CAT — 29 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2015-09-29
Quebec — Committees
Président (M. Auger) :
Merci, M. le député de Gaspé. Nous allons poursuivre avec M. le député de Blainville, porte-parole de la deuxième opposition.
M. Laframboise : Merci beaucoup, M.
le Président. D'abord, vous saluer, vous, votre équipe, les gens de la recherche de l'Assemblée nationale et évidemment
mes collègues, le député de Vimont et ses collègues qui sont là présents,
M. le député de Gaspé et vos collègues qui sont là aujourd'hui. Saluer aussi tous
ceux qui participeront à cet événement-là, ou à cette discussion-là, ou
ce débat-là, ou tout ce qui pourra s'ensuivre aujourd'hui.
Bien, tout ça
parce que la
loi sur l'éthique et la déontologie municipale était une nécessité au Québec. Et c'est la première fois où on va analyser les quatre
rapports des quatre dernières années, là, par rapport à comment ça a été perçu
chez les élus municipaux, la formation
obligatoire qui est promulguée par la Fédération québécoise des municipalités,
par l'Union des municipalités du Québec. Par
la suite, les plaintes qui sont adressées au ministère, puis après ça, bien,
évidemment, le processus d'enquête qui s'en
va à la Commission municipale du Québec. Ça semble complexe, mais on va essayer de décortiquer ça pour les gens qui nous
écoutent parce qu'il n'y a pas plus d'actualité, à quelques semaines, on
dirait, du dépôt du rapport de la commission
qui a enclenché tout le débat au Québec, donc le dépôt de ce rapport-là et pour
lequel le milieu municipal a été interpelé tout au long de la commission
Charbonneau.
Donc,
évidemment, ça va nous donner, nous, une bonne opportunité de voir si on
atteint les objectifs. Parce qu'on a
constaté le problème, on a essayé d'apporter de la solution, puis maintenant
c'est de voir, après quatre ans, si on a atteint les objectifs, puis après ça, bien, si on peut améliorer la situation
pour que, finalement, les payeurs de taxes du Québec se sentent à l'aise à faire affaires avec les
municipalités, les élus municipaux, qui, eux, ont besoin d'encadrement, en
avaient besoin. Ça, je pense qu'on a
pu le constater avec la commission Charbonneau. Mais est-ce qu'on a atteint les
résultats? Ce sera ce qu'on fera tout au long de cette journée. Merci.
Le Président (M. Auger) : Merci, M.
le député de Blainville.
Donc, à mon
tour de souhaiter la bienvenue à la Commission municipale du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10
minutes pour votre présentation, et, par la suite, nous allons commencer une
période d'échange avec les groupes
parlementaires. Donc, dans un premier temps, bien vouloir vous présenter. Par
la suite, débutez votre exposé. À vous la parole.
Mme Pelletier (Brigitte) : Merci
beaucoup. Alors, je vous remercie d'entrée de jeu de nous avoir invités à
participer à cette commission portant sur l'étude des quatre rapports sur la
mise en oeuvre de la
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale.
La commission
est un tribunal administratif spécialisé en matière municipale. Nous exerçons
une compétence exclusive et nous
rendons notamment des décisions sur les demandes d'enquête concernant le
comportement déontologique d'un élu
municipal, ce qui nous occupe aujourd'hui de façon plus précise. On rend
également des décisions sur les demandes d'exemption de taxes municipales présentées par des organismes sans but
lucratif. On rend également des décisions sur la conformité ou non de règlements d'urbanisme, les conflits entre
organismes municipaux, et, dans certaines de ces compétences, nous
offrons aux parties impliquées la médiation.
On agit également comme organisme administratif
lorsque, par exemple, nous procédons au contrôle d'une municipalité sous tutelle suite à un décret du gouvernement, également à
l'administration provisoire d'une municipalité dont la majorité des postes de conseillers sont vacants. Aussi, nous
menons des enquêtes publiques sur l'administration d'une municipalité,
comme ce fut le cas dernièrement pour la ville de l'Assomption. Enfin, nous
agissons comme organisme-conseil auprès du ministre.
Aujourd'hui,
nous présentons nos réalisations en matière d'éthique et de déontologie en
matière municipale. Comme vous le
savez, la commission enquête sur les demandes qui lui sont transmises à la
suite de l'examen préalable effectué par
le bureau du Commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales et
de l'Occupation du territoire. Nos enquêtes
sont effectuées de façon neutre et indépendante, ayant comme objectif de
rechercher la vérité. Le procureur de la commission analyse la demande transmise par le bureau du commissaire aux
plaintes, rencontre les témoins, requiert les documents
nécessaires à la présentation de la preuve lors de l'audience. Les juges
administratifs entendent la preuve testimoniale et reçoivent la preuve
documentaire. Après l'audience, les juges prennent généralement le dossier en délibéré. S'ils estiment que l'élu a contrevenu à
son code d'éthique et de déontologie, ils lui transmettent un avis d'audience
sur sanction. Celui-ci contient un résumé de
leurs conclusions quant au manquement qui a été commis. Une deuxième
audience est alors tenue, cette fois sur la sanction qui devrait être imposée à
l'élu. Ce dernier peut choisir de faire ses représentations
par écrit, puis, par la suite, les juges rendent leur décision. Il s'agit d'une
véritable instance disciplinaire. La
loi accorde à l'élu visé le droit à une défense pleine et entière, le droit de
fournir ses observations et évidemment d'être entendu.
rapport sur la mise en oeuvre de la
Loi sur l'éthique et la déontologie en
matière municipale de décembre 2014 montre à la page 16 — le dernier rapport que vous avez aujourd'hui
à l'étude, à la page 16 — que, depuis l'adoption de la loi, nous avons ouvert 75
dossiers d'enquête. On a rendu 47 décisions, dont 13 qui ont conclu à un ou
plusieurs manquements qui ont donné lieu à
18 sanctions. Pour 11 de celles-ci, il y a eu réprimande. Dans un cas, la
commission a ordonné la remise d'un
avantage reçu, c'était l'équivalent d'un voyage d'une valeur de
3 200 $. Dans trois cas, l'élu a été suspendu, des suspensions allant de 10 à 30 jours. Et enfin, dans
trois autres cas, l'élu a dû rembourser son salaire pour une période
allant de deux jours à deux mois.
quatre rapports sur la mise en oeuvre de la
Loi sur l'éthique et la déontologie
en matière municipale reflètent l'intérêt
constant que nous portons à l'efficacité de notre processus. Le délai de
traitement moyen des dossiers pour la période couverte pour l'ensemble
des quatre rapports est de 9,3 mois.
Notre
projet de plan stratégique 2015‑2019, qui circule dans les officines
gouvernementales, qui devrait être déposé incessamment, comporte l'objectif de traiter, d'ici 2016, 90 % des
demandes en éthique et déontologie dans un délai de sept mois, 210 jours, donc 90 jours pour
le délibéré. Je précise que ce délai inclut l'enquête administrative,
l'instruction de la demande devant
les juges administratifs et le délibéré. Il tient également compte du fait que
nous devons souvent tenir des
audiences à l'extérieur de nos bureaux de Québec et de Montréal. Nos dossiers
sont partout à travers le Québec. Dans
certains cas, une deuxième audience sur la sanction doit être tenue pour
communiquer à l'élu le manquement au code.
Suivant
l'article 33 de la loi, nous avons pour mission de promouvoir l'éthique et les
bonnes pratiques déontologiques en
matière municipale, notamment par la publication de tout document destiné aux
élus municipaux. Cette mission est
complémentaire à l'obligation qu'ont les élus de suivre une formation sur
l'éthique et la déontologie en matière municipale.
Forts de ce mandat, nous avons publié un premier guide sur les bonnes pratiques
déontologiques en matière municipale en février 2012 — ce
guide s'intitule L'éthique, pilier de la gouvernance municipale et confiance
du citoyen — lequel a
été distribué à tous les élus municipaux en poste lors de son lancement. Des
exemplaires ont également été
transmis aux différentes associations municipales de cadres et d'officiers
municipaux. Une version de ce guide est disponible aussi sur notre site
Internet. Nous en avons également avec nous. Il nous fera plaisir de vous en
donner si cela vous intéresse. Par ailleurs,
depuis l'adoption de la loi, le vice-président à l'éthique et à la déontologie
a donné de nombreuses conférences sur le sujet.
Soulignons
que notre projet de plan stratégique 2015‑2019 prévoit aussi la réalisation
d'outils et d'activités dont l'objectif sera d'inciter les élus municipaux
à adopter les meilleures pratiques en matière d'éthique et de déontologie. L'expérience acquise nous a permis de constater
que la majorité des manquements allégués dans les demandes d'enquête et dans nos décisions concernent des manquements
aux règles sur les conflits d'intérêts, à peu près six dossiers sur 10.
Cette problématique retiendra notre attention dans l'élaboration et le contenu
des outils que nous développerons.
jugement clé a été rendu par la Cour supérieure le 24 février 2014
dans l'affaire Pinsonneault. La cour a alors déclaré que l'obligation de tenir l'audience à huis clos, qui est prévue
à l'article 24, était inconstitutionnelle. Depuis, les audiences sont publiques. Cette situation a
engendré un intérêt important pour le public, pour les journalistes, et nous
avons reçu beaucoup de demandes
d'information et de demandes d'accès à l'information à des documents. Ce
jugement devrait mener à une réécriture de l'article 24.
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale est une loi inédite.
Il est normal que le processus que nous avons mis en place soit appelé à
évoluer. Ainsi, nous avons entrepris, au début de l'été 2014, une
réflexion sur celui-ci. Pour nous
appuyer dans notre réflexion, nous avons retenu les services de
Me Denis Lemieux, avocat émérite, professeur associé à
l'Université Laval et avocat spécialisé en droit administratif. En
décembre 2014, au terme de cette réflexion, nous avons apporté les
changements suivants. D'abord, nous avons retenu les services d'un procureur externe dont le mandat consiste à recueillir la
preuve et à la présenter au juge administratif lors de l'audience. Le procureur
exerce ses fonctions de façon
objective et indépendante dans une perspective d'intérêt public. L'enquête
qu'il tient est confidentielle. Depuis août 2015, un procureur
interne exerce cette fonction à temps plein.
ailleurs, afin d'assurer que les juges administratifs exercent leurs fonctions
à l'abri de toute influence et qu'ils rendent
leurs décisions en toute indépendance et impartialité, nous avons adopté une
directive sur le cloisonnement des fonctions
en matière d'éthique et déontologie, applicable aux employés impliqués dans le
traitement des dossiers d'éthique et de déontologie.
Depuis
le dépôt du dernier rapport sur la mise en oeuvre, nous collaborons à la
révision de la liste des conseillers à l'éthique
et la déontologie et nous en effectuons la gestion. Dans cette optique, nous
avons identifié les conditions d'inscription d'une personne sur cette liste. Ce formulaire interactif a été créé,
transmis à l'ensemble des avocats, notaires préalablement inscrits sur la liste afin que ceux-ci prennent
connaissance des nouvelles conditions d'inscription et renouvellent celle-ci, le cas échéant. La nouvelle liste de conseillers à
l'éthique est en ligne sur notre site Internet depuis juillet 2015. Elle
est mise à jour ponctuellement.
En terminant,
il nous apparaît indéniable que la
Loi sur l'éthique et la déontologie en
matière municipale, tant par son
volet préventif que pédagogique ainsi que son volet coercitif, contribue à
renforcer la confiance des citoyens envers les élus municipaux. Tel que mentionné dans le
dernier rapport sur la mise en oeuvre de la
Loi sur l'éthique et la déontologie
en matière municip