.
Mme Ghazal : OK. Très bien. Je
voulais clarifier ça parce que j'étais curieuse de savoir c'était quoi, la
différence entre les différentes versions, mais vous ne le savez pas, puisque
vous n'y avez pas contribué.
Puis aussi je suis très, très contente de vous
entendre, là. Je sens un consensus, là, peut-être aussi dans les autres
intervenants qui vont venir, à l'effet que l'institut ne va pas en
contradiction avec l'existence du Conseil supérieur de l'éducation. Il y a comme un
consensus qui dit : Bien, il faudrait que les deux continuent, ils ont
deux mandats différents.
On parle beaucoup, tu sais, des pratiques
exemplaires, ce qui se passe à Marguerite-Bourgeoys, puis là on a envie de prendre les bonnes choses qui se passent
puis de les étendre partout. Tu sais, on a l'impression que c'est un peu
comme une formule magique qui a marché, puis qu'on va l'étendre partout, alors
qu'on sait que, peut-être, ce qui se passe dans Marguerite-Bourgeoys, il y a
certains facteurs qui font...
Ghazal : Ah oui? Ah oui! Oui, il y a peut-être certains
éléments qui font que ça marche là, mais, si on étend les résultats de
recherche ou les meilleures pratiques ailleurs, ça ne fonctionnera pas. Comment
est-ce qu'on s'assure, là, pour ne pas faire du mur-à-mur partout en
pensant : Ce qui marche là va marcher partout au Québec, et tenir compte
des différences du milieu... C'est quoi, les façons de faire pour ne pas
adopter une façon simplificatrice ou simpliste d'utiliser les résultats de
recherche?
M. Maltais
(Martin) : Vous avez tout à fait raison. Ça fait
partie de la
grande difficulté de l'opérationnalisation d'un institut comme celui-là. C'est pour ça que nous, dans nos
recommandations, on a proposé une direction qui viserait à mieux connaître puis
comprendre les besoins des milieux de pratique, parce que, quand on arrive dans
le «fine-tuning»... Puis on a beau avoir des savoirs dits scientifiques,
il y a aussi des savoirs d'expérience, puis il y a aussi des contextes dans
lesquels ces connaissances-là ou ces pratiques-là doivent être implantées ou
appropriées par les acteurs, puis on doit y
aller avec les gens qui sont dans le milieu. Alors, il faut savoir où ils en
sont, quels sont leurs besoins, puis il faut arriver à prioriser le
travail de développement professionnel de l'ensemble des acteurs. Et ce n'est
pas seulement les enseignants, là. Il ne
faut pas leur mettre tout le temps juste la responsabilité. C'est l'ensemble
des acteurs, le leadership des cadres,
les professionnels autour, les employés de soutien. Puis, quand on a une
lecture, on peut adapter puis contextualiser.
Mme Ghazal : Ça, c'est le comité des
usagers, là, que vous avez mentionné.
M. Maltais (Martin) : Oui, exact.
Mme Ghazal : Puis les recherches,
c'est des recherches faites au Québec ou des recherches faites à l'étranger
qu'on traduit ici puis qu'on amène.
M. Maltais (Martin) : Partout. Il
faut faire une veille stratégique sur l'ensemble.
Mme Ghazal : Est-ce qu'il faudrait
qu'on fasse plus de recherches faites au Québec, ici, là, du «homemade»?
M. Maltais
(Martin) : Bien là, vous demandez à un prof d'université... à
un musicien s'il veut plus de musique. Je vais vous dire oui.
M. Bendwell (Ivan) : Les meilleures
pratiques ne sont pas...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
C'est tout le temps qu'on avait pour... Désolée. Je suis désolée. Je dois
maintenant céder la parole à M. le député de Matane-Matapédia. Vous disposez
également de trois minutes.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. M. Maltais, on vous connaît
bien. Vous avez une vaste expérience. Vous
avez même travaillé au cabinet du ministre précédent, à la CAQ. Donc, vous
avez une vision très large, et même de l'interne, de la réalité.
Vous avez, dans votre mémoire, donné un avis
favorable à la formation à distance. Vous proposez de la reconnaître
officiellement. Vous avez écrit que «la formation à distance permettrait de
valoriser l'éducation», en 2018. Depuis, on
a vécu beaucoup de choses. On a vécu des grandes expériences suite à la
pandémie. Même la Vérificatrice générale nous a parlé de l'enseignement
à distance, qui avait entraîné des retards d'apprentissage, plus
particulièrement avec les jeunes en difficulté. Je fais un lien avec la
présentation précédente, de M. Royer.
Donc, le ministre, avec son projet de loi n° 23,
il propose d'élargir le recours à l'enseignement à distance. Ça fait
partie de
ses objectifs. Êtes-vous d'accord avec cette mesure? Et est-ce que votre
position a évolué depuis le temps? Comment vous voyez ça? Quelles sont les
meilleures pratiques qu'on pourrait adopter pour rendre conforme le projet du
ministre avec les observations que vous faites, comme universitaires et comme
chercheurs, dans votre équipe?
M. Maltais
(Martin) : Sur la formation à distance, c'est une grande
question, puis il y a plein de gens qui discutent de ça, mais ce qui est
certain, c'est que c'est une pratique éducative qui est dans l'écosystème puis
avec laquelle il faut composer. Et cette pratique-là répond à une pluralité de
besoins puis de situations.
C'est vrai que les résultats sont généralement
plus élevés dans les cours en présence que dans les cours à distance, pour un
paquet de raisons dont on pourrait faire l'inventaire, mais, en même temps, on
n'a pas la même historicité de
l'enseignement à distance que de l'enseignement en présence. Ça fait que je
pense qu'on a encore beaucoup de possibilités puis de choses à
développer puis à améliorer dans les pratiques à distance. Souvent, on pense
que la pratique est de même nature. Quand on est habitué de faire de la
pratique en présence, on tend à vouloir recopier ce qu'on a l'habitude de faire
lorsqu'on est à distance, alors que ce n'est pas ça qu'il faut faire. Ça fait
que, oui, moi, je pense que c'est une bonne idée, cette ouverture-là.
M. Bérubé : D'accord. Pour le
bénéfice de la commission, en mars, un rapport de la Chaire de recherche du
Canada sur l'équité numérique en éducation arrive à la même conclusion et
observe le même phénomène dans les écoles privées mais bien préparées à
l'enseignement en ligne. Donc, il y a deux vitesses là aussi, là.
M. Maltais (Martin) : Ah! c'est
clair.
Bérubé : Ils étaient mieux préparés. Donc, l'égalité ou
l'équité, c'est pour tous, hein? Comment on y arrive?
M. Maltais
(Martin) : Je l'ai vu, moi, dans ma famille, là. Mon garçon
était au public, au primaire, puis ma fille était dans un établissement d'enseignement d'intérêt public, comme
j'aime les appeler, qui... selon la LEP, et j'ai vu cette différence-là
de façon importante.
Moi, si vous me demandez comment, je pense que
ça prend un genre d'unité qui viserait à mettre... à prévoir un certain nombre
d'activités de formation puis à développer des compétences aussi des enseignants,
en parallèle, puis des personnels d'éducation dans les
cas où on pourrait être face à des situations de crise éventuellement, comme
celle qu'on a vécue, alors, l'ensemble des activités de formation packagées,
montées et organisées...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant.
M. Maltais (Martin) : ...pour qu'on
puisse déplier la boîte une fois qu'on arrive en contexte de crise.
M. Bérubé : Merci à vous deux pour
votre présence. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
Merci, M. le député. Alors, M. Bendwell, M. Maltais, merci infiniment pour
votre contribution.
Je suspends maintenant les travaux de la
commission jusqu'à 14 h 45.
(Suspension de la séance à 13 h 07)
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
bon après-midi à tous. La Commission de la culture et de l'éducation reprend
maintenant ses travaux.
Donc, nous allons poursuivre les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 23, loi modifiant
principalement la
Loi sur l'instruction publique et édictant la
loi sur
l'institution nationale d'excellence en éducation.
Cet après-midi, nous aurons l'honneur d'entendre
les organismes suivants, donc, la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement,
l'Association québécoise du personnel de direction des écoles,
l'Association montréalaise des directions
d'établissement scolaire et finalement la Fédération des centres de services
scolaires du Québec.
Donc, je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de la Fédération québécoise des directions d'établissement
d'enseignement, donc, M. Prévost, président, et Mme Bossé, vice-présidente.
Donc, je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour nous faire votre
exposé. Alors, je vous cède maintenant la parole. En débutant, veuillez
peut-être vous présenter, et ensuite nous faire votre exposé. Merci.
M. Prévost (Nicolas) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je me présente.
Nicolas Prévost, président de la FQDE, Fédération québécoise des directions
d'établissement d'enseignement. Notre fédération représente plus de
2 200 directions et directions adjointes du secteur jeunes, adultes
et de la formation professionnelle. Je suis
accompagné, à mes côtés, de Mme Hélène Bossé, vice-présidente de la fédération.
Et nous vous remercions grandement de nous recevoir aujourd'hui en
commission parlementaire afin de prendre en considération nos commentaires et
recommandations concernant le projet de loi n° 23.
Vous avez assurément déjà pris connaissance de
notre mémoire et pu constater que nous accueillons assez positivement ce projet
de loi, avec toutefois quelques réserves sur certains points dont nous allons
vous parler.
Mme Bossé
(Hélène) : ...vous dire un peu... nous aimerions vous dire
que, peu importent les changements effectués pour une meilleure
gouvernance scolaire, que ce soient ceux déjà faits ou ceux à venir, si aucun
mécanisme n'est mis en place pour assurer une interprétation commune et une
application effective du respect de la loi et des règles du travail, alors,
malheureusement, le projet de loi, tout comme ceux avant lui, n'auront pas
l'impact souhaité. Il nous apparaît essentiel qu'un comité de suivi soit mis en
place, car nous croyons fermement que, si l'esprit de la loi est respecté ainsi que certaines des recommandations
qui seront prises en compte, alors, oui, ce projet de loi n° 23 pourrait
avoir un effet positif sur la réussite des élèves et le bon fonctionnement des
établissements.
Concernant les intentions du ministre de
l'Éducation et les nouveaux pouvoirs qu'il souhaite s'octroyer, nous comprenons
sa volonté de mettre en place de bonnes pratiques de gestion et d'enseignement
tout en respectant le principe essentiel de
la subsidiarité. Les gens du terrain sont les mieux placés pour prendre des
décisions et pour actualiser l'ensemble des moyens du projet éducatif et
des moyens de la gestion des établissements.
M. Prévost (Nicolas) : Le rôle du
ministre dans la gouvernance scolaire, quant à lui, doit être bien circonscrit,
et il doit pouvoir comprendre, questionner, connaître et recadrer au besoin,
mais en aucun cas imposer des moyens. Les décisions ne doivent pas être prises
«à la satisfaction du ministre», comme nous pouvons le lire, en exemple, dans
le nouvel
article 459.7, au troisième alinéa. Justement, en respectant le
principe de subsidiarité, le ministre doit être là pour garantir la qualité des
services sans se substituer aux décisions qui sont prises localement.
Les gens sur le terrain connaissent leur travail
et doivent avoir la confiance du ministre et son support pour mettre en place
les conditions gagnantes pour la réussite éducative. Rappelons que c'est le
travail des directions d'établissement d'analyser la situation de la réussite
de ses élèves, d'assumer une gestion collaborative en discutant avec son équipe-école des moyens à mettre en place
pour les élèves, de soutenir son équipe et de maintenir un climat sain
et sécuritaire dans son établissement d'enseignement. Effectivement, il faut
parfois intervenir, en se basant sur des politiques et
les règlements en vigueur, auprès d'une minorité qui ne suit pas les règles,
mais le résultat de cette loi ne devrait pas permettre au ministre une
ingérence de type microgestion. Le rôle d'une direction générale d'un CSS, d'un
centre de services scolaire, auprès de ses
cadres ne va-t-il pas dans le même sens? Certainement. N'est-ce pas ce même
rôle qui est attendu du ministre auprès des directions générales des différents
centres de services scolaires et commissions scolaires? Oui, au même
titre que
des mécanismes d'encadrement sont déjà existants pour accompagner certaines
personnes réfractaires dans des divers corps d'emploi.
Mme Bossé (Hélène) : Concernant la
nomination des directions générales des centres de services scolaires par le gouvernement sous la recommandation du ministre
de l'Éducation, la fédération n'y voit pas d'inconvénient. Cependant, il faut veiller à ce que les nominations ne soient
pas partisanes. Les nominations devront se baser sur un profil de
compétence déclinant des qualités de leadership, de pédagogie, de collaboration
et de connaissance du milieu de l'éducation, pour ne nommer que celles-là. Il
en va de même pour les nominations des directions d'établissement
d'enseignement par les directions générales. La... Les nominations doivent se
faire dans... avec un processus rigoureux de dotation mis en place, ce qui
assurera une nomination impartiale.
Pour ce qui
est de l'entente annuelle de gestion, nous avons plusieurs interrogations,
notamment celle de comprendre l'aide qu'apporterait de plus au ministre,
dans son suivi avec les CSS, que le PEVR existant. De plus, le terme «entente»
utilisé sous-entend de la microgestion qui pourrait être utilisée par le
ministre. Nous recommandons, dans notre mémoire, de plutôt faire la demande que
soit émis un rapport de gestion et d'imputabilité afin de laisser les marges de
manoeuvre nécessaires aux centres de services scolaires pour répondre
correctement aux besoins réels des milieux tout en donnant au ministre
l'information dont il aurait besoin.
M. Prévost
(Nicolas) : Concernant les points de la formation continue
obligatoire et de l'enseignement à distance, la FQDE est favorable. En
effet, il est du devoir de la direction et de ses équipes-écoles de s'assurer
de la qualité des services qui vont amener
les élèves à la réussite scolaire. En ce sens, la formation continue du
personnel est indispensable et doit être respectée. Le but n'est pas
d'intervenir sans raison dans le choix d'un enseignant mais de... d'avoir le pouvoir d'agir auprès de celles et ceux qui
peuvent avoir besoin d'aide ou qui ne respecteraient pas les modalités de
l'école. Comme dans toute profession, il est essentiel de se développer
professionnellement, de vouloir être encore meilleur ou simplement se tenir à
jour dans son domaine.
Il en est de même pour l'utilisation de
l'enseignement à distance pour certaines situations, puisqu'il est de notre
devoir de fournir aux élèves tous les services éducatifs disponibles pour
l'ensemble du calendrier scolaire. Bien entendu,
les situations pour lesquelles un enseignement à distance serait mis en place
doivent être très clairement définies dans
le règlement, mais une fermeture exceptionnelle telle que nous l'avons vécue
durant la pandémie ou la non-disponibilité d'un enseignant sont des
exemples pertinents où l'enseignement à distance pourrait faire une différence
dans la réussite des élèves. Maintenons toutefois que le terme «exceptionnel»
doit le rester, car rien ne remplacera la qualité d'un enseignement en présence
et... qui est l'une des missions de l'école à accomplir, qui est la
socialisation.
Mme Bossé
(Hélène) : Les motifs apportés à la
Loi sur l'instruction publique... Les... Excusez. Les modifications
apportées à la
Loi sur l'instruction publique sur la tenue des conseils
d'établis