Transportation and the Environment — 21 January 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CTE 2020-01-21
Quebec — Committees
Ce projet de loi, M. le Président, a été élaboré
en collaboration avec mon collègue le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, et, avec ce projet de loi, nous codifions
ce principe fondamental de notre régime parlementaire et démocratique
qu'est la responsabilité ministérielle, et nous l'assumons pleinement. C'est
pourquoi le Conseil de gestion
du Fonds vert est aboli et que Transition énergétique Québec est intégrée au ministère
de l'Énergie et des Ressources naturelles. Le projet
de loi prévoit que l'actuel Fonds vert
porte désormais le nom de Fonds
d'électrification et de changements climatiques. Nous voulons le
recentrer entièrement sur la lutte contre les changements climatiques et l'électrification
de notre économie. Nous voulons en faire un véritable moteur de la nouvelle économie
verte, et que nous souhaitons, pour le Québec.
Le ministre
de l'Environnement devient d'office le conseiller du gouvernement en matière de lutte contre les changements climatiques. Il assurerait la cohérence et la
coordination à l'échelle gouvernementale des mesures ministérielles ou proposées
par certains organismes publics et serait
associé à leur conception. Le ministre sera responsable de proposer au gouvernement une politique-cadre sur les changements climatiques. Ce
repositionnement quant au rôle du ministre de
l'Environnement est un puissant signal de l'importance
accordée à l'enjeu des changements
climatiques par le premier ministre et par l'ensemble du gouvernement.
De même, le projet de loi fait en sorte que le ministre de
l'Énergie et des Ressources naturelles
sera responsable de la transition, de
l'innovation et de l'efficacité énergétique. Le ministre devra aussi s'assurer
de la conformité du plan de transition
énergétique, dont il conserve la responsabilité, aux principes et aux objectifs
énoncés dans le futur plan d'électrification
et de changements climatiques. Il profitera, notamment, pour financer ses
actions, du Fonds de transition
énergétique, qui sera renommé le Fonds de transition, d'innovation et d'efficacité
énergétiques.
Le projet de loi prévoit un ensemble de mécanismes
pour faire en sorte que les choix du gouvernement soient également
transparents et basés sur la science : un rôle indépendant de vérification au Commissaire au développement
durable, qui pourra faire connaître, chaque année, ses constats et ses recommandations au sujet du Fonds
d'électrification et de changements
climatiques; la mise sur pied d'un
comité consultatif permanent et indépendant sur les changements climatiques composé principalement de scientifiques; une gestion axée sur les résultats pour les ministères
et organismes qui se
verraient confier des budgets tirés du Fonds vert. Ce projet de loi comporte évidemment des mesures transitoires pour faciliter
les restructurations proposées.
Et, en plus de ce projet de loi, nous sommes en
train, et c'est important de le rappeler, d'élaborer le Plan d'électrification
et de changements climatiques, lequel va constituer la première politique-cadre
en changements climatiques au sens du projet de loi n° 44.
À cette fin, nous avons réuni l'ensemble des experts concernés, tant les
ministères que dans la société civile. Nous
avons aussi pris connaissance de nombreux enjeux qui touchent les diverses
régions du Québec, le monde municipal
et les autochtones. L'ensemble de la population a pu participer à une
consultation en ligne et déposer un mémoire. Et je compte dévoiler ce
plan sous peu, tel qu'entendu.
conclusion, ces changements que nous proposons, nous devons les apporter
rapidement. Le Québec s'est fixé, pour
2030, un objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de
37,5 % par rapport à l'année de référence de 1990. Le gouvernement
veut disposer de tous les leviers pour travailler rapidement à l'atteinte de
cette cible, et c'est dans cet esprit que
nous devons examiner le projet de loi n° 44, s'il le faut, le
parfaire. Je serai tout à fait à l'écoute des différentes personnes et groupes qui feront l'honneur de leur
présence au cours des prochains jours. Et déjà je tiens à remercier à l'avance tous les intervenants qui
participeront à cette commission parlementaire, de même que tous ceux et
celles qui nous transmettront leurs mémoires. Merci, M. le Président.
Président (M. Polo) : Merci. Merci, M. le ministre. J'invite
maintenant la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'environnement et de lutte contre les
changements climatiques et députée de Maurice-Richard à faire ses
remarques préliminaires pour une durée maximum de quatre minutes.
Mme Montpetit : Je vous
remercie, M. le Président. Bonjour. Bon retour à l'Assemblée. Je commencerais évidemment en saluant le ministre, toute son
équipe aussi, que je vois nombreuse aujourd'hui, les collègues du gouvernement.
Bienvenue à la nouvelle députée de
Jean-Talon, bienvenue en commission. Les collègues de l'opposition, contente de
vous retrouver ici. Et surtout je
suis bien contente qu'on ait des groupes aujourd'hui pour... Bien hâte
d'entendre les recommandations qu'ils
vont nous faire pour bonifier le projet de loi, qui est une pièce législative
importante. Puis, vous savez, M. le Président, quand le gouvernement dépose une pièce législative, elle devient le
projet de loi des 125 députés de l'Assemblée nationale. Donc,
évidemment, je veux juste vous informer que nous nous présentons ici dans un
mode de pleine collaboration, surtout que c'est un projet de loi, justement,
qui va avoir un impact important sur l'ensemble des Québécois.
Ceci dit, à
cet effet, je ne vous cacherai pas que, comme opposition officielle, nous avons
certaines inquiétudes concernant le
projet de loi, notamment au niveau de la transparence des décisions qui
pourraient être prises suite à la mise en
application de ce projet de loi, notamment sur les risques de politisation des
décisions, aussi sur le fait que c'est un projet de loi qui prend une
direction qui va à l'encontre de l'avis de la plupart des experts en termes de
saine gouvernance, notamment sur l'abolition d'un institut indépendant qui a un
conseil d'administration indépendant que nous avions mis sur pied justement pour répondre à certaines inquiétudes et certains
problèmes qu'il y avait à l'époque. Donc, c'est sûr qu'on se... On a des inquiétudes par rapport à la
direction qui est prise avec le projet de loi actuel, et particulièrement aussi
aux impacts.
Ce qui
devrait nous gouverner, à l'heure actuelle, en termes d'environnement, suite,
entre autres, à tout ce qui a été dit
par le secrétaire général de l'ONU, notamment, à la dernière COP, par le rapport
du GIEC en décembre 2018, devrait être l'atteinte de nos cibles de GES.
Et malheureusement je vois mal comment le projet de loi qui est déposé nous
amène dans cette direction-là.
Ceci dit, je rassure le ministre, s'il a des
inquiétudes à cet effet-là, que nous serons en mode d'une grande collaboration,
mais nous aurons à soulever l'ensemble de ces inquiétudes dont je lui ai déjà
fait part à maintes, maintes reprises. Je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Polo) : Merci beaucoup, Mme la députée. J'invite
maintenant la porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière
d'environnement et députée de Mercier à faire ses remarques préliminaires. Vous
disposez de 60 secondes.
Mme Ghazal :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup. Je salue tous mes collègues
députés. Vous savez, l'année passée, il y a eu, avec le pacte de la
transition, une demande de tous les groupes et des partis d'opposition d'avoir une loi-cadre sur le climat, donc une loi
contraignante avec des cibles qui soient écrites dedans, une loi sérieuse
pour réussir la transition. La réponse du
ministre, on l'a aujourd'hui avec le projet de loi n° 44, où il y a
deux éléments importants. Le premier, c'est
la gestion du Fonds vert. Il va falloir qu'on trouve une façon qu'il soit géré
de façon indépendante et non pas entre les
mains du ministre. Et TEQ, Transition énergétique Québec, une agence
indépendante, le maître d'oeuvre de la transition, au lieu de le
renforcer, bien, le projet de loi n° 44 l'abolit.
On ne
comprend pas cette proposition. Le projet de loi n° 44, s'il est adopté
tel quel, bien, c'est le chemin assuré vers l'échec de la transition. Et
on sait, aujourd'hui, on n'a pas le temps de se tromper. L'urgence climatique
l'exige, on ne peut pas se retrouver dans cinq, 10 ans dans la même
situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
Je remercie
le ministre de dire qu'il a une ouverture. Moi, j'ai cette ouverture. Et
j'espère aussi qu'il a la marge de
manoeuvre pour écouter les groupes d'opposition et aussi les gens qu'on va
entendre cette semaine. Merci beaucoup.
Président (M. Polo) :
Merci. Merci beaucoup, Mme la députée. J'invite maintenant le porte-parole du
troisième groupe d'opposition en
matière d'environnement et de lutte contre les changements climatiques et
député de Jonquière à faire ses remarques préliminaires pour un maximum
de 60 secondes.
M. Gaudreault : Oui. Merci, M. le Président. Alors, bonjour à
tous et à toutes. C'est un projet de loi extrêmement important que nous avons devant nous. Je regrette
que le ministre n'ait pas intégré à l'intérieur du projet de loi plusieurs
éléments du projet de loi n° 194 que j'ai moi-même déposé sur le
respect des obligations climatiques du Québec, notamment le côté budget
carbone.
Alors, le
ministre nous parle d'ouverture. Moi, je pense que, s'il y a une ouverture
réelle, on pourrait extraire le volet budget
carbone de mon projet de loi et l'inclure dans le sien avec un rôle important
du Commissaire au développement durable. Sinon, pour le reste, la
gouvernance du Fonds vert, c'est un recul, de la manière dont le ministre le
propose dans le projet de loi n° 44, un recul important qui va à
contresens de ce qui se fait ailleurs dans le monde. Ailleurs dans le monde, plus de transparence, plus de
reddition de comptes, plus de normes pour savoir où on s'en va et non pas plus
de pouvoir discrétionnaire entre les mains d'une seule personne, d'un seul ministre.
Il y a
des nouveaux pouvoirs qui sont accordés au ministre, pouvoirs d'avis
auprès de ses collègues. Alors, ça, ça
va nous questionner beaucoup parce
que ça lui donne beaucoup
de responsabilités mais peu de moyens pour les exécuter.
Alors, c'est une des questions... plusieurs questions qu'on aura à poser.
Merci.
Le Président (M. Polo) : Merci
beaucoup, M. le député. Alors, je souhaite la bienvenue aux représentants
d'alliance Switch, Mme Suzann Méthot, directrice, Mme Catherine
Bérubé, coprésidente, vice-présidente, Développement durable, relations avec
les investisseurs et affaires publiques, Cycle Capital. C'est bien ça?
Mme Bérubé (Catherine) : C'est
Président (M. Polo) :
Excellent. Alors, je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à
une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite
donc à vous présenter... je l'ai déjà fait, mais à vous présenter et à
procéder à votre exposé. La parole est à vous.
Mme Bérubé
(Catherine) : Merci, M. le Président. M. le ministre, Mmes,
MM. les députés membres de la commission, alors, au nom de... l'alliance Switch vous remercie beaucoup pour
l'invitation aujourd'hui qui nous a été faite, contribuer à ce projet de
loi là. C'est de la façon qu'on le perçoit, en tout cas, c'est vraiment d'être
un contributeur, un partenaire. Donc, on
vous a présenté ma collègue Suzann Méthot, directrice de l'alliance Switch. Il
y a aussi des membres de l'alliance qui sont ici parmi nous, juste
derrière moi.
Donc,
l'alliance Switch, pour ceux qui ne connaissent pas, réunit des leaders des
secteurs de l'économie, des finances, entreprises,
ONG en environnement, qui... Bien que nous poursuivions individuellement des
objectifs différents, bien, on se rallie tous autour d'une vision
commune : accélérer le virage du Québec vers une économie verte.
Je pense,
c'est important de les présenter, qui sont ces membres-là, juste pour vous
donner une idée de la variété, je vais dire, des profils, donc, qui
réunit l'Association de l'aluminium du Canada, Conseil du patronat du Québec, Écotech Québec, Énergir, Enerkem, Équiterre,
Fondaction, Fondation David-Suzuki, le Mouvement Desjardins, RNCREQ, le
Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec,
Réseau Environnement également.
Donc, nos
positions qu'on formule, puis vous avez pu les voir dans le mémoire qu'on a
déposé, sont formulées à la suite
d'un consensus. C'est comme ça qu'on fonctionne à l'alliance Switch, et c'est
la force du groupe, donc, écolos, ou des éconos, si on pourrait dire,
qui sont réunis ensemble pour un Québec plus vert.
Dans le cas
du projet de loi qui nous concerne, Switch reconnaît vraiment les efforts
déployés au cours des 40 dernières années, depuis le bureau des efficacités énergétiques — là, on remonte très, très loin — par les différents gouvernements, qui ont successivement déployé leur énergie pour
coordonner l'ensemble des efforts en efficacité énergétique, en transition
énergétique, en proposant vraiment différentes formules de gouvernance qui ont
évolué au fil du temps.
Plus
récemment, avec la création de Transition énergétique Québec et le déploiement
de son plan directeur, bien, le
Québec a vraiment déposé... a posé des jalons importants qui permettent encore
d'espérer que le Québec est en mesure d'atteindre ses objectifs de réduction de GES tout
en développant son économie, mais, aujourd'hui, nous devons faire plus
et encore plus rapidement, et, chez Switch, on pense qu'on le peut.
Donc,
pour Switch, 2020 est vraiment la décennie de la transition énergétique, et le
p.l. n° 44, bien, c'est son fer de lance pour ce
faire. Aujourd'hui, l'alliance se positionne en appui avec les intentions du
gouvernement de vouloir, en quelque sorte,
peser sur l'accélérateur, et notre organisation est très heureuse de contribuer
à cet effort gouvernemental, aujourd'hui
et dans le futur, en y allant de recommandations qui, on en est convaincus,
vont donner beaucoup plus de moyens pour que le Québec puisse améliorer,
accélérer le mouvement et répondre aux défis climatiques.
Au niveau de l'alliance Switch, donc, on estime
que, dans sa forme actuelle, le p.l. n° 44 soulève des enjeux
en matière de gouvernance,
d'efficacité, d'imputabilité et de cohérence, et on pense qu'il importe de
revoir la structure de gouvernance qui est proposée pour vraiment
s'assurer d'accomplir l'intention qui est visée par le législateur.
Dans cette perspective, on soumet des
recommandations qui consistent principalement à la création d'une société
d'État responsable de coordonner l'ensemble
de l'effort gouvernemental dédié à la transition énergétique, et qui relèverait
de la plus haute instance gouvernementale,
et soutenue par des experts en matière de finances et de l'ensemble des acteurs
de la transition énergétique. Pourquoi qui
relèverait des plus hautes instances? Parce qu'on pense que c'est un... Le
besoin et l'urgence d'agir ont été
reconnus par l'Assemblée nationale, et on pense que les secteurs qui sont
touchés sont vraiment multisectoriels,
multidisciplinaires, et donc on a vraiment
besoin d'avoir une coordination au plus haut niveau pour pouvoir assurer
la réalisation des objectifs. Je cède la parole à ma collègue pour poursuivre.
Mme Méthot (Suzann) : Merci, Catherine. M. le Président, M. le ministre, députés, membres de la
commission, merci beaucoup, encore
une fois, de l'invitation.
Bien
que la gestion du Fonds vert ait fait l'objet de nombreuses critiques, Switch
est d'avis que les objectifs visés traditionnellement par ce fonds
sont les bons et que le plan directeur de TEQ, via le déploiement de ses
programmes, en fait le principal agent livreur vers l'atteinte des cibles de
réduction des GES et d'efficacité énergétique. Ainsi, pour Switch, il importe d'en préserver les acquis et d'en renforcer la
portée et le pouvoir d'agir. Switch a vu, d'ailleurs, la volonté du
gouvernement de vouloir poursuivre et de prolonger le déploiement du plan
directeur jusqu'en 2025.
On a travaillé fort, vous nous avez fait
travailler fort, on a passé des belles fêtes, tout le monde. Les discussions,
au sein des membres, ont surtout porté sur
la gouvernance, l'imputabilité, la cohérence, l'efficacité et la transparence,
la transversalité de l'État dans la
perspective du projet de loi. La transition énergétique, comme Catherine vient
de le dire, n'est pas l'affaire d'un
seul ministère, mais de l'ensemble de l'appareil gouvernemental. C'est pourquoi
on élève la responsabilité à un niveau supérieur, sans rien enlever à la
capacité, évidemment, du ministre et du ministère.
Réduire nos émissions de GES tout en faisant
croître notre économie, en favorisant notamment l'attraction du capital
prévu, a été aussi un des critères qui a influencé nos recommandations. TEQ est
extrêmement positif sur la livraison mais
n'est pas outillé de façon optimale, se trouvant parfois dans des situations où
l'organisme doit pousser dans le dos de d'autres ministères qui gèrent certains programmes qui figurent sur son
plan directeur. C'est pourquoi nous proposons un véhicule indépendant, imputable, pérenne, équipé pour livrer,
détenant tous les outils pour ce faire et relevant de la plus haute
instance gouvernementale. On propose une structure qui a plus d'indépendance,
plus à l'abri des politiques changeantes,
plus d'imputabilité, de prévisibilité... c'est important, ça aussi, pour les
gens de l'industrie, pour pouvoir mener
à terme les programmes et projets qui permettront au gouvernement et au Québec
d'atteindre les cibles de réduction des GES tout en faisant croître son
économie.
Aussi, les recommandations portent sur les aspects
suivants : la gouvernance, la gestion des fonds, les allocations financières, la vérification, le rôle du
Vérificateur général et l'intégration des cibles de réduction des GES. Et nous
espérons aujourd'hui être en mesure
de vous éclairer, de nous faire avancer, tout le monde, en tant que société.
Vous pouvez tenir pour acquis notre grande collaboration pour
aujourd'hui et la suite des choses. Merci beaucoup.
Le Président (M. Polo) : Merci. Je vous remercie pour votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous. Puisqu'il n'y a pas de député indépendant, donc, je vous
rappelle que vous disposez de
16 minutes d'échange, pour l'opposition officielle, c'est
10 min 40 s et, deuxième et troisième groupe d'opposition, c'est... pardon,
10 min 40 s pour l'opposition officielle,
2 min 40 s pour la deuxième et troisième opposition.
Merci.
M. Charette :
Merci beaucoup, M. le Président. D'ailleurs, j'apprécie fort bien vos propos,
et on se rejoint à plusieurs égards, c'est
le but du projet de loi n° 44, de revoir la gouvernance et surtout éviter
le piège des dernières années, c'est-à-dire,
on se donne des cibles, mais on ne se donne pas de moyens pour les atteindre.
Et je ne blâme pas un gouvernement en
particulier, c'est ce qui s'est vécu malheureusement à l'échelle planétaire, et
on ne veut pas reproduire cette erreur-là.
une des façons pour nous d'y parvenir, c'est beaucoup par les deux chiens de
garde, je ne sais pas si c'est la bonne expression, mais qu'on instaure,
à travers le projet de loi n° 44, c'est-à-dire un mandat particulier et
très défini du Commissaire au développement
durable. Personne ne peut remettre en doute son impartialité, personne ne peut
remettre en doute son indépendance.
Et c'est lui qui, année après année, va nous donner, en quelque sorte, son
bulletin, de sorte qu'on ne se retrouve pas, par exemple, en 2029, soit
à la veille de l'échéance de notre plan d'action, avec la conclusion qu'on n'arrivera pas à nos fins. Donc, c'est une
première instance ou un premier mandat qui est clairement défini, et, l'autre,
la composition de ce comité indépendant
composé majoritairement de scientifiques pour nous accompagner
dans notre démarche.
Certaines
personnes ont laissé entrevoir une inquiétude, qui est très, très légitime, de
voir est-ce qu'il n'y a pas un
danger, avec le projet de loi actuel, de rendre la démarche plus partisane, ne
pas laisser place au choix bêtement politique ou d'un individu, soit, en l'occurrence, le ministre de
l'Environnement. Donc, c'est
réellement ce qu'on a voulu éviter. Et j'étais curieux de vous entendre
spécifiquement sur ces deux instances-là. Est-ce que, d'après vous, elles
joueront un rôle
capital? Est-ce que ce sera utile dans la garantie ou notre démarche
de transition énergétique pour que l'on puisse enfin atteindre nos
cibles, ce qui n'a jamais été fait par le passé, malheureusement?
Mme Méthot (Suzann) : Le problème, à la lecture du projet de loi, c'est que... ce qui en ressort, c'est qu'on vous donne un rôle qui est important, qui est celui de
conseiller, mais ce qu'on ne voit pas dans le projet de loi, c'est qui prend
les décisions. Et on a aussi un problème où... Oui, il y a bien un conseil, en
fait, deux comités qui sont créés, et celui qui
relève de vos compétences va vous conseiller, les avis vont être publics. Par
contre, par la suite, on est dans une boîte noire. Les discussions vont se tenir au Conseil des ministres, et, bien là, ça va être... je veux dire, vous
connaissez cette partie-là mieux que nous, le tirage de couverte entre
ministères pour essayer de faire valoir son point.
Et ce qu'on croit, c'est que... Considérant les
enjeux soulevés par ce projet de loi,
qui est une pièce éminemment importante
pour le Québec, on croit qu'il y aurait sans doute plus de pouvoirs à amener ça
à un niveau supérieur et éviter, justement,
premièrement, ce tirage de couverte là, et, surtout, de prendre pour... de
renforcer, dans le fond, les capacités que, déjà, avait la structure de TEQ, qui, pour nous, justement, vous
prémunit de... ou vous permet d'atteindre les objectifs que vous recherchez quand on parle d'indépendance,
où on a un conseil d'administration qui est imputable et qui, en plus, est équipé d'une variété de compétences et d'expertises
qui rassemblent et qui touchent l'ensemble des enjeux soulevés. Parce
que les questions qui touchent la transition énergétique, oui, relèvent
beaucoup des aspects environnementaux, mais
on parle de transport, on parle de santé, on parle d'aménagement du territoire,
alors ça demande un lieu d'échange qui, à la fois, a des experts qui représentent tous ces secteurs-là, mais qui
sont aussi dans une structure qui, à la fois, leur accorde l'indépendance de travailler, mais aussi les rend
imputables, et où on les outille... et là on pourra parler plus
tard de financement aussi. Et la structure, telle qu'on la lit dans le
projet de loi, ce n'est pas ce qui nous...
Le Président
(M. Polo) : Mme Bérubé, Mme Bérubé, je pense que le
ministre a une...
Une voix :
Mme Méthot.
Le Président (M. Polo) : Ah! Mme Méthot. Mais, je pense, M. le
ministre souhaite intervenir et échanger avec vous. Oui, oui, c'est ça.
Mme Méthot
(Suzann) : Allez-y.
M. Charette :
Le temps est très, très serré. Je comprends, et j'entends, et j'accueille avec
tout à fait... La notion d'imputabilité,
je l'accueille avec aussi beaucoup, beaucoup d'ouverture, et c'est la base du
projet de loi. Quand on parle... Et
je vous ramène sur le rôle que l'on souhaite conférer au Commissaire au
développement durable, imaginez la pression, à chaque année, lorsque la
Vérificatrice générale dépose un rapport, la pression que, de façon tout à fait
constructive, ça impose aux différents
ministères concernés. Donc, imaginez le scénario suivant si, année après année,
il y avait un rapport déposé par le
Commissaire au développement durable qui disait : On ne va pas dans la
bonne direction, c'est une pression, comme gouvernement, qu'on ne
souhaiterait pas subir. Donc, pour nous, la garantie de résultat,
l'imputabilité repose beaucoup sur la réaction du gouvernement à ces différents
rapports là qui seront rendus publics.
je parle du Commissaire au développement durable, mais, au niveau du comité
scientifique, c'est la même chose. À
une certaine époque, on pouvait recevoir des rapports de cette nature-là,
décider de les rendre publics ou pas, mais
là, encore une fois, le projet de loi spécifie de façon très, très claire que
tous ces rapports-là seront rendus publics. Encore une fois, c'est une garantie, selon moi, de réponse du
gouvernement, on ne pourrait pas imaginer... Et, dans notre système
parlementaire, le rôle de l'opposition est tout à fait capital, imaginez le
plaisir qu'auraient les oppositions à revenir sur des éléments du rapport si le
gouvernement n'en prenait pas acte et n'agissait pas en conséquence.
Donc,
je reviens un petit peu sur la question de départ. Ces deux instances-là, pour
vous, est-ce que c'est un élément qui
est constructif dans l'objectif d'atteindre, pour une première fois, mais c'est
important, nos cibles en matière de réduction de gaz à effet de serre?
Mme Méthot (Suzann) : La vérification du VG est
essentielle, mais je rappelle que c'est une obligation qu'il a déjà de facto, depuis 2017‑2018, de vérifier le Fonds
vert. Le projet de loi, tel qu'il est présenté actuellement, on ne comprend pas
s'il devra vérifier aussi la performance et
les performances extrafinancières.
Alors, il ne faudra pas qu'on se limite à la colonne des plus et des moins, débits-crédits au Fonds vert,
mais qu'on s'assure aussi que la performance du plan directeur actuel et
à venir puisse être dans sa liste d'épicerie.
Maintenant, le projet
de loi retire à la Régie de l'énergie la vérification de la performance du plan
directeur. Alors, ça, c'est un moins. Alors,
si on veut aller chercher de la vérification et de la transparence, je crois qu'il importerait
qu'on réintègre la vigie de la Régie de l'énergie, à laquelle serait soumise la société
d'État si on poursuivait, mais qu'on
l'agrémentait de l'ensemble des compétences.
Mme Bérubé (Catherine) : Au niveau des conseils, des comités, la
composition est aussi importante. Là aussi, on propose qu'il y ait, je vais dire, une plus grande diversité de profils,
et puis peut-être y aller carrément sur la base d'une... ça fait
partie
de notre mémoire, là, d'un avis d'intérêt pour s'assurer qu'il y ait une
diversité un petit peu plus grande et puis qui puisse répondre... une expertise qui soit un petit peu plus large,
là, au sein du comité, donc avoir des gens de l'industrie, notamment.
M. Charette : Peut-être une dernière question rapide pour ma
part, j'ai des collègues aussi qui aimeraient intervenir par la suite. L'agence que vous proposez, en
quelque sorte, par rapport à TEQ, tel que l'organisation existe présentement,
quelle serait sa plus-value, est-ce que
c'est un TEQ plus? Comment vous voyez, justement, le rôle de cette agence, là,
que vous voulez mettre à l'avant-scène?
Mme Bérubé
(Catherine) : C'est un TEQ plus, un TEQ qui relève, je dirais, de
l'ensemble, à ce moment-ci, de l'instance gouvernementale, et puis, bien, c'est
sûr que ce qu'on vise, c'est qu'on ait une agence qui soit équipée, donc qui ait les ressources à la fois
humaines et financières pour être en
mesure de livrer. TEQ a été en mesure de livrer, maintenant
je pense qu'il faut qu'on accélère. C'est ce qu'on propose, et ça, ça doit
passer par des ressources qui sont, je veux dire, assurées à travers le
temps et qui sont bonifiées.
M. Charette : C'est gentil, merci. Peut-être
juste vous rassurer, avant de céder la parole, le mandat de TEQS... de TEQ, c'est-à-dire, et le maintien de la
politique-cadre sont maintenus à travers le MERN, notamment.
Donc, le plan directeur est aussi pour
nous quelque chose de très,
très précieux. Et, vous rassurer,
dans la structure que l'on propose, on
ne met pas de côté, bien au contraire, là, ce travail-là tout à fait fondamental, là, qui a été fait et qui va se poursuivre à
travers le MERN.
Donc, je sais que
j'ai des collègues qui voulaient prendre la parole, notamment mon collègue de Bourget.
Le Président
(M. Polo) : Il reste 6 min 40 s. Allez-y.
M. Campeau : Bonjour. Merci pour votre présentation. Je ne
sais pas trop, des fois, comment poser la question, je n'essaie pas de défendre le projet de loi actuellement, là, on est quand même au tout début, vous
êtes le premier groupe qu'on entend, mais surtout de provoquer la
discussion. Vous mentionnez qu'on devrait avoir une société d'État reliée à la
plus haute instance gouvernementale, ça veut dire quoi, c'est le bureau du PM,
Mme Bérubé
(Catherine) : MCE, ministère du Conseil exécutif.
M. Campeau : C'est
ça. Et est-ce que vous ne voyez pas, là-dedans,
un danger d'un pouvoir dilué? Parce
que, justement, on se ramasse
dans un bureau où le premier ministre est en charge de plusieurs dossiers. Est-ce
que vous n'y voyez pas une lenteur
administrative? Et, quand on parle d'imputabilité, bien, force est de constater qu'au Québec l'imputabilité, ça a été un peu difficile, dans les dernières
années, de vraiment pouvoir imputer un résultat directement à une personne, on a souvent
tourné en rond avec ça. J'aimerais juste vous entendre là-dessus,
s'il vous plaît, je n'essaie pas de défendre le projet de
loi, dans ce cas-là, j'essaie de provoquer la discussion.
Mme Bérubé (Catherine) : Bien, je pense qu'au niveau de... Il faut revenir
vers ce qui a porté notre réflexion, c'est-à-dire à la
fois la cohérence, l'efficacité, la transparence, c'est ce qui nous a menés vers une société d'État. Et puis, après, bien, le déploiement des mesures de cette société
d'État là étant multisectoriel, c'est pour ça qu'on pense que ça doit être, je vais dire, attribué... ou la responsabilité doit relever, je vais dire, de l'instance qui s'élève au-dessus des
autres ministères. On pense que c'est la meilleure façon d'assurer, justement,
un bon déploiement.
Mme Méthot (Suzann) : Si je peux me permettre en ajout, en complément, pour ce qui est de la lenteur, a contrario, la lenteur
administrative... en transférant la société d'État actuelle sous
le ministère, au MERN... va amener son lot de lenteur administrative, parce que les ministères
sont soumis à, bon, divers lois, règlements, directives gouvernementales. Je pense, par
exemple, à la
loi sur la promesse de l'octroi des subventions, hein, qui
nécessite un certain montant, là, 10 000 $, 1 million, qu'on aille se faire donner une permission au Conseil du trésor et, au-delà de 1 million, au Conseil des ministres.
Alors, ça, au quotidien, c'est le genre de
directives qui viennent alourdir les processus et qui, malheureusement, font perdre des opportunités, entre autres, à
l'industrie. Ça s'est déjà passé précédemment. Un organisme, une société d'État a plus d'agilité à ce sens-là, et TEQ a vraiment fait preuve,
jusqu'ici, d'agilité.
Le Président (M. Polo) :
Il reste du temps. Allez-y, M. le ministre.
M. Charette : À ce niveau-là, on a tous salué le plan
directeur, un petit peu, la ligne de conduite des prochaines années. Effectivement, on a beaucoup d'échos
positifs sur la qualité de ce plan-là, qui a été bâti en partenariat avec
plusieurs intervenants. Est-ce que
ce n'est pas tant l'application du plan directeur qui est importante que
l'endroit où il est administré? J'essaie
de peser un petit peu ou de pondérer... Ce qui est fondamental, c'est plutôt
les résultats que l'endroit où la gestion se fait. Je vous pose
candidement la question à ce niveau-là.
Mme Bérubé (Catherine) : Les deux, je pense que c'est les deux. La
coordination est très, très importante et puis la meilleure façon d'avoir une bonne coordination qui relève... on parle
de programmes qui relèvent de différents ministères, c'est d'avoir une coordination qui est réunie à un
seul et même endroit avec la latitude, je vais dire, de pouvoir coordonner
les efforts.
M. Charette : Et, dans les réflexions que vous avez eues avec
vos différents partenaires, est-ce
que vous vous êtes basés sur un exemple de gouvernance particulier,
que ce soit un État, une province, un pays? Quel est le modèle de référence
pour vous à ce niveau-là?
Mme Méthot (Suzann) : On s'est basés, en fait, un, sur notre exemple à
nous, celui que nous avons actuellement, qui est Transition énergétique
Québec, qui, on vous le rappelle,
pour 18,5 % du Fonds vert, livre au-delà de 60 % des réductions
de GES au Québec. C'est un bilan de
mi-parcours qui était basé sur des estimations, mais sur des données quand même
historiques qui permettent de croire qu'ils vont livrer. Alors, déjà, on a un
modèle ici qui est excellent, qui ne peut qu'être
bonifié. Mais, oui, on peut penser à l'ADEME, en France, entre autres, qui est
un modèle qui est très intéressant, qu'on
connaît bien. Et, bien, par ailleurs, TEQ a une collaboration, un partenariat
avec l'ADEME, ça fait qu'on peut penser que l'organisme pourrait
profiter... tous les deux, échanger les bons procédés.
Au-delà de ça, il y a le Commissaire au développement durable qui a évalué des modèles aussi à travers le
monde, cinq modèles. Je n'ai pas tous
les détails, mais, ce dont il en concluait, puis c'est dans un de ses rapports et c'est documenté dans notre mémoire en annexe, tous modèles
confondus, les modèles de gouvernance qui étaient le plus proche du plus haut
niveau du pouvoir étaient les plus efficaces. Alors, c'est ce qui est venu
aussi alimenter notre réflexion.
M. Charette : Dans la même foulée, est-ce que vous avez des
exemples de pays, États, provinces, peu importe, qui ont comme premier répondant soit le premier ministre soit le
président, selon le régime politique qui est en place? Est-ce qu'il y a
des modèles, là, qui vous semblent plus porteurs à ce niveau-là?
Mme Méthot (Suzann) : Malheureusement, je n'en ai pas ce matin, on a eu
tellement d'éléments sur lesquels travailler, mais il y a des pays
nordiques qui, sans doute, et le Japon aussi, pourraient nous offrir des
modèles, mais, sincèrement, ça n'a pas été
un des sujets qu'on a creusés. On s'en remet au rapport du Commissaire au
développement durable.
M. Charette :
C'est gentil. Juste valider le temps qui reste à notre disposition...
Le Président
(M. Polo) : 30 secondes.
M. Charette :
30 secondes. Bon. C'est assez pour vous remercier pour votre présence, ce
matin, avec des propos qui méritent réflexion. Mais, déjà, merci de vous
être présentées ce matin devant nous.
Le Président
(M. Polo) : Merci beaucoup. Merci. Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Bonjour,
mesdames. Merci d'être là avec nous aujourd'hui. Des recommandations, des commentaires fort... que je ne peux trouver que
pertinents puisque je les partage pour la très grande majorité. Je
commencerais d'abord... juste par curiosité, pour bien camper la discussion,
est-ce que vous avez fait partie... je sais
qu'il y a des groupes de travail qui ont été mis en place par le ministre l'été dernier, il y a des consultations
qui ont été faites, est-ce que, comme groupe, vous avez fait
partie de ces
groupes de travail ou de ces consultations?
Mme Bérubé
(Catherine) : Est-ce qu'on parle du PECC?
Mme Bérubé
(Catherine) : Oui. Switch a été mandatée pour coordonner un groupe de
travail.
Mme Montpetit : Parfait,
d'accord, et... Bien, c'est ça.
Je vous entendais, dans vos commentaires, justement, faire
référence... puis je pense qu'on a été plusieurs à le mentionner dans nos remarques préliminaires ce matin, puis on l'avait déjà
mentionné au dépôt du projet de loi en novembre puis à l'annonce du projet de loi en juin, là. Ça fait comme déjà quelque temps que c'est dans la sphère d'actualité, je veux dire, on attendait que
ce soit réellement
déposé pour pouvoir avoir des discussions là-dessus, mais je vous
entendais parler justement... puis c'est ce qui nous préoccupe, nous, comme opposition
officielle, c'est toutes les questions, justement, de saine gouvernance, de
reddition de comptes, d'indépendance et de transparence, d'imputabilité également.
Puis je ne veux pas vous mettre des mots dans la
bouche, là, mais je pense que c'est vraiment sur cet échange-là que j'aimerais qu'on se concentre parce qu'on a, nous, de notre côté... puis on ne
les nie pas, là, on ne joue pas à l'autruche, le Fonds vert a été mis en place. Il y a eu certains ratés, il y a eu de
grands succès aussi, je pense qu'il faut le mentionner, il y a certainement place à l'amélioration. C'est
la raison pour laquelle, à l'époque, justement, ces structures-là avaient été
mises en place, tant le conseil de gestion que TEQ. Et ce qu'on voit avec la
proposition, avec le projet de loi qui est sur
la table, c'est qu'on revient à la case départ, dans le fond, on revient...
Puis c'est ce qui nous surprend particulièrement, c'est ce qui nous a vraiment surpris, quand ça a
été annoncé, justement, la vision, la direction, si je ne me trompe pas,
au mois de juin, l'année dernière, c'est de
voir que le chemin qui est pris est un chemin dont on connaît déjà les
résultats.
c'est dans ce contexte-là, nous, qu'évidemment on a souligné... ce n'est pas
seulement des inquiétudes, c'est... Si c'était une direction comme vous,
vous en proposez une, qui est quand même différente de ce qui a été fait, mais,
ce qu'on a sur la table, en ce moment, on le
sait déjà, que c'est une assurance d'échec, on est déjà passé par là. Ça a déjà
été critiqué par le Commissaire au
développement durable. Il y a déjà eu des rapports qui nous ont montré que le
fait de tout recentraliser,
de centraliser ça, de politiser les décisions, ce n'est pas la bonne direction
à prendre. Effectivement, ça va à
l'encontre de tout ce qu'il se fait à l'international à l'heure actuelle,
aussi, justement, d'augmenter la reddition de comptes, d'augmenter la
transparence.
Et vous avez mentionné une de vos inquiétudes, qui
est le fait qu'on... puis j'aimerais vous entendre sur cet élément-là, entre autres, qu'on perd de vue, à un moment,
justement... avec la structure qui est proposée, on perd de vue qui prend
les décisions et comment sont prises les
décisions, avec tous les impacts que ça peut poser. Moi, c'est ce qui me
préoccupe particulièrement, mais
j'aimerais ça vous entendre, de votre point de vue, comme organisation, comment
vous voyez ça, au niveau des effets, là.
Mme Bérubé
(Catherine) : Bien, si je peux me permettre, je pense qu'au fil des
ans, des décennies même, on a vraiment bien
établi quelle était la vision. Ça, je pense qu'à travers les différents
gouvernements l'objectif, on le connaît, là, on a les cibles,
maintenant, c'est dans l'exécution, au fur et à mesure où il y a eu des
modifications à la structure, différentes moutures... Puis, aujourd'hui, on
voit ça plus comme une opportunité de faire plus. Peut-être qu'il y avait des lacunes aussi, je veux dire, en termes de
ressources, il y avait des besoins, puis on a besoin... on le sait maintenant,
puis ça, ça m'amène au sujet des
investissements aussi, on le sait, qu'on a besoin d'efforts considérables pour
pouvoir atteindre nos objectifs, nos
cibles. Maintenant, bien, c'est une opportunité de faire plus en attirant,
entre autres, le capital privé, pour mettre le capital privé au travail,
utiliser vraiment le capital public comme «leverage», comme levier pour
l'attirer.
Donc, pour faire plus, on parle, oui, de
ressources humaines et financières, mais aussi, comme je disais, la structure
est aussi importante. Et donc,
effectivement, nous, on pense que la meilleure façon, le meilleur livreur pour
y parvenir, c'est vraiment une société d'État, un peu à l'image de TEQ.
Mme Montpetit : Oui, bien, c'est ça, je vais rebondir exactement
là-dessus parce que... puis je veux bien comprendre votre propos par
rapport à ça, justement, parce que vous proposez, vous avez quand même dit que
TEQ... puis, encore là, je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche,
mais vous avez dit que TEQ fonctionnait bien mais
manquait de ressources. Et là la proposition que vous faites ce matin, justement, c'est une autre société
indépendante d'État. Tu sais,
quand vous dites qu'il manque de ressources, vous dites qu'il y avait des
lacunes, est-ce que vous avez une
idée des sommes qui manqueraient, justement, pour pouvoir venir
soutenir davantage TEQ? C'est quoi, votre lecture? Pourquoi tout
simplement être d'accord
avec... jeter le bébé avec l'eau du bain puis passer complètement à autre chose, alors qu'on a
une structure qui fonctionne, qui fait ses preuves, qui peut certainement être améliorée, au niveau de son efficacité,
peut-être, si c'est votre lecture? Donc, est-ce que c'est des montants précis
que vous êtes capables de nous partager?
Mme Méthot (Suzann) : Pas de montant précis, mais, bon, quand on parle
de la structure d'une société d'État, maintenant, c'est quelle façon on le fait. On n'est pas
obligé de jeter le bébé, l'eau, et tout ça ensemble, là, on peut partir...
Nous, ce qu'on dit, c'est de bâtir sur les
acquis et de renforcer ce qu'on a. Idéalement, si on voulait perdre moins
d'argent et moins de temps, on
prendrait TEQ et on en ferait un super TEQ. TEQ, actuellement, est composé de
80 % d'employés qui venaient du
MERN et 20 % d'autres expertises. La transition énergétique, comme
on l'a dit un peu plus tôt, c'est transversal. Ça touche les transports, la mobilité
durable, la santé, l'aménagement du territoire,
ce qu'on dit, c'est... et les finances, l'économie.
Alors,
ce qu'on dit, c'est que, à l'équipe qui est actuellement formée d'experts
triés sur le volet du MERN, on a besoin d'experts triés sur le volet des
autres ministères : le ministère des Transports, ministère de la Santé, ministère
de l'Économie. Et là, bon, actuellement, ils sont une centaine d'employés, environ,
ça va être quoi, 200 employés? Il faudrait demander, dans le fond, à l'organisation, actuellement, qu'est-ce
que ça prendrait, est-ce qu'ils seraient capables de mettre un chiffre, ils connaissent mieux
leur budget que nous autres, mais c'est comme ça qu'on voit les choses. Ça fait
que, si on voulait moins perdre de temps,
moins perdre d'argent, renforçons, bâtissons sur les acquis et allons chercher
les expertises qui vont compléter leurs équipes.
Mme Bérubé (Catherine) : ...ça nécessite quand même des modifications, je veux dire, à la structure actuelle aussi, là, c'est pour ça... c'est ce qu'on propose, là. Est-ce que
c'est un TEQ ou autre chose? Dans le
fond, je pense, l'important,
c'est le modèle qu'on porte aujourd'hui. Et puis il y a des ressources qui sont là en ce moment qui ont développé
une expertise au fil des ans, il faut
maintenir ces acquis-là puis aller en chercher plus, ratisser plus large,
amener des ressources des autres ministères aussi.
Montpetit : Non, c'est ça,
je voulais juste être bien certaine de comprendre votre proposition par rapport à ça, parce que moi, je n'aime pas beaucoup
jouer... faire de la structurite, et particulièrement dans le contexte où on est dans un contexte... puis je le disais d'entrée de jeu, on est dans un contexte où il
y a une urgence climatique, où on
devrait mettre tout en place pour
aller plus vite puis jouer dans des structures.
Et là on va passer les prochaines semaines en consultations, en étude détaillée, donc, pendant ce temps-là, on
n'est pas en train d'avancer déjà, on n'est pas en train de bonifier une structure qui est déjà en place. Et
je pense que, malheureusement, on perd du temps, et ce qui est proposé, effectivement, comme vous dites, va amener des
lenteurs supplémentaires aussi, là. Puis je pense que mon collègue de...
c'est parce qu'il ne reste pas beaucoup de temps, je ne veux pas vous couper,
là, mais...
Le Président (M. Polo) :
M. Kelley :
Oui, merci, M. le Président. Très rapidement, parce qu'on n'a pas beaucoup de
temps. Présentement, dans le projet de loi,
c'est indiqué que deux tiers de toutes les sommes ramassées, dans notre marché
du carbone, sont réservés pour le
transport, le transport en commun, notamment. Le projet de loi proposé par le
gouvernement va enlever cette cible.
Selon vous, est-ce que ça, c'est une bonne chose, on peut dire qu'il y a plus
de flexibilité? Et moi, je regarde ça,
le transport, c'est où on a le plus grand défi aussi au Québec, ça, c'est où...
la lutte pour réduire nos GES, c'est vraiment là. Alors, est-ce que vous pensez que c'est un bon
changement, ou c'est mieux d'avoir une cible très claire dans le projet de loi?
Mme Bérubé (Catherine) : Un tiers, deux tiers, trois quarts, l'idée, et
c'est une de nos propositions, c'est de s'assurer que les décisions qu'on prend ne soient pas prises
de façon arbitraire, c'est qu'on y aille, justement, sur des chiffres probants.
40 %, en effet, des GES viennent du
secteur des transports, on sait que c'est une des principales sources
d'émissions de GES. Alors, si on
décide... et nous avons des cibles de réduction, je ne le répéterai pas. Alors,
on fait des équations, là, si on a besoin
de réduire de tant de pour cent nos GES et qu'on sait que tel secteur ou tel
secteur en émet tant, bien, écoutez, il y a des équations qui se font
puis des actuaires qui sont très, très bons pour ça.
Et vous aurez la
chance d'avoir ici, entre autres, Pierre-Olivier Pineau, au cours de vos
audiences, qui sera certainement le mieux
placé pour nous mettre à jour, puisqu'il a sorti l' État de l'énergie, la
semaine passée, le HEC, la chaire du
secteur de l'énergie. Et là on a une mise à jour, et les nouvelles ne sont pas
très bonnes, on s'éloigne de nos
cibles. Même si on a des agents
porteurs, livreurs, comme TEQ, malgré tout, on s'éloigne de nos cibles. Alors,
je pelletterais cette question-là à Pierre-Olivier Pineau, qui va se
faire un plaisir...
Le Président
(M. Polo) : Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Mme la députée
de Mercier.
Mme Ghazal :
Je dispose de...
Le Président
(M. Polo) : 2 min 40 s
Mme Ghazal : Merci,
M. le Président. Donc, bien, la façon
que vous avez exposé TEQ, qui doit être renforcé... Vous avez dit super
TEQ. Nous, on dit, des fois, TEQ 2.0. Dans votre mémoire, vous parlez d'une société
publique, et tout ça. Peu importe le nom
qu'on lui donne, ce qui est important, la façon que vous l'avez dit, c'est qu'il faut
le renforcer puis que c'est fait de façon
transversale et au plus haut niveau. Donc, je partage totalement
la vision que vous avez exposée si clairement.
Le ministre nous dit
que, dans le passé, on se fixait des objectifs, mais qu'on ne se donnait pas
les moyens. Dans le mémoire, vous dites que c'est important d'enchâsser dans la
loi les cibles de réduction de gaz à effet de serre pour que ça soit réellement contraignant. Il y a un autre élément aussi — ça
aussi, on est d'accord avec ça — qui
circule, qui est le budget carbone, qui pourrait être un moyen... Qu'est-ce
que vous pensez de ça? Parce que ce n'est pas dans votre mémoire.
Mme Bérubé
(Catherine) : ...positionnés là-dessus, Switch, comme organisation.
Donc, on n'aura pas de... On n'est pas porteurs d'une opinion là-dessus aujourd'hui.
Mme Ghazal :
O.K., très bien.
Mme Méthot (Suzann) : Par contre, pour ce qui est des questions de financement et de budget de ce qu'un super TEQ pourrait représenter, ce n'est pas nécessairement
plus d'argent, pour ce qui est de la structure, parce que,
déjà, ces argents-là sont dans d'autres ministères. Le ministère
du Transport a des argents pour le plan de mobilité durable, par exemple. Ce
qu'on veut, c'est... On ramène ça dans la superstructure. Donc, en partie, il y
aurait quand même une bonne
partie du budget qui est de l'argent qui est déjà
là. Il est juste mal réparti.
Mme Bérubé (Catherine) : Pour mieux coordonner, puis effectivement qu'en matière
d'investissement, je vais dire, dans des entreprises, par exemple, ou
dans des projets d'infrastructure, bien, c'est absolument essentiel, et on
pense que le MEI et Investissement Québec, dont c'est l'expertise, soient aussi
mis à profit. Ça fait que ça, c'est une autre...
Mme Ghazal :
Donc, que ce soit transversal, alors que, là, ce qu'on fait... TEQ, on aurait
pensé, dans la logique du
gouvernement ou du ministre, que ça irait dans le ministère de l'Environnement,
mais là c'est sous le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles. Ça, qu'est-ce que vous pensez de ça?
Supposons que ça ne serait pas une structure au plus haut niveau, dans
quel autre ministère il devrait aller? Est-ce que le ministère de l'Énergie,
c'est une bonne chose?
Mme Bérubé (Catherine) : Je pense... L'important, là, c'est que nous, ici,
on pense qu'il faut qu'il y ait une société d'État. Et, étant donné que
l'Assemblée nationale a reconnu qu'il y avait urgence, il faut que cette
société d'État là soit apte, et on
pense que c'est le meilleur outil pour livrer... C'est ça qui nous préoccupe le
plus. La meilleure façon de le faire, parce que c'est transversal, c'est
que ça relève du MCE.
Mme Ghazal :
Très bien, donc, apolitique. Vous avez parlé rapidement de la Régie de
l'énergie. On sait, avec le projet de loi n° 44, où elle a été affaiblie...
Le Président
(M. Polo) : Merci beaucoup, Mme la députée de Mercier. Désolé. Je
cède la parole au député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui, merci, M. le Président. Vous avez parlé, entre autres, Mme Méthot, de
préoccupations transversales dans la
réduction des gaz à effet de serre. Moi, je voudrais vous entendre davantage...
vous en avez parlé un peu, mais encore plus sur les nouveaux pouvoirs
accordés au ministre, notamment, de donner des avis aux autres ministres, à ses
collègues, mais je me demande... Puis là je veux, dans le fond, l'aider, parce
que j'ai l'impression qu'il va avoir plus de pouvoirs sans réels moyens, et
surtout pas sans contrainte.
Donc, il va émettre des avis, mais ça lui donne
tout un rôle, là, parce qu'il va être soumis à la pression de ses collègues
qui vont avoir des projets à faire passer.
Alors, je comprends que c'est pour ça que vous amenez l'idée, que je partage,
de rehausser le niveau, quand on parle de transversal, que ce soit entre les
mains du Conseil exécutif. Mais j'aimerais vraiment vous entendre davantage sur
les risques auxquels s'expose le ministre dans une dynamique comme ça.
Mme Bérubé (Catherine) : Je ne pense pas que... Pardon, je te vole la
parole, mais je pense que ce qui est important, c'est vraiment... Bon, on pense que ça doit relever du MCE. Évidemment
que le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, évidemment que le ministre de l'Environnement sont des
ressources clés dans cette structure-là. On n'a pas d'opinion sur ce que
vous proposez, là. C'est ça qui nous importe.
M. Gaudreault :
Oui, bien, moi, j'ajouterais... Vous dites : Le ministre des Ressources
naturelles, le ministre de l'Environnement, mais certainement le président du
Conseil du trésor, le ministre du Développement économique, le ministre des
Finances, qui ont des rôles archi-importants à jouer dans la lutte contre les
changements climatiques. Et malheureusement c'est l'angle mort. On ne les
inclut jamais. Alors, si on avait vraiment un gouvernement engagé dans la lutte
contre les changements climatiques, il leur donnerait des responsabilités
aussi.
Enchâsser
les cibles dans la loi, c'est votre recommandation 9, est-ce que ce n'est pas trop lourd? Changer la
loi, c'est complexe. Il faut venir en commission parlementaire, déposer
un projet de loi. Par règlement, c'est plus souple. Est-ce que, quand on arrive dans un contexte où on doit rehausser les
cibles, si elles sont enchâssées dans la loi, c'est un peu plus
complexe?
Mme Méthot
(Suzann) : C'est que le projet de loi, présentement, prévoit... mais
il parle de la cible, sauf que nous n'avons
pas juste une cible. On a plusieurs cibles. Il
y a un agenda au niveau de la lutte aux changements
climatiques. Donc, c'est tout simplement un amendement
au texte de loi, de remplacer «la»
pour «les» puis mettre un «s» à «cible».
M. Gaudreault :
O.K., O.K., O.K. En tout cas, on y reviendra. C'est terminé?
Le Président
(M. Polo) : Bien, si vous voulez saluer...
M. Gaudreault :
Bien, salut!
Des voix :
Ha, ha, ha!
Le Président
(M. Polo) : Je vous remercie pour votre contribution aux travaux.
suspends les travaux quelques instants pour permettre aux représentants de
Fondaction-CSN de se présenter. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 36)
Président (M. Polo) :
Merci. À l'ordre, s'il
vous plaît! Nous allons reprendre les travaux. Nous reprenons nos travaux.
Donc,
je souhaite la bienvenue aux représentants de Fondaction CSN :
M. Stephan Morency — lequel
des deux, M. Stephan Morency,
à droite?, parfait — et
M. Julien Lampron, directeur, Développement corporatif et
affaires publiques. M. Morency est chef de l'investissement.
Alors,
je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puisque
nous procédons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
procéder à votre exposé. La parole est à vous. Merci.
M. Lampron (Julien) : Merci, M. le Président. M. le ministre, membres
de la commission, merci de l'occasion qui
nous est offerte de présenter les
observations de Fondaction dans le
cadre des consultations particulières concernant le projet de loi n° 44,
Loi visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les
changements climatiques et à favoriser l'électrification.
Donc, je me présente,
Julien Lampron, directeur du développement corporatif et des affaires publiques. Je suis accompagné de
mon collègue Stephan Morency, qui est le chef de l'investissement et qui a
été membre du conseil d'administration de Transition énergétique Québec de
mars 2017 à mars 2019.
Fondaction
est un fonds de travailleurs qui s'appuie sur la confiance de plus de
175 000 Québécoises et Québécois, détenant un actif de 2,4 milliards de dollars. L'épargne-retraite
recueillie est canalisée dans des entreprises et des projets qui contribuent au développement d'une économie
plus équitable, inclusive, verte et durable afin de générer de la valeur
pour les actionnaires et pour la société.
Fondaction est ainsi le fruit d'une
réflexion globale et croit que, pour être durable, le développement
économique doit prendre en compte les effets sur les personnes et sur l'environnement.
En 2016, au lendemain de la ratification des
accords de Paris sur le climat, Fondaction a été le premier investisseur privé à proposer au gouvernement du Québec un partenariat pour
l'atteinte de ses cibles de réduction de gaz à effet de serre. Nous avons ainsi financé des projets spécialement
dédiés à la lutte contre les changements climatiques, qui ont permis, l'an dernier, d'éviter plus de
935 000 tonnes de CO 2 équivalent dans l'atmosphère
entre le 1er juin 2018 et le 31 mai 2019.
Fondaction a établi
que le Québec a tout en main pour se positionner comme leader en matière de
lutte contre les changements climatiques.
Cependant, il est encore bien loin d'atteindre les cibles de réduction de GES
qu'il s'est fixées à l'occasion de
l'adoption des accords de Paris sur le climat et n'a d'autre choix que
d'accélérer considérablement ses efforts pour y parvenir. Pour
paraphraser le président Macron, lors du One Planet Summit de décembre 2017,
nous sommes en train de perdre la bataille.
Fondaction considère
que l'atteinte des cibles de réduction du Québec représente une formidable
opportunité de développement économique qui favorisera l'émergence des secteurs
porteurs dans le futur, de projets structurants et d'innovation au sein de nos
entreprises. Nous saluons, donc, le dépôt du projet de loi n° 44
par le gouvernement du Québec
et sa volonté exprimée de vouloir réformer la gestion du Fonds vert
et les institutions dédiées à la lutte contre les changements
climatiques afin de les rendre plus performantes, cohérentes, transparentes et
efficaces.
Nous présenterons donc aujourd'hui nos recommandations, qui ont pour but d'encourager davantage
de mobilisation du capital privé pour le financement de la lutte
contre les changements climatiques, de la nécessité de créer une société d'État qui sera en charge de la mise
en oeuvre du PECC, de mettre en place une structure d'évaluation des retombées
extrafinancières des programmes ou projets soutenus, inspirés des plus hauts
standards internationaux en la matière, et de s'assurer que les personnes
soient prises en compte dans l'évaluation des mesures soutenues par le FECC
afin qu'elles participent à une transition juste et équitable.
M. Morency (Stephan) : Alors, dans les années 2000, on va se
rappeler que le gouvernement du Québec avait fait le choix d'appuyer le développement des
entreprises technologiques et d'en faire un vecteur prioritaire de
compétitivité puis de croissance
économique. Puis, pour y parvenir, il avait mis en place un écosystème de fonds
spécialisés performants, gérés par
des gestionnaires détenant l'expertise qui était requise pour faire fleurir de
façon accélérée cette industrie-là au Québec.
gouvernement du Québec avait ainsi choisi d'investir plusieurs centaines de
millions de dollars qui ont contribué à
mobiliser des sommes encore plus importantes, des milliards de dollars de
capitaux privés... puis l'émergence de centaines d'entreprises innovantes au Québec. Quelques années plus tard, bien, les
choix du gouvernement qui ont été faits à l'époque ont fait en sorte que le Québec est reconnu
aujourd'hui mondialement comme un pôle de développement des technologies,
qui lui permet aujourd'hui de s'imposer notamment comme un des leaders
internationaux en intelligence artificielle.
Ce qu'on propose, nous, aujourd'hui, c'est de
faire que le Québec prenne des mesures semblables pour se positionner comme un chef de file en économie verte, capable
de conjuguer l'innovation technologique... celle des modèles d'affaires,
qui est nécessaire pour réaliser les transitions économiques qui sont liées aux
enjeux climatiques.
Aussi, la réussite
des cibles environnementales passe par la capacité de financer adéquatement la
lutte contre les changements climatiques. Or, toutes les études internationales
le démontrent en ce moment, le capital nécessaire pour atteindre les cibles des accords de Paris sur le climat nécessitera
un apport important de capitaux privés. Les capitaux publics ne
suffiront pas. Les gouvernements n'auront donc d'autre choix que de mettre en
place des mécanismes pour encourager le
privé à investir là où il devrait être, dans les secteurs liés à la lutte aux
changements climatiques, tels que, par exemple, l'efficacité
énergétique, les énergies renouvelables et la mobilité.
Le Québec n'échappe pas à ce constat-là. On
comprend aujourd'hui que les sommes disponibles dans les coffres du FECC
ne seront pas suffisantes pour financer une transition énergétique réussie. Une
enveloppe du FECC, jumelée à d'autres
sources de financement public, devrait donc être dédiée à la mise en place d'un
écosystème de fonds spécialisés permettant d'attirer des capitaux privés
en quantité suffisante pour répondre à l'enjeu climatique.
Pour ce faire, le
gouvernement du Québec devrait s'inspirer des modèles qui ont été promus par
l'OCDE dans les dernières années, qui ont été
mis en place à travers le monde puis qui visent à mobiliser le capital privé dans
le financement des projets de lutte aux changements climatiques. L'efficacité
de ce type d'intervention là, gouvernementale,
a été démontrée par des initiatives telles que la Global Energy Efficiency and
Renewable Energy Fund de la Banque
européenne d'investissement, la NY Green Bank, la Clean Energy Finance
Corporation en Australie, la California Infrastructure Economic Bank. Selon l'OCDE, c'est 150 milliards de
capital privé qui ont été mobilisés de cette façon au cours des cinq dernières
années. En moyenne, là, les initiatives répertoriées par l'OCDE ont su
mobiliser du capital privé dans un
ratio de mobilisation d'un pour cinq, soit 5 $ de capital privé pour chaque dollar qui a été investi d'argent
public.
De la même façon, dans son rôle de catalyseur, le
gouvernement du Québec, via son mandaté, Investissement Québec, agirait comme commanditaire dans des fonds
spécialisés dans les secteurs liés à la lutte aux changements climatiques,
servant ainsi de levier au capital privé. Pour attirer le
capital privé en quantité suffisante dans les secteurs innovants et plus
risqués, bien, le capital qui est investi par le gouvernement doit agir de
façon à réduire le risque ou augmenter les perspectives de rendement offert au
capital privé.
Alors, par exemple, le capital fourni par le
gouvernement peut essuyer les premières pertes du fonds spécialisé ou abaisser son rendement exigé sur son propre
capital pour favoriser le rendement du capital privé. C'est le modèle qu'on a
présenté en votre présence à la COP, de la
SOFIAC. C'est ce qu'on appelle le capital concessionnel, parce qu'il doit faire
des concessions pour attirer le capital privé là où il devrait être, dans des
secteurs innovants liés aux changements climatiques,
qui sont encore aujourd'hui perçus comme trop risqués pour attirer toutes les
sommes qui sont nécessaires.
En échange de ces concessions, le gouvernement exigera des fonds spécialisés des retombées
extrafinancières telles que des
quantités de réduction de GES ou autres cibles poursuivies par le PECC et en
lien avec le PECC. Il exigera aussi
que la mise en place de chaque fonds spécialisé respecte un ratio de
mobilisation de capital privé minimal par dollar public investi, le
fameux un pour cinq dont je parlais tout à l'heure.
Comme
ce fut le cas pour permettre l'émergence d'une grappe de technologie qui positionne aujourd'hui le Québec comme référence en matière
d'intelligence artificielle, nous pourrions mettre en place un écosystème de
fonds d'investissement qui géreront des
plateformes de financement de projets en appui au PECC. Ces fonds pourront être
confiés aux gestionnaires privés
ayant démontré qu'ils ont l'expertise. Le gouvernement du Québec a donc ici
l'occasion de mettre de l'avant un
leadership qui saura mobiliser l'ensemble de l'écosystème existant financier
dans la lutte contre les changements climatiques en utilisant des
modèles de financement mixte.
Alors,
nous recommandons ainsi qu'une
partie des fonds du FECC, combinée à d'autres
sources de capitaux publics disponibles,
soit gérée par Investissement Québec afin de mettre en place, avec des
partenaires de l'écosystème de la finance, des fonds spécialisés de financement mixte dédiés spécifiquement à la
lutte contre les changements climatiques et confiés à des gestionnaires
privés possédant l'expertise requise.
M. Lampron
(Julien) : Pour que les moyens d'intervention étatique puissent être
réellement efficaces, il faut qu'une
entité soit responsable d'analyser, de définir et d'évaluer les retombées
sociétales qui sont visées par les mécanismes de subvention et de financement
de projets.
gouvernement du Québec doit saisir l'occasion historique qui lui est offerte de
réunir, au sein d'une société d'État,
l'ensemble des expertises permettant d'identifier les secteurs d'avenir à
encourager, notamment au niveau des projets d'infrastructure à prioriser
et les innovations à encourager pour atteindre des objectifs du PECC. Cet
organisme serait la référence à la fois pour
les entreprises, qui y verront un interlocuteur crédible pour évaluer leurs
projets de lutte contre les changements
climatiques, et pour les autres ministères, et Investissement Québec, comme
organisme de référence, pour la mise
en oeuvre du PECC. Ce serait également cet organisme qui pourrait déterminer
les objectifs extrafinanciers des plateformes de financement que Stephan
vient de vous présenter.
Nous
recommandons ainsi la création d'une société d'État qui sera responsable de la
mise en oeuvre du PECC et qui réunira
en son sein les différentes expertises ministérielles des secteurs visés par la
lutte contre les changements climatiques.
M. Morency (Stephan) : Fondaction est un précurseur en développement
durable au Québec, et puis notre crédibilité en la matière provient
notamment du fait que, depuis les débuts de nos opérations... Pardon?
Le Président
(M. Polo) : 30 secondes.
M. Morency (Stephan) : Ah! la recommandation, c'est que, finalement, on
installe des mesures internationalement reconnues pour mesurer la
performance des programmes du FECC.
M. Lampron
(Julien) : En conclusion, on tient également à porter votre attention
sur le fait que la lutte contre les
changements climatiques et la décarbonisation de l'économie auront un impact
sur des transformations importantes dans
le tissu social et économique et qu'il faut absolument que cette transition
soit juste et équitable pour les travailleurs et travailleuses qui
pourraient en subir éventuellement les conséquences.
Président (M. Polo) : Merci beaucoup, messieurs. Si vous désirez
compléter votre conclusion, le ministre vous offrirait un peu de son
temps pour vous permettre de conclure correctement. Merci.
M. Lampron
(Julien) : Bien, écoutez, je crois que vous avez également l'essentiel
au niveau de notre rapport. La proposition de Fondaction propose, donc,
en résumé, sur quatre propositions. Le fait, d'abord, que la lutte contre les changements climatiques ne pourra se faire
sans une mobilisation importante des capitaux privés... le gouvernement du Québec doit donc mettre en place un écosystème
de fonds spécialisés dans la lutte contre les changements climatiques en
utilisant les modèles de financement mixte. La mise en oeuvre du PECC devrait
être confiée à une société d'État. Une
reddition de comptes inspirée des plus hauts standards internationaux est
essentielle pour démontrer la performance du FECC. Et la transition doit
être juste et équitable pour être acceptable.
Le Président
(M. Polo) : M. le ministre, poursuivez.
M. Charette :
Merci, M. le Président. Merci à vous deux, et merci non seulement d'être
présents ce matin, mais je me souviendrai toujours... Au lendemain de ma
nomination, je pense, un des premiers contacts que j'ai eus, de
façon très, très volontaire, c'est avec M. Beaulieu, votre fondateur, qui,
d'entrée de jeu, offrait sa collaboration, et, cette collaboration-là, on la sent depuis les tout débuts. Donc, merci
de la poursuivre ce matin avec vos commentaires.
c'est vrai que vous avez, comme organisation, joué un rôle de précurseurs au
niveau du financement de projets à connotation soit environnementale, de
développement durable. Là, on remonte à plusieurs années par le passé. Donc, ce n'est pas ces dernières années, là, c'est
une vision que vous développez depuis plusieurs années. Donc, merci.
je prends bonne note de vos recommandations au niveau de l'importance des
capitaux privés, mais je serais curieux
de vous entendre à ce niveau-là. Est-ce que c'est, à travers cette
proposition-là, une façon de dire que la formule traditionnelle de la simple subvention est arrivée un petit peu à ses
limites? C'est-à-dire, oui, des subventions, dans certains cas, mais,
lorsqu'on se limite à ça, on se prive d'un effet de levier, là, qui soit
important, là, pour des projets plus majeurs.
M. Morency (Stephan) : C'est effectivement ça. Il y avait, dans
l'intention du plan directeur de TEQ, nommé par le gouvernement,
l'intention d'explorer comment passer d'un mode plus subventionnaire à de
l'investissement remboursable et du financement gouvernemental. C'était
précurseur.
Maintenant, le reste
du monde a commencé à démontrer beaucoup cette logique-là. Et tantôt on
disait : L'ensemble des morceaux ont
été mis en place. On a joint le WCI. Le WCI va chercher des capitaux importants
dans le marché. Il est concentré dans
ce qui est aujourd'hui le FECC. Et, dans d'autres juridictions, ils utilisent
ça comme levier, qui est du levier
réellement d'investissement et non de subvention, d'investissement et de
co-investissement pour faire en sorte qu'il y ait une beaucoup plus
grande mobilisation du capital privé. Donc, une force d'impact beaucoup plus
forte, c'est exactement ce qu'on propose.
M. Charette :
Et vous m'avez devancé dans ma question suivante. Le financement remboursable,
est-ce que c'est la formule à privilégier ou
ça peut être de la prise d'action, de la prise au niveau de l'actionnariat
d'une entreprise en développement?
M. Morency (Stephan) : Ça peut être de la prise en actionnariat. Ça peut
prendre plusieurs formes selon le fonds qui est visé. Et chaque fonds devrait être réfléchi en fonction de
l'impact qu'il veut avoir et de sa contribution à la cible dans le TEQ,
ce qui veut dire que ça pourrait être un financement remboursable. Ça pourrait
être de la prise d'équité. Ce peut être du
contrat de performance, comme on l'a exploré dans la SOFIAC, pour ce qui est de
l'efficacité énergétique. C'est ce qui intéressant, c'est que chaque
plateforme de financement ou de fonds spécialisé va requérir un capital
concessionnel qui a été réfléchi en fonction de l'impact recherché.
M. Lampron
(Julien) : L'idée, M. le
ministre, c'est que vous créez, en fait, un cadre général via le PECC, qui est
le cadre ou le carré de sable qui est défini par le gouvernement pour pouvoir
ce cadre-là, dans sa mise en forme, dans son application, par rapport à un
organisme qui est en mesure de pouvoir être en dialogue avec la société
civile, notamment, pour pouvoir identifier les secteurs porteurs.
organisme-là, ensuite, est chargé de pouvoir dire : Bien, voilà, dans ces
initiatives ou ces secteurs porteurs, il y a lieu de pouvoir créer
éventuellement des mécanismes de financement, d'où l'idée ensuite de transiter
pour que le capital public continue d'être
géré par le bras financier de l'État qui est Investissement Québec, qui,
lui, serait chargé de pouvoir regarder les meilleurs moyens pour pouvoir
mobiliser le capital privé.
La donnée
extrafinancière, elle, est définie, donc, par cette société d'État dans le
parapluie qu'est le PECC. Donc, c'est pour
ça que cette société serait en charge de la mise en oeuvre et, ensuite, donc,
qu'elle serait chargée de pouvoir demander
toutes les demandes extrafinancières à Investissement
Québec, qui serait tenu de pouvoir
les avoir dans sa charte de financement avec les investisseurs privés
par la suite.
Le Président
(M. Polo) : M. le député de Bourget.
M. Campeau :
Merci beaucoup. Bonjour, M. Morency et M. Lampron.
reprends les mots du ministre, la collaboration. Quand j'ai rencontré
Fondaction CSN, c'est toujours cette idée-là que je ressens, le fait de vouloir collaborer. Et vous êtes extrêmement
bien situés — vous
l'avez dit, d'ailleurs — entre
l'économie et l'environnement, et c'est ça
que notre gouvernement essaie de mettre en commun, qu'un n'oppose pas l'autre,
mais bien au contraire.
Vous
avez parlé d'une formidable opportunité de développement économique, et je
partage ça. J'ai eu l'occasion déjà
de vous le dire. Une affaire que je ne vous ai jamais demandée, par
exemple : Cinq pour un, c'est-u quelque chose que vous... C'est-u historique? Est-ce que vous
voyez ça continuer? Est-ce qu'on ne voit ça qu'au Québec? Est-ce qu'on voit
ça de façon plus générale? Voulez-vous commenter là-dessus, s'il vous plaît?
M. Morency (Stephan) : Le cinq pour un vient des études de l'OCDE, à
savoir, aujourd'hui, on en est rendus où. Quand on commence ce genre d'initiative là, je dirais qu'on va aller
chercher du deux pour un, du trois pour un. Et ça évolue dans le temps, au fur et à mesure que le privé se
sent plus confortable avec un secteur d'activité. Donc, ce qui est à
rechercher, c'est le cinq pour un.
Si on regarde, parce
que je regardais les chiffres ce matin, là, ce qu'il s'est passé par rapport
aux écosystèmes des fonds à capital de risque
qui étaient autour de l'initiative Teralys, c'est à ça que je faisais
référence, là, dans les années 2000, aujourd'hui, ils sont rendus
dans un rapport de 11 pour un. Ils ont commencé avec deux pour un.
Donc, l'idée, c'est réellement
d'amorcer la mobilisation, bien, peut-être dans un rapport, aujourd'hui, de
deux pour un, de trois pour un, pour
viser à ce qu'on arrive, à maturité, à du 11 pour un ou à tout simplement plus d'intervention de
l'État, parce que le marché financier privé est capable de s'en charger seul.
M. Campeau :
Vous avez parlé d'Investissement Québec. Je me pose juste la question. On peut
voir ça comme encore un autre programme
qui va nous arriver puis qui va être énorme, qui va être dur à suivre, ou bien
on peut voir ça comme Investissement Québec va viser un secteur dédié, tout simplement, parce qu'il y en a toujours, des programmes en développement, de toute façon. Est-ce que vous voyez ça comme une grosse structure ou simplement
une façon différente de voir au niveau économique?
M. Lampron
(Julien) : Bien, ce que nous voyons, encore une fois, c'est qu'Investissement
Québec serait, dans ce cas-ci, mandataire,
donc choisi, par une société d'État chargée de la mise en oeuvre du PECC, pour
pouvoir atteindre des retombées
financières et extrafinancières. Donc, il est choisi comme mandataire. Et pourquoi
Investissement Québec? C'est parce que
l'ensemble de l'écosystème financier a déjà l'habitude de travailler
avec Investissement Québec pour la mise en place de ce qui pourrait
constituer ensuite un écosystème de fonds spécialisés avec des gestionnaires
privés.
Donc, il est mandataire pour la mise en oeuvre de
réalisations qui seraient commandées, donc, par une société d'État chargée de la mise en oeuvre
du PECC. Alors, il n'y a pas véritablement... C'est une structure relativement
allégée. La seule chose qui est importante, c'est qu'Investissement Québec
reçoive la commande de pouvoir contribuer spécifiquement
à la réduction de gaz à effet de serre par un organisme qui le lui demande.
Donc, ce n'est pas simplement un rendement financier. Il y a aussi un
rendement extrafinancier qui est défini, à la base, par un autre organisme.
Le Président
(M. Polo) : M. le ministre.
M. Charette :
Le temps passe malheureusement trop rapidement lorsqu'on est en bonne
compagnie. Une petite question rapide
pour ma part. Je sais que j'ai des collègues qui souhaitent intervenir aussi.
En conclusion, vous avez parlé de transition juste. C'est un concept qui
est fondamental, qui est malheureusement perdu de vue par certains groupes qui
prônent uniquement des gestes de rupture, parce que la situation, selon eux,
commande cette rupture-là. Comment
définiriez-vous — voilà,
j'ai de la misère ce matin — le concept de transition juste et comment le
concilier avec celui d'urgence climatique?
M. Lampron
(Julien) : C'est une grande question que vous posez, M. le ministre,
parce qu'on est tous, évidemment, pour la
vertu, et, quelquefois, lorsque l'on met en place des mesures
environnementales, on oublie les personnes qui sont attachées. L'idée de la transition juste, c'est d'inclure les
personnes dans les mesures qui sont visées également pour pouvoir favoriser un meilleur environnement,
et donc c'est tout le concept de développement durable qui est derrière.
C'est de dire... de poursuivre le
développement, d'encourager un meilleur environnement, mais de ne pas oublier
des personnes qui peuvent y être affectées.
On estime que des milliers d'emplois qui
pourraient être perdus et transformés par une transition climatique...
et Fondaction est d'avis que la lutte contre les changements climatiques doit
aussi prêter attention particulière au sort des
personnes et que les mesures qui sont mises en oeuvre pour pouvoir atteindre
des cibles environnementales devraient, pourquoi pas, prendre en compte des mesures qui touchent le maintien et
la création d'emplois associés au déploiement des projets. On pourrait facilement associer, par exemple, à une mesure
environnementale une mesure qui vise la transformation et l'éducation du travailleur dans son milieu de
travail, par exemple. Et là, là-dessus, on serait très heureux de pouvoir
collaborer évidemment avec vous pour pouvoir aller plus loin dans cette
matière. Merci.
Le Président
(M. Polo) : Mme la députée de Saint-Maurice—Laviolette...
Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif :
Bonjour. Merci d'être ici ce matin. Comment s'assurer qu'avec le modèle
d'investissement que vous proposez, où il y
aurait davantage d'investissement privé, ce qui n'est pas mauvais en soi, là...
mais comment s'assurer de conserver l'impartialité des jugements dans le
choix des projets environnementaux qui seraient décidés, justement? Parce que c'est très important que
cette impartialité-là soit présente pour qu'on fasse... qu'on mène les
dossiers.
M. Lampron
(Julien) : Absolument.
Bien, vous savez, l'expertise, en fait, est déjà dans la nature... dans la
mesure où, par exemple, nous sommes un fonds qui a déclaré une grande performance, notamment,
pour pouvoir atteindre des cibles de
réduction de gaz à effet de serre dans des sous-secteurs qui ont été visés
prioritaires par l'équipe de l'investissement. Donc, il y a
des gestionnaires privés qui existent actuellement qui sont spécifiquement dédiés pour apporter une réponse dans un
domaine particulier.
L'idée,
c'est qu'encore une fois il y ait un mandat qui soit donné avec un but qui soit
extrafinancier d'attirer du capital privé
pour pouvoir financer ces projets-là. Et donc c'est la démarche qui a été
présentée. Et l'imputabilité doit être faite non seulement d'un point de vue financier puisqu'il s'agit de fonds
d'investissement, mais également de viser des retombées extrafinancières
qui devront être mesurées par, et c'est ce qu'on disait dans notre mémoire, les
plus hauts standards internationaux afin
d'éviter ce qu'on appelle, vous le savez, un «greenwashing». Donc, éviter que
finalement les réductions... s'assurer que les réductions de gaz à effet
de serre soient réellement atteintes par la mise en place de ces fonds-là.
M. Morency
(Stephan) : L'univers des fonds de fonds, des fonds spécialisés sont
habitués de travailler avec des métriques
puis des indicateurs quantitatifs, quantifiables, mesurables et de faire de la
reddition sur ces indicateurs-là. C'est l'une des raisons pourquoi on pense que
c'est l'une des façons les plus efficaces de faire travailler 1 $ du gouvernement aujourd'hui, c'est que ces gestionnaires-là, si on
leur demande d'avoir... de respecter deux indicateurs, un indicateur de
rendement financier et des
indicateurs de rendement sociétaux, donc extrafinanciers, on est
persuadés — et qu'en
plus leur structure incitative pour
la gestion de fonds est basée sur ces deux indicateurs-là — persuadés que c'est un moyen terriblement
efficace d'arriver à nos fins.
Le Président (M. Polo) :
Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Merci. Il reste combien de temps?
Le Président
(M. Polo) : Ah! il reste 2 min 30 s.
Mme Grondin :
Deux minutes. Donc, je vais y aller rapidement. Merci, messieurs, très
intéressant. Vous avez beaucoup parlé
de lutte aux changements climatiques. Vous avez utilisé des termes plutôt
économiques, là, rendement, efficacité, tout ça. Vous avez indiqué également
des indicateurs extrafinanciers. Moi, ce qui me préoccupe beaucoup, c'est que, dans les solutions qui peuvent être
amenées concrètement en termes d'adaptation aux changements climatiques,
en termes d'acteurs au niveau de
l'aménagement du territoire, comment vous vous insérez dans ça, dans cette
réflexion-là? Parce que vous proposez
qu'une
partie du fonds soit transmise au mandataire Investissement Québec, mais
est-ce que la
partie aménagement du
territoire, changements sociaux, protection, conservation, est-ce que les
investisseurs privés sont intéressés?
M. Morency (Stephan) : Oui, les investisseurs privés sont intéressés.
Toutefois, il y a une limite à ce que la finance est capable de faire
dans certains secteurs d'activités ou pour certaines interventions. Ça fait que
loin de nous de dire qu'en ce moment
l'ensemble des capitaux devrait aller à ce mécanisme-là pour aller chercher de
la mobilisation de capital privé. Il
faut qu'il y ait encore des fonds qui sont désintéressés par un rendement
financier, qui soient capables, notamment, de faire de l'adaptation ou de l'aménagement du territoire.
Malgré que
la finance est capable de collaborer en aménagement du territoire pour adapter son mode de
développement, O.K., parce que... et quand l'acteur financier a le désir de le
faire.
Chez
Fondaction, je dirais qu'on se force énormément les méninges à savoir comment
est-ce que notre capital peut, justement,
produire ce type de résultat en indicateur financier. Mais, en général, si on
veut aller chercher une grande mobilisation,
il faut savoir où la finance est capable d'agir puis là où elle cesse d'agir.
Ça fait que c'est une complémentarité des mesures dont on a besoin.
Le Président
(M. Polo) : Ah! il reste 30 secondes.
Mme Grondin :
30 secondes. M. le ministre.
Le Président
(M. Polo) : Le mot de la fin.
M. Charette :
Les 30 secondes sont toujours bien placées pour les remerciements. Donc, à
nouveau, un gros merci pour votre présence ce matin. Puis, moi, ce qui
me réconforte, c'est que je sais que la collaboration va se poursuivre par la
suite. Donc, encore une fois, un gros merci.
Une voix :
Merci beaucoup.
Le Président
(M. Polo) : Merci. Merci beaucoup, M. le ministre. Mme la députée
de Maurice-Richard.
Mme Montpetit :
Je vous remercie beaucoup. M. Morency, M. Lampron, merci d'être là
avec nous aujourd'hui. Merci pour votre éloquente présentation. On a des
groupes qui ont une très bonne connaissance qui sont avec nous pour les quatre
journées de consultations — non,
les trois journées, pardon — cette
semaine, et c'est fort à-propos. Votre crédibilité n'est plus à faire dans le
domaine, donc c'est d'autant plus pertinent de vous entendre.
Puis je voyais que, dans votre mémoire, vous
mentionnez, puis je ne peux que partager ce propos-là, vous mentionnez que le Québec a tout en main pour se positionner
comme leader en matière de lutte aux changements climatiques. Et je ne peux qu'être d'accord avec ça. Je pense
qu'on est un... que ce soit géographique, que ce soit en termes de ressources
naturelles, que ce soit en termes, surtout,
d'expertise aussi puis de compétence, c'est certain qu'on a tout cet
avantage-là.
Et puis je le cite parce que c'est important, puis
je pense que vous aviez ça en tête aussi en venant ici, vous dites que le Québec fait déjà belle figure, qu'on a déjà un
bilan de GES aujourd'hui qui est, per capita, la moitié de celui du Canada
et un peu moins que la moitié de l'Amérique
du Nord. Nous, on est très, très fiers, encore là, ce n'est pas un propos qui
est... je ne le veux pas, qu'il soit
partisan ou politique, mais je suis très fière, parce qu'il y a du travail qui
a été fait derrière ça dans les
dernières années, dans les dernières décennies aussi, qui nous amène à un bilan
qui est très respectable, qui n'est absolument
pas parfait, mais qui nous permet de partir d'un point qui est peut-être un
petit peu moins loin qu'on le souhaiterait même s'il reste beaucoup de
travail à faire.
une fois qu'on part de ce point-là, je vous écoutais, puis vous avez une
approche, je vais dire, très constructive dans la façon dont vous
présentez votre mémoire et vos recommandations, mais, dans le fond, ce que
j'entendais, puis
juste pour valider, mais ce que je comprends, c'est que vous êtes en désaccord
avec le fond du projet de loi qui est présenté, parce que vous nous avez
parlé de reddition de comptes, vous nous avez parlé d'imputabilité, vous nous
avez parlé de transparence, vous nous avez parlé d'avoir des structures qui
respectent les meilleurs standards internationaux, standards qui parlent justement de tous ces éléments-là comme en termes
de saine gouvernance. Vous avez parlé de l'importance d'avoir une structure qui est moins sensible au
cycle politique, alors qu'essentiellement le projet de loi, ce qu'il propose,
c'est de ramener ça à une démarche qui est purement, simplement et uniquement
politique.
Puis, encore là, moi,
c'est très important pour moi de ne pas mal citer, dans le fond, les gens qui
viennent, mais vous faites des propositions.
Mais comme tôt ou tard, en étude détaillée, on devra travailler sur le projet
qu'on a entre les mains présentement, c'est important pour moi de bien
comprendre que ce qui est sur la table à l'heure actuelle. Ce que vous
proposez, c'est une direction qui n'est pas celle-ci, là?
M. Lampron (Julien) : Merci de vos commentaires, Mme la députée. Vous
savez, la dernière ligne de notre conclusion, c'est que l'on considère que le projet de loi n° 44 est un pas dans
la bonne direction, mais qu'avec les recommandations qu'on propose, ça pourrait être un pas de géant.
L'idée, à notre avis... je salue, par exemple, l'intention réelle de la part
du gouvernement d'améliorer davantage ou
d'aller dans un pas plus fort en termes d'imputabilité, notamment au niveau
ministériel concernant la gestion du FECC. Je crois que c'est intéressant.
Je pense qu'on a également une occasion qui est
assez historique par rapport à la mise en oeuvre et la présentation du PECC, d'avoir une société d'État qui soit
chargée de sa mise en oeuvre. Et donc des intervenants précédents ont parlé
d'un TEQ, d'un super TEQ.
L'idée, c'est
véritablement d'avoir un organisme qui est, dans la durée, dans une certaine
prévisibilité, chargé d'une mise en oeuvre d'un programme qui peut s'échelonner
sur des cycles qui dépassent le cycle politique. Et ça, c'est un élément assez fondamental, à notre avis, pour être
capable de pouvoir mettre des mesures structurantes qui vont dépasser
finalement un horizon de temps qui est commandé par la lutte contre les
changements climatiques. Donc, c'est pour ça qu'on est véritablement dans ce
cadre de réflexion là et qu'on vous soumet ces recommandations pour vos
discussions ultérieures.
clé reste, malgré tout, à notre avis, et c'est pour ça qu'on est un fonds
d'investissement qui vient vous dire : Attention, la clé reste la capacité de financer les changements
climatiques. Et, pour ce faire, les sommes publiques sont insuffisantes.
Donc, peu importe ce qu'on essaiera de mettre en place, oui, le Québec fait
bonne figure, mais quand on regarde en
termes de pourcentage des cibles à atteindre, il faudrait qu'on aille trois
fois plus vite par rapport à ce qu'on s'est
fixé comme cible. Donc, on atteint déjà un retard où il va falloir accélérer
finalement cette transition-là. Et il faut que le gouvernement, l'État du Québec mobilise l'ensemble des acteurs
pour pouvoir y parvenir, notamment au niveau de la finance, d'où l'idée de pouvoir prendre une
partie des fonds qui
seront dédiés, les jumeler avec d'autres capitaux publics disponibles pour pouvoir réussir à mettre
des mécanismes qui feront vraiment des effets de levier et qui feront en sorte qu'effectivement on arrivera à faire une
diplomatie verte, dans laquelle, avec des standards internationaux reconnus,
on va pouvoir démontrer notre performance,
montrer qu'on est chef de file, démontrer que le Québec est leader en termes
d'économie verte et qu'on ait une comparabilité qui va soutenir la diplomatie
verte qui est en cours finalement. Donc,
attirer davantage de capitaux publics, d'investissements directs étrangers,
favoriser de l'exportation de l'expertise québécoise. Tout ça va se
faire à partir de métriques comparables. Donc, c'est vraiment le cadre qui vous
est suggéré pour vos discussions futures.
M. Morency
(Stephan) : Et, si je peux rajouter, par rapport à la mobilisation, parce
que c'est l'angle premier de notre chose, la mobilisation du capital privé,
j'étais contributeur à la table de financement du PECC, et une chose qui ressortait quand même assez fort des
discussions était : Le financier, pour établir des filières structurantes,
a besoin de stabilité dans le temps,
a besoin de comprendre que certaines mesures vont durer. La vie d'un fonds d'investissement,
c'est 12 ans. C'est 10 plus un, plus un, c'est 12 ans. Donc, ça a
besoin, à quelque part, d'une perspective long terme pour être capable de réellement prendre assise puis d'avoir un effet
structurant. Donc, je pense que c'est un peu là-dessus, sur cette
base-là que nos recommandations sont faites.
Mme Montpetit : Mais donc, vous dites que... c'est juste que
j'essaie de bien comprendre ce que vous nous proposez parce que vous
dites : C'est un pas dans la bonne direction, mais la recommandation qui
est faite prend — là,
je parle par rapport à la société
d'État — prend
une direction qui est tout autre et contraire à celle qui est proposée dans le
projet de loi. Donc, ça m'apparaît déjà un petit peu dichotomique pour
comprendre, ou c'est un pas dans la bonne direction, mais vous proposez complètement autre chose que ce qui est sur la table
dans le projet de loi n° 44. Vous me parlez aussi d'un TEQ plus ou, comme le groupe avant vous en a
parlé, est-ce qu'il n'aurait pas été plus opportun de donner, par exemple...
et on a une structure qui est déjà en place... est-ce
qu'il n'aurait pas été plus opportun de lui donner davantage de moyens,
davantage de ressources pour qu'elle continue son travail?
M. Lampron
(Julien) : Bien, vous savez, le pas dans la direction par rapport au
projet de loi, je crois que l'esprit qui
est poursuivi, et on a eu des discussions à plusieurs reprises comme l'a
mentionné le ministre avec son administration, je crois que l'esprit qui est poursuivi est le bon. Je crois que les
moyens pour pouvoir y parvenir pourraient être meilleurs. Et donc ce qu'on vise, effectivement, la
collaboration que le Fondaction a eu notamment avec Transition énergétique
Québec au cours des dernières années fait en sorte qu'il est assez intéressant
de pouvoir avoir un bras qui est en marge, bien, parapublic, mais en marge de
l'appareil gouvernemental, pour être interlocuteur pour la mise en place de
mesures, notamment avec le privé. Est-ce que c'est bien? Oui. Est-ce que ça
pourrait être mieux? C'est toute l'opportunité que vous avez à discuter
actuellement.
On croit que ça peut être beaucoup
mieux. On croit que ça pourrait aller chercher un éventail de ministères
beaucoup plus large qu'actuellement.
On croit que les mécanismes qui pourraient être mis en place feraient en sorte
que le financement qui serait attaché
pourrait être beaucoup plus intéressant et que l'imputabilité du ministre
continue de pouvoir être, à travers notamment
le PECC qui va être déposé, ou qui serait le coeur, finalement, de sa reddition
de comptes, ensuite à travers ses
différents collègues. Donc, c'est vraiment l'esprit qui, je crois, était visé.
Et donc les mesures, nous, que nous vous proposons afin de bonifier pour aller encore d'une manière plus efficace
dans les prochaines années pour le Québec...
Mme Montpetit :
Dans vos recommandations, vous avez fait référence, c'est ça, vous l'avez
mentionné à plusieurs reprises, à
Investissement Québec, entre autres, donc, de confier les fonds à
Investissement Québec. Est-ce que vous considérez, à l'heure actuelle, qu'IQ a, dans le fond, a
l'expertise pour accomplir le mandat que vous suggérez ou ça viendrait,
justement, avec complètement une restructuration, des ressources
supplémentaires, une diversification?
M. Morency (Stephan) : On a participé au p.l. n° 27 sur cette
question-là et il y avait énormément de réformes dans le
p.l. n° 27 pour aller acquérir cette expertise-là, donc elle est en
train de se faire. Il est clair que quand, dans notre proposition, on arrive en disant : Bien, il y a
Investissement Québec, bien, il y a aussi cette société d'État là qui a
cette expertise-là, qui, juxtaposée, à Investissement Québec, devient
opérationnelle très rapidement.
M. Lampron
(Julien) : Oui, on parle beaucoup de complémentarité dedans. En fait,
sans rien enlever à Investissement Québec,
on le voit encore une fois comme étant un mandataire d'une
partie des fonds qui
serait transmise par la société d'État pour atteindre des cibles
extragouvernementales.
Une voix :
On a cinq secondes
Le Président
(M. Polo) : Sept, six.
Mme Montpetit :
...je vais vous «recaper» ça. Juste sur la transition, je veux juste faire un
commentaire sur le commentaire du ministre
tout à l'heure. Ce n'est pas parce qu'on doit faire une transition juste qu'on
ne peut pas poser des gestes
significatifs et concrets. Puis on aura l'occasion d'en reparler, mais, tu sais, l'un n'empêche pas l'autre, et je
suis certaine que vous partagez ça.
Le Président
(M. Polo) : Merci. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Merci. Donc, juste pour comprendre, moi aussi, je veux bien comprendre la
structure que vous proposez, vous dites que le PECC va être géré par la société
d'État indépendante où il n'y a pas de politique, puis le Fonds vert, ou le
FECC, une
partie seulement va être gérée par Investissement Québec sous les
commandes de la société d'État, puis je ne me connais pas en finances, mais
c'est ce que vous dites. Puis là vous dites une partie, vous ne dites pas combien : 50 %, plus, peu importe, l'autre
partie, elle, elle va être gérée par qui? Est-ce qu'elle reste,
comme c'est proposé dans le projet de loi n° 44, sous
les commandes du ministère de l'Environnement?
M. Lampron
(Julien) : Bien, je crois qu'une
partie du FECC, de toute façon, doit
être attribuée au soutien à des programmes ministériels, à la mise en oeuvre du
plan directeur de Transition énergétique Québec.
Nous,
ce qu'on dit, c'est qu'il y a une
partie de ces sommes qui peuvent être
utilisées, mais combinées à d'autres sources d'approvisionnement de
capitaux publics, à aller mobiliser du capital privé, qui ferait là un effet de
levier. Donc, on sait que le financement du
FECC en tant que tel ne sera pas, de
toute façon, suffisant pour pouvoir
c'est cette mécanique-là.
Mme Ghazal :
Donc, c'est pour faire fructifier, dans le fond, le fonds, d'une certaine
façon.
M. Lampron
(Julien) : Un effet de levier.
Mme Ghazal :
Mais celle qui reste, parce que, dans le projet de loi n° 44,
et c'est ça que nous, on déplore, c'est cet
argent-là des Québécois, pour la transition, il serait géré par le politique,
qui est le ministre de
l'Environnement. Ça, qu'est-ce
que vous pensez de ça?
M. Lampron
(Julien) : Bien, dans la
structure que nous croyons qui serait la plus adaptée, ce serait effectivement que le PECC soit le cadre général d'imputabilité du ministre,
mais que le FECC et la gestion des sommes qui y soient conférées
puissent être faits à travers la société d'État.
Mme Ghazal :
La société d'État, donc, au complet, finalement,
une
partie Investissement Québec, puis le reste...
M. Lampron
(Julien) : Absolument.
Mme Ghazal :
O.K. Donc, entre... Sortir ça du politique totalement.
M. Lampron
(Julien) : Tout à fait.
Mme Ghazal : Très
bien. Ça, ce n'était pas clair. Vous
avez parlé, pour le Fondaction, vous êtes reconnus pour avoir une politique
de désinvestissement, désinvestissement dans les hydrocarbures, on en parle beaucoup
aujourd'hui. Qu'est-ce que vous pensez de l'idée de demander à Investissement
Québec, CDPQ, la Caisse de dépôt et placement du Québec aussi de désinvestir?
J'aimerais vous entendre là-dessus, puisque vous, vous êtes allé dans ce
sens-là.
Le Président
(M. Polo) : 20 secondes.
Mme Ghazal :
Non, non, mais vous avez le temps. 20 secondes, c'est long, ici, là.
M. Lampron (Julien) : Écoutez,
on ne veut pas dire aux autres quoi faire, mais on veut prêcher par l'exemple.
Donc, s'ils veulent s'inspirer de nos
meilleures pratiques, ils seront tout
à fait les bienvenus. On a prouvé
qu'il est possible d'avoir des
rendements tout à fait compétitifs en ayant une politique
responsable sur les marchés et placements financiers. C'est fait. C'est dans notre rapport annuel, nos
résultats le démontrent. Donc, ça nous fera plaisir de les partager avec
l'ensemble de l'écosystème financier.
Mme Ghazal : Donc, si on le demande à nos sociétés d'État, de faire ce que vous avez fait, ce ne sera pas la ruine, là, on
va quand même continuer à faire de l'argent.
M. Lampron
(Julien) : Absolument.
Mme Ghazal :
Parfait. Merci.
Le Président
(M. Polo) : Merci. M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui. Merci. Merci beaucoup de votre
présence. Je retiens essentiellement deux choses. Ce que j'aime beaucoup, décloisonner la lutte contre les changements
climatiques de strictement le ministère de
l'Environnement et/ou de Ressources,
Énergie, là... Ressources naturelles
et Énergie, donc interpeler beaucoup le bras financier du gouvernement, c'est parfait, et dépasser les cycles politiques.
Je pense que c'est la meilleure expression, là, pour effectivement modifier
le projet de loi n° 44, notamment sur l'abolition du
Conseil de gestion du Fonds vert, et la suite.
Moi, je veux vous
entendre davantage sur la transition juste. Vous en avez parlé un peu avec mes
collègues. Comment vous voyez le financement? Parce que c'est des défis
énormes, là, qui s'en viennent, quand on pense à de la formation ou du transfert d'emploi, donc, le financement de la
transition juste, aussi auprès des communautés qui peuvent être
mono-industrielles dans un secteur en particulier.
M. Lampron
(Julien) : Bien, c'est une gosse question pour nous qui sommes un
fonds de travailleurs engagé en
développement durable, donc qui vise évidemment à améliorer l'environnement,
mais toujours en maintenant et créant des emplois. Donc, on a cette
préoccupation-là de manière naturelle.
L'idée,
je pense, c'est d'être capable d'être en mesure de vérifier véritablement, dès
l'origine, lorsqu'on met en place une
mesure, quel est l'impact sur les personnes et sur les travailleurs, en particulier,
et de s'assurer que l'argent public, justement,
notamment des sommes, par exemple, du FECC, pourraient être spécifiquement
allouées à l'éducation au sein des
milieux de travail pour pouvoir faire une transformation vers des métiers, vers
des techniques, vers de l'innovation qui prennent en compte, finalement,
une meilleure qualité par rapport à un bilan environnemental.
Donc, il y a cette nécessité de repenser,
finalement, les mesures qui sont faites, de comprendre l'impact des personnes
et d'avoir un portrait global avec une
enveloppe qui pourrait être dédiée, justement, à la formation dans les milieux
de travail, notamment.
M. Gaudreault : O.K. J'aurais énormément de questions. Disons, on
va y aller avec votre recommandation 3, là. Vous parlez de cadre de référence international pour soutenir le
Vérificateur général et, j'imagine, le Commissaire au développement
durable. Pouvez-vous nous donner des exemples directs, là, et concrets de
cadres de référence internationaux?
M. Morency (Stephan) : Bien, dans les cadres de référence internationaux, de plus en plus, c'est
les ODD qui en est la source au niveau des impacts, dans une logique
d'investissement en impacts.
L'ONU a mis en place un cadre de référence qu'on
appelle le SDG Impact Framework, qui a été lancé il y a deux mois, au GIIN. Et puis il y a aujourd'hui des standards
internationaux, des mécanismes, des indicateurs qu'on appelle le IRIS+,
qui ont traduit en impacts chacun des investissements qu'on fait.
Alors,
il y a 10 ans, ça n'existait pas, il n'y avait pas de standard
international facile à suivre. Aujourd'hui, il y a quand même ces cadres
de référence là.
Président (M. Polo) : Merci. Merci beaucoup, messieurs. Je vous
remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
suspends les travaux quelques instants et je demande la collaboration aux
collègues de rapidement faire vos salutations afin qu'on puisse reprendre le
plus rapidement possible. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 21)
Le Président
(M. Polo) : Merci. À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre! Merci
beaucoup. Je souhaite...
Président (M. Polo) : Merci beaucoup. Si vous le permettez... Je
souhaite la bienvenue à M. Alain Webster, professeur titulaire du département d'économie de l'université de
gestion de l'Université de Sherbrooke. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à débuter votre exposé. Merci.
M. Webster (Alain) : Bonjour, M. le Président. Alors, d'abord,
MM. les députés, Mmes les députées, merci beaucoup de votre invitation pour que j'aie l'occasion
d'échanger avec vous de ce sujet vraiment fondamental et probablement le sujet
le plus préoccupant à l'heure actuelle pour
l'ensemble de l'humanité, si on reprend à peu près ce que nous dit le
secrétaire général des Nations unies, qui généralement a une bonne
vision d'où s'en va la planète.
puis, si je vous ramène ça à du très, très, très micro, comme je venais de dire
il y a quelques secondes, je me suis amusé à écrire ce mémoire il y a à
peine quelques jours, pour ne pas dire presque quelques heures, en même temps que venait au monde ma petite cocotte d'Agathe,
là, qui est ma deuxième petite-fille, et qui est grande comme ça, et qui
ne pèse presque rien. Alors, lorsque tu écris
des commentaires sur : Ah oui! On fait ça aussi pour la question des
générations futures, ça reste, des
fois, très, très théorique, mais c'est la première fois que j'écris ce genre de
choses avec un visage très, très, très concret devant moi. Ce qui nous
ramène sur la responsabilité que nous avons collectivement, et surtout que vous avez, pour pouvoir permettre à cette
société de jouer le rôle qu'elle doit jouer dans l'ensemble de cet écosystème
planétaire pour permettre d'avoir un monde meilleur pour ces générations
futures.
Donc,
maintenant que j'ai pris presque une minute d'introduction pour rien, je me
suis amusé à diviser cette brève présentation en deux éléments. Je ne
pouvais pas commencer à vous parler de changements climatiques et du projet de loi
n° 44 sans vous parler d'abord de changements climatiques, et après on
regardera en détail ce projet de loi là.
y a quand même deux, trois choses importantes qu'il faut, encore une fois, se
redire. La première, d'abord, tu sais, qu'on a souvent tendance à dire,
au Québec, qu'on est très bons, hein, en matière d'émissions de gaz à effet de
serre, à l'échelle canadienne. On a même
repris ça, c'est ce que je vous ai mis comme première figure, dans le dernier
budget : le Québec a les
meilleures performances d'émissions par habitant de l'ensemble du Canada. Et on
a eu tendance à améliorer cette performance de façon significative, c'est
clair, et puis ça se compare très,
très bien, évidemment,
à tout ce qu'il se passe en Amérique du Nord, en particulier avec nos voisins du Sud également, mais, en même
temps, ce qu'il faut se rappeler, c'est qu'on s'est fixé un objectif
spécifique pour 2030 et que la population du Québec va continuer à augmenter.
Donc, je me suis amusé à me demander à quoi va ressembler... si on atteint
notre cible, et que l'ISQ ne se trompe pas en disant qu'on sera 9 millions
de personnes, bien, cette intensité devrait être de six tonnes par habitant,
alors que, dans nos dernières données, on était à 9,6.
veut dire quoi en pratique? Ça veut dire que, lorsqu'on se dit : On s'est
amélioré, à chaque année, d'un peu moins de 1 % en matière
d'émissions par habitant, bien, au cours des 10 prochaines années, il va
falloir s'améliorer non plus de 0,9 %, mais s'améliorer de 2,1 %.
Autrement dit, doubler la performance que nous avons faite en matière d'émissions par habitant dans une très, très
courte période de temps et pour chaque année ou, si vous préférez que je vous
parle en termes absolus, bien, ça signifie évidemment,
vous le savez tous, que, pour atteindre notre objectif, il faut retrancher
encore près de 25 millions de tonnes
sur les émissions que nous émettons en 2017, parce que, malheureusement, il y a toujours
un petit décalage, soit dit en passant, qui serait inacceptable en matière économique,
en matière de taux de chômage et en
matière de croissance du PIB, mais qui est malheureusement encore
tolérable dans le domaine de l'environnement. Mais donc il faut réduire
ces émissions de 31 % d'ici 2030, ce qui est faramineux.
C'est
vrai qu'on a réussi à réduire nos émissions de 9 %. C'est vrai qu'à
l'ensemble canadien, à cause, bien
sûr, de ses très, très fortes
croissances associées à l'industrie pétrolière, le bilan canadien est
catastrophique et qu'il a augmenté de 18 % en matière d'émissions. Donc,
c'est souvent notre point de comparaison. On est très, très bons dans l'échelle canadienne, mais les Américains
sont à quelques points de pourcentage, 2 % à peu près d'augmentation,
et non pas 18 % comme les Américains, et, surtout, les Français sont à
moins 15 % et les Anglais sont à moins 40 %. Donc, quand on regarde
ce qu'il se passe à l'échelle internationale, on le voit très bien, au Québec,
depuis quatre ans, nos émissions ont stagné,
et, pour pouvoir effectivement atteindre nos objectifs, il va falloir
modifier de façon très significative notre façon de
travailler.
Autrement dit, ce que
le secrétaire général des Nations unies, encore une fois, disait, il n'y a pas
tellement longtemps, s'applique
particulièrement bien à nous, là. On est tout à fait conscients des enjeux
entre développement durable, croissance
économique et changements climatiques. On va dans la bonne direction, mais on
ne va clairement pas assez vite. Les changements climatiques sont plus
rapides que nous, et il faut changer très significativement notre trajectoire.
Et je vous encourage très fortement à
regarder le dernier bilan de l'Agence internationale de l'énergie. Je vous ai
mis, en page 2, un petit graphique qui illustre l'espèce de carrefour
historique dans lequel on se situe. On continue comme on fait présentement à l'échelle mondiale et on s'en va dans un
gouffre climatique parce que la consommation énergétique augmente, et le
bilan en matière de GES augmente. On applique ce que les États se sont engagés
à faire dans le cadre de l'Accord de Paris,
et, malheureusement, les émissions de GES continuent à augmenter. Et cette
figure illustre très, très bien ce
que signifie effectivement réussir à maintenir cette température à 1,5 °C
ou près de 2 °C, un changement complet
de ce paradigme, qui va nous amener, bien sûr, à une réduction massive en
matière d'émissions de gaz à effet de
serre. Donc, ça, il faut toujours se rappeler, on ne peut pas gérer cette
question climatique dans un modèle de... on continue comme on continuait
avant. Il faut absolument changer de cap par rapport à ça.
Et l'autre leçon de cette Agence internationale de
l'énergie, qui n'est d'habitude pas un groupe d'extrême gauche, il est
assez clair, c'est que, oui, bien sûr, la société civile a un rôle majeur à
jouer. C'est vrai pour le secteur financier, comme l'ont dit mes collègues,
c'est vrai pour les ONG, c'est vrai pour les citoyens, c'est vrai pour les
entreprises, mais les gouvernements ont un
rôle fondamental à jouer dans ce changement de paradigme, et, pour reprendre
l'une de leurs citations, c'est vers
eux que le monde se tourne maintenant pour se dire à quoi ressemblera ce futur,
qui va être très, très rapide.
L'autre élément qui est majeur dans cette
discussion, bien sûr, c'est un rapport publié, il y a deux ans, par la
Commission mondiale sur l'économie et
le climat, qui nous dit, là, encore une fois, deux choses passionnantes :
C'est fondamental et ça presse. En même temps, les décisions qu'on va
prendre à très, très court terme vont définir ce que sera ce futur. Donc, on n'a pas 30 ans pour arriver en 2050
et se demander comment on va réduire nos émissions, mais on doit aujourd'hui
prendre des décisions qui vont impacter, si vous me permettez cette mauvaise
expression, l'ensemble des émissions en matière de gaz à effet de serre.
On nous dit aussi, bien
sûr, que, si c'est bien géré, cette transition, on va créer plus d'emplois et
des emplois de meilleure qualité, des emplois qui vont dans une économie qui va
être aussi plus équitable et plus prospère. Donc, ce n'est pas un discours pessimiste. Ce n'est pas un discours à
la il faut absolument tout décroître. Au contraire, c'est :
Il faut réorganiser ce qu'on faisait.
Et puis, finalement,
un ensemble d'éléments. Il faut travailler sur la tarification du carbone. Il
faut travailler sur les infrastructures qui
sont durables, stimuler l'innovation et, bien sûr, ne pas oublier qu'on
travaille avec des personnes, donc toujours garder en tête ces questions
d'équité.
Et puis, pour arrêter cet élément-là, je vous
ramène à un petit graphique que j'ai concocté à partir d'un ensemble de publications faites par Bloomberg, qui illustre
très bien ce que signifie l'innovation et à quel point on a un petit peu
de travail à faire par rapport à ça.
Lorsqu'on parle de recréer cette nouvelle économie, inventer ce que devrait
être ce futur, bien, on constate que
plusieurs États ont fait ce choix-là d'investir massivement, et Bloomberg
publie, donc, les données en matière
d'investissement dans le domaine des énergies renouvelables, que fait-on pour
sortir du volet énergie fossile.
Et puis c'est assez éloquent. On voit bien que la
Chine investit en moyenne, sur trois ans, plus que l'ensemble de l'Union européenne et des États-Unis combinés.
En moyenne, à chaque année, on investit des milliards sur la planète
pour inventer cette économie. Et puis, dans ce domaine, le Canada ne performe
pas très, très bien, avec une moyenne de 3 milliards. Donc, il va falloir
que le Québec définisse sa propre stratégie pour se dire : Non seulement
je réduis mes émissions, mais, en plus, je
dois le faire pour être le plus innovant possible pour que cette économie
continue à performer.
Autrement
dit, il faut accélérer, bien sûr, ce qu'on fait en matière d'émissions de gaz à
effet de serre. Il faut que le rôle
du gouvernement soit beaucoup plus cohérent et il faut que cette intégration
environnement-économie se réalise concrètement. Et puis, bien sûr, il
faut le faire rapidement, parce que, sinon, on va perdre un ensemble
d'opportunités intéressantes en matière de développement économique et de
position stratégique de l'État québécois sur l'ensemble de la planète.
Ça, c'était mon introduction. J'avais
20 minutes d'introduction, pour ensuite 30 secondes... Je vous ai
ensuite... Je me suis ensuite livré...
Le Président
(M. Polo) : C'est 10 minutes en tout, hein?
M. Webster (Alain) : Oui, oui, ce n'était pas... C'est le seul élément
dans mon intervention pour lequel je n'étais pas sérieux. Tout le reste
me semble très sérieux, rassurez-vous.
ensuite, on reprend ce projet de loi, et je me permets de faire un petit regard
que je qualifierais de très micro, parce que mon introduction essayait
de vous amener ça sur ces grands enjeux macro, mais, si on regarde chacun de ces points-là, et j'ai voulu le faire comme ça
pour me dire que, des fois, on ne dit pas suffisamment ce qui est intéressant,
et pourquoi on va dans la bonne direction, et où, des fois, il faut peut-être
revoir un petit peu cet élément...
Donc,
article par article, en prenant le premier jusqu'au dernier, on commence avec
la définition du rôle du ministre. Bon,
on parle plus du ministre que du ministère, mais c'est le ministre. Donc, on
voit qu'il est avec nous. Je vais faire attention à mes propos. Mais c'est clair que ce qu'on fait dans ce
scénario-là, c'est de se dire que ce rôle doit être accentué dans ce virage stratégique et qu'on va lui
accorder un rôle très spécifique de conseiller le gouvernement. C'est une très,
très, très bonne idée.
J'espère, par contre,
qu'il aura les moyens de jouer ce rôle majeur de chef d'orchestre de la
stratégie gouvernementale et être capable de
pouvoir assurer cette coordination avec des secteurs stratégiques comme
l'énergie, le transport, l'aménagement, l'économie, la finance. Ce n'est
pas clair. On se dit : Oui, je pourrais intervenir partout, mais c'est un
peu compliqué.
Et là je vois que je
manque de temps, comme d'habitude.
Président (M. Polo) : Vous avez déjà dépassé votre temps.
M. Webster (Alain) : Et je vais donc attirer votre attention sur un
dernier point qui me semble essentiel. Ça va s'appeler, bien sûr, le périmètre de cette loi. On l'a travaillé de
façon spécifique pour dire que ça touche tous les ministères, que ça touche l'ensemble des organismes décrits à
l'annexe I et II. Il me semble qu'il manque aussi l'annexe III, et
l'annexe III, c'est aussi Hydro-Québec, mais surtout Investissement
Québec. Quand on parle d'arrimage entre environnement et économie, il y a là une belle façon d'illustrer
que cet arrimage doit se faire pour couvrir l'ensemble de cette intégration.
Mais
l'élément le plus intéressant de ce genre de discussion, c'est la discussion
qui suit. Donc, je vais me taire et vous écouter.
Le Président (M. Polo) : M. Webster, si vous désirez poursuivre, le
ministre vous cède un peu de son temps. Allez-y.
M. Webster
(Alain) : Non, non, non, je vais répondre à vos questions, allez-y.
Le Président
(M. Polo) : Bon, bien, M. le ministre.
M. Charette :
M. Webster, un plaisir de vous recevoir. C'est toujours un plaisir
d'échanger avec vous, notamment à cause de votre dynamisme, mais également
votre sens de l'humour, qui est toujours apprécié.
Ceci
dit, peut-être vous mentionner, d'entrée de jeu... Vous avez, je pense,
parfaitement raison. C'est une belle opportunité qui s'offre à nous. Je
ne suis pas... Le gouvernement n'est pas de ceux qui aiment les discours
fatalistes. En disant ceci, on ne nie
absolument pas, au contraire, l'urgence climatique, bien au contraire, mais la
façon dont on se place, nous, c'est une opportunité assez fantastique
qui s'offre au gouvernement du Québec et à la société québécoise.
J'ai bien aimé le
petit tableau où il était question des investissements au niveau des énergies
renouvelables. Dans les faits, que l'on
parle d'énergie renouvelable ou que l'on parle de toutes sortes d'innovations
technologiques à travers la planète,
ça va représenter littéralement des milliers de milliards de dollars d'investissements au cours des prochaines
années. Donc, si le Québec se situe
rapidement dans cet ensemble-là, il pourrait être grand gagnant au niveau du
développement économique vert, c'est très certain.
Lorsque
vous parliez davantage du projet de loi, vous disiez : C'est intéressant
d'avoir davantage de pouvoirs au sein du ministère de l'Environnement.
Puis, je vous rassure, le projet de loi ne personnalise pas à l'égard d'un
individu. C'est la formulation requise dans
les projets de loi. C'est, d'abord, le ministre qui est imputable, mais c'est
le ministère, effectivement, qui l'accompagne dans cette
imputabilité-là.
votre inquiétude, elle est légitime, vous dites : C'est bien d'avoir plus
de pouvoirs, mais encore faut-il qu'il ait les moyens. Et c'est là où il
faut distinguer le projet de loi n° 44 de ce qui sera présenté au cours
des prochains mois, c'est-à-dire la marche à
suivre que l'on entend suivre pour les 10 prochaines années. Et, pour ma
part, je suis optimiste. Et ce qui a
été dit plus tôt ce matin, je le confirme moi-même. Les revenus du Fonds vert
actuels ne suffiront pas à mettre en
place le plan d'action que l'on doit mettre en place. Donc, ça va nécessiter
des moyens financiers nettement plus intéressants.
Vous avez conclu en
faisant référence à Hydro-Québec, et c'est une belle façon d'illustrer la
cohérence gouvernementale. Vous avez
Hydro-Québec, avant les fêtes, qui a publié aussi sa ligne de conduite pour les
10 prochaines années en misant,
naturellement, beaucoup sur les énergies renouvelables, en mettant l'emphase,
entre autres, sur de nouvelles technologies
au Québec, que ce soit l'hydrogène et autres façons de faire. Donc, c'est une
concertation gouvernementale, là, qui est en train de se développer.
Ceci
dit, très curieux de vous entendre face aux défis. J'ai posé essentiellement la
même question tout à l'heure par
rapport aux défis qui sont les nôtres comme société. La transition juste, on
veut avancer rapidement. On veut aller plus loin. On veut surtout
obtenir de meilleurs résultats, mais sans perdre de vue les dizaines de
milliers — et
je suis très conservateur, je pourrais
parler des centaines de milliers — d'emplois au Québec, qui, si on agissait de
façon abrupte, sans transition,
seraient menacés. Donc, comment concilier l'urgence climatique avec le
repositionnement qu'on doit adopter comme société?
M. Webster (Alain) : M. le ministre, l'image que j'ai de cette
question des changements climatiques que j'observe depuis quelques
décennies, là, dans ma fonction d'enseignant à l'université, c'est qu'on n'a
pas le choix. Inévitablement, ce monde devra
être décarbonisé. C'est de la science. Certains ne le comprennent pas encore
très, très bien, c'est clair. On en a des exemples tous les jours chez
nos voisins du sud et parfois chez nos collègues canadiens.
Mais, dans cette
stratégie, comme ce virage doit être inévitable, les questions d'équité, c'est
aussi en matière de générations futures. On
va faire quoi, présentement? Si on ne réussit pas à se positionner rapidement
dans cette nouvelle économie, bien,
on se fera peut-être dire, par ces prochaines générations : Vous étiez où
lorsqu'on était en train de redessiner l'ensemble
de ces structures économiques basées sur plus d'un siècle d'énergie fossile,
qui a permis de faire des gains extraordinaires
en matière économique et en matière sociale, mais pour lequel, malheureusement,
cette étape est finie?
J'ai
tendance à dire que les questions de changement climatique, ce n'est pas la fin
du monde, mais c'est la fin d'un
monde, un monde qui s'est construit sur l'énergie fossile. Et vous avez, donc,
ce défi, M. le ministre, puisque c'est le rôle que le gouvernement va
vous confier, d'amener cette société dans ce nouveau monde décarbonisé puisque
c'est les décisions qu'on prend immédiatement qui vont définir ce que sera
cette société pour 2030, 2040 et 2050. Donc,
lorsqu'on parle de l'équité, c'est aussi l'importance d'agir très rapidement
pour qu'on puisse se doter des moyens, en termes économiques, d'être
efficaces.
ensuite, l'autre élément, vous avez tout à fait raison de le mentionner, en
matière d'équité... c'est ces enjeux, en
matière d'équité sociale, pour des gens qui vont voir leurs fonctions être
complètement modifiées. Il faut donc faire attention pour trouver les approches adéquates en
matière de transition. Et, dans le projet de loi, on définit de façon adéquate
ce que signifie la lutte aux changements
climatiques, parce qu'on ne ramène plus ça à une question de quel est le coût
de la réduction par tonne. On ramène la question classique de l'adaptation de
façon adéquate, mais on se dit aussi que
cette question de lutte aux changements clima