Public Finance — 20 August 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2019-08-20
Quebec — Committees
(Onze heures neuf minutes)
Président (M. Allaire) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Alors, je répète, à l'ordre, s'il vous plaît!
Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission des
finances publiques ouverte. Je
demande à tous et à toutes de prendre vos
appareils électroniques et prendre le temps de les fermer, s'il vous plaît, ou de les mettre à la... d'éteindre votre sonnerie, en fait.
Merci.
La commission est
réunie afin de pouvoir débuter l'étude détaillée du projet de loi n° 14,
la Loi favorisant la transformation numérique de l'administration publique.
Alors, Mme la
secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, M. Chassin
(Saint-Jérôme) est remplacé par M. Tremblay (Dubuc); M. Émond (Richelieu) est remplacé
par Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice);
M. Simard (Montmorency) est remplacé
par M. Tardif (Rivière-du-Loup—Témiscouata); et M. Leitão
(Robert-Baldwin) est remplacé par Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M.
Allaire) : Merci, Mme la secrétaire. Alors, si vous vous souvenez,
lors de l'ajournement de nos travaux le
14 juin dernier, les discussions portaient sur l'article 3.
Le député de La Pinière avait posé une question au ministre,
qui avait répondu à la question. Alors, à
ce stade-ci, est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant l'article 3?
M. Barrette :
L'article 3?
Le Président (M.
Allaire) : Oui.
M. Barrette :
Bien sûr, je vais avoir... Collègues, est-ce que vous aviez une intervention?
Président (M. Allaire) : Non, la parole était à vous... au député de
La Pinière. Donc, si vous voulez continuer.
M. Barrette :
Oui. Je vais avoir quelques interventions, M. le Président, dans quelques
instants, le temps que j'ouvre...
M. Barrette :
Oui, voulez-vous relire l'article 3?
M. Barrette :
Bien, envoyez donc.
Président (M. Allaire) : Oui, je pense que ce serait un bon début pour
nous remémorer un peu où on était rendus.
Caire :
Si les collègues sont d'accord, effectivement, se remettre dans le bain
tranquillement, pas vite.
Le Président (M.
Allaire) : Allez-y, M. le ministre.
Caire :
Donc,
article 3 : «Un organisme public que peut désigner le gouvernement
utilise et communique à toute personne ou à tout organisme les renseignements
personnels qu'il détient dès lors que cette utilisation ou cette communication
est nécessaire à la réalisation d'un projet en ressources informationnelles
d'intérêt gouvernemental.
gouvernement peut également confier à un organisme public toute fonction ou
toute responsabilité liée à la réalisation d'un tel projet et pourvoir à
sa rémunération.
«Un décret pris en
application du présent
article entre en vigueur le jour de sa publication à la Gazette
officielle du Québec ou à une date ultérieure qui y est fixée.
présent
article s'applique malgré toute disposition inconciliable d'une loi,
dans la mesure où cette disposition est expressément mentionnée au
décret pris en application du présent article.»
Président (M. Allaire) : Si vous me permettez, M. le ministre, je vous
inviterais même à relire vos commentaires, je pense que ça mettrait bien
la table pour ce qui s'en vient.
Caire : Aucun problème. Aucun problème.
Le Président (M.
Allaire) : Parfait, merci. Oui? Ça va?
M. Barrette :
Moi, ça va, là, mais pour ceux qui nous écoutent.
Caire :
O.K. D'accord. Donc, le premier alinéa de l'article 3 du projet de loi
confère au gouvernement le pouvoir de
désigner un organisme public qui aura, dès l'entrée en vigueur du décret le
visant, l'obligation d'utiliser et de communiquer
des renseignements personnels qu'il détient si cette utilisation ou cette
communication est nécessaire à la réalisation d'un projet en ressources
informationnelles d'intérêt gouvernemental.
En vertu de la Loi
sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des
renseignements personnels, les organismes publics doivent assurer la
confidentialité des renseignements personnels qu'ils détiennent et ils ne peuvent les utiliser ou les communiquer
que pour les fins prévues par cette loi, ce qui inclut d'autres fins que peut
prévoir une autre loi.
Le premier alinéa de
cet
article prévoit une nouvelle fin compatible, soit la réalisation d'un
projet en ressources informationnelles d'intérêt gouvernemental. Ainsi, la
règle d'utilisation et de communication prévue à cet alinéa serait appliquée dans le cadre de la réalisation d'un tel
projet et en toute matière. Des organismes publics pourraient se partager
des renseignements personnels une seule fois, de manière périodique ou en
continu, pendant la réalisation du projet.
Le deuxième alinéa de
cet
article confère au gouvernement le pouvoir de confier à un organisme public
toute fonction ou responsabilité liée à la
réalisation d'un projet en ressources informationnelles d'intérêt
gouvernemental. Un organisme public pourrait, à
titre d'exemple, être
chargé d'offrir des services numériques intégrés non prévus à sa loi
constitutive.
troisième alinéa de cet
article établit une règle d'entrée en vigueur pour le
décret pris en vertu du premier ou du deuxième alinéa de cet article.
quatrième alinéa de cet
article prévoit une règle qui établit la priorité des
dispositions prévues à cet
article sur toute autre disposition d'une loi. Cette
priorité n'est toutefois pas applicable lorsque la disposition inconciliable
est celle d'une loi fondamentale telle que la charte ou celle d'une loi
dont la dérogation doit être formulée expressément.
La
Loi sur l'accès
aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements
personnels,
article 168, continue donc
de s'appliquer, ainsi que la
Loi sur les contrats des organismes publics,
article 9. Voilà, M. le Président.
Le Président (M.
Allaire) : Merci, M. le ministre. Est-ce que, à ce stade-ci, il y a
des interventions concernant l'article 3?
M. Barrette :
J'en ai quelques-unes.
Le Président (M.
Allaire) : Je cède la parole au député de La Pinière.
Barrette : Je vais commencer par la première. Alors, je comprends bien
les explications, puis évidemment on ne
refera pas le débat qu'on a fait à 1 et 2 sur ce que sont les organismes
publics, là, mais 3, de la manière qu'il est libellé. Alors, je reprends le texte du premier
alinéa : «Un organisme public...» On s'entend, on avait débattu longuement
sur ce qu'est l'organisme public, là, qui est décrit dans l'autre loi,
et là on dit : «Un organisme public que peut désigner le
gouvernement — ça,
on a débattu là-dessus, il n'y en a rien d'autre à ajouter, je pense, on a fait
le tour — utilise
et communique à toute personne [et] à tout organisme les renseignements
personnels qu'il détient», et ainsi de suite, là... à l'intérieur du projet
d'intérêt gouvernemental.
«Toute
personne [et] tout organisme», comme il n'est pas qualifié, ça veut donc dire
«toute personne et tout organisme», incluant les non publics, on
s'entend là-dessus?
Caire :
On s'entend là-dessus.
Barrette : Alors, ma lecture est appropriée. Ça signifie donc que,
dans le cadre d'un projet d'intérêt gouvernemental, on a établi, dans nos débats précédents, que l'intérêt
gouvernemental était défini par «ça nous intéresse», rien de plus. Bon, je ne te dis pas ça négativement. «Ça nous
intéresse» étant le gouvernement. Bon, l'intérêt gouvernemental est défini par
rien d'autre que «c'est ça qu'on veut faire, puis on le fait». On a débattu
là-dessus.
Caire : Oui. Mais, si tu te souviens... pardon, excusez-moi,
M. le Président, si vous vous souvenez bien, on avait quand même dit qu'à travers la... il y avait des critères qui
étaient établis auxquels on pourrait donner un caractère plus formel,
j'en conviens.
M. Barrette :
Je ne veux pas refaire le débat.
Caire :
Parfait.
M. Barrette : Parce que ça serait une utilisation abusive de
notre temps parlementaire. Mais, disons que je le simplifie, là, je comprends et j'admets que je le simplifie,
mais l'intérêt gouvernemental, la définition de ça est relativement large.
Caire : Large, oui.
M. Barrette :
On va dire ça comme ça, M. le Président. Par contre, c'est encore plus large
quand on dit que l'organisme public
désigné, c'est correct, je ne conteste pas ça. On ne critique même pas ça parce
qu'à un moment donné ce sont des projets
dits d'intérêts gouvernementaux mais, en quelque part, expérimentaux, dans le
bon sens du terme. On essaie de voir ce qu'on peut faire, puis c'est ça la
modernisation à laquelle on veut tous arriver, puis je suis d'accord avec ça.
Je l'ai déjà dit précédemment, à plusieurs reprises, c'est un projet de
loi avec le fond duquel je suis en accord.
Bon,
maintenant, arrive la forme, et là, on est dans la forme. Alors :
«[L'organisme] public que peut désigner le gouvernement — on l'a
débattu, on s'entend là-dessus — utilise et communique à toute personne ou à
tout organisme les renseignements
personnels qu'il détient» dans le cadre desdits projets d'intérêts
gouvernementaux. Ça, ça veut dire que le gouvernement va potentiellement, et même, je dirais, techniquement, et
sans balises autres que la sécurité des renseignements personnels, donner à n'importe qui... puis là je ne
dis pas ça méchamment, là, c'est ouvert et c'est à l'extérieur du gouvernement.
Ma lecture est correcte, là?
Caire :
Là-dessus, je vais... Le cadre est quand même plus restreint que ça.
M. Barrette :
Je comprends. Les mots ayant un sens...
Caire :
Oui, oui, mais ce que je veux dire, c'est que les mots ayant un sens...
M. Barrette :
M. le Président, si M. le ministre me le permet, je vais le laisser répondre
avec plaisir...
Caire :
Oui, bien sûr. Non, non, mais allez-y, je m'excuse.
M. Barrette :
...parce que c'est là que va être l'objet de notre débat de ce matin puis
peut-être de toute la journée. On a
restreint les organismes qui peuvent être autorisés à participer à l'intérieur
de règles qui vont être définies clairement, mais qui le sont toutes... mais qu'elles sont toutes sous l'égide de la
Commission d'accès à l'information, la sécurité des renseignements personnels,
et ainsi de suite, mais on est restrictifs dans la détermination des organismes
qui peuvent transmettre des données,
mais on est totalement ouvert, puis là le ministre va certainement me dire
qu'il va y avoir des règles, mais il reste au moins que le texte qui est
là, et c'est là ou j'en viens, là, ouvre la porte à la transmission de données
personnelles à toute personne et/ou organismes extragouvernementaux, pas
paragouvernementaux, extra, à l'extérieur, quelqu'un,
quelconque organisation. Et je ne les qualifie pas, là, je suis sur le
principe, la lecture, l'interprétation de ce libellé-là. Là, je promets
au ministre de ne pas l'interrompre.
Le Président (M.
Allaire) : M. le ministre.
Caire : Non, c'est correct. Mais ma réponse va être
relativement brève, M. le Président, parce que, si on continue la lecture, puis j'entends le commentaire de mon
collègue, mais si on continue la lecture de l'article, M. le député de
La Pinière, ça vous dit «dès lors». Parce que, oui, c'est
«communique à toute personne ou à tout organisme les renseignements personnels qu'il détient dès lors que cette
utilisation ou cette communication est nécessaire à la réalisation d'un projet
en ressources informationnelles
d'intérêt gouvernemental», donc... Puis on avait eu, souvenez-vous, on avait eu
un peu ce débat-là où on se
disait : Est-ce que des entreprises privées, des consultants pourraient
être inclus dans la transmission des renseignements?
La réponse à cette question-là est oui, dès lors qu'ils sont
partie prenante de
la réalisation, et donc, à ce moment-là, ils sont contractuellement liés
à des obligations qui sont les mêmes que les organismes publics.
donc ce n'est pas... il ne faut pas lire, dans cet article-là : Dans le
cadre d'un projet, je vais diffuser l'information à des entités qui ne seraient pas liées à la
réalisation d'un projet. Je ne sais pas si mon explication est claire. Donc, ce
n'est pas toute personne selon mon
bon plaisir, c'est toute personne qui est
partie prenante à la réalisation du
projet et toute personne qui a
besoin de cette information-là, donc pour qui l'information est nécessaire à la
réalisation du projet.
Donc,
à la limite, on pourrait même dire que, si l'information que je détiens
n'est pas nécessaire au volet que vous êtes
en train de réaliser, je ne peux pas vous communiquer cette information-là. Donc, quand on lit l'article dans sa globalité, c'est beaucoup plus restrictif, parce que c'est ceux qui doivent
avoir l'information dans le cadre de la réalisation du projet, et
ces gens-là sont soit des membres d'un
organisme public, donc encadrés évidemment, soit des entreprises, des sous-contractants,
des entreprises privées mais qui, contractuellement, vont
répondre aux mêmes obligations légales que les organismes publics.
Puis je ne sais pas si Me Bacon veut...
un supplément d'information évidemment, à moins que ma réponse satisfasse le député de La Pinière et mon
collègue de René-Lévesque.
Le Président (M.
Allaire) : Merci, M. le ministre. Est-ce que vous voulez que
Mme Bacon intervienne?
Barrette : Ce n'est pas nécessaire,
je pense que c'est clair. Mon objectif,
à cette étape-ci de l'étude de
l'article 3, est atteint. Je voulais
qu'on établisse ça. Et je vais répondre d'une façon tout à fait objective,
neutre et non qualifiée au commentaire
qu'a fait le ministre, il a dit : Ce ne sera pas sous mon bon vouloir.
Bien non, ça va être, selon son bon vouloir, parce que les projets
d'intérêt gouvernementaux sont au bon vouloir du ministre, du gouvernement. Ce
n'est pas une critique, je ne fais que statuer les choses qui sont dites pour qu'elles
soient claires pour nous, les parlementaires, et pour ceux qui nous
écoutent.
Donc,
on résume : Il faut faire ça. Comment on va le faire? C'est ça qui est le
débat. Il y a des règles. L'objectif est de faire circuler les données essentiellement à l'intérieur du
gouvernement, peut-être avec d'autres. Il y a des projets d'intérêt gouvernementaux qui sont — je ne dis pas ça méchamment — au bon vouloir. Il y a un vouloir, à quelque
part, puis il ne doit sûrement pas
être mauvais, il y a un bon vouloir. Et ces projets-là peuvent mettre en cause,
amener sur la patinoire des organisations
et/ou individus, et l'inverse, peu importe, externes qui, bien évidemment, vont
être assujettis aux mêmes règles, et ils vont signer un contrat, on
s'entend là-dessus. Mais, sur le principe que des données vont quitter l'État
pour aller à l'extérieur, le ministre nous
confirme que, oui, dans cette loi-là, ça va potentiellement arriver. Je ne dis
pas que ça va arriver nécessairement, mais ça va potentiellement
arriver.
Les données
sortant de l'État, allant chez une personne, ou un groupe de personnes, ou une
entreprise qui signeront des contrats garantissant la sécurité des données,
bien là, on vient quand même d'augmenter un niveau de risque en termes de, disons, dissémination inappropriée de données.
Et je m'explique, c'est facile, on n'a qu'à regarder Desjardins. On a, nous l'État, nos façons de faire internes, on
contrôle notre structure, on a nos données. Techniquement, on contrôle notre
personnel, on a nos logiciels, on a nos
protocoles, on a tout ça. Donc, on a notre risque à nous, comme État. Je ne
lance la pierre à personne, l'objet n'est pas là. L'objet ici, là, est
de faire un débat, pour moi, sur la gestion du risque.
Alors, nous avons notre risque interne, qui est
ce qu'il est, je ne le qualifie pas de petit, moyen ou grand, je dis juste qu'il n'y a pas de risque zéro, ça n'existe
pas, bon. Alors là, on va obligatoirement augmenter notre niveau de risque
puisqu'on fait rentrer une autre
organisation. Aussi bien... quand bien même ils vont signer des contrats, ils
ont leurs risques à eux. Ça, c'est
comme en mathématiques : les facteurs d'erreur, ça ne s'additionne pas, ça
se multiplie. Ça, c'est un principe... Hein,
moi, M. le Président, je dis souvent ça, j'ai élevé mes enfants comme ça, je
dis : Écoutez, les mathématiques, chers enfants, c'est du français écrit autrement. C'est vrai. C'est comme le
droit, hein, Me Bacon, c'est du français, mais qui n'a pas toujours la même signification que dans le langage
commun. Mais c'est les mêmes lettres, c'est les mêmes mots, mais le sens
n'est pas toujours le même à cause d'une jurisprudence. Les mathématiques,
c'est comme ça.
Caire : Il y a
moins de chances d'interpréter les mathématiques que le droit, M. le député de
La Pinière.
M. Barrette : Ça, c'est vrai. Ça,
c'est vrai, mais je fais une analogie mathématique parce qu'elle est tellement appropriée. Alors, on contrôle notre structure,
notre environnement, on contrôle nos serveurs, le personnel,
nos protocoles, et ainsi de suite, et
là on va faire sortir des données ailleurs. Donc, on va... puis je ne dis pas
qu'on va le faire tout le temps,
mais, obligatoirement, là, on vient
augmenter le risque, et ça, ça m'inquiète, nonobstant le fait qu'on va faire
signer à ces gens-là des protocoles.
Moi, je vais prendre un exemple simple, puis je
ne vais pas les nommer ad nauseam parce que ce n'est pas bon pour eux autres, puis ils ne méritent pas ça, en
quelque part. Ce serait arrivé à n'importe qui. Ça peut arriver n'importe où.
Alors, l'institution financière qui a vécu
un épisode douloureux récemment dans le monde, parce qu'il y en a plusieurs,
ils avaient leurs risques et, s'ils
étaient ici, en commission
parlementaire, ils auraient
dit : Écoutez, écoutez, nous autres, là, la sécurité, là, c'est la chose la plus importante
pour nous. Les données, c'est la... on protège ça comme la prunelle de nos
yeux, ça n'arrivera pas. Mais c'est arrivé.
Moi, je pense
que, l'épisode gouvernemental québécois qui a eu lieu, bien, on attend de voir que la
lumière se fasse. Ce n'est peut-être
pas si négatif que ça s'est... que ça a été rapporté ou évoqué. Parce que, moi,
dans mon expérience, là, puis je l'ai
dit précédemment, à la RAMQ, là, ça fait plus de... ça va faire bientôt
50 ans qu'ils gardent la donnée, puis on n'a pas eu ça. Ils doivent faire quelque chose de correct,
hein? Puis ça veut dire qu'il y a une structure. Il est possible, dans une structure, d'être sécuritaire. Dans le gouvernement, la preuve a été faite, et l'épisode de Revenu Québec est peut-être très véniel et banal. On verra
quand ça sortira.
Maintenant,
on ne peut pas nier, à mon avis, le fait... Puis je pose la question au ministre : Est-ce qu'il va nier le fait ou
réfuter le fait qu'en allant à l'extérieur on multiplie, on augmente le risque,
même s'il y a des contrats qui sont signés?
Caire :
Bien, je vais me permettre peut-être moi aussi une réponse élaborée à la mesure
de la question. D'abord...
M. Barrette : ...je prends ça comme
un compliment.
Caire :
Absolument, absolument. Mais je vous retrouve avec beaucoup de plaisir, M. le
député de La Pinière, et c'est
dit très sincèrement. Ceci étant, je vais juste corriger quelque chose parce
que je pense que c'est important de bien situer le contexte. Il n'est pas question... Quand on... Puis pour avoir
été moi-même consultant, quand on embauche des consultants, on n'amène pas le projet chez le consultant. On amène le
consultant à l'intérieur du projet. Donc, la circulation des données... On ne vient pas d'ouvrir une
fenêtre pour dire : Bon, bien, maintenant, nos données s'en vont chez
telle ou telle firme de consultants. Les consultants travaillent dans
l'environnement gouvernemental, contractuellement.
Caire :
Bien, écoutez, moi, je l'ai vécu comme ça, là. Je n'en ferai pas un absolu, là,
mais, honnêtement, de toute façon,
c'est la façon dont j'ai... puis l'expérience que j'en ai, puis la façon de
travailler, c'est... Puis M. Boivin pourra me corriger si je me trompe parce que je ne voudrais pas induire la
commission en erreur, là, mais généralement les consultants viennent travailler ici, et, quand il est question
de se servir des environnements de développement du gouvernement, bien, le
consultant travaille à l'intérieur de cet environnement-là, et il n'y a pas...
il n'est pas question d'amener nos données gouvernementales chez des consultants, à plus
forte raison si ces données-là ont un certain niveau de sensibilité. On
comprend que, si on parle de données
ouvertes, on est ailleurs, mais je suis convaincu que le député de
La Pinière ne faisait pas référence à des données ouvertes qui
sont, de toute façon, publiques. Ça, c'est un premier élément.
deuxième élément, oui, effectivement, il y a un élément de risque, mais est-ce
que l'élément de risque augmente parce
que la personne a le statut de consultant ou l'élément de risque augmente parce
qu'on augmente le nombre de personnes qui
interviennent dans le projet? Alors, est-ce que ce risque-là est plus grand parce
que la personne a un statut de consultant ou le risque est plus grand
parce qu'au lieu d'avoir un nombre x de ressources internes on a un nombre y de
ressources internes, qui est plus grand, et
donc là il y a un facteur multiplicatif de toute façon? Mais je suis d'accord
avec l'énoncé du député de
La Pinière. Le risque zéro n'existe pas. Donc, c'est sûr que plus il y a
d'intervenants dans un projet, bien, plus il peut y avoir des risques
d'erreur. C'est sûr.
Maintenant,
pour la réalisation du projet, on comprend que, si on veut que le projet soit
un succès... Donc, ça peut aussi
multiplier les facteurs de succès dans le sens où, si on va chercher la bonne
personne, le bon niveau d'expertise, bien, on vient peut-être de multiplier
nos facteurs de succès. Donc, je veux dire, il y a deux côtés à cette
médaille-là, comme à toute chose. Mais, essentiellement, pour ramener ça au... parce
qu'on parle donc du premier alinéa de
l'article 3,
je pense que l'article 3,
l'alinéa 1 de l'article 3 nous donne la flexibilité de dire :
Les parties prenantes à un projet, dans la mesure où c'est nécessaire à la portion que ces parties
prenantes là ont à réaliser, ont à livrer, doivent avoir accès à l'information.
Puis ça, c'est essentiel. Je veux
dire, M. le Président, on ne peut pas demander à des gens de travailler sur un
projet puis ne pas leur donner les outils pour mener à bien le projet,
et, dans un projet en ressources informationnelles, bien, c'est sûr que l'information est au coeur du projet. Mais je
pense qu'on l'encadre. Tout d'abord, contractuellement, oui, ces entités-là,
dans le fond, ont contractuellement les
mêmes charges, les mêmes obligations, les mêmes responsabilités, encourent des
sanctions s'il y a dérogation aux ententes
contractuelles. Donc, ils vont avoir les... il n'y aura pas de différence.
Donc, ce n'est pas parce que c'est un consultant, éventuellement, qu'il
peut faire, lui, ce qu'il veut avec les données, ce qu'un fonctionnaire ne pourrait pas faire. Et donc il y a
déjà... De toute façon, le partage de données, ça, c'était déjà prévu, là,
au niveau de la Commission d'accès à
l'information. Ce n'est pas... on ne vient pas d'inventer quelque chose de
nouveau, il y a déjà des consultants
qui ont travaillé sur des projets, qui avaient accès aux données, et ça,
c'était déjà prévu. Mais je pense
que, quand on indique «dès lors que cette utilisation ou cette communication
est nécessaire à la réalisation [du] projet», je pense qu'on vient de créer l'encadrement nécessaire à s'assurer que
dans nos bonnes pratiques on ne fera pas n'importe quoi non plus avec
les données. Ça, c'est l'article 3, mais il y a d'autres articles aussi
plus tard, qu'on verra, qui viennent rajouter des couches de protection.
Le Président (M. Allaire) :
C'est bon, M. le ministre?
Le Président (M.
Allaire) : M. le député de La Pinière.
Barrette : Bien, je remercie le ministre de sa réponse, que j'ai bien
comprise, mais il y a là, en quelque part... on va appeler ça un accrochage, parce que le ministre nous a dit, là,
que dans la vraie vie — c'est à peu près ses paroles — dans la vraie vie, là, puis c'était
l'expérience du passé, puis c'est vrai, on amène les consultants à l'intérieur,
et là ils traitent de la donnée, ou
gèrent, ou font le projet. Ce n'est pas ça que l'article dit, l'article dit
«communique à toute personne ou à tout organisme». Mais c'est parce que,
quand on communique, là, il me semble qu'il y a une espèce de mouvement vers l'extérieur. Moi, quand je communique avec
quelqu'un, je l'appelle chez lui, je lui envoie une lettre, quelque chose de ce
genre-là, je m'en vais vers l'extérieur,
implicitement, puis je dirais même explicitement. Et c'est là que le droit,
évidemment, vient faire son oeuvre. Le sens des mots en droit n'est pas
toujours le même que dans le langage commun, puis ce n'est pas une
critique, c'est un état de fait.
Moi,
pour moi, là, quand je communique des données à quelqu'un, ce n'est pas
quelqu'un que je fais venir chez moi pour procéder à une analyse
quelconque. Quand je fais réparer ma télévision, c'est bien sûr que je peux
faire venir le réparateur. Je l'appelle,
puis il vient. Je l'ai fait récemment, d'ailleurs, puis ça se répare, une
télévision, contrairement à ce qu'on dit,
hein? Bien, il ne faut pas toujours penser qu'il faut en acheter une nouvelle.
Mais, à un moment donné, il a fallu que je l'emmène moi-même chez le
réparateur, parce qu'il n'avait pas ce qu'il fallait.
Alors,
moi, là, ce mot, cette phrase-là, là, «communique à toute personne ou à tout
organisme»... Un organisme, là, est-ce qu'on l'emmène ici? Est-ce qu'on
va amener un organisme? Une personne, je veux bien l'argument, là, mais la phrase qui est dite là, c'est une phrase dont le
mouvement est de l'intérieur vers l'extérieur. C'est ça que ça dit. En tout
cas, s'il y a une chose qui est
claire, c'est que ça ne dit pas que ce n'est pas permis, ça ne dit pas ça. Ça,
c'est clair. Ça ne dit pas que ça va
empêcher que les données sortent de l'État, comme ça ne dit pas que ces
données-là, à l'intérieur... dans le cadre
d'un projet d'intérêt gouvernemental, va être fait à l'interne en amenant des
gens. Ça ne le dit pas. La phrase est floue à souhait, je ne dis pas intentionnellement, mais on ne peut pas me
critiquer de le lire comme ça. Alors, on a établi, là, qu'on allait
communiquer à des gens de l'extérieur. Et là je pense qu'on établit, puis là,
le ministre, je vais le laisser me répondre à ça, que cette phrase-là, elle ne dit pas qu'on
ne sortira pas des données et elle ne dit pas non plus que ceux qui feront le
projet vont le faire à l'intérieur du gouvernement avec une quelconque interdiction, contrôle, autre
qu'un contrat, desdites données.
C'est ça, là, que ça dit. Puis c'est la... Pour moi, là, à cette étape-ci de l'étude détaillée, c'est le coeur de cet article-là qui est en... Le ministre comprendra
aussi que c'est en ligne aussi avec toutes interrogations que j'ai eues avant,
Et je vais
aller plus loin. Les récents événements sur la planète, parce qu'il n'y en a
pas juste eu au Québec, je vous dirais
qu'il y a des questions que je me pose et des interventions que je fais
aujourd'hui que je n'aurais peut-être pas faites il y a
deux ans, trois ans, cinq ans 10 ans. Et là, là, là, je les fais, là. Puis
je reviendrai sur d'autres éléments, là, qui ont été mis en lumière, là, cet été dans ce dossier-là.
Alors, sur la question du sens de la phrase, j'aimerais entendre le ministre,
Le Président
(M. Allaire) : M. le ministre, la parole est à vous.
Caire : Bien, en fait, je vais répondre au député de
La Pinière. C'est vrai que... Je veux dire, je ne contesterai pas son interprétation, ça lui appartient, mais
l'intention de l'article 3... Puis, encore là, il faut voir le projet de
loi dans sa globalité, mais, si on se
concentre sur l'article 3, l'intention de l'article 3, c'est de dire
que du moment où un projet est d'intérêt gouvernemental, les parties prenantes au projet doivent se communiquer
l'information, doivent faire circuler l'information. Donc, c'est ça qui est essentiellement l'objectif
de l'article 3. Après ça, on va voir
article 4, les mesures de
protection. Et les articles suivants
ramènent des mesures de protection, l'évaluation des risques, un régime de
protection particulière dépendamment
de l'évaluation des risques, l'approbation de la CAI. Donc, dans sa globalité,
je pense que le projet de loi...
Puis je partage le
point de vue du député de La Pinière. Je pense qu'au Québec, là, il y a
beaucoup, beaucoup de monde aujourd'hui qui, par rapport à la protection des
données, ont une sensibilité qu'on n'avait pas il y a peut-être six mois à l'époque où, nous, on parlait d'une
politique de cybersécurité gouvernementale, là. Je veux dire, moi, quand j'ai
annoncé ça, là, je n'ai pas senti que je
venais d'ébranler les colonnes du temple, à ce moment-là, là. J'avais plutôt
l'impression de prêcher dans le
désert. Et aujourd'hui il y a une sensibilité, et je le sens, puis c'est
correct, compte tenu des événements.
Maintenant, le projet
de loi a été bâti, dans sa globalité, pour répondre à ces préoccupations de
sécurité là, mais l'article 3 lui-même,
son objet, c'est de dire : Écoutez, là, dans le cadre d'un projet
d'intérêt gouvernemental, les organismes qui sont parties prenantes à la réalisation doivent communiquer
l'information pour faciliter la réalisation du projet.
L'article 3
ne vise que cet aspect-là de la chose. Et je pense qu'il fait bien ce pour quoi
il a été écrit.
J'entends
le député de La Pinière. Et ce que je dis, c'est que, dans les articles
subséquents, je pense qu'on va... je ne veux pas dire adresser, mais on va porter une attention particulière à
ces préoccupations-là qui sont tout à fait légitimes et que je partage. Et, si ces articles-là qui ont cette
vocation-là, d'amener des régimes de protection, si on pense collectivement
qu'on ne met peut-être pas les filets de sécurité nécessaires, bien,
moi, je suis ouvert à la discussion. Mais ce que je dis à mon collègue, c'est que, l'article 3, lui, son
objet, c'est de donner un cadre général pour dire : Quand vous réalisez un
projet en ressources
informationnelles, du moment où le gouvernement a dit : C'est un projet en
ressources informationnelles d'intérêt gouvernemental, parlez-vous,
échangez de l'information, rendez ça fluide, rendez ça facile.
Président (M. Allaire) : Merci, M. le ministre. Si vous me
permettez, M. le député de La Pinière, il y a le député de
René-Lévesque qui souhaite intervenir. Est-ce que c'est correct pour vous,
juste pour assurer une cohérence?
M. Barrette :
Ça me fait plaisir de laisser la parole à mon collègue.
Le Président
(M. Allaire) : La parole est à vous.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. D'entrée de jeu, je veux dire que je
partage les interrogations du collègue de La Pinière, notamment tel que le
libellé est inscrit sur cette possibilité de communiquer à l'externe, tel qu'il
est lu dans le présent article. J'ai entendu
le ministre que ce qu'on cherche à faire plutôt, c'est d'inviter les gens à y
travailler à l'intérieur du
gouvernement. Mais, quand on le lit, je peux vous dire que l'intention et de la
façon dont il est écrit, c'est deux choses totalement distinctes.
Donc,
pour faire avancer la discussion, je pense, M. le ministre, qu'on pourrait
plutôt parler de rendre accessibles les
informations, plutôt que communiquer. Je m'explique. Si c'est la volonté du
gouvernement, de l'organisme public de procéder à des transformations et
de discuter avec des personnes ou des organismes, le fait de rendre accessibles
ces informations-là, je pense que ça vient
protéger la nature même de la donnée, c'est-à-dire à quel endroit elle est.
Elle est directement au gouvernement,
donc la rendre accessible, c'est permettre son accès. Donc, je dois me déplacer
pour y avoir accès. Et donc il n'y a
pas cette volonté ténue, je vous dirais, dans le projet de loi en question,
sans être péjoratif, de permettre la
communication. Ça fait que je pense qu'on pourrait circonscrire certaines de
nos craintes, à moi et au député de La Pinière, en rendant plutôt
la donnée accessible, plutôt que de la communiquer.
Deuxième
chose que j'aimerais valider avec le ministre, lorsqu'il fait référence, à
l'article 3, à «toute personne ou tout
organisme», je présume, et vous me direz si mon analyse est bonne, on parle de
personnes physiques, mais aussi de personnes
morales. Et donc je pense que c'est voulu de l'indiquer ainsi, mais je veux
juste être certain qu'on couvre tous les
champs d'intervention, à savoir qu'une personne dans une entreprise, c'est une
chose, mais une personne dans un organisme public en est une autre. Donc, je veux juste être certain qu'on couvre
bien la notion d'entreprise privée lorsqu'on parle de personnes parce qu'il n'y a pas de spécificité
quant à la personne morale ou non. Et, lorsqu'on parle des organismes, je
présume qu'on fait référence à des organismes publics, OBNL, type OBNL.
veux juste être bien certain de comprendre parce que «personne» et «organisme»,
présentement, je le vois large. Si
c'est la volonté du ministre, donnez-nous des explications en ce sens. Si ce
n'est pas ça, il faut le circonscrire. Bien, dans ce cas-là, indiquons que les personnes, ce sont
des personnes morales, dans le cas des entreprises, et les organismes, ce
sont des organismes, exemple, sans but lucratif, si c'est le cas qui est visé
par l'article en question.
Le Président (M.
Allaire) : Allez-y, M. le ministre.
Caire : En fait, le
terme... puis je vais laisser, avec le consentement des collègues, je vais
laisser Me Bacon compléter la réponse parce
que là on est dans les aspects plus juridiques et de concordance avec notamment
la loi d'accès à
l'information. Mais ce que je comprends, c'est que le terme «communiquer» est
un terme qu'on doit utiliser, si je comprends bien, Me Bacon, parce que c'est le modèle juridique utilisé dans
les autres lois. Là, je vais laisser, avec le consentement des collègues, M. le Président, Me Bacon vous
donner une réponse plus éclairée que celle que je pourrais vous donner
moi-même.
Président (M. Allaire) : Merci, M. le ministre. Alors, est-ce qu'il y
a consentement pour permettre à Me Bacon de s'exprimer ici, à la commission? Consentement. Parfait. Merci. Me
Bacon, je vous demande de vous présenter, nommer votre
titre pour les
fins de la diffusion. Merci.
Mme Bacon (Nathalie) : Bonjour. Nathalie Bacon, légiste au Conseil du
trésor. Dans le choix des mots, c'est la règle d'utiliser et de communiquer, donc les verbes «utiliser» et
«communiquer» sont importants, c'est par cohérence avec la
loi sur l'accès, vous l'avez, pas loin, là, sur
votre portable, l'article 67.2. Et ce n'est pas seulement
l'article 67.2, il y a d'autres articles
aussi, là, où on dit : Le principe qu'un organisme fonctionne en silo. À
65.1, où on dit qu'«un renseignement personnel ne peut être utilisé au sein d'un organisme public qu'aux fins pour
lesquelles il [est] recueilli». Et le député de La Pinière avait bien compris, là, dans les dernières séances
de commission, que le projet de loi avait eu la brillante idée de pouvoir
ouvrir au-delà du fonctionnement en silo pour permettre le partage entre
organismes publics. Donc, on vient s'inscrire dans
65.1 pour prévoir une autre fin pour laquelle un renseignement peut être
communiqué ou utilisé, donc les fins d'un projet en ressources
informationnelles d'intérêt gouvernemental. Et c'est à 67.2 que, finalement, le
premier alinéa de l'article 3 est un calque de 67.2 pour permettre et
aussi l'utilisation, la communication en faveur de toute personne ou organisme
partie prenante au projet d'intérêt gouvernemental.
Par «personne», on comprend aux personnes, c'est
le sens large, c'est toute personne physique ou personne morale, puis «organisme», c'est aussi au sens large, c'est
tout organisme privé ou organisme public, et finalement toutes les formes
d'association ou de constitution, alors ça peut comprendre des OBNL, des
associations.
on utilisait, comme vous le suggérez, l'expression «rendre accessible», la
connotation que, moi, ça a tout de suite dans ma tête, c'est rendre accessible au public, alors que ce n'est pas
une accessibilité au public, c'est une accessibilité qu'aux fins de la réalisation d'un projet, d'un projet
qui va être élaboré, une solution informatique qui va être élaborée de façon
confidentielle jusqu'à tant que la solution
informatique soit disponible. Ça fait que c'est peut-être là, au niveau des
mots, là, qu'on serait en porte à faux avec la
loi sur l'accès.
Le Président (M.
Allaire) : Vous souhaitez compléter, M. le ministre? Ça va?
Caire :
Ça va. Je ne sais pas si la réponse satisfait les collègues.
Le Président (M.
Allaire) : Oui. Est-ce que ça va? Ça vous convient?
M. Ouellet :
Bien, j'aimerais juste compléter.
Le Président (M.
Allaire) : Oui. Allez-y, M. le député de René-Lévesque, la parole est
à vous.
M. Ouellet : Merci. Merci des précisions. Bien, c'est un petit peu l'essence même de
mon intervention, être certain qu'on
couvre tous les angles dans le cas des personnes, des organismes. Mais, si je
comprends bien, la
partie «communique», c'est parce qu'on fait référence à la
loi sur l'accès à l'information,
donc je pense qu'on traîne peut-être une mauvaise voie depuis trop longtemps. Si effectivement on est
obligé de calquer cette loi-là sur des comportements ou des façons de faire
issues de l'ère prénumérique, je pense qu'on
est en mesure, je vous dirais, de travailler à moderniser cette loi-là, parce
que je comprends la nuance,
Me Bacon, sur «rendre accessible», mais, avec les nouvelles technologies,
«rendre accessible» a un tout autre
sens aujourd'hui que le sens légiste que nous avions par le passé. Et donc, ça
fait juste renforcir notre prétention qu'effectivement,
une fois que ce projet de loi là sera adopté, il faudra, tôt ou tard,
s'adresser à l'essence même de la loi à l'accès à l'information. On n'est pas à l'ère du numérique et on ne fait
pas mention de nouvelles technologies ou de nouvelles façons de faire, et donc on est comme tenu de
faire un copié-collé de ce qui existe, et, dans le fond, on traîne... sans dire
que ce sont des mauvaises pratiques, ça,
c'est des pratiques qui ont été élaborées contextuellement avec l'état de
l'époque, mais il faut comprendre que
l'on avance rapidement, et, malheureusement, ces lois-là ne nous donnent pas la
sécurité qu'on pense qu'on devrait avoir.
Donc,
je remercie Me Bacon pour les précisions, ça précise que la loi n'est pas
assez précise à mon goût, mais je comprends
que, dans l'état actuel des choses, c'est la façon de faire pour être conforme
avec... Ce qu'on demande dans le projet
de loi en question, c'est de suspendre certaines règles de la
loi sur l'accès à
l'information pendant 10 ans. Et si on veut suspendre ces règles-là, il faut quand même s'y référer de façon
légistique. Et, si j'ai bien compris, si on erre dans cette façon de faire, on ne sera pas capable de faire la
concordance par rapport à la loi du passé. Donc, je vous dirais que ces explications me satisfait, mais, malheureusement,
je tombe sur mon appétit et je pense que le ministre est d'accord aussi
pour ce qui de la loi à l'accès à l'information. On aura tout un travail à
faire pour la suite.
Le Président (M.
Allaire) : Merci pour l'intervention. M. le ministre, souhaitez-vous
répondre?
Caire : Bien, très brièvement, M. le Président. Je partage
évidemment la conclusion du collègue sur le fait que nous avons un
chantier qui est la loi d'accès à l'information.
Maintenant, sur le projet de loi n° 14,
je voudrais quand même peut-être préciser, et on le verra dans les articles subséquents, que cette loi-là amène une
transparence quant à l'utilisation des données qui n'est peut-être pas le cas actuellement, hein? Quand
deux organismes, actuellement, en fonction de la loi de l'accès à
l'information, font une entente de
partage de données, ce n'est pas rendu public, là. Tu sais, c'est les deux
organismes qui font l'entente, font le partage de données puis ça reste à ce
niveau-là, alors qu'avec le projet de loi n° 14,
il y aura un rapport qui va être rédigé, qui va être présenté au président du Conseil du trésor, qui va
être présenté à la Commission d'accès à l'information et qui va être rendu
public sur le site du Conseil du trésor.
Donc, on vient quand même rajouter une transparence qui n'existe pas
actuellement. Je pense que, de ce
point de vue là, le projet de loi n° 14 nous amène ailleurs
quant à la transparence de l'utilisation qu'on fait des données,
là — bien,
c'est dans les articles plus loin, M. le député de René-Lévesque, là — mais
il y a cette obligation-là, et il y a une
obligation de faire une évaluation des risques, et il y a une obligation
maintenant, dans les projets et l'utilisation des données, d'aller
chercher l'avis de la Commission de l'accès à l'information.
Donc, il y a quand même des mécanismes de
protection. Il y a une possibilité aussi de prendre des régimes de protection particuliers dans le cadre d'un projet,
là, si c'est nécessaire. Donc, je comprends que l'article 3 peut donner,
s'il est pris isolément, une
interprétation mais, quand on le prend dans le cadre du projet de loi, dans sa
globalité, ce n'est pas... les mesures de protection sont là, là.
Président (M. Allaire) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions
concernant l'article 3? Allez-y, le député de La Pinière. La
parole est à vous.
M. Barrette : Alors... à moins que
mon collègue avait d'autres choses, et notre autre collègue peut-être aussi?
Barrette : M. le Président, M. le Président, je comprends ce qu'il a
dit, le ministre, là, puis c'est vrai, là, que les prochains articles vont
traiter d'aspects qui découlent de ce dont on parle actuellement. Alors, ce
dont on parle actuellement, bien, on
fait le débat de ce que qui s'en vient après. Puis je ne veux pas faire le
débat des autres articles avant d'avoir vidé tout ça, cette question-là,
parce qu'on ne l'a pas encore vidée, là.
Alors, moi,
je suis content de la question qui a été posée, là. Peut-être que je n'avais
pas été assez clair moi-même, là,
puis je le reconnais, en ce sens que, bon, c'était n'importe qui pour «organisme et personne autre que gouvernementale». Bien, on a maintenant
établi qu'il n'y avait pas de limitation dans des OSBL... OBNL, pardon, maintenant,
personne morale, et ainsi de suite. C'est donc effectivement, là, confirmé
par Me Bacon que ce sont à peu
près... Selon le raisonnable vouloir
du ministre, ils sont à l'extérieur du gouvernement. Bon, c'est établi.
Maintenant, là où j'ai tiqué tantôt, là, dans la
réponse que le ministre a faite à notre collègue de René-Lévesque et à moi aussi, c'est clair que c'est l'intention
dans le projet de loi de ne... que les données vont être à l'intérieur,
protégées, et ainsi de suite. Moi, je
dis ceci au ministre, là : Quand on regarde, et pas juste quand
on lit, mais, quand on relit, à lumière des débats qu'on a eus à date, l'intention du projet de loi, dans sa modernisation, c'est la circulation des données à l'intérieur
du gouvernement. C'est ça qui est l'intention fondamentale, et ça
a été quand même... Ce n'est pas dit explicitement par l'article 1
mais implicitement, puis ce n'est pas loin d'être explicite, pour moi,
«favoriser la transformation numérique de l'administration publique», on parle de la transformation
numérique de l'administration publique. Par définition, on est interne
au gouvernement. On n'est pas à l'extérieur.
Alors, s'il y a
une intention qui est clairement, pas mal clairement, puis peut-être
pas suffisamment explicitement, mais,
pour moi, ça l'est quand même pas mal, claire, comme intention, c'est de gérer,
de faire circuler d'une façon appropriée, moderne, transformée, la
donnée dans l'administration publique, donc dans le périmètre gouvernemental.
Alors, quand... On ne peut pas, à mon avis,
invoquer cette intention-là, à partir du texte proposé du projet de loi n° 14, pour dire que c'est implicite qu'on ne veut pas que
ça sorte. C'est plus clair, pour moi...
M. Barrette :
Non, je n'ai pas dit que le ministre, M. le Président, avait dit ça comme ça.
Je dis que le ministre a dit que c'était clair que l'intention du
gouvernement... de ce projet de loi là était celle-là. Non, l'intention, là,
c'est la transformation numérique pour un meilleur fonctionnement de
l'administration publique. Ça arrête là. Il n'y a pas d'intention de ne pas
sortir l'information du périmètre gouvernemental. Rien dans le texte n'évoque
ça, rien, rien, rien. Bon, je vois que le ministre, par son hochement de tête,
est d'accord avec moi.
Bon, ceci
étant dit, et là je reprends les propos de Me Bacon, dans la loi de
l'accès à l'information, là, communiquer, là, c'est implicitement, presque explicitement, une transmission de
données. C'est de même. Il y a une transmission, puis c'est sûr que l'accès à l'information, la loi,
c'est sûr que ça traite aussi de nos demandes, comme parlementaires, mais ça
traite les journalistes, ça traite le public, ça traite tout le monde.
Accès, c'est
communiquer, c'est une transmission d'informations. Donc, on revient à la case
départ, qui est : Ça sort-u ou ça ne sort-u pas? Permettez-moi le
mauvais français. Donc, ça sort. C'est ça, là, qu'on est obligé de constater
ici, ça sort.
Et le projet, lui, là... parce qu'il y a deux
volets au projet, là. Dans le débat qu'on a actuellement ce matin, là, il y a deux éléments. Il y en a un sur lequel je
m'attarde, là, volontairement, parce qu'on va s'y attarder par la suite aussi...
Le ministre, avec raison, nous fait... nous
dit que dans les prochains articles on est plus détaillé, et ainsi de suite.
Bien oui, on va être plus détaillé,
puis il y a des problèmes là aussi. Pourquoi? Bien, à partir du moment où les
données sortent, bien là, c'est comme si la donnée, là, qui est pas mal assez
bien blindée dans le périmètre gouvernemental, cette donnée-là, il
faudrait qu'elle transporte son blindage lorsqu'elle va arriver à l'extérieur.
actuellement, là, je ne vois pas dans le projet de loi, autre que par le fait
que des gens vont signer des ententes contractuelles
de respect des règles qui sont imparties au gouvernement, je ne vois pas, là,
comment qu'on va ne pas augmenter les risques. Je ne le vois pas, puis,
même si c'est publié sur le site du Conseil du trésor.
Alors,
moi, ça me pose un problème, encore là, aujourd'hui parce que ça va sortir. Et
je suis surpris. Je suis surpris
que le ministre n'ait pas... ne se
soit pas attardé à la possibilité... Peut-être que ça vient du fait que le projet de loi a été écrit, évidemment, puis on le comprend, avant les événements
récents, mais, là, peut-être qu'il y
aurait lieu de s'attarder à ça et de
s'assurer que cette gestion-là se fasse peut-être par des
contractuels, mais à l'intérieur, qui viennent dans le gouvernement.
vais prendre... Je vais faire un parallèle. Quand la RAMQ a réécrit son code...
Alors, je n'étais pas en politique
à cette époque-là, j'étais sur le conseil d'administration de la RAMQ, l'entreprise est venue
réécrire le code. Puis c'est vrai, le ministre l'a dit lui-même, il y en
a plein, de contractuels, là, qui viennent faire des travaux dans le gouvernement.
C'est vrai. Mais ils sont ici, là. Ils sont dans un périmètre qui est plus
surveillé, plus encadré, et ainsi de suite. Alors, là, compte tenu des récents événements, le ministre ne
trouve-t-il pas qu'on devrait faire des modifications à l'article 3 pour
s'assurer que la donnée reste à l'intérieur du gouvernement en toutes
circonstances?
Le Président
(M. Allaire) : M. le ministre.
Caire : Merci, M. le Président. Bien, je vais revenir sur ce
que le député de La Pinière a dit, puis je pense que c'est fondamental. L'objectif du projet de loi,
c'est de favoriser la transformation numérique du gouvernement du Québec.
Je comprends absolument le contexte. Je
comprends absolument le débat que nous faisons sur la protection des données et
des renseignements personnels, je le comprends et je partage ces
préoccupations-là.
Ceci
étant, il ne faut pas que ça devienne... Comment je dirais ça? Puis je veux
faire très attention à mes propos parce que je ne veux pas banaliser cette situation-là, elle n'est pas banale.
Mais, en même temps, le gouvernement du Québec... la transformation
numérique du gouvernement du Québec vise à améliorer, à faciliter la prestation
de services à nos concitoyens, vise à améliorer l'efficacité du gouvernement,
vise à améliorer la disponibilité des services. Alors, tout l'univers numérique doit être mis à la disposition
de nos concitoyens, dans la mesure où c'est possible, dans un objectif de
donner les meilleurs services possible, le plus accessible possible, le plus
rapidement possible. Donc, on procède à la transformation numérique du gouvernement
dans cet objectif-là.
là on est face à un défi qui est majeur. Comment... Parce que cette
transformation numérique là ne peut se faire qu'à la condition où la
donnée est mobile. Il faut rendre la donnée aussi mobile que possible à
l'intérieur de ce réseau numérique de prestations de service gouvernementales.
Comme je l'ai déjà dit, la loi actuelle ne rend pas ça possible. Maintenant,
comment rendre la donnée mobile tout en assurant les plus hauts niveaux de
sécurité de la donnée? Ça, c'est le défi qu'on a à réaliser.
Alors,
ce que je dis au député de La Pinière, c'est, dans ce contexte-là, ce que
l'article 3 nous dit, c'est : Dans une perspective de transformation numérique, la donnée doit être mobile,
donc doit être communiquée à ceux pour qui c'est nécessaire. Et, plus tard, donc, les articles subséquents vont nous
indiquer : Parfait, la donnée est mobile, mais il faut aussi lui donner le plus haut niveau de protection
possible. Et le niveau de protection n'est pas nécessairement associé à un lieu
physique. On comprend que l'univers
numérique, oui, au final, c'est des serveurs, c'est de la quincaillerie, c'est
des fils, mais l'univers numérique, c'est un univers où les frontières
sont assez larges.
Donc,
quand le député de La Pinière dit : Si la donnée se déplace, le
blindage de la donnée doit le suivre, moi, je partage cette image-là. Mais elle sous-entend qu'on est au-delà de la
simple sécurité physique de nos données. Et c'est là où je dis, dans les... Et là je reviens à un
commentaire, peut-être que, compte tenu des événements récents, le député de
La Pinière présuppose qu'on
aurait peut-être écrit le projet de loi de façon différente. Non, parce que,
cette préoccupation-là, on l'a bien avant les événements récents. En
fait, les événements récents nous donnent raison par rapport aux préoccupations
qu'on avait déjà exprimées subséquemment, et
c'est la raison pour laquelle, dans le projet de loi, il y a plusieurs mesures
qui sont mises en place pour assurer la
protection des données. Donc, ces mesures-là, elles ne sont pas banales, là. Ce
n'est pas... et quand je dis que je pense que, par rapport à la
situation actuelle, on améliore ce qui se fait, bien, je le crois sincèrement. Mais à chaque article, sa fonction.
L'article 3, lui, dit : la donnée doit être mobile, parce que, si on
veut protéger à une transformation
numérique du gouvernement, si on veut améliorer notre prestation de services
numériques à tous les niveaux, cette
donnée-là, elle doit être mobile. Et d'autres articles viendront dire — ce fameux blindage, dont parle le député
de La Pinière, qui va protéger nos
données — qu'est-ce
qu'on va faire puis comment on va le mettre en place pour qu'il suive la
donnée dans la nécessaire mobilité que la transformation numérique présuppose.
Le Président
(M. Allaire) : Merci, M. le ministre. M. le député de
La Pinière, la parole est à vous.
M. Barrette :
Là, je vais être un peu plus critique, parce que nous avons, en ce moment
précis et présent, un échange pour des sujets qui sont connexes, là, qui sont
concurrents. Ce n'est pas les mêmes sujets, pas la même affaire du tout,
mais pas du tout, mais vraiment pas.
Le projet de loi dans
sa finalité vise à faire en sorte qu'on mette en place des façons de faire, des
protocoles, des lignes de codes qui vont
permettre à la donnée de promener d'un endroit à l'autre dans le périmètre
public, dans le gouvernement. Ça,
c'est correct. C'est ça, l'essence du projet de loi. On est d'accord avec ça.
Moi... et là, le ministre nous dit :
C'est important la mobilité, c'est ça le sens du projet de loi. Bien oui, bien
oui, bien oui, on est d'accord. Il n'y a pas de débat là-dessus.
D'ailleurs,
non seulement il n'y a pas de débat, en m'en venant, je discutais avec un de
mes assistants de la chose suivante,
de mon étonnement — encore
aujourd'hui, je ne devrais même pas le dire, là, je me demande si je devrais le
dire, je le
regrette le quasiment — de mon étonnement que personne ne soit encore dans les rideaux, je
parle, dans l'espace public, parce
qu'on sait que ce sujet-là, dans le passé, a été l'objet de critiques
incendiaires, de discours d'une démagogie sans fin quand venait le temps de faire circuler les données
d'un bureau à l'autre, là, d'un hôpital à l'autre, d'un CLSC à l'hôpital.
Je prends des exemples de mon domaine.
Écoutez, là, puis je ne rentrerai pas là-dedans, ça va donner trop d'idées à
trop de monde, puis ça va nuire au
projet de loi. Alors, je ne ferai pas ça. Je pourrais donner des exemples très
démagogiques. Il y en a qui l'ont
fait beaucoup dans le passé, et là on n'est pas là. Tant mieux! Alléluia! Mais
il n'en reste pas moins que le projet
de loi, là, ce qu'il vise à faire, là, c'est que, dans le périmètre
gouvernemental, des données puissent être... puissent circuler d'une façon fluide — les mots du ministre, que je prends à mon
compte parce que je les ai déjà utilisés moi-même.
faut ça mais ça va plus loin, ça va dans l'efficacité du gouvernement, pas
juste l'efficacité des services donnés aux citoyens. Ça va plus loin que ça. Ça va dans l'efficacité du
gouvernement par une capacité accrue et beaucoup plus fine d'analyse de
la donnée, puis je vais la qualifier, je pense, du bon mot, sociétale. Le
gouvernement, c'est quelque chose d'extraordinaire, en termes de bases de
données. C'est extraordinaire, tout ce qu'il y a là-dedans. Et si on arrive à
la traiter, là, d'une façon neutre avec la
réserve qu'il faut, avec la profondeur appropriée, puis on est capables de
faire ça au Québec, notre Québec va
avancer, j'en suis convaincu, nonobstant les épouvantails à moineaux habituels
qu'on entend dans l'espace public.
Alors,
quand le ministre nous dit : C'est important, là, la mobilité, ça sert à
ça, ça sert à arriver à ce que je viens de dire dans les dernières minutes que je viens d'utiliser pour commenter.
Oui, mais ce n'est pas de ça que je parle. Moi, je parle de la mobilité non pas à l'intérieur du
périmètre gouvernemental, mais bien à l'extérieur. Et je vais reprendre mon
expression, il n'y a rien, là, à mon avis,
pour le moment, dans ce qui est écrit ici, et compte tenu des circonstances que
l'on vit actuellement à l'échelle
internationale et locale, qui garantit que le blindage va suivre la donnée, et
c'est ça qui m'inquiète.
Alors,
l'intention du projet de loi... Ce n'est pas vrai, là, que l'intention, là,
c'est que tout se passe à l'interne, on l'a démontré, puis je pense que le ministre l'a bien accepté lui-même par ses réponses, ça va sortir.
Moi, je pense que ça ne devrait pas
sortir, compte tenu de ce qui se passe aujourd'hui. Et c'est là qu'on
est. Alors, la mobilité, moi... il faut qu'on arrête de parler de la mobilité, c'est un sujet en soi, la mobilité.
Puis je l'ai dit, à mon grand étonnement, personne n'est dans les rideaux, là, alors que, normalement, il y a 10 ans, là, le projet de loi n'aurait pas été écrit, là, j'en suis convaincu, politiquement,
ça n'aurait pas passé la rampe de l'opinion publique ambiante de ce moment-là,
qui était erronée et qui a nui, ça
nous a ralentis. Et là on essaie de rattraper, puis on fait bien, mais là il y a
un risque, la situation a changé. Alors, on s'entend sur la
finalité, il n'y a pas de problème mais, la réalité, là, ce n'est pas ça.
entreprises, là, ou les personnes, là, ou les gens de
l'extérieur qui auront leurs jobs à
eux autres, qu'on veut leur donner, là, bien, ça, ça nous ouvre un tout
autre champ de débat. Les gens de l'extérieur qui vont venir ici, là, dans ces projets-là, ils viennent ici pourquoi? Pour écrire
des lignes de code. C'est pour ça qu'ils viennent, là. Ils viennent regarder
nos bases de données puis regarder pourquoi
ils ne se parlent pas, regarder pourquoi elles ne sont peut-être pas
fonctionnelles, regarder pourquoi c'est
si compliqué, même à l'intérieur de la base de données, à l'intérieur de
l'organisme public, c'est si
difficile d'aller faire telle ou telle analyse. C'est ça qu'ils vont faire.
Parce que le ministre a raison, lorsque tout ça va être réglé, lorsque tout ça va être fluide, c'est
sûr que le gouvernement va être meilleur sous plusieurs aspects. Je ne
répéterai pas ce que je viens de dire
il y a quelques instants, mais la finalité de la compagnie, là, c'est
essentiellement, essentiellement, de venir écrire des lignes de code.
ça, ça nous amène à un autre problème, qui est encore plus fondamental,
c'est : Comment ça se fait que l'État n'est pas capable de faire ça? Ça, c'est un problème fondamental.
Comment ça se fait que l'État n'est pas capable, n'a pas la capacité, semble-t-il — semble-t-il, ce n'est pas l'opinion des gens
à l'interne — de faire
ce travail-là? Ça, ça m'inquiète, ça
m'inquiète beaucoup. On y reviendra, hein, parce que ce que je viens de dire
là, le ministre, je pense qu'il a compris que ça vient toucher un paquet d'éléments dans les articles suivants. Un
paquet d'éléments. Alors, l'intention, la vraie intention du projet de loi, là, que personne ne nie, moi, en
premier, elle est correcte. C'est le fond, la forme, comment qu'on va le faire.
Et je vais rajouter
un élément, qui, lui, est récent, et qui m'a, moi-même, troublé, vraiment
beaucoup, beaucoup, beaucoup, parce que je
ne pensais pas que c'était apparemment si simple à faire. Les exemples qu'on a
eus récemment, qui amenaient des gens
ou des organisations, des organismes, peu importe, là, qui amenaient certaines
entités extragouvernementales à
briser l'anonymat, ça, là, ça devrait nous inquiéter et inquiéter le ministre
au plus haut point. J'ai été, pendant des années, celui qui a dit qu'il n'était pas question que des
données circulent de façon non anonyme, là, donc dénominalisée, et là on voit dans l'espace public — ce qui signifie qu'à quelque part dans
l'espace moins public c'est encore pire, puis c'est de même, en informatique — là, arrivent, surnageant cet
environnement-là, des cas qui arrivent à l'espace public où on arrive à dénominaliser des données. Ça, là, c'est
inquiétant. Et ça, s'il y a un argument pour ne pas faire circuler, à
l'extérieur du périmètre, gouvernemental des données, c'en est un. Il est
frais, il est récent, ils y arrivent, moi-même, je ne pensais pas que c'était si simple. Je ne sais pas comment
qu'ils le font. Bon, ils mettent en place des algorithmes, les algorithmes
mettant ensemble un paquet de
données. Puis, à quelque part, là, c'est quasiment en ligne directe avec
Cambridge Analytica, là, ça, là. La
procédure algorithmique qui est utilisée par ces gens-là pour défaire le code
de l'anonymat, c'est par la corrélation algorithmique de données.
Alors,
ayant dit cette phrase-là, là, ça devrait être un argument absolu, pas du tout
démagogique, là, pour ne pas que ça
sorte, pour ne pas que ça sorte. Alors, M. le Président, je viens d'émettre une
réflexion qui va me permettre de débattre encore un certain bout de temps là-dessus. J'aimerais bien entendre les
commentaires à chaud que le ministre peut nous faire là-dessus.
Le Président (M.
Allaire) : M. le député... M. le ministre, la parole est à vous.
Caire :
Merci, M. le Président. Si je partage les constats de mon collègue, je n'en
partage pas les conclusions, parce qu'on...
Caire : Je ne
partage pas les conclusions.
M. Barrette : Ah! les conclusions.
Caire : Parce
qu'on analyse sous le même prisme deux univers qui sont différents, l'univers
de la donnée qui n'est pas réellement sécurisée... Et j'aime ce que le député
de La Pinière vient de dire, parce que méfions-nous, méfions-nous de ces
faux sentiments de sécurité, et donc de penser que, parce qu'on a anonymisé une
donnée, la rétro-ingénierie ne peut pas être faite. Je suis tout à fait
d'accord avec le député de La Pinière, ce qu'il dit est vrai.
Donc, ça nous amène à ce que je disais
précédemment, la façon de protéger la donnée doit trouver une solution numérique dans un univers numérique. Ce que le
député de La Pinière nous dit, c'est : Créons un coffre-fort
gouvernemental dans lequel on va mettre la donnée puis duquel elle ne
sortira jamais. Ça, ça va à l'encontre de ce que je disais sur la mobilité de la donnée, que cette mobilité-là
puisse être assumée... que cette responsabilité-là, pardon, doit être assumée
par cette entité qu'est le
gouvernement. Et donc, la solution pour protéger la donnée, elle est à mettre
en place par le gouvernement, mais ça n'exclut pas, ça n'exclut pas les
partenaires de l'écosystème numérique.
gouvernement du Québec, dans la transformation numérique, ne peut pas vivre en
autarcie, il y a tout un écosystème numérique qui est en place, duquel
on doit tirer des forces, avec lequel on doit travailler. Mais ce qu'on doit
faire, c'est de mettre en place des systèmes
de protection numériques à une réalité qui est numérique. Puis je ne veux pas
faire dire au député de
La Pinière ce qu'il n'a pas dit, parce que je pense qu'effectivement il y
a un niveau de sécurité physique qui doit
entourer la donnée, mais il ne faut surtout pas penser que, parce qu'on a fait
ça, tout a été fait et tout a été dit. Et c'est pour ça qu'on dit qu'il doit y
avoir une évaluation des risques, parce que la pire chose qui peut nous
arriver, c'est de penser que, ah! on a mis ça sur le serveur du
gouvernement, tout est beau, tout est beau, on est en sécurité, tout va bien. C'est pour ça qu'on dit : Ça prend une
évaluation des risques, ça prend des régimes de protection, ça prend des
protocoles de protection, ça prend
une façon d'envelopper la donnée dans un régime ou un système de protection qui
va faire en sorte qu'on va pouvoir la rendre mobile sans nécessairement la
rendre accessible. Et c'est là où j'aime l'intervention, tout à l'heure, de Me Bacon par rapport à la
question du commentaire... de l'interrogation du député de René-Lévesque et
celle du député de La Pinière,
parce que communiquer une donnée et la rendre accessible, c'est deux choses.
Oui, on va communiquer la donnée, mais on ne la rendra pas
nécessairement accessible.
Et c'est là
où je dis que je ne partage pas le point de vue du député de La Pinière,
parce que pour lui, la solution, si j'entends bien, c'est de dire :
Bien, écoutez, enfermez ça à l'intérieur des systèmes physiques
électromécaniques du gouvernement, ne
laissez rien sortir de là, puis normalement nos données vont être en sécurité.
D'abord, je pense que, dans une
perspective de transformation numérique, ça ne serait pas une bonne idée de le
faire comme ça. Deuxièmement, je pense,
comme je l'ai dit, que la façon de protéger nos données, il faut le voir sous
un autre angle que je viens d'énoncer et que je ne répéterai pas, et donc que de communiquer une donnée, ça ne
veut pas nécessairement dire la rendre accessible, et c'est là-dessus qu'il faut travailler, c'est
sur ces mécaniques-là qu'il faut travailler. Et l'anonymisation des données ne
nous
a peut-être pas donné le niveau de protection
qu'on pensait, de la même façon que d'autres façons de faire, dont on
pense qu'elles vont nous protéger, ne nous donneront peut-être pas la protection
nécessaire.
Ceci étant
dit, je me permets un commentaire plus général, M. le Président. Je comprends que le débat est intéressant dans le cadre du projet de loi n° 14, mais
c'est un débat qui est beaucoup plus large que le projet de loi n° 14. Et
c'est là où, quand on fera une refonte de la loi d'accès l'information, bien, il y aura peut-être d'autres lois aussi qui seront impactées et pour lesquelles il n'y aura peut-être pas simplement un langage à
adopter mais des principes aussi qui devront s'adapter à la réalité du
numérique.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M. le ministre. M. le député de La Pinière, vous souhaitez
intervenir?
M. Barrette :
C'est vraiment intéressant, cet échange-là parce que, là, on arrive dans une
phase où on met le doigt sur la bonne
affaire. Et, pour une raison que je m'explique mal, que c'est peut-être une
raison d'incompréhension ou de confusion,
on entre dans une période où on mélange des concepts qu'on n'a pas mélangés
jusqu'à maintenant, là. Loin de moi d'invoquer quelque
article de notre
règlement, ce n'est pas ça du tout, là, je pense, ce que le ministre a voulu
faire, il ne m'a pas prêté des intentions,
il a mal compris ce que je lui ai dit. Et conséquemment il ne met... Son doigt
qui est sur la bonne affaire avec le mien, là, on a chacun le doigt
dessus, là, il s'en éloigne. Ce n'est pas bon. Je m'explique.
Est-ce que j'ai dit qu'il fallait que la donnée
soit dans un coffre-fort et que ça ne circule pas? Je n'ai pas dit ça. Au contraire, je fais la plaidoirie... un
plaidoyer, pardon, le plaidoyer de la circulation de la donnée dans les
différentes instances gouvernementales,
puis c'est correct, c'est ça qui est la finalité du projet de loi. Quelqu'un va
écrire les lignes de code pour que le
ministère de la Santé, l'Éducation, le Trésor, Revenu Québec, à la fin, ça
puisse se parler et qu'ils puissent... et que des analyses puissent se
faire. On imagine aujourd'hui à quel point un épidémiologiste, un statisticien,
l'Institut de la statistique du Québec pourra sortir de ce genre de donnée là.
Alors, je n'ai pas demandé à ce que l'État devienne un coffre-fort où les
données sont gelées dans le ciment. Ce n'est pas ça du tout, aucun rapport.
Le ministre
fait référence à l'écosystème dans lequel on doit être. Bien oui. Et le
ministre nous dit que le citoyen, il faut
qu'il ait accès à des données, il faut qu'il ait les réponses à ses questions.
Bien oui. Ce dont je parle, c'est la circulation de la donnée
potentiellement nominative, parce que décodée à l'extérieur du périmètre.
Et là, là, je
vais donner un exemple que j'espère qu'il va éclairer la lanterne du ministre.
Je n'ai pas dit non plus que la sécurité, c'était physique, ça n'a aucun
rapport. La
partie la plus facile de la sécurité aujourd'hui, c'est la
partie physique. Il n'y a pas de
débat à faire là-dessus, là. Ce n'est pas compliqué, là, c'est la ventilation,
des murs de béton de quatre pieds
d'épais puis des gardiens de sécurité, là, puis quelqu'un qui contrôle ce qui
se passe dans le fil. C'est ce qui se passe dans le fil qui est le
problème. Alors là, je vais donner un exemple qui va illustrer mon propos. Le
citoyen, là, M. Paul X, ce matin,
là, ou cet après-midi, il a une interrogation, il se pose une question sur son
rapport d'impôt. Il veut savoir quel
est son solde parce qu'il n'est pas sûr d'avoir payé tout ce qu'il avait à
payer, mais il a déjà payé telle affaire, puis il voudrait en avoir le
coeur net. Puis on sait que clicSEQUR, là, puis cette page-là, là, pour ceux
qui l'ont utilisée, mettons que ça pourrait
être amélioré, on va dire ça comme ça, mettons, juste ça, un petit peu. Puis
mettons qu'il est la personne responsable,
puis il a accès au dossier de ces enfants, puis là il veut aller faire... il
veut avoir des réponses pour sa famille.
C'est lui qui fait le rapport d'impôt de sa femme, ses trois enfants, et ainsi
de suite, qui ont entre 16 et 19 ans. Bon. Là, mais là, là, on est
compliqués, là, aujourd'hui, là, puis la transformation numérique va régler ça.
Alors, voici
le point dont je veux parler, là, qui est le plus important. Quand le citoyen
va poser une question à la base de
données, on va lui donner un résultat, et pas nécessairement toute la donnée
qui est en arrière. Il faut faire la nuance entre l'interface du citoyen, d'une entreprise, de l'univers, et la base de données gouvernementale, qui, elle, doit être dans ce que le ministre a qualifié de coffre-fort, versus l'interface qui
donne un résultat, et non une donnée qui, elle, est dénominalisable.
C'est là qu'est la clé.
Moi, là, pour
donner une réponse, là, sur une affaire simple comme un rapport d'impôt, là,
bien, je ne vais pas faire sortir le
dossier au complet. Je ne vais pas faire sortir la pension alimentaire, la
ceci, la cela. Non, non. Il y a une question qui a été posée, là, voici la
réponse. Et toutes les données qui ont permis d'en arriver au résultat, ça
reste là, et ça, ça ne sort pas. Et ça, ne
sortant pas, ça ne sera pas dénominalisé, puis ça ne circulera pas, puis ça ne
sera pas croisé avec des données de
Facebook. Une grosse nuance, là, grosse nuance. Faire sortir de la donnée ouvre
la porte à l'analyse de la donnée. Poser une question et donner une
réponse dans le cadre de l'accès à l'information, ce n'est pas la même chose.
Pour prendre une image peut-être plus
spectaculaire, M. le Président, demander à la bibliothécaire la citation d'un auteur sur telle chose qu'on sait que c'est
dans tel livre, bien, je vais avoir un résultat, je vais avoir la citation, je
vais me l'envoyer par courriel. Mais je n'aurai pas le livre au complet
ni la bibliothèque. Je n'aurai pas un rayon. Je n'aurai pas le livre. J'ai demandé à la bibliothécaire : Pouvez-vous me
sortir, parce que je ne m'en rappelle pas exactement,
la citation unetelle de tel auteur?
Je n'ai pas le livre, là. La bibliothécaire, elle sort... payant, tiens, le
service. Ça va vous coûter 5 $. O.K. On m'envoie par courriel la citation précise, exactement
ce que j'ai demandé. Je n'ai pas le livre, je n'ai pas le rayon, je n'ai pas la bibliothèque puis je n'ai pas le
réseau de bibliothèques. Ça, c'est la différence entre un accès et une
transmission de donnée dénominalisable. Parce que c'est ce qu'on a vu...
Barrette : Bien oui, mais...
Oui, bien... Alors, je n'ai pas fini, M. le
Président. Alors, au contraire, je
vis dans un environnement, et depuis beaucoup plus longtemps que bien du monde autour de la table et qui nous
écoute, dans un environnement
hypernumérisé, avec bien de la donnée qui se promène, puis c'est correct, et ça
se fait. Mais là on arrive dans un autre moment, et ce moment-là est un
moment, en quelque part, inquiétant.
Alors, c'est comme ça, là. Alors, je dis au ministre :
Comprenez-moi bien, là, je ne veux pas d'avoir un univers parallèle, je veux que l'interface soit telle que
la donnée soit totalement protégée, et actuellement l'expérience internationale et québécoise
montre le contraire, d'où l'intérêt d'en faire plus que moins. Parce que, quand
on commence à avoir des tendances, quand on commence à avoir des événements qui
sortent à gauche puis à droite, partout, comme on le voit aujourd'hui, c'est parce
qu'il y en a probablement d'autres qu'on ne sait pas, et on doit se prémunir
contre ça.
Barrette : Bien oui, justement. Alors là, d'où la problématique de
l'article 3 qui permet à des données de sortir du périmètre
gouvernemental, ne serait-ce que pour écrire des lignes de code.
Président (M. Allaire) : ...laisser répondre M. le ministre.
Simplement souhaiter la bienvenue à la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne,
qui s'est jointe à nous. Bienvenue. M. le ministre, la parole est à vous.
Caire : Oui. Je
vais essayer, M. le Président. M. le Président, le député de La Pinière...
Le Président (M. Allaire) : ...
Caire :
Je vais le libeller autrement. Le député de La Pinière, quelquefois, dans
son raisonnement... je veux dire, on est en symbiose, et là il me
ramène, woup! à une conclusion qui n'est pas soutenue par son argumentaire.
Puis là je vous explique, M. le Président. Quand
on dit, dans l'article 3, qu'il doit... que les organismes doivent
communiquer, dès lors, que cette utilisation, cette communication est
nécessaire à la réalisation, on amène la notion de nécessité. Puis là je l'ai dit, plus tard, il y a des régimes de
protection, qui sont prévus, pa, pa, pa, bien, on va discuter de ça. Mais, dans l'argumentaire du député de
La Pinière, il nous dit : Écoutez, moi, je fais une requête, je veux
avoir une information. Je n'ai pas
tout le processus, j'ai le résultat, la réponse à la question que j'ai posée.
Donc, on vous communique l'information qui est nécessaire. Je ramène ça dans le
cadre du projet de loi n° 14, parce que, là, c'est un principe qui est
très général, je le ramène dans le
cadre du projet de loi n° 14 où on parle de faire de la réalisation d'un projet. Ce que l'on dit... On ne dit pas : L'information va rester dans un tel périmètre, on dit : L'information qui est communiquée doit être
une nécessité pour le destinataire.
C'est une nécessité, donc le destinataire a besoin de cette information-là pour
réaliser sa prestation de service. C'est
ça que l'article 3 dit. On va la faire circuler, la donnée, et on va la
faire circuler exclusivement à ceux pour qui c'est nécessaire. Donc, on joue sur la notion de «nécessité»,
pas sur la notion d'où est-ce que vous êtes physiquement. C'est un petit peu ça que je disais tantôt, puis je ne
voulais pas faire dire au député de La Pinière ce qu'il n'a pas dit, loin
de moi cette intention.
Effectivement, le débat est extrêmement intéressant, puis on va travailler à ce
que ça continue comme ça.
Mais la
sécurité ne se fait pas en fonction d'un périmètre. La sécurité se fait en
fonction de la donnée. On va sécuriser la donnée parce qu'on veut la
rendre mobile, et c'est pour ça qu'on dit que, cette donnée-là, elle est
communiquée aux personnes pour qui c'est
nécessaire, et, plus tard, les régimes de protection... Et c'est pour ça que je
dis, là, tu sais, on ne fera pas tout
le projet de loi dans l'article 3. Mais, l'article 3, il vient quand
même circonscrire à qui on peut communiquer cette information-là sur la notion
de nécessité. Parce que, ce qu'on ne veut pas, parce que ce qu'on ne veut pas,
c'est que dans une prestation de
services... Et, moi, je l'ai vécu, le collègue parle de son bagage
d'expérience, ce que je ne conteste pas,
soit dit en passant, mais je l'ai vécu, je veux dire, tu es dans un mandat, tu
dois réaliser tel ou tel livrable, mais tu n'as pas ce qu'il faut pour travailler. Or, je fais ça comment? Je ne fais pas
de magie, là. Donc, on s'assure que, dans la réalisation d'un projet, la donnée, qui est la pâte autour de
laquelle on va tout... pour laquelle on crée tout le reste, bien, cette
donnée-là, elle va être disponible pour qui en a besoin, pour qui c'est nécessaire.
Ce n'est même pas «besoin», c'est pour qui c'est «nécessaire».
Puis je comprends les préoccupations de sécurité
de mon collègue, mais je continue à le dire, plus tard dans le projet de loi, on va définir les régimes de
protection supplémentaires, on va définir de quelle façon on doit entourer
cette donnée-là de la sécurité nécessaire tout en gardant cette
fluidité-là, dont il est d'accord avec moi, qui est tout aussi nécessaire. Ça fait que c'est pour ça que, de
dire : Je vais établir un périmètre en dehors duquel la donnée ne
circulera jamais, on n'atteint pas
l'objectif. Ce n'est pas la façon d'atteindre l'objectif. La façon d'atteindre
l'objectif, c'est de sécuriser la donnée elle-même parce
qu'éventuellement, dans l'écosystème auquel on faisait référence tout à l'heure,
on veut que cette donnée-là puisse circuler,
et on est capables, on est capables de faire ça. On est capables de dire :
Bon, bien, telle ou telle information a un régime de protection qui inclut ça, ça, ça, et qui exclut ça, ça,
ça. On est capables de faire ça. Puis je suis convaincu que le collègue...
Pour donner
un exemple un peu grossier, mais je
pense qu'il va illustrer mon propos,
l'information que possède le gouvernement, qu'on rend
accessible sur donneesquebec.ca, je
pense qu'il va être d'accord
avec moi pour dire : On ne mettra
pas un système de protection autour de ça, c'est de la donnée
publique. Alors, je vais à l'extrême volontairement, mais c'est
de l'information gouvernementale, à
toutes fins utiles, mais cette information-là n'a pas besoin d'un régime de protection particulier ou même
d'un régime de protection tout court, elle est publique, elle est à la
disposition de qui veut bien la consulter,
voire s'en servir pour développer des applications. Puis, si on va à l'autre
bout du spectre, bien, des informations ultrasensibles, données
financières du gouvernement du Québec, données budgétaires du gouvernement du
Québec, qui sont des informations ultrasensibles, évidemment, on ne peut
pas traiter ça de la même façon.
C'est clair
que, oui, tout ça, c'est sous le grand chapeau de la donnée gouvernementale,
mais je pense que c'est évident, à sa
face même, que le régime de protection dont on va entourer les données
financières du gouvernement du Québec versus les
statistiques sur les accidents de la route, on peut leur
donner la dénomination «informations gouvernementales», mais ce n'est pas la même nécessité de protection. Et donc on n'a pas créé
un périmètre autour de la donnée sans égard à la donnée, ce n'est pas la façon de la protéger, c'est la
donnée elle-même qu'il
faut protéger. Ce n'est pas une
espèce de mur de Chine qu'il faut bâtir, puis excusez l'image, là, je ne veux vous
prêter des propos que vous n'avez pas tenus, là, mais ce n'est pas... et c'est justement... puis il le disait lui-même
tout à l'heure, que de désanonymiser
des données, c'était possible. Alors, c'est ce genre de régime de protection là, de faux sentiment de sécurité qu'il
faut éviter. Il faut avoir des vraies mesures de protection mais là où
c'est nécessaire.
Et donc,
encore une fois, il faut se concentrer sur le niveau critique de la donnée et
la protéger de façon adéquate mais en fonction du niveau critique de la
donnée, et non pas créer une espèce de périmètre de sécurité autour de la
donnée gouvernementale sans égard à quelle
est cette donnée, à qui est-elle nécessaire, qu'est-ce qu'on doit faire avec,
qu'est-ce qu'on ne peut pas faire
avec, tu sais, on ne peut pas se dédouaner de se poser ces questions-là et
d'avoir une utilisation de la donnée
qui est correcte en fonction de son niveau critique. Et c'est ce qu'on fait
avec le projet de loi n° 14, c'est exactement ce qu'on fait avec le projet de loi n° 14, on
s'adresse à la donnée comme telle, à son niveau critique, à ce qu'on peut
faire, à qui est-elle nécessaire, à
qui ce n'est pas nécessaire, est-ce que ça nécessite des régimes de protection
particuliers, avoir une transparence aussi, qu'est-ce qu'on a fait avec
cette donnée-là, il faut être transparent, ça aussi, c'est un régime de
protection en soi quand tu déclares l'ensemble de ce qui a été fait avec la
donnée comme telle.
Donc,
l'article 3, je pense, dans sa forme actuelle, atteint l'objectif, qui est
de dire, et je sais que le collègue et moi, on partage cette vision-là,
de dire : La donnée doit être mobile, mais pour qui c'est nécessaire.
Le Président (M. Allaire) : Merci,
M. le ministre. Vous souhaitez intervenir, M. le député de La Pinière?
Allez-y.
Barrette : C'est parce que ce n'est pas ça qu'il dit,
l'article 3, puis on l'a établi. Quand j'ai posé la question, là, est-ce que... puis Me Bacon l'a confirmé, là, vous
êtes deux, là, à l'avoir confirmé, ça fait que c'est clair : Est-ce que ça
permet d'envoyer à une tierce
partie non
gouvernementale de la donnée? La réponse, c'est oui, c'est oui, point final. 3,
là, l'article 3, qu'est-ce qu'il
dit? Le ministre parle de nécessité, il parle de... ça, c'est une notion de
Commission d'accès à l'information,
de
loi sur l'accès à l'information. Quand il nous dit qui a droit de regarder
quoi, à l'intérieur du gouvernement, ce n'est pas de ça
que je parle, je ne parle pas de ça.
L'article 3, puis son projet de loi
ne sert pas à ça. Ça, c'est un débat interne de la refonte de la loi à
l'accès à l'information.
Est-ce qu'on peut croiser des données de Revenu
Québec avec la santé? Ça, c'est le grand dilemme, ça, c'est l'épouvantail à moineaux, ça, ce n'est pas réglé,
ça, c'est la loi à l'accès à l'information. Ce n'est pas de ça qu'on parle puis
ce n'est pas ça, la transformation
numérique. La transformation numérique, c'est, lorsque ça, ce sera revu, est-ce
que nos systématiques
électroniquement, là, informatiquement, vont pouvoir faire ça? La compagnie,
là, les organismes et personnes qui vont venir procéder au projet d'intérêt
gouvernemental, ils viennent regarder si c'est faisable et comment sont
construites les bases de données,
quels sont les protocoles, qu'est-ce qu'on doit mettre en place pour que ça se
fasse. Et l'article 3 dit : Si
c'est nécessaire pour l'organisme d'avoir accès à des données actuellement
auxquelles il n'a pas accès normalement, on va lui donner. En français, là, on va lui donner une base de données
type et assez grosse, ils vont faire leurs tests, ils vont l'avoir, là,
il y a le risque, ils vont revenir l'appliquer dans le système.
Le ministre
me parle du résultat souhaité par son action, moi, je lui parle de la façon de
se rendre là, un : Est-ce que des données peuvent aller à
l'extérieur par 3? Oui. Est-ce que c'est nécessaire pour une compagnie d'y
avoir accès? C'est marqué, là, si c'est
nécessaire, là, on va lui donner. Et, moi, je dis, compte tenu de ce qu'on voit
aujourd'hui, il y a un risque là, ne devrait-on pas le faire autrement?
Je ne parle pas de l'utilité de croiser une donnée avec une autre, je ne conteste pas ça. Je ne conteste pas la réflexion
qui doive être faite pour en arriver
à ça et de déterminer ce qu'il va y avoir à la fin. Je ne parle pas de
La compagnie,
ou la personne, ou l'organisme qui va venir travailler, là, qui va être
interpelé par l'appel d'offres
que le gouvernement va faire, à qui
la loi va lui dire : Je peux t'envoyer actuellement des données que
tu n'aurais pas le droit normalement, je dis : Il y a un problème, là. Je ne dis pas qu'il y a un problème
avec le fait que... Je ne parle pas d'une... Je n'ai pas parlé une seule seconde, sauf pour dire qu'il y a
des épouvantails, sur la question de la mobilité
des données à l'intérieur du
gouvernement. L'enjeu, ici, de 3, et c'est établi : des données peuvent
sortir à l'extérieur dans un environnement, un écosystème où,
actuellement, on sait qu'on peut dénominaliser.
Moi, je vois
un risque. Et, bien, je dirais, M. le Président, j'invite le ministre à arrêter
de me parler de ce qu'il veut faire comme résultante finale. On est
d'accord là-dessus. Aujourd'hui, l'article 3 permet-il de faire sortir du
périmètre gouvernemental des données en
quantité même significative? La réponse, c'est oui, ça peut sortir.
Significative? C'est oui aussi, parce
que la complexité du projet de transformation informationnelle d'intérêt
gouvernemental, bien, c'est parce que c'est
des grosses bases de données. Puis là il y a plein de bugs, il y a plein de ça,
il y a plein de cas de figure, puis il va falloir... Bon. Et là, c'est ça qui est le problème. Il est là, le
problème. Mon enjeu, à moi, c'est ça. Pas ce qui va se passer dans le
gouvernement après. On est d'accord.
Alors, je
recommence, puis je termine là-dessus pour ce moment-ci, pour le débat. Est-ce
que les données peuvent sortir à des
fins de réalisation du projet? La réponse, c'est oui. Confirmé par
Me Bacon. Est-ce que ça peut être des données en quantité significative? C'est évident que c'est
oui aussi, là. On ne va pas envoyer... On ne va pas faire sortir, là, une base
de données de 200 personnes pour voir
si ça fonctionne pour 8 millions, là. On sait très bien que ce n'est pas
comme ça que ça se passe. Il y a un
enjeu de circulation de la donnée. Et la question qui se pose à la fin :
Aujourd'hui, avec ce qu'on sait, là,
est-ce que c'est sage de faire ça ou est-ce que ça ne devrait pas se faire à
l'interne pour des raisons de protection de ces dites données?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre, la parole est à vous.
Caire :
Bien, M. le Président, si on se fie aux exemples qui sont cités par le député
de La Pinière, les risques qui ont
été encourus par les entreprises désignées, c'est des risques à l'interne.
C'est des risques à l'interne. L'institution financière dont il parle, le risque, il était à l'interne.
Revenu Québec, le risque, il était à l'interne. Et c'est pour ça que je suis en
partie d'accord, mais la conclusion... C'est la conclusion du député de
La Pinière avec laquelle je ne suis pas en accord. Parce que sa conclusion, c'est de dire : Il faut éviter
à tout prix, il faut interdire qu'une donnée gouvernementale soit... circule
ailleurs que dans une instance
gouvernementale. Ça, c'est sa conclusion. Puis ce que j'essaie de lui dire,
c'est que la démonstration a été
faite, il me semble, en tout respect... Puis je ne veux pas conclure à des
enquêtes avant que les enquêteurs en arrivent à la conclusion, mais la
démonstration a quand même été faite que les fuites, elles étaient à l'interne.
Donc, ce n'est
pas une protection absolue, là. Il ne faut pas penser... C'est comme
l'anonymisation des données, là, il ne faut pas penser qu'on est dans une
protection absolue. On a anonymisé les données, donc on est protégé, tout va
bien. Non. Il le dit lui-même, on est
capable de faire la rétro-ingénierie de ça. Alors, ce n'est pas parce qu'on
dit : Bon, bien, je mets un mur
de Chine sur la donnée, elle ne sortira jamais du gouvernement, et nous sommes
en sécurité. Non. Ce n'est pas exact.
Et c'est là où
la notion de nécessité, puis j'ai l'impression que je l'irrite quand je dis ça,
mais, en même temps, la notion de
nécessité, elle est nécessaire. Excusez le pléonasme, là, mais pourquoi? Parce
que ceux... La question qu'il faut se
poser, c'est : Est-ce que seuls ceux qui doivent avoir accès à la donnée
ont accès à la donnée? Ça, c'est la question, je pense, qu'on doit se poser. Est-ce que la donnée est accessible aux
seules personnes pour qui c'est nécessaire? Puis ne pas se demander : Oui, mais est-ce que ce sont
des consultants, est-ce que ce sont des
OBNL, est-ce que ce sont des membres de
la fonction publique, est-ce que ce sont des membres des réseaux d'éducation
ou de la santé? Est-ce que ces personnes-là doivent
avoir accès à l'information, oui ou non? Est-ce que cette information-là doit être rendue disponible, elle doit être communiquée, oui ou non?
Alors, c'est la notion de nécessité, c'est ça qu'elle dit. Et plus tard, je le
répète, parce qu'on n'arrête pas la réflexion là, sur la protection des
données, mais là on parle de l'article 3, donc on ne refera pas... Comme j'ai dit, on ne va pas intégrer tout le projet de loi à l'intérieur d'un seul article, c'est pour ça qu'il y a
d'autres articles, c'est parce que,
oui, oui, il y a des mesures de protection additionnelles à mettre en place, oui, il y a d'autres questions à se poser, avec des répondes à donner, puis on va les trouver
ailleurs. Mais, dans un contexte où l'article 3, son objectif,
dans l'ensemble du projet de loi, c'est de dire : la transformation
numérique rend la mobilité de la
donnée nécessaire, c'est ce que l'article 3 dit, et le rend nécessaire — pour qui? Pour qui c'est nécessaire,
c'est ça qu'il dit, l'article 3 — donc,
toute la réflexion en périphérie du collègue... Puis je le comprends,
parce qu'il dit :
L'article 3 fait en sorte que je pourrais
communiquer de l'information à une entité externe du gouvernement. Oui, oui, mais est-ce que c'est nécessaire?
Parce qu'il faut se la poser, cette question-là,
puis on ne peut pas en arriver à la conclusion ultime qu'on ne veut pas se
poser la question : Est-ce qu'on
doit le faire? Non, on ne veut pas se poser cette question-là,
ce n'est pas du gouvernement, on ne se pose même pas la question :
C'est-u nécessaire? Non, on ne se pose pas la question. Il y a la notion de
nécessité, elle est extrêmement importante. Et, après ça, du moment où on
dit : Oui, c'est nécessaire, bien, est-ce qu'on le fait n'importe comment?
Bien non. Mais ça, ce n'est pas le rôle de l'article 3, de définir ça,
c'est les articles subséquents qui vont venir définir comment on communique l'information
à qui c'est nécessaire de le faire.
Le Président (M.
Allaire) : Vous avez terminé, M. le ministre.
Le Président (M. Allaire) :
Parfait. Merci. M. le député de La Pinière, la parole est à vous.
M. Barrette :
On va reprendre une énième fois, on va finir par se comprendre, on va finir par
se comprendre. Mais, pour se comprendre, je vais lire l'article : «Un
organisme public que peut désigner le gouvernement — bon, le gouvernement désigne, ça, c'est facile — à
toute personne ou à tout organisme les renseignements personnels qu'il détient
[...] lors [de] cette utilisation ou cette communication est nécessaire...»
On a établi, le ministre
l'a dit, que toute personne ou tout organisme, ça peut être du monde de
l'extérieur, une compagnie, des individus,
c'est établi. Et là ce n'est pas tout, là, il est nécessaire
à la réalisation d'un projet en ressources informationnelles
d'intérêt gouvernemental. Alors, on a établi que les données peuvent sortir et
aller chez un tiers puis si c'est nécessaire
pour la réalisation du projet. Le projet de transformation informationnelle vise à faire ce que le ministre nous
dit. Qu'est-ce qui va circuler d'une entité à l'autre dans le gouvernement, à quelles conditions, et ainsi de suite. On s'entend là-dessus, hein, on s'entend, là, que la transformation informationnelle, ce n'est pas simplement la fluidité des
informations mais aussi la détermination de ce qui va circuler. On s'entend
là-dessus puis on s'entend que cette autoroute-là de l'information
interne qui va circuler dans le gouvernement à telle ou telle condition, bien,
ça va exiger qu'on réécrive des lignes de code.
Ça va exiger ça. Alors, le projet de
loi, là, c'est un projet qui vise à
faire ça, faire circuler des données selon
des critères. O.K., ça, ça circule, ça, ça ne circule pas, à telle,
telle condition. Il faut réécrire des lignes de code, mais la compagnie, l'organisme, l'individu externe
avec qui on va faire affaire pour faire cette réalisation-là, les tests, le
déploiement, et ainsi de suite, va pouvoir recevoir des données pour
tester son affaire, si on peut le simplifier ainsi.
Alors,
mon argument, mon commentaire, ce n'est pas : ça va se promener d'un organisme
à l'autre à telle ou telle condition, on le sait, que c'est ça que ça
veut faire, puis on est d'accord. Mais celui qui va la faire, la transformation
informationnelle... transformation informationnelle, ça veut dire : Ce que
vous avez comme logiciel, là, bien, il faut mettre
ça à jour. Puis il y a une manière de le faire puis on ne sait pas trop comment — ça,
ce n'est pas grave — c'est
pour ça qu'on vous engage. Alors,
ceux qui vont être engagés pour faire ces projets-là, qui sont des projets
test, pilotes, à toutes fins utiles,
bien, eux autres, là, pour le faire, on autorise à ce que les données sortent. Alors,
c'est pour ça que je dis, là, depuis maintenant
presque une heure, on ne parle pas de la même affaire. Le ministre
répond tout le temps sur : Oui, mais il faut faire ça. Bien, oui, on est
d'accord. Le problème, c'est que, là, aujourd'hui, il y a des données pour le faire qui vont
sortir dans un écosystème qui a montré ses
failles jusqu'à récemment, et le
ministre l'a accepté, ce concept-là. Il a accepté le fait que, quand on sort, on augmente le risque.
Alors, il ne faut pas me dire : Le risque n'est jamais zéro. Je le sais,
je l'ai dit.
Alors,
pourquoi, à ce moment-là, ne serait-il pas plus prudent de faire ça à
l'interne? Le ministre a dit lui-même, lui-même,
que, oui, ces gens-là peuvent s'amener, on peut les amener dans notre périmètre
et le faire là. Pourquoi qu'on ne fait pas ça? Alors là, un article, et
c'est ça qui est le coeur de l'affaire, qui permet que ça sorte, et là, toutes
les règles de sécurité qu'on va voir plus
loin, là, ça va être des règles qui sont les règles standard, ça va être
dénomalisé, et ainsi de suite, et là
on sait que, là, on vit dans un environnement problématique. Je ne peux pas, je
pense, être plus clair que ça. Et il me
semble que le ministre, à ma question : Pourquoi qu'on ne le fait pas en
dedans? Il ne peut pas me répondre : Oui, mais on veut de la
mobilité, puis le député de La Pinière veut qu'on se sépare de... non. Ce
n'est pas ça du tout. Ce n'est pas ça du
tout. La finalité interne, on s'entend. La façon de le faire, le chemin,
autrement dit, là, entre le point a et le point b, on peut faire ce chemin-là dans le périmètre
gouvernemental.
L'article 3 nous permet de faire un détour vers
l'entreprise privée pour arriver au
même point b. Je ne débats pas du point b, je débats du détour. Et le ministre
est d'accord avec moi, là. La procureure le dit... c'est-u correct, ça,
procureure? Non, la...
M. Barrette :
La légiste, pardon, excusez-moi. Mme la légiste, Me Bacon l'a dit :
L'article 3 permet le détour à
l'extérieur. Alors, dans un environnement qu'on connaît aujourd'hui, ce n'est
pas le point b, là, le point a, on le connaît, c'est ce qu'on veut résoudre. Le point b, on sait à peu près ce qu'on
veut, on est d'accord, et là il y a un dilemme. On fait un détour à l'extérieur ou on ne le fait pas. 3 ne
permet qu'une chose, pas deux, pas trois, pas quatre, 3, c'est pour permettre
le détour à l'extérieur. On est-u heureux
avec ça? Moi, j'ai des inquiétudes. Je pense que mon collègue de René-Lévesque
a des inquiétudes. Je
pense même que mon collègue, muet pour le moment, de Québec solidaire est
d'accord avec ça. Il va finir par parler, là, je ne peux pas croire,
mais c'est là qu'on est.
Le Président (M.
Allaire) : Vous avez terminé votre intervention, M. le député?
Le Président (M.
Allaire) : M. le ministre, la parole est à vous.
Caire : M. le Président, là, je pense que c'est le député de
La Pinière qui ne comprend pas ce que j'essaie de lui expliquer, qui est la notion de nécessité. C'est
parce que le député de La Pinière nous dit : Est-ce que la loi ne
devrait pas en arriver à la conclusion qu'il n'est jamais nécessaire d'aller à
l'externe? Puis, dans le fond, c'est ça qu'il nous dit : Est-ce que la loi devrait faire en sorte d'interdire
qu'au nom de la non-circulation de la donnée, on aille à l'externe? Ce que je
lui réponds, c'est : Non. C'est la notion de nécessité. Alors, si cette
situation-là, hypothétiquement, se produit, ce que je dis au député de
La Pinière, c'est deux choses.
D'abord,
ce sera conditionné par la nécessité. Donc, il me dit : Mais pourquoi on
ne le fait pas à l'interne? Parce qu'il y aura nécessité de le faire à
l'externe. Pourquoi on ne le fera pas à l'interne? Écoutez, là, il faudrait
qu'on ait un cas précis, une
situation précise pour laquelle une décision a été prise en fonction de cette
situation-là précise, mais la loi laisse cette possibilité-là en précisant le
caractère de nécessité. Donc, pourquoi? Parce que ce sera nécessaire de le
faire de cette façon-là. Ça, c'est la réponse à sa question.
Maintenant,
si la nécessité commande qu'on fasse ça, puis ce que le reste du projet de loi
va prévoir, c'est qu'on ne le fasse
pas n'importe comment, c'est qu'on ne le fasse pas n'importe comment. Et donc,
que les mesures de protection qui seront
prises seront prises à la satisfaction, notamment, de la Commission d'accès à
l'information. Et je veux lui dire que le
régime juridique actuel, puis corrigez-vous si je me trompe, là, mais le régime
juridique actuel nous permet déjà de faire ça. Tu sais qu'on n'est pas
dans du droit nouveau, là, on ne vient pas d'inventer un concept.
Puis
je comprends ce que le député de La Pinière me dit : Oui, mais là, la
situation a changé. Est-ce que la situation a vraiment changé? On a des cas très clairs de failles de sécurité qui
commandent qu'on mette en place des mesures qui vont corriger ces failles-là.
Mais je répète à mon collègue que les failles principales viennent d'éléments
internes. Et donc, quand on pense
sécurité, oui, il faut se protéger contre les intrusions, mais il faut se
protéger contre les tirs amis aussi, parce que Desjardins, c'est ça;
Revenu, c'est ça. C'est des tirs amis.
Caire :
Oui, tirs amis.
Une voix :
Ah! des tirs amis.
Caire :
C'est... il y a un r.
M. Barrette :
Tirs... Cest-u un m qui est un n?
Caire :
Il y a un r, M. le député de La Pinière, qui est très important. Tirs
amis.
Caire :
Oui, c'est ça, il ne faut pas les confondre. Mais bref, oui, l'article 3,
il a raison, l'article 3 pourrait permettre
cette situation-là, mais ce que l'article 3 fait aussi, c'est de préciser
si c'est nécessaire, s'il y a une nécessité de le faire. Alors, évidemment, la
nécessité sera commandée par la situation qu'on vivra et si la conclusion,
c'est que c'est nécessaire de le
faire, puis je suis convaincu que le député de La Pinière dit : Bon,
bien, si nécessaire, si c'est nécessaire, faisons-le, bien les articles subséquents nous permettront de le faire
et de bien le faire, de le faire correctement, pas de faire ça n'importe
comment.
Mais,
tu sais, l'idée... Il faut rassurer nos concitoyens, là. L'objectif, ce n'est
pas de dire : On va prendre les données du gouvernement puis qu'on
va te garrocher ça à tout un chacun, au bon plaisir de... Tu sais, on n'est pas
caves à temps plein, là. On est très
préoccupés par la protection des données... à temps partiel... Non, mais j'ai
lu dans vos pensées, M. le député de La Pinière.
Caire :
Non, j'ai tout fait ça moi-même, c'est correct. Je me les sers moi-même avec
assez de verve.
Donc...
Mais tout ça pour dire qu'on est très conscients de l'enjeu, mais je réitère
que l'objectif du projet de loi, c'est
de procéder à la transformation numérique du gouvernement, le député de
La Pinière l'a répété à plusieurs reprises, donc on est en symbiose sur cet objectif-là. Et,
oui, il va arriver que des expertises vont nécessiter qu'on aille à l'externe.
Tu sais, donc, ça sera par nécessité que
nous le ferons, même si j'ai été très clair sur le fait que notre gouvernement
souhaitait internaliser, autant que
faire se peut, les expertises. J'ai parlé de nos objectifs avec l'Académie de
transformations numériques pour
permettre à notre monde d'aller chercher ces expertises-là, pour permettre
qu'on soit capables de faire le plus possible à l'interne mais à l'impossible,
nul n'est tenu, et on ne développera pas toutes les expertises dans tous les
champs de compétences que la transformation numérique nous offre.
donc, oui, oui, il y aura, possiblement... Je dis possiblement, possiblement,
je n'ai pas de scénario précis puis je n'ai pas de projet actuellement qui me
disent qu'on va faire ça mais il y a une possibilité. Cette possibilité-là, on
doit la garder. J'ai peut-être un point de vue différent avec le député de
La Pinière. Je ne pense pas que de fermer cette possibilité-là, de
dire : Rien ne devra aller à l'externe... Je pense que ce n'est pas une
bonne idée. Je pense qu'il faut garder cette possibilité-là. Il faut
l'encadrer, c'est ce qu'on fait à l'article 3, principalement en amenant
la notion de nécessité. Donc, déjà, je peux lui dire que, si ça se fait, c'est
parce que ça sera nécessaire, et je peux lui dire aussi que, si ça se fait,
bien, les autres articles du projet de loi vont nous permettre d'encadrer
ça et de revenir à mon propos initial, donc de sécuriser la donnée comme telle.
anonymiser la donnée, ce n'est pas nécessairement la meilleure mesure de
protection, il en existe d'autres : dans la transmission, il existe
d'autres moyens technologiques d'assurer la transmission de la donnée; dans la
lecture de la donnée, il y a des moyens technologiques qui existent pour
la rendre accessible à qui c'est nécessaire, et pas aux autres. Donc, il y a d'autres supports technologiques qui
sont plus performants qu'anonymiser les données. Et ça, là-dessus, bien,
on pourra avoir des discussions à point nommé.
Le Président (M.
Allaire) : Merci, M. le ministre. M. le député de La Pinière, la
parole est à vous.
M. Barrette :
Je pense qu'on a fait beaucoup de chemin ce matin. Alors, résumons. Parce que,
là, le dernier commentaire du ministre est très intéressant et important.
Barrette : Oui, mais c'est surtout pour l'admission que ça donne.
Alors, on a établi ce matin, là, que l'article 3 permet... Le ministre, là, a concédé, la légiste,
Madame... Me Bacon, l'a confirmé — excusez-moi, Me Bacon — l'a confirmé, l'article 3 permet
au gouvernement d'envoyer à l'extérieur de son périmètre des données
personnelles pour les fins de réalisation du
projet de transformation numérique qui va lui être... pas soumis, mais qu'il va
choisir. Ça, c'est clair. Le ministre a aussi convenu avec moi que le fait
d'aller à l'extérieur pouvait... devrait augmenter les risques, dans l'absolu.
Je n'ai pas dit que c'est un risque indu, mais, par définition, ça
augmente le risque, le ministre a été d'accord avec ça.
ministre, pour nous rassurer, dit que ce sera... ces données-là qui iront à
l'extérieur à une quelconque personne et/ou
organisme et/ou compagnie privée, ça devra se faire à certaines conditions. Une
de ces conditions-là, c'est que ça soit
nécessaire, et le ministre insiste beaucoup sur la nécessité comme étant un
gage de protection. Là, je ne suis pas d'accord avec ça, parce que ce que le ministre fait, M. le Président, ce n'est
pas compliqué, il choisit dans son projet de loi de permettre à des données de sortir du périmètre
gouvernemental, il choisit de ne pas le faire à l'interne. Pour me paraphraser,
là, me citer, entre le point a et le point b, il choisit la possibilité
de faire un détour à l'extérieur du gouvernement, et la nécessité à laquelle il fait référence, c'est la nécessité
que la compagnie, ou que le gouvernement, ou les deux ensemble verraient à ce
que des données soient transmises à
l'extérieur. Si le ministre n'avait pas choisi de faire un détour à l'extérieur
du gouvernement, il n'y en aurait
pas, de problème, ni risque. La nécessité n'est pas un gage de sécurité, la
nécessité est une limitation d'un risque accru dans l'absolu. Ce n'est pas un
gage de sécurité additionnel, c'est un gage de limitation de l'accroissement du
risque en allant à l'extérieur, dans l'environnement informatique que l'on
connaît aujourd'hui, et c'est à ce
choix-là que le gouvernement fait face, prendre le détour d'aller à l'extérieur
pour arriver à sa finalité, que l'on convient et avec laquelle on est
d'accord, plutôt que de rester à l'interne. C'est ça qui est l'enjeu
aujourd'hui, pas plus que ça.
Tout
le reste, bien, c'est un peu hors sujet.
L'article 3, c'est plate
peut-être pour le gouvernement, mais c'est ça qu'il dit, et c'est confirmé par Me Bacon. J'y vois encore
aujourd'hui un problème... Je vois qu'il ne me reste que quelques
secondes.
Le Président (M.
Allaire) : En terminant, M. le député. Merci.
Barrette : Alors, vous ne serez pas surpris, M. le Président, si nous
revenons sur ce sujet-là sous différents angles cet après-midi. Je vous
souhaite bon appétit.
Président (M. Allaire) : Alors, merci, tout le monde, pour votre belle
collaboration ce matin en ce retour de période estivale. Donc, les
échanges ont été fructueux et dans le respect de tout le monde.
Donc, compte tenu de
l'heure, la commission suspend les travaux jusqu'à 14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 13
heures)
Président (M. Allaire) :
Alors, à l'ordre, s'il
vous plaît! Merci, messieurs. La Commission des finances publiques reprend ses travaux. Je demande donc à tous et à
toutes de prendre le temps de fermer la sonnerie de vos appareils électroniques.
vous rappelle que la commission se réunit afin de poursuivre l'étude détaillée
du projet de loi n° 14, la Loi favorisant la
transformation numérique de l'administration publique.
Donc,
lors de la suspension de nos travaux ce midi, le débat portait sur l'article 3.
Juste en guise d'information, je vous
donne le temps restant. Donc, M. le
député de La Pinière, il vous reste 17 min 35 s, pour être très précis, la
députée de Saint-Henri—Sainte-Anne,
vous avez tout votre temps, et le député de René-Lévesque, il reste
75 minutes.
Alors, M. le député
de La Pinière, est-ce que vous êtes prêt à prendre la parole?
Le Président (M.
Allaire) : Oui, la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne. Oui, allez-y, la
parole est à vous.
Anglade : Je vous remercie.
J'en profite, d'ailleurs, pour saluer tous mes collègues, que je n'avais
pas eu l'occasion de saluer avant, puis bon retour au travail à l'Assemblée
nationale.
Alors, M.
le Président, j'ai pu prendre part
aux échanges qui ont eu lieu avant. Les questions que j'ai par rapport à l'article 3 tournent autour du mot «nécessaire»,
besoin de comprendre comment est-ce qu'on définit la nécessité. Le ministre
nous a parlé... nous a dit : Bien, ça, c'est vraiment
le critère. À partir du moment où il
y a quelque chose qui devient
nécessaire, à ce moment-là, ça autorise la personne à pouvoir partager certaines informations. Comment est-ce que c'est défini?
Qui le définit? Est-ce qu'il a des exemples qu'il peut nous donner, qui nous permettraient...
qui permettraient d'illustrer ce qu'il souhaite faire avec l'article 3?
Le Président (M.
Allaire) : Merci, Mme la députée. Donc, la parole est à vous, M. le
ministre.
Caire : Bien, M. le Président, je pense que la notion de nécessité, là, c'est quelque chose qui est assez connu dans la
langue française, là. C'est : Je dois avoir cet accès-là pour être capable
de compléter mon mandat. Donc, la notion de nécessité, je pense que ça, c'est assez simple. Je n'ai pas
nécessairement d'exemple à lui donner, là, mais je pense que ça va se faire en fonction des projets qui
seront sur la table. Mais ce qu'on comprend, par exemple, c'est que, dans
le cas d'Accès UniQc, il est nécessaire
pour le MTESS, qui fait la réalisation,
d'avoir accès aux informations de la RAMQ parce que le
MTESS n'a pas une banque de données ou, en tout cas, la meilleure banque
de données pour réaliser ce projet-là, c'est
celle de la RAMQ. Donc, pour être capable de réaliser le projet, il y a
la nécessité d'avoir accès à ces informations-là. Donc,
si on prend un exemple plus concret, là, je pense que c'est le meilleur exemple
que je peux donner à ma collègue. Mais, quant à la notion de nécessité,
bien, c'est ce qui est requis pour la réalisation de la prestation de services,
là, c'est la meilleure définition que je pourrais lui donner en fonction de ce
qui m'apparaît être le sens commun, là.
Le Président
(M. Allaire) : Merci, M. le ministre. Mme la députée, la parole
est à vous.
Mme Anglade :
Oui, bien, je comprends ce que le député dit quand il dit : Le mot
«nécessaire», il est connu dans la langue française, il n'a pas besoin
d'explication. Je comprends très bien le mot «nécessaire».
que je cherche à comprendre, ici, c'est qui détermine la nécessité. À partir du
moment où il y a une personne qui dit :
Bien, moi, j'estime que c'est nécessaire... À combien de reprises dans des
projets, des projets pilotes, est-ce qu'on a des gens qui disent : Bien, ça, c'est nécessaire, puis il y en a
d'autres qui disent : Bien, pas vraiment, on n'a pas besoin d'aller là?
C'est quelque chose qui peut être assez aléatoire.
Est-ce qu'il a
l'intention d'encadrer ça minimalement ou de le laisser de manière aussi large?
Parce que le sens commun qu'on trouve dans
un dictionnaire, c'est bien beau, mais là on parle de données qui touchent les
individus, qui touchent les citoyens,
alors je pense que, justement, il y a ici, puisqu'on est dans le sens commun de
la chose, nécessité de préciser la pensée par rapport à ça. Donc, c'est
pour ça que je relance le ministre là-dessus.
Le Président
(M. Allaire) : M. le ministre.
Caire : Bien, évidemment, ce rôle-là va échoir à ceux qui
ont la responsabilité du projet, ceux qui ont la charge du projet.
Est-ce que je pense que c'est nécessaire d'aller plus dans le détail sur la
définition de ce qui est nécessaire? Non, je
pense que le sens commun dicte ce qui est nécessaire ou non. Je veux dire, on
sait si, oui ou non, une information doit être communiquée dans
l'optique de réaliser un projet.
réitère aussi à mes collègues que ce qui va être mis en place pour protéger la
donnée, on va le revoir plus loin. Donc,
tout ce qui s'appelle évaluation de risques, l'encadrement nécessaire, les
régimes de protection particuliers, ça, on va voir ça plus loin dans le
projet de loi. Je ne pense pas que, comme je le dis, l'article 3, puis
c'est ce que je disais au député de
La Pinière, et je me répète, l'article 3, l'objectif est de dire que,
dans une perspective de transformation numérique, la mobilité de la
donnée est essentielle. C'est ce que l'article 3 précise.
Tout
à l'heure, le député de La Pinière disait qu'il n'était pas d'accord avec
moi pour dire que la notion de nécessité amenait une protection supplémentaire. À mon tour de ne pas être
d'accord avec lui parce que, oui, je pense que, si, déjà, on restreint l'accès aux données aux seules
personnes pour qui c'est nécessaire, bien, déjà, on vient de réduire le cercle
de ceux qui vont avoir accès à la donnée. Maintenant, si c'était la
seule mesure de protection, je vous dirais que c'est insuffisant, clairement. Mais ce n'est pas la seule mesure, et donc la
protection, à proprement parler, des données, ça, c'est les articles
subséquents où on va vraiment traiter de cette question-là. (Interruption)
Excusez-moi, hein.
Le Président (M. Allaire) :
Vous avez terminé, M. le ministre?
Caire : Oui, oui, absolument.
Le Président
(M. Allaire) : Oui, ça va? Oui. La parole est à la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Anglade : Oui. Bien, je vais revenir à la charge. Mais,
avant de revenir à la charge sur cet élément de nécessité, j'aimerais
juste revenir sur un propos qu'a tenu le ministre, et je voulais bien m'assurer
d'avoir compris ce qu'il disait.
Tout à l'heure, dans une réponse à mon collègue, il disait : Ça a été fait... la preuve a
été faite que ce n'est pas parce
c'est à l'intérieur d'un certain périmètre qu'il n'y a pas de fuites de données, on l'a vu à cause des exemples récents.
C'est ce que le ministre
disait. Et ceci semblait justifier que, parce que ça peut venir de
l'interne ou d'ailleurs, on peut se permettre d'élargir le périmètre.
J'aimerais mieux comprendre, saisir la pensée du ministre là-dessus, puis après
ça je vais revenir sur le point de la nécessité.
Caire : En fait, je dirais non, puis je suis content que ma
collègue me pose la question parce que ce n'était pas ça qui était le sens de
mon propos. Ce que je voulais dire, c'est que le fait de limiter l'accès aux
seules personnes à l'interne n'était
pas une garantie absolue de sécurité. On n'était pas en sécurité parce qu'on
limitait exclusivement à l'usage interne les données.
L'autre chose que je
disais, c'est que le projet de loi n° 14, on n'est pas dans du droit
nouveau. La loi d'accès à l'information prévoit déjà que des informations peuvent être communiquées à des entreprises
privées.
L'article 67.2 de la loi d'accès à l'information prévoit que ça peut se faire. Ça se fait déjà.
Donc, le projet de loi n° 14 n'amène rien de nouveau sur le fait de pouvoir communiquer de l'information à une entreprise autre qu'un organisme public ou un ministère, une entreprise privée, un consultant,
un OBNL. Ça, ça se fait déjà, c'est déjà prévu dans la loi d'accès à
l'information.
que le projet de loi n° 14 amène, c'est un encadrement qui est supérieur
dans cette pratique-là et dans d'autres pratiques. Dans le traitement de
l'information en général, on amène un encadrement qui est supérieur, notamment
par quelque chose qui, lui, est nouveau,
c'est-à-dire l'évaluation des risques. Ça, c'est nouveau. On doit, dans un
projet en ressources informationnelles d'intérêt gouvernemental, faire une
évaluation des risques quant à l'utilisation des données. Ça, c'est nouveau.
qui est nouveau aussi... (Interruption) Excusez-moi, collègues, hein?
(Interruption) Ça, c'est vraiment agaçant.
Une voix :
...prendre de l'eau.
Caire :
Oui, excusez-moi. (Interruption) Je suis désolé. Ce qui est nouveau aussi,
c'est qu'on devra... les responsables du
projet devront faire rapport de l'utilisation qu'ils ont faite des données. Ce
rapport-là devra être transmis à la
CAI et au président du Conseil du trésor, et le rapport en question devra être
rendu public sur le site du Conseil du trésor. Donc là, on amène une transparence qui n'existe pas actuellement, parce
que, oui, deux organismes peuvent prendre entente sur un échange de données avalisé par la Commission
d'accès à l'information, mais ça, il n'y a rien de tout ça qui est rendu
public, ni l'entente ni l'utilisation qui aurait été faite des données. Il n'y
a rien qui est public.
Alors
là, on amène quelque chose qui est nouveau, qui est un facteur, à mon avis, de
transparence, et la transparence souvent,
c'est un des éléments, pas le seul, mais c'est un des éléments qui assure la
protection des données parce que — je pense que la collègue va être
d'accord avec moi — quand
on agit à la lumière, souvent, on a des comportements plus acceptables que quand on agit dans l'ombre. Donc,
ces éléments-là sont nouveaux. Mais ce que je dis aux collègues, c'est que de permettre la communication de
renseignements de données... je ne les qualifierais pas parce que, tout à
l'heure, le député de La Pinière a dit : les renseignements
personnels, moi, je dis : des données dans le cadre de l'utilisation... c'est-à-dire de la réalisation d'un projet, ça, ce
n'est pas nouveau, c'est déjà prévu dans la loi d'accès à l'information. Ça se fait déjà. Souvent, ce qui va
arriver, c'est que l'organisme public
va prendre entente avec l'entreprise privée, et c'est cette entente-là
qui fait foi des paramètres d'utilisation. Ça non plus, ce n'est pas
nécessairement rendu public.
Donc,
je pense qu'on amène des éléments de transparence, et de reddition de comptes,
et d'évaluation des risques qui, oui,
sont nouveaux et qui vont amener un encadrement de protection supérieur, mais,
je le dis et je le répète, le fait que
l'entreprise privée ou un tiers puisse utiliser des données dans le cadre de
réalisation d'un projet, ça, ce n'est pas nouveau.
Président (M. Allaire) : Merci, M. le ministre. La parole est à vous,
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Anglade :
Deux questions. La première, quand le ministre fait référence aux notions de
transparence additionnelle qui sont amenées,
il fait référence aux éléments additionnels qui sont présentés dans le projet
de loi où on dit : Il va falloir
déposer, faire rapport, etc., c'est à ça que vous faites référence, quand vous
parlez de la transparence additionnelle, qui va venir plus tard dans le
projet de loi?
Caire :
Oui, c'est ça.
Mme Anglade :
O.K. Bien, on pourra en discuter...
Caire :
Mais rapport à transmettre à la Commission d'accès à l'information. Donc, il y
a toujours le regard approbateur de la CAI sur ces éléments-là qui sont
rajoutés.
Mme Anglade :
O.K. Donc, on pourra en discuter au moment venu, quand on regardera ces items-là.
Je veux encore revenir... C'est correct. Non,
mais c'est bien correct. Je veux encore revenir, une dernière fois, à la charge sur la notion de nécessité. Est-ce
que, d'un point de vue législatif, puis je suis sûre qu'il y a des personnes
qui sont bien outillées dans le
domaine pour répondre à cette question-là, est-ce qu'il y a moyen d'encadrer
davantage la notion de nécessité à l'intérieur d'un projet de loi, dans
d'autres...
Caire : Bien, je
vais laisser Me Bacon répondre.
Mme Anglade : Oui, avec plaisir.
Caire : Mais c'est
déjà fait, là, Me Bacon me signalait que c'était déjà fait pour la Commission
d'accès à l'information. Mais je vais lui laisser compléter cette réponse-là.
Le Président (M. Allaire) : La parole
est à vous, Me Caron... Me Bacon, pardon.
Mme Bacon (Nathalie) : Bonjour, M.
le Président. Oui, la loi, c'est... le critère, en fait, le critère de
nécessité est enchâssé à la
loi sur l'accès.
Alors, c'est vieux comme le monde. Je ne suis pas une juriste spécialiste en
accès, par contre. J'ai accédé au
site Internet de la CAI, là, pendant que vous parliez, puis on disait qu'en ce
qui concerne la nécessité on doit
prouver qu'il y a une fin légitime,
importante, réelle et urgente. Alors, on ne transmet pas un paquet de
renseignements s'il n'y a pas d'utilité, là, une nécessité.
Le Président (M. Allaire) : Oui,
allez-y, Mme la députée.
Anglade : Alors, je vais
demander : Pouvez-vous répéter exactement ce que vous venez de dire? Une fin
légitime, importante et urgente...
Caire : Urgente et
réelle.
Anglade : Urgente et réelle.
Donc, il y a la notion... Ça, c'est défini... Où est-ce que
c'est défini dans cette loi-là?
Mme Bacon (Nathalie) : C'est
une référence de la Commission d'accès à l'information sur son site lorsqu'elle
explique c'est quoi, les critères de nécessité. Je peux vous donner la
référence.
Mme Anglade :
D'accord. Est-ce qu'il y a matière... Est-ce que ce critère-là, quand on
l'utilise... quand on fait ce projet de loi là ne devrait pas être
simplement ajouté? Parce que ce que vous venez de décrire m'apparaît fort
pertinent lorsque l'on parle de... Tu sais,
il y a urgence d'intervenir, premièrement. C'est important, c'est urgent.
Est-ce qu'il n'y a pas matière à ce moment-là, effectivement, de le
préciser dans le projet de loi?
Mme Bacon
(Nathalie) : On ne le
précise pas. La
loi sur l'accès utilise le critère de nécessité. Et le mot
«nécessité», c'est la commission d'accès qui est venue mettre les
balises sur la nécessité.
Mme Anglade :
Donc, on n'a aucunement besoin, selon vous, de l'ajouter. En fait, toutes les
discussions qu'il y a eu sur la nécessité jusqu'à présent, je pense que
ce que vous venez de préciser, là, vient quand même encadrer davantage. Donc,
quand je faisais référence à l'encadrement, c'est à ça que je faisais
référence. D'où la question que j'ai. Je peux comprendre
qu'un thème soit vieux comme le monde, mais, vous savez, on a des lois qui sont
vieilles comme le monde puis parfois elles méritent d'être revisitées.
Mme Bacon
(Nathalie) : Est-ce que
vous aimeriez que je vous lise le passage du site de la commission
d'accès, peut-être, pour plus vous alimenter?
Mme Anglade : Si vous le
souhaitez.
Mme Bacon (Nathalie) : Ça
dit : «Le critère de nécessité est un principe fondamental — donc,
un principe fondamental, pas toujou