Health and Social Services — 3 February 2010 (39th Legislature, 1st Session)

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29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)

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27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)

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(13 janvier 2009 au 22 février 2011)

Le mercredi 3 février 2010 - Vol. 41 N° 23

Étude des rapports annuels de gestion non étudiés des agences de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale (2005-2006 à 2008-2009), de la Côte-Nord (2005-2006 à 2008-2009), de l'Abitibi-Témiscamingue (2005-2006 à 2008-2009), du Saguenay-Lac-Saint-Jean (2005-2006 à 2008-2009), de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (2005-2006 à 2008-2009) et de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (2003-2004 à 2008-2009)

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Table des matières

Auditions (suite)

Agence de la santé et des services sociaux de la Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine

(ASSS -- Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine)

Documents déposés

Agence santé et de services sociaux du Saguenay -- Lac-Saint-Jean

(ASSS -- Saguenay -- Lac-Saint-Jean)

Document déposé

Intervenants

M. Geoffrey Kelley, président

M. Pascal Bérubé

Mme Danielle Doyer

M. Bernard Drainville

M. Germain Chevarie

M. Gilles Lehouillier

M. Gerry Sklavounos

M. Alexandre Cloutier

* M. Gilles Pelletier, ASSS -- Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine

* M. Christian Bernier, idem

* M. Claude Mercier, idem

* Mme Manon Dufresne, idem

* Mme Martine Couture, ASSS -- Saguenay -- Lac-Saint-Jean

* M. Donald Aubin, idem

* M. Gilles Simard, idem

* M. Bruno Dahl, idem

* Témoins interrogés par les membres de la commission

Journal des débats

(Neuf heures trente-cinq minutes)

Le Président (M. Kelley): À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour. Je constate quorum des membres de la Commission de la santé et des services sociaux, donc je déclare la séance ouverte en rappelant le mandat de la commission: la commission est réunie afin d'entendre l'Agence de la santé et des services sociaux de la Gaspé et des Îles-de-la-Madeleine dans le cadre de l'étude des rapports annuels de gestion 2005-2006 à 2008-2009 en application de la

Loi sur les services de santé et les services sociaux.

Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?

La Secrétaire: Oui, M. le Président. Mme Doyer (Matapédia) remplace M. Gauvreau (Groulx); M. Drainville (Marie-Victorin) remplace M. Turcotte (Saint-Jean).

Le Président (M. Kelley): Parfait. Merci beaucoup. Alors, bienvenue. Juste une courte mise en scène. La

loi sur la santé et des services sociaux oblige cette commission d'entendre les agences au moins sur trois ans. Alors, on essaie toujours de rencontrer le tiers des agences par année pour mieux comprendre vos enjeux, vos défis, vos réussites, vos problèmes. Alors, c'est vraiment un exercice de mieux comprendre la livraison des services de santé et des services sociaux sur les territoires des agences au Québec. Alors, le format est relax. On est ici dans l'ancienne salle de Conseil des ministres, à l'époque de M. Duplessis. Alors, on voit les images de tous les anciens premiers ministres du Québec autour de nous.

Oui, il y en avait un qui était le député de Jacques-Cartier, qui se trouve dans ce coin-là. M. Mousseau avait une courte carrière...

M. Bérubé: Il y a deux Gaspésiens.

Mme Doyer: Il y a des Gaspésiens, oubliez-le pas.

M. Bérubé: ...né à Percé...

Mme Doyer: René Lévesque.

M. Bérubé: ...et René Lévesque, né à Campbellton mais élevé à New Carlisle.

Le Président (M. Kelley): Parfait. Alors, il y a deux Gaspésiens. Merci beaucoup, M. le député de Matane, pour cette précision.

Mme Doyer: Il est né où, le vôtre?

M. Bérubé: Il est né à Percé.

Le Président (M. Kelley): Un des... le monsieur...

M. Drainville: Vous, c'est M. Mousseau?

Le Président (M. Kelley): M. Mousseau, oui.

M. Drainville: C'est le quatrième.

Mme Doyer: Le quatrième.

Le Président (M. Kelley): Oui, qui était pris dans un scandale concernant la construction de cet édifice, et John A. Macdonald a dû le nommer juge à Rimouski d'une façon... très rapidement pour s'en débarrasser.

Des voix: Ha, ha, ha!

Le Président (M. Kelley): Alors, c'est une courte carrière pour le député de Jacques-Cartier à l'époque. Mais il était premier ministre au moment où des contrats ont été octroyés pour la construction de cet édifice. Alors, fin de la leçon d'histoire pour ce matin.

M. Drainville: Je n'ose pas vous demander, M. le Président, si vous souhaiteriez finir votre carrière comme juge.

Le Président (M. Kelley): Je pense qu'il faut être avocat, hein?

Mme Doyer: À Rimouski.

M. Drainville: Je pense que vous...

Le Président (M. Kelley): Il faut être avocat, je pense, un critère...

M. Drainville: ...je serai hors d'ordre, hein? Vous pouvez juger que ma question est hors d'ordre, M. le Président.

Le Président (M. Kelley): Et je peux noter que M. Mousseau était un conservateur. Alors, sur ça...

Des voix: Ha, ha, ha!

Le Président (M. Kelley): Un bleu.

Auditions (suite)

Alors, sur ça, on va retourner à notre ordre du jour, mais le format, c'est vraiment une trentaine de minutes de présentation de votre part, suivie par un échange avec les membres de la commission. Alors, sans plus tarder, M. Pelletier, la parole est à vous.

Agence de la santé et des services

sociaux de la Gaspésie

Îles-de-la-Madeleine

(ASSS

Gaspésie

Îles-de-la-Madeleine)

M. Pelletier (Gilles): Merci beaucoup. M. le Président de la Commission de la santé et des services sociaux, Mmes, MM. les parlementaires et membres de la Commission de la santé et des services sociaux, mon nom est Gilles Pelletier et, à

titre de président-directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine, j'ai le plaisir de m'adresser à vous dans la cadre de cette reddition de comptes devant la commission parlementaire.

D'entrée de jeu, je vous présente l'équipe de direction qui m'accompagne aujourd'hui: Mme Connie Jacques, qui est directrice des services sociaux et communautaires; Mme Manon Dufresne, qui est directrice de la coordination et des ressources humaines; le Dr Christian Bernier, directeur de la santé publique; le Dr Claude Mercier, directeur régional des affaires médicales et de la santé physique; M. Yves Whittom, directeur des ressources matérielles, financières et informationnelles; et M. René Bouchard, qui est chef du Service des communications à l'agence.

Cette audition devant la Commission de la santé et des services sociaux est une occasion pour vous de nous entendre et d'échanger sur le bilan de nos activités de 2005 à 2008. Mais sachez que, pour nous, il s'agit aussi d'un exercice important puisqu'il nous permet de vous entretenir des défis, des enjeux ou encore des préoccupations que nous avons comme région et comme organisation régionale qui travaille jour après jour avec ses partenaires du réseau public, communautaire et du milieu intersectoriel à offrir à la population et aux usagers des services accessibles, continus et de grande qualité.

Nous sommes convoqués pour rendre compte de nos réalisations des trois dernières années et du bilan des ententes de gestion et d'imputabilité. Vous avez sûrement eu l'occasion de prendre connaissance et de consulter les rapports annuels de ces trois années, et il nous fera plaisir d'échanger avec vous sur les différents sujets.

** (9 h 40) **

Notre objectif dans le cadre de la présentation de ce matin est de vous sensibiliser à l'environnement dans lequel évolue notre organisation. Nous avons la chance de vivre et de travailler dans une région formidable, caractérisée par la beauté de son paysage, la chaleur et le dynamisme des gens qui y habitent. Cependant, les réalités aux plans socioéconomique et démographique nous interpellent et nous préoccupent comme organisation vouée à la santé et aux services sociaux qui a à coeur le développement de la Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine.

Mais, tout d'abord, permettez-moi, M. le Président, de vous décrire brièvement notre région et de vous dresser un portrait

sommaire de notre réseau de même que de notre agence.

La Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine est constituée d'une péninsule et d'un archipel qui s'étend sur 20 272 km² dont plus de 600 km de côte. Bordé par la mer, ce vaste territoire comprend 43 municipalités ainsi que deux réserves indiennes: Listuguj, qui compte 1 500 habitants, et Gesgapegiag, qui en compte 500. Selon l'Institut de la statistique du Québec, 94 729 personnes habitent la région, ce qui représente 1,2 % de la population du Québec, dont approximativement 81 000 vivent en Gaspésie et 13 000 aux Îles-de-la-Madeleine. De ce nombre, environ 9 % est d'expression anglaise.

Bien que nous ayons une population vieillissante, nous pouvons noter des signes encourageants depuis le milieu des années 2000. D'une part, les prévisions de diminution démographique substantielle font maintenant place à une stabilisation de la population, qui restera semblable à ce que l'on connaît aujourd'hui, pour les 20 prochaines années, si la tendance demeure la même. De plus, le nombre de naissances depuis 2006 est en hausse constante. Sans dire que nous assistons à un baby-boom, cette augmentation contribue à dynamiser nos communautés et à entrevoir l'avenir avec optimisme.

La région compte par ailleurs cinq MRC, à savoir la MRC de La Haute-Gaspésie, la MRC de La Côte-de-Gaspé, la MRC de Bonaventure, la MRC du Rocher-Percé, la MRC d'Avignon, en plus des Îles-de-la-Madeleine. Chacun de ces territoires a une culture et ses propres particularités, ce qui nous oblige à tenir compte de ces différences dans l'organisation de nos services.

L'Agence de la santé et des services sociaux dispose de 90 employés, répartis dans cinq directions. En plus de la présidence-direction générale, nous retrouvons la Direction des affaire médicales et de santé physique, la santé publique, les services sociaux et communautaires, la coordination et les ressources humaines et enfin la Direction des ressources matérielles, financières et informationnelles.

En termes d'organisation de services, la région comprend cinq territoires de réseaux locaux, dans lesquels on retrouve cinq centres de santé et de services sociaux, situés sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine, du Rocher-Percé, de la Baie-des-Chaleurs, de la Côte-de-Gaspé et de la Haute-Gaspésie, offrant différents services, que ce soit dans les hôpitaux, en CLSC ou en centre d'hébergement.

Nous retrouvons également deux établissements régionaux, soit le Centre jeunesse Gaspésie-Les Îles et le Centre de réadaptation de la Gaspésie, qui a une mission DP, DI et TED, qui déploient leurs services dans chacun de ces territoires. Mentionnons que la mission régionale en dépendance est confiée à un centre de santé et de services sociaux, en l'occurrence celui de la Haute-Gaspésie, et que les services en déficience intellectuelle et troubles envahissants du développement, aux Îles-de-la-Madeleine, sont confiés au centre de santé de l'endroit.

D'ici peu, le Centre de santé du Rocher-Percé aura le mandat d'assurer les services spécialisés d'évaluation et de traitement auprès d'auteurs d'agressions sexuelles à l'intérieur d'un établissement carcéral situé à Percé. Un programme unique en son genre au Québec.

De plus, mentionnons que 106 organismes communautaires sont reconnus par l'agence et offrent des services dans les neuf différents programmes-services. Ces organismes jouent un rôle essentiel au sein de nos territoires, et l'agence y injecte près de 12 millions annuellement.

Les travaux entourant les stratégies budgétaires ont mené à l'élaboration d'un cadre de financement qui inscrit un principe d'accélération de financement aux organismes qui ont un rattrapage à faire au plan budgétaire.

Des milieux comme le nôtre ont besoin de l'apport de ces précieux partenaires. Évidemment, nous ne pouvons répondre à la hauteur de leurs exigences, mais nous reconnaissons cependant un certain écart dans leur financement. La collaboration qui s'est installée au fil du temps est empreinte de respect des rôles et des responsabilités de chacun. Il nous apparaît clair que, sans la contribution de ces organismes, l'organisation régionale de services serait amputée d'une lecture importante de la réalité de nos communautés locales et, en conséquence, d'ajustements parfois nécessaires dans les décisions à prendre.

La santé de la population gaspésienne et madelinienne s'est améliorée à bien des égards depuis les dernières décennies, mais des problèmes persistent et demeurent une préoccupation. D'abord, au

chapitre des améliorations, les données les plus récentes indiquent des gains considérables au cours des dernières décennies relativement à l'espérance de vie et à la mortalité infantile, au niveau de la scolarité de la population, au taux de fécondité chez les jeunes femmes de 15 à 19 ans, au tabagisme et à la mortalité par maladies circulatoires.

On constate aussi que les femmes de la Gaspésie et des Îles peuvent espérer vivre aussi longtemps que les Québécoises. D'ailleurs, pour cette période triennale, on observe que les Gaspésiennes et Madeliniennes ne meurent pas davantage de cancers et de maladies circulatoires que les Québécoises du même âge et décèdent même moins de maladies respiratoires. De leur côté, les Gaspésiens et Madelinots ne meurent pas plus de maladies circulatoires ni de maladies respiratoires que les Québécois, mais décèdent par ailleurs davantage de cancers que leurs homologues provinciaux, notamment de cancers pulmonaires. Cela se traduit par une espérance de vie de 1,6 an inférieure à celle des Québécois.

Il se dégage par ailleurs que plusieurs problèmes menacent encore la santé et le bien-être de la population. On pense ici plus particulièrement à la prématurité, à la maltraitance infligée aux jeunes de moins de 18 ans, au nombre encore important de jeunes mères peu scolarisées qui sont seules à élever leurs enfants, à tous ces jeunes qui entrent au secondaire avec un retard de cheminement scolaire, aux crimes commis en contexte conjugal envers les femmes ainsi que les infractions sexuelles envers les jeunes filles de moins de 18 ans.

Également, bien que la majorité de la population considère sa santé mentale très bonne ou même excellente, le haut taux de suicide des hommes de la région demeure une préoccupation. La problématique de l'obésité aussi mérite une attention particulière.

En somme, ces quelques constats traduisent l'importance de continuer à se soucier des problèmes de développement et d'adaptation sociale des enfants, mais aussi de ceux des adultes, et à investir les efforts nécessaires à leur prévention.

Au niveau du vieillissement de la population, mentionnons d'abord qu'entre 1981 et 2006 la population gaspésienne et madelinienne n'a cessé de décroître. Or, comme nous le disions un peu plus tôt, les dernières projections démographiques de l'Institut de la statistique du Québec basées sur les données de 2006 sont plutôt encourageantes, puisqu'une stabilité de la population régionale est anticipée pour les 20 prochaines années. Cela dit, la population de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine poursuivra son vieillissement.

Actuellement, en 2006, 17,4 % de la population est âgée de 65 ans et plus, et on prévoit, selon les projections les plus récentes, que ce pourcentage s'établira à 34,3 % en 2026. Au Québec, la population vieillit, mais à un rythme moins rapide. De 14 % en 2006, la proportion des aînés passera à 23,4 % en 2026.

Ce phénomène démographique qu'est le vieillissement aura bien sûr pour conséquence d'augmenter l'ampleur de certains problèmes de santé, dont les maladies chroniques, les fractures et la maladie d'Alzheimer, et exercera une pression supplémentaire sur notre système de soins. Le vieillissement de la population constitue donc un défi de taille auquel nous devons faire face.

Par contre, il est loin d'être l'unique facteur à l'origine des problèmes de santé qui confrontent notre population et ne devrait donc pas nous faire perdre de vue tous les autres facteurs qui influencent la santé et que nous pouvons modifier.

L'adoption de saines habitudes de vie, de politiques publiques favorables à la santé, le développement économique, l'amélioration de l'accès aux services de santé, à l'éducation, aux logements et aux services de garde pour les plus démunis et l'amélioration de la qualité de l'environnement où ils vivent, pour ne nommer que ceux-là, sont reconnus comme des facteurs d'influence plus importants encore que le vieillissement et sur lesquels, par surcroît, nous avons le pouvoir d'agir.

M. le Président, nous souhaiterions aujourd'hui profiter de notre présence pour vous entretenir d'une des facettes dont on parle peu souvent, c'est-à-dire l'organisation des services dans une région comme la nôtre. À l'échelle du Québec, lorsqu'on parle de région éloignée et de milieu rural, on a beaucoup plus tendance à mettre en avant-scène les désavantages de la vie en région que les avantages qui y sont associés.

Bien entendu, l'Agence de la santé et des services sociaux doit travailler avec un réseau grandement dispersé sur le territoire. Dans notre région, desservir 94 000 habitants nécessite cinq hôpitaux, huit urgences 24/7, le déploiement de 28 ambulances, de 37 équipes de premiers répondants, quelque 52 installations que possèdent nos établissements publics de santé et de services sociaux, sans compter les 106 organismes communautaires auxquels je viens de faire référence. Oui, cela a un coût et constitue un défi quotidien d'organisation de services.

** (9 h 50) **

Des formules parfois plus créatives et originales doivent être inventées pour assurer une couverture de services adéquate. On réalise cependant que ces modèles deviennent parfois des atouts pour attirer et retenir le personnel. Prenons à

titre d'exemple l'unité mobile d'imagerie par résonance magnétique que nous avons mise en place avec le ministère et nos établissements et qui fait en sorte que chacun des milieux est visité par ce service mobile. Chacun des centres de santé a son équipe de base et est en mesure de rendre le service à proximité. Nous avons vraiment travaillé en fonction d'une adaptation de la réalité de notre milieu en faisant déplacer l'équipement plutôt que la population et en allant visiter chacun des milieux, y compris les Îles-de-la-Madeleine.

Donc, à compter d'un horaire établi sur une base annuelle, nous avons, depuis 2007, une couverture de services optimale qui permet d'enrayer des listes d'attente et, plus encore, qui évite à notre population de franchir de grandes distances pour obtenir ce genre de services.

Nous devons aussi travailler de manière plus convaincante dans le domaine des télécommunications et des technologies d'information. Nous pouvons, par une foule de moyens, rehausser la quantité et la qualité de nos services en créant des liens avec des équipes d'experts logés dans des grands centres en support à nos professionnels. Nous sommes actuellement à terminer la planification du déploiement de services d'hémodialyse, qui ne pourraient se faire sans la contribution des néphrologues, qui seront en lien avec nos spécialistes en médecine interne.

Nos travaux avec le RUIS-Laval nous permettent d'avoir ce type de projet. Cela aura sans doute encore des effets positifs sur notre population, car les personnes atteintes doivent parfois quitter la région définitivement pour recevoir ces services.

Nous sommes conscients que nous devons travailler de plus en plus fort pour que chacun des territoires de notre région puisse rendre des services à la hauteur des besoins de sa population. Nous nous retroussons les manches et nous abordons l'avenir avec une attitude positive.

Nous croyons aussi que certaines solutions résident dans un plus grand arrimage avec l'intersectoriel. Nos partenaires des autres ministères peuvent parfois nous prêter main-forte pour franchir des obstacles qui se dressent devant nous, que ce soit dans le secteur de la formation, de l'emploi, du recrutement, de l'application de certains programmes qui ont des impacts sur les déterminants de la santé.

Comme vous pouvez le constater, M. le Président, nous croyons que le futur d'une région comme la nôtre, celle de la Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine, réside dans la force qu'elle développe actuellement en se relevant des durs coups subis dans les dernières années et qui l'amène à se définir une place enviable au sein de l'échiquier provincial.

Le Québec d'aujourd'hui ne serait pas ce qu'il est sans l'apport des régions comme la nôtre. Les Fêtes du 475e anniversaire de l'arrivée de Cartier sur le continent nord-américain ont mis en lumière les réalisations importantes de la population de la région, c'est certain, mais ce qu'elles ont fait jaillir, c'est un profond attachement d'une population à son coin de pays. Le rayonnement de ce que vient de vivre Gaspé, l'année dernière, fut une célébration au courage et à la volonté d'occuper ce vaste territoire et de poursuivre son développement.

En ce qui concerne les ressources humaines, l'apport du réseau de la santé et des services sociaux dans ce domaine n'est pas négligeable. Que l'on pense uniquement au fait qu'avec ses 3 000 employés nous représentons l'employeur le plus important de la région avec tout ce que cela implique en guise de retombées sociales et économiques. Nous pouvons compter sur du personnel dévoué et attentionné. C'est la base sur laquelle s'appuie notre réseau. Il en a encore fait preuve lors de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1), alors que plus de 73 % de la population de la région a été vaccinée.

De plus, le taux de satisfaction à leur égard par la population est sans contredit le plus élevé au Québec, selon le dernier sondage de l'Institut de la statistique du Québec.

Il faut cependant penser à la relève, aux stratégies d'attraction, de recrutement et de rétention du personnel de la santé dans un contexte où la pénurie de personnel se fait sentir dans plusieurs secteurs d'activité, notamment en santé et en services sociaux. Nous venons d'ailleurs de nous doter d'une stratégie régionale de main-d'oeuvre qui vise à renforcer nos efforts d'attraction pour assurer la pérennité de notre système en misant sur des actions novatrices adaptées aux réalités de notre région ainsi que sur l'arrivée sur le marché du travail de nouvelles générations de travailleurs.

Plus encore, la révision de nos façons de faire doit nous amener à mieux utiliser notre main-d'oeuvre et à nous assurer que les compétences de nos personnes soient utilisées à l'optimum. Il existe encore dans notre région des gains à faire en performance.

Ainsi, il faut faire en sorte que nos travailleurs soient valorisés dans le cadre des collaborations interdisciplinaires où chacun joue son rôle auprès de l'usager; en somme, la bonne personne au bon moment et au bon endroit. Ces personnes sont nos relayeurs, nos ambassadeurs qui assureront l'attraction et la rétention de la relève. Notre région demeure vulnérable quant à la rareté de la main-d'oeuvre en soins infirmiers, en réadaptation et en pharmacie.

En ce qui a trait à la situation financière régionale, la situation financière de nos établissements publics est un souci constant. Pour quelques-unes de ces organisations, la situation est précaire et nécessite l'adoption de plan de redressement. Nous croyons que ce n'est pas prioritairement une question de financement supplémentaire mais plutôt de façons de faire qui doivent être revues. Le retour à l'équilibre budgétaire passe, entre autres, par des changements dans l'organisation du travail et la révision des processus et des services.

Certains établissements ont déjà fait ces modifications sans toucher l'accessibilité, la continuité ou la qualité des services, et cela a même favorisé le développement de services moins lourds et mieux adaptés.

L'équilibre budgétaire est possible sans pour cela compromettre les services à la population. Il existe cependant des zones de fragilité. Nous avons peu d'emprise sur les coûts des médicaments ou les frais pour le déplacement des usagers, par exemple. Une seule hausse de l'un de ces postes budgétaires ou une augmentation subite des cas en assurance salaire peut facilement faire la différence entre un surplus et un déficit. Nous travaillons donc étroitement avec les organisations en place afin d'assurer les suivis de la situation globale, mais aussi sur des éléments qui peuvent permettre certains virages essentiels et un retour à l'équilibre financier.

Au

chapitre de l'organisation des services, nous menons différents chantiers, et ce, dans la grande majorité des programmes. Notre principal objectif est d'atteindre une meilleure intégration des différents services en mettant à contribution les partenaires concernés par l'amélioration de la santé et du bien-être de la population.

Nous adopterons bientôt notre planification stratégique 2010-2015, et, à la base de nos discussions, on retrouve évidemment cette préoccupation d'intégration mais aussi l'ouverture à explorer des nouveaux modèles d'organisation qui correspondent aux besoins d'aujourd'hui et de demain, et ce, sur un vaste territoire comme celui de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Par exemple, le vieillissement de la population et le changement de culture font en sorte que les gens ne veulent plus terminer leurs jours en institution mais auprès des membres de leur famille et dans leur communauté.

La reconfiguration de notre offre de services met l'emphase sur le développement de ressources adaptées à une clientèle en plus grands besoins dans la communauté. De plus, le développement d'approches novatrices et des partenariats permet de bonifier notre offre de services à domicile afin de maintenir ces personnes dans leur milieu.

Cette année, nous mettrons en place de nouveaux services pour répondre aux besoins de la population. L'ouverture d'une unité de réadaptation fonctionnelle intensive permettra à la clientèle de recevoir des services dans la région. De plus, la mise en place d'un programme intégré en négligence dans chacun des territoires de réseaux locaux permettra une adaptation de nos services afin de mieux répondre aux jeunes et à leurs familles.

Cela m'amène également à parler de la certification des résidences privées. À l'heure actuelle, 84 % des résidences sont certifiées. Bien qu'essentielle, l'opération exigeait un très gros effort auprès de nos résidence privées, puisque nous avons dû les aider et les supporter intensément pour compléter la démarche de certification, avec comme effet que certaines ont dû fermer leurs portes, puisque la démarche était trop lourde pour elles. Avec seulement quelques personnes âgées sous leur toit, il était difficilement viable pour elles de se lancer dans une opération visant à se conformer aux exigences et aux normes.

L'offre de service médical dans la région s'est améliorée depuis les dernières années. Nos plans d'effectifs médicaux sont comblés à 80 %, autant en omnipratique qu'en spécialité. La région dispose de trois groupes de médecine de famille, les GMF, accrédités: Sainte-Anne-des-Monts, Gaspé et les Îles-de-la-Madeleine, qui bientôt ouvrira ses portes, de deux unités de médecine familiale, Gaspé et Maria, qui permettent à de jeunes médecins de venir pratiquer dans un contexte d'enseignement et de découvrir la pratique en région.

La région commence à récolter les fruits d'un énorme travail de concertation face à une opération de recrutement continu. La Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine attire une large part des nouveaux médecins annuellement, et ce, à travers une pénurie de finissants à l'échelle du Québec. Nous avons réussi au fil des dernières années à augmenter de 10 % à 12 % le nombre de médecins dans notre région. À l'heure actuelle, nous disposons de 150 médecins omnipraticiens sur une possibilité de 189 et de 78 spécialistes sur une possibilité de 99.

Pour vous donner un aperçu des efforts de recrutement, pour les années 2009 et 2010, nous misons sur l'arrivée de 44 nouveaux médecins, alors que le nombre de départs est de 15, un bénéfice net de tout près de 30 médecins en deux ans. Mais la

partie n'est pas gagnée, puisqu'il demeure une disparité entre nos différents territoires. Que l'on songe notamment à la Haute-Gaspésie, où nous disposons d'à peine 50 % des effectifs requis en omnipratique. Cette situation entraîne des ruptures et ne permet pas d'assurer certains services que nous considérons de base, tel que le service d'obstétrique, interrompu depuis maintenant deux ans.

Pour rétablir un tel service, nous avons besoin d'un milieu médical fort et dynamique qui permettra d'assurer un service permanent aux femmes de ce territoire. Le retour des suivis de grossesse en Haute-Gaspésie est un premier pas vers une reprise éventuelle du service, mais cela ne doit pas s'arrêter là. C'est pourquoi nous nous sommes dotés d'un plan d'action particulier pour ce territoire.

Nous voulons éviter un effritement des services au profit d'autres régions, puisque chaque service qui disparaît contribue à fragiliser notre milieu et à freiner notre développement, en plus d'exiger à notre population des centaines de kilomètres pour obtenir des services qu'ils pourraient recevoir dans leur propre milieu.

** (10 heures) **

Mais, pour arriver à redynamiser ce secteur, nous ne pouvons travailler seuls. Il importe de s'assurer la collaboration de tous les acteurs du milieu pour que nous travaillions tous dans le même sens pour créer un climat favorable au recrutement des médecins et autres travailleurs de la santé et, en conséquence, de créer un tissu social plus solide.

Enfin, je m'en voudrais de passer sous silence le rôle d'une instance régionale dans une région comme la nôtre. Encore tout dernièrement, l'organisation des cliniques de vaccination massive dans le cadre de la grippe A(H1N1) et les résultats obtenus ont confirmé l'importance d'un lieu décisionnel près de nos établissements et le plus près possible de notre population.

La coordination, la concertation et la mobilisation du réseau et du milieu sont des défis que nous ne devons... que nous nous devons de relever au quotidien comme agence et qui ont tous leur importance, particulièrement lorsque vient le temps de définir une planification régionale et de déterminer nos orientations et nos façons de faire qui nous sont propres.

Notre responsabilité a évolué et dépasse largement l'organisation des services mais exige l'établissement de partenariats et d'alliances entre les différents ministères et les partenaires intersectoriels régionaux. Je vous remercie, M. le Président, et je suis maintenant disposé à répondre à vos questions.

Le Président (M. Kelley): Merci beaucoup, M. Pelletier, pour ce survol rapide de toutes vos activités sur quelques années. Je sais que ce n'est pas un défi facile, mais je pense que vous avez mis la table pour une période d'échange avec les membres de la commission. Alors, la première personne qui a demandé d'intervenir, c'est le député des Îles-de-la-Madeleine, qui, je pense, a un certain intérêt dans ces sujets, une certaine connaissance aussi. Alors, M. le député.

M. Chevarie: Merci, M. le Président. Très heureux à mon tour d'accueillir les représentants de l'agence de la santé et des services sociaux à l'Assemblée nationale, évidemment votre Assemblée nationale également. Je profite aussi de l'occasion pour saluer la contribution et l'implication de l'agence de santé dans le défi de la vaccination H1N1, également les établissements de santé et de services sociaux, particulièrement les CSSS. Je pense que vous avez relevé le défi de cette campagne nationale de vaccination avec brio et je suis très fier de vous, très fier de l'agence, très fier des représentants des CSSS.

Ma première question va être plus d'ordre général, puis après ça on ira avec des questions un peu plus détaillées ou pointues. Bon. Je pense que, M.

Pelletier, vous l'avez très bien exposé, le réseau de la santé et des services sociaux Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine est impliqué dans une région qui présente de nombreux défis tant par sa situation géographique, complètement à l'est du Québec, la dispersion de la population sur le territoire, une grande région qui est presque un pays, les Îles-de-la-Madeleine qui sont complètement en plein centre du golfe du Saint-Laurent et qui ont quand même une population de 13 000 habitants.

Alors, vous êtes confrontés évidemment à ces différentes contraintes en plus de coordonner un réseau de services qui est multiple, complexe et diversifié. J'aimerais ça que vous disiez aux membres de la commission comment est-ce qu'on réussit à y arriver, parmi toutes les commandes ou tous les besoins au niveau de la population, et quelle est votre appréciation de cette performance-là?

Le Président (M. Kelley): M. Pelletier.

M. Pelletier (Gilles): D'abord, merci, M. Chevarie, pour... d'avoir souligné les efforts qui ont été consentis dans la grippe A. Je pense qu'effectivement, pour la région, c'est un très beau succès. Le dévouement, je veux dire, des employés, pendant cette période-là a fait en sorte qu'effectivement, comme région, on a été évalués comme la plus performante au Québec, et on en est très fiers. On l'a souligné d'ailleurs à tous nos établissements.

M. Drainville: Vous avez été évalués performants, l'agence?

M. Pelletier (Gilles): Oui. Pour la couverture, pour la couverture pour la région.

M. Drainville: Ah! pour la H1N1.

M. Pelletier (Gilles): Oui, la H1N1. Oui, tout à fait. Donc, écoutez, la question que vous me posez est très intéressante, parce qu'on peut parler à ce moment-ci de l'approche que nous avons au niveau de la région, c'est-à-dire une approche de proximité. On pense, nous, qu'il y a effectivement, dans une région comme celle de la Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine, des gains intéressants qui se font sous l'angle de la proximité, c'est-à-dire qu'on a des relations très étroites avec nos centres de santé, avec tous nos établissements, les établissements régionaux aussi.

Les maillages qui se font dans un tel contexte nous permettent effectivement de pouvoir compter sur des résultats qui parfois nous semblent inatteignables, mais, par le dévouement, par aussi l'esprit de collaboration qui s'est toujours développé au sein de ce réseau-là, parfois on réussit à franchir des barrières qu'on ne s'imaginait pas être en mesure de franchir.

On a aussi, depuis les dernières années, essayé de développer des modèles qui sont beaucoup plus adaptés aux réalités de nos régions. Je parlais tout à l'heure de tout le volet d'adaptation de services à nos communautés éloignées. Je parlais, entre autres, du projet d'imagerie par résonance magnétique, où je mentionnais qu'on avait bâti avec le ministère et en collaboration avec nos établissements... Parce que tous nos établissements sont propriétaires de l'appareil.

Donc, on a travaillé à la mise en place de ce projet-là de façon conjointe, et ce que ça a donné comme résultat, bien c'est que ça a éliminé à peu près toutes nos listes d'attente. La population n'a plus à se déplacer. Donc, c'est des exemples qui font en sorte que la proximité, je veux dire, avec nos citoyens est beaucoup plus grande, et il y a une satisfaction qu'on perçoit là.

On a aussi, depuis 1997-1998, pris un virage important au niveau du soutien à domicile. Et, si vous avez pris connaissance de nos résultats en soutien à domicile, vous verrez que, peu importe le programme, on a largement dépassé les cibles de 2010. Donc, ce souci-là d'essayer de maintenir le plus longtemps possible les gens dans leurs communautés, les garder actifs dans leurs communautés, ça a toujours été pour nous une préoccupation importante.

Et on a adapté, toujours, nos services en fonction de la réalité de nos territoires. On a encore beaucoup de travail à faire, mais ce qu'on a à faire principalement, c'est de consolider cette approche-là qu'on a et de faire en sorte aussi qu'on puisse utiliser, je veux dire, les services les moins lourds et garder, je veux dire, vraiment au bon moment au bon endroit les services les plus lourds.

Donc, c'est comme ça qu'on essaie de constituer dans notre région nos services à la population. Et je vous dirais que, oui, il y a un coût à payer pour ça, parce que huit urgences sur un territoire comme le nôtre, 24/7, ça veut donc dire, oui, un bon nombre de médecins employés à couvrir les services à l'urgence, mais en même temps c'est souvent le prix à payer pour pouvoir garder des régions comme la nôtre bien vivantes.

M. Chevarie: Vous parlez d'une approche, une relation de proximité avec la population du territoire. Vous avez aussi exprimé le dossier de la résonnance magnétique comme un coup dont vous êtes extrêmement fiers. Et effectivement -- j'étais directeur général dans le temps au CSSS aux Îles-de-la-Madeleine, puis je pense que ça... -- un dossier comme celui-là démontre, je dirais, l'innovation et la recherche de nouvelles idées ou de nouvelles façons de faire pour adapter les services et rendre les services accessibles dans nos communautés.

Parce que c'était tout un dossier, d'abord, de concertation avec les autres établissements et avec vous autres, et défendre ce dossier-là au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Est-ce que vous avez d'autres dossiers dont vous êtes particulièrement fiers de nous parler? Et peut-être un autre volet, c'est au niveau de la... Quelle est votre lecture au niveau de la... de la satisfaction de la population par rapport à l'ensemble des services offerts par les établissements sous la coordination de l'agence?

M. Pelletier (Gilles): Bien, écoutez, vous êtes sans doute au courant qu'en 2008 nous avions eu un sondage à l'échelle du Québec dans lequel on faisait état de la satisfaction, du taux de satisfaction des usagers en rapport avec les services qui étaient offerts au sein des établissements du réseau. Et, là aussi, nous avions eu les résultats les plus importants du Québec, où la population a manifesté un taux de satisfaction de plus de 95% pour tous les services reçus, tant au niveau des centres hospitaliers que des CLSC.

Évidemment, on ne pouvait pas, là-dedans, inclure, comme les autres régions du Québec, les cliniques privées, parce que, chez nous, ce n'est pas nécessairement une donnée qui... ou un élément qui est très, très présent. Cependant, ce qui était fort intéressant à l'intérieur de ce sondage-là, c'est que, contrairement aux autres sondages qu'on avait eus antérieurement dans le réseau, ce sondage-là était passé particulièrement auprès des clientèles qui avaient utilisé dans les six derniers mois les services auprès du réseau, dans le réseau de la santé et des services sociaux, donc dans les établissements.

Et là on s'apercevait qu'il y avait un haut taux de satisfaction qui était manifesté par cette population-là.

Donc, au niveau... que ce soit au niveau des attentes, que ce soit au niveau des services reçus, du dévouement du personnel, la considération des professionnels à leur égard, on avait, à ce moment-là, des résultats qui étaient très, très importants, très intéressants aussi, et qui a fait en sorte que ça a eu un certain rayonnement aussi auprès de notre personnel.

** (10 h 10) **

M. Chevarie: Ma prochaine question toucherait le bilan de santé de la population. Peut-être, c'est le Dr Bernier qui va apporter les éléments de réponse à cette question-là. Bon, j'aimerais ça savoir un peu comment est-ce qu'on qualifie le bilan de santé de la population Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine par rapport au Québec, espérance de vie, le tabagisme, bon, vous avez mentionné le taux de suicide qui est quand même relativement élevé, les problèmes de santé mentale. J'aimerais ça avoir votre opinion de façon assez générale, mais peut-être y apporter les nuances qu'il faut par rapport à l'ensemble du Québec.

M. Pelletier (Gilles): Si vous le permettez, je pourrais céder la parole au Dr Bernier, mon directeur de la santé publique, qui saura beaucoup mieux que moi vous donner les nuances qu'il faut.

Le Président (M. Kelley): Dr Bernier.

M. Bernier (Christian): Alors, de façon récurrente nous traçons, comme vous le savez, des portraits de santé. Alors, de façon générale l'état de santé de la population Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine se compare à l'état de santé, de façon générale, de la population du Québec. Bien sûr, il y a des particularités, il y a des points qui sont en notre défaveur, il y en a d'autres qui sont en notre faveur.

Parmi les points en notre défaveur, il y a l'espérance de vie, au niveau des hommes, qui accuse un certain retard par rapport à l'espérance de vie chez les hommes, à la population du Québec, de l'ordre de 1,6 an. On sait que, depuis 25 ans, l'espérance de vie de la population du Québec augmente. Elle augmente également en Gaspésie et aux îles, mais ce qu'on remarque, c'est qu'il y a toujours un petit décalage avec... entre la Gaspésie et le restant du Québec, et ça, surtout chez les hommes. Donc ça, c'est un trait qui est en notre défaveur.

Par ailleurs, vous avez mentionné les taux...

M. Chevarie: Ce qui veut dire que, chez les femmes, c'est similaire?

M. Bernier (Christian): C'est similaire, parfois même au-dessus. On a vu... Moi, ça fait 17 ans que je suis directeur de santé publique, donc c'est sûr que ça change, on fait ça aux trois, quatre ans, les portraits de santé. Chez les femmes, on a même vu... Dans la population des Îles, à un moment donné, en 2005, on avait fait... que les femmes vivaient deux ans plus vieilles que les femmes du Québec. Alors, il y a des variations, bien entendu, mais de façon générale l'espérance de vie des femmes est la même que celle des hommes.

En notre défaveur, il y a les taux de suicide, malheureusement, qui... À partir des années 2000, on a vu qu'au Québec et en Gaspésie et aux Îles les taux de suicide ont... C'est-à-dire, dans les débuts des années quatre-vingt-dix... À partir des années 2000, les taux de suicide ont diminué au Québec et, malheureusement, ont continué d'augmenter en Gaspésie et aux Îles, quoique, les deux dernières années, on voit que la courbe se met à redescendre, heureusement. Donc ça, c'est un trait encore en notre défaveur.

Maintenant, il y a des points également qui sont en notre faveur. Je pense, par exemple, aux taux de grossesse précoce chez les adolescentes, alors on a des taux inférieurs; nos taux d'infection, en infections transmises sexuellement, en hépatite C. Sur le plan de l'alimentation, aussi, les gens consomment davantage de fruits et légumes. Ça fait que ça, c'est les bons. On sait que les habitudes de vie sont extrêmement importantes pour les maladies chroniques.

Donc, il y a des... il y a certains indicateurs qui sont en notre défaveur, d'autres qui sont en notre faveur, mais de façon générale l'ensemble des indicateurs se comparent aux indicateurs de la population du Québec.

Maintenant, l'évolution du portrait de santé depuis 25 ans, comme je le disais tantôt, on a... la population de la Gaspésie et des Îles, la population du Québec, donc, vivent plus longtemps. Nos taux de tabagisme diminuent. Il y a... Les maladies cardiovasculaires ont diminué de moitié. Donc, il y a des choses qui continuent à s'améliorer, et ce, dans les deux populations.

M. Chevarie: Est-ce qu'il me reste encore du temps?

Le Président (M. Kelley): Oui, oui. Un autre huit minutes.

M. Chevarie: O.K. En ce qui concerne les infection nosocomiales, SARM, C. difficile, comment se comporte la région sur cette problématique-là, là, qui est présente un peu partout dans les... particulièrement dans les hôpitaux du Québec, là? Comment se situent nos hôpitaux par rapport à ces problématiques?

M. Pelletier (Gilles): Écoutez, M. Chevarie, nous avons, du côté de nos centres hospitaliers, d'abord des plans d'action qui ont été adoptés partout. On a réussi un excellent contrôle au cours des dernières années. Les épisodes de SARM, de C. difficile ont été contrôlés très rapidement du fait que, dans chacun de nos établissements, on a des équipes, on a des plans d'action, on a des responsables, des infirmières en infectiologie qui sont là et qui sont dédiés de manière importante au niveau du suivi.

M. Chevarie: Particulièrement au niveau des infirmières, est-ce qu'on atteint les ratios qui sont fixés par le ministère?

M. Pelletier (Gilles): Tout à fait. Nous sommes dans les ratios, et même, à certains endroits, un peu supérieurs aux ratios. Donc, on a, à ce niveau-là, des alertes rapides et on a des infirmières très vigilantes, je veux dire, au niveau des... Et c'est pour ça, je pense, qu'on a eu très peu, mais très peu d'épisodes et, lorsqu'on en a eu, ça a été contrôlé très rapidement au sein de nos établissements. Je ne sais pas si le Dr Bernier voudrait rajouter quelque chose là-dessus?

Le Président (M. Kelley): Dr Bernier.

M. Bernier (Christian): Oui. Alors, vous savez que, depuis quelques années, on a porté... on a été très préoccupés par ces infections dans nos hôpitaux, et, depuis plusieurs années donc, il y a eu de multiples interventions qui ont été mises en place partout au Québec mais aussi en Gaspésie et aux Îles, dont les infirmières pivots, le fait de se doter de programmes de contrôle d'infections dans nos centres hospitaliers, d'avoir des comités régionaux, etc. Et on a vu les infections nosocomiales chuter, et particulièrement chuter, je vous dirais, aussi en Gaspésie et aux Îles.

Actuellement, on est bien... on est en dessous des taux du Québec, donc c'est très intéressant. Et fait intéressant aussi, c'est: avec toutes les mesures d'hygiène qui ont été publicisées avec la pandémie de H1N1, on s'est rendu compte que ça a eu des effets également sur les taux d'infections nosocomiales. Donc, les bonnes mesures d'hygiène ont bénéficié aussi aux taux d'infections nosocomiales.

M. Chevarie: Est-ce que ça a nécessité l'ajout de ressources financières ou c'est l'organisation de travail qui fait en sorte qu'on arrive avec des résultats aussi intéressants?

M. Pelletier (Gilles): Bien, d'abord, dès le point de départ, on a effectivement dû injecter, pour les postes d'infirmières en nosocomiales, des sommes pour permettre l'installation dans chacun des centres de santé d'au moins une infirmière pour répondre au ratio. Et, depuis, je pense qu'il y a eu au sein des établissements des efforts qui ont été consentis en organisation du travail mais aussi en prévention, ce qui a fait en sorte que là on se retrouve, je veux dire, dans une situation avantageuse au niveau provincial, je trouve.

M. Chevarie: Peut-être une dernière question dans ce bloc-là. Les services préhospitaliers d'urgence, service ambulance, les premiers répondants, je sais que généralement, dans l'ensemble de la région et aux Îles-de-la-Madeleine, les services sont très bons. Mais il y a encore des secteurs un peu plus faibles. Si je prends, par exemple, dans mon comté, aux Îles-de-la-Madeleine, la

partie est des îles, Grande-Entrée et Grosse-Île, le taux de réponse n'est peut-être pas nécessairement en fonction des normes reconnues par le ministère, particulièrement pour se rendre à Grande-Entrée qui est quand même à une cinquantaine de kilomètres, là, de Cap-aux-Meules. Quels sont les... Puis je pense aussi qu'il y a quelques difficultés dans certains secteurs de la Gaspésie. Quelles sont les actions que vous prenez actuellement pour tenter de répondre à ces problématiques-là au niveau des services préhospitaliers d'urgence?

** (10 h 20) **

M. Pelletier (Gilles): Oui, bien, en fait, je suis très content que vous mentionniez les services préhospitaliers d'urgence, parce que, vous savez, puis je le mentionnais dans l'allocution, on a quand même 37 équipes de premiers répondants sur le territoire, 300 bénévoles, 456 bénévoles formés dans nos équipes de premiers répondants. Ce qu'il y a comme impact, évidemment que, sur les lieux d'un accident ou lorsqu'il y a une intervention à faire, les premiers répondants sont toujours les premiers arrivés, évidemment, Donc, ça a souvent effet de préparer l'arrivée de l'ambulance. Et ça a sûrement, au cours des dernières années, eu un impact aussi sur la santé de notre population.

Il y a effectivement des taux de réponse, je veux dire, qui sont variables d'un territoire à l'autre en Gaspésie et aux Îles - de-la-Madeleine. On comprend qu'à certains endroits où la communauté est plus regroupée les taux réponse sont beaucoup meilleurs que, par exemple, lorsqu'on se retrouve dans les terres, derrière les grandes communautés, où là, je veux dire, on a des taux de réponse qui peuvent varier entre 15, 20, 25 minutes, même. Évidemment, quand on regarde du côté des Îles-de-la-Madeleine, on vit la même chose. Donc, à l'île centrale, on a un taux de réponse qui est très, très acceptable.

Quand on va du côté ouest aussi, on a un taux de réponse qui est assez... on a un temps réponse assez intéressant. Mais, quand on fait la moyenne, effectivement, avec l'est, on se retrouve avec un temps réponse qui est plutôt élevé.

On a soumis des hypothèses du côté ministériel pour justement envisager quelques solutions à cette situation-là. Quoiqu'à l'heure actuelle la réceptivité de ce projet-là ne fait pas l'unanimité et qu'on doit encore faire des discussions, il n'en demeure pas moins que... Je pense qu'il y a encore des voies de passage à explorer. Entre autres, on vit actuellement sur le territoire, surtout en Baie-des-Chaleurs, un projet pilote qui pourrait nous permettre peut-être, avec les conclusions qui seraient éventuellement soumises par l'AETMIS ou l'INESSS, là, dépendamment quand ça rentrera en fonction...

On pourrait, à ce moment-là, voir s'il n'y a pas des aménagements avec des horaires particuliers qui pourraient être faits et qui feraient en sorte d'optimiser le positionnement des ambulances sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine.

Donc, ce qu'on souhaiterait, je veux dire, c'est évidemment de prendre en considération la particularité des Îles, surtout pour le secteur est, et de voir, dans les conclusions, je veux dire, qui tournent autour du projet pilote qu'on a dans la Baie-des-Chaleurs, si on ne pourrait pas... avec les observations qui sont faites là, les conclusions qui en sont tirées, si on ne pourrait pas appliquer une certaine

partie de ce qu'on est en train d'expérimenter du côté de la Baie-des-Chaleurs aux Îles-de-la-Madeleine, entre autres au niveau des horaires et du positionnement des ambulances sur le territoire. Je pense qu'on aurait là peut-être une solution mitoyenne qui serait peut-être un peu moins coûteuse que ce qui est actuellement sur la table en termes de projet et qui donnerait peut-être des résultats. Mais, encore là, il faudra attendre les conclusions, je veux dire, des rapports de l'AETMIS.

Le Président (M. Kelley): Merci beaucoup. M. le député de Marie-Victorin.

M. Drainville: Merci, M. le Président. Pour ce premier bloc, c'est ma collègue de Matapédia qui va poser les questions. Merci beaucoup.

Le Président (M. Kelley): Alors, Mme la députée de Matapédia.

Mme Doyer: Merci, M. le Président. Alors, je vais essayer d'avoir des questions courtes pour avoir plusieurs réponses. Et d'abord je veux vous souhaiter la bienvenue, vous dire que je suis bien contente de vous recevoir en reddition de comptes ici. Je vais commencer, M. Pelletier, par... Tantôt, mon collègue vous encensait. Loin de moi l'idée de ne pas vous encenser, de ne pas faire ça, mais il y a, par rapport à un des dossiers dont je suis responsable, les services sociaux... -- ma collègue Lisette Lapointe est responsable des aînés. Mais on a ici un

article qui dit qu'il y a eu un fort niveau de plaintes en Gaspésie concernant les services à domicile. Alors, moi, j'aimerais ça... Vous êtes sûrement au courant de ça, par rapport à la Protectrice du citoyen. Alors, en quoi consistaient ces plaintes-là? Est-ce que vous êtes au courant, M. Pelletier?

M. Pelletier (Gilles): Bien, écoutez, ça remonte quand même à quelques années?

Une voix: Non, c'est l'an dernier.

Mme Doyer: Non, pas du tout, c'est l'an dernier.

M. Pelletier (Gilles): L'an dernier?

Mme Doyer: Je vous l'ai...

Une voix: ...

Mme Doyer: Merci, c'est ma... bon, merci. « Les Gaspésiens se plaignent beaucoup de leurs services de santé, et souvent avec raison, démontre un rapport de la Protectrice du citoyen. » Donc, une première nuance. « La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine comptent 1,2 % de la population du Québec mais ont exprimé 8,6 % des plaintes sur la santé et les services sociaux examinées en 2006-2007 -- c'est quand même il y a quelques années -- par la Protectrice du citoyen. Des 33 plaintes reçues dans ce domaine, près de la moitié se sont révélées fondées. »

Et c'était vraiment sur les services à domicile et... Qu'est-ce que... Et là on est en 2010, c'est quand même... regardez, c'est à peu près l'horizon de reddition de comptes, hein, quatre, cinq ans. Alors, qu'est-ce qui a été fait par rapport aux services à domicile? Puis, en même temps, brossez-moi un court portrait de comment a évolué votre situation par rapport à l'accessibilité de ces services-là dans votre région, qui est quand même... C'est un grand défi de bien donner des services chez vous.

Le Président (M. Kelley): M. Pelletier.

M. Pelletier (Gilles): Oui, merci, M. le Président. D'abord, écoutez, je disais d'entrée de jeu que nous avons, au niveau de la Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine, une couverture très importante au niveau des soutiens à... du soutien à domicile. D'ailleurs, je disais qu'on avait déjà dépassé toutes nos cibles 2010 dans tous les programmes. Que ce soient personnes âgées, que ce soit au niveau de la déficience intellectuelle, déficience physique, on est partout dans les cibles et au-dessus des cibles.

Cependant, ce qui est arrivé à certains égards, c'est que très souvent, je veux dire, au niveau de... je dis très souvent... il est arrivé, au niveau d'un établissement en particulier, qu'on a dû se ramener au budget qui était établi au niveau du soutien à domicile.

Une voix: Pour être en équilibre?

M. Pelletier (Gilles): Pour... pas nécessairement pour être en équilibre, mais pour offrir un service correspondant aussi, je veux dire, au niveau de ce qui est requis. Ce que je veux dire là-dessus, c'est qu'il arrivait antérieurement que la région ait une prédisposition à répondre très rapidement aux besoins de façon plus large, c'est-à-dire qu'on saupoudrait beaucoup plus d'heures plutôt que de concentrer, O.K., et faire en sorte que les heures consenties puissent donner effet auprès de la personne qui reçoit ces services-là.

Mme Doyer: Donc, c'est peut-être... Est-ce que je comprends que c'est peut-être un peu moins de personnes mais plus d'heures-soins nécessitées, alors les gens avaient tendance à donner beaucoup d'heures à beaucoup de personnes, mais pas nécessairement dans l'intensité requise?

M. Pelletier (Gilles): Tout à fait. Et l'esprit dans lequel on a inscrit dans nos différents programmes notre continuum de services, c'est toujours d'essayer de maintenir le plus longtemps possible à domicile. Mais, si on avait une attitude de... j'appelle ça du saupoudrage, le terme n'est peut-être pas bon, mais de ne pas nécessairement intensifier, plutôt de répondre à la demande de façon systématique, là, on n'est pas à l'optimum. Donc, parfois, je veux dire, on a été obligés de réduire et de recentrer.

Et on a eu aussi un mouvement qui a fait en sorte qu'un certain nombre de responsabilités ont été prises par les centres... les corporations d'aide à domicile, aussi. Donc, il y a tout un volet d'AVQ-AVD, là, qui a été pris.

Mme Doyer: Alors, je voudrais, de façon très succincte, vous parler du suicide. Parce que, chez vous, c'est quand même une cause de décès qui est préoccupante, il y a eu un taux... avec un taux, en 2007, d'environ 25 sur 100 000 contre 14 sur 100 000 au Québec. Comment évolue la situation? Et ça touche plus les hommes, hein, comme à bien des endroits.

M. Pelletier (Gilles): Oui, tout à fait. Et...

Mme Doyer: Comment sera, là...

M. Pelletier (Gilles): ...sur ces aspects pointus là, si vous le souhaitez, je passerais la parole au Dr Bernier.

Le Président (M. Kelley): Dr Bernier.

M. Bernier (Christian): Alors, oui, écoutez, si on brosse un tableau du suicide en Gaspésie, dans les années quatre-vingt, on avait des taux très, très en deçà. Rendu aux années quatre-vingt-dix, on a rejoint les taux du Québec, qui augmentaient, Gaspésie -- Les Îles augmentait également, au niveau des taux de mortalité. Années 2000, Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine continue à augmenter, Québec se stabilise et même diminue. Bon.

Comment expliquer tout ça? Bien sûr, ce n'est que des hypothèses, parce que le suicide est une problématique préoccupante, troublante, mais il reste qu'en Gaspésie et aux Îles on a vécu des transformations très, très importantes au niveau notamment économique: le moratoire des pêches, les problèmes au niveau de la foresterie, la fermeture des usines, et tout ça a bien déstabilisé la population, en particulier la population des hommes.

Mme Doyer: ...vraiment entre 30 et 49 ans, hein, comme ce que mon collègue vient de me...

M. Bernier (Christian): C'est ça. Alors, c'est principalement des hommes qui se suicident.

Mme Doyer: Des hommes actifs, qui devraient l'être si la situation allait bien.

M. Bernier (Christian): Depuis une quinzaine d'années, on a mis en place une stratégie en prévention du suicide qui comporte plusieurs aspects, qui va de l'intervention de crise, qui va en postvention, l'établissement des réseaux de sentinelles où on essaie que tous les milieux, en fait, soient concernés par ces problématiques-là et puissent intervenir, dans leurs limites, bien entendu. On a mis en place aussi le suivi étroit, les lignes de prévention au niveau téléphonique, des moyens aussi de, je vous dirais, désistement au niveau des armes à feu, etc., parce que c'était la première cause. Donc, plusieurs moyens ont été mis en place, des investissements également ont été faits.

Et, je vous dirais, ce qui est encourageant... Parce que, les chiffres, vous avez mentionné une année, malheureusement, Gaspésie et Les Îles, c'est beaucoup en dents de scie. C'est une petite population, donc, nous, quand on exprime les taux de suicide, il faut souvent le faire... il faut regrouper souvent par cinq ans pour pouvoir avoir une idée assez juste. Et on est...

Je vous dirais que, l'année 2008, on voit... 2007-2008, on voit qu'il y a une baisse qui commence à s'amorcer, et c'est peut-être trop tôt pour le dire, parce que, comme je vous dis, moi, j'ai besoin de quatre, cinq ans pour vraiment affirmer une tendance, mais on pense que ça va régresser. D'autant plus que, je vous dirais, les grands, peut-être... Les grands événements négatifs qui se sont passés en Gaspésie et aux Îles sont peut-être derrière nous. Cette société, je pense, c'est peut-être plus positif, là, pour les années à venir.

** (10 h 30) **

Mme Doyer: Merci, Dr Bernier. Alors là, si vous me permettez, M. le Président, j'irais concernant les services de santé mentale et j'aimerais que vous me brossiez un portrait de l'évolution, dans les dernières années, très succinct, des services. Mais je vois que vous avez aussi joué sur le tableau des services infirmiers et psychosociaux généraux, mais aussi en santé mentale, plus particulièrement dans chacun des CSSS, les services plus pointus.

Comment s'organisent les services en santé mentale chez vous, avec les priorités ministérielles qui ont été ciblées, hein: virage vers la première ligne, accès aux services en santé mentale en temps opportun, etc.? L'accès aux services, mais aussi l'intensité que vous pouvez donner, avec, je le redis, les défis qui sont les vôtres, d'une population qui est dispersée? Comment ça s'améliore et ça se... en santé mentale? Grosse question, là.

M. Pelletier (Gilles): Grosse question. Grosse réponse aussi.

Mme Doyer: ...les listes d'attente, les délais, tout ça, là.

M. Pelletier (Gilles): Oui. Écoutez, le grand défi de notre territoire, c'est d'avoir des bons suivis puis des... des bons suivis en première ligne, donc des services de proximité. Vous comprendrez qu'on est une région -- et je pense que ce n'est pas unique au Québec -- où la santé mentale a longtemps été beaucoup trop traitée en deuxième ligne, donc en centre hospitalier. On a toujours eu une approche, je pense, beaucoup trop hospitalocentrique. La psychiatrie, la pédopsychiatrie, nous, ça s'est donné longtemps et beaucoup trop longtemps en établissement.

Et ce qu'on a voulu faire au cours des dernières années, c'est d'essayer de déployer les équipes locales qui font en sorte... Puis mailler aussi. Parce qu'on n'a pas voulu seulement déployer santé mentale, on a essayé de déployer des équipes maillées avec le secteur jeunesse. Parce qu'on se disait aussi que les problématiques des jeunes, même de très bas âge jusqu'au dépistage au niveau scolaire, c'était très important pour qu'on puisse intervenir tôt au sein de nos communautés locales.

Une voix: ...

M. Pelletier (Gilles): Tout à fait. Donc, on a encore un défi important, là, un défi important qui fait en sorte que le réflexe médical est encore beaucoup trop de ramener vers une consultation hospitalière plutôt que de supporter des équipes sur le terrain. Donc, on a actuellement commencé à déployer des équipes en santé mentale, essayé de les consolider sur chacun de nos territoires, pour faire face justement aux pressions qui pourraient éventuellement être exercées en deuxième ligne. Il faut absolument réussir à avoir des bons suivis en première ligne.

Prévenir aussi, parce qu'ultimement ce qui se passe, même au niveau de l'hospitalisation puis même au niveau du centre jeunesse, c'est que, si on ne réussit pas à rattraper ces jeunes-là en première ligne, bien éventuellement c'est un placement puis c'est des traitements en deuxième ligne, et c'est ce qu'on ne veut pas. On veut absolument, je veux dire, que ces jeunes-là ou que ces personnes-là reçoivent, proches des leurs, les services. Donc, c'est comme ça qu'on essaie de le faire. On a encore beaucoup de travail à faire, parce qu'au niveau du déploiement des services spécialisés en pédopsychiatrie et en psychiatrie la

partie n'est pas gagnée.

Mme Doyer: D'ailleurs, vous en manquez.

M. Pelletier (Gilles): En pédopsychiatrie, on a quand même un plan d'effectif assez bien constitué.

Mme Doyer: C'est correct? Ah bon.

M. Pelletier (Gilles): Au niveau de la psychiatrie aussi, parce qu'on a à peu près partout des services de base en psychiatrie, sur chacun de nos territoires. Mais ce qu'il faut réussir à faire, c'est d'avoir une couverture un peu dans l'esprit qu'on veut la... qu'on veut l'avoir, c'est-à-dire un support à nos équipes locales. Et, si on a des psychologues, si on a des neuropsychologues, si on a des gens qui sont en support en deuxième ligne et qui sont en mesure de... d'épauler les interventions en première ligne, bien je pense que c'est gagnant, et c'est ce qu'on souhaite faire au cours des prochaines années.

Mme Doyer: Merci. M. le Président, une dernière question avant de passer la parole à mes collègues. Sur le jeu pathologique, les toxicomanies, les dépendances, comment se porte votre région? Comment évolue-t-elle dans... Et on semble, à travers la lecture des documents qu'on a eus, que vos services... les services offerts sont utilisés à 25 % de leur capacité seulement, par rapport au jeu pathologique par exemple. Et vous posez l'hypothèse que l'incidence des problèmes de jeu est moins grande dans la... dans votre région qu'au Québec en général. Sur quoi vous vous basez pour dire ça?

M. Pelletier (Gilles): Écoutez, là-dessus... Bien, je vous dirai que, d'abord, au niveau alcoolisme, toxicomanie, en termes d'organisation de services, on a fait, au cours des dernières années, des grands pas. On a...

Mme Doyer: ...ça, je l'ai vu.

M. Pelletier (Gilles): On a établi, je veux dire, une offre de services en première ligne, ce que nous n'avions pas antérieurement et ce qui est plutôt rare au Québec aussi, là, je veux dire, d'avoir dans chacun de nos milieux...

Une voix: ...MRC.

M. Pelletier (Gilles): ...oui, par territoire de centre de santé, un intervenant qui fait justement du suivi et du travail avec... du travail de proximité. On a aussi, dans chacun de ces territoires-là, un intervenant de deuxième ligne, donc, qui est en mesure de faire un suivi plus étroit et de la réadaptation et qui est en lien avec notre centre de réadaptation régionale, qui est situé à Sainte-Anne-des-Monts. Donc, on est, là, je pense, assez bien constitués.

Ce qu'on a, je veux dire, au niveau du jeu pathologique, c'est qu'on a un petit problème, c'est qu'on ne réussit pas, je veux dire, à l'heure actuelle, à avoir l'inventaire de tout ce qu'on a comme disponibilité d'appareils de loterie vidéo sur tout le territoire, O.K.? Semble-t-il que c'est une donnée, je veux dire, qu'on... qui ne nous est pas disponible mais qui, semble-t-il, est une donnée de Loto-Québec et qui... qu'on a de la difficulté à aller chercher.

Ceci étant dit, ce qu'on a préféré faire, O.K., c'est de demander une étude de la part de la Direction de la santé publique, qui va venir documenter quels sont les... quel est le profil du joueur, je veux dire, dans notre région, où est-ce qu'il va consommer le jeu et...

Une voix: ...

M. Pelletier (Gilles): ... -- c'est ça -- puis quel est le type d'intervention à privilégier auprès de ces personnes-là. Donc, évidemment, ce qu'on souhaite, je veux dire, c'est qu'au cours des prochaines années, même si on pourrait peut-être se réjouir du fait qu'on n'a pas beaucoup de joueurs... Mais, dans les faits, ce n'est pas ça. On est convaincus qu'on a des joueurs, mais qu'on a...

Mme Doyer: ...ne pouvait pas cerner correctement cette problématique-là, hein?

M. Pelletier (Gilles): C'est ça. C'est ça. Parce qu'on sait que, dans notre région, on ne travaille pas, je veux dire, avec des casinos, on ne travaille pas avec des endroits de jeu, là, on travaille avec des salles de bingo, des gratteux, des appareils de loterie vidéo, mais c'est des joueurs quand même. Il y a une dépendance, là. Donc, il faut absolument, nous, de notre côté, être en mesure d'aller identifier de quelle façon on peut rejoindre ces personnes-là, quel est le meilleur type d'intervention à préconiser et comment on va avoir des résultats aussi. Ça, ça va nous donner, je pense, des résultats différents au cours des prochaines années.

Mme Doyer: Alors, j'aurais terminé, M. le Président. Merci de vos réponses.

Le Président (M. Kelley): Merci beaucoup, Mme la députée. M. le député de Marie-Victorin.

M. Drainville: Bienvenue. On est très contents de vous avoir. Effectivement, il y a des beaux progrès. Moi, je suis très content d'entendre dire, entre autres, que l'espérance de vie est grosso modo la même en Gaspésie -- Les Îles qu'elle l'est ailleurs au Québec. Je pense que, quand on parle d'une stratégie d'occupation du territoire, on doit viser ce genre de réussite, et ça, pour moi, c'en est une.

Je pense qu'au Québec on a le sens critique bien aiguisé, et parfois on se complaît à parler beaucoup de nos échecs ou de nos demi-réussites, mais je pense qu'il faut, une fois de temps en temps, reconnaître que... qu'on fait des bons coups et qu'on réussit, dans certains cas, à réaliser de très belles choses collectivement.

Moi, quand je vois que, dans la région de la Gaspésie -- Les Îles, on réussit, malgré toutes les difficultés, et vous en avez évoqué plusieurs, on réussit quand même à maintenir grosso modo une qualité de soins et une qualité de vie qui permettent à nos populations là-bas de bien vivre, dans le fond, et de vivre grosso modo en santé ou en tout cas en aussi bonne santé qu'ailleurs au Québec, je pense qu'il faut s'en féliciter. Donc, il y a une

partie du mérite qui vous revient, et prenez-le, c'est une reconnaissance que vous méritez.

Cela étant dit, vous comprenez que mon travail, c'est de demander des comptes...

Mme Doyer: Ça, c'est les fleurs.

M. Drainville: ...et je vais faire mon travail. Les déficits, d'abord. Les déficits de vos établissements sont en forte hausse. Ils ont plus que doublé, selon un document que j'ai ici sous les yeux. Comment vous expliquez que les déficits de vos établissements de santé ont plus que doublé cette année par rapport à l'année dernière ou aux années précédentes?

M. Pelletier (Gilles): Est-ce qu'on parle...

Une voix: ...

M. Pelletier (Gilles): Oui. Est-ce que vous parlez de l'année 2009-2010 ou l'année 2008-2009 et l'année précédente?

M. Drainville: Bien, moi, ce...

M. Pelletier (Gilles): Mais de toute...

M. Drainville: Écoutez, j'ai ici: Équilibre budgétaire - Gaspésie -- Les Îles ... Ça, c'est pour 2008-2009. Le déficit total est de 3,6 millions, une augmentation de 129 % par rapport au déficit de 2007-2008, qui était de 1,6 million. Donc, on est passé de 1,6 à 3,6. C'est considérable. J'ai vu d'autres chiffres qui parlaient plutôt, même, de 4 millions de déficit pour... déficit annuel pour la région Gaspésie -- Les Îles. Ça, c'est un

article du Soleil , Est-du-Québec, Le système de santé dans le rouge , qui est daté du 26 janvier 2010, donc qui est très récent.

M. Pelletier (Gilles): Écoutez, la projection, je veux dire, pour cette année est effectivement autour de 3 millions de déficit. Et ça...

M. Drainville: C'est effectivement...

M. Pelletier (Gilles): On est...

M. Drainville: ...une augmentation de plus de 100 % par rapport à l'année dernière, non?

M. Pelletier (Gilles): C'est... Si on se fie à la... aux résultats de l'an passé, on se retrouve à peu près dans les mêmes ordres de grandeur, O.K.? Donc...

M. Drainville: Ah oui?

** (10 h 40) **

M. Pelletier (Gilles): Oui, parce que, là-dessus, il y a une... il y a un niveau de déficit, ce qu'on appelle le déficit autorisé, donc la cible maximale déficitaire autorisée, qui nous amène à peu près au même niveau que l'an passé. Cependant...

M. Drainville: Sur le 3 millions, il y en a combien...

M. Pelletier (Gilles): 1 million.

M. Drainville: ...qui est du déficit autorisé?

M. Pelletier (Gilles): Oui, 1,2 million.

M. Drainville: 1 million. Donc, il y a 2 millions de déficit...

M. Pelletier (Gilles): De dépassement.

M. Drainville: ...non autorisé.

M. Pelletier (Gilles): Exactement. Exactement.

M. Drainville: Et, l'année passée, c'était la même chose, c'était un rapport de deux pour un?

M. Pelletier (Gilles): C'est à peu près... Je vous dirais que, sur le plan de la croissance, au niveau déficitaire, je vous dirais, depuis 2002-2003, 2003-2004, c'est, bon an, mal an, à peu près toujours 2 millions de dépassement, O.K.?

M. Drainville: Au-delà du déficit autorisé...

M. Pelletier (Gilles): Au-delà du déficit autorisé.

M. Drainville: ...qui, lui, se maintient autour de 1 million.

M. Pelletier (Gilles): Autour... C'est toujours 1 million, là, au cours des dernières années, la cible déficitaire maximale autorisée.

M. Drainville: Alors, comment est-ce que vous expliquez ça?

M. Pelletier (Gilles): Évidemment, on a un certain nombre... Je me ramène à il y a quelques années passées, nous avions cinq centres de santé en déficit sur les cinq. Actuellement, nous avons deux situations plus problématiques. Donc...

M. Drainville: Lesquelles?

M. Pelletier (Gilles): La situation, je veux dire, des... du Centre de santé de la Haute-Gaspésie et celle des Îles-de-la-Madeleine. Des deux côtés, il y a des solutions, je veux dire, qui sont envisagées actuellement et qui sont porteuses. Donc, ce qu'on comprend, je veux dire, c'est que... et je vais faire... je vais avoir une explication pour les deux.

Du côté des Îles-de-la-Madeleine, on a une orientation avec l'établissement qui fait en sorte qu'il y a une révision en profondeur des façons de faire qui se fait actuellement au niveau des Îles-de-la-Madeleine. Ce qu'on a...

M. Drainville: ...combien d'années qu'ils sont en déficit aux Îles?

M. Pelletier (Gilles): Écoutez, depuis 2003-2004, O.K., à peu près. Il y a eu une croissance, je veux dire, qui s'est faite, mais cependant...

M. Drainville: Une croissance du déficit?

M. Pelletier (Gilles): Une croissance du déficit, mais à certains égards, c'est pour ça que je vais vous expliquer, c'est qu'il y a eu une pression importante, au cours des trois dernières années, du coût des médicaments antinéoplasiques, donc tous les coûts reliés aux médicaments relatifs au cancer. Ça, ça a créé une pression très importante du côté des Îles-de-la-Madeleine du fait que, premièrement, il y a eu une hausse importante des cas de cancer aux Îles, reconnue par une étude qu'on a eue du côté de la Santé publique, cas de cancer, oui, en termes de nombre, mais, oui, en termes aussi de gravité.

On a eu beaucoup plus de cancers du côlon aux Îles-de-la-Madeleine, beaucoup plus de cancers du sein, beaucoup plus de cancers d'estomac, et ça, les coûts relatifs à l'Avastin, à l'Herceptin, ce sont des molécules et des traitements très coûteux, d'une part.

M. Drainville: Qu'est-ce qui explique cette hausse soudaine de ces cas de cancer en particulier, dans les deux cas de cancer... les deux types de cancer dont vous avez parlé?

M. Pelletier (Gilles): Selon les hypothèses amenées par l'étude de la Direction de la santé publique, il y a un passé de fumeurs, aux Îles-de-la-Madeleine, qui est particulièrement important, O.K.? Donc, le cancer du poumon aux Îles a toujours été un cancer prédominant.

M. Drainville: Oui, mais vous nous avez parlé du côlon, non?

M. Pelletier (Gilles): Du côlon aussi, cancer du poumon, cancer du côlon, cancer de l'estomac aussi, O.K.? Donc... Et toute la nourriture salée, fumée...

M. Drainville: Bon, voilà.

M. Pelletier (Gilles): ...aux Îles-de-la-Madeleine, a aussi été un facteur important. Donc, on se retrouve dans une situation particulière, aux Îles-de-la-Madeleine, en termes de traitements et de coûts de traitements. Ça, c'est une première chose qui a créé une pression importante.

Deuxièmement, il faut dire aussi qu'on a une rubrique qui s'appelle Déplacement des usagers. Déplacement des usagers, aux Îles-de-la-Madeleine, ça représente une pression importante du fait que les... à toutes les fois où il y a un transfert dans un hôpital spécialisé, bien c'est l'utilisation de l'avion. Et Air Canada ne nous a jamais fait de cadeau. Et il a fallu s'installer dans une négociation avec le transporteur aérien pour essayer d'avoir des prix qui soient beaucoup plus abordables et qui nous permettent de réduire un peu la pression.

Ça, c'est deux items sur lesquels on a toujours eu des pressions et qu'on a essayé au fil des ans de compenser du mieux qu'on pouvait, mais on n'a jamais réussi à compenser à la hauteur requise. Ce qu'on a comme...

M. Drainville: On parle toujours des Îles, là?

M. Pelletier (Gilles): Oui. Oui, c'est ça.

M. Drainville: Hein, c'est ça, là?

Mme Doyer: L'avion. L'avion, les...

M. Pelletier (Gilles): C'est ça, les Îles-de-la-Madeleine, oui. Donc, je vous parle de cette... Ce qu'on a actuellement comme entente avec les Îles-de-la-Madeleine, c'est que ces deux items-là, sur lesquels on a peu de contrôle, il faut bien l'avouer, je veux dire, que...

M. Drainville: Les deux items étant le coût des médicaments et le coût de transport.

M. Pelletier (Gilles): Le coût des médicaments antinéoplasiques et les coûts de transport. On a peu de contrôle parce que les transferts, on peut... c'est prescrit, les accompagnateurs sont prescrits et les coûts des médicaments antinéoplasiques, bien c'est des prescriptions, aussi, médicales sur lesquelles on a peu de contrôle au niveau des traitements. Donc ça, on est, comme agence, dans une situation où il faut reconnaître un niveau de dépense.

Là où on veut que l'établissement fasse un effort, et c'est là-dessus qu'actuellement le plan de match est installé, c'est qu'il y a une réorganisation importante du travail à faire auprès... dans chacun des départements, et ça, on veut... et je pense qu'à l'heure actuelle toutes les personnes du centre hospitalier particulièrement sont impliquées dans le processus pour revoir les façons de faire. Et on pense qu'il y a des gains de productivité à faire, importants, de ce côté-là et...

M. Drainville: Qu'est-ce qui vous permet de dire ça? Parce que ça... j'ai relu quelques-unes de vos déclarations, le mot « gain de... » enfin, les mots « gain de productivité » reviennent très souvent dans vos déclarations. Alors, donnez-nous des exemples concrets, là. C'est vous qui avez vous-même abordé l'exemple de l'hôpital des îles. Donc, quels sont les gains de productivité, là, qui pourraient être... qui pourraient se... qui pourraient être réalisés?

M. Pelletier (Gilles): En fait, ce qu'on... Je vais donner un exemple. En fait, quand on regarde l'organisation du travail sur certains étages, et entre autres prenons, par exemple, au niveau de la longue durée, O.K., des centres d'hébergement de soins longue durée, on a habituellement une formation d'équipe, O.K., qui est parfois un peu trop constituée d'infirmières et qui devrait être constituée un peu plus de préposés aux bénéficiaires, parce que les besoins identifiés au niveau des centres d'hébergement ne sont pas nécessairement des besoins en soins infirmiers.

Ils ont aussi besoin de marcher, d'être accompagnés et de faire en sorte qu'ils aient des activités pour maintenir, parce qu'on est dans un milieu de vie, pour maintenir leur autonomie le plus longtemps possible et leur permettre de vivre ou d'avoir un qualité de vie plus grande en centre.

M. Drainville: Je comprends que vous avez une unité d'hébergement intégrée à l'hôpital des îles, c'est ça?

M. Pelletier (Gilles): Tout à fait. Tout à fait. Oui, oui, oui. Donc, ça fait

partie du centre de santé. Donc, ça fait partie, ça, je veux dire, d'un exemple de réorganisation du travail. Si on a moins d'infirmières, on a plus d'infirmières auxiliaires, on a plus de préposés aux bénéficiaires, ça fait en sorte qu'on a un gain de productivité là et on répond encore mieux aux besoins de notre clientèle, si on fait des réaménagements comme ceux-là.

M. Drainville: Mais c'est-u un gain de productivité qu'on a ou c'est un gain...

M. Pelletier (Gilles): Oui.

M. Drainville: C'est un gain financier également parce que...

M. Pelletier (Gilles): Mais c'est beaucoup plus un gain de productivité et c'est beaucoup plus un gain en termes de quantité et de qualité de soins, parce que là on répond en fonction des profils de chacun des usagers, on répond vraiment à leurs besoins.

M. Drainville: Et, dans ce cas-ci, ils ont besoin d'un préposé plus que d'un... plus que d'une infirmière?

M. Pelletier (Gilles): À certains égards, les personnes âgées en centre d'hébergement ont besoin de beaucoup plus d'heures de préposé que d'heures infirmière.

M. Drainville: Là, là, M. le Président me fait signe que je dois terminer mon bloc, mais le deuxième exemple que vous vouliez nous donner, c'était la Haute-Gaspésie?

M. Pelletier (Gilles): Oui.

M. Drainville: Je pense que vous aurez l'occasion d'en parler lors du... de l'échange que vous aurez avec le député de Matane, dans un instant.

M. Pelletier (Gilles): Tout à fait.

M. Drainville: Donc, la réponse, vous pourrez l'intégrer aux questions qu'il vous posera, O.K.?

M. Pelletier (Gilles): Excellent. Merci beaucoup.

Le Président (M. Kelley): Merci beaucoup, M. le député. On va maintenant passer la parole de nouveau au député des Îles-de-la-Madeleine.

M. Chevarie: Merci, M. le Président. Je vais aborder la question de l'accès au médecin de famille. Évidemment, le médecin de famille, c'est un volet important dans la gamme des services, particulièrement en première ligne. Puis j'aimerais vous entendre sur comment la région se situe par rapport à l'équipe médicale, au recrutement, à la rétention. Est-ce qu'on se retrouve avec beaucoup de patients orphelins d'un médecin de famille? Quelle est la stratégie de l'agence avec les établissements de santé et de services sociaux pour justement améliorer la situation?

Parce que je sais qu'on n'est pas... les PREM ne sont pas complets, les plans régionaux d'effectifs médicaux. Donc, j'aimerais ça que vous me parliez de votre stratégie puis de la situation en général Gaspésie -- Les Îles-de-la-Madeleine.

Le Président (M. Kelley): M. Pelletier.

M. Pelletier (Gilles): Écoutez, au cours des dernières années, on a eu, puis je le disais en introduction, des gains importants en termes de recrutement. Vous savez, on a eu des périodes où effectivement on avait à peu près 70 % de couverture en omnipratique dans la région. Aujourd'hui, on a atteint 80 %. Donc, on peut déjà... d'ores et déjà penser que, sur certains territoires, puis je fais exception de la Haute-Gaspésie, mais, sur certains territoires, on a quasiment des plans d'effectifs médicaux complets.

Aux Îles-de-la-Madeleine, dans Baie-des-Chaleurs, on est pratiquement avec des plans d'effectifs médicaux à l'optimum. Du côté de la Côte-de-Gaspé et de Rocher-Percé, on est aussi dans des proportions fort intéressantes. Cependant, on a un bout à faire au niveau de la Haute-Gaspésie, et on aura sûrement l'occasion d'en discuter tout à l'heure.

Là où on a fait aussi des gains intéressants, c'est qu'on a mis en place une formule de guichet unique à l'intérieur de chacun des centres de santé, donc le guichet unique voulant dire qu'on a une infirmière qui reçoit des appels pour identifier les personnes qui n'ont pas accès à un médecin de famille. Donc, sur chacun des territoires, il y a un numéro de téléphone à composer qui permet aux personnes qui n'ont pas de médecin de famille de faire une demande, d'abord, s'ils peuvent avoir un médecin de famille. Deuxièmement, l'infirmière a comme objectif d'évaluer la situation et de prioriser.

Et par la suite, en complémentarité avec un médecin désigné, un médecin coordonnateur, l'affectation, je veux dire, de cette clientèle-là à un médecin de famille se fait.

Évidemment, on a des territoires où ça va relativement bien, d'autres territoires où on a encore à expérimenter et à placer, je vous dirais, un peu le mécanisme. Mais, de façon globale, partout sur le territoire actuellement, on a ce qu'on appelle une infirmière coordonnatrice ou un guichet unique qui permet justement de recevoir les appels des personnes qui sont nécessiteuses au niveau des médecins de famille.

Je ne sais pas si le Dr Mercier, qui est avec moi, qui est le directeur des affaires médicales, en ce qui concerne tout le nombre de personnes qui a pu être inscrit ou encore s'il y a un pourcentage d'inscriptions qu'on connaît à ce moment-ci, au niveau de chacun de nos territoires, je ne sais pas si on a cette donnée-là, fine, ou si on en a fait une évaluation récemment?

** (10 h 50) **

Le Président (M. Kelley): Dr Mercier.

M. Mercier (Claude): Bien, au niveau de... Je n'ai pas les données par territoire, là, je les ai pour la région. C'est des guichets, d'abord, qui sont... Ça a été une mesure négociée, là, l'accès... l'implantation des guichets d'accès. On a été une des régions où les équipes ont été complétées le plus rapidement dans la province.

M. Drainville: C'est un guichet par CSSS?

M. Mercier (Claude): Oui, avec un médecin coordonnateur qui travaille en équipe avec l'infirmière... puis dont le mandat de cette équipe-là... Le mandat de l'équipe médicale, c'est d'abord d'établir des priorités. Quelqu'un qui veut passer un examen annuel, qui n'a pas de problème de santé connu, comparativement à quelqu'un chez qui on vient de découvrir un cancer du poumon ou qui vient de faire un infarctus puis qui a besoin d'un suivi rapide dans les semaines qui suivent, bien ce n'est pas le même niveau de priorité.

Donc, les niveaux de priorité sont identifiés de zéro à 30 jours, de un à trois mois, de trois à six mois, puis un petit peu six mois et plus pour les données... les gens qui ont... qui aimeraient rencontrer un médecin de famille mais chez qui il n'y a pas de besoin prioritaire immédiat d'identifié.

Dans la région, l'an dernier, au total, il y a 5 000... environ 5 200 ou 5 300 personnes qui se sont inscrites dans les guichets pour clientèle vulnérable, il y en a au-delà de 1 000 qui ont été dirigées vers un médecin de famille puis où l'opération a été complétée, le médecin s'est retrouvé avec un médecin de famille. C'est généralement les patients de priorité 1 et 2, ceux qui avaient besoin d'une prise en charge rapide.

M. Drainville: Un, deux, c'est quoi, ça?

M. Mercier (Claude): Bien, 0-30 jours et un à trois mois, O.K.? Quelqu'un, par exemple, qui va venir pour avoir un... je ne sais pas, moi, quelqu'un qui conduit un autobus scolaire puis qui a besoin de rencontrer un médecin pour compléter son formulaire de permis de conduire, bien ce n'est pas la même intensité que quelqu'un qui vient de faire un infarctus, qui a besoin d'une prise en charge, se retrouve avec cinq nouvelles médications du jour au lendemain, qui a peut-être un peu d'hypertension qui n'était pas connue, un peu de diabète ou d'insuffisance rénale qui s'ajoute à ça. Donc...

Mais, pour les clientèles prioritaires, la réponse a été donnée. Pour les clientèles non prioritaires, la réponse n'est pas encore offerte. C'est en raison en

partie parce que nos plans d'effectif ne sont pas complets.

Mais il n'y a pas beaucoup de régions non plus au Québec où les plans d'effectif sont complets. Quand on se situe maintenant à 80 %, là, on est près de la moyenne provinciale, puis, là-dessus, on a fait des gains très importants au niveau des dernières années.

Si on retourne aux alentours de 2003-2004, là, étant donné la pénurie d'accès en médecine familiale, en omnipratique, les régions ne sont pas autorisées à recruter le nombre de médecins qu'elles désirent recruter, parce qu'il y a environ 250 à 300 nouveaux candidats qui arrivent sur le marché par année, et puis, si les gens étaient autorisés à recruter tout ce qu'ils veulent recruter pour répondre à leurs besoins, bien il y a des régions qui s'en trouveraient pénalisées, puis les régions éloignées seraient pénalisées en premier, parce que la ville de Québec, les villes où il y a une faculté de médecine auraient un avantage très important par rapport aux autres.

Donc, chaque région a une cible qui... de médecins omnipraticiens qu'elle peut recruter au cours de l'année, qui est qualifiée d'un avis de conformité qu'on peut émettre, l'avis de conformité permettant de facturer à la Régie de l'assurance maladie du Québec. Si on retourne à 2003-2004, la région avait recruté aux alentours de 27 % ou 30 % de nos avis de conformité, là. On avait recruté à peu près 30 % des candidats qu'on avait le droit de recruter. L'an passé, on a été à 94 %. Donc, c'est une performance qui est nettement meilleure.

M. Chevarie: Merci, Dr Mercier. Je remercie également le député de Marie-Victorin pour ses questions complémentaires, mais... les... le bloc... le temps s'écoule, et c'est notre bloc.

M. Drainville: Moi, je veux juste être aidant le plus possible.

M. Chevarie: Merci, et je l'apprécie.

Mme Doyer: C'est un aidant naturel.

M. Chevarie: Et je l'apprécie.

Le Président (M. Kelley): Oui. Un réflexe de son ancien métier, je pense, de poser les questions en scrum, alors...

M. Chevarie: Toujours par rapport à l'équipe médicale puis l'accès aux services, est-ce que les GMF sont une bonne solution et une valeur ajoutée, là, dans l'accès aux services ou le suivi de clientèle? Et après ça j'aimerais aborder la situation de Sainte-Anne-des-Monts par rapport à l'obstétrique.

M. Pelletier (Gilles): Oui. Bien, écoutez, oui, c'est sûr que le... Puis, même, au niveau des groupes de médecine familiale, il est évident que ça fait

partie de notre stratégie de déploiement de services médicaux de première ligne.

M. Chevarie: On a présentement trois GMF sur cinq.

M. Pelletier (Gilles): Exactement. On a un groupe de médecine familiale qui est à Sainte-Anne-des-Monts pour couvrir la... le territoire du réseau local de la Haute-Gaspésie. On a celui qui est sur la Côte-de-Gaspé, donc, pour couvrir effectivement toute la... tout le territoire de la Côte-de-Gaspé. Et prochainement on fera l'inauguration du GMF des Îles-de-la-Madeleine. Donc, la particularité du GMF des Îles-de-la-Madeleine, c'est qu'il est intra-muros, donc les médecins sont situés dans l'hôpital.

Il y a évidemment, pour nous, des perspectives, dès la prochaine année, d'inscrire une démarche de GMF du côté du Rocher Percé et ultérieurement, parce que... du côté de la Baie-des-Chaleurs, parce qu'on vient d'implanter une unité de médecine familiale aussi. On voulait consolider cette unité de médecine familiale là avant de passer à une étape de groupe de médecine familiale.

Donc, évidemment, ça fait

partie de notre stratégie de déploiement de services de première ligne, mais il ne faut pas que ce soit pour nous l'unique stratégie, non plus. Il faut aussi être en mesure de diversifier la façon dont on entend suivre nos clientèles sur une base locale. Donc, il y a peut-être d'autres moyens. Entre autres, on a un exemple du côté du Rocher-Percé où, par de la télémédecine, on réussit à faire un accompagnement de clientèle via des médecins qui sont installés, je veux dire, à Montréal, à Notre-Dame, qui viennent supporter l'équipe médicale du Rocher-Percé.

Donc, on essaie... comme je le disais aussi d'entrée de jeu, on essaie d'être inventifs dans nos solutions. On a, oui, des mécaniques qui sont style GMF, mais, pour nos régions, il faut aussi être capables de mettre en place des mesures, si on les juge plus adaptées, mieux adaptées, qui sauront rapporter, je veux dire, des résultats aussi puis offrir de meilleurs services à la communauté. Mais vous avez raison de dire que ça fait

partie de notre stratégie et que, pour nous, d'ici au moins deux à trois ans, on prétend être en mesure d'avoir complété dans chacun de nos territoires l'installation d'un groupe de médecine familiale.

M. Chevarie: Merci. Concernant l'obstétrique en Haute-Gaspésie, on sait que la population vit une situation particulière. Les nouvelles mamans doivent aller accoucher, je pense, à l'Hôpital de Matane. Je pense qu'il y a des questionnements qu'il se fait à cet effet-là. J'aimerais ça savoir ou connaître quels sont les éléments de solution qui sont envisagés pour tenter de régler cette question-là ou tout au moins trouver des solutions qui soient les plus acceptables pour cette population.

M. Pelletier (Gilles): Oui. Bien, écoutez, d'abord, je suis très heureux de pouvoir en parler. Je sais de toute façon qu'on aurait eu des questions relativement à tout ce qui se passe en Haute-Gaspésie.

Une voix: Ça s'en vient, là.

** (11 heures) **

M. Pelletier (Gilles): Ça s'en vient, oui, aussi. Mais, écoutez, d'abord, vous avez raison de dire que c'est une situation préoccupante. Je le prends sous l'angle régional en disant qu'à toutes les fois où il se produit des ruptures, des fermetures, ce n'est pas uniquement, sous l'angle régional, une difficulté que vit un territoire, mais c'est une difficulté que vit une région.

Parce que, si, comme agence, nous acceptons qu'il y ait des fermetures comme ça, ça veut dire qu'aussi, le jour où il y aura ailleurs sur le territoire une fermeture qui s'annonce, bien on pourra... on va fragiliser notre offre de services au niveau régional, et ce n'est pas du tout l'intention de l'agence que de travailler comme ça. Ce qu'on souhaite, c'est que les services de proximité soient présents dans tous nos territoires. Et, dans les services de proximité, évidemment, je veux dire, on y... on conçoit que l'obstétrique, en Haute-Gaspésie, en est un service de proximité.

Il est difficile de concevoir qu'une femme de Madeleine... de Rivière-Madeleine puisse aller accoucher du côté de Matane. Cependant...

M. Chevarie: C'est combien de kilomètres entre Rivière-Madeleine puis...

M. Pelletier (Gilles): Bien, écoutez, on parle certainement de 250... oui, autour, 200, 250 kilomètres pour s'y rendre. Puis, écoutez, c'est sûr que ce n'est pas une situation qui est actuellement acceptable. Ce qu'on a à faire... Et, là-dessus, on a travaillé avec notre ministre pour s'assurer de son appui dans notre stratégie. Évidemment, ce qu'on souhaite, nous, c'est de rétablir, puis, pour rétablir ce service-là après deux ans de fermeture...

Moi, je ne parle pas nécessairement d'un rétablissement, mais je parle d'un développement de service, là, parce qu'après deux ans, O.K., de fermeture de service, il faut refaire les choses. Donc, il faut reconstituer une équipe médicale, je veux dire, pour faire des accouchements, il faut s'assurer, je veux dire, qu'à ce moment-là on ait un service de garde approprié, qu'on ait un plateau technique à niveau, qu'on ait aussi une transition qui soit assurée par des médecins qui ont fait des accouchements au cours des dernières années, il faut s'assurer d'avoir de la formation.

Il faut aussi être en mesure de garder aussi vivant ce service-là. Ce que je ne souhaiterais pas, c'est de partir un service qui s'éteindrait au bout de six mois parce qu'on n'a pas tout prévu. Donc, l'idée derrière ce qu'on est en train de faire...

Et on ne peut pas travailler ça seuls non plus, il faut garantir que, du côté de La Haute-Gaspésie, on ait une offre médicale, O.K., donc suffisamment de médecins pour avoir une offre de services adéquate sur le plan médical. Actuellement, on n'est pas capables de garantir ça. Ce n'est pas avec 11 médecins en omnipratique sur 22 qu'on va réussir à offrir des services d'urgence stables, qu'on va assurer de l'hospitalisation stable et qu'en plus de ça on va faire des suivis dans la communauté bien constitués. On ne peut pas faire ça, on ne peut pas assurer ça. Donc, il faut travailler d'abord sur une stratégie d'attraction puis de recrutement d'effectifs médicaux.

Et je ne vois pas pourquoi, en Haute-Gaspésie, on ne réussirait pas, alors que, partout ailleurs dans la région, on a réussi. On ne pourra pas le faire seuls, et c'est pour ça qu'on s'est adressés aux élus la semaine dernière et qu'on a développé ensemble une stratégie conjointe pour pouvoir y arriver. Mais de demander uniquement à l'agence et uniquement au centre de santé que... de travailler sur ce dossier-là, on ne pourra pas y arriver, il faut absolument, je veux dire, avoir un maillage avec la communauté de La Haute-Gaspésie pour réussir de passer à travers.

Mais la volonté est ferme de ce côté-là, du côté de l'agence, c'est... On a à déposer un rapport au ministre le 1er avril. On va tout faire pour faire la démonstration que, oui, c'est possible. Mais, dans un contexte où ça ne l'est pas, il faudrait être aussi assez honnêtes pour dire: Écoutez, dans un... dans le contexte où on n'a pas de médecin, bien ce n'est pas vrai qu'on va faire venir des dépanneurs puis du médecin de dépannage pour faire des accouchements en Haute-Gaspésie. Les femmes là-bas ont besoin d'avoir...

M. Chevarie: Un suivi.

M. Pelletier (Gilles): ... une stabilité au niveau des suivis. On a rétabli un suivi de grossesse à ce moment-ci, je veux dire, c'est un premier pas. On va continuer le travail pour s'assurer qu'on va mener à terme nos démarches pour assurer la reprise, la reprise ou le développement du service.

M. Chevarie: Merci. Concernant les ressources humaines, on sait que le personnel du réseau et les équipes médicales, évidemment c'est ce qu'il y a de plus... c'est nos actifs les plus précieux dans... dans la dispensation des services en santé, en services sociaux, tout ça. Et je voyais que, dans la présentation de votre rapport, vous citez une stratégie régionale.

J'aimerais ça, moi, avoir un peu plus de détails sur cette stratégie-là, parce que le... la main-d'oeuvre est un défi pour les prochaines années dans toutes les organisations, et particulièrement dans le réseau de la santé, où ça prend du personnel très qualifié, souvent avec une expertise pointue dans certains secteurs. J'aimerais ça avoir de votre

part les principaux de... les principaux éléments de cette stratégie régionale là.

M. Pelletier (Gilles): Bien, d'abord, il faut mentionner qu'une stratégie régionale comme celle-là, ça devient nécessaire parce que le problème de la pénurie d'effectif est généralisé, hein, elle est dans tous les établissements et dans une bonne proportion de corps d'emploi. Donc, il est impensable de dire qu'au niveau de chacun des territoires on allait avoir des stratégies individuelles. Donc, il fallait absolument voir de quelle façon régionalement on allait faire face à la pénurie qui s'en vient.

La pénurie qui s'en vient, pour vous donner une idée, au niveau infirmier d'ici 2013, c'est 30 % de notre effectif infirmier qui ira à la retraite, donc une infirmière sur trois. Puis on ne veut pas... Je dis souvent...

M. Chevarie: Est-ce que c'est comparable avec l'ensemble des autres régions, le savez-vous?

M. Pelletier (Gilles): Disons qu'à l'heure actuelle on est peut-être un peu moins touchés, mais on le sera sûrement de plus en plus au cours des trois prochaines années. Et c'est actuellement qu'il faut travailler fort pour essayer de faire face à cette pénurie-là qui s'en vient.

Donc, on disait stratégie régionale, stratégie régionale qu'on a voulu bâtir en trois volets. D'abord un volet qui s'adresse spécifiquement aux étudiants, hein? Donc, on se rend compte qu'au cours des dernières années le réseau de la santé en Gaspésie -- Îles-de-la-Madeleine, comme un peu partout au Québec, n'a pas tellement été valorisé dans ses actes.

Puis pourtant, quand on regarde les résultats qu'on a obtenus au niveau de la grippe A, la valorisation du personnel qui en est ressortie et les taux de satisfaction, je veux dire, manifestés par les usagers en rapport avec les services qu'on donne, c'est très élevé. Mais, au niveau de la population, on n'a pas nécessairement toujours la cote.

Donc, ce qu'on a voulu faire, c'est de se dire: Il faut revaloriser les métiers de la santé, et ça, on a commencé des stratégies qui s'adressent aux jeunes de secondaire III, secondaire IV, où on a voulu avec eux... Puis c'est vraiment avec eux, parce qu'on a développé des stratégies avec les jeunes de secondaire III, secondaire IV pour les aider à bâtir aussi une façon de travailler entre eux au niveau des métiers... des métiers de la santé. Donc, on a là une stratégie intéressante au niveau des jeunes du secondaire.

Au niveau des jeunes du collégial, bien tous ceux qui sont actuellement inscrits dans des métiers de la santé, on connaît leurs noms, on sait où ils vont aller à l'université, on sait qu'est-ce que... On les suit, O.K.? On va essayer de les accrocher pour faire en sorte... Et il y a même quelque chose qu'on a fait, puis particulièrement du côté des Îles-de-la-Madeleine, c'est qu'on a donné des garanties d'emploi. À la fin de leurs études, s'ils réussissent à avoir la diplomation, on les attache, on leur dit: Vous avez un emploi et vous pourrez pratiquer dans le centre hospitalier. Donc ça, je veux dire, c'est du gagnant.

Et évidemment, je veux dire, ce qu'il faut regarder, nous, c'est là où on a une précarité, donc au niveau de la réadaptation. Donc, les techniciens en réadaptation physique qui sont intéressés à aller étudier à l'extérieur, on veut les connaître. On veut aussi, par l'octroi de stages à l'intérieur de nos centres de santé, essayer d'accrocher notre monde, aussi. Il n'y a rien comme de faire en sorte d'avoir des stages dans notre région pour accrocher ces jeunes-là.

Troisièmement, on a une autre stratégie... deuxièmement, c'est-à-dire, au niveau de nos employés. Nos employés sont nos ambassadeurs, sont nos relayeurs. Il faut absolument, je veux dire, être en mesure de permettre à ces gens-là d'intéresser par leur pratique, d'intéresser leur entourage. Donc, on a une stratégie ciblée pour eux.

Et en tout dernier lieu, notre troisième volet consiste à s'intéresser aux stratégies relatives aux nouvelles générations. On parle de génération Y, génération I. Donc, ces gens-là n'ont pas le même rapport au travail que, nous, on a pu l'avoir dans notre temps. Donc, ce qu'il faut, c'est être en mesure de développer des stratégies particulières. Nous, on pense qu'on a des attraits importants. Donc, la qualité de vie chez nous, je veux dire, elle est forte, elle est haute. Deuxièmement, on a des possibilités d'adaptation, aussi, d'horaires de travail qu'on veut regarder.

On veut être original aussi dans la prestation de nos services, donc, s'il y a lieu de faire des aménagements particuliers, c'est ce qu'on veut faire, on va s'intéresser à ça, les lieux de travail aussi, à distance, du télétravail. Donc, on va essayer d'explorer le plus de possibilités pour intéresser et retenir les effectifs.

M. Chevarie: Excellent!

M. Pelletier (Gilles): Donc, ça fait

partie de nos trois stratégies de fond sur lesquelles, au cours des prochaines années, on va s'intéresser.

M. Chevarie: Est-ce qu'il me reste encore du temps?

Le Président (M. Kelley): C'est un petit peu serré. Alors...

M. Chevarie: Un petit peu serré. On passe à...

Le Président (M. Kelley): Moi, je veux juste... dernière question sur ce bloc...

M. Chevarie: Oui.

** (11 h 10) **

Le Président (M. Kelley): Juste en complément. Il y a beaucoup de personnes qui disent que les Québécois prennent leur retraite trop jeunes. Alors, dans votre 30 % des personnes qui s'en vont à leur retraite, est-ce qu'il y a des mesures qu'on peut envisager pour les convaincre de continuer à travailler, temps partiel ou d'autres moyens de peut-être freiner? Parce que votre chiffre est similaire, on a vu ça avec d'autres agences aussi. Et est-ce qu'il y a moyen... Cette commission a entendu la Régie des rentes du Québec qui, entre autres, voulait nous encourager de tous travailler au moins à 65 ans.

Est-ce que c'est parmi les choses qu'on peut envisager pour cette clientèle qui est prête à partir, chez vous?

M. Pelletier (Gilles): Je vous dirais: Autant au niveau des cadres du réseau, parce que les cadres du réseau aussi... On n'en a pas parlé, mais, pour nous, là, au cours des trois prochaines années, c'est un cadre sur deux, pratiquement, qui va s'en aller à la retraite. Donc, évidemment, ce qu'on...

Une voix: ...

M. Pelletier (Gilles): Oui, oui, c'est ça. Vous êtes à peu près dans le compte. Ce que... Évidemment, ce qu'on souhaite, c'est de pouvoir retarder, O.K., profiter de l'expertise de ces gens-là. Et, plus que ça, on souhaiterait qu'il y ait du mentorat qui se fasse, donc de l'accompagnement, des possibilités pour ces gens-là de partager et de transférer leur expertise. Donc, non seulement ça retarde le départ de ces gens-là, mais ce que ça contribue à faire, c'est que ça maintient un niveau d'expertise et un transfert d'expertise au niveau de nos organisations.

Donc, on est, nous autres, franchement orientés vers des mesures comme celles-là. Il reste à savoir, par exemple, comment les gens vont répondre. Moi, je demeure convaincu que ce n'est pas une question d'argent, hein, et que c'est... Peut-être que ça peut effectivement... ça peut effectivement aider.

Mais il y a quelque chose là-dedans qui s'appelle un projet, un projet de retraite ou un projet de transfert de connaissances, qui fait en sorte que les gens accrochent puis qu'ils vont retarder parce qu'ils y trouvent un intérêt. Donc, moi, je pense que, si on a des projets assez bien constitués, qui pourraient faire en sorte d'être attrayants...

Je pense à du travail diminué trois jours-semaine, mais du travail de mentorat, je pense à peut-être des congés sans solde pour ressourcement ou congé avec solde pour ressourcement, pendant trois, quatre mois, aider quelqu'un à sortir pour un temps x, puis revenir un peu plus tard ressourcé. Donc, il y a... il y a des formules qu'on pourrait explorer qui pourraient effectivement retarder la retraite des gens. Mais on n'a peut-être pas regardé tout ça à l'heure actuelle, mais on s'y prête.

Le Président (M. Kelley): Merci beaucoup. M. le député de Matane?

M. Bérubé: En effet.

Le Président (M. Kelley): Parfait. Bon.

M. Bérubé: Sans surprise, M. le Président, sans surprise.

Le Président (M. Kelley): Député de... La parole est à vous, M. le député.

M. Bérubé: Merci, M. le Président. M. Pelletier, chère équipe de Gaspésiens, d'entrée de jeu une question, une question simple: Combien de femmes de La Haute-Gaspésie ont accouché en 2009?

M. Pelletier (Gilles): En 2009... 2008-2009, on était, des femmes en Haute-Gaspésie qui ont accouché, autour de 75, hein?

M. Bérubé: 75. Le 16 juin 2009, lorsque j'ai posé la question au ministre, il m'a répondu: 32. Alors, vous indiquiez tout à l'heure une collaboration avec le ministre sur l'ampleur de ce qu'on vit; vous comprendrez que ça démarrait mal l'analyse qu'on avait, nous, en Haute-Gaspésie, quant à l'ampleur de la problématique.

C'est une problématique qui est unique au Québec, d'ailleurs. Ce n'est pas tous les jours que La Haute-Gaspésie fait la première page de La Presse . C'était le cas en septembre dernier. Beaucoup a été dit, et avec raison. Cette maman qui est sur la couverture de La Presse est une maman qui a dû faire un suivi de grossesse à Matane et qui a risqué sa vie, qui a eu un accident grave, un accident de voiture. C'est des mamans qui partent effectivement de Rivière-Madeleine pour aller jusqu'à Matane, de tous endroits.

C'est un symbole fort, celui de ne pas avoir d'obstétrique en Haute-Gaspésie. C'est un cas, je crois, unique au Québec, avec le Nord-du-Québec qui vit ça également. C'est fondamental, lorsque vient le temps d'attirer des gens, notamment même des professionnels de la santé, dans notre région, d'avoir des services minimums pour que les familles puissent se faire sur le territoire.

Évidemment, conscient de la problématique du recrutement des médecins, j'ai eu l'occasion de participer avec des gens de l'agence à cette journée annuelle de recrutement des médecins à Montréal. Mon collègue député de Marie-Victorin y était également. J'ai beaucoup apprécié ce contact-là. C'est une stratégie qui est permanente. D'ailleurs, je vous indique que -- vous avez eu une rencontre récemment avec les élus municipaux -- j'ai offert mes services, en décembre 2008, au CSSS de la Haute-Gaspésie pour le recrutement des médecins, ce qui a été refusé à l'époque, d'offrir mes services pour faire ce recrutement-là.

Alors, oui, il y a le recrutement des médecins, ça ne se fera pas du jour au lendemain. Mais ce que j'ai besoin d'entendre comme député, la population également, c'est une volonté, malgré toutes ces embûches-là, de rouvrir le service à terme. Et, jusqu'à maintenant, jamais on n'a entendu de la part de celui qui gère le réseau, du ministre, cette volonté-là de rouvrir.

Parce que, quand je regarde le mandat qui vous a été confié le 2 juillet dernier -- je m'en souviens parce que c'était la veille de la conférence de presse que j'avais convoquée sur cette question-là, c'était probablement une coïncidence, d'ailleurs -- on indiquait que votre mandat sera celui de procéder à l'analyse de la situation de l'obstétrique au Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie et d'en soumettre des recommandations en avril 2010.

Les mots ont vraiment un sens, parce que, si l'intention déjà annoncée, c'est... les constats sur comment on peut rouvrir, déjà, dans notre capacité de recrutement, on est capable de dire aux gens: Oui, on va rouvrir à terme, encore là, il y a un flou qui est demeuré. Évidemment, vous faites avec le mandat qu'on vous a confié. Quelle est votre compréhension de l'ampleur de la problématique et également du mandat qui vous est confié comme agence?

M. Pelletier (Gilles): Écoutez, d'abord, ce qu'on souhaite vous dire aujourd'hui, c'est que la volonté de l'agence de travailler à remettre en place un service d'obstétrique en Haute-Gaspésie et la volonté du ministre de nous aider à mettre le service en place, elle est là, elle est acquise. Puis on ne travaillerait pas, je veux dire, dans un contexte où ce n'est pas quelque chose qui est souhaité de la part du ministre. Donc, là-dessus, je vous dirais qu'on va travailler dans ce sens-là.

Évidemment, le service d'obstétrique en Haute-Gaspésie, pour moi, c'est un morceau du puzzle, parce qu'à l'heure actuelle le service d'obstétrique en Haute-Gaspésie est le symbole de quelque chose. C'est le symbole de quelque chose qui ne va pas très bien au niveau de l'offre de services médicaux en Haute-Gaspésie et du fonctionnement même de l'organisation des services. Donc, ce sur quoi, nous, on veut travailler, c'est sur plusieurs fronts.

Je disais tout à l'heure: L'offre de services en obstétrique, il est important de travailler dessus. Mais vous comprendrez qu'avec 11 médecins sur 22, dans un plan d'effectif, on ne peut pas penser à quelque chose comme ça. On n'est même pas capables de couvrir entièrement nos plages à l'urgence. Donc, il faut commencer par stabiliser notre offre de services médicale. Ça veut dire: peut-être pas aller chercher 11 médecins, mais aller en chercher une quantité suffisante, 17, 18 sur les 22 requis, pour être capables d'avoir une offre médicale bien constituée.

À l'intérieur de cette offre médicale là, en omnipratique, il faut être en mesure au moins d'avoir trois médecins omnipraticiens qui vont s'intéresser à la pratique en obstétrique. Pourquoi trois? Bien, c'est simple, il n'y a pas un médecin uniquement, je veux dire, qui va aller pratiquer en Haute-Gaspésie, faire du service de garde 24 sur 24, 7 jours-semaine. Il faut donc avoir là, je veux dire, un minimum d'effectif, et on pense que trois, c'est le bon nombre. Avec déjà le maillage qui se fait avec nos spécialistes, donc chirurgiens, anesthésistes et radiologistes qui sont déjà en place, on pense qu'on serait en mesure, à ce moment-là, de pouvoir démarrer ou redémarrer un service.

Mais, une fois qu'on a dit ça, il faut aussi, dans le temps, se dire que, dès le moment où on aura des perspectives de recrutement, il faut penser à rehausser notre plateau technique, parce que le plateau technique, là, au fil des ans... On vient de réacheter un échographe, O.K., pour permettre les suivis de grossesse. Il faut rétablir un plateau technique adéquat. Il faut redonner de la formation à des infirmières qui n'ont pas été au front depuis deux ans. Il faut aussi être en mesure...

Parce que là on repartirait l'obstétrique à Sainte-Anne-des-Monts avec des médecins nouvellement arrivés, il va falloir coacher ce monde-là, il va falloir travailler, je veux dire, dans un contexte de transition, et on prépare le terrain, je veux dire, à ce moment-ci avec le

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCSSS 2010-02-03
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions csss-39-1 journal-debats CSSS-100203
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier566205d42e386fc70694b82e9abd5b56c6216718

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