Health and Social Services — 3 October 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CSSS 2019-10-03
Quebec — Committees
À ce titre,
l'élargissement du droit de prescrire et d'interpréter toute analyse
de laboratoire ou autre test va dans le même sens. Il était difficile de comprendre la raison pour laquelle le
pharmacien avait le droit de demander une hémoglobine glyquée
pour un patient diabétique mais était dans l'impossibilité de suivre le taux de
fer ou de ferritine de ce même patient pour
son anémie. Avec la loi n° 41, les pharmaciens se sont montrés prudents et
ont évité les duplications de tests. Aucun professionnel ne souhaite que son patient effectue inutilement un
examen, avec toutes les contraintes que cela comporte.
Soulignons
également la volonté du gouvernement de rendre possible l'ajustement de la
pharmacothérapie via des mécanismes comme la demande de consultation et la
pratique collaborative. Elles permettront aux pharmaciens d'être plus efficaces et autonomes dans un contexte où la
collaboration est étroite, comme par exemple en GMF. Cette disposition sera
utile notamment pour des exercices de révision de médicaments et de
déprescription.
L'APPSQ est
favorable à la prescription de médicaments de vente libre et à l'élargissement
des conditions mineures pour
lesquelles il peut prescrire un traitement. Rappelons que, dans plusieurs
provinces canadiennes, les pharmaciens sont autorisés depuis déjà plusieurs années à délivrer ce type d'ordonnance.
La prescription par le pharmacien permettra l'accès économique dans certaines
situations, lorsque ceux-ci sont couverts par la RAMQ, par exemple pour le
traitement des vers intestinaux chez
une famille nombreuse. De plus, les patients pourront recevoir leur traitement
tant en milieu de garde qu'en soins
de longue durée. Par ailleurs, pour l'APPSQ, la prescription de médicaments de
vente libre s'inscrit également dans une
démarche collaborative. Par exemple, les prescriptions des pharmaciens pourront
figurer au DSQ et aider les médecins à choisir un second traitement en
cas d'échec ou aider à circonscrire leurs diagnostics.
L'APPSQ applaudit l'élargissement du droit du
pharmacien de substituer un médicament par un autre sans se limiter à la même sous-classe thérapeutique.
Toutefois, l'APPSQ croit que le libellé devrait mieux refléter la réalité du terrain lors d'une rupture de stock. En situation
de rupture d'inventaire, il arrive fréquemment que l'accès au médicament
diffère d'un endroit à un autre. Ainsi, pour
permettre plus de flexibilité, nous suggérons de retirer la mention «complète»
du libellé et de remplacer celui-ci par «l'impossibilité de se procurer le
médicament chez deux grossistes reconnus». De
plus, l'APPSQ demande à ce que le pharmacien puisse substituer un médicament
par un autre dès l'annonce du retrait d'un médicament du marché
canadien. De cette façon, le pharmacien pourra mieux gérer ses inventaires et
assurer la continuité du traitement chez les patients les plus vulnérables.
Mme Savoie (Karina) : Toujours
concernant la substitution de médicaments, l'APPSQ demande d'ajouter un
troisième motif de substitution. Elle désire que les pharmaciens puissent
substituer un médicament pour des raisons de sécurité lorsque le délai dans
l'instauration peut porter préjudice à la santé du patient. En d'autres mots,
par cet ajout, l'APPSQ veut garantir
l'accessibilité à un traitement sécuritaire pour le patient lorsque le
prescripteur est injoignable et qu'il y a un risque pour sa santé de
retarder indûment le traitement. Par exemple, lors d'un refus pour motif
d'allergie à un antibiotique, le pharmacien
doit référer son patient pour une deuxième consultation s'il n'est pas en
mesure de rejoindre le prescripteur.
Cette situation est fréquente en pharmacie et entraîne des consultations
inutiles. Dans la dernière année, les pharmaciens québécois sont
intervenus chez près de 19 000 patients pour des motifs d'allergie
antérieure ou pour un motif d'interaction
médicamenteuse cliniquement significative. Le refus devient donc une situation
fâcheuse pour le patient, d'autant plus que le pharmacien connaît la
solution optimale.
En résumé, l'APPSQ suggère que le pharmacien
puisse substituer un médicament prescrit par un autre dans les trois circonstances suivantes : un, en
cas de rupture d'approvisionnement chez au moins deux grossistes reconnus à la
RAMQ ou à l'annonce du retrait du médicament
du marché; deux, en cas de problème relatif à son administration; et, trois,
pour des raisons de sécurité lorsque le délai dans l'instauration peut porter
préjudice à la santé du patient.
Bien
que l'APPSQ accueille favorablement toutes ces modifications, elle demeure
inquiète que ces avancées n'aient pas
l'effet escompté si la question de l'accès économique n'est pas abordée. Les
freins et les barrières doivent être retirés afin que les services pharmaceutiques soient réellement accessibles pour
la population et que l'État québécois en retire le maximum de bénéfices.
Par le passé, le gouvernement a choisi de rémunérer les actes des pharmaciens
via l'assurance médicaments et de leur demander une contribution. Ainsi, que
les patients refusent de payer par manque de ressources financières ou par conviction, il n'en demeure pas moins que ce
mécanisme administratif freine l'exécution de ces actes. Pour le patient, il
existe toujours une option sans frais : attendre, reconsulter ou envoyer
un fax. Aux yeux de l'APPSQ, c'est une perte de temps, une duplication
du travail et une mauvaise utilisation des ressources limitées.
De plus, lors
de la révision du mode de rémunération du pharmacien, il sera important de
réfléchir à la compensation adéquate
des actes professionnels pharmaceutiques en fonction de leur intensité et de
leur complexité. Nous réitérons des messages qui ont déjà été
mentionnés : Voulons-nous que la pharmacie la plus performante au Québec
soit celle qui émet le plus d'ordonnances ou
celle qui offre les meilleurs services pharmaceutiques? Le mode de rémunération
est un levier de bonnes pratiques
mais aussi un levier pour assurer l'accès à des services de qualité et
sécuritaires pour les patients. Bien
que les décisions financières du pharmacien propriétaire n'aient que peu d'impact sur l'indépendance professionnelle
du pharmacien salarié, elles ont un impact important
dans l'organisation du laboratoire. Robotisation, délégation,
formation des assistants techniques,
réorganisation, toutes ces stratégies déjà
entamées sont mises de l'avant afin de livrer les nobles responsabilités
confiées au pharmacien.
Sur cette
lancée, l'APPSQ tient également à remercier les différents intervenants pour
leurs efforts concertés dans les
derniers mois pour permettre la formation collégiale des techniciens en
pharmacie. Soyons clairs, les pharmaciens salariés veulent en faire plus pour les patients, mais ils
auront besoin des ressources adéquates pour y arriver. En ce sens, l'APPSQ
propose deux choses : pour les
activités cognitives des pharmaciens, qu'aucune contribution du patient ne soit
demandée et que la rémunération des
nouveaux services soit suffisante afin de soutenir leur implantation et de
garantir leur exécution.
conclusion, l'APPSQ réitère sa fierté face aux avancées pour les patients et la
profession de pharmacien décrites dans
le projet de loi n° 31. Par ailleurs, le bien-être des pharmaciens
étant au coeur de la mission de l'APPSQ, nous ne saurions rappeler à
quel point l'autonomie est un déterminant du bien-être au travail. Toutes ces
avancées permettront l'accès à des services
pharmaceutiques à la population dans près de 2 000 points de service,
et ce, sept jours sur sept. Quand le besoin se présentera pour le
patient, la situation se traduira par l'utilisation du bon professionnel au bon
moment.
Président (M. Provençal)
Merci, madame, pour votre... pour votre exposé, excusez-moi. Nous allons maintenant commencer la période d'échange. Mme
la ministre, la parole est à vous.
Mme McCann : Merci, M. le
Président. Alors, je vous salue, Mme Savoie et Mme Roussin. Merci pour
votre présentation. C'est intéressant de vous entendre, parce qu'on a entendu hier l'Association des pharmaciens propriétaires, mais
vous êtes... vous représentez aussi 4 000, vous avez dit,
4 000 membres pharmaciens salariés qui travaillent dans les équipes
des pharmacies, alors vous êtes un nombre considérable et très représentatif
aussi.
Moi, j'aimerais aller un petit peu plus loin. On
a discuté, hier, beaucoup de la collaboration entre médecins et pharmaciens, et
j'aimerais ça vous entendre là-dessus aussi. Vous avez parlé d'autonomie, tout
à fait, mais aussi d'interdisciplinarité. On
sait à quel point, dans notre réseau, c'est important, l'interdisciplinarité.
J'aimerais vous entendre. Comment ça
se passe, actuellement, avec cette collaboration pharmaciens-médecins,
mais aussi comment vous voyez que ça pourrait même aller plus loin avec
le projet de loi n° 31?
Mme Savoie
(Karina) : Bien, je pense
que, définitivement, la collaboration
entre les médecins et les pharmaciens, elle
est bonne. On a les mêmes objectifs, ceux des patients, ceux des lignes
directrices au niveau de la santé clinique des patients. Quand on fait un ajustement de dose, c'est certain que toutes
les informations vont se retrouver au DSQ, donc, à ce moment-là, le
prescripteur a toujours l'option de voir que ça a été ajusté.
Il faut aussi savoir qu'avec nos guides de
pratique on nous demande de communiquer avec les médecins toute intervention
qu'on a faite. Justement, dans des cas de santé chronique, ça va être important
de savoir qu'est-ce qu'on a prescrit aux
patients et qu'est-ce qu'on a modifié dans leur traitement. Donc, à ce
titre-là, je pense que la collaboration peut être bonne. Et ce qui arrive, c'est que les patients nécessitent des
changements de traitement entre deux visites médicales, et c'est là, je crois, que le pharmacien est un
atout, réellement, et que... On veut le faire en toute collégialité avec nos
collègues. On collabore avec les
médecins de façon fréquente. On a un mécanisme de communication qui est la
prescription. Alors, le médecin fait
une prescription pour le pharmacien, je ne verrais pas pourquoi les
pharmaciens, on ne pourrait pas faire de même pour communiquer comment
on fait nos actes professionnels.
Mme McCann :
Oui. Est-ce que vous trouvez que... Quand vous dites : On doit rejoindre
le médecin quand on fait un
changement, là, ou une intervention, je devrais dire, est-ce que ça fonctionne
assez bien en termes de rejoindre le médecin ou que le médecin vous
rejoigne aussi? Ça va des deux côtés.
Mme Savoie
(Karina) : Exactement. Je
crois que ça s'effectue bien, dans un contexte où ce n'est pas dans l'immédiat,
on est capable de communiquer efficacement
pour aviser l'autre professionnel qu'on a effectué un changement de thérapie.
Mais, quand on a besoin de le faire dans
l'immédiat... Quand on parlait du cas d'antibiotiques, quand on parle d'un cas
d'antibiotiques qui a une interaction, parce qu'il faut rappeler que le
pharmacien, c'est l'expert de l'évaluation de la pharmacothérapie, quand il y a une interaction importante avec un médicament
et qu'on est dans la chaîne de travail, on a un antibiotique, on a un
patient à traiter pour une pneumonie, là, c'est important, et qu'on essaie
d'appeler, et que le médecin,
malheureusement, a déjà quitté la clinique — puis certains médecins pratiquent à
plusieurs endroits, donc ils ne reviendront
pas à la clinique, peut-être, deux ou trois jours — ce n'est pas un délai acceptable pour le
patient, d'attendre de le traiter aussi longtemps. Donc, c'est pour ça
que nous, on demande, quand ça doit être immédiat... comme parfois la communication est difficile, on a chacun de notre côté un lot de patients à gérer, on
demande d'avoir un peu plus d'autonomie à ce niveau-là.
Mme McCann : Et vous avez mentionné le DSQ. Donc, vous pouvez
mettre de l'information dans