Health and Social Services — 13 November 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2014-11-13
Quebec — Committees
projet de loi là, c'est un brassage de structures dont la pertinence, à notre
avis, n'est pas démontrée. La fusion de tous les établissements publics
d'une même région en une seule entité administrative, appelée CISSS, soulève
une multitude d'enjeux. Au fond, on n'abolit
pas les régies régionales, on les maintient, puis ça devient l'établissement,
et les établissements qu'on connaît deviennent des points de service.
On se questionne
aussi sur la précipitation du gouvernement dans ce dossier, qui ne nous permet
pas de faire collectivement le travail de réflexion qui s'impose. Ce n'est pas
une petite réforme : c'est une grande réforme. Dans l'histoire du Québec, ça va être une réforme d'une
ampleur qu'on a rarement vue, et on ne comprend pas l'empressement et la
précipitation, parce que, si on a bien compris, tout ça devrait être réglé en
décembre.
projet de loi n° 10 ne s'attaque pas aux vrais problèmes. À notre avis, le
défi prioritaire de notre système de santé
demeure l'accès aux services et aux soins, et rien, rien dans le projet de loi
ne nous permet de voir en quoi la réforme des structures administratives proposée va permettre de régler ces
problèmes-là : problème d'accessibilité à un médecin de famille, combler les besoins de lit pour les
personnes en perte d'autonomie, pallier aux soins à domicile. Je n'ai pas
besoin de vous en convaincre, j'imagine. Une
perte aussi de proximité en matière de services à la population. À notre avis,
la diversité et l'étendue des territoires
qui vont être desservis par les nouveaux CISSS et la centralisation, ça soulève
de nombreuses inquiétudes.
Sans une
participation significative des ressources locales et une implication des
communautés, nous sommes convaincus que la nouvelle structure ne pourra
pas identifier correctement les besoins sociosanitaires au sein d'un établissement. Sans une vigilance locale aussi — ce
que nous avons actuellement — les mégastructures risquent de centraliser les ressources et les services autour
des villes centres au détriment des localités qui sont les plus éloignées.
Donc, la proximité des services ne pourra pas être assurée.
Des missions
spécifiques sont aussi menacées. Le regroupement, sous un même chapeau
administratif, de plusieurs dizaines d'établissements qui ont des mandats très
différents risque de dénaturer certaines missions jugées essentielles. On craint qu'il soit encore plus
difficile de maintenir un niveau adéquat de services de nature préventive et
psychosociale par rapport aux besoins les
plus criants, qui sont les services médicaux et curatifs. Comment va se faire
l'arbitrage pour l'attribution des ressources entre les services spécialisés,
ultraspécialisés, les soins de première ligne, à domicile ou encore les centres
de réadaptation, les services jeunesse et les nombreux services sociaux, qui
sont déjà sous-financés? À notre avis, ça risque d'être fort complexe.
centralisation aussi des pouvoirs qui est inquiétante. Par le projet de loi
n° 10, le ministre de la Santé et des Services sociaux s'attribue
de nombreux pouvoirs et démontre une volonté de centraliser à Québec de
nombreuses responsabilités de planification,
d'organisation, de coordination, de supervision, d'évaluation et d'enquête.
L'ampleur des pouvoirs
discrétionnaires qu'il s'octroie est trop importante. Le désir d'intervenir
dans la microgestion des établissements constitue, selon nous, autant de
risques d'ingérence politique et de politisation du système de santé.
y a plusieurs articles dans le projet de loi. Le ministre pourra notamment
fusionner deux ou trois établissements, modifier lui-même tout corridor de services établi qu'il considère comme
inadéquat pour assurer une continuité de services. Le ministre va s'assurer de la coordination des
activités des établissements au sein d'une même région et même intrarégionales.
C'est beaucoup pour un seul homme. Pour les
travailleuses du réseau de la santé et pour une organisation comme nous autres, si on avait un grand besoin en santé,
c'est de construire sur ce qui existe déjà, pas de tout rebrasser, de tout
saccager puis de repartir à neuf. Et
construire sur ce qui existe déjà est possible, c'est possible, parce qu'on
croit que ce projet de loi là n'améliorera pas les services et ne
réalisera pas non plus les économies escomptées de 220 millions.
y a des enjeux syndicaux aussi dans ce projet de loi là. En forçant les fusions
des établissements, le projet de loi
n° 10 va imposer des fusions d'accréditations syndicales. À notre avis,
encore là, c'est un accroc à la démocratie, pour des organisations syndicales... d'avoir le choix d'être représentées par
l'organisation de leur choix. Là, ça va être imposé et forcé. Puis, avec les
nouveaux établissements et la taille des établissements, le rôle des
organisations syndicales aussi risque
d'être affaibli. On sait l'importance du rôle syndical au niveau des ressources
humaines, au niveau de la qualité des
soins et de l'organisation du travail. Ça va être des bouleversements qui sont
importants, et importants pour les travailleuses et les travailleurs.
conclusion, on vous dit qu'on refuse le discours fataliste qu'on nous présente
actuellement sur à la fois l'état de
nos finances publiques, mais aussi sur notre capacité, comme société
québécoise, de financer adéquatement nos services. Les services de santé et les services sociaux,
comme les services de l'éducation, c'est un investissement dans la société.
Ça fait en sorte que, plus nos services publics
sont forts, plus la société... on vient réduire les inégalités sociales. Je
pense que ça, c'est un modèle que la
société a voulu se donner. Ce modèle-là, on veut absolument le préserver puis
le bonifier.
Comme parlementaires,
comme élus, vous savez à quel point nos programmes sociaux, nos services
publics tiennent à coeur la société
québécoise. Ça fait qu'on nous invite... S'il y a quelque chose, dans ce projet
de loi là, qu'on vous invite, c'est
qu'il n'y a pas d'empressement à tout bousculer. C'est impensable de voir une
réforme comme ça sans avoir pris le
temps de consulter les travailleurs, de consulter les acteurs du milieu, de
mobiliser l'ensemble de ceux qui sont
en lien avec la prestation de services. Puis ça, ça pourrait prendre des mois. Je
vais le dire comme ça : Ça aura beau être la plus belle réforme, s'il n'y a pas... voyons, je voulais dire «acceptabilité
sociale», je pense que ce n'est pas démontré.
Notre
lecture de ce projet de loi là puis de l'empressement pour le faire adopter, c'est
qu'il faut lier absolument le projet
de loi au retour de l'équilibre budgétaire, qui nous est annoncé pour 2015‑2016.
Il n'y a aucune autre opportunité qui
vient justifier un tel empressement. Et je citerais même le ministre, que j'ai
entendu pour... commenter un autre dossier, qui n'est pas le projet de
loi n° 10, là : c'est les charlatans dans le dossier du cannabis.
Vous avez fait une très belle démonstration
comment que le fédéral était pressé, pressé d'imposer le cannabis, sans avoir
fait les règles, sans avoir tenu compte
des règles à partir du moment que c'est un médicament. Vous avez, comme conseil
médical, été au fédéral, faire comprendre
au fédéral de dire qu'il n'y avait pas d'empressement... mais là on avait ça
dans les dents. Bien, nous, on ne veut pas avoir une réforme comme ça
dans les dents, bâclée, qui ne répondra pas aux besoins de la population, qui
ne réalisera pas d'économie puis qui, en
plus, va fragiliser notre système, notre système public, qu'on tient à coeur.
Merci, Mmes, MM. les parlementaires.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant débuter une période d'échange avec un bloc dévolu au ministre de la Santé et des Services sociaux et
des collègues pour 20 minutes. M. le ministre de la Santé.
M. Barrette :
Merci, M. le Président. Alors, Mme Chabot, Mme Montour, M. Demontigny, Mme
Goulet, Mme Léger, bienvenue. Alors, il est
très important, évidemment, pour nous de pouvoir avoir votre vision de la
situation actuelle, surtout que je suis d'accord avec vous qu'il est
très important que cette réforme-là se fasse ensemble.
suis content aussi que vous nous disiez que ce serait la plus belle réforme si
elle avait été faite, dans votre opinion, dans d'autres conditions. Alors, je comprends que, si les conditions
avaient été là, la réforme aurait eu... elle aurait été non seulement très belle, elle aurait été dans le sens
que vous voulez, c'est-à-dire améliorer les soins et faire en sorte qu'on
ait un meilleur réseau de santé et, à la
limite, qu'on ait un système de santé qui soit géré de façon optimale. Je
retiens, par votre commentaire... et
je ne pense pas le déformer en disant que, si c'est la plus belle réforme à la
condition d'être consultés, c'est que le fondement du projet de loi
n° 10 est exactement adéquat aussi. C'est le sens de ce propos-là, à moins
que vous ne vous soyez trompés dans votre propos. Alors, je vous remercie de ce
commentaire-là.
Maintenant,
vous nous dites aussi qu'il faudrait le lier au retour à l'équilibre
budgétaire. O.K. Il est lié à l'équilibre budgétaire. Le projet de loi n° 10 se fait dans le contexte du
retour à l'équilibre budgétaire et est composé de plusieurs éléments,
dont un élément qui est celui, évidemment, de l'économie de 200 millions
pour ce qui est de la structure elle-même,
qui nous permettra — et c'est
un élément parmi d'autres — de revenir à l'équilibre budgétaire. Mais, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, Mme Chabot, et
je pense vous l'avoir dit dans d'autres circonstances aussi, l'exercice que
l'on fait est un exercice qui n'est pas
simplement lié au retour à l'équilibre budgétaire, et ça, je l'ai dit sur
plusieurs tribunes.
Aujourd'hui,
on travaille non seulement pour revenir à l'équilibre en 2016, mais on travaille
aussi pour avoir un système que l'on
veut se payer sans générer de déficit et de donner évidemment les soins
appropriés à la population en 2026, en 2036, en 2046. Le retour à
l'équilibre budgétaire aura été, pour le moment, une occasion de faire un pas
de plus — dans une période qui est plus difficile, je
vous le concède, qui est celle du retour à l'équilibre budgétaire — pour mettre en place cette réforme, qui est une
partie d'un puzzle, mais qui
fera en sorte qu'après le 31 mars 2016 la société québécoise pourra bénéficier à long terme d'un
système de santé pérenne, qui donne les services adéquatement, à mon
avis. Alors, il est lié au retour à l'équilibre budgétaire, il y a quelque
chose qui est très clair là-dedans.
mobilisation, bien, écoutez, je pense que, lorsque la poussière retombera et
lorsque cette période-ci sera passée, d'une
part, et que, d'autre part, les autres... les éléments qui sont nécessaires
pour remettre un peu notre système... pas sur les rails au sens où le système est complètement déraillé, mais il
manque des éléments en termes d'amélioration, ou de performance, ou de capacité de donner les services
en qualité et en quantité. Vous avez dit ça, là, en introduction, vous visez à ce que... ou vous souhaitez que les
réformes qui soient mises en place — je vous cite — visent d'abord et avant tout l'accès et qu'on favorise l'augmentation de
la quantité et de la qualité. Vous avez raison, on est là aussi, sauf que le
projet de loi, lui, en soi, ne fait pas tout
ça. Mais le projet de loi vise à mettre en place une structure, un squelette,
un terme que certaines personnes
n'aiment pas, alors je peux utiliser le canevas, si vous le prenez, si vous
préférez. Mais, au bout de la ligne,
on doit mettre en place une structure qui va faire en sorte qu'au bout de la
ligne l'ensemble de l'oeuvre sera préservé et amélioré. Alors, il faut
le voir comme ça, le projet de loi n° 10.
L'accès, je
l'ai dit, là, je l'ai dit à plusieurs reprises : C'est un point qui est
majeur. Nous sommes en train de nous y
adresser avec les instances appropriées. Mais les mesures qui doivent être
mises en place pour améliorer l'accès sont des mesures qui passent par
un autre chemin, mais qui doivent être appliquées dans un cadre spécifique, et
ce cadre spécifique là est celui que le
projet de loi n° 10 vise à mettre en place. Et le projet de loi
n° 10, dans sa définition ou sa finalité, n'est pas un projet de
loi qui vise à chambarder de A à Z le réseau de la santé, et je vais me citer
moi-même : C'est un projet de loi qui
vise à terminer l'intégration qui aurait dû être faite précédemment et qui n'a
pas pu être faite pour des raisons sociales. Et vous êtes
partie prenante de
ces raisons sociales là parce que, vous avez raison, c'est dans la continuité de la dernière réforme, qui a été
stoppée un peu à mi-chemin, je dirais, parce que socialement il y a eu un
certain niveau de contestation auquel votre organisation et d'autres ont
participé allègrement.
Et je
comprends aussi — et je ne
le critique pas, Mme Chabot, je ne fais qu'un constat — et j'irais même plus loin : les
contestations qui ont eu lieu dans le passé ont eu lieu sur la base
d'interprétations, comme, aujourd'hui, les commentaires
qui sont faits se font aussi sur la base d'interprétations. Depuis hier — et précédemment, mais particulièrement
depuis hier — bien des gens... et il y en aura d'autres
aujourd'hui dans la journée, là, qui sont présents derrière vous... les gens viendront nous dire que c'est un projet
qui favorise la privatisation. Il n'y a rien là-dedans, là, qui vient favoriser
la privatisation. On met en place une
structure qui fait en sorte qu'avec les autres mesures, un, on améliorera
l'accès, et deux, on améliorera tout
ce qui se passe après l'accès. Après l'accès, là, il y a la fluidité, il y a
l'intégration des soins et services
sociaux, verticalement et horizontalement. Et, quand on parle de vouloir
améliorer la quantité, la qualité — mais surtout la qualité — bien, à un moment donné, il faut avoir une structure
d'organisation qui puisse permettre de développer une culture dans cette
culture-là, des éléments forts que sont... entre autres, la qualité.
Et, quand
j'écoute votre intervention... Elle m'intéresse, votre intervention, parce qu'à
aucun moment Mme Chabot, ni vous ni
vos prédécesseurs n'ont remis en question l'intégration qui s'est faite dans
les CSSS et les RLS, à aucun moment. Pourtant,
là, cette réforme-là, là, quand elle a été commencée, en 2003‑2004, elle a été
décriée avec les mêmes termes. Aujourd'hui,
on est rendus à un moment où vous ne le contestez pas, vous ne demandez pas de
revenir à avant la dernière réforme. Vous pouvez critiquer, avec
justesse, qu'il y a eu des achoppements dans la dernière réforme, mais vous ne
remettez pas en cause ce qui a été fait précédemment.
Ce qui
signifie, conséquemment, s'il y a une logique là-dedans, que, si on vient, par
le projet de loi n° 10, mettre en place une structure qui vient
intégrer ce qui est déjà intégré, donc faire les pas qui nous manquaient en
termes d'intégration, techniquement, là, ça
devrait être bon pour la société. Et, si on arrive à faire en sorte qu'on
puisse arrimer correctement tout ce qui est communautaire, réadaptation,
santé mentale, soins à domicile, et ainsi de suite, bien là peut-être qu'on aura réussi à faire quelque chose
de bien pour la société, et imaginez-vous que c'est essentiellement ce que l'on veut faire. Alors, moi, je vais vous
poser la question dans un instant, après avoir terminé mon introduction :
Où est ce problème-là puisqu'on a déjà fait une
partie puis vous ne
voulez pas la défaire?
Quant à vos
commentaires et critiques, que je comprends, sur la centralisation et sur le
pouvoir du ministre, il n'y a rien,
là, d'écrit dans la... il n'y a rien, là, de clairement écrit qui dit qu'il y
aura une centralisation dans l'hôpital, par exemple, ou à Québec, de notre système de santé. Oui, il y
a un certain pouvoir... pas certain, là, mais qui est clairement significatif
dans les mains du ministre au démarrage,
mais je l'ai dit à tout le monde et je vous le redis à vous : Bien, ce
pouvoir-là est un pouvoir de démarrage, et la LSSSS sera réécrite, et la
façon de faire des nominations se fera d'une façon que vous considéreriez
probablement plus normale.
Alors, je
cite l'IGOPP, qui est venu ici... Je le sais que c'est quasiment un péché de
citer l'IGOPP, mais je vous rappellerai
que le gouvernement du Parti québécois, lorsqu'il était au pouvoir, pendant 18
mois, pour certains dossiers spécifiques d'envergure, faisait affaire avec
l'IGOPP. Alors, on peut être à gauche et faire affaire avec des gens qui ont
une compétence considérée probablement de
droite par vos organisations... et donner des conseils judicieux. L'IGOPP,
ici, dans cette Chambre, a dit qu'il était
tout à fait recevable pour un ministre, dans une réforme de cette ampleur-là,
d'avoir des pouvoirs accrus sur une base de démarrage.
Pour ce qui est de la centralisation des
décisions à Québec, je me suis exprimé largement là-dessus quant à la nécessité, dans une structure comme la nôtre,
d'avoir la possibilité, la capacité et la responsabilité, pour un ministère, de
donner des orientations. Les journaux sont
inondés d'articles, encore aujourd'hui, sur la sacro-sainte Suède en disant qu'en
Suède, en Suède, le ministre... pas le
ministre, mais le ministère est plus petit et il donne des orientations. C'est
ça qu'ils font : ils font des
lois, des règlements et des orientations, et l'exécution se fait sur le
terrain. C'est drôle, c'est essentiellement l'essence de notre propos,
mais, en général, ces propos-là sont, disons, modulés dans la communication.
Alors,
écoutez, moi, je comprends évidemment... et je suis content que vous veniez ici
nous faire part de vos craintes, c'est
tout à fait normal. Des craintes, il ne peut pas ne pas y en avoir, c'est
impossible. Les commissions parlementaires servent à améliorer le projet de loi et à répondre à vos inquiétudes, ce
que j'espère avoir fait. Maintenant, je vous pose la question : Vous ne remettez pas en question
toute l'intégration qui s'est faite dans la dernière réforme. Est-ce que je
peux raisonnablement conclure que vous êtes en faveur de ce qui a été fait
précédemment?
Mme Chabot
(Louise) : Bien, si j'ai
autant de temps pour vous répondre... Écoutez, la dernière réforme, on va
y revenir. Bien, premièrement, la
recommandation de notre mémoire, c'est de rejeter le projet de loi qui est
devant nous. Donc, vous pouvez faire
la déduction qu'effectivement rejeter le projet de loi, ça veut dire que le
projet de loi qui est devant nous ne mérite pas qu'on le mette de
l'avant pour répondre aux besoins de la population.
La dernière fois, en 2005, même projet de loi,
projet de loi n° 25, on s'est retrouvés à peu près dans la même situation à l'automne, projet de loi adopté sous
le bâillon en décembre, 15 décembre exactement. Est-ce qu'on vit avec, depuis? On vit surtout... Puis il y a des failles
dans ça, il y a des failles dans le système qu'on connaît aujourd'hui, puis
on pourrait les dénombrer, tant au plan des
services, puis tout ça. Mais ce qu'il faut se rappeler surtout, puis là je
vais... Marc-Yvan Côté, Jean Rochon,
Philippe Couillard, hein? C'est des réformes qui ont commencé en 1991, ils
avaient tous le même mantra : Mettre
l'usagère et l'usager au coeur du système. C'est ça, les motivations des
réformes. Quel bilan faisons-nous de ça? Est-ce que nous avons réussi?
Le modèle
qu'on vit actuellement, il est loin d'être parfait. Il n'est tellement pas
parfait que, depuis qu'il est là, on
fait tout pour l'améliorer. Mais la connaissance ou le milieu dans lequel notre
personnel exerce... Regardez tout ce qu'on
a pu faire depuis. Ah! il y a de l'essoufflement. Le personnel est fatigué. On
leur demande de plus en plus de la performance
dans le système comme on le connaît aujourd'hui et on travaille beaucoup pour
améliorer cette intégration-là qui a été imposée en 2005 par les
travailleuses et les travailleurs en place.
C'est pour ça
que, dans les solutions, on est convaincus qu'une intégration, ça ne passe pas
par une fusion puis par des
structures, mais par le personnel en place, en misant sur des équipes
multidisciplinaires. C'est ça, le sens de notre travail. Puis on y est arrivés dans certaines situations, hein? Qu'on
pense aux infirmières praticiennes spécialisées, qu'on pense aux infirmières de liaison, qu'on pense aux
groupes de médecine familiale, ce sont tous des moyens qu'on s'est
donnés. Mais quel bilan on fait de la réforme?
Vous nous
parlez de l'institut d'experts en gouvernance, mais, justement, une réforme qui
est là depuis 10 ans... Sur quoi on
s'appuie pour dire — je
relancerais la question — que le modèle qu'on connaît aujourd'hui ne répond plus, qu'il faut totalement le mettre à terre puis il
faut reconstruire quelque chose de neuf? Puis ça, c'est quelque chose qui a été
pensé entre... il n'y a pas longtemps, là,
depuis l'élection, puis qui devra se conclure en décembre. C'est assez
étonnant, là, que... C'est assez
étonnant de nous voir proposer une telle précipitation, un tel empressement. Quelle
est la motivation? Quelle est la
motivation, si le coeur de cette réforme-là est ce que vous dites : c'est
l'accès aux soins, c'est des services de plus grande qualité, c'est
quoi... pourquoi qu'on s'énerve?
Les personnes
qui sont derrière moi, M. le ministre, ce n'est pas les personnes qui vont
passer après nous, même s'il y en a.
Ça, c'est une délégation de la CSQ, des infirmières, des inhalothérapeutes, des
psychologues, des techniciens en
éducation spécialisée, de l'ensemble de nos syndicats, qui sont venus ce matin
faire un clin d'oeil à l'ensemble des députés.
Dans le fond, on avait une certaine posologie pour se calmer un peu le pompon,
puis, de prendre deux pilules par jour, c'est inoffensif, puis ça donne
une grande lucidité à l'exercice.
Mais ce qu'on
vous dit... Puis peut-être qu'on vous le dit de bon ton, mais on pense qu'on
est à côté, à côté de la track avec ce projet de loi là. Ce qui a été
mis en place en 2005, on travaille depuis à essayer de faire en sorte que ça réponde
à quelque chose d'humaniste et de populationnel, par toutes sortes de moyens.
Puis ce qu'on vous dit, M. le ministre, c'est : Travaillez, construisez
là-dessus, construisez sur ce qui existe. Ne voulez pas à tout prix entrer dans
l'histoire pour une autre réforme qui
s'intitulera la réforme Barrette et qui va mettre encore pendant des années...
et vous dites : Quand la poussière va retomber, là... pendant des
années : ça ne se calcule pas en mois, ça ne se calcule pas en semaines quand on parle de la mobilisation...
pendant des années, les gestionnaires, les travailleuses vont être mobilisés
sur une structure, à savoir : Comment
on doit organiser les soins? Quels seront les protocoles? Ça va être ça, la
mobilisation du réseau. Est-ce que c'est ça qu'on a besoin? C'est non,
M. le ministre.
Barrette : Mme Chabot, je suis content que vous le mettiez de cette façon-là. Je l'ai dit et je vais le
répéter au bénéfice de ceux qui vous
accompagnent, qui sont des gens du terrain : Les efforts qui ont été faits
jusqu'à aujourd'hui pour mettre en place les corridors, les protocoles
et les différentes formes d'intégration au niveau des CSSS, des RLS,
et ainsi de suite, demeurent. Ça demeure, je le répète. Il y a
des niveaux d'intégration qui ne se sont pas faits, ceux vers le haut.
Et je prends souvent mon propre hôpital comme exemple, qui est l'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont, pour le bénéfice de ceux qui nous écoutent, nous ne sommes pas
intégrés, à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, aux CSSS qui sont autour de
nous. Ce n'est pas normal.
Alors,
dans un CISSS, comme par exemple le CISSS de l'est de Montréal, ce qui est visé n'est pas de défaire le
mode de fonctionnement du CSSS
Lucille-Teasdale, mais de faire en sorte que la connexion de la première ligne
jusqu'à l'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont se fasse de façon optimale et horizontalement avec les
autres services qui sont d'ordre de réadaptation, sociaux, et ainsi de
suite. C'est ça qui est la finalité de l'affaire.
Alors,
c'est sûr que, si vous considérez, à la case départ, malgré ce que je vous dis,
que le projet de loi vise à défaire tout
ce qui a été fait, bien, vous avez raison, là, c'est la fin du monde qui s'en
vient. Mais ce n'est pas ça, ce n'est pas ça. Et, quand bien même l'opposition s'évertue à dire que c'est ça, ce n'est
pas ça. Par contre, l'intégration qui manque vers certaines ressources ou entre certaines ressources, certaines
missions, bien là il y a quelqu'un qui doit la faire parce qu'elle ne s'est pas
faite, et le projet de loi n° 10 vise à aller là.
Alors,
je vois mal comment cette réforme-là peut être vue et prédite comme étant ce
que vous mettez sur la table. Je comprends encore une fois vos
inquiétudes, mais ce n'est pas là qu'on veut aller. Au contraire, on veut aller
à un endroit où ce qui a été fait et bien
fait perdure, soit préservé, et qu'on préserve et garantisse certaines
missions. Je le répète, là. Il n'y a
pas un point de service qui va disparaître. Il n'y a pas une mission dans un
point de service qui va changer. Il n'y a pas une intégration qui a déjà
été faite qui va désintégrer, hein?
Mais
par contre, là, avec le projet de loi n° 10 tel qu'il est écrit, tous les
gens qui sont venus ici à date qui sont dans des secteurs d'activité
plus près du social et du communautaire, qui voient, par exemple, leur budget
s'évanouir lorsqu'il y a un déficit
hospitalier, bien, ils auront leur budget protégé. Et il y aura, dans les
orientations ministérielles, des
obligations qui seront amenées à ces organisations-là pour faire la coordination
appropriée entre ce qui est en haut et
ce qui n'est pas en haut, horizontalement et verticalement, ce qui manque
actuellement. Nous répondrons à la personne qui nous dit : Quand je
sors de l'hôpital puis que j'arrive au CLSC, je tombe dans un néant parce qu'il
n'y a aucune intégration, et nous répondrons
à la personne qui rentre dans le système et qui ne sait pas où aller après, où
elle devra aller. Ce n'est pas bon, ça?
Mme Chabot (Louise) : Vous avez le fardeau de nous le démontrer. Nous, on pense que ce que
vous mettez en place, ça n'arrivera
pas, parce que là il y aura un ministre de... Mes collègues syndicaux ont même
parlé... Il y aura peut-être un
hôpital à Québec. Il va y avoir un seul P.D.G. nommé par le ministre pour un
ensemble d'établissements, que vous appelez
maintenant points de service, parce que c'est ça qu'ils vont être, des simples
points de service d'une mégastructure qui,
dans certaines régions... je pourrais vous décrire des territoires qui ne sont
pas les pires, puis là on va demander à un seul homme à Québec et à une
seule personne dans des régions administratives de voir à la beauté de toute la
belle intégration que vous nous décrivez.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, Mme Chabot. Je dois
maintenant passer la parole à la collègue députée de Taillon pour la poursuite des échanges. Vous aurez l'occasion
d'étayer votre pensée à ce sujet. Mme la députée de Taillon...
Le Président (M.
Tanguay) : ...pour une période de 12 minutes. Pardon.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Mme Chabot, Mme Montour, M.
Demontigny, Mme Goulet et Mme Léger,
bienvenue. Je vais entrer tout de suite dans le vif du sujet pour qu'on utilise
au maximum chacune de nos minutes.
Première
démarche. Écoutez, moi, ce que j'entends le ministre... Je vais vous dire, vous
avez évoqué avec une très grande lucidité, là, la difficulté d'accès, et
vous n'êtes pas les premiers. Et ce qui me déçoit et ce qui m'inquiète beaucoup,
c'est que, quand ça revient dans la bouche du ministre, c'est comme un peu
banalisé, ce manque d'accès là. On ne
sent pas, là, que le ministre est conscient de ce que ça représente pour les citoyens, les gens qui sont dans
la salle, les gens qui nous écoutent,
ce manque d'accès là, et c'est... Je l'invite à prendre le téléphone puis à essayer de se trouver un rendez-vous dans une clinique médicale avec un médecin en
faisant accroire qu'il a une infection urinaire, par exemple, puis qu'il fasse le parcours du pèlerin qui est
demandé aux citoyens du Québec qui paient pour leur système de santé et qui y ont droit, et qui
font que les Québécois, quand ils ont... qu'est-ce qu'ils ont à faire
avant d'arriver ultimement à trouver un médecin et à avoir les soins,
c'est une vraie course à obstacles. Parfois, on tourne en rond. Il n'y a pas de
relais et il n'y a pas de fil d'arrivée dans bien des cas.
Alors,
c'est ça qu'il
faut que le ministre
prenne conscience, et c'est pour ça que, si on en était bien conscients,
ce serait ça, sa priorité, et non pas ce
qu'il propose dans le projet de loi
n° 10, qui devient, dans le fond, un faux prétexte. L'abolition
des agences est devenue un faux prétexte pour finalement faire vraiment des réaménagements
profonds.
vous avez évoqué tantôt que vous aviez des craintes. Le ministre a dit :
Il n'y aura pas un point de service qui va être changé. Il a énuméré, là, énormément de choses. Alors, moi,
j'entends bien ça. On va passer à des amendements éventuellement sur le projet de loi. Alors,
l'article 129 du projet de loi, qui dit : «Lorsqu'il juge que la fusion de
deux ou de plusieurs établissements permettrait d'assurer une meilleure
continuité [des] soins, le ministre peut» la faire, cette fusion-là... alors, je comprends qu'il va être
prêt à abolir, enlever cet article-là parce qu'il nous dit : Il n'y aura
pas un point de service qui va changer, il n'y aura pas une situation de
terrain qui va changer à ce niveau-là. Alors, moi, je pense qu'il y a plusieurs éléments, dans le contenu,
dans ce qu'on lit du projet de loi n° 10, qui nous inquiètent et qui nous
amènent à être tout à fait justifiés, comme vous l'avez fait, à se poser
les questions que vous vous posez.
Je vais vous poser une
question. Je vais laisser aussi la chance à mon collègue, et on a peu de
minutes. À la page 17 et à la page 18 de
votre mémoire, vous mettez en doute les économies de 220 millions qui sont
annoncées et vous considérez qu'il y
a des dépenses qui n'ont pas été dévoilées, là. Parce que là on parle juste
d'économies très grossières, mais on
n'a pas présenté les façons d'induire certains coûts avec une réforme de cette
envergure-là. Alors, vous parlez d'impacts
sur les mégastructures qui vont être plus difficiles à diriger — et non seulement plus difficiles, mais elles
vont être à distance — les coûts du nouveau modèle qui n'ont pas
été présentés et qui va superviser le personnel des futurs centres intégrés, les CISSS, donc j'aimerais vous
entendre sur ces enjeux-là. Parce que c'est sûr que, si on enlève l'argument
qu'on n'a pas d'accès puis qu'on n'a pas
d'économie, ça remet beaucoup de choses en question sur la pertinence du projet
de loi n° 10.
Mme Chabot
(Louise) : Je vous remercie.
Je vais laisser des collègues répondre à la question. Mais, d'entrée de jeu, c'est une occasion aussi pour nous de vous
inviter — parce
que vous serez appelés, à court terme, sur ce projet de loi là, à l'étudier — à réclamer finalement un BAPE sur la
question, qu'il y ait une étude d'impact, une analyse d'impact. C'est impensable d'adopter un projet de loi de
cette ampleur-là dans le temps qu'on vous demande. Ça fait qu'on va inviter
tous les parlementaires à le faire.
Vous avez
souligné quelques éléments de notre mémoire. On est inquiets aussi sur le
phénomène de la privatisation. Ce
n'est pas parce qu'on va trouver un
article précis, là, qui... Mais, depuis la
dernière réforme, vous savez qu'on a fait beaucoup de batailles,
particulièrement... vous avez parlé d'accès, là, particulièrement pour les
personnes en perte d'autonomie. La question
des partenariats public-privé au niveau des résidences pour les héberger, la
question des soins à domicile, je
pense qu'il n'y a pas des semaines ou des mois où on n'adresse pas ces
questions-là. Ça fait que ça, c'est des enjeux prioritaires pour notre réseau, puis c'est ça, le message qu'on
veut laisser. C'est là-dessus qu'il faut s'attaquer.
Je vais laisser Mme Goulet répondre à la
partie
que vous évoquez au niveau des coûts.
Mme Goulet
(Lise) : Alors, d'entrée de
jeu, on a déploré dans le mémoire de ne pas avoir entre les mains un budget
ni le détail financier du scénario. Donc,
les chiffres qu'on a vu circuler sont souvent partiels, ça cible souvent le
nombre de postes de cadre abolis. Par
contre, ce qu'on comprend, c'est que l'ensemble des responsabilités sont
maintenues. Elles sont soit
rapatriées au niveau central, à Québec... Le transfert des 35 systèmes
d'information, avec les mêmes
obligations de la part du ministre,
suppose qu'il y aura des gens pour
continuer ce travail-là. On maintient une structure régionale pour améliorer l'intégration des services au niveau
régional. Mais, quand on prend la région de la Mauricie—Centre-du-Québec, on parle d'à peu près 1 500 organisations qui offrent des services
de santé et services sociaux, c'est autant de partenaires à coordonner pour déployer une offre de service
adéquate. Ça va prendre des gens pour faire ce travail-là. Donc, si ce n'est
pas les réseaux locaux qu'on va abolir, il
va falloir qu'il y ait une équipe qui s'en occupe. Alors, on ne voit pas
l'abolition des postes de cadres
comme nécessairement une économie en termes... au niveau de la main-d'oeuvre.
C'est parce que ça va prendre des gens pour le faire fonctionner, le
système. On l'admet, c'est un système complexe, et ce n'est pas 1 300
postes de cadres qui va lui permettre de fonctionner et de faire des économies
annoncées.
Autre chose,
même si ce n'est pas l'objet du projet de loi, le financement à l'activité
qu'on sent venir va impliquer également
une nouvelle infrastructure informatique, des gens pour recueillir l'ensemble
des données cliniques informationnelles pour développer ce nouveau modèle de financement là. C'est autant de
ressources informatiques à mettre en place, autant de structures, de locaux, de... Écoutez, si
vraiment le projet est bien réfléchi et intègre tous ces éléments, pourquoi ne
pas les mettre au jeu complètement? Dans un contexte où on veut une
gouvernance responsable, bien, nous, on s'attend à voir des scénarios détaillés, des données probantes, et surtout un bilan
de ce que nous a rapporté la première vague de fusions puis qu'est-ce que nous coûtera la deuxième vague. Alors, je
pense que, dans une gouvernance responsable... Voilà.
Le Président (M. Tanguay) : Oui, M.
le député de Rosemont.
M. Lisée :
Merci. M. le Président, chers collègues.12169 Bon,
d'abord, bien, je suis très heureux de vous voir et, en certains cas, de vous revoir. Merci de votre...
Vous avez bien fait vos devoirs, à lire votre mémoire; même, vous avez vu ce qu'il manquait en termes d'éléments financiers
et autres pour donner une réponse encore plus éclairée de ce genre de
grand saut dans le vide, d'acte de foi que le ministre nous demande de faire
sur ses intentions.
Comme vous,
je suis très préoccupé par la mécanique favorable à la privatisation qu'on
retrouve dans le projet de loi, en
particulier cet
article qui va donner au ministre la capacité de décider, de
déléguer à une clinique médicale associée certains soins, et ce sera à lui de le décider, alors que, jusqu'à
maintenant, dans les régions, dans les CSSS, il y avait quand même une possibilité de freiner ça par la
représentation qui maintenant est abolie. Évidemment, c'est une régression sur
la représentation locale,
l'implication locale et évidemment la mobilisation. C'est une dévalorisation de
tout ce que les gens, localement, ont fait pour appuyer leurs
établissements.
À la page 20
de votre mémoire, vous parlez de la syndicalisation. Bon, vous savez, j'ai eu
l'occasion de vous le dire à
plusieurs reprises lorsque vous m'avez invité dans vos instances, moi, je suis
très favorable à un syndicalisme de propositions.
C'est normal que les syndicats revendiquent et défendent leurs membres, mais,
si on veut avoir un système public qui se défend bien, les organisations
de travailleuses et de travailleurs, essentiellement, doivent constamment proposer, de la base, des façons d'améliorer la
gestion, la productivité, l'efficacité et la qualité. Et je salue les propositions
que vous avez faites à cet égard.
Mais ici il y
a quelque chose qui est très sous-estimé de la part du public, certainement du
ministre et sûrement de la CAQ.
Lorsque vous dites que «l'expertise syndicale et les relations de confiance se
construisent au fil des années [et]
nous craignons que [l']importante réforme administrative vienne bouleverser les
dynamiques de travail», ce que vous expliquez, c'est que, lorsque des représentants
syndicaux ont des interlocuteurs locaux, des administrateurs locaux, ils
peuvent prévenir un certain nombre de conflits. Mais là, comme les unités
syndicales seront fusionnées et que les administrateurs
seront éloignés, vous dites : «Dans les faits, les directions risquent de
ne plus être disponibles pour rencontrer les [...] représentants
syndicaux. [...]nous craignons que [...] les espaces de dialogue entre la
direction et le personnel disparaissent ou deviennent inefficaces.» Pouvez-vous
m'expliquer en quoi ce serait générateur de conflits?
Montour (Claire) : Bien,
écoutez, si je peux me permettre, je vais reprendre cet élément-là. Quand on
regarde la structure dans nos
établissements de santé et le rôle et la place que les syndicats doivent
prendre... est nécessaire pour justement
se donner des conditions de travail qui nous permettent de régler des
situations, de faire preuve de créativité pour justement donner des conditions de travail à notre monde qui sont
intéressantes... Ils nous permettent plus que juste des conditions de travail, c'est aussi des conditions d'exercice de la profession qui améliorent la qualité des soins.
Quand on a du personnel mobilisé,
quand on a de la stabilité, quand on a du monde qui sont présents en quantité,
c'est la qualité des soins aussi
qu'on parle, ce n'est pas juste de dire : Je rentre à matin, je sors à
quelle heure? C'est plus large que ça.
Mais, quand
on est un syndicat qui actuellement, déjà... On ne reviendra pas sur la loi
n° 25, 30, les établissements de santé qui sont devenus des CSSS,
qui ont été agrandis. On s'est replacés là-dedans, et ce n'est pas terminé pour
le personnel. On veut plein de statistiques sur l'augmentation de l'épuisement
professionnel, le temps supplémentaire obligatoire,
le recours aux agences privées. C'est du quotidien dans nos milieux, il faut gérer
ça. Maintenant, on va retrouver un
directeur général dans des... exemple, sur 42 000 kilomètres carrés,
avec 1 000 établissements, sites, services, des gros hôpitaux, des
petits, bon, tout ça.
M. Lisée : Il n'aura même pas
le temps de répondre à votre appel, là.
Montour (Claire) : Comment
vous voulez... Et, syndicalement, on a un rôle à jouer, et c'est nécessaire
et c'est primordial. Et l'employeur, sur le
terrain, nous permet et donne... Il y a des conditions, il y a des CRT, des
comités de relations de travail, qui
nous permettent de jouer ce rôle-là. Comment on va faire quand il faudra
rencontrer le monde, solutionner les problèmes et donner de la force au
réseau de santé? Ça ne peut pas se faire dans le projet de loi n° 10.
M. Lisée : ...avec des
administrateurs locaux, la frustration va monter.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Je dois maintenant céder la parole au représentant du deuxième groupe d'opposition, le collègue
député de La Peltrie, pour une période de huit minutes.
Caire : Merci, M.
le Président. Bonjour à vous toutes
et monsieur. Mme Chabot, vous avez posé un certain nombre de questions. Puis je n'ai pas l'habitude faire des longs
préambules, étant donné les huit grandes minutes que nous avons à passer ensemble, mais je vais peut-être
faire une petite digression parce que vous avez dit : Quelle est l'urgence d'agir? Écoutez, 10 ans de réforme, un bilan du Commissaire à la santé qui nous dit : Le
système de santé ne fonctionne pas...
Il ne va pas bien, le système de santé, là, puis j'espère aujourd'hui que,
devant les caméras de l'Assemblée nationale, vous ne viendrez pas nous dire que ça va bien : Oui, il y a des
petits problèmes à corriger, mais ça va bien. J'espère que vous ne me direz pas ça parce que ce serait assez
spécial, assez spécial. Quand on pense qu'il y a des milliers de personnes
qui quittent les urgences du Québec sans
avoir vu un médecin parce qu'ils ont attendu trop longtemps, quand on pense
qu'il y a encore aujourd'hui des dizaines de
milliers de Québécois sur des listes d'attente, qui attendent depuis plus de
six mois, plus d'un an pour une
chirurgie — je
prends encore mon exemple — quand on pense qu'aujourd'hui il faut se battre, madame, il
faut se battre pour mettre son enfant sur une liste d'attente pour rencontrer
un pédopsychiatre puis qu'il y a deux ans
d'attente, il échoue, le système, là. Alors, quelle est l'urgence? Elle est là,
l'urgence : donner des soins aux Québécois, donner aux Québécois un
système de santé qui est à la hauteur de leurs aspirations.
Là où je vous
rejoins, c'est quand vous dites : Quel est le bilan de la dernière
réforme? Savez-vous c'est quoi, le problème? On ne peut pas le faire
parce qu'il n'y a pas d'indicateur de performance, il n'y a aucun indicateur de
performance. Et j'imagine que vous allez
être les premiers, au niveau du mouvement syndical, à dire : Aïe! Ça prend
de la compétition, ça prend de la
mesure de performance, il faut être capable de savoir où on s'en va. On a
déposé un projet de loi, madame, pour
savoir combien d'employés travaillent pour le gouvernement. Il n'y a pas une
entreprise privée au Québec qui peut
survivre avec une gestion comme celle-là. Je sais que vous n'aimez pas le mot
«privé», mais je vais quand même me permettre de le prononcer, là.
Dans le
réseau de la santé, là, du moment où vous êtes malade jusqu'à temps où vous
êtes guéri, là, ce qu'on appelle un
épisode de soins, on ne sait pas combien ça coûte. On ne sait pas combien ça
coûte, soigner un Québécois. Dans une entreprise
privée, là, c'est impossible. Il n'y a pas une entreprise privée qui peut
survivre sans avoir ses coûts d'opération, ses coûts de production. C'est impossible, impossible. Alors, on n'est pas
capables de le faire, le bilan, parce qu'on ne s'est jamais donné les outils pour le faire, le bilan : mesurer la
performance, mesurer la qualité, mesurer l'accessibilité.
Vous nous
dites : J'espère que ce projet de loi là n'ouvre pas la porte au privé.
Moi, je vais vous dire : Savez-vous quelle est la meilleure façon de fermer la porte au privé? Il y en a
une, à mon avis, c'est d'être plus efficace que le privé. Parce que, quand vous
appelez pour un examen à votre hôpital puis qu'on vous dit : L'attente est
de 12 à 18 mois — et ça,
là, je le vis personnellement,
régulièrement, régulièrement, 12 à 18 mois — puis là vous appelez à la clinique à
Val-Bélair puis on vous dit :
Pas de problème, venez-vous-en la semaine prochaine, qu'est-ce que vous pensez qu'on va faire? Qu'on va attendre 12 à 18 mois parce que
le méchant privé... il ne faut absolument pas se servir du méchant privé? J'ai entendu
des gens, qui pourtant
sont des défenseurs «all the way» du système public, me dire : Bien oui, j'irais au
privé. Vous voulez que le privé soit
exclu du réseau de la santé? Soyez plus efficaces que le privé. Soyez plus
efficaces que le privé. C'est, à mon
avis... Et, s'il vous plaît, n'insultez pas mon intelligence en me disant : Oui, mais c'est parce que
le privé monopolise des ressources
qu'on pourrait avoir dans le système public parce
que, je veux dire, sur 18 000 médecins, il y en a 260 qui pratiquent au privé. Si vous dites :
Rapatrions ces 260 médecins là puis on règle tous les problèmes
d'accessibilité, j'ai de la misère à vous suivre.
où j'avais... Peut-être trouverons-nous un terrain d'entente. Je pense que nous
avons une qualité de personnel soignant
extraordinaire dans le réseau de la santé. Ça, je le crois sincèrement. Quand
on est pris en charge, on est bien pris
en charge. Mais il y a un problème d'accessibilité qui est majeur, et ça, c'est
symptomatique d'un réseau qui est déficient dans ses opérations. Alors, pourquoi réformer le système? Parce qu'il
échoue. Pourquoi le réformer rapidement? Parce que les gens attendent, malgré des impôts colossaux, malgré des montants
colossaux qui sont investis dans ce réseau de la santé là... 44 % du budget, et c'est en augmentation constante, à
tel point qu'un jour il va falloir se demander où est-ce qu'on va arrêter. Vous, vous dites :
Continuons, ça en prend plus, plus de ressources, plus de ressources, plus
d'argent. Mais, à un moment donné, là, le gestionnaire responsable va
dire : On ne peut pas parce qu'il y a aussi un réseau de l'éducation, il y a aussi un ministère des
Transports, il y a aussi un ministère de la Sécurité publique, il y a aussi un
ministère de la Justice, hein? Il y a
d'autres missions dans l'État qui sont fondamentales et qui ont besoin de ces
sommes-là aussi, des deniers publics de l'État. Donc, il va falloir
qu'on fixe une limite.
on propose le statu quo comme vous le faites, comment peut-on rendre le système
plus efficace, et ce, dans un court laps de temps? Parce que les
Québécois attendent ce moment-là depuis au moins 10 ans.
Mme Chabot (Louise) : Eh! vraiment plein de choses.
Bien, on va commencer par une chose : nous, on ne démonisera pas le système de santé au Québec.
On a un bon système de santé au Québec en
général, on a... Toutes les statistiques que vous donnez toutefois sur les problèmes d'accès et les listes d'attente, vous allez
retrouver ça dans notre mémoire. Mais partir a priori que le système de santé québécois n'est pas bon... Mais vous avez dit : Il est
de qualité, là. Puis ce n'est pas un
affront à notre intelligence, on va se rejoindre, parce qu'il y a de la grande qualité puis on a fait des grands pas dans notre système de santé et des services sociaux. Puis, si on a fait des grands pas, bien, c'est parce qu'il y a du personnel puis qu'il y a
des besoins en soins puis on a voulu y répondre. Mais là on peine à y répondre.
savez-vous ce qui se passe... Puis la façon de garder un système de qualité,
bien, c'est de mieux, oui, le financer. Parce que la nature a horreur du vide. Si on crée effectivement... Parce
qu'on ne voit pas aux questions d'accessibilité de façon criante... Parce que c'est le problème de notre système de
santé, le problème d'accessibilité, ce n'est pas un problème de qualité.
Mais, si on n'y voit pas, la nature a horreur du vide, puis là on voit
apparaître des entreprises privées, des marchands — parce qu'il y a de l'argent à faire dans le
réseau de la santé, hein? — dire : Bien, on pourrait s'approprier ça. Nous, on pense que ce n'est pas là, la
solution. On peut la partager ou pas, parce qu'on sait aussi quelle solution
vous partagez.
Mais je vais terminer avec une chose. Je veux
laisser la parole à Mme Montour. L'urgence, on va être d'accord avec vous, c'est d'améliorer la qualité et la quantité
des soins, mais il n'y a pas d'urgence à adopter une réforme qui ne réglera rien des problèmes dont vous avez parlé.
C'est un projet de loi de structure et non pas un projet de loi pour améliorer
nos services de santé et les services
sociaux. Ça fait que vous devriez être d'accord avec nous de rejeter le projet
de loi et de s'attaquer aux vrais problèmes du système.
Mme Montour (Claire) : Bien, peut-être pour en rajouter, on en a entendu
parler tantôt, là, les corridors, les protocoles vont demeurer les points de service. Mais, écoutez, il faut se rappeler
que, depuis qu'il y a eu la dernière fusion qui était pour tous ces motifs-là qu'ils n'ont pas
rencontrés, parce que les problèmes sont toujours présents... Donc, il faut
corriger l'accessibilité. Il faut se
dire que, si ce projet de loi là, malgré toute l'opposition puis qu'on demande
le retrait, s'il fallait fusionner
tout ça, il faut tout recommencer les protocoles, préserver nos missions. Parce
que les protocoles, à l'époque, là, on
a commencé à les voir dans nos établissements par rapport à des missions, type
d'établissement, type de service qui est donné, les services sociaux,
les soins de santé.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Ceci met fin donc à l'échange
avec les parlementaires. Nous vous remercions, les représentantes,
représentants de la Centrale des syndicats du Québec.
J'invite
maintenant les représentants de la Confédération
des syndicats nationaux à prendre
place et je suspends momentanément nos travaux.
(Suspension de la séance à
12 h 25)
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons poursuivre
nos travaux.
Président (M. Tanguay) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Merci
beaucoup. Nous allons poursuivre nos
travaux.
Nous accueillons maintenant les représentants,
représentantes de la Confédération des syndicats nationaux. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Dans un
premier temps, pour les fins d'enregistrement, nous vous demandons de bien
vouloir vous
identifier. Par la suite, vous disposerez d'une période de 10 minutes de
présentation. S'ensuivra un échange avec les parlementaires. Alors, la
parole est à vous.
M. Lacharité (Jean) : Merci, M. le Président. Alors, M.
le ministre, MM., Mmes les parlementaires, merci de nous accueillir
ici. Je vais vous présenter les gens qui m'accompagnent. Alors, à ma droite,
Jean Dalcé, qui est économiste et
salarié aux relations du travail de la CSN au Service des relations du travail;
Michel Tremblay, qui est président de la Fédération des
professionnèles, affiliée à la CSN; Guy Laurion, qui est vice-président de la Fédération de la santé et des services sociaux,
affiliée à la CSN; et Me Anne Pineau, qui est adjointe au comité exécutif de la
CSN. Merci de nous accueillir.
M. le ministre, je vais vous étonner. En commençant, je vais vous dire un certain
point de convergence parce que
je viens de vous entendre pendant la
présentation de la CSQ. Je suis d'accord avec vous que votre projet de loi est en parfaite continuité
avec le projet de loi de M. Couillard, 2004, il y a
10 ans. C'est, je pense, la phase finale de ce qui avait été entrepris
par la réforme Couillard.
suis aussi d'accord avec vous quand vous dites que ce projet de loi nous est soumis dans un contexte d'austérité budgétaire
et de compressions budgétaires dont on voit les effets, je vous dirais, plutôt
catastrophiques parce que c'est à coups
de dizaines de millions dans les CSSS actuellement, et ces compressions budgétaires
ne s'attaquent pas à la bureaucratie, s'attaquent directement aux
services à la population. On en voit les effets déjà. Et on sait qu'on vise l'équilibre
budgétaire 2015‑2016 et qu'on veut récupérer, dans l'ensemble, 3,2 milliards
dans la révision des programmes, dont 2 milliards additionnels dans le
réseau de la santé et des services sociaux. Et ce n'est pas vrai que c'est en
s'attaquant uniquement aux structures administratives ou bureaucratiques qu'on va
pouvoir atteindre ce 2 milliards là. Donc, on est convaincus que votre projet de loi va vous
permettre d'appliquer des compressions budgétaires qui vont affecter les
services à la population.
suis aussi d'accord avec vous quand vous dites que, comme organisation
syndicale, la CSN, on a été fortement critiques
de la réforme Couillard il y a 10 ans. Puis on a été fortement critiques parce
qu'on mettait en doute ce que visait la
réforme Couillard, qui sont exactement les mêmes objectifs que vous visez dans
votre projet de loi, dans l'énoncé à l'article 1. Quand vous dites que
vous visez à «favoriser et à simplifier l'accès aux services [pour] la
population, [à] contribuer à l'amélioration
de la qualité et de la sécurité des soins et [à] accroître l'efficience et
l'efficacité de ce réseau», c'est ce que M. Couillard nous disait alors
qu'il était ministre de la Santé et des Services sociaux.
Force
est de constater que, 10 ans plus tard, aucun résultat provenant de ce côté-là,
du côté de ces objectifs-là, rien n'a
été réglé au niveau des services de première ligne, rien n'est réglé au niveau
des soins à domicile. Les missions sociales
sont plutôt des parents pauvres du système de santé et de services sociaux, les
soins aux aînés sont les parents pauvres.
On a même commencé une privatisation avec le CHSLD en PPP, Saint-Lambert, qui
est une catastrophe, à notre avis :
un taux de roulement de personnel de plus de 100 % en un an, des
conditions de travail déplorables, parce que le propriétaire nous dit qu'il a signé un contrat avec le gouvernement qui
ne lui permet pas d'améliorer les conditions de travail, et ce qui entraîne effectivement ces conditions de travail
aussi précaires et aussi indécentes, ce taux de roulement, et qui brise
la qualité des services aux personnes aînées qui y habitent.
Alors, bref, rien n'a
été réglé. Et là vous nous proposez la phase finale qui va nous amener dans ce
qu'on a appelé, nous — je vais utiliser les mêmes termes ici qu'on
a utilisés dans les médias — dans des structures mammouth, du
jamais-vu, des unités administratives qui vont regrouper 28 000,
30 000 salariés sans compter les cadres. Et on est convaincus d'une chose, c'est que ça va accroître le taux d'encadrement
nécessaire dans le réseau pour assurer la gestion de ces structures-là.
D'ailleurs, c'est un
autre objectif visé par la réforme de M. Couillard, pour qui j'ai beaucoup de
respect par ailleurs tout comme pour vous,
M. le ministre, mais on se doit d'être critique dans la société quand on a des
convictions. M. Couillard nous disait
que ça diminuerait le taux d'encadrement, alors il a augmenté de 30 % dans
les 10 dernières années. Et nous, on
pense que vous allez aggraver le problème. Tout en continuant à négliger... ou
ce que ça aura comme effet, c'est de
négliger les carences qu'on vit dans le système. Et là je tiens à dire une
chose ici : On a un bon système de santé au Québec, une fois qu'on est
dedans. Le problème, il est au niveau de l'accessibilité. Le problème est au
niveau des services de première
ligne, je l'ai mentionné. Le problème est au niveau des missions sociales. Et,
quand vous regroupez sous un même
chapeau administratif l'ensemble des missions — l'urgence, l'hôpital, CHSLD, CLSC, centres jeunesse,
centres de réadaptation en déficience
physique, centres de réadaptation en déficience intellectuelle, et j'en oublie
sûrement — moi,
j'ai bien l'impression que, malgré votre
article
55 du projet de loi n° 10 — parce que je parle bien du projet de loi n° 10, ici,
hein, je suis
partie de l'objet de votre projet de loi, je sais que
vous avez fait des reproches à d'autres groupes qui ne parlaient pas du projet
de loi — quand
vous regroupez tout ça sous un même chapeau administratif, bien, moi, j'ai l'impression qu'on va vivre l'hospitalocentrisme
encore plus fortement, que non seulement on ne réglera pas les problèmes, mais qu'on va les aggraver, parce que, veux veux
pas, et c'est humain de faire ça, on va mettre l'argent là où ça saigne,
et j'ai... Notre crainte, c'est que les
missions sociales soient complètement noyées, soient complètement dénaturées,
et là on va s'entraîner des coûts
sociaux absolument astronomiques pour l'avenir, parce que, quand on
laisse des jeunes qui ont des
problèmes, qui ont des difficultés, puis qu'on ne traite pas ces
difficultés-là, les difficultés s'aggravent et là les coûts sociaux augmentent. Quand on laisse des personnes
en déficience intellectuelle sans être traitées adéquatement ou sans avoir d'accès à des traitements, ou à des soins,
ou à des services, on aggrave le problème. Déjà qu'un autre parent pauvre
du système, c'est la santé mentale, au
Québec, on le sait, c'est bien documenté, ça, alors, on pense que votre projet de loi, qui ne s'attaque qu'à des structures, ne règle en rien
l'ensemble des problèmes que l'on vit.
C'est
vrai qu'il y a une croissance des coûts très importante dans le
système, on ne nie pas ça, mais vous ne vous attaquez pas aux bonnes
causes. Je n'en nomme que deux : les médicaments et la croissance
vertigineuse, dans les dernières années, de
la rémunération des médecins. Je sais que vous êtes un tenant de la
rémunération à l'acte. Nous, on pense
que le meilleur système, ça peut être un système mixte par exemple. Et nous, on pense qu'il y a des obligations qui devraient être données aux médecins en termes de rendement, en termes de performance, et ce que le système de rémunération
à l'acte ne favorise pas en termes de nombre de patients à traiter, en termes
de...
Alors, écoutez,
nous, on pense que vous faites fausse route, et ça, sans compter un des effets
de votre projet de loi, qui
est une attaque en droite ligne à la démocratie participative dans le système.
Bien, vous ne pouvez pas nier ça, M.
le ministre, là. Vous vous donnez tous les pouvoirs, vous
nommez tous les dirigeants des CISSS... En passant, je vais faire une petite blague ici : par chance que vous
n'avez pas appelé ça les centres régionaux, parce que ça aurait fait un drôle
d'acronyme que je ne prononcerai pas. Mais
vous vous donnez... vous allez devenir omnipotent du réseau, M. le ministre. Vous nommez tout le monde, vous déterminez leur rémunération, vous nommez
des gens qui sont éloignés des besoins de
la population, qui sont des gens, des experts en gouvernance, des experts en
ceci et en cela, mais qui n'ont pas nécessairement l'expertise des besoins de la population. Et
votre projet de loi, au lieu de placer la personne au centre, au
coeur du réseau de la santé et des services sociaux — on
est loin de ça, là — il
ne s'attaque qu'à des structures administratives, à des structures
mammouth, qui, à notre avis, vont être ingérables.
Nous, on pense qu'il y a des choses à améliorer
dans le système. Je vous donne un exemple : on est tout à fait disposés à discuter d'organisation du travail dans
le réseau, mais on ne peut pas discuter d'organisation du travail uniquement
de façon macro et dans des structures
administratives aussi lourdes. Il faut que ça se discute établissement par établissement aussi. On peut le faire de façon macro, mais il
faut que ça ait des effets sur le terrain, et, pour en discuter, j'ai des
collègues ici qui sont des experts là-dedans, qui pourront revenir
là-dessus.
Vos pouvoirs,
M. le ministre, vous allouez les budgets... Et je vous ai bien écouté. La
journée que vous avez déposé votre
projet de loi, vous avez fait un point de presse en après-midi. Vous avez été
assez clair, vous avez dit : Je vais prendre les orientations, je vais prendre les décisions et
les gestionnaires sur le terrain vont exécuter. J'espère ne pas trop trahir
ce que vous avez dit, pas du tout. Donc, les
gens, dans les CISSS, au niveau des gestionnaires, vont devenir des exécutants.
Et vous avez même ajouté une menace à peine
voilée : Ceux qui n'entreront pas dans le rang, ils iront travailler
ailleurs. C'est assez dur, ça, comme
prise de position, et, en matière de dialogue social, mettons qu'on est plus
dans le monologue quand on met de l'avant des propos comme ceux-là.
Alors, M. le
ministre — puis
j'aurais bien d'autres choses à dire, mais on pourra ajouter dans les
échanges — on
vous demande simplement de retirer le projet
de loi parce que, ça a été dit par d'autres, il n'y a aucune consultation des
acteurs du réseau. Je me souviens que vous
m'avez déjà dit personnellement ne pas consulter — ça va être trop long, il faut agir
rapidement — mais
on pense que votre projet de
loi sur la table actuellement ne permettra pas de
régler les problèmes qui sont criants dans
le réseau en matière d'accessibilité et de première ligne, de mission sociale,
de soins pour les personnes aînées.
Et je me pose une question : Que va-t-il advenir de la santé publique, de
tout le volet prévention? Parce qu'en
abolissant les agences... Vous savez très bien que les DSP sont liés directement
aux agences. Bon, ils vont se
retrouver dans la structure mammouth, mais... Et déjà qu'on a entendu que vous
vouliez imposer des compressions de 30 % au secteur de la santé
publique.
Et je vais
terminer par une autre question sur vos pouvoirs. À l'article 59, alinéa
12° : «Le ministre est responsable de soutenir les établissements
dans l'organisation des services — ça, ça va — et d'intervenir auprès
de ceux-ci pour favoriser la conclusion
d'ententes de services visant à répondre aux besoins de la population...» Vous
avez dit aux différents intervenants
que nulle
part il n'était question de privatisation dans votre projet de loi,
mais des ententes de services avec qui, M. le ministre?
Le Président (M. Tanguay) : En
conclusion, M. Lacharité.
M. Lacharité (Jean) : Je termine
là-dessus.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Pour que ce soit un dialogue,
vous aviez droit à 10 minutes, vous en avez pris 14. Le ministre m'a demandé de vous les accorder, les
quatre minutes additionnelles. Alors, le ministre aura l'occasion de
discuter avec vous pour 12 minutes, passant de 16 à 12.
Avant de céder la parole au ministre, j'aimerais
demander aux collègues le consentement pour qu'on puisse poursuivre nos débats au-delà de l'heure prévue,
soit 13 h 15. Consentement? Consentement. Alors, M. le ministre, la
parole est à vous.
Barrette : Merci, M. le Président. Je regrette quasiment de vous avoir
laissé mon temps, pas parce que ce n'était pas intéressant, c'est parce que là je pensais en avoir quatre de plus,
mais j'ai réalisé que j'ai perdu trois minutes à cause de ma collègue de Gouin qui est apparue puis c'est
bien correct. J'ai fait un mauvais calcul et je me suis trompé moi-même
dans mon échelle.
Alors, M.
Lacharité, M. Tremblay, M. Dalcé, M. Laurion et Mme Pineau, bienvenue. Je vous
remercie de votre style de
présentation et de votre précision dans votre présentation. Vous avez fait une
présentation à propos du projet de loi
n° 10, je vous remercie beaucoup. J'apprécie et je ne commenterai pas les
parties prédictives, négatives que tout le monde a, là, je n'irai pas sur ce qui va obligatoirement aller mal selon les
interprétations que vous pouvez faire, mais je vais aller sur les points
où on peut dialoguer, et on va parler... on va commencer par le dialogue
social.
Regardez, M. Lacharité, moi,
personnellement, là, quand vous me reprochez d'avoir des pouvoirs trop grands
en termes d'orientations puis
d'exécutants, voyez-le dans l'autre sens, dans le sens suivant : le
dialogue social est le dialogue qui
va exiger du ministre, moi ou un autre, de donner les bonnes orientations. C'est à ça que ça sert. Quand le projet de loi
n° 10 va être mis en place, là,
le dialogue social n'arrête pas, les pressions n'arrêtent pas. Les orientations
ministérielles doivent être composées
d'un certain nombre de choses, dont des choses qui sont standard pour ce qui
est de la pratique médicale, la
partie médicale comme telle, des standards de pratique, des évaluations de
qualité de l'acte, et ainsi de suite, mais
il y a des orientations sociales et aussi thérapeutiques, là, tel traitement,
à qui on va donner accès, là... pour lequel on va donner accès à la population ou non, et ainsi de suite. Ces orientations-là
sont le fruit d'un dialogue social et doivent l'être. Maintenant, à
partir du moment où il y a ce dialogue social là, libre à l'administration du
CISSS de trouver la meilleure manière
possible de livrer cette marchandise-là. Je ne vois pas ce qui est malsain
là-dedans, là. Et, si on peut échanger sur chacun des thèmes, je vais
aborder les autres thèmes.
trouvez-vous pas que le dialogue social doit passer par ce chemin-là? Vous
reprochez le fait que les gens sur le terrain
soient des exécutants. Moi, je pense qu'on ne peut pas reprocher ça. Ce n'est
pas une question d'être exécutant, c'est
qu'en quelque part, si le gouvernement ne donne pas
d'orientations qui sont le résultat d'un dialogue social, il sert à quoi, le gouvernement? À ce
moment-là, ce que l'on créerait, si
on enlève le palier gouvernemental, on créerait 20, 10, 15, 18 gouvernements régionaux. On peut faire ça.
C'est juste que le Québec, je ne pense pas qu'il y ait une structure
sociale et administrative pour réussir ça. Personnellement, c'est ce que
je pense.
Vous
me reprochez, dans une certaine mesure, d'avoir été dur pour ce qui est de
l'imputabilité. Bien, moi, je pense
qu'il en faut, de l'imputabilité, là, parce que
l'imputabilité... Moi, je ne sais pas comment vous voyez le
réseau de la santé, là. Moi, je le
vois de la... J'ai toujours essayé, dans ma pratique, dans ma vie, de le voir
du côté du patient. C'est sûr que je le vois aussi du côté du médecin, des infirmières, et ainsi de suite, là,
mais, du côté du patient, là, actuellement, est-ce que ça fonctionne idéalement? Évidemment, la réponse, c'est non. Et est-ce que ça pourrait
mieux fonctionner? Oui. Et, dans un
cadre où on donne des orientations et où on s'attend à des résultats, n'est-il
pas normal de voir un principe d'imputabilité
s'appliquer? Et l'imputabilité, dans le merveilleux monde de la gestion, ça peut être une félicitation
à la fin, là, puis ça peut être un
bonus à la fin, mais, quand ce n'est pas bon, on fait quoi, là? On dit :
Continue ton excellent travail, puis on se reverra l'année prochaine? Mais, à un moment donné, il faut
bien agir et moi, je pense que, dans le réseau, on a longtemps pas agi. C'est comme ça que je vois la chose. Et
ça, ça devrait me permettre de compléter mon commentaire sur les pouvoirs
du ministre. Je l'ai dit à plusieurs reprises — je vois que vous avez entendu
ce que j'ai dit, là, depuis le début : C'est temporaire et, à un moment
donné, ça va revenir à ce que c'est.
Vous
avez parlé des causes qui sont les problèmes du système que sont le médicament et les médecins, tant par leur rémunération que par les obligations. J'ai
dit à plusieurs reprises, vous l'avez entendu tantôt : les médecins,
l'accès, c'est une autre affaire qui va se régler d'une autre
manière, mais les principes sur lesquels vous sous-tendez votre critique
sont corrects. Je n'ai pas de problème avec ça, sauf sur un point. Je vais vous annoncer quelque
chose que vous ne savez probablement pas, d'ailleurs, il y a bien du monde qui ne le
sait pas, et particulièrement toute la famille Contandriopoulos ne le sait pas, là, parce que ce n'est pas des chiffres, là, mais la rémunération
mixte — M.
Lacharité a fait la démonstration, là,
c'est dans les chiffres, là, c'est démontré, un plus un égal deux, là, c'est
dans les chiffres gouvernementaux, là — la rémunération
mixte est un mode de rémunération qui diminue la production. C'est comme ça sur
la planète entière, alors qu'au
moment où l'accès est un problème aussi de productivité pure on propose, tout
le monde propose la rémunération mixte.
Ça ne marche pas, ça a été essayé partout, on l'a essayé, nous autres. Chez
nous, au Québec, la rémunération mixte a baissé la production de
30 %, 30 %, à un point tel que, si j'avais continué ma carrière
précédente, je l'aurais abolie, M.
Lacharité. La rémunération à l'acte a le bénéfice de la productivité, a le
désavantage, si les choses ne sont pas libellées correctement, d'entraîner certaines dérives. Les dérives, bien, elles
doivent être contrôlées. Ça se contrôle, personne ne les a jamais
contrôlées, on va les contrôler.
Quand
vous nous dites qu'il n'y a pas de résultat probant dans la dernière réforme... Puis je suis content qu'au moins on ait un dialogue, là, qui soit clair, net
et précis, là. Oui, on s'entend, là, c'est effectivement la continuation
de et la finalisation de. C'est vrai,
là, je vous l'accorde, et je l'ai dit à plusieurs reprises qu'il y a
des choses qui n'ont pas fonctionné idéalement,
mais on va... On a vu où les choses avaient accroché d'une part, et je ne pense
pas qu'on puisse dire que ce qui
s'est fait dans la dernière réforme ait été totalement négatif, là. Il y a
des choses qui ont été positives. Il
y a des choses qui étaient visées qui ne se sont pas réalisées,
puis on sait essentiellement où ça a bloqué, et c'est pour ça que, dans le
projet de loi, il y a un certain nombre de provisions, là, dont des pouvoirs,
pour empêcher que ça se reproduise.
Moi,
je ne peux pas conclure comme vous le concluez que la dernière réforme a été à
ce point-là négative. Je vois le
contraire, là. Il y a eu des choses positives sur le terrain. Notre gouvernement, en soins à domicile, a fait beaucoup. Est-ce
c'est suffisant? Bien, écoutez, c'est le défi de la prochaine décade. On
s'entend là-dessus. Est-ce
qu'on doit s'y adresser? La réponse, c'est oui. Mais c'est sûr que le projet de loi n° 10, là, ce n'est pas ça qui
va le régler, c'est un projet de loi de structures. Ça va se régler par des orientations ministérielles par
exemple, puis ça va se régler quand ces budgets-là seront protégés et
seront dirigés de façon correcte vers ces services-là. On s'entend, là,
là-dessus, là.
Mais moi, je vous
rejoins sur un paquet d'éléments. Il en faut un, dialogue, là, je suis d'accord
avec vous.
Barrette : Pardon? Non, non,
je suis d'accord avec vous, mais pas sur tout, là, attendez, là.
Vous non plus, vous n'êtes pas d'accord
avec moi sur tout, là. Mais, si c'est le cas, attendez, on va faire la nouvelle
pas mal ce soir. Mais, en quelque part, là, nous, on pense qu'il faut avoir une approche un peu différente de
ce que l'on a eu à date pour avoir des résultats. Ça vous rassure-tu?
Lacharité (Jean) : Brièvement,
parce que je vais laisser la parole à mes collègues
sur d'autres éléments, mais on est d'accord
sur la question de... D'abord, que vous donniez des orientations, ça, c'est le rôle du ministre, mais que vous vous ingériez dans de la microgestion, ça, ce n'est pas le rôle du ministre, et moi, je crains que votre projet
de loi vous permette ça. Et il faut
laisser l'espace aux gestionnaires locaux, puis, dans la mesure où il y avait
des membres de la société civile qui pouvaient participer aux orientations
régionales et locales, c'était ça, l'idéal. Maintenant, ça, c'est complètement
aboli, là, par les nouveaux CSSS.
M. Barrette : Non, ce n'est pas aboli. Je vais vous arrêter, je
ne suis pas d'accord avec vous là-dessus. Moi, je l'ai présenté tout le long de la commission parlementaire comme étant une forme de régionalisation réelle.
Parce qu'il y a des orientations qui sont données, les
organisations ont la responsabilité de livrer une certaine marchandise. Je
comprends que le terme n'est pas
idéal, là... mais c'est quand même... il y a des livrables, là. Mais, pour ce
qui est de... Moi, là, ce n'est pas
un projet de loi qui vise la microgestion, c'est le contraire. Normalement, là,
c'est l'administration locale qui devrait être à la caméra à chaque fois
qu'il y a un drame, pas à l'Assemblée nationale. C'est bon pour la période de questions, ce n'est plus utile pour la société,
mais, quand... Parce qu'on ne peut pas faire abstraction de la possibilité que
l'ensemble de l'administration fonctionne mal, et là, à un moment donné, il
faut bien que le ministre ait la possibilité d'intervenir,
moi ou un autre, là. Si on constate que, dans un CISSS donné, là, ça boite,
mais ça boite beaucoup, là, vous venez
me voir, vous, là : Dr Barrette, là, ça va mal, là-bas, là, vous n'avez
pas mis les bons joueurs. Bien là, j'attends quoi, là? J'attends la prochaine réélection dans trois ans
ou je débarque, puis on fait une intervention? Il faut avoir ce pouvoir-là à
quelque part. Et j'irai même jusqu'à vous
prédire que ça va arriver, ce que je vous dis là, là. Vous allez débarquer à un
moment donné dans nos bureaux puis vous
allez dire : O.K., c'est bien beau, tout ça, là, mais il y a un bout qui
ne marche pas dans tel endroit, on a
averti les autorités de la place, puis il ne s'est rien passé. Il faut bien que
le ministre ait la capacité d'intervenir.
Lacharité (Jean) : M. le
ministre, quand vous nous dites, à l'article 130, que «le ministre peut [...]
prescrire des règles relatives à la structure organisationnelle de la
direction des établissements», ça va loin, ça. Ça va loin.
M. Barrette : Ça va loin?
M. Lacharité
(Jean) : Bon, ceci étant
dit, on est d'accord avec l'imputabilité, là. Ça, on ne s'opposera pas à ça.
Puis vous avez même une clause pénale, je ne me souviens plus...
Barrette : Si un hôpital universitaire refuse de jouer son rôle en termes
de corridor de services avec les autres hôpitaux, régionalement ou suprarégionalement... C'est sa job, là, puis
moi, je peux vous dire que, dans certains hôpitaux de ce calibre-là, il y en a qui ne veulent pas la
jouer, leur job... la jouer, leur... la prendre, leur responsabilité. Mais à un
moment donné il faut que quelqu'un mette les
points sur les i puis les barres sur les t. Comme j'ai deux t dans mon nom,
je suis habitué d'en mettre, des barres sur les t, là.
M. Lacharité (Jean) : Michel.
Tremblay (Michel) : Moi, je
voudrais revenir sur le dialogue social. Où on est sceptiques par rapport à
votre position sur le dialogue social
d'une part, c'est que, bien, jusqu'à maintenant, la forme de consultation que
vous avez faite, ce que vous avez fait
auprès des agences, faire signer des ententes de confidentialité avec les D.G.
quand vous donnez de l'information, nous, on pense que, pour faire un débat serein,
il aurait été correct de mettre sur la table l'ensemble des morceaux que vous avez dans votre sac sur la suite
des choses. Quand on prétend qu'il va arriver telle affaire, vous nous dites : Ce ne sera pas ça, ce qui s'en vient,
c'est autre chose. Est-ce qu'on pourrait faire un débat beaucoup
plus large, compte tenu de l'importance du dossier de la santé, des
services sociaux?
Répondre à un
élément... Hier, vous étiez surpris que les sages-femmes soient inquiètes,
alors qu'elles n'ont pas été entendues, elles n'ont pas été reçues, le
Regroupement des sages-femmes. Bien, je comprends que vous allez les rajouter
dans les C.A. C'est probablement un oubli de votre part, et on en prend note.
Sur le bilan...
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Par contre, désolé, je dois
céder la parole maintenant à la collègue députée de Taillon. Vous pourrez, dans l'échange avec elle, compléter.
C'est le rôle ingrat de la présidence de tenir le temps. Alors, Mme la
députée de Taillon, pour 9 min 30 s.
Mme Lamarre : Merci beaucoup, M. le
Président. M. Lacharité, vos collègues, M. Tremblay, M. Laurion, Mme Pineau, M. Dalcé, bienvenue. Alors, moi,
j'entends différentes choses, et ce que je comprends du ministre, c'est
qu'il revient souvent sur l'importance, pour lui, que lui donnera le projet de
loi n° 10 de déterminer des orientations. Mais je ne vois pas dans le système actuel ce qui l'empêche de les
donner, ces orientations-là. Il a toute la latitude pour les donner. Je pense qu'où on est vraiment
déficients et où notre système de santé public, on le rend vulnérable, c'est
dans les lacunes par rapport aux
mesures de résultats et aux mécanismes qu'on n'a pas mis en place pour valider
ces résultats-là.
Et je vais
citer le premier ministre actuel, M. Couillard, qui a fait la réforme en 2003,
mais qui a eu l'honnêteté de reconnaître, le 1er décembre 2011, dans une
conférence qu'il a donnée à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain... Il a dit : «Est-ce que c'est
vraiment une bonne chose que le ministre de la Santé soit le dirigeant ultime
du système de santé[...], ou [s']il ne
devrait pas, comme élu, être parmi ceux qui évaluent les résultats du système
et [également]
posent des questions par rapport aux objectifs que lui, comme homme ou femme
politique, aura déterminés?» Et je
pense que notre système de santé actuellement paie un lourd prix à ce qu'on
n'ait pas des mécanismes de résultats qui
soient vraiment garantis. Et la première étape à ça, ce n'est pas le projet de
loi n° 10, c'est un système d'information vraiment bien adapté où on peut savoir qu'on suit le patient et on...
l'information suit le patient, suit le citoyen, suit l'usager dans ses
différentes démarches en termes de service social et également en termes de
santé.
Alors, les
grandes orientations, là, je pense que tout le monde au Québec les a dites,
tous les gens qui sont passés ici, on
les connaît : c'est la première ligne, c'est les soins à domicile, c'est
le soutien aux plus démunis, c'est la prévention, c'est l'accompagnement des gens avec des
déficiences intellectuelles et physiques, et ça, on n'a pas besoin d'un projet
de loi pour ça. Mais les paramètres
de vérification, de validation, ça, on a besoin d'interventions là-dessus.
Alors, je pense qu'on est en train de
passer à côté, parce que les paramètres de contrôle que je vois, c'est plus le
contrôle des individus que la
partie de vérifier des résultats
thérapeutiques ou des résultats sociaux pour nos citoyens.
Moi,
j'aimerais vous donner le temps, M. Lacharité, de parler de votre
crainte parce que je l'ai déjà, moi, encerclé, de l'article 59, le
12° alinéa. J'aimerais ça, vous entendre développer cet aspect-là du projet de
loi n° 10.
M. Lacharité (Jean) : Bien, écoutez,
nous, on pense que c'est la porte ouverte à la privatisation. Si, avec les compressions budgétaires, on diminue le panier de
services dans le réseau public de santé et de services sociaux, s'il y a...
on diminue encore plus
l'accessibilité, ce qui est un problème, là, puis que les listes
d'attente augmentent, bien, la réponse, ce sera peut-être : Bien là, on va en donner un bout au secteur
privé pour répondre aux besoins de la population. Nous, c'est comme ça qu'on voit ça. On n'est pas tout
seuls à voir ça comme ça. J'ai très bien entendu la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec
venir dire ici que c'était merveilleux, ce projet de loi là, parce que ça
ouvrait la porte à la privatisation du
système et qu'enfin le système deviendrait beaucoup plus compétitif parce que
le privé y serait inclus, ce qui est totalement faux. Si c'était le cas,
là, le CHUM puis le CUSM, on ne vivrait pas les dépassements de coûts
astronomiques. C'est presque le triple de ce qui était prévu au départ.
Et là, si on
veut trouver de l'argent, là, moi, je pense... j'invite le gouvernement à
rapatrier ces deux centres-là dans le
réseau public pour les 35 années à
venir. Parce que, sur la base de ce qu'on a vécu dans les deux
dernières années où les coûts sont
passés de 2 point quelques milliards à 6 point quelques milliards, ne serait-ce
qu'au niveau de la construction avec des scandales qu'on a bien vus — dont un, quelqu'un qui est emprisonné à l'étranger, puis
qu'on n'est pas capable de rapatrier,
puis qui a même falsifié son curriculum vitae, ce qu'on a vu dans les
médias dernièrement — bien,
je vais vous dire que par ailleurs je suis content qu'il y ait une clause pénale, là, si on peut régler ces
cas-là, là. Moi, j'ai appelé ça — je
ne me souviens plus du numéro de la clause, là... vous prévoyez des amendes, là — la
clause Porter, pour ne pas le nommer. Je suis content que ce soit là,
mais, si c'est pour contrôler les individus parce que le ministre veut faire de
la microgestion puis qu'il y a
des gens qui disent : Non, ça ne répondra pas vraiment
aux besoins de la population dans telle région, dans telle localité ou
dans tel centre, bien, ça, ça ne va pas, effectivement.
Mais 59.12°, pour nous, ça ouvre toute la porte
à n'importe quoi. Et c'est vrai que, s'il y a beaucoup moins d'accessibilité dans le réseau, qu'on diminue le
panier de services, bien, on va se tourner vers le privé et l'article 59.12°
permet au ministre d'obliger les établissements ou les nouveaux CISSS à
conclure des ententes de service.
Lamarre : ...la parole à mon
collègue. Mais est-ce
que vous croyez quand même... Parce que, si on est dans une perspective
d'amélioration par rapport à ce qu'on a, que, si on avait des meilleurs
indicateurs de performance, on pourrait
améliorer quand même un peu la... donc, créer une compétition — mais
à l'intérieur du système public, ce n'est pas une
compétition mais une concurrence — avoir certains indicateurs qui
permettraient de dire : Bien, on peut faire mieux, ou même de donner de
temps en temps aussi une félicitation
à des gens qui travaillent bien puis qui performent bien, alors que, là, l'absence d'indicateurs fait
que tout le monde est mis dans le même panier et qu'on ne sait pas vraiment
qu'est-ce qui est le plus efficace et le plus efficient...
Lacharité (Jean) : On a des
indicateurs pour identifier des lacunes en matière de livraison ou de
dispensation de services, que ce soit
dans le réseau de la santé ou dans celui des services sociaux. Puis qu'on
puisse amener les correctifs nécessaires pour corriger ces lacunes-là,
parfait, on est loin d'être contre ça.
M. Lisée :
Merci, chère collègue. M. le Président, je suis content de vous voir et de vous
revoir. M. Lacharité, M. Tremblay, M.
Laurion, Mme Pineau, M. Dalcé, vous me connaissez, vous m'avez vu parfois, dans
vos instances, plaider pour, à la fois, bon, le respect des droits des
salariés que vous représentez, mais aussi vous inciter à être une force de proposition. Je pense que l'avenir du secteur
public et la défense du secteur public face aux intrusions du privé résident
dans la capacité des associations de travailleurs et de travailleuses de
proposer constamment des façons d'améliorer la qualité du service, sa performance, sa productivité, et c'est donc le
contraire de ce que le ministre nous propose, c'est-à-dire une réforme par le haut. Moi, je crois aux
réformes par le bas, et même les bons «managers» savent que 50 % des
innovations, même dans le secteur
privé, on les trouve chez les salariés qui ont une très bonne idée de la façon
dont le travail devrait être organisé
et... à la fois pour protéger la qualité de leur travail et la qualité des
services qu'ils donnent aux citoyens.
Et vous avez
raison de dire dans votre mémoire que cette réforme, celles qui l'ont précédée
provoquent un état perpétuel de
désorganisation. C'est ce qu'on nous annonce, là, pour les prochaines années,
un état perpétuel de désorganisation qui
fatigue et démobilise les travailleurs sur le terrain sans résoudre les
véritables problèmes. Et puis vous dites aussi très bien que tout ce débat que nous avons maintenant,
enfin, nous empêche de discuter des vraies affaires. Les vraies affaires,
c'est que, d'abord, cette réorganisation,
elle doit trouver 200 millions pour remettre au Conseil du trésor, et on
doute tous du fait qu'on va trouver
ces 200 millions, mais qu'il y a une commande supplémentaire de quelques
milliards où une
partie devra venir de la Santé, et vous notez déjà que les dernières coupes
annoncées en santé publique frappent la prévention des agressions sexuelles, la prévention des
traumatismes, la prévention des chutes à domicile, la prévention du jeu
pathologique, la sécurité alimentaire
des populations vulnérables, etc. C'est ce qui est en train de se passer sur le
terrain pendant qu'on discute de structures.
Maintenant,
j'aimerais vous entendre sur un aspect que vous soulevez, qui est celui du fait
que, malgré la volonté exprimée par
les gouvernements de protéger les budgets des services sociaux, de la
prévention et dont on sait qu'ils sont insuffisants
puis qu'il y a des listes d'attente, en quoi est-ce que la proposition du
ministre va rendre ce glissement des budgets de la prévention vers le
curatif plus grave que ce n'est le cas actuellement?
Lacharité (Jean) : Permettez,
M. le président, je vais céder mon droit de parole à M. Laurion puis à M.
Tremblay pour répondre aux questions.
Le Président (M. Tanguay) : Pour
malheureusement 20 secondes, qu'il reste.
M. Laurion (Guy) : 20 secondes?
Le Président (M. Tanguay) : Oui,
allez-y, s'il vous plaît.
M. Laurion
(Guy) : En 20 secondes, écoutez, je suis content de vous entendre dire
qu'il y a une démobilisation au
niveau du personnel; les statistiques, je veux dire, par rapport à la gestion
du personnel dans le réseau de la santé et services sociaux, sont
frappantes. Décembre 2013, le rapport en est sorti.
On parlait
tantôt aussi en même temps de consensus et on n'avait pas le temps de consulter
les intervenants du milieu. Je
rappellerai que le 16 juin dernier, on a tenu un grand rendez-vous national où
c'est que l'ensemble des composantes
du réseau, donc 425 participants autour d'une même table dans un même lieu
réunis, 22 organismes représentés au niveau du minisommet en
soirée, 100...
Le Président
(M. Tanguay) : Merci beaucoup, merci beaucoup. Vous pourrez...
l'occasion de compléter votre réponse. Je cède maintenant la parole au
député de La Peltrie pour 6 min 30 s.
Caire :
Je veux juste vous rassurer, il est comme ça avec nous autres aussi. En fait,
deux sujets que je veux aborder avec vous : la question de la
privatisation puis la question de la gouvernance.
Sur la
privatisation, je vous ferais un peu la même remarque que j'ai faite à vos
prédécesseurs. Quand vous avez, par
exemple — puis je
vais prendre un exemple bien concret — quand vous avez besoin d'une IRM puis qu'on
vous répond dans le système que c'est
des mois d'attente et qu'il n'y a pas de liste intégrée, donc, là, vous appelez
à chaque hôpital, là, pour essayer de
vous magasiner votre hôpital, puis qu'à toutes les fois on vous dit :
C'est des mois, et des mois, et des mois d'attente, puis qu'au privé on
vous dit : C'est deux jours, vous feriez quoi? Parce qu'on n'est pas épais
à temps plein, là. C'est 665 $ au privé
une IRM. Si j'ai le choix entre payer ça puis prendre ma carte d'assurance
maladie pour le même délai, je ne
suis pas fou, je vais prendre ma carte d'assurance maladie. Mais vous ne pensez
pas que les échecs successifs d'accessibilité... Parce que, je le redis,
notre réseau de la santé nous donne une qualité de soins exceptionnelle quand on est capables de voir un professionnel,
quand on est capables de le voir, parce que, si tu n'es pas capable de le
voir, ton médecin, il a beau être bien bon, il n'est pas bon pour toi, tu ne le
vois pas. On s'entend?
Donc, vous,
vous feriez quoi si votre enfant, votre femme avait besoin d'un examen puis
qu'on vous dit : Dans le réseau public, c'est 12 à 18 mois, au privé,
c'est la semaine prochaine. Vous feriez quoi?
M. Lacharité (Jean) : Je vais
laisser la parole à M. Tremblay.
Tremblay (Michel) : Bien, je
vais vous répondre en deux temps. Premièrement, ça existe déjà pour les
services de réadaptation physique
pour les cas de CSST et les cas de SAAQ. 90 % des cas actuels sont traités
dans le privé, et ça coûte au Québec
plus cher que dans toutes les autres provinces canadiennes réunies parce qu'on
fait affaire avec le privé. Oui, je suis d'accord avec vous, c'est... si
on essaie d'aller au public, on n'est pas capables d'y aller.
Donc, comment
est-ce qu'on peut rendre ce système efficace et efficient? On a parlé beaucoup,
dans ce lieu puis au cours des
dernières années, d'efficacité, efficience puis on a un texte de convention
collective où on met en place un comité
où on revoit des moyens d'améliorer la qualité et l'efficience des services,
l'organisation des services et la charge de travail, la satisfaction et la valorisation au travail, les questions
de nature professionnelle, la dispensation des services hors de l'établissement. Cette version-là est
signée par le Dr Bolduc, mais j'en ai des versions signées par tous les
ministres de la Santé. Et il n'y a
jamais eu de message clair du ministère pour dire : Est-ce que,
localement, on peut regarder, de façon
paritaire, la façon de revoir l'organisation du travail? Moi, je pense que la
réponse à votre question, elle passe par là.
Caire :
Bien, je détecte dans votre réponse qu'on s'entend sur une chose :
l'organisation échoue à être plus efficace.
Je veux juste donner quelques statistiques. Dans les 10 dernières années, le
budget de la santé a augmenté de 64 %.
C'est une moyenne d'augmentation entre 5 % et 7 % par année, ce qui
est pas mal plus que le PIB, que l'inflation, que tous les autres ministères, donc, des investissements massifs. Le
corps médical a augmenté : les omnipraticiens, un petit peu moins que 20 %, les spécialistes,
un peu plus que 20 %, donc beaucoup plus rapidement que la population et,
malgré ça, le Commissaire à la santé nous
dit : L'attente dans les urgences a augmenté, l'attente sur les listes
pour une chirurgie
a augmenté, donc l'accessibilité globalement a diminué, malgré un
investissement en ressources et humaines et financières sans précédent.
Alors,
on s'entend que ce n'est pas une question de sous, parce que tantôt vous
faisiez référence, si on coupe dans les
budgets... on n'a pas coupé dans les budgets au Québec, on a investi
massivement et on n'a pas de résultat au dixième du début du
commencement des ressources qu'on a mises dans le réseau.
là, moi, je veux bien qu'on fasse des comités, puis des commissions, puis des
grands rendez-vous nationaux, puis
des grandes réunions, là, mais M., Mme Tout-le-monde, qui est dans la salle
d'attente, là, puis qui s'en va... C'est 6 500, l'année passée, personnes qui ont quitté une salle d'urgence
sans avoir vu le médecin parce qu'ils avaient attendu trop longtemps. Eux autres, là, qui paient des
impôts puis qui en paient en
tabarouette, des impôts puis des taxes, là, ils s'en foutent des comités, là. Ce qu'ils veulent,
c'est voir un médecin. Or, comment on réorganise le réseau pour qu'on voie un médecin?
M. Lacharité (Jean) : Ce n'est pas parce que je ne suis pas capable de vous répondre, mais je
veux permettre aux personnes qui m'accompagnent de pouvoir répondre.
Alors, Michel en premier.
Caire :
Oui, oui, allez-y.
M. Tremblay (Michel) : Bien, je pense que ça revient au dialogue social.
Il faut que tous les intervenants du réseau s'assoient et regardent l'ensemble de la situation, ce qu'on a commencé
à faire avec l'AQESSS, et on se revoit en décembre. Et c'est dans ce sens-là que, quand on dit que le
bilan actuel de la dernière réforme... Nous, on constate... Il y a actuellement
des CSSS où il y a un hôpital et il y a des CSSS où il n'y a pas d'hôpital. Le
bilan qu'on fait est différent dans les deux
situations. Quand il n'y a pas d'hôpital, les services de prévention, les
services de soins à domicile sont davantage mis en place, les cours prénataux sont meilleurs que quand il y a un
hôpital parce que tout l'argent s'en va dans l'urgence. Pourquoi l'argent s'en va dans l'urgence? Vous
l'avez dit, tout le monde est obligé d'aller frapper à la porte de l'urgence
parce qu'il n'y a pas de coordination sur le
réseau pour se trouver un médecin traitant, pour se trouver un médecin qui
peut faire un suivi médical. La majorité des
interventions qui sont faites en urgence ne devraient jamais se retrouver en urgence. Donc, comment trouver une solution à ça?
Ce n'est pas dans 10 minutes aujourd'hui, mais est-ce qu'on peut trouver
une façon de s'asseoir et faire un dialogue social autour de la situation?
Caire : Écoutez, je ne veux pas être méchant, mais vous avez
plus de questions que de solutions. Puis, je suis d'accord avec vous, le projet de loi du ministre,
il est loin d'être parfait, là, puis il a besoin d'être amélioré. Notamment,
sur la gouvernance, vous dites : Le
ministre a trop de pouvoir. En même temps, il y a une reddition de comptes puis
je dois admettre que le ministre
répond quotidiennement à un paquet de questions sur un paquet de sujets.
Comment on fait pour donner au
ministre le pouvoir d'agir puis de faire avancer la réforme tout en s'assurant
que ça ne devient pas un nid à bonbons partisans, là?
Laurion (Guy) : Moi, là, je vais vous inviter. On va aller faire une
tournée, que ça soit en centre jeunesse, CHSLD, CRDI entre autres, on va aller voir les travailleurs,
travailleuses qui donnent, sur le terrain, les services, à savoir... puis leur dire : Écoutez, il n'y a pas de
compression dans le réseau, il y a bien de l'argent qui a été investi. Ce
réseau de la santé et services sociaux
là, là, sur les 20 dernières années, il n'y a pas eu une stabilisation, on a
toujours eu des réformes par-dessus
réformes et sans même — encore là, vous parlez d'indicateurs ou de constats — sans même arriver à un constat de ce
qu'on a mis en place, est-ce que c'est bon ou pas bon.
On parle
d'intégration sur des services, mettons, qui ne seraient pas inclus...
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup.
Laurion (Guy) : ...puis les CISSS, je veux dire, vont y répondre. Pour
quelle raison qu'à ce moment-là, dans ces
parties-là, on n'est pas en mesure, dans un premier temps, avec ce qu'on a
actuellement... Où c'est que ça ne fonctionne pas? Pourquoi qu'on n'est
pas capables de sortir des consensus, puis trouver les solutions? Le...
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Je dois maintenant céder la
parole... Ça tombe deux fois sur vous, vous
allez le prendre personnel, mais il ne faudrait pas. Je me dois, c'est mon
rôle, de céder maintenant la parole à notre collègue députée de Gouin
pour trois minutes.
David (Gouin) : Merci, M. le Président. Une fois n'est pas coutume, je
vais vous en donner, moi, des pistes de solution, que je n'ai pas
inventées, parce que ça fait des heures qu'on écoute des gens venir nous
parler, là. Il y a l'association médicale
des médecins qui nous a dit : Il faut éviter les «sur» :
surtraitement, surdiagnostic, surmédicalisation. Réorganiser la profession médicale, je pense que ça commence à être
important, là. On ne manque plus de médecins de famille, ce n'est pas normal qu'on ne puisse pas... qu'on ne soit pas
capables d'en voir. Des services de proximité, il va falloir se dire que
les GMF doivent être ouverts le jour, le soir, la fin de semaine, puis il
faudrait peut-être revaloriser l'action des
CLSC. Utilisation des infirmières praticiennes ou surspécialisées, plusieurs
nous l'ont dit. Développer le réseau des
services de maintien à domicile. Moi, je pense que les gens nous le disent, ce
qu'il faut faire; ce que je ne sais pas, c'est pourquoi on ne fait pas
ça et, plutôt que de faire ça, on s'attaque à une réforme de structure.
dans la minute qui va vous rester, il y a un point que vous n'avez pas abordé
dans votre mémoire, c'est celui des
conséquences du projet de loi n° 10 sur toute l'organisation syndicale et
tous les bouleversements que ça va apporter dans les prochains mois.
J'aimerais connaître votre opinion là-dessus.
Lacharité (Jean) : Bien, on
pense qu'au niveau des relations de travail ça va être invivable, parce que
rien de mieux que des relations de
proximité pour aborder des relations de travail qui... puis éviter des
conflits, et on pense que ça va
entraîner une judiciarisation des relations de travail. On est pas mal
convaincus de ça parce qu'imaginez-vous, là, dans une seule unité syndicale, pour 10 000, 12 000
salariés, là — parce que
ça va être par catégories, là, il y a quatre catégories dans le
réseau de la santé et des services sociaux — avec un patron qui n'est pas dans
l'établissement nécessairement, mais
qui est sous le chapeau de... administratif, je vais le dire comme ça, de
l'hôpital, si c'est un problème dans
un centre jeunesse, comment on va régler ça? Si c'est un problème dans un
centre de réadaptation, comment on va
régler ça? Avec un gestionnaire qui n'a probablement pas la connaissance du tout du milieu? Alors, ça va être des dépôts
de griefs par-dessus dépôts de griefs.
Et je vais vous dire, un comité de santé et
sécurité au travail, par exemple, pour 28 000 salariés, paritaire, comment ça va fonctionner? Comment on va pouvoir
faire avancer le dossier de la santé et sécurité au travail? Nous, on a d'énormes préoccupations à cet égard-là et on
pense qu'on va démobiliser les gens du réseau, qu'on va diminuer leur sentiment d'appartenance. Les salariés terrain,
là, on va diminuer leur sentiment d'appartenance, et une démobilisation puis une démotivation des gens du réseau, c'est
loin d'être ça qui va améliorer la qualité des services à la population. Et ce
n'est pas parce que les gens ne voudront pas rendre de bons services, c'est
parce qu'ils ne trouveront plus à qui s'adresser lorsqu'ils vont vivre
un problème dans le réseau. Ils ne trouveront pas le gestionnaire à qui
s'adresser, il va être beaucoup trop éloigné d'eux-mêmes, puis il ne comprendra peut-être
pas ce que les gens vivent, puis il ne comprendra peut-être pas le
problème de service, la lacune du service qui doit être donné aux citoyens.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, ceci met fin aux échanges avec les parlementaires. Nous
remercions les représentants de la Confédération des syndicats nationaux.
Compte tenu de l'heure, je suspends les travaux
de la commission jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 16)
Présidente (Mme Montpetit) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires. Nous allons poursuivre les consultations particulières et audiences publiques sur le projet de loi n° 10, Loi
modifiant l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des
services sociaux notamment par l'abolition des agences régionales.
Alors, je
souhaite la bienvenue à nos invités de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Pour les fins d'enregistrement, je vous
demande de bien vouloir vous présenter. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour faire votre exposé, et par la suite nous procéderons à
la période d'échange avec les membres de la commission. La parole est à vous.
M. Laporte (Maxime) : Alors, Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, alors je suis Maxime Laporte. Je suis le président général de la
Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. À ma gauche, Mathilde Lefebvre, qui est l'auteure de l'étude de
l'Institut de recherche en économie contemporaine sur la bilinguisation du système de santé au Québec. À ma droite, M.
Éric Bouchard, qui est coordonnateur aux affaires politiques et responsable
des Partenaires pour un Québec français à la Société Saint-Jean-Baptiste de
Montréal.
Je vais
commencer en présentant un peu ce qu'est la Société Saint-Jean-Baptiste de
Montréal. La SSJB a été fondée en
1834 par le journaliste Ludger Duvernay dans le cadre du mouvement patriote.
Elle préexiste donc à la législature de la province du Québec où nous nous trouvons en ce moment, en plus d'être la
plus ancienne institution militante et toujours active pour la promotion et la défense des intérêts du Québec. Depuis
ses tout débuts, la SSJB n'a eu de cesse de s'impliquer activement dans
la vie démocratique du Québec. Elle a joué un rôle important dans son histoire
culturelle, sociale et économique, tout comme dans la définition de notre
identité nationale.
En plus d'être
à l'origine de la fête nationale du Québec, rappelons que la SSJB a contribué
de près à de nombreuses réalisations
et institutions dans notre histoire : les Hautes Études commerciales, la
chambre de commerce de Montréal, la
première caisse d'épargne, la Société nationale de fiducie, les premières
mutuelles d'assurance, les prêts et bourses
via le Prêt d'honneur, l'école des beaux-arts, la première école technique, le
Monument national, la Fédération nationale
Saint-Jean-Baptiste, qui est le premier mouvement féministe à voir le jour au
Québec, la croix du mont Royal, l'adoption
du fleurdelisé comme drapeau du Québec, l'adoption du français comme langue
officielle du Québec, et, plus récemment, les Partenaires pour un Québec
français, le Mouvement Québec français, la Coalition pour l'histoire.
Quant
à ses combats contemporains pour le français dans le milieu de la santé, eh
bien, convaincus que la vitalité et
la pérennité de la langue française au Québec passent d'abord par nos
institutions, notamment le milieu de la santé, la société est intervenue
à plusieurs reprises ces dernières années afin d'attirer l'attention des
citoyens et des décideurs publics sur
diverses problématiques en lien avec ces considérations. Avec le regretté Dr
Denis Lazure, ancien ministre, et le professeur
Guy Rocher, sociologue, elle a initié la Coalition pour un seul méga CHU dans
le but de dénoncer la construction de deux
mégahôpitaux universitaires à Montréal, l'un francophone et l'autre
essentiellement anglophone. La
décision de construire ces deux institutions monstres plutôt qu'une seule aura
jusqu'ici coûté des milliards de dollars en trop, quant à nous, aux contribuables québécois et continuera de
coûter cher, sans qu'il n'y ait vraiment de justification convaincante
en termes démographiques, économiques et d'efficacité administrative. À terme,
cette situation, nous le prétendons,
affaiblira la cohésion linguistique dans la métropole, de même que le français
comme langue de l'administration, langue du travail et langue des
services.
SSJB était également là pour déplorer la bilinguisation institutionnelle et
l'anglicisation de l'hôpital Lachine dans
le contexte de sa fusion avec le CUSM. L'hôpital Lachine était le dernier
hôpital francophone de l'ouest de l'île de Montréal, secteur où les francophones subissent un taux d'assimilation
de 12 %, cette proportion atteignant 18 % chez les jeunes
francophones de 24 à 34 ans et 84 % chez les allophones.
Ce genre de décision
génère réellement des conséquences concrètes pour les patients. Par exemple, en
2012, M. Réal Brochu, un patient de
l'hôpital Lachine, déclarait ne pas avoir pu être soigné dans la langue
officielle du Québec.
La société s'est aussi battue avec succès pour que
l'institut Gingras-Lindsay-de-Montréal, le plus important centre de réadaptation au Québec, conserve un statut
d'établissement francophone à la suite de fusions. Enfin, la SSJB, bien sûr,
est intervenue à plusieurs reprises afin de
sauver le seul hôpital francophone hors Québec, l'Hôpital Montfort, qui a fait
l'objet de nombreuses menaces de fermeture par le passé.
ce soit bien clair dans l'esprit de tous et chacun : nous avons commandé
et dévoilé plus tôt cette semaine une étude
de l'Institut de recherche en économie contemporaine. Il s'agit d'une recherche
objective et rigoureuse de 47 pages au
sujet de la bilinguisation de nos institutions de santé au Québec. Sujet
important, puisque l'affaiblissement de la santé du français au Québec est dû en grande
partie au laxisme quant au
maintien de la langue française, langue commune du Québec et de nos services publics. Cette étude,
qui est annexée à notre mémoire, est assortie d'une autre étude de l'économiste
Henri Thibaudin, qui a été produite en 2011, et qui elle-même fait plus de 50
pages.
Alors,
il serait injuste de réduire tout cet exercice à une simple volonté de tirer
des roches aux Anglais, comme l'a
prétendu hier le député de Rosemont. Ce genre de commentaires, qui
m'apparaissent non fondés, détournent complètement
le débat et n'apportent rien de constructif. Nos documents ensemble pèsent
peut-être le poids d'une petite brique ou d'une petite roche, mais nous
n'entendons les lancer au visage de personne. Nous ne nous positionnons pas contre quiconque, mais pour le Québec, et c'est
bien l'intérêt général qui nous fait intervenir. Il est évident que notre
discours ne consiste pas à blâmer les
anglophones, mais à critiquer les législateurs, ainsi que le pouvoir fédéral de
dépenser et de s'ingérer dans les
compétences des provinces, alimentant à coup de millions de dollars la
concurrence canadienne au modèle d'intégration
et d'aménagement linguistique québécois. Ce que nous voulons souligner, ce sont
les incohérences d'un système qui dit : Nous avons une langue
officielle, mais qui laisse dépenser des millions pour la contourner.
que nous prônons, par ailleurs, c'est qu'il y ait davantage de mesures visant à
préserver les droits des travailleurs francophones
et davantage de mesures aussi visant à concrétiser le projet collectif des
Québécois, depuis les années 70 et même
avant, de faire du Québec un État officiellement français, donc avec des
institutions françaises, de manière à permettre par ailleurs une intégration harmonieuse des nouveaux arrivants. Nous
sommes donc en faveur de la cohérence institutionnelle prescrite par la Charte de la langue française,
loi fondamentale du Québec, et tout le mémoire est orienté vers l'exigence
d'avoir une approche institutionnelle cohérente par rapport au principe de la
loi 101. Nous sommes ouverts et certes favorables
au fait que la communauté anglophone ait des institutions bilingues reconnues,
mais il faut s'assurer du même souffle que la société québécoise
préserve le français comme langue institutionnelle et que soit garanti le droit
des Québécois de travailler en français, et
en français seulement, dans toutes les institutions qui ne sont pas reconnues
bilingues.
Je vais maintenant
passer la parole à l'auteure de la recherche de l'IREC, qui est Mathilde
Lefebvre.
Mme Lefebvre
(Mathilde) : Combien de temps il me reste, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Montpetit) : Il vous reste un petit peu moins que quatre minutes.
Mme Lefebvre (Mathilde) : O.K. Alors, j'accompagne aujourd'hui la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal dans l'espoir de sensibiliser la
commission à un enjeu qui est trop souvent relégué aux oubliettes, à savoir la
pression continuelle qu'exerce l'anglais sur
le français au Québec. Force est de constater que la Charte de la langue
française, dans son projet d'encadrement des institutions publiques
unilingues françaises, a échoué. De nos jours, on peut, avec un minimum de débrouillardise, vivre complètement en
anglais dans certaines régions du Québec, car nos institutions laissent le choix aux usagers de la langue dans laquelle
ils sont servis. Ceci pose de réels problèmes dans le maintien de la langue
française dans la société québécoise, comme l'a rapporté mon collègue.
Depuis
1971, le nombre de Québécois de langue maternelle anglaise est pratiquement en
constante diminution, tandis que ceux
dont l'anglais est la première langue officielle parlée ne cessent d'augmenter.
On montre, de cette façon-là, à quel
point l'intégration des immigrants au Québec se fait de plus en plus en anglais
et non en français. Le fait de rendre accessibles en anglais, à la
grandeur du Québec, les services institutionnels, contrairement à ce que
semblent croire plusieurs politiciens, n'est
pas qu'une simple courtoisie que l'on fait aux anglophones, c'est participer à
l'effritement d'une langue commune
propre à la majorité des Québécois, c'est permettre aux allophones de choisir
de s'intégrer en anglais à notre société et c'est marcher sur notre
droit de travailler en français.
Aujourd'hui,
plus de 35 % de tout le personnel soignant travaille régulièrement ou le
plus souvent en anglais. Entre 2001 et 2006, cette portion du personnel
soignant travaillant le plus souvent ou régulièrement en anglais a augmenté de 13,5 %. Présentement, des 277
établissements de santé, 149 offrent des services en anglais, 38 sont
complètement bilingues.
Pour
nous, le projet de loi n° 10 est une opportunité de réparer les erreurs
des dernières réformes de la
Loi sur la santé et les services sociaux,
cela en révisant et en resserrant les mesures qui s'inscrivent autour du droit
des anglophones de recevoir des services de
santé et des services sociaux en anglais et en procédant à une rigoureuse
réforme des directives ministérielles s'adressant aux personnes
responsables d'élaborer des programmes d'accessibilité aux services en langue anglaise. Il importe
grandement, pour la vitalité de notre seule langue officielle, de revoir nos
façons de faire. Il semble parfaitement inefficace et inutilement
coûteux de procéder comme nous le faisons en ce moment, c'est-à-dire en adaptant tout le système à une minorité d'usagers,
plutôt que d'exiger de ces derniers qu'ils s'adaptent, comme à peu près partout
ailleurs dans le monde, au système commun à tous. Merci.
Présidente (Mme Montpetit) : Je vous remercie pour votre présentation.
Nous allons donc débuter la période d'échange avec la
partie
ministérielle pour une durée de 19 min 30 s. M. le ministre,
c'est à vous.
Barrette : Merci, Mme la Présidente. Alors, je m'excuse, là, je n'ai
pas... Alors, M. Laporte, c'est ça... alors, Mme Lefebvre et M.
Bouchard, merci d'être venus. Bienvenue.
Je ne vous
cacherai pas que j'ai été un peu surpris que vous vous inscriviez aux audiences
sur le projet de loi n° 10, mais
je comprends maintenant très bien la finalité que vous recherchez dans votre
intervention, parce qu'elle est d'abord et avant tout linguistique, et j'irais même jusqu'à dire qu'elle est, à
la limite, d'ordre politique, au sens large du terme.
Au début,
quand j'ai lu la recherche qui a été publiée dans Le Devoir , j'ai
été surpris aussi parce qu'honnêtement vous
relatez une réalité qui me surprend. Pour avoir circulé beaucoup évidemment
dans le réseau de la santé et des services sociaux, les chiffres que vous avancez sont, pour moi, surprenants. Je
ne veux pas contester ce que vous dites, là, mais je suis juste un peu étonné.
Puis, comme je n'ai pas eu accès à l'étude avant aujourd'hui, je ne peux pas
vraiment faire de commentaires sur
l'étude, donc je n'en ferai pas, mais je peux commenter ce qui est sorti
évidemment dans les médias. Alors, la
lecture ou le tableau que vous brossez de la situation linguistique dans le
réseau de la santé et des services sociaux m'étonne. Je ne peux pas, là, contester ou argumenter sur la validité
des chiffes, je peux juste vous dire que ça m'étonne.
Maintenant,
quand arrive la question de... pas la question, mais l'affirmation
qu'actuellement on est en train de bilinguiser,
là, ça, ça me scie. Alors là, il faudrait... Je vais vous demander de
m'expliquer en quoi le projet de loi n° 10, qui, dans les faits juridiques, ne fait que reconduire la situation
actuelle... Ça ne fait que ça, là. Il n'y a rien de plus, il n'y a rien de moins, et ce que les anglophones
demandent, c'est d'avoir rien de moins. Ils ne demandent pas d'avoir plus, ils
demandent rien de moins. Et, comme le projet de loi n° 10 est écrit comme
ça, je ne comprends pas... Puis je vous demanderais
de m'expliquer plus dans le détail votre conclusion, là, autre par... que nous
constatons... par une étude que je ne
peux pas commenter, là. Expliquez-moi comment, juridiquement, là, ce projet de
loi là vient bilinguiser le Québec. C'est ça qui sort dans les médias,
là, et ça vient de votre bouche, là.
Lefebvre (Mathilde) : Oui.
En fait, le projet de loi n° 10, à la lecture que nous en avons faite,
vient simplement appuyer un processus
qui est déjà enclenché depuis les années 90, à savoir qu'il y a une volonté de
la part du ministère de la Santé de
rendre accessible une gamme la plus complète possible de services en anglais et
la plus proche possible des patients.
Ça, c'est écrit presque mot pour mot dans le cadre de référence pour
l'élaboration des programmes d'accessibilité des services de santé en
anglais. Ce que le projet de loi n° 10 vient faire, et nous inquiète,
c'est qu'en fusionnant les établissements
qui ne sont pas nécessairement bilingues, qui ne sont pas nécessairement
désignés, à des établissements qui le
sont, on va se retrouver de facto avec des services... avec des établissements
désignés en plus grande quantité dans le Québec. C'est cette portée-là,
dans le projet de loi, qui nous inquiète profondément.
De plus, en
ce moment, en tout cas c'est ce qui est écrit dans la plupart des programmes
d'accessibilité aux services accessibles en ce moment, la politique
d'embauche du personnel soignant et du personnel de l'établissement est à la discrétion de l'établissement, ce qui est tout à
fait logique. Si on fusionne ensemble des établissements, est-ce que ça fait
en sorte qu'un établissement qui n'avait
nulle part dans sa politique d'embauche l'exigence de connaître l'anglais pour
employer du personnel... est-ce que ça fait
en sorte qu'en étant fusionné à un établissement qui, lui, a, dans sa politique
d'embauche, l'exigence de la connaissance de langue anglaise... est-ce
que ça ne fait pas en sorte justement
que, là, on va généraliser cette politique-là, finalement, d'embauche?
Barrette : Je ne veux pas
vous interrompre, là. Écoutez, là, vous me subjuguez encore plus. Parce que,
un, quand je vous entends me dire ce
que vous venez de nous dire, en parlant de l'évolution de la société québécoise, vous contestez, à toutes
fins utiles, la charte des droits, là... la Charte de la langue française. Vous
dites que ça se bilinguise et que le système
fait en sorte qu'on va bilinguiser plus, alors que ce que l'on fait, c'est
appliquer les demandes de la charte qui...
Ce n'est pas compliqué, là, ce qu'on... Essentiellement, c'est que, lorsque
la population est en suffisamment grand nombre,
il y a un statut, il y a une désignation bilingue, puis ailleurs
il y a un plan d'accès, et la charte garantit aux minorités d'avoir des
soins dans leur langue.
On fait quoi,
là, si ça, c'est trop? Parce que ce que vous me dites, là, c'est que ça, c'est
trop. Et là, essentiellement, vous
nous décrivez les dernières années... l'évolution des dernières années comme étant une évolution
qui nous dirige vers la bilinguisation,
faute de protections suffisantes; faute de protections suffisantes, ça veut
dire que la charte n'est pas bonne.
Maintenant, vous dites que, dans le projet...
Mme Lefebvre (Mathilde) : ...
M. Barrette : Bien là, si c'est ça...
Mme Lefebvre
(Mathilde) : Oui, allez-y, allez-y.
M. Barrette : Bien non, mais c'est
parce que, si c'est ça... Parce que je vous vois hocher de la tête puis je le comprends, vu de votre angle. Si c'est ça, là, je
peux vous dire que le projet de loi n° 10, il n'est pas fait pour réécrire
la Charte de la langue française ni la charte des droits et libertés,
Mme Lefebvre (Mathilde) : Non, j'en...
Barrette : Alors donc, ça, c'est l'évolution de la société, d'une
part. Et, d'autre part, vous dites que le projet de loi n° 10 va empirer les choses, alors que le projet de loi
n° 10 ne fait que reconduire l'existant. Dit en français — puis je ne dis pas ça de façon sarcastique, là — ça signifie que l'établissement qui devient
une installation qui va être dans un
CISSS, s'il avait un statut bilingue avant, va le garder. Le CISSS, lui, va se
retrouver dans le même cadre législatif qu'on a, donc la charte, et, malgré la charte, l'installation qui était
désignée bilingue va le rester. Là, j'ai de la misère à imaginer un scénario qui va faire que l'hôpital de
Gaspé va devenir bilingue ou l'hôpital de La Sarre va devenir bilingue
à cause de la loi n° 10, alors que la
loi n° 10 ne fait que reconduire les accès qui existent actuellement dans
la société. Et, encore une fois, la communauté anglophone, à mon avis et
à juste titre, ne demande que ça.
Et puis je vais faire une autre parenthèse, par
exemple, parce que je ne peux pas m'empêcher de la faire, cette parenthèse-là : moi, je suis de la génération
qui a connu les inconforts linguistiques historiques du Québec, et j'ai connu,
moi, la séparation anglais-français de la
société québécoise. Et aujourd'hui, là, je suis obligé de constater une
affaire, à ma grande surprise,
là : les anglophones qui sont au Québec, de souche, c'en est gênant, là, à
un moment donné, là, ils se font tellement un devoir de nous parler en
français, là, que c'est quasiment insultant de leur parler en anglais, là.
Puis, quand je vais revenir dans les hôpitaux anglophones... on se fait parler
en français, là. Je comprends, là, qu'il y a de l'anglais, là, mais écoutez, là, moi, je... Peut-être qu'on n'a pas la
même lecture — et
manifestement on ne l'a pas — mais l'évolution de la société québécoise s'est dirigée bien plus vers le
français de la part de la communauté anglophone que de l'anglais... de
francophone à l'anglophone. Et il y a la question des allophones. Ça, c'est une
autre affaire.
M. Laporte (Maxime) : Alors, bien...
M. Barrette : Mais juste, si vous me
le permettez...
M. Laporte (Maxime) : Oui.
M. Barrette : On peut-u juste voir,
là, qu'est-ce qui fait encore une fois qu'actuellement, là, ça fait ça? Parce
qu'encore une fois, là, la manière que vous le présentez, la charte n'est pas
bonne.
M. Laporte (Maxime) : Bon...
M. Barrette : Puis ce qu'on fait
plus loin, là, bien là ce n'est pas assez.
M. Laporte (Maxime) : Mme la
Présidente...
M. Barrette : Là, j'en perds mon
français, mon latin et mon anglais, là.
M. Laporte
(Maxime) : Ah bien! Mme la
Présidente, je vais inviter le ministre à approfondir sa lecture de notre
étude. Je comprends qu'il en a pris
connaissance aujourd'hui ou hier. Elle est publiée depuis le début de la
semaine. Elle explique tout cela, essentiellement.
La culture institutionnelle, dans le système de
la santé, liée aux principes linguistiques et d'aménagements linguistiques va à
contresens de l'esprit, à tout le moins, de la Charte de la langue française et
de ce qui était prévu initialement, très clairement. Le...
M. Barrette : Je m'excuse de vous
interrompre, mais en quoi?
M. Laporte
(Maxime) : Oui, voilà, j'y
arrivais. La Charte de la langue française prévoit bien sûr que le français
sera la langue des services publics, la
langue du travail, la langue commune, la langue officielle. Elle prévoit
également qu'il y aura un espace aménagé pour la minorité anglophone. Or,
depuis 1986, on a inséré, dans la
Loi sur les services de santé et services sociaux, par exemple, le principe, la notion de personne d'expression anglaise. Donc, ce
régime qui est là actuellement, et aussi celui qui est projeté, qui le reporte, va bien au-delà de la
protection de la minorité anglophone, notamment du fait de cette notion de personne d'expression
anglaise, par laquelle on institue, par la porte d'en arrière, un système de services bilingues qui fait de l'anglais la
langue par défaut des allophones et, dans certains cas, du travail, puisqu'il est question d'embauche. De plus en plus, on exige que des travailleurs québécois, dans les institutions de santé et services sociaux, connaissent l'anglais. Or, le
droit de travailler en français au Québec, c'est un des plus fondamentaux qui se
trouvent dans la Charte de la langue française.
Donc, on
institue une forme de bilinguisme par la porte d'en arrière, le gouvernement fédéral le finance de par ses
programmes, et cela contredit les principes mêmes de la Charte de la langue
française, qui veut que le français soit la langue commune et, bien sûr, qu'il y ait des
institutions reconnues pour la minorité anglophone. Alors, dans un Québec français,
et non bilingue anglais-français à la Trudeau, il n'y a aucune raison de