Culture and Education — 19 August 2010 (39th Legislature, 1st Session)

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27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)

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(13 janvier 2009 au 22 février 2011)

Le jeudi 19 août 2010 - Vol. 41 N° 33

Mandat conféré par une loi - Entendre les dirigeants des établissements d'enseignement de niveau universitaire

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Table des matières

Auditions (suite)

Université du Québec à Rimouski (UQAR)

École de technologie supérieure (ETS)

École polytechnique de Montréal (EPM)

Documents déposés

Intervenants

M. Michel Pigeon, président suppléant

M. Pierre Marsan, président

Mme Danielle St-Amand

Mme Marie Malavoy

Mme Stéphanie Vallée

M. Irvin Pelletier

M. Émilien Pelletier

Mme Francine Charbonneau

* M. Michel Ringuet, UQAR

* M. Jean-Pierre Ouellet, idem

* M. Robert Paré, idem

* Mme Marjolaine Viel, idem

* M. Yves Beauchamp, ETS

* M. Claude Olivier, idem

* M. Jean Belzile, idem

* M. Christophe Guy, EPM

* M. Pierre G. Lafleur, idem

* M. Gilles Savard, idem

* M. Bernard Lamarre, idem

* Témoins interrogés par les membres de la commission

Journal des débats

(Neuf heures trente-deux minutes)

Le Président (M. Pigeon): À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance ouverte et je demande, comme à l'habitude, à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones portables.

Le mandat de la commission est de tenir des auditions publiques afin d'entendre les dirigeants des établissements d'enseignement de niveau universitaire en application de la

Loi sur les établissements d'enseignement de niveau universitaire.

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire: Oui, M. le Président. M. Pelletier (Rimouski) remplace Mme Champagne (Champlain) et Mme Malavoy (Taillon) remplace M. Curzi (Borduas).

Auditions (suite)

Le Président (M. Pigeon): Alors, les représentants de l'Université du Québec à Rimouski sont sur place. Et je vais simplement vous rappeler un peu l'horaire et le temps alloué pour les diverses activités. Alors, tout d'abord, l'université fera un exposé d'une trentaine de minutes, et il y a 2 h 30 min pour les échanges avec les membres de la commission.

Alors, je demanderais au recteur de l'Université du Québec à Rimouski de s'identifier et de présenter ceux et celles qui l'accompagnent.

Université du Québec à Rimouski (UQAR)

M. Ringuet (Michel): Merci, M. le Président. Mon nom est Michel Ringuet, recteur de l'UQAR. Je suis accompagné aujourd'hui de Mme Marjolaine Viel, qui est actuellement directrice du Service des finances et approvisionnements mais qui sera, dans quelques semaines, notre nouvelle vice-rectrice aux ressources humaines et à l'administration, et de Jean-Pierre Ouellet, vice-recteur à la formation et à la recherche, et enfin Robert Paré, qui est vice-recteur à la planification et aux partenariats au campus de Lévis.

C'est un privilège pour moi, vraiment, de venir vous parler aujourd'hui de l'UQAR, une bien belle institution, une bien belle institution constituée d'une communauté entièrement dédiée, entièrement dévouée à la propagation du savoir. C'est une jeune université, puisque, oui, nous avons été fondés lors de la création du réseau de l'Université du Québec mais d'abord, dans un premier temps, en tant que centre d'études universitaires, et on a été reconnus comme université à part entière seulement trois ans plus tard.

Et, dès le départ, l'UQAR a décidé d'essaimer, d'être présente partout, partout sur un très vaste territoire qui débutait en Gaspésie -- Bas-Saint-Laurent. On s'est installés à Matane, à Gaspé, aux Îles-de-la-Madeleine, sur la Côte-Nord, par la suite, en allant vers l'ouest, Rivière-du-Loup, La Pocatière et Lévis, bien sûr. On a aussi dès le départ fait des choix, des choix d'intervention dans un certain nombre de créneaux limités, restreints, des créneaux choisis.

Que sommes-nous en 2010? Comment nous voyons-nous? Bien sûr, un organisme qui veut, dans un premier temps, assurer l'accès à la formation universitaire en région. Et on entend le faire en visant la qualité de l'enseignement et de l'encadrement adaptés de façon particulière aux caractéristiques spécifiques de nos étudiants, des étudiants souvent différents, des étudiants de première génération.

On veut participer au développement de la connaissance par des programmes de recherche de fort calibre, plus particulièrement, là encore, dans des créneaux bien choisis; former des ressources humaines compétentes dotées de connaissances approfondies et répondant aux besoins de la société, et principalement bien sûr à ceux des employeurs des régions; contribuer au développement économique, socioculturel et technologique du Québec; enfin, favoriser l'occupation du territoire québécois en accompagnant les régions desservies dans un développement centré sur la créativité, la recherche, l'innovation et par l'ouverture de ces régions-là sur le monde.

Nous sommes ici pour rendre compte de ce que nous faisons, plus précisément de ce que nous avons fait depuis notre dernière comparution en janvier 2007 et essentiellement on vous présentera donc l'évolution de l'UQAR au cours de cette période 2007-2010 sur le plan de la formation, de la recherche, du développement du milieu tant de notre communauté que de notre impact sur le milieu externe. On parlera un peu aussi de certains aspects financiers, pour terminer sur quelques éléments de prospective.

De 2007 à 2010, l'UQAR a accru son rayonnement en termes de formation. Nous avons un effectif étudiant en légère hausse, 10 % d'augmentation, oui, bien sûr beaucoup dû à l'engouement suscité par le campus de Lévis mais aussi appuyé par une stabilité de l'effectif étudiant à Rimouski, cette stabilité-là reposant, entre autres, sur une croissance intéressante, 15 % des étudiants de deuxième et de troisième cycle, et sur un achalandage accru des étudiants internationaux. On a maintenant 337 étudiants internationaux, 5,6 % de notre effectif étudiant, ça représente, par rapport à 2007, 42 % d'augmentation.

Et cette croissance-là, oui, correspond à un développement de la programmation mais un développement raisonné, limité. En fait, notre développement repose principalement sur une refonte de nos programmes. On revoit les programmes pour chercher à leur donner un caractère distinctif, parce qu'on croit qu'on pourra attirer chez nous les étudiants si nos programmes sont différents. Je vous donne l'exemple où on vient de refaire, revamper notre baccalauréat en chimie, où nous avions dû suspendre les admissions faute d'intérêt.

On vient de lui donner une couleur chimie verte, chimie de protection de l'environnement et non pas la chimie polluante. Aussi, on vient de revoir notre baccalauréat en lettres pour y mettre un fort accent sur la création littéraire. Donc, les gens qui ont envie de créer en littérature devraient être fort intéressés par notre baccalauréat dans ce secteur-là.

Notre croissance aussi repose bien sûr sur des services additionnels en région. Nous donnons maintenant le baccalauréat à temps complet en sciences infirmières à Rivière-du-Loup, et on va le donner... on le donne à compter de cette année en Gaspésie, dans plusieurs localités, temps complet. C'est véritablement un tour de force que d'arriver à faire ça, et on le réussit en développant un partenariat exemplaire avec les agences de santé concernées.

On donne, par exemple, le baccalauréat en enseignement professionnel partout sur notre territoire grâce à certains aspects médiatisés. On a fait une belle percée en formation continue non créditée: un programme, par exemple, de formation en hygiène et salubrité, à la demande du MSSS, qu'on a offert dans cinq villes différentes; récemment, en collaboration avec l'UQAM, dans un beau partenariat avec l'UQAM, une formation en gestion de projet qui s'adresse à un grand nombre d'employés gouvernementaux.

** (9 h 40) **

Comme notre attrait repose beaucoup sur le bouche à oreille, on doit aussi... on doit donc se préoccuper de façon particulière de la réussite étudiante par différents moyens. On est, par exemple, leaders chez nous, on est parmi les principaux concepteurs d'un logiciel libre de gestion de l'enseignement, où les professeurs sont en contact total et immédiat avec leurs étudiants et les étudiants entre eux. Et, parce que c'est un logiciel libre, on se l'approprie, on le met à notre main pour nos étudiants, nos professeurs, un logiciel qui s'appelle Claroline.

On a eu un congrès international où il y avait des gens du Chili, de Belgique, et tout, intéressés par cette plateforme-là chez nous, à Rimouski, cette année.

On a mis en place un centre d'aide à la réussite. Bien sûr, plusieurs universités le font. Le nôtre est très fonctionnel, centré sur les apprentissages particuliers en français, mathématiques mais aussi en gestion du temps. Tout ce qui peut nuire à la réussite d'un étudiant est revu à ce centre-là. Et on vient de signer une nouvelle convention collective avec nos professeurs, qui prévoit que les nouveaux professeurs devront s'engager dans une démarche d'apprentissage à la pédagogie.

Tous ces efforts-là sont bien appréciés de nos étudiants. On vous a beaucoup parlé de la fameuse enquête NSSE, enquête nord-américaine sur le degré de satisfaction des étudiants. L'UQAR se place de façon avantageuse, elle est très au-dessus de la moyenne tant québécoise, canadienne que nord-américaine sous plusieurs plans, en termes d'efforts demandés à des étudiants -- il semble qu'on demande de grands efforts à nos étudiants -- en termes d'apprentissage actif et participatif, d'interaction professeur-étudiant, de qualité du milieu de formation. Lorsqu'on demande aux étudiants: Si c'était à refaire?, une très forte majorité disent: Oui, je le referais, et je le referais à l'UQAR.

Nous avons aussi, et, je dirais, encore de façon plus évidente, amélioré notre positionnement en recherche, et ce, grâce à des choix, des choix judicieux, des choix beaucoup basés sur ce que nous sommes, notre région. On va vous parler des sciences de la mer, bien sûr. Avec notre Institut des sciences de la mer, nous sommes la seule université à vocation générale qui a en son sein un institut équivalent aux centres de recherche de l'INRS.

On a là 20 professeurs totalement dédiés à la formation aux deuxième, troisième cycles et à la recherche, et qui sont en exclusivité de service, et qui vraiment doivent mettre un accent particulier sur la performance, leur carrière, leur carrière en... Et on touche, à cet institut-là, tous les aspects très importants des sciences marines, de l'aquaculture à l'étude des sédiments, des courants marins à l'écotoxicologie.

Du côté des sciences sociales, on a aussi un fort, un bon noyau de chercheurs en développement régional appuyés par un centre de recherche FRSQ, un groupe de recherche, plusieurs chaires. On y fait des innovations sociales appliquées au monde rural. On étudie, par exemple, l'impact des changements climatiques sur les communautés localisées sur les zones côtières, des impacts majeurs.

Un troisième axe plus récent, la nordicité, l'environnement nordique, là aussi autour de groupes de chaires de recherche où se rassemblent des géographes, des biologistes, des chimistes, on y étudie, là encore, l'érosion des berges dans un milieu nordique, donc en fonction de la glaciation, l'évolution rapide et modifiée de certaines espèces animales et végétales en fonction toujours de ces changements climatiques là.

D'autres secteurs bien positionnés. En sciences infirmières, on a un bon noyau de gens qui travaillent sur les soins de première ligne en région, un aspect particulier de ce domaine de la santé. En génie, on a un groupe de professeurs qui s'intéressent plus particulièrement à la productique, l'amélioration de la productivité dans les petites et moyennes entreprises, qui est vraiment notre tissu industriel. On travaille bien sûr aussi en éducation, alphabétisation, décrochage scolaire.

Ce rayonnement accru là en recherche, il est quantifiable, quantifié: au cours de ces trois années-là, 105 % d'augmentation. On a doublé les montants de subventions et contrats de recherche. On est à 15,8 millions de recherche actuellement, de subventions de recherche, une croissance de 15 % du nombre de professeurs subventionnés. Ce succès-là, il a valu à l'UQAR l'ajout de trois chaires de recherche du Canada.

Et, on le sait, le... le nombre de chaires de recherche du Canada, c'est un nombre fermé, et, si on s'est fait octroyer trois recherches additionnelles, c'est trois recherches qu'on a été chercher ailleurs, dans trois... trois chaires qu'on a été chercher ailleurs et qui ont été octroyées à l'UQAR sur la base, donc, de nos succès. Deux belles subventions de 1 million de dollars chacune dans le programme FONCER du CRSNG, qui est un programme extrêmement compétitif, sélectif. Une université de notre taille, aller chercher deux subventions comme ça, c'est exceptionnel.

En sciences sociales, on est allé chercher deux ARUC, les alliances de recherche universités-communautés. Ça aussi, c'est valorisant.

On cherche souvent les indicateurs. L'Observatoire des sciences et technologies a fait une étude et a une mesure d'impact des publications des professeurs en sciences naturelles et en génie pour la période de 2000 à 2005. Les professeurs de l'UQAR se situent au troisième rang au niveau du Québec. Quand on regarde la taille des universités, se situer au troisième rang au niveau du Québec et premier dans le réseau de l'Université du Québec, c'est vraiment... il faut applaudir, je dirais, le dynamisme et la compétence de nos chercheurs et peut-être aussi notre capacité d'attirer des jeunes chercheurs performants grâce aux choix qu'on a faits, au réseau qu'on a construit.

Cette recherche-là, on l'effectue encore partout sur le territoire. On travaille sur les biomolécules à Gaspé, en aquaculture à Grande-Rivière. On est présents aux Îles-de-la-Madeleine à travers un centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes. On étudie l'érosion des berges sur la Côte-Nord. On est présents en Chaudière-Appalaches en adaptation scolaire. Vraiment, là, nos chercheurs travaillent partout, c'est dans notre mission.

Et on le fait à travers des partenariats porteurs pour le Québec. On est membre des grands regroupements de chercheurs que sont le Centre d'études nordiques, Québec-Océan, le Réseau d'aquaculture du Québec, qui est piloté à partir de chez nous, le Centre de recherche en développement territorial. On collabore aussi beaucoup avec des organismes à but non lucratif: le Centre de recherche en biotechnologies marines, dont on est membre fondateur, le Centre interdisciplinaire en développement de cartographie des océans. On héberge et on est bien sûr membre fondateur de l'Observatoire global du Saint-Laurent. Plusieurs, vraiment, organismes qui reposent en grande

partie sur l'expertise de l'UQAR.

Le rôle de l'UQAR d'ailleurs comme véhicule du développement régional par l'innovation a été reconnu par Développement économique Canada, qui nous a octroyé, deux années de suite, des subventions de 3 millions de dollars chacune, des subventions d'équipement pour que nos professeurs puissent mieux accompagner le développement technologique régional.

De la valorisation de la recherche, on en fait: des brevets, plusieurs brevets déposés, création d'une entreprise dérivée, et un rayonnement à l'international notable pour une université de notre taille. Je donne l'exemple où, depuis plusieurs années, on travaillait en collaboration étroite avec l'Institut antarctique argentin. Cette belle collaboration là vient d'aboutir en un contrat privé octroyé à des entreprises rimouskoises pour la construction de bouées marines qui seront installées dans une baie à Comodoro, en Argentine.

Et cette installation-là sera faite par nos chercheurs pour essayer de reproduire là-bas un observatoire marin comme celui du Saint-Laurent. Donc, des retombées financières réelles en termes de contrats à des entreprises, issues du monde de la recherche fondamentale.

Autre exemple, dans le domaine social, on vient de tenir en 2008 un colloque international de l'Association des sciences régionales de langue française, 400 chercheurs d'un peu partout, du monde francophone qui sont venus se réunir chez nous, dans le Bas-Saint-Laurent, pour discuter de la chose. Alors, vraiment, un réseautage, une visibilité internationale très particulière.

** (9 h 50) **

Notre milieu, maintenant, l'UQAR elle-même, notre communauté, je vous l'ai dit, c'est un privilège pour moi d'en parler parce que je pense que c'est une merveilleuse institution, en termes d'infrastructures bien sûr, grâce, entre autres, à des décisions judicieuses des différents paliers gouvernementaux. Depuis la dernière comparution, maintenant on est bel et bien implantés dans notre nouveau campus à Lévis. On a une station aquicole performante. Lorsqu'on avait acquis cette station-là de l'INRS, on vous avait mentionné que c'était presque un cadeau de Grec.

On l'a complètement reconstruite -- prise d'eau de mer, réservoir, salle des bassins renouvelés -- et maintenant c'est un véritable bijou d'espace pour la science marine. Et on construira... on construit maintenant, avec livraison le printemps prochain, un centre d'appui à l'innovation par la recherche. C'est un pavillon additionnel dans lequel on mettra les équipements obtenus par Développement économique Canada et où agiront nos professeurs qui sont liés plus étroitement avec le développement technologique régional.

On a un milieu, une communauté, nos employés travaillent sereinement, on a un climat de travail très sain, des conventions collectives signées sans conflit, mais une allégeance remarquable de nos employés. Ça s'est démontré lors de la dernière campagne majeure de financement, où une petite communauté comme la nôtre s'est engagée à hauteur de 1,6 million sur cinq ans. Les gens qui nous accompagnaient dans cette campagne-là, l'entreprise qui nous accompagnait n'avait jamais vu ça ailleurs.

Une allégeance aussi qui s'est fortement démontrée lors du terrible incendie qui a dévasté le campus rimouskois en mai 2009, où il a fallu relocaliser les gens et les faire travailler vraiment dans des milieux très inhospitaliers pendant trois à six mois. On n'a pas entendu aucune plainte, les gens se sont dit: Il faut remettre cette université-là en place, de façon à ce qu'il n'y ait pas d'impact négatif sur les étudiants. Belle allégeance.

Les étudiants, eux, je pense qu'on peut dire qu'on a un milieu de vie étudiante dynamique, bien engagé, en grande

partie grâce à la mise en place d'un fonds spécial, projets étudiants, où on soutient les projets para-académiques des étudiants à hauteur de 150 000 $ par année. C'est fait avec la collaboration de notre fondation. Et les étudiants eux-mêmes versent beaucoup d'argent, par la fondation, dans ce fonds-là.

Belles initiatives aussi, on a, par exemple, chez nous, des travailleurs de corridors, des gens qui ne sont pas des étudiants eux-mêmes, mais qui se mêlent à la population étudiante pour déceler l'étudiant qui s'isole, l'étudiant qui commence à avoir des problèmes, pour lui permettre de se reprendre en main rapidement plutôt que de le laisser aller vers la dépression, ce qui se voit assez régulièrement dans les milieux universitaires. On a aussi mis -- je donne des exemples comme ça de beaux gestes -- un programme particulier de bourses pour les étudiantes monoparentales, des gens qui ont grandement besoin de soutien pour poursuivre leurs études.

Les retombées pour la société, qu'est-ce que l'UQAR fait pour le développement du milieu régional? Bien sûr, c'est beaucoup par nos diplômés et les stagiaires que nous avons un impact immédiat: 35 000 diplômes depuis la création de l'UQAR, 35 000 personnes, diplômes qui... On peut se poser la question: Est-ce que ces gens-là auraient eu accès à leurs diplômes? Et est-ce qu'on aurait bonifié, donc, la compétence générale québécoise et des régions s'il n'y avait pas eu l'UQAR? 75 % d'eux, de ces diplômés-là, travaillent soit dans leur région d'études ou dans leurs régions... des régions d'où ils sont issus.

On agit aussi beaucoup, je dirais, à travers des activités d'animation, des colloques, des conférences, ouverts grand public, sur la ruralité -- récemment, sur l'appropriation du domaine de l'éolien par les communautés municipales, ça a été bien apprécié -- des colloques sur le décrochage, l'alphabétisation, sur les soins de santé en région. On développe une foule de partenariats: avec les conférences régionales des élus, avec les villes, avec les cégeps, cégep de La Pocatière, en soudage au laser, cégep de Rivière-du-Loup, où on a installé une usine pilote.

L'usine est à Rivière-du-Loup, et les étudiants du cégep y travaillent, mais l'usine est contrôlée à partir de Rimouski, et donc les étudiants ingénieurs de Rimouski et ceux du cégep de Rivière-du-Loup travaillent ensemble à la mise en place d'un nouveau concept très intéressant.

Les agences de santé sont nos partenaires. Les tables interordres, on siège aux tables interordres en éducation pour valoriser l'éducation dans son ensemble, pas seulement celui du niveau universitaire, mais toutes les formes de formation. Les organismes à but non lucratif: le Technocentre éolien, la corporation sur le développement durable de la forêt gaspésienne, tout récemment un nouvel organisme qui s'appelle Merinov et où le MAPAQ, le cégep de Gaspésie -- Les Îles et nous nous rassemblons pour oeuvrer ensemble dans le domaine des pêches et de l'aquaculture.

On a de plus en plus de maillage avec le privé. Deux grandes entreprises régionales ont développé des fonds qu'elles mettent à notre disposition pour la création d'entreprises à partir d'innovations effectuées par nos étudiants ou nos professeurs. Et on a aussi une corporation qui s'appelle la Corporation de soutien au développement technologique des PME, corporation indépendante, c'est un organisme à but non lucratif mais qui fait appel à nos compétences de professeurs et d'étudiants pour développer de nouvelles technologies dans les petites et moyennes entreprises, les petites et moyennes entreprises locales qui n'ont pas nécessairement les moyens de se payer un ingénieur.

Développement et maillage par l'investissement. Je vous parlais de la campagne majeure. On s'était donné un objectif, semble-t-il, ambitieux pour une université comme la nôtre, sise dans un tissu industriel bien connu, Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie, pas nécessairement très riche, et on s'était fixé 11 millions, on a atteint 14 millions, on en est bien fiers. Ces sommes-là, ce sont des sommes dévolues essentiellement en bourses d'études, aux bourses d'études aux étudiants et en fonds de recherche.

On fait tout ça, on vous l'a dit -- et je pense qu'on nous le dira, nous aussi -- avec un budget limité si on le compare avec ce que d'autres universités canadiennes... ce dont d'autres universités canadiennes disposent.

Mais je crois que l'UQAR est bien gérée. Depuis 10 ans, le solde de fonds est à peu près au même niveau. Plus récemment, je dirais, depuis notre dernière comparution... En 2006-2007, notre solde de fonds était négatif, on avait un déficit accumulé de 6,5 millions. On est à 6,1 millions, donc on a remboursé 400 000 $. C'est 5 %, ce n'est pas beaucoup, mais, en termes proportionnels -- il y a des comptables dans la salle -- en termes proportionnels, ce déficit-là, en 2006-2007, représentait 11,7 % de nos produits, maintenant il représente 9,4 % de nos produits, donc, toutes proportions gardées, un déficit moindre.

Le budget qu'on a adopté pour l'an prochain devrait être en excédent de 270 000 $.

Alors, on maintient l'équilibre budgétaire et on le maintient en grande

partie parce que la taille humaine de notre université nous permet véritablement d'identifier et d'utiliser tous les moyens possibles pour économiser, pour ne pas toucher notre mission de façon trop drastique, mais, je dirais, en faisant les bons choix. En fait, notre budget, il est recommandé au conseil d'administration par un comité sur lequel, en plus des dirigeants et des membres socioéconomiques, siègent des professeurs, des étudiants, chargés de cours et membres du personnel de soutien. Et ces gens-là connaissent bien l'université et sont capables vraiment de nous identifier des cibles d'économies possibles.

Ce qui nous attend dans les années qui viennent. C'est sûr que c'est un avenir pavé de défis. Le renouvellement des employés, on a renouvelé le tiers de notre corps professoral depuis quatre ans, et ça va continuer. Donc, il y a encore un certain nombre de retraites anticipé. Mais on n'a pas de problème particulier à recruter. Je pense que les masses critiques établies dans plusieurs secteurs sont un attrait véritablement pour... Il y a des chercheurs qui nous choisissent pour faire

partie de nos équipes puis aussi pour la qualité de vie de nos milieux.

** (10 heures) **

Le plus inquiétant bien sûr, et vous le savez, c'est la démographie chancelante des régions du Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie, qui rend difficile de maintenir certaines cohortes, certains programmes. Mais, là encore, en même temps, l'université, c'est l'outil de solution à ces problèmes-là. Si on réussit, comme je l'ai dit tout à l'heure, à placer des caractères distinctifs dans nos programmes, on pense véritablement être capables d'attirer des gens d'un peu partout et de l'international.

Mais, là encore, je pense qu'il pourrait y avoir une volonté ministérielle, une volonté gouvernementale de favoriser l'occupation du territoire en région en utilisant les universités régionales comme leviers.

Il y a 337 étudiants internationaux à l'UQAR. Je pense que, s'il n'y avait pas d'étudiants... M. Irvin Pelletier peut peut-être le confirmer, s'il n'y avait pas d'étudiants internationaux à l'UQAR, les internationaux, dans le Bas-Saint-Laurent, il n'y en aurait véritablement pas beaucoup. On a 35 ethnies représentées à l'UQAR, et ce sont des gens qui s'intègrent très bien. Il y en a un bien connu, Boucar Diouf, c'est sûr, bon, mais on a plusieurs exemples de ce type-là. Utiliser, donc, la voie des études universitaires pour favoriser l'immigration en région devrait être un levier à considérer.

On ne cachera pas la concurrence féroce qui existe entre les universités, spécifiquement dans certains créneaux de recherche. Mais, là encore, je pense que, si on nous donne les moyens financiers d'agir, on va tirer correctement nos épingles du jeu. Autrement dit, cet avenir-là, on le voit comme prometteur. D'abord, notre budget en équilibre depuis un certain temps démontre la bonne gestion de nos fonds, les bons choix.

Nos créneaux d'intervention, je pense, demeurent extrêmement actuels. Quand on parle des sciences de la mer et de l'environnement nordique avec les changements climatiques, on est vraiment dans le ton de développement rural. Là encore, c'est des problématiques... Et on est très présents dans les innovations technologiques, sociales, culturelles. Et plusieurs de nos secteurs d'intervention sont vraiment bien centrés sur les besoins en main-d'oeuvre. Nos infrastructures, je pense, peuvent être qualifiées de très adéquates. On a une réputation enviable et donc...

Et tout récemment on avait des signaux encourageants en termes de nouvelles inscriptions pour l'automne prochain. Tant à Rimouski qu'à Lévis, on serait, si tout se confirme, en croissance intéressante: autour de 10 % d'augmentation de nouveaux inscrits. Alors, tout ça nous laisse entrevoir un bel avenir.

Je vous remercie pour votre écoute. C'est une commission importante, qui nous permet de présenter les universités dans leur globalité plutôt que de s'attarder sur certaines anecdotes plus médiatisées. Merci de nous... l'occasion de rendre des comptes. Et j'ai écouté quelques-unes de mes... des séances précédentes, vos interventions démontrent une préparation et une compréhension exceptionnelles du monde universitaire. En foi de quoi, je suis tout à fait prêt à répondre à vos questions. Merci.

Le Président (M. Pigeon): Merci, M. le recteur. Merci d'avoir bien tenu le temps. Alors, je vais maintenant reconnaître une personne qui représente le parti ministériel. Alors, Mme la députée de Trois-Rivières.

Mme St-Amand: Merci beaucoup, M. le Président. Bon matin. Bon matin aux collègues. Écoutez, M. Ringuet, Mme Viel, M. Paré et M. Ouellet, je suis vraiment... bienvenue. On est contents de vous accueillir ce matin. Étant moi-même issue des régions, vous comprendrez que j'ai un immense respect et beaucoup de considération pour le travail que vous faites. Et on sent très bien la fierté que vous venez nous démontrer ce matin, et vous avez raison. Vous avez raison.

Personnellement, je pense que le succès des universités en région passe certainement par son décloisonnement, par ses partenariats avec le milieu, par son implication dans le milieu. J'aimerais vous entendre puis peut-être me citer quelques exemples. Bon. On a parlé avec d'autres universités soit d'implication dans les chambres de commerce directement avec des entreprises. Comment vous vivez ça chez vous, les partenariats avec votre milieu?

M. Ringuet (Michel): Sur plusieurs plans. Parce qu'on peut vous parler des partenariats que les membres de la direction tissent. On le fait, on est présents aux conférences régionales des élus, on est membres des conférences régionales des élus, on est membres des tables interordres. Donc, ces grands volets-là nous permettent... On interagit avec les chambres de commerce.

Mais c'est beaucoup à travers nos professeurs que se développent ces partenariats-là. Je dirais que, s'il n'y avait pas cette communauté professorale là en région, la vie socioculturelle et économique serait extrêmement différente. Nos professeurs, ce sont les experts. À tout bout de champ, les entreprises vont faire appel à eux pour des conseils en termes administratifs, termes technologiques ou autres. Nos gens en développement régional sont des experts de l'innovation sociale pour le monde rural. On sait comment le monde rural est fragile.

Bien, ils sont souvent, très, très souvent, sollicités pour accompagner les décideurs locaux. Ça, c'est caractéristique aux régions, là, véritablement. Parce que je pense que c'est ça que... C'est là, la question.

On peut vous en citer tellement. La plaie du décrochage scolaire est très visible dans les régions, peut-être probablement aussi en métropole, mais dans les régions. Et donc on a plusieurs chercheurs qui travaillent avec les commissions scolaires pour tenter de trouver des nouveaux moyens de permettre le raccrochage. Le décrochage, semble-t-il, se décide très tôt chez l'enfant. C'est un décrocheur potentiel. Alors, je donne l'exemple d'un groupe de professeurs qui travaillent à l'alphabétisation des parents. On amène les parents à lire parce que, si les parents lisent, l'enfant va lire et il ne décrochera pas.

Au niveau technologique, le bel exemple de partenariat, je vous en ai parlé, c'est la mise en place de la Corporation de soutien au développement technologique des PME. Le tissu industriel de nos régions, c'est beaucoup la petite et moyenne entreprise. Ces gens-là n'ont pas le moyen de se payer un ingénieur, alors... Et le propriétaire, c'est tout son temps pour faire vivre son entreprise, il ne peut pas se préoccuper de technologie. Alors, on va se préoccuper de la technologie pour lui. On passe un petit bout de temps avec lui.

Nos étudiants, nos professeurs font le tour de l'usine et vont le conseiller sur des améliorations technologiques qui vont le repositionner et rendre son entreprise plus rentable, plus compétitive. On a plusieurs exemples comme ceux-là. Je ne sais pas si, Jean-Pierre, tu veux en rajouter?

M. Ouellet (Jean-Pierre): Bien, peut-être ajouter qu'on essaie aussi d'avoir une approche...

Le Président (M. Pigeon): ...oui, il faudrait vous identifier pour les fins de l'enregistrement, s'il vous plaît.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Très bien. Jean-Pierre Ouellet, donc vice-recteur à la formation et à la recherche.

On essaie aussi d'avoir une approche décentralisée. M. Ringuet l'a mentionné, l'exemple du CERMIM. C'est un centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes. Son siège social, ce n'est pas Rimouski, c'est aux Îles-de-la-Madeleine. Donc, ce centre-là a été construit avec le milieu, il est implanté là-bas. Et l'idée, c'est que la majorité des travaux de recherche maintenant qui se développent dans cette région-là passent par ce canal-là, et eux vont chercher l'expertise là où elle est pour être capables de bien réaliser ces travaux-là.

Donc, ça peut être à l'UQAR, mais ça peut être à McGill, ça peut être à Laval, ça peut être n'importe où au Québec. Donc, eux servent un peu d'entremetteurs, de faire le lien entre les besoins du milieu et l'expertise universitaire pour bien répondre à ces besoins-là.

Donc, depuis un certain temps, le centre est implanté, on voit une crédibilité importante autour de ce centre-là. Et les gens du milieu voient l'intérêt de ce centre-là qui répond vraiment à leurs besoins spécifiques au lieu d'être une équipe qui n'est pas de la région. Donc, vraiment, ils se sentent bien épaulés par l'UQAR à travers ce centre de recherche là.

On a plusieurs professeurs qui sont sur le territoire, ils ne sont pas uniquement sur l'un ou l'autre de nos campus. On a un professeur, par exemple, à Rivière-du-Loup qui est là pour épauler le programme en sciences infirmières, un professeur à Gaspé qui est là pour épauler aussi le programme en sciences infirmières, des professeurs qui sont à Gaspé pour aider la recherche au niveau des biotechnologies marines; à Grande-Rivière, la même chose. Donc, on essaie d'avoir une approche décentralisée de façon à bien répondre aux besoins du milieu. Ça se fait en recherche, ça se fait aussi évidemment en formation.

Mais il y a plusieurs autres exemples qu'on pourrait amener, mais on en a nommé quelques-uns, je pense, qui illustrent bien notre approche de partenariat tissé très, très fin avec le milieu. Et pour nous c'est une priorité de se rapprocher davantage du milieu. On est conscients que ça fait

partie de notre mission d'être là pour épauler le milieu. Et évidemment c'est une priorité d'aller dans ce sens-là.

Mme St-Amand: Je suis contente de vous entendre parce que je pense que les universités doivent vraiment appartenir à leur milieu. C'est important.

Vous avez parlé tantôt de la compétitivité entre les universités. Effectivement, c'est une réalité. Il y a aussi, j'imagine, des partenariats avec les autres universités? Ça aussi, j'aimerais ça vous entendre parce qu'on sait qu'au niveau de la recherche, très souvent, des universités s'associent ensemble. Quels sont les partenariats que vous avez développés?

** (10 h 10) **

M. Ringuet (Michel): Il y en a plusieurs. J'en ai mentionné. Le Centre d'études nordiques, je pense que M. Pigeon connaît bien le Centre d'études nordiques qui est un centre qui rassemble principalement les chercheurs de l'Université Laval et de l'UQAR, et c'est un partenariat qui fonctionne très bien. Ces chercheurs-là sont pratiquement en symbiose. On fait

partie des missions ArcticNet, les grandes missions dans le Grand Nord sur l'Amundsen, qui étudient donc l'Arctique canadien. Bon. Il y a sur ces navires-là des chercheurs d'un peu partout.

Le Centre de recherche en développement territorial, il est dirigé à partir de chez nous, mais il y a des chercheurs de Chicoutimi, de l'Outaouais, de l'Abitibi-Témiscamingue qui travaillent dans ce centre de recherche là et qui partagent avec nous. Nos gens en adaptation scolaire travaillent avec les gens de l'Université Laval. La recherche maintenant ne peut plus se faire en vase clos.

Mais il y a aussi des partenariats en enseignement aussi. Le baccalauréat en travail social qu'on a inauguré récemment, il a d'abord... c'est le baccalauréat de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Comme on ne pouvait pas l'offrir, nous n'avions pas de professeur, on a demandé à l'Abitibi-Témiscamingue de venir l'offrir chez nous le temps de développer l'expertise, et maintenant il est extensionné chez nous, c'est nous qui l'offrons. Alors, il faut utiliser... il faut vraiment développer ce genre de partenariat là.

Récemment, on a offert -- cette année -- la première année du baccalauréat en administration à Saint-Georges de Beauce, et ça a été offert par l'Université Laval et nous. Les deux universités offraient conjointement ce baccalauréat-là.

Je vous ai entendu poser une question à l'Université Laval sur la médecine à Rimouski. Effectivement, l'Université Laval veut offrir, pour le moment, les dernières années de médecine à Rimouski. Ils sont venus nous voir, il y a un partenariat possible. Entre autres, les étudiants... la formation est donnée par l'Université Laval, mais tout l'aspect para-académique, l'accès à la bibliothèque, au centre sportif, et tout ça, est couvert par l'UQAR dans une entente avec l'Université Laval. Il y avait une étudiante de médecine de l'Université Laval qui était membre de notre équipe de canot à glace cet hiver.

Non, mais il faut... Souvent, on a l'impression de rivalité entre les universités mais je pense que, lorsqu'on gratte un peu, on y voit aussi énormément de collaboration. Parce qu'on réalise bien qu'on ne peut pas... on n'a pas avantage à travailler chacun de notre côté, il faut utiliser...

Le doctorat en éducation, par exemple, du réseau de l'Université du Québec est un immense exemple. L'étudiant qui fait son doctorat n'a pas le choix que de prendre deux directeurs situés dans deux constituantes différentes. Alors, ça vient donner toute une ouverture à de l'expertise d'ailleurs.

Mme St-Amand: Combien de temps, M. le Président?

Le Président (M. Pigeon): Il vous reste une dizaine de minutes, Mme la députée.

Mme St-Amand: Vous n'êtes pas sans savoir que la commission ici est extrêmement préoccupée par la réussite scolaire. Effectivement, dans nos travaux, on découvre que ça se passe très, très, très jeune. Moi, je vous ai entendu parler aussi de soutien que vous donnez chez vous. Et on le sait qu'on a beaucoup d'adultes aussi en détresse qui peuvent raccrocher si on les soutient. Alors, évidemment, ma question aura deux volets. Le premier, je veux que vous me parliez de votre programme étudiantes monoparentales. Comment ça se passe? C'est quoi, ce programme-là? Ça fait combien de temps? Est-ce que vous avez vu des résultats?

M. Ringuet (Michel): Ce n'est pas un programme, j'ai parlé de bourses d'études.

Mme St-Amand: Oui? O.K.

M. Ringuet (Michel): Donc, en fait, pendant la campagne majeure de financement... Il faut réaliser que l'effectif étudiant de l'UQAR n'est pas celui de certaines autres universités. Je pense qu'on est dans un milieu plus défavorisé. Quand on parle d'étudiants de première génération, donc c'est des étudiants dont les parents n'ont pas été à l'université, donc vraisemblablement des parents moins riches. Et une forte, très forte proportion de nos étudiants ont accès aux prêts et bourses. Et, parmi ces étudiants-là, il y en a... de façon assez importante, il y a des femmes monoparentales.

Et ce n'est pas facile, étudier et joindre, donc, la famille, les études et souvent un travail pour réussir à vivre dans tout ça.

On a donc voulu, grâce à... et c'est beaucoup le vice-recteur Ressources humaines et administration qui a été derrière le montage de cette enveloppe particulière qui s'adresse... donc, des bourses où seules les femmes monoparentales sont éligibles, de façon à leur donner un coup de pouce pour cheminer. On a aussi tenté d'avoir des ententes particulières avec des garderies pour faciliter cet aspect-là du cheminement. Parce qu'écoutez c'est des femmes qui décident de se prendre en main puis de se donner un meilleur avenir, et je pense qu'on a pour mission de le favoriser autant que nous pouvons.

Mme St-Amand: Merci. Je voudrais vous entendre aussi, puis je ne sais pas si mon terme sera bon, là, mais vous avez parlé de travailleurs de corridor, en tout cas de gens qui sont dans les corridors. Et ça aussi, à mon avis, c'est une mesure de soutien qui est extrêmement importante. J'aimerais ça aussi que vous puissiez nous en parler un petit peu plus en détail.

M. Ringuet (Michel): Ce sont, donc, des gens embauchés. On en a un à Rimouski, on en a un à Lévis. Et essentiellement ce qu'on demande à cette personne-là de faire, c'est de se promener, d'être attentive. Ce sont des gens... c'est des travailleurs sociaux, donc des gens formés à la chose mais qui, plutôt que de travailler sur la rue Sainte-Catherine, travaillent dans nos corridors à nous.

Le danger de l'étudiant, assez souvent, et surtout de l'étudiant qui nous arrive d'ailleurs, a brisé les ponts avec la famille, avec les amis, et tout ça, donc il arrive d'ailleurs, la première session, surtout la première session à l'université, c'est immense, c'est beaucoup de travail, c'est un nouveau milieu, il y a des gens qui ont de la difficulté à s'adapter à ça, qui risquent de s'isoler, de... Là, arrive le premier examen, c'est un échec, tu sais, c'est... et là ça devient gros, ça devient noir. Il faut éviter ça.

Et le travailleur de corridor, c'est ce qu'on lui demande de faire: Essaie d'identifier ces gens-là, discute avec eux et aide-les. Aide-les, là, ça peut être juste... On me cite souvent l'exemple où: Tu vas venir au cinéma avec moi ce soir, O.K., puis on ira prendre une bière. Puis c'est vraiment, là... C'est souvent des petits gestes comme ça qui cassent l'isolement. Et sinon, si c'est plus sérieux, bien, aux services aux étudiants, on a un service d'aide psychologique et il y aura donc un lien fait avec le service d'aide psychologique pour s'assurer que la détresse ne devient pas trop importante.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Si je peux ajouter un commentaire, ce qui est intéressant, c'est que c'est financé par l'externe. Donc, c'est à travers notre campagne majeure de financement de la Fondation de l'université qu'il y a eu des gens qui ont accepté de financer ce programme-là. Donc, c'est un appui réel des gens du milieu, là, en faveur de leur communauté universitaire.

Mme St-Amand: Vous apportez une dimension humaine qu'on n'a pas beaucoup... c'est un côté qu'on n'a pas beaucoup abordé cette semaine dans nos auditions, vraiment...

M. Ringuet (Michel): ...

Mme St-Amand: Oui, tout à fait. Mais je veux vous dire que vraiment ça me plaît beaucoup. Et je veux vous féliciter, parce que c'est tellement important. À mon avis, ça fait la différence.

Vous avez parlé tantôt de la démographie. On le sait qu'il y a des défis de démographie en région, effectivement. Dans votre bilan, vous parlez d'un programme qui s'appelle MobilUQ. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu plus? Combien de temps ça existe? Est-ce que vous avez mesuré les résultats? Qu'est-ce qui s'en vient en avant avec ce programme-là?

M. Ringuet (Michel): C'est un programme qui avait été mis en place par le réseau de l'Université du Québec. Et l'idée de ce programme-là, c'était de faire en sorte que des étudiants de différentes constituantes aillent étudier dans une autre constituante pendant une courte période. En fait, notre expérience MobilUQ, ce sont des étudiants de Montréal, de Trois-Rivières, je ne sais pas si Chicoutimi...

Une voix: ...l'université.

M. Ringuet (Michel): ...qui sont venus à Rimouski pour faire une session intensive en géographie. On a le terrain, là, tu sais. On leur a fait voir les Appalaches, la mer, la Minganie. Pour plusieurs de ces étudiants-là, c'était la première fois -- et ils étudiaient en géographie -- qu'ils pouvaient véritablement avoir accès à une expertise terrain comme celle-là. Alors, c'est très bénéfique pour les étudiants en question. Pour nos étudiants à nous, bien, ça les mettait en contact avec des gens qui ont une autre formation.

L'objectif de MobilUQ n'était pas d'attirer ces étudiants-là à long terme chez nous, même si ça a eu ces retombées-là dans certains cas. Il y a des étudiants qui ont décidé par la suite de venir faire une maîtrise chez nous.

** (10 h 20) **

M. Ouellet (Jean-Pierre): Si je peux ajouter un autre exemple de MobilUQ, qui est intéressant, je crois, c'est qu'on a mis à la disposition d'une équipe professorale le Coriolis II, qui est notre bateau de recherche océanographique. C'est une infrastructure exceptionnelle au Canada et même dans le monde. Donc, c'est un bateau qui est très bien organisé pour faire de la recherche océanographique. Donc, on l'a mis à la disposition d'une équipe de professeurs qui, eux, ont attiré des étudiants d'un peu partout au Québec pour venir faire un stage d'été, et profiter de cette infrastructure-là, et leur donner le goût de la recherche et de la recherche océanographique notamment.

Mme St-Amand: Est-ce qu'il reste du temps?

Le Président (M. Pigeon): Il vous reste trois minutes.

Mme St-Amand: Ouf! Ça va vite.

Le Président (M. Pigeon): Oui.

Mme St-Amand: Écoutez, je voudrais juste revenir au niveau de la démographie, parce qu'un autre truc qui est très intéressant dans votre bilan, je trouve, c'est aussi le fait des étudiants étrangers. Vous avez quand même une forte hausse des étudiants étrangers. Je veux juste savoir comment vous faites, vous êtes actifs de quelle façon pour attirer les étudiants étrangers chez vous.

M. Ringuet (Michel): La qualité de nos interventions. Non, mais...

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Ringuet (Michel): Mais, dans certains secteurs, bon, par exemple, maîtrise, doctorat en océanographie, où que ce soit dans le monde, on fait le tour sur Internet et on regarde où sont les chercheurs francophones, c'est sûr qu'on va tomber sur Rimouski. Et il peut y avoir du recrutement comme ça qui se fait.

Bien sûr, on participe aussi aux grands salons, aux missions internationales mais de façon très restreinte. Nous n'avons pas les moyens, nous, petite université, de participer à toutes les missions. Alors, on est sélectifs, on choisit. Et on a mis en place, l'an passé... il y a deux ans, un comité qu'on a... On a chargé le comité de réfléchir sur comment on devrait s'approprier l'international. Il y a des... En fait, ce que ça nous a dit surtout, c'est de focaliser sur certaines ententes particulières, aller en partenariat avec des universités précises plutôt que de vouloir tout faire. Alors, on a développé ces ententes-là.

Il y a eu, il y a quelques années -- puis on aimerait bien que ça revienne -- un programme particulier du gouvernement du Québec pour tenter de favoriser cette immigration-là en région par les universités. On a fait une proposition récemment et qui, je pense... Écoutez, si le Québec veut occuper son territoire, et je pense que le Québec doit occuper son territoire, ce n'est pas tout de dire, bon: La Gaspésie se vide, il faut que la Gaspésie se remplisse. On le fait, on le fait à travers certains leviers économiques. Quand on a décidé de faire construire les pales d'éolienne à Gaspé, c'est correct, je pense qu'il faut faire ça.

Mais, si on veut véritablement attirer les immigrants en région... Parce que ces immigrants-là, assez souvent aussi, se créent leurs emplois après, hein, surtout s'ils sont formés à l'université, ils vont vraiment s'établir et... Alors, si on veut les attirer, ça prend des leviers particuliers. Parce que l'étudiant étranger, ce qu'il connaît du Québec, c'est Montréal. Québec un peu. Bon, c'est... Il n'aura pas le réflexe de dire: Je vais de moi-même à Rimouski ou à Chicoutimi.

Moi, je pense qu'il faudrait réfléchir à des modèles particuliers de recrutement à l'international. On l'a fait au cours des dernières années. Entre autres, il y avait des missions à l'île de La Réunion qui visaient dans un premier temps le Bas-Saint-Laurent parce que ça avait été monté avec la Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent. Ça a été étendu aussi par la suite en Mauricie, il y a eu plusieurs étudiants réunionnais en Mauricie, et par la suite dans toutes les régions québécoises, sauf Montréal et Québec. Ça, c'était un beau mouvement.

Mais la décision a été de favoriser l'intégration par le cégep. Je ne critique pas cette décision-là, c'en a été une. Cependant, je pense qu'il y a plusieurs autres marchés qui devraient être examinés de la même façon.

Récemment, on est allés en Guadeloupe-Martinique avec nos collègues de Trois-Rivières et de Montréal. Il y a plusieurs étudiants de ces deux départements, territoires outre-mer français qui ont le réflexe d'aller étudier dans la France hexagonale. Le Québec pourrait être une alternative intéressante, et ça nous ferait des travailleurs d'abord qui n'ont pas de difficulté d'intégration linguistique. Alors, voilà des pistes.

Le Président (M. Pigeon): Alors, merci, M. le recteur, Mme la députée de Trois-Rivières. Et donc je me tourne maintenant vers le parti d'opposition. Est-ce que... Mme la députée de Taillon. À vous la parole.

Mme Malavoy: Oui. Je vous remercie. Je vais commencer cet échange, et puis mes collègues, et certainement mon collègue qui est député de Rimouski, auront également des choses à vous dire.

Je voudrais entrer tout de suite, M. Ringuet, dans un sujet important. Quand on parle de l'Université du Québec à Rimouski, on a comme deux images fortes: sciences de la mer, vous vous êtes taillés une place extraordinaire et même vous faites l'envie d'autres universités qui aimeraient avoir une image de marque aussi forte; et, dans un tout autre domaine, campus à Lévis. Hein? Ça fait aussi

partie de l'image, je dirais, qui est véhiculée de l'Université du Québec à Rimouski.

Alors, c'est pourquoi je vais me permettre de poser quelques questions à ce sujet-là pour comprendre bien votre réalité, mais aussi ce que ça implique pour vous et aussi pour ce que sont devenues ou sont en train de devenir les universités. Donc, c'est vraiment dans une approche large que je pose mes questions, mais je trouve que l'occasion est belle d'en profiter de votre présence avec vos nombreux collaborateurs, que je salue d'ailleurs. Et je les remercie d'avoir fait la route, parce que c'est quand même une bonne route jusqu'ici et -- bon, c'est vrai que mon collègue la fait souvent -- c'est appréciable de vous avoir en grand nombre aujourd'hui.

Donc, on dit qu'actuellement la clientèle étudiante est plus importante à Lévis qu'à Rimouski. J'aimerais, dans un premier temps, poser la question de façon large, c'est-à-dire: Comment voyez-vous les choses? À quoi ça tient? Est-ce que c'est une tendance lourde qui va s'accentuer? Est-ce que c'est quelque chose qui devrait se stabiliser? Puis je poursuivrai ma réflexion par la suite.

M. Ringuet (Michel): Merci de nous donner l'occasion de parler du campus de Lévis, parce qu'effectivement on entend beaucoup parler du campus de Lévis puis on entend souvent parler de cette situation-là avec un jugement plutôt négatif. Nous sommes à Lévis de façon légitime. Je l'ai mentionné tout à l'heure, dès le départ l'UQAR, a voulu répondre aux besoins, nous voulions... On n'a pas voulu créer le besoin, on a voulu répondre aux besoins des communautés, et on l'a fait... On ne nous reproche jamais d'être à Rivière-du-Loup, on ne nous reproche pas d'être à Matane ou à Gaspé.

Et, quand on s'est rendus à Rivière-du-Loup puis que les gens de Montmagny nous ont demandé des services, on a dit oui à Montmagny, on ne nous le reprochait pas non plus.

Lévis, par la suite, a dit: Nous aussi, on veut... Montmagny, ils en ont, nous aussi, on en veut. Et on est allés là. Il y a 30 ans. C'est d'ailleurs Robert Paré... On peut vous en parler en toute connaissance de cause parce que c'est Robert qui a fait le premier geste, qui a loué le premier local pour accueillir nos étudiants. Donc, et on a commencé. Bien sûr, c'étaient des services... des étudiants à temps partiel, des étudiants qui venaient chercher quelques cours de formation.

Au début des années quatre-vingt-dix, il y a eu un sommet économique en Chaudière-Appalaches où les gens de cette région-là ont demandé des services universitaires accrus. Il y a eu un rapport déposé au ministère, le rapport Beaupré, qui disait qu'effectivement il y avait des besoins en sciences de l'éducation, en sciences administratives et en sciences infirmières, c'étaient les... un quatrième secteur, technologie. Remarquez qu'on est encore uniquement dans ces trois secteurs-là.

Alors, les besoins étaient là. Le ministère a décidé de demander à l'UQAR, puisqu'elle y était, et à l'Université Laval de servir le littoral, Lévis, et à l'Université Laval et à l'Université du Québec à Trois-Rivières de servir la Beauce, la portion sud. Et on a servi. Les besoins étaient là. Petit à petit, les gens nous ont dit: Bon, bien, le temps partiel, c'est beau, mais le temps complet en administration, en sciences comptables... Alors, ça a été des décisions, je dirais, qui se sont faites petit à petit.

** (10 h 30) **

On est là, en sciences de l'éducation, avec des contingents octroyés par le ministère au réseau de l'Université du Québec. On ne prend pas des étudiants d'autres universités, là, c'est octroyé au réseau de l'Université du Québec. Puis on est là en sciences infirmières avec, à l'époque, un programme distinctif puisque nous donnions un programme de sciences infirmières réservé aux étudiantes qui avaient fait le D.E.C. en sciences infirmières.

C'était donc un baccalauréat de perfectionnement, alors que d'autres universités offraient un bac initial, un bac qui était orienté vers les étudiants qui n'avaient pas de préparation initiale. Alors, et donc, l'engouement se faisant, on a loué des locaux dans le collège de Lévis, et par la suite on avait besoin d'espace additionnel, ce qui a amené la construction.

Oui, si on regarde, si on regarde concrètement, si on parle en termes de marché, je n'aime pas utiliser ce terme-là, mais il est clair qu'il y a plus d'étudiants potentiels dans la région de la Capitale-Nationale qu'il peut y avoir dans le Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie. Mais comprenez que le développement qu'on a fait à Lévis, il est très normé, il est très limité, on n'a pas envahi d'autres secteurs. Et on est très surveillés aussi, on ne peut pas faire ce qu'on veut à Lévis. Il y a des instances d'approbation de nouveaux programmes. Et, à la CREPUQ, actuellement, il y a une réflexion qui se fait sur la délocalisation, où il y a une entente où on ne fera pas du dédoublement de programmes.

Les défis sont différents. Je dirais qu'à Lévis actuellement nos espaces sont à peu près complètement occupés. Donc, on ne pourrait pas, à Lévis, avec le campus qu'on a actuellement, accepter beaucoup, beaucoup, beaucoup plus d'étudiants. À Rimouski, bien, on en a parlé, il faut trouver à attirer des étudiants d'ailleurs parce qu'on sait que, pendant une certaine période, il y a des mesures encourageantes... il y a des données encourageantes. J'entendais les gens de commissions scolaires qui disaient qu'il y avait une croissance au primaire cette année. Donc, dans 15 ans, il y aura peut-être...

Mais donc, à Rimouski, c'est véritablement le caractère distinctif de nos programmes qui devrait nous permettre de maintenir la clientèle. C'est un gros défi de gestion, 300 kilomètres, mais je pense que, jusqu'à présent, nous l'avons assez bien réussi en se donnant comme principe que nos étudiants doivent avoir la même qualité d'intervention où qu'ils soient.

Le campus de Lévis est différent de bien d'autres campus parce que nous avons des professeurs réguliers, du personnel de soutien régulier. Donc, on cherche véritablement à ce que ce campus-là soit un campus en bonne et due forme, que l'étudiant universitaire qui s'y trouve reçoive la même qualité de formation qu'il recevrait s'il était à Rimouski.

Mme Malavoy: Je veux poursuivre mais dans le même sujet parce que je trouve que c'est très important en ce qui vous concerne. On peut se poser, vous l'avez évoqué, la question de la concurrence avec, bon, l'Université Laval, qui est établie dans la région depuis longtemps. Donc, j'aimerais juste que vous me précisiez: Comment fait-on pour ne pas dédoubler ce qui se fait déjà à l'Université Laval?

Mais aussi une autre préoccupation que j'ai, c'est: Est-ce que vous risquez, à un certain moment donné, de faire que vos étudiants qui devraient aller à Rimouski n'iront pas à Rimouski, vont suivre les cours de l'UQAR à Lévis et donc que ça aura un effet négatif sur votre volonté d'occuper votre territoire? En tout cas, comment vous réfléchissez à cette question?

M. Ringuet (Michel): Ce deuxième aspect là, on suit les données et on n'a pas de démonstration actuellement qui voudrait que les étudiants partent de Rimouski, ou de Gaspé et viennent étudier à Lévis plutôt qu'à Rimouski. Donc, on ne constate pas ça. L'effectif étudiant de Lévis, il est essentiellement issu de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale, et ces gens-là ne viendraient jamais à Rimouski...

Mme Malavoy: Donc, ce sont des clientèles distinctes.

M. Ringuet (Michel): Ce sont des clientèles distinctes, différentes. C'est vraiment ce qu'on observe. Le dédoublement, bien, je vous ai parlé des programmes, je ne pense pas qu'on dédouble actuellement. Et, de toute façon, pour moi, donner une alternative aux étudiants, ce n'est pas mauvais en soi. L'étudiant qui choisit de venir à l'UQAR plutôt qu'à Laval, il le choisit pourquoi? Il le choisit parce que ce sont deux universités différentes. On a chacun nos caractéristiques. Ce n'est pas parce que le diplôme de l'UQAR est meilleur qu'il choisit de venir chez nous, là, c'est certain. Les programmes sont différents, l'encadrement est différent, fait différemment.

Et, de toute façon, moi, je prétends que ça ne coûte pas plus cher à la société. La construction du campus de Lévis, elle est faite en vertu des normes ministérielles. Un étudiant, ça génère tant de mètres carrés, un professeur, tant de mètres carrés, etc. C'est ça qui nous est donné pour construire. Si l'étudiant était ailleurs, il générerait des mètres carrés ailleurs, et ça coûterait quelque chose ailleurs. Je pense personnellement que c'est dévier de la question que de se dire: Ça coûte nécessairement plus cher.

S'il y avait 3 000 étudiants de plus à Laval, j'ai l'impression que ça prendrait plus d'espace, plus de professeurs, qui sont actuellement chez nous. Et par ailleurs, je le dis ouvertement, si nous n'avions pas Lévis, l'UQAR serait essentiellement une université de la taille de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Et notre gestion, notre tête de gestion ne devrait être financée qu'à partir de la moitié de l'effectif plutôt qu'être financée sur un effectif doublé, comme il est avec Lévis. Je pense qu'il y a une répartition des coûts là qui est profitable pour tout le monde.

Mme Malavoy: Est-ce que vous seriez tenté de développer le campus de Lévis? Vous semblez dire qu'il est à pleine capacité, que tous les mètres carrés sont justifiés et occupés. Est-ce que vous avez des ambitions de développement? Ou comment voyez-vous la suite des choses par rapport au campus de Lévis?

M. Ringuet (Michel): Au niveau des locaux, effectivement, actuellement, on est saturés, quoiqu'on est en location sur un étage additionnel qui pourrait nous être accessible lorsqu'on en aurait besoin. Mais on nous transmet des besoins. C'est clair, là, il y a des intervenants de la région qui nous ont demandé d'intervenir dans certains secteurs. Nous avons demandé la possibilité d'intervenir dans ces secteurs-là, le ministère ne nous l'a pas accordé.

Mme Malavoy: Parce qu'on estime que ces programmes-là se donnent ailleurs?

M. Ringuet (Michel): C'est parce que... En fait, le questionnement, c'est dans un programme où il y a un besoin de stages, et le ministère pense qu'il n'y aurait pas suffisamment de places de stage. Mais on est encore en discussion avec le ministère.

Mme Malavoy: C'est dans quel domaine? Est-ce qu'on peut savoir?

M. Ringuet (Michel): C'est en travail social.

Mme Malavoy: En travail social. O.K.

M. Ringuet (Michel): C'est en travail social. Et, en fait, c'est un problème particulier parce qu'on ne peut pas l'offrir parce que nous n'avions pas le programme et, quand on a demandé l'extension du programme en Abitibi-Témiscamingue, le ministère nous a dit: Vous pouvez l'offrir dans l'Est, Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie, mais pas à Lévis. C'était la première fois que le ministère cantonnait une université au point de vue territorial et sur la base des stages principalement.

Mais, ceci dit, moi, je pense qu'il faut poursuivre les discussions. L'agence de santé de Chaudière-Appalaches est très intéressée à ce qu'on oeuvre dans ce domaine-là, donc. Et, de façon particulière, l'Abitibi-Témiscamingue, parce qu'elle est déjà dépositaire du programme, elle a déjà le programme en question, bien, elle est venue le donner à Lévis.

Mme Malavoy: Il me reste encore un tout petit peu de temps, M. le Président?

M. Ringuet (Michel): Peut-être M. Ouellet peut... M. Ouellet voudrait rajouter.

Le Président (M. Pigeon): Six, sept minutes.

Mme Malavoy: Six, sept minutes...

** (10 h 40) **

M. Ouellet (Jean-Pierre): Bien, je voulais ajouter qu'on joue un rôle extrêmement important dans la région de Lévis pour soutenir le développement de ce milieu-là. Il faut comprendre que, entre guillemets, les étudiants qui sont formés chez nous, c'est des étudiants qui sont un peu différents de ceux de Laval, dans le sens que ce sont souvent des étudiants de première génération, c'est-à-dire que leurs parents n'ont pas eu accès au milieu universitaire. Et le fait d'avoir un campus qui offre des services universitaires chez eux, ça facilite la transition pour eux, ça facilite l'accès au monde universitaire.

Et c'est souvent des étudiants aussi qui sont -- prenons l'exemple des sciences infirmières -- en situation d'emploi, qui vont travailler dans la région immédiate de Lévis. Et ces gens-là n'ont pas la capacité nécessairement d'aller, par exemple, à Laval ou ailleurs pour suivre leur formation parce qu'ils ont déjà un horaire chargé par leur travail, aussi les contraintes familiales. Et, à ce moment-là, ils vont chercher la formation parce qu'elle est accessible et elle est près de chez eux.

Donc, c'est une réalité qui est quand même différente, entre les deux universités, puisqu'on se compare à Laval dans ce cas-ci.

Et je pense qu'on offre un service extrêmement important à la région avec un coût de dispensation qui est très modeste, compte tenu qu'on profite beaucoup de ce qui existe déjà à l'UQAR. Par exemple, on appelle ça notre concept de siège social, qui est à Rimouski, et les expertises qui sont à Rimouski profitent aux gens de Lévis, l'équipe de direction qui est à Rimouski profite au campus de Lévis. Il y a évidemment des cadres à Lévis aussi qui viennent appuyer ce travail-là, mais c'est un nombre réduit de cadres, il n'y a que trois cadres à Lévis.

Et ce n'est pas qu'un lieu de dispensation de cours, il y a une vie étudiante qui s'est développée. Donc on a un service aux étudiants. Quand on parlait un peu plus tôt du programme de gestion des... on a un programme où on favorise des projets étudiants, bien, on l'a sur les deux campus. Les étudiants au campus de Lévis ont accès à leur propre programme de développement d'activités para-académiques. Donc, pour eux, c'est la vie d'une université. Même si c'est sur deux campus, les gens à Lévis ont vraiment l'impression de vivre dans une université à part entière. Et ça, c'est extrêmement important pour eux, et ils ne sont pas lésés au niveau de la qualité de la formation qu'ils reçoivent.

M. Paré (Robert): Je voudrais peut-être ajouter. Robert Paré. Je peux répondre... compléter?

Le Président (M. Pigeon): Oui, si vous voulez vous identifier. Oui.

M. Paré (Robert): Vice-recteur au campus de Lévis. Vous savez, l'offre de formation qui est actuellement présente au campus de Lévis est en lien avec le rapport Beaupré, M. Ringuet vous l'a dit tantôt. Mais il faut dire que, sur les six programmes de baccalauréat offerts au campus de Lévis, il y en a trois qui n'existent pas en tant que tels à l'Université Laval. On a le baccalauréat en adaptation scolaire et sociale, qui n'est pas offert à l'Université Laval. C'est plus un programme de diplôme de deuxième cycle, donc il n'y a pas de recoupement dans les contenus.

Le bac en sciences infirmières que nous offrons a une couleur particulière par rapport à celui de Laval. C'est un baccalauréat orienté soins critiques. Or, ce n'est pas la même chose. Et aussi on a un baccalauréat en sciences comptables qui est élaboré différemment du baccalauréat en administration qui est à l'Université Laval avec concentration en sciences comptables.

Si je sens le besoin de dire ça, c'est qu'il n'y a pas une concurrence directe en termes de programmes. Il y a une différence, là, entre l'offre de formation que nous offrons et celle de l'Université Laval.

Le Président (M. Pigeon): Trois minutes.

Mme Malavoy: Trois minutes. Bon. La question à laquelle ça m'amène, évidemment on n'en fera pas le tour ce matin, mais c'est un bon exemple de ce que deviennent les universités qui se transforment au fur et à mesure des décennies, au fur et à mesure des besoins, de l'apparition de nouvelles clientèles, des transformations aussi de la relation qu'on a à l'apprentissage, qui est souvent un apprentissage maintenant tout au long de la vie. Donc, diriez-vous que l'UQAR est un bon exemple d'une université nouvelle, nouvelle approche, nouvelle manière, une université de l'avenir?

Est-ce que vous vous percevez comme ça, avec, donc, pas simplement un campus sur un territoire, mais de multiples services à travers le territoire que vous desservez, et finalement un autre campus important là où il y avait également des besoins émergents?

M. Ringuet (Michel): On n'est pas si original que ça, il y a des nombreuses universités qui sont multicampus, en France, aux États-Unis bien sûr. En fait, ce qui nous distingue et ce qui amène les questions, c'est que le siège social est dans la région vraiment périphérique, là où il y a le moins de gens, alors que le campus additionnel se retrouve dans la capitale. C'est vraiment ça qui distingue la chose.

Mais c'est un défi, c'est un modèle de gestion. Robert Paré est allé, il y a deux ans maintenant, faire le tour de la France pour essayer de voir comment, apprendre comment ces gens-là gèrent les universités multicampus. Mais il est clair que, nous, notre orientation, c'est d'être près de l'étudiant, près de l'étudiant dans son lieu de vie. On n'est pas une université très médiatisée, même je pense qu'il va falloir s'ouvrir, en faire un peu plus. On a le programme en formation professionnelle qui est bien appuyé sur une médiatisation.

Mais sinon, là, on n'a pas beaucoup de cours médiatisés, on n'est pas très présents, parce que, nous, ce qui nous caractérise, c'est le présentiel. L'étudiant est dans la classe avec le professeur, il est encadré à travers une plateforme technologique, oui, mais le contact avec les autres étudiants, avec les professeurs... Et, pour pouvoir faire ça, il faut se déplacer, il faut aller dans les milieux. Et il y a des étudiants qui veulent ça, il y a des étudiants qui font ce choix-là, comme il y a des étudiants qui choisissent d'aller dans une plus petite université qu'une plus grande.

Culturellement, il y a des étudiants qui ne se voient pas dans une grande université.

Donc, prenons l'exemple, dans les Maritimes, de Mount Allison University. C'est une toute petite université qui attire des étudiants de partout au Canada. Ces étudiants-là vont là plutôt que d'aller à Toronto ou à UBC parce qu'ils veulent une formation dans une petite université à taille plus humaine. C'est ce qu'on offre comme alternative, je pense. Et, pour la réussite étudiante, je pense qu'il faut pouvoir faire ça.

Le Président (M. Pigeon): On aurait à peu près terminé, ça fait 21 minutes. Alors, si vous me permettez, avant de passer la parole aux représentants du groupe ministériel, on ferait une très brève pause de quelques minutes et on reprend.

Alors, on suspend, là, pour quelques minutes.

(Suspension de la séance à 10 h 46)

(Reprise à 10 h 52)

Le Président (M. Pigeon): Alors, nous allons reprendre nos travaux. Alors, le quorum étant de quatre personnes -- une, deux, trois, quatre -- le quorum est de retour. Alors, de nouveau, la parole est aux représentants du groupe ministériel. Alors, je reconnais la députée de Gatineau.

Mme Vallée: Merci, M. le Président. Alors, bonjour, bienvenue à l'Assemblée nationale. Je dois vous dire que, depuis lundi, on entend toutes sortes de commentaires, on entend les bons coups des universités, on se familiarise avec des universités qu'on connaît moins.

Et je sens, et peut-être que je me trompe, mais j'ai entendu certaines universités mentionner l'importance pour les universités du Québec d'atteindre l'excellence et de miser, quitte à mettre de côté certains programmes qui étaient peut-être moins populaires, qui ne retiennent pas, qui n'ont pas nécessairement la cote auprès des différents groupes qui évaluent la performance des universités au niveau des différents palmarès...

Mais il y a aussi, en parallèle à ça, en parallèle à cette atteinte de la performance, cette atteinte de l'excellence, la volonté, surtout pour les universités en région, oui, d'atteindre l'excellence et de se spécialiser dans certains domaines bien spécifiques. Mais, au-delà de ça, il semble y avoir aussi une très grande importance accordée au rôle de l'université comme étant un moyen de développement des régions et comme étant également, et je le sens beaucoup chez vous, un moyen de contrer les problématiques auxquelles font face les régions du Québec en fait de démographie.

Et on a des enjeux démographiques. Vous avez des enjeux en Gaspésie, vous avez des enjeux dans le Bas-Saint-Laurent. Je vous dirais que, chez nous, en Outaouais, malgré les enjeux... malgré la hausse démographique très rapide du secteur urbain de Gatineau, dans les communautés rurales on a des enjeux similaires aux enjeux du Bas-Saint-Laurent. Je pense, chez nous, dans La Vallée-de-la-Gatineau, c'est assez... c'est majeur, ce qui se passe. Et vous semblez vraiment prendre à coeur votre rôle régional pour contrer cet effet démographique là. Est-ce que ce sont deux missions? Est-ce que c'est deux...

Est-ce que la recherche de l'excellence chez les universités québécoises et le rôle social des universités en région sont contradictoires ou est-ce que c'est complémentaire? Parce que, je vous avoue, là, en écoutant, c'est une question qui ce matin a germé dans mon esprit. Puis j'aimerais ça vous entendre là-dessus.

M. Ringuet (Michel): Bien, moi, je pense que ce sont deux facteurs complémentaires. Mais votre observation est tout à fait juste, parce que je dirais que ça a été... L'évolution normale des universités en région, et, je pense, dans toutes les régions, est caractérisée par ce que vous décrivez. C'est-à-dire que je pense qu'au départ, lorsqu'on a créé l'Université du Québec et qu'on a implanté des universités en région, ce qu'on visait, c'était essentiellement la formation.

On avait, sur le territoire, un grand nombre de personnes qui n'avaient pas eu accès et qui ne pouvaient pas avoir eu accès à l'université, et il fallait amener l'université chez eux, à travers des programmes de certificat. Ça a été beaucoup de la formation continue.

L'Université du Québec, au départ, c'était très, très forte proportion de formation continue. Maintenant, la majorité de nos institutions sont à peu près à 50 % temps plein, 50 % temps partiel, moins de formation continue. Et, plus récemment encore, ce que la région nous dit avoir besoin, c'est de l'expertise et de transmettre... d'être proche du milieu, de transmettre cette expertise-là, cette connaissance-là non seulement par des activités de formation, mais par l'accompagnement, du développement, par des innovations sociales, des innovations technologiques, et tout. Alors, c'est certain qu'il y a eu une mutation.

Et là les gens nous disent, c'est très présent à la conférence régionale des élus, je suis membre de la conférence régionale, et le discours, il est total: L'université, on en a besoin, venez, soyez présents. La formation, on en a fait le tour, oui, mais venez avec nous, là, dans les industries, dans les organismes parce que notre avenir, il est là.

Alors, c'est comme ça qu'on se voit, comme un véhicule du développement, c'est-à-dire que ces entreprises-là, je vous l'ai dit tout à l'heure, ne le feraient pas toutes seules. Il n'y a pas d'ingénieur assez... hein, tous les ingénieurs qui n'ont pas le temps de se tenir à jour, de faire la formation continue, ou peu de temps. Et il est clair, là, que c'est une mission importante.

Ça ne met pas de côté d'aucune façon l'excellence, parce que notre université ne pourrait pas poursuivre si on n'était pas aussi excellents. Les gens que l'on forme, même si ce sont de petites cohortes, les gens que l'on forme doivent avoir le même niveau de formation qu'ailleurs.

Nos étudiants en sciences comptables, par exemple, c'est une des seules mesures qu'on a, mais nos étudiants en sciences comptables performent très bien dans les grands concours nationaux, bon, parce qu'on offre une qualité de formation équivalente à ce qui se fait ailleurs. On ne pourrait pas offrir moins. Vous l'avez dit, là, on est connus par notre Institut des sciences de la mer. Pourquoi on est connus? Parce qu'on est excellents, parce qu'on est un leader. Et, s'il n'y avait pas ça, l'UQAR, on n'en parlerait pas, on n'en parlerait pas assez.

Alors, il faut véritablement jouer sur les deux tableaux: maintenir l'excellence tout en se rapprochant du milieu. Puis c'est complémentaire, on peut le faire, on peut vraiment... Je ne choisis pas un pour laisser tomber l'autre, là. Ce n'est pas...

Mme Vallée: Mais, lorsqu'on se rapproche du milieu, est-ce qu'on ne devient pas en quelque sorte généraliste? Parce que, lorsqu'on est en région... Et je pense... je fais le parallèle entre l'université et, par exemple, un professionnel qui s'installe en région, qui s'installe dans une communauté rurale. Souvent, le professionnel doit être vraiment multidisciplinaire. Quand j'ai pratiqué, quand j'ai établi ma pratique en droit à Maniwaki, on s'entend, je faisais de tout, j'étais la spécialiste de tout. Je faisais du criminel puis du familial au même

titre que je faisais des chicanes de clôture, parce qu'on n'a pas accès à ce bassin de population.

Donc, pour une université qui souhaite justement se coller au milieu, qui souhaite s'intégrer aux besoins de sa communauté, j'imagine que ça implique un besoin supplémentaire en fait de ressources humaines, en fait de programmes. Vous devez, à quelque part, développer beaucoup plus qu'une université qui se spécialise ou qui a un créneau particulier, comme par exemple les HEC.

** (11 heures) **

M. Ringuet (Michel): Bien, les HEC, c'est vraiment du monodisciplinaire, je dirais. Effectivement, on a un rôle de vocation générale, mais cette vocation générale là, elle n'est pas complète quand même, on ne donne pas tout. On n'a pas de programme de physique, chez nous, puis je ne pense pas qu'on devrait avoir un programme de baccalauréat en physique, on va laisser... Bon, bien sûr, on n'a pas médecine, on n'a pas architecture, on n'a pas droit. Tu sais, il y a un certain nombre de disciplines qu'on ne touche pas.

Quand vous dites que... C'est un aspect intéressant que vous soulevez. Effectivement, je pense que, dans nos programmes, on recherche... on intègre la polyvalence. On forme des ingénieurs, mais peut-être des ingénieurs qui sont un peu moins... On a d'ailleurs un bac en génie des systèmes électromécaniques, là, où on fait du mécanique, de l'électrique et du génie des systèmes. C'est un génie plus large parce que souvent cette personne-là va être le seul ingénieur de l'entreprise, et il faut qu'il puisse toucher un peu à tout.

Polyvalence aussi assurée par la dimension humaine. Nous, quand les étudiants, quand les professeurs vont à la cafétéria, ils vont discuter avec des collègues de d'autres disciplines, on n'est pas facultaires. Donc, on voit souvent effectivement des ingénieurs discuter avec des sociologues. Ça ne se voit pas beaucoup dans d'autres universités. Et ça amène un effet dans la formation parce que souvent le professeur va vouloir intégrer certains aspects plus humains dans sa formation au génie ou plus technique dans sa formation...

Je vous parlais, tout à l'heure, d'une ARUC où un professeur étudie l'impact de l'érosion des berges, des changements climatiques sur les communautés des zones côtières. Forcément, ce professeur-là, c'est un sociologue, mais il faut qu'il ait des contacts avec son collègue géographe ou physicien pour comprendre c'est quoi, l'érosion, et tout. La polyvalence, elle est là, très certainement.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Mais, je dirais, vous avez raison, que parfois, faute de ressources, on doit dire non à certaines demandes qui émanent du milieu. On a des demandes dans le domaine de la forêt, oui, on va allouer certaines ressources pour être capables de répondre à ces besoins-là, mais parfois on est obligés de dire qu'on constate qu'il y a des secteurs dans lesquels on ne peut pas s'investir. Donc, on fait des choix stratégiques, on essaie de faire ces choix-là en partenariat avec le milieu pour choisir les créneaux, par exemple, les plus porteurs pour la région.

Donc, on se colle, par exemple, au créneau ACCORD. Mais il y a des choix évidemment qu'on est dans l'obligation de faire compte tenu des contraintes budgétaires qui sont imposées par les universités.

Et je voudrais juste revenir sur l'aspect complémentarité d'agir localement et d'exceller -- puis exceller, on parle évidemment d'une comparaison à l'échelle internationale. Ce qu'on invite, c'est nos chercheurs à vouloir s'investir localement, mais, en même temps, il est possible de publier dans les meilleures revues -- et on le fait, on a des chercheurs qui publient régulièrement dans Nature , Science -- les meilleures revues de la planète. Donc, on peut faire à la fois de l'intervention locale, et bien agir, et bien être performants au niveau de la recherche, selon certains indicateurs, à l'échelle planétaire. Donc, à ce niveau-là, il n'y a pas de complexe. Il n'y en a vraiment pas.

Mme Vallée: Comment arrivez-vous à... Parce que vous avez mentionné -- je pense que c'était suite à une question de ma collègue -- que vos professeurs, vos chercheurs sont vraiment impliqués dans la communauté, donc que ce n'est pas que vous en tant que recteurs qui participiez aux différentes rencontres. Ça va bien au-delà de l'équipe administrative, c'est l'équipe des professeurs, c'est vraiment l'équipe de l'université qui est impliquée. Comment avez-vous créé cette dynamique-là?

Parce que ce n'est pas nécessairement naturel. On le voit à l'occasion, parfois un individu qui... c'est l'individu en soi qui va donner à sa communauté. Mais vraiment qu'il y ait un mouvement au sein d'une université où vraiment on sent vraiment une implication des enseignants auprès des différents organismes, c'est quand même quelque chose. Et je me demandais de quelle façon vous en êtes arrivés à donner au corps professoral cette envie-là, cette motivation-là de s'impliquer dans leur milieu. Est-ce que c'est parce que le corps professoral provient majoritairement du Bas-Saint-Laurent ou il y a d'autres facteurs?

M. Ringuet (Michel): Moi, je dirais que c'est le facteur proximité. Les gens du milieu nous connaissent. La porte de Jean-Pierre Ouellet, ma porte, elle est ouverte. Et, quand les gens du milieu ont besoin d'une expertise, un courriel, un coup de téléphone puis: Pouvez-vous faire ça?, et généralement, quand... On ne peut pas, dans une université comme la nôtre, on ne peut pas beaucoup se cacher dans son bureau, puis ne pas voir personne. C'est trop familial, si on veut, pour ça.

Moi, je pense connaître, même si le roulement est très important, je pense connaître à peu près tous les professeurs chez nous, la majorité des employés de soutien. Les étudiants des associations étudiantes prennent rendez-vous et rentrent dans nos bureaux pour discuter quand ils ont un problème. Alors, c'est ça qui a un impact aussi.

Et, comme je l'expliquais, là, à la cafétéria ou... Nos professeurs de sociologie et de développement régional font le tour du territoire, voient les problèmes puis ils vont avoir le réflexe de revenir à l'université, puis d'aller voir leurs collègues de biologie, puis dire: Je pense qu'il y a un problème relié à ça, est-ce que tu irais voir? Il y a beaucoup ce facteur-là, là, qui joue.

Est-ce que c'est une priorité que l'université place? Je dirais que, oui, aussi. Disons-nous carrément que, si l'ambition du professeur, c'est de devenir prix Nobel, peut-être qu'il ne choisira pas instinctivement de venir à l'UQAR. Je caricature, là, mais c'est... Le professeur qui choisit de venir chez nous, il vise l'excellence, il va faire

partie de l'ISMER, qui est un groupe fort, excellent, et tout, mais il s'en vient aussi dans un milieu où il sait qu'il va devoir travailler en collaboration. Il va devoir s'intégrer dans des champs choisis par l'université et non pas nécessairement poursuivre sa recherche doctorale. Le professeur en géographie, là, il va faire

partie d'un groupe en géographie physique qui étudie les berges du Saint-Laurent puis les Appalaches, et tout, là.

Et donc la nature même de... l'humain qui choisit de venir chez nous est peut-être plus ouvert à travailler dans le collectif. Et c'est bien vu. Dans l'évaluation du professeur, il y a l'enseignement, il y a la recherche, mais le service à la collectivité, chez nous, fait

partie des fonctions du professeur, et c'est valorisé. C'est peut-être ça qui joue aussi, là.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Un élément complémentaire. Des deux côtés de la table, vous avez mentionné certaines menaces qui planent sur l'UQAR: faible densité de population, baisse démographique, grand territoire. Mais en même temps je dirais que ce sont nos forces, dans le sens que c'est très stimulant, ça force à l'innovation. Puis les gens, une fois arrivés chez nous, ils commencent à interagir avec le milieu, ils se sentent investis d'une mission qui est de soutenir le développement des milieux dans lesquels on est implantés.

Et ça, ça se traduit -- M. Ringuet a donné un exemple -- à travers la contribution du personnel de l'UQAR, à la hauteur de près de 2 millions dans la campagne majeure. C'est exceptionnel. Donc, ça veut dire que les gens veulent soutenir leur université, ils croient au rôle social, au rôle de leur université, et ça, c'est un engagement qui est très profond auprès de notre personnel.

Mme Vallée: Justement, vous mentionnez l'investissement des gens auprès de leur université, est-ce que, lorsque vous... Vous avez fait une grande campagne de financement qui a été un beau succès. Est-ce que c'est vraiment la région qui contribue ou vous allez à l'externe?

M. Ringuet (Michel): Bien, dans une campagne comme celle-là, ça prend l'externe, c'est sûr. Il faut aller voir les sièges sociaux qui sont à Montréal, où on a été bien reçus. Plusieurs d'entre eux, là, nous ont... Je ne les mentionnerai pas ici, là, mais on a eu des... Et ça, c'est intéressant parce que c'est des sommes, donc, de sièges sociaux qui viennent soutenir l'économie régionale. Mais c'est clair aussi que l'appui très fort que nous avons eu de la communauté dès le départ nous a permis de convaincre tous ces gens-là par la suite de l'intérêt qu'il pouvait y avoir à soutenir notre cause.

** (11 h 10) **

Mme Vallée: ...d'une communauté rurale qui n'est pas nécessairement une communauté fortunée, comme vous le disiez dans votre présentation.

M. Ringuet (Michel): Non. Non, ce qui fait en sorte que cet... En fait, le mouvement, il a été d'abord la communauté de l'UQAR, ensuite les conférences régionales des élus. Les villes sont venues nous soutenir. On a eu vraiment du beau positionnement des conférences régionales des élus, qui nous voient comme l'outil privilégié de développement, et donc ils ont été prêts à nous appuyer, et par la suite, bon, le privé s'est joint à ça.

Mme Vallée: Comment réussissez-vous à justement rejoindre les autres municipalités? Parce que vous êtes l'UQAR, vous êtes à Rimouski, mais il y a plusieurs MRC, plusieurs municipalités. On retrouve dans toutes les régions du Québec ce qu'on appelle des guerres de clocher: Ah! ce n'est pas mon université, vous n'êtes pas chez nous, je ne contribue pas. Comment vous arrivez, vous, à rejoindre les différentes municipalités, les différentes MRC pour les sensibiliser à l'importance de votre rôle régional?

M. Ringuet (Michel): C'est quelque chose dont on n'est pas peu fiers, parce que, s'il y a une évolution notable au cours des dernières années, c'est celle-là. Ce que vous décrivez, là, l'Université de Rimouski à Rimouski, c'était encore vrai à venir jusqu'à tout récemment. On le sentait très bien. Je ne suis pas en train de dire que l'esprit de clocher est complètement disparu, mais c'est, en fait, les gestes qu'on vous a décrits.

Le fait d'avoir des professeurs de l'UQAR qui sont résidents à Gaspé, ils font surtout de la recherche, et ils sont là pour faire de la recherche, mais ils sont résidents à Gaspé, résidents à Grande-Rivière, résidents aux Îles-de-la-Madeleine, et de travailler avec les conférences régionales des élus à mettre en place des programmes, à participer aux consortiums sur la forêt gaspésienne, et ces choses-là, là les gens ont l'impression de s'approprier l'université, et l'université est vraiment chez elle. Premier volet.

Deuxième volet, c'est que la fragilité démographique fait en sorte que, pour plusieurs employeurs de ces municipalités-là, l'embauche est rendue extrêmement problématique. Les cabinets de comptables viennent nous voir à chaque semaine pour dire: On a un problème, là, tu sais. Alors, s'ils viennent travailler avec nous, qu'ils identifient des jeunes de leur localité qui viendraient étudier pour retourner, et tout, et qu'ils en parlent à leurs élus municipaux, ça fait en sorte de favoriser cette appropriation-là. Mais ça demande énormément de présence, il faut...

Le territoire, il est vaste, et il est clair que c'est beaucoup de kilométrage pour nous, ce qui fait que la loi n° 100 ne facilitera pas nos interactions.

Le Président (M. Pigeon): Le bloc de 20 minutes est...

Une voix: ...déjà.

Le Président (M. Pigeon): ...terminé déjà, oui. Oui. Alors, je me retourne du côté de l'opposition et je cède la parole au député de Rimouski.

M. Pelletier (Rimouski): Merci.

Le Président (M. Pigeon): M. le député.

M. Pelletier (Rimouski): Merci, M. le Président. Tout d'abord, je voudrais vous saluer, saluer les membres de la commission puis saluer les gens de chez nous, les gens de Rimouski, des gens que je connais très bien -- je vous dirai tout à l'heure pourquoi. Mais avant je voudrais remercier d'abord les membres de notre parti de m'avoir permis d'être ici ce matin, parce que je remplace quelqu'un qui m'a généreusement laissé sa place parce que ça me tentait énormément de rencontrer les gens de chez nous. Puis je peux vous dire que, comme le disait ma collègue de Trois-Rivières, moi, je suis très fier de l'Université du Québec à Rimouski puis le rôle qu'elle a joué depuis les 40 dernières années.

Ce n'est pas le lot de tout le monde dans cette salle, mais, moi, je suis un de ceux qui connaissent l'Université du Québec depuis ses débuts. Parce que je sais qu'il y en a ici qui n'étaient même pas au monde lors de l'ouverture de l'Université du Québec à Rimouski. Mais, moi, j'y étais. Et puis on a regardé le... suivi le développement de notre université chez nous, et puis, moi, je l'ai suivi, je l'ai vu au tout début en suivant certains cours. J'ai aussi été, à un moment donné, membre du conseil d'administration de l'UQAR.

J'ai aussi participé avec la chambre de commerce à une mission commerciale, entre autres, et bien des choses qu'on a faites ensemble. Alors, j'ai même été, avec ma firme, vérificateur des états financiers de l'Université du Québec. C'est là que j'ai eu l'occasion, l'honneur de connaître Mme Viel, la future vice-recteur à l'administration et aux ressources humaines, que je félicite encore, d'ailleurs. Puis je peux vous dire, pour l'avoir connue en finances, que c'est un poste qui va lui aller très bien, qu'elle mérite énormément.

Alors, quand je vous dis ça, vous pouvez peut-être m'accuser un peu de chauvinisme, mais j'écoutais ma collègue de Trois-Rivières, elle est à Trois-Rivières, ce n'est quand même pas si proche que ça de Rimouski, puis elle partageait mes sentiments vis-à-vis de l'Université du Québec à Rimouski.

Avant d'aborder peut-être le sujet que je voudrais amener, j'aurais peut-être une petite question sur le sujet que ma collègue de Taillon a abondamment questionné tout à l'heure, mais il reste peut-être un petit élément que j'aimerais vous entendre. C'est parce que c'est au niveau du développement vers Lévis. Parce que, vous savez, c'est sûr que, lorsque l'Université du Québec a commencé, on se posait tous la question sur la pérennité d'une université à Rimouski. On savait très bien que la vocation de l'Université du Québec, c'était de déployer l'enseignement universitaire dans les régions pour permettre justement aux jeunes d'avoir accès à des études universitaires dans leur région.

Moi, dans mon domaine, je connais pas mal de comptables agréés qui exercent leur profession... ou qui ont exercé leur profession -- parce qu'à mon âge il y en a qui ont commencé leur retraite, là -- qui ont été comptables agréés parce qu'ils ont pu suivre leur cours à Rimouski. Ils ne l'auraient pas été autrement. Ils n'auraient pas été comptables agréés. Ils seraient peut-être allés travailler sur la construction à Montréal, peu importe. Ils auraient gagné leur vie quand même, mais, pour la région, ça aurait été différent.

Et puis on se pose la question puis on se posera toujours la question: S'il n'y avait pas eu l'université, l'UQAR, à Rimouski, ça aurait été quoi, le développement économique régional en Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie? On ne le saura jamais parce qu'on ne peut pas vivre les deux. On a vu celui de la présence de l'UQAR, et l'absence de l'UQAR, bien, on ne le vivra... on ne le saura jamais. Mais, moi, je pense que... Puis ce n'est pas pour rien qu'à la CRE on insiste beaucoup sur votre présence dans notre région. C'est parce que, pour nous, l'Université du Québec, c'est un élément majeur de développement économique dans notre région.

Et puis, sur l'ouverture du campus de Lévis, on a un peu une version qui nous dit que, si l'Université du Québec est allée ouvrir un campus à Lévis, c'est parce qu'il y avait un besoin, parce que le territoire de Chaudière-Appalaches était sur le territoire de l'UQAR, mais aussi c'était pour permettre d'assurer la pérennité de l'Université du Québec à Rimouski parce que ça permettait plus d'inscriptions, plus d'étudiants. Puis d'ailleurs, je pense -- en tout cas, on va vous poser des questions là-dessus tout à l'heure -- je pense qu'il y a plus d'étudiants à Lévis qu'à Rimouski.

Mais ça, ça amène une inquiétude pour les gens de chez nous. Puis là vous êtes devant un micro, devant la caméra, puis il y a peut-être 2,5 millions de Québécoises et Québécois qui nous écoutent.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Pelletier (Rimouski): C'est le nombre de personnes qui nous écoutent à chaque jour, en commission, en direct ou en différé. Pour rassurer les gens, les gens qui sont inquiets, qui disent: Bon, bien, avec le campus de Lévis, la masse de la population est plus grande, il va y avoir plus d'étudiants, il y a toujours, toujours plus d'étudiants, tandis qu'à cause du phénomène démographique décroissant dans le Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie... Il semblerait que ça retourne un peu, tant mieux.

Ils sont inquiets un peu d'un glissement des services vers Lévis puis des glissements des... comme vous, par exemple, le personnel administratif, vers Lévis, de sorte que Lévis pourrait devenir... Rimouski ne fermerait pas, là, mais Lévis pourrait devenir le centre, si vous voulez, le bureau de direction de l'UQAR. Qu'est-ce que vous pouvez dire à ces gens-là pour les rassurer?

M. Ringuet (Michel): Est-ce qu'on a ouvert Lévis pour assurer la pérennité de l'UQAR? Je dirais, non, ce n'est pas une question de pérennité parce que, je l'ai mentionné tout à l'heure, l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue a à peu près la taille du campus de Rimouski et elle fonctionne. Donc, on fonctionnerait sans Lévis.

Maintenant, il est clair que le fait de doubler la clientèle nous permet de faire mieux, de faire plus, d'avoir plus de moyens en répartissant la fonction administrative sur un plus grand nombre d'étudiants. C'est clairement ça. Donc, ça donne un volet...

Sincèrement, je pense, pour rassurer les gens de Rimouski, je pense que, si on n'avait pas Lévis, maintenir une organisation comme l'Institut des sciences de la mer, 20 professeurs dédiés totalement à l'enseignement, deuxième, troisième cycles, et à la recherche, ça demanderait un fichu tour de force, là, carrément. Maintenir l'histoire, la chimie à Rimouski, si on ne pouvait pas répartir les coûts administratifs sur un plus grand éventail, ce serait véritablement un tour de force.

Maintenant, l'Université du Québec à Rimouski, par ses lettres patentes, a son siège social à Rimouski. Si vous voulez être rassurés, là, pour déménager le siège social à Lévis, il faudrait modifier les lettres patentes. Et personnellement, moi, je pense qu'en travaillant comme on le fait, en assurant vraiment la qualité des services équivalents aux professeurs, aux étudiants sur les deux sites, cette menace-là dont on parle, là, je l'ai beaucoup plus sentie il y a plusieurs années que maintenant; on n'entend plus parler de ça véritablement. Et les gens du milieu lévisien, Robert pourrait en parler, sont satisfaits de la situation actuelle. On a un bel appui, ça fonctionne.

L'important, c'est de donner des services. L'important, ce n'est pas le nom. Personnellement, là, je pense, ce n'est pas le nom. On utilise de toute façon de plus en plus l'acronyme UQAR, donc c'est plus... Il y a là un campus universitaire. Qu'est-ce que ce sera dans 25 ans? On verra bien. Mais, pour moi, la situation actuelle permet aux deux entités de fonctionner du mieux possible. Et c'est pour ça... On se lance dans une nouvelle opération de planification stratégique. Normalement, on aurait dû le faire l'an dernier, mais, avec l'incendie, on a reporté bien des choses.

On se lance dans un nouveau plan d'orientation stratégique. Ces questions-là seront débattues, mais, je vous le dis, moi, je n'entends pas actuellement autre chose de la part des gens de Lévis que de s'assurer qu'ils ont des services équivalents à ce que les étudiants et les professeurs de Rimouski peuvent avoir. Je ne sais pas si, Robert...

** (11 h 20) **

M. Paré (Robert): Oui. Parce que, si on se rappelle, si on recule il y a quelques années, vous vous souvenez, il avait été question, en Chaudière-Appalaches, d'un projet d'université autonome. Certains acteurs socioéconomiques voulaient une université à part entière, ils voulaient davantage de services et, pour les obtenir, se disaient: On va se donner une université autonome.

L'UQAR a développé les services, l'UQAR a développé le campus en fonction des besoins du milieu, et aujourd'hui, quand on discute avec les acteurs socioéconomiques du littoral comme de la Côte-du-Sud ou de Lotbinière, les gens ne parlent plus d'université autonome parce qu'on a fait la démonstration qu'on pouvait rendre le service. Ils sont satisfaits, ils applaudissent à ce qui est fait et ils nous appuient.

Tantôt, on parlait des connivences avec le milieu, là. Bien, en fait, c'est ça, c'est un bel exemple aussi de partenariat. Le campus de Lévis s'est développé en partenariat avec le milieu. Et voilà. Donc, des idées d'université autonome, et tout ça, ce n'est plus là, ni dans le milieu socioéconomique ni parmi la communauté universitaire au campus de Lévis, là.

M. Ringuet (Michel): Maintenant, j'ajouterais que, s'il y a des craintes du côté du Bas-Saint-Laurent et de Rimouski, la meilleure façon de s'assurer que l'UQAR demeure ce qu'elle est, c'est de maintenir l'appui régional qu'on sent actuellement. Oui, nombre équivalent, peut-être un peu plus d'étudiants à Lévis. Il faut comprendre par ailleurs que le gros, presque l'essentiel de la recherche de l'UQAR se fait à Rimouski. Et on est beaucoup plus, mieux enracinés dans le Bas-Saint-Laurent qu'on peut l'être en Chaudière-Appalaches. En Chaudière-Appalaches, ça commence, les gens nous apprécient, mais on ne peut pas dire qu'on a le même niveau d'enracinement.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Peut-être ajouter par rapport à ça, le développement du campus, oui, mais pas un développement débridé, un développement balisé. Ce qu'on veut faire, c'est travailler à la marge des programmes qui existent, de le faire dans le respect des règles que la CREPUQ s'est dotée. On veut aussi davantage consolider notre expertise en recherche. C'est une équipe qui est jeune, cette équipe-là va maturer.

On les appuie, on veut qu'ils puissent jouer leur rôle de chercheurs d'avant-garde, exceller au niveau de la recherche et aussi davantage s'imbriquer dans le milieu pour que la recherche, nos interventions et la formation donnent des résultats concrets pour soutenir le développement de la région.

M. Ringuet (Michel): Je ne crois pas non plus qu'on puisse penser que le campus de Lévis peut se développer comme ça, sans limite, là. Disons-nous qu'on occupe actuellement -- M. Pigeon, en tant qu'ancien recteur de Laval, peut le confirmer -- on occupe, dans le fond, les grands secteurs, là où il y a du volume en termes d'étudiants. L'administration et l'éducation, le volume, il est là; sciences infirmières aussi, bon volume. Imaginez d'autres secteurs où on aurait autant d'étudiants, il n'y en a pas.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Et il y a plusieurs de ces programmes-là qui sont contingentés.

M. Pelletier (Rimouski): Vous avez parlé... Comme présence régionale, vous parlez abondamment évidemment de votre implication dans le domaine maritime, parce que le territoire de l'Université du Québec à Rimouski couvre un territoire d'à peu près, je dirais, 700 kilomètres de côte, là, de Lévis à Gaspé, puis si on rajoute les Îles-de-la-Madeleine, puis si on rajoute le nord -- vous parlez de nordicité, alors -- puis vous avez, à ce niveau-là... Je vais vous demander de nous parler spécifiquement de ce niveau-là. Puis, entre autres, j'aimerais que vous nous parliez...

Vous avez glissé un mot tout à l'heure, mais, moi, je trouve... C'est sûr que, dans une demi-heure, vous ne pouvez pas tout dire, là. On est là pour poser des questions. Mais vous avez parlé du Coriolis. J'aimerais ça que vous nous parliez un peu de ce bateau-là. Vous allez probablement dire des choses que je sais déjà mais que pas tout le monde sait, là. L'histoire de...

Mme Malavoy: C'est pour nos 2 millions d'auditeurs...

M. Pelletier (Rimouski): Nos 2 millions d'auditeurs, auditrices. Le Coriolis, on dit, c'est un bateau. C'est un bateau. Ce n'est pas toutes les universités qui ont un bateau. Puis le Coriolis, ce n'est pas n'importe quel bateau. Puis qu'est-ce qu'il fait, ce bateau-là? Puis quelle est sa rentabilité, pas en termes de piastres, là, mais en termes d'apport pour notre région, en termes de recherche, puis ainsi de suite? J'aimerais ça que vous nous parliez des activités du Coriolis, qui s'inscrit dans votre mission au niveau maritime.

M. Ringuet (Michel): Alors, c'est évident que le choix du maritime, pour l'UQAR, il était évident. D'ailleurs, il était inscrit dans les lettres patentes. Le développement de l'océanographie, lors de la création de l'UQAR, il était déjà inscrit, là, c'était naturel. Oui, 700 kilomètres de côte, un milieu à protéger, un milieu à protéger, à exploiter de façon rationnelle, avec un engouement, un focus accru par rapport à il y a quelques années aussi.

Il faut se rappeler que l'ISMER, l'Institut des sciences de la mer, il a été créé par la fusion d'un centre de recherche de l'INRS avec le Département d'océanographie de l'UQAR. Et, à l'époque où on a fait ça -- puis ce n'est pas si vieux que ça -- il y avait peut-être moins d'intérêt qu'il y en a actuellement pour l'étude des océans. En fait, ce qui arrive, c'est qu'on s'aperçoit maintenant que les océans, pour comprendre les changements climatiques, comme réserves de potentielle biodiversité, c'est extrêmement important.

Et il y a donc de plus en plus de sommes consacrées à la recherche sur les océans en milieu nordique, et tout. Alors, c'est un secteur d'expertise privilégié chez nous, il est bien évident, tant du côté de la mer, sur la mer, que du côté de la côte aussi.

Les études socioécologiques, sociologiques et géographiques sont importantes aussi pour nos communautés. Un regroupement de chercheurs en sciences de la mer aussi important que celui qu'on a ne peut pas ne pas avoir un outil comme le Coriolis, comme un navire de recherche, un navire de recherche performant. C'est un ancien navire de la Garde côtière qui a toutes les caractéristiques qu'il faut pour effectuer des recherches de la meilleure façon possible, là.

Je pourrais vous parler des quatre moteurs qui permettent de le positionner puis qu'il reste véritablement fixe, de façon à ce qu'on peut étudier la colonne d'eau sans bouger, puis etc., là, mais... Et petit à petit, avec les subventions de la FCI, du gouvernement du Québec, de Développement économique Canada, on a équipé ce bateau-là, là, de façon magnifique. C'est le plus bel outil, pour les chercheurs océanographiques, pour les zones côtières, dont on puisse disposer. Bien sûr, il y a l'Amundsen aussi qui est disponible pour les études dans le Grand Nord, mais, au niveau des études côtières, c'est un outil...

** (11 h 30) **

Mais un bateau, ce n'est pas simple à gérer, c'est extrêmement dispendieux. Les chercheurs, à eux seuls, à partir de leurs subventions de recherche, ne peuvent pas faire fonctionner un navire comme celui-là parce que ça demande des cales sèches à tous les deux ans et demi. Mais heureusement, au cours des derniers mois, on a réussi à avoir des appuis, des appuis solides du gouvernement du Québec, pas totalement annoncés, là, je pense que les annonces vont venir, là, mais c'est... qui font en sorte qu'on est capables de voir...

On assure, de cette façon-là, le fonctionnement pérenne du Coriolis, ce qui nous permettra aussi de développer... Lorsque le Coriolis n'est pas utilisé par des chercheurs universitaires, on le louera à des entreprises privées. Parce qu'un navire, pour qu'il puisse fonctionner, il faudrait qu'il soit tous les jours en mer, là. Ça, idéalement, là, il faudrait que le navire soit tous les jours en mer. Et donc, si, il y a un an, on ne voyait pas de solution, maintenant, là, la mer est beaucoup plus bleue qu'elle l'était pour le Coriolis parce qu'on a...

M. Pelletier (Rimouski): Au moment de l'acquisition de ce bateau-là, on parlait d'un partenariat de trois ou quatre universités, je pense. Est-ce que ça existe encore ou si maintenant vous êtes seuls?

M. Ringuet (Michel): Le partenariat, il a été là pour obtenir la subvention FCI. Maintenant, c'est l'UQAR qui est propriétaire, et l'UQAR est unique propriétaire du Coriolis. Il y a un... C'est un organisme, une corporation qui en fait la gestion, et, sur cette corporation-là, il y a des membres des autres universités. En fait, ce que ça donne, j'imagine, au personnel de ces autres universités là, c'est peut-être des tarifs spéciaux accordés aux chercheurs des universités participantes à ce consortium-là par rapport à d'autres utilisateurs potentiels.

M. Pelletier (Rimouski): En fait, c'était le projet Reformar qui...

M. Ringuet (Michel): Reformar, c'est la corporation qui gère.

M. Pelletier (Rimouski): C'est ça, qui gère.

M. Ringuet (Michel): Parce que nous ne sommes pas des experts en gestion maritime, et Reformar l'est. Puis Reformar maintenant a un directeur spécialisé dans la chose et qui assure véritablement une gestion magnifique du bateau.

M. Pelletier (Rimouski): Je viens d'avoir un choc.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Pelletier (Rimouski): Ma prochaine question -- peut-être commencer à répondre, puis on va reprendre dans un autre bloc -- c'était toujours sur votre vocation régionale. On parlait beaucoup de la mer, on parlait beaucoup de développement économique, hein? Une des premières facultés, ça a été Faculté de gestion pour former des gestionnaires chez nous. Mais il y a deux volets qu'on parle, puis M. Ouellet en a parlé rapidement tout à l'heure puis il a dit: On ne peut pas y aller. Mais il y a deux volets importants dans la région Bas-Saint-Laurent -- Gaspésie, c'est l'agriculture et la forêt.

Est-ce que vous avez dans vos plans des moyens ou des projets pour vous rattacher davantage aux intervenants agricoles et forestiers de toute la région? Question, comme ça: Pourquoi il n'y a pas de génie forestier à l'Université du Québec à Rimouski?

M. Ringuet (Michel): Jean-Pierre l'a dit, il y a des choses qu'on n'a pas le moyen de faire. Développer une faculté d'agriculture chez nous, c'est impensable, ça. C'est des programmes qui coûtent énormément cher, là. Ce n'est pas simple, donner ces programmes-là. Et, quand on regarde la clientèle que l'on aurait, c'est sûr qu'on ne peut pas rentabiliser ça. La même chose, génie forestier, actuellement, avec la forêt dans l'état qu'elle est, ça ne court pas les rues, là, les étudiants qui s'inscrivent en foresterie et en génie forestier, là. Il n'y a pas d'intérêt.

En fait, si on veut sauver la forêt, il faudrait valoriser les métiers de la forêt, il faudrait payer ces gens-là correctement, il faudrait qu'ils fassent autre chose que du travail pendant 20 semaines par année. Tu sais, le jeune d'aujourd'hui, là, pour choisir d'aller travailler en forêt, il faudrait lui donner un avenir, puis je ne suis pas sûr qu'on lui donne un avenir. Et donc...

Il n'y a pas seulement dans ces deux secteurs là, là. Le Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent me demande, à chaque fois que je rencontre sa directrice, me demande de partir un baccalauréat en arts. Il y a des artistes dans le Bas-Saint-Laurent, là. Mais, pour maintenir un baccalauréat en arts, ça prend une masse critique, ça prend des équipements énormes. Jean-Pierre l'a dit tout à l'heure, on fait des choix, on fait le mieux possible. On y travaille. Il n'est pas dit qu'on ne le fera pas.

Ceci dit, au niveau de la forêt, on n'est pas complètement absents, on a une chaire de recherche sur la forêt habitée qui est très active, on est membres du consortium sur la forêt gaspésienne. Au niveau de la recherche pour aider la région pour savoir comment faire avec notre forêt, qui est une forêt particulière parce qu'il y a beaucoup de propriétés privées, hein, dans le Bas-Saint-Laurent, on travaille, on travaille fort. Maintenant, on n'a pas effectivement de programme spécifique en foresterie ou en génie forestier, puis c'est par simple décision de gestion raisonnable, avec les moyens qu'on a, qu'on ne peut pas s'y investir.

M. Ouellet (Jean-Pierre): Mais on appuie le milieu forestier de façon différente. M. Ringuet l'a mentionné, on a une chaire de recherche sur la forêt habitée, une forêt qui est particulière dans la région parce que la forêt est occupée -- donc, on l'appelle la forêt habitée -- par rapport à une forêt qui est davantage boréale, où elle est dépeuplée.

Bien, on a un écologiste forestier qui a été embauché, qui gère... qui est titulaire de cette chaire-là. Il y a une sociologue forestière. Il y en a très peu au Québec. Je pense que c'est la seule sociologue forestière qui s'investit au niveau de cette chaire-là. On embauche... actuellement, il y a une personne qui va arriver bientôt, qui est un sylviculteur, donc un ingénieur forestier qui va venir épauler aussi cette équipe-là. Il y a d'autres personnes qui sont spécialisées au niveau de la gestion des ressources fauniques.

Donc, il y avait plusieurs professeurs au Département de biologie qui oeuvrent au niveau forestier mais à travers les ressources complémentaires, sur les champignons, par exemple sur les espèces forestières, espèces animales, les oiseaux, les mammifères.

Donc, on intervient en développement régional aussi de différentes façons pour soutenir le secteur forestier mais pas de façon spécifique à travers le génie forestier, comme il est fait à l'Université Laval, par exemple.

Au niveau de l'agriculture, c'est de façon indirecte, à travers les gens en développement régional, notamment. On a un spécialiste du monde agricole qui a été embauché il y a deux ans, qui s'intéresse en particulier au domaine agricole et plus une équipe complémentaire de gens qui aident à soutenir et analyser le développement qui se fait dans ce secteur-là.

Le Président (M. Pigeon): Monsieur...

M. Pelletier (Rimouski): Juste 30 secondes...

Le Président (M. Pigeon): 10 secondes parce que, là, on a dépassé beaucoup.

M. Pelletier (Rimouski): Je n'aurais pas dû vous parler du bac en génie forestier, parce qu'en fait ce que je voulais vous demander, puis vous m'avez répondu: C'est quoi, votre implication dans ces secteurs-là, dans notre région? Merci.

Le Président (M. Pigeon): Merci, M. le député de Rimouski. Je comprends que vous soyez fort intéressé par ce qui se passe dans votre coin de pays.

On passe maintenant du côté ministériel. Et je vais me permettre, en tant que membre de la commission, là, de poser quelques questions. Et j'ai été intéressé par vos remarques sur tout ce qui touche la formation continue, hein, mission à l'origine. Et, même si j'ai cru comprendre que, certains programmes, ça devient difficile avec les petites cohortes, etc., il reste qu'à long terme l'importance de la formation continue est grande, et pas uniquement évidemment dans votre coin, mais ça l'est aussi.

Parlez-moi un peu, là, de quelle est votre vision d'avenir de la formation continue, et j'ajouterais de l'utilisation des nouvelles technologies à cette fin. Ça peut être aussi, là, un élément. J'imagine que vous avez, là, une vision de ça, même si votre nouveau plan stratégique n'est pas encore en route.

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Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCCE 2010-08-19
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cce-39-1 journal-debats CCE-100819
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier57590c5cd715c2810c0b6cc6ce04d8f939f7022b

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