Health and Social Services — 2 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CSSS 2022-02-02
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-sept minutes)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour. Alors, je vous demanderais de prendre place, s'il
vous plaît.
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous souhaite
la bienvenue et je demande à toutes les personnes de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 11, loi
visant à augmenter l'offre de services de première ligne par les médecins
omnipraticiens et à améliorer la gestion de l'offre.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Ce matin, nous entendrons la professeure
Mylaine Breton, de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance clinique
dans les services de première ligne, et le docteur Antoine Groulx, directeur
scientifique à l'Unité de soutien SSA, Québec. Je souhaite, à ce moment, la
bienvenue à la professeure Mylaine Breton.
Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échanges avec les membres de la commission. Je vous
invite à vous présenter et je vous cède la parole, madame.
Mme Breton (Mylaine) : Bonjour,
M. le Président. Bonjour le ministre. Bonjour à tous. Merci beaucoup de m'avoir
invitée à déposer un mémoire pour le projet de loi n° 11. Comme vous avez
pu constater, mon mémoire est assez volumineux, j'avais beaucoup d'idées à
partager avec vous.
Je m'appelle Mylaine Breton, je suis professeure
à l'Université de Sherbrooke au Campus de Longueuil, puis j'ai la chance d'être
titulaire d'une chaire de recherche du Canada en gouvernance clinique des
services de première ligne. Comme vous, l'accès aux services de première ligne
me tient à coeur. Il faut trouver des solutions pour améliorer l'accès aux services de première ligne. Comme vous le savez,
au Québec, on a une situation très défavorable. Quand on se compare aux autres
pays dans le monde, le Québec se classe très défavorisé... très défavorablement,
tout comme le Canada, quand on regarde l'affiliation des professionnels de
santé, la capacité de voir un professionnel rapidement quand on a besoin.
Alors, il faut trouver des solutions. Comme vous, je suis d'accord qu'il faut
trouver des solutions.
Le projet de loi n° 11 propose trois
modalités, si je résume, une participation des médecins exclusifs pour prendre les patients du guichet d'accès aux
clientèles orphelines, on s'intéresse à l'obligation aux médecins de famille
de participer à un système de rendez-vous en
ligne et, aussi, on veut utiliser les données pour une meilleure planification
des effectifs médicaux. Ces finalités sont
très bien, puis je partage les mêmes finalités que vous, il faut améliorer
l'accès.
À mon sens, il y a plusieurs solutions, de manière
non coercitive, qui s'appuient exclusivement sur les médecins de famille, qu'il
faut réfléchir. Il faut réfléchir à un modèle performant, un système de
première ligne; dans le monde, les plus performants s'appuient sur une équipe
interdisciplinaire sur laquelle il y a de l'accessibilité et de la continuité.
Alors, je vais vous présenter quatre
recommandations que j'ai développées dans mon mémoire. Bon. Le premier, les
guichets d'accès aux clientèles orphelines. Vous le savez, c'est épouvantable,
900 000 Québécois sont présentement en attente, ont fait formellement
des démarches pour s'inscrire dans ces guichets d'accès centralisés. Au Québec,
on n'est pas juste les seuls à avoir pensé à mettre en place ces initiatives,
ces mécanismes pour orienter les patients vers un médecin de famille, je pense,
c'est une solution extrêmement prometteuse. Le Québec a été parmi les premières provinces au Canada à
implanter ce mécanisme-là. Je ne sais pas si vous savez, mais sept provinces
au Canada ont mis en place des guichets d'accès aux clientèles orphelines qui
s'appellent différemment, mais c'est la même mécanique. L'idée, c'est
d'orienter les patients vers un professionnel.
Je tiens à souligner qu'aucune autre province ne
demande aux médecins l'obligation de participer à ces listes d'attente là, ça
se fait sur une base volontaire, et je pense qu'il faut garder cette
ouverture-là comme ça existe actuellement. On encourage fortement la
participation des médecins de famille à inscrire ces patients orphelins, c'est
un devoir, et il faut continuer à mettre des énergies pour encourager la
participation.
C'est une porte d'entrée
extrêmement importante, jusqu'à maintenant, 1,2 million de Québécois ont
été inscrits via ce mécanisme-là. Alors, c'est une importante porte d'entrée,
il faut continuer à encourager l'inscription via ce mécanisme, mais je vous
recommande fortement de ne pas exclure les autres possibilités, les autres
portes d'entrée pour l'inscription, notamment si on voit un médecin de famille
dans un contexte de sans rendez-vous pour l'inscrire
ou encore inscrire des patients, la même famille, d'avoir une inscription de
patientèle. C'est vraiment recommandé, comme en Nouvelle-Écosse,
d'essayer d'inscrire les patients de la même adresse au même professionnel.
Parfois, actuellement, on se retrouve à passer par le guichet, puis nos
enfants, le papa, la maman n'ont pas inscrit au même médecin ou même la même clinique et aussi les départs à la retraite.
Alors, je vous recommande fortement à réfléchir, à encourager la
participation, quitte à mettre des quotas pour inscrire des patients, via les
GAMF, mais d'avoir aussi une possibilité, une agilité qui existe actuellement
pour permettre l'inscription.
Un deuxième point que vous recommandez, c'est
une participation obligatoire des médecins à un système de rendez-vous en
ligne. Bravo! C'est très moderne. C'est une pratique très contemporaine
d'encourager la prise de rendez-vous en ligne, je pense que tout le monde est
pour cet objectif-là. Ma crainte, c'est de mettre trop d'emphase sur une
accessibilité à un système de rendez-vous en ligne populationnel pour répondre
aux patients orphelins près de leur domicile, sans égard à la pertinence aux
professionnels et aux motifs de consultation. Comme vous le savez, puis vous
citez souvent l'exemple du Bas-Saint-Laurent, il y a vraiment une ressource qui
aiguille le patient vers le bon professionnel. L'idée, ce n'est pas
nécessairement d'avoir un rendez-vous avec un médecin de famille. La
proposition que vous faites actuellement, malheureusement, ça permet juste
d'avoir un rendez-vous avec un médecin de famille. Et, aussi, je note que vous
recommandez dans un délai de 36 heures, je vous recommande d'enlever ce 36 heures-là, parce qu'il n'est pas toujours
nécessaire d'avoir un rendez-vous médical très rapidement, il faut se donner
une agilité pour permettre un rendez-vous parfois dans quelques jours, c'est
aussi correct, dépendamment pourquoi.
Alors, j'ai peur qu'on vise trop sur
l'accessibilité sans réfléchir à aiguiller le patient au bon moment. Je vous
encourage fortement à regarder, il y a des travaux, il y a beaucoup de
cliniques médicales qui ont mis en place des algorithmes de priorisation ou des
mécanismes d'aiguillage pour permettre aux patients, quand ils prennent leur
rendez-vous, bien, d'orienter vers le bon professionnel au bon moment; parfois,
ça peut attendre deux semaines par une infirmière, travailleur social. Excusez.
Vous remarquez que je parle très vite, je vais prendre une gorgée puis je vous
reviens...
M. Derraji : Le ministre, il
est généreux, il peut vous donner son temps.
Des voix : Ha, ha, ha!
Mme Breton
(Mylaine) : Troisième point,
il n'est pas dans votre projet de loi, puis, selon moi, c'est vraiment
vers où qu'il faut aller pour avoir une amélioration d'accès dans un système de
santé performant première ligne, qui connaît le modèle accès adapté? C'est un
modèle extrêmement connu à travers le monde. Ça a été développé en 2001 aux États-Unis, implanté dans la plupart des pays
occidentaux avec des effets probants, là. Il y a beaucoup de littérature
qui démontre vraiment l'efficacité de ce modèle. Au Québec, on est à l'affût de
ce modèle. La FMOQ et le ministère recommande fortement à ses professionnels
d'adhérer à ce modèle-là. Quand on fait des enquêtes dans les cliniques médicales, malheureusement, l'implantation du
modèle accès adapté n'est pas allée... est implantée de manière très variable,
et on pourrait avoir vraiment des gains.
Qu'est-ce que l'accès adapté? C'est vraiment une
planification différente de son système de rendez-vous, travailler différemment avec les autres professionnels et avoir une
connaissance de sa patientèle pour pouvoir vraiment voir sa disponibilité. Ce n'est pas magique. Ce
n'est pas, parfois, plus de médecins de famille, mais aussi, quand tu es un
médecin de famille ou une infirmière, savoir qui est mon patient, quelles sont
ses caractéristiques.
Puis il y a des formules. La FMOQ propose une
formule pour essayer d'estimer la demande estimée. Si, par exemple, j'évalue à
1 000 consultations, il faudrait que je planifie être disponible pour
1 000 consultations. Ça fait que,
si on a trop de patients inscrits, selon les caractéristiques, on ne sera
jamais accessible... puis sans donner de temps aux patients orphelins.
Ça fait qu'il faut vraiment réfléchir à avoir une connaissance de cette
patientèle-là pour bien prévoir la disponibilité.
Finalement, les indicateurs, bon, bien, on est
tous friands des indicateurs, c'est vraiment... Pour bien gouverner, il faut
toujours avoir des bonnes données. Vous recommandez d'utiliser des données de
la RAMQ. C'est une possibilité. Moi, je trouve que les données de la RAMQ sont
longues à avoir, puis ça donne un portrait parfois imparfait. Je propose que
vous regardiez attentivement des indicateurs qu'on peut évaluer à travers les
DME... sur des indicateurs d'accès.
J'ai développé, dans le cadre de mes travaux,
sept indicateurs d'accès, et mon préféré, le chouchou de la... bien, mon chouchou et l'indicateur recommandé dans
la littérature, pour apprécier l'accès, est le troisième rendez-vous. Le troisième rendez-vous, ça permet vraiment
d'apprécier la disponibilité par... Puis on ne prend pas le premier,
deuxième parce que, parfois, ils sont moins précis pour des annulations de
dernière minute. Alors, c'est vraiment un indicateur qui nous permet
d'apprécier si on est capable d'avoir un accès rapide avec un professionnel.
Par exemple, vous voulez prendre un rendez-vous
avec votre médecin de famille, vous regardez, troisième rendez-vous disponible,
et pas avant 18 jours, bien, il y a beaucoup de chances que, si vous avez
un besoin urgent et que vous ne soyiez pas capable de voir votre propre
professionnel... Alors, je vous recommande de regarder pour des indicateurs
d'accès, de créer un tableau de bord de performance. Vous avez un
orchestrateur. Bravo pour l'idée de pouvoir faire ces... la disponibilité des
prises de rendez-vous. À ce jour, à ma connaissance, l'orchestrateur n'est pas prévu et pas conceptualisé pour les indicateurs que je
propose. J'avais le rêve que l'orchestrateur permettrait de pouvoir... ça et
d'automatiser certains indicateurs.
Aussi, j'aimerais vous rappeler que les
indicateurs, d'abord et avant tout, je pense qu'il faut les utiliser... pas
d'approche coercitive, mais vraiment par une vision d'accompagner les
cliniciens dans une pratique réflexive. C'est toujours bien d'avoir notre
propre portrait à nous-mêmes. Dans le temps, c'est déjà une très bonne valeur
pour voir si on s'améliore et aussi au sein de la clinique. Alors, c'est des
travaux à poursuivre. Si vous souhaitez mettre un chantier provincial sur les
indicateurs, il me refera plaisir de partager mon expertise et la
conceptualisation des indicateurs qu'on a faites à ce jour.
En conclusion, il faut améliorer l'accessibilité.
On a tous une responsabilité citoyenne de répondre aux besoins, mais il faut
faire attention pour ne pas miser trop sur une accessibilité au détriment de la
continuité. Avoir accès rapidement à un professionnel qui ne nous connaît pas,
c'est... parfois, c'est moins bon puis ça peut avoir une... augmenter des
demandes. Alors, je vous invite vraiment à réfléchir l'accès, tout en pensant à
la continuité, et continuer à réfléchir pour
prendre en charge des patients orphelins mais sans une approche coercitive.
Merci beaucoup.
Président (M. Provençal)
Merci beaucoup pour votre exposé.
Nous allons débuter cette période d'échange. Alors, je vais céder la
parole à M. le ministre.
M. Dubé : Écoutez, vous parlez
vite, mais je n'écris pas aussi vite que vous parlez, là. Je continue de
prendre mes notes.
Bien, premièrement, je connais un peu votre
bagage, là, puis je suis impressionné non seulement de votre expertise, mais
d'avoir accumulé toute cette expertise-là puis de venir la partager à un moment
aussi critique pour nous. En tout cas, je
trouve que ça rejoint exactement ce qu'on est en train d'essayer de faire, puis
merci beaucoup de partager ça, puis j'espère que vous allez continuer à
arriver avec ce qu'on voit, là, des suggestions.
Il y a peut-être une précision que j'aimerais
faire, parce qu'hier on a entendu beaucoup, puis je vais le faire rapidement,
si vous me permettez... entendu beaucoup des enjeux de perception, hier, sur le
projet de loi n° 11. Puis, quand je vous écoutais au début de votre
présentation, de dire que le projet de loi n° 11, il est orienté
uniquement par la prise en charge des
médecins, je voudrais juste faire une correction là-dessus, parce que le projet
de loi n° 11 est sur ce qu'on peut faire, mais il y a déjà beaucoup
d'autres choses qui sont faites sur l'interdisciplinarité qui n'ont pas besoin
d'être dans un projet de loi.
Alors, je veux juste qu'on précise ça parce
qu'hier... Je pense qu'il y a bien des gens, là, qui comprennent, surtout après
la présentation qu'on a eu du Dr Gaudreault, du Collège des médecins, ou des
IPS, le... Notre gouvernement a fait avancer beaucoup les autres disciplines
comme les pharmaciens, comme les IPS, et ce qu'on a dit... Et c'est peut-être ça qu'il va falloir clarifier dans les
prochains jours, parce que, venant de vous, là, qui comprenez comment ça
fonctionne, je pense, je veux juste faire cette précision-là qui est la
suivante.
On est 100 % d'accord que ce n'est pas
seulement sur les médecins que la pression devrait être pour prendre plus de
prise en charge. On est tous d'accord, mais ce n'est pas ça qui est l'objectif
principal du projet de loi. Le projet de loi, vous l'avez dit... Le deuxième
point, on y reviendra, vous avez parlé des rendez-vous, etc., puis, ça, on peut
y revenir, mais le premier point, c'est de bien connaître la charge des
médecins pour connaître l'offre. Ça fait qu'en autant qu'on s'entende là
dessus... Ce qui est difficile... Puis je me rends compte, là, parce qu'après
avoir vous écouté puis des gens comme vous
qui connaissez bien ça, ce qui a peut-être mêlé les gens... à voir qu'on avait
principalement... nos articles de loi étaient dirigés vers le médecin,
c'est qu'on a dit : C'est juste le médecin qui a la solution. Mais ce
n'est pas ça, mais c'est...
Je vous donne l'exemple, puis je pense que je
vais l'expliquer, puis j'espère que mes collègues... qu'ils ont très bien
compris hier... Je parle en termes d'opposition, puis, moi aussi, je pense, ça
avait besoin d'une précision, puis je termine là-dessus, c'est que, quand on
demande au groupe de prendre en charge, le groupe, on fait référence,
justement, à un GMF, ou un CLSC, ou à une clinique et pas uniquement aux
médecins, mais, comment c'est écrit dans la loi en ce moment, ce n'est sûrement
pas clair. Puis, en plus, ça n'a pas besoin d'être dans la loi, parce que ça,
c'est des contrats de GMF. On se comprend? C'est par les contrats de GMF que
ces éléments-là se clarifient.
Donc, je pense, ça va être important dans...
Puis, à moins que vous me disiez que vous n'êtes pas d'accord avec ce que je
viens de dire, là, mais cette précision-là qu'on fait ensemble, si vous êtes...
Vous êtes d'accord avec ce que je viens de dire?
Mme Breton (Mylaine) : Bien, je
comprends que le projet de loi touche exclusivement les médecins de famille.
Étant donné que les autres professionnels sont salariés dans d'autres
organisations, vous n'aurez pas besoin de mobiliser un projet de loi pour
mettre des réformes pour améliorer avec les autres professionnels... comme vous
le faites avec les médecins de famille.
M. Dubé : Oui, mais surtout je
vous dirais que, lorsqu'on définit... on demande aux médecins de pouvoir
prendre en charge à l'intérieur d'un groupe, c'est quand même un changement
fondamental, parce qu'avant ce projet de loi là c'était un patient, un médecin.
Là, ce qu'on est en train de dire, ce n'est pas un patient, un médecin, c'est
le groupe GMF qui, lui, peut prendre cette... Alors, hier, les IPS nous ont
dit : Bien, pour être capable de faire ça, l'IPS doit être inscrite. J'ai
dit : O.K., si on doit changer la loi pour l'inscrire comme inscrite, vous
me suivez...
Mme Breton (Mylaine) : Comme
professionnelle apte à inscrire des patients.
M. Dubé : ...comme professionnelle apte à prendre la prise
en charge, bien, on le fera. Mais je veux juste dire que, pour moi, là, il y a
eu... On a besoin de faire cette prise. On est d'accord avec ça?
Mme Breton (Mylaine) : Oui.
M. Dubé : O.K., bon, sur la
clientèle orpheline, vous avez fait deux très bons points, là, vous avez
dit : Il y a d'autres méthodes. Vous
suggérez que ça ne soit pas obligatoire d'aller piger dans le GAMF, là, le
guichet d'accès unique. Je n'ai pas beaucoup de temps, là, mais je veux
juste savoir pourquoi, parce que vous y avez pensé, c'est un élément important
de votre présentation. Pourquoi?
Mme Breton
(Mylaine) : Bien, en fait,
vous avez raison que les 900 000 patients, il faudrait d'abord
s'intéresser à eux, mais j'ai peur qu'on perde l'agilité, le
professionnalisme d'être capable d'inscrire par d'autres modalités... La
finalité ultime, c'est d'améliorer l'inscription, puis là on parle...
Actuellement, les mécanismes sont avec un médecin de famille. Il n'est pas possible d'inscrire une IPS au nom d'un médecin
même si elle collabore. Mais je pense qu'on peut ouvrir l'inscription à
une infirmière praticienne spécialisée en première ligne, les médecins de
famille, puis c'est collectivement, après, qu'ils prennent en charge, mais il y
a une liaison.
M. Dubé : O.K., là, là-dessus,
on se rejoint, c'est un peu notre premier point de tantôt. Moi, j'étais plus
pour dire... Comment vous expliquez... Puis
je vais poser ma question. Je ne suis pas capable de parler aussi vite que
vous, là, mais la question que j'ai : comment expliquer à quelqu'un
qui est sur le guichet d'accès depuis cinq ans, puis parce que le médecin, pour des bonnes raisons,
peut-être, décide de prendre un autre patient... comment jouer ça, là? Comment
être équitable envers ceux qui attendent depuis longtemps?
Mme Breton
(Mylaine) : En fait, c'est
une excellente question, parce qu'on veut l'équité, puis, quand une personne...
M. Dubé : Parce que c'est ça,
l'objectif ici, là, dans...
Mme Breton
(Mylaine) : Oui, puis, si une personne a fait une démarche
formelle, puis ça fait cinq ans, pourquoi ils ont pris la soeur de
l'autre personne qui n'était pas...
Mme Breton (Mylaine) : Je suis
d'accord, sauf que je veux juste qu'on ne bureaucratise pas... On peut
encourager fortement l'inscription via ce mécanisme-là, mais de ne pas le
limiter dans des situations... mais il n'y a rien
qui empêche qu'un nouveau facturant, par exemple... Puis on le fait déjà. Quand
un nouveau facturant arrive dans une région, on vient le voir avec la
liste puis on l'encourage fortement à commencer sa pratique avec cette liste.
M. Dubé : Et donc ce n'est pas
que vous êtes contre, mais il faudrait trouver... qu'il y ait un peu de
jugement qui... O.K.
Mme Breton
(Mylaine) : Des ratios pour
que... mais, moi, mon message, c'est ne pas être exclusivement fermé sur
cette liste-là.
M. Dubé : Je comprends, O.K.
Mme Breton
(Mylaine) : Mais c'est une
modalité importante, puis il faut l'encourager, étant donné que les gens
sont priorisés selon des catégories.
M. Dubé : Je comprends. Ça fait
que, quand on fera nos... des amendements ou des précisions, là... Vous avez
des bons points. Hier, on l'a entendu de je ne sais pas qui... des mêmes
familles, par exemple, pourquoi ne pas faciliter qu'un médecin qui décide de
prendre en charge... Là, je vais dire un groupe, hein, un groupe, O.K. Alors
donc, je comprends, vous dites : C'est... ne soyons pas exclusifs à piger
dans le GAMF, trouvons... O.K., c'est beau.
Sur votre deuxième recommandation, attendez une
petite minute, j'écris tellement vite que...
Mme Breton (Mylaine) : Le
système de rendez-vous?
M. Dubé : Bon, le système de
rendez-vous, je veux vous entendre là-dessus, parce que c'est sûr que... À mon
avis, là, parce que je connais moins Archimède, qui nous a été expliqué par les
IPS hier, mais c'est sûr que l'exemple de
Rimouski, la clé, c'est le triage. Puis, encore une fois, je vais le dire, puis
vous me challengerez là-dessus, le triage n'a pas besoin d'être par un
projet de loi, le processus de triage. La plus belle preuve de ça, c'est que
l'établissement du Bas-Saint-Laurent a fait un processus de triage avec des
employés du ministère, et ça a fait une grande différence pour, justement, bien...
Alors, je voulais juste vous entendre là-dessus, parce que moi... Oui, on n'en
parle pas dans le projet de loi, mais on n'est pas obligé de mettre ça dans le
projet de loi pour que le triage arrive.
Mme Breton
(Mylaine) : Oui, en fait, ce que vous proposez, c'est une
participation des médecins de famille à un
système de prise de rendez-vous en ligne, particulièrement pour les patients
orphelins, pour trouver une consultation à proximité. Mais je trouve
que, si on ne met pas en parallèle que, quand il y a une demande de
consultation, je suis un patient orphelin,
on n'essaie pas d'aiguiller selon la pertinence, puis, parfois, c'est que le...
On peut l'orienter vers une autre source qu'un médecin de famille. Ça
fait que c'est là que je veux... Puis actuellement l'intelligence artificielle du système n'est pas possible. Il y a deux, trois
questions qu'ils sont capables de dire si c'est urgent ou pas, mais ils ne
sont pas capables d'aiguiller selon un...
M. Dubé :
Ah! vous parlez de quand quelqu'un va s'inscrire dans le GAMF, là, les
questions sont assez de base, là, oui.
Mme Breton
(Mylaine) : Pour le système de sans rendez-vous, si je veux une
consultation médicale...
M. Dubé :
O.K., je comprends, excusez-moi.
Mme Breton
(Mylaine) : Le système de prise de rendez-vous, il ne permet pas
vraiment de proposer aux patients : O.K., bien, dans le fond, vous pouvez
attendre une semaine, parce que le but... Vous êtes capable de cascader. On
veut le lier à son médecin de famille. Le système le reconnaît avec notre code
de la RAMQ. On va être capable de le diriger vers l'organisation de première
ligne où qu'ils sont inscrits, mais j'ai peur qu'il n'y ait pas l'intelligence
actuellement qui est dans les cliniques avec les secrétaires, qui sont capables
de vraiment orienter à un autre
professionnel, comme une IPS, ou dire : Bien, écoutez, votre médecin, il
n'est pas disponible, mais il va être là la semaine prochaine. Puis,
souvent, quand on questionne le patient, il va dire : Ah! bien, moi,
j'aime mieux attendre une semaine pour voir mon propre médecin qu'avoir un
rendez-vous avec un autre médecin demain.
M. Dubé :
Oui, oui. Bien là, vous faites deux très bons points que je challengerai mes
collègues dans les prochaines heures, parce que, sur la question du... Il y a
même des gens que j'ai entendus à Rimouski, qui disent : Moi, là, je suis
impatient orphelin, là, puis je n'en veux pas, de médecin de famille, parce que
je trouve qu'avec votre système je vois plus rapidement un médecin que si j'en
avais un. Alors, moi, quand j'entends ça, je me dis : Tabarnouche, c'est
spécial. Alors, c'est pour ça que je veux bien comprendre votre... Le triage,
même si on n'en a pas besoin, peut-être qu'on pourrait y référer dans le projet
de loi comme étant un processus important qui aiderait à convaincre tout le
monde qu'on n'est pas là pour mettre une pression supplémentaire sur les
médecins, mais bien, après avoir passé ça, là, de rendre le rendez-vous
disponible, parce que...
Et là je viens sur la
participation du médecin au rendez-vous. Ce que j'ai compris, puis j'ai hâte de
les entendre, là, parce que je les ai juste rencontrés une fois, ce n'est pas
100 % des rendez-vous qu'on veut des médecins,
c'est 1 %, 2 %, 3 % de leurs rendez-vous pour être capable de
faire une mesure entre l'offre et la demande. C'est ça que j'ai compris
à Rimouski, là, que ce qu'on demande aux médecins, après une expérience d'un
an, c'est un rendez-vous par jour, des fois
trois, quatre rendez-vous par semaine. C'est ça qu'on demande. Alors, on ne
demande pas de voir tous leurs
horaires au complet. On demande qu'ils soient disponibles pour quelques
rendez-vous supplémentaires. Est-ce que...
Mme Breton
(Mylaine) : Exactement, la demande, dans le fond, c'est une
contribution collective à répondre aux besoins des patients orphelins. Ça fait
qu'ils donnent tous un peu de plages de rendez-vous en «walk-in» pour les
patients qui sont affiliés dans leur organisation.
M. Dubé :
Exactement. Je sais que ce n'est pas facile d'expliquer ça dans un projet de
loi, parce que mes collègues vont me dire : Bien, quand on va être rendu
là, il faudra regarder les règlements. On s'entend, mais je veux juste que
votre question... En tout cas, puis vous me... sur le 36 heures, je pense
que vous avez raison. Je pense que vous avez raison, parce qu'on a dit que le
36 heures était important parce que c'est comme ça qu'a été défini un
délai raisonnable, mais je veux juste dire qu'on est... En tout cas, je ne veux
pas... Mes collègues pourront poser des questions, mais vous avez l'air de dire
qu'il y a même des patients qui accepteraient beaucoup plus que ça en autant
que ça soit défini, par exemple.
Mme Breton
(Mylaine) : En fait, il ne faut pas mettre le même temps pour tous. Je
pense qu'il faut lier le délai recommandé en fonction du motif de consultation.
Il y a des situations qu'il faut voir très rapidement, puis, d'autres fois, on
a peut-être une consultation médicale, mais bientôt. Mais «bientôt» ne veut pas
dire 48 heures. Puis ça permet vraiment une agilité puis une capacité du
système à bien planifier l'offre... la demande.
Le Président
(M. Provençal)
: Trois minutes.
M. Dubé :
Trois minutes? J'essaie d'aller vite parce que c'est tellement bon, ce que vous
dites. Troisième point, l'accès adapté, bon, ça, expliquez-moi-le dans vos
mots, parce que moi, j'ai essayé de l'expliquer hier. On a consulté des gens, là, pour leur demander
qu'est-ce qu'on pourrait faire avec notre 900 000, là, si on appliquait
l'accès adapté. Essayez de résumer ça, là, dans une minute pour que les
gens comprennent pourquoi c'est si important pour vous que, pour régler une
grande
partie du problème, je ne dis pas l'ensemble du problème... mais
dites-moi ça.
Mme Breton
(Mylaine) : En fait, j'aimerais préciser que l'accès adapté, ça aide à
faire une meilleure planification puis être plus accessible pour les patients
inscrits. Tout est dans une réflexion de notre patientèle. Alors, les
900 000 à côté, c'est... à terme, s'ils ont une meilleure capacité à
s'organiser, bien, ils pourraient dégager un peu plus de marge de manoeuvre, et
le modèle accès adapté, c'est vraiment pour être basé sur la continuité et
l'accès pour les patients inscrits. Rapidement,
ça... il y a quelques piliers, mais, d'abord et avant tout, le principe, c'est
d'être en équilibre. Si j'ai assez de disponibilités pour les patients
que j'inscris...
M. Dubé :
Ça, c'est l'offre et la demande qu'on parle, là, oui.
Mme Breton
(Mylaine) : Puis les patients orphelins, c'est de la demande
additionnelle, là. Ça, c'est en parallèle, mais je pense que c'est de commencer
à savoir, O.K., c'est combien... c'est quoi, les caractéristiques de mes
patients, puis il y a des calculs qui sont proposés, jeune en santé, on estime
un rendez-vous par année, quelqu'un de
vulnérable, trois rendez-vous, et ce calcul-là, en fait, ça permet aux
professionnels de dire : Bon, bien, dans le fond, je ne serai jamais
disponible, ou : O.K., je pourrais arriver si je rajoute quelques plages
horaires. Ça fait que la base, là, c'est la gestion des
opérations, c'est quoi, les projections.
Ensuite
de ça, vous savez que la demande, dans une année, n'est pas tout le temps la
même. L'été, il y a moins de consultations, puis il y a des pics de
demande qui sont prévisibles annuellement...
M. Dubé :
Saisonniers, etc.
Mme Breton
(Mylaine) : ...saisonniers. Alors, c'est de prévoir aussi... Bien, il
faut réfléchir que, pour être plus disponible dans les périodes de pics, bien,
il faut être plus... il y ait plus de capacité. Alors, c'est de réfléchir à cet
élément-là. Il y a tout un pilier par rapport à la gestion de l'agenda.
Maintenant, dorénavant, on ne recommande plus d'avoir un...
M. Dubé : Avez-vous écrit là-dessus? Parce que, là, vous êtes rendue au doctorat.
Vous avez fini votre doctorat. Est-ce que vous avez écrit sur l'accès
adapté?
Mme Breton
(Mylaine) : J'ai publié plusieurs articles scientifiques évalués par
les pairs. Ça me ferait plaisir de tous les partager et...
M. Dubé : Tout à fait, bien, si vous le permettez, parce que je pense
que c'est un élément clé de ce qu'on essaie de faire avec la prise en
charge. Allez-y, vous avez écrit là-dessus.
Mme Breton
(Mylaine) : Oui, j'ai écrit là-dessus, puis pas juste moi. En fait,
c'est vraiment un modèle international qui
est fortement recommandé. Puis, en fait, là, on parle d'un... On ne donne plus des
rendez-vous deux mois d'avance. Ça,
c'est un des principes de base pour avoir une meilleure agilité,
l'offre-demande, avoir moins de «no-show», c'est vraiment d'ouvrir son
agenda sur deux à quatre semaines, travailler de pair avec les autres
professionnels. La collaboration
interprofessionnelle est au coeur de ce modèle-là pour orienter... et les
autres professionnels, travailler sur les ordonnances collectives, les
OIA, pour aller chercher de la capacité. Mais il y a un élément qui... vous me
le dites...
M. Dubé :
Oui, j'essaie de tricher le plus possible, mais oui...
Mme Breton (Mylaine) : ...dernier point, éduquer la population aussi,
savoir comment naviguer puis de consulter... Des rendez-vous annuels, ce
n'est plus recommandé pour un jeune en santé. Ça fait qu'il faut éduquer la
population à cesser de prendre un rendez-vous pour... ces pratiques-là. Et on
peut voir d'autres professionnels, apprendre à la population que c'est de la qualité de voir un autre professionnel qu'un
médecin, mais je pense qu'il faut aussi travailler sur le message à la
population.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Alors, le relais est au député de Nelligan maintenant.
M. Derraji :
Je ne sais même pas par quel bout je vais commencer. Excellent rapport, mes
félicitations à votre équipe de recherche,
mes félicitations aussi pour vos publications. Je seconde le ministre par
rapport à ce qu'il a dit au niveau de la pertinence. J'ai plusieurs
questions, mais je vais... En fait, je ne suis pas d'accord sur un point, sur
le 36 heures. Je sais, le ministre semble être d'accord, puis je ne suis
pas d'accord, mais je vais revenir à ça après.
Mais vous avez évoqué
un point qui est extrêmement important au niveau du triage, l'intelligence, si
je peux dire, l'intelligence derrière, et, ça, j'en suis sûr et certain que le
ministre, homme de gestion, d'opération qu'il était... Moi, je pense, c'est
l'élément clé. Si on a assez de paramètres et d'indicateurs dans le triage, ça
veut dire, la porte d'entrée dans le
système, on a réglé une bonne
partie de la problématique qu'on a maintenant. Et
donc, contrairement... Je ne sais pas votre degré d'ouverture par
rapport à ça. Moi, si c'est moi, je miserais plus aussi, dans ce projet de
loi... pas d'imposer, mais d'avoir des guides pour accompagner les gens dans le
triage. Je ne sais pas qu'est-ce que vous en pensez, mais on ne l'a pas, parce
que, je sais, votre objectif, il est le mien et le même... tous ensemble, mais
est-ce qu'on a assez d'éléments pour aller dans le triage? Ah! je vois que vous
voulez répondre, allez-y, allez-y.
Mme Breton
(Mylaine) : Bien, merci beaucoup, tout d'abord, pour vos bons mots,
pour les éloges pour le mémoire. Par rapport
à l'algorithme de l'aiguillage des patients, là, le système de prise de
rendez-vous, c'est un questionnaire en
ligne qu'on demande au patient. Tu sais, le patient, c'est comme... il
s'inscrit, puis ils vont chercher, selon son domicile, la disponibilité la plus près, mais sans... avec
quelques questions, je pense, actuellement, mais ce n'est pas très discriminant.
Par contre... Ah! oui, allez-y.
M. Derraji : Non, mais je suis
très d'accord, parce que vous ramenez un point extrêmement important, et je vais vous dire pourquoi. Vous avez dit : Pics
des demandes, maladies, la saisonnalité. Mais, si j'ai ça dans mon algorithme,
je viens de régler une panoplie de
problèmes. Si je ne l'ai pas, bien, c'est là où on se perd dans le système. Et
mettez-vous à la place de la population qui, eux... Pour nous, c'est
facile, mais ce n'est pas tout le monde... ce n'est pas facile pour M. et Mme
Tout-le-Monde. Donc, avant de parler d'être à l'intérieur, moi, je pense, les
premières étapes, c'est la clé pour guider le patient à l'intérieur du système.
D'ailleurs, tout le monde, qu'est-ce que les gens disent sur notre système de
santé? Il faut juste mettre le premier pas. Une fois que tu es dedans, on a les
meilleures qualités de soins.
Mme Breton (Mylaine) : Il y a
beaucoup de cliniques médicales qui ont travaillé avec leurs secrétaires pour
implanter... Ils appellent ça des algorithmes de priorisation pour, justement,
avoir des codes pour faire un certain triage, même si ce n'est pas des
professionnels de la santé, selon quelques questions à leurs patients qu'ils
appellent, est-ce que c'est un rendez-vous
de suivi, un rendez-vous urgent?, puis vraiment essayer de placer dans l'agenda
selon le motif... Je pense qu'il faut
travailler avec les cliniques médicales à former les secrétaires pour orienter
le patient. Il y a des cliniques médicales qui n'ont pas encore ces
motifs de consultation. Il faut réfléchir...
Dans les
grosses cliniques, aussi, ce qu'on voit, nous, c'est essayer de faire des
«teamlets», des petites équipes avec le secrétariat pour avoir une connaissance
de la patientèle, avec d'autres professionnels, mais pour pouvoir, justement,
bien placer dans l'agenda... Ils existent, ces algorithmes-là. Je pense qu'ils
pourraient être partagés. Je connais des cliniques médicales qui les ont
développés. Je pense qu'il y aurait tout intérêt à ce qu'ils soient diffusés
pour le bénéfice des autres.
M. Derraji : Je suis à
1 000 % d'accord avec vous et j'espère qu'on va avoir cette
ouverture, parce qu'expérience terrain, ordonnance collective, sur 10 GMF,
j'avais un qui a embarqué, et les autres, ça a pris trois, quatre ans. Pas sûr que le ministre veut prendre
trois, quatre ans pour régler 1 million... Donc, donnons-nous les moyens.
Je connais la patience du ministre moi
aussi. Parfois, on est impatient, mais, sérieux, moi, je pense que la clé... Si
on se met tous ensemble à régler la question du triage, on va avancer.
Vous avez
parlé d'un autre point que j'ai vraiment aimé, les indicateurs. C'est un homme
d'indicateurs. Il aime beaucoup les
indicateurs. Pourquoi, troisième rendez-vous, pour vous, c'est la clé au niveau
des indicateurs de performance? Vous aimez les indicateurs, hein, je
n'ai pas inventé...
M. Dubé : ... le troisième. Je
suis content que vous reveniez là-dessus, là.
M. Derraji : Oui, mais ça,
c'est vraiment...
Mme Breton (Mylaine) : En fait,
il y a plusieurs indicateurs que je propose, dont le troisième rendez-vous. Le troisième rendez-vous, dans la littérature,
notamment dans l'implantation du modèle d'accès adapté que la littérature...
Là, ne perdez-vous pas des journées à lire,
ça existe depuis 20 ans, puis des papiers à travers le monde, pour
montrer... et l'efficacité du modèle, il se base sur le troisième
rendez-vous pour voir : Dans l'implantation, est-ce que j'agis sur cet
indicateur-là?
Il y en a un autre qui est dans... qui est
intéressant, c'est la proportion des rendez-vous disponibles à 20 % dans l'horaire. On recommande, dans l'accès adapté
à 48 heures, que 20 % des plages de rendez-vous soient protégées et
non dotées, puis l'idée, c'est vraiment d'avoir une agilité pour que...
permettre de la disponibilité. Il n'est pas rare... Dans les
professionnels, quand on regarde l'horaire, ils n'ont pas de... à
48 heures pour les rendez-vous urgents, et le troisième rendez-vous est
tard.
Ça fait que, moi, le troisième rendez-vous, je
trouve c'est un bon clignotant pour dire : Est-ce que j'ai de la capacité
à court terme pour répondre à un besoin urgent de ma clientèle?
M. Derraji : Ça sera un de nos
amendements dans le projet de loi. J'avise le ministre.
Mme Breton (Mylaine) : Il n'est
pas mesurable par les données de la RAMQ, le troisième rendez-vous.
M. Derraji : On peut le mesurer
comment?
Mme Breton (Mylaine) : Actuellement,
bien, moi, je le mesure avec des cliniques qui acceptent de collaborer avec moi. Ils me donnent accès à leur
DME. Alors, je me branche sur leur DME. Le troisième rendez-vous, c'est
le plus compliqué pour notre équipe de recherche. Je remercie François, mon
coordonnateur de recherche. À tous les matins, le mardi, il se lève à
6 heures pour calculer le troisième rendez-vous dans les cliniques qu'on
suit. On en suit six, cliniques, puis c'est
vraiment manuellement, malheureusement, qu'on le fait, mais on vient d'investir
dans un robot, de l'intelligence artificielle, pour remplacer François
la nuit.
M. Derraji :
Mais c'est quoi, l'impact pour la population, avoir ce troisième rendez-vous?
Mme Breton
(Mylaine) : Pardon?
M. Derraji :
C'est quoi, l'impact? Donc là, c'est bon, on le mesure.
Mme Breton
(Mylaine) : On le mesure.
M. Derraji :
O.K., mais c'est quoi, l'impact?
Mme Breton
(Mylaine) : Bien, nous, on accompagne six GMF en Montérégie dans
l'amélioration de l'implantation de l'accès adapté. Alors, nous, on mesure le
troisième rendez-vous pour voir un peu l'effet de notre intervention
d'amélioration continue de qualité avec ces cliniques-là, puis c'est vraiment
le voyant qu'on suit. Ça fait que c'est sûr que, si on n'intervient pas, il
bouge peu. Puis il y a une grande variabilité dans une même clinique, sur cet
indicateur-là, entre les professionnels.
M. Derraji : Donc, est-ce que c'est facile de rendre la vie de François très facile,
qu'il ne se lève plus les mardis matins, avec des indicateurs ou avec...
Mme Breton
(Mylaine) : Bien, en fait, c'est plausible, en fait, parce que, là, on
est en train d'investir avec des fonds de recherche pour avoir ce robot-là,
parce que c'est assez facile, c'est des algorithmes. Nous, on le fait
manuellement. C'est possible, c'est plausible. Ça me fera plaisir de partager
l'investissement que je viens de faire. Je tiens
à préciser, par contre, une chose. Moi, je pense que, pour calculer ces
indicateurs-là, il faut avoir la participation, il faut que ça soit sur une
base volontaire, des médecins qui sont... et d'autres professionnels. Nous, on
le mesure pour tous les
professionnels de la clinique qui sont intéressés d'avoir leur portrait pour
s'améliorer. Je pense qu'il faut l'utiliser avec une vision pratique,
réflexive et d'accompagnement.
M. Derraji :
Vous êtes à la tête d'une chaire de recherche canadienne. Je vais vous dire
pourquoi je ne suis pas d'accord sur le
36 heures. Je veux vous ramener au modèle ontarien. Il y a deux
obligations de résultat, obligation d'appel, obligation de rencontre,
hein, et on n'est pas encore là, 48 heures, 72 heures. Vous avez dit,
au début : La finalité, c'est l'inscription. Ce n'est pas uniquement la
finalité, l'inscription, c'est aussi rencontrer le professionnel de la santé,
parce que, dans la tête du patient, son gouvernement, à qui il donne des taxes,
à qui il contribue, il n'a pas répondu à sa demande. Donc, un, est-ce que vous
êtes de l'école d'obligation de résultat? Si vous êtes de l'école d'obligation
de résultat, c'est quoi, le délai raisonnable pour recevoir le premier appel du
triage et le deuxième appel du rendez-vous, donc, la rencontre après triage
avec un professionnel de la santé?
Mme Breton
(Mylaine) : Bien, écoutez, il y a plusieurs questions dans votre
proposition, mais en fait la question du délai de triage, là, je pense que ça
devrait être assez rapide. Quand on veut un rendez-vous, on ne devrait pas
attendre trop longtemps sur une ligne. Là, on essaie de l'informatiser. Ça fait
qu'il faut faire juste attention que notre informatique ne perde pas la
capacité puis l'agilité des professionnels avec leur jugement. Deuxième chose,
vous m'avez dit... Oh! attends, le délai de 36 heures, vous n'êtes pas
d'accord avec...
M. Derraji :
Bien, parce que vous avez dit au début... Pour vous, 36 heures, il n'y a
aucun problème. Mais, quand je regarde en
Ontario, il y a l'obligation de résultat, deux obligations. Premier appel,
triage, on peut être meilleurs, mais ce qui est très important, ce n'est
pas le triage, ce qui est très important, c'est la rencontre avec le médecin,
professionnel de la santé.
Mme Breton
(Mylaine) : Oui, mais moi, bien, comme je l'ai dit plus tôt, je pense
qu'il faut avoir ce délai qui est approprié.
Il faut avoir un délai raisonnable, mais ce délai... le jugement qu'on en fait,
de ce délai-là, ne doit être pas le même pour tous parce qu'on n'a pas
tous les mêmes besoins de consultation. Je pense qu'il faut se faire des
propositions de délai approprié selon les motifs de consultation.
Habituellement, on recommande idéalement entre deux et quatre semaines, selon
l'ouverture, si c'est quelque chose qui est de suivi ou un...
M. Derraji :
Donc... oui?
Mme Breton
(Mylaine) : Non, allez-y.
M. Derraji :
Non, non, mais j'ai juste... Je n'ai pas encore entendu c'est quoi, le délai
raisonnable.
Mme Breton
(Mylaine) : Bien, je ne peux pas... Je ne peux pas vous donner une
norme, en fait, là, je pense que... puis je
ne suis pas un professionnel de la santé, mais je pense qu'il faut être capable
d'en faire, avoir une capacité, là, de...
si c'est un besoin urgent, que la clinique médicale à laquelle vous êtes
affilié... avoir une capacité de vous rencontrer.
M. Derraji : Oui. Au tout début, vous avez parlé de la qualité des données de la
RAMQ, en fait, c'est imparfait. Donc...
Mme Breton
(Mylaine) : En fait, les données de la RAMQ, c'est une source
d'information intéressante, puis c'est la donnée qu'on dispose actuellement
pour apprécier une certaine forme d'accès, mais je pense qu'il y a une
possibilité d'être complémentaire avec les dossiers médicaux électroniques qui
nous offrent maintenant... Les DME existent depuis moins de 10 ans, hein,
dans la plupart des cliniques médicales. On s'est modernisés énormément, puis je pense qu'il faut capitaliser sur cette
modernité qui nous offre une nouvelle source d'information pour développer
des tableaux de bord de performance agiles et rapides.
M. Derraji : Merci de mentionner qu'on s'est modernisés, parce qu'on a l'impression,
au Parlement, que rien n'a été fait pendant les 15 dernières
années. Merci beaucoup, excellente intervention.
Le Président
(M. Provençal)
: La suite va
appartenir maintenant au député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le Président. Bonjour, bienvenue. C'est agréable de pouvoir
recevoir enfin des témoins en personne ici, là, ce qu'on n'a pas fait pendant
un bout de temps, là. Puis je comprends que vous aviez un lourd bagage à
nous livrer, là, puis c'est peut-être assez indigeste, là, quand on n'est pas
si familier que ça avec tout ça.
Moi, j'ai un problème
de connexion avec mes neurones cérébraux avec ce projet de loi là depuis le
début. Puis je vous explique pourquoi. Parce que tout ce qu'on nous dit, là,
depuis hier, puis vous êtes le huitième témoin, c'est que ce n'est pas nécessairement une mauvaise idée, que les
intentions sont bonnes, puis je pense que les intentions sont bonnes,
mais ça passe à côté, ça manque la cible, notamment sur l'interdisciplinarité,
sur l'accès à la première ligne élargie.
Puis
le ministre nous dit à chaque fois : Ah! mais oui, mais c'est ça qu'on va
faire, puis c'est ça qu'on veut faire. Mais ce n'est pas sûr que le
projet de loi dit. Ça fait que moi qui est un gars rationnel, puis qui aime ça
comprendre des affaires, j'ai un problème.
Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction dans le discours, qui est basé
essentiellement sur une promesse
électorale d'un patient... un médecin par patient tout le temps, alors que ce
n'est pas de ça, nécessairement, dont on a besoin, puis, ça, tout le
monde s'entend pour le dire, y compris le ministre? Hier, il était bien
d'accord, effectivement, pour dire que ce n'est pas tout le temps un médecin
tout le monde pour tout le temps. Alors, est-ce qu'il n'y a pas une dichotomie dans le discours entre ce qu'on attend,
ce qu'on voudrait faire, puis le projet de loi qui est devant nous?
Parce que, tu sais, ici, on étudie un projet de loi. C'est ça qu'on fait. Ça
fait que je ne peux pas le réécrire. Moi, je peux essayer, là, ça ne marchera
pas. En tout cas, pas tout le temps. Est-ce que vous partagez cette dichotomie
qui est... qu'il y a un discours sur un médecin pour tout le monde pour vider
la liste, là, puis le fait que ce n'est pas nécessairement de ça dont on a
besoin? Puis, quand on regarde le projet de loi n° 11,
c'est... tu sais, le ministre parle d'une impression, mais l'impression, elle
ne tombe pas du ciel, là. L'impression, elle est basée et elle est bâtie sur la
lecture du projet de loi. J'ai quasiment tout mangé mon temps, ce qui n'est
vraiment pas brillant de ma part, mais je vous laisse répondre.
Mme Breton (Mylaine) : Bien, ça me fait plaisir de partager le temps
avec vous. Premièrement, en fait, moi, ma compréhension du projet de loi, un des
éléments phares, c'est de répondre à une des problématiques qui est le guichet,
qui est assez garni actuellement.
La littérature
scientifique est très éloquente sur les bénéfices d'être affilié à un
professionnel de la santé, que ce soit un médecin ou une infirmière, mais
d'avoir cette relation-là qui est plus garante d'une continuité. On peut avoir même des... c'est documenté qu'il y a une
diminution de recours à l'urgence, vraiment, quand on a une affiliation à un
professionnel. Alors, je pense qu'ici, on cherche à adresser cette importante
problématique-là au Québec, qui est le guichet le plus nanti au Canada,
qui a 900 000... Mais, peut-être, la solution pour y répondre n'est, à mon
sens, pas adéquate, en obligeant d'inscrire
via ce mécanisme-là. Mais je pense que la finalité, elle est louable. Il y a
des propositions, notamment, d'ouvrir à l'inscription des IPS. Il y a
d'autres provinces qui permettent l'inscription à l'IPS, ce qui n'est pas
possible au Québec. Je pense qu'on est la seule province à ne pas permettre
cette modalité-là. Alors, je vous recommande fortement aussi à inscrire
directement, mais je ne suis pas sûr que ça créé beaucoup de capacités
additionnelles, parce que les IPS, actuellement, inscrivent des patients avec
un médecin collaborateur. Mais je pense qu'il
faut quand même permettre cette modalité-là. Dans les autres propositions, la
prise de rendez-vous en ligne pour les patients...
Le Président (M. Provençal)
: Vous êtes très intéressante... et je dois céder la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Bien, vous pouvez finir votre phrase, d'abord.
Mme Breton
(Mylaine) : Je l'ai oubliée.
M. Arseneau :
Bon, bien on va vous relancer.
M. Marissal :
Les IPS...
Mme Breton
(Mylaine) : Ah, oui, les rendez-vous en ligne.
M. Arseneau : Oui, bien, c'est ça, les rendez-vous, parce qu'en
fait moi, je comprends qu'il y a deux éléments principaux qui font l'objet du projet de loi. Il y a le guichet, il y a
les données. Et ce que vous dites, c'est : Le guichet, c'est une bonne idée, à condition qu'on l'améliore, qu'on
l'élargisse, ainsi de suite, puis qu'on ait des données plus intelligentes, plus précises, plus ciblées, saisonnières,
ainsi de suite. Puis vous avez toutes sortes de modèles, d'algorithmes probablement à nous proposer qui ne sont pas
encore dans le modèle de l'orchestrateur. Ça, on va travailler là-dessus,
moi, je trouve ça intéressant.
L'autre
volet, c'est celui des données. Est-ce que je comprends bien que ce que vous
nous dites, c'est que la colonne vertébrale de ce projet de
loi sur les
données... vous dites : Ces données-là, ça ne servira pas à grand-chose si
vous voulez ouvrir la première ligne, puis avoir le bon professionnel au bon
moment pour le bon patient?
Mme Breton (Mylaine) : Merci de
me donner la chance de me rectifier, parce que les données de la RAMQ, c'est une source extrêmement intéressante de
données. Tu sais, dans le fond, il faut avoir... moi, ce que je vous propose,
c'est des données cliniques complémentaires qui viennent directement des
dossiers médicaux électroniques, mais les données de la RAMQ, j'ai même publié
des articles scientifiques qui s'appuient sur les données de la RAMQ. C'est une source d'information extrêmement intéressante,
mais je pense que, à long terme, j'investirais davantage sur le DME
comme source d'information, même pour...
M. Arseneau : Pouvez-vous dire
qu'est-ce que c'est, le DME?
Mme Breton (Mylaine) :
Excusez-moi, dossiers médicaux électroniques.
M. Arseneau : C'est beau.
Mme Breton
(Mylaine) : Mais il y a un
potentiel qui n'existait pas, moi. Moi, quand j'ai commencé... j'étais jeune,
au doctorat, ça n'existait pas, les DME, là,
ça... les dossiers médicaux électroniques, ça permet une source d'information,
à mon sens, inexploitée, qui vous
permettrait vraiment d'avoir une gouvernance intéressante. Et je rappelle que
je pense que cette information-là doit être utilisée dans une vision
pratique réflexive pour les professionnels.
M. Arseneau : Tout à fait. Ça, on a bien compris, puis c'est
intéressant, là, accompagner, puis éliminer la coercition. On a entendu
beaucoup parler de coercition, hier. Bon, que vous le rappeliez effectivement,
c'est un point de vue également. Pour ce qui est du modèle d'accès adapté, vous
dites : Ça existe depuis 20 ans un peu partout. Pourquoi ça n'existe
pas au Québec, selon vous?
Mme Breton
(Mylaine) : En fait, ça existe au Québec. En 2011, la FMOQ et
le ministère de la Santé ont
fortement encouragé toutes les personnes à y adhérer. Il y a eu des formations
avec plus de 2 000 personnes au Québec. Je pense qu'il faut
poursuivre davantage la formation qui est basée sur une équipe interdisciplinaire
pour aller plus loin.
M. Arseneau : Mais ça se
passerait dans combien de pourcentage de cliniques ou pour combien de patients?
Mme Breton (Mylaine) : Bien, en
fait, c'est une bonne question. J'ai fait une enquête dans tous les GMF-U au
Québec sur l'implantation de l'accès adapté. Tous les professionnels vont
dire : Oui, je fais de l'accès adapté. Mais,
quand on creuse sur les différents piliers, on voit une énorme différence et
variation entre les professionnels et même entre les professionnels
d'une même clinique.
Alors, je
pense qu'il faut accompagner. C'est un changement de pratique important. Puis
ma recommandation... puis peut-être
noter que le ministère de la Santé a investi dans un projet de recherche pour
que j'accompagne 20 cliniques, au courant des deux prochaines
années, dans l'accompagnement, l'amélioration de l'implantation de l'accès
adapté.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Passionnant.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, la finalité de cet échange va
appartenir à la députée d'Iberville.
Mme Samson : Merci, M. le
Président. Écoutez, la tête me «spin» encore, là, puis je n'ai toujours pas
deviné c'était quoi, le troisième rendez-vous, tu sais.
Mais j'ai une question pour vous, madame. Les
CLSC, ça existe depuis je ne sais pas combien d'années, mais ça a été créé,
j'étais jeune, donc ça fait longtemps. Et ça devait être notre porte d'entrée,
et notre première ligne, ça devait être le CLSC avec des services multiples,
puis tout ça. Et j'ai l'impression, ma perception aujourd'hui, que c'est devenu des sous-traitants et que le CLSC ne
joue pas son rôle de porte d'entrée, il bouche des trous, puis c'est un jobeur. Mais j'aimerais savoir, d'après vos observations
puis votre expérience, est-ce que les CLSC ont encore un rôle et
peuvent-ils le jouer de façon plus optimale.
Mme Breton (Mylaine) : Pour
répondre rapidement, oui, les CLSC ont vraiment un rôle important dans notre
système de santé. Comme vous le savez, ils ont été créés en 1970, puis l'idée,
c'était la première porte d'entrée basée sur une équipe interdisciplinaire.
Malheureusement, pour plein de bonnes et mauvaises raisons, la profession
médicale n'a pas adhéré à ce modèle-là, qui était sur une gouvernance publique.
Et il y a les GMF qui se sont développés en parallèle en 2002. Ça fait que,
dans le fond, le modèle CLSC, c'est un modèle extraordinaire. Même sur papier,
ça serait le modèle... Mais il y a moins de 20 % actuellement des médecins
de famille qui travaillent dans ces organisations-là.
Alors, c'est un modèle important qui est complémentaire souvent, même dans des
quartiers défavorisés. Alors, il faut continuer puis il ne faut pas qu'ils
disparaissent.
Mais vraiment, le GMF
a pris tout... s'est vraiment développé au Québec. Peut-être, noter qu'il faut
être fier de notre modèle GMF au Québec,
depuis 2002 qu'il existe. Puis, au fil du temps, au fil des années, on a
intégré davantage de professionnels. Quand on regarde les autres organisations
au Canada, le Québec, le modèle GMF, il y a de quoi être fier. On a maintenant
des travailleurs sociaux dans l'équipe de base, pharmaciens, IPS, infirmières,
médecins de famille. Puis c'est le modèle dominant avec plus de 340 GMF. Alors,
je pense qu'il faut continuer dans cet effort-là. Puis c'est un modèle qui est très complémentaire au CLSC. Et il y a des
CLSC... la plupart sont GMF, ils ont l'affiliation.
Mme Samson :
Mais les GMF, il n'y en a pas partout et c'est compliqué avec les PREM.
C'est-tu les PERM ou les PREM? Je ne le sais plus, là.
Mme Breton
(Mylaine) : Les PREM.
Mme Samson : Les PREM, c'est
compliqué, là, puis c'est tout à fait discrétionnaire. On a vu des années où
toutes les PREM allaient à la même municipalité au détriment d'autres.
C'est assez obscur comme système, là.
Mme Breton (Mylaine) : Je
n'ai pas le temps de commenter sur les PREM, mais ça me fait plaisir d'en
discuter avec vous.
Le Président (M. Provençal)
: Je remercie la professeure
Breton pour sa contribution aux travaux de la commission.
suspends les travaux quelques instants afin que l'on puisse accueillir, par
visioconférence, le prochain groupe. Merci beaucoup, madame.
(Suspension de la séance à
12 h 12)
Le Président
(M. Provençal)
: Alors,
bonjour. Je souhaite la bienvenue au Dr Antoine Groulx ainsi qu'à
Mme Catherine Wilhelmy, qui l'accompagne.
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après
quoi nous procéderons à la période d'échanges avec les membres de la
commission.
Avant
de vous inviter à vous présenter, je vais avoir besoin du consentement pour un
cinq minutes additionnel, compte tenu qu'on a une petite période de
retard. Ça va? Consentement? Merci.
Alors je vous cède la
parole et je vous invite à vous présenter. Merci.
M. Groulx (Antoine) : Bonjour. Merci beaucoup. Merci, M. le Président.
M. le ministre, Mmes, MM. les députés, merci d'avoir sollicité l'opinion
de l'Unité de soutien au système de santé apprenant du Québec à propos du
projet de loi à l'étude. Je suis Antoine Groulx, je suis clinicien-chercheur,
professeur de médecine de famille à la Clinique Maizerets et à l'Université
Laval. J'ai aussi le privilège de diriger l'Unité de soutien au système de
santé apprenant du Québec et d'être accompagné par Mme Catherine Wilhelmy,
que je laisse se présenter.
Mme Wilhelmy (Catherine) : Bonjour. Je suis Catherine Wilhelmy, je suis une
patiente partenaire en recherche. J'ai
été amenée à m'intéresser à ça dans un parcours de soins en oncologie, alors je
suis impliquée dans ce domaine-là depuis 2018.
M. Groulx (Antoine) : Merci, Catherine. Alors, écoutez, en deux mots,
l'Unité de soutien au système de santé apprenant du Québec, c'est une
organisation qui préconise le travail en partenariat avec les cliniciens et
cliniciennes, les décisionnaires, les
chercheuses, les chercheurs, les patientes et les patients, de même que
l'utilisation des données de la science pour améliorer en continu la
gestion, les soins et les services qui sont rendus à la population.
Nous
avons une équipe panquébécoise qui déploie ses expertises en offrant de la
formation, de la consultation et des outils en poursuivant un quadruple
objectif, qui se résume à améliorer la santé de la population, améliorer son
efficience, améliorer le bien-être des ressources humaines en santé et services
sociaux et aussi, bien sûr, l'expérience et les résultats obtenus pour
les patientes et les patients.
Vous comprendrez,
donc, que nous allons aborder la question de ces éléments par trois
perspectives, celle du partenariat patient public, celle de la gestion de la
valorisation des données puis enfin la gestion du changement et du quadruple
objectif. Je... ma collègue Catherine prend la parole.
Mme Wilhelmy
(Catherine) : Alors, pour les patients, il y a du bon dans la
proposition du gouvernement. C'est intéressant d'offrir plus de possibilités
pour prendre nos rendez-vous. C'est une proposition qui amène aussi toute une
dimension de transparence dans le processus. Ça sera sûrement bien pour les
patients. Mais, dans cette proposition, il y
a aussi des failles pour les patients. Parce qu'au-delà de tout ce qui est
véhiculé dans les médias qui tournent essentiellement autour d'une
querelle entre les médecins puis les politiciens, pour les patients, il y a des
choses qui sont importantes et puis qui ne se disent pas. Mais inquiétez-vous
pas, on a plein de bonnes idées à vous proposer pour bonifier votre projet de
loi.
Donc, d'abord, ce qui
est moins intéressant dans le projet de loi pour les patients, c'est que ce
guichet-là se centre uniquement sur les
médecins de famille. Des fois, ce n'est pas un médecin de famille dont on a
besoin. Il y a une pénurie de médecins de famille, puis on forme des
infirmières pour prendre en charge plein de types de problèmes de santé. Pourquoi le patient ne peut pas avoir le
choix de voir, par exemple, une infirmière clinicienne si sa condition le
permet? Puis il y a plein d'autres professionnels qui pourraient être
interpelés.
L'autre chose.
Actuellement, un médecin dans une clinique sans rendez-vous qui reçoit un
patient qui a une condition grave va pouvoir
suivre ce patient-là. Pour le patient, c'est une prise en charge qui est
instantanée, il ne devient pas une balle de ping-pong dans le système. Avec
cette loi-là, le médecin doit référer le patient au guichet d'accès. Il me
semble que, comme société, on investit beaucoup d'argent pour bien former nos
médecins puis les amener à développer un jugement clinique solide. Il me
semble que ce serait un juste retour sur investissement de les laisser
l'utiliser.
question des liens parentaux, c'est aussi quelque chose qui est important. Si
on parle d'une famille de cinq enfants, bien, quand les sept personnes
sont traitées dans sept cliniques différentes, ça devient une logistique assez
lourde pour les personnes.
Il y a aussi toute la
question de la facilité avec le Web. Il y a des personnes qui ont moins de
facilité à ce niveau-là. Ça fait que, comme je vous avais dit, on a plein
d'idées constructives. Donc, ce serait d'étendre le système de prises de rendez-vous à tous les
professionnels, de laisser aux médecins le soin de prendre en charge les cas
urgents qu'ils rencontrent, de tenir en compte les liens
parents-enfants, de laisser une certaine liberté à ce niveau-là puis d'impliquer peut-être, je ne sais pas, le 8-1-1,
les professionnels, les pairs aidants en soutien puis en accompagnement
pour orienter les personnes qui auraient plus de difficulté à ce niveau-là.
M. Groulx
(Antoine) : Merci. Sur le plan de la gestion et de la valorisation des
données, on voit une valeur intéressante à ce projet, qui mise sur un partage
des données, une transparence aussi qui est hautement valorisée,
Mme Wilhelmy l'a nommée, pour les patients, mais aussi pour les
cliniciennes, les cliniciens. Il y a une mise à profit aussi d'organisations
plus sur le terrain, les tables territoriales, les départements régionaux de
médecine générale, par exemple, les directions des services professionnels, qui
sont toujours plus crédibles pour les acteurs et les actrices du terrain que le
ministère de la Santé et des Services sociaux. Ça favorise, donc, au final, une
certaine mobilisation par les données à
laquelle on aspire beaucoup à l'unité. L'amélioration continue de la qualité,
la réflexivité qui peut en découler est extrêmement positive.
Mais
il faut être prudent, ça doit s'appuyer sur des données qui sont concertées,
donc reconnues par l'ensemble des parties qui sont intéressées par ces
données-là. Il y a eu, et on en a connu, des succès antérieurs dans les
dernières années, notamment en médecine de famille, avec la production, pendant
une période, d'un rapport qui s'appelait le rapport d'offre de services des
patients inscrits, un rapport qui a connu un succès retentissant notamment
parce qu'il avait été développé en collaboration, en l'occurrence, entre le
ministère et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Il y a aussi
une prudence à avoir relativement à la complexité de la pratique de la médecine
de famille. Ce projet donne un accent très fort sur la question de
l'inscription du travail en cabinet. Il faut se rappeler que la pratique de la médecine de famille, c'est beaucoup
plus vaste que ça et que ça peut inclure la périnatalité, les urgences,
les travaux... le travail à l'hôpital auprès de patients réfugiés, soins
palliatifs, etc., et il serait, donc, un peu imprudent de nous concentrer sur
cette pratique d'inscription en mettant de côté ces éléments.
Alors, l'unité
propose quelques pistes de réflexion, notamment de creuser cette question des
autres activités et de reconnaître que
certains médecins de famille ont des activités qui ne sont pas limitées qu'aux
activités d'inscription et puis d'en tenir compte quand on fera
l'avancement des règlements qui suivront ce projet de loi; de considérer
aussi... proposer toute la transparence qui est véhiculée dans le projet et
qu'on encense avec les patientes et les patients,
et le Carnet santé Québec, qui existe déjà, pourrait devenir un véhicule
intéressant de personnalisation de cette transparence pour cette
population; et puis enfin de bien garder en tête que le déploiement d'outils
électroniques dans les dernières années, que
ce soit de prise de rendez-vous ou d'autre nature, comme des dossiers
électroniques, n'a pas toujours
simplifié la vie des cliniciennes, des cliniciens. Il y aurait là un travail
important à faire d'arrimage, de maturation en amont du déploiement de
ces outils.
En matière de gestion
du changement et du quadruple objectif, nous trouvions important de souligner
qu'une littérature très solide, de plus de 35 ans, et qui n'a jamais été
démentie, confirme que la continuité, notamment auprès d'un prestataire principal de soins, améliore à la fois la santé,
l'expérience de soins et l'efficience, et cela, même pour des jeunes en bonne santé, à qui, par exemple,
lorsqu'il arrive un événement, un accident, une dépression, ont de bien meilleures chances d'améliorer leur santé
lorsqu'ils ont un prestataire principal. Alors, on a une invitation à la
prudence à faire, s'appuyant sur la science, à l'égard d'un accès un peu
débridé, mais très axé hors affiliation à un prestataire principal de
soins. Catherine.
Mme Wilhelmy
(Catherine) : Il y a toute la question des données de santé numériques
qui est d'actualité avec les patients; même si on y est ouvert, on a des
préoccupations par rapport à leur utilisation. Ça va être important de préciser
quelles données vont vous être transmises, M. le ministre, puis à quelle fin ça
va être utilisé.
Aussi, il y a toute la
question de la mobilisation des ressources humaines, le projet de loi nous
paraît très paternaliste, il y a quelque
chose qui nous paraît difficile à comprendre, j'en ai parlé tantôt :
Pourquoi c'est une loi qui cible juste les médecins de famille? Puis il y a
toute la question de la gestion des rendez-vous. Moi, M. le ministre,
là, je vous aime beaucoup, puis je ne trouve pas que c'est la meilleure façon
d'utiliser tous vos talents que de vous faire gérer
des rendez-vous. En ces temps où on manque de médecins, c'est difficile de
comprendre ce projet de loi là qui vient écraser plutôt que mobiliser.
M. Groulx (Antoine) : Parlant
de mobiliser, je pense qu'il y aurait, dans les propositions que nous ferons à l'unité, celle de travailler davantage, que ce
soit dans le projet de loi ou, au moins, en marge, à soutenir les changements
que vous proposez. L'approche de facilitation, de soutien a été bien démontrée
comme un vecteur de succès pour cette mobilisation. Des formations, dans le
passé, ont aussi été développées pour aider les médecins à améliorer leur accès, des formations d'accès adapté, en gestion
clinique aussi qu'on pourrait envisager de développer dans les années
qui viennent, en mettant, à l'avant-scène, les leaders, les experts, bref, nos
champions au Québec. Alors là, il y a un travail
qu'on pourrait certainement contribuer, comme unité, à améliorer, où on pense
que le projet de loi pourrait en dire davantage.
Il y a aussi
tout un travail d'assurer une offre de service qui répond à des besoins
davantage qu'à des horaires, de façon très technique, donc, de miser sur des
indicateurs qui sont très impopulaires au Québec, chez les médecins de
famille notamment, comme par exemple le taux d'assiduité ou qu'on pourrait
appeler un taux de continuité ou un taux
d'accès, mais qui, dans d'autres juridictions, ont été encensés. À la rigueur,
le suivi de l'offre de rendez-vous et du taux comblement des plages seraient aussi des avenues très porteuses
pour répondre, je pense, à plusieurs des impératifs que vous avez
évoqués dans ce projet. Catherine.
Mme Wilhelmy (Catherine) : Il y
a une chose aussi qui est intéressante pour...
Le Président (M. Provençal)
: Le temps de votre présentation est terminé. Alors, on va
débuter les échanges avec M. le ministre. Merci beaucoup.
M. Dubé : Écoutez, premièrement, Dr Groulx et
Mme Wilhelmy, merci beaucoup. Moi aussi, Mme Wilhelmy, je vous
aime beaucoup. J'ai eu la chance de vous rencontrer dans un point de presse. Je
connais bien ce que vous avez survécu puis
je trouve ça vraiment intéressant de savoir que vous vous intéressez à ce sujet
là aujourd'hui. Alors, merci de votre
temps, parce que vous êtes quelqu'un qui a pu bénéficier du système puis vous
avez l'air excessivement heureuse et épanouie. Alors, je suis très, très
content de voir que les choses se déroulent bien pour vous.
Je vais refaire une précision. Puis je vais la
refaire encore une fois parce que j'ai besoin de la refaire. Puis j'avais encore une question de mon collègue, le
député de Rosemont, tout à l'heure. Pardon. Pourquoi ce projet de loi là?
Puis là je vais le repréciser parce qu'on est pris souvent dans du langage
légal, légaliste, versus comment expliquer ce qu'on essaie de faire. Bon. Vous
me demandez... Puis je vais... Parce que ça fait trois fois que je l'explique,
ça fait que je vais essayer de m'y prendre autrement. Je reviendrai sur les
rendez-vous.
Mais là je
vais me concentrer, c'est : Pourquoi on fait une demande d'information de
gestion pour mieux comprendre la capacité du potentiel des
10 000 médecins de famille? Ça, c'est la première question... Si
j'avais à résumer le projet de loi dans sa forme actuelle, avant les
amendements qu'on peut faire, c'est pour permettre d'avoir une discussion,
quelle est la charge actuelle des médecins de famille. Et, pour ça, oui, on
peut aller chercher les données de la RAMQ, parce que ce n'est pas les salaires
des gens, ce n'est pas ce qu'on veut... Ce qu'on veut savoir, c'est :
Est-ce qu'ils sont occupés à 100 % à faire de la prise en charge? Est-ce
qu'ils sont occupés dans un CLSC à salaire? Est-ce qu'ils sont occupés à
100 % ou à la moitié de leur temps dans une urgence? Ça, c'est la
première... Le premier objectif, c'est de bien comprendre l'occupation des
gens. Parce que... Je aller tout à fait à l'extrême. On a 10 000 médecins,
mais, si j'en ai, au total, en équivalents, 7 000 qui font de la prise en
charge, bien, j'ai un 3 000 que je ne peux pas compter. Alors, quand
des médecins nous disent... puis je l'ai entendu, là, souvent dans les derniers
mois : Il manque 1 000 médecins de famille, bien, ils ont
peut-être raison. Mais, vous savez, je ne suis pas capable de le dire. Je ne
suis pas capable de dire qu'il manque 1 000 médecins. Puis dans
quelle région il manque, c'est-tu plus en Montérégie, c'est-tu plus à Lachute?
Alors, je veux juste vous rappeler, là, que le
premier objectif de ce projet de loi là, ce n'est pas de solutionner les
problèmes du monde, parce qu'on en a beaucoup plus, puis on y reviendra. Mais
le premier objectif simpliste, c'est de bien
connaître l'occupation des gens pour être capable de savoir de quoi on parle.
Puis ça, en tant que gestionnaire de l'État, pour moi, c'est la base.
O.K.
Deuxièmement,
quand on a entendu parler, tout à l'heure, d'accès adapté, puis vous revenez à
docteur... C'est sûr que la journée qu'on va avoir le... Puis je vais vous
donner ma version, là, puis j'aimerais que vous commentiez là-dessus.
Quand on va avoir passé le projet de loi puis on va comprendre quel est le
nombre réel de médecins qui font du... je ne veux pas les enlever des urgences,
on en a besoin, nos bons généralistes qui sont dans les urgences. On ne peut
pas les enlever de là. Mais, quand on aura une bonne représentation puis que ça
ne sera plus discutable, qu'est-ce qu'on va
faire comme première chose? On va regarder exactement ce qu'on a entendu tout à
l'heure sur l'accès adapté puis on va dire : Est-ce qu'aujourd'hui
on pourrait prendre le GAMF... puis, ça, on n'a pas besoin du projet de loi pour ça, là. Est-ce qu'on va prendre le GAMF, dans
lequel il y a 900 000 patients qui sont en attente d'un médecin de
famille? Puis est-ce que... C'est quoi, les personnes vulnérables dans ce
bloc-là qui, eux, ont besoin d'un médecin de famille? Le Dr Gaudreault du Collège des médecins,
hier, a dit clairement : Ce n'est pas tous les patients qui ont besoin
d'un médecin, mais il y a qui ont besoin d'un médecin.
Alors, le projet de
loi ici dit : Commençons par s'entendre on en a combien. Après ça, on
travaillera... Puis, ça, on n'a pas besoin de ça dans le projet de loi pour
parler d'accès adapté. C'est une pratique. La dame nous l'a dit tout à l'heure, ça existe depuis des années. Est-ce que
tout le monde l'applique de la même façon? Mais, si on l'appliquait
correctement partout, est-ce qu'on viendrait de régler, je vais mettre un
chiffre, la moitié de notre GAMF? Vous me suivez? Et, ça, on n'a pas besoin du
projet de loi pour ça, là.
Alors, moi, je veux
juste que les gens comprennent, puis ça, c'est... J'apprécie vos questions
quand vous avez dit : Mais pourquoi vous faites ça? Puis là vous me
dites : Pourquoi vous voulez jouer dans les rendez-vous? Bien, parce qu'on
la connaît, la réponse. Quand on va avoir fait une première mise à jour du GAMF
avec les meilleures pratiques puis avec l'accès adapté, il va rester un nombre
de Québécois qui n'auront pas de médecin de famille. Puis c'est correct. Mais
comment on fait pour leur donner un service dans un délai raisonnable? Et c'est
là que la prise de rendez-vous vient de faire une différence. Vous me suivez?
ça, c'est ça qu'il faut essayer de bien s'entendre, qu'est-ce que le projet de
loi essaie d'adresser et qu'est-ce que le projet de loi n'a pas besoin
de préoccuper, parce que c'est déjà adressé. On a déjà clarifié le rôle des
IPS. Ça n'existait pas avant. On l'a mis, que c'est disponible, on le sait,
qu'elles font
partie de la solution. On a déjà adressé, par le p.l. n° 31, la collaboration avec les pharmaciens. On n'a
pas besoin de revenir là-dessus. C'est déjà clair que, dans l'interdisciplinarité,
ces professionnels-là peuvent être là. Mais il faut comprendre quel est le rôle
exact des médecins qu'on veut avoir pour régler une
partie du GAMF, en
complémentarité avec les autres professionnels.
Ça fait que je
voudrais juste préciser, là, parce qu'on a l'air de dire qu'on ne savait pas ce
qu'on voulait aller avoir par le projet de loi. Au contraire, on le sait très
bien. On veut savoir le nombre de professionnels médecins qui sont disponibles
pour faire de la prise en charge et on veut trouver une façon... quand on aura
fait un premier bilan, la situation d'un
GAMF avec les meilleures pratiques, combien de personnes pourraient avoir une
autre prise de rendez-vous, avec, par exemple, ce qu'on a parlé, du
guichet de pertinence. Je voulais juste préciser ça, parce que vos questions sont très bonnes, mais c'est important
de bien comprendre qu'est-ce que le projet de loi peut faire, est-ce que ça
aide dans la réflexion?
Puis là, après ça,
bien, s'il le reste du temps, je vais poser quelques questions. Je suis...
liens parentaux, vous en avez parlé, là. J'y
vais en rafale. Valoriser les données, ça, c'est vraiment important, quand vous
avez dit ça, Dr Groulx, parce que,
pour moi, si j'avais à répondre à votre question, pourquoi on veut ces données-là,
c'est pour fins de gestion uniquement, ce n'est pas pour contrôler les
médecins. Et je reviens, là, maintenant que j'ai expliqué qu'est-ce que je veux
essayer de faire, comme première étape, c'est de prendre... La dame, tout à
l'heure, nous l'a bien dit, elle a dit : Peut-être qu'aujourd'hui les DMÉ,
les données des DMÉ, donc des dossiers... sont peut-être aussi valables, mais
on ne les a pas pour tout. Quel genre de
données on peut prendre en attendant qu'on ait des DMÉ partout? Ça, je pense
que c'est probablement comme ça qu'il faut travailler. Je voulais
répondre à cette question-là.
Bon, la gestion du
changement et la continuité, ça, j'aimerais ça vous entendre. Vous avez
dit : Il ne faut pas lâcher le principe
du, comment vous l'appelez... du prestataire principal. Dites-moi ça. Parce
qu'on avait l'air de dire, de
quelques intervenants qu'on a entendus, que ce n'était pas si grave si ce
n'était pas un médecin qui prenait en charge, en autant que la GMF le
prenne. Là, vous avez l'air de dire : Mais il faudrait peut-être garder la
notion de prestataire principal. Ça, ça
m'intéresse de vous entendre là-dessus. Je ne sais pas si c'est vous ou Mme
Wilhelmy, mais ça, ça... pour le peu de temps que j'ai, là, je...
Combien?
Le Président (M.
Provençal)
: Il va rester six minutes.
M. Dubé :
O.K. On a encore du temps. Alors, voulez-vous y aller là-dessus un petit peu,
oui? S'il vous plaît.
M. Groulx
(Antoine) : Oui, oui, avec plaisir. Écoutez, la question du
prestataire principal de service, ça ne date
pas d'hier, c'est une littérature des années 80 qui a été élaborée par une
chercheure renommée internationalement en médecine de famille, qui
s'appelle Barbara Starfield. Ce qu'elle dit, Barbara Starfield, c'est que, dans
ses études, quand un patient est rattaché à un prestataire principal qui, oui,
dans bien des cas, est un médecin de famille mais peut être aussi un IPSPL, peut être, donc, une infirmière praticienne
spécialisée ou tout autre prestataire, imaginons que ce soit un patient
ou une patiente qui a davantage de problèmes sociaux, on pourrait imaginer que
ce soit un travailleur social qui soit son prestataire principal, celui ou
celle qu'il ou elle voit le plus souvent... Ce que ces travaux ont démontré, et
ils ont été réétudiés à de multiples reprises, ils sont, d'ailleurs, pour votre
information, et je sais que le Collège
québécois des médecins de famille passera chez vous prochainement... mais ils
sont repris, dans le document qui
recense l'ensemble de la littérature en cette matière, par le Collège des
médecins de famille du Canada, puis c'est vraiment démontré :
efficience, efficacité, santé, nommez-les, et surtout expérience patient
améliorée.
Alors,
à cet égard là, je ne rejoins pas nécessairement les propos qui ont été tenus
dans le passé par Dr Gaudreault, je pense, qui disait que ce n'est pas
tout le monde qui a besoin d'un médecin de famille. Moi, je pense que ce n'est pas tout le monde qui traduit le besoin d'avoir un
médecin de famille là, mais tout le monde, et c'est ce que ces études
démontrent, gagne à avoir un médecin de famille ou un prestataire principal de
soins. Et là on ouvre toute la porte que Mme Wilhelmy évoquait sur le travail
interprofessionnel.
M. Dubé :
O.K. Bon, bien, c'est un... Mme Wilhelmy, allez, vous voulez commenter
là-dessus?
Mme Wilhelmy
(Catherine) : Oui. Il y a peut-être une chose, aussi, c'est que, pour
identifier les besoins des patients, il n'y
a pas mieux que de consulter les patients. Puis, à ce niveau-là, bien, je vous
ouvre la porte, on a une superbelle communauté de pratique de patients
partenaires, à l'unité de soutien, puis on est à votre entière disposition.
M. Dubé : Bon, bien, écoutez, mon Dieu!
On avance, c'est bon. Vous avez dit aussi, tout à l'heure, puis là je repasse rapidement mes notes, là, parce que je
vois que le temps file, mais... de ne pas se préoccuper des rendez-vous.
Moi, je veux juste vous dire qu'une fois
qu'on aura clarifié la charge de travail je pense qu'il faut s'assurer qu'on
donne aussi les rendez-vous aux gens.
Je m'explique. C'est beau, avoir un médecin de
famille ou un professionnel de la santé, on va l'appeler comme ça, mais il faut
s'assurer qu'on leur sert dans des délais raisonnables. Moi, c'est dans ce
sens-là qu'on veut s'assurer... Puis je pense que, l'exemple qu'on entendra,
dans les prochaines heures, de ce qu'il se passe à Rimouski, on le voit que les gens ont réussi à augmenter un
peu l'offre de services en rendez-vous, pour que les gens puissent être
servis dans un délai raisonnable.
Alors, quand vous me dites ne pas vouloir
m'occuper des rendez-vous, je ne veux pas m'en occuper, pas plus que je m'en occupais pour la vaccination, mais il
y avait des gens qui s'assuraient que nos délais de prise de rendez-vous
étaient bien respectés, avec des
indicateurs. Mais, inquiétez-vous pas, là, je ne serai pas sur la centrale de
rendez-vous, là. Juste pour vous rassurer. Il me reste combien de temps,
hein?
M. Dubé : Trois minutes. Je veux
vous entendre sur... parce que, ça, je pense, on peut aller chercher votre...
Vous avez dit : Comment on peut continuer à mobiliser nos médecins pour
avoir accès à ces meilleures pratiques-là, là? Je comprends qu'on est peut-être
un petit peu en dehors du projet de loi, là. Le député de Rosemont va me
dire : Oui, mais ce n'est pas dans le projet de loi. Mais, pour ce que je
viens d'expliquer, avoir le bassin de médecins puis, en plus, la prise de rendez-vous,
comment on fait pour les mobiliser, les médecins, pour ceux qui le veulent, là,
ou ceux qui... d'aller chercher toute cette expertise-là qu'on a entendue, sur
l'accès adapté, qui fait que, si elle était appliquée aujourd'hui, on
couperait, je ne le sais pas, de moitié, des deux tiers le guichet?
M. Groulx
(Antoine) : En fait, il y a,
là encore, une science assez solide qui appuie ça, les travaux de... entre autres, un Canadien, sur la valeur des rapports réflexifs ou
portraits réflexifs, qui sont très intéressants, pour modérer les gens.
M. Dubé : «Portrait réflexif», ça
veut dire quoi, ça?
M. Groulx (Antoine) : C'est un
miroir. Quand on donne un miroir de sa pratique à un médecin et à un
professionnel dans le sens général, ça lui donne l'option de regarder ce miroir
puis dire : Bien, je suis satisfait de ce que je vois, ou, au contraire : Ah! je ne suis pas très satisfait,
puis de voir, par exemple, en se comparant avec d'autres collègues ou
d'autres milieux, de dire : Bien, je pourrais visiblement faire mieux. Et
je pense que ça, votre projet de loi, il
ouvre une belle porte à cet égard. Puis c'est ce qu'on nommait, on voit là une
ouverture dans le partage des données, de convenir de ce que les données
apportent, et ça, c'est clé dans la mobilisation. Lorsque ces données-là sont
explicitement vulgarisées, traduites, présentées dans un langage compris par
les cliniciens, à partir de là, on peut les faire bouger. Là, ils sont capables
de faire la différence entre deux extrêmes : un docteur qui a
2 000 patients, d'un côté, et qui travaille deux jours par semaine,
chez qui on pourrait se plaindre qu'on ne voit pas le jour même, et puis, à l'autre extrême, un docteur qui a
200 patients, qui travaille cinq jours semaine en clinique, à suivre ses
patients, puis que, malgré tout, prenne beaucoup de temps à voir ses
patients. Vous voyez que, là, il y a un déséquilibre, et ce...
M. Dubé : Là, je comprends mieux.
M. Groulx (Antoine) : ...réflexivité
les amènerait ailleurs.
M. Dubé : Mais ça, je vais vous
dire, puis on pourra en rediscuter, là, parce qu'on n'est pas à la fin de ce
projet de loi là qui est très intéressant, mais on a quand même consulté des
experts qui nous ont dit qu'avec leurs connaissances,
ils ont fait ça pour l'ensemble du portefeuille québécois, qu'on pourrait à peu
près réduire du deux tiers le GAMF,
si tout le monde appliquait l'accès adapté. Ça fait que c'est un peu ce que
vous dites. C'est gros, là, c'est gros, ce que je dis là.
M. Groulx (Antoine) : En fait, je
vous répondrais : Si votre projet de loi fait le travail, je pourrais vous
répondre avec conviction. Si, à la fin de l'exercice de mesure des activités
des médecins de famille, on réalise qu'il n'en manque pas 1 000, mais
qu'il en manque 3 000, je vais avoir envie de vous dire : Bien, tout
le monde est probablement accoté, jusque là. Mais, comme vous, on ne peut pas
le savoir parce qu'on n'a pas cette information, d'où la valeur qu'on accorde à
aller chercher l'information.
M. Dubé : Vous me faites donc
plaisir. Vous me faites donc plaisir. Puis, je vais vous dire, l'engagement
qu'on a pris, puis, d'ailleurs, on le dit, s'il faut en mettre plus, de
médecins de famille, ça sera le plus grand service qu'on aura rendu à la FMOQ
d'accepter de partager cette information-là pour se prouver qu'on... peut-être
qu'on en a besoin et,
encore plus, d'identifier dans quelle région on en a besoin pour solutionner le
problème des PREM. Alors, merci beaucoup pour cette intervention-là,
c'est très clair. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Je vais demander, maintenant, au député de Nelligan de
prendre la parole.
M. Dubé : Merci, Mme Wilhelmy,
aussi. Merci beaucoup.
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Merci à vous deux pour la présentation et pour les informations. Je vais
commencer avec le dernier point que vous avez évoqué avec M. le ministre, Dr
Groulx. C'est que vous insistez sur la qualité des données, la qualité de l'information
et qu'au bout de cet exercice... D'ailleurs, je ne sais pas combien de temps va
prendre cet exercice, est-ce que c'est un mois, deux mois, trois mois, un an,
deux ans? Ça, c'est une autre question que j'aimerais bien que le ministre, la
prochaine fois... qu'il nous partage un peu son échéancier pour avoir le
portrait. Ce que je trouve intéressant, et j'aimerais bien que vous nous
partagiez aussi votre... Vous, ça va bien, d'après
ce que je vois, vous vous êtes adaptés, ça roule très bien. On dit : Ça
roule en business. Vous avez même un patient partenaire, d'ailleurs, je vais revenir à ce volet un peu plus tard.
Pourquoi ça marche, chez vous? C'est quoi, vos clés du succès?
M. Groulx (Antoine) : Bien, écoutez,
votre question est excellente. Elle fait écho, finalement, à la cohérence entre
ce que l'unité de soutien SSA Québec plaide, d'un côté, hein, l'accès aux
données, le partenariat, et, de l'autre, ma pratique comme médecin de famille.
Moi, je suis encore en clinique à temps partiel et j'applique, dans mon travail
quotidien de médecin de famille, les mêmes principes qu'on valorise du côté de
l'unité. En d'autres termes, on analyse des rapports, on analyse nos rapports
d'accès, on regarde de façon périodique dans quelle mesure mes patients sont capables
de me voir, quand ils appellent — le jour même, dans deux jours à trois
jours — on
le fait en allant chercher leur rétroaction, à ces patients, leur demander ce
miroir du service qu'on leur rend, comment améliorer le service. Moi, mes
patients ont mon numéro de téléphone personnel, ils peuvent me joindre, et
c'est, en l'occurrence, une excellente façon
pour eux de me dire, des fois, que la ligne est difficile à avoir à la
clinique, imaginons. Alors, ce reflet-là permet d'optimiser une
pratique. Ça se fait comment? Avec des données.
M. Derraji : J'adore ce reflet,
docteur Groulx, c'est une très belle image, ce que vous venez de dire et
expliquer. Là, je vous posais une autre question. Si on applique votre modèle
un peu partout, est-ce que c'est faisable ou bien ça prend des champions comme
vous? Moi, je l'appelle un leader transformationnel dans son milieu. Et, si on applique... on duplique le même modèle, est-ce
qu'on va voir les mêmes résultats que chez vous? C'est une question
hypothétique, mais j'aimerais bien savoir qu'est-ce que vous en pensez.
M. Groulx (Antoine) : Bien, je
pourrais y répondre par la science, mais je n'ai pas, malheureusement, les
informations pour m'appuyer. De l'expérience, ce que je peux vous dire, c'est
que tous les gens avec qui je travaille puis que j'ai eu la chance de
travailler sont des gens instruits, intelligents, éveillés, professionnels,
quoi qu'on en dise, qui ont une volonté d'améliorer leurs pratiques. Alors, je
pense que, oui, tout le monde est prêt à s'améliorer, mais tout le monde doit
le faire avec la perception d'être dans un environnement bienveillant, un
environnement sain, un environnement protecteur qui les accompagne.
Quand vous
parlez de leader, comme le leadership que je peux, moi, essayer et qu'un paquet
d'autres cliniciens au Québec ou cliniciennes, essaient d'inculquer, bien, ce
leadership mobilisateur, pourquoi ne pas en profiter, pourquoi ne pas profiter
de ça? Et c'est une des portes qu'on ouvrait pour témoigner de ces situations à
succès, des situations heureuses, des situations où vraiment, entre
guillemets, on répond à ces attentes, des besoins des patients, on répond à ce
qu'ils attendent, tout en ayant une vie qui est saine et qui correspond à
chacun et chacune. Tout le monde n'est pas pareil non plus, il y a des
clientèles qui sont variées, il y a... alors on ne peut pas faire du mur-à-mur
là-dedans, ça doit être adapté, mais ça peut l'être.
M. Derraji : Oui, je vous entends,
je vous entends. Et la littérature le démontre, c'est que le mur-à-mur, en
santé, ça ne marche pas. Il y a des situations qui peuvent marcher,
fonctionner, au Lac-Saint-Jean, et ne peuvent pas fonctionner, malheureusement,
en Montérégie. Mais, si je vous comprends, je comprends ce que vous venez de
dire, est-ce que le projet de loi va changer quelque chose pour vous?
M. Groulx (Antoine) : Bien, en fait,
c'est ce que nous ouvrions comme porte. Je pense que le projet de loi, en
permettant ou en favorisant d'abord le partage des données avec les gens du
terrain, donc localement, ce qui rejoint l'enjeu que vous évoquez d'une réalité
au Saguenay qui est différente de celle de Gaspé ou de Montréal, je pense que,
là, il y a un pas en avant, clairement. L'appel à la prudence que l'on faisait,
à l'unité, c'est de s'assurer de faire ce travail d'extraction et d'analyse de
données en concertation avec ces mêmes gens du terrain. Ça, le projet de loi ne
le dit pas, mais il y a plusieurs éléments réglementaires qui semblent être à
définir, découlant de ce projet. Notre espoir est de pouvoir travailler de
concert avec le ministère à améliorer ces éléments réglementaires.
Derraji : Oui. Et, Dr Groulx, vous soulevez un point
extrêmement important. Au-delà des chiffres, au-delà de l'objectif louable d'aller chercher de la
donnée, entre guillemets, la qualité de la donnée, c'est : Qu'est-ce qu'on
va faire, après la collecte de données? Parce qu'on peut l'interpréter
d'une... qualitativement ou quantitativement. Donc, qu'est-ce
qu'on veut, après? Recruter plus de médecins, recruter plus de professionnels
de la santé autres que les médecins? C'est quoi, l'échéancier? Parce qu'au bout
de la ligne j'ai ce portrait, mais, si le portrait n'améliore pas la qualité des soins au niveau des patients, j'espère
que je ne suis pas en train de perdre mon temps en commission parlementaire.
M. Groulx
(Antoine) : En fait, tout à fait. Bien, je vais vous répondre assez
simplement, en réitérant ce que j'ai nommé plus tôt. Cet objectif, il va varier
selon à qui on s'adresse, aux décisionnaires, aux patientes, aux patients, aux
cliniciens, cliniciennes, et en fonction de l'objectif à atteindre, améliorer
cette expérience, améliorer le bien être de
ses ressources humaines. Alors, pour un décisionnaire, les attentes de M. le
ministre ne seront pas les mêmes que pour un clinicien, que pour une
patiente partenaire ou que pour un chercheur, par exemple. Alors, je pense que
notre idée d'amener ce partenariat et cette
concertation est, justement, de trouver des données qui vont répondre à
l'ensemble de ces acteurs et actrices du partenariat. C'est ça qu'on
préconise.
M. Derraji : Mais
vous avez... c'est très, très bien dit. Je peux vous assurer que même les
objectifs... on partage pas mal d'objectifs, dans ce projet de loi, et même des
objectifs de l'opposition, c'est voir... en tout cas, mes objectifs,
l'échéancier, qu'est-ce qu'on va faire avec la qualité de données, et j'ai
entendu le ministre tout à l'heure, le nombre de médecins disponibles pour la
prise en charge. Moi, j'espère que ce n'est pas juste ça, l'objectif. Le
ministre, il est très ambitieux. Je ne veux pas juste avoir le portrait du
nombre de médecins. On peut même avoir des scénarios. Le but, c'est que demain
on va dire qu'une fois pour toutes on a réglé le problème de l'accès et on ne
va plus se ramasser à 1 million de patients
québécois qui attendent — moi,
je pense que c'est ça, l'objectif — ...un
million de patients qui attendent...
probablement de la mauvaise façon, utiliser la liste GAMF, ou autre. Mais il
faut que les gens rencontrent leurs professionnels de la santé.
J'ai une autre
question pour vous, madame, par rapport aux patients partenaires. Vous avez
partagé une bonne expérience. Et au Québec, je tiens juste à le dire, ouvrir
une parenthèse, on a les meilleurs chercheurs, qui ont travaillé beaucoup sur
le patient partenaire. Il y a des modèles à Montréal. On a parlé... il y a le
CoMPAS, il y a le modèle de Montréal, qui révolutionnent beaucoup d'autres
modèles. Comment on peut, du moment que le ministre nous ouvre cette opportunité et nous donne cette opportunité... comment
peut avoir une place, à l'intérieur de ce projet de loi, pour que le
patient... Parce qu'hier ça a été très dit, je ne sais pas si vous avez suivi,
l'après-midi, hier, le Collège des médecins et ce qu'ils ont dit par rapport au
travail des autres professionnels. Le bout qui manquait, hier, vous le
complétez aujourd'hui.
Donc,
si je vous dis : Là, on parle des médecins, on parle des autres
professionnels de la santé, mais là comment on peut arrimer le tout avec
un patient partenaire? C'est quoi, vos suggestions?
Mme Wilhelmy
(Catherine) : C'est un peu comme... tantôt, je disais : Les
patients, ce n'est pas toujours d'un médecin
qu'ils ont besoin. Ils ont besoin, des fois, d'autres choses qu'un médecin. Les
patients partenaires peuvent être une solution dans l'équation. Il y a
certains besoins qui sont non médicaux, non cliniques. Le patient partenaire peut-être... Puis on l'a vu, le projet
Parole-Onco, à Montréal, avec Dre Marie-Pascale Pomey. Des patients partenaires
qui sont impliqués dans le parcours de soins des patientes atteintes du cancer,
c'est des patients qui viennent jouer un rôle de soutien, qui viennent jouer...
qui viennent réduire l'angoisse des patients. Il y a des gens...
M. Derraji :
Vous soulevez un point important, et c'est... je faisais référence au
professeur Pomey, qui fait un travail
exceptionnel au niveau du patient partenaire, même à l'échelle internationale.
Vous avez évoqué, tout à l'heure, la
communauté de pratiques du patient. O.K., là, on parle de beaucoup de
professionnels, et, sérieux, jusqu'à maintenant, je n'ai pas entendu un
mot sur le patient, surtout quand ça touche des maladies chroniques qu'on le
sait c'est là où le patient a besoin de soutien et d'accompagnement. Il utilise
beaucoup les services. Vous avez étudié le projet de loi; où vous voyez la
valeur ou l'ajout dans le projet de loi?
Mme Wilhelmy (Catherine) : Bien, d'inclure les patients partenaires. On les
appelle... dans le jargon, des patients partenaires, c'est des patients
accompagnateurs, de les inclure dans tout ça, dans l'offre, dans l'écoute des
besoins des patients. Quand je disais, tantôt : il faudrait que le
patient puisse pouvoir cibler de qui il a besoin... Parce que, des fois, ce n'est pas nécessairement d'un médecin de
famille. Qu'est-ce que c'est, son besoin? Ça, le projet de loi n'en tient
pas nécessairement compte.
M. Derraji :
Oui, oui, c'est un bon point, c'est un bon point. Dr Groulx, à la lumière
de ce que vous vous venez d'entendre, et, j'en suis sûr et certain, vous
partagez la même chose, dans votre pratique, pouvez-vous partager avec les
membres de la commission le rôle du patient partenaire, le rôle de ces
communautés de pratique de patients, est-ce
que ça a permis de vous libérer plus de temps? Parce que c'est ça, l'objectif.
Est-ce que ça vous a aidé à avoir plus de temps sur des patients vulnérables,
avec des cas lourds? Et, si vous pouvez chiffrer, hein, l'apport des patients partenaires?
Chiffrer, pas en termes de dollars, mais en termes de qualité de temps libre
pour faire autre chose.
M. Groulx (Antoine) : Écoutez, à un niveau macroscopique, la communauté
de patients et de patientes partenaires
dont parle ma collègue est en train d'être mise en oeuvre, mise en place, alors
je ne peux malheureusement pas vous
donner de rétro sur les impacts qu'elle a pu avoir. Je peux vous dire qu'elle
crée une forte mobilisation, par contre, de la communauté citoyenne du
Québec, et ça, on en est très fiers, puis on est très fiers de porter ça sous
l'égide de l'unité de soutien. Ça, c'est à une échelle macro.
À une échelle beaucoup
plus personnelle ou microscopique, je peux vous témoigner que, moi, avoir
cherché cette rétroaction sur l'offre de services, donc pas seulement sur
les... Les services cliniques, les patients sont... et les patientes ont
toujours un peu peur de déplaire à leur médecin en leur donnant une rétroaction
douloureuse. Mais, quand on parle d'organisation et d'accès aux services, ah!
là, ils sont plus... ils sont beaucoup plus loquaces, ils sont plus enclins à
parler. Et je peux vous dire que d'aller chercher des commentaires là-dessus
m'a permis, moi, d'être davantage pertinent dans mon offre de services, d'être
davantage adapté, d'offrir à l'occasion des services, le soir, pour mes
patients qui travaillent, parce que c'était le besoin qu'ils exprimaient. Moi,
le jour, je ne peux pas me... bon, c'était avant la pandémie, vous me direz,
mais, malgré tout, avec cette idée de pouvoir répondre aux besoins des
patientes, des patients. Ce que Mme Wilhelmy expliquait tout à l'heure.
Mme Wilhelmy (Catherine) : Si
je peux me permettre, notre collègue, Antoine Boivin, puis ma collègue,
Ghislaine Rouly, qui est patiente partenaire dans les soins, c'est une pratique
qui est en... ils ont un projet ensemble, c'est
ancré concrètement dans la clinique, puis ça a des effets très positifs. Quand
on inclut toutes les parties prenantes, incluant le patient, ça amène
invariablement des pratiques qui sont très, très, très porteuses puis
efficaces.
M. Groulx (Antoine) : Puis je
peux aussi nommer... Moi, je suis ravi de voir Mme Wilhelmy à la table,
qui a été interpelée par le ministre, par vous, M. le député. Et ça, c'est un
autre témoignage d'où elle est, cette place des citoyennes, des citoyens. Bien,
elle est aussi en commission parlementaire, elle a sa place, là. Je pense que
les projets de loi, quand ils évoluent avec les gens qui sont concernés, tous
les gens qui sont concernés, bien, ils ont une chance d'évoluer encore mieux.
Mme Wilhelmy
(Catherine) : ...Pardon.
M. Derraji : Je tiens à vous
remercier, vraiment, c'est très pertinent, votre présence. Et, vous savez quoi,
l'exemple parfait, c'est : vous êtes les deux, aujourd'hui, en commission,
point de vue de clinicien, point de vue d'un patient partenaire. Ça envoie un
message très clair aux membres de la commission que nous-mêmes, on doit avoir,
dans notre analyse, cet angle à la fois patient et clinicien. Merci à vous
deux.
Président (M. Provençal)
Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole au député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci beaucoup, M. le Président. Docteur Groulx,
Mme Wilhelmy, merci de votre présentation. Est-ce que vous auriez
un texte à nous soumettre? Ou est-ce que vous avez déjà soumis un mémoire?
M. Groulx
(Antoine) : On n'a pas
soumis de mémoire. Il nous ferait plaisir, si vous le jugez opportun, de vous
transmettre l'essentiel des propos qu'on a tenus aujourd'hui, avec plaisir.
M. Arseneau : Ce serait très
apprécié. Effectivement, comme le disait mon collègue, c'est fort intéressant
d'avoir un premier point de vue citoyen patient, à l'occasion de cette
commission parlementaire. Donc, je poserais ma première question à
Mme Wilhelmy. Sur la question du guichet, vous avez mentionné qu'il
fallait l'élargir à d'autres professionnels de la santé. On a bien compris
cela. Vous avez parlé aussi de la façon de pouvoir s'assurer que les liens parentaux puissent être maintenus,
donc qu'on puisse avoir accès, pour des raisons logistiques, notamment, au même
médecin. C'est pris en note. Est-ce que j'ai bien compris que vous parliez
aussi, là, d'une certaine catégorie de patients qui pourraient avoir des
problèmes d'accès, par exemple, à Internet? La question de la littératie
numérique, est-ce que c'est une de vos préoccupations?
Mme Wilhelmy (Catherine) : Oui,
c'est une préoccupation. Ce n'est pas tout le monde... je suis impliquée dans
quelques projets de recherche où il y a l'introduction des IPO, en télésanté,
toute la capacité des gens à être capables
de se connecter, d'utiliser les interfaces Internet, ce n'est pas tout le monde
qui est au même niveau là-dedans. Puis des fois ça prend de
l'accompagnement pour être capable d'utiliser ça.
M. Arseneau : Une préoccupation
qui est tout à fait appropriée. Non seulement il y a la question d'avoir accès
aux appareils, mais il y a l'accès au réseau, qui n'est pas encore garanti dans
l'ensemble du Québec. Cela dit, vous avez parlé aussi, l'un et l'autre, de
l'idée d'avoir des données et partager. Le partage des données, c'est
évidemment un élément qui intéresse particulièrement le ministre. Mais vous
avez aussi dit : Il faudrait savoir de quelles données il s'agit et à
quelles fins on veut les obtenir. Dr Groulx, quelles sont les données qu'il
vous semble fondamentale d'avoir et de partager pour, justement, améliorer le
système?
M. Groulx
(Antoine) : Écoutez, on
dispose, au Québec, d'un coffre-fort extraordinaire de données, avec la RAMQ,
hein, la Régie de l'assurance maladie du Québec, un coffre-fort riche de
données qui, malheureusement, est encore difficile d'accès, aujourd'hui, pour des bonnes raisons,
entendons-nous. Mme Wilhelmy a évoqué le souci des patientes, des patients
que leurs renseignements de santé
soient protégés, mais on dispose aujourd'hui, quand même, de moyens
d'anonymiser ces données, de les personnaliser. Alors, là, il y a un
coffre-fort massif. L'autre coffre-fort, qui est en construction depuis maintenant plusieurs années, c'est le Dossier santé
Québec, où on trouve des données beaucoup plus cliniques que les données de
facturation ou médicoadministratives.
Celui qui est à
développer, c'est celui de tout ce qui est dans l'activité clinique. On parle,
en première ligne, dans la médecine de famille, des dossiers médicaux
électroniques depuis déjà presque 10 ans, on a eu des progrès extrêmement
rapides dans cette matière, malheureusement, avec une utilisation très variable
de ce dossier pour faire de la donnée. On a
des données aujourd'hui qui sont de piètre qualité ou des données qui sont mal
saisies. On a même des dossiers électroniques qui sont numérisés,
littéralement. Alors, il y a un travail à faire pour mieux saisir la donnée.
Mais, le jour où les
cliniciens vont pouvoir profiter de reflets, bien, ils vont peut-être avoir
envie davantage de mieux saisir la donnée pour profiter de cet avantage
supplémentaire pour les aider dans leur professionnalisme, les aider à améliorer continuellement leurs
pratiques. C'est aussi à ça que travaille l'unité, avec des outils de
structuration et extraction de données qui ont été développés,
d'ailleurs, en marge de nos activités.
M. Arseneau :
Sur ce plan-là, j'ai l'impression que même la FMOQ serait d'accord avec vous.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Alors, nous allons compléter cet échange avec Mme la députée
d'Iberville.
Mme Samson :
Merci, M. le Président. Bonjour, docteur. Bonjour, madame. Madame, vous me
rassurez un peu, si j'ai bien compris, que mon idée de consacrer, dans mon
bureau de comté, un poste de travail informatique pour les citoyens qui n'ont
pas accès à Internet ou qui ne sont pas particulièrement familiers avec les
techniques... Moi, j'ai beaucoup de concitoyens, là, qui m'appellent :
C'est quoi, ça, Flip Santé, tu sais? Alors là, il faut leur expliquer :
C'est Clic Santé. Mais tu sais, là, ce n'est pas évident, là, puis on veut
qu'ils se fassent vacciner, mais ils n'ont aucune idée. Alors, moi, j'ai mis un
poste de travail qui est consacré à ça, là, les jeunes ne peuvent pas venir
jouer des jeux, puis des affaires de même, mais, si quelqu'un a besoin d'un
accès Internet pour que ce soit un service de santé, une prise de rendez-vous
ou autre, ils peuvent y avoir accès. Alors, je vous remercie, vous me rassurez,
je n'étais pas complètement perdue.
Maintenant,
j'ai une question de base, parce que moi, je pars de loin, là. Je suis bien
bonne dans les services de santé, comme utilisatrice, mais comme experte,
pantoute. Une infirmière pivot puis une IPS, c'est-tu pareil, ça? Non?
M. Groulx
(Antoine) : Non.
Mme Samson :
Ce n'est pas pareil. Mais une infirmière pivot, là, est-ce que ça pourrait être
une personne référence? Parce que, je vais vous donner un exemple, un exemple
stupide, là, moi, j'ai été opérée, il n'y a pas très longtemps, j'avais 9 médecins spécialistes, au CHUM, qui
s'occupaient de mon cas. Je ne savais même plus leurs noms, je ne savais
même plus de quel bout du corps ils s'occupaient, tellement il y en avait. Mais
l'infirmière pivot, elle, elle leur libérait
ça puis elle, elle dirigeait le trafic, elle sauvait beaucoup de temps. Et puis,
quand je me suis aperçu, après avoir
vu mon congé de l'hôpital, que finalement c'est mon diabète qui ne filait pas,
c'est elle qui m'a envoyé à la bonne place. Je n'ai pas dérangé mon
neurochirurgien pour avoir un rendez-vous avec un endocrinologue. Donc, ça a
été une personne-ressource fort importante. Puis je me demande si cette
personne... si ces gens-là qui s'occupent de ces fonctions-là ne pourraient pas
être aussi des personnes qui prennent en charge des patients qui ont des
maladies chroniques. Question.
M. Groulx (Antoine) : En fait, vous faites écho à ce qui a été nommé tout à l'heure, l'idée
du prestataire principal de soins,
qui n'est pas nécessairement un médecin, peut être un intervenant pivot. On
parle, d'ailleurs, souvent d'intervenants pivots, souvent une
infirmière, dans le domaine que vous avez évoqué, mais on pourrait penser
autant à un médecin pivot, entre guillemets, qu'à une infirmière pivot, qu'à
une travailleuse sociale pivot. Alors, je pense que l'idée est de retenir que, dans le parcours des patientes et des
patients, et je suis certain que Mme Wilhelmy pourrait renchérir là-dessus...
dans ce parcours, d'avoir des points
d'ancrage, des bouées, des phares qui permettent de naviguer, c'est clé, c'est
critique, c'est essentiel. Je ne sais pas, Mme Wilhelmy, si...
Mme Wilhelmy
(Catherine) : Absolument. Je regarde, tantôt, M. le ministre disait
qu'il m'avait vue à l'automne, c'est un projet qui a été initié par moi, un
projet de recherche, pour introduire des patients partenaires dans le parcours
prédiagnostic du cancer du sein. Les patientes partenaires qui sont impliquées
dans ce projet-là sont formées pour pouvoir aider les patients à s'orienter
dans le système. Ce que vous disiez tantôt, vous ne savez pas qui fait quoi et
qui gère quoi, où, les patientes peuvent faire ça. Les patientes partenaires,
ça peut aider, juste soutenir, juste écouter, être un réservoir du trop plein.
Puis ça peut donner de l'information, aussi. On est formés correctement pour guider les gens vers la bonne information,
plutôt que de s'en aller sur Dr Google. Ça fait qu'en amont de tout ça,
oui, il peut y avoir des patients partenaires impliqués dans le parcours.
Le Président (M.
Provençal)
: Je vous remercie beaucoup,
docteur Groulx et Mme Wilhelmy, pour votre contribution à nos travaux.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à 15 heures. Merci beaucoup, beaucoup de votre présence.
(Suspension de la séance à
13 h 02)
Le Président (M. Provençal)
: À l'ordre, s'il vous
plaît! Bienvenue à la Commission de
la santé et des services sociaux.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 11, Loi visant à augmenter l'offre de
services de première ligne par les médecins omnipraticiens et à améliorer la
gestion de cette offre.
Cet après-midi, nous
entendrons les groupes suivants : la Vérificatrice générale du Québec,
l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires et l'Ordre des
infirmières et infirmiers du Québec.
Je souhaite la
bienvenue à la Vérificatrice générale, Mme Leclerc, ainsi qu'à
M. Fortin. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange. Je vous cède
la parole, et merci de votre présence.
Mme Leclerc
(Guylaine) : Alors, merci, M. le Président. M. le ministre de la Santé
et des Services sociaux, Mmes et MM. les membres de la commission, je vous
remercie d'offrir au Vérificateur général du Québec la chance d'exprimer ses commentaires et de répondre à vos
questions sur le projet de loi n° 11. Pour l'occasion, je suis accompagnée de
M. Alain Fortin, directeur général d'audit.
Nos commentaires sont
basés sur les travaux d'audit que nous avons effectués dans le passé, notamment
sur notre rapport intitulé Mesures de
l'accès aux soins de santé et aux services sociaux : indicateurs , que
nous avons publié à l'automne 2020.
D'entrée de jeu, nous
constatons que le projet de loi comporte des propositions qui visent à répondre
à des recommandations que nous avons
formulées dans ce rapport. Toutefois, nous désirons attirer votre attention sur
certains aspects qui peuvent
influencer l'atteinte des grands objectifs de ce projet de loi, soit
l'augmentation de l'offre de services de première ligne par les médecins omnipraticiens et l'amélioration de la
gestion de cette offre. J'ai regroupé ces aspects en trois volets :
l'inscription auprès d'un médecin de famille, obtention d'un rendez-vous et
accès aux données et contrôles.
Comme il est mentionné
dans notre rapport de 2020, bien que l'inscription auprès d'un médecin de
famille soit une première étape importante pour accéder à un médecin, cela ne
permet pas automatiquement d'obtenir l'accès à
des services. En effet, l'inscription n'est pas une garantie de la
disponibilité des médecins de famille pour rencontrer les patients
lorsque cela est requis.
Le projet de loi
prévoit que le guichet d'accès à un médecin de famille deviendra la porte
d'entrée unique pour l'inscription d'un
patient. Cette disposition engendrera probablement une augmentation du nombre
de personnes figurant sur la liste d'attente du guichet d'accès.
En effet, une telle
obligation incitera toutes les personnes désirant avoir un médecin de famille à
s'inscrire au guichet. Dans notre rapport de 2020, nous avions indiqué qu'au
31 décembre 2019, 11 % de la population n'avait pas de médecin de
famille et n'était pas inscrite sur la liste d'attente. Le guichet d'accès,
comme porte d'entrée unique pour l'inscription d'un patient, permettra au
ministère de la Santé et des Services sociaux, le MSSS, d'obtenir un portrait
plus juste de la demande, ce qui sera utile pour mieux planifier l'offre de
services de première ligne.
En lien avec la
planification de l'offre de services, je tiens à mentionner que le projet de
loi n'apporte pas de correctif au fait que le MSSS ne dispose pas de donnée
précise sur les départs des médecins de famille, information qui serait
pourtant pertinente. D'ailleurs, en 2019, la Commission de l'administration
publique avait demandé au MSSS un état de situation sur l'accès aux médecins de
famille incluant les effectifs d'omnipraticiens actuels et une estimation de
ceux-ci pour les cinq prochaines années.
L'inscription au
guichet d'accès de toutes les personnes sans médecin de famille est
intéressante. Selon des informations que le MSSS nous a fournies à la suite de
nos recommandations formulées en 2020, il souhaite permettre aux personnes
inscrites sur la liste d'attente du guichet d'obtenir un rendez-vous ponctuel
avec des professionnels de la santé. Cela sera effectué via une centrale de
triage permettant de mieux orienter le patient. Il est prévu que les demandes
des patients seront analysées pour que ceux-ci puissent obtenir un rendez-vous
au bon moment et avec le professionnel répondant à leurs besoins. Ce
professionnel pourrait être un omnipraticien, mais aussi une infirmière ou tout
autre professionnel de la santé.
Dans le cadre de
cette initiative, le MSSS désire que les groupes de médecine de famille
s'engagent à assurer une offre de services pour les patients inscrits au
guichet d'accès de leur territoire. Toutefois, le succès de cette initiative est tributaire notamment de l'efficacité
de la centrale à supporter le traitement des demandes de rendez-vous
ainsi que de la disponibilité des professionnels de la santé.
En ce qui concerne
l'obtention d'un rendez-vous, nos travaux d'audit nous ont amenés à constater
ce qui suit : le MSSS a investi plus de 15 millions de dollars dans
le système Rendez-vous santé Québec afin de permettre la prise de rendez-vous
avec un omnipraticien et de connaître ainsi le délai d'obtention d'un
rendez-vous avec un médecin de famille. L'obligation des médecins de famille de
se rendre disponibles par l'intermédiaire de ce système, qui était prévue dans
le projet de loi n° 20, n'est pas entrée en vigueur
en raison d'une entente de principe conclue entre le MSSS et la fédération des
omnipraticiens du Québec.
Le projet de loi n° 11 vise la prise d'un rendez-vous auprès d'un omnipraticien
via une plateforme et, ultimement, l'évaluation des délais d'obtention d'un
rendez-vous, mais en permettant l'utilisation d'autres systèmes sur Rendez-vous
santé Québec.
L'usage de plusieurs
systèmes comporte certains risques supplémentaires, notamment la
confidentialité, la protection des informations, et peut complexifier la
gestion de l'offre de services de première ligne. Dans un rapport que nous
avons publié à l'hiver 2017, intitulé Reddition de comptes d'entités
des réseaux de la santé et des services sociaux et de l'éducation , nous
avions mentionné que la multiplication des systèmes et des banques de données
dans le réseau de la santé et des services sociaux pouvait avoir un impact sur
la fiabilité de l'information produite par les établissements.
Cette disposition du projet de loi représente
une avancée dans la mesure où elle sera définie adéquatement pour que le MSSS
puisse obtenir des données complètes et exactes qu'il aura le droit d'utiliser.
Le contenu du ou des règlements qui définiront
les exigences à l'égard des données sera déterminant pour assurer une
information de gestion de qualité. Or, ce contenu n'est pas soumis à la
présente consultation. Par conséquent, nous ne pouvons pas vérifier si ces
exigences permettront d'atteindre l'objectif souhaité. Ainsi, nous sommes
préoccupés par les éléments suivants : il sera essentiel qu'il y ait un
arrimage entre les systèmes afin que les données
produites soient de qualité et utilisables. L'intégralité des données sera également
importante. Afin d'obtenir une information complète, le MSSS doit avoir
notamment accès à toutes les plages horaires de tous les médecins. Il faudra
avoir la capacité de vérifier que toutes les plages horaires des médecins sont
disponibles dans le système de prise de rendez-vous.
Si ces éléments ne sont pas pris en compte, le
MSSS pourrait dépenser plusieurs millions pour aboutir au même résultat qu'avec le santé... Rendez-vous
santé Québec, à savoir que le ministère ne dispose pas des informations
requises pour la gestion de l'offre de services des omnipraticiens.
Nos travaux de 2020 avaient également démontré
que le MSSS n'était pas en mesure de respecter son obligation de publier le délai moyen pour l'obtention d'un rendez-vous
avec un médecin omnipraticien. Dans l'éventualité où le MSSS dispose de
l'ensemble des informations à cet égard, cette lacune devrait normalement être
corrigée. Le ministère serait ainsi en mesure d'évaluer l'atteinte des
objectifs de la loi et d'apporter les correctifs nécessaires, s'il y a lieu.
Dans notre rapport de 2020, nous avions
mentionné que le MSSS ne disposait pas de donnée significative sur l'efficacité des mesures incitatives visant à
améliorer l'accès aux médecins de famille, même si les sommes qui y étaient
consacrées annuellement étaient en constante
progression et avaient atteint près de 350 millions de dollars pour
l'exercice financier 2018‑2019.
Nous comprenons que le projet de loi prévoit
l'utilisation de systèmes permettant au MSSS d'obtenir des informations utiles pour mesurer l'accès aux
médecins de famille et mieux planifier l'offre de services de première ligne.
Il faudrait s'assurer que les modifications qui
seront apportées à l'article 65 de la
Loi sur l'assurance maladie ne
restreindront pas le type d'informations que la Régie de l'assurance maladie du
Québec, la RAMQ, est tenue de divulguer à tout établissement et à tout
département régional de médecine générale.
D'un côté, on donne accès aux données de la RAMQ
à des fins de planification, mais, d'un autre, on supprime un élément rattaché
à la rémunération. L'impact de cette suppression soulève un questionnement dans
le contexte où des mesures incitatives visant à améliorer l'accès aux médecins
de famille sont toujours en vigueur. L'application de ces modifications
nécessitera-t-elle une interprétation commune entre la Fédération des médecins
omnipraticiens du Québec, et le MSSS, et la RAMQ? Si aucun consensus n'est
obtenu, cela pourrait-il mener à une impasse et rendre l'application de ces
modifications impossible?
En conclusion, le projet de loi n° 11
est une continuité du projet de loi n° 20. Il vise
entre autres à répondre à des recommandations formulées dans notre rapport de
2020, notamment à celle d'obtenir des données de qualité afin d'évaluer l'accès
aux médecins de famille. Cependant, l'entrée en vigueur des articles de la loi
découlant du projet de loi n° 20 demeure un préalable. En effet, plusieurs dispositions importantes ne
sont toujours pas en vigueur, notamment celles concernant l'obtention
d'information auprès de médecins et l'utilisation du système de prise de
rendez-vous.
Par ailleurs, le projet de loi n° 11
considère les omnipraticiens comme la porte d'entrée unique des soins de première ligne. La participation d'autres
professionnels de la santé n'est pas abordée. Toutefois, comme il a été
mentionné dans notre rapport intitulé Appareils suppléant à une
déficience physique , la réalisation de certains actes médicaux ou tâches administratives par d'autres
professionnels de la santé, infirmières, travailleurs sociaux, pourrait faire
partie de la solution, ce qui
favoriserait l'atteinte de l'objectif ultime : assurer un accès à des
services médicaux de première ligne.
Je vous remercie de votre attention, et c'est
avec plaisir que je vais répondre à vos questions.
Président (M. Provençal)
Merci beaucoup pour votre
présentation. Nous allons initier cette période d'échange avec M. le
ministre. M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Dubé : Merci beaucoup, M. le
Président. Et, encore une fois, Mme Leclerc, bonjour, très content de vous
revoir, M. Fortin aussi.
Bien, écoutez, je pense, c'est très, très clair,
ce que vous dites. Vous faites beaucoup... je vais peut-être vous demander
peut-être quelques précisions, parce que je prenais quelques notes, là, puis
vous faites un parallèle, entre autres... Vous faites référence, pardon, à
votre rapport de 2020, pour dire, par exemple, comment c'est important de faire un suivi sur les investissements qui ont été
faits pour Rendez-vous santé, hein, les montants qui avaient été investis
puis qui, malheureusement, n'a pas donné des résultats pour savoir si on a été
capable de mesurer les choses. Est-ce que vous croyez, en ce moment... Puis, O.K., peut-être
que ma question est plantée, je vais essa