National Assembly — 13 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAN 2016-09-13
Quebec — Committees
Alors, nous
allons maintenant poursuivre nos échanges avec la commission.
Je rappelle que chaque député dispose d'une période de 20 minutes
pour intervenir avec les représentants de la Commission de la représentation.
Nous faisons
un retour sur la Capitale-Nationale. Je vois que le député de Charlesbourg et
ministre est parmi nous. Je lui
souhaite la bienvenue et je lui cède la parole pour une durée maximale de
20 minutes. Alors, M. le ministre et député, à vous la parole.
Blais : Merci beaucoup, M. le Président. Bien heureux d'être avec
vous, de voir mes collègues, aussi, d'en face et mes collègues du côté du parti gouvernemental et, bien sûr, les
représentants de la commission. C'est une chance que l'on a de pouvoir
être écoutés aujourd'hui, de déployer un certain nombre d'arguments ou de
préoccupations.
D'abord, je
dois vous dire que j'ai beaucoup de respect pour le travail que doit réaliser
la commission, parce que cet
exercice-là, c'est toujours et éternellement la quadrature du cercle entre deux
grands principes qui sont fondateurs de notre démocratie : le principe d'une égalité entre les
citoyens — hein, le
poids relatif du vote doit être pris en considération, c'est aussi vieux que la démocratie
elle-même — et aussi
le principe, surtout dans le parlementarisme britannique... ce serait différent chez les parlementaires français,
mais ce principe que le député représente aussi une communauté. Alors, quel est le sens exact que l'on doit donner à
«communauté»? C'est là, bien sûr, l'effort intellectuel qui doit être fait et,
bien sûr, c'est à ce moment-là qu'il y a un tiraillement possible parce qu'il
n'y a pas d'adéquation préétablie entre une définition possible de «la communauté» et ce principe, là, disons,
mathématique de l'égalité du vote ou une certaine égalité du vote.
Alors, je
veux féliciter la commission pour son travail et faire quelques suggestions. Je
vais commencer sur un terrain plus facile et j'irai vers un terrain plus
difficile par la suite.
Le terrain plus facile, c'est tout d'abord celui
qui est en proximité avec ma propre réalité de député de Charlesbourg. La commission propose des
modifications à la carte pour que la
partie qui est située au nord de
Charlesbourg, donc Chauveau, cède une
partie de ses électeurs à Charlesbourg. Alors là, on a une chance
exceptionnelle parce que, là, il y a
une rencontre entre les deux principes, alors le principe d'égalité, puisque ce
que l'on veut, bien sûr, c'est faire en sorte que la population de
Charlesbourg peut encore prendre un certain nombre d'électeurs pour se
rapprocher de la moyenne québécoise, alors
que Chauveau est sous pression depuis un certain nombre d'années. On peut
penser que cette pression-là va
continuer dans les prochaines années, compte tenu, là, du potentiel de
développement, là, au nord de Québec.
Alors, du point de vue des mathématiques, là, si
je me souviens bien, il y a... il y avait, pardon, en 2014, 52 849
électeurs à Charlesbourg, et la commission propose d'augmenter, par une
ponction, là, dans la
partie sud de Chauveau,
d'augmenter ce bassin de 3 849, ce qui nous fait un total autour de, quoi,
là, 57 000 ou des poussières, 57 700 électeurs, ce qui nous rapproche de la moyenne québécoise
sans la dépasser. Donc, moi, je pense que, du point de vue de la population
de Charlesbourg, pas nécessairement celui du
député, mais celui de la population, cette modification-là peut bien passer
tout simplement parce que ces gens-là se considèrent comme faisant
partie et
font
partie de l'arrondissement de Charlesbourg — avant la création de la nouvelle ville, ils
payaient leurs taxes à Charlesbourg — font leurs emplettes à Charlesbourg, ont des activités socioculturelles à
Charlesbourg et se considèrent comme vivant, en tout cas la plupart, à Charlesbourg. Donc, je pense qu'on a ici, là,
vraiment une complémentarité entre les deux grands principes et ça devrait
assez bien se passer. Je vous rappelle que
la proposition, là, c'est de se rendre jusqu'à George-Muir, donc au nord de...
En ce moment, la circonscription s'arrête à
la Faune. Et c'est de se rendre à George-Muir, donc un peu plus haut, et de
capter, là, cette population-là, et bien sûr Dublin, donc au sud.
Je vais quand
même soumettre à la commission une considération, là, pratique, mais je pense que vous avez cette sensibilité.
Ça pourrait entraîner une pression sur le vote ou l'exercice du vote, parce
qu'aujourd'hui, depuis un bon moment, d'ailleurs,
l'exercice du vote dans cette partie-là de Chauveau se fait à l'école de
l'Escalade, et les gens sont habitués
d'aller voter à l'école de l'Escalade. L'école de l'Escalade ne fait pas
partie, hein, de la proposition, donc elle demeure à Chauveau, ce qui fait que, si on essaie de regarder exactement
qu'est-ce qui pourrait être fait, là, en pratique, là il faudrait aller dans un autre secteur, et là
ça pourrait entraîner une pression, là, au niveau de l'exercice du vote dans
Charlesbourg. Donc, l'école la plus près de cette partie, si on considère qu'on est
à la recherche d'une école comme un lieu d'accueil, la plus près de cette
partie, c'est l'école des Loutres, qui accueille déjà, quand même,
beaucoup d'électeurs. Alors, je pense qu'il faut être sensibles à ça. Vous êtes probablement habitués de jongler avec ces réalités-là, trouver des solutions, mais, sur le fond des choses, en tout cas, je pense que la population à Charlesbourg ne sera pas choquée, là, de cette modification.
vais aller maintenant sur quelque chose d'un peu plus difficile, pas
difficile d'un point de vue moral ou politique,
mais difficile parce que je n'en connais
moi-même pas la solution. Quand on regarde les changements que vous proposez
au niveau de la carte électorale pour le Québec, je pense que c'est majeur, mais je n'ai pas fait
le tour des changements que vous avez
faits ces dernières années, mais je pense que c'est majeur. Je vous rappelle
que vous proposez de passer, en
quelques années seulement, en six années, si je comprends bien, d'un comté
d'exception à sept comtés d'exception. C'est
beaucoup. Et je ne suis pas contre le principe de comté
d'exception, je ne suis même pas contre qu'il y en ait sept, ou huit, ou
cinq, je n'ai pas d'idée là-dessus, mais il faut admettre que c'est beaucoup.
Quand
je regarde ensuite la façon dont je pense comprendre le calcul que vous faites
pour vous donner une métrique, pour
évaluer si un comté, disons, est surpeuplé ou pas, je pense que vous prenez
comme numérateur l'ensemble des électeurs du Québec et vous divisez ce numérateur-là par 125. Évidemment,
ça nous donne un chiffre qui a une autre signification si vous dites : Bien, de toute façon, maintenant, dorénavant, il y aura au moins sept comtés qui
sont des comtés d'exception. Quand on
les regarde, on sait bien pourquoi ils sont des comtés d'exception : grandes
superficies et probablement une population qui est en dessous, hein,
des seuils, parce que sans ça vous n'en feriez pas un comté d'exception. Je ne remets pas en question cette décision, mais certainement que ça cause une distorsion mathématique sur le calcul de votre moyenne.
Hier
encore, je marchais, j'essayais de trouver la solution exactement
à ça. Une des possibilités, c'est dire : Écoutez, si on veut vraiment calculer la moyenne
des électeurs au Québec et qu'on met pas moins que sept comtés de côté, il
faudrait peut-être faire le calcul de cette moyenne-là non pas sur
125 comtés, mais sur les électeurs de 118 comtés. À ce moment-là, la mathématique est
irréprochable : vous augmentez de façon non négligeable, probablement... il faudrait faire le calcul — moi,
je n'ai pas fait les simulations, vous pourriez les faire, je pense que ça
vaudrait la peine d'être fait — vous
augmentez la moyenne québécoise.
Et là la question se pose : Est-ce que le seuil de 25 %,
qui est un seuil, je crois, qui est dans la loi — vous
me corrigerez si ce n'est pas le cas — est-ce que ce seuil-là, qui
était valide à une époque où il n'y avait
pas de comté d'exception, c'est encore le bon seuil, hein, qui mérite d'être
colligé, compte tenu que maintenant
on travaille avec une autre façon de calculer la moyenne?
ne vous propose pas de changer la façon de faire, mais je veux vous
sensibiliser au fait qu'en créant sept comtés d'exception — et
je ne remets pas en question que vous le fassiez — la façon dont vous calculez les choses, la moyenne
et même l'écart que vous tolérez de
25 % méritent, je pense, une considération. Et ça, les simulations que
vous pourrez faire, hein, on pourrait les faire ici, là, aujourd'hui, on
verrait probablement que, les propositions que vous faites, de changement, hein, certaines maintenant
tombent à l'intérieur du seuil et certaines sont exclues du seuil simplement
parce qu'il y a une décision méthodologique qui a été prise sur le fait
d'utiliser 125 circonscriptions et d'utiliser comme numérateur l'ensemble des électeurs du Québec. En tout cas, vous me corrigerez si ma compréhension n'est pas bonne, mais je
pense que ça mérite, de votre part, réflexion si on maintient la proposition
d'avoir sept comtés d'exception.
termine en vous rappelant que ma perception, c'est que c'est des changements
majeurs qui surviennent après six ans
seulement. Je
pense que ça a probablement été dit et ça va être redit ici, la loi est ainsi faite,
semble-t-il, mais c'est peu de temps pour faire des changements aussi importants.
La prudence politique mériterait peut-être qu'on dise :
Écoutez, il y a quand
même un minimum d'années où... on dit
«deux élections», mais on est dans un monde de plus en plus compétitif du point de vue politique, il y a de
plus en plus de partis politiques qui sont représentés à l'Assemblée nationale, on pourrait vivre dans un monde où il y
aura des gouvernements minoritaires un peu plus fréquemment que par le
passé.
Donc,
la règle de deux élections raccourcit beaucoup, hein, les périodes, là, de
changement, donc je veux vous y
sensibiliser. Vous fusionnez quand même... ou vous proposez de fusionner
Mont-Royal et Outremont, ce n'est quand même pas rien — du point de vue historique, là, ces deux circonscriptions-là, en
termes d'identité, là, c'est des entités extrêmement fortes à
Montréal — une
perte de circonscription à Saint-Maurice, l'ajout de deux comtés, pas un, mais deux comtés dans les Laurentides-Lanaudière, et
ça, bien sûr, à l'intérieur de six années seulement. Et là il me semble qu'il y a une règle de prudence. Et moi, je
comprends que la commission doit se tenir loin de la politique pour faire ses
travaux, en particulier la politique
partisane, hein, mais en même temps ces changements-là sont majeurs.
Simplement, regarder la façon de
calculer la moyenne québécoise et la façon de considérer les écarts sur cette
nouvelle moyenne là pourrait changer vos propositions.
Alors,
moi, je serais porté à vous appeler à un peu de prudence. Quand on considère,
là, l'impact des propositions que
vous faites, le peu de temps qu'il y a eu à l'intérieur de la dernière séquence
de changement, je serais porté à vous proposer
un peu de prudence, parce que, bien sûr, même si vous ne voulez pas toucher la
politique partisane, nécessairement, ici, l'impact, je ne peux même pas
l'évaluer moi-même, mais l'impact est réel et est extrêmement important.
Alors,
c'étaient mes considérations, M. le Président, c'est bien peu de chose, là,
mais, encore une fois, je veux féliciter
la commission pour son travail assez difficile. J'ai voulu sensibiliser aussi à
certains aspects, là, qui m'inquiétaient davantage.
Président (M. Ouimet) : Très
bien. Alors, merci à vous, M. le ministre, pour ces réflexions, ces
commentaires. Je ne sais pas si, M.
Reid, vous souhaitez réagir aux propos de M. le député de Charlesbourg. Je vous
cède la parole. Et puis après ce sera M. Courville. M. Reid.
M. Reid (Pierre) : M. le Présid