Labour and the Economy — 25 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CET 2021-11-25
Quebec — Committees
M. Lamontagne : Bonjour. Merci
beaucoup. Je vous salue, Mme la Présidente. Je voudrais saluer aussi les
collègues, là, mon collègue de Saint-Jérôme, qui était avec nous hier puis qui
va être avec nous pour la durée des travaux, après ça, mon collègue de Magog,
avec qui on vient de régler un beau dossier cette semaine, tout le monde est
heureux, mon collègue de Mégantic, ma collègue de Jean-Talon et puis mon
collègue de Beauce-Nord, en même temps, saluer le collègue de Matane-Matapédia
qu'on accueille avec fébrilité.
Mme la Présidente, j'aurais peut-être une
suggestion à faire à mes collègues, parce qu'hier on a passé, mettons,
90 % de notre temps à un peu mettre la table, puis à échanger, puis tout
ça, là. Après ça, bien, un, on a lu un premier
article puis, honnêtement, quand
la présidente m'a dit : Ça a de l'air que vous avez un amendement, j'ai
été comme surpris un peu. Le plan, ce n'était pas de procéder comme ça, parce
que je voulais avoir, d'abord, une discussion
un peu sur 1, l'article 1, donc qu'on ait une compréhension commune,
qu'est-ce que c'est tout ça. Puis finalement je me suis ramassé à
déposer un amendement qui était suite à tout ce que j'ai pu entendre dans la
dernière semaine, et tout ça, là, puis voir... façon d'accommoder un peu les
représentations qui m'avaient été faites.
Donc,
j'aurais peut-être une suggestion à faire, si mes collègues sont d'accord. Moi,
je retirerais l'amendement que j'ai déposé hier puis j'aimerais vraiment
ça, ensemble, que j'aie vos commentaires. Hier, vous avez certainement eu
l'occasion de parler à plusieurs groupes, puis nous, de notre côté, on a sans
doute parlé aux mêmes groupes, alors de vous entendre... Puis suite à ça, bien
là, je pourrai redéposer cet article-là puis on verra comment on va travailler,
là, pour l'article 67... Je pourrais redéposer l'amendement.
Ça fait que,
si vous voulez faire ça... sinon, on peut continuer où on était hier. J'avais
déposé un amendement, vous aviez posé des questions, puis là on a eu le
temps de parler à plein de monde, puis on pourrait continuer où on était. Je
vous laisse peut-être vous consulter, qu'est-ce que vous voulez faire.
La Présidente (Mme Jeannotte) : M.
le ministre, afin d'être plus précis, par contre, je vous demanderais :
Est-ce que vous voulez suspendre ou retirer l'amendement? Dans le fond, vous
voulez suspendre...
M. Lamontagne : Oui, ce serait
suspendre puis, suite à ça...
La Présidente (Mme Jeannotte) :
...pour qu'il y ait une discussion informelle. Voilà.
M. Lamontagne : ...on verra comment
on le traitera.
Présidente (Mme Jeannotte) :
D'accord. C'est plus clair. Donc, est-ce que vous êtes d'accord
pour suspendre? Est-ce que c'est...
Mme Robitaille : ...juste
parler un petit peu.
La Présidente
(Mme Jeannotte) : Bien sûr.
Mme Robitaille : En fait,
j'aimerais que le ministre soit peut-être un petit peu clair. Là, je ne
comprends pas trop. Alors, il nous dit, là, ce matin qu'à la suite des
discussions, à la suite de l'amendement qui a été déposé, qu'on aurait parlé à
plusieurs groupes, que lui a parlé a plusieurs groupes et tout ça, et là il
voudrait qu'on revoie le plan de match. Est-ce que le ministre veut... vous ne
voulez pas... est-ce que le ministre ne peut pas retirer l'amendement, là?
M. Lamontagne : Bien, en
réalité...
Mme Robitaille : On continue à
partir d'où on s'est laissé hier.
M. Lamontagne : Bien, en
réalité, là, la représentation que je vous fais, puis on va y aller... en
réalité, vous allez être mon guide là-dedans, chère collègue.
C'est qu'hier mon objectif, dans un premier
temps, avant de déposer un amendement, bien, c'était de vous entendre sur
l'article 67, qui est en réalité 1.1 de la
Loi sur la protection du
territoire et des activités agricoles, puis, après
ça, suite à ces discussions-là, bien, de voir à présenter l'amendement puis de
le discuter. Puis là, bien, on n'a pas pu faire ça. Tout de suite, je
vous ai arrivé avec un amendement, puis là ça a comme déclenché des réactions
et tout ça.
Ça fait qu'on peut continuer où on est rendus.
De toute façon, si on a un travail à faire, on va le faire. Puis, si vous
voulez qu'on fasse comme si ça n'avait pas été déposé puis qu'on discute du
fond de 67, un peu pour vous entendre, comme vous voulez.
La Présidente (Mme Jeannotte) :
J'allais suspendre la séance un court moment afin de permettre à la présidente,
de toute façon, de reprendre sa place. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 26)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous allons poursuivre la discussion sur l'article 67 tel qu'amendé.
Alors, ça peut être sur l'amendement, effectivement. Oui. Alors, est-ce qu'il y
a quelqu'un? Est-ce qu'il y a des interventions? Députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Robitaille : Bien, je vais
partir le bal, Mme la Présidente. Ça me fait plaisir. On va faire une pierre
deux coups, on va parler de 67, on va parler de l'amendement en même temps. On
va parler de ce qu'on a entendu aussi hier. Moi, j'ai quand même consulté quelques
groupes. Je suis sûre que mes collègues ont fait de même.
Je veux juste mettre la table, Mme la
Présidente. On parlait hier d'urgence d'agir. Le premier ministre parlait, il y a quelques semaines, dans son grand
discours d'ouverture de la nouvelle session, d'autonomie alimentaire, et
là on est dans la protection des terres
agricoles, et on a entendu, là... on a entendu, au cours des derniers mois, là,
toutes sortes de... beaucoup
d'intervenants qui nous parlent de la pression énorme des agriculteurs sur
leurs terres. On est... la pandémie a exacerbé tous les maux, dont la
pression sur nos terres agricoles, la etc. On a un phénomène... On a toutes
sortes de nouveaux phénomènes. Il y a du télétravail, entre autres, qui amène
les gens, bien, en banlieue, qui amène les gens en Estrie, qui amène les gens
dans Charlevoix, et qui mettent énormément de pression sur les propriétaires,
sur les agriculteurs qui ont des terres agricoles et qui...
Et là il y a... Et, on le sait, Mme la
Présidente, une fois qu'on a asphalté, une fois qu'on a mis du ciment sur des
terres agricoles, on ne peut plus revenir en arrière. C'est impossible. Gardons
en tête, là, avant de continuer plus loin,
qu'on a perdu, en cinq ans, 10 000 hectares,
là, de terres agricoles. Pensons à Beauharnois, on en a parlé hier, là.
Le ministre a parlé de compensation de
certaines terres, mais, si on parle aux intervenants, la compensation n'était
peut-être pas équivalente aux terres qu'on a perdues. Pensons à la MRC
Montcalm aussi, où là on a perdu, quoi, 160 hectares de terres, de bonnes
terres agricoles. On a aussi toute la question du troisième lien qui vient
mettre plein... il amène plein de questionnements aussi sur l'étalement urbain
sur la Rive-Sud de Québec, encore une fois, pression énorme.
Alors, des terres agricoles qui coûtent... qui
valent de plus en plus cher, une surenchère... et on a entendu des gens
dire : Bien, écoutez, le morcellement, ça va faire en sorte que ces bouts
de terre là... le prix de ces bouts de terre là va augmenter. Dans le reportage
que j'ai réécouté hier, Québec, terre d'asphalte, on ne parle plus de...
on entend les gens parler de pieds carrés, là, de terres agricoles, pas
d'hectares, pas d'acres, mais de pieds carrés, autour de la région de Montréal,
au-delà de Montréal et toute la ceinture, là, et au-delà de ça, et c'est
extrêmement inquiétant.
Et, là-dedans, on a la relève, et je sais que le
ministre est très sensible à cette relève-là, la relève qui voudrait avoir
accès à des terres, mais qui n'ont pas les moyens, et de là toute cette idée du
morcellement des terres, du fait de... l'idée qu'on puisse assouplir pour
permettre à ces nouveaux agriculteurs là d'avoir accès à des terres.
Récemment, bien, il y a quelques jours, je suis
allée dans la région de Charlevoix. Il y a beaucoup de fermes abandonnées. Il y
a beaucoup de terres laissées en friche. Ça aussi, c'est inquiétant. Il y a
aussi, autour de Montréal, du monde qui achète les terres agricoles, qui
s'assoit sur les terres agricoles, qui ne cultivent pas, et c'est des terres
qui deviennent en friche. C'est des terres aussi qui sont prises en étau entre
deux développements urbains.
Et là, bien, ultimement,
ces propriétaires de terres agricoles, là, qui ne les exploitent pas, ultimement,
bien, ils s'assoient dessus, puis ultimement, bien, ces terres-là, elles vont
disparaître. On l'a vu, on le voit de plus en plus, et je pense qu'il faut être
extrêmement vigilant. Pendant ce temps-là, on a une relève agricole qui
augmente, hein? Le cégep de Victoriaville, là, on voit un engouement pour
l'agriculture, et ces jeunes-là, jeunes et moins jeunes, ont beaucoup, beaucoup,
beaucoup de difficulté à avoir leur lopin de terre, à exploiter leur lopin de
terre.
Ce projet de loi là, comme on l'a dit hier, est
un projet de loi qui est amené, hein, par le véhicule du ministère de... Le
bloc agriculture est amené par le véhicule du ministère de l'Économie, hein,
qui est porté par le ministre de l'Économie. Et je vais vous dire, honnêtement,
Mme la Présidente, si mon collègue le député de... voyons, si mon collègue
n'avait pas... de mon parti n'avait pas amené la motion, là, pour que le ministre
soit là aujourd'hui, bien, ce serait la ministre déléguée à l'Économie qui
serait assise devant moi aujourd'hui puis qui débattrait ce bout-là du projet
de loi, là.
Alors, évidemment, il y a eu... Sur tout le bloc
agriculture, depuis qu'on l'a présenté, quand on a eu les... suite aux
discours, là, sur le principe du projet de loi, il y a eu un tollé, il y a eu
une réaction vive, là. On l'a vu chez plusieurs
groupes, dont l'UPA, dont l'Union paysanne. On a vu, là, tous les acteurs, la
Fédération de la relève agricole, tout le monde est sorti, et là... et
ils ont dit : Bon, on est tous pour le morcellement, on est pour le
morcellement, mais pas de cette façon-là, pas une petite vite, là, dans un projet
de loi omnibus, qui touche à tout, dont l'agriculture.
La
Loi sur la protection du territoire et des
activités agricoles est beaucoup plus... trop importante pour la modifier dans un omnibus porté par le ministère
de l'Économie. Ce n'est pas sérieux, et, si on veut faciliter le
morcellement des terres, bien, ça a des ramifications sur toute la loi. Il nous
faut un vrai débat. On a eu plusieurs opinions dans les journaux qui nous disaient : On a besoin d'un vrai débat sur la
protection des terres agricoles en ce moment, considérant ce qui arrive,
considérant les pressions, considérant le danger de perdre de plus en plus de
terres agricoles.
Et là, si on touche à la loi, alors, faisons
l'exercice comme il faut, et le ministre... Durant ces discussions-là qui
venaient de toutes parts, le ministre a dit, à un moment donné, je pense que
c'était le 16 novembre... il a dit : Ces craintes-là sont le fruit de
l'imagination des gens, il n'y a pas de problème. Il n'y en a pas de problème,
il n'y a pas de danger, les modifications qu'on propose ne vont pas promouvoir
l'étalement urbain, ne vont pas nourrir la surenchère.
Il n'y en a pas de problème. Et là, bien, hier, il nous amène un amendement qui
a l'air à dire : En fait, bien, peut-être que, oui, les craintes
sont justifiées, parce qu'il nous amène un amendement qui nous ramène au statu
quo, d'une certaine façon, puis je veux l'entendre là-dessus.
Hier, le ministre avait le choix. Soit qu'il prenait
le bloc agriculture dans le projet de loi porté par le ministère de l'Économie,
par la ministre déléguée à l'Économie, prenait ce bloc-là, en faisait un vrai
projet de loi avec... qui touchait à tous les impacts qui amènent le
morcellement ou l'assouplissement au morcellement, faisait un beau projet de
loi... On avait des consultations. On avait un débat en bonne et due forme,
comme ça doit être, et c'était présenté à la CAPERN. Il aurait pu faire ça
hier, mais ce qu'il a fait, c'est que... et on le voit, là, dans l'amendement
qu'il a proposé hier, il a abrogé de l'article 67 toute la notion de
superficies variées. Il l'a enlevé, ça. Il l'a enlevée, la notion de
superficies variées, et cette notion-là, de superficies variées, était au coeur
de ces... au coeur de la raison d'être de ces modifications-là.
Or, hier, on
lui a posé certaines questions : Pourquoi vous enlevez «superficies
variées» puisque c'est vraiment... et, quand on a parlé aux groupes, là,
hier, ils ont tous étés unanimes. Le sentiment qu'ils ont, là, c'est que le
retrait de ce terme-là, qui est au coeur des modifications originales, fait en
sorte qu'on revient... que c'est un recul, qu'on revient au statu quo, que
c'est comme si, finalement, on avait... ce bout-là du 103 avait été amené pour
rien, finalement, parce que c'est le coeur même des modifications. C'est ça
qu'on a entendu hier de la Fédération de la relève agricole, de différents
groupes. Je pense aussi à l'Union paysanne, à qui j'ai parlé hier.
Alors, moi,
j'aimerais entendre le ministre là-dessus. Hier, je lui ai posé la question,
j'ai dit : Oui, mais est-ce
que ce n'est pas un recul que d'enlever
«superficies variées»? Il m'a dit : Non, non, parce que,
dans le fond, vous allez le retrouver à l'article 62. Mais, quand on a regardé comme il faut les
amendements qu'il proposait, on l'enlève aussi dans l'article 62.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
...cinq minutes sur l'amendement.
Mme Robitaille : Parfait, parfait. Donc, on l'enlève aussi. Alors
donc, cette notion-là de «superficies variées», on l'enlève. Le ministre
nous disait hier : Ce n'est pas grave parce que, dans «diversité de
modèles», ça implique nécessairement la notion de diverses surfaces, diverses
superficies. Il me disait aussi que c'était important pour lui d'inclure
«diversité de modèles», parce que c'est un peu la résultante d'une
jurisprudence, puis là on l'enchâsse dans une loi. Donc, c'est bon pour les
commissaires parce que ça les encadre, ça leur dit... Bien, diversité de
modèles, c'est une notion importante que vous pouvez utiliser.
Mais on peut faire le même raisonnement pour
«superficies variées». Et l'impression qu'on a des groupes, c'est vraiment
qu'hier, là, avec cet amendement-là, on a reculé. Puis pourquoi on aurait... Pourquoi
on a reculé? Peut-être parce que, justement, le ministre n'était pas prêt à
aller jusqu'au bout de ce qui pouvait encadrer les modifications. Alors, moi,
j'aimerais entendre le ministre, encore une fois, sur le... Pourquoi
retirer cet élément important de ce projet de loi là, qui donne vraiment
l'impression, là, qu'on retourne à la case départ?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. M. le ministre, vous avez...
M. Lamontagne : Bien, si ma collègue de Rouyn-Noranda le veut bien, j'écouterais les
commentaires qu'elle a à faire avant...
Présidente (Mme IsaBelle) : D'accord, parfait.
M. Lamontagne :
...parce qu'il est possible que j'aie à répéter.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, oui, députée de
Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
à vous la parole.
Mme Lessard-Therrien :
Merci, Mme la Présidente. Bien, je pense que la collègue de Bourassa-Sauvé nous
a fait un beau topo, là, de la situation.
Hier, au moment de suspendre nos travaux, on était dans un échange, le
ministre et moi, sur l'amendement qu'il a déposé, où on venait biffer, dans le
fond, toute la référence aux superficies variées, qui, à mon avis, était quand
même l'essence de toute la question du morcellement des terres. De faire
référence à la question des superficies variées, c'est aussi ce qui figurait
dans le rapport Pronovost, dans les recommandations pour, oui, permettre une
diversité de modèles, mais en faisant explicitement référence à la question des
superficies.
À travers tous les
échanges qu'on a eus, on n'a quand même pas eu la réponse du ministre, à savoir
pourquoi est-ce qu'il ne veut pas traiter de cette question-là à travers le bon
véhicule, qui est la CAPERN. Pourquoi est-ce qu'on ne procède pas à l'étude de
ces questions-là à travers le bon forum, avec les groupes, avec les bonnes
personnes assises autour de la table? Moi, je n'ai pas eu réponse à cette
question-là, et c'est aussi une demande des groupes. Les groupes demandent
qu'on étudie ces questions-là à travers une législation spécifique qui va
aborder la question de la protection des terres agricoles.
Hier, quand le ministre
a déposé son amendement, j'ai été très surprise parce que, pour moi, c'était un
recul sur l'objectif que poursuit le ministre puis que, je pense, on poursuit
tous ici présents, mais qui méritait d'être, comment dire, encadré juste avec quelque
chose de supplémentaire, pour s'assurer qu'on a les bons garde-fous pour ne pas
ouvrir la porte à plus d'étalement urbain, aux maisons-manoirs, à toutes les préoccupations
très légitimes que les groupes ont fait valoir.
Avec l'amendement que
le ministre nous a apporté, non seulement... Quand on peut l'interpréter en
omettant la référence aux superficies variées, bien, à mon avis, on passe à côté
de notre objectif de vouloir favoriser le morcellement au bénéfice de notre
relève. Bon, je l'ai dit, on ne répond pas à la préoccupation des groupes de
traiter de cette question-là à travers d'une
législation particulière, mais on ne répond pas non plus à la préoccupation des groupes sur la question des garanties. Puis, à mon avis, là,
il n'était pas nécessaire de retirer la mention des superficies variées, si on
insistait davantage sur la garantie des vocations agricoles... de la vocation
agricole des terres.
Alors,
moi, je me pose la question, vraiment,
finalement, pourquoi, tu sais, un amendement
de cette nature-là. Et le ministre a quand même eu le temps de nous dire
que, dans les faits, ça ne changeait rien parce qu'il y avait quand même la
mention de la diversité des modèles. Bien là, il faudrait s'entendre sur
qu'est-ce que ça veut... Comment on définit
un modèle? À quoi on fait référence explicitement? Puis si, finalement, ça ne
change pas grand-chose puis que, dans la mention de la diversité des
modèles, on fait implicitement référence aux superficies variées, bien,
pourquoi l'avoir écrit au départ? Pourquoi est-ce qu'on l'a écrit, c'est important
pour lui de l'inscrire, au départ, dans son projet de loi, puis que, là,
finalement, on le retire, mais on dit que, finalement, ça ne change pas
grand-chose?
Ça fait que j'ai
comme un peu de difficulté à suivre le ministre sur sa proposition
d'amendement, sur son recul, sur son absence de volonté ou de justification sur
le fait qu'on ne traite pas de ces questions-là dans un projet de loi
particulier à travers la CAPERN. Donc, voilà, ça serait, moi, mes questions,
là, pour amorcer l'échange ce matin, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Alors, M. le ministre.
Lamontagne : Bon, bien, merci beaucoup, Mme la Présidente. Écoutez,
plusieurs points.
D'abord, ce que je
vous ai expliqué hier, c'est qu'il n'était pas du tout dans l'intention de
notre gouvernement de venir rouvrir la
Loi sur la protection du territoire et
des activités agricoles pour faire une réforme de la loi. Ce n'était pas ça qui
était du tout à l'agenda. Ce qui était à l'agenda puis ce qui est à l'agenda,
c'est de s'inscrire dans une multitude de travaux auxquels il y a beaucoup de
monde intelligent qui ont participé, il y a beaucoup de groupes qui ont participé, depuis les 10,
11 dernières années, puis de, finalement, venir donner à la
Commission de protection du territoire agricole des outils additionnels,
qu'elle accueillera avec empressement, pour lui permettre de bien faire son
travail, qui est de s'assurer de protéger le territoire agricole, s'assurer de
protéger les activités agricoles, de
contribuer à la vitalité puis au développement de nos entreprises agricoles,
parce qu'on s'entend tous et toutes, sur notre territoire, on peut être
dans une région où on a vraiment un beau territoire agricole, mais, ultimement,
on n'a plus d'entreprises agricoles qui sont sur notre territoire agricole.
Alors, on a un
intérêt, que ça soit au nom de l'autonomie alimentaire, que ça soit au nom de
la vitalité de notre territoire, du pouvoir
d'attraction de nos territoires, pour que des gens aient envie de s'installer
sur des territoires, Mme la Présidente, pour qu'ultimement il y ait
assez de monde sur un territoire pour avoir un dépanneur, pour avoir un poste
d'essence ou un poste, ultimement, de recharge électrique pour des véhicules.
Bien, on veut tous ça.
Puis l'agriculture a
changé depuis que la
Loi sur la protection du territoire et des activités
agricoles a été adoptée. Il y a eu des modifications, en 1996, qui ont été
faites, même dans la mission même, là, de la loi. Puis là, bien, ce qu'on propose, comme j'ai dit hier, qui
est très chirurgical, qui vise à outiller la commission pour accueillir
avec davantage de possibilités le potentiel qu'offre aujourd'hui tout notre
secteur bioalimentaire puis les entrepreneurs qui sont en arrière du dynamisme
de notre territoire agricole...
Alors, ce qui fait en sorte qu'on a pris le
véhicule... Moi, ce qui est important, c'est que ce soit fait avant qu'on
termine ce mandat-là. Et puis, aussi, le véhicule qu'on a pu utiliser, bien, justement,
c'est le véhicule du projet de loi n° 103.
On a un certain nombre d'articles aussi qui sont directement liés avec un
allègement, puis c'est de venir faire ces quelques interventions là. Alors, on
n'est pas du tout dans une refonte de la loi. On s'inscrit dans la continuité
d'une multiplicité de travaux et de recommandations qui datent depuis 2009, là,
jusqu'à récemment.
Alors, ceci étant dit, quand on parle... Un,
l'article... La question des superficies... Un bénéfice qu'on pourra faire, puis je voulais vous le suggérer aussi, là,
c'est de traiter ensemble de 67 puis de 72, qu'on les discute quasiment
ensemble parce qu'ils sont intimement liés, O.K.? 67, comme je vous ai exprimé
hier, c'est la portée générale de la loi, puis dans lequel on vient inscrire ce
qui n'était pas inscrit dans la loi, que notre agriculture se pratique selon
une diversité de modèles. Puis on dit : On ne sait pas c'est quoi, un
modèle. Je vais lire deux petites choses ici, là.
La première,
on va dire, bien, «modèle», dictionnaire Robert : «Ce qui doit
servir d'objet d'imitation pour faire quelque
chose. Ce qui représente, sous une
forme concrète, une classe ou une catégorie. Catégorie ou variété particulière définie par un ensemble de caractères et à
laquelle peuvent se rapporter des faits ou objets réels.» Définition du Robert .
Concernant la diversité de modèles, le texte,
là, qu'on met, là : «Cette modification ne vise pas à inciter la CPTAQ à
favoriser un modèle d'entreprise agricole plutôt qu'un autre. Elle ne vise pas
non plus à autoriser tous les projets de morcellement à des fins agricoles, peu
importe leur impact sur la pérennité du territoire agricole, puisque la CPTAQ
conserve sa discrétion dans l'analyse de la viabilité du projet agricole qui
lui est présenté. Cette modification vise à s'assurer que les divers modèles
d'exploitation agricole nécessitant des superficies variées soient sur un pied
d'égalité au moment où une demande de morcellement à des fins agricoles est
déposée.»
Ça fait que, dans ce sens-là, on a
l'article 67, qui est l'article 1.1 de la
Loi sur la protection du territoire
et des activités agricoles, qui est l'article de portée générale. Puis ce que
je vous ai soumis hier, c'est qu'après discussion avec le président de la
commission, avec les légistes de la commission, avec les spécialistes du ministère qui,
depuis... Pierre-Olivier, je pense, ça fait 14 ans ou 12 ans qu'il
est... en tout cas, c'est le roi de la loi au ministère. Bien, on a convenu que
le signal d'envoyer, dans la portée générale de la loi, de parler de la
diversité de modèles, ça faisait le travail pour ce qu'on voulait faire.
Là, après ça, j'arrive à 72, 72 qui est, en
réalité, l'article 62 de la loi, la LPTAA.
L'article 72, qu'est-ce
qu'il dit, c'est qu'on fait deux modifications dans l'article 72.
Il y en a une qu'on vient dire qu'en plus des
aspects liés à la particularité régionale, bien, le commissaire doit ou peut...
Je n'ai pas exactement le texte, là, mais le commissaire... Attendez un petit
peu, là, O.K. : «En plus des considérations prévues à l'article 12,
pour rendre une décision ou émettre un avis ou un permis dans une affaire qui
lui est soumise, la commission doit se baser sur...» Puis là il y a
11 critères auxquels le commissaire se réfère quand il y a
une demande d'aliénation. Alors là, ce qu'on discute, là, c'est que mettons que
quelqu'un arrive puis fait une demande d'aliénation, de morcellement pour un projet x,
alors là le commissaire...
L'article 62, là... il va se servir de l'article 62 puis toute la jurisprudence
qu'il y a en arrière de 62 pour prendre sa décision, puis il a 11 critères
de... cet article-là.
Et puis le paragraphe 8° de cet article...
Peux-tu me le donner, l'article, s'il vous plaît?
Le paragraphe 8° vient traiter plus spécifiquement, si on veut, des
aspects auxquels le commissaire va se référer pour, d'abord, apprécier
le projet, puis, deuxièmement, émettre une
orientation, puis, troisièmement, poser des questions, puis, ultimement,
rendre une décision. Puis, dans cet article-là, la première chose dont on fait
état, c'est la constitution de propriétés foncières dont la superficie est
suffisante pour la pratique de l'agriculture. Bien, avant, c'était pour y
pratiquer l'agriculture, mais là on change ça. Là, je chevauche d'un... mais
c'est pour le bénéfice de notre compréhension, là. On change ça, puis là on
réfère à la pratique de l'agriculture selon une diversité de modèles et de
projets.
Puis là ce que j'ai fait, parce qu'il y a des
questions qui ont été posées... parce qu'il y en a qui disaient : Écoute,
d'un coup que ce n'est pas des projets agricoles... Tu sais, on est dans la Loi
sur la protection du territoire agricole, mais il y en a qui ont dit :
D'un coup que ça ne serait pas des projets agricoles, je ne sais pas, quelqu'un...
Je ne donnerai pas d'exemple, là, mais... Alors, bien là, on s'est assurés de
parler de l'agricole.
Puis là ils ont dit : Bien non, «projet»...
il faudrait enlever le mot «projet». Non, non, c'est parce que, quand il y a
une demande qui est soumise à la commission, des fois, ça va arriver que c'est
un propriétaire qui a 162 acres puis...
162 acres ou hectares, puis il a le tiers de sa propriété qui est une
érablière, puis qu'il décide, lui, que, finalement, dans le fond, il ne
veut plus avoir à faire affaire avec son érablière, puis, ça adonne bien, il y
a quelqu'un qu'il connaît au village qui voudrait lui acheter son érablière. Ça
fait que, là, ils vont faire une demande à la commission de pouvoir aliéner une
partie de ce territoire-là pour que la personne puisse acheter l'érablière.
Par contre, quand quelqu'un arrive puis qu'il a
un nouveau projet, que ça soit un jeune de la relève ou que ça soit quelqu'un
qui était déjà en agriculture, mais qui... puis il présente un projet pour
lequel il va présenter un plan d'affaires, pour lequel il va présenter sa
compréhension du marché, sa mise en marché, comment il est organisé, c'est
quoi, son éducation, c'est quoi... et tout ça, bien là, il soumet à la
commission un projet agricole que le commissaire va évaluer puis, ultimement,
va rendre une décision.
Alors, dans cet article-là, qui est le
paragraphe 8°, là aussi... Vous avez dit : Oui, là aussi, vous avez
enlevé, tu sais, la notion de superficies variées. O.K.? Ce qu'on fait là, par
le travail qu'ont fait mes collègues, là, c'est qu'on vient envoyer un signal.
On vient envoyer un signal aux gens qui vont avoir analysé les dossiers.
L'article 1, l'article 67 qui est l'article 1.1, on dit :
Prenez pour acquis qu'on a une diversité de modèles en agriculture. Là, après ça, si, un jour, vous avez une demande de
morcellement, d'aliénation, bien là, prenez pour acquis qu'on a une
diversité de modèles, qu'on a une diversité de projets qui sont agricoles et
puis qui doivent être viables. C'est ça qu'on a soumis.
La commission, depuis
40 ans, là, elle analyse la viabilité de tous les projets qui lui sont
présentés. Ils ont des spécialistes, tantôt, le président de la commission va
pouvoir vous expliquer tout ça... analysent tout ça. Ça fait que, là, encore
là, moi, j'ai enlevé les termes «superficies variées», parce que j'ai vu la
réaction des gens, et tout ça, puis je me suis dit :
Bon, notre objectif, c'est qu'il y ait un signal qui soit entendu pour la
variété et la diversité de modèles puis qu'il y ait un signal qui soit entendu
sur les projets, diversité de modèles agricoles viables.
Là, je me suis assis,
après ça, avec le président de la commission, les juristes, les spécialistes,
puis j'ai dit : Si on enlève, là, la notion de superficies variées, est-ce
qu'ultimement ça nous prévient de faire ce qu'on veut faire? Ils m'ont
dit : Ça ne nous empêche pas de faire ce qu'on veut faire, O.K.? Parce que
c'est certain que, si on fait ça, c'est pour faire ce dont on parle, en
réalité, ces quelques articles là, là. Ça fait que j'ai dit : Si vous
m'assurez que c'est le cas, bien, je vais chercher un peu à désamorcer un peu
puis à diminuer l'intensité du signal. Parce qu'il y a des gens avec qui j'ai
parlé, puis qui ont dû vous parler aussi, qui m'ont dit : Oui, oui, on est
tous d'accord avec ça, là, mais, tu sais, si on l'écrit comme ça, là, on envoie
vraiment un signal qu'on en veut, de ces affaires-là, là, tu sais, tandis que,
si on le fait autrement, bien, on envoie le signal que ça existe, mais on ne
passe pas une commande d'en faire le plus possible. Tu sais, il y en a qui ont
toutes sortes de craintes, tu sais.
Puis le président,
tantôt, va vous expliquer que ce n'est pas parce qu'on donne à la commission
ces capacités-là... bien, ça n'enlève rien à toute la compétence puis l'investissement
de la commission à établir, un, qui vise à protéger le territoire, qui vise à
protéger les activités agricoles. Ça fait qu'eux autres on ne leur dit
pas : On en veut cinq, 10, 20, 50, 100, 200, 500, 1 000 par année. Ce
qu'on dit : Quand vous analysez un projet... Un projet, s'il est viable,
ce projet-là, puis de différents modèles, bien, le signal qu'on envoie,
c'est : Bien, écoutez, favorisez ces projets-là, accompagnez ces
projets-là.
Alors, la question
pourquoi j'ai finalement accepté d'enlever ça, c'est parce que j'ai eu le
réconfort, de la part du président, des juristes, de toute l'équipe,
qu'ultimement ça ne nous déviait pas de notre objectif, mais ça pouvait enlever
de l'intensité au signal. Mais, ultimement, le signal, le commissaire, quand il
le reçoit, bien, après ça, avec l'équipe de l'analyste financier, l'équipe
technique, et tout ça, puis les ressources additionnelles qu'on leur a allouées
depuis le budget de l'année passée, de 2021, bien, a toute la marge de
manoeuvre pour, ultimement, bien, émettre les orientations qu'il juge
appropriées d'émettre.
Mais, en bout de
ligne, je vous dirais, bien honnêtement, que si... Dans le 1.1, je vous dirais
de conserver ce qu'on a là, de mettre la variété de modèles. C'est la généralité
de la loi, là. Je laisserais ça comme ça. Par contre, dans 72 de l'article 62, si vous jugez, là, avec toutes les
représentations qu'on vous a faites, puis tout ça... Puis, comme je vous dis, moi, j'ai parlé probablement à beaucoup
de monde avec qui vous avez parlé aussi, mais, si vous jugez qu'on
devrait inscrire la variété de modèles pour la précision du message qu'on
envoie au commissaire, bien, moi, je n'ai pas de problème avec ça, là. Tu sais,
ça va être un... Moi, ce que je vous dis, ce que je vous soumets, c'est ce
qu'on m'a dit, une garantie que ça fait le travail. Mais si, à 72,
là, vous jugez que, dans le fond, on devrait le laisser, là, parce qu'on
en a parlé, puis c'est important qu'on le laisse, bien, moi, je l'avais mis au
départ parce que je jugeais que c'était important. Je l'ai retiré parce que
j'ai dit : Écoute, on va chercher à montrer qu'on n'envoie pas un message qu'on dit, là : Faites n'importe quoi, là. Ce
n'est pas ça. Ce n'est pas ça, leur travail, eux autres, là. Mais si, en bout
de ligne, on se consulte, puis vous dites : Bien...
Parce que 72, là,
l'article 62 de la loi, là, c'est là que ça se passe. L'analyse,
l'interprétation, les outils qu'on donne au commissaire pour apprécier le
projet, tu sais, ou le dossier, là, c'est vraiment là que ça se passe. Ça fait
que je dis : Si on décidait que c'est important d'avoir «superficies
variées», bien, je vous dirais : On va le remettre, tu sais, à cette
place-là. Puis, comme je vous dis, ça, c'est... Plutôt que moi, vous
dire : C'est ça qu'on va faire... Là, je vous ai soumis de quoi. Vous êtes
allés lire un petit peu à l'avance. On n'est pas rendus là, mais c'est correct.
Mais, en bout de ligne, si, ensemble, tu sais, vous me dites : Écoute,
nous, là, le feedback qu'on a, il faudrait qu'on l'ait là, bien, moi, je n'ai
pas de problème avec ça, qu'on le mette là, parce qu'ultimement on poursuit cet
objectif-là, là.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, on y va. Il y a le député de
Matane-Matapédia qui a exprimé le désir de parler. Ensuite, on a aussi la
députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
et nous poursuivrons avec vous. Oui.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente. Pour une première fois, j'étais occupé sur le projet
de
loi sur la langue, où, dans ce projet de loi, on se réclame beaucoup de
Camille Laurin. Je ne sais pas si on se réclame beaucoup de Jean Garon ici,
mais, comme membre du Parti québécois, j'aimerais me faire à la fois le
gardien, et un spectateur, et acteur attentif à ce qui se passe ici.
D'abord, la
Loi sur
la protection du territoire agricole, ce n'est pas une loi ordinaire. C'est une
des lois les plus importantes des dernières décennies au Québec. Elle est à la
base de l'organisation agricole au Québec, et il y a eu, dans le passé,
plusieurs tentatives de la changer, mais, à chaque fois, on n'a jamais essayé
d'insérer ça dans d'autres objectifs. Je suis très étonné que cet enjeu aussi
important se retrouve dans une loi modifiant diverses dispositions législatives principalement aux fins d'allègement du fardeau
administratif. On n'embarque pas là-dedans. Ça n'a pas d'affaire là. Ça devrait être traité de façon très claire. Vous
voulez traiter de l'aménagement agricole? Ça va porter ce nom-là, ça va
être clair pour tout le monde, et les gens qui vont être là vont suivre ça du
début à la fin avec ça en tête.
J'ai fouillé la
plateforme électorale de la CAQ en matière d'agriculture. Je n'ai peut-être pas
trouvé, mais, à date, je n'ai rien trouvé qui ressemblait à ça dans les
intentions initiales de la CAQ lorsqu'elle s'est présentée devant l'électorat.
J'ai trouvé beaucoup de choses, mais pas ça.
Alors, comment c'est
arrivé, ça? C'est des promoteurs qui sont allés voir le ministère, le ministre.
C'est M. Fortier qui est allé à Tout le monde en parle , qui a convaincu
le ministre. C'est certains promoteurs qui se sont dit : Bien, il serait peut-être
intéressant d'avoir une belle résidence, à terme. Tu sais, tout ça est
possible. Alors...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Nous
allons suspendre? Nous allons suspendre, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous poursuivons avec le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Oui. C'est un enjeu
important. Ce n'est pas sans raison que le courageux gouvernement de René
Lévesque, avec le ministre Jean Garon, a décidé de faire voter une
loi sur la
protection du territoire agricole pour mettre fin à la spéculation, notamment
sur les plus belles terres du Québec. Évidemment, depuis ce temps, il y a eu
toutes sortes de rapports, il y a eu des propositions, il y a le test de la
réalité où on réalise, notamment dans ma région, qu'il y a des terres qui
seront difficilement reprenables à la fois pour la culture puis aussi, parfois,
les promoteurs qui ne sont pas au rendez-vous. Ça, ça existe, je le vis chez
nous, où la qualité des terres n'est pas la même que dans les basses terres du
Saint-Laurent.
Ce que je dis, puis je ne veux pas choquer le ministre
avec ça, mais il me semble qu'une telle loi, un tel rapport au territoire,
aurait mérité, puis je suis sûr que le ministre l'a plaidé auprès de son gouvernement,
un forum mieux approprié pour ses échanges, où on bénéficierait de sa présence,
on en connaîtrait davantage sur les intentions qui sont celles du gouvernement
en matière d'organisation du territoire agricole. Et ça me semble aller dans la
direction d'une lettre, entre autres, que j'ai reçue de ma collègue de
Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
trouver le bon format, le bon endroit. Donc, moi, je suis un peu mal à l'aise
que ce soit dans un projet de loi qui ne rend pas justice au fantastique
ministère qu'est celui du ministre, qui le fait bien, d'ailleurs.
Mais, sur cet enjeu-là, je veux dire, on peut
décider de légitimer l'exercice. Puis, même si je ne participerais pas, le
gouvernement va procéder pareil, mais je leur ai dit... Moi, je viens d'une
tradition politique très ancienne, qui considère que le territoire agricole,
c'est une grande richesse. Et, si on décide de faire des choix collectifs au
même
titre que le gouvernement de M. Lévesque les a faits à l'époque,
c'est au... ce n'est pas sans un débat éclairé, avec le temps qu'il le faut,
dans le format qu'il le faut, pour adapter nos pratiques au développement de
nouvelles pratiques.
Puis il y en a. Moi, j'ai, par exemple, un jeune
couple à Grand-Métis qui font la culture de fleurs. C'est minuscule. Alors, ce
n'est pas une grande ferme comme on retrouve à l'UPA. Eux, ils se retrouvent
dans l'intention du gouvernement, trouvent que c'est exactement le type
d'entreprise... Ils ne veulent pas se faire une grande... j'ai vu ça, un grand
manoir. Ce n'est pas ça qu'ils veulent faire. Ils ont besoin de plus petit puis
ils aimeraient habiter à côté. C'est aussi simple que ça. Alors, oui, je suis
sensible à ça. Je dis juste que, pour rendre justice à un tel enjeu, il faut
que ce soit sorti de là. Ça nous prendrait une loi, puis on a le temps. Puis
tantôt j'entendais le ministre dire qu'il faut finir ça d'ici la fin du mandat.
On a le temps amplement, amplement.
Alors, je sais que je suis en retard sur les
autres, je n'étais pas là au début, puis j'espère que mon propos n'est pas mal
vu, mais je me sens un peu une responsabilité, là-dedans, moi. Je les ai
suivis, les travaux de la commission Pronovost, puis de tout ça. Puis plusieurs
ont découvert ça par hasard : Oh! ça parle de l'aménagement du territoire
agricole à travers toutes sortes d'affaires. C'est un gros projet, mais
l'agriculture mérite plus que ça, et je suis convaincu que la collègue du
ministre est d'accord avec ça, que, tu sais, on ne peut pas... Tu sais, on a
vécu ça, hein? Le projet de loi n° 61, 66, on met tout, là-dedans, tu
sais. On prend des grandes bouchées. Mais, pour qu'on soit fiers d'un projet de
loi, il faut prendre le temps qu'il faut, puis il faut que ça porte le bon nom,
puis il faut savoir que c'est là-dessus qu'on s'engage puis voter la meilleure
loi possible, même si on est contre, hein? Ça peut être la meilleure loi
possible, même si on est contre.
Alors, ce que je dis, c'est que j'ai beaucoup de
difficulté à m'embarquer dans un projet de loi comme celui-ci, qui se retrouve
un élément parmi d'autres d'une volonté d'assouplissements administratifs.
C'est ça. On peut échanger là-dessus.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
M. le ministre, est-ce que vous voulez répondre? Parfait. Alors, nous
allons poursuivre avec la députée de Matane... non, de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Mme Lessard-Therrien : Bien, j'aurais aimé entendre le ministre
répondre au collègue de Matane-Matapédia.
Moi, je vais y aller avec une question très
courte, parce que, des fois, on fait de longs préambules, puis j'ai
l'impression que peut-être que ça devient moins clair à répondre aux questions
précises. Mais pourquoi est-ce que vous l'avez... Pourquoi le ministre a-t-il préalablement
tenu à spécifier puis à mentionner la question des superficies variées... mais pourquoi
c'était important? Puis on sait que le ministre n'a pas travaillé sur un coin
de table, là. Je veux dire, il l'a préparé, il a... J'ose croire qu'il a bien
préparé les articles qu'il voulait nous présenter. Pourquoi avoir tenu à le
spécifier au départ et là de retirer la mention?
La Présidente (Mme IsaBelle) : M. le
ministre.
M. Lamontagne : C'est vraiment une
bonne question, Mme la députée. Vous commencez à me connaître un petit peu. Des
fois, je peux être quelqu'un d'un petit peu dédié puis intense. Puis, quand
j'ai participé, en début... parce que la genèse de tout
ça, là, à un moment donné, il y a un ministre, qui est moi, qui explique aux
équipes, puis voici la réalité aujourd'hui, voici les recommandations qu'on a
depuis des années, des rapports, du monde intelligent qui ont participé à tout
Jusqu'à aujourd'hui, on n'a aucun parti
politique qui a été au pouvoir qui a accordé l'importance qu'il fallait
accorder à l'agriculture, puis au développement, puis à la vitalité de nos
territoires, mais nous, on... vous êtes à même
de constater à quel point on est un parti des régions, à quel point on a à
coeur le développement de nos régions.
Alors, je me suis assis avec les gens puis j'ai
dit : Trouvons un certain nombre d'interventions, là, limitées,
chirurgicales qu'on pourrait faire puis qui viendraient répondre à l'esprit de
dessous ce travail-là, qui n'aura pas été fait pour rien par tous ces gens-là
depuis 12 ans. Et puis, dans les premières moutures, si on veut, qui sont
arrivées, bien, tu sais, je me suis assuré... parce que, dans ma tête à moi, de
quelqu'un qui observe toute cette scène-là, bien, c'était important d'inscrire
ça pour avoir le résultat qu'on recherche. Puis là, bien, finalement, bien, est-ce
qu'on peut mettre ça dans la loi? Oui, M. le ministre, on peut le mettre dans
la loi. Alors, c'est comme ça, dans un premier temps, que ça a été mis parce
que...
C'est sûr que les gens ont travaillé avec l'objectif.
Après ça, les libellés qu'on utilise pour se rendre à l'objectif, bien, vous le
savez, M. le député de Matane-Matapédia, Madame... Bourassa-Sauvé, les légistes
ont toutes sortes de façons, des fois, de nous rendre la vie compliquée, ou
moins compliquée, ou de nous dire : Qu'est-ce qu'on fait? Finalement,
bien, on n'a pas besoin de ces mots-là, ça prend d'autres mots.
Mais suite, c'est ça, aux dépôts, puis aux
consultations particulières, puis aux commentaires des groupes, bien là, je me
suis comme retourné devant ces mêmes gens là puis je leur ai, tu sais,
demandé : Écoutez, si on n'inclut pas ces mots-là, est-ce qu'on peut faire
le travail? Oui, M. le ministre, oui, on peut faire le travail, il n'y a pas de
problème là. Bien, j'ai dit : À ce moment-là, tu sais, si ça peut aider à
réconforter certaines personnes... C'est un petit peu comme ça que ça s'est
passé.
Ce que je voudrais faire... Bien, il y a Mme la
députée de Bourassa-Sauvé, mais, après ça, j'inviterais le président de la
commission, quand vous aurez terminé de vous exprimer, peut-être, à venir vous
présenter le processus, comment ça va leur être utile, comment tout ça... la
question de l'aliénation, des morcellements, tout ça, là. Il va prendre quelques minutes, là, pour, je pense, pour vous
expliquer plus en détail un peu le travail de la commission et puis le
pourquoi, ça, ça va leur être utile, puis dans quel esprit, puis comment ils
vont appliquer ça.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous allons y aller avec la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Robitaille : Très brièvement,
mais j'ai entendu le ministre dire que son parti était le premier parti qui
faisait quelque chose pour l'agriculture. Je pense que le ministre doit faire
attention. On a...
Mme Robitaille : Bien, oui, vous
avez dit ça dans vos propos tout à l'heure. Je pense qu'il faut faire attention, là. Il y a eu le... on parlait de Jean
Garon tout à l'heure, il y a eu des grands ministres de l'Agriculture. Il y
a eu des ministres de l'Agriculture qui ont donné leur coeur, là, tant du Parti
québécois que du Parti libéral, pour faire avancer l'agriculture. Je pense à
mes anciens collègues et je pense qu'il faut faire attention.
Mais brièvement, les... vous savez, toute cette
idée de surface cultivable et de petite surface, là, sur laquelle on peut
travailler puis faire produire la terre à son maximum, ça a été... c'est
évidemment une idée qui est extrêmement importante. Et, quand je parle aux
groupes, ils sont... L'idée d'enlever toute cette question, toute l'idée... L'idée d'enlever le terme
«superficies»... l'expression «superficies variées», ça déçoit beaucoup. Et la
loi a été...
Bien, encore une fois, j'insiste, j'aimerais
savoir pourquoi le ministre tenait à retirer cette expression-là. Je l'ai
entendu, mais je voudrais... mais, quand même, c'est essentiel. Quand on parle
aux groupes, c'était vraiment une notion qui était essentielle. Le fait de la
retirer déçoit beaucoup de monde parce que c'était un ajout qui répondait,
justement, à un besoin.
Le problème, c'est... En fait, l'idée du
morcellement, on l'a dit, on l'a répété, là, les gens sont d'accord. C'est
juste qu'il faut bien l'encadrer et... Bien là, le ministre dit : Bien, je
peux le garder dans l'article 62, mais... Encore une fois, bien, si vous le gardez dans l'article 62, pourquoi ne
pas le garder dans l'article 67? En fait, si vous le gardez dans
l'article 72, pourquoi ne pas le garder dans l'article 67?
Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Pas de commentaires, non? Alors, avec le député de Matane-Matapédia...
M. Bérubé : Oui. Je veux juste
valider quelque chose. Le ministre sait que je l'aime bien, là. C'est un des...
peut-être le plus grand nationaliste de son parti. Il n'était pas fâché,
tantôt, quand il a quitté, là? Je l'ai vu quitter. Il n'était pas fâché, là? Le
ministre n'était pas fâché lorsqu'il a quitté tout à l'heure, là? Je croyais
avoir dit quelque chose qui l'avait choqué. Juste pour me rassurer.
M. Lamontagne : Est-ce qu'on est
en... Est-ce que c'est...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Vous
êtes en ondes.
M. Lamontagne : Oui? Bien, je ne
répondrai pas.
M. Bérubé : Je
sais. Je pose ma question en ondes.
M. Lamontagne : Bien, en tout
respect pour mon collègue, il sait à quel point je l'apprécie. C'est que je
sentais le besoin de devoir m'absenter depuis quelques instants, et puis mon
collègue s'est mis à tenir des propos qui, honnêtement, selon mon appréciation,
n'étaient pas à la hauteur de la personne et de la qualité de personne que je
connais puis que je côtoie à l'Assemblée nationale depuis sept ans. Alors,
plutôt que m'infliger cette espèce de dissonance là entre l'appréciation que
j'ai de mon collègue puis les propos que j'entendais, j'ai choisi, je m'en
excuse, Mme la Présidente, ce moment-là pour aller faire ce que j'avais à
faire.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait.
M. Bérubé : Puis ce n'était pas mon
objectif. Je veux rassurer le ministre, mais j'ai beaucoup cherché, dans les
propos que j'ai tenus, lesquels étaient soit non parlementaires ou offensants
d'une quelconque façon que ce soit. Il me semble que je fais part d'un certain
nombre d'appréhensions, d'inquiétudes qui ne sont pas que les miennes. Il y a plusieurs groupes qui, en principe, auraient
pu le faire, applaudir ça, puis qui posent des questions aussi, ça va de
soi.
Alors, oui, le ministre est dédié à
l'agriculture, ce n'est pas un enjeu. C'est salué, et le premier ministre le
dit souvent, tout comme tous les ministres qui l'ont précédé, qui ont amené
leur pierre et qui ont contribué pour le mieux à l'agriculture.
Mais l'essentiel de mon propos est le
suivant : On peut questionner l'intention, ça a déjà été fait avant que
j'arrive, comment on est arrivés à ça, bon, j'ai quelques hypothèses, ensuite,
comment on est arrivés à ne pas offrir au ministre un véritable espace, projet
de loi très identifié à la protection du territoire agricole et au
développement de nouvelles pratiques, hein, certaines qu'on ne soupçonne même
pas que le ministre, à travers ses rencontres, pourrait nous dire :
Surveillez, par exemple, ceci est en émergence sur vos territoires, puis on
doit en tenir compte pour demeurer productifs et habilités à faciliter de
nouveaux modèles, notamment chez les jeunes, dans toutes les régions du Québec.
C'est ça que je dis.
Donc, deux choses que je dis : Comment ils
sont arrivés avec cette proposition-là, ça leur appartient, mais en partie,
parce qu'à un moment donné il faut venir nous présenter ça. Puis là, moi, tout
ce que je dis, c'est que... je ne suis pas le premier à l'avoir dit, là, que ce
projet de loi n° 103 ne rend pas justice à l'importance
de l'enjeu. Ultimement, le gouvernement est majoritaire. Quoi qu'on dise, quoi
qu'on fasse, ce sera le projet de loi qui sera adopté par la majorité gouvernementale. J'aime ça, rappeler ça souvent, parce que les
gens nous disent : Oui, mais faites de quoi. On peut proposer, on
peut réussir à convaincre, à l'occasion, mais essentiellement, pour avoir été ministre,
beaucoup moins longtemps que le ministre, il y a une ligne, là, qu'on se donne, il y a des
objectifs qu'on veut atteindre.
Alors, ce que je dis, c'est : La
participation va être bien limitée, dans le sens suivant : je trouve que
ce n'est pas... je trouve que de contribuer à cet exercice dans ces conditions
ne rend pas justice à l'importance de l'enjeu. Ça fait peut-être de moi un
nostalgique, d'avoir de la considération pour ce qui a été fait, le geste politique
fort qui a été fait par Jean Garon et René Lévesque, mais je suis comme ça, je
suis un romantique de la politique, d'une certaine façon, Mme la Présidente. Et
je serai attentif aux propos puis aux travaux, puis je ne vais certainement pas
manquer de respect à personne, mais je vis la même chose dans le dossier de la
langue, hein? À un moment donné, je vous raconterai ça, comment ça se passe.
C'est quelque chose, hein? Ne se réclame pas de Camille Laurin qui veut. Heureusement,
le ministre, lui, ne se réclame pas de Jean Garon, il poursuit l'oeuvre que
bien des gens ont fait. Ceci étant dit, l'Institut Jean-Garon est beaucoup plus
critique que moi, je le suis là-dessus. Voilà.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Alors, nous poursuivons avec la
députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Mme Lessard-Therrien : Merci, Mme la
Présidente. Peut-être revenir, là, sur la réponse que m'a fournie le ministre à
ma question précédemment. Et ça fait à quelques reprises que je l'entends dire
que c'était important de mentionner la question
des superficies variées, c'était important d'inscrire ça pour obtenir le résultat qu'on
recherche. Ça fait que ça en dit long, là, sur l'importance pour obtenir le
résultat qu'on recherche.
Et là il nous a dit qu'il voulait réconforter
certaines personnes. Mais moi, je trouve ça un peu embêtant, Mme la Présidente,
parce que ce n'est quand même pas rien, là, c'est un texte de loi. Puis j'ai un
petit peu de difficulté à me retrouver dans les propos du ministre parce qu'il
nous dit... bon, d'une part, c'était important pour lui d'inscrire ça pour
obtenir le résultat qu'on recherche. D'autre part, le fait de retirer la
mention des superficies variées, ça ne change pas grand-chose, finalement,
parce qu'il y a toujours la présence des diversités des modèles. Mais là on les
a retirés pour réconforter certaines personnes.
Est-ce que c'est vraiment ça, en fait, le
retrait de la mention des superficies variées qui va réconforter cesdites
personnes, qu'on aimerait bien savoir qui sont-elles? Mais, si le ministre
affirme en plus que, finalement, ça ne change pas grand-chose, qu'est-ce qu'on
veut venir réconforter exactement?
La Présidente (Mme IsaBelle) : M.
le ministre.
M. Lamontagne : Bien, je répète à mes collègues qu'hier... puis
ce n'est pas la faute à personne, là, mais il y a un amendement qui vous a été présenté sans qu'on ait eu
d'échange. Moi, jusqu'à maintenant, là, les quatre projets de loi auxquels j'ai
participé, là, moi, j'ai des amendements, puis, à un moment donné, si je
m'aperçois que les échanges qu'on a, qu'il y a des choses qu'on peut faire pour
faire évoluer, avancer, rassembler, je les dépose.
Là, je suis arrivé hier,
puis on ne fonctionnait pas tout à fait de la même façon. Ça fait qu'à ma
grande surprise, avant qu'on ait eu à discuter de ce qu'on étudiait, bien là,
on s'est mis à discuter d'un amendement, quelque chose qu'on n'avait pas
discuté encore. Ça fait que c'est sûr... honnêtement, ça n'a pas parti ça bien,
bien, bien de la bonne façon. C'est pour ça que, ce matin, je suis arrivé puis
j'ai dit : Écoutez, on fait-tu comme si... On le met dans le four à 100,
là, puis on jase de l'article, puis, après ça, on verra si c'est approprié
encore de l'avoir, parce qu'on n'avait pas eu ces échanges-là. Puis finalement
on continue, puis il n'y a pas d'enjeu là. Ça fait que le...
Souvent, Mme la députée, il peut y avoir, des
fois, des questions de perception, il peut y avoir des questions d'interprétation, il peut y avoir des questions...
tout ça. Puis ce qui est important, là, au-delà de la politique, au-delà
de... chacun fait son travail, puis je
l'apprécie, honnêtement, bien, c'est de faire le ménage, là, puis, ultimement,
qu'est-ce qu'on veut faire. Puis ce qu'on veut faire, là... puis moi,
chacun des groupes à qui j'ai parlé, là, ce qu'on veut faire, c'est de permettre à notre agriculture, qui est variée,
avec des modèles variés, permettre à notre agriculture de lui donner les
moyens de s'exprimer, lui donner un environnement pour s'exprimer. Alors, on a
tous les outils pour faire exactement ça.
Puis tantôt je vous ai dit : Écoutez, on
peut parler des termes longtemps, mais ultimement, si vous voulez qu'on réinsère ça... Tu sais, je vous ai dit à
l'article 72 parce que c'est là que le commissaire prend ses directives,
si on veut, pour alimenter sa réflexion puis faire son travail. Puis
j'ai dit : Dans le fond, l'article 1, c'est vraiment l'article qui
est à portée générale de la loi, puis juste... de variétés de modèles. Mais
ultimement, là, je vous le confesse bien, bien honnêtement, là, si vous
dites : M. le ministre, on veut garder ça là, dans le 67, je vais
dire : Parfait. Si vous dites : On veut garder ça dans le 72, je vais
dire : Parfait. Si vous dites : Bien, dans le fond, on ne veut pas
l'avoir dans le 67 parce que, vous dites, pour telles, telles raisons, puis, dans
le fond, ça ne serait pas nécessaire, je vais dire : Parfait. Mais vous
dites : On voudrait le garder dans le 72, parce que, là, c'est vraiment
pour alimenter le commissaire puis le signal, vraiment, qu'on veut lui envoyer,
je vais dire : Parfait. Tout est sur la table, là, parce qu'ultimement,
là, on veut faire un travail puis on a les outils pour faire ce travail-là.
Ça fait que je m'en remets à vous. Vous avez
quatre choix, là. Ça fait que je m'en remets à vous pour qu'on prenne le chemin
que vous jugez le plus approprié. On va se rendre à la même... même endroit.
Celui-là qui va faire le travail pour vous, moi, honnêtement, ça fait le travail
pour moi aussi, là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, on y va avec la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Robitaille : Une petite
question. Rapidement, à la lumière du témoignage de mon collègue de Matane et
de ce qu'on s'est dit hier, là, est-ce que le ministre pourrait... bien, est-ce
que le ministre met complètement de côté l'idée de retirer ce bloc-là? Puis
peut-être ça serait l'occasion, là, de retirer le bloc et de faire un projet de
loi.
M. Lamontagne : Bien, honnêtement,
je vous ai expliqué puis je l'ai expliqué hier, malheureusement, mon collègue
n'était pas là, pourquoi ce n'est pas quelque chose que je contemple faire,
puis aussi ça s'inscrit...
Tu sais, en 2017, l'ancien député de Nelligan a
déposé le projet de loi n° 122, loi visant principalement à reconnaître
que les municipalités sont des gouvernements de proximité et augmenter leur
pouvoir et leur... leur autonomie et leur pouvoir, qui était un omnibus
municipal dans lequel ils sont venus faire des modifications dans la Loi de la
protection du territoire et des activités agricoles, entre autres, qui visait à
assouplir les règles permettant la construction d'une résidence dans une zone
agricole. À ce moment-là, le gouvernement a jugé que les modifications qu'il
faisait, là, il pouvait les faire par l'entremise de ce véhicule-là. Le
ministre devait avoir ses impératifs, corpus législatif, et tout ça. Puis le
travail a été fait puis, ultimement, le projet de loi a été adopté. Puis les
modifications, les dernières modifications à la loi, en 2017, ont été apportées
par la voie d'un projet omnibus du ministère des Affaires municipales de
l'ancien gouvernement.
Moi, ce que je vous ai exprimé depuis le début,
ce qu'on vient faire, c'est quelques articles chirurgicaux qui vont dans le
sens... qui s'inscrit dans tous les travaux qui ont été faits depuis 2009, qui
vont dans le sens d'une plus grande vitalité pour nos entreprises agricoles,
pour notre territoire agricole, pour l'occupation de notre territoire, pour le
développement de nos entreprises agricoles. Alors, c'est le véhicule, là, que
j'ai pu utiliser pour faire ce travail-là.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Une minute. On y va sur
l'amendement. Députée de Bourassa-Sauvé, il vous reste à peu près une
minute.
Mme Robitaille : Vous parlez de
gens, réactions de gens suite à ce terme, «superficies variées». C'était quoi exactement?
Vous parliez, tout à l'heure, qu'il y a des gens qui ont réagi au terme
«superficies variées», là, puis c'est ce qui
vous a fait reculer. Bien, c'était quoi, la réaction des gens? Pourquoi? Qu'est-ce qu'ils vous ont dit exactement?
M. Lamontagne :
Bien, ce que j'ai expliqué tantôt, il y en a qui m'ont parlé de l'intensité du
signal qui pouvait être envoyé, que ça, ça serait peut-être fort, qui
ferait que, là, le commissaire entendrait qu'il faut absolument qu'il en fasse
le plus possible. Mais, en réalité...
Tantôt, vous allez écouter... Bien, je
proposerais, là, qu'on fasse intervenir, si vous voulez bien, le président de
la commission pendant quelques minutes, qu'il prenne le temps d'expliquer un
peu comment ça se passe, puis tout ça. Puis, après ça, on continuera nos
échanges aussi à la lumière de ces informations.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Est-ce que nous avons le consentement? Parfait. Alors, je vous invite,
monsieur, à bien vous présenter et donner votre
titre avant de commencer à
répondre.
M. Labrie
(Stéphane) : Stéphane Labrie, président de la Commission de protection
du territoire agricole.
Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à tous. Merci de me donner l'occasion de faire quelques
commentaires sur le projet de loi pour vous
exposer ce que l'on anticipe comme effets attendus de ce projet de loi là,
particulièrement à l'égard de l'amendement proposé à l'article 62.8.
D'abord, la
Loi sur
la protection du territoire agricole, on en parle depuis quelques minutes,
l'article 1.1, par cet article-là, on établit un régime de protection et
on explique l'objet de la loi. C'est la première des choses. À
l'article 3, on vient instituer la commission et on vient décrire ses
fonctions. Les articles 12 et 62 indiquent suivant quels critères comment
la commission va rendre une décision, comment la commission va exercer ses
pouvoirs.
Lorsque la commission
reçoit une demande d'autorisation, elle doit analyser, et ça inclut une demande
de morcellement. Elle doit analyser le tout en fonction des particularités
régionales, l'article 12, mais aussi en fonction des critères de l'article 62. Suivant le type de demande, il y a
des critères qui sont plus incontournables que d'autres. Dans le cas d'une demande de morcellement, c'est
l'alinéa 8° de 62 qui parle de la constitution de propriétés foncières
dont la superficie est suffisante pour y pratiquer l'agriculture.
La jurisprudence nous
dit qu'en plus de ce critère-là les commissaires saisis d'une demande de
morcellement peuvent également analyser d'autres critères et tenir compte
d'autres critères de l'article 62. On prend, par exemple, l'alinéa 5°, le
cinquième critère : «La disponibilité d'autres emplacements de nature à
éliminer ou réduire les contraintes sur
l'agriculture». Les commissaires vont être appelés à prendre en compte aussi
l'alinéa 5° dans une demande de morcellement.
L'alinéa 6°,
«l'homogénéité de la communauté et de l'exploitation agricoles», c'est un autre
critère pour... à prendre en compte pour analyser et statuer sur une demande de
morcellement.
a rendu public, en 2017, un document de réflexion sur le morcellement, qui
reprenait... qui était, ni plus ni moins,
une mise à jour d'un autre document de réflexion que la commission avait publié
dans les années précédentes. Au niveau du morcellement, le document de
réflexion de 2017 fait état de deux approches pour analyser une demande de
morcellement : l'approche territoriale, qui va analyser davantage la
superficie dans un contexte de moyen, long terme, principalement en matière de
pérennité de la superficie et de sa polyvalence. Une fois morcelée, la superficie
ainsi morcelée peut-elle servir à plusieurs usages, agricoles ou pas? Ça, c'est
l'approche territoriale. Mais le document de
réflexion fait aussi état de l'approche économique, l'approche économique qui
est davantage une approche individuelle, qui va s'attarder davantage aux
particularités du projet qui sous-tend une demande de morcellement.
Le document de
réflexion de 2017 propose qu'il y ait un amalgame des deux approches dans
l'analyse d'une demande de morcellement,
mais, en 2017, il n'y a pas eu de modification à la loi.
L'alinéa 8° de
l'article 62 n'a pas été modifié,
et la jurisprudence dominante qui s'était développée jusqu'à ce moment-là a été
maintenue. Et la commission, plus souvent
qu'autrement, a utilisé et utilise encore aujourd'hui l'approche territoriale.
Ça ne veut pas dire qu'un commissaire ne prendra jamais l'approche
économique. Il y en a aujourd'hui, des demandes de morcellement de plus petites
superficies, où le commissaire saisi du dossier va analyser le projet. Mais il
n'y a pas de signal ou d'indication claire du législateur, depuis 2017, qui est
venu dire : Utilisez donc cet amalgame d'approches et analysez à la fois
l'approche territoriale et l'approche économique.
L'effet attendu, pour
nous, de la modification de 62, 8°, c'est de venir dire
aux commissaires et de dire à la population qui veulent déposer une demande de
morcellement à la commission : La commission va analyser ça sur une base
territoriale, oui, mais va analyser votre projet et va prendre aussi l'approche
économique, donc l'amalgame des deux approches.
C'est, à l'égard du
morcellement, nous, l'effet attendu de ce projet de loi là, si les
modifications proposées étaient adoptées. On ne change pas, on ne crée pas une
nouvelle approche, on vient dire aux commissaires : Analysez une demande suivant les deux approches, de façon
simultanée, analysez l'aspect territorial, analysez l'aspect économique
et tenez compte du projet qui est devant vous, de sa viabilité, de son sérieux
et de ses perspectives d'avenir sur la superficie morcelée. J'espère que, sur
cette question-là, mon propos amène un éclairage.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il des questions? Il vous reste
30 secondes, députée de Bourassa-Sauvé.
Robitaille : ...question : Le terme «superficie», là, l'enlever,
est-ce que ça fait une grande différence dans le projet de loi? En quoi le
terme «superficie» ajoute ou change quelque chose?
M. Labrie (Stéphane) : Je vous dirais que l'indication pour la commission, dans l'application de ses critères, est plus pertinente, de notre point
de vue, à l'alinéa 8°
de 62, qu'à 1.1. Mais c'est clair qu'à 62, 8°, on vient nous parler
de projets et on vient nous parler de
superficies variées. En termes de clarté de l'intention du législateur, c'est
encore plus clair.
Robitaille : Une
miniquestion : Est-ce que c'est chirurgical, vous, vous pensez, les modifications
qu'on...
M. Labrie
(Stéphane) : Je viens de vous parler de réflexions de la commission
qui datent du début des années 2000, qui ont été mises à jour en 2017. Le projet
de loi, tel qu'il est là, n'invite pas les commissaires à utiliser une nouvelle
approche, une troisième approche. Le projet de loi indique aux
commissaires : Les deux approches existantes, dont une que vous utilisez
de façon plus dominante, bien, utilisez-les de la même façon que la deuxième approche, qu'historiquement vous utilisez moins.
Est-ce que c'est chirurgical ou pas? De mon point de vue, ce n'est pas
une révolution dans le travail des commissaires et de la commission sur une
demande de morcellement, pas du tout.
Présidente (Mme IsaBelle) : C'est tout. Est-ce qu'il y a d'autres
questions? Oui. Alors, députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Lessard-Therrien : Bien,
j'ai quelques questions, puis, tu sais, si le ministre peut répondre ou le
président, c'est parfait. Je ne veux juste pas coincer personne, là, ce n'est
vraiment pas mon objectif.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : M. le ministre.
Lamontagne : Bien, je prendrais les questions puis, si je juge
approprié de demander à M. le président de répondre...
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Excellent.
Lessard-Therrien : Bien, c'est parce qu'on dit : On ne crée pas
de nouvelle approche. En même temps, si on modifie la loi puis qu'on voulait
inscrire ça explicitement pour obtenir le résultat qu'on recherche, c'est
clairement parce qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait moins bien, sinon
on laisserait ça tel quel. Là, peut-être que...
Finalement, j'aimerais entendre le président, qui dit : Il y avait... il y
a deux approches, il y en a une qu'on utilisait plus que l'autre. Bien, j'aurais peut-être envie de savoir quelles sont
ces deux approches-là puis pourquoi il y en avait une qui avait
préséance sur l'autre. Ça a cheminé au moment où j'avais ma réflexion, là, mais
j'aimerais entendre...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, le ministre laisse la parole à
M. Labrie.
M. Labrie
(Stéphane) :
L'alinéa 8° de 62, lorsqu'on parle de superficies
suffisantes... (Interruption). Oui, Siri.
Pardon. Lorsque l'article... l'alinéa 8° de 62 parle de
superficies... (Interruption). Lorsque le législateur parle, à 62, 8°, de superficie suffisante, c'est suivant un
modèle d'agriculture qui prévalait au moment de l'adoption de la loi, en
Mme Lessard-Therrien :
...est-ce qu'on peut suspendre?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Ah! d'accord. On s'excuse, M. Labrie.
Vraiment, ça, c'est une règle.
M. Labrie
(Stéphane) : Bien, non, pas de souci.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Il y a un vote au salon bleu, nous devons donc
suspendre.
(Suspension de la séance à
12 h 38)
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, lorsque nous avons suspendu, la parole
était à M. Labrie. Je vous invite à poursuivre votre réponse.
M. Labrie
(Stéphane) : La députée serait-elle assez gentille de répéter la question?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Voulez-vous répéter votre question?
Mme Lessard-Therrien :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Dans le fond, juste pour qu'on se remette tous à
la même place, là, c'est qu'on dit : On ne vient pas nécessairement créer
une nouvelle approche avec les propositions qui
sont dans le projet de loi. Mais, en
même temps, si on modifie, si on
prend la peine de modifier, c'est... clairement, il y avait quelque chose
qui fonctionnait moins bien.
Tantôt, le président
de la commission nous a dit : Bien, en fait, il y a deux approches qui
sont utilisées, en ce moment, par les commissaires, et il y en a une qui avait
préséance sur l'autre. Donc, maintenant, c'est peut-être de rééquilibrer ces
deux approches-là. Ma question était : Quelles sont ces deux approches et
pourquoi est-ce qu'il y en a une qui avait préséance sur l'autre?
M. Labrie
(Stéphane) : Merci, Mme la députée.
L'alinéa 8° de l'article 62,
lorsqu'il traite de superficie suffisante pour la pratique de l'agriculture,
c'est un alinéa qui a été introduit en 1978, avec la loi, alors qu'à cette époque les pratiques étaient peut-être moins diversifiées, en matière d'agriculture, qu'elles peuvent l'être aujourd'hui. Donc, la
superficie suffisante, la jurisprudence s'est développée, et à commencer par
celle de la commission, mais également entérinée par les tribunaux supérieurs,
qui est venue établir une superficie suffisante dans un objectif de moyen, long terme — on est dans la notion de pérennité que prévoie la
loi — mais
aussi pour assurer une polyvalence de différents
types d'agricultures sur cette superficie-là au fil du temps. Cet article-là,
à cet alinéa-là, à ma connaissance, n'a pas été modifié au cours du
temps. Donc, c'est toujours la même jurisprudence qui s'est développée.
J'ouvre une parenthèse. Je pense, c'est important
de souligner que les commissaires exercent leurs compétences à l'intérieur des
critères de 12 et 62, mais, à l'intérieur de ces critères-là, ont pleine
autonomie, et elles ont discrétions. Et ça, ces
caractéristiques-là sont reconnues par les tribunaux supérieurs. Alors, chaque
commissaire fonctionne... On a toujours un souci de cohérence, comme organisation,
mais dossier par dossier, les commissaires saisis
du dossier ont pleine liberté à l'intérieur du cadre la loi. Au fil du temps,
on constate qu'il y a des commissaires qui ont un peu davantage, plus que d'autres, utilisé
l'approche économique, mais certains se sont vraiment... ont vraiment
maintenu l'utilisation de l'approche territoriale.
L'effet de la modification proposée donnerait un
signal clair, et là on est à l'intérieur des critères de la loi, à chaque commissaire saisi d'une demande de
morcellement, d'analyser ensemble les deux approches, territoriales et économie.
Il est là, le changement, mais, pour
nous, c'est en droite ligne avec le document de réflexion 2017. C'est ce
que l'organisation suggérait
comme approche. La loi vient nous dire maintenant de le faire, advenant que la modification
est adoptée.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Merci pour les explications. Oui, députée de Rouyn-Noranda.
Mme Lessard-Therrien : Je vais en
profiter pour aller au bout, là, de ma question. Est-ce que vous auriez un
exemple, tu sais, pour qu'on saisisse mieux l'approche territoriale versus
l'approche économique?
M. Labrie (Stéphane) : Je vous
dirais que l'approche territoriale, comme l'indique le document sur le
morcellement, ramène souvent à une superficie qui correspond au domaine
seigneurial, des superficies de base. Puis là je ne suis pas dans les cantons
abitibiens, je suis dans la vallée du Saint-Laurent. On parle de 30,
35 hectares. C'est un peu ça. Le règlement que le gouvernement a adopté,
en 2018, qui est entré en vigueur en 2019, prévoit... dorénavant, des échanges
de superficie entre agriculteurs peuvent se faire, suivant les conditions du
règlement, pour des superficies, de part et d'autre, de 40 hectares.
On n'est pas dans le type d'agriculture, par
exemple, que pratique M. Fortier. Ça, l'approche territoriale telle qu'on
la connaît ne donnerait vraisemblablement pas droit à un morcellement pour
soutenir un projet de cette nature-là. L'approche économique pourrait, mais ça
suppose qu'il y a un projet, ça suppose que le projet est évalué, ça suppose que la commission reçoit, en temps utile,
toute l'information de projet pertinente pour être capable d'apprécier
la solidité, le sérieux, la viabilité du projet. Ça, c'est des éléments
importants à considérer. 62, 8°, de notre point de vue, modifié, requiert des
modifications à l'article 15. Puis je ne veux pas devancer les sujets,
mais la commission, pour bien évaluer un projet, doit être en mesure d'avoir à
sa disposition toute la documentation de projet pertinente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Vous pouvez poursuivre.
Mme Lessard-Therrien : J'aurais une
autre question. Je pense que vous avez... je pense que le président de la commission...
Oui, bien, je vais avoir envie de l'entendre, si M. le ministre veut lui donner
la parole encore. Mais on a entendu beaucoup les préoccupations des groupes,
puis est-ce que... Attendez, là, que je formule ma pensée comme il faut,
mais... Les craintes par rapport aux maisons manoirs, par rapport à la perte de
l'activité agricole, si on gardait le
libellé avec la question des superficies variées, est-ce que
c'est... pour l'avis du président de la commission, ces craintes-là sont
justifiées?
M. Labrie (Stéphane) : Merci de me
donner l'occasion de m'exprimer sur ce sujet. La maison à laquelle on fait
référence, c'est généralement une maison dont les droits sont reconnus en vertu
de l'article 40, l'article 40 qui énonce un certain nombre de
critères. Essentiellement, il faut que ce soit au bénéfice d'une personne qui
pratique l'agriculture comme principale occupation et dont l'exploitation
agricole génère des revenus, des bénéfices, pour faire... historiquement, faire
vivre la famille et payer la maison. J'y vais grossièrement.
L'article 40
suppose qu'il y a une exploitation en marche, que cette exploitation-là est
profitable et que la profitabilité est démontrée par des documents pertinents
déposés à la commission.
Lorsqu'on parle d'un morcellement, on parle d'un
projet agricole, selon le projet de loi qui est déposé. On n'est pas dans
l'exploitation avec des résultats. Une demande de morcellement en vertu de 62,
8°, pour analyser un projet, on va être dans la prospection, on va avoir un
plan d'affaires, on va avoir des prévisions financières. Lorsque la commission
reçoit une demande pour une déclaration pour être autorisé à construire une
maison en vertu de l'article 40, on n'est pas dans la prospection, on est
dans les résultats. Est-ce qu'il y a une exploitation qui est en marche? Depuis
combien de temps? Est-ce qu'elle génère des revenus?
Donc, la demande de morcellement n'amènera pas
une maison, automatiquement, et surtout pas une maison manoir. Il faut faire la
distinction entre les deux notions. Je pense que c'est important de le faire
puis je vous remercie de me donner la chance de le faire.
La Présidente (Mme IsaBelle) : M. le
ministre, vous vouliez ajouter quelque chose? Non? D'accord. Alors, nous
poursuivons l'échange.
Mme Lessard-Therrien : Oui, merci.
Parce que, tu sais, dans les craintes des groupes qui sont... qu'on partage,
évidemment, tu sais, par exemple, on a quelqu'un qui rêve, bon, d'avoir un
projet maraîcher. C'est sûr que, tu sais, d'habiter à la ferme, c'est un
avantage, parce que je pense qu'il y a beaucoup de... la nouvelle génération
d'agriculteurs veulent aussi adopter le mode de vie en agriculture. Puis, quand
tu as de la conciliation familiale, c'est bien pratique, tes enfants font la
sieste, tu vas faire une job de désherbage, tu vas faire une job de... O.K., on
fait nos paniers. Tu sais, je veux dire, ça
vient avec la construction d'une maison, à mon avis, puis ça peut être tout à
fait justifié.
Mais là, dans le cas où,
bon, quelqu'un aurait un projet qui se tient bien, au regard de la commission,
on arrive à morceler un bout de terre, on construit la maison, on implante
l'activité agricole, ça fonctionne bien les premières années... arrive une séparation,
peu importe, arrive une situation qui fait qu'on laisse tomber la production,
on met la ferme à vendre, et là les nouveaux acheteurs, bien, n'ont pas
nécessairement le projet agricole, puis eux trouvent la maison un peu trop
petite, ça fait que décident de l'agrandir. Puis là, tout d'un coup, on arrive
avec ce phénomène-là, peut-être, d'une grosse maison en campagne avec quelqu'un
qui ne pratique pas de l'agriculture, puis c'est
ça, le risque, où là on a finalement perdu ce morceau de terrain là qui était
dédié à l'agriculture puis là, bien, pour lequel on ne pratique plus
d'agriculture.
Ça fait que je pense que je vous résume un peu
la crainte des gens. Est-ce qu'il y a quand même moyen de maintenir la question
de la superficie variée? Parce qu'il y a des gens pour qui ça peut être un
succès puis que ça peut être un succès pendant 50, 60 ans puis sur des
générations... mais pour se prémunir, au moment de la vente, que la vocation
agricole va demeurer?
La Présidente (Mme IsaBelle) : M. le
ministre.
M. Lamontagne : Oui. Bien,
aucunement, il est stipulé... Ce n'est pas parce que quelqu'un arrête... Vous
avez une terre agricole, Mme la députée, demain matin, vous décidez que vous ne
pratiquez plus l'agriculture puis que vous ne laissez pas personne d'autre
pratiquer l'agriculture sur votre terre, bien, que vous, vous ne pratiquiez plus l'agriculture,
ça ne fait pas que votre terre n'est plus une terre agricole. Votre terre
agricole va demeurer toujours
partie prenante de la zone agricole. Il
n'y a pas de lien entre le fait qu'elle soit dans une zone agricole gouvernée
par la
loi sur la protection des terres et des activités agricoles. Il n'y a
pas de lien entre le fait que vous arrêtez de l'exploiter ou ne pas
l'exploiter, les mêmes règles vont s'appliquer.
Puis
d'ailleurs, le président pourra me corriger, s'il y a une maison qui est bâtie,
en vertu de 40, parce qu'il y a quelqu'un qui a fait la démonstration de
la viabilité puis le fait que c'était leur premier gagne-pain, et tout ça, puis
que, plus tard, il n'y a plus d'exploitation
agricole, puis quelqu'un a acheté ça, puis il voudrait bâtir une grosse
maison, 40 ne permet pas de faire ça. Le bâti est associé avec une activité
agricole. Si vous avez une maison, vous arrêtez de faire votre exploitation agricole, peu importe la superficie, puis vous
la vendez, vous vendez votre terre puis quelqu'un vient l'habiter, il
peut habiter ce que vous aviez puis il est encore en zone agricole. S'il décide
de mettre la pelle mécanique là-dedans puis de se faire une autre sorte de
résidence, encore là, il est assujetti aux mêmes dispositions, puis M. le
président, vous me corrigerez, là, aux mêmes dispositions de l'article 40,
il n'a pas le droit de faire ça.
La Présidente (Mme IsaBelle) : M.
Labrie.
M. Labrie
(Stéphane) : Merci, Mme la Présidente. J'ajouterais — le ministre a raison — particularité méconnue de
l'article 40, c'est que le privilège reconnu par la commission pour
construire une maison sur une exploitation agricole doit perdurer dans le
temps. Suivant votre exemple, Mme la députée, quelqu'un a eu une exploitation
agricole, s'il veut reconnaître le privilège de l'article 40, s'il
construit une maison, éventuellement, pour diverses raisons, cesse les
activités agricoles et veut vendre, éventuellement, la maison, je déconseille à
quiconque d'acheter une telle maison s'il
n'a pas lui-même, l'acheteur, un projet agricole. Parce qu'advenant la
destruction de la résidence, pour
reconstruire la maison, il doit se requalifier à la commission en vertu de
l'article 40. Et, à ce moment-là, s'il n'y a pas de projet
agricole, donc pas de résultat financier, le privilège ne sera pas reconnu pour
reconstruire la maison. Et, s'il y a un risque pour la zone agricole, c'est
clair, mais il y en a un pour l'acheteur, encore plus grand, je pense.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui,
M. le ministre.
M. Lamontagne : Je viendrais
rajouter aussi que la modification à une maison requiert aussi d'avoir
l'autorisation de la commission. Puis je viendrais rajouter aussi, quelqu'un
achète une maison sur une terre agricole, ne
l'exploite pas, s'il explique ça à son assureur, l'assureur va probablement
refuser d'assurer sa maison, parce que si, exemple, la maison brûle, il n'aura pas le droit de reconstruire, en
vertu de l'article 40, à moins qu'il soit un exploitant agricole
puis qu'il vive de son agriculture sur la terre sur laquelle il y a une maison
qui a été bâtie.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Mme Lessard-Therrien : Bien, on
apprend des choses, Mme la Présidente, ce qui est toujours pertinent dans une
commission parlementaire. On va se coucher moins niaiseux ce soir.
Mais, bien, tu sais, je trouve ça rassurant,
dans une certaine mesure, ce que j'entends. En même temps, tu sais, tantôt, le
ministre a dit : On veut réconforter certaines personnes en retirant la
mention des superficies variées. Je pense que, pour beaucoup de gens, la
question de maintenir la vocation agricole... Bon, tu sais, j'entends bien ce
qu'on nous dit, en même temps, tu sais, quelqu'un peut racheter la maison, oui,
le terrain va rester zoné vert, ça, j'en conviens bien, mais il n'y aura pu nécessairement
de production qui va être destinée à nourrir les gens. Tu sais, ça reste en potentiel, mais, je veux dire, il y a un
phénomène, là, de terres en friche, là. Le collègue de Matane-Matapédia peut bien parler de ce qui
se passe dans le Bas-du-Fleuve, moi, en Abitibi-Témiscamingue, le phénomène des
terres en friche est bien, bien, bien présent. Puis je pense que ce qu'on
souhaite, c'est que nos terres agricoles servent à nourrir le Québec puis à
accroître notre autonomie alimentaire au Québec.
Puis je pense que la
perspective de dire : On va développer des modèles avec des superficies
variées... Parce que M. Fortier, on en parle tous un peu, mais il est assez
précurseur, là, dans son modèle d'agriculture à petite échelle, où on peut
avoir accès à un morceau de terre qui ne fera pas en sorte qu'on va s'endetter
sur des générations. Parce que le fonds de terres agricoles, c'est, à mon avis,
un problème au Québec, mais c'est inabordable, le coût des terres agricoles.
Donc là, tout d'un coup, c'est que ça devient possible pour des jeunes, surtout
des gens de la relève, bref, de faire lever un projet agricole. Puis je pense
que c'est l'objectif que poursuit le ministre, de dire : On veut... Puis
M. Fortier, il le dit très bien, il dit : Ce qu'on veut, ce n'est
plus une agriculture de masse, mais une agriculture par les masses, parce que
ça augmente notre résilience alimentaire, ça dynamise nos campagnes, ça... Ah!
bien, un jour, j'aspire, M. le ministre, à m'asseoir dans votre chaise, mais...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Écoutez, compte tenu de l'heure... Mais, avant ça, je veux vous mentionner que
le ministre nous a acheminé un document qui est disponible sur le Greffier.
Alors, je vous invite, peut-être sur l'heure du dîner, là, tout en mangeant,
d'aller consulter ce document-là.
Sinon, bien, écoutez, compte tenu de l'heure,
nous suspendons les travaux jusqu'à 14 heures. Donc, je vous souhaite un
bon dîner à toutes et à tous.
(Suspension de la séance à 13 heures)
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, nous reprenons. Alors, tel
que... Je dois relire ça, hein? Je pense que je l'ai oublié, mais ce n'est pas nécessaire. Je pense
qu'on n'est pas obligés de le dire. Nous sommes bien dans le projet de loi
n° 103. Lorsque nous nous sommes quittés ce midi, nous... la parole
était à la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue. Est-ce que vous voulez
poursuivre?
Mme Lessard-Therrien : Oui.
Bien, peut-être, pour le bénéfice, là, de la poursuite des travaux, parce que
c'est, des fois, difficile quand on s'arrête comme ça, on était sur la
question, tu sais, de la construction des maisons manoirs, puis le ministre
nous avait un peu, finalement, expliqué en quoi la construction des maisons
manoirs n'était pas, tu sais, favorisée, de la façon dont la loi était écrite
avec l'article 40. S'il pouvait juste, peut-être, nous résumer un petit
peu son intervention juste pour qu'on se remette à la même page, tout le monde,
s'il vous plaît.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. M. le ministre.
M. Lamontagne : Bien, oui, Mme la Présidente, ce matin,
j'ai oublié de souligner la présence de ma collègue députée de Labelle,
qui, d'ailleurs, a beaucoup d'agriculteurs dans son comté, puis elle est
toujours très intéressée par la chose de l'agriculture. Alors, salutations.
Bien, Mme la députée, je vais chercher à vous
résumer un petit peu ce qu'on a dit, mais, naturellement, la plus vibrante
explication, c'est venu de la part du président de la commission. Mais, grosso
modo, c'est que toute la question du bâti en zone agricole, c'est régi par
l'article 40 de la loi, qui... Fondamentalement, l'autorisation d'un bâti
en zone agricole est liée avec une condition d'exploitation qui est existante
puis qui a fait la démonstration de sa viabilité. À ce moment-là, la commission
peut accorder d'avoir un bâti.
Puis, s'il arrivait un moment où il n'y a plus
d'exploitation sur cette terre-là, qu'elle ait 50 hectares,
10 hectares, 100 hectares, mais, s'il n'y avait plus d'exploitation,
bien, la maison comme telle, je veux dire, continue d'exister, peut être
habitée. Par contre, s'il y a des modifications à être apportées à la maison,
on doit avoir une autorisation encore en vertu de 40 de la loi. Et puis, pour
pouvoir procéder à ces modifications-là, bien, il faut avoir une exploitation
agricole... puis ça soit la première activité du bénéficiaire. S'il y avait un
sinistre et puis que les gens veulent reconstruire la maison, ils ne peuvent
pas reconstruire la maison parce que c'est toujours... le droit de bâtir est toujours
en vertu de l'article 40.
Mme Lessard-Therrien : Bien,
là-dessus, j'ai peut-être une question, tu sais, parce qu'on vit dans nos
campagnes, puis on se promène sur le territoire, puis, tu sais, quand même, on
en voit, là, des grosses maisons imposantes, dans la zone agricole, qui...
Clairement, ce n'était pas la maison d'origine. Tu sais, peut-être juste nous
préciser, là, la procédure quand quelqu'un est en zone agricole, veut rénover,
agrandir sa maison, va généralement chercher son permis de construction auprès
de sa municipalité. Tu sais, là, on dit : Ça ne peut pas se faire sans
l'autorisation de la CPTAQ. Tu sais, peut-être juste nous préciser le
processus, là.
M. Lamontagne : Oui, mais je
vais demander au président, M. Labrie, s'il vous plaît...
Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait. M. Labrie, à vous la
parole. Rapprochez-vous du micro, s'il vous plaît.
M. Labrie (Stéphane) : On a
beaucoup parlé, ce matin, de l'article 40, dans le contexte du
morcellement où on a un projet agricole, et on voulait faire la distinction
entre les deux. Ce n'est pas la seule façon d'avoir une activité résidentielle en
zone agricole. Il faut se rappeler que la loi prévoit que la commission peut
rendre des demandes... des décisions sur des demandes à
portée collective, initiées par des MRC et leurs municipalités locales, pour
venir définir, à l'intérieur de la MRC, des îlots déstructurés et des secteurs
où peuvent être construites... où on peut avoir de l'activité résidentielle,
sans que cette activité résidentielle là soit rattachée à une activité
agricole.
Alors, oui, parfois, on va constater qu'il y a
des résidences en zone agricole pas nécessairement rattachées à un projet agricole, mais parfois situées dans un
îlot déstructuré. Plusieurs MRC au
Québec bénéficient d'une décision de la
commission, rendue en vertu de l'article 59. Pour les MRC qui n'ont pas de
telles décisions, la demande d'autorisation à la commission est toujours
possible. À partir du moment où une MRC a une décision, en vertu de
l'article 59, rendue par la commission, ça rend une demande d'autorisation
pour une construction résidentielle irrecevable.
Alors, à ce moment-là, pour une MRC qui
bénéficie d'une décision à portée collective, il y a les termes de la décision.
Si on a une activité agricole et qu'on respecte les critères de
l'article 40, il y a l'article 40. Il y a aussi le régime des droits
acquis, donc être en mesure de démontrer qu'avant l'entrée en vigueur de la loi
et avant l'assujettissement du lot aux
règles de la loi il y avait une activité résidentielle qui était sur place, et
que, là, on démontre qu'il y a eu maintien des droits acquis. Je vous
dirais que ce sont les... C'est le cadre qui vient autoriser, suivant des
conditions particulières dans chacun des cas, la fonction résidentielle en zone
agricole.
Mme Lessard-Therrien : O.K. Il me
reste peu de temps dans l'enveloppe de temps pour cet amendement-là. Puis toute cette discussion-là, je veux juste
rassurer tout le monde, c'est très pertinent pour la suite. Peut-être
revenir, là, tu sais, sur l'amendement qui est déposé par le ministre. Tu sais,
tantôt, j'ai quand même senti, chez le ministre, une certaine ouverture à
dire : Si on veut le retirer, parfait, si on veut y aller avec ce qui
était déjà écrit, parfait. Ça fait que je voudrais peut-être lui poser la
question franchement, au ministre, s'il a l'intention de retirer son
amendement.
M. Lamontagne : Bien, bien
honnêtement, Mme la députée, à la lumière de toutes les discussions qu'on a
eues ce matin, là, honnêtement, moi, je vous proposerais de retirer mon
amendement, mais... Tu sais, je voulais vous dire de décider, mais, dans le
fond, je décide de proposer de l'enlever parce que j'ai bien entendu les
représentations que vous avez faites puis je suis tout à fait confortable avec
les représentations que vous avez faites. Ça fait que je reviendrais avec le
texte original, là, de l'article.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Alors, le ministre propose de retirer son amendement. Avons-nous le
consentement? Consentement. Parfait. Alors, l'amendement déposé par le ministre
à l'article 67 est retiré. Nous revenons donc à l'article 67 initial.
Vous revenez avec votre temps, oui, vous...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Ouf!
Écoutez, là, on avait très peu discuté, parce qu'on avait présenté l'amendement rapidement, là. Il vous resterait
facilement, bon, 18... on me dit 18 minutes sur 20. Alors, est-ce qu'il
y a des interventions sur l'article 67? Députée de Bourassa-Sauvé, oui?
Mme Robitaille : Bien, j'aimerais...
Bien, j'écoutais ma collègue et Me Labrie tout à l'heure. Je veux juste bien comprendre. Par exemple, en Estrie... je me
promène souvent en Estrie, je passe beaucoup de temps là, et ce qu'on voit, des fois... ce qu'on voit souvent,
c'est qu'on a une terre, une terre agricole, mais qui n'est pas utilisée comme
terre agricole, c'est des... bon, c'est des gens qui ont une
résidence secondaire, là, qui vendent la résidence secondaire et que... et la
résidence secondaire, bien... et donc la terre est achetée par d'autres
gens qui en font aussi une résidence secondaire, qui vont...
Est-ce qu'ils
peuvent détruire le bâtiment et reconstruire sur le... tu sais, dans les
dimensions de l'ancienne maison, par exemple, même s'ils n'ont pas de
vocation, ils n'ont pas d'intention de développer une entreprise agricole?
M. Labrie (Stéphane) : Ça dépend.
Mme Robitaille : O.K., ça dépend.
M. Labrie
(Stéphane) : C'est une maison construite en vertu d'un privilège de
l'article 40 reconnu. S'il n'y a plus d'activité agricole, ils ne
pourront pas reconstruire.
Mme Robitaille : Ils ne pourront
pas...
M. Labrie (Stéphane) : Ils peuvent
bénéficier de droits acquis. Ils peuvent bénéficier d'une autorisation. Ils
peuvent être situés dans un îlot déstructuré ou un secteur reconnu en vertu
d'une décision rendue par l'article 59. Alors, c'est difficile pour moi de
vous donner une réponse claire au cas de figure que vous amenez, mais ce sont
là des cas de figure possibles, là, ce que je vous donne.
Robitaille : O.K. Donc, ce qu'on voit, c'est bien possible que le
propriétaire qui l'utilisait comme résidence secondaire le vende à
quelqu'un qui en fasse aussi sa résidence secondaire puis ne l'exploite pas de
façon agricole.
M. Labrie
(Stéphane) : C'est-à-dire que l'aliénation d'une terre agricole dans
sa totalité, sans demande de morcellement, ne requiert pas d'autorisation de la
commission. Alors, la commission n'interviendra pas. Et vous me disiez tantôt avoir réécouté le documentaire, hier, Québec,
terre d'asphalte . C'était mon propos, là, qu'on a retrouvé au montage. Si
la transaction ne requiert pas de demande d'autorisation pour une activité
autre, un morcellement, si la terre est vendue en un seul morceau,
l'autorisation de la commission, au moment de la transaction, n'est pas
requise. Si, après la transaction, ça prend... on veut faire d'autres activités
que ce qui est reconnu par la loi, bien, à ce moment-là, ça prend une
autorisation de la commission.
Robitaille : O.K. Une autre question dans ce sens-là. Il y a deux
jours, j'ai visité... Bon, je le disais tout à l'heure, je suis allée dans la
vallée de Baie-Saint-Paul et je parlais à un agriculteur qui me disait que la
terre d'à côté, une grande terre, une belle terre, a été achetée par... Bien,
c'étaient des agriculteurs qui l'avaient, cette terre-là, et les gens avaient
un certain âge, et ils l'ont vendue à une compagnie à numéro, et les nouveaux
propriétaires ont pris la ferme, l'ont transformée en garage. Est-ce que ça, ça
devrait être dénoncé? Est-ce que ça, c'est... Est-ce que c'est possible de
faire quelque chose comme ça?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : On vous invite à peut-être enlever le masque.
M. Labrie
(Stéphane) : Bien oui, je m'excuse. Je m'excuse.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Comme ça, ça va... on va pouvoir mieux vous entendre.
Merci.
M. Labrie
(Stéphane) : Le cas que vous amenez est possiblement un cas où il y a
eu une autorisation de la commission au préalable. Si, par ailleurs, il y a eu
une telle transformation, changement d'usage pour une activité non agricole, et
que le propriétaire ne s'est pas fait reconnaître de droits acquis, et qu'il
n'a pas eu d'autorisation, il pourrait être en infraction.
Robitaille : Bien, c'est ça. Alors, ce qu'on me raconte, c'est qu'il y
a eu une demande, je pense, à la CPTAQ, et la demande est toujours en
traitement. Entre-temps, les nouveaux propriétaires ont transformé le bâtiment sans attendre la décision de la CPTAQ. Et
ce que me dit l'agriculteur d'à côté, il me dit : Bien, ils vont peut-être
payer une amende, ça coûtera
5 000 $, et ils auront certainement les moyens. Et c'est une zone, évidemment,
très convoitée, hein, parce que, bon, c'est tout près de Québec, puis il
y a tout un essor touristique dans la région. Donc, il y a beaucoup
d'inquiétude. Est-ce que, selon vous...
M. Labrie
(Stéphane) : On est possiblement dans une situation où il y a eu une
dénonciation, un avis d'infraction par la commission, et, à ce moment-là, le
propriétaire a formulé une demande d'autorisation. Ce que vous me dites, selon l'information
que vous avez, il y aurait une demande d'autorisation en traitement à
la commission. Si je comprends bien aussi, pendant le
traitement de cette demande-là, les gens ont poursuivi leurs travaux.
Bien, je vous dirais que c'est à leurs risques et périls, parce que, si, au
terme du processus, l'autorisation est refusée, le dossier d'infraction va reprendre son cours, et on peut se
rendre pas à une amende de 5 000 $, à une ordonnance de
démolition, et ça, c'est à leurs risques et périls. Si c'est le cas de figure,
là, ça correspond à ce que vous me dites, là.
Robitaille : Ça sera à suivre de près. Quand on parle de superficies
variées, est-ce que ça peut aller... tu sais, parce que, là, on compte les...
On compte la grandeur d'une terre en acres ou en hectares. Est-ce que le terme
«superficies variées» pourrait amener des superficies si petites qu'on les
compte en pieds carrés, par exemple?
M. Labrie (Stéphane) : Je vous dirais que les chances sont peu élevées.
C'est difficile, pour moi, aujourd'hui, de me prononcer, un, au nom de
mes collègues qui vont entendre de tels dossiers, et surtout sans connaître la
teneur de la demande. On oublie souvent ce morceau important dans les résultats
et les statistiques de la commission, c'est que les commissaires, oui,
appliquent la loi, mais en fonction des demandes qui sont formulées et des
documents et des observations qui sont soumis à la commission. C'est la base de
la décision. Vous me dites : une superficie si petite... Dans le contexte
où l'amendement proposé était adopté, il y aura eu, avant d'autoriser un tel
morcellement, une évaluation sérieuse du projet en fonction de 62, 8°, modifié,
mais aussi en fonction des autres critères de l'article 62. Je ne vous dis
pas que c'est impossible. Je vous dis que ça va être une démonstration plus
difficile à faire.
Si vous me permettez,
prenons le cas de figure d'un demandeur qui se présente à la commission, qui va
vouloir un morcellement pour un nouveau projet. Prenons l'exemple... deux
hectares, puis là on fait des hypothèses. Si c'est quelqu'un qui n'a jamais
fait d'agriculture, qui arrive avec un plan d'affaires, c'est une chose. Si
c'est quelqu'un qui est en location sur le lot d'à côté depuis trois, quatre
ans, puis qu'il veut juste transposer sa production, qui est rentable, par
ailleurs, en location, avec un plan d'affaires, puis qui nous fait une
démonstration que, dans le fond, il change d'adresse, avec la même qualité de
sol, par ailleurs, bien là, c'est une autre analyse. Là, il y a... C'est un
autre projet, là, c'est une autre perspective pour la commission, là.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : D'accord. Je pense que M. le ministre aimerait intervenir.
Alors, on va laisser M. le ministre...
Robitaille : Oui, allez-y, monsieur.
Lamontagne : Je veux juste
ajouter... parce que, quand on est dans des usages agricoles, on parle toujours
en acres ou en hectares. Quelqu'un, à un moment donné, qui va parler... parce
que l'exemple que vous donnez, ma collègue,
sur ce qu'on a vu dans le documentaire ou dans d'autres sources, c'est que
c'est des gens qui font la représentation que cette terre-là, qui est à
vocation agricole, bien, eux autres, la vendent sur le principe qu'ils vont
obtenir le fait que ça ne sera plus une terre
agricole, c'est une terre qui va être exclue de la zone agricole. Puis, à ce
moment-là, bien, ils utilisent les mêmes outils de représentation que
vous et moi... on achète un lot sur quelques terres zonées blanches, et tout
ça. C'est dans le seul contexte... Mais, à ma connaissance, là, vous n'aurez jamais
des gens qui contemplent un projet agricole puis... ou des gens qui discutent
entre eux d'un projet agricole, puis ils vont dire : Bien, écoute, moi,
j'ai besoin de 2 000 pieds, 3 000 pieds, 4 000 pieds,
5 000 pieds carrés, là. C'est toujours en termes d'acres et d'hectares,
parce qu'aussi c'est...
Tu sais, on a vu une évolution assez importante
de notre agriculture pour avoir des discussions comme a aujourd'hui. Tu sais,
quand on a James Thompson, en Outaouais, que, sur 1,8 hectare, il nourrit
300 familles... On a notre ami Handfield, là, que, voyons, à
Mont-Tremblant... François Handfield, sur quelques hectares... Il a gagné le jeune agriculteur d'élite au Canada en 2018. Tu
sais, sur 4,5 hectares, je ne veux pas mentionner son chiffre
d'affaires ici, là, parce que je ne suis pas supposé de faire ça, mais il a
60 personnes qui travaillent là-dessus, puis, si, demain matin, lui, il
voulait agrandir puis qu'il aurait besoin de deux ou trois hectares de
plus, François, il ne fait pas une demande pour avoir
2 342 000 pieds carrés de plus.
Tu sais, les personnes qui vont parler en pieds
carrés, c'est des gens qui prennent pour acquis qu'ils vont acheter une terre
agricole, puis qu'ils vont réussir à faire en sorte qu'elle va avoir une autre
fonction, puis qu'elle va pouvoir être développée, là, mais ces gens-là, quand
ils vous approchent puis ils vous suggèrent de vous vendre la terre sur cette base-là, bien, je veux dire, ils
sont complètement en fausse représentation par rapport à vous,
éventuellement, qui serait l'acheteur. Ils font des représentations qu'ils ne
pourraient pas faire parce que la terre dont ils disposent ne permet pas ça, tu
sais.
Mme Robitaille :
Est-ce que... parce que, depuis le début, là, on parle... Bien, au début, on
avait, dans le libellé, «superficies
variées». Le ministre a pensé le retirer avec son amendement parce qu'il disait
que ça créait trop d'intensité, l'expression, ça pouvait indisposer
certains. Il y avait des réactions vives. Maintenant, on le ramène, ce
terme-là, «superficies variées». Quel impact ça a, selon vous, le terme
«superficies variées», chez vos commissaires? Le fait qu'on... Je pose... Bien,
en tout cas, bien, évidemment, le ministre, vous pouvez répondre, mais...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
On va demander d'abord au ministre. Merci.
Mme Robitaille :
Mais, sur le terme «superficies variées», plus tôt, M. le ministre disait que,
bon, finalement, ça n'ajoutait rien parce que c'était inclus dans la
notion de diversité de modèles. Maintenant, on le réintroduit. C'est quoi,
l'impact? C'est quoi, la raison d'être, finalement... Pourquoi la nécessité,
si... En tout cas, j'aimerais entendre le ministre, puis ensuite...
M. Lamontagne : Oui, bien,
comme je vous l'ai expliqué précédemment, la raison pour laquelle, à un moment
donné, j'ai fait le retrait ou la proposition de retrait, c'est que j'ai eu des
représentations quant à savoir... Le fait de
l'écrire comme ça, c'est que ça venait comme augmenter l'intensité du signal, c'est ça
que j'expliquais tantôt, qu'on envoie aux commissaires. Puis moi,
première chose que j'ai faite, j'ai discuté avec l'équipe de la commission puis
avec les spécialistes du ministère,
puis j'ai dit : d'enlever ces termes-là, est-ce que ça vient changer le
signal qu'on veut envoyer? Parce
que, tantôt, le président a expliqué qu'il y a une approche territoriale puis,
maintenant, il y a une volonté aussi d'étudier,
mais de façon simultanée aussi, une approche économique. Puis, à partir du
moment où on a cette volonté-là...
Puis on a le paragraphe de l'article 8 qui
dit : «La constitution de propriétés foncières dont la superficie est
suffisante à la pratique de l'agriculture sur une diversité de modèles et de
projets agricoles viables...» Écrit comme ça,
quand on commence, en 8°, «la constitution de propriétés foncières», puis on
vient mettre «la variété de modèles puis de projets agricoles viables»,
déjà, le commissaire, il a son signal. Si on vient rajouter «superficies
variées», ce que je vous dirais, c'est ça, c'est comme si on vient mettre
encore plus... On veut s'assurer qu'il a bien compris que c'est ça qu'on veut
qu'il contemple, là.
Mais, dans l'un ou autre, le fait que j'ai
retiré ce texte-là, je me suis assuré qu'on va parvenir à nos fins puis je l'ai fait à la lueur de l'interprétation que
j'ai pu faire des représentations qui m'ont été faites. Mais, en bout de
ligne, comme je vous dis, c'est... Je vous propose de le conserver, là, comme
on l'avait originalement... comme on l'avait mis originalement, si c'est ça,
votre souhait.
Mme Robitaille : Bien, M. le
commissaire... bien, M. le directeur... bien, le président de la CPTAQ, est-ce que le terme «superficies variées» va vraiment
créer une nouvelle lecture, là? Est-ce que ça va amener vos commissaires
à penser les choses différemment?
M. Labrie (Stéphane) : On parle
de l'amendement prévu à 1.1 ou à 62.8°?
Mme Robitaille : Oui... Non,
1.1... bien, les deux, en fait.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Celui à l'article 67.
Mme Robitaille :
Bien, les deux, là, l'ensemble de l'oeuvre, là.
M. Labrie (Stéphane) : Oui,
pour modifier l'article, bon, je comprends. Comme je vous expliquais ce matin,
le cadre d'analyse d'un commissaire, ça se joue aux articles 12 et 62. Si
on veut... Si le législateur veut indiquer... veut inviter les commissaires à analyser
suivant les deux approches, c'est à 62, 8°, minimalement que ça doit se faire.
Que, dans l'article 1.1, on ait, comme définition de l'objet de la loi,
une mention sur des superficies variées, je pense, pour le lecteur, ça peut
être d'intérêt, mais c'est fondamental que ça se trouve à 62. C'est à 62, 8°,
je pense, qu'il faut le mettre, minimalement. Pour 1.1, c'est un choix
d'opportunité, en autant qu'on est concernés, là.
Mme Robitaille : Moi, là, je suis un peu mêlée, là, parce qu'au début on l'avait, hein, «superficies
variées». Là, il y a eu un recul, on
l'a enlevé. Donc, on revenait au statu quo. Là, on dit : Bien, écoutez,
bien, finalement, on va le garder.
J'ose la question, là. C'est qui qui a eu
l'idée... Est-ce que c'est le ministère de l'Économie qui a eu l'idée
d'introduire «superficies variées» dans l'article 1.1 ou c'est le MAPAQ?
C'est qui... Ça origine d'où, là, la rédaction de cet article-là et de ces
modifications-là, là? C'est l'inspiration du ministère de l'Économie, ça, ou...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
M. le ministre, oui.
Mme Robitaille : Puis en quoi
le MAPAQ a été consulté?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Ah! pardon, je vous ai coupé, là.
Mme Robitaille : Oui, allez-y.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
M. le ministre, je pense qu'il voulait vous répondre ou...
Mme Robitaille : Mais il y a le
député de Saint-Jérôme aussi.
M. Lamontagne : Oui. Bien, je
suis un petit peu surpris de votre commentaire, ma collègue. J'ai expliqué plus
tôt que ça avait été davantage sous l'impulsion du ministre. J'ai dit les
discussions qu'on a eues, les objectifs qu'on recherchait. J'ai parlé de
l'importance de mentionner les superficies variées, puis les gens... vu que ça
ne posait pas problème, on a fait ça, mais,
fondamentalement, ce qu'on vous dit, c'est que, si on veut envoyer ce signal-là,
je vous entends. Sinon, ce qu'on veut faire, ça fait très bien le travail,
puis, c'est ça, je vais conclure là-dessus.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. On a aussi le député de Saint-Jérôme qui aimerait prendre la parole.
M. Chassin :
Pour une petite précision supplémentaire, Mme la Présidente, en réponse,
notamment, à la députée de Bourassa-Sauvé, donc, effectivement, c'est vraiment
au MAPAQ que les articles ont été écrits, d'une part, mais il faut bien
comprendre que, quand qu'on parle des superficies variées, c'est un
«notamment», donc.
Mme Robitaille : C'est un
«notamment».
M. Chassin :
C'est un «notamment». Donc, nécessitant, notamment, les superficies variées. Et
ça, ça signifie que c'est une précision qui est intéressante, mais qui n'est
pas incontournable, en quelque sorte. Moi, c'est comme ça que je le vois.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait.
Mme Robitaille : Juste une
petite question puis je...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Est-ce qu'ensuite... oui, parce que la députée de... mais je vais vous laisser
aller, puis ensuite il y a la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Mme Robitaille : Oui, parce
qu'Équiterre, par exemple, soulevait la crainte que ces changements-là allaient
être un cheval de Troie pour les promoteurs,
là, qui voudraient faire de l'étalement urbain. Est-ce que vous pensez
que pour, justement, se prémunir de tout ça,
on devrait mieux baliser ces
modifications-là, le terme «superficies variées»?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
M. le ministre.
M. Lamontagne : M. le
président vous a expliqué de façon assez éloquente le cadre de référence puis
dans quel état le commissaire fait ses... et fait ses réponses. Alors, le texte
qui est proposé, là, donne au commissaire le signal
que ça prend pour autant l'analyse territoriale qu'analyse économique, mais
toujours dans le respect des contours de
la
loi sur la protection du territoire agricole et des activités agricoles,
parce qu'il faut se référer, Mme la députée, que le travail de la commission,
le travail de M. le président, le travail des commissaires... Chaque jour
qu'ils se présentent au travail, leur rôle,
ce à quoi ils s'investissent, c'est protéger le territoire, c'est protéger les
activités agricoles. Alors, ce sont les premiers
qui sont à l'avant-plan... de poser tous les gestes pour faire en sorte qu'on
est dans la protection du territoire et des activités agricoles.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Ça va? Alors, la parole est à la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Mme Lessard-Therrien : Bien, je
vais faire du pouce, Mme la Présidente, sur ce que ma collègue de Bourassa-Sauvé
vient de dire. J'apprécie, là, qu'on ait eu tous les échanges qu'on a eus. Je
pense que ça a été extrêmement fructueux. Je pense qu'on a obtenu certaines
réponses à nos questions. Je pense que le ministre a cheminé avec nous là-dedans. J'apprécie son ouverture, parce
qu'effectivement, pour moi, l'amendement qui nous était déposé, c'était
un recul sur la question du signal qu'on veut envoyer sur la place que la
petite agriculture peut avoir au Québec.
Maintenant, on revient au texte initial qui a
été déposé il y a quelques semaines et qui a fait réagir les groupes. Alors là,
comment... Tantôt, le ministre, je reviens, nous a dit qu'il avait biffé «les
superficies variées» pour réconforter certaines personnes. Le choix qui avait
été fait, bien, nous, on l'a remis en question. Puis finalement, le ministre
s'est rendu... a retiré son amendement. On l'apprécie. Merci.
Maintenant, comment on fait, quand même, pour
s'assurer qu'Équiterre, Vivre en ville, l'UPA, que la Fédération de la relève
agricole du Québec, qui avaient émis des préoccupations... bien, ça soit transposé
quand même dans le projet de loi, puis qu'on vient, finalement, garantir la
vocation agricole des terres morcelées ou, en tout cas, qu'on vient mettre une
espèce de garde-fou pour s'assurer qu'on n'ouvre pas la porte aux craintes qui
ont été soulevées par les groupes.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. M. le ministre.
M. Lamontagne : Bien, en vérité,
chère collègue, la commission ante, avant qu'on fasse cette affaire-là... qu'on
fasse ce qu'on fait là, a un historique de 40 ans d'analyse, 40 ans
de décisions et 40 ans de jurisprudence qui ne concourt qu'à une seule
chose, c'est faire en sorte que la mission de la loi qui est de protéger les
terres agricoles, les activités agricoles, puisse être honorée par le travail
des commissaires. Puis il n'y a rien aujourd'hui, dans ce qu'on est en train de
faire, qui vient affaiblir la jurisprudence, parce qu'on ne veut surtout pas,
par des mots, venir affaiblir la jurisprudence. Puis, dans ce qu'on a fait, une
chose que la commission s'est assurée, c'est de faire en sorte que les mots
qu'on utilise ne viennent pas affaiblir la jurisprudence pour faire en sorte
qu'elle a moins d'assises pour pouvoir continuer à faire son travail d'une
façon supervigilante.
Alors, une fois qu'on a ça, je vous dirais, honnêtement,
les explications qui ont été données ce matin sont... ne pourraient pas être
plus claires, si on veut, là, par rapport à l'objectif qui est recherché puis
comment cet outil-là va être utilisé dans le cadre des compétences de la commission,
dans le cadre de la législation, dans le cadre de la jurisprudence. Alors,
c'est ça, je ne peux pas rajouter d'autre chose que ça.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Vous
pouvez poursuivre, oui.
Mme Lessard-Therrien : Oui, merci, Mme
la Présidente. Bien, en fait, l'idée, je pense que c'est de venir renforcir la
jurisprudence, mais pas de l'affaiblir. Puis on l'a... on en a discuté, on a
donné quand même plusieurs exemples en début... hier, ce matin, que la
Loi sur
la protection du territoire agricole, à certains moments, puis là je ne veux pas porter de blâme sur personne, mais il
y a quand même... les faits sont qu'il y a 14 000 hectares
de territoires agricoles qui ont été dézonés, qui sont allés pour des
vocations autres que l'agriculture. Dans les dernières décennies, on a vu des gouvernements
se prévaloir de privilèges pour dézoner de la terre agricole. Ça fait que...
donc, on revient à l'idée que, les craintes, elles sont justifiées. Puis une
terre qui est morcelée, bien... puis j'aimerais peut-être entendre le président
de la commission. On dit qu'une terre morcelée peut être plus facile à dézoner,
parce que, bien là, on est restreint dans la superficie, on est... C'est ce que
beaucoup disent. À quoi vous répondez à ces craintes-là, que finalement, tu sais, une terre morcelée peut
être plus facilement dézonable ou être dédiée à des vocations autres que
l'agriculture, puis en se rappelant qu'il y
a des précédents qui existent, là, tu sais, on ne tire pas ça de notre
imaginaire.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. M. le ministre.
M. Lamontagne : Bien, je dirais que,
vraiment, là, où on a fait une avancée qui allait vraiment dans le sens des préoccupations
qui ont été exprimées, c'est vraiment en venant ajouter la question de
viabilité, quand on parle, là, de diversité
de modèles agricoles viables. Qu'on vienne ajouter ça, bien, c'est la viabilité
en fonction de la nomenclature de conditions que M. le
président vous a exprimées plus tôt.
Alors, je vois ma collègue qui nous dit que ce
n'est pas écrit. Si ma collègue se réfère à l'article 72, dans ce qui a
été présenté, c'est écrit.
Mme Lessard-Therrien : Bien, on est
à l'article 64.
Lamontagne : Bien, je le
sais, c'est pour ça que je vous ai dit que je voulais qu'on parle des deux
ensemble. Puis ce que le président dit, dans
l'article à portée générale, simplement mettre «une
diversité de modèles», que c'est suffisant, que, si un signal plus fort
est envoyé, c'est par le biais de 72, qui est l'article... au paragraphe 8°,
auquel cas, dans l'amendement qui vous a été rendu public
que vous avez pu consulter, ce qu'on vient faire pour répondre aux craintes qui
ont été exprimées, là, du moins à certaines craintes, c'est d'inclure la
question de viabilité des projets. Alors, le commissaire, maintenant, a la possibilité
de donner une notion économique en addition à la notion territoriale dans son analyse en se faisant dire : On t'invite à
faire ça, mais dans un contexte où le projet agricole doit être viable,
puis il y a toute une jurisprudence au cours des 40 dernières années qui vient
traiter la viabilité d'un projet, puis M. le président en a parlé plus tôt ce
matin, là.
Mme Lessard-Therrien : Je suis juste
un peu confuse, là, Mme la Présidente, parce que, là, on nous a dit : On
retire l'amendement à 67, donc on réintègre la question des superficies
variées, mais là le ministre m'amène à 72, puis là j'ai bien l'amendement qu'il
nous a déposé sous les yeux, où on parle d'agriculture viable, puis là on
rebiffe encore «superficies variées». Ça fait que moi, je me dis...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Là,
j'aimerais...
Mme Lessard-Therrien : ...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui,
vous allez préciser? D'accord.
Mme Lessard-Therrien : Parce que,
là, on navigue...
M. Lamontagne : Non, on ne navigue
pas, là. Là, j'aimerais ça que vous vous référiez à mes propos plus tôt, là.
Bien honnêtement, en tout respect, ma collègue, là, plus tôt, ce que je vous ai
dit : on veut mettre «superficies variées»... on ne veut pas mettre
«superficies variées» à 67, à 72, je vous laisse décider. Là, après ça,
j'arrive pour 67, je vous dis : Écoute, je vous ai entendue, on va
conserver «superficies variées». Quand on va arriver à 72... puis j'ai suggéré
qu'on le traite tout de suite après parce que c'est conjoint, si ce que vous
préférez, c'est qu'on remette «superficies variées» par rapport à l'amendement
que j'ai déposé, on va remettre «superficies variées». Ce qui est important,
dans l'amendement que j'ai déposé aussi, c'est la notion de viabilité des
projets, qui peut certainement faire une différence pour venir réconforter,
parce que moi, j'ai entendu deux, trois choses.
Les gens pensaient que ça pourrait être des
projets qui ne seraient pas agricoles. Ça fait que je ne peux pas présumer
quelle sorte de projet ça pourrait être, là, mais que ça ne serait pas
agricole. Ça fait qu'on vient spécifier que c'est agricole. Puis là, après ça,
il y en a qui disent : Oui, mais, tu sais, il faut que ça soit viable.
Bien là, on vient rajouter le terme de «viable». Alors, on a des modèles
différents, des projets qui doivent être agricoles puis qui doivent être
viables. Puis là on a une équipe avec une loi, 40 ans de jurisprudence,
des analystes qui ont à prendre les décisions en fonction de ces nouveaux
critères là. Puis honnêtement je pense qu'ils ont fait la preuve, depuis
40 ans, là, qu'ils ont toutes les compétences pour bien utiliser les
outils qu'on va leur confier.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Est-ce
que ça répond à votre question?
Mme Lessard-Therrien : Bien, ça
répond à ma question, mais j'aurais quand même la question suivante : Est-ce
que le ministre va nous proposer un amendement pour aborder la question de la
viabilité à 67? Non?
M. Lamontagne : Non, pas à 67. Comme
j'expliquais, c'est parce que l'article 67, c'est vraiment à portée
générale, et les juristes, tout ça, là, ne veulent pas qu'on mette des choses
plus spécifiques. À 72, où c'est vraiment... c'est de ça que se sert le commissaire
pour prendre ses décisions, si vous voulez qu'on... Un, viabilité, moi, je veux
vraiment qu'on l'inclue; agricole, je veux vraiment qu'on l'inclue, pour
être sûr de dissiper toute mésentente; puis, après ça, superficies variées, je vous ai entendue puis, si
on veut le remettre, moi, je n'ai aucun enjeu avec ça, là, on va le
remettre.
Autrement dit, je vais vous présenter un nouvel amendement,
on va retirer l'amendement que j'ai mis dans le Greffier, puis je vais vous
présenter un nouvel amendement qui va traiter des différents modèles, projets
agricoles viables, superficies variées. On va tout mettre le package ensemble,
puis ça, ça va être le nouvel amendement que je vais vous déposer. Je peux vous
le donner, puis vous me le déposerez, puis ça sera le vôtre.
M. Lamontagne : 72, c'est ça.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, on donne la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Robitaille : ...vu qu'on a le
président de la CPTAQ, je voudrais en profiter, parce que je pense que c'est important d'avoir un bon portrait de la situation
actuelle. Quand on parle de morcellement des terres, en ce moment, je ne sais pas si le
président a les statistiques, là, mais combien de demandes de morcellement ont
été acceptées? Quel est le pourcentage des demandes de morcellement qui
auraient été acceptées durant la dernière année, par exemple?
La Présidente (Mme IsaBelle) : Je
veux juste quand même préciser que oui, M. Labrie nous apparaît très
compétent puis on est contents de l'avoir ici, mais c'est le ministre qui doit quand
même donner l'autorisation.
Mme Robitaille :
Oui. Bien, si le ministre a la réponse, c'est bon pour moi.
M. Lamontagne : Oui, c'est moi qui
va répondre.
La Présidente (Mme IsaBelle) : C'est
ça, c'est le ministre qui doit répondre ou donner l'autorisation.
M. Lamontagne : Ce que je viendrais
vous répondre, Mme la députée, c'est que, parmi les demandes qui ont été acceptées, exemple, je pense, c'est l'an passé ou il y a
deux ans, il y a une soixantaine de demandes qui ont été proposées
par des dossiers qui étaient identifiés à la relèv