Culture and Education — 15 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2016-03-15
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-neuf minutes)
Le Président (M. Auger) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 86,
Loi modifiant l'organisation et la
gouvernance des commissions scolaires en vue de rapprocher l'école des
lieux de décision et d'assurer la présence des parents au sein de l'instance
décisionnelle de la commission scolaire.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui. Mme Hivon
(Joliette) est remplacée par Mme Léger (Pointe-aux-Trembles) et M. Kotto
(Bourget) est remplacé par M. Pagé (Labelle).
Président (M. Auger) :
Merci. Avant de commencer, je dépose une lettre de la Fédération
des cégeps transmise le 10 mars 2016.
Nous
entendrons cet avant-midi les organismes suivants : l'Association des directeurs généraux des commissions
scolaires et le Collectif Éducation sans frontières.
Je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association des directions
générales des commissions scolaires.
Je vous rappelle que vous disposez de 30 minutes pour votre présentation,
et par la suite nous allons procéder à une période d'échange. Dans un
premier temps, bien vouloir vous présenter, et débuter par la suite.
M. Thibeault (Raynald) :
D'accord. Bonjour, M. le Président, M. le ministre, membres de la commission
parlementaire. Effectivement, permettez-moi de me présenter : Raynald
Thibeault, je suis directeur général de la commission
scolaire Marie-Victorin. J'avais été auparavant directeur général pendant sept
ans à la commission scolaire De La Jonquière,
au Saguenay—Lac-Saint-Jean.
À ma gauche, M. Éric Blackburn, qui est vice-président de l'Association
des directions générales des
commissions scolaires — il est directeur général de la commission scolaire des
Hautes-Rivières — et
M. Michel Bernard, secrétaire général
de notre association et ex-directeur général à la commission scolaire régionale
de Sherbrooke.
Donc, tout
d'abord, nous tenons à vous remercier de permettre à l'ADIGECS de livrer les
grandes lignes de son mémoire dans le cadre de cette commission
parlementaire. D'ailleurs, si vous permettez, en quelques mots, de vous souligner que l'ADIGECS est une petite
association, une grande association mais une petite association en termes de membres
avec environ 155 membres, directions générales et directions générales
adjointes, qui représentent nécessairement toutes les commissions scolaires du Québec avec l'ensemble de leurs
réalités et diversité. Nous estimons que l'ADIGECS est une instance de concertation importante avec
l'ensemble de nos partenaires. D'ailleurs, à cet égard, nous considérons
que notre travail également avec le
ministère... — d'ailleurs,
je souligne la présence de Mme Barcelo et de son équipe
sous-ministérielle — un
travail de collaboration que nous jugeons effectivement très important.
Le sens de
notre mémoire, avant d'aller au
sommaire exécutif, essentiellement ou
fondamentalement, c'est de mettre en
relief, d'exprimer à travers, donc, notre mémoire nos perceptions et nos
préoccupations dans le but que, quand le
projet de loi sera devenu loi, il y ait une mobilisation optimale de l'ensemble
des acteurs du réseau du milieu de l'éducation,
des acteurs directement ou indirectement concernés, ainsi qu'une utilisation
également optimale ou efficace de
l'ensemble des ressources qui sont mises à notre disposition, des ressources
humaines, financières et matérielles, pour que les élèves du secteur public persévèrent et réussissent encore
mieux. Et je dis bien «encore mieux», parce que, dans le contexte
actuel, il y a quand même des progrès qui sont non négligeables.
Comme
directions générales, dans le cadre de notre travail, nous avons la responsabilité
de mettre tout le monde en mouvement,
nécessairement, en mouvement, et en mouvement dans la même direction. C'est une
responsabilité qui nous incombe, qui fait sens avec notre responsabilité
ou notre rôle de directeur général, et nous sommes parfaitement conscients de ce sens-là. C'est pour ça que nous
estimons que... indépendamment de la mouture finale de la loi, nous nous
engageons à poursuivre dans le sens d'une action
concrète, dynamique et efficace pour que l'ensemble de toutes les ressources, humaines,
financières et matérielles, contribuent, encore une fois, à mieux faire réussir
nos élèves.
Sur ce, je vais
passer à la lecture du
sommaire exécutif. Et je me permettrai au passage de
mettre en relief certaines dimensions ou
certains éléments qui nous apparaissent importants. Par la suite, après la
lecture du
sommaire exécutif,
MM. Blackburn, Bernard et moi allons relever aussi certaines dimensions
qui nous apparaissent très importantes.
Donc,
le
sommaire exécutif. Par ce projet de loi, de nobles intentions sont
poursuivies : modifier l'organisation et la gouvernance des commissions scolaires afin d'améliorer la réussite
des élèves par la voie d'une participation plus marquée des parents et
des directions d'établissement aux décisions de la commission scolaire.
D'emblée,
l'ADIGECS reconnaît que des améliorations au réseau sont souhaitables si elles
ont un impact sur la réussite des élèves et que cet enjeu soit au coeur
des changements proposés.
nous appréhendons des impacts négatifs importants sur la performance du réseau
en matière de réussite des élèves
suite à la proposition de démantèlement du dispositif d'encadrement,
d'intervention et de supervision associé aux conventions de partenariat — des éléments importants pour exercer notre
fonction — donc des
conventions de partenariat, et aux
conventions de gestion et de réussite éducative. Certes, on retrouve dans la
commission scolaire... par le nouveau plan d'engagement vers la
réussite. Cette même transformation implique les établissements par le maintien
du seul projet éducatif, qui doit tenir
compte du plan d'engagement vers la réussite. Ces changements vont atténuer
significativement les liens de subordination nécessaires à
l'intervention directe de la direction générale à l'endroit des établissements,
et nous reviendrons plus tard sur cet
élément. Dans une perspective de
gestion axée sur les résultats, qui a d'ailleurs permis un virage important
vers l'enjeu de la réussite au cours des dernières années, nous croyons qu'il
faut renforcer la cohésion et la
cohérence des actions par une vision commune au sein de la commission scolaire. Cette vision commune orientée vers les déterminants de la
réussite et les pratiques reconnues efficaces ne peut trouver son amplitude et
sa complète synergie que par un leadership rassembleur de la direction
générale, notamment par une gestion de proximité.
En matière de gestion collaborative, nous sommes favorables à une contribution plus importante
des directions d'établissement aux décisions de la commission
scolaire. Cependant, l'étendue et la
portée des changements prévus vont faire
en sorte qu'il créera un mécanisme de cogestion plutôt que de gestion
collaborative. Dans la réalité quotidienne, les modalités proposées
risquent d'engendrer des dérives et des conflits d'intérêts et de loyauté au
sein du groupe des directions
d'établissement et d'amener une trop grande concentration de pouvoir et de
décision à un seul groupe d'intervenants. Et cette préoccupation, elle est très importante pour nous.
Plus
spécifiquement, certaines modalités entourant la composition et le
fonctionnement du comité de répartition des ressources, le CRR, nous
semblent en contravention avec les enjeux d'une vision managériale et d'une
gestion mobilisatrice et efficace, car les
rôles, les responsabilités et l'imputabilité des acteurs ne sont pas clairement
définis par le projet de loi.
nouveau modèle de gouvernance, tel que proposé par la création d'un conseil
scolaire, implique une refonte en
profondeur de la représentation démocratique de la population en matière
d'éducation. Il est légitime de se demander en quoi les conseils des commissaires actuels n'ont pas accompli leur
mission. Depuis quelques années, le réseau a subi des turbulences sans précédent, alors que, pour
l'ensemble du Québec, les élèves réussissent mieux et persévèrent davantage.
Malgré
ce questionnement, l'intention de créer un conseil scolaire semble demeurer une
priorité. Dans ce contexte, nous
questionnons la pertinence de certaines dispositions du projet de loi. Pensons
notamment au nombre de membres et à la présence d'employés au sein du
conseil scolaire, ainsi qu'à la composition des trois comités obligatoires. Sur
cette dimension-là également nous reviendrons.
Concernant
l'éventualité d'un processus d'élection scolaire, nous trouvons inusité que le
maintien ou non de la démocratie
représentative au sein de notre société soit décidé par un groupe spécifique et
que cette décision puisse être différente d'un territoire à l'autre.
L'ADIGECS
est d'avis que la plupart des dispositions entourant le fonctionnement des
conseils d'établissement sont
pertinentes et vont permettre une meilleure gestion collaborative au sein des
communautés locales. Ainsi, sauf pour les
dossiers à caractère pédagogique, nous sommes favorables à l'élargissement des
responsabilités du conseil d'établissement, notamment par l'adoption
plutôt que l'approbation de certaines de ces décisions.
Quant
à la question de l'évaluation de la direction d'établissement, nous proposons
une modification qui fera en sorte d'assurer le respect des responsabilités
du directeur général et du conseil d'établissement. Nous recommandons également
une modification en lien avec la présence d'un membre du conseil
d'établissement dans le processus de sélection
des directions d'établissement avant de rendre applicable cette disposition à
cet égard, et nous serons en mesure
plus tard d'en faire la démonstration.
Plusieurs changements sont introduits en matière
de mandat et d'évaluation du directeur général. Nous réaffirmons l'importance
que nous accordons à cette évaluation annuelle. Par contre, nous sommes
préoccupés par l'impact que pourraient avoir
certains changements évoqués. Nous trouvons inconcevable que le directeur
général puisse être évalué sur la réalisation et les résultats ciblés
dans le plan d'engagement vers la réussite alors qu'il ne détient plus les
leviers essentiels à l'exercice de ses responsabilités.
Précisons
que des commentaires sont formulés dans la dernière
section de notre mémoire.
Ces commentaires à propos de quelques
autres éléments considérés portent sur plusieurs dispositions plus spécifiques
du projet de loi telles que les
modifications territoriales, le partage des ressources et des services, les
consultations proposées, les mesures de sécurité, etc.
Enfin,
nous avons regroupé une trentaine de recommandations qui font, bien sûr,
référence aux principaux éléments évoqués précédemment mais qui
permettent aussi d'approfondir notre réflexion afin de bonifier le projet de
loi.
Voilà pour le
sommaire exécutif. Je vous avais
dit tout à l'heure que nous aimerions mettre en relief certains éléments et, si
vous le permettez, je céderais la parole à M. Éric Blackburn, qui nous
parlera et qui nous entretiendra notamment du lien entre le
PEVR, le plan d'action vers la réussite — excusez-moi, là, j'ai créé un raccourci — et
les projets éducatifs. M. Blackburn.
M. Blackburn
(Éric) : Alors, merci beaucoup. Alors, d'entrée de jeu, nous souhaiterions que ce projet de loi soit effectivement une valeur ajoutée pour les élèves que nous
servons. En complément à la présentation de M. Égide Royer, qui a été le premier, je crois,
à se présenter ici pour vous partager son point de vue, je vous confirme
que le virage amorcé dans le réseau des commissions scolaires au regard
de la nécessité de mettre en oeuvre rapidement les meilleures pratiques tant pédagogiques qu'administratives,
celles issues de recherches et dont les preuves ne sont plus à faire, les
pratiques probantes, est un gage de succès pour tous les élèves. Ce succès est
toutefois tributaire d'une supervision rigoureuse et nécessaire de tous les
acteurs mis en cause si nous souhaitons que nos élèves deviennent les
meilleures personnes possible, celles qui sauront relever brillamment les défis
de demain.
Le coeur de nos interventions vise la réussite
de tous nos élèves, jeunes et adultes. Bien que le réseau des commissions
scolaires ait composé avec des compressions budgétaires de près de
1 milliard de dollars, au cours des dernières
années, nous avons su maintenir le cap. La mise en oeuvre de la gestion axée
sur les résultats — vous
retrouverez des informations
pertinentes à la page 11 de notre mémoire là-dessus — la contractualisation qui a pris forme à
l'intérieur des conventions entre le ministère et les commissions
scolaires de même qu'entre les commissions scolaires et les établissements d'enseignement, la détermination de
cibles pédagogiques à l'intérieur des projets éducatifs, tout ça a contribué
à un succès dont on est très fiers aujourd'hui.
À moins de
4 % de l'atteinte de la cible gouvernementale de 80 % sur le plan de
la réussite éducative pour 2020 et
avec des dépenses administratives de moins de 5 %, on peut dire que le
réseau est sur la bonne voie. Nos élèves sont parmi les meilleurs au monde, même s'il y a encore place à
l'amélioration, et nous le reconnaissons. La page 9 de notre mémoire vous
présente plusieurs données, plusieurs statistiques à ce sujet.
La relation
privilégiée qui existe entre la direction générale et la direction de
l'établissement à l'intérieur de ces conventions
est un outil puissant qu'il ne faut pas fragiliser au profit d'une réduction de
la bureaucratie. La plus grande bureaucratie n'est pas entre la
commission scolaire et ses écoles, croyez-nous.
Aussi, il
faut conserver la relation d'autorité qui existe entre la direction générale et
les directions d'établissement si l'on
veut assurer le maintien de mécanismes de régulation et de contrôle et de
l'imputabilité des acteurs mis en cause. Comment autoriser un ministre à intervenir auprès d'un établissement, en
tout respect, si au nom de l'autonomie la direction générale n'en a pas
le pouvoir préalablement?
Un autre
levier essentiel à l'atteinte des objectifs gouvernementaux en matière
d'éducation est nécessairement la
supervision. Il s'agit là d'un outil, lui aussi, très puissant, qui a fait ses
preuves. Il serait important de protéger cet espace dans le but d'assurer la réalisation du plan
d'engagement vers la réussite. Le lien étroit qui doit exister entre la
direction générale et les directions
d'établissement est la principale garantie du respect de notre mission, de la
cohésion et de la cohérence des
actions mises en oeuvre, il ne faut surtout pas atténuer le lien de
subordination qui doit demeurer entre nous. À la page 12, vous avez
des informations complémentaires à ce sujet.
La direction
générale est le porteur de la mission et de la vision. À cette fin, elle
s'assure de la mise en oeuvre nécessaire
d'une démarche émergente axée sur les besoins des élèves. Afin d'assurer une
répartition équitable des ressources, des
recommandations importantes vous sont faites à la page 36, les
points 6 à 10. Pour assurer un maximum d'équité entre tous les élèves sur l'ensemble d'un territoire
donné, ces recommandations sont extrêmement importantes. Chez nous, à la
commission scolaire des Hautes-Rivières, par
exemple, c'est une cinquantaine d'établissements répartis dans
23 municipalités différentes qui doivent être considérés. Un
arbitrage est nécessaire.
Pour terminer,
permettez-moi de vous dire que le réseau des commissions scolaires accueille
tous les élèves sans exception, dans
le respect de leurs différences, dès l'âge de quatre ans, et ce, jusqu'à
21 ans, pour plusieurs. Je termine en vous disant que le plus beau cadeau qu'on pourrait faire à nos
générations futures serait probablement de les accueillir dès l'âge de
trois ans.
Alors, je passe la parole, maintenant, à mon
collègue Michel pour prendre le relais. Merci.
M. Bernard
(Michel) : Alors, merci. Moi, de mon côté, je vais brièvement
vous entretenir sur la mise en place d'un comité de répartition des ressources
tel que prévu à l'article 65 du projet de loi.
En fait, on y fait référence, en fait, le comité
de répartition des ressources qui deviendrait en quelque sorte un processus
de concertation. D'emblée, on doit vous dire qu'on est absolument
favorables au fait que l'intention du projet
de loi à cet égard est d'assurer une meilleure concertation entre les
différents intervenants et au premier
chef les directions d'établissement,
et tout cela dans une perspective de favoriser une gestion collaborative qui
soit largement répandue au sein de la
commission scolaire, entre autres choses. Cependant, c'est sur les modalités où
on pense que, s'il y avait des changements
qui, en finale, seraient adoptés, on pense que ça assurerait une plus-value
réelle dans le réseau des commissions scolaires et au sein des
commissions scolaires.
Alors, je
m'explique. En fait, le projet de loi, qui donne comme mandat à ce comité de
répartition des ressources le fait d'établir des objectifs et des
principes de répartition et des revenus et des ressources, des services
éducatifs complémentaires et d'autres
professionnels, ce mandat-là, tel que libellé dans le projet de loi, d'établir
ces objectifs-là et principes serait
acheminé par ce groupe restreint directement au conseil scolaire pour décision
finale. Nous, on pense que, si
l'intention première, c'est d'assurer la collaboration puis la concertation,
bien, il faut associer davantage le gestionnaire à ces discussions, concernant des enjeux aussi
importants que la répartition des revenus puis des ressources. Alors, ce que
l'on propose — c'est l'objet d'une recommandation — c'est que le comité de répartition des
ressources, oui, approfondisse la
discussion sur ces enjeux-là mais achemine les recommandations au comité
conjoint de gestion, qui, lui, regroupe des dizaines
de gestionnaires. L'ensemble des établissements y sont représentés, les cadres
scolaires, et, évidemment, la direction générale.
Alors donc,
pour résumer, on veut concerter les gens. Il ne faut pas laisser entre les
mains d'un groupe restreint des
discussions sur des enjeux aussi importants. Alors, associons donc l'ensemble
des gestionnaires via le comité conjoint de gestion. Et, par la suite, la recommandation qui sera issue de cette
consultation-là, bien elle devrait être portée par le directeur général, et là ça se rendra au conseil
scolaire pour décision, et ce sera toujours au directeur général d'évoquer
l'ensemble des arguments qui soient pour ou contre la recommandation qui est
acheminée par lui ou elle.
D'ailleurs,
il y a d'autres groupes qui nous ont précédés qui ont fait part que ce genre de
dispositif de concertation existe
dans beaucoup de commissions scolaires. C'est tout à fait vrai. Moi-même, je
l'ai connu à Sherbrooke, où on avait un
comité d'allocation des ressources. Alors, ça se faisait via un groupe
restreint, sauf que, pour que ça fonctionne, ça revenait au comité consultatif de gestion, pour que tous les
gestionnaires puissent — on faisait des ateliers de travail — être mis à contribution et communiquer leur point de vue, et non pas laisser
ça à un groupe restreint pour décision finale au conseil des
commissaires. Alors donc, on pense que ça, c'est très, très important comme
changement.
Le deuxième
élément, il s'agit de la composition du comité de répartition des ressources.
En fait, le projet de loi, sur cette
question, n'évoque que le fait que sa composition, c'est majoritairement des
directions d'établissement — en soi, on n'a pas trop de problèmes avec cela — et un responsable d'adaptation scolaire; sur
tout le reste, quant à sa composition, le
projet de loi est muet. Nous, ce qu'on souhaiterait d'abord, c'est de
formaliser le fait que c'est un comité administratif, donc ça protège ce comité pour les gens qui
détiennent une expertise en matière de répartition des ressources, etc., et,
d'autre part, s'assurer, formaliser
dans le projet de loi que, la composition de ce comité, les membres de ce
comité puissent être des cadres scolaires.
Essayons
d'imaginer qu'il y a, disons, sept, huit directions d'établissement, on discute
des budgets et des ressources éducatives,
puis la Direction des services éducatifs n'est pas présente aux discussions.
C'est elle qui détient cette expertise, qui peut amener la connaissance des principaux enjeux; la Direction des
ressources humaines, la Direction des ressources financières. Alors, nous, on dit, ce qu'on souhaiterait, c'est de
formaliser leur présence et une désignation par le directeur général.
De la même manière, on souhaiterait qu'on
s'assure, par le projet de loi, qu'il y ait une représentation qui soit équitable parmi les directions d'établissement,
parce que vous comprenez très bien qu'il y a beaucoup plus de directions
d'école primaire que d'école secondaire ou
de FP ou FGA. Alors, on pense qu'il faut s'assurer... En général, ça va bien aller
cette répartition équitable parmi les directions, mais, pour éviter des
dérives, je pense qu'on a tout intérêt, je crois, collectivement, à le
préciser.
Le dernier élément sur lequel on souhaite vous
entretenir pour le CRR, c'est la question des surplus. Il y a un mandat, par le projet de loi, qui est confié
au comité de répartition des ressources, qui nous dit que ce comité aura pour
mandat de présenter au conseil scolaire pour décision finale des principes
d'allocation, de répartition des surplus des établissements. Alors, je vais vous l'illustrer rapidement
par un exemple. Prenons une commission
scolaire, 30 écoles, primaire, secondaire — je vous fais grâce des détails — 10
sont en surplus, 10 sont en équilibre, 10 sont en déficit. Le groupe restreint, formé particulièrement de directions d'établissement, comment vont-elles avec aisance pouvoir porter
un jugement sur la gestion de leurs collègues et ensuite en faire des recommandations
au conseil scolaire? Nous, on pense que c'est inapplicable et on ne souhaite
pas créer ce genre de malaise ou de... je pourrais appeler ça des dérives
verbales entre collègues, parce qu'ils vont être appelés à porter un jugement
sur la gestion de leurs collègues.
Alors,
imaginez qu'une école est en surplus. C'est bien possible que son argumentaire,
c'est que l'école fait une provision
pour un achat plus important l'année suivante. Alors, il ne faut pas lui
enlever le surplus pour le donner à l'autre.
Une autre
école est en déficit. C'est bien possible que cette année-là il y a
eu quatre membres du personnel en congé
maladie, ça a créé un trou, un déficit budgétaire de 10 000 $
au budget. Est-ce qu'on va porter un jugement sur la gestion de ce
collègue? Non. Alors, nous, on dit : Il faut retirer ce mandat-là du
comité de répartition des ressources.
Et il y a
plusieurs autres éléments en lien avec le comité de répartition des ressources,
on pourra y revenir si vous avez des questions à ce sujet-là. Merci.
Le Président (M. Auger) :
Merci. Oui, M. Thibeault.
M. Thibeault
(Raynald) : Oui, je
compléterais. Mon collègue, M. Bernard, parlait de malaise. Dans le mémoire,
on parle d'une façon assez franche du malaise que nous avons, comme directions
générales, à voir des membres du personnel au sein du conseil scolaire.
En fait, ce
qu'il faut vous dire sur cette dimension-là, c'est que c'est vrai qu'à la
limite, si les membres du personnel demeuraient
au sein du conseil scolaire, on serait capables de composer avec ça. Ce n'est
pas une question de pouvoir, c'est
une question de dimension réellement et avec un grand potentiel conflictuel ou
de porte-à-faux dans plusieurs situations.
Et je dois
vous dire, sur cette base-là, qu'avant que le projet de loi ne soit déposé nous
avons pris l'initiative, comme association,
de rencontrer tous les partenaires, donc les élus scolaires, les parents, les
cadres scolaires et l'ensemble des directions
d'établissement, l'ensemble des associations ou fédérations, pour exprimer
notre point de vue. Les échanges ont été très corrects. Puis ce n'est
pas une question de manque de temps, mais c'est peut-être une question de
visions différentes, mais, sur certaines dimensions, on se rejoignait quand
même.
Pourquoi on
dit que ce n'est pas... en tout cas, on ne souhaite pas la présence de
directions d'établissement au sein du
conseil scolaire? On a plusieurs raisons. D'abord, il y a déjà le fait que,
quand les gens qui seraient là, le soutien... — le soutien,
ils ne sont pas là, excusez-moi — les enseignants, les professionnels ou les
directions d'établissement, ils auraient un point de vue à donner, bien, ce point de vue
là, en fait, ce serait un point de vue très personnel qui pourrait à l'occasion
et très souvent être en opposé ou en
non-cohérence avec ce que les tribunes à l'interne proposent déjà. C'est-à-dire
que, comme directions générales, il y
a des tribunes qui existent, où on consulte tantôt les syndicats, tantôt les
associations. Et, si, comme D.G.,
j'ai à prendre une position, c'est sous quel angle que je regarde ça? Sur ce
que les représentants ou les membres du personnel au sein du conseil
scolaire vont avoir évoqué ou bien sur ce que les représentants des syndicats ou des associations vont avoir exprimé?
Bref, il y a déjà là une dualité qui n'est pas évidente. Et on dit que ce ne
peuvent être des officiers qui soient sur le conseil scolaire, ce qui fait que
tout de suite là il y a comme un problème.
Ne serait-ce que sur
le plan mécanique, et je vous... En tout cas, l'invitation qu'on fait, c'est de
voir aussi une dimension où il y a du respect
accordé à notre personnel, dans le sens où, si les gens, par exemple les
directions d'établissement, devaient
siéger au conseil scolaire, ça veut dire qu'en plus d'être en soutien au
conseil d'établissement, d'avoir des
assemblées générales de parents et de faire l'ensemble de la gestion de leurs
écoles on leur demande d'assister à
plusieurs rencontres mensuelles d'un conseil scolaire, de faire
partie de
comités, de lire des documents et d'avoir des activités de représentation. Il y a déjà quelque chose là qui alourdit
d'une façon très, très significative le travail, et on ne pense pas que ce soit
utile pour tout le monde, d'autant plus qu'on a comme l'idée de prendre
pour acquis que les membres — les
directions générales, le soutien ou les professionnels — vont
apporter une dimension pédagogique, mais il faut prendre aussi pour
acquis que les directions générales en ont aussi, une expertise, et que les
différentes instances au sein de la commission scolaire nous permettent de ramener ça, actuellement, au conseil des commissaires et éventuellement au conseil scolaire.
D'ailleurs,
dans notre mémoire, vous trouvez une recommandation qui, à notre point de vue,
pourrait non seulement combler un
vide actuel dans la loi... C'est-à-dire il y a trois comités obligatoires, mais
il n'y en a pas sur la pédagogie, il n'y
en a pas sur la mission éducative. Donc, nous, ce qu'on propose, c'est de créer
un comité sur les affaires éducatives, comité
qui regrouperait des membres du conseil scolaire et des directions
d'établissement avec les services éducatifs et qui aurait essentiellement une préoccupation éducative, pédagogique, ce
qui fait que l'influence potentielle des directions d'établissement pourrait
passer par ce comité-là et se rendre, nécessairement, au conseil scolaire. Ça
comblerait aussi, nécessairement, un
vide assez important actuellement dans la loi. Qu'on ait trois comités
obligatoires mais aucun sur la pédagogie, c'est quand même assez
particulier.
L'autre
élément par rapport à la présence des membres du conseil d'établissement, c'est
le fait que plusieurs sujets sont
discutés au sein du conseil scolaire qui traitent tantôt des plans d'effectifs,
tantôt des compressions budgétaires, des plans de redressement, d'investissement, de mesures disciplinaires, de
l'évaluation du directeur général, ce qui ferait en sorte que, si on veut être parfaitement éthique,
il y a fort à parier que les membres du personnel devraient être souvent
absents de ces rencontres-là, ne pas
participer aux discussions, parce qu'il y a des dimensions excessivement
confidentielles et personnelles qui sont exprimées, et ce serait assez
embarrassant.
ailleurs, une commission scolaire, vous le savez, ce n'est pas comme un cégep
ou ce n'est pas comme une université,
il y a plusieurs établissements, donc plusieurs réalités. Il y a l'éducation
des adultes, la formation professionnelle, les jeunes; souvent, un service aux entreprises. Et on demande à des
directions d'être présentes là pour représenter qui? Les réalités.
Donc,
dans ce sens-là, il y a des dimensions importantes à considérer qui militent
dans le sens qu'on remet fortement en
question la présence des employés, d'autant plus que les cadres scolaires et le
personnel de soutien ne sont pas présents dans ce comité-là.
vais m'arrêter là pour la présence des employés, pour aller rapidement sur le
conseil d'établissement, en pensant que
j'aurai peut-être une question, parce qu'il me reste juste deux minutes, que
j'aurai peut-être une question sur le sujet plus tard. Si vous
considérez que c'est une invitation, bien ça se peut, à poser la question.
fait, c'est notre réflexion par rapport à l'évaluation du directeur
d'établissement. Par exemple... Puis il y a l'autre dimension, nomination, mais je vais m'arrêter à la
dimension évaluation du directeur d'établissement. Nous, la nuance que l'on apporte, elle est fondamentale, on pense
que... On est d'accord avec une évaluation par le conseil d'établissement
de la direction d'établissement mais
uniquement sur le lien qu'il a avec le conseil d'établissement, le soutien
qu'il apporte, est-ce qu'il maîtrise
bien ses dossiers, est-ce qu'il les soutient bien, les défend bien et présente
l'ensemble de l'information, et non
pas sur l'ensemble de sa gestion pédagogique, administrative et humaine. Pour
nous, ça nous apparaît fondamental, parce que les membres du conseil
d'établissement n'ont pas de regard actif présent sur le travail au quotidien
de la direction de l'établissement.
Et sur la nomination,
si jamais j'avais une question, bien, je pourrai vous en parler. Voilà.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup, messieurs, pour votre
présentation. Nous allons débuter la période d'échange. M. le ministre,
vous avez 26 minutes à votre disposition.
M. Proulx : Merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs, d'être ici ce matin.
Merci de nous faire partager votre connaissance du réseau, parce que
c'est ce que vous avez.
Votre mémoire est bien étoffé à cet effet-là. J'ai
effectivement plusieurs questions. Je vais prendre votre invitation un peu plus tard, bien entendu, parce que ça
faisait
partie des questions que j'ai en tête, parce que vous n'êtes pas le
seul à avoir parlé de ça, et je pense que ça mérite de vous entendre,
puisque ça vous concerne également.
vais aller dans votre mémoire à la page 9, parce que vous en avez parlé.
Et à un moment ou un autre, je l'ai lu tout
à l'heure rapidement pendant votre... ce n'est pas à la page 9, là, vous
parlez des outils qui font en sorte que vous dites : On est sur la bonne voie, la réussite scolaire et la
performance du réseau éducatif est là. Vous faites état d'outils qui ont contribué à cette amélioration-là et à ces
succès-là, vous dites : Il faut les conserver. De quels outils vous parlez
quand vous dites qu'actuellement le réseau performe dans cette matière?
Président (M. Auger) : M. Thibeault.
M. Thibeault (Raynald) : Oui. Merci, M. le ministre. Bien, au-delà des informations, effectivement,
qui sont présentes à la page 9, notamment, dans les outils, on
parle... Et, pour nous, c'est fondamental, puis M. Blackburn l'a évoqué un peu tout à l'heure. Puis on reconnaît la
volonté, par le projet de loi, de simplifier la reddition de comptes et la
bureaucratie, en disant : Bon,
maintenant, il n'y aurait que le PEVR, le plan d'engagement vers la réussite,
et le projet éducatif de l'école.
Actuellement, il
existe des conventions de gestion à la réussite. Ces conventions de gestion là
permettent à la direction générale d'avoir
un lien d'influence ou d'intervention important auprès de la direction d'établissement pour faire en sorte
qu'il y ait une cohérence qui s'installe entre les actions et les ressources
qui sont déployées dans chacun des établissements, que ce soit en formation professionnelle,
à l'éducation des adultes ou chez les jeunes, et le plan stratégique de la
commission scolaire, en lien avec les conventions de partenariat de la
commission scolaire et le plan stratégique du ministère de l'Éducation. Pour
nous, ça nous apparaît fondamental parce que, par l'article 275 de la loi actuelle, on a une responsabilité pour la
répartition équitable des ressources. Donc, actuellement, comme directions
générales, on a les leviers pour
faire en sorte que le déploiement des ressources se fasse de la meilleure façon
possible dans tous les établissements,
et que les actions mises en place soient cohérentes pour qu'il n'y ait pas de
dispersion ou d'éléments de distraction, et qu'on mette les énergies à
la bonne place et les ressources à la bonne place.
problème, c'est qu'actuellement, dans le projet de loi, le D.G. n'a pas le même
pouvoir que le ministre a sur... On
dit que le ministre va pouvoir influencer le plan stratégique de... bien le
plan d'engagement vers la réussite, excusez-moi, de la commission scolaire, mais a contrario le D.G. ne pourra pas agir
ou avoir une influence sur le projet éducatif de l'école. Et c'est là qu'il peut y avoir... C'est sans
mauvaise intention, mais c'est fondamentalement dans notre rôle d'influencer,
c'est ce qu'on a actuellement par les
conventions de gestion, d'influencer les directions d'établissement pour qu'on
aille dans la même direction et qu'on
mette les énergies à la bonne place, et ce lien-là, il est absent actuellement,
et ça nous apparaît une brèche
importante dans la cohérence d'action, parce que, les ressources, on doit les
déployer de la meilleure façon possible et éviter une ghettoïsation de
l'enseignement.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Proulx : Vous avez parlé, dans votre explication, de la reddition de comptes. Je
vais devancer une prochaine question pour vous demander... Plusieurs
l'ont dit, vous l'avez dit également, il y a une volonté de simplification. Pouvez-vous nous donner une idée de ce que ça
représente aujourd'hui pour vous, ça, en pourcentage? Vous avez dit tout à
l'heure... je pense que c'est monsieur à côté qui a dit tout à l'heure :
Vous savez, la bureaucratie la plus importante n'est pas entre la commission et une école. J'ai pensé
qu'elle était peut-être vers le ministère. Alors, voulez-vous m'expliquer
un peu ce que ça veut dire, pour nous
expliquer, dans le fond, ce que ça représente en temps, ça, pour qu'on ait une
image de cette bureaucratie? Alors,
dans une journée, vous êtes au service des établissements et des élèves.
Pouvez-vous nous donner une idée de ce que ça représente, la
bureaucratie, dans tout ça?
M. Thibeault
(Raynald) : Je vais vous en donner un.
Le Président
(M. Auger) : M. Thibeault.
M. Thibeault (Raynald) : Oui. M. le ministre, je m'excuse, je ne serai pas
en mesure de le quantifier en minutes ou en heures...
M. Proulx : Je
comprends, oui, oui.
M. Thibeault (Raynald) : ...mais je vais vous donner un exemple qui est
assez éloquent, parce qu'actuellement il y a une volonté très ferme, affirmée du ministère de simplifier ça avec
un outil qui s'appelle Collecte-Info. Je sais que le ministère travaille encore à peaufiner le
produit pour que ce soit plus convivial, il y a encore du travail à faire, mais
dernièrement on a eu l'occasion de faire une
démonstration en Montérégie, notamment l'initiative vient de Marie-Victorin,
quand on rencontre, avec la loi n° 133,
la reddition de comptes sur le niveau informatique, où on doit rendre compte de
chacun des projets qu'on réalise dans les
commissions scolaires. Actuellement, pour rendre compte des projets que nous
réalisons dans les commissions scolaires... Et j'ai déposé au ministère un
document, en fait c'est un tableau qui est presque
long comme les deux tables, et, pour aller changer le chiffre à l'autre bout,
O.K... Parce que, excusez-moi, mais le
chiffre à l'autre bout, c'est un pourcentage de réalisation. Ce qu'on nous
demande, c'est : À quel pourcentage est réalisé tel projet que vous avez amorcé l'année passée?
Donc, supposons que dans l'année 2014‑2015 le pourcentage de réalisation
était de 60 %, dans la présente année il est rendu à 75 %, bien, pour
aller changer le chiffre à l'autre bout, je pars de là, puis ça me prend
30 minutes. Puis à Marie-Victorin j'ai une liste de projets assez
importante.
Et, l'accueil, la
démonstration qu'on a faite au ministère, elle est très bonne, je pense qu'ils
ont dit : Woups! attends un peu, il y a
quelque chose, là, mais juste ça, chez nous, à Marie-Victorin, ça a représenté
35 heures de travail, rendre compte sur cette dimension-là. Et il y
a des éléments de convivialité aussi. Puis, comme direction générale,
heureusement, Collecte-Info nous envoie l'information, on a une collaboration
des directions de services, directions d'établissement pour les compléter, mais
c'est assez impressionnant.
Puis
je ne veux pas qu'on entende par là une accusation de mauvaise... Moi, à toutes
les fois qu'on en parle au ministère,
on se sent entendus, on se sent compris. C'est juste que, la solution, on ne se
barre pas les pieds dedans actuellement.
M. Proulx : Je l'entends, soyez-en assuré. Vous savez, il y a
un principe, puis il a été répété par d'autres, là, qui est véhiculé
dans le projet et qui est une intention de donner effectivement une plus grande
autonomie aux différents établissements. D'autres l'ont dit, il y a là
une possibilité ou au moins la capacité, pour certains d'entre
eux, de pouvoir favoriser par des initiatives, je dirais, locales la
réussite.
Dites-moi,
si, pour vous, c'est... Vous l'avez fait comme une mise en garde, je pense,
hein, vous dites : Le projet
de loi, il doit tendre vers ça, il faut aller vers ça. C'est votre objectif,
c'est l'objectif qu'on partage tous. Quelles améliorations, pour vous, pourraient être faites dans le système
actuel pour justement mieux valoriser mais surtout améliorer encore la
réussite? Même si on a une tendance vers la
hausse, vous l'avez expliqué, puis on l'a effectivement dans les différentes
statistiques compilées depuis certaines années, mais qu'est-ce qu'on pourrait
faire de plus qui, pour vous, n'est pas là-dedans qui pourrait favoriser encore
la réussite des jeunes?
Le Président
(M. Auger) : M. Bernard.
M. Bernard (Michel) : En fait, vous l'avez comme illustration à la
page 12, où on voit une espèce d'engrenage entre les relations... l'intervention de la direction générale, la convention de gestion, la
convention de partenariat. En fait, c'est là où on pense qu'il y a un
flou, où les rôles et responsabilités mériteraient d'être clarifiés.
directeur général dans une commission scolaire, en fait, on est convaincus
d'une chose, il doit assumer son leadership,
puis assumer un leadership, c'est inspirer une vision aux gens, O.K.,
rassembler son équipe autour d'une vision commune qui sera cohérente, cohésive et en lien avec les pratiques les
plus prometteuses ou les pratiques exemplaires. La commission scolaire, par les cadres de services, notamment les
services des ressources éducatives, c'est leur expertise que de savoir, d'avoir fait les recherches,
d'avoir les conseillers pédagogiques pour être au soutien des établissements.
Alors, dans ce cadre-là, un peu comme l'a
fait à une époque le gouvernement avec les cinq buts de la ministre, O.K., on a
dit : Voici les priorités, nous,
on veut être capables de faire cela au sein de la commission scolaire. Sinon,
37 établissements primaires, 37
vont avoir des objectifs, oui, qui vont avoir comme aspiration de répondre aux
besoins des élèves, mais il y a des
choses qu'on sait qu'elles marchent puis il y a des choses qu'on sait qu'elles
ne marchent pas. Alors, nous, on dit : Il faut être, nous, en mesure d'intervenir quand on voit que dans un
établissement ce n'est pas en concordance avec le plan d'engagement vers la réussite, qui d'ailleurs peut
faire l'objet d'interventions du ministre s'il n'est pas en concordance avec ce qu'il y a de mieux dans le monde, nous, on
souscrit à cela, mais le ministre peut le faire avec le plan d'engagement,
nous, on souhaite le faire avec les établissements.
il ne s'agit pas là d'un excès de volonté de contrôle, au contraire, parce que,
dans la majorité des commissions scolaires,
on travaille en collaboration. M. Thibeault évoquait — et M. Blackburn — le levier de la supervision. L'ADIGECS a pris un virage important depuis cinq
ans sur la supervision, puis en gestion c'est le levier le plus important
pour mobiliser les gens, les responsabiliser et amener du changement.
Alors,
cet aspect-là, on pense que, par la disparition des conventions et de
partenariat et de gestion de réussite éducative,
on va perdre ce lien de subordination là, pas dans une perspective de contrôle
mais d'accompagnement, de poser les bonnes questions et de s'assurer que
les gens respectent la vision qu'on s'est donnée.
Le Président
(M. Auger) : M. Blackburn, en complément.
M. Blackburn
(Éric) : Oui. En complément, donc, effectivement, c'est important de
maintenir un outil, on l'appelle le plan
d'amélioration vers la réussite. C'est celui qui pourrait englober généralement
les outils présentement en cause, qui sont des conventions entre les
différents acteurs.
Mais
ce qu'il est important de savoir, c'est que, le virage qui se prend
actuellement, la préoccupation derrière tous les travaux qui sont faits, c'est de s'assurer que notre personnel sur
le terrain ait les meilleures compétences possibles pour que l'élève puisse bénéficier des meilleurs
services possible. Je reviens sur les pratiques probantes, je reviens sur les
résultats de recherche; l'énergie qui
est mise, c'est vraiment de s'assurer qu'on récupère ces ingrédients-là puis
qu'on les mette au service des
élèves. Nos outils de régulation auxquels vous faites référence, ils nous
permettent de nous assurer que c'est avec
ça qu'on va travailler et non pas d'autre chose. Ce qu'on veut, on ne veut plus
que les gens, entre guillemets, qui travaillent autour des élèves
fassent ce qu'ils aiment faire, ce qu'ils souhaitent faire, on veut que les
gens fassent les meilleures choses de la
meilleure façon. Et nos convictions, ça passe par leurs compétences, donc de
faire tous les travaux pour qu'ils puissent être en mesure de mieux
intervenir. Soutien, accompagnement, supervision sont les ingrédients
essentiels qui doivent converger.
quant aux outils, on peut travailler à les alléger, mais déjà présentement il y
a des efforts exceptionnels qui sont
faits pour faire en sorte que les services administratifs de la commission
scolaire soient en réponse aux besoins des établissements, pour sortir de l'école toutes les distractions possibles
autour des élèves. Ça, vous pouvez être convaincus de ça.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Proulx : Vous dites : Dans le fond, on veut que les gens fassent ce qu'il y
a de mieux. Mais pourquoi vous êtes
d'avis que, dans le fond, une plus grande autonomie des établissements, ça ne
favoriserait pas, justement, une meilleure réussite? Je l'ai pris à
l'envers, là, parce que c'est l'impression que ça me donne en vous lisant.
Le Président (M.
Auger) : M. Thibeault.
Thibeault (Raynald) : Oui. M. le ministre, on n'est pas contre une
plus grande autonomie des écoles, au contraire.
On dit que plus les écoles auront de leviers pour agir d'une façon locale...
Vous savez, ça fait des années qu'on dit :
C'est important que chaque commission scolaire ait les marges de manoeuvre pour
qu'on agisse en fonction de la couleur
de la commission scolaire, puis on veut que chaque école ait sa couleur. Bien,
ça, on souscrit à ça tout à fait. Que les écoles aient le maximum
d'autonomie, on n'a aucun problème avec ça, c'est certain.
Cependant,
il y a une créature qui s'appelle les commissions scolaires. Il y a une
cohérence d'action qui doit être là, sinon il y a une dispersion des
efforts, un peu comme MM. Bernard et Blackburn l'exprimaient.
fait que, quant à l'autonomie des écoles, on y souscrit, au même
titre qu'on
souscrit à l'autonomie des commissions
scolaires. Le problème n'est pas au niveau de l'autonomie, est plus dans la
cohérence des actions. Moi, que les
écoles aient le plus haut niveau d'autonomie possible, mais qu'elles agissent
en concertation, en grande collaboration avec les directions de
services, avec les directions générales pour qu'en bout de ligne ce soit
l'élève qui y gagne, qui persévère parce
qu'il y a toutes sortes de choses qui se mettent en place... D'ailleurs,
l'ADIGECS intervient beaucoup, beaucoup
en gestion de proximité, d'accompagnement, ce qui n'enlève rien aux liens de
subordination qui doivent être présents,
notamment par le biais du projet éducatif. Je vous rassure, on est favorables à
l'autonomie des écoles mais dans un
contexte où les rôles de chacun sont bien campés et que tout le monde ait les
leviers pour réaliser ce à quoi il aspire.
Puis
on le soulignait aussi tout à l'heure, comme association, actuellement, c'est
nous, comme directions générales, qui allons devoir rendre compte, mais
on n'a pas tous les leviers pour ça, puis c'est fondamental.
Le Président (M.
Auger) : M. Blackburn, en complément.
M. Blackburn (Éric) : Bien, juste en complément, effectivement, si on veut s'assurer que les
écoles travaillent dans le bon sens,
il faut protéger effectivement les leviers qu'on a présentement pour s'assurer
que les bonnes choses se fassent. Et, je dis souvent, il y a un écart
fondamental entre autonomie et abandon, et la cohérence entre les priorités gouvernementales en matière d'éducation, que la
commission scolaire soit là, les acteurs du centre administratif et services
éducatifs puissent accompagner l'école pour
s'assurer qu'on fasse les bonnes choses dans le respect des couleurs locales,
bien c'est ce qu'on appelle l'autonomie, pour qu'on puisse leur donner les
moyens de leurs ambitions.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre, vous avez encore 11 minutes à votre
disposition.
M. Proulx :
Parfait. Rapidement. Mais est-ce que vous avez fait une réflexion à l'égard de
ce que pourrait être une plus grande
autonomie des établissements? Avez-vous eu cette réflexion-là dans le cadre
soit de la préparation de votre mémoire ou dans l'usage, je dirais même?
Je suis convaincu... Et tous ici avons eu la chance de parler avec des directeurs ou des directrices d'établissement,
puis souvent ils vont vous dire : Si je pouvais, je ferais ceci. Si
j'avais la capacité financière, je
ferais cela, que l'autre à côté de moi ne ferait pas. Est-ce que vous avez eu
cette réflexion-là sur... Et, si vous en avez des exemples, ça me ferait
plaisir de les entendre.
Le Président (M.
Auger) : M. Thibeault.
M. Thibeault (Raynald) : Oui. M. le ministre, en fait, je pense, un des
moyens, qui est évoqué d'ailleurs dans le
cadre de nos recommandations, et c'est ce que M. Bernard a évoqué tout à
l'heure, l'obligation qu'aurait chaque commission
scolaire par le biais d'un CRR, le comité de répartition des ressources, est
une belle voie de passage pour assurer
la plus grande autonomie aux directions d'établissement. Mais pourquoi c'est
une belle voie de passage? C'est parce
que la réalité des commissions scolaires, elle est excessivement différente
d'une commission scolaire à l'autre. On a eu l'occasion, l'ensemble des D.G., d'en discuter avec tous nos membres,
spécifiquement sur cette dimension-là, puis quand même on aurait voulu trouver une façon unique, uniforme, tapis mur
à mur à la grandeur du Québec pour dire : C'est comme ça qu'il faut
fonctionner, ça ne se peut pas.
fait que la voie de passage qui est intéressante pour respecter les réalités
locales, justement, c'est d'y aller vers un comité de répartition des ressources qui oblige les directions
générales de convenir avec les membres, les directions d'établissement, de ce qui doit être décentralisé
et pas, de quel impact ça peut avoir, de quelle imputabilité ça a, de quelle
responsabilité ça a en bout de ligne. Et ça,
on est persuadés... Puis je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de personnes qui
sont opposées, actuellement, à la mise en
place d'un CRR. Nous, on est favorables mais avec les nuances qu'on a apportées
tout à l'heure. Mais je pense que, si c'est
mis en place... non, je suis convaincu qu'en mettant en place les CRR dans
l'ensemble des commissions scolaires
toutes les directions d'établissement vont pouvoir avoir les leviers qu'il
faut, avoir l'autonomie qu'ils désirent.
Puis
même ça, ça va être différent d'une école à l'autre. Ce n'est pas la même chose
pour la formation professionnelle et
l'éducation des adultes. Ce n'est pas la même chose pour une école secondaire
que pour une école primaire. Et c'est pour
ça que ça devient important d'en parler, mais ça revêt aussi toute
l'importance, qu'on soulignait tout à l'heure, de faire transiter ça sans que ça culmine, avant de
culminer au conseil scolaire, par le CCG, où tout le monde est présent.
Donc, le CRR est une bonne façon.
D'ailleurs, et je
vais terminer ma réponse avec ça, si tant est que c'en est une, avec le fait
que, M. Bernard l'a souligné aussi, il existe déjà plusieurs initiatives
dans plusieurs commissions scolaires qui permettent cette forme de consultation là. À Marie-Victorin, on a
mis en place ce qu'on appelle un comité aviseur, sur lequel il n'y a que des directions d'établissement et sur lequel
on les consulte sur différents projets problématiques avant d'aller en CCG.
Moi, je pense que l'obligation de créer un CRR dans toutes les commissions scolaires pourrait répondre à bon nombre de préoccupations
et favoriser une grande autonomie des établissements... ou l'autonomie
souhaitée.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
Proulx : Merci. Je veux vous
parler... Parce que le temps file, comme vous le savez. Je veux vous parler des surplus. Vous dites : Ça ne devrait pas être
au comité de répartition des
ressources de recommander au conseil scolaire l'affectation des surplus. Qui devrait s'occuper de ça? Et expliquez-moi
comment ça fonctionne actuellement... bien, pour le bénéfice des gens, bien
entendu. Qui s'occupe de ça actuellement? Et, si arbitrage il y a, comment ça
fonctionne?
Le Président (M. Auger) :
M. Thibeault.
Thibeault (Raynald) : Oui.
En fait, il y a comme... Fondamentalement, au départ, de demander
à des collègues de porter un
jugement, un peu comme ça a été illustré aussi, de porter un jugement sur la
gestion d'un autre collègue parce
dans une école il y aurait un surplus ou, un centre, il y aurait un surplus, ça
devient embêtant. Ça fait que nous, on pense
que le comité de répartition des ressources, en se concentrant sur la
répartition des ressources, ce serait intéressant. Cependant,
quand arrive le temps de disposer ou de discuter de la répartition des surplus,
bien ça devient embarrassant de dire à un collègue : Bien, dans
telle école ou telle école... Ça devient un jugement qui est porté.
Ceci étant,
la commission scolaire, elle, a un budget global, et en fonction de ce
qui est décentralisé ou pas, puis ce
n'est pas égal d'une commission
scolaire... Il y a
des endroits où c'est très décentralisé, d'autres moins. Puis des fois c'est moins décentralisé mais à la volonté de tout le monde, à la satisfaction de tout le
monde. À ce moment-là, ça pourrait
faire en sorte qu'une commission scolaire se retrouve techniquement en déficit alors que ses écoles seraient en
surplus, et ainsi de suite. Ça fait
qu'il y a donc une osmose nécessaire, d'autant plus que ces surplus-là ou leur disposition sont encadrés, sont encadrés par rapport à... année après année le ministère nous dit quel pourcentage on peut utiliser
ou pas de ces surplus-là.
Bref, il y a
comme un inconfort fondamental qui s'installe parce que c'est des collègues
qui jugent d'un surplus d'un autre collègue, et il
y a une réalité macro commission scolaire
par rapport à on fait quoi de l'ensemble des surplus pour
que l'ensemble des élèves puissent en tirer le meilleur service possible.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre... M. Blackburn, en complément? Rapidement.
M. Proulx : Juste pour compléter, dans
le fond, puis peut-être que ça vous permettra de répondre...
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Proulx : Je comprends ce que
vous dites par rapport au malaise. Je dis ceci, là : Je pense
qu'il y a une question d'arbitrage
aussi, dans les faits, puis il faut être le mieux placé pour être capable de
faire sa bataille. C'est nouveau pour moi,
mais j'en fais régulièrement au Conseil
des ministres, je peux vous dire ça. Mais, je veux dire... Puis on ne s'accuse
pas l'un et l'autre d'être de mauvais
gestionnaires, on se dit : Bien, voilà, peut-être qu'il faut faire des
répartitions, peut-être qu'il faut faire des batailles entre nous,
peut-être qu'il faut établir des priorités.
Mais deux
sous-questions à ça. Un, comment ça fonctionne actuellement? Comment est-ce
qu'un établissement, aujourd'hui,
peut demander une affectation budgétaire supplémentaire, si d'autres ont des
surplus, ou peut faire la bataille et
penser la gagner? Et comment... Et vous ne pensez pas, justement, en
contrepartie de ça, que le fait qu'il y ait des gens autour de la table pour décider ça, donc, au
comité de répartition des ressources, il n'y a pas là, je vais dire, au moins
la chance pour tout le monde de
pouvoir établir ou pouvoir revendiquer un projet particulier ou quelque chose
de très spécifique à faire dans son
établissement pour améliorer une situation qui malheureusement n'a pas été pensée
régionalement ou peut-être qui n'avait pas été vue, même, chez nous,
dans des grandes orientations?
J'essaie de
voir comment cette décentralisation-là ou ce transfert-là de cette
responsabilité-là à un groupe qui n'est pas homogène, là, qui effectivement vient de divers milieux peut nuire,
dans le fond, à la réussite. Et je comprends, là, les sensibilités, mais je mets un peu de côté ça en
disant : Tu sais, à un moment donné, il faut qu'on travaille pour
l'ensemble des gens, là.
Le Président (M. Auger) :
M. Blackburn.
Blackburn (Éric) : Oui,
bien, écoutez, ce qu'il faut se rappeler, c'est qu'une commission scolaire,
c'est la seule et unique personne
morale légalement constituée qui existe. Ça fait que dans la réalité financière
ça se traduit par un seul compte de banque, hein, on comprend cette réalité-là.
Si on veut
traiter, évidemment, de la disposition des surplus, il faut au moins poser la
question : Qu'est-ce qu'on fait avec les déficits?, le cas échéant.
Nous, quand on ferme nos états financiers annuellement, on ne fait pas
45 états financiers, hein, on en fait
un, qui est le solde réel de la commission scolaire. Puis, quant à la disposition des surplus, c'est le
gouvernement qui établit les règles à chaque année à savoir quel est le niveau
auquel on pourrait avoir accès, si jamais il y avait encore des surplus
dans la commission scolaire, sur une façon globale.
Une école
peut réellement faire des surplus dans les règles budgétaires... Parce que, là,
il faut penser qu'on a les PCGR
aussi, on a des règles à respecter. Et certaines allocations peuvent faire
partie des surplus des écoles, c'est légiféré, c'est encadré, et, le cas échéant, elle peut conserver certains surplus,
mais il en est de même... Puis ça, c'est pour ça quand M. Thibeault, tantôt, parlait de globalement
comment on va faire l'arbitrage de tout ça. Qu'est-ce que je fais avec les
écoles qui sont en déficit? C'est
pour ça qu'annuellement, aussi complexe que cela puisse paraître, on va faire
des états financiers quatre fois par année, et à l'an zéro on repart avec l'ensemble de nos
surplus ou déficits, qui sont ceux de la commission scolaire en général, et on les remet sur la table
pour remettre à chaque année les normes et modalités de répartition des
ressources, qui sont en fonction des besoins, des caractéristiques des élèves,
qui évoluent à chaque année.
Moi, je dis
souvent : Les commissions scolaires, on a le plaisir, le bonheur et la
chance de construire des coeurs et des
cerveaux, là, ce n'est pas toujours rattaché à une règle mathématique, il faut
jouer avec le fait qu'on a des caractéristiques qui évoluent dans des milieux qui sont différents, de sorte que je ne
pourrais pas, demain matin comme ça, confier à certains acteurs le pouvoir de disposer des surplus d'une
école alors que, comme on disait, il arrive parfois que des écoles pourront
se réserver des sous, parce que c'est des
sous qu'ils ont ramassés dans le cadre d'une activité de financement, par
exemple, et les règles permettent de
les réserver pendant deux, trois ans pour suivre un projet particulier. Ça,
c'est respecté à la lettre.
Maintenant,
là où il faut trouver des solutions, c'est dans les mécanismes de
participation, de disposition ou des surplus
ou des déficits, le cas échéant, globaux de la commission scolaire pour mieux
répondre aux besoins des élèves. Et
ça, on a des solutions qui sont proposées à l'intérieur des comités de
concertation, entre autres, qu'on vous propose.
Le Président (M. Auger) : M. le ministre.
Deux minutes.
Proulx : Oui. Bien, je vais
me soustraire à ce que j'avais dit au début puis... Concernant l'évaluation,
là, des directions, je l'ai bien vu
et entendu, mais c'est parce que j'avais une question avant
qui m'apparaissait importante. Vous avez
dit quelque chose qui a capté mon attention, vous avez dit : On a trois
comités obligatoires, mais on n'en a pas sur la pédagogie. Vous proposez la création d'un comité des affaires
éducatives. Rapidement, là, ce que ça va amener, ce qui se fait aujourd'hui, peut-être juste m'expliquer pourquoi vous voyez ça d'un
bon oeil. Parce que vous ne m'avez pas dit : On le fait déjà, vous
m'avez dit : On pourrait faire ça. Expliquez-nous un peu où, pour vous, il
y a là une plus-value.
Le Président (M. Auger) :
M. Thibeault. 1 min 30 s.
M. Thibeault
(Raynald) : Pardon?
Le Président (M. Auger) : Il reste
1 min 30 s à l'échange.
Thibeault (Raynald) : O.K.
C'est 1 min 30 s pour répondre? O.K. Je viens d'en perdre 30. Je
viens de perdre 10 secondes.
Écoutez,
nous, on propose la mise en place de ce comité-là, c'est pour pallier le fait
qu'il n'y aurait pas d'employé au sein
du conseil scolaire. Et ce comité-là sur lequel il y aurait des
représentants du conseil scolaire discuterait essentiellement de pédagogie,
de projet éducatif et de tout ce qui a trait au déploiement des ressources
éducatives. On parle d'avoir une
vision cohérente en termes de développement pédagogique, de soutien aux écoles,
d'accompagnement et de tout ce qui s'appelle pédagogie.
Donc, ce
serait la direction générale avec les services éducatifs qui s'assoiraient. Et
ce genre de comité là existe déjà dans certaines commissions scolaires, il
n'est pas obligatoire, il n'est pas formel, mais les objets de discussion sont
essentiellement pédagogiques. Alors qu'on en a un sur les
ressources financières, on en a un sur les ressources humaines puis on en a un sur... le comité de vérification
sur les finances, bien, il n'y en a pas sur la pédagogie. Donc, se centrer sur
l'élève, sa réussite, c'est quels meilleurs
moyens on peut prendre pour faire persévérer et réussir les élèves, c'est quoi
que disent les recherches probantes,
c'est quoi qui se dégage des recherches pour qu'on puisse appliquer chez nous,
localement, telle ou telle dimension.
C'est de ça qu'on discuterait dans ce comité-là. Et je pense que le rôle
d'influence des directions d'établissement au sein de ce comité-là serait drôlement plus intéressant que s'ils étaient présents sur le conseil scolaire.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup, M. Thibeault, vous êtes dans les temps.
M. Proulx : ...ce matin. Merci.
Président (M. Auger) : Nous
allons poursuivre avec le porte-parole de l'opposition
officielle, M. le député de Lac-Saint-Jean, pour à peu
près 15 minutes.
M. Cloutier : Je vous remercie, M.
le Président. D'abord, peut-être une question un peu plus générale sur la perception des Québécois par rapport au travail des commissions
scolaires. Vous n'êtes pas sans savoir
qu'on a longtemps jonglé... ou du moins il y a une réflexion
permanente sur l'abolition ou non des commissions
scolaires. Là, le gouvernement nous arrive avec un projet de réforme, mais il y a eu mauvaise presse à plusieurs
égards, envers les commissions
scolaires, qui ne sont pas nécessairement liés à la pédagogie, à la
formation et davantage liés à l'utilisation des ressources.
Est-ce que
vous avez une réflexion, vous, par
rapport à ça, quant aux gestes qui
ont été posés, la formation des cadres,
la participation à certains forums pour approfondir des connaissances, qui de toute évidence ont suscité un débat important
au sein de la population québécoise et n'ont pas toujours reçu l'approbation,
je dirais, ce qui nous a amenés à une
certaine... à mon point de vue, à une forme de dérive sur l'utilité ou non des commissions scolaires et qui a justement
donné mauvaise presse? Parce que
vous avez sûrement eu à avoir une réflexion par rapport à ça. Puis est-ce que tous les outils se retrouvent dans la loi
actuelle pour nous assurer de la maximisation de l'utilisation des ressources?
Le Président (M. Auger) :
M. Thibeault.
Thibeault (Raynald) : En
fait, beaucoup de choses à dire là-dessus. Puis j'aime bien
quand vous parlez de dérive. Puis je
ne pense pas que les fédérations ou associations de directions d'établissement qui vont se présenter ici vont militer en faveur de l'abolition
des commissions scolaires. La pire nouvelle qui pourrait arriver, pour les
directions d'établissement, c'est de dire qu'il n'y a plus de commission scolaire, il n'y a plus de service au siège
social, il n'y a plus de service au centre administratif. Si on transférait... Parce
qu'encore une fois, puis ce n'est pas flagorneur, mais encore une fois, par respect pour le travail que ces
gens-là font dans leurs milieux, autant les centres que les écoles, tout le
travail qu'ils ont déjà à faire
directement sur le terrain avec les élèves, avec les parents, avec le
personnel, et ainsi de suite, fait en
sorte que, si on leur demandait en plus de s'organiser et de s'occuper du
transport scolaire, si on leur demandait de s'occuper d'avoir les connaissances comptables approfondies, si on leur
demandait de maîtriser toutes les subtilités légales par rapport à la
gestion de personnel, et ainsi de suite, si on leur demandait de consacrer un
certain nombre de temps à faire des
recherches sur tout ce qu'il peut y avoir en termes de développement
pédagogique, si on ne les soutenait pas au niveau de la gestion des conventions collectives, et ainsi de suite,
je pense que ce ne serait vraiment pas respectueux de la part des
directions d'établissement, qui en ont déjà très, très large.
Vous avez
raison de dire que malheureusement, je le dis, malheureusement il y a eu trop
de mauvaise presse à l'égard de
l'existence, ou de la raison d'être, ou du travail, ou de la pertinence du
travail des commissions scolaires, c'en est effectivement triste, mais, quand on voit tout le travail qui est
fait de soutien... Puis je suis obligé de prendre comme exemple chez nous. Puis, quand on parle aux
directions d'établissement, j'ai toujours le même son de cloche : Une
chance que les services sont là!
Puis, je vous assure, très, très, très souvent on entend le témoignage
qu'autant les services éducatifs que
les ressources financières, matérielles, humaines, et ainsi de suite, apportent
un soutien et une collaboration aux écoles, qui, sans ça, auraient des éléments de distraction fort importants. Tout
le temps que les directions mettraient à organiser le transport, mettraient à organiser... à gérer
les conventions collectives, et ainsi de suite, elles ne pourraient pas jouer
le rôle de leader pédagogique au sein de leurs écoles.
Puis je pense
que... On a dit qu'ils ne sont pas seulement des leaders pédagogiques, ils sont
des leaders au niveau de l'administration de leur école. On n'a aucun
problème avec ça.
Donc, je
résume ma grande intro en vous disant que, fondamentalement, un
objectif, si j'avais à le résumer comme ça, des commissions scolaires,
des sièges sociaux, ce serait d'enlever tous les éléments de distraction des
directions d'établissement pour qu'ils jouent de la meilleure façon possible
leur rôle de leader pédagogique.
Cloutier : Je vais vous poser la question plus directement :
Est-ce que vous avez l'impression... Tu sais, il y a quand même des gestes qui ont été posés qui, le
moins qu'on puisse dire, ont suscité une discussion importante au sein de la population québécoise. Je pense à des
formations à l'étranger, je pense à des frais d'inscription à certains
colloques qui nécessitent une
réflexion. Est-ce que vous avez l'impression que tout ce qui a été énuméré dans
les dernières années était, en soi,
justifié... ou il doit y avoir un encadrement supplémentaire pour nous assurer
que les ressources sont pleinement utilisées?
Le Président (M. Auger) :
M. Thibeault.
Thibeault (Raynald) : Bien,
on est trois prêts à répondre. Très rapidement, je dors bien. Je pense qu'on
utilise bien les ressources, je vous
confirme qu'on utilise bien les ressources. M. Blackburn faisait allusion,
tout à l'heure, à notre fameux
pourcentage de frais administratifs. Le jour où les directeurs généraux, les
directions d'établissement, les cadres scolaires, qui eux aussi ont des
réunions, des rencontres de formation... Le jour où les principaux acteurs de
l'éducation ne prendront plus le
temps de se former, on aura un problème sérieux. Je pense que de se rencontrer,
de se donner les moyens pour être à la bonne place au bon moment, avec
les bons outils, c'est tout à fait pertinent.
On ne sera
jamais à l'abri d'un regard externe qui juge sur... et qui isole les
dimensions. C'est moche, j'en conviens, c'est moche. Mais, je vous le répète, je dors très bien la nuit, parce
que ce qu'on regarde passer actuellement est toujours défendable.
Ceci étant,
quand la première nouvelle sort en dénonçant quelque chose, d'arriver en
deuxième après et de justifier, ça ne
marche pas, ça ne marchera jamais, on compose avec ça. Mais notre niveau de
confort, il est très, très grand avec les investissements qui sont faits
au niveau de la formation du personnel dans son ensemble.
M. Bernard
(Michel) : Bien, moi,
j'ajouterais qu'on peut quand même constater un changement assez important
quant au niveau de sensibilité de la
population, hein? Il y a 25 ans, on fonctionnait d'une façon dans le
secteur public; aujourd'hui, on ne
peut plus fonctionner de la même façon. Donc, le niveau de sensibilité de la
population, qui est fort légitime, d'ailleurs, a beaucoup augmenté.
Ça ne veut
pas dire que de temps en temps il n'y aura pas des erreurs de faites, bon, on
est des humains comme tout le monde,
le réseau, comme tout le monde. Le problème qu'on observe, cependant, c'est
que, malgré cette grande sensibilité, qui s'est accentuée avec le temps,
tout le monde n'est pas traité avec la même sensibilité. Au même moment où
publiquement on voyait un congrès d'un groupe soit de directions d'école,
cadres scolaires, peu importe, deux jours
après il y avait le même genre de congrès avec des élus — je ne nommerai pas le secteur — qui était dans un hôtel cinq étoiles, même chose, il y en avait
aussi au secteur de la santé dans la même semaine. Pas un mot. Pas un mot de
personne.
Alors, il y a
aussi un changement qui s'est entrepris lorsque des gens ont commencé à évoquer
le fait que : Ça a-tu de
l'allure, les commissions scolaires, ce qu'elles font?, etc. Des problèmes, on
va en trouver partout, dans tous les secteurs, mais il y a eu, excusez
l'expression, une espèce de «spin» qui s'est créé, qui fait en sorte que...
Puis je peux vous donner un exemple
chez nous, là, à Sherbrooke. Quand est arrivée une tempête de neige qui en une
heure seulement, le matin, lorsque les autobus sont partis... on n'a pas pris
la bonne décision, il était trop tard, on
y a goûté, je vous jure, ça a duré deux semaines dans les médias. Mais là,
woups! ça a renforcé le «spin», en disant : Encore une fois les
gestionnaires! On devrait tout faire partir ça, ces gens-là.
C'est
un peu la dynamique qu'on observe actuellement. Et ça n'empêche pas ce que
M. Thibeault vous a dit avec éloquence, que les gens, ils
travaillent fort, qu'ils sont nécessaires pour assurer une meilleure réussite
pour les élèves.
Cloutier : Bien, c'est un peu le danger qui nous guette. C'est-à-dire
qu'au-delà de l'identification de certaines problématiques il ne faut
pas jeter le système lorsqu'il arrive des situations qui peuvent être corrigées
différemment, c'est là que je veux en venir.
Et je pense tout de même que fort est de constater que la pente est à remonter,
à mon point de vue, dans l'administration scolaire.
Maintenant,
ça ne veut pas dire pour autant que le modèle qui nous est proposé va être
mieux que celui qui existe présentement,
et je pense qu'on devrait davantage travailler sur ce qui existe présentement
pour, en bout de course, avoir quoi? Améliorer la réussite de nos
jeunes.
Vous
avez dit d'entrée de jeu qu'on avait un des meilleurs systèmes d'éducation au
monde. Je ne suis pas convaincu que
les statistiques de diplomation appuient une telle affirmation, surtout quand
on se compare aux voisins plus immédiats, certainement pour la
diplomation.
Maintenant,
je connais les résultats, vous allez me dire, à l'international en
mathématiques, en sciences, etc., puis c'est
vrai qu'on fait bien. En fait, il faut être fiers de ce qu'on a fait,
c'est-à-dire d'où on est partis par rapport à où on est rendus. Mais, je pense, la pente est encore
abrupte par rapport à ce qu'on doit faire et accomplir pour nous assurer
réellement d'avoir un des meilleurs systèmes d'éducation au monde.
Alors,
une fois que j'ai tout dit ça, vous dites : En bout de course, on est bien
partis, on fait mieux qu'on faisait, on augmente notre taux de diplomation,
mais qu'est-ce qui manque pour faire encore mieux, à votre point de vue?
Le Président (M.
Auger) : M. Blackburn, vous aviez demandé la parole.
M. Blackburn (Éric) : Bien, c'est un petit peu un complément à ce que mes collègues disaient.
Le réseau des commissions scolaires,
moi, je compare ça souvent... ce n'est pas une petite chaloupe, hein, ce sont
de gros paquebots. Je parlais tantôt...
Entre autres, l'exemple de la Montérégie, c'est une cinquantaine
d'établissements dans 23 municipalités. Mais, ce modèle-là, on l'a à la
grandeur de la province, ce qui fait que, quand arrive le temps de faire des
activités de perfectionnement auxquelles vous faisiez référence tout à l'heure,
on a des spécialistes en TI, on a des spécialistes dans le domaine de l'entretien de nos immeubles, ces gens-là, ce sont
les occasions qu'ils ont pour se regrouper ensemble, se partager, à
quelque part, les activités de développement professionnel dont ils ont besoin
et de faire en sorte que globalement, quand
on travaille en ressources humaines, quand on travaille en ressources
matérielles, on mette en place aussi
les meilleures pratiques administratives, pour toujours mieux influencer ou
mieux soutenir les écoles pour qu'on donne les meilleurs services
possible.
Est-ce
qu'il y a place à amélioration? Oui. Quand on parle qu'on est parmi les meilleurs au monde, je pense
que les statistiques, globalement,
nous placent dans les pelotons de tête et non pas dans les pelotons de queue.
Et on a fait du chemin exceptionnel
sur le plan de la persévérance scolaire, les taux de décrochage ont chuté d'une
façon importante, il y
a des exemples partout dans la
province. Je vous disais tantôt ce qu'on est en train de mettre en place pour
tout ce qui est... d'une façon beaucoup plus rigoureuse et stratégique
avec la gestion axée sur les résultats, la mise en place des meilleures pratiques pour tout ce que nous donne
la recherche, etc., la supervision pour limiter au minimum au hasard, que le hasard puisse agir sur les résultats des
élèves. Je pense que ce sont là quelques ingrédients, inspirés de ce qui se
fait entre autres en Ontario, parce qu'on travaille avec des Michael
Fullan, on travaille avec des John Hattie, pour nous permettre d'arriver
à de meilleurs résultats, des résultats qui sont comparables, où eux ont
réussi.
M. Cloutier :
Oui, mais avec...
M. Blackburn
(Éric) : Donc, on s'inspire de gens qui sont près de nous, qui sont
moins loin que ceux...
Cloutier : Mais est-ce que vraiment vous avez tous les outils
nécessaires pour y arriver? Quand, par exemple, on coupe des orthophonistes, des psychoéducateurs, quand je vois qu'à la
commission scolaire du Lac-Saint-Jean il y a un orthophoniste pour 6 000 étudiants, avec respect, il me semble
que de toute évidence il y a encore un problème d'encadrement pour les élèves à besoins particuliers, où ça
varie de façon phénoménale d'un endroit à l'autre, là. Au Lac-Saint-Jean, tu ne
fais rien que traverser à la commission scolaire en face, il y a quatre
orthophonistes pour moins d'élèves, alors que la commission de l'autre bord il
y en a juste un. Puis ça se peut... Puis ça, cet exemple-là, c'est un parmi
tant d'autres.
que je veux dire, c'est que, pour l'accompagnement des élèves en difficulté,
vous utilisez le modèle de l'Ontario. Ils
ont un modèle qui est différent du nôtre puis, à mon point de vue, qui
accompagne encore mieux les élèves en difficulté.
Est-ce
que vraiment on a tous les outils en place pour vraiment s'assurer d'augmenter
notre taux de diplomation au Québec?
Le Président (M.
Auger) : M. Blackburn.
Blackburn (Éric) : Bien,
moi, je pense, en tout cas, que présentement on est en train de se les
approprier pour faire mieux. Michel.
Le Président (M.
Auger) : M. Bernard.
M. Bernard
(Michel) : Bien, en fait,
dans le réseau de l'éducation, c'est un gros bateau, hein, ça bouge lentement.
Moi, je vous dirais, ce qu'il manque le plus
au réseau actuellement, là, c'est deux choses. La stabilité, tout le monde va
vous le dire, O.K.? Puis je ne parle pas des
ministres qui changent, là, bien respectueusement, je parle plutôt des
turbulences qui ne cessent d'être
observées au quotidien, on a vécu ça depuis les cinq dernières années. Et,
malgré cela, puis d'ailleurs on l'évoque dans le mémoire, malgré ces
turbulences et cette instabilité constantes sur la vision du ministère, sur les
exigences, sur les attentes, tantôt c'est
l'aide aux devoirs, tantôt c'est des livres, tantôt c'est pas de livre, les
gens sur le terrain, là, ils ont
besoin de stabilité. Pourquoi il faudrait que ce soit stable? Parce qu'on a
réuni, au cours des dernières années,
toutes les conditions pour qu'on atteigne les objectifs qu'on nous a confiés.
80 % de diplomation en 2020, on est en voie de l'atteindre malgré
ces turbulences, 1 million de compressions avec des coûts de gestion de
5 %, alors...
Cloutier : C'est ça que j'allais dire. Sauf que les budgets ne suivent
pas, malheureusement, mais ça, c'est un autre enjeu. Parce que vous utilisez un vocabulaire qui est pour le
moins courtois, dans votre mémoire, mais en réalité ce que vous venez de dire, c'est qu'on fait
exactement l'inverse. Je veux dire, si vous souhaitez de la stabilité, là, non
seulement on remet à peu près tout en question, les D.G., vous allez être
davantage redevables au ministre sans avoir les outils pour aller au bout de votre capacité à mettre en oeuvre ce qu'on
vous demande... On chamboule toute l'organisation scolaire au Québec puis, en bout de course,
pourquoi? Quels problèmes on essaie de régler puis à quoi vraiment on essaie
de s'attaquer?
Alors, moi,
ce qui m'inquiète de ce que vous dites, c'est que, dans le fond, ce que le
réseau a de besoin, c'est de la stabilité. Or, on fait exactement
l'inverse, puis en plus on n'est pas capable de dire quels problèmes on veut
régler.
Alors là,
vous avez dit : Peut-être qu'on pourrait... un meilleur système de gestion
des ressources, vous êtes ouverts à discuter
de ça, mais, quant à moi, ce sont des mesures qui sont un peu parallèles par
rapport à la profondeur du projet de loi
n° 86, qui revoit toute la gouvernance. Ce que j'essaie de dire, finalement,
c'est que vous identifiez des solutions plus simples, qui ne remettent pas tout en cause, à partir desquelles on
pourrait travailler, je pense, pour la suite des choses.
Le Président (M. Auger) : ...secondes,
M. le député.
M. Cloutier :
Alors, j'étais plus dans le commentaire, mais j'aurais aimé vous entendre
davantage sur les mesures à mettre en
place pour la réussite scolaire, puis qu'on a un projet de loi qui concerne
juste ce volet-là, et des ressources qui
sont nécessaires pour accompagner votre travail, parce qu'on peut bien dire
qu'on veut 80 % de diplomation, mais, dans la vraie vie, quand tu coupes les budgets des commissions
scolaires, puis qu'on se tourne puis on coupe les services de
professionnel, bien, inévitablement, on est à contre-courant de l'objectif
qu'on s'est donné.
Le Président (M. Auger) : Merci, M.
le député. Nous allons poursuivre avec le porte-parole de la deuxième
opposition, M. le député de Chambly, pour à peu près 10 minutes.
Roberge : Merci, M. le Président. Salutations à mes collègues, M. le
ministre et nos amis qui sont venus faire une belle présentation. On sent que vous avez une très bonne
compréhension du système, puisque vous avez les mains dedans à tous les
jours.
Pour rétablir un petit peu les faits, les
perceptions, c'est tout à fait nécessaire qu'on ait une structure administrative régionale, appelons-la commission scolaire, qui s'occupe des autobus,
vous l'avez mentionné, de l'entretien des bâtiments. Un support
logistique pour les directions d'école, pour les professeurs, même un support
juridique, on le voit, c'est absolument
nécessaire. On ne peut pas imaginer que chaque école soit à 100 %
indépendante, autonome, fassent leurs trajets
d'autobus. De toute façon, très, très souvent un autobus va faire un trajet sur
plusieurs écoles. Alors, on ne peut pas imaginer que chaque école
s'achète un autobus, là, c'est une évidence.
Par contre,
j'ai envie de vous poser la question. Les liens hiérarchiques dans le réseau...
De dire qu'on a besoin d'une instance régionale pour donner des services aux
écoles, pour accompagner les écoles, absolument pas question de remettre ça en question. Par contre, dans le
mémoire, à plusieurs endroits vous parlez d'un lien hiérarchique comme s'il
était vraiment important que ce soit
la commission scolaire qui soit décisionnelle plutôt que les écoles. Est-ce que
vous pouvez m'expliquer pourquoi
c'est donc important que les décisions soient prises au palier régional? Je ne
conteste pas qu'il y ait des services
qui soient offerts par le palier régional aux écoles. Ça, là, c'est impossible
de dire le contraire, le ciel est bleu, c'est bon. Mais pourquoi les
décisions, les orientations devraient-elles être prises au palier régional?
Le Président (M. Auger) :
M. Thibeault.
M. Thibeault
(Raynald) : Beaucoup de
choses sur le sujet. Dans toute organisation, si on veut qu'il y ait une
cohérence et une distribution équitable des
ressources... Parce que M. Blackburn le soulignait tout à l'heure, la
créature légale, c'est la commission
scolaire. Donc, il y a un budget commission scolaire, et ensuite il est
déployé. La beauté de la chose, dans
la mise en place des CRR, des comités de répartition des ressources, c'est
qu'on convient... Vous le présentez comme étant des décisions centrales
ou de la direction générale, mais en fait ce sont des décisions qui sont prises
en collaboration, prises en collaboration,
donc, entre la direction générale, les directions d'établissement majoritaires
et les directions de services
concernées. Ça fait qu'à ce moment-là on n'a pas de malaise à prétendre que la
direction ou l'orientation qui est
prise, bien qu'elle soit défendue plus tard au conseil scolaire par la
direction générale, elle est quand même élaborée et orientée par un travail de
collaboration avec les directions d'établissement, directions d'établissement
qui de toute façon travaillent, oui, avec la direction générale mais doivent
aussi avoir un lien de subordination.
Puis ça me
permet de faire une parenthèse sur quelque chose qu'on ne voulait pas échapper,
puis, comme je n'avais pas eu la
question encore, je vais le glisser là. On parle, dans le projet de loi, que la
nomination, justement, des directions d'établissement, pour la
nomination des directions d'établissement, il devrait y avoir la présence de
quelqu'un qui est membre d'un conseil
d'établissement. Pour nous, ne serait-ce que sur la dimension mécanique, ce
n'est pas applicable, ce n'est pas
applicable parce que... Je vais l'illustrer par un exemple très concret. J'ai
quelque 70 écoles à Marie-Victorin. L'opération d'affectation des directions d'établissement ou nomination,
ce n'est pas une réflexion qui se fait une fois dans un bureau, la direction générale assise toute
seule, c'est un travail de collaboration, et il y a deux, trois, quatre
versions. Ça fait que, s'il y avait
un membre des conseils d'établissement qui serait présent, ça voudrait dire
qu'il faudrait que je demande à
70 personnes représentant les conseils d'établissement d'être présentes
dans une salle à côté et les faire venir un par un pour donner leur point de vue sur qui va aller dans leur
école, ça fait que... Et ça, ce n'est pas à une reprise, c'est à
plusieurs reprises, parce qu'il y a une, deux, trois, quatre versions.
L'autre dimension, c'est que, pour différentes
raisons, il peut arriver qu'une direction d'établissement, parce qu'il y a un mandat spécifique à relever dans un
établissement, parce qu'il y a une préoccupation particulière, parce qu'il y a
un cheminement particulier de la direction
en question, on doive l'affecter dans une école en particulier, mais c'est des
dimensions ou des considérations tout à fait
administratives, ce qui fait qu'on ne peut pas demander à quelqu'un du conseil
d'établissement d'être témoin ou de partager
cette information-là. Ça fait que, pour la nomination des directions d'établissement, non seulement mécaniquement, mais
éthiquement, pour nous, ce n'est pas une bonne idée que les membres des
conseils d'établissement soient présents.
Cependant,
l'ouverture, elle est là quant à la présence de membres de conseil
d'établissement pour les banques, quand
arrive le temps de constituer les banques de direction d'établissement, donc
des comités de sélection, si vous voulez. Pour nous autres, ça apparaît...
Et, le lien de subordination, on le voit comme
un lien de subordination où la direction générale est là avec ses services pour superviser ou être le patron des
directions d'établissement, mais il faut aussi voir que le directeur général
est aussi le patron... ou la direction générale est aussi le patron des
directions de services puis qu'au-delà du lien hiérarchique il y a aussi beaucoup, pour ne pas dire passionnément une
relation de soutien et d'accompagnement, et, pour nous, c'est fondamental. Puis l'accompagnement de
la direction générale auprès de ses cadres, c'est ce qui va permettre le développement, la cohérence dans l'ensemble de
l'organisation puis, je le disais tout à l'heure, je vais me permettre de le répéter, qu'il n'y ait pas de ghettoïsation
dans les écoles ou dans les établissements, qu'un établissement se développe,
pour différentes considérations, à une vitesse autre qu'un autre.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Chambly.
M. Roberge :
Merci. Sur un tout autre sujet, page 11 de votre mémoire, vous parlez de
processus de gestion axée sur les résultats. Vous dites : «...les
directions générales des commissions scolaires et les directions
d'établissement [peuvent] compter sur de puissants leviers de changements»,
vous avez peur que ça parte... c'est-à-dire «pouvaient» compter sur de
puissants leviers de changement.
Vous nous
avez parlé, dans votre présentation, de l'objectif, là, 80 % en 2020.
C'est intéressant. Il faut se donner des
objectifs pour les atteindre. Dans la vie, c'est évident que, si on n'a pas
d'objectif, on ne travaille pas pour les atteindre.
Par contre,
je parle à beaucoup d'enseignants qui me parlent des dérives de ça, qui est une
espèce de pression pour la note, une
espèce de pression pour faire passer des jeunes parce qu'il faut atteindre des
chiffres, là, il y a quelqu'un quelque part
qui a dit que c'était le chiffre qu'il fallait atteindre. Et cette organisation
hiérarchique que vous défendez avec vigueur, bien, hiérarchie, il y a aussi une notion de pouvoir, une notion
d'évaluation, puis moi, je sais que ça part d'en haut, ça va aux directions d'école, les directions d'école se
retournent vers les profs : Attention! On n'atteindra pas notre cible de
réussite.
Comment
faire pour se donner des objectifs mais ne pas niveler vers le bas? Parce qu'on
a bien beau dire qu'il n'y en a pas,
là, moi... il y a beaucoup de profs qui nous disent que, oui, il faut qu'il y
ait des élèves qui passent parce qu'il faut que les statistiques soient
atteintes puis il faut que les jeunes réussissent parce qu'il faut atteindre
telle cible. Alors, comment on s'en sort avec le lien de hiérarchie auquel vous
tenez tant?
Le Président (M. Auger) :
M. Thibeault.
M. Thibeault
(Raynald) : Très rapidement.
Puis je sens que mes collègues ont le goût de répondre quelque chose
aussi, là, ça va être en trio.
Le Président (M. Auger) : ...les
mains sont levées.
M. Thibeault (Raynald) : Les
mains sont levées, effectivement.
Écoutez, actuellement
il existe un outil qui s'appelle les conventions de gestion, et par le biais
des conventions de gestion on a à déterminer des cibles, donc les cibles
auxquelles vous faites allusion, mais il faut se rappeler que les cibles
sont déterminées par la direction d'établissement en collaboration avec les
enseignants de l'école. Il est vrai que dans certains
établissements il y a des directions... des enseignants, excusez-moi, qui ne
participent pas à l'élaboration des cibles ou à la détermination, je devrais dire, des cibles, mais dans une très
forte proportion... Puis je me rappelle, à l'époque où les
conventions de gestion sont arrivées, il y a eu une résistance très, très forte
de plusieurs syndicats, de plusieurs enseignants
à la mise en place des cibles. Cependant, après plusieurs années, ces
conventions de gestion là, force est de constater qu'elles font le travail puis elles sont un outil très, très
intéressant pour la direction générale, en complicité — et c'est le bon mot — en complicité avec la direction
d'établissement pour convenir des moyens à atteindre les cibles, cibles
qui ont été déterminées techniquement et normalement avec les membres du
personnel. Ça veut dire que, s'il y a une pression... puis j'espère que quelque
part les enseignants s'en mettent une eux-mêmes, parce qu'ils ont aussi cette responsabilité-là, mais c'est une responsabilité
qui n'appartient pas qu'aux enseignants, c'est une responsabilité qui est
partagée avec la direction générale, avec les professionnels, avec le personnel
de soutien...
Président (M. Auger) : Si vous voulez tous parler... Il ne reste
que deux minutes. Donc, si vous voulez que vos collègues puissent...
M. Thibeault
(Raynald) : Oui. Bien, c'était pas mal ça que je voulais dire.
Le Président
(M. Auger) : M. Blackburn. Deux minutes.
M. Blackburn (Éric) : Merci. En complément, donc, simplement vous dire
que, oui, effectivement, la gestion axée sur les résultats, je pense que
ça fait toujours peur, hein, les mots en soi, là, ça met une pression, puis on
est en éducation, ce n'est pas toujours
simple. Mais moi, je préfère parler de démarche d'amélioration continue. Et,
quand on l'utilise de cette façon-là, il n'y a personne qui peut
dire : Non, on ne cherche pas à s'améliorer.
les premières cibles, elles arrivent, dans le fond, des priorités
gouvernementales en matière d'éducation. La cible de 80 %, c'est une cible provinciale qui nous est transférée.
Et nous, on travaille avec nos équipes-écoles et on voit dans chacun de nos établissements c'est quoi, la
part de marché qu'un établissement est en mesure... puis je parle un peu
en scientifique de cette façon-là, mais
c'est quoi, la contribution d'une école à ce résultat-là, qui est le besoin et
qui est le souhait d'une société pour
répondre à ses propres besoins. Dans une école, ça va être l'histoire d'un
élève sur lequel on va tabler
davantage. Dans une autre, ce sera pour deux ou trois autres élèves. Mais
jamais on ne fera de pression indue sur quelque acteur que ce soit, sinon que de se placer dans une démarche d'amélioration continue dans le but de contribuer à un résultat global qui est
celui des orientations gouvernementales en matière d'éducation.
Le Président
(M. Auger) : Un dernier 45 secondes, M. Bernard.
M. Bernard (Michel) : Oui. Bien, en fait, moi, je voudrais évoquer
simplement le fait que le projet de
loi, il ne peut pas prévoir comment les humains doivent se
comporter non plus, hein? Alors, il y a une question de relations humaines.
Quand on parle de cibles à atteindre, la
pression à laquelle vous faisiez référence, demain matin on enlève les cibles,
hein, il faut encore qu'il y ait de la supervision, tout le monde pense
que c'est important. Alors, la direction d'école qui va rencontrer un enseignant ou une enseignante, qui lui dit : Tu as
62 % de tes élèves qui ont échoué, l'enseignante va subir la même pression, même s'il n'y a
pas de cible, il faut absolument mettre
en place des mesures pour corriger la
situation. Alors, ça va toujours exister.
Maintenant,
comme l'a évoqué M. Thibeault, on progresse peu à peu. C'est un gros
bateau, l'éducation. Puis plus on avance, plus c'est vu
positivement.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Donc, MM. Bernard, Blackburn
et Thibeault, merci beaucoup de votre participation.
Je suspends les
travaux quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place.
Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 11)
Présidente (Mme Rotiroti) : Alors, rebonjour. Je souhaite la bienvenue à l'association... au
Collectif Éducation sans frontières.
Merci d'être là. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
faire votre présentation, et par la suite
on passera à une période d'échange entre les élus. Alors, je vous demanderais
juste de vous identifier ainsi que les gens
qui vous accompagnent, et vous pouvez commencer tout de suite votre
présentation par la suite. Alors, la parole est à vous.
Mme Buisson
(Anne) : Alors, bonjour. Je suis Anne Buisson, du Collectif Éducation
sans frontières. Voici Linda Guerry et Steve Baird. Alors, merci de nous
accorder votre attention.
Donc,
avec mes collègues, nous allons vous présenter pourquoi nous considérons que
les changements proposés par la loi n° 86, par le projet de loi, sont insuffisants en ce qui concerne l'accès
gratuit à l'école publique pour les enfants à statut d'immigration
précaire.
Alors,
le Collectif Éducation sans frontières s'est constitué à Montréal
à l'automne 2011. Il réunit des migrants et leurs alliés, parents, étudiants, enseignants, chercheurs et
militants, des personnes, donc, qui se sentent concernées par le problème
du non-accès à l'école publique en raison du statut d'immigration. Son objectif est que le droit à l'école gratuite pour
tous les enfants soit respecté au Québec et que son application ne rencontre
aucune entrave.
Alors, quelle
est la situation actuelle? Penchons-nous d'abord
sur ces enfants en situation d'immigration précaire. Qui sont-ils? Alors, il
s'agit, par exemple, des demandeurs d'asile refusés qui sont malgré tout restés
ici et qui deviennent alors sans
statut. Il s'agit également des enfants qui n'ont pas vu leur statut renouvelé,
par exemple des enfants de travailleurs temporaires et qui sont devenus également sans statut, ou alors encore
des enfants qui ont le statut de visiteur parce qu'ils n'arrivent pas à
obtenir d'autre statut. Vous voyez, il s'agit de situations diverses.
Combien sont-ils? Nous parlons de plusieurs
centaines, voire plusieurs milliers d'enfants.
Actuellement,
les parents de ces enfants doivent payer environ 6 000 $ par année et
par enfant pour les scolariser. C'est
évidemment une barrière financière qui a pour conséquence des situations de
non-scolarisation, hein, cela concerne plusieurs
centaines d'enfants. Aussi, vous comprendrez que l'obligation de payer des
frais de scolarité complique, retarde et entrave une fois encore la
scolarisation de nombreux enfants.
Alors, pourquoi cette situation? Cette
discrimination est inscrite dans la loi et découle de son application. Actuellement, pour accéder gratuitement à l'école,
il faut que les parents aient un statut d'immigration non précaire, donc
ces enfants n'ont pas le droit à l'école gratuite selon la législation
actuelle.
À cette
exclusion inscrite dans la loi se sont ajoutées, au fil des années, des
catégories d'enfant exemptées des frais
de scolarité, par exemple les demandeurs d'asile. Aujourd'hui, à l'heure
actuelle, il y a 23 catégories d'enfant exemptées de ces frais. Alors, vous comprendrez que l'application de ces
règlements est très compliquée sur le terrain.
En effet, la
complexité des règlements, donc, des multiples exemptions, auxquelles se sont
ajoutées de nouvelles exemptions en
2013, a souvent des conséquences assez graves. Par exemple, des parents se font
dire que leurs enfants ne sont pas
admissibles alors qu'ils le sont, ou bien encore certains qui ont le droit à la
gratuité se font présenter des factures. Alors, c'est d'autant plus un problème que les règlements sont souvent
ignorés par le personnel chargé d'inscrire les enfants aux commissions
scolaires.
Donc, je cède
maintenant la parole à Linda Guerry, autre membre du collectif, qui va vous
présenter ce que propose le projet de loi n° 86 et ses lacunes que
nous souhaitons souligner aujourd'hui.
Mme Guerry
(Linda) : Bonjour. Alors, le
projet de loi, s'il élargit la gratuité scolaire, puisqu'il l'élargit,
maintient cependant trois catégories
d'enfant exclues de la gratuité. Ces trois catégories sont les élèves ayant un
statut de visiteur, les élèves admis
au Québec afin d'y poursuivre des études et enfin, troisième catégorie, les
élèves n'ayant pas de résidence au Québec pendant l'année scolaire.
Nous considérons que le maintien de catégories
d'enfant exclues de la gratuité scolaire ne règle pas le problème. Pourquoi?
Nous connaissons des enfants qui, si le projet de loi n° 86 est adopté,
resteront exclus de la gratuité scolaire car ils ont le statut de visiteur, faute d'obtention d'un autre statut.
Ces enfants vivent dans des situations précaires. Le maintien de cette catégorie d'exclusion, celle de visiteur,
va pénaliser les enfants les plus pauvres. Une famille de trois enfants devrait
payer des frais de 20 000 $ par année. La barrière financière
va inévitablement conduire à des situations de déscolarisation.
Aussi, ce
projet de loi ne respecte toujours pas l'accès universel à l'éducation gratuite
sans discrimination. Donc, cet accès universel à l'éducation gratuite
est consigné pourtant dans les instruments de protection des droits humains
comme la Déclaration universelle des droits de l'homme, dans son
article 26, ou la Convention relative aux droits de l'enfant,
article 28, à laquelle, nous le rappelons, le Québec s'est déclaré lié par
l'adoption d'un décret en 1991.
Nous souhaitons rappeler que ce droit
fondamental à l'éducation gratuite est reconnu dans la plupart des pays occidentaux, que ce soit dans la plupart des pays
européens mais aussi aux États-Unis. Au Canada, en Colombie-Britannique,
tout enfant qui a une résidence habituelle dans la province a droit à l'école
gratuite.
Je passe la parole à Steve Baird, qui va vous
présenter nos recommandations.
M. Baird (Steve) : Bonjour.
Nous avons deux recommandations.
La première
répond à un problème grave que notre expérience sur le terrain nous a révélé,
ce problème est celui de la
confidentialité. Le fait de garder liés l'accès à l'éducation et le statut d'immigration des enfants pose des problèmes au moment
de l'inscription. Pour de nombreuses familles, révéler leur situation de
sans-statut peut avoir de lourdes conséquences,
car ces familles sont souvent à risque de déportation. Vous comprendrez que le
projet de loi actuel va se traduire
sur le terrain par la demande aux familles de révéler leur situation de
sans-statut. Cette situation va entraîner le maintien hors des écoles de
plusieurs enfants en raison de la crainte des parents.
À ce problème
de déscolarisation s'ajoutent d'autres problèmes de confidentialité. Le
personnel scolaire a généralement des
intentions louables, mais il peut exister des exceptions. Nous avons été
témoins de dénonciations et de menaces
de dénonciation à l'encontre de ces familles. L'absence de garde-fous, par
exemple une garantie de la confidentialité, peut entraîner des graves
problèmes pour ces familles.
Pour répondre
à ces problèmes de confidentialité, il est impératif que des directives claires
et officielles soient énoncées de
façon que le travail des personnels des écoles et des commissions scolaires
soit clairement distinct du travail des
agents d'immigration. L'école devrait être un lieu sûr et protégé, où les
enfants ne devraient pas vivre dans la crainte d'être dénoncés.
Notre deuxième
et principale recommandation, à la fois simple et juste, qui réglerait tous les
problèmes que nous avons présentés,
est la suivante : Que le droit à l'école publique et gratuite soit
respecté au Québec pour tous les enfants, peu importe le statut d'immigration. Nous demandons que l'accès à
l'école publique ne soit pas conditionnel au statut d'immigration des étudiants. Tout enfant installé
ici, de passage ou y vivant provisoirement devrait avoir accès gratuitement
à l'école publique. C'est un droit fondamental pour tous les enfants, sans
exception.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. Alors, on va passer à
la période d'échange, et je cède la parole à M. le ministre pour environ
14 minutes.
M. Proulx : Merci, Mme la Présidente. D'abord, merci d'être
ici aujourd'hui. Vous parlez d'un enjeu qui est précis dans le projet de loi, là, si je me rattache au
projet de loi. Vous avez également des considérations d'ordre beaucoup plus
général, mais, si je me rattache au projet de loi qui est devant nous...
D'abord, j'aimerais ça que vous puissiez nous
expliquer un peu plus ce que vous voulez dire par prévoir des dispositions qui garantissent la confidentialité
des informations, juste pour mieux comprendre, là, où dans le projet de loi...
ou si vous dites : Ce n'est pas dans le
projet de loi, mais on devrait le faire dans la
Loi sur l'instruction publique.
Juste bien camper, si vous le pouvez, la problématique.
Mme Guerry
(Linda) : Alors, en fait, j'aurais une solution assez simple
pour régler ce problème de confidentialité, c'est-à-dire que c'est de séparer le statut d'immigration du droit à l'éducation gratuite, comme ça les familles n'auraient
pas besoin de révéler leur statut ou leur
non-statut, plus précisément, pour inscrire leurs enfants. Du coup, c'est vrai
que ça réglerait le problème qu'il
peut y avoir et que Steve a bien expliqué, que les familles devraient, selon ce
projet de loi, révéler leur situation de famille sans
statut, et toutes les conséquences que ça peut avoir. Donc, de séparer accès à l'éducation et statut d'immigration nous
semble la meilleure solution pour régler ce problème de confidentialité.
La commission scolaire de Toronto, ils ont adopté, eux, un principe qui s'appelle Don't Ask Don't
Tell et qui est de ne pas demander le
statut d'immigration des personnes, en fait, au moment de
l'inscription dans les écoles. Donc, c'est vrai que ça réglerait le
problème que les familles... Par exemple, des cas, fournir une preuve de
domicile, une pièce d'identité, et puis on pourrait les inscrire, voilà. Je ne
sais pas si ça répond à votre question.
Proulx : Ce que vous dites,
dans les faits, et je reprends l'exemple que vous avez donné en Ontario, c'est : Faisons en sorte — c'est
votre proposition — que la
Loi sur l'instruction publique vienne dire : S'il y a un enfant qui par la situation de ses parents ou par lui-même ne se
retrouve pas avec un statut, on va dire, normalisé par rapport à ceux qu'on
détermine par nos lois sur l'immigration et par les lois du Québec, donnons-lui
quand même accès à l'éducation et permettons-lui
d'aller à l'école sans avoir à dévoiler des renseignements qui autrement
pourraient, j'imagine, dans certains cas, compromettre son statut ou
celui de ses parents.
Vous avez
également dit... Parce que, bon, vous avez, je pense, remarqué que le projet de
loi change la dynamique actuelle par
rapport à des élèves ou des enfants sans papiers, tels qu'on les a appelés. Là
où j'avais une préoccupation, en
lisant votre mémoire, c'est que vous dites : Il faut même aller jusqu'à
permettre l'accès à l'éducation, par exemple, aux enfants visiteurs.
Alors, est-ce
que vous, vous avez vous-mêmes, lors de votre réflexion, établi des limites,
là, à la possibilité de voir des enfants
qui sont ici pour des courtes périodes, pour des séjours... Comment vous avez
évalué ça lorsque vous avez dit...
Bien, je comprends la règle, vous dites : Enlevons toutes les barrières, à
la limite enlevons tous les frais de scolarité, permettons à toute
personne qui est sur le territoire d'aller à l'école. Ça me semble plus
complexe que ça, d'aller à l'école et de s'y
inscrire. Pouvez-vous juste m'expliquer comment vous, vous-mêmes, là... Est-ce
qu'il y a des balises dans ce que
vous dites ou est-ce qu'il y a des limites à la proposition que vous faites,
là, actuellement, là... ou, à la limite, même des limites, je me répète? Mais est-ce qu'il y a des incapacités à
l'égard de notre système actuel? On ne peut pas se mettre à avoir des gens qui arrivent à différents
moments dans la classe pour y repartir. Je veux juste essayer de comprendre
ce qui sous-tend cette logique.
Mme Buisson (Anne) : Alors,
j'aurais deux réponses à vous apporter, M. le ministre.
Tout d'abord,
nous réitérons que le droit à l'éducation est un droit fondamental. Je veux
dire, une société... notre société
québécoise ne peut pas se dire aussi progressiste... Je vous entendais parler
d'exemple, et c'est vrai à bien des égards sur le système éducatif. Et donc nous considérons que le droit à l'accès
à l'éducation pour tous les enfants, gratuite, est un droit fondamental
que l'on ne doit pas remettre en cause.
Alors, je
comprends vos préoccupations. Sachez que lors... Il y a deux idées que
j'aimerais déconstruire un petit peu.
Déjà, la situation des enfants qui ont des statuts de visiteur, donc, on parle
quand même de situations très marginales. On a l'impression qu'il y a des hordes d'enfants qui nous attendent aux
portes du Québec, qui n'attendent qu'une seule chose, c'est qu'on vienne s'inscrire gratuitement; je vous rassure, ce
n'est absolument pas le cas. Donc, déjà, je pense que sur le terrain la
situation est très, très marginale.
Et en plus je ne pense pas que ça inciterait...
Parce que j'ai déjà entendu ça en parlant avec le président de la commission scolaire de Marguerite-Bourgeoys, par
exemple, qui, donc, avait le souci de se dire : Est-ce qu'on va attirer
comme ça de nouvelles personnes qui vont,
bien, se rendre compte qu'au Québec c'est possible d'éduquer ses enfants
gratuitement? Je pense que, là aussi, c'est un mythe qu'il s'agirait de
déconstruire.
Donc, nous,
notre argument principal, c'est que ce n'est pas possible que le Québec soit
une des rares sociétés occidentales à dénigrer ce droit fondamental.
C'est ça, notre argument principal.
M. Proulx : Vous
dites — et
vous le dites dans votre mémoire, là : Les catégories d'élève exclues de
la gratuité qui sont maintenues vont
pénaliser les familles les plus précaires. Une de ces catégories-là,
c'est les étudiants étrangers. Les frais
de scolarité... Et là parlons moins
des tout-petits, mais parlons notamment des plus grands. Ils sont inscrits ici, les
familles paient les droits de scolarité pour qu'ils puissent avoir un diplôme à
la fin de leurs études supérieures.
J'aimerais ça
peut-être que vous nous donniez un portrait, justement,
des catégories, bon, qui sont exclues et qui, pour vous, devraient être incluses parce qu'en situation précaire. Peut-être me
donner des exemples de ce que ça représente. En nombre, je comprends que c'est difficile, mais au moins nous donner des
situations de vie pour que je puisse le comprendre.
Mme Guerry
(Linda) : Alors, bien, moi,
je connais actuellement deux familles, par exemple, que j'ai aidées, accompagnées pour leur inscription à l'école, pour
l'inscription de leurs enfants à l'école, et qui ont demandé plusieurs fois d'autres statuts, qui se sont vu refuser des
statuts et qui, faute d'obtenir un autre statut, ont le statut de visiteur. Et
ces familles vivent dans la
précarité. Et, du coup, si le projet de loi actuel est adopté, elles devront
continuer à payer des frais, alors
qu'elles sont dans la même situation qu'une famille, par exemple, qui serait
sans statut. Donc, en fait, on parle de précarité de situation. Et certaines familles passent par la case
visiteur en attendant d'avoir un statut qui leur permettrait d'obtenir une situation plus stable. Donc, en
fait, il y a des familles, aujourd'hui... Donc là, si le projet de loi actuel
passe, ces familles, comment elles
vont faire? On va continuer à leur présenter des factures, elles vont recevoir
les factures, dont une famille qui a
trois enfants, donc ça fait 20 000 $ par an. Ils vont avoir des
difficultés pour scolariser leurs enfants.
Donc, voilà.
Donc, ça, c'est une des catégories, un exemple qui fait que, si on maintient
des catégories d'exemption de la
gratuité, ça crée forcément de l'exclusion, à partir du moment où on exclut, et
ça pénalise les plus démunis. Ce n'est pas
les catégories... Ce n'est pas des immigrants avec des statuts de visiteur qui
ont de l'argent qui vont être pénalisés dans ces cas-là, ça va être les
familles les plus démunies qui ont un visa de visiteur faute d'avoir un autre
statut.
Proulx : Ce que vous dites,
avant de passer la parole à un de mes collègues qui avait également des
questions pour vous, c'est : On
fait un bout de chemin, mais, pour vous, le bout de chemin n'est pas suffisant,
c'est ce que je comprends.
Mme Guerry (Linda) : C'est ça, ce
n'est pas suffisant. Tout à fait.
M. Proulx : Merci. J'ai un collègue
qui avait des questions pour vous. Merci.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci. Alors, M. le député de D'Arcy-McGee, il vous reste cinq minutes.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre exposé sur un enjeu particulier mais
assez important.
Premièrement,
vous allez convenir avec nous qu'il y a un bon pas de l'avant fait par ce
projet de loi là, parce que c'est un
dossier de longue date, et il me semble qu'on comble la brèche dans plusieurs
instances. Est-ce qu'on s'entend là-dessus?
Mme Guerry (Linda) : Oui. Juste
ajouter, donc, qu'une des limites du projet de loi, c'est qu'il maintient des
catégories exclues de la gratuité scolaire, mais aussi qu'il maintient statut
d'immigration et accès à l'école gratuite. C'est-à-dire
que les familles vont devoir continuer à prouver qu'elles sont sans statut, par
exemple, pour avoir droit à la gratuité. Donc, ça va impliquer, de fait,
des situations de déscolarisation. En fait, le fait de garder lié, ça va
forcément produire de l'exclusion... enfin,
de l'autoexclusion, du coup, parce qu'on va avoir peur de révéler son statut
d'immigration. Les personnes, vu la complexité... On maintient trois
catégories, mais on maintient les règlements, donc ça crée une complexité. Déjà, pour s'y retrouver, c'est
compliqué. Même, les familles ne sauront peut-être pas si elles ont droit à la
gratuité ou si elles n'ont pas droit à la
gratuité. Donc, le fait de garder liés statut d'immigration et accès, ça va
créer d'autres problèmes, en plus des catégories qui sont maintenues, de
paiement.
M. Birnbaum : En même temps, vous
allez comprendre qu'il y a des questions de l'organisation scolaire, les
responsabilités légales des conseils, commissions scolaires, le ministère, et
tout ça. Et, dans ce sens-là, je veux juste vous
inviter d'être très clairs sur la catégorie des visiteurs. À
titre d'exemple,
c'est tout à fait normal d'entendre qu'on ne parle pas de grand nombre d'individus, mais admettons qu'on aurait un
exemple des visiteurs qui sont ici pour une période indéterminée mais qui est assez limitée, qui revendiqueraient
pour une place dans une classe de troisième année qui est déjà remplie
avec le nombre d'élèves exigé ou maximum et qui risquent d'être ici pour trois,
quatre semaines. Qu'est-ce que vous proposez
pour assurer qu'une telle situation est évitée... ou est-ce que vous prônerez
quand même le principe de libre accès à l'école?
Mme Guerry
(Linda) : Bien, je pense que
tout enfant devrait être scolarisé, il n'y a aucun enfant qui devrait rester
à la maison, que ce soit deux semaines,
trois semaines, qu'il soit là six mois, un an. En fait, que ce soit un séjour
temporaire, provisoire, un enfant, sa
place, c'est à l'école, ce n'est pas chez lui. Ce n'est pas chez lui, ou dans
un hôtel, ou quelque part, là. C'est
un enfant, il doit être scolarisé, peu importe la durée du séjour, l'intention
de la famille. Bien, c'est le cas dans
plein de pays, quoi, ça se passe dans plein de pays, et il n'y a aucun problème
avec ça. Et on ne va pas limiter l'accès à l'éducation en se disant : Il n'y a pas de place dans les écoles,
enfin, il y a des enfants qui naissent tous les jours qui sont scolarisés, il y
a des... Donc, ça ne devrait pas être un argument, selon nous. Tout enfant
devrait avoir sa place à l'école, quel
que soit le statut des parents, quelle que soit la durée de son séjour au
Québec, voilà. On pense... On défend cette...
Buisson (Anne) : Si je peux
me permettre d'ajouter au niveau de l'organisation, parce que je comprends
que c'est un souci... Deux choses. Au niveau des commissions scolaires, lors de
l'inscription, c'est très compliqué maintenant. Donc, de
ne plus demander les papiers, finalement, ça va mais lever beaucoup de
démarches, donc ça va faciliter, évidemment,
au niveau de l'organisation, de l'inscription pratique des enfants, ça va être beaucoup,
beaucoup plus facile à organiser.
Et, d'un
autre côté, en termes pédagogiques, parce que moi, je suis enseignante, donc,
l'inclusion, en fait, d'enfants dans
des structures scolaires se fait quand même relativement facilement, parce
qu'il faut voir ça comme un cheminement pour l'enfant, d'une école. Et ça peut être, au contraire, une
expérience très bénéfique pour le développement de l'enfant, d'avoir
cette expérience même sur un court terme, à mon sens.
Birnbaum : D'accord, c'est assez clair. Une dernière question. Quand
on parlait d'une catégorie très précaire, vous parliez de l'importance de la confidentialité, on donnait l'exemple
de quelqu'un qui est à risque d'une déportation. Écoutez, on parle de
circonstances très sérieuses et difficiles, mais en même temps je veux
comprendre pourquoi la confidentialité
s'impose. On parle des instances scolaires qui ont à suivre les exigences de la
loi, qui vont respecter, quand c'est
exigé par la loi, la confidentialité. Écoutez, on peut comprendre que,
quelqu'un qui est à risque d'être déporté, on parle, comme je dis, d'une situation assez grave, mais vous allez
convenir avec moi que le système scolaire n'a pas à être complice dans une solution qui se base sur la
cachette. Je ne veux pas donner l'impression que je suis sans coeur, mais
j'essaie de comprendre comment la confidentialité s'impose dans un tel cas.
Buisson (Anne) : Eh bien,
très simplement parce que nous avons eu des cas de dénonciation et de
déportation de mineurs au Canada et
au Québec à l'heure actuelle. Et ça, c'est une situation qu'on est en train
encore d'aider, etc., et qu'on ne
veut absolument pas voir se reproduire, parce qu'il y a eu de la délation,
c'est-à-dire que... Alors, on ne sait pas
qui, mais quelqu'un dans l'institution scolaire a directement appelé les agents
d'immigration et a appelé le SPVM pour
qu'un mineur se retrouve déporté. Et donc ça, c'est inadmissible. Je veux dire,
l'école, c'est un lieu qui est sacré, c'est
un lieu de développement, d'éducation des enfants, ce n'est pas un lieu qui
doit devenir un lieu de vérification des papiers d'immigration.
C'est pour ça
que, nous, notre revendication aussi principale, c'est de lever tout lien entre
immigration et éducation. C'est un
lien qu'on ne fait plus. C'est un lien que depuis les années 80, aux
États-Unis, on ne fait pas, on ne fait plus. Donc, c'est pour ça qu'on
s'interroge pourquoi au Québec, à l'heure actuelle, on le fait encore.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. Alors, il ne reste plus de temps,
M. le député. On va passer du côté de l'opposition officielle, et je
cède la parole au député de Lac-Saint-Jean pour une période de huit minutes.
Cloutier : Je vous remercie, Mme la Présidente. Je vous remercie pour
votre présentation et de nous souligner ces problématiques.
J'aimerais ça
que vous nous expliquiez encore davantage les problèmes que vous, vous êtes à
même de constater, puis je veux que
vous nous partagiez votre réalité. Puis l'intervention du législateur que vous
souhaitez, elle va venir corriger précisément quels problèmes? Puis
l'ampleur de ce phénomène, de ces problématiques.
M. Baird
(Steve) : Un des problèmes
que, je pense, ça vaut la peine de souligner, c'est que, quand les parents
se présentent à la commission scolaire ou à l'école pour inscrire leurs
enfants, ils ne se font pas présenter une liste de 23 catégories qui pourraient être potentiellement exclues de la
gratuité. Ce que les familles entendent, quand elles se présentent, c'est qu'ils ont besoin de prouver quel statut
d'immigration ils ont et, s'ils n'ont pas un statut qui leur permet la
gratuité, qu'ils seront exclus, et il faudra payer les factures, ou
sinon ils ne pourront pas aller à l'école.
Donc, une de
nos inquiétudes, c'est que, dans le projet de loi actuel, on maintient cette
exigence, et en plus on complique
encore plus la situation. Donc, on a
des catégories d'exemption de la gratuité, et puis là on a des catégories
d'exclusion qui sont... on a des catégories
d'exclusion et d'exemption, et, pour plusieurs familles, ce qu'ils entendent, c'est qu'ils ont besoin de prouver leur statut ou
ils ne peuvent pas aller à l'école, et ils désistent du processus,
ce qui est un problème assez grave, même pour les familles qu'eux techniquement
auraient droit à l'éducation.
Cloutier : Mais on a déjà
dans notre charte des droits la gratuité scolaire qui est reconnue. On n'arrive
pas à le mettre en oeuvre pour l'ensemble des résidents sur le territoire
québécois?
Mme Guerry
(Linda) : C'est ça. Il y a un mémoire qui a été déposé par la commission des droits de la personne et de la
jeunesse qui mentionne effectivement que, dans la charte, il est dit que tout enfant a droit à l'éducation, sans discrimination aucune. Effectivement, là, bien il existe des discriminations de fait, une discrimination, bien,
financière, là, une barrière
financière qui, de fait, va conduire à de l'exclusion. Si on maintient une
barrière financière, forcément, le résultat, c'est qu'il
y a des enfants qui... des familles
qui ne pourront pas payer. En plus, c'est très cher. C'est quand même 6 000 $ par enfant par
année, c'est quand même des frais extrêmement élevés.
M. Cloutier : Mais dois-je
comprendre que la charte québécoise s'applique, c'est sa mise en oeuvre qui est
problématique? Est-ce que la charte
québécoise... Puis je sais que vous n'êtes peut-être pas juristes. Peut-être
l'êtes-vous, puis je ne le sais pas.
Mais en fait je me souviens, c'est un
article qui se trouve dans la
section des
droits économiques et sociaux et
c'est un
article qui est conditionné aux autres dispositions de la loi, donc ce
n'est pas un droit absolu, le droit à
la gratuité scolaire est conditionné par les autres dispositions législatives.
Mais ma question que je me pose, c'est : Est-ce que la charte
québécoise s'applique à tout résident québécois, quel que soit son statut
d'immigration?
Baird (Steve) : Oui. En
fait, on a été en contact avec la commission des droits de la personne et de la
jeunesse sur une plainte qui a été
soumise par une famille, et ils nous ont clarifié qu'en effet quelqu'un qui n'a
pas de statut, qui est sans statut,
sans papiers, a le droit de déposer une plainte devant la commission et de
faire des réclamations en fonction de la charte.
Cloutier : O. K. C'est intéressant, c'est fort intéressant. Est-ce que
la disposition, elle a été contestée? Est-ce que les restrictions actuelles à la
Loi sur l'instruction publique quant
à la gratuité scolaire ont été contestées sur le plan constitutionnel
quant à la discrimination faite en vertu du statut de citoyenneté?
Mme Guerry
(Linda) : Non. À notre
connaissance, il n'y a pas encore, non, pour l'instant... Mais c'est peut-être
possible, là, je ne sais pas.
Cloutier : En tout cas, ça m'apparaît curieux, parce que, si la charte
s'applique à tout le monde de façon égale et sans restriction quant au statut, ensuite il y a une disposition
législative qui, elle, fait une distinction et qui vient pénaliser
l'accès à la gratuité scolaire, ça m'apparaît être un motif de discrimination.
Mais le ministre me dit... Mais ce n'est pas ce
que dit l'article?
M. Proulx : C'est exact. Est-ce que
je peux intervenir?
M. Cloutier : Oui, oui, absolument.
J'autorise le ministre. Non, je fais des blagues.
Des vo